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https://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar%20Rice%20Burroughs
Edgar Rice Burroughs
Edgar Rice Burroughs, né à Chicago le et mort à Los Angeles le , est un romancier américain, créateur de Tarzan, l'homme-singe, l'un des personnages de fiction les plus connus au monde et de John Carter, l'un des premiers héros de science fiction. Il est également l'auteur de plusieurs séries de science-fiction et de romans policiers. Biographie Burroughs est le quatrième fils du Major George Tyler Burroughs (1833–1913), homme d'affaires et vétéran de la Guerre de Sécession, et de Mary Evaline (Zieger) Burroughs (1840–1920). Burroughs étudie dans plusieurs écoles, et durant l'épidémie de grippe de Chicago en 1891, il passe 6 mois dans le ranch de son frère sur la Raft River en Idaho. Il suit ensuite les cours de la Phillips Academy à Andover, Massachusetts, puis il est diplômé de l'Académie militaire du Michigan en 1895. Il tente sans succès d'entrer à l'Académie militaire de West Point et s'enrôle comme simple soldat dans le 7e régiment de cavalerie (États-Unis) à Fort Grant, Arizona. Il est réformé en 1897 à cause d'un problème cardiaque. Après une période d'errance et de petits boulots, Burroughs travaille dans l'entreprise familiale à partir de 1899. Il épouse son amour de jeunesse Emma Hulbert en janvier 1900. En 1904 il quitte son poste et cherche du travail en Idaho, mais il ne tarde pas à revenir à Chicago. En 1911, après sept années de bas salaires, il commence à écrire une nouvelle, alors qu'il travaille comme marchand de taille-crayons. À cette époque Burroughs et Emma ont deux enfants, Joan (1908–1972), qui épousera plus tard James Pierce l'acteur incarnant Tarzan au cinéma, et Hulbert (1909–1991). Pendant cette période il bénéficie de grandes plages de temps libre, ce qui lui permet de lire nombre de pulps. En 1929, il se rappellera cette période en ces termes : Ciblant son travail pour ces magazines pulps, Burroughs publie en 1912, sous le pseudonyme de Normal Bean, sa première histoire intitulée Les conquérants de Mars, en épisodes dans Argosy. Rapidement il se met à écrire à plein temps, et avant même que Les conquérants de Mars aient été entièrement publiés, deux nouvelles histoires sont achevées dont Tarzan seigneur de la jungle, qui est publié à partir d'octobre 1912 et deviendra son plus grand succès. En 1913, le couple a un troisième et dernier enfant John Coleman Burroughs (1913–1979). Burroughs écrit également des récits de science-fiction et de fantasy, entraînant des aventuriers terriens vers diverses planètes, Barsoom (Mars), Amtor (Vénus), îles perdues, à l’intérieur de la Terre creuse dans le cas du Cycle de Pellucidar, ainsi que dans des westerns et des romans historiques. Tarzan a un grand impact culturel à sa sortie. Burroughs est déterminé à capitaliser sur sa popularité de toutes les manières possibles, il prévoit d'exploiter Tarzan sous forme de comics (bande dessinée), de films et de produits dérivés. Des experts tentent de l'en dissuader, arguant que les différents médias entreraient en concurrence s'ils étaient diffusés en même temps. Mais Burroughs ne les écoute pas et prouve qu'il a raison : le public veut Tarzan sous toutes ses déclinaisons. Tarzan est toujours l'un des personnages de fiction les plus populaires. En 1915 ou 1919, Burroughs achète un grand ranch au nord de Los Angeles, Californie, qu'il nomme Tarzana. Les habitants de la commune qui naît autour de ce ranch adoptent ce nom pour leur ville. Tarzana, Californie, est fondée en 1927 ou 1928. De même, le lieu-dit de Tarzan, au Texas, est reconnu officiellement en 1927 quand la poste en accepte le nom, à la suite de la popularité du premier film, Tarzan chez les singes (muet), avec Elmo Lincoln. En 1923, Burroughs crée sa compagnie, , et commence à faire imprimer ses livres dans les années 1930. En 1934, il divorce d'Emma et épouse l'ancienne actrice Florence Gilbert Dearholt (1904-1991) en 1935, ex-femme de son ami Ashton Dearholt. Il adopte également les deux enfants des Dearholt. Le couple divorce en 1942. Au moment de l'attaque de Pearl Harbor, Burroughs habite à Hawaï et, malgré la soixantaine avancée, il demande à devenir correspondant de guerre. Il devient ainsi l'un des correspondants de guerre américains les plus âgés. Une fois la guerre terminée, il déménage à Encino, Californie, où, après de nombreux problèmes de santé, il décède d'une crise cardiaque le , laissant presque 70 romans. Le , sur Mars, est nommé en son honneur. Perception Les critiques les plus fréquentes à l'égard de l'œuvre de Burroughs font état du caractère très répétitif de ses histoires (un héros idéal part sauver son épouse/sa fiancée, elle-même perfection faite femme, enlevée par un « méchant » stéréotypé). Cependant, le succès de ses romans tient aussi à son incontestable imagination. Que ce soit avec les aventures de Tarzan, celles de John Carter, les histoires de Vénus, ou celles d'une civilisation au cœur même de notre Terre (le cycle de Pellucidar), Edgar Rice Burroughs a inspiré de nombreux auteurs de science-fiction et de littérature fantastique du . Séries et cycles notoires Tarzan Cycle de Mars avec John Carter Cycle de Pellucidar Cycle de Vénus Caspak Cycle de la Lune Autres romans Westerns The Bandit of Hell's Bend (1926) The War Chief (1927) Apache Devil (1933) The Deputy Sheriff of Comanche County (1940) Divers The Mad King (1914) - publié en français sous le titre Roi malgré lui aux Éditions Hachette collection la Bibliothèque verte en 1937 ; puis en 1997 aux Éditions Lefrancq Littérature sous le titre Le roi fou. The Eternal Lover (1914) - publié en français sous le titre L'éternel sauvage en 1997 aux Éditions Lefrancq Litteérature. Références Annexes Bibliographie Richard A. Lupoff, Master Of Adventure : The Worlds Of Edgar Rice Burroughs, University of Nebraska Press, 2005. Irwin Porges, Edgar Rice Burroughs : The Man Who Created Tarzan'', Brigham Young University Press, 1976. Liens externes Le roman d'aventures. La Tribune des amis d'Edgar Rice Burroughs Naissance en septembre 1875 Naissance à Chicago Écrivain américain du XXe siècle Écrivain de langue anglaise Romancier américain du XXe siècle Écrivain américain de science-fiction Écrivain américain de fantasy Auteur adapté par Walt Disney Pictures Lauréat du prix Inkpot Science Fiction Hall of Fame Décès en mars 1950 Décès à Encino (Los Angeles) Décès à 74 ans Nouvelliste américain du XXe siècle
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet%20de%20serre
Effet de serre
L’effet de serre est un processus naturel résultant de l’influence de l'atmosphère sur les différents flux thermiques contribuant aux températures au sol d'une planète. La prise en compte de ce mécanisme est nécessaire pour expliquer les températures observées à la surface de la Terre et de Vénus. Dans le système solaire, l'essentiel de l'énergie thermique reçue par une planète provient du rayonnement solaire et, en l’absence d'atmosphère, une planète rayonne idéalement comme un corps noir, l'atmosphère d'une planète absorbe et réfléchit une partie de ces rayonnements modifiant ainsi l'équilibre thermique. Ainsi l'atmosphère isole la Terre du vide spatial comme une serre isole les plantes de l'air extérieur. L'usage de l'expression effet de serre s'est étendu dans le cadre de la vulgarisation du réchauffement climatique causé par les gaz à effet de serre qui bloquent et réfléchissent une partie du rayonnement thermique. Or le bilan thermique d'une serre s'explique essentiellement par une analyse de la convection et non du rayonnement : la chaleur s'accumule à l'intérieur de la serre car les parois bloquent les échanges convectifs entre l'intérieur et l'extérieur. Aussi, le terme scientifique, utilisé par la communauté des climatologues pour décrire l’influence des gaz à effet de serre, composants de l'atmosphère bloquant le rayonnement infrarouge, sur le bilan thermique de la Terre, est forçage radiatif. Les températures terrestres résultent d'interactions complexes entre les apports solaires perturbés par les cycles de l'orbite terrestre, de l'effet albédo de l'atmosphère, des courants de convection dans l'atmosphère et les océans, du cycle de l'eau et le forçage radiatif de l'atmosphère notamment. Historique Dans les années 1780, Horace-Bénédict de Saussure mesure les effets thermiques du rayonnement solaire à l'aide de boîtes transparentes qu'il dispose dans la vallée et au sommet d'une montagne. En 1824, Joseph Fourier publie Remarques générales sur les températures du globe terrestre et des espaces planétaires dans lesquelles il affine l'analyse des expériences de Horace-Bénédict de Saussure en concluant « la température du sol est augmentée par l'interposition de l'atmosphère, parce que la chaleur solaire trouve moins d'obstacles pour pénétrer l'air, étant à l'état de lumière, qu'elle n'en trouve pour repasser dans l'air lorsqu'elle est convertie en chaleur obscure ». En 1857, Eunice Newton Foote publie Circumstances affecting the Heat of the Sun's Rays dans la revue The American Journal of Science and Arts. Elle décrit une expérience où elle mesure la température interne de cylindres de verre, exposés au Soleil et remplis de différents mélanges gazeux. Elle découvre que le dioxyde de carbone retient particulièrement bien la chaleur et conclut que « une atmosphère constituée de ce gaz donnerait à notre Terre une haute température ». Oubliée, sa contribution scientifique est redécouverte en 2011. En 1861, John Tyndall identifie à son tour les principaux responsables de ce mécanisme : la vapeur d'eau et le dioxyde de carbone. Il suggère alors qu'une modification de la composition de l'atmosphère peut avoir une influence sur l'évolution du climat. En 1896, Svante August Arrhenius propose la première estimation de l'impact du niveau de dioxyde de carbone sur les températures terrestres. Il estime qu'un doublement de la quantité de dioxyde de carbone devrait augmenter de la température moyenne. Il espère ainsi que l'exploitation du charbon permettra de surmonter la prochaine ère glaciaire due à l'orbite terrestre. Le géologue américain Thomas Chrowder Chamberlin arrivera indépendamment aux mêmes conclusions. En 1909, Robert Williams Wood montre que contrairement à une idée reçue le blocage du rayonnement infrarouge par le verre n'est pas le principal mécanisme qui explique le fonctionnement d'une serre. Par conséquent le terme scientifique, adopté par le GIEC, utilisé pour décrire l’influence des composants de l'atmosphère bloquant le rayonnement infrarouge sur le bilan thermique de la Terre est forçage radiatif et non effet de serre. L'expression synthétique effet de serre provient de la vulgarisation au début des des résultats alarmants des recherches climatologiques. Alors que les climatologues analysent l'impact du dioxyde de carbone sur le climat sans parler d'effet de serre, les premières alertes pour infléchir les décisions politiques sont lancées au début des années 1980 en utilisant cette expression, reprise par la suite dans des rapports de plus en plus médiatisés, comme le rapport Brundtland (1987). En France, Jean-Marc Jancovici et Hervé Le Treut ont vulgarisé les risques liés à l'effet de serre depuis les années 1980. Fonctionnement d'une serre Contrairement à une idée reçue, et comme le suggère ce nom, l'effet de serre, sous-entendu le mécanisme lié à l’absorption et à l'émission de radiations thermiques par le verre, n'est pas primordial dans le fonctionnement d'une serre. En 1909, Robert Williams Wood a réfuté par l'expérience cette explication. En remplaçant le verre qui recouvre une serre par du halite, un matériau totalement transparent aux infrarouges, Robert Wood mesure une augmentation similaire de température dans les deux cas. Aussi l'augmentation de température dans une serre ne s'explique pas par le fait que le verre réfléchit les infrarouges. L'expression « effet de serre » a néanmoins été conservée dans l'usage courant. Mais le terme scientifique, utilisé par la communauté scientifique pour décrire l’influence des composants de l'atmosphère bloquant le rayonnement infrarouge sur le bilan thermique de la Terre, est forçage radiatif. Le fonctionnement d'une serre s'explique essentiellement par une analyse de la convection et non du rayonnement : la chaleur s'accumule à l'intérieur de la serre car les parois bloquent les échanges convectifs entre l'intérieur et l'extérieur. Mécanisme sur Terre Lorsque le rayonnement solaire atteint l'atmosphère terrestre, une partie (environ 30 %) est directement réfléchie, c'est-à-dire renvoyée vers l'espace, par l'air, les nuages blancs et la surface claire de la Terre () ; l'albédo est la mesure de cet effet de miroir. Les rayons incidents qui n'ont pas été réfléchis vers l'espace sont absorbés par l'atmosphère (20,7 %) et la surface terrestre (51 %). Cette dernière partie du rayonnement absorbée par la surface du sol lui apporte de la chaleur qu'elle restitue à son tour, le jour comme la nuit, en direction de l'atmosphère. Le transfert de chaleur entre la Terre et l'atmosphère se fait, conformément au deuxième principe de la thermodynamique, du chaud (la terre) vers le froid (l'atmosphère) ; il se fait par convection (réchauffement et humidification de l'air au contact du sol puis ascension de cet air et libération de la chaleur latente de la vapeur d'eau lorsqu'elle se condense en nuages) et sous forme de rayonnements infrarouges lointains (dans la plage principalement, correspondant au « rayonnement du corps noir » pour la température du sol). L'effet de serre ne s'intéresse qu'à ces rayonnements, qui seront absorbés en partie par les gaz à effet de serre, ce qui contribue à réchauffer l'atmosphère. Puis dans un troisième temps, cette chaleur contenue par l'atmosphère est réémise dans toutes les directions ; une partie s'échappe vers l'espace, mais une autre partie retourne vers la Terre et vient en déduction de l'apport de chaleur de la surface vers l'atmosphère, donc s'oppose au refroidissement de la surface. Il est à noter que l'excès de chaleur généré par les activités humaines, via l’effet de serre, est absorbé à 93 % par l'océan, qui atténue ainsi l'augmentation de la température dans l'atmosphère. L'océan global joue donc un rôle de thermostat planétaire et de contrôle des grands équilibres naturels planétaires. Sans effet de serre (ce qui implique notamment : sans vapeur d'eau et sans nuages), et à albédo constant, la température moyenne sur Terre chuterait à . Mais à cette température la glace s'étendrait sur le globe, l'albédo terrestre augmenterait, et la température se stabiliserait vraisemblablement en dessous de (voir glaciation Varanger). Gaz à « effet de serre » Les gaz à effet de serre sont des composants gazeux de l'atmosphère qui contribuent à l'effet de serre (sans perdre de vue que l'atmosphère contient d'autres composants non gazeux qui contribuent à l'effet de serre, comme les gouttes d'eau des nuages sur Terre). Ces gaz ont pour caractéristique commune d'absorber une partie des infrarouges émis par la surface de la Terre. Les principaux gaz à effet de serre sont la vapeur d'eau, le dioxyde de carbone (), le méthane (), l'oxyde nitreux (ou protoxyde d'azote, de formule ) et l'ozone (). Les gaz à effet de serre industriels incluent les halocarbones lourds (fluorocarbones chlorés incluant les CFC, les molécules de HCFC-22 comme le fréon et le perfluorométhane) et l'hexafluorure de soufre (). Contributions approximatives à l'effet de serre des principaux gaz, d'après le GIEC : vapeur d'eau : 60 % dioxyde de carbone : 26 % ozone : 8 % méthane et oxyde nitreux : 6 % Effets des activités humaines La plupart des gaz à effet de serre (GES) sont d'origine naturelle. Mais certains d'entre eux sont uniquement dus à l'activité humaine ou bien leur concentration dans l'atmosphère augmente en raison de cette activité. C'est le cas en particulier de l'ozone (), du dioxyde de carbone () et du méthane (). La preuve que l'augmentation du atmosphérique est d'origine humaine se fait par analyse isotopique. Par contre, ce dernier gaz rejeté dans l'atmosphère ne participe que pour 40 % à l'effet de serre additionnel provenant de l'activité humaine. Répartition des gaz à effet de serre anthropiques (dus aux activités humaines) : L'ozone est fourni en grande quantité par l'activité industrielle humaine, alors que les CFC encore largement utilisés détruisent, eux, l'ozone, ce qui fait que l'on peut constater un double phénomène : une accumulation d'ozone dans la troposphère au-dessus des régions industrielles ; une destruction de l'ozone dans la stratosphère au-dessus des pôles. La combustion des carbones fossiles comme le charbon, le lignite, le pétrole ou le gaz naturel (méthane) rejette du en grande quantité dans l'atmosphère : la concentration atmosphérique de gaz carbonique a ainsi augmenté de , passant de la valeur pré-industrielle de aujourd'hui. Un des secteurs d'activités qui dégagent le plus de gaz à effet de serre est l'énergie : à ce sujet, voir l'article énergie et effet de serre. Ces combustibles augmentent, de plus, la concentration de gaz à effet de serre, car ils étaient enfouis dans le sol depuis des milliers d'années ce qui a rompu l'équilibre. Il s'agit d'un ajout additionnel de gaz carbonique dans l'atmosphère qui n'est pas non plus complètement compensé par une assez grande absorption : seule la moitié serait recyclée par la nature ; l'autre moitié resterait dans l'atmosphère et augmenterait l'effet de serre. La seconde cause d'émission de gaz à effet de serre est la déforestation, qui est responsable à elle seule de 20 % des émissions mondiales. Les déboisements les plus importants concernent les trois grandes forêts tropicales que sont la forêt amazonienne, la forêt du bassin du Congo, et la forêt indonésienne. Il s'agit d'une des plus grandes causes, car tout le carbone absorbé par ces arbres est rediffusé dans l'air. S'il y avait replantation, cette quantité de dioxyde de carbone serait réabsorbée par un autre arbre, mais sans replantation, alors il n'y a qu'un ajout de la quantité de ce gaz dans l'air. Les activités humaines dégagent donc une abondance de GES : les scientifiques du GIEC qui étudient le climat estiment que l'augmentation des teneurs en gaz d'origine anthropique est à l'origine d'un réchauffement climatique. En France, selon le groupe , les émissions de gaz à effet de serre proviennent des transports pour 26 %, suivis de l’industrie (22 %), de l’agriculture (19 %), des bâtiments et habitations (19 %), de la production et de la transformation de l’énergie (13 %), et du traitement des déchets (3 %). Depuis 1990, les émissions ont augmenté de plus de 20 % pour les transports et les bâtiments. En revanche, elles ont diminué de 22 % dans l’industrie, de 10 % dans le secteur agricole, de 9 % dans le secteur de l’énergie et de 8 % pour le traitement des déchets. Dans le cadre de la réduction des émissions de gaz à effet de serre engendré par la circulation automobile, une étude réalisée pour le PREDIT a montré l'influence des politiques de stationnement sur les possibilités de limiter la génération de gaz à effet de serre. La démarche concerne les émissions liées à la construction de places de stationnement, à l'exploitation des parkings et surtout à la mobilité induite par l'offre de stationnement. Hypothèse de l'emballement de l'effet de serre On craint au pire le déclenchement d'un effet « boule de neige » (rétroaction positive), où le réchauffement conduirait à un réchauffement encore accru, via la disparition des glaces (réduction de l'albédo) et surtout la libération de stocks naturels de GES actuellement fixés par le pergélisol, les hydrates de méthane marins, ou encore la biomasse. Si cela se produit et les réactions ne se terminent qu'après avoir produit une grande augmentation de la température, cela s'appelle un emballement de l'effet de serre ( en anglais). Selon l'hypothèse du fusil à clathrates ( en anglais), un emballement de l'effet de serre pourrait être causé par la libération de méthane à partir des clathrates (hydrates de méthane qui tapissent le fond des océans) à la suite du réchauffement climatique. On suppose que l'extinction massive d'espèces lors du Permien-Trias a été causée par un tel emballement. Il est également estimé que de grandes quantités de méthane pourraient être libérées de la toundra sibérienne qui commence à dégeler, le méthane étant plus puissant comme gaz à effet de serre que le dioxyde de carbone. Une telle hypothèse reste toutefois hautement improbable : des études récentes ont en effet prouvé que l'hydrate de méthane du fond des océans était stable, et que celui contenu dans le pergélisol n'avait que peu de chance de s'en échapper. Conséquences pour l'environnement L'effet de serre n'est pas en soi nocif aux écosystèmes ; sans lui, la Terre ne serait qu'une boule de glace où la vie ne serait pas possible, car il n'y aurait pas d'eau liquide. Le danger pour les écosystèmes réside plutôt dans la variation trop rapide et trop importante des conditions climatiques pour que la plupart des espèces dites évoluées puissent s'adapter aux changements de température et de pluviométrie. Des écosystèmes marins et littoraux pourraient également être touchés par une hausse du niveau de la mer, par la modification des courants marins et par les caractéristiques physico-chimiques de l'eau de mer (acidité, taux de gaz dissous…). Les populations humaines seraient évidemment touchées par le réchauffement climatique, la hausse du niveau de la mer entrainant la disparition d'importantes métropoles et de vastes portions de pays. En outre, une hausse des températures aide à la prolifération des insectes propageant des maladies infectieuses, qui survivent mieux dans des milieux chauds et humides. Le GIEC envisage, selon les scénarios, des augmentations de à pour le siècle à venir en supposant que l'augmentation des rejets de continue au rythme des années. Au lieu d'un ralentissement global des émissions depuis la signature du protocole de Kyoto, celles-ci continuaient à augmenter à un rythme croissant en 2018. Un arrêt total et immédiat des rejets de carbone n'empêcherait cependant pas la température moyenne de la planète de continuer à augmenter pendant plusieurs centaines d'années, car certains gaz à effet de serre ne disparaissent de l'atmosphère que très lentement. Effet de serre sur les autres planètes Effet de serre sur Vénus Sur Vénus l'effet de serre a porté la température à plus de . Une étude affirme que cet effet ne serait pas dû au dioxyde de carbone qui constitue 96 % de l'atmosphère, mais à des constituants en très faibles quantités relatives tels que et . En effet, dans le domaine infrarouge correspondant au maximum d'émission thermique pour un corps à la température de la surface et de la basse atmosphère de Vénus, le présente des fenêtres de transmission très larges qui ne peuvent piéger efficacement le rayonnement infrarouge. En revanche, et absorbent les radiations dans ce domaine de longueurs d'onde, tout comme le font également les fines particules d'acide sulfurique qui constituent les nuages. Vénus, plus proche (72,3 %) du Soleil que la Terre, reçoit ainsi près du double (191 %) de l'énergie solaire reçue par celle-ci. D'autres études contredisent cependant ce point et mettent en avant le rôle essentiel du dans l'effet de serre vénusien. Effet de serre sur Mars L'atmosphère de Mars contient une grande proportion de , néanmoins l'atmosphère de la planète est trop fine pour avoir un impact significatif sur la température (estimé à moins de +5,5 °C). constituant environ 96 % en volume (et quasiment autant en masse) de l'atmosphère martienne, sa pression partielle est approximativement égale à la pression totale atmosphérique de , tandis que cette pression partielle sur Terre est d'environ . Sur Terre, la fraction molaire de dans l'air est seulement de 0,04 % en volume (0,06 % en masse). Confusion entre effet de serre et trou dans la couche d'ozone L'effet de serre et le réchauffement climatique qu'il induit sont assez souvent confondus avec l'altération de la couche d'ozone. Il s'agit pourtant de deux phénomènes bien distincts, le premier concernant la rétention dans l'atmosphère des infrarouges (autrement dit de la chaleur) ; le second concernant l'augmentation de la transparence de l'atmosphère aux ultraviolets. Par ailleurs, si les principaux responsables de l'altération de la couche d'ozone, à savoir les CFC (chlorofluorocarbures, interdits dans les pays industriels dès 1989) sont aussi des gaz à effet de serre, l'inverse n'est pas vrai : les gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone et le méthane n'ont aucun effet sur la couche d'ozone. Notes et références Annexes Bibliographie Gérard Borvon, Histoire du carbone et du , Vuibert, 2013 Articles connexes Liens externes Gouvernement de la France Mission interministérielle à l'effet de serre Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique Gouvernement du Canada Carte sur l'effet de serre par Ressources naturelles Canada Autres Initiative européenne d'eParticipation (WAVE) utilisant les technologies de l'information Blog de commentaire des résultats scientifiques récents animé par des scientifiques. Émissions européennes par rapport à l'objectif de Kyoto Histoire de la notion d'effet de serre Mémoire de Fourier sur la température du globe terrestre et des espaces planétaires, en ligne et commenté sur le site BibNum. Article de 1896 d'Arrhenius sur le dans l'atmosphère, en ligne et commenté sur le site BibNum. « Depuis quand "sait-on" pour l'effet de serre ? » par Jean-Marc Jancovici, 2003 Gérard BorvonUne brève histoire de l'effet de serre et du changement climatique. Outils de visualisation carbonmap, cartographie animée en anamorphoses, comparant les régions du monde en termes d'émission, de consommation, de production, de population, de risque liés au carbone fossile Réchauffement climatique
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Escalade
Escalade
L’escalade, ou grimpe, parfois appelée varappe (désuet), est une pratique et un sport consistant à progresser le long d'une paroi pour atteindre le haut d'un relief ou d'une structure artificielle par un cheminement appelé voie ou itinéraire, avec ou sans l'aide de matériel. Le terrain de pratique va des blocs de faible hauteur aux parois de plusieurs centaines de mètres, en passant par les murs d'escalade. Le pratiquant est couramment appelé « grimpeur ». L'escalade développe de nombreuses qualités physiques, comme la force musculaire, la souplesse, l'endurance musculaire, l'équilibre, de bonnes capacités psychomotrices et de planification. Elle sollicite particulièrement la musculature des bras, du tronc et des jambes. Cette discipline se développe en tant que sport à part entière dès la fin du après la ruée des premiers alpinistes vers les grands sommets, avant de se démocratiser au siècle suivant pour devenir populaire dès la fin des années 1970. Les premières compétitions officielles sont organisées en 1988 par l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA). Chaque année est organisée une Coupe du monde de difficulté, de bloc et de vitesse, et tous les deux ans, des championnats du monde, l'ensemble étant supervisé par la Fédération internationale d'escalade (IFSC). L'escalade présente des risques variables selon les disciplines qui ont, chacune en ce qui la concerne, mis au point un équipement garantissant la sécurité du grimpeur. L'escalade en solo intégral fait figure d'exception, dans laquelle le grimpeur évolue sans système d'assurage, comme l'ont montré Patrick Edlinger, dans les films de Jean-Paul Janssen La Vie au bout des doigts et Opéra vertical, et Alain Robert, par ses ascensions de bâtiments. Histoire Jusqu'en 1885 : les origines À l'origine, l'escalade n'était pas considérée comme une activité de loisirs, mais comme un moyen d'accéder à un endroit surélevé qui offrait un meilleur champ de vision ou une meilleure protection contre les dangers. Les hommes préhistoriques escaladaient notamment certaines parois rocheuses présentant des cavités en hauteur destinées à les protéger des animaux sauvages et des prédateurs. Au fil des siècles, certains peuples se sont distingués par leur aptitude à escalader des parois rocheuses, comme les Chinois dont il existe des aquarelles datant du qui représentent des hommes escaladant des rochers. Au , les Amérindiens Anasazis étaient réputés pour leurs qualités de grimpeurs qui leur permettaient d'installer leur village sur les hauteurs des falaises. Leurs aptitudes étaient telles que lorsque les Navajos sont arrivés dans la même région, ils pensaient que les Anasazis étaient dotés de pouvoirs magiques. Le 28 juin 1492, Antoine de Ville réussit à atteindre le sommet du mont Aiguille dans le Vercors, réalisant ainsi la première ascension officiellement reconnue de l'histoire de l'alpinisme. Dès lors, l'escalade se retrouve intégrée à la pratique de l'alpinisme et permet aux alpinistes de réaliser l'ascension de sommets toujours plus hauts et inaccessibles par la marche. 1886 - 1944 : les débuts européens À la fin du , l'alpinisme se développe et de nombreux clubs alpins se créent en Allemagne, en France, en Italie, en Angleterre et aux États-Unis. Les alpinistes commencent à s'intéresser à la discipline de l'escalade en la dissociant de l'ascension d'une montagne, qui n'est plus une finalité ; en 1886, Walter Parry Haskett Smith réalise l'ascension de Napes Needle, un piton rocheux de situé à flanc de montagne dans le Lake District en Angleterre. Cette ascension est reconnue comme étant le début de l'escalade comme activité à part entière, distincte des ascensions de sommets. Avec l'augmentation de la difficulté des voies d'alpinisme, de nombreux alpinistes commencent à pratiquer l'escalade, notamment comme un moyen d'entraînement. Ils vont alors grimper sur les parois du Salève en Haute-Savoie, les blocs de Fontainebleau et les falaises de Lake District et de Dresde en Allemagne orientale lors de sorties organisées par les premiers clubs alpins nouvellement créés. Les années suivantes, le niveau des grimpeurs progresse rapidement malgré un matériel encore très rudimentaire et les premières voies dans le de cotation sont ouvertes. En 1903, Siegfried Herford réalise l'ascension de (5) au Scafell en Angleterre et Olivier Perry-Smith celle de (4+/5) à Dresde en Allemagne. Ces deux voies atteignent alors la limite du système de cotation utilisé à l'époque, créé par Hans Dülfer. Deux ans plus tard, Perry-Smith introduit un nouveau niveau de difficulté avec les réalisations de et de . Ces voies seront classées par la suite dans le , lors de la mise en place du système de cotation proposé par Willo Welzenbach en 1925. À cette époque, ce niveau est considéré comme la limite des possibilités humaines en escalade. Pendant des années, l'escalade est pratiquée très différemment selon les pays. Les clubs alpins se réunissent alors à Chamonix en 1932 et fondent l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA) afin de coordonner les actions des différents clubs et de régler les problèmes inhérents au milieu de l'escalade. Durant la première moitié du , l'escalade progresse au rythme de l'évolution du matériel et des performances des grimpeurs, et des voies d'escalade de difficultés croissantes sont ouvertes au fil des années. 1945 - 1978 : l'engouement américain En 1945, avec la fin de la guerre, la Fédération française de la montagne (FFM) est créée à la demande du Haut commissariat aux sports afin de développer les sports de montagne comme l'alpinisme et l'escalade. Les années suivantes, l'escalade connaît un fort engouement, notamment aux États-Unis, et de nombreuses salles d'escalade sont ouvertes. De plus, l'apparition des pitons à expansion permet de franchir des passages considérés comme infranchissables avec des pitons classiques. La première voie américaine dans le est ouverte en 1957 par Royal Robbins, Mike Sherrick et Jerry Gallwas, en réussissant l'ascension de la face nord-ouest du dans le Parc national de Yosemite. Cette réalisation est la première d'une longue série de réussites américaines au parc du Yosemite, mais aussi en Europe. En 1962, Gary Hemming, Royal Robbins et trois de leurs compatriotes ouvrent La directe américaine aux Drus, puis en 1965, La directissime, toujours aux Drus. Ils ouvrent aussi de nombreux itinéraires sur , comme (1961), (1964) ou encore (1974), qui restent encore aujourd'hui des références de l'escalade artificielle. Parallèlement, l'escalade libre se développe peu à peu, en respectant l'éthique qui recommande de préserver la voie de l'usage abusif de pitons et à réussir les ascensions dans une approche minimaliste, voire sans aide. Forts de leur expérience sur les parois du Yosemite, les Américains font rapidement progresser l'escalade et de nouveaux degrés de cotation sont atteints. En 1970, Ron Kauk réalise l'ascension d (7a/5.11c), la première voie dans le , puis en 1972, John Bragg réussit le dévers de Kansas City, premier 7b, et finalement en 1974, Steve Wunsch réussit Supercrack, le premier 7c. Depuis la création de la FFM, la France est restée en retrait et n'a pas connu la même progression car l'escalade y est peu médiatisée, comparée à l'alpinisme. Elle rattrape rapidement son retard, notamment grâce à Jean-Claude Droyer, qui ouvre les premiers 6b en 1976 puis les premiers 6c et 7a en 1977, et plus encore à Patrick Berhault et Patrick Edlinger qui, dès la fin des années 1970, réalisent un grand nombre de premières au Verdon et à Buoux ainsi que de nombreuses ascensions en solo intégral. Si, pendant cette période, le développement de l'escalade a lieu essentiellement dans les pays occidentaux, le bloc de l'Est innove en organisant dès 1947 les premières compétitions d'escalade. À partir de cette date, l'URSS organise des compétitions qui sont la combinaison d'une épreuve de , semblable à la difficulté, et d'une épreuve de vitesse où les grimpeurs sont assurés en moulinette par un câble d'acier. Ces compétitions sont principalement réservées aux athlètes russes jusque dans les années 1980. 1979 - 1991 : la démocratisation de l'escalade En 1979, Toni Yaniro, un jeune grimpeur de 18 ans, ouvre le en réalisant Grand Illusion (8a/5.13b). Cependant, cette ascension est mal vue du milieu de la grimpe, en raison de la méthode employée par Yaniro : après chaque tentative, il laisse la corde mousquetonnée, réalisant ensuite de nombreux essais en moulinette. Cette façon de « travailler » une voie difficile avant son enchaînement en tête, habituelle de nos jours à haut niveau, était rarement pratiquée à cette époque ; l'éthique des grimpeurs privilégiait le style (ascension à vue, engagement) plutôt que la difficulté. Trois ans plus tard, en 1982, le reportage de Jean-Paul Janssen La Vie au bout des doigts est diffusé dans l'émission « Les carnets de l'aventure » sur . Le documentaire, qui traite de la passion de Patrick Edlinger pour l'escalade et le solo intégral, remporte un franc succès tant en France que dans le reste du monde, est nommé à la des César et fait connaître ce sport au grand public. C'est à cette époque que l'escalade devient une discipline sportive à part entière et que sont organisées les premières compétitions internationales. Au milieu des années 1980, Andrea Mellano, membre du groupe académique du Club alpin italien, et Emanuele Cassarà, journaliste sportif italien, préparent la première compétition moderne d'escalade et convainquent les meilleurs grimpeurs mondiaux d'y participer. Au même moment en France, le manifeste des 19 est signé par plusieurs grimpeurs de haut niveau afin de s'opposer à l'esprit de compétitivité dans ce sport. Malgré cela, la rencontre italienne, une épreuve de difficulté, a lieu le 7 juillet 1985 sur les falaises de Bardonecchia en Italie, devant ; les vainqueurs sont Catherine Destivelle chez les femmes et Stefan Glowacz chez les hommes. L'année suivante, le succès est encore plus grand et la finale, remportée par les Français Patrick Edlinger et Catherine Destivelle, est suivie par plusieurs télévisions européennes et plus de . La même année, la France organise la première compétition en intérieur à Vaulx-en-Velin dans la banlieue lyonnaise. En 1988, l'UIAA reconnaît officiellement le circuit des puis, en 1989, la Coupe du monde d'escalade de difficulté et de vitesse. Forte d'une reconnaissance mondiale, l'escalade se développe encore, renforcée par l'apparition des spits et plaquettes qui permettent d'augmenter la sécurité lors des ascensions, laissant le grimpeur se concentrer davantage sur la technicité et la difficulté des voies. De nombreuses salles d'escalade sont ouvertes dans les villes et des techniques d'entraînement scientifiques sont mises au point par Edlinger et Alain Ferrand. Cependant, le monde de l'escalade reste majoritairement dominé par les hommes, hormis quelques rares exceptions comme Catherine Destivelle qui réalise le premier 8a féminin en 1986. Durant les années 1980, la cotation monte rapidement. Wolfgang Güllich, un jeune grimpeur allemand, réussit en 1982 la première répétition de Grand Illusion, voie ouverte et cotée 8a par Yaniro. En 1984, il réalise la première ascension de à Altmühtal, qui devient le premier 8b au monde. En 1985, il réussit le premier 8b+, , puis en 1987 le premier 8c, sur . L'Anglais Ben Moon réalise la première voie cotée 8c+ en 1990 avec l'ascension de à Raven Tor au Royaume-Uni. Finalement, en 1991, après un long entraînement spécifique, Wolfgang Güllich fait l'ascension dAction directe et évalue sa cotation à 8c+/9a. De nombreux répétiteurs finiront par lui attribuer une cotation de 9a, et beaucoup la qualifient de 9a dur, ce qui en fait ainsi la première voie dans le , voie qui deviendra symbolique et qui sera repétée par de nombreux grimpeurs célébres, tels qu'Adam Ondra à l'age de quinze ans et Alex Megos. En haute montagne aussi, le niveau technique d'escalade rocheuse augmente rapidement au cours des années 1980. Sous l'impulsion notamment de Michel Piola, de nombreuses voies d'escalade sont ouvertes dans le massif du Mont-Blanc. La beauté et la difficulté de l'escalade sont alors préférées à la conquête des sommets. 1992 - 2000 : l'escalade au féminin et le bloc Durant les années 1990, l'augmentation spectaculaire de la cotation connaît une période d'accalmie et le monde de l'escalade voit surtout de nombreux grimpeurs répéter les voies ouvertes les années précédentes. La seule exception étant Akira, une voie particulièrement difficile réalisée par Fred Rouhling en 1995 et qu'il évalue à 9b. Cette ascension sera décotée a 9a en 2020 par Sebastin Bouin, à l'occasion de son Vintage Rock Tour. Parallèlement à cette augmentation du niveau des grimpeurs et à l'ouverture de nombreuses voies d'escalade de toutes difficultés, une nouvelle discipline commence à se développer : le bloc. Proposant une escalade plus courte mais plus technique et difficile, le bloc permet de travailler certains enchaînements de mouvements sans la contrainte du matériel ni l'obligation d'escalader plusieurs mètres de paroi avant d'arriver au passage difficile de la voie (« crux »). Certains grimpeurs comme Fred Nicole y consacrent d'ailleurs une grande partie de leur temps, et le niveau ne tarde pas à s'élever avec le développement de la discipline. Les sites de Fontainebleau, Hueco Tanks ou Cresciano deviennent rapidement les endroits incontournables de cette pratique et voient un grand nombre d'ouvertures de blocs cotés entre 7B et 8A. Mais c'est surtout vers le petit site d'escalade situé à Branson, en Suisse, que le monde de l'escalade se tourne. Une première fois en 1992, lorsque Fred Nicole réalise La danse des Balrogs, premier bloc coté 8B, puis une seconde fois en 1996, où il réussit Radja, le premier 8B+. La reconnaissance du bloc comme discipline d'escalade se traduit par son introduction en compétition, d'abord en 1998 comme test, puis de manière officielle l'année suivante. Les années 1990 sont aussi marquées par l'arrivée de femmes dans le haut niveau de l'escalade. La Française Isabelle Patissier réalise de nombreuses ascensions de haut niveau, notamment dans les gorges du Verdon, et domine les compétitions avec l'Américaine Robyn Erbesfield. Mais c'est surtout Lynn Hill qui marque l'escalade en 1993, en réussissant la première ascension en escalade libre de sur la paroi de El Capitan au Yosemite. Cette voie de 34 longueurs réparties sur de hauteur n'avait alors jamais été réalisée dans ce type d'escalade, démontrant ainsi le potentiel féminin dans la discipline. Cet exploit est suivi cinq ans plus tard par la première ascension féminine d'une voie cotée 8c, Onky Tonky, réalisée par Josune Bereziartu. En novembre 2000, la difficulté en bloc augmente une nouvelle fois avec l'ascension par Fred Nicole de à Cresciano en Suisse. Il évalue la cotation de ce bloc à 8C, ce qui provoque rapidement une polémique, notamment sur le nombre de mouvements que requiert ce bloc. Depuis 2001 : la nouvelle génération En 2001, alors âgé de 20 ans, Chris Sharma réussit la première ascension de Biographie, une voie cotée 9a+ qui a été équipée en 1989 par Jean-Christophe Lafaille sur les falaises de Céüse en France. Les années suivantes sont marquées par les nombreuses premières et les répétitions d'ascensions de très haut niveau par une nouvelle génération de grimpeurs ayant commencé l'escalade dès leur plus jeune âge. Certains se distinguent dans le bloc, comme Paul Robinson ou Daniel Woods, d'autres dans la voie, comme Chris Sharma et Adam Ondra, qui est le plus jeune grimpeur au monde à avoir atteint le neuvième degré, à l'âge de 13 ans. À partir de 2008, de nouveaux niveaux de cotation sont atteints, notamment par Chris Sharma et Adam Ondra qui ouvrent plusieurs voies cotées 9b (, ) puis 9b+ (, , Vasil Vasil). Les années 2000 et 2010 sont aussi marquées par nombre de discussions et polémiques sur les cotations de voies et surtout de blocs au plus haut niveau. D'une part, parce que la cotation a augmenté très vite durant les deux décennies précédentes, et d'autre part parce que de nombreuses cotations sont revues à la baisse. Quelques grimpeurs comme Dave Graham, Nalle Hukkataival et Daniel Woods prennent même activement part aux discussions, tentant de redéfinir clairement les limites du très haut niveau. Les femmes réalisent aussi des ascensions de très haut niveau. Après Josune Bereziartu, qui est longtemps restée la seule femme à réussir l'ascension d'une voie dans le neuvième degré, Sasha DiGiulian, Charlotte Durif et Muriel Sarkany atteignent aussi ce niveau en 2013. En 2016, elles sont une quinzaine à avoir atteint le . En bloc, c'est la jeune grimpeuse Ashima Shiraishi qui, à l'âge de 11 ans, fait parler d'elle en réussissant l'ascension de , un bloc coté 8B/V13, difficulté alors atteinte par seulement quelques femmes ; en 2015, elle réalise une voie et en 2016 elle est la première à réaliser un bloc 8C/V15. En février 2017, Margo Hayes réalise La Rambla (9a+) et est reconnue comme étant la première grimpeuse à atteindre ce niveau. En 2021, Laura Rogora réalise la première ascension féminine d'un 9b/9b+, Erebor, voie ouverte quelques semaines auparavant par le grimpeur italien Stephano Ghisolfi. En 2007, la Fédération internationale d'escalade est fondée afin de développer les compétitions au niveau mondial. En 2011, à Arco, ont lieu les premiers championnats du monde de paraclimbing qui concernent les déficients visuels, les déficients neurologiques et les amputés. La première Coupe du monde de bloc handisport est organisée en 2014. Après plusieurs années de palabres, l'escalade est finalement intégrée aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo. Types d'escalade Deux types d'escalade permettent d'atteindre le sommet d'une voie. L'escalade libre, parfois désignée dans la littérature sous l'appellation « escalade à mains nues », néologisme repris dans les années 1980 par le grand public, regroupe les différentes pratiques où le grimpeur se sert uniquement de ses capacités physiques et des prises offertes par le rocher pour réaliser ses ascensions. À l'exception des chaussons d'escalade et de la magnésie, le matériel utilisé ne sert que pour l'assurage en cas de chute. Le second type est l'escalade artificielle, où la corde et divers équipements jouent un rôle déterminant dans la progression du grimpeur. Celui-ci peut alors se hisser en tractant sur les ancrages mis en place (pitons, spits, coinceurs, crochets) et en se dressant sur des étriers qu'il fixe à ces ancrages. Le recours à un trop grand nombre de spits est mal vu des « puristes » de l'escalade artificielle car il les prive du plaisir de chercher et de choisir les « faiblesses du rocher » où ils placent leurs ancrages. Il arrive que d'anciennes voies d'escalade artificielle soient gravies en escalade libre (on parle alors de « libérer » une voie) ; c'est notamment le cas de dans le parc national de Yosemite. On distingue de nombreux types de pratique de l'escalade, selon la nature du terrain, la méthode d'ascension et le niveau d'équipement des sites. L'équipement en place (les protections) dans les voies d'escalade est variable selon la nature de celles-ci, le type de roche, les règles propres à chaque secteur géographique observées par les grimpeurs locaux, ou la compétence de l'équipeur du site. Escalade sportive L'escalade sportive se pratique sur des voies entièrement équipées, où des points d'ancrage (spits ou broches scellées) ont été mis en place au préalable, compte tenu du cheminement envisagé de la voie, afin de permettre au grimpeur de se protéger en mousquetonnant sa corde. Apparue dans les années 1980, l'escalade sportive est un des types d'escalade les plus modernes et des plus sécurisés. L'escalade sportive est notamment pratiquée lors des compétitions d'escalade de difficulté. Escalade traditionnelle L'escalade dite « traditionnelle » (également dénommée « trad ») se pratique sur des voies peu ou pas équipées : elle associe l'escalade libre et l'usage exclusif de points d'assurage amovibles. Ces protections posées ne doivent pas laisser de trace sur la paroi ni endommager le rocher (escalade propre), contrairement aux trous forés pour insérer des pitons à expansion ou même de simples pitons. Le grimpeur pratiquant ce type d'escalade doit juger de la qualité de l'équipement qu'il rencontre et placer lui-même des protections supplémentaires : des coinceurs dans les fissures et les trous ; des sangles autour de becquets, lunules et arbres. La pose de protections n'étant possible que si le rocher le permet, cette escalade se pratique essentiellement sur des voies à fissures. En France, l'escalade « traditionnelle » subsiste principalement dans les voies en montagne ou dans les sites classés par la Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME) comme terrains d'aventure. Dans d'autres pays, notamment la République tchèque, le Royaume-Uni et les États-Unis, cette pratique est majoritaire, y compris sur des falaises de faible hauteur. Bloc Le bloc se pratique sans baudrier ni corde sur des blocs ou murs rocheux de faible hauteur : il nécessite donc peu voire aucun matériel. Pour limiter les risques de blessure lors d'une chute au sol, un ou plusieurs (tapis de protection) sont posés au sol pour amortir les réceptions ; de plus, il est utile qu'un partenaire effectue une « parade » afin de guider et amortir la chute du grimpeur, le cas échéant. Pratiqué dès la fin du par les alpinistes qui y voyaient un simple support d'entraînement, le bloc est aujourd'hui une discipline sportive à part entière et fait l'objet de compétitions spécifiques. Au-delà de l'aspect ludique lié à des contraintes moins nombreuses, le bloc est aussi la recherche d'un absolu : le mouvement le plus esthétique permettant de résoudre un « problème » difficile. Certains passages de blocs peuvent en effet ne comporter que trois ou quatre mouvements, voire un seul, à l'exemple du jeté spectaculaire de (8A) dans le site de Fontainebleau. Escalade en solo L'escalade en solo, dite simplement « solo », se pratique de manière autonome, sans la présence d'un second grimpeur assurant le premier : le grimpeur évoluant seul peut donc soit s'assurer lui-même, soit progresser sans protection ; on parle alors d'escalade en solo intégral. Escalade en solo avec auto-assurage L'escalade en solo avec auto-assurage se pratique de manière autonome, mais en utilisant des systèmes d'assurage. Ce type d'escalade peut être pratiqué dans le cadre de l'escalade libre ou de l'escalade artificielle. Elle fait appel à des techniques complexes d'assurage en tête ou bien sur corde tendue depuis le haut de la voie : leur mise en œuvre peut être facilitée par l'utilisation de matériels spécifiques, comme des dispositifs mécaniques de blocage ou anti-chute, des absorbeurs de chocs, des cordes statiques. Escalade en solo intégral L'escalade en solo intégral se pratique seul et sans aucun système d'assurage. Certains grimpeurs sont particulièrement célèbres pour avoir réalisé de nombreuses ascensions en solo intégral. Parmi eux, Patrick Edlinger, qui fait de nombreuses ascensions dans les gorges du Verdon, devenu célèbre grâce aux films de Jean-Paul Janssen La Vie au bout des doigts et Opéra vertical, mais aussi Alex Honnold, qui a réussi plusieurs records en solo, comme l'enchaînement en 18 heures du en 2012, c'est-à-dire la trilogie de , du et du mont Watkins dans le parc national de Yosemite. En 2018 sort le film documentaire Free solo, portant sur la plus longue ascension sans système d'assurage, réalisée par Alex Honnold à El Capitan. Depuis le milieu des années 1990, le grimpeur français Alain Robert fait aussi régulièrement parler de lui dans les médias en faisant l'ascension de gratte-ciel comme la Burj Khalifa ou la Tour First. Ces ascensions sont réalisées la plupart du temps sans autorisation, ce qui lui vaut nombre d'arrestations par les forces de l'ordre. Psicobloc Le solo intégral est également pratiqué au-dessus de l'eau ; on parle alors de psicobloc ou de (« solo d'eau profonde » en anglais). Cette pratique permet de faire du solo intégral sans risquer de se tuer lors d'une chute, mais n'enlève pas complètement la possibilité de se blesser car l'impact sur l'eau peut être la source de contusions ou traumatismes. Apparu à la fin des années 1970, le psicobloc est particulièrement pratiqué sur les falaises de l'île de Majorque, dans les Calanques de Marseille ou plus récemment en Thaïlande, mais est resté peu connu du grand public. Cette pratique a notamment été médiatisée par Edlinger dans La Vie au bout des doigts (1982), le court-métrage Psicobloc (2002), le premier topo consacré au psicobloc à Majorque (2006), Sharma réalisant l'arche (2007, 9b) ou l'organisation des compétitions Psicobloc Masters depuis 2013. Pratiques connexes Le terrain essentiel de pratique de l'escalade est le rocher, mais il existe d'autres terrains de pratiques : la via ferrata se pratique sur des falaises équipées avec des échelles, câbles, et un équipement adapté pour l'absorption des chocs ; la grimpe d'arbres consiste à escalader des arbres ; le parcours aventure se pratique sur des structures en hauteur, souvent en forêt ; la cascade de glace est l'escalade de structures naturelles ou artificielles d'eau glacée ; le dry-tooling se pratique sur rocher avec du matériel de cascade de glace (piolets et crampons), souvent pour rejoindre une zone de glace ou sur un rocher ne se prêtant pas à l'escalade libre ; l'escalade mixte est une pratique d'alpinisme sur un terrain combinant neige, glace et rocher ; la grimpe urbaine est l'escalade de façades de bâtiments ou monuments urbains le plus souvent en solo intégral ; le parkour consiste à se déplacer de manière acrobatique (course, sauts) dans un environnement urbain, en réalisant parfois des mouvements d'escalade ; le canyoning consiste à progresser dans le lit de cours d'eau ; le sawanobori est l'escalade le long des parois rocheuses d'une chute d'eau ou des berges d'un ruisselet. Sites d'escalade Sites naturels d'escalade Types de terrain Les sites naturels d'escalade (SNE) comprennent l'ensemble des reliefs rocheux propices à la pratique de l'escalade. Les pratiquants distinguent ces sites selon les types géologiques de roche, le profil des parois, la longueur des voies et l'équipement permanent éventuellement en place. Les reliefs de haute montagne sont généralement considérés comme des lieux de pratique de l'alpinisme plutôt que d'escalade, en raison des techniques mises en œuvre et des particularités du milieu (approche, conditions, neige, etc.) Le type géologique se définit principalement par la nature des roches : le calcaire (site des gorges du Verdon, Calanques, Dolomites), le grès (Fontainebleau), la molasse (Buoux), les poudingues et conglomérats (Mallos de Riglos, Canaille), le granite (massif du Mont-Blanc, Bavella), roches volcaniques (Massif central, Allemagne, Islande), gneiss (Mercantour, Caroux), etc. La nature des roches, leurs déformations tectoniques (strates, cassures) et les effets de l'érosion (polissage, délitement, trous, taffoni) induisent d'importantes différences pour l'équipement et les mouvements d'escalade : type de prise, adhérence, facilité de protection, risques d'effritement ou chute de pierre, etc. Les pratiquants distinguent aussi les sites selon le profil géométrique des parois, qui induit des gestuelles ou des mouvements d'escalade spécifiques : dalle, paroi verticale, dévers. Ils distinguent aussi les faces (lisses) et les « faiblesses » d'une paroi : fissure, écaille, colonne, arête, dièdre, cheminée Les sites sont également différenciés selon leur hauteur : le bloc (généralement moins de cinq mètres), la couenne (moins de quarante mètres), le site de grandes voies (nécessitant plusieurs relais d'assurage), le (nécessitant plusieurs jours d'ascension). Sites sportifs Les sites sportifs sont des sites d'escalade où les points d'ancrage permettent d'assurer le grimpeur durant la totalité de son ascension. Les points sont généralement constitués de pitons à expansion ou de spits et le relais doit comporter au moins deux points d'ancrages reliés ou pouvant l'être. Selon les pays, la disposition et le matériel d'ancrage peuvent être soumis à des normes réglementaires. L'équipement d'une falaise est généralement réalisé par des bénévoles. Après avoir repéré les secteurs présentant un intérêt, ils obtiennent l'autorisation d'usage auprès des propriétaires (parfois sous forme d'une convention signée avec une fédération sportive). Les équipeurs ou ouvreurs sécurisent le secteur en créant des sentiers d'approche, en purgeant la falaise des blocs et pierres instables, en taillant les arbres et la végétation trop envahissants et en brossant éventuellement la roche. L'installation des points d'assurage peut être réalisée depuis le bas, il s'agit alors d'une « ouverture », ou depuis le haut en descendant en rappel. L'équipement d'une longueur de voie requiert entre une demi-journée et trois jours de travail. Les noms des voies d'un secteur et leur description (cotation, tracé) sont ensuite répertoriés dans des publications destinées aux grimpeurs : les topos. Terrain d'aventure À l'opposé des sites sportifs, le terrain d'aventure est un site où tout ou partie des équipements servant à l'assurage sont absents ou ne répondent pas aux normes. Le grimpeur doit alors poser lui-même ses protections afin d'assurer sa sécurité. C'est sur ce type de site que l'escalade traditionnelle peut être pratiquée. Structures artificielles d'escalade L'escalade se pratique aussi bien en extérieur qu'en intérieur. Les structures artificielles d'escalade (SAE) permettent de pratiquer l'escalade sportive ou le bloc tout au long de l'année, en ville, quelles que soient les conditions météorologiques. Les SAE sont utilisées par certains grimpeurs pour l'entraînement hors saison (en hiver) ou dans des créneaux horaires mieux adaptés aux obligations quotidiennes (en soirée, après les créneaux scolaires). Les SAE offrent aussi un lieu de pratique dans les régions peu fournies en falaises et blocs rocheux. Elles sont parfois considérées comme un lieu plus adapté ou sécurisant pour l'initiation à l'escalade. Les SAE sont également devenues le lieu de pratique préféré de nombreux grimpeurs, qui se focalisent sur l'escalade en salle ou la compétition et délaissent l'escalade rocheuse. Les « pans » désignaient à l'origine de simples panneaux de bois de fabrication artisanale et de petites dimensions, sur lesquels sont vissées des prises de main et de pied. Les premiers pans étaient bricolés à domicile par certains grimpeurs afin de s'entrainer régulièrement sur de courts passages, de faible hauteur (sans corde). Ils se sont répandus dans les années 1990, au sein des clubs d'escalade et à l'intérieur des salles d'escalade à corde. Un « mur d'escalade » est un mur ou une paroi artificielle sur laquelle de nombreuses prises synthétiques sont fixées pour en permettre l'ascension. La plupart du temps, les murs d'escalade sont fabriqués avec des panneaux plats recouverts d'un matériau antidérapant, mais ils peuvent aussi présenter un relief ressemblant aux parois naturelles. Les termes « mur », « pan » et « SAE » ne distinguent pas les structures avec points d'ancrage (escalade avec une corde) des structures sans points d'assurage (réception au sol ou sur tapis). Mur à corde Une « salle d'escalade (à corde) » ou un « mur à corde » désigne souvent une large structure artificielle dédiée à l'escalade sportive, composée d'un ou plusieurs murs équipés de points d'ancrage, et abrité à l'intérieur d'un bâtiment. De telles infrastructures peuvent être privées (entreprise) ou publiques (salle municipale), ouvertes au grand public (droit d'entrée payant) ou accessibles uniquement aux membres (club sportif, infrastructure scolaire). Le système de cotation est en général le même que sur les sites naturels (SNE) et la possibilité de modifier facilement le type et la position des prises permet une grande variété dans la difficulté. Les ouvreurs (les personnes qui créent les voies) renseignent en général au pied des voies des fiches descriptives ou des tableaux récapitulatifs de leur niveau. Outre l'escalade en salle, il existe quelques structures artificielles extérieures (en bois, plastique, béton, ciment, acier, etc.) construites dans cette optique ou détournées de leur vocation première au profit de l'escalade, tels les châteaux d'eau, viaducs ou façades de bâtiments. Salles de bloc L'engouement des années 2010 pour la pratique du bloc a conduit à la création de « salles de bloc » modernes, susceptibles d'accueillir des compétitions. Ces structures artificielles sont dédiées uniquement à l'escalade de bloc, telle que pratiquée dans les compétitions. Elles sont construites à l'intérieur d'un bâtiment, avec une importante surface à grimper et des profils très variés (gros dévers, toit, proue, bombés...). À l'instar du bloc en extérieur, l'escalade y est pratiquée sans corde et à des hauteurs limitées. La chute des grimpeurs est amortie par d'épais tapis en mousse. Pour la Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME), ces structures de bloc se distinguent du simple « pan » par une hauteur suffisante et un vaste espace de pratique, de sécurité et de circulation. Sur ces sites, des ouvreurs créent régulièrement de nouveaux passages de bloc, en modifiant les prises, en les identifiant par des repères (étiquettes, couleur des prises...) et en mentionnant la difficulté (à l'aide d'un code couleur). Aspects techniques Mouvements L'escalade est un jeu de (dé)placements et d'équilibre. Le grimpeur progresse et déplace son centre de gravité dans un univers vertical et acquiert ainsi un bagage gestuel. Les pieds servent à la progression et à l'équilibre par appui sur des prises ou par traction (« crochetage »). En escalade, un principe fondamental pour garder son équilibre est celui des « trois points d'appui », c'est-à-dire deux pieds et une main ou deux mains et un pied. Cette règle est toujours enseignée chez les débutants, mais ne s'applique pas dans les mouvements dynamiques. Limiter l'effort fourni par les mains et les bras est essentiel dans un sport qui nécessite de l'endurance, notamment en grande voie. Les muscles des membres inférieurs étant nettement plus puissants et endurants que ceux des bras, le rôle des pieds et des jambes est de supporter une grande partie du poids du grimpeur. Pour progresser ou effectuer des rétablissements, le grimpeur doit parfois se servir de son talon en le crochetant pour s'équilibrer et réduire l'effort sur ses bras afin de s'économiser. Les prises de main peuvent alors être utilisées dans de nombreuses directions et être tenues par seulement quelques doigts, voire une unique phalange. Certains mouvements spécifiques servent à la progression dans les cheminées, les toits, les fissures ou les dièdres. De plus, si la plupart des mouvements s'effectuent de façon statique, où au moins une prise est toujours maintenue durant la progression, les mouvements dynamiques, comme les jetés, ne sont pas exclus, le grimpeur pouvant même quitter brièvement tous ses points d'appui simultanément. Techniques de progression Plusieurs techniques de progression ont été développées, en fonction du type d'ascension et des connaissances et capacités du grimpeur et de l'assureur. Elles font appel aux techniques d'assurage. En tête Lors de l'escalade en tête, le premier grimpeur escalade la paroi sans que la corde soit installée en haut (en « moulinette »). Au fur et à mesure de sa progression, il relie la corde aux points d'assurage à portée de sa main, par exemple en « mousquetonnant » une dégaine à un piton à expansion, puis la corde à cette dégaine. Le premier de cordée procède ainsi jusqu'au relais. S'il chute, il tombera d'une hauteur au moins égale à deux fois la distance du dernier point mousquetonné. L'élasticité de la corde et la mobilité de l'assureur augmentent encore cette hauteur de chute mais permettent de l'amortir. Le premier grimpeur arrivé au relais redescend immédiatement si la voie ne fait qu'une longueur (« couenne »), grâce à l'assureur (en « moulinette ») ou de manière autonome (« rappel »), ou fait monter le second grimpeur en l'assurant depuis le relais. Le second récupère les dégaines lors de sa progression afin que le premier puisse les utiliser pour la longueur suivante. Sur certains types de voie naturelle, l'usage d'une corde « à double » est recommandé pour des raisons de sécurité ou de confort. Par exemple, sur une voie en zigzag, la corde à double permet de réduire les frottements (tirage) ou les chocs aux points d'ancrage, en alternant les mousquetonnages. Elle permet aussi au grimpeur de rester assuré, voire bloqué sur un brin pendant qu'il passe l'autre brin dans une dégaine lors de sa progression, notamment en escalade artificielle. Une corde à double est recommandée dans le cas d'une cordée de trois grimpeurs (encordement en flèche). Elle peut être constituée d'un seul bloc ou de deux brins séparés, ce qui permet d'en répartir le poids entre les grimpeurs pendant la marche d'approche. Certains modèles de corde à double sont unicolores, d'autres possèdent deux brins de couleur différente, facilitant ainsi le repérage du milieu de la corde notamment pour la mise en place de rappels. En second L'escalade en second est pratiquée sur les voies de plusieurs longueurs. Dès que le grimpeur qui monte en tête atteint le relais, il s'y attache (on dit qu'il « se vache »). Il assure ensuite à son tour, depuis le relais, celui qui monte en second. Au fur et à mesure de sa progression, le second récupère les dégaines posées par le premier de cordée ou leader. Arrivé au relais, le second peut alors enchaîner sur la longueur suivante, qu'il grimpera alors en tête (on parle de ), ou rester au relais pour assurer son compagnon (). Cette deuxième solution s'impose quand le second n'est pas assez expérimenté ou entraîné pour gérer une longueur en tête. L'escalade « en flèche » est une variante où le premier de cordée grimpe en tête sur une corde à double (avec deux brins de cordes au lieu d'un) et est suivi par deux seconds. L'un des seconds assure alors le premier de cordée sur les deux brins de corde puis, une fois celui-ci arrivé au relais, les deux seconds grimpent simultanément, assurés par le premier, chacun sur un seul brin de corde. Un système d'assurage spécifique (plaquette par exemple) est nécessaire à cette pratique. La flèche permet de réaliser l'ascension d'une voie de plusieurs longueurs à trois grimpeurs au lieu de deux habituellement et elle augmente la sécurité du grimpeur. À corde tendue L'escalade à corde tendue est la progression simultanée des grimpeurs. Le grimpeur de tête commence l'ascension jusqu'à ce que la corde qui le relie au second se tende. Le second commence alors à son tour à grimper sur la même voie. L'assurage s'effectue par le contrepoids d'un grimpeur par rapport à l'autre en cas de chute. Cette pratique nécessite une excellente maîtrise car elle présente des risques supplémentaires, mais elle permet d'avancer rapidement dans la voie en s'affranchissant des relais tant que le premier a le matériel nécessaire à la protection. Elle est fréquemment utilisée dans les longueurs faciles ou lors des records de vitesse sur des parois de plusieurs longueurs comme dans le parc national de Yosemite. En moulinette L'escalade dite se pratique avec la corde déjà passée dans le relais en haut de la voie. Le grimpeur est constamment assuré par le haut et n'a généralement pas à utiliser de dégaines lors de sa progression, tandis que l'assureur se trouve au pied de la voie. Cette technique, généralement utilisée en école d'escalade sur de faibles hauteurs, minimise l'amplitude d'une éventuelle chute car l'élève reste à portée de vue de l'assureur lors de son évolution. Elle est aussi employée par des grimpeurs entraînés souhaitant répéter un passage ou une série de mouvements. Les encouragent souvent cette pratique afin de limiter le matériel nécessaire et de minimiser les risques. En escalade sportive, la moulinette est fréquemment utilisée pour « travailler » une voie ou un passage à la limite de son niveau, mais la « réalisation » d'une voie comportant plusieurs longueurs se fait toujours en tête ou en réversible. Cotations La difficulté d'une voie est codifiée par un système de cotation qui diffère selon les pays. En France, la cotation est exprimée par un chiffre (de 3 à 9), avec des subdivisions en lettre (de a à c), et éventuellement un signe (+, parfois - pour les notations anciennes). La difficulté par ordre croissant est donc notée, par exemple : ... < 4 < 5a < 5a+ < 5b < ...< 9c. Certains topos utilisent des chiffres romains (IV, V+...). On peut trouver une double cotation (par exemple 5c/6a), notamment si les prises sont difficiles à atteindre pour les grimpeurs de petite taille. En pratique, l'escalade proprement dite commence au niveau 4 dans le système de cotation français, le niveau 1 correspondant historiquement à la station verticale dans l'esprit de l'inventeur de cette échelle, Willo Welzenbach. Parmi les systèmes de cotation à l'étranger, la notation anglaise propose deux cotations par voie, permettant de noter respectivement la difficulté et l'engagement, car la plupart des voies anglaises ne sont pas équipées et sont parfois difficiles à protéger. La cotation en bloc y diffère en outre de l'escalade en falaise. Matériel Le matériel de base pour pratiquer l'escalade se limite en général à des chaussons d'escalade, conçus pour assurer un bon contact entre les pieds du grimpeur et la paroi. De même, de la magnésie peut réduire la sudation des mains pour une meilleure préhension. Afin de protéger le grimpeur en cas de chute, du matériel supplémentaire peut être utilisé, détaillé ci-dessous. Bloc Selon la hauteur du bloc, sa difficulté et la dangerosité de la réception en cas de chute, le matériel du grimpeur se complète d'un ou plusieurs . Il s'agit d'un matelas de réception qui permet l'amortissement d'une chute et la protection de la zone de réception,qui est parfois rendue dangereuse par des cailloux, des racines ou des souches d'arbres. De plus, au moins une personne se charge de parer le grimpeur pour contrôler et amortir sa chute. Escalade sportive En escalade sportive, la hauteur atteinte par le grimpeur nécessite une protection supérieure à celle fournie par le . Le matériel utilisé vise donc à empêcher le retour au sol du grimpeur. Il se compose de la corde et des éléments de liaison qui permettent de l'utiliser. La corde doit impérativement être dynamique, c'est-à-dire pourvue d'une certaine élasticité et d'une grande résistance aux frottements, à l'opposé des cordes statiques prévues pour une progression verticale (comme en spéléologie). Elle est conçue pour résister aux contraintes d'une chute. Cette corde est attachée au grimpeur par l'intermédiaire d'un baudrier au moyen d'un nœud d'encordement (généralement un nœud en huit ou de chaise) qui assure une fixation aisée, solide et fiable. Aux débuts de l'escalade, la corde était simplement attachée autour de la taille des grimpeurs, ce qui ne garantissait pas une totale sécurité et pouvait parfois occasionner une gêne pendant les ascensions voire des blessures (chocs, traumatismes) en cas de chute. L'autre extrémité de la corde est reliée à l'assureur par le biais d'un dispositif d'assurage. Le défilement de la corde est alors contrôlé au fur et à mesure de la progression du grimpeur en , et l'assureur peut bloquer son défilement au cas où le grimpeur viendrait à chuter. Ce dispositif d'assurage est soit un frein (dans le cas d'un descendeur en huit ou d'un nœud de demi-cabestan), soit un dispositif auto-bloquant comme le grigri ou le cinch. Dans le cas d'une voie en plusieurs longueurs, l'assureur est obligatoirement attaché (ou « vaché ») à un relais (ou chaîne) qui est constitué d'au minimum deux points d'ancrage si la configuration de la paroi le permet. En escalade sportive, lors de sa progression, le grimpeur se contente de passer sa corde dans des dégaines fixées sur les points d'ancrage de la paroi. Dans le cadre de l'escalade traditionnelle, c'est-à-dire pour les falaises peu ou pas équipées (souvent appelées ), du matériel de protection supplémentaire est nécessaire : des coinceurs ou des sangles, parfois des pitons sont installés afin d'y placer des dégaines. Pour des raisons de sécurité, ce matériel de base est souvent complété d'un casque afin de protéger le grimpeur comme l'assureur d'éventuelles chutes de pierres. Escalade artificielle En escalade artificielle, l'équipement du grimpeur reprend celui utilisé en escalade sportive. S'y ajoute tout l'équipement permettant une progression artificielle : étriers permettant de se hisser sur l'ancrage pour en poser un nouveau, crochets pour la progression, marteau pour poser des pitons, dégaines explosives pour soulager le poids sur les ancrages en cas de chute Dans ce cas, le matériel ne vise plus seulement à minimiser les conséquences d'une chute, il permet aussi de créer des points d'ancrage supplémentaires nécessaires à la progression du grimpeur. Les grimpeurs utilisent systématiquement un casque car ils sont susceptibles de se cogner la tête contre des protubérances du rocher ou, dans certaines situations, aux surplombs, toits Par ailleurs, le grimpeur, assis dans son baudrier, peut porter des genouillères qui protègent les genoux lors de la pose de points d'ancrage. Normalisation L'escalade peut être pratiquée de manière très libre. Cependant, comme pour tout sport à risques, elle est soumise à de nombreuses normes pour assurer la sécurité des grimpeurs. Les fabricants de matériel d'escalade, en particulier, sont contraints de respecter des normes strictes qui définissent les caractéristiques des équipements, particulièrement les équipements de protection individuelle (EPI), leur contrôle qualité et l'information faite aux usagers sur leur utilisation. Les structures artificielles sont également concernés. En Europe, le Comité européen de normalisation (CEN) établit des directives, en concertation avec les acteurs concernés, que tout matériel vendu dans l'Union européenne doit respecter. Il doit aussi être conforme aux lois de l'Union européenne et porter le marquage CE (conformité européenne). En France, les normes sont harmonisées avec celles européennes par l'Association française de normalisation (AFNOR). De plus, ce matériel est soumis aux normalisations ISO tout au long de sa chaîne de fabrication afin d'assurer la qualité des composants. Organisation La Commission européenne de normalisation établit les normes sur le plan européen, tandis que l'AFNOR traite des normes françaises. De plus, l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA) définit un label selon des normes souvent plus strictes que celles de la Commission européenne, et tous les fabricants adhérents à cette association mondiale doivent respecter un cahier des charges précis afin de bénéficier de ce label. Les normes concernant les prises d'escalade ont été élaborées par la commission S53V et celles régissant l'utilisation des tapis de réception ont été établies par la commission S530. Pour faire respecter ces normes, des organismes, habilités en France par le ministère de l'industrie, effectuent des contrôles réguliers. Toute irrégularité vis-à-vis de ces normes conduisant à un dommage corporel constitue une circonstance aggravante pour le fabricant. Ces normes ou d'autres similaires sont respectées dans beaucoup d'autres pays en dehors de l'Europe. Catégorie des EPI La législation encadre également l'utilisation des EPI. Il existe trois catégories d'EPI pour protéger la personne : la première concerne les agressions superficielles, la seconde les agressions graves et la catégorie 3 protège contre les dangers mortels. En escalade, les EPI de catégorie 1 sont par exemple les gants, les lunettes ou écrans de protection. Il est nécessaire qu'il comporte au moins la mention CE. La seconde catégorie encadre notamment les casques et les crampons. Ils doivent comporter la mention « CE » et l'indication de l'année de fabrication, par exemple « CE12 » pour un casque fabriqué en 2012. Enfin la encadre par exemple les cordes, les baudriers, les mousquetons. Ceux-là doivent comporter la mention « CE », l'année de fabrication ainsi que le numéro du laboratoire agréé (par exemple « CE12987 »). Normes en vigueur Motivations Les motivations qui poussent une personne à pratiquer l'escalade sont multiples et personnelles. Cependant, il existe des dénominateurs communs qui justifient la pratique de l'escalade. Environnement L'escalade en extérieur se pratique quasiment exclusivement en milieu naturel, ce qui donne l'occasion aux grimpeurs de visiter des sites à l'écart de la civilisation et de profiter du cadre. Nombre de sites d'escalade sont situés dans des parcs nationaux, comme les gorges du Verdon, le parc national de Yosemite ou encore Hueco Tanks, qui permettent aux grimpeurs de voir une faune et une flore spécifiques, en plus de disposer de panoramas réputés depuis un emplacement privilégié. Physique L'escalade développe de nombreuses capacités comme la force musculaire, la souplesse, l'endurance musculaire, l'équilibre et de bonnes capacités psychomotrices. Elle fait particulièrement travailler la musculature scapulaire, dorsale et thoracique (principalement en étirement), les groupes musculaires du bras et avant-bras ; elle fait participer les jambes et la sangle abdominale. Enfin, elle met fortement en jeu la proprioception. L'escalade est l’un des sports brûlant le plus de calories en peu de temps (environ 540 à ), en raison de l’intensité avec laquelle elle sollicite muscles et concentration. Le défi physique que représente l'escalade est souvent source de motivations pour les grimpeurs. . Aspects psychologiques L’escalade est une excellente école pour apprendre à se connaître et à appréhender ses limites. Elle . Dans le développement de l'enfant, l'escalade apprend . Une notion importante est la part psychologique dans la pratique de l'escalade. Pour réussir une ascension, le grimpeur doit maîtriser son appréhension du vide ainsi que sa peur de la chute par la pratique régulière et progressive. Le grimpeur éprouve une satisfaction souvent génératrice de motivation par l'adrénaline qu'elle procure, mais aussi par le sentiment de plénitude et de maîtrise de ses actions et de sa vie qu'elle inspire, qui en fait une activité autotélique. . Compétitions Les compétitions officielles d'escalade sont administrées à leur création par l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA), puis dès 2007 par la Fédération internationale d'escalade (). Au niveau international, elles sont organisées sous deux formes, des championnats du monde qui ont lieu une fois tous les deux ans et une Coupe du monde qui se déroule en plusieurs étapes. L'escalade est aussi représentée aux Jeux mondiaux depuis son édition de 2005 à Duisbourg. De plus, des championnats continentaux se tiennent de manière bisannuelle, comme les Championnats d'Asie, les Championnats panaméricains et les Championnats d'Europe. Il existe aussi de nombreuses compétitions de niveau national administrées par les fédérations nationales de chaque pays, ainsi que des compétitions promotionnelles comme le Melloblocco, qui est organisée chaque année, depuis 2004, sur des blocs naturels dans la région de Val Masino en Italie ou encore le Petzl Roc Trip. Les compétitions se tiennent le plus souvent en salle sur des murs d'escalade, mais aussi sur des murs extérieurs, permanents ou provisoires comme pour les étapes de la Coupe du monde qui se déroulent à Chamonix en France. Elles se déroulent généralement en trois tours : qualifications, demi-finale et finale, avec possibilité de super-finale en cas d'ex-æquo à la première place. Il existe trois disciplines principales : la difficulté, le bloc et la vitesse. L'escalade est au programme des Jeux olympiques d'été de 2020 en tant que sport additionnel (il n'est pas encore au programme olympique). Elle comportera trois épreuves : le bloc, l’escalade de vitesse et le mur d’escalade. Pour les Jeux olympiques de 2024 à Paris, l’escalade sera de nouveau proposée au Comité international olympique afin de potentiellement l’intégrer aux sports additionnels. Difficulté Durant les épreuves de difficulté, les concurrents grimpent les mêmes voies en tête, les uns après les autres. Ces voies doivent faire un minimum de de longueur pour de largeur et avoir une hauteur minimale de . Le vainqueur est celui qui atteint le plus haut point de la voie, en un seul essai. Une voie est réussie (comptée ) lorsque la dernière dégaine de la voie a été ; si elle n'est pas réussie la dernière prise tenue par le grimpeur est comptabilisée. Pour le classement, on tient compte également de la façon dont la dernière prise a été utilisée. Un grimpeur qui l'aura valorisée en initiant un mouvement vers la prise suivante sera classé devant celui qui l'aura simplement tenue. Depuis 2012, la durée d'ascension est prise en compte pour le classement en cas d'égalité. Cependant le temps limite pour la tentative de chaque grimpeur est de . Passé ce délai, le compétiteur est arrêté dans sa progression et la hauteur est mesurée à l'endroit de cet arrêt. Durant le tour de qualification des compétitions de difficulté, les compétiteurs doivent grimper deux voies. Le classement est alors obtenu en effectuant la moyenne du classement obtenu sur chacune des deux voies. À l'issue des qualifications, sont retenus les 26 meilleurs pour la demi-finale. À l'issue de la demi-finale, il ne reste plus que les 8 mieux classés. En cas d'égalité sur un tour, les concurrents sont départagés d'après les résultats des tours précédents. La plupart du temps, les compétiteurs doivent grimper la voie à vue. Cela signifie qu'ils ne sont pas autorisés à voir les autres grimpeurs sur la voie car autrement leurs concurrents pourraient voir les astuces ou les erreurs des grimpeurs les ayant précédés, ce qui leur donnerait un avantage important. Ils ne peuvent pas non plus recevoir de conseils d'autres grimpeurs, et n'ont qu'un temps limité pour observer et la voie à son pied. Sinon les grimpeurs grimpent la voie flash, après avoir pu observer les techniques et enchaînements donnés par l'ouvreur de la voie, qui effectue une démonstration, puis par les autres grimpeurs. Bloc Les épreuves officielles de bloc se déroulent sur un circuit à vue de cinq blocs pour les qualifications et de quatre blocs pour les demi-finales et les finales. Sur chaque bloc, les prises de départ à utiliser avec les mains et les pieds sont imposées, ainsi que la prise d'arrivée qui doit être tenue à deux mains. Une prise intermédiaire dite est également matérialisée. Chaque compétiteur dispose d'un temps fixe, de cinq minutes durant les qualifications et les demi-finales, et de quatre minutes pour les finales, pour observer et tenter de réussir chacun des blocs, en réalisant plusieurs essais si nécessaire. Entre chaque bloc, il bénéficie d'une période de repos de même durée. Pour chaque tour, les compétiteurs sont classés selon : le nombre de blocs réussis, en ordre décroissant, puis la somme des nombres d'essais pour réussir les blocs, par ordre croissant, puis le nombre de prises bonus tenues, en ordre décroissant, et enfin la somme des nombres d'essais pour tenir les prises bonus, par ordre croissant. La formule voit tous les compétiteurs d'une même catégorie disposer d'un temps commun, généralement deux à trois heures voire davantage, pour tenter de venir à bout du plus grand nombre de blocs possibles parmi les plusieurs dizaines qui leur sont proposés, dans l'ordre qu'ils choisissent. Le nombre d'essais n'est pas pris en compte. Chaque bloc réussi rapporte finalement divisés par le nombre de fois où il a été réussi (le grimpeur qui est seul à réussir un bloc reçoit points, si 5 grimpeurs en réussissent un autre, ils reçoivent chacun /5=200 points). Le vainqueur est celui qui aura obtenu le plus grand total de points. La formule est réservée au premier tour qualificatif des compétitions de bloc (parfois l'unique tour). Vitesse Les épreuves de vitesse se déroulent sur deux voies identiques durant lesquelles les concurrents doivent atteindre au plus vite le sommet. Le vainqueur est celui qui réalise le meilleur temps. Les grimpeurs qui tombent avant d'arriver au sommet de la voie sont disqualifiés. Lors des qualifications, chaque grimpeur effectue généralement deux essais. Le classement est effectué d'après le meilleur des deux temps ou d'après le total des deux temps réalisés. Suivant le nombre de compétiteurs, les 4, 8 ou 16 mieux classés accèdent au tour final qui se déroule sous forme d'élimination directe. Le premier est opposé au dernier classé, le deuxième à l'avant-dernier Le record du monde absolu est détenu depuis par le grimpeur indonésien Veddriq Leonardo, qui a escaladé le mur officiel de en , lors d'une étape de Coupe du monde à . Le précédent record, détenu depuis par l'Iranien Reza Alipourshenazandifar par un chrono de , venait tout juste d'être battu, lors de cette même compétition, par un compatriote de Leonardo, Kiromal Katibin, avec un temps de . Handisport Des compétitions d'escalade handisport sont organisées. Les sportifs y concourent par catégories : celle des aveugles et mal-voyants, celle des amputés et handicapés physiques et celle des déficients neurologiques. Le premier championnat du monde d'escalade handisport a eu lieu en juillet 2011. Le premier championnat du monde de bloc handisport est organisé en 2014. Entraînement Durant son apprentissage, un grimpeur voit son niveau progresser au fur et à mesure de la pratique de l'escalade. Cependant, il peut présenter un souhait d'atteindre de meilleures performances, soit dans le cadre de la compétition, soit dans le cadre d'objectifs personnels. Pour cela, il peut mettre en place des techniques d'entraînement, par exemple en s'aidant de matériel spécifique. Techniques d'entraînement L'entraînement s'organise selon différents plans : la technique, le physique et le plan mental et stratégique. Une progression dans ces différentes composantes permettra au grimpeur d'améliorer son niveau. Cela peut s'organiser en fonction du type de pratique ; par exemple, sur le plan physique, les grimpeurs de bloc favorisent le développement de la puissance, les grimpeurs de voie cherchant en plus à améliorer leurs qualités de résistance et de récupération dans l'effort. Technique En premier lieu, le grimpeur entraîne — naturellement — sa technique de par la pratique de base de l'escalade. Il apprend alors à placer son corps de manière adéquate et doit aussi acquérir une maîtrise des placements de pieds afin d'économiser au maximum ses membres supérieurs. À partir d'un certain niveau, il doit aussi passer par un apprentissage et une mise en pratique des différents mouvements d'escalade afin de continuer à progresser. Ce but est souvent atteint en diversifiant les supports, les types de prises ou de rochers pour acquérir des techniques spécifiques supplémentaires. De plus, la pratique du bloc ou les entraînements dans des salles de bloc ou de pan permettent de travailler certains mouvements spécifiques. Selon le type d'escalade pratiqué, il est nécessaire d'apprendre à utiliser le matériel de manière efficiente. Lors d'escalade en terrain d'aventure ou artificielle, la pose de points d'assurage est nécessaire, mais doit aussi être parfaitement maîtrisée, d'une part pour être certain du bon fonctionnement du matériel, d'autre part pour passer le moins de temps à les mettre en place, car cela entame les réserves d'énergie du grimpeur et limite ses capacités lors de l'ascension. Physique En second lieu, le grimpeur cherche à améliorer son niveau sur le plan physique. Par les types d'efforts très différents qu'elle implique, l'escalade fait appel principalement à trois filières énergétiques : la , la résistance, l'endurance. En améliorant sa force, le grimpeur sera plus performant sur le plan musculaire, il pourra fournir une puissance musculaire plus importante pendant un temps réduit. S'il améliore sa résistance, il sera capable de fournir un effort d'intensité moyenne plus souvent. Pour finir, en entraînant sa continuité, il sera en mesure d'enchaîner les efforts après de courtes pauses ou repos. Il est également nécessaire de travailler d'autres composantes physiques, notamment l'endurance, qui est la capacité à fournir un effort long, sans repos et s'inscrivant dans la durée. La souplesse et l'élasticité des muscles (par étirements) offrent plus de possibilités au corps, notamment pour atteindre des prises ou réaliser des mouvements plus avancés. Enfin, le grimpeur peut renforcer sa résistance articulaire, les articulations, particulièrement des doigts, étant très sollicitées. Cet entraînement peut lui éviter les blessures. Mental et stratégie Pour améliorer son niveau, le grimpeur peut améliorer son mental et sa stratégie face à une voie. Avant d'entamer une escalade, le sportif a la possibilité de visualiser les prises présentes et les mouvements à effectuer pour atteindre le sommet. Cette préparation, la , peut être améliorée en favorisant une bonne mémorisation, une bonne concentration et une prise de décision juste. La confiance est une autre voie d'amélioration, notamment dans le matériel utilisé, en l'assureur qui retient le grimpeur en cas de chute, mais aussi en lui-même, pour tenter des mouvements difficiles. Comme dans d'autres sports, un esprit combatif est nécessaire pour atteindre ses objectifs. Le grimpeur apprend enfin à améliorer sa stratégie. Tout d'abord, il peut apprendre à organiser sa grimpe pour éviter des creux de fatigue. Ensuite, il veille à bien s'échauffer pour éviter les blessures et à reconnaître le moment opportun pour tenter une voie ou un mouvement difficile. Enfin, en vue de maintenir un bon niveau de forme, il apprend à correctement s'hydrater et se nourrir ainsi qu'à éviter le surentraînement, qui peut amener à se blesser, se fatiguer inutilement ou se démotiver. Matériel d'entraînement Pour s'entraîner, les grimpeurs ont à disposition plusieurs moyens d'entraînement qui dépendent des objectifs fixés. Dans une préparation physique généralisée, un grimpeur peut pratiquer par exemple la course à pied (footing) ou la corde à sauter pour améliorer son endurance cardiovasculaire, des exercices d'étirements pour améliorer sa souplesse. Plus spécifiquement, il peut pratiquer la musculation pour améliorer sa force et entraîner des muscles plus particuliers, par exemple avec une barre de traction ou des anneaux. Des outils d'entraînement spécialisés pour l'escalade existent. Il s'agit par exemple du pan qui regroupe une quantité importante de prises afin d'offrir un grand échantillon de gestuelles possibles. Le pan Güllich ou la poutre permettent également un entraînement des mouvements spécifiques à l'escalade. Enfin, plus généralement le grimpeur peut aussi se servir d'un chronomètre, d'un cardiofréquencemètre ou d'une caméra pour mesurer ses performances, les étudier et les améliorer. Dans le cadre d'un renforcement musculaire, l'entraînement peut consister à utiliser des poids, soit en musculation (haltère, tractions) soit en situation de grimpe (gilet lesté). Risques L'escalade est considérée comme un sport à risques, mais son intégration aux X Games contribue à lui donner une image de sport extrême. Pourtant, parmi les sports liés à la montagne, elle reste l'un des moins accidentogènes. Chiffres Selon l'institut de veille sanitaire français, sur la saison estivale 2000-2003, 11 décès et 239 victimes liés à la pratique de l'escalade sont dénombrés, en comparaison de 130 et pour l'alpinisme, et de 203 et pour la randonnée pédestre. Une étude annuelle menée par le Club alpin suisse depuis 1984 confirme la même tendance pour la Suisse, où l'escalade compte en moyenne 6 décès par année contre 37 pour la haute montagne et 44 pour la randonnée. Ces chiffres concernant l'escalade sont donc relativement bas. Ce constat est vrai également au rapport du nombre d'interventions. Selon le même rapport de l', sur répertoriés (dont 150 décès), 16 % concernent l’alpinisme, 54 % la randonnée en montagne, 10 % le VTT, 9 % le parapente et 11 % l’escalade et le canyonisme. Causes L'escalade, comme la plupart des sports, présente des risques. Ceux-ci sont principalement de deux natures, chute du grimpeur ou chute d'objets. Pour chacun, des existent afin de pallier ces dangers. La chute du grimpeur, relativement fréquente en escalade, n'entraîne généralement pas de blessures car elle est amortie par la chaîne d'assurage : assureur, dispositif d'assurage, corde, points de progression et baudrier. Néanmoins, des défaillances dans cette chaîne peuvent causer une longue chute, une chute violente (chute de ), voire un retour au sol. Les défaillances les plus fréquentes sont une faute d'inattention de l'assureur, un mauvais encordement, une mauvaise utilisation du dispositif d'assurage, voire une rupture de point de progression (surtout en escalade artificielle). De par les normes très strictes posées sur le matériel, les erreurs humaines dominent sur les défaillances du matériel. Dans les sites naturels, des chutes d'objets peuvent se produire : rocher instable, bloc de glace (en cascade de glace), matériel perdu par les cordées situées au-dessus, ou même objets lancés par des individus inconscients situés en haut des voies. Afin de s'en protéger, le port du casque est vivement recommandé. De plus, le bon sens incitera les grimpeurs à crier ou s'ils doivent lancer une corde ou s'il leur arrive de faire glisser une pierre. Ce risque existe également mais dans une moindre mesure en intérieur. Cela peut arriver avec la chute de matériel lors de sa manipulation en haut de voie ou de prises d'escalade lors de leur installation sur le mur. Dans ce genre de cas, plutôt que de porter un casque, il est recommandé de ne pas passer dans la zone au sol où se situe le danger. Blessures Bien que ce soit relativement rare, il arrive de se blesser lors de la pratique de l'escalade ou de l'entraînement. La gravité et la diversité des blessures peuvent varier grandement selon les cas, et on peut répertorier des blessures allant de la simple égratignure aux traumatismes lourds pouvant entraîner un handicap irréversible. Les blessures sont issues de trois différentes causes : la chute du grimpeur, la chute d'un élément externe, la pratique sportive en elle-même. Chute du grimpeur Les blessures causées par la chute du grimpeur varient selon le type d'escalade pratiqué. Dans le cadre de l'escalade sportive, elles sont généralement mineures car le grimpeur peut disposer de nombreux points d'assurage qui l'empêcheront de faire une chute trop importante et donc de se blesser gravement. Les blessures sont alors dues au contact avec la paroi et vont des petites éraflures aux contusions. Le risque de toucher la paroi lors d'une chute varie grandement avec le type de voie pratiquée. Sur une voie en dévers, ce risque est réduit alors que sur une paroi en dalle, il est augmenté. Lors de la pratique de l'escalade traditionnelle, les blessures peuvent rapidement être plus graves qu'en escalade sportive, car les points d'assurage sont, soit peu fiables, soit inexistants et le grimpeur doit placer lui-même ses propres protections. De ce fait les points sont susceptibles de ne pas supporter la violence d'une chute, ce qui augmente la hauteur potentielle de chute avant que le grimpeur ne soit retenu par la corde. Dès lors, le grimpeur risque de frapper violemment la paroi, ce qui peut conduire à des blessures graves. De plus, à cause de l'augmentation de la hauteur de chute, il arrive que le grimpeur ne soit pas retenu par la corde et qu'il finisse sa course en tombant au sol. Ce type d'accidents est souvent la cause de blessures graves comme des fractures des membres inférieurs, du bassin ou de la colonne vertébrale. Dans certains cas, il arrive que le grimpeur se retourne, se retrouvant ainsi dos à la paroi, et que sa tête ou son rachis heurte la roche. Ce type d'accident peut être rapidement très grave car le choc peut provoquer un traumatisme crânien. Dans le cadre du bloc, les chutes peuvent avoir une conséquence supplémentaire car le grimpeur n'est assuré par aucune corde. C'est le qui amortira l'atterrissage et il n'est pas rare de voir des personnes se tordre la cheville lors d'une mauvaise réception. De plus, lors de l'escalade de blocs de grande hauteur, des lésions aux genoux, aux hanches et à la colonne vertébrale peuvent survenir. Une chute à côté du peut aussi être la cause de blessures car le grimpeur risque alors d'atterrir sur un rocher ou une racine d'arbre. Lors de la pratique de l'escalade en solo intégral, le grimpeur n'a aucun système d'assurage, les blessures sont donc généralement fatales car la chute du grimpeur se termine immanquablement au sol. Les lésions varient principalement en fonction de la hauteur de chute et vont des fractures à la paralysie, si elles ne causent pas la mort du grimpeur. Chute d'un élément externe La chute d'un élément externe, comme un morceau de roche, peut causer des blessures dont la gravité dépend de la taille de l'objet et de la hauteur de la chute. Cet accident demeure malgré tout assez rare. Les lésions vont de la simple égratignure jusqu'à, dans certains cas extrêmes, la mort du grimpeur ou de l'assureur. Il n'est pas rare de faire tomber de petits cailloux lors d'une ascension qui, s'ils ne sont pas une source de risques pour le grimpeur, peuvent l'être en revanche pour la personne qui s'occupe de l'assurage ou pour une autre cordée. Le port d'un casque permet de limiter notablement les risques dans de tel cas ou, du moins, de limiter la gravité des blessures à la tête. Le décès de Jean Couzy dans le massif du Dévoluy en 1958, victime d'une chute de pierre, a contribué à la prise de conscience de l'importance du port du casque en escalade. Pratique sportive Les blessures causées par la pratique de l'escalade sont dues à des efforts trop importants sur une ou des régions du corps. Elles touchent principalement les articulations, les muscles et les tendons qui sont énormément sollicités lors de certains mouvements ou pour tenir des prises de petites tailles. Les doigts et les mains sont d'ailleurs particulièrement sujets aux lésions dues à un effort trop violent. Selon une étude en ligne, la main représente un tiers des lésions tandis que les membres inférieurs (genou, cheville et pied) en représentent un quart ; le reste est occupé par le rachis, l'épaule et le coude. Une des plus courantes lésions de ce type est la rupture de poulie, qui arrive généralement lors d'une mise en charge violente sur une prise de petite taille ; elle consiste en une déchirure partielle ou complète d'une ou plusieurs poulies digitales, qui servent à maintenir les tendons fléchisseurs des doigts au contact du squelette. Cette lésion est assez spécifique à l'escalade. La tendinite est aussi une des affections régulièrement rencontrées en escalade à cause des efforts répétés sur les tendons. Elles apparaissent le plus souvent au niveau des doigts et du poignet, mais peuvent aussi survenir au coude ou à l'épaule. Dans les traumatismes, les membres inférieurs sont les plus visés lors de la pratique du bloc tandis que ce sont les membres supérieurs et en particulier la main qui sont touchés lors de la pratique de la voie. Encadrement L'encadrement et l'enseignement en escalade, permettant d'évoluer en sécurité dans la pratique, peuvent être dispensés dans le cadre de cours d'éducation physique et sportive, dans les associations par des personnes expérimentées et des diplômés fédéraux, par des moniteurs d'escalade ou des guides de montagne. En France En France, l'encadrement bénévole se distingue de celui rémunéré. Encadrement bénévole Dans le milieu associatif, les clubs sportifs liés au milieu de la montagne, affiliés au Club alpin français, à la Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME) ou à la Fédération sportive et gymnique du travail, dispensent des formations et diplômes d'initiateur fédéral escalade. Ces initiateurs escalade seront alors habilités à encadrer des groupes de grimpeurs (sans y être astreints). Des grimpeurs expérimentés n'ayant pas de diplôme d'initiateur fédéral encadrent parfois aussi, les formations sont néanmoins fortement conseillées. Ces formations et diplômes concernent la pratique sur mur d'escalade (SAE), en SNE sportif d'une ou plusieurs longueurs, jusqu'à l'escalade dite « traditionnelle ». Les premières étant plus rapides à passer, les suivantes plus exigeantes et polyvalentes. Le monitorat fédéral favorise aussi l'accès à la performance. Encadrement rémunéré peut provoquer le changement de classement d'un site. C'est le cas des calanques de Marseille, qui se retrouvent classées comme terrain d'aventure. Les diplômes ne permettant d'encadrer qu'en ne permettent donc pas de travailler sur ces sites. Diplôme d'État de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport Les moniteurs d'escalade titulaires du Diplôme d'État de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport (DEJEPS) d'escalade sont formés pour encadrer et enseigner la pratique contre rémunération, en environnement spécifique ou (selon la mention du diplôme) et jusqu'à une altitude de . Le DEJEPS remplace le Brevet d'État d'éducateur sportif depuis 2013 . Le DEJEPS d'escalade se décline en deux mentions : « escalade » et « escalade en milieux naturels ». Les prérogatives de la mention « escalade » permettent d'encadrer en environnement non spécifique : mur d'escalade (SAE), site naturel et sur une unique longueur de corde (jusqu'au premier relais). La Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME) organise cette formation à Voiron et à Fontainebleau. La mention « escalade en milieux naturels » permet d'encadrer le sport dans toutes ses dimensions : environnements spécifique et non spécifique, c'est-à-dire sur tous sites naturels et via ferrata situés à une altitude inférieure à . Elle permet donc d'encadrer sur un site classé comme terrain d'aventure et sur des itinéraires de plusieurs longueurs. Cette formation est organisée par l'État . Elle est notamment dispensée dans les Centre de ressources, d'expertise et de performance sportives (CREPS). Guide de haute montagne Les guides de haute montagne, formés en France par l'École nationale des sports de montagne, peuvent encadrer en milieux spécifique et non spécifique, sans limite d'altitude. Certificat de spécialisation En 2011, les titulaires du Certificat de spécialisation en activité d'escalade rattachés au Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport « Activité physique pour tous » peuvent encadrer la pratique de l'escalade contre rémunération en SAE et en SNE, sur voie d'une longueur (jusqu'au premier relais), d'une longueur maximum de et classée en . Certificat de qualification professionnelle En 2016, le Certificat de qualification professionnelle « animateur d'escalade sur structure artificielle » (CQP AESA) est créé par la branche professionnelle. Il permet à son titulaire d’encadrer contre rémunération et en autonomie des activités d’escalade sur structures artificielles, auprès de tout public, de l’initiation jusqu’aux premiers niveaux de compétition. Le titulaire est contraint à un volume horaire maxium de travail partiel de par an. STAPS Les formations Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) donnent également les prérogatives pour encadrer l'escalade contre rémunération. Les diplômes STAPS sont référés au répertoire national des certifications professionnelles. Les titulaires peuvent obtenir une carte professionnelle auprès de la direction départementale de la jeunesse et des sports. Deux approches sont possibles : la licence « éducation et motricité » permet d'enseigner l'escalade auprès de tout public jusqu'aux jeunes adultes (26 ans) ; la licence « entraînement » donne à son titulaire la possibilité d'entraîner en escalade, à condition qu'il ait suivi l'option « escalade » lors de son cursus et qu'il ait validé le de son supplément au diplôme. En Suisse En Suisse, l'Association suisse des guides de montagne délivre un titre de moniteur d'escalade après une formation et des examens pratiques et théoriques. Le candidat doit notamment être capable de grimper une voie cotée 7b pour les hommes et 7a+ pour les femmes. Aspects environnementaux Comme d'autres sports de nature, l'escalade en extérieur est source de débats à propos de ses impacts négatifs sur l'environnement. La pratique de l'escalade est ainsi parfois l'objet de concertations, de conflits ou de conventions entre les grimpeurs, les associations de défense de l'environnement, les parcs nationaux et les pouvoirs publics (mairie, élus), les propriétaires et usagers des terrains. L'activité des grimpeurs sur les falaises et leurs abords peut avoir des impacts non négligeables sur les espèces rupestres animales et végétales, parfois fragilisées voire menacées. Elle est source de dérangement (visuel, sonore) pour la faune rupestre : oiseaux en période de nidification, rapaces, lézards et serpents, chauve-souris, bouquetins En nettoyant les falaises (purge de rochers, débroussaillage), en aménageant les abords (accès) ou en piétinant la végétation, les grimpeurs peuvent détruire des espèces végétales fragiles et rares ou favoriser l'érosion des sols. Aussi, pour préserver les biotopes, des pays restreignent ou interdisent l'accès à certains secteurs. À l'instar d'autres activités de plein air, la surfréquentation de certains secteurs peut être une source de pollution ou de nuisances pour les propriétaires de terrains et les riverains : déchets abandonnés, bivouac et camping sauvage, stationnement de véhicules, bruit, perturbation du bétail ou des chasses. L'emploi de magnésie, outre l'aspect visuel disgracieux, pollue les voies d'escalade par la poudre blanche résiduelle qui colle durablement aux prises et aurait un effet délétère sur la végétation épilithe, au contraire de la colophane, résine d'origine organique. Image de l'escalade dans les médias Pour le public non-initié, l'escalade est souvent associée à une aventure, une activité à risques, voire un sport extrême, procurant des « sensations fortes » accrues par la peur du vide et l'éventualité d'une chute au sol. Cette image est souvent reprise par les médias, alors qu'elle ne correspond pas à la réalité des pratiques modernes toujours plus sécurisées, sur falaises équipées ou structures artificielles. La majorité des grimpeurs revendique au contraire un refus du « risque inconsidéré » et défend l'idée d'une aventure construite sur la performance sportive. Par ses différents aspects, l'escalade véhicule d'autres images qui sont parfois utilisées dans le milieu de la publicité, autant télévisée que papier. Duracell fait pratiquer ce sport à un de ses lapins pour vanter les mérites de longévité ou d'endurance de ses piles. La marque de barres de céréales Grany utilise l'aspect avec une publicité mettant en image Patrick Edlinger diffusée en 2004. Cette publicité en reprend une diffusée plus tôt en 1988 de la même marque mettant en avant le du sport pour vanter les mérites du produit. La technique puriste de Patrick Edlinger est aussi utilisée pour apporter une image des barres Grany. Notes et références Notes Références : : Association française de normalisation (AFNOR) : (règlement des compétitions) : Autres sources : Voir aussi Articles connexes Site d'escalade Mur d'escalade Vocabulaire de l'escalade et de l'alpinisme Escalade en France Continuité Mouvements d'escalade Bibliographie . . O. Aubel, L'escalade libre en France : sociologie d'une prophétie sportive, Paris, L'Harmattan, 2005. J. Corneloup, « Escalades et post-modernité », Sociétés, , 1991, p. 385-394. A. Gloria, M. Raspaud, « Émergence des compétitions d'escalade en France (1980-1987) : genèse d'une offre fédérale », STAPS, vol. 27, , 2006, p. 99-114. O. Hoibian, « De l'alpinisme à l'escalade libre, l'invention d'un style ? », STAPS, vol. 16, , 1995, p. 7-15. E. de Léséleuc, Les "voleurs" de falaise : un territoire d'escalade entre espace public et espace privé, Pessac, Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, 2004. C. Martha, « L'engagement du corps dans la pratique de l'escalade », in O. Sirost (Ed.), Le corps extrême dans les sociétés occidentales, Paris, L'Harmattan, 2005, p. 179-185. A. Suchet, « L'invention du piton d’escalade et sa diffusion en Europe : étude d’une innovation sportive en montagne », Science & Motricité, vol. 31, , 2017, p. 45-52. Liens externes
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Extr%C3%AAme%20droite
Extrême droite
Le terme « extrême droite » est employé pour classer des mouvements, des organisations et les partis politiques placés les plus à droite du spectre politique et historiquement disposés à l'extrême droite des hémicycles parlementaires. La question de sa délimitation suscite le débat, mais plusieurs usages en sont distingués. Au début du , l'extrême droite était par exemple représentée par un mouvement comme l'Action française, nationaliste et royaliste, qui défendait une doctrine raciste et antisémite. Ceux qui se réclament de ces idées aujourd'hui y sont toujours classés. De plus, le terme est associé aux mouvements défaits par la Seconde Guerre mondiale, tels que le fascisme italien et le nazisme allemand. De nos jours, on classe couramment à l'extrême droite des partis comme le Rassemblement national en France, la Ligue du Nord en Italie ou le Parti de la liberté d'Autriche. Le qualificatif « extrême droite » peut être utilisé de manière stigmatisante et péjorative par ses adversaires politiques en assimilant toutes ses tendances au fascisme et au nazisme. Comme le relève le politologue Jean-Yves Camus, en France, le terme n'est quasiment jamais assumé par ceux qui en font partie, ceux-ci préférant, comme le Rassemblement national, les termes de « droite nationale » ou de « mouvement national ». Droite et extrême droite Le passage de l'expression « extrême droite » de l'usage politique commun au vocabulaire des sciences politiques explique en partie les difficultés de définition : comme le relève Cas Mudde, outre sa fonction de catégorisation descriptive, le terme remplit aussi dans l'usage commun une fonction de délimitation d'un « ennemi politique ». La science politique anglo-saxonne parle plus volontiers de droite radicale signifiant par là qu'elle se situe à la limite de la droite démocratique, libérale ou conservatrice. Pour se distinguer de l'extrême droite, la droite traditionnelle a historiquement entretenu un refus d'alliance, dont une illustration est le en Belgique. Cette politique est remise en question depuis quelques années : dans certains pays, comme en Autriche ou en Israël, des alliances se sont parfois nouées. Fin 2018, un scrutin régional en Espagne voit le Parti populaire conclure une double alliance remarquée, d'un côté avec Ciudadanos, de l'autre avec Vox, petit parti d'extrême droite qui venait de faire une percée électorale notable. En février 2020, c'est en Allemagne qu'une alliance entre les partis de gouvernement FDP et CDU et l'AfD d'extrême droite fait un tollé, entraînant des démissions et des manifestations. Certains mouvements d'extrême droite peuvent être liés à la droite classique, mais finirent par être classés à l'extrême droite du fait d'une radicalisation (par exemple le Fidesz hongrois). D'autres mouvements d'extrême droite s'avèrent n'avoir aucun lien avec les mouvements de droite classique, comme les factions anticapitalistes de l'extrême droite. Ces dernières s'avèrent être plus radicales et parfois en conflit avec les mouvements de la droite conservatrice radicalisées. Certaines personnalités ou structures politiques peuvent évoluer considérablement comme l'illustre, en Italie, la trajectoire du Mouvement social italien (néo-fasciste) devenu Alliance nationale (centre-droit). En France, Alain Madelin, Gérard Longuet, Patrick Devedjian et Hervé Novelli sont des figures politiques de droite ayant commencé leur engagement au sein du mouvement d'extrême droite Occident. Différences entre les extrêmes droites Il existe de nombreuses divergences entre les extrêmes droites, notamment sur le plan économique, certaines factions sont libérales tandis que d'autres sont socialisantes. En religion, on trouve également des extrêmes droites religieuses chrétiennes (Civitas catholique, Ku Klux Klan protestant, Pamiat orthodoxe), musulmanes (Front de la stabilité de la révolution islamique et l'Alliance Fatah chiites, Hamas sunnite), juives (Lehava, Front national juif) qui peuvent être antagonistes. Si la majorité des mouvements d'extrême droite sont anticommunistes, certains mouvements prônent une forme de Communisme mêlé à du Conservatisme sociétal comme le National-bolchevisme et les eurasistes. Concernant leur rapport à la religion, certains mouvements sont favorables à la présence de la religion dans la société. D'autres sont plutôt laïcs et certains sont franchement théocrates. Sur la stratégie électoraliste, certains prônent le réformisme tandis que d'autres prônent la stratégie révolutionnaire ou contre-révolutionnaire selon les tendances. Sur le rôle de l'État, certains soutiennent l'étatisme tandis que d'autres sont anti-étatistes. Sur la politique étrangère, une grande partie se divise au sujet du conflit israélo-arabe. De nombreux mouvements soutiennent le nationalisme arabe ainsi que les palestiniens. Ainsi, l'Espagne franquiste soutenait activement les nationalistes arabes, d'autres factions antisionistes d'extrême droite affichent une proximité avec le Hezbollah libanais et l'Iran khomeiniste sans forcément être musulmans, ainsi l'Alliance pour la paix et la liberté, parti d'extrême droite européen qui appelle à la défense de la chrétienté soutient ouvertement les mouvements islamistes chiites pro-iraniens, tandis que d'autres mouvements et partis soutiennent le sionisme. Beaucoup de mouvements en Europe sont aussi anti-américains tandis que d'autres, plus proches du néoconservatisme sont pro-américains. Fondements idéologiques Si les mouvements ou partis d'extrême droite sont divers, leurs socles idéologiques comportent des points communs : un patriotisme, un nationalisme et un traditionalisme encore plus poussés qu'à droite, un discours autoritariste affirmé, et un programme économique et social hétéroclite, parfois plus favorable aux milieux populaires que celui de la droite traditionnelle, usant largement d'une rhétorique antisystème et de dénonciation des élites. La xénophobie fait aussi partie de ce socle commun et se traduit souvent par une opposition à l'immigration. Le politologue néerlandais Cas Mudde montre que la plupart des analyses de l'idéologie d'extrême droite mettent en avant des combinaisons diverses des cinq aspects suivants : nationalisme, racisme, xénophobie, opposition à la démocratie, revendication d'un État fort. Pour Pascal Delwit et Andrea Rea, « deux sujets essentiels cristallisent le vote d'extrême-droite : la xénophobie et le discours sécuritaire ». Au-delà de ces fondements idéologiques, les références parfois hétéroclites et les itinéraires variés des mouvements d'extrême droite expliquent des positions parfois contradictoires. Ainsi, dans le domaine spirituel, certains défendent un traditionalisme-intégrisme religieux, d'autres un athéisme exacerbé ou un néo-paganisme. De plus, comme le souligne la géopolitologue Béatrice Giblin-Delvallet, l'existence de ressorts communs à l'extrême droite moderne ne doit pas empêcher de comprendre l'évolution des différents partis en relation avec des contextes nationaux particuliers. Par exemple en matière économique, « le nouveau nationalisme russe rejette toute intervention économique et sociale étatique (du fait d’un mauvais souvenir du centralisme soviétique ?). En revanche, le RN nouveau prône le rôle actif et protecteur de l’État contre les capitalistes prédateurs qui appauvrissent les plus faibles ». Qualification Pour les politologues spécialistes de l'extrême droite Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, l'expression est utilisée pour qualifier des événements très différents en Europe et est donc ambigüe, car généralement utilisée par des adversaires politiques de manière disqualifiante ou stigmatisante en assimilant toutes ses tendances au fascisme et au nazisme. Le qualificatif « extrême droite » n'est quasiment jamais assumé par ceux qui en font partie, préférant s'autoqualifier de « droite nationale » ou « mouvement national ». La littérature scientifique reconnaît cependant l’existence d’une famille de partis d’extrême droite, mais cette analyse est surtout adaptée à l’Europe de l’Ouest. En France, Jean-Marie Le Pen déclare par exemple être ou encore en 1978 : « L'extrême droite, le mot est équivoque dans la mesure où il comporte le mot extrême. Nos adversaires confondent volontairement, et dans l'intention de tromper, une position géographique sur l'échiquier politique avec une position d'extrémisme politique. Or notre philosophie, notre principe d'action et notre programme ne sont pas extrémistes et par conséquent nous occupons la place qui est libre. Je crois qu'il n'y a pas de droite, le centre actuel n'est pas la droite, bien qu'une grande partie du peuple de droite vote pour les candidats du centre et même de la gauche. ». Le MSI, parti néofasciste italien, utilisait l'expression , tandis que ses adversaires le désignaient simplement comme la , le mot n'ayant pas la même portée dans le vocabulaire politique italien : le terme était plutôt réservé, en Italie, aux groupes subversifs ou néonazis. L'appellation a été également utilisée par le Front national en France. En Autriche, le FPÖ, sous la présidence de Jörg Haider, préférait se décrire comme la opposée à la fois aux socialistes et aux conservateurs ; ses membres se présentaient comme des . Il sera donc question d’ à propos de la tendance activiste et protestataire issue directement des mouvements fascistes, nazis et racistes des années 1930 à 1960. Le terme de sera utilisé pour les partis constitués plus récemment autour de problématiques liées à la crise : chômage, immigration, identité nationale, etc. et qui mettent en œuvre des stratégies de prise de pouvoir électorale. En 2005, à partir d’une enquête menée dans cinq pays européens (Allemagne, Belgique, France, Italie, Pays-Bas) auprès de militants d’extrême droite, des chercheurs de l'Université libre d'Amsterdam résument les traits caractéristiques qui structurent leur identité politique : ils sont moins extrêmes que l'image de marginalité et de violence de certaines études, très peu d'entre eux étant des admirateurs d'Adolf Hitler ou du troisième Reich et forment un groupe très diversifié ; ils ne sont pas de nouveaux mouvements, car en continuité avec les courants d'extrême droite du passé dont ils sont une rémanence, souvent par leur famille ; même si ce qui les différencie des autres partis est la xénophobie, ils sont plus de son « envers », la préférence nationale, « le versant positif de l'attitude ethnocentrique » qui est le nationalisme ; le discrédit et la stigmatisation dont ils font l’objet est probablement leur point commun le plus important ; ils rejettent l'étiquette d'extrême droite qui les associe au nazisme et à la Shoah, la plupart admettant être de droite mais réfutant l'extrémisme, terme qu'ils emploient pour des mouvements selon eux plus radicaux ; les auteurs concluent que « paradoxalement, cette stigmatisation peut aussi être une ressource pour le mouvement, dans la mesure où elle aide à le faire tenir ensemble (...) Et la stigmatisation qu’ils subissent est en quelque sorte symétrique de celle qu’ils infligent généralement aux “autres”, aux étrangers, aux immigrés, aux minorités ». Les voies et moyens Les moyens mis en œuvre par les partis ou organisations d'extrême droite sont divers : le parlementarisme et la participation aux élections ; la propagande, notamment par le cyberactivisme ; l'activisme pouvant parfois revendiquer la violence comme moyen d'action légitime, voire le terrorisme comme en Italie, en Suède, en Turquie, en Allemagne ou en Israël. La base électorale de l'extrême droite reste avant tout les milieux populaires : petits commerçants, artisans, ouvriers, etc. Elle suit en effet une ligne « anti-élite » (voire parfois contre-révolutionnaire), se différenciant ainsi de la droite conservatrice et libérale. En France, par exemple, et selon la géographe Catherine Bernié-Boissard (coauteur du livre Vote FN, pourquoi ?), . Les partis d’extrême droite sont souvent accusés par l'opposition de jouer avec les peurs et les frustrations de couches populaires précarisées, notamment en érigeant l'étranger ou les jeunes de quartiers populaires en boucs-émissaires. Le sentiment d'insécurité est aussi un élément récurrent mis en avant dans ces discours. Selon une étude de l'Église réformée de France, l'électorat de l'extrême droite est majoritairement masculin, peu diplômé et anti-politique. Lors de l'élection présidentielle de 2017, le Figaro rend compte des profils socio-culturels des électeurs des différents candidats au premier tour. Si le score auprès des ouvriers et employés pour les alliés du second tour Dupont-Aignan et Le Pen dépasse les 40 %, le vote des cadres pour ces candidats est de 18 %, contre 33 % pour Macron, 20 % pour Fillon, 19 % pour Mélenchon, et 8 % pour Hamon. Caractéristiques générales À partir du cas de la France, l'historien Michel Winock dans son ouvrage Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France (2004), donne les neuf caractéristiques suivantes aux mouvements d’extrême droite qui découlent du discours de la décadence, « vieille chanson que les Français entendent depuis la Révolution » : « la haine du présent », considéré comme une période de décadence ; « la nostalgie d’un âge d'or » ; « l'éloge de l’immobilité », conséquence du refus du changement ; « l'anti-individualisme », conséquence des libertés individuelles et du suffrage universel ; « l'apologie des sociétés élitaires », l'absence d’élites étant considérée comme une décadence ; « la nostalgie du sacré », qu'il soit religieux ou moral ; « la peur du métissage génétique et l’effondrement démographique » ; « la censure des mœurs », notamment la licence sexuelle et l'homosexualité ; « l'anti-intellectualisme », les intellectuels n’ayant « aucun contact avec le monde réel » (Pierre Poujade). Les interprétations qu’il en donne sont de quatre ordres. Dans le cadre de la lutte des classes, il s’agit de la revanche des perdants contre les gagnants de la modernité. Ainsi s’expliquent l’élitisme aristocratique de l’extrême droite du (les aristocrates étant les grands perdants de la Révolution française, puis de la Révolution industrielle), ainsi que le poujadisme des petits commerçants contre la montée des grandes surfaces (il est à noter que les grandes surfaces n'existaient pas en 1956 et que les petits commerçants souffraient plutôt des prélèvements fiscaux excessifs) et des laissés pour compte de la crise actuelle. L’« interprétation conjoncturaliste » insiste sur le rôle important des situations de crise dans la montée de ces idéologies. Une crise économique et sociale se mue alors en une crise politique, réelle ou supposée. Il indique également le passage de la « société tribale, rurale, patriarcale » à la « société urbaine, industrielle et libérale », se traduisant par une série de peurs et notamment « la peur de la liberté » (Karl Popper). L’interprétation anthropologique assimile le discours sur la décadence du pays avec la nostalgie de l’homme vieillissant devant l’enfance, ce « monde protégé ». Pour Jean-Yves Camus, dans un contexte de mondialisation et de montée des inégalités, l'extrême droite « s'impose plus que jamais comme principale force de contestation du consensus idéologique imposé par le modèle social ultralibéral ». Mais un anticapitalisme de façade était déjà, selon Alain Bihr, l'un des arguments démagogiques du fascisme. Étymologie contemporaine L'extrême droite est composée de divers courants (convergents ou antagonistes) parmi lesquels : des groupuscules néofascistes ou néo-nazis, se réclamant du fascisme des années 1930 ; certains partis religieux traditionalistes, tenants d'une politique pouvant être qualifiée de cléricale comme les catholiques traditionalistes, certains partis néosionistes et religieux en Israël, ou islamistes, ce courant national-catholique étant représenté au sein de nombreux partis nationalistes, par exemple en France le Front national ; des organisations racistes comme le Ku Klux Klan, prônant une suprématie blanche, et d'autres, à l'inverse, prônant la suprématie noire, avec notamment Nation of Islam aux États-Unis, Zimbabwe African National Union au Zimbabwe et la Tribu Ka en France ; des partis populistes, nationalistes et souverainistes comme le Dansk Folkeparti (Parti populaire danois en français) au Danemark, le Freiheitliche Partei Österreichs (Parti autrichien de la liberté en français) en Autriche, le Front national en France, l'Union démocratique du centre, le Démocrates suisses et le Partei National Orientierter Schweizer (Parti nationaliste suisse en français) en Suisse, Die Republikaner (les Républicains en français) en Allemagne, le Vlaams Belang (« Intérêt flamand » en français) en Flandre, le Front national en Belgique francophone, le Partij voor de Vrijheid (le Parti pour la liberté en français) aux Pays-Bas, ou Alerte populaire orthodoxe en Grèce ; etc. D'autres formations sont selon certains observateurs considérées comme d'extrême droite, mais cette classification peut être davantage controversée : les monarchistes, partisans de l'absolutisme, ou dans les républiques, du rétablissement de la royauté ; les nationalistes révolutionnaires et les nationaux-bolchévistes ou « eurasistes » inspirés par les théories de Jean Thiriart et d'Alexandre Douguine ; le terme « national-bolchévisme » ayant été employé abusivement pour désigner d'anciens membres de la nomenklatura communiste s'étant reconvertis dans le nationalisme, tel le parti de Slobodan Milošević en Serbie. Types d'extrêmes droites Certaines branches du Péronisme en Argentine (Alliance libératrice nationaliste, Concentración Nacional Universitaria) Les différents intégrismes religieux, catholiques (Civitas, Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X) ou musulmans (Taliban, Tehreek-e-Labbaik Pakistan), voire protestants et orthodoxes selon les pays Le fascisme puis le néofascisme en Italie et dans d'autres pays, prônant la création d'un état totalitaire basé sur les masses ainsi qu'un nationalisme radical Le phalangisme et le national-syndicalisme en Espagne et dans les nations hispaniques d'Amérique latine, prônant le Panhispanisme et le National-syndicalisme, souvent confondu avec le Franquisme Le pétainisme et le national-solidarisme en France Le nazisme puis le néonazisme en Allemagne et dans d'autres pays, prônant le racisme et l'antisémitisme Le pinochetisme au Chili Le national-communisme, l'eurasisme et le néo-tsarisme en Russie Le nationalisme révolutionnaire, présent dans toute l'Europe, principalement répandu en Italie et en France, prônant l'unité de la nation avec une vision nationaliste du monde et une vision socialiste de la société ainsi que l'antisionisme, l'anticapitalisme et l'antiaméricanisme Le salazarisme, prônant le fascisme clérical, mêlant certains éléments réactionnaires avec certaines caractéristiques du Fascisme Le national-catholicisme et le traditionnalisme catholique dans les pays à majorité catholique, assez répandu en France, en Espagne et en Amérique latine L'islamo-nationalisme dans les pays musulmans (principalement en Turquie), mêlant nationalisme (arabe ou turc) et islamisme Une partie du royalisme en Europe Le suprémacisme blanc en Europe, aux États-Unis et en Afrique du Sud, prônant la suprématie des Blancs, souvent antisémite Le suprémacisme noir en Afrique et aux États-Unis, prônant la suprématie des Noirs Le rexisme en Belgique, le mouvement national royaliste et le nationalisme thiois Le kahanisme en Israël, prônant la création d'un Etat juif religieux théocratique et l'expulsion des arabes, des chrétiens et musulmans Partis et mouvements par pays Selon les pays et les contextes, le terme « extrême droite » est, de fait, utilisé pour trois types de visions ou de mouvances : l'ensemble des mouvements et des partis siégeant, lorsqu'ils ont des élus, à l'extrême droite de l'hémicycle (à droite et en haut des gradins), il convient alors de parler de « l'extrême droite de l'échiquier politique ou extrême droite parlementaire » ; un ensemble de groupuscules révolutionnaires se distançant nettement du parlementarisme par leur idéologie ; un ensemble de groupuscules insurrectionnels violents voire terroristes. La présence de ces mouvements par pays est aussi très variable. La situation des États-Unis, avec une extrême droite à l'influence marginale s'oppose ainsi à celles de plusieurs pays européens, (Autriche, Norvège, Danemark, Suède) où leur présence parlementaire est de plus en plus marquée. De façon intermédiaire, des pays tels que le Japon disposent de mouvements d'extrême droite non parlementaires, mais ayant une forte capacité d'influence sur le principal parti au pouvoir. Dans certains pays, comme l’Autriche, Israël et plus récemment la Norvège, l’extrême droite participe parfois aux coalitions gouvernementales avec la droite et le centre-droit, et possède donc à l’occasion des ministres. Au Danemark, l'extrême droite a, au début des années 2000, apporté son soutien à un gouvernement, sans toutefois y participer. Depuis 2000, une dizaine de pays européens ont connu des participations de l'extrême droite au gouvernement ou bien un soutien parlementaire à des gouvernements, pouvant être de centre-droit ou de centre-gauche : Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), Parti national slovaque (SNS), Patriotes unis de Bulgarie, Parti pour la liberté des Pays-Bas (PVV), Parti populaire danois, Parti du Progrès norvégien, les Vrais Finlandais, Union démocratique du centre en Suisse, la Ligue du Nord italienne et l'Alerte populaire orthodoxe (LAOS) en Grèce. Si dans les années 1970, dirigeait une formation d'extrême droite en Suède (le Parti du Reich Nordique), c'est à partir du que les partis d'extrême droite et de droite populiste européens se féminisent, plusieurs de leurs figures de proue étant des femmes, comme Marine Le Pen (France), Siv Jensen (Norvège), Krisztina Morvai (Hongrie), Pia Kjaersgaard (Danemark), Anke Van dermeersch (Belgique), Alessandra Mussolini (Italie) ou encore Eléni Zaroúlia (Grèce). Ces personnalités et leurs partis respectifs ne se situent pas tous sur la même ligne politique, certains étant issus d'une droite radicale populiste, d'autres étant clairement fascisants. En France, l'extrême droite remonte à la deuxième moitié du et coïncide avec la fin de la monarchie. Parmi les idées caractéristiques des mouvements classés à l'extrême droite, ont figuré à titres divers notamment l'antiparlementarisme, l'islamophobie, l'antisémitisme, le nationalisme ou bien encore l'homophobie et le sexisme chez certaines personnes. Les mouvements actuellement classés à l'extrême droite en Europe sont souvent accusés de racisme et de xénophobie, en raison de leur hostilité générale à l'immigration et des positions ouvertement racistes revendiquées par certains d'entre eux. Banalisation de l'extrême droite Nada Afiouni et Nicolas Guillet, enseignants-chercheurs en Normandie, dans leur ouvrage, Tentatives de banalisation de l’extrême droite en Europe observent, ces dernières années, un phénomène tout sauf « anodin », de « dédiabolisation » de l’extrême droite en France. Une dédiabolisation qui s’opère aussi bien sur le plan formel où l’extrême droite « modifie  [son] nom, [son] logo, [son] discours public, l’atténue, l’euphémise, se fait le porte-parole du bon sens populaire, emprunte des références aux autres familles politiques tout en [se dépouillant] des siennes. » que sur le plan substantiel où elle devient « une force politique pérenne » et où « les partis politiques classiques, concurrenc[e] l’extrême droite sur son propre terrain, bris[e] les digues jusqu’à assurer des passerelles politiques à ses personnalités, à passer des accords électoraux avec elle.» Nada Afiouni et Nicolas Guillet constatent toutefois que ce phénomène de dédiabolisation reste  « encore très partiel ». Ils relèvent, ainsi : « [qu']Anne-Sophie Leclère, candidate FN aux élections municipales de 2014 à Rethel, avait publié sur sa page Facebook un photomontage montrant d’un côté, un singe, de l’autre, Christiane Taubira, avec cette légende : « A 18 mois » et « Maintenant », qu’Aymeric Chauprade a tenu dans l’une de ses vidéos postées sur son site internet à la suite des attentats perpétrés en France contre Charlie Hebdo : « La France est en guerre, avec des musulmans (…). L’islam fait planer sur la France une menace très grave sur son avenir (…). On nous dit qu’une majorité de musulmans est pacifique. Certes. Mais une majorité d’Allemands l’étaient avant 1933 et le national-socialisme allemand » ou encore un tweet posté par Bruno Lemaire, conseiller économique auprès de Marine Le Pen, évoquant suite aux attentats [contre Charlie Hebdo] la « secte de mohamerde » et amalgamant islam et terrorisme.» Les chercheurs constatent, en outre, qu'il n'est « nul besoin de [l’extrême droite] à la direction du pays pour voir une partie [de ses idées] mise en œuvre ou, du moins, pour voir des similitudes entre son programme et les actions des pouvoirs en place.» En ce qui concerne par exemple, « les obsessions sécuritaires, les pamphlets anti-Roms et antimusulmans, les débats officiels sur la patrie ». Notes et références Voir aussi Bibliographie Travaux universitaires Joseph Algazy, L’Extrême droite en France, L’Harmattan, 1989. Benjamin Biard, L'extrême droite en Europe occidentale (2004-2019), Bruxelles, CRISP, 2019. 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Vidéographie AFP, Politique : L'extrême droite en Europe, , (vidéo Youtube). Alexandre Spalaikovitch et Laurent Delhomme, Nouveau look, nouveaux dangers : le retour des extrémistes en Europe. France, Angleterre, Hongrie, Allemagne : plongée dans cette Europe identitaire, aux multiples visages., Yemaya Production, M6, Enquête exclusive, , , présentation en ligne. Stéphane Munka, Skinheads à la droite de l'extrême, , Canal+, Spécial investigation, , présentation en ligne. Articles connexes Droite radicale Extrême droite en France Extrême droite par pays Extrême droite sur Internet Fascisme et néofascisme Nazisme et néonazisme Mouvance identitaire Nationalisme Nationalisme révolutionnaire National-anarchisme Royalisme Liste d'attaques terroristes d'extrême droite Liens externes Fragments sur les Temps Présents site d'universitaires français spécialistes de l'extrême droite (histoire, sociologie, sciences-politiques). Droite(s) extrême(s) site consacré à l'actualité des extrêmes droites par des journalistes du journal Le Monde Survol du nationalisme Jean-Yves Camus, « L’Extrême droite : une famille idéologique complexe et diversifiée » La Pensée et les hommes, , Bruxelles, juin 2008. Radiographie d'une idéologie fasciste à la française. RésistanceS Observatoire de l'extrême droite en Belgique. Laurent de Boissieu, Annuaire de l'extrême-droite, France Politique, site d'information sur la vie politique française.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Exemples%20d%27%C3%A9quations%20diff%C3%A9rentielles
Exemples d'équations différentielles
Cet article présente quelques exemples d'équations différentielles. Les équations différentielles sont utilisées pour résoudre des problèmes en physique, en ingénierie et dans plusieurs autres sciences. Équations du premier ordre Une équation différentielle linéaire à variables séparables Les équations différentielles les plus simples sont les équations linéaires homogènes du premier ordre. Par exemple, équation différentielle linéaire à variables séparables, de la forme : où est une fonction connue admettant des primitives. Une façon directe de la résoudre est de considérer, pour non nul, la forme avec les variables séparées : Par intégration, il vient alors : où est une constante arbitraire. Une équation différentielle linéaire à variables non séparables Le cas plus général inclut des formes où les variables ne sont pas séparables, comme : où et sont des fonctions connues admettant des primitives. Une façon directe de la résoudre est de la réécrire avec un facteur intégrant : Ce qui donne, en remultipliant par le facteur dont on déduit la forme générale de la solution : Équations du second ordre Une oscillation simple non amortie Les mouvements périodiques dont on néglige les effets de frottement qui vont le ralentir (comme l'allongement du ressort à un temps ) peuvent être modélisés par l'équation différentielle suivante : où est un réel positif Dont les solutions sont : Pour déterminer les constantes et , il faut utiliser les conditions initiales qui permettent de décrire l'état du système à un instant donné (correspondant en général à ). Par exemple si nous supposons qu'à l'instant , l'extension du ressort est d'une unité de longueur (), et la masse est immobile (). Nous pouvons en déduire , d'où l'on déduit . , et donc . En conséquence est solution de l'équation différentielle étudiée. Plus souvent en physique pour les oscillations simples non amorties, on utilise une solution de la forme : avec étant l'amplitude et la phase. Pour l'exemple cité on procède : Ce qui donne et par conséquent . D'où le résultat La solution la plus générale en fonction de conditions initiales quelconques et est donnée par l'équation : Prise en compte de l'amortissement Le modèle précédent négligeait les forces de frottement. De ce fait l'oscillation libre pouvait durer indéfiniment, ce qui n'est jamais observé en réalité. Les frottements sont en général une force proportionnelle à la vitesse () et opposée au mouvement. En rajoutant ce terme notre équation différentielle devient : où est le coefficient de frottement. Ceci est une équation différentielle linéaire à coefficients constants, homogène et du second ordre, que nous pouvons résoudre. En cherchant une solution de la forme particulière , nous constatons que doit vérifier l'équation caractéristique suivante : . On revient ainsi à l'étude d'une équation du second degré. Si nous avons deux racines complexes conjuguées (de la forme ), et la solution (avec les conditions initiales identiques au cas précédent) a la forme suivante : Nous pouvons démontrer que . Le système étudié (le pendule pesant dans le référentiel terrestre supposé galiléen) est le siège d'oscillations libres amorties. Ce sont les positions du centre d'inertie de la masse, en fonction du temps, avec correspondant à une position d'équilibre. NB : la courbe présente une allure proche d'un régime critique : la position d'équilibre est à peine franchie, et on ne compte guère plus d'une pseudo-période d'oscillations. Articles connexes Intégration Analyse vectorielle Équation différentielle it:Equazione differenziale esatta
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Émile Durkheim
David Émile Durkheim, né le à Épinal et mort le à Paris, est un sociologue français considéré comme l'un des fondateurs de la sociologie moderne. En effet, si celle-ci doit son nom à Auguste Comte à partir de 1848, c'est grâce à Durkheim et à l'École qu'il formera autour de la revue L'Année sociologique (1898) que la sociologie française a connu une forte impulsion à la fin du et au début du . Formé à l'école du positivisme, Durkheim définit le « fait social » comme une entité sui generis (voir section Sociologie), c'est-à-dire pour lui en tant que totalité non réductible à la somme de ses parties. Cette définition lui permet de dissocier l'individuel du collectif et le social du psychologique, et de fonder logiquement les conditions de possibilité d'une action contraignante de la société sur les individus. « Extériorité, étendue et contrainte caractérisent le fait social » : cette thèse fit de lui le véritable fondateur de la sociologie en tant que discipline autonome et scientifique. Durkheim est à l'origine de plusieurs termes qui sont aujourd'hui très connus, comme anomie et conscience collective. L'apport de Durkheim à la sociologie est fondamental, puisque sa méthode, ses principes et ses études exemplaires, comme celle sur le suicide ou la religion, constituent toujours les bases de la sociologie moderne. Toutefois, l'apport de son œuvre va bien au-delà de cette discipline et touche presque toutes les disciplines dans les sciences humaines, dont l'anthropologie, la philosophie, l'économie, la linguistique, et l'histoire. Biographie Années de formation Émile Durkheim, bien que fils de rabbin, est agnostique. Il entre à l'École normale supérieure où il est reçu septième à l'agrégation de philosophie en 1882. Par la suite, il enseigne la philosophie aux lycées du Puy (octobre 1882), de Sens (novembre 1882), de Saint-Quentin (février 1884), de Troyes (1885). Cette éducation lui permet de s'inscrire dans une double tradition culturelle, judaïque et classique. Il devient professeur et est notamment chargé des cours de pédagogie et de sciences sociales à l'université Bordeaux en 1887 puis il devient professeur de cette université en 1896. Jeune agrégé, il est envoyé en Allemagne, où il est marqué par le fonctionnement des universités allemandes, et par des philosophes sociaux qui s'intéressent au rôle de l'État moderne. Il devient docteur ès lettres en 1893. Il rencontre des hommes comme Henri Bergson ou Jean Jaurès, et décide de défendre Dreyfus. Carrière universitaire C'est à Bordeaux qu'il commence la rédaction de ses ouvrages de sociologie. Durkheim dispute alors l'hégémonie intellectuelle sur la discipline naissante face à Gabriel Tarde (1843-1904), bénéficiant d'une renommée internationale, mais ne constituant aucune école, et face à René Worms (1869-1926) qui créa en 1893 la Revue internationale de sociologie puis l'année suivante l'Institut international de sociologie. Pourtant, l'École durkheimienne s'impose grâce à des idéaux intellectuels et institutionnels. À Bordeaux, Durkheim a publié plusieurs œuvres, dont De la division du travail social (1893), Les Règles de la méthode sociologique (1894), et Le Suicide (1897). Il a également fondé en 1898 une revue des sciences sociales intitulée L'Année sociologique. En 1902, Durkheim est chargé de cours à la faculté des lettres de l'université de Paris. En 1906, il y enseigne la science de l'éducation et en 1913, il est professeur de science de l'éducation et sociologie. Il est également professeur des Écoles normales qui forment les instituteurs de la République : c'est lui qui impose la sociologie comme discipline universitaire. C'est à cette époque qu'il publie Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), ainsi que plusieurs autres articles. Le traumatisme de la Première Guerre mondiale Dès le début de la Première Guerre mondiale, Durkheim rejoint l'Union sacrée et devient secrétaire du Comité d'études et de documentation sur la guerre, présidé par Ernest Lavisse. Les fruits de cette collaboration sont des analyses psycho-sociales du culte allemand pour la toute-puissance expansionniste de l'État, telle L’Allemagne au-dessus de tout (1915). Dans une « Lettre aux Français » rédigée par leurs soins, l'historien Gérard Noiriel souligne que « la théorie des représentations collectives que Durkheim avait construite pour expliquer le caractère universel de l'esprit humain est transformée en un pamphlet nationaliste » traitant de la « mentalité allemande », « rendue responsable du cataclysme ». Son fils André meurt au combat en décembre 1915. Durkheim sombre alors dans une grande tristesse, qui explique en partie son décès précoce. Il meurt le en son domicile, au , avenue d'Orléans dans le de Paris et est inhumé au cimetière du Montparnasse (). Son œuvre majeure, La Morale, reste inachevée, avec juste une introduction provisoire. Opinions politiques Politiquement, Durkheim est resté assez discret. Il connaissait les idées de Karl Marx. Cependant il a rejeté son œuvre, qu'il considérait trop dogmatique et peu scientifique, ainsi que le marxisme, qu'il trouvait trop réactionnaire, violent, et conflictuel. Il fut un dreyfusard de la première heure, membre fondateur de la Ligue pour la défense des Droits de l’Homme. Toutefois il se refusa à influencer ses étudiants sur l’innocence ou la culpabilité du capitaine. Ami de Jean Jaurès, le sociologue défendit parfois des thèses socialistes-réformistes. Père fondateur de la sociologie française Durkheim apparaît pour beaucoup comme le père fondateur de la sociologie française. En effet, s'il ne fut pas le premier sociologue en France, il fut le premier à s'engager pour faire de la sociologie une discipline autonome, se distinguant des autres sciences sociales concurrentes, comme la psychologie et la philosophie. Il a fondé le premier département de sociologie à l'Université de Bordeaux, dans les années 1890. Tout d'abord, il œuvre à asseoir la sociologie comme indépendante, institutionnellement parlant. Ainsi il écrit en ouverture de son cours de science sociale en 1888 que "le seul moyen de démontrer que la sociologie est possible, c'est de faire voir qu'elle existe et qu'elle vit". Il va alors profiter de son statut de professeur pour commencer la diffusion d'un esprit sociologique dans des cours à l'université comme sur la famille, la solidarité sociale, le suicide, la sociologie criminelle, le socialisme, la religion, la pédagogie ou l'histoire de la sociologie. C'est toujours dans cette optique que Durkheim fonde la revue L'Année sociologique en 1898. Cette revue permit à Durkheim de fédérer une école autour de lui tout en y diffusant les textes fondamentaux des sciences sociales de l'époque. Ainsi, Durkheim, par ses cours et sa revue, pose les bases d'une sociologie française comme science autonome comprenant des cours, un objet, une revue et une démarche spécifique. De plus, il est l'auteur de célèbres ouvrages de sociologie tels que : De la division du travail social (1893), Les Règles de la méthode sociologique (1895), Le Suicide (1897) Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912). Influences Intellectuelles Deux des plus importantes influences pour Durkheim sont Auguste Comte et Herbert Spencer. Le premier voulait appliquer la méthode scientifique des sciences naturelles aux sciences sociales, et le second développa une approche utilitariste évolutionnaire pour étudier la société humaine. Durkheim fut influencé par le positivisme de Comte, ainsi que par son approche scientifique de l'humanité, par lequel Comte appliqua la méthodologie des sciences dures à l'étude des sociétés humaines. Durkheim, par contre, développera une méthode complètement nouvelle et spécifique à la société. À Spencer, Durkheim emprunta des éléments de fonctionnalisme et d'analogie organique. Néanmoins, Durkheim est très critique des deux, à cause de ce qu'il considérait comme des assomptions métaphysiques, qui se trouvent, selon lui, dans leurs modèles unilinéaires d'évolution sociale. Il faut mentionner aussi Alfred Espinas, l'auteur de Les Sociétés Animales (1877). Durkheim a remarqué que ce livre était le premier à élaborer une science des faits sociaux. Durkheim a été également influencé par ses professeurs à l'École Normale Supérieure, dont Émile Boutroux, avec lequel Durkheim a lu Comte, et Gabriel Monod, et Numa Denis Fustel de Coulanges, qui l'ont introduit à des méthodes empiriques et comparatives pour étudier l'histoire. Charles Renouvier a été très important aussi, car il a formé en large mesure les vues de Durkheim sur Kant. Entre 1885 et 1886, Durkheim passa une année scolaire en Allemagne, ou il rencontra Fred Wagner, Gustav Schmoller, Rudolph von Jehring, Albert Schäffle, et Wilhelm Wundt. Ces penseurs étudiaient la moralité d'une manière scientifique en mettant l'accent sur l'aspect social de la moralité. Wundt a peut-être été le plus important pour Durkheim car, comme ce dernier le fera plus tard, Wundt rejetait l'individualisme méthodologique et argumentait que la moralité est un phénomène sui generis. Ensemble, ces penseurs fournirent les bases de la théorie du réalisme social que Durkheim développera plus tard, en critiquant la vision utilitaire (voir de Spencer) de la morale qui voit l'origine de la moralité dans l'intérêt rationnel de l'individu. D'autres penseurs ont été importants pour la pensée de Durkheim. Il a écrit sur Rousseau et Montesquieu, qu'il considère comme les précurseurs de la pensée sociologique. L'anthropologue William Robertson Smith influence sa pensée sur la religion. Des philosophes comme Kant, Platon, William James, et Descartes l'influencent aussi. Réception de Durkheim La réception de la pensée de Durkheim est assez mitigée. D'un côté, son œuvre sociologique et anthropologique est largement connue et célébrée, même si elle reste également critiquée à plusieurs reprises. Dans la sociologie et l'anthropologie, Durkheim a influencé plusieurs membres de son équipe de recherche, incluant Marcel Mauss (son neveu), Paul Fauconnet, Célestin Bouglé, et Lucien Lévy-Bruhl. D'autres penseurs, comme Maurice Halbwachs, Talcott Parsons, Alfred Radcliffe-Brown, Gustave Belot, et Claude Levi-Strauss ont également été profondément marqués par l'œuvre de Durkheim. Plus récemment, des théoriciens sociaux, comme Steven Lukes, Robert Bellah, et Pierre Bourdieu, ont reconnu l'appui de Durkheim sur leur pensée. De l'autre côté, ses contributions à la philosophie sont encore largement négligées. Dans un long article intitulé Sociologie et philosophie en France depuis 1945 : mort et résurrection de la philosophie sans sujet, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron examinent le legs méconnu de Durkheim non seulement dans les sciences sociales, mais aussi dans la philosophie. Ils notent que plusieurs philosophes ont manqué de voir l'importance philosophique de la sociologie de Durkheim ou ont été ouvertement hostiles à son œuvre, et pas forcément pour des raisons légitimes. En conséquence, les idées de Durkheim qui ont une importance philosophique et qui sont très présentes dans les sciences humaines ne sont pas reconnues en tant que telles. Elles sont, donc, entrées dans le jeu inconsciemment. Comme les auteurs disent, « toutes les sciences sociales vivent dans la maison du Durkheimisme, à leur insu, pour ainsi dire, parce qu'elles y sont entrées à l'envers ». Malgré cette réception philosophique muette, plusieurs philosophes ont reconnu l'influence de Durkheim sur leur propre pensée, dont Henri Bergson et Emmanuel Levinas, et plus récemment Charles Taylor. Durkheim contre Searle La méconnaissance de l'œuvre de Durkheim de la part des philosophes existe encore aujourd'hui. Cela peut se voir dans un échange animé entre John Searle, un philosophe analytique renommé, et plusieurs sociologues, dont Neil Gross et Steven Lukes. En fait, Neil Gross estime que le livre, La construction de la réalité sociale (1998) de Searle, n'avance pas la théorie sociale beaucoup plus loin qu'avait déjà fait Durkheim il y a presque un siècle. En effet, Searle prend presque les mêmes positions et introduit presque les mêmes concepts que Durkheim, dont l'idée de représentations collectives, le concept d'institution sociale, le concept de fait social, ou l'idée que la société est une réalité sui generis. Ainsi, Gross déclare que le livre de Searle a des racines durkheimiennes et qu'il constitue un durkheimisme reconstruit et non reconnu. En réponse, Searle a écrit un article dans lequel il critique Durkheim violemment, et réfute tout lien entre lui et Durkheim. Searle déclare que l'œuvre de Durkheim est encore pire que ce qu'il pensait à l'origine. En réponse aux accusations de Searle, Steven Lukes défend Durkheim et contredit chacun des points de critique de Searle. Il attribue la faiblesse de la critique de Searle en partie à une erreur de lecture, mais aussi à une ignorance de l'intégralité des textes de Durkheim ; Searle avoue que sa lecture de Durkheim est limitée au premier chapitre des Règles de la méthode sociologique, au Division du travail social, et à l'article, « Représentations individuelles et représentations collectives ». L’Étude de la société La Société Selon Durkheim, la sociologie serait « la science des institutions, de leur genèse et de leur fonctionnement ». Pour lui, une institution veut dire, « toutes les croyances et tous les modes de conduite institués par la collectivité ». Or, avant de pouvoir étudier des institutions sociales, il faut savoir en quoi elles consistent exactement. Répondre à cette question revient à se demander ce qu’est précisément la société même. Pour Durkheim, une société n’est pas un groupe d’individus qui habitent dans le même endroit géographique, elle est « avant tout un ensemble d’idées, de croyances, de sentiments de toutes sortes, qui se réalisent par les individus ». Elle indique une réalité qui est produite quand des individus agissent l’un sur l’autre, ce qui résulte dans la fusion des consciences individuelles. Cette réalité est sui generis, c’est-à-dire qu’elle est irréductible à ses parties composantes. Elle est plus que la somme de ses parties et est d'un ordre complètement différent des parties dont elle est composée. La société et les phénomènes sociaux ne peuvent être expliqués que dans des termes sociologiques. Les termes biologiques ou psychologiques sont insuffisants, et les faits sociaux ne peuvent pas être réduits aux formes matérielles d’une société et ses nécessités vitales, comme est fait dans le matérialisme historique. Pour mieux déterminer et analyser le contenu de cette réalité psychique, Durkheim invente le concept de fait social. Les faits sociaux sont essentiels, puisqu’ils constituent et expriment la conscience collective d’une société. Le fait social Voici comment Durkheim définit un fait social. Selon Durkheim, les faits sociaux ont une réalité objective qui peut être étudiée comme un physicien étudie le monde physique. Il faut ajouter un corollaire important à cette définition et rappeler que les faits sociaux sont aussi internes aux individus, et qu’il n'y a qu'à travers les individus que les faits sociaux peuvent exister. Comme les faits sociaux sont extérieurs à l'individu et doivent être expliqués « par les modifications du milieu social interne et non pas à partir des états de la conscience individuelle » afin de ne pas confondre les faits sociaux avec d'autres variables telles que la psychologie du sujet, son contexte familial, culturel, etc., ces faits sociaux existent sans que nous ayons nécessairement conscience ni de leur existence ni de leur autonomie. En effet, un fait social peut être indépendant de l'individu, les fait sociaux existent « indépend[amment] de [leurs] manifestations individuelles ». Le fait social s'impose à l'individu, qu'il le veuille ou non, et non le contraire. Il correspond à un système de normes établies pour et par la société et n'est que rarement modifiable autrement que par un bouleversement social ; l'homme acquiert nombre d'entre elles dès le début de son éducation et tend à en intérioriser une grande partie. L'éducation détient le rôle d'institution socialisante par excellence, elle fait de l'enfant un être social. Puisque présent dès l'enfance, le caractère contraignant des faits sociaux se fait moins évident et devient une habitude : c'est le principe même de la socialisation. Un des critères pour reconnaître les faits sociaux consiste à déterminer la résistance au changement d’une chose : « on reconnaît principalement un fait social à ce signe qu'elle ne peut pas être modifiée par un simple décret de la volonté ». Ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas changer, mais il faut un effort laborieux pour le faire. Cette qualité des faits sociaux est liée à leur caractère contraignant qui se voit à travers diverses institutions sociales, qu'elles soient formelles ou non : on peut prendre les exemples du code juridique qui condamne le vol, d'un homme d'affaires qui doit bien s'habiller ou risquer une sanction de son supérieur, ou encore des moqueries et des regards amusés que peut recevoir un individu qui ne se conforme pas aux normes quotidiennes... Un autre moyen pour déterminer un fait social consiste en l’usage de statistiques, qui permettent de neutraliser les variations entre individus et finalement d'étudier une moyenne qui, pourtant, ne sera pas apparente dans la société, ceci à cause des variables précédemment citées. Le fait social représente donc « un certain état de l'âme collective ». En exposant le concept du fait social, Durkheim présente comment la société, par l'intermédiaire des faits sociaux, influence la manière de penser et d'être d'un individu. Bien qu’au début de sa carrière, Durkheim se concentrait principalement sur la nature contraignante, et donc négative, des faits sociaux, il privilégia peu à peu, dans ses œuvres plus tardives, le côté positif des faits sociaux, c’est-à-dire leur nature libératrice. Comme Steven Lukes a noté, loin d’être des instances de « coercition » ou de « contraintes », les faits sociaux que Durkheim explore, par exemple, dans Les Formes, montrent comment des individus sont amenés à penser ou à sentir d’une certaine manière, à connaître et à valoriser certaines choses, et à agir en conséquence. Dans ses œuvres matures, le mot ‘contraint’ n’est même plus présent. À travers son œuvre, Durkheim montre comment faire une analyse sociologique des faits sociaux. Dans Division, il examine comment la démographie et la technologie des transports et de la communication peuvent changer la conscience collective d’une société. Durant son étude Le Suicide, Durkheim cherche à prouver que ce fait social, qui peut sembler si dépendant de notre volonté, de notre liberté d'action, dépend également de facteurs sociaux. Durkheim cherche, à travers ce célèbre ouvrage, à trouver ces facteurs. Dans Les Formes, il analyse la religion, la pensée logique et la langue comme des faits sociaux d’origine sociale. Il étudie également la moralité comme fait social à plusieurs reprises, notamment dans son article « La Détermination du fait moral » (1906). La méthode sociologique Après avoir expliqué ce qu’est un fait social, Durkheim introduit des règles pour leur étude, la première et plus importante étant de traiter les faits sociaux comme des choses. Effectivement, l'étude du fait social en tant qu'objet n'a pas pour intention de le ramener à un sujet purement matériel, mais plutôt de lui donner une forme concrète afin d'éviter un glissement vers une sociologie spontanée et subjective. Il faut avant tout définir le fait social objectivement pour donner une légitimité à son étude, le distinguer de l'idée. Pour instaurer cette nouvelle discipline qu'est la sociologie, Durkheim exprime sa volonté d'installer une méthodologie spécifique garantissant sa scientificité et sa spécificité. « Il n'y a, en effet, qu'un moyen de faire en science, c'est de l'oser, mais avec méthode » (De la Division du travail social). Un point important de l'étude sociologique est l'objectivité du sociologue : comment étudier un objet qui, dès le départ, conditionne l'observateur ? L'observation doit être la plus impersonnelle possible, se débarrassant de ses préjugés pour éviter toute déformation perceptive, mais ne le sera jamais parfaitement. C'est pourquoi la méthode de Durkheim s'appuie sur la comparaison plutôt que sur l'étude d'un fait social pris indépendamment (méthode de comparaison, avec méthode des variations concomitantes ) : le fait social sera étudié en fonction des autres faits sociaux et non en fonction de la personne qui l'étudie. De plus Durkheim, suivant un programme de réalisme social, étudiera tout fait social par le social, sans s'appuyer sur une étude psychologique des acteurs alors soumis aux contraintes sociétales. Émile Durkheim reprend ce modèle de physiciens comme Henri Poincaré ou Ernst Mach, dans la logique qu'un fait social est un objet. Il n'apporte pas de procédures de recherche précises pour la sociologie, et son application se fait à l'aide de métaphores. Malgré cela, ce modèle sera appliqué jusqu'à aujourd'hui. Le Réalisme social de Durkheim Une importante partie de la méthode sociologique de Durkheim est son réalisme social. Ceci consiste en ce que la société est une entité objectivement réelle qui existe indépendamment et de façon autonome aux individus particuliers, un avis démontré parfaitement par sa prescription de traiter les faits sociaux comme des choses. Cependant, cette dimension de la sociologie de Durkheim a pu être source de confusion. Plusieurs critiques ont accusé Durkheim d'affirmer que les faits sociaux existent indépendamment et en dehors de tous les individus, ce qui les a amené à croire que Durkheim préconisait l’existence d’une sorte d’‘esprit de groupe’ métaphysique. D’autres critiques ont soulevé que Durkheim était coupable d’un ontologisme ou d’un réalisme dans lequel il considérait les faits sociaux comme des propriétés matérielles de la vie sociale. En réponse à ces critiques, il faut se souvenir que les faits sociaux sont à la fois externes et internes aux individus ; ils sont externes aux individus particuliers, mais il faut ajouter, comme faisait Durkheim de plus en plus, internes aux individus aussi. Seulement au niveau méthodologique, afin d’étudier les faits sociaux du dehors, comme ils se présentent à l’individu, est-ce que le sociologue abstrait les faits sociaux des individus dans lesquels ils sont présents. En réponse à l'autre critique, Durkheim maintient que les faits sociaux, en tant que manifestations d’une réalité psychique, ou idéationnelle, n’ont pas de substratum matériel. Ils ne peuvent être observés que par la réalité phénoménale, plus ou moins systématisée, qui les exprime. La sociologie de la connaissance Durkheim est un pionnier de la sociologie de la connaissance. Il décrit l'individu comme influencé de manière importante par son milieu social, jusqu'à sa perception de réalité. Par exemple, son livre Les Formes élémentaires de la vie religieuse, analyse non seulement la religion mais aussi la genèse de la pensée logique. Selon lui, non seulement nos croyances et langue viennent du milieu social, mais les concepts et les catégories nécessaires pour la pensée logique, comme le temps, l’espace, la causalité, le nombre, ont des origines sociales. En cela, l'analyse de Durkheim est au moins cinquante ans en avance par rapport à des philosophes structuralistes français tels que Michel Foucault, auquel la théorie de Durkheim peut être rapprochée sur de nombreux points. Une première tentative de comprendre cette influence sur la pensée doit passer par son concept de représentations collectives, un des plus importants concepts dans sa sociologie de la connaissance. Représentations collectives D’après Durkheim, aucune connaissance du monde n’est possible sans le représenter d’une manière ou autre. Naturellement, les représentations sont au cœur de sa théorie de connaissance. Les représentations collectives sont le corps de représentations qui exprime la façon dont le groupe se pense dans ses rapports avec les objets qui l'affectent. Cependant, bien qu’elles soient des représentations, les représentations collectives ne sont pas des simples reflets de la réalité : « [u]ne représentation n'est pas, en effet, une simple image de la réalité, une ombre inerte projetée en nous par les choses ; mais c'est une force qui soulève autour d'elle tout un tourbillon de phénomènes organiques et psychiques ». Les représentations collectives sont infusées avec l’expérience collective de la société, ce qui donne aux choses leur valeur et leur signification. La Philosophie du langage de Durkheim La langue est une représentation collective et pour Durkheim un fait social de premier plan. Selon Durkheim, les mots, ou les concepts, ne sont pas comme des représentations sensorielles individuelles, qui sont en flux constant et qui ne sont pas capables de donner une pensée stable et consistante. Les concepts sont impersonnels, ils sont comme en dehors du temps et du devenir, et la pensée qu’ils génèrent est fixée et résiste au changement. En conséquence, la langue est aussi la première intuition du règne de la vérité, puisque c'est à travers la langue que les individus peuvent concevoir un monde d’idées stables qui sont communes à d’autres esprits. La langue conforme, donc, aux deux critères de la vérité que Durkheim présente : l’impersonnalité et la stabilité. Ces deux critères sont aussi précisément ce qui permet la communication intersubjective. La langue est, donc, évidemment un produit sui generis de l’interaction sociale ; la langue ne peut venir en existence qu’à travers la fusion de consciences individuelles, avec un résultat irréductible aux parties composantes. Puisque la langue a ces qualités, elle est aussi infusée avec l’autorité de la société. Face à la langue, l’individu est contraint d'assimiler les concepts et de les approprier comme les siens, bien que cette assimilation ne soit jamais parfaite. Durkheim dit : « En face de ce système de notions, l'esprit individuel est dans la même situation que le nous de Platon en face du monde des Idées. Il s'efforce de se les assimiler, car il en a besoin pour pouvoir commercer avec ses semblables ». La langue, en tant que représentations collectives, a en outre la qualité unique qu’elle structure activement la perception de la réalité d’un individu. Comme dit Durkheim, les objets de l’expérience n’existent pas indépendamment de la société qui les représente. Ils n’existent qu’à travers la relation qu’ils ont avec la société, une relation qui peut révéler des aspects de la réalité très différents en fonction de la société. Comme nous explique Durkheim : Durkheim et les catégories Selon Durkheim, la société est aussi à l’origine des catégories de la pensée, comme le temps, l’espace, le nombre, la causalité, la personnalité, etc. Durkheim est très critique à l’égard des rationalistes, comme Kant, qui disent que les catégories sont universelles, indépendantes des influences externes—qu’elles sont présentes à l’humanité a priori, ou logiquement antérieures à l’expérience. Pour Durkheim, les catégories ne sont pas vagues et indéterminées comme avait imaginé Kant. Elles ont des formes et des qualités spécifiques (minutes, semaines, nord, sud, pouces, kilomètres). Les catégories, en outre, varient, parfois beaucoup, d’une culture à l’autre, ce qui amène Durkheim à croire qu’elles sont d’origine sociale. Or, Durkheim est également critique des empiristes, qui disent que les expériences individuelles sont à l’origine des catégories. D’après Durkheim, les catégories ont les mêmes propriétés que les concepts, c’est-à-dire stabilité et impersonnalité, ce qui est nécessaire pour la rencontre de deux esprits. Les catégories ont donc une fonction purement sociale et sont le produit de l’interaction sociale. Les individus ne pourraient jamais créer leurs propres catégories. Durkheim cherche donc à réconcilier cette opposition entre les rationalistes et les empiristes en expliquant la raison sans oublier les données empiriques. Pour ainsi faire, il traite les catégories comme des représentations collectives. Comme dit Durkheim, les catégories sont les produits sui generis des individus qui vivent ensemble et qui agissent l’un sur l’autre. Ils s’imposent aux individus, qui n’auraient pas la possibilité de penser les catégories autrement. Encore plus, Une autre catégorie, celle de la totalité, a des origines sociales, provenant de l'idée de l'ensemble d'un groupe, ou d'un groupe dans sa totalité. Cependant, cette partie de la théorie de Durkheim a un défaut. Durkheim ne distingue pas entre les facultés de la pensée catégorique, comme la catégorie de l'espace, et le contenu de ces facultés, sa division en unités (mètre, inch, etc.). Selon Durkheim, la faculté et le contenu de la pensée catégorique ne sont pas séparables. C'est pourquoi, Durkheim manque de voir les capacités innées pour la pensée catégorique ou logique. Malgré cela, l’idée selon laquelle l’organisation de la société et la vie sociale influencent la formation des catégories a eu une influence certaine sur la postérité. La Classification du savoir La société joue aussi le rôle important dans la construction du savoir humain en ce qu’elle organise les objets de l’expérience dans un système classificatoire cohérent. Ces systèmes donnent l’ordre au monde car, dans ces systèmes classificatoires, il devient possible de « rattacher les choses les unes aux autres », c’est-à-dire de « rétablir entre elles des relations qui nous les fassent apparaître comme fonction les unes des autres, comme vibrant sympathiquement suivant une loi intérieure, fondée dans leur nature ». Encore plus, Durkheim dit que c’était à travers la religion que les premiers systèmes classificatoires étaient mis en place, dans la forme des mythes. La religion est donc le premier endroit où les êtres humains pouvaient expliquer rationnellement le monde autour d’eux. Pour ces raisons, Durkheim dit que « l’évolution logique est étroitement solidaire de l’évolution religieuse et dépend, comme cette dernière, de conditions sociales ». Durkheim dit, en essence, que la religion est à l’origine de tout savoir humain. Cela peut paraître bizarre pour la science moderne, qui se croit indépendante de toute influence religieuse. Or, c’est, en effet, à travers la religion que la logique et les concepts nécessaires pour la pensée scientifique ont pris forme et ont été élaborés. La Philosophie de la science de Durkheim Durkheim peut être vu comme étant un relativiste culturel. Il dit que chaque culture a un réseau de logique et de concepts autoréférentielle qui créent des vérités qui sont légitimes et, même si pas fondées dans la réalité du monde physique, fondées dans la réalité de leur cadre social respectif. Les vérités de ce genre sont des « vérités mythologiques ». Pourtant, Durkheim défend aussi le rationalisme scientifique et l’idée qu’il existe une vérité indépendante aux contextes culturels et qui exprime la réalité « en soi ». Cette vision est principalement élaborée dans son Pragmatisme et sociologie, mais aussi dans Les Formes. Ces « représentations scientifiques » qui expriment les vérités scientifiques, sont soumises à une vérification plus rigoureuse, et donc sont plus parfaites et fiables, même si les représentations qui les expriment ne seront jamais qu’approchées. La Théorie de la religion de Durkheim Définition de la religion Durkheim consacre Les formes élémentaires de la vie religieuse à une étude de la religion. En le faisant, il propose d'étudier la religion comme fait social. Suivant sa méthode, il définit la religion ainsi : Durkheim évite le mot Dieu dans sa définition, préférant le concept d'objet sacré. Les objets sacrés sont au cœur de toute religion, mais ils ne font pas nécessairement allusion à une force surnaturelle, comme le serait un Dieu (par exemple, les quatre nobles vérités sont, au sens de Durkheim, des objets sacrés pour les bouddhistes). D'autres objets physiques, comme une plume, un drapeau, une croix, ou une pierre, peuvent être infusés de ce pouvoir collectif et ainsi servir comme représentations physiques de l'objet sacré d'une société, devenant sacré dans cette manière. Cette définition contient également les concepts de sacré, église, rites, et communauté morale que nous voyons dans sa définition de la religion. Il est aussi important de noter l'importance du social dans sa définition de la religion. Effectivement, Durkheim lutte contre des interprétations animistes ou naturalistes de la religion. Les animistes trouvent l'origine de la religion dans les phénomènes psychologiques, comme les rêves, une thèse défendue par Spencer. Les naturalistes trouvent l'origine de la religion dans la tentative d'expliquer les événements naturels (orages, tremblements de terre) par des forces surnaturelles, une thèse défendue par Edward Tylor, et James Frazer, et plus tard par Sigmund Freud. Durkheim argumente que ces interprétations sont apprises socialement, et ne sont que le résultat d'une religion déjà établie, pas sa cause. Pour réfuter la thèse naturaliste, Durkheim note également que la foi à la religion se maintient, même quand la religion exprime les forces naturelles d'une manière erronée, ou, bien quand elle est contredite par les faits naturels. La cause de la religion doit donc se trouver ailleurs. Les origines et le fonctionnement de la religion D'après Durkheim, la religion trouve ses origines dans des forces sociales qui sont toujours présentes dans une communauté. Il ne s'agit pas, donc, de chercher l'origine ultime de la religion (une question métaphysique inutile selon lui), mais de chercher comment ces forces sociales peuvent se traduire par la forme concrète qui est la religion. Selon Durkheim, ces forces sociales se concrétisent dans des moments de ce qu'il nomme « effervescence collective ». Ces moments arrivent quand tous les individus d'un groupe sont rassemblés pour communiquer « dans une même pensée et dans une même action ». « Une fois les individus assemblés il se dégage de leur rapprochement une sorte d’électricité qui les transporte vite à un degré extraordinaire d’exaltation ». Durkheim appelle cette énergie « mana ». On peut voir aujourd'hui cette force mana dans les stades de football ou lors des réunions nationales politiques. Ensuite, pour que la société puisse prendre conscience de cette force mana, il faut qu'elle soit projetée sur un objet extérieur, matériel. Comme il dit, « La force religieuse n’est que le sentiment que la collectivité inspire à ses membres, mais projeté hors des consciences qui l’éprouvent, et objectivé. Pour s’objectiver, il se fixe sur un objet qui devient ainsi sacré ». Ainsi, la société devient consciente de soi, de sa propre unité, et une religion est née. Il est important de comprendre que le symbole religieux ne fait qu'hypostasier la force de la société, et le pouvoir de la société coule à travers l'objet sacré. Cette force est réelle, souligne Durkheim, et donc, même si le dogme ou la doctrine de la religion sont faux, l'expérience religieuse est fondée sur une force physique, une sorte d'électricité que nous ne pouvons pas écarter comme une simple illusion. L'énergie collective dégagée pendant ces moments d'effervescence doit être ranimée pour que la religion maintienne sa force parmi ses adhérents. C'est pour cette raison qu'il y a tellement de rites religieux ou d'autres cérémonies collectives, comme les rites mimétiques (induire les événements naturels tels que la pluie), les rites piaculaire (funéraire), célébratoire, sacrificiel, etc. Si la société n'arrive pas à accomplir ces rites, elle risque de mourir. Comme dit Durkheim, « Que l’idée de la société s’éteigne dans les esprits individuels, que les croyances, les traditions, les aspirations de la collectivité cessent d’être senties et partagées par les particuliers, et la société mourra ». Ces rites sont, donc, d'ordre primaire pour la société. Tous les groupes humains ont une religion, ce qui mène Durkheim à dire que la religion est une caractéristique de la condition humaine. Autrement dit, aussi longtemps que l'homme se trouve rassemblé en groupe, il va se former une religion d'une certaine forme. La mort des dieux Dans presque toute l'œuvre de Durkheim, une des thématiques les plus importantes est celle du malaise dont la société occidentale a souffert aux . Il note, déjà dans De la division du travail social les transformations majeures et rapides qui ont marqué la société européenne depuis plus d'un siècle. Cela inclut non seulement la montée de la science moderne, mais aussi l'industrialisation, l'urbanisation de la population et des transformations dans la communication et le transport (chemins de fer, téléphone, machine à vapeur, etc.) qui arrivent à rendre la population beaucoup plus mobile. Cela donne à la modernité des conditions de vie radicalement différentes à celles qui précédaient. Ces transformations mènent, suivant Durkheim, à . Il indique que la religion chrétienne ne tient plus la société occidentale en forme et que la vie moderne dépasse de loin la doctrine du christianisme. Il dit ainsi : Les normes, la moralité, et la métaphysique chrétiennes n'ont plus du sens et ne nous inspirent plus. Il s'agit, alors, d'une crise de moralité importante, dont d'autres auteurs (comme Nietzsche, par exemple) parlent. Cette situation laisse la société sans centre fixe, sans autorité, et dans un état de désagrégation. Elle est vulnérable à un taux de suicide plus élevé, un individualisme sans freins, et à un sentiment plus aigu d'anomie, ou de nihilisme, dans lequel . Montée de l'individualisme : le culte de l'individu Durkheim voit dans la mort des anciens dieux l'avènement de nouvelles formes de vie religieuse. Durant le , la société occidentale connaissait une forte division du travail, la croissance des villes, l'industrialisation, ce qui a eu l'effet d'individualiser de plus en plus la population. Cette individualisation, que Durkheim nomme « le culte de l'individu », a comme objet sacré (son dieu) l'individu. Important pour le concept d'individu de Durkheim, c'est que « c'est celui de Kant et de Rousseau, celui des spiritualistes, celui que la Déclaration des droits de l'homme a tenté, plus ou moins heureusement, de traduire en formules ». Durkheim explique, « Ce culte de l'homme a pour premier dogme l'autonomie de la raison et pour premier rite le libre examen ». On trouve donc déjà, dans le culte de l'individu selon Durkheim, plusieurs caractéristiques d'une religion : objet sacré, communauté morale, cosmologie. La Moralité La « Structure » de la moralité Durkheim définit la moralité comme « un système de règles de conduite ». Son analyse de la morale est très marquée par Emmanuel Kant et sa notion du devoir, dont Durkheim est très critique, mais seulement pour le réhabiliter et l'utiliser dans sa propre théorie morale. D'abord, Durkheim note, comme Kant, un élément obligatoire dans la morale. À l'intérieur de la morale il y a « une autorité morale qui, en se communiquant à certains préceptes de conduite qui lui tiennent particulièrement à cœur, leur confère un caractère obligatoire ». La morale nous dicte d'en haut comment nous devons nous comporter. Il existe une certaine norme morale préétablie à laquelle nous devons nous conformer. Ici, Durkheim critique la notion du devoir kantien, tout en le reprenant et l'insérant dans un contexte social, et pas analytique, comme le fait Kant. Ensuite, il y a un élément désiré dans la morale, une idée qui a échappé à Kant, nous dit Durkheim. Le fait que la moralité est désirée est aussi important que sa nature obligatoire. Comme cela, l'individu se soumet volontiers au code moral et croit qu'il sert le bien en le faisant. Cependant, pour pouvoir accomplir ce double mouvement, la moralité doit être bien fondée aux yeux de ceux à qui elle parle. Comme dit Durkheim, « pour que le caractère obligatoire des règles soit fondé, il suffit que la notion d’autorité morale soit fondée elle aussi, car à une autorité morale, légitime aux yeux de la raison, nous devons obéissance simplement parce qu’elle est autorité morale ». D'après Durkheim, cette autorité morale se trouve au sein de la religion d'une société. C'est elle seulement qui a les ressources, le respect et le pouvoir, afin d'être à la fois obligatoire et objet de désir, de bien commun. L'objet sacré d'une société, donc, peut être considéré comme représentant visible de l'idéal moral d'une société. Le Changement moral La théorie morale de Durkheim n'indique pas que la moralité est réfractaire à tout changement. Il nous explique, dans l'introduction de son œuvre inachevée La Morale, que « l'idéal moral n'est pas immuable ; il vit, évolue, se transforme sans cesse, en dépit du respect dont il est entouré. Celui de demain ne sera pas celui d'aujourd'hui. Des idées, des aspirations nouvelles jaillissent qui entraînent des modifications, et même des révolutions profondes dans la morale existante. » Quelle peut être l'origine de ces changements ? Selon Durkheim, une modification rapide au sein d'une société peut provoquer un ébranlement profond de l’organisme social tout entier, et donc de sa conscience collective. Cela peut se traduire également dans une déséquilibration de la morale d'une société. On peut voir, donc, qu'en fait un ensemble de « courants moraux » traversent continuellement les sociétés, ce qui permet l’émergence de nouvelles organisations sociales et également de différentes formes de moralité. Encore plus, la déviance sociale peut être à l'origine d'un changement de la morale : « L’existence d'une criminalité avait une utilité généralement indirecte et quelquefois directe; indirecte, parce que le crime ne pourrait cesser d'être que si la conscience collective s'imposait aux consciences individuelles avec une autorité tellement inéluctable que toute transformation morale serait rendue impossible ; directe, en ce que parfois, mais parfois seulement, le criminel a été un précurseur de la morale à venir ». La théorie de morale de Durkheim laisse, donc, largement place pour le libre arbitre et l'autonomie individuelle. Déviance morale Durkheim dit que la déviance morale, voire la criminalité, est un phénomène social normal. Il voyait trois effets possibles sur la société. D'abord, la déviance peut provoquer le changement social. Elle peut souligner des problèmes sociétaux et provoquer un changement d'avis de la population générale. Ensuite, la déviance peut également amener une société à punir le déviant, et donc à défendre les normes existantes. Dans ce sens la déviance sert à renforcer l'ordre moral en place. Enfin, Durkheim dit que la déviance peut entrainer une plus grande solidarité parmi la partie de la population affectée par la déviance. On voit une influence de la pensée de Durkheim sur ce sujet chez Robert Merton et sa "théorie de tension" (Strain Theory) qui dit que les structures sociales peuvent amener à des actes criminels. Morale civique et démocratie La démocratie directe fut critiquée par Émile Durkheim puisqu'elle nie essentiellement le rôle distinct de l'État par rapport à la société. Toute société se doit pour lui d'être dirigée par une minorité consciente et réflective de la pensée irréfléchie de la masse. En ce sens, la démocratie est relative au niveau de conscience qu'a l'État de la société (par la communication qu'il entretient avec elle) et à l'étendue de la diffusion de cette conscience dans le corps social (les domaines de la société non reconnus ou ignorés par l'État étant par définition « inconscients »). Ainsi, la pensée gouvernementale ne devrait pas se confondre avec la volonté des gouvernés : l’État n'est pas un résumé de la pensée populaire, mais bien un organe distinct qui surajoute à cette pensée instinctive une pensée plus méditée. Au même titre que le système nerveux central pour l'organisme vivant, il relève de la plus haute concentration réflective du corps social et a le devoir de le diriger de manière la plus rationnelle possible (comprendre en ce sens la plus bénéfique pour l'ensemble). Si l'État est trop près de la multitude, il sera alors absorbé par elle et il sera impossible qu'elle ne fasse pas la loi. Au contraire, si l'État se détache trop de la population, la communication sera coupée et l'appareil gouvernemental agira essentiellement en tant qu’oppresseur. Durkheim prône donc la mise en place de « groupes secondaires » (territoriaux ou corporatifs) qui agiraient en tant qu'intermédiaires entre la population et l'État de manière à empêcher la multitude d'imposer sa volonté à l'État tout en la protégeant contre l'attitude oppressive de ce dernier. Il s'agirait finalement d’établir le plus de communication possible entre l'État et la société afin de s'assurer que chacun des groupes qui la compose soit reconnu et représenté. La démocratie pourrait alors s'exercer de manière directe entre la population et ces groupes, ainsi qu'entre ces groupes et l’État, mais la relation entre la multitude des individus qui composent la société et l'état serait essentiellement indirecte. Un modèle de groupe secondaire est la corporation sous le royaume de France. Durkheim constate que, après avoir été supprimées lors de la Révolution Française, elles se sont reconstituées d'elles-mêmes pendant la révolution industrielle. Cela montre, selon lui, qu'elles correspondent à un besoin profond, qui n'est pas seulement économique, mais qu'elles sont en harmonie avec les nouvelles conditions sociales aussi bien qu'avec les anciennes ; elles répondent à un besoin moral. Elles ont fondé, à l'époque médiévale, le trait d'union de la bourgeoisie, donc de la commune urbaine. À partir de là, elles servent de cadre élémentaire à tout le système de société au début du . Le lien social La lecture de Durkheim est intéressante pour un autre point : son étude sur ce qu'il appellera le lien social. Il y a deux interprétations, une qui se voit dans les textes du jeune Durkheim qui se présente comme « solidarité mécanique » ou « organique » et une deuxième qui se voit dans les textes plus avancés et qui est ancrée dans la religion. Cela est dû au fait que Durkheim reconnaissait de plus en plus l'importance de la religion pour une société, au point où il publie, en 1912, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, un livre consacré à la religion et à ses effets sur la société. Un lien social n'exclut pas forcément l'autre. Durkheim développe aussi l'idée, dans Le Suicide, La Division du Travail social, ou même dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse que le lien social peut être sujet à des dysfonctionnements. Ainsi une division du travail trop poussée, trop spécialisée, peut entraîner l'isolement. Une crise du lien social peut alors apparaître si l'isolement l'emporte sur la solidarité et le partage de quelque chose en commun. Solidarité mécanique et Solidarité organique Témoin de la naissance de la société industrielle, Durkheim se pose la question de savoir comment s'unissent les hommes dans une société qui s'individualise de plus en plus. Dans son livre, La Division du travail social, Durkheim définit ainsi l'évolution de la solidarité : les sociétés traditionnelles passées se fondaient sur une solidarité mécanique impliquant des comportements collectifs et des activités de production faiblement différenciés. Cette solidarité reposait sur la proximité, la ressemblance et le partage d'une histoire et de valeurs communes aux communautés humaines. Mais cette solidarité doit laisser place à une solidarité devenue organique pour s'imposer dans nos sociétés modernes. Cette solidarité se définit par l'interdépendance et la complémentarité (c'est-à-dire que la société fabrique un système de parties spécialisées dont toutes sont nécessaires pour le fonctionnement de la société - par exemple sans le fermier il n'y a pas de boulanger ni de supermarché, sans le supermarché ou le boulanger, la nourriture du fermier n'arrive pas à la population qui en a besoin, etc.) qu'impose la société moderne aux êtres humains. Celle-ci s'étant mise en place avec la division du travail social produit par la forte densité démographique du pays et l'avance de la technologie. La division du travail se produit parce qu'avec la division du travail social, les individus ne se ressemblent plus, ne vivant plus dans le même lieu et ayant tous des travaux différents. La division du travail social semble alors créer pour Durkheim un lien d'interdépendance, une fonction sociale, entre les êtres humains. Paradoxalement, la société est sauvée par ce qui la met en danger, la diversité de la population. Le Suicide Le Suicide, publié en 1897, est une étude sociologique empirique où Émile Durkheim met en œuvre les principes méthodologiques qu'il a préalablement définis dans Les Règles de la méthode sociologique. Dans cet ouvrage, il défend l'idée selon laquelle le suicide est un fait social à part entière — il exerce sur les individus un pouvoir coercitif et extérieur — et, à ce titre, peut être analysé par la sociologie. Ce phénomène, dont on pourrait penser de prime abord qu'il est déterminé par des raisons relevant de l'intime, du psychologique, est également éclairé par des causes sociales, des déterminants sociaux. La statistique montre en effet que le suicide est un phénomène social normal : c'est un phénomène majoritaire et régulier que l'on retrouve dans la plupart des sociétés et, au sein de chaque société, les taux de suicide évoluent relativement peu. . Durkheim va d'abord s'attacher à dégager les causes du suicide et ensuite proposer une typologie des suicides, selon leurs causes. Critiques Le changement social ? Durkheim est souvent rejeté en tant que penseur incapable de penser le changement. On l'associe souvent avec un structuralisme rigide et figé. Ces critiques, comme l'a montré Robert Leroux, sont loin d'être valables. Non seulement Durkheim est capable de penser le changement social, mais le changement social est au cœur de son projet sociologique, voire philosophique. Son œuvre contient une théorie du changement social ainsi que plusieurs analyses dynamiques importantes de la société occidentale. D'abord, selon Durkheim il y a deux facteurs principaux qui causent le changement social : la croissance de la population et la technologie, surtout les technologies de la communication et du transport. Ces deux éléments influent sur la manière dont les individus d'une société interagissent en augmentant les relations intra-sociales. Le changement social « progresse donc d'autant plus qu'il y a plus d’individus qui sont suffisamment en contact pour pouvoir agir et réagir les uns sur les autres ». Durkheim appelle le taux auquel ces relations sont cultivées « la densité morale ou dynamique de la société ». Avec une augmentation de la densité morale d'une société vient plus de compétition pour des ressources, ce qui fait que les individus spécialisent leur travail pour mitiger cette compétition. Il en résulte ce que Durkheim appelle « la division du travail ». Quand les sociétés se développent, les individus vont de la solidarité mécanique à la solidarité organique, une transformation qui est analysée plus haut. Durkheim consacre la majorité de son œuvre, De la division du travail social, à une analyse des effets de la division du travail sur la société occidentale, incluant la transformation de l'Europe d'une société féodale à échelle régionale, à une société moderne, industrialisée, et internationale. Ces changements aux niveaux économique et matériel ont un effet aussi sur la conscience collective de la société. La population devient de plus en plus individualisée, on voit la montée de la science moderne, le christianisme devient de moins en moins pertinent et est remplacé par le culte de l'individu. En effet, il y a toute une gamme de transformations dans l'occident analysées par Durkheim, concernant la moralité, la religion, l'économie, la technologie, le concept de soi, le savoir, etc., et cela non seulement dans son premier grand livre, mais aussi dans Le Suicide, Les Formes élémentaires de la vie religieuses, et dans plusieurs articles le long de sa carrière. Le crime Une des affirmations de Durkheim a suscité l'incompréhension chez ses contemporains : dans Les règles de la méthode sociologique, il expose que le crime est présent dans toutes les sociétés (normalité de fait) et qu'il est "lié aux conditions fondamentales de toute vie sociale" (normalité de droit). En plus d'être nécessaire, et donc normal, il a aussi une utilité (ce n'est pas l'utilité d'un fait social qui fait sa normalité : "s'il est vrai que tout ce qui est normal est utile, à moins d'être nécessaire, il est faux que tout ce qui est utile soit normal"). Un fait social est normal pour un type social déterminé, considéré à une phase déterminée de son développement, quand il se produit dans la moyenne des sociétés de cette espèce, considérées à la phase correspondante de leur évolution. Bien qu'il soit non-conforme aux normes sociales, il est présent dans toutes les sociétés, ce qui fait de lui un phénomène normal. De plus, « le tort qu'il fait à la société est annulé par la peine, si elle fonctionne régulièrement ». Il est donc possible de juger le bon fonctionnement d'une société selon la répression exercée sur les crimes. Disciple et collaborateur de Durkheim, Paul Fauconnet a développé une stimulante analyse sociologique de la responsabilité pénale, qui prolonge les analyses durkheimiennes de la fonction sociale du crime ; il en souligne notamment la dimension sacrificielle. Critique épistémologique Bien que Durkheim ait cherché à fournir des explications sociologiques aux phénomènes qu'il étudiait et qu'il ait fortement réussi dans sa démarche, à un endroit il a failli à sa propre logique. Dans le cas de son étude sur Le Suicide, Durkheim a écrit que si les femmes se suicidaient moins que les hommes, après un deuil ou un divorce, cela était dû à une différence naturelle qui impliquait selon lui un comportement plus instinctif : Mais cette conséquence du divorce est spéciale à l'homme ; elle n'atteint pas l'épouse. En effet, les besoins sexuels de la femme ont un caractère moins mental, parce que d'une manière générale sa vie mentale est moins développée. Ils sont plus immédiatement en rapport avec les exigences de l'organisme, les suivent plus qu'ils ne les devancent et y trouvent par conséquent un frein efficace. Parce que la femme est un être plus instinctif que l'homme, pour trouver le calme et la paix, elle n'a qu'à suivre ses instincts. Une réglementation sociale aussi étroite que celle du mariage et, surtout, du mariage monogame ne lui est donc pas nécessaire.Ce type de thèses, courantes à l'époque, sur la différence des sexes quant à l'instinct et l'intelligence a été réfuté par certains critiques car il contrevient aux connaissances actuelles. Sociologie comme science sociale Durkheim a été vivement critiqué pour avoir tenté d'établir la sociologie comme une science. Certains ont considéré sa définition du fait social comme une vision minimaliste du monde réel. D'autres, comme Robert K. Merton, voient dans les hypothèses de Durkheim « une orientation [qui] ne fournit qu'un cadre très large à l'enquête empirique ». Œuvre 1892, La Contribution de Montesquieu à la constitution de la science sociale 1893, De la division du travail social, thèse présentée à la faculté des lettres de Paris, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine». 1895, Les Règles de la méthode sociologique, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine». 1897, Le Suicide, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine». 1897 - La Prohibition de l’inceste et ses origines, L’Année Sociologique, vol. 1, 1897, , Texte reproduit dans Journal sociologique, Paris, PUF, 1969, . Disponible également en poche, Paris, Payot, "coll. PBP" . 1900 - La Sociologie et son domaine scientifique, Version francophone d'un article publié en italien, « La sociologia e il suo domino scientifico » in Rivista italiana di sociologia, 4, 1900, . Réédité sous le titre La sociologie, Paris, Larousse, coll. "La science française", 1915, 15 p., avec 2 portraits hors texte (de Saint-Simon et de A. Comte). Repris dans Émile Durkheim, Textes. 1. Éléments d'une théorie sociale, Paris, Minuit, coll. "Sens commun", 1975, . 1912 - Les Formes élémentaires de la vie religieuse : le système totémique en Australie, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine». 1914 - Qui a voulu la guerre ?, en collaboration avec Ernest Denis 1914 - De la méthode dans les sciences, série, Henri Bouasse, Pierre Delbet, Émile Durkheim, Alfred Giard, Éd. Félix Alcan, coll. «Nouvelle collection scientifique». 1915 - L'Allemagne au-dessus de tout, La mentalité allemande et la guerre Éditions posthumes 1883-1884 - Cours de philosophie dispensé au Lycée de Sens 1883-1884 1902-1903 - L'Éducation morale, cours dispensé à la faculté des lettres de l'université de Paris 1918 - Le Contrat social de Rousseau 1922 - Éducation et sociologie, introduction de Paul Fauconnet, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine». 1924 - Sociologie et philosophie, préface de C. Bouglé, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine». 1928 - Le Socialisme, sa définition, ses débuts. La doctrine saint-simonnienne, édité par Marcel Mauss, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine». 1938 - L'Évolution pédagogique en France 1955 - Pragmatisme et sociologie 1977 "Éducation et sociologie" Distinction Chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur (). Hommages (10330) Durkheim, astéroïde nommé en son nom. Notes et références Annexes Bibliographie Francophone Bernard Dantier, La Chose sociologique et sa représentation : Introduction aux Règles de la méthode sociologique d’Émile Durkheim, 2003 Jean Étienne, Françoise Bloess, Jean-Pierre Noreck et Jean-Pierre Roux, Dictionnaire de sociologie : les notions, les mécanismes, les auteurs, Hatier, 1997 Christian Baudelot, Roger Establet, Durkheim et le Suicide, Paris, PUF, « Philosophies », 1984 ; nouvelle version, 2007. François Héran, « L’institution démotivée de Fustel de Coulanges à Durkheim et au-delà », in Revue Française de Sociologie, 1987, vol. 27, Monique Hirschhorn et Jacques Coenen-Huter (dir.), Durkheim et Weber. Vers la fin des malentendus? , L'Harmattan, 1994 Bruno Karsenti, La société en personnes. Études durkheimiennes, Economica, 2006 Bernard Lacroix, Durkheim et le politique, Presses de l'Université de Montréal, 1981 Michel Lallement, Histoire des idées sociologique : des origines à Weber, Circa, 1993 Robert Leroux, Histoire et sociologie en France : de l'histoire-science à la sociologie durkheimienne, PUF, 1998. Mendras, Henri, Éléments de sociologie, Armand Colin, 1996 Merton, Robert, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Armand Colin, 1997 Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard, 1967 Charles-Henry Cuin, Durkheim. Modernité d'un classique, collection « Société et Pensées » dirigée par Gérald Bronner, Éditions Hermann, 2011 Anglophone , « Lévy-Bruhl, Durkheim, and the Scientific Revolution », in Robin Horton and R. Finnegan (Hrsg.), Modes of Thought, London, Faber & Faber, 1973, S. 249-305 Robert A. Jones, « Émile Durkheim : an introduction to four major works, Masters of Social Theory », vol. 2, Sage Publications, 1986 Susan Stedman Jones, « Charles Renouvier and Emile Durkheim : "Les Règles de La Méthode Sociologique" », Sociological Perspectives, Bd. 38, 1995, H. 1, S. 27-40 Steven Lukes, « Émile Durkheim, his life and work. A historical and critical study », Allen Lane, London, 1973 Talcott Parsons, The structure of social action. A study in social theory with special reference to a group of recent European writers, McGraw-Hill, New York, 1937 Anne Warfield Rawls, « Durkheim and Pragmatism: An Old Twist on a Contemporary Debate », Sociological Theory, Bd. 15, 1997, H. 1, S. 5-29 , « Sociologism and Existentialism: Two Perspectives on the Individual and Society », (Perennial Works in Sociology) 1979 , « Durkheim and Representations », Taylor and Francis, London and New York, 2007 Germanophone Adeline Barnaud, Émile Durkheim im ersten Weltkrieg 1914-1917, schriftliche Arbeit zur Erlangung des Akademischen Grades "Magister Artium", historischer Seminar der Eberhard-Karls-Universität, Tübingen, 2004 Ole Goos, Zur Reproduktion der Philosophie G.W.F. Hegels bei Georg Simmel und Emile Durkheim. Studien zu den Begriffen Kultur und Gesellschaft. Dissertation, Universität Heidelberg 2006 René König, Émile Durkheim zur Diskussion. München/Wien, 1976 Italophone Gianfranco Poggi, Émile Durkheim, Il Mulino, Bologna, 2003 Sandro Nannini, Educazione, individuo e società in Emile Durkheim e nei suoi interpreti, Loescher, Torino, 1980 Anthony Giddens, Durkheim, Il Mulino, Bologna, 1998 Anthony Giddens, Capitalismo e teoria sociale. Marx, Durkheim e Max Weber, Il Saggiatore, Milano, 1984 , Il diritto in Durkheim. Sensibilità e riflessione nella produzione normativa, Edizioni Scientifiche Italiane, Napoli, 1986 Realino Marra, La religione dei diritti. Durkheim – Jellinek – Weber, Giappichelli, Torino, 2006 Pio Marconi, Durkheim. Sociologia e politica, Jovene, 1974 , Evoluzione e crisi del mondo normativo. Durkheim e Weber, Laterza, Roma, 1975 Mario A. Toscano, Trittico sulla guerra. Durkheim. Weber. Pareto, Laterza, Bari, 1996 Articles connexes Holisme, Anomie Densité morale Fait social total (ou phénomène social total) de Marcel Mauss Histoire de la sociologie Rue Émile-Durkheim Liens externes Sociologue français du XXe siècle Fondateur de la sociologie Anthropologue français Sociologue des religions Sociologue positiviste Élève de l'École normale supérieure Étudiant de l'université de Leipzig Enseignant à l'École supérieure de journalisme de Paris Agrégé de philosophie Enseignant à l'université de Bordeaux Professeur à la faculté des lettres de Paris Personnalité de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen Chevalier de la Légion d'honneur Dreyfusard Personnalité liée à la Lorraine Naissance en avril 1858 Naissance à Épinal Décès en novembre 1917 Décès dans le 14e arrondissement de Paris Décès à 59 ans Personnalité inhumée au cimetière du Montparnasse (division 5)
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Edward Evan Evans-Pritchard
E. E. Evans-Pritchard est un anthropologue britannique né le à Crowborough (East Sussex) et mort le à Oxford. Il a participé au développement de l'anthropologie sociale. Il fut professeur d'anthropologie sociale à l'Université d'Oxford de 1946 à 1970. Biographie Après des études à Winchester College, il étudie l'histoire au Collège d'Exeter à Oxford, où il subit l'influence de Robert Ranulph Marett, puis après avoir obtenu son diplôme, à la London School of Economics, où il subit l'influence de Bronisław Malinowski et surtout de Charles Gabriel Seligman, le fondateur de l'ethnographie du Soudan. Il effectue son premier travail sur le terrain chez les Azande, un peuple du haut-Nil. Il en tire sa thèse de doctorat en 1927 (et Witchcraft, Oracles and Magic Among the Azande en 1937). Il donne des cours à la London School of Economics et continue ses recherches chez les Azande et les Bongo jusqu'en 1930, année où il commence de nouvelles recherches chez les Nuer. Il rencontre alors Meyer Fortes et Alfred Radcliffe-Brown. Ce travail coïncide avec sa nomination à l'université du Caire en 1932, où il donne des cours sur la religion, toujours influencé par Seligman. Après son retour à Oxford, il continue ses recherches sur les Nuer et commence à développer les idées de Radcliffe-Brown sur le structuro-fonctionnalisme. Il en résulte sa trilogie sur les Nuer (The Nuer, Nuer Religion, Kinship and Marriage Among the Nuer) et le volume qu'il coédite, intitulé African Political Systems est vite considéré comme un classique de l'anthropologie sociale britannique. Son Witchcraft, Oracles and Magic Among the Azande est la première contribution majeure à la sociologie de la connaissance à travers sa prise de position neutraliste sur la justesse des croyances des Zandés sur la causalité. Le travail empirique qu'Evans-Pritchard continua dans cet esprit est connu à travers les débats des années 1960 et 1970 sur la philosophie des sciences et la rationalité, où s'impliquèrent Thomas Samuel Kuhn et surtout Paul Feyerabend. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Evans-Pritchard combat en Éthiopie, en Libye, au Soudan et en Syrie. Au Soudan, il lève des troupes irrégulières parmi les Anuak pour harceler les Italiens dans une guerre de guérilla. En 1942, il est envoyé à l'Administration britannique de la Tripolitaine, expérience dont il tirera The Sanusi of Cyrenaica. En décrivant la résistance locale aux Italiens, il est l'un des rares auteurs de langue anglaise à avoir écrit sur la tariqa. En 1944, il se convertit au catholicisme. Après un bref séjour à Cambridge, Evans-Pritchard devient professeur d'anthropologie sociale à l'Université d'Oxford et fellow de All Souls College à Oxford, où il passe le reste de sa carrière universitaire. Parmi ses étudiants de thèse, le sociologue indien , le créateur de quelques-uns des concepts clé de la sociologie indienne : la , la caste dominante et le . Talal Asad qui enseigne à l'université de la ville de New York, fut aussi son étudiant. L'ouvrage classique de Mary Douglas, (De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou) a été influencé par les conceptions de Evans-Pritchard sur la façon dont les notions d'accusation, de faute et de responsabilité se manifestent à travers la perception spécifique à une culture des notions de malchance et de tort. Il a aussi pour étudiant Julian Pitt-Rivers. Ouvrages 1937 Witchcraft, Oracles and Magic Among the Azande, Oxford University Press ; 1976, abridged edition 1940 The Nuer: A Description of the Modes of Livelihood and Political Institutions of a Nilotic People, Oxford, Clarendon Press. 1940 « The Nuer of the Southern Sudan », in African Political Systems, M. Fortes and E.E. Evans-Pritchard, eds., London, Oxford University Press, 272-296. 1949 The Sanusi of Cyrenaica, London, Oxford, Oxford University Press. 1951 Kinship and Marriage Among the Nuer, Oxford, Clarendon Press. 1951 « Kinship and Local Community among the Nuer » in African Systems of Kinship and Marriage, A.R. Radcliffe-Brown and D.Forde, eds., London, Oxford University Press, 360-391. 1953 « The Sacrificial Role of Cattle among the Nuer », in Journal of the International African Institute, 23 3, 181–198 1956 Nuer Religion, Oxford, Clarendon Press. 1962 Social Anthropology and Other Essays, New York, The Free Press 1965 Theories of Primitive Religion, Oxford University Press 1967 The Zande Trickster, Oxford, Clarendon Press. Traductions en français Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé, texte original publié en 1937. Trad. de l'anglais par Louis Evrard, 1972, Gallimard Les Nuer. Description des modes de vie et des institutions politiques d'un peuple nilote, texte original publié en 1940. Trad. de l'anglais par Louis Evrard, 1968, Gallimard Anthropologie sociale, texte original publié en 1951. Trad. de l'anglais par Monique Manin, postface de Michel Panoff, 1969, Payot. Parenté et mariage chez les Nuer, 1951. Trad. de l'anglais par Monique Manin, 1973, Payot Systèmes politiques africains, (ouvrage dirigé avec Meyer Fortes), texte original publié en 1940. Trad. de l'anglais par Paul Ottino, 1964, PUF. La religion des primitifs à travers les théories des anthropologues, texte original publié en 1965. Trad. de l'anglais par Marie Matignon, 1971, Payot. d'anthropologie sociale, texte original publié en 1965. Trad. de l'anglais par Anne et Claude Rivière, 1971, PUF. Notes et références Voir aussi Bibliographie W. Arens, « Evans-Pritchard and the prophets: comments on an ethnographic enigma », in Anthropos, 78, 1983, 1-16 John W. Burton, An introduction to Evans-Pritchard, University Press, Fribourg (Suisse), 1992, 177 p. Mary Douglas, Evans-Pritchard, Fontana Paperbacks, Londres, 1980, 140 p. Dafydd Jenkins, Evans-Pritchard, Gwasg Gee, Denbigh, 1982, 112 p. Pierre Bonte et Michel Izard (dir.), « Edward Evan Evans-Pritchard », in Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUF, Paris, 2008 ( éd. 1991), 267-269 Adam Kuper, L'anthropologie britannique au , (trad. Gérald Gaillard), Karthala, 2000, 273 p. Irène Théry, La Distinction de sexe'', Une nouvelle approche de l’égalité, Odile Jacob, 2007, page 21-26. . At the Clarendon Press / 1940. Articles connexes Liste d'anthropologues société segmentaire Liens externes Anthropologue britannique Sociologue britannique Ethnologue africaniste Étudiant du Collège d'Exeter Knight Bachelor Militaire britannique de la Seconde Guerre mondiale Étudiant de la London School of Economics Naissance à Crowborough Naissance en septembre 1902 Décès en septembre 1973 Décès à Oxford Décès à 70 ans
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Edward Tylor
Edward Burnett Tylor (1832 - 1917) est un anthropologue britannique, premier titulaire de la chaire d'anthropologie de l'université d'Oxford. Biographie Edward Tylor est né à Camberwell en 1832. Fils de Joseph Tylor et Harriet Skipper, il grandit dans une famille quaker fortunée, propriétaire à Londres d'une usine de laiton. Il se spécialise dans la culture. Il fait ses études à Grove School House, Tottenham, mais en raison de la mort de ses parents, il n'obtient pas de diplôme universitaire. Après leur décès, il se prépare à aider à gérer l'entreprise familiale, mais ce projet est suspendu par des symptômes compatibles avec l'apparition de la tuberculose. On lui conseille de gagner des climats plus chauds et Tylor quitte l'Angleterre pour les États-Unis en 1855. Son voyage se poursuit ensuite à Cuba puis au Mexique. L'expérience s’avère décisive dans la trajectoire du jeune homme, éveillant un intérêt qui ne se démentira pas pour l'étude des cultures étrangères. Au cours d’un trajet en bus dans les rues de La Havane, Taylor rencontre Henry Christy, un archéologue de confession quaker qui le convainc de l'accompagner à Mexico. Leur voyage commun stimule grandement l’intérêt naissant de Tylor pour l’anthropologie et la préhistoire. Premier titulaire d'une chaire d'anthropologie à l'université d'Oxford en 1895, il proposa un traitement statistique des données ethnographiques afin de rechercher les corrélations entre les institutions. Souscrivant à la thèse évolutionniste en honneur à l'époque, il y intégra ses analyses de la religion et des mythes, perçus comme des survivances de l'état sauvage. Il est considéré aujourd'hui comme le fondateur de l'anthropologie britannique, il est notamment célèbre pour sa définition ethnologique de la culture. Théories Les stades Il est le premier à aborder les faits culturels avec une visée générale et systématique. Avec son ouvrage Primitive Culture, il pose les prémisses d'une autonomie de l'anthropologie sociale. Il y développe la théorie de l'animisme qui constitue selon lui le premier stade de la religion humaine. Elle tire son origine de l'expérience du rêve que fait chaque être humain, le poussant à dissocier le corps physique du corps psychique, donc à concevoir que l'être humain a une âme. Ainsi l'homme serait tenté d'attribuer cette même faculté à son environnement. Les objets, la nature disposant alors, eux aussi, d'une âme. Le second stade, pour Tylor, est constitué par le polythéisme, évolution logique selon lui, de l'animisme. Le dernier stade serait le monothéisme. Une nouvelle définition de la culture Définition de la culture selon Tylor : « Ensemble complexe qui englobe les connaissances, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes, et tout autre capacité et habitude acquise par l’Homme en tant que membre d’une société ». Tylor est novateur en ce qu'il considère la culture comme un fait universel, et se détache du sens français originel de culture comme marque de distinction, comme dans l'expression « un être cultivé ». C'est lui qui invente le sens anthropologique ou ethnologique de la notion de culture. La notion se rapproche ainsi de celle de civilisation. Il innove aussi en ne restreignant pas la possession d'une culture à certaines populations uniquement, comme les Blancs. Il insiste enfin sur le caractère acquis de la culture, ce qui n'était pas évident dans une société qui faisait de la nature une norme puissante. Il s'intéresse également aux fondements des civilisations. La question de la religion Tylor fonde la distinction entre trois stades d'avancée religieuse. Dans le contexte de l'évolutionnisme, Tylor fait un découpage artificiel pour établir une classification des sociétés en fonction de leur religion. La première étant les pratiques magiques (qui seraient le signe d'une société primitive), la seconde serait une religion institutionnalisée, structurée et hiérarchisée socialement, et le plus haut stade de cette classification correspondrait enfin à la science dominante et à la rationalité cartésienne (considérée comme supérieure). Ouvrages 1861 : 1865 : 1867 : 1871 : 1871 : 1877 : 1877 : 1880 : 1881 : 1881 : 1882 : 1884 : 1884 : 1889 : 1890 : 1896 : 1896 : 1898 : 1898 : 1905 : Traductions en français Primitive Culture, 2 vol., 1873-1874. Trad. en fr. sous le titre La civilisation primitive. Researches into the early history of mankind, 1865. Trad. en fr. sous le titre recherche sur les débuts de l'histoire de l'humanité Notes et références Liens externes Naissance en octobre 1832 Naissance à Camberwell Décès en janvier 1917 Décès dans le Somerset Anthropologue britannique Anthropologie des religions Membre de la Royal Society Décès à 84 ans
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Finlande
Finlande
La Finlande ( ; ), en forme longue la république de Finlande ( ; ), est un pays d'Europe du Nord, membre de l'Union européenne depuis 1995. La Finlande est baignée par la mer Baltique, plus précisément par le golfe de Finlande au sud et par le golfe de Botnie à l'ouest et au sud-ouest. Son territoire s'étend de part et d'autre du cercle arctique dans la partie orientale de la Fennoscandie, ce qui fait d'elle un pays nordique entièrement extérieur à la Scandinavie. Composé de plus de et d'innombrables îles, parmi lesquelles celles de l'archipel autonome d'Åland, il occupe une superficie totale de entre la Norvège au nord, la Russie à l'est et la Suède au nord-nord-ouest, ce qui en fait un des plus vastes pays de l'Union européenne. Cet espace géographique soumis à un climat rigoureux pendant l'hiver est majoritairement une zone de taïga. Les d'habitants que recense la démographie nationale confèrent au pays l'une des plus faibles densités de population de toute l'Union européenne. Principalement installés dans le Sud du pays, en particulier sur la côte méridionale, où se trouve la capitale, Helsinki, mais aussi les autres municipalités les plus peuplées, à savoir Espoo et Vantaa, qui sont regroupées au sein de la Région capitale ou Grand Helsinki, les Finlandais disposent de deux langues officielles, le finnois et le suédois. Après la zone urbaine d'Helsinki, la deuxième plus grande ville de Finlande est Tampere, située à environ au nord d'Helsinki. Enrichie par les apports ancestraux d'une mythologie féconde, par les Samis, ou encore par les populations autochtones de la province septentrionale de Laponie, et bien qu'elle se soit clairement occidentalisée dans la seconde moitié du à la suite d'une reconversion réussie de son économie (centrée sur la sylviculture, puis la métallurgie, et enfin l'électronique), la culture nationale plébiscite toujours un certain dépouillement matériel, dont le sisu et le sauna sont des symboles sûrs, ainsi qu'une culture du silence. Les racines culturelles, linguistiques et génétiques de la Finlande ainsi que son héritage de pays de souche finno-ougrienne influencé par la culture germanique scandinave sont partagés avec l'Estonie, voisin méridional de la Finlande. Longtemps sous domination du voisin suédois, sous le règne duquel fut fondée la première capitale, Turku, la Finlande demeure marquée par les nombreux conflits qui l'ont opposée durant toute son histoire récente à la Russie, puissance impérialiste dont elle est devenue un grand-duché autonome en 1809, et dont elle n'a obtenu son indépendance qu'en 1917. L'année suivante, une guerre civile ensanglante le pays, suivie de deux guerres contre l'URSS pendant la Seconde Guerre mondiale, et enfin, d'une longue tutelle soviétique indirecte durant la guerre froide, connue sous le nom de « finlandisation ». Dans chaque guerre, l'armée de la République de Finlande était dirigée par Carl Gustaf Emil Mannerheim, maréchal de Finlande. Ces soubresauts n'ont cependant pas empêché l'établissement d'une république stable dont les réalisations sont souvent présentées en modèles, et ce en de nombreux domaines, notamment environnement et qualité de vie. La politique nationale s'articule autour d'un président de la République, Sauli Niinistö, d'un parlement unicaméral, l'Eduskunta et d'un gouvernement dirigé par la Première ministre, actuellement Sanna Marin. Le Grand-duché de Finlande, alors composante de l'Empire russe, a été le premier État en Europe à accorder le droit de vote aux femmes ainsi que le premier au monde à les rendre éligibles au même titre que les hommes. En 2009, l'étude Legatum Prosperity classe la Finlande en première position à la suite de ses performances économiques et de la qualité de vie. La Finlande connaît une forte période de récession à la fin des années 2000, en partie liée à l’affaiblissement de son industrie électronique (comme la chute de Nokia), la récession de son voisin russe et une crise dans l'industrie forestière. L'économie du pays se redresse néanmoins au milieu des années 2010. Géographie Géographie physique Géologie et relief Le paysage finlandais est plat dans la partie sud-ouest et dans les vastes plaines côtières d'Ostrobothnie, mais vallonné de collines dans le Centre et l'Est. La Laponie est par endroits montagneuse, mais généralement formée de vastes étendues assez planes. Le point culminant est le mont Ridnitsohkka  d'altitude, qui se trouve dans la pointe nord-ouest de la Laponie, près des frontières norvégienne et suédoise. La Finlande est un pays aux milliers de lacs (dont la plupart communiquent entre eux) et d'îles ( et ). Un de ces lacs, le Saimaa, est le cinquième plus grand d'Europe. À côté des nombreux lacs, le paysage est dominé par la forêt boréale (environ 68 % du pays) et assez peu de terres arables. La plupart des îles sont dans le Sud-Ouest, dans l'archipel d’Åland, et le long de la côte méridionale du golfe de Finlande. Le socle rocheux de la Finlande est formé principalement de roches précambriennes du bouclier scandinave (gneiss, granite et schistes). Le relief de la Finlande s'est formé il y a environ un milliard d'années, si bien qu'il est aujourd’hui très érodé et peu marqué. Seuls quelques dômes de quartzite ont relativement bien résisté à l'érosion, et ils forment les rares collines du pays. Le paysage actuel est essentiellement marqué par les glaciations. Il y a , les glaciers recouvraient la totalité de la Finlande : ils ont charrié des rochers puis ont laissé en se retirant de vastes moraines, érodées à leur tour par l’eau de fonte. Les paysages présentent des formes typiques de paysage glaciaire : roches moutonnées, drumlins et eskers. Autour des moraines, comme à Suomenselkä dans l’Ouest, ou à Salpausselkä au Sud, l’épaisseur des dépôts de sédiments glaciaires peut dépasser par endroits . L’eau de fonte des glaciers a donné naissance au lac Ancylus, ancêtre de l’actuelle mer Baltique, et recouvert une grande partie du pays. Le lac s’est ouvert il y a sur la mer du Nord. L’abaissement du niveau de l’eau, conjugué à la surrection isostatique a donné au fil des siècles suivants le relief actuel du pays. Dans l’intérieur des terres, l’eau de fonte des glaciers a noyé les dépressions du relief et rempli d’anciennes failles, donnant naissance à la multitude de lacs de la Finlande. Le processus de surrection du relief se poursuit aujourd’hui : ainsi la côte de Pohjanmaa s’élève de au-dessus de la mer Baltique. Il s’ensuit presque à chaque printemps des inondations, car les rivières n’ont pas de chenal d’écoulement naturel formé vers les côtes et les eaux de fontes peuvent librement s’épancher à travers le pays. Au cours des derniers siècles, certaines villes, comme Pori et Vaasa, ont été rebâties plus à l’ouest de plusieurs kilomètres car leurs ports étaient asséchés. Le type de sédiment le plus commun dans les sols est la tillite, qui est un héritage des glaciations. Comme on ne trouve de craie ou de marbre que dans des sites isolés en Finlande, les dépôts glaciaires sont souvent pauvres en calcaire, et c’est pourquoi ils donnent des sols sujets à l’acidification. Dans les dépressions du relief, formées lors de la phase du lac d'Ancylus et de la formation de la Baltique, les sédiments glaciaires sont souvent recouverts par des sédiments marins, enrichis en carbonates. Ces sols limoneux, combinés à la douceur du climat, concentrent la culture des céréales sur les côtes ouest et sud de la Finlande ; car dans l’intérieur du pays, les sols sont peu favorables à l’agriculture du fait de leur acidification et de la fossilisation : il faut les chauler, les principales ressources en chaux étant fournies par les carrières de Pargas, de Lohja et de Lappeenranta. Si les mines de fer de Finlande sont aujourd’hui pratiquement épuisées, il subsiste d’importants gisements de cuivre, de nickel, de zinc et de chrome. Dans les années 1860, la découverte de quartz aurifères dans la vallée du Kemijoki déclencha une véritable ruée vers l’or en Laponie. Les rivières de Laponie sont toujours en exploitation, soit par orpaillage, soit par lixiviation industrielle : un filon important se trouve à Pahtavaara près de Sodankylä. Les autres placers se répartissent un peu partout à l’intérieur du pays : dernièrement, en 1996, on a découvert près de Kittilä un filon estimé à d'or. La Finlande est aussi le plus gros exportateur de talc d’Europe. Cette roche, très utilisée dans l’industrie de la pâte à papier, est extraite en grandes quantités à Sotkamo et Polvijärvi. Parmi les autres minéraux d’intérêt industriel extraits en Finlande, on trouve la wollastonite, dolomite, apatite, quartz et feldspath. Climat Le climat de la Finlande méridionale est continental. En Finlande du Nord, particulièrement en Laponie, le climat subarctique domine, caractérisé par des hivers parfois très froids (pouvant descendre jusqu'à ). Dans le Sud et le Sud-Ouest, les hivers peuvent être rudes, selon les années. L'enneigement, en tout cas, est plus irrégulier que dans le Nord finlandais. L'été, le thermomètre peut parfois monter jusqu'à . La Finlande est d'ailleurs un pays à faible pluviométrie : de pluie en Laponie et dans l'Est carélien, 550 à dans le Sud-Ouest. Nature On dénombre différentes d'animaux et de végétaux en Finlande, dont de mammifères. Si la biodiversité y est moindre qu'en Europe centrale, les zones vierges procurent un habitat à de nombreuses espèces devenues rares sur le reste du continent. En Finlande, la tradition du droit d'accès à la nature (jokamiehenoikeus en finnois, allemansrätten en suédois) permet à tout particulier, sous certaines conditions, de fréquenter en toute liberté les zones naturelles : il est notamment permis de récolter des baies, des champignons ou de pêcher à la ligne ; la chasse et la pêche sont du reste des activités très communes, puisque 6 % des Finlandais possèdent un permis de chasse. Flore et végétation La Finlande est le pays le plus boisé d'Europe : 86 % de la superficie du pays est couverte de forêts. Mais la végétation s’ordonne du nord au sud en trois zones de végétation bien contrastées : la plus grande partie du pays est recouverte par la forêt boréale, qui se caractérise par une dominance des conifères, une période végétative brève et des sols pauvres, sur lesquels la croissance des arbres est lente et la variété florale est faible. Les essences dominantes sont le pin (50 %) et l'épicéa (30 %) ; le feuillu le plus représenté est le bouleau (16,5 %). Le sol est couvert d’airelles et de mousse, qui plus au nord cèdent la place aux lichens. On ne retrouve de forêt mixte que le long de la côte sud-ouest ainsi que sur les quelques récifs disséminés au large. Il s'y trouve certaines essences uniques pour la Finlande, comme le chêne. La Laponie septentrionale est essentiellement dénudée ; seuls quelques bouleaux faméliques trouvent à se développer. Les collines sont couvertes de toundra. Un tiers de la Finlande était à l'origine couvert de tourbières : au fil des siècles passés, la moitié a été asséchée pour l'agriculture. Il ne subsiste au sud que quelques tourbières ombrotrophes ; plus au nord, ce sont des tourbières d’aapa. La plus grande partie de ces tourbières sont des ripisylves. Faune Malgré une chasse intense, les rennes sont encore nombreux en Finlande, et bien qu'un tiers du cheptel soit abattu chaque année, la population se maintient à peu près au niveau de . Ces animaux présentent un véritable danger pour les automobilistes car les chocs sont souvent mortels. Dans le Nord du pays, l'animal est omniprésent : quelque sont semi-domestiqués et s'ébattent toute l'année en liberté ; à la fin de l'automne, les éleveurs rassemblent le troupeau et sélectionnent les individus pour l'abattage. Le renne des forêts est beaucoup plus rare : naguère commun dans toute la Finlande, il avait disparu à la fin du ; dans les années 1950, une petite population a migré de Russie à Cajanie et en Carélie du Nord. Les cerfs de Virginie, importés en grande quantité d'Amérique, se sont acclimatés dans le Sud et l'Ouest du pays. La prospérité retrouvée des populations de prédateurs doit beaucoup aux mesures prises par les autorités ces dernières années ; on dénombre aujourd’hui plus de et lynx, et plus de . Par endroits, on a dû autoriser de nouveau la chasse de certains de ces animaux pour une durée déterminée. Il subsiste en Laponie une population de . Le renard polaire était naguère répandu dans tout le pays, mais l'activité des trappeurs l'avait pratiquement fait disparaître au début du . Le renard roux a toujours été vivace, mais depuis quelques décennies il est concurrencé par le chien viverrin, venu de Russie. Le (phoque annelé) est confiné aux lacs de Saimaa. Cette variété rare de phoque d'eau douce n'a pu être sauvée que par l'adoption de mesures énergiques et symbolise la protection de la Nature en Finlande. Le polatouche de Sibérie, qui pour l'Union européenne ne se trouve qu'en Finlande et en Estonie, bénéficie également de mesures spécifiques. L’avifaune de Finlande comporte , dont l’aigle royal, le pygargue, des gallinacées comme le Grand Tétras, le coq de bruyère, la gélinotte et le lagopède et enfin une multitude de palmipèdes. Le cygne chanteur, par la place qu'il occupe dans la mythologie nordique, est l'animal-emblème finlandais. Cette espèce, elle aussi, n'a pu être sauvée de la disparition que par l'adoption de lois sévères : des recensés dans les années 1950, sont nés les actuels. Réseau européen Natura 2000 Le réseau Natura 2000 rassemble des sites naturels ou semi-naturels de l'Union européenne ayant une grande valeur patrimoniale, par la faune et la flore exceptionnelles qu'ils contiennent. En décembre 2018, la Finlande comptait dont : 470 zones de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux sur une superficie de ; 1721 zones spéciales de conservation (ZSC) (dont les pSIC, SIC) pour les habitats et les espèces sur une superficie de . La superficie totale est de , ce qui représente 12,6 % de la surface terrestre et marine du territoire de la Finlande. Cartographie des sites Natura 2000 de la Finlande Carte des sites Natura 2000 (SIC, ZSC + ZPS) de la Finlande, décembre 2017 (haute définition), Source Géographie humaine Découpage administratif La Finlande est subdivisée en , et . Villes Économie La Finlande est la patrie de Nokia, ancien numéro un mondial de la téléphonie mobile, ainsi que de nombreuses autres grandes entreprises, par exemple : Kone, Outokumpu, Rautaruukki, Amer Sports, Fiskars, UPM-Kymmene, Stora Enso, Patria, F-Secure, TietoEVRY, , Marimekko, VR-Yhtymä Oy… La population active finlandaise s'élève à (2004). Celle-ci se répartit dans les catégories suivantes : service public 32 %, industrie 22 %, commerce 14 %, finance et services 10 %, agriculture et forêt 8 %, transport et communication 8 %, construction 6 %. En 2004, le taux de chômage était de 8,8 % (2004). Il est passé à 7,7 % en 2006 avant d'atteindre 6,0 % en avril 2008. Par la suite, le taux de chômage remonte à 8,9 % en novembre 2009 puis revient à 7,2 % en novembre 2011. La Finlande est l'un des à avoir adopté l'euro le . L'ONU, à travers le calcul de l'IDH (mesure synthétique du niveau de développement des pays) place la Finlande en neuvième position mondiale en 2007. La dette publique de la Finlande a doublé entre 2008 et 2015, passant de 32 % à 64 % du PIB. En 2015, l’écart d’espérance de vie entre les personnes diplômées et les personnes non diplômées est de en Finlande. En 2016, le gouvernement modifie le code du travail dans l'objectif d'accroitre la compétitivité des entreprises. Les salaires des fonctionnaires sont réduits pendant les jours de congés, les heures supplémentaires et le travail dominical seront moins payés et les cotisations sociales des salariés sont augmentées. En revanche, les cotisations patronales sont réduites. Transport Histoire Préhistoire La « Finlande et le Nord de la Sibérie » fut d'abord peuplée par des chasseurs-cueilleurs. Ils ont transmis leurs gènes jusqu’à l’ère moderne. Le groupe s’étend de la Laponie à l’est jusqu’au Groenland. Bien que génétiquement variées, ces populations ont une signature génétique qui les relie le plus souvent aux peuples finnois. Ils sont descendants des chasseurs-cueilleurs qui ont résisté à la poussée des agriculteurs. Ils se sont adaptés et ont prospéré dans un nouvel âge. Tout comme l’expansion de Béring, ce groupe dépasse les divisions conventionnelles, montrant des connexions claires à la fois avec l’est et l’ouest. Même l’Amérique est connectée avec le groupe « Finlande et Nord de la Sibérie », par sa parenté avec la Sibérie ancienne. Les Hommes ne se sont installés dans le Grand Nord qu’il y a , là où aucun Néanderthalien ne s’était aventuré. Conservant des connexions sur le long terme avec les populations du Sud, les peuples du Grand Nord ont maintenu leur cohérence après la fin de la glaciation. Le groupe « Finlande et Nord de la Sibérie » se retrouve chez les chasseurs-pêcheurs Saami, avec des apports ouraliens, russes, suédois et même scandinaves. Domination suédoise puis russe La Finlande est, pendant le Moyen Âge et jusqu'au début du , une partie du royaume de Suède. Pour autant la délimitation exacte de ses frontières notamment septentrionales fait l'objet d'une évolution lente, marquée par les rapports de forces entre les différentes puissances voisines parfois alliées du Danemark, de la Norvège, de la Russie et de la Suède. Elle passe sous la souveraineté de la Russie de 1809 à 1917 en tant que grand-duché autonome. Plusieurs guerres entre ces deux pays se sont déroulées en Finlande, notamment là où se trouve la forteresse suédoise de Suomenlinna (Sveaborg en suédois), à l'entrée d'Helsinki. Cette période ouvre les débuts de la construction d'une identité nationale finlandaise. En témoigne également « Le Livre d'Or de la Baltique », havre naturel constitué par des îlots rocheux à proximité immédiate de Hanko (Hangö), où de nombreux marins, partis guerroyer contre les Russes, ont laissé une trace de leur passage, gravée dans le roc. Finlande indépendante Le , pendant les événements révolutionnaires russes, la Finlande obtient son indépendance, à l'instar de ses voisins baltes. En 1918, une guerre civile déchire le pays et se termine par la défaite des soutenus par la Russie soviétique. Le , l'Union soviétique attaque la Finlande lors de la guerre d'Hiver à la suite de désaccords territoriaux concernant des îles du golfe de Finlande ; Moscou tente même d'y installer un régime fantoche, la République démocratique finlandaise. La Finlande parvient à tenir tête bien mieux que prévu à l'Armée rouge, le conflit aboutissant à un traité de paix en 1940 : l'URSS annexe l'isthme de Carélie, mais renonce à envahir le reste de la Finlande. L'attaque de l'URSS par l'Allemagne nazie en 1941 (opération Barbarossa), place la Finlande dans la position d'une alliée de facto de l'Axe (se battant contre l'URSS pour des raisons différentes). Les Finlandais passent à l'offensive (guerre de Continuation), mais si les débuts sont victorieux, les défaites successives de l'Allemagne et une vaste offensive soviétique lancée en Carélie les conduisent à signer une paix séparée avec l'URSS en 1944, ce qui place cette fois l'armée finlandaise du côté des Alliés. Après avoir lancé un ultimatum à la Wehrmacht pour se retirer du territoire, en accord avec le traité de paix, la Finlande attaque les Allemands qui lui font payer ce « coup de poignard dans le dos » par de lourdes pertes : le pays sort ruiné et ravagé de cette guerre. Cet engagement porte ses fruits, car bien qu'elle doive, après la guerre, payer de lourdes réparations à l'URSS à la suite du traité de Paris de 1947, la Finlande, contrairement à ses voisins baltes, sauve au moins son indépendance. Elle fait en effet valoir que son combat était motivé par la volonté de récupérer les territoires perdus en 1940 et qu'elle n'avait pas aidé l'armée allemande à encercler définitivement Léningrad durant l'hiver 1941. Elle est ensuite soumise à une politique de neutralité stricte pendant la guerre froide (interdiction d'adhérer à l'OTAN, de permettre des troupes occidentales ou à des systèmes de défense sur son sol, interdiction des livres ou films anti-soviétiques), marquée par l'influence que l'URSS exerce sur la politique extérieure finlandaise. En Occident, cet état de soumission sera appelé la « finlandisation ». Durant presque toute cette période, le président Urho Kekkonen, dont la personnalité a durablement marqué la Finlande, « règne » avec une longévité remarquable. En 1995, la Finlande adhère à l'Union européenne. Elle adopte l'euro comme monnaie en 2002. Politique La Finlande est une démocratie parlementaire. Le président de la République, élu au suffrage universel direct, dispose de pouvoirs non négligeables, mais joue actuellement un rôle moins marqué dans la vie politique qu'il y a vingt ans. Le gouvernement ( en finnois ou en suédois) est dirigé par le Premier ministre qui est élu par le parlement et nommé par le président de la République. Le gouvernement est constitué du Premier ministre, des différents ministres du gouvernement central et d'un membre d'office, le Chancelier de la justice. Le parlement ( en finnois ou en suédois) unicaméral est constitué de , et possède constitutionnellement l'autorité législative suprême en Finlande. Il peut modifier la constitution, révoquer le gouvernement, et contrer les vetos présidentiels. Ses actes ne peuvent être judiciairement contestés. Les lois peuvent être proposées par le gouvernement ou l'un des membres du parlement, qui sont élus au suffrage proportionnel pour une durée de quatre ans. Le système judiciaire comprend les tribunaux de grande instance qui jugent des affaires civiles et pénales, des cours d'appel et une Cour suprême. Le contentieux administratif est du ressort des tribunaux administratifs, des cours administratives d'appel et de la Cour administrative suprême. Certaines juridictions administratives particulières sont chargées de traiter des litiges, par exemple dans le domaine des eaux. Le parlement, depuis que le suffrage universel a été instauré en 1906 (y compris pour les femmes), a été dominé par le Parti du centre (anciennement nommé Parti agrarien), le Parti social-démocrate de Finlande et le Parti de la coalition nationale. La Constitution et sa place dans le système judiciaire sont uniques, dans le sens où il n'y a pas de Cour constitutionnelle et où la Cour suprême ne peut intervenir sur une loi au seul prétexte que celle-ci soit inconstitutionnelle. La valeur constitutionnelle d'une loi dépend d'un simple vote parlementaire. Les seuls autres pays européens à ne pas disposer d'organe suprême constitutionnel sont les Pays-Bas, la Suisse et le Royaume-Uni (ce dernier n'ayant d'ailleurs pas de constitution écrite, celle-ci reposant sur les traditions, les précédents, la jurisprudence et un nombre limité de lois quasi-constitutionnelles). La Finlande est un pays neutre depuis 1955, et ne fait pas partie de l'OTAN, mais développe un programme d'interopérabilité de ses forces avec celles de l'OTAN. Démographie Population : (fin 2011) Répartition par classes d'âges : 0- : 18 % ; 15- : 66,97 % ; + : 15,03 % Espérance de vie des hommes : (en 2001) Espérance de vie des femmes : (en 2001) Taux de croissance de la population : 0,16 % (en 2001) Taux de natalité : (en 2001) Taux de mortalité : (en 2001) Taux de mortalité infantile : (en 2001) Indice de fécondité : /femme (en 2019) Taux de migration : (en 2001) Langues Les langues officielles du pays sont le finnois et le suédois. Le finnois est une langue agglutinante appartenant à la famille des langues finno-ougriennes, qui comprend aussi l'estonien, les langues sames et, dans une moindre mesure, le hongrois, langue ouralo-altaïque. Ces langues se distinguent des autres langues parlées en Europe car, de même que le basque, elles ne sont pas indo-européennes. Les bases du finnois écrit ont été codifiées par Mikael Agricola, archevêque de Turku, qui écrivit un abécédaire en 1543. Les mots « finnois » et « finlandais » sont souvent employés indifféremment en français courant pour désigner la langue. L'usage le plus courant en français est de faire la distinction entre les deux termes : le terme « finnois » est employé pour désigner des réalités historico-ethnologiques et peut être utilisé pour parler du peuple et de la langue : on peut parler ainsi de « la langue finnoise », on peut parler des « anciens Finnois » (qui ont occupé progressivement à partir de -500 le territoire de l'actuelle Finlande), on peut « parler finnois » En revanche, on ne peut pas dire aujourd’hui que la Finlande est peuplée de Finnois, car ce terme renvoie à une réalité autre que démographique ; les termes « Finlande » et « finlandais » font référence à un État, né en tant que tel en 1917, et à la nationalité de la population. On trouve en Finlande une grande majorité de finnophones (environ 91,5 % de la population, cf. Démographie de la Finlande) mais aussi une minorité suédophone (environ ; mais 46,6 % de la population sait parler le suédois en 2008), et une minorité d'expression samie (Lapons). On estime le nombre de locuteurs de langue samie à actuellement sur le territoire de la Finlande. À cela s'ajoute une minorité Rom relativement importante (près de ). Il y a donc en Finlande des Finlandais d'origine finnoise finnophones et suédophones (tous les suédophones ne sont pas des descendants de Suédois), d'autres d'origine suédoise suédophones ou finnophones (des anciens Suédois ayant changé de langue), des Samis d'expression finnoise (qui ont perdu la connaissance du sami). Le nom de nombreuses villes de la bande littorale est exprimé dans les deux langues ; ainsi de Helsinki (Helsingfors), Turku (Åbo) ou Tampere (Tammerfors), par exemple. La signalisation routière bilingue est également présente dans de nombreuses municipalités. L’anglais est aussi très présent, en seconde, ou même en troisième langue, pour une très grande partie de la population, vu le haut niveau d'éducation de la population, surtout en milieux urbains, et chez les plus jeunes. La Finlande fut une province russe (grand-duché) entre 1809 et 1918. Quelque parlent russe ; le russe demeure une langue universitaire. Le russe reste la langue maternelle de quelque , qui sont surtout des descendants de Russes, ou Slaves, qui s'établirent en Finlande entre 1800 et 1910. De nos jours, ils sont généralement bilingues russe/finnois, ou russe/suédois. Ils sont localisés surtout à Helsinki, et vers Hamina. Religion Avant l'arrivée du christianisme, la Finlande est le berceau de croyances animistes et polythéistes. À partir de l'an 1000, et la conversion des rois suédois, le christianisme commence à apparaître. Il se développe sous la poussée de et de l'évêque anglais saint Henri au . Comme les pays du Nord de l'Europe, la Finlande se convertit aux idées de la Réforme. En 1634, l'adhésion à l'Église luthérienne devient obligatoire par la loi. Toutefois, des traces et des croyances de la religion païenne subsistent jusqu'au dans les campagnes. L'Église évangélique-luthérienne de Finlande est, en 2019, la principale confession du pays, avec 68,7 % de la population se réclamant de cette foi (Église d'État depuis 1923). La seconde Église d'État est l'Église orthodoxe de Finlande qui regroupe environ 1 % des Finlandais, on trouve aussi environ . L'islam s'est développé avec l'immigration (environ en 2018). Système éducatif L'éducation est considérée comme un des droits fondamentaux de tous les citoyens finlandais. Il s'agit du droit de recevoir une formation secondaire (lycée inclus) gratuitement. La loi garantit ce droit pour tous les résidents et non uniquement pour les citoyens finlandais. Les enfants de Finlande qui entrent à l’école à sept ans « ont passé leur enfance à jouer à la crèche », ils peuvent apprendre l'alphabet un an avant d’entrer à l’école, mais rien n'est exigé. L'enseignement fondamental est un enseignement de culture générale dispensé à l'ensemble des classes d'âge. Il est destiné à l'enfant de sa septième à sa seizième année. L'école fondamentale dure donc neuf ans et correspond à l'accomplissement de la scolarité obligatoire. Dans l'enseignement fondamental, les groupes sont formés par classes d'âge. Pendant les six premières années, il y a en général un enseignant principal qui enseigne la plupart des matières, ou toutes. Durant les trois dernières années, l'enseignement se fait habituellement par matières si bien que les enseignants sont spécialisés selon celles-ci. Dans l'enseignement fondamental sont intégrés aussi l’orientation pédagogique de l'élève et, en cas de besoin, un enseignement spécifique de soutien. Le programme scolaire inclut au moins les matières suivantes : langue maternelle et littérature, seconde langue nationale (suédois ou finnois, selon le cas), langues étrangères, connaissances de l'environnement, instruction civique, religion ou morale, histoire, sciences sociales, mathématiques, physique, chimie, biologie, géographie, éducation physique et sportive, musique, dessin, travaux manuels et ménagers. La définition des objectifs généraux au niveau national et la répartition horaire des différentes matières ou combinaisons de matières dans l'enseignement et l'orientation pédagogique de l’élève sont du ressort du gouvernement. La direction nationale de l'enseignement définit les objectifs particuliers et les principaux contenus de l'enseignement en arrêtant les fondements des programmes scolaires. Sur ces bases, chaque établissement détermine concrètement, au niveau local, son programme d'enseignement. Il n'y a aucun examen à la fin de la scolarité obligatoire (à ). Les redoublements et les abandons sont extrêmement rares. Le baccalauréat finlandais s'appelle Ylioppilastutkinto et est considéré comme une véritable institution, et un pas important vers la vie adulte. En classe de terminale, les cours s'arrêtent fin avril, et les élèves se consacrent alors aux révisions, non sans avoir gratifié les plus jeunes de bordées de bonbons et d'autres friandises lancées depuis des camions lors de la virée bigarrée et joyeuse des Penkinpainajaiset. Après le baccalauréat, les heureux élus gagnent le droit de porter la casquette blanche du bachelier, ou ylioppilaslakki et inondent les restaurants des grandes villes pour une grande fête avant d'attaquer les révisions pour les examens d'entrée aux études supérieures, la vie active, ou une année sabbatique. De plus, l’école est gratuite, comme le transport scolaire et le repas de midi. Les horaires sont doux : la journée démarre à et se termine vers . L’après-midi est consacrée aux sports, aux activités artistiques, à la découverte de la nature et il n’y a pratiquement pas de devoirs à la maison. Après l'école élémentaire, les jeunes Finlandais peuvent choisir entre le lycée et le lycée professionnel qui durent environ trois ans. La Finlande est depuis plusieurs années championne du monde pour l'efficacité du système scolaire. Selon l'enquête PISA sur les acquis des jeunes de (2000 et 2003), la Finlande arrive en effet en tête en mathématiques, en maîtrise de la lecture, en sciences et en capacité à résoudre un problème (Finlande : deuxième position). Pourtant ce pays performant ne consacre que 6,2 % de son PIB à l'éducation alors que la France par exemple en consacre 6,9 %. Si on en croit les enquêtes menées sur cette réussite, les relations avec les professeurs sont très bonnes, le climat est moins à la répression qu'à l'autodiscipline. Si un élève perd pied, pas question de redoubler, des professeurs spécialisés (2 ou 3 par établissement) viennent prêter main-forte à leur collègue dans la classe ou donnent des cours particuliers, autant qu’il est nécessaire. Les enseignants se situent dans une optique d'accompagnement et les textes, la hiérarchie, les maîtres y sont très respectés et leur autorité reconnue. Le système est entièrement décentralisé. L'équipe enseignante et le directeur ont une grande marge de manœuvre dans l'organisation de l'établissement. L'école se charge elle-même de l'embauche des professeurs. Il n'y pas d'inspecteurs, mais des évaluations ministérielles à usage interne. Les professeurs s'évaluent entre eux. Les municipalités financent les établissements à hauteur de 50 % du budget, le reste étant financé par l'État. L'enseignement supérieur comprend deux types d'institutions : les universités et les instituts universitaires professionnalisés. Pour y entrer il faut passer des concours. Le système de l'enseignement supérieur est très décentralisé avec une cinquantaine d'établissements. Culture La culture finlandaise est propre à la Finlande et se distingue notablement de celles des pays scandinaves et de la Russie. Le seul pays possèdant une culture indigène similaire avec la Finlande est l'Estonie, dont la population est également d'origine fennique. En dépit d'un siècle au sein de la Russie, et d'une frontière de plus de mille kilomètres avec ce pays, les influences culturelles russes sont bien moins fortes que les influences suédoise et allemande. Le sentiment d’identité culturelle finnoise est né au , quand la Finlande faisait partie de la Russie, et que cette dernière a laissé naître, voire encouragé, le sentiment d'identité nationale. Musique Un grand pan de la musique finlandaise est influencé par les mélodies et les paroles de la musique traditionnelle carélienne, telle qu'elle est exprimée par le Kalevala. La culture carélienne est considérée comme l'expression la plus pure des mythes et croyances de la culture finlandaise, et la moins influencée par la culture germanique. La musique traditionnelle finlandaise vit un renouveau depuis quelques décennies, et est devenue une branche de la musique populaire. Les peuples du Nord de la Finlande, les Samis, ont leur propre . Un grand compositeur national est Jean Sibelius dont l'œuvre majeure Finlandia symbolise le mieux la naissance de l'identité nationale finlandaise. La musique contemporaine populaire finlandaise inclut une scène renommée de metal, phénomène musical partagé avec les autres pays nordiques. Les groupes/artistes les plus connus hors frontières sont actuellement Stratovarius, Nightwish, Tarja Turunen, Impaled Nazarene, Children of Bodom, HIM, Sonata Arctica, Wintersun, Sentenced, Moonsorrow, Ensiferum, Turisas, Korpiklaani, Finntroll, Von Hertzen Brothers, Apocalyptica, Lordi, , Santa Cruz, Insomnium et . Il existe également un certain nombre de groupes de rock dont The Rasmus, connu entre autres pour les titres In The Shadows et No Fear, de musiciens de jazz et de représentants du hip-hop. La musique finlandaise est aussi représentée par un grand nombre d'artistes de musique classique. Le groupe Värttinä est aujourd’hui aux avant-postes de la musique folk finlandaise. Littérature La littérature finlandaise fait référence à la littérature écrite en Finlande. Au début du Moyen Âge européen, le texte le plus ancien en langue finnoise est la de Novgorod, datant du . Les premiers textes en Finlande sont écrits en suédois ou en latin, au cours du Moyen Âge (aux environs de 1200 à 1523). La littérature finnoise se développe lentement, à partir du , après que l'évêque et réformateur luthérien finlandais Mikael Agricola (1510-1557) eut fondé le finnois écrit. Il traduit le Nouveau Testament, dans cette langue, en 1548. Au début du , la Finlande passe sous domination russe et l'essor du nationalisme se reflète et est favorisé par l'activité littéraire, qui se concentre sur le folklore finlandais. La plupart des œuvres importantes de l'époque, écrites en suédois ou de plus en plus en finnois, s'articulent autour de l'acquisition ou du maintien d'une identité finlandaise forte, comme le Carélianisme. Des milliers de poèmes folkloriques sont rassemblés dans (en ). Le recueil de poésie le plus célèbre est le Kalevala, publié en 1835. Le premier roman publié en finnois est (1870) d'Aleksis Kivi (1834-1872). Le livre Sainte Misère (1919) de Frans Emil Sillanpää (1888-1964) lui vaut le premier prix Nobel de littérature finlandais, en 1939. D'autres auteurs notables sont Väinö Linna, Eino Leino et Johannes Linnankoski. Tove Jansson est connue pour ses livres illustrés pour enfants les Moumines. est une bande dessinée humoristique crée par l'auteur finlandais avec comme personnage central Heimo Vesa. Cinéma Les réalisateurs finlandais les plus célèbres sont Aki Kaurismäki, Mika Kaurismäki et Timo Koivusalo. Le réalisateur et producteur hollywoodien Renny Harlin est aussi finlandais et est né en Finlande. Cuisine À l'occasion du de l'indépendance du pays, un vote a été tenu pour déterminer l'aliment national de la Finlande. Le choix des citoyens s'est arrêté sur le pain de seigle. La cuisine traditionnelle finlandaise a été fortement influencée par les cuisines suédoise, allemande et russe. Il y a cependant des différences et des singularités. Par exemple, les plats finlandais ont tendance à être moins sucrés que les plats suédois, et les Finlandais utilisent moins de crème smetana que les voisins russes. Dans des temps plus reculés, la cuisine finnoise variait d'une région à l'autre, et différait notablement entre l'Ouest et l'Est de la Finlande. Le petit déjeuner traditionnel, très consistant, est un vrai repas. Le déjeuner, qui est un repas assez léger, rapide et peu formel, est en général consommé autour de , « là où on est », soit pour ceux qui travaillent : sur le lieu de travail ou dans une cantine. Le dîner est pris entre 17 et , à la maison. Jours fériés et fêtes Sport Le sport est un passe-temps national en Finlande et de nombreux Finlandais se rendent régulièrement aux compétitions sportives. Le sport national est le pesäpallo, proche du baseball, mais les sports les plus populaires pour l'audience et la couverture médiatique sont le hockey sur glace et la Formule 1. Le football est aussi très populaire en Finlande grâce au célèbre Jari Litmanen, surnommé en Finlande. L'équipe nationale s'est qualifiée pour le championnat d'Europe de football 2020, première compétition majeure de son histoire. La Finlande est le berceau de quatre champions du monde de Formule 1, Keke Rosberg (1982), Mika Häkkinen (1998 et 1999), Kimi Räikkönen (2007) et Nico Rosberg (2016) et de deux autres pilotes, Heikki Kovalainen (une victoire) et Valtteri Bottas (dix victoires), qui sont vainqueurs en GP de F1. La Finlande a aussi donné naissance à de grands champions de rallye, tels qu'Ari Vatanen, Hannu Mikkola, Juha Kankkunen, Tommi Mäkinen, Marcus Grönholm, Jari-Matti Latvala ou encore Kimi Räikkönen ; le joueur de hockey Saku Koivu, ancien capitaine de l'équipe des Canadiens de Montréal et ancien joueur des Ducks d'Anaheim, qui est maintenant retraité ; Teemu Selänne, qui a remporté la Coupe Stanley avec les Ducks d'Anaheim en 2007 ; Tuukka Rask, qui remporte la Coupe Stanley en 2011 avec les Bruins de Boston ; Jari Kurri a été quintuple champion de la Coupe Stanley, il a joué 21 saisons dans la NHL avec cinq équipes différentes. À Edmonton, il a joué sur la même ligne que Wayne Gretzky, et le duo est devenu l'un des tandems de pointage les plus prolifiques jamais joués dans la NHL. La Finlande a également de très bonnes équipes de patinage sur glace synchronisé, et une biathlète qui évolue au sommet dans les années 2010 : Kaisa Mäkäräinen. Parmi les plus fameux athlètes finlandais du temps passé, il y a Hannes Kolehmainen (1890-1966), Paavo Nurmi (1897-1973) et Ville Ritola (1896-1982), qui, à eux trois, ont remporté 25 médailles olympiques de course de fond. Ils sont considérés comme étant les premiers d'une génération de grands coureurs de fond finlandais, surnommés les « Finlandais volants ». Un autre coureur de fond, Lasse Virén (né en 1949), a remporté quatre médailles d'or au cours des Jeux olympiques de 1972 et 1976. Il n'est pas rare de voir un Finlandais skier deux heures après le travail. En aviron, Pertti Karppinen est triple champion olympique en skiff en 1976, 1980 et 1984. Il est l'un des plus grands champions d'aviron du . Santé : « exception finlandaise » ? Si la Finlande n'est pas dans les premiers pays pour la durée moyenne de vie (le Japon et la Suisse sont aujourd’hui en tête dans ce palmarès), elle est mieux placée que la France pour les chances d'arriver à en bonne santé. Dans le domaine du cancer, on parle même d pour décrire le phénomène suivant : les cancérologues et urologues signalent et mesurent une fréquence accrue du cancer du testicule partout dans le monde (en tout cas partout où existent des registres du cancer, et surtout dans les pays riches où les populations à peau blanche dominent, notamment au début des années 1990 en Europe). Or, pour des raisons encore inexpliquées, la Finlande semble être le seul pays épargné par ce phénomène, alors même que le proche Danemark semble le pays le plus touché au monde, avec des taux de cancer quatre fois plus élevés qu'en Finlande dont il n'est séparé que par la Baltique ; la Finlande serait le pays (suivi) le moins touché au monde, et la qualité du sperme y semble également la meilleure. De nombreux indices plaident pour des causes environnementales et tout particulièrement pour les cancers de l'enfant, une exposition à des perturbateurs endocriniens ou à des produits cancérigènes in utero. Dans ce dernier cas, ce cancer est un des éléments du syndrome de dysgénésie testiculaire qui semble inexplicablement ne pas exister en Finlande. Le terme héritage finlandais s'applique à un groupe de maladies génétiques dont la prévalence est particulièrement élevée en Finlande. Symboles Le drapeau de la Finlande, une croix scandinave bleue sur fond blanc, date de 1918. Les armoiries sont plus anciennes, puisqu’elles datent de 1557. Le pays s’est aussi doté, après des sondages auprès de sa population, de sept symboles supplémentaires : un animal national : l’ours brun, un oiseau national : le cygne chanteur, une fleur nationale : le muguet, un arbre national : le bouleau blanc, un poisson national : la perche, une roche nationale : le granite, un insecte national : la coccinella septempunctata. Concepts culturels divers Les personnalités finlandaises célèbres : Alexi Laiho, Jari Mäenpää, Linus Torvalds, Elias Lönnrot, Johan Vilhelm Snellman, Johan Ludvig Runeberg, Alvar Aalto, Arto Paasilinna, Aleksis Kivi, Eino Leino, Carl Gustaf Emil Mannerheim, Stratovarius, Indica, Children of Bodom, Aki Kaurismäki, Tove Jansson, Jean Sibelius, Oskar Merikanto, , Mika Waltari, Mika Häkkinen, Kimi Räikkönen, Heikki Kovalainen, Ari Vatanen, The Rasmus, Jari Litmanen, Apocalyptica, Ville Valo, Lordi (gagnant de l'Eurovision 2006), Sonata Arctica, Nightwish, Tarja Turunen, Chisu, Finntroll, Jukka Hildén, Jarno Laasala, Hannu-Pekka Parviainen et Jarno Leppälä (qui font partie des Dudesons). La mythologie finnoise fut compilée et mise sous forme écrite par Elias Lönnrot sous le titre Le Kalevala. Les arts et les spectacles en Finlande : Kiasma, maison Finlandia… La culture finlandaise, c'est aussi : le sauna, Sisu, Salmiakki, le Mölkky, le (maison de campagne typiquement finlandaise). Les sports en Finlande : course d'orientation, floorball, ski de fond, saut à ski (de nombreuses villes, de Lappeenranta à Vörå, disposent de leur tremplin), hockey sur glace, patinage artistique, marche nordique, sports insolites en Finlande La Finlande est parfois présentée comme le pays du père Noël ; à partir des années 1960, elle a construit des attractions en Laponie, en particulier à Rovaniemi, pour entretenir cette image et bénéficier de retombées touristiques. Divers Lignes de téléphone : (en 2003) Abonnements portables : (en 2006) Postes de radio : (en 1997) Postes de télévision : (en 1997) Liaisons Internet : (en 2003) Nombre d'utilisateurs Internet : (en 2014) Nombre de fournisseurs d'accès Internet : 23 (en 2000) Nombre de saunas : estimé à fin 2003 Routes : (dont goudronnés) (en 2003) Voies ferrées : (dont électrifiées) (en 2007) Voies navigables : Nombre d'aéroports : 159 (dont 70 avec des pistes goudronnées) (en 2000) La Finlande a pour codes : EF, selon la liste des préfixes des codes OACI des aéroports ; FI, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, code alpha-2 ; FI, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code alpha-2 ; .fi, selon la liste des Internet TLD (Domaine de premier niveau) ; FIN, selon la norme ISO 3166-1 alpha-3 (liste des codes pays) ; FIN, selon la liste des codes pays du CIO ; FIN, selon la liste des codes internationaux des plaques minéralogiques ; FIN, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, alpha-3 ; OH, selon la liste des préfixes OACI d'immatriculation des aéronefs ; la Finlande a utilisé le code SF selon la liste des signes distinctifs en trafic international des véhicules automobiles parce que le pays porte le nom de Suomi en finnois et de Finland en suédois (les deux langues officielles du pays), mais il est allégué qu’à l’étranger, cela pouvait signifier Soviet Finland c’est-à-dire « Finlande soviétique » en anglais : SF a finalement été remplacé par FIN en 1993. Notes et références Voir aussi Articles connexes Littérature finlandaise Suédois obligatoire en Finlande Céramique scandinave Architecture de la Finlande Liens externes Présidence de la Finlande. Gouvernement finlandais. Parlement de Finlande. . , Le Dessous des cartes.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/France
France
La France (), en forme longue depuis 1875 la République française (), est un État souverain transcontinental dont le territoire métropolitain est situé en Europe de l'Ouest et dont le territoire ultramarin est situé dans les océans Indien, Atlantique et Pacifique ainsi qu'en Amérique du Sud. Il s'agit du seul pays au monde à s'étendre sur treize fuseaux horaires. Le pays a des frontières terrestres avec la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, l'Espagne et les deux principautés d'Andorre et de Monaco en Europe, auxquelles s'ajoutent les frontières terrestres avec le Brésil, le Suriname et les Pays-Bas aux Amériques. La France dispose d'importantes façades maritimes sur l'Atlantique, la Méditerranée, le Pacifique et l'océan Indien, lui permettant de bénéficier de la deuxième plus vaste zone économique exclusive du monde. La France est une république constitutionnelle unitaire ayant un régime semi-présidentiel. La devise de la République est depuis 1875 « Liberté, Égalité, Fraternité » et son drapeau est constitué des trois couleurs nationales : bleu, blanc, rouge. Son hymne national est La Marseillaise, chant patriotique hérité de la Révolution française. Son principe constitutif est la démocratie : le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Elle a pour capitale Paris et pour langue officielle le français depuis 1539, remplaçant le latin. Ses monnaies sont l'euro depuis 2002 dans la majeure partie du pays et le franc Pacifique dans ses territoires de l'océan Pacifique. La France s'appelle ainsi depuis 1214, lorsque les troupes du roi Philippe Auguste battent celles de l’empereur germanique à Bouvines. La France tire son nom des Francs, peuple germanique qui a institué les premiers fondements de son État sur les bases de la Gaule romaine. C'est au fil des siècles, par des guerres, des mariages politiques et des unions souveraines, que cet État monarchique et catholique va peu à peu constituer autour de lui une véritable fédération de provinces, qui finira par se cristalliser en une nation unique sous l’effet d’une politique d'uniformisation administrative et culturelle, portée à son aboutissement par la Révolution française et la fin du régime féodal. Du milieu du au milieu du , elle possède un vaste empire colonial. À partir des années 1950, elle est l'un des acteurs de la construction de l'Union européenne. Deuxième armée européenne derrière la Russie, quatrième puissance nucléaire et spatiale mondiale, cinquième budget militaire mondial, l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et membre de l'OTAN, la France est également membre du G7, du G20, du Conseil de l'Europe, de la zone euro, de l'espace Schengen, de la commission de l'océan Indien, de la communauté du Pacifique, et abrite le siège de plusieurs organisations internationales dont le Conseil de l'Europe, l'UNESCO, l'OCDE, Interpol, et le Centre international de recherche sur le cancer. Elle exerce ainsi une influence notable en matière politique, économique, militaire et culturelle, en Europe et dans le reste du monde, elle est classée en 2019 au premier rang mondial de l'indice Soft Power 30 grâce à sa vaste portée diplomatique, sa richesse culturelle et à la forte maîtrise internationale du président de la République. Seul pays au monde à exercer sa souveraineté sur des territoires répartis sur quatre océans et deux continents, elle joue un important rôle géopolitique au niveau mondial, grâce à un réseau d'ambassades et de consulats étendu, le deuxième au monde derrière celui des États-Unis, et elle dispose de bases militaires sur tous les continents et de la troisième puissance nucléaire militaire mondiale. Du fait de son territoire étendu et réparti sur l'ensemble de la planète, la France est de surcroît un des premiers pays du monde pour la variété de ses milieux maritimes et leur biodiversité. La France est, avec un PIB nominal de de dollars US en 2021 selon le FMI, la troisième économie européenne derrière l'Allemagne et le Royaume-Uni, ainsi que la septième économie mondiale. Malgré un taux de chômage de 8 % (juin 2021), elle affiche un niveau de vie « très élevé » ( au classement IDH en 2018). Elle figure parmi les chefs de file mondiaux dans les secteurs de l'agroalimentaire, de l'aéronautique, de l'automobile, du tourisme, du nucléaire, leader mondial dans le secteur du luxe. Au , la population de la France est d'environ d'habitants, selon les estimations publiées par l'Insee : dans les régions métropolitaines, dans les régions ultramarines et dans les collectivités d'outre-mer et en Nouvelle-Calédonie. L'un des pays les plus peuplés d'Europe (très proche du Royaume-Uni, elle n'est devancée nettement que par l'Allemagne), la France est le plus vaste pays de l'Union européenne et le troisième pays le plus vaste d'Europe. Sa culture et sa civilisation sont diffusées par les pays francophones à travers le monde, réunis dans l'Organisation internationale de la francophonie. Traditionnellement utilisé comme langue de la diplomatie, le français est la dixième langue maternelle la plus parlée au monde, la cinquième langue la plus parlée en nombre total de locuteurs, et une des langues ayant la plus grande diffusion internationale. Il est une des six langues officielles et une des deux langues de travail (avec l'anglais) de l'Organisation des Nations unies, l'une des deux langues officielles du Comité international olympique, et langue officielle ou de travail de plusieurs organisations internationales ou régionales. Le français est également l'une des trois langues de travail de l'Union européenne, avec l'allemand et l'anglais. Géographie Localisation, frontières et superficie La partie européenne de la France est appelée France métropolitaine. Elle est située à l'extrémité occidentale de l'Europe, et sa délimitation est restée inchangée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et le traité de Paris en 1947. Elle est bordée par la mer du Nord au nord, la Manche au nord-nord-ouest, la mer Celtique à l'ouest-nord-ouest, le golfe de Gascogne à l'ouest et la mer Méditerranée au sud-est. Elle est frontalière de la Belgique au nord-nord-est, du Luxembourg au nord-est, de l'Allemagne à l'est-nord-est, de la Suisse à l'est, de l'Italie à l'est-sud-est, de Monaco au sud-est et de l'Espagne et Andorre au sud-sud-ouest. Les frontières à l'est, au sud-est et au sud-ouest du territoire métropolitain sont établies en s'appuyant sur des cours d'eau et des massifs montagneux, à savoir le Rhin, le Jura, le Léman, les Alpes et les Pyrénées, tandis qu'au nord-est la frontière ne se fonde pas sur des éléments naturels. La France est également composée de nombreux territoires situés en dehors du continent européen, couramment appelés France d'outre-mer, qui lui permettent d'être présente dans tous les océans du monde sauf l'océan Arctique. Ces territoires ont des statuts variés dans l'administration territoriale de la France et sont situés : en Amérique du Nord : Saint-Pierre-et-Miquelon ; en Amérique du Sud : la Guyane ; dans les Antilles : la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Barthélemy et Saint-Martin ; dans l'océan Pacifique : la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna, ainsi que l'île Clipperton ; dans l'océan Indien : La Réunion et Mayotte, ainsi que les îles Éparses, les îles Kerguelen, l'archipel des Crozet et les îles Saint-Paul et Nouvelle-Amsterdam qui forment les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) ; dans l'océan Atlantique : les domaines français de Sainte-Hélène ; dans l'océan Austral : les îles Kerguelen ; au Moyen-Orient : le domaine national français en Terre sainte ; en Antarctique : la Terre Adélie également incluse dans les TAAF. La France possède des territoires en Guyane, qui ont des frontières terrestres avec le Brésil et le Suriname, ainsi qu'avec les Pays-Bas via la partie française de Saint-Martin. La longueur du littoral de la France métropolitaine est de et de , Outre-Mer inclus. Selon l'Insee, la France métropolitaine couvre , tandis que l'IGN, qui prend en compte toutes les surfaces jusqu'à la laisse de basse mer, comptabilise une superficie de qui constitue la valeur officielle. Des différences similaires apparaissent pour la superficie de la France métropolitaine et des DOM qui s'établit à pour l'Insee (superficie cadastrale) et à pour l'IGN (superficie géodésique). La superficie de la France entière, comprenant les DROM, les COM et les TOM, mais hors Terre Adélie s'établit à . La France est le plus grand État du monde par sa surface terrestre. C'est aussi le troisième plus grand pays d'Europe, après la Russie et l'Ukraine, ou le deuxième si on inclut les départements ultra-marins, et le plus grand de l'Union européenne. Géologie, topographie et hydrographie Le territoire métropolitain de la France offre une grande variété d'ensembles topographiques et de paysages naturels. De vastes parties du territoire européen actuel de la France ont été soulevées lors de plusieurs épisodes tectoniques, notamment la surrection hercynienne à l'ère paléozoïque qui est à l'origine des massifs armoricain, central, morvandiau, vosgien, ardennais et Corse. Les massifs alpin, pyrénéen et jurassien sont eux beaucoup plus jeunes, et possèdent des formes moins érodées . Bien que 60 % des communes soient classées comme présentant des risques sismiques, ceux-ci restent modérés. Ces massifs délimitent plusieurs bassins sédimentaires, notamment le Bassin aquitain au sud-ouest et le Bassin parisien au nord . En outre, diverses voies de passage naturelles, telles que la vallée du Rhône, permettent des communications aisées. Les littoraux offrent des paysages assez contrastés ; il s'agit tantôt de retombées de massifs montagneux (la Côte d'Azur par exemple), de plateaux se terminant sur des falaises (la Côte d'Albâtre) ou de larges plaines sableuses (la plaine du Languedoc). Le réseau hydrographique de la France est principalement organisé autour de quatre grands fleuves, la Loire, la Seine, la Garonne et le Rhône, auxquels on peut ajouter la Meuse et le Rhin, moins importants en France, mais majeurs à l'échelle européenne. Le bassin versant français des quatre premiers correspond à plus de 62 % du territoire métropolitain. Les territoires ultramarins, de par leur dispersion dans différents océans et continents, présentent tous des caractéristiques topographiques spécifiques. Ils partagent toutefois un certain nombre de points communs, notamment des contraintes, des risques ou des potentialités physiques, à commencer par l'insularité (à l'exception de la Guyane). La plupart de ces îles sont d'origines volcaniques, sous la forme d'arcs volcaniques liés à une subduction (la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Barthélemy et Saint-Martin dans les Petites Antilles, les îles Matthew et Hunter au sud de l'arc du Vanuatu ou les îles Loyauté en Nouvelle-Calédonie), de chapelets d'îles formés initialement autour de points chauds sur la lithosphère océanique (les archipels constitutifs de la Polynésie française ou des TAAF, La Réunion, Mayotte dans l'archipel des Comores, Clipperton), de plateaux volcaniques issus de panaches mantelliques (le plateau des Kerguelen dont les terres émergées forment l'archipel du même nom et celui de l'archipel Crozet dans les TAAF) ou de composantes en partie immergées d'un massif montagneux sur la lithosphère continentale (Saint-Pierre-et-Miquelon est ainsi lié à l'orogenèse des Appalaches). Les âges plus ou moins anciens des épisodes volcaniques qui ont provoqué leur formation expliquent des degrés divers d'érosion des reliefs, de subsidences, de formations de récifs coralliens et de dépôts calcaires. De ce fait, plusieurs de ces îles conservent un reliquat rocheux plus ou moins élevé des anciens volcans (les « îles hautes », avec ou sans bordure corallienne), qu'ils soient inactifs (dans la plupart des îles hautes de Polynésie française comme Tahiti, les îles Matthew et Hunter en Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, Mayotte, les îles Kerguelen en TAAF), potentiellement actifs (l'île de la Possession dans l'archipel Crozet et les TAAF), ou actifs (la Soufrière sur Basse-Terre en Guadeloupe, la montagne Pelée en Martinique, le piton de la Fournaise à La Réunion, Mehetia dans l'archipel de la Société en Polynésie française, les îles Saint-Paul et Nouvelle-Amsterdam dans les TAAF). C'est dans ces îles hautes que se trouvent les points culminants de l'Outre-mer français. Les deux seuls territoires ultramarins à avoir des sommets dépassant les d'altitude sont La Réunion (culminant au piton des Neiges à ) et Tahiti (le mont Orohena atteint ). Les îles les plus anciennes ou touchées par d'autres phénomènes géologiques ont des reliefs beaucoup moins élevés et des sols davantage calcaires, ayant pu devenir des presqu'atolls (Clipperton, potentiellement Fatu Huku aux Marquises en Polynésie française), des atolls surélevés (Grande-Terre, Marie-Galante, La Désirade et les îles de la Petite-Terre en Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les îles Loyauté mais aussi l'île des Pins en Nouvelle-Calédonie, Alofi à Wallis-et-Futuna, Makatea dans les Tuamotu ou Bora-Bora et Huahine dans l'archipel de la Société en Polynésie française, l'île Tromelin dans les îles Éparses de l'océan Indien et les TAAF) ou des atolls (nombreux en Polynésie française, également dans les récifs d'Entrecasteaux en Nouvelle-Calédonie, les îles Éparses de l'océan Indien dans les TAAF). Par ailleurs, l'archipel de la Nouvelle-Calédonie présente la particularité parmi les ensembles insulaires de l'Outre-mer français de n'avoir aucun lien avec une activité volcanique, ayant été formé par une série d'obductions du manteau au-dessus d'une partie des terres émergées du microcontinent Zealandia, ce qui explique sa richesse en roches ultramafiques (péridotites) et, par l'altération de ces dernières, en nickel. La Grande Terre, qui constitue la plus grande île française, et l'ensemble des îles qui la prolonge au nord-ouest (Bélep) et au sud-est (l'île des Pins) sont entourées d'une barrière de corail de de long (le deuxième plus grand ensemble corallien au monde après la Grande Barrière de corail) délimitant l'un des plus grands lagons du monde (). Seuls territoires continentaux de la France d'outre-mer, la Guyane et la Terre Adélie, sont tous les deux des composantes de cratons d'âges Précambriens où prédominent les roches métamorphiques (respectivement le plateau des Guyanes et celui d'Antarctique oriental) et, pour leurs littoraux comme pour les sols immergés, de marges continentales. Toutes deux présentent également le point commun d'être recouvertes, pour une grande majorité de leurs territoires, de milieux naturels spécifiques très peu touchés par les activités humaines : la forêt amazonienne pour la première et l'inlandsis de l'Antarctique pour la seconde. La France dispose de d'eaux marines sous sa juridiction, dans trois océans et à 97 % en outre-mer. Climat Le climat de la France métropolitaine est fortement influencé par l'anticyclone des Açores, mais également par le Gulf Stream comme le reste de l'Europe de l'Ouest, avec des variantes régionales ou locales assez marquées. La France métropolitaine connaît des événements climatiques aux conséquences importantes : des tempêtes (celles de décembre 1999 ont abattu 7 % des arbres des forêts françaises), des canicules (la canicule européenne de 2003 a fait ), des incendies et des inondations. On distingue usuellement le climat océanique strict très marqué à l'ouest Il s'étend de la Flandre au Pays basque, sur une bande côtière de quelques dizaines de kilomètres (la limite est difficile à définir), plus étroite au nord et au sud, plus large en Bretagne qui est concernée en quasi-totalité par ce climat. Le climat océanique aquitain du sud-ouest est plus chaud, car plus au sud. Le climat de la façade nord-ouest est océanique, mais plus frais que le climat océanique aquitain ; l'intensité des vents d'ouest y est beaucoup plus forte. Le climat océanique dégradé de plaine situé au centre-nord, est parfois appelé « parisien » car il correspond approximativement au bassin parisien, pour lequel le climat océanique est plus faiblement altéré. Le climat semi-continental au nord-est et au centre-est (Alsace, plaines de Saône ou du moyen-Rhône, plaines dauphinoises, auvergnates ou savoyardes) est lui-même subdivisé et possède des caractéristiques encore plus modifiées par le voisinage des massifs montagneux. Un climat semi-continental méridional caractérisé par un climat chaud existe dans les plaines de la vallée du Rhône autour de Lyon ainsi que celles du Forez. La Limagne et la région autour de Clermont-Ferrand connaît le même climat par l'effet de foehn et une position géographique dans la moitié sud de la France. Le climat semi-continental oriental quant à lui est présent de la Bourgogne jusqu'aux Ardennes. Enfin le climat montagnard est présent, principalement en altitude dans les Alpes, les Pyrénées, le Massif central, les Vosges, le Jura et la montagne Corse. Une grande partie de la France d'outre-mer est également soumise à des climats tropicaux (avec de fortes disparités), auxquels il faut ajouter le climat équatorial de la Guyane, le climat subarctique de Saint-Pierre-et-Miquelon et les climats océanique et polaire des Terres australes et antarctiques françaises. La température moyenne en France s'est élevée de en moyenne par décennie au cours du . Le à Vérargues, le thermomètre atteint , établissant un nouveau record absolu de température en France métropolitaine depuis que les relevés existent. Paysages et environnement La France métropolitaine possède une grande variété de paysages, avec des plaines agricoles ou boisées, des chaînes de montagnes plus ou moins érodées, des littoraux diversifiés et des vallées mêlant ville et nature. La France d'outre-mer possède quant à elle une importante biodiversité, par exemple dans la forêt équatoriale guyanaise ou dans les lagons de Nouvelle-Calédonie. La France est un des pays les plus boisés d'Europe occidentale, les forêts occupant 31 % du territoire métropolitain. La superficie forestière en métropole est constituée de 67 % de feuillus, 21 % de conifères et 12 % de peuplement mixte. Les zones humides, qui concernent potentiellement environ un quart de la surface de la France, ont fortement régressé depuis le . Cette diversité des paysages et des écosystèmes est menacée par la fragmentation écologique des milieux due à un dense réseau routier, par le développement horizontal de l'urbanisation qu'il favorise, par l'artificialisation des côtes et par la pollution de son eau et de ses sols. Un tiers des eaux de surface sont de mauvaise, voire de très mauvaise qualité, principalement à cause des pollutions industrielles ; les pollutions agricoles liées à l'usage d'engrais et de pesticides ont quant à elles fortement détérioré la qualité des nappes phréatiques dans plusieurs régions, en particulier en Bretagne. La littoralisation du peuplement et des activités entraîne une extension et une densification du bâti sur les côtes, malgré la loi littoral de 1986 et l'intervention du Conservatoire du littoral ainsi que le caractère inondable de certains secteurs. Quant aux infrastructures de transport, notamment routières, elles exposent leurs riverains à une pollution atmosphérique, sonore et visuelle importante. Grâce à une politique de limitation de l'usage des produits pétroliers et à l'importance de l'énergie nucléaire, les émissions françaises de CO par tête sont inférieures à celles de la plupart de ses voisins européens, et a fortiori de celles des États-Unis. Cependant, selon une étude du ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer publiée en 2010, . Les émissions de gaz à effet de serre sur le territoire français représentaient en 2017 environ 1 % des émissions mondiales. Le profil des Français serait celui d'un « pollueur moyen » étant donné qu'ils forment environ 1 % de la population mondiale. Ce chiffre de 1 % ne prend pas en compte l'ensemble de la pression exercée par le pays sur le climat. En effet, l'empreinte carbone de la France est environ 1,8 fois plus importante que ses émissions territoriales. Avec une empreinte écologique par habitant de globaux (Hag) et une biocapacité par habitant de 3 Hag en 2011, la France est en déficit écologique. La production de plastique en France a augmenté de 7,8 % entre 2016 et 2017. Chaque année, de déchets plastiques français sont déversées dans la Méditerranée. Les rivières sont également atteintes par la pollution aux microplastiques. En 2015, une commission d'enquête parlementaire indique que la pollution de l'air représente un coût annuel de d'euros pour la France. Préservation de l'environnement Les pouvoirs publics tentent depuis plusieurs décennies de répondre à ces défis environnementaux. Aux réserves naturelles et aux parcs nationaux se sont ajoutés depuis 1967 les parcs naturels régionaux, qui mêlent conservation et mise en valeur du patrimoine naturel et culturel et couvrent, en 2018, 15 % du territoire français. Six agences de l'eau ont été mises en place pour gérer et protéger les ressources en eau du pays. Le réseau Natura 2000 rassemble des sites naturels ou semi-naturels de l'Union européenne ayant une grande valeur patrimoniale, par la faune et la flore exceptionnelles qu'ils contiennent. En , le réseau Natura 2000 compte en France , dont marins, comprenant : 402 zones de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux ; zones spéciales de conservation (ZSC) pour les habitats et les espèces. La superficie totale est de , ce qui représente 12,9 % de la surface terrestre métropolitaine (soit d'hectares) et 33 % de la surface marine de la zone économique exclusive (soit d'hectares). Répartition spatiale des hommes et des activités La France métropolitaine est marquée par des déséquilibres spatiaux multiples. D'une part, elle possède l'originalité d'avoir une capitale six fois plus peuplée que la deuxième aire d'attraction du pays, regroupant un quart des étudiants et la quasi-totalité des sièges de grandes entreprises du pays. D'autre part, la ligne Le Havre–Marseille est souvent considérée comme la limite entre un ouest longtemps resté agricole et qui bénéficie actuellement d'un important essor démographique et économique, et un est à l'industrie et à l'urbanisation anciennes, aujourd'hui en déclin. Enfin, des Ardennes au nord-est aux Landes au sud-ouest se dessine une « diagonale des faibles densités », caractérisée par un peuplement faible comparé au reste du pays et une économie souvent en difficulté. Après un long exode rural au et jusque dans la deuxième moitié du , le solde migratoire des campagnes françaises est redevenu positif dans les années 1990. L'essentiel de la croissance urbaine se fait dans les zones périurbaines, de plus en plus éloignées de l'agglomération-centre. Le tableau ci-dessous liste les principales villes du pays en 2017, classées par défaut en fonction de la population de leur aire urbaine (plus de habitants). Axes de communication et transports En raison de sa situation géographique qui forme un carrefour européen, la France est un pays de passage. Elle est, en effet, le passage obligé pour les hommes et les marchandises circulant par voie terrestre entre la péninsule Ibérique et le reste de l'Europe ainsi que, depuis l'ouverture en 1994 du tunnel sous la Manche, entre le Royaume-Uni et le continent. Héritages de l'histoire, les réseaux de transports français sont très centralisés autour de Paris ; cette centralisation est particulièrement forte dans les transports ferroviaires et aériens, même si elle commence à diminuer. Le transport routier est le principal mode de transport utilisé en France, en 2014, il représentait 83 % des trafics voyageurs et 85 % des trafics marchandises. La France compte près d'1,1 million de kilomètres de routes en 2014, dont la quasi-totalité est revêtue. Depuis la Libération, la France s'est dotée d'un réseau autoroutier étendu, qui totalise en 2014. Depuis quelques décennies, les politiques publiques s'attachent à réduire les accidents mortels sur la route, dont les principales causes identifiées sont la vitesse et l'alcool, et cherchent à promouvoir d'autres moyens de transport moins polluants que la voiture individuelle. Le réseau ferré national, quant à lui, date pour l'essentiel du milieu et de la fin du ; en 2018, il compte environ de lignes, dont plus de la moitié sont électrifiées et de lignes à grande vitesse. L'essentiel du trafic est géré par la société anonyme à capitaux publics SNCF sur des lignes appartenant à l'État et attribuées à SNCF Réseau, une filiale de la société. Depuis les années 1980, le trafic voyageurs augmente en France grâce à la prise en charge par les régions du trafic régional et local et surtout grâce à la naissance et à l'extension continue du réseau de lignes à grande vitesse parcouru par le TGV. En revanche, le trafic fret est en constante diminution. Par ailleurs, les principales villes du pays sont dotées d'un réseau ferroviaire urbain, de type métro (Paris, Lyon, Lille, Marseille, Toulouse et Rennes), tramway (Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse, Grenoble, Montpellier et Nice notamment) ou RER (Paris) ; le métro de Paris, né en 1900, forme l'un des réseaux les plus anciens et denses au monde. Quant au transport aérien, il est particulièrement centralisé : les deux aéroports parisiens ont accueilli de passagers en 2017, quand le premier aéroport régional, Nice-Côte d'Azur, en accueillait . Les aéroports régionaux sont, en effet, concurrencés par le TGV pour le trafic national, tandis que les aéroports parisiens accueillent la quasi-totalité du trafic long-courrier. La France est également le siège de l'une des premières compagnies aériennes mondiales en nombre de passagers transportés (Air France-KLM) et du premier constructeur aéronautique civil (Airbus) d'Europe, deuxième du monde. D'autres modes de transport sont utilisés en France, mais ils sont plus marginaux. Le trafic fluvial assure une part négligeable du trafic voyageurs et très secondaire du trafic marchandises, principalement en raison de l'inadaptation d'une grande partie du réseau au trafic moderne. Le trafic maritime est important : Calais est le deuxième port mondial pour le trafic de passagers. En ce qui concerne le fret maritime, les ports de Dunkerque, du Havre, de Nantes–Saint-Nazaire et de Bordeaux sont moins importants que leurs rivaux de la mer du Nord comme ceux de Rotterdam, d'Anvers et de Hambourg et sont désormais largement devancés par ceux d'Amsterdam et de Brême-Bremerhaven ; le port de Marseille, au premier rang français par son trafic, et un des premiers terminaux d'Europe pour les croisières, est le deuxième port de la Méditerranée, derrière Algésiras (Espagne). Le mode de transport par bicyclette connaît aujourd'hui un regain d'intérêt, notamment en réponse à la préoccupation environnementale des Français, grâce au développement des réseaux urbains de pistes cyclables et à la mise en place de vélos en libre-service dans plusieurs villes du pays. Néanmoins, la qualité de ces aménagements est très inégale selon les territoires. Histoire La France métropolitaine actuelle occupe la plus grande partie de l'ancienne Gaule celtique, conquise par Jules César au , mais elle tire son nom des Francs, un peuple germanique qui s'y installa à partir du . La France est un État dont l'unification est ancienne, et fut l'un des premiers pays de l'époque moderne à tenter une expérience démocratique. Préhistoire, protohistoire et Antiquité La présence humaine sur le territoire de la France actuelle remonte au Paléolithique inférieur ; les traces les plus anciennes de vie humaine datent d'il y a environ . L'homme est alors confronté à un climat rude et variable, marqué par plusieurs ères glaciaires qui modifient son cadre de vie. La France compte un nombre important de grottes ornées du Paléolithique supérieur, dont deux des plus célèbres sont la grotte de Lascaux (Dordogne, - environ) et la grotte Chauvet (Pont d'Arc, - environ). Vers -, à la fin de la dernière ère glaciaire, le climat s'adoucit. À partir de - environ, l'Europe occidentale entre dans le Néolithique et ses habitants se sédentarisent, même si l'évolution est différente selon les régions. Après un fort développement démographique et agricole aux et millénaires, la métallurgie fait son apparition à la fin du millénaire, d'abord avec le travail de l'or, du cuivre et du bronze, puis avec celui du fer au . En -600, des Grecs originaires de la ville de Phocée fondent la ville de Marseille, au bord de la Méditerranée ; à la même époque, quelques peuples celtes pénètrent dans le territoire de la France actuelle, mais cette occupation ne se généralise à la totalité de ce territoire qu'entre les . La notion de Gaule, en grec, apparaît alors ; elle correspond aux territoires de peuplement celte compris entre le Rhin, les Pyrénées, l'Atlantique et la Méditerranée. Contrairement à la vision réductrice qu'en donne César dans sa Guerre des Gaules, ce vaste espace géographique est occupé par une mosaïque de plus d'une centaine de peuples dont l'organisation est très diverse, mais qui ont tous un point commun : . À partir de -125, le sud des Gaules (57 peuples gaulois) est progressivement conquis par la République romaine à la suite de la victoire de Rome sur les Allobroges et les Arvernes. Rome y fonde les villes d'Aix-en-Provence, Toulouse et Narbonne. En -58, Jules César prend prétexte d'une demande d'aide des Éduens pour se lancer à la conquête du reste de la Gaule. D'abord battu à Gergovie, il vainc à Alésia. Les riches territoires fiscaux nouvellement conquis sont répartis par l'empereur de Rome Auguste en neuf provinces, dont quatre correspondent approximativement à l'actuel territoire métropolitain français : la Narbonnaise au sud, l'Aquitaine au sud-ouest, la Lyonnaise au centre et à l'ouest et la Belgique au nord. De nombreuses villes sont fondées durant la période gallo-romaine, dont Lyon (Lugdunum) en -43, appelée à être la capitale de la Gaule romaine qui connait alors la paix pendant environ deux siècles. Au , la Gaule romaine connaît une crise grave, le limes, frontière fortifiée protégeant l'Empire des incursions germaniques, étant franchi à plusieurs reprises par les Barbares. Le pouvoir romain chancelant un Empire des Gaules est proclamé en 260 qui échappe à la tutelle romaine jusqu'en 274. Pendant la première moitié du , la Gaule romaine connaît une période de renouveau et de prospérité. Toutefois, les invasions barbares reprennent à partir de la seconde moitié du et le , les Vandales, Suèves et Alains franchissent le Rhin et traversent la Gaule jusqu'en Espagne. Au milieu du , les Alamans et les Francs s'installent au nord-est de la France actuelle et exercent une forte pression sur les généraux romains qui subsistent dans le nord-est de la Gaule. Pour ce qui concerne la France d'outre-mer pendant ce temps : la Guyane est occupée par des peuples vivant de chasse et de cueillette ; Saint-Pierre-et-Miquelon reçoit des visites de paléoesquimaux ; les Antilles françaises sont animées par une période précolombienne ; la Guadeloupe par des groupes amérindiens pré-céramiques ; la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna reçoivent leurs premiers habitants vers -, et leur première civilisation, le Lapita, se développe au premier millénaire ; les autres territoires d'outre-mer semblent inoccupés durant cette période. Naissance, crises et transformations du royaume de France au Moyen Âge La conversion au christianisme du chef franc Clovis, baptisé à Reims le 24 décembre 496 par l'évêque saint Rémi, fait de lui l'allié de l'Église et lui permet de conquérir l'essentiel de la Gaule au tournant des . La fusion des héritages gallo-romains, des apports germaniques et du christianisme est longue et difficile, les Francs constituant originellement une société guerrière aux lois très éloignées du droit romain et des principes chrétiens. Tandis que la faiblesse démographique que connaît le royaume des Francs entraîne un déclin des villes, le christianisme s'installe par la fondation d'églises rurales et surtout de très nombreux monastères. Si le pouvoir de Clovis semblait originellement solide, la dynastie mérovingienne doit bientôt faire face à de graves difficultés ; elle disparaît en 751 lorsque Pépin le Bref est sacré roi des Francs, fondant ainsi la dynastie carolingienne. Pépin le Bref et son fils Charlemagne agrandissent considérablement le royaume des Francs, qui s'étend à la fin du sur plus d'un million de kilomètres carrés. L'immense empire carolingien est contrôlé par une administration centralisée basée à Aix-la-Chapelle, des comtes représentant Charlemagne dans tout l'empire et surveillés par les missi dominici. Charlemagne, couronné en 800 empereur d'Occident, relance les arts libéraux dans l'éducation et le palais d'Aix-la-Chapelle accueille une activité intellectuelle et artistique de haut niveau. Néanmoins, après la mort de l'empereur, les comtes et les vassaux de celui-ci parviennent peu à peu à rendre leur fonction héréditaire, et les petits-fils de Charlemagne se partagent l'Empire au traité de Verdun (843) ; Charles obtient la Francie occidentale, qui correspond approximativement aux deux tiers occidentaux de la France actuelle et dont les frontières varieront peu jusqu'à la fin du Moyen Âge. Le nouveau royaume doit toutefois affronter trois vagues d'invasions différentes aux , menées par les musulmans, les Vikings et les Hongrois. À la même époque, les pouvoirs des anciens comtes continuent d'augmenter tandis que le pouvoir royal diminue ; une société féodale se met en place, caractérisée par sa division en trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état. En 987, Hugues Capet est élu roi par ses pairs, c'est-à-dire les nobles du royaume ; la monarchie redevient héréditaire et les Capétiens règneront sur la France pendant plus de huit siècles. Néanmoins, les premiers rois capétiens ne contrôlent directement qu'une portion très faible du territoire français, appelée le domaine royal, et certains de leurs vassaux sont beaucoup plus puissants qu'eux. Au , le pouvoir royal commence à s'affirmer contre les princes du royaume, mais doit faire face à partir des années 1150 à la naissance d'un « empire Plantagenêt » regroupant dans un même ensemble l'Angleterre et le tiers ouest de la France. Le royaume capétien atteint son premier apogée au , la monarchie reprenant le pouvoir qu'elle avait perdu tandis que l'art et la culture française s'affirment en Europe. Philippe Auguste (1180-1223) parvient à conquérir l'essentiel des possessions françaises des Plantagenêt, mettant temporairement fin à la menace anglaise et agrandissant considérablement le domaine royal par la même occasion. Louis IX (1226-1270) se comporte en arbitre de la chrétienté et participe aux septième et huitième croisades, et sera rapidement canonisé par l'Église catholique. Le et la première moitié du voient la France plonger dans une crise grave, dont les expressions sont multiples. La guerre de Cent Ans, menée contre l'Angleterre et née d'un problème de succession à la tête du royaume de France, ravage le pays. Toutefois, la crise des n'est pas seulement politique ou militaire ; elle est aussi démographique : à partir de 1347, la peste noire tue au moins un tiers de la population du royaume ; sociale : les insurrections paysannes et urbaines se multiplient ; mais également économique et religieuse. Si la monarchie est également touchée par cette crise, elle en sort renforcée : le pouvoir central, qui s'est déplacé dans la vallée de la Loire, se dote de nouvelles institutions, met en place une armée et un impôt permanents, et amorce le passage du Moyen Âge à la Renaissance. De la Renaissance à la monarchie absolue () À partir de 1494, les souverains français mènent de multiples guerres en Italie, puis contre l'empereur Charles Quint. Néanmoins, les règnes de François (1515-1547) et de son fils Henri II (1547-1559) sont surtout marqués par un renforcement du pouvoir royal, qui tend à devenir absolu, et par une Renaissance littéraire et artistique fortement influencée par l'Italie. En 1539, l'ordonnance de Villers-Cotterêts fait du français la langue administrative et judiciaire du royaume. Toutefois, l'unité de la France autour de la personne du roi est bousculée dans la deuxième moitié du par le problème religieux : entre 1562 et 1598, huit guerres de religion se succèdent entre catholiques et calvinistes. Cette crise religieuse se double d'une crise économique et surtout politique. En 1598, le roi Henri IV (1589-1610) met fin aux guerres de religion par l'édit de Nantes, qui donne une liberté de culte partielle aux protestants. Louis XIII (1610-1643) et ses ministres Richelieu et Mazarin doivent faire face à l'opposition de nobles soucieux de reprendre leurs anciens pouvoirs. À la même époque, la France mène plusieurs guerres victorieuses (dont la guerre de Trente Ans) et commence à former un premier empire colonial, principalement en Nouvelle-France, aux Antilles et sur la route des Indes. Louis XIV affirme plus que jamais le caractère absolu de son pouvoir : le « Roi-Soleil » se considère comme le « lieutenant de Dieu sur Terre » et fait construire le château de Versailles, symbole de son pouvoir. Il s'entoure d'artistes et de savants et travaille à l'unité religieuse de son royaume en reprenant la persécution des protestants et en révoquant l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau. Malgré la situation financière critique de la monarchie, Louis XIV mène plusieurs guerres face à une Europe coalisée contre lui tandis que le marquis de Vauban fait construire un réseau de villes fortifiées aux frontières du royaume. Si ces guerres aboutissent dans un premier temps à des victoires françaises, plusieurs défaites militaires et des famines ternissent la fin de son règne. Louis XV (1715-1774), arrière-petit-fils et successeur de Louis XIV, mène lui aussi plusieurs guerres, aux résultats contrastés. En 1763, par le traité de Paris qui met fin à la guerre de Sept Ans, la France abandonne ses possessions en Amérique du Nord, mais acquiert dans la même décennie la Lorraine et la Corse. Pendant ce temps, la France connaît une forte vitalité démographique et économique. La croissance de la production agricole s'accompagne d'une proto-industrialisation, notamment dans le secteur textile, ainsi que d'un essor dans les domaines intellectuel et culturel. Toutefois, Louis XVI, qui accède au trône en 1774, se révèle incapable de trouver une solution au surendettement de la monarchie et doit convoquer les états généraux en 1789. Révolutions, républiques, monarchies et empires (1789-1914) Les délégués envoyés aux États généraux qui s'ouvrent le outrepassent rapidement les pouvoirs qui leur sont attribués et s'érigent en une Assemblée nationale constituante. Le roi ne peut alors empêcher l'assemblée constituante de décider l'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août puis d'adopter le 26 août la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. La devise Liberté, Égalité, Fraternité apparaît dans le débat public, en particulier en 1790 dans un discours de Maximilien Robespierre sur l'organisation de la Garde nationale. Après un essai de monarchie constitutionnelle, la République naît le , et Louis XVI, condamné pour trahison, est guillotiné par jugement de la Convention nationale le 21/1/1793. La France révolutionnaire connaît alors plusieurs années de guerres et d'exécutions jusqu'à l'instauration du Directoire en 1795. C'est le (), que le drapeau tricolore est instauré par la Convention nationale, par décret indiquant que « le pavillon et le drapeau national seront formés des trois couleurs nationales disposées en trois bandes égales de manière que le bleu soit attaché à la garde du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant ». Le , le général Napoléon Bonaparte renverse le Directoire par un coup d'État et lui substitue le Consulat ; cinq ans plus tard, il est couronné Empereur des Français. Napoléon crée ou réforme de nombreuses institutions, et ses multiples victoires militaires mettent la moitié de la population européenne sous son contrôle au début des années 1810. Le déclin sera néanmoins rapide : après une éphémère abdication puis un bref retour au pouvoir, l'Empereur est définitivement vaincu à Waterloo le . La France entame alors une seconde expérience de monarchie constitutionnelle, pendant laquelle les rois Louis XVIII (1814-1824) et surtout Charles X (1824-1830) remettent en question une partie des acquis de la Révolution. Quelques semaines après avoir conquis Alger, Charles X est renversé en 1830 par les Trois Glorieuses, un mouvement révolutionnaire qui porte sur le trône Louis-Philippe. Si ce dernier est alors considéré comme réformateur, la contestation monte bientôt, malgré l'essor économique que connaît la France à cette époque. En , une nouvelle révolution éclate, dont les objectifs ne sont plus seulement politiques, mais aussi sociaux. L'éphémère Seconde République qui est alors mise en place instaure le suffrage universel masculin et abolit l'esclavage dans les colonies ainsi que la peine de mort pour raison politique. Toutefois, elle est renversée par son président Louis-Napoléon Bonaparte, qui est couronné empereur en 1852. Si les premières années du Second Empire sont celles d'un régime autoritaire, Napoléon III entame un tournant libéral en 1860, qui n'empêche pas une montée des oppositions politiques, tandis que le développement industriel et ferroviaire s'accélère. La défaite de la France face à une Allemagne en cours d'unification, en 1870 et 1871, est un double tournant dans l'histoire du pays : l'empereur capitule le et la République est proclamée le , tandis que la Prusse annexe l'Alsace-Lorraine. La défaite française suscite en outre l'épisode dramatique de la Commune de Paris, écrasée en mai 1871 par les troupes gouvernementales. Malgré sa naissance chaotique, la Troisième République est le plus long des régimes politiques qu'a connu la France depuis 1789. Les républicains mettent peu à peu en place leur projet politique : l'école est rendue gratuite, laïque et obligatoire en 1881-1882, les libertés de presse et de réunion sont accordées en 1881, le divorce et les syndicats sont autorisés en 1884, et les Églises sont séparées de l'État en 1905. À la même époque, la France se dote d'un vaste empire colonial, qui sera le deuxième au monde après celui du Royaume-Uni en 1914 : aux possessions en Inde et à l'Algérie viennent s'ajouter au fil des années l'Indochine, les protectorats de Tunisie et du Maroc, l'Afrique équatoriale et occidentale et Madagascar. Si plusieurs crises politiques se succèdent , la menace principale pour la République vient désormais de l'extérieur, où la guerre apparaît de plus en plus imminente. La France dans les deux guerres mondiales (1914-1945) Par le jeu des alliances, la France entre en guerre au début du mois d'août 1914 contre l'Allemagne, aux côtés du Royaume-Uni et de l'Empire russe. La Première Guerre mondiale, qui fait de victimes françaises et entraîne de nombreuses destructions dans le nord-est du pays, se conclut le 11 novembre 1918 en faveur de la Triple-Entente. Outre le retour de l'Alsace-Lorraine, la France recevra une partie des réparations allemandes prévues par le traité de Versailles tout en obtenant des garanties de sécurité. Néanmoins, celles-ci ne suffisent pas à éviter en 1940, une nouvelle invasion par l'Allemagne à la suite de la reconstruction de l'armée allemande et de la remilitarisation de la rive gauche du Rhin. Après quelques années de reconstruction laborieuse, marquée par un effort d'immigration et de productivité pour pallier la pénurie de main-d'œuvre dans les mines, l'acier ou l'automobile, la France peine à retrouver sa vigueur économique d'avant-guerre avant de vivre une forte croissance à partir de 1924. Elle sera touchée bien après la plupart des autres puissances par la crise des années 1930. Toutefois, si cette crise est tardive, elle est durable et profonde. Aux difficultés économiques s'ajoute une crise politique, malgré l'espoir suscité par l'arrivée au pouvoir en 1936 du Front populaire. Finalement, lorsque la France déclare le 3 septembre 1939 la guerre à l'Allemagne nazie, elle sort tout juste de la plus grave crise qu'ait connue la Troisième République. Après huit mois sans combats (la « drôle de guerre »), la Wehrmacht envahit le le nord-est de la France et le maréchal Philippe Pétain demande l'armistice le 22 juin. Ce dernier obtient les pleins pouvoirs le , signant ainsi la fin de la Troisième République et la naissance du régime de Vichy. Celui-ci mène une politique conservatrice, traditionaliste et antisémite, et collabore avec le Troisième Reich. Toutefois, la résistance s'organise à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Le débarquement allié du en Normandie sonne la fin de l'occupation nazie et le début de la libération de l'Europe. Au total, ce conflit aura tué moins de militaires français que le précédent mais les victimes civiles sont nombreuses et les blessures psychologiques et politiques dues à la débâcle de 1940, à la collaboration puis aux règlements de compte lors de l'épuration sont longues à cicatriser. La Libération, gaullisme et crise politique (1945-1968) Une période de renouveau commence alors pour la France. Si le général de Gaulle, chef de la France libre, ne peut empêcher l'adoption d'une constitution proche de celle de la Troisième République, l'après-guerre voit la création de la Sécurité sociale et le droit de vote accordé aux femmes. La France de la Quatrième République choisit le camp occidental dans la guerre froide qui s'ouvre à cette époque, entame avec difficultés (guerres d'Indochine puis d'Algérie) la décolonisation de l'Asie et de l'Afrique et participe aux débuts de la construction européenne. Le pays entame dans le même temps une période de modernisation et de forte croissance économique que l'économiste Jean Fourastié appellera « Trente Glorieuses ». Le , lors d'une grave crise politique liée à la guerre d'Algérie, le général de Gaulle est investi président du Conseil par l'Assemblée nationale avec pour mission de donner à la République une nouvelle constitution : la Cinquième République donne au président des pouvoirs plus larges face au Parlement. Charles De Gaulle poursuit et achève la décolonisation de l'Afrique et affirme l'indépendance de la France face aux États-Unis. À cette fin, il dote la France du nucléaire civil et militaire, et d'un programme spatial qui fera de la France la troisième puissance spatiale de l'histoire. Mais la crise étudiante et sociale de mai 1968 révèle une fracture entre des aspirations de la jeunesse (notamment estudiantine) face à un pouvoir dépeint comme trop conservateur. Cependant, le général de Gaulle reprend en main la situation en provoquant la dissolution de l'Assemblée nationale le après laquelle les Français lui donnent une large majorité présidentielle. Il démissionne en 1969 à la suite de l'échec du référendum sur la réforme du Sénat et de la régionalisation. Toutefois, le gaullisme se maintient au pouvoir cinq ans de plus, sous la figure du président de la République Georges Pompidou. De Mai 68 à 2021 En 1974, s'ouvre une période post-gaulliste avec l'élection d'un président issu du centre-droit : Valéry Giscard d'Estaing. Alors que la France entre peu à peu dans la crise des années 1970, les premières années de son mandat sont marquées par plusieurs lois actant les mutations de la société française, comme la loi Veil qui légalise l'interruption volontaire de grossesse (IVG) ou l'abaissement de 21 à de l'âge de la majorité civile. Un autre tournant a lieu en 1981, lorsqu'un président socialiste, François Mitterrand, est élu. Face à la situation économique qui s'aggrave, celui-ci tente dans un premier temps une politique de relance, tout en adoptant des mesures symboliquement fortes comme l'abolition de la peine de mort. Si François Mitterrand est réélu en 1988, la France connaît entre 1986 et 1988 puis entre 1993 et 1995 deux périodes de « cohabitation », situation jusque-là inédite où le président n'appartient pas au même parti que son gouvernement et qui offre une lecture nouvelle des institutions. Cette situation se reproduit entre 1997 et 2002, mais de façon inversée, alors qu'un président de droite, Jacques Chirac, est élu en 1995, et que les élections législatives de 1997 amènent le socialiste Lionel Jospin à la tête du Gouvernement. En 2002, la France abandonne sa monnaie nationale pour adopter la monnaie unique européenne. L'élection présidentielle de 2002 est marquée par l'élimination de Lionel Jospin dès le premier tour au profit de Jean-Marie Le Pen, candidat de l'extrême droite. Une grande partie des électeurs se reportent alors sur Jacques Chirac qui est réélu. Les gouvernements Raffarin puis Villepin se soulignent par l'opposition de la France à la guerre d'Irak. En 2005, une majorité de citoyens vote « non » lors du référendum sur la ratification du traité établissant une constitution pour l'Europe. Si Nicolas Sarkozy, président à partir de 2007, dirigeait le parti de son prédécesseur au moment de son élection et était membre de son gouvernement, la politique qu'il mène se veut de « rupture ». Le gouvernement « d'ouverture » que François Fillon forme avec des personnalités issues non seulement de la droite, mais aussi du centre et de la gauche, doit cependant faire face à la crise économique venue en 2008-2009 des États-Unis. En 2012, le socialiste François Hollande est élu président, après être devenu candidat de son parti à l'issue des premières primaires ouvertes de l'histoire de la République. Avec une majorité socialiste dans les deux chambres du Parlement pour la première fois sous la République, il conduit une politique marquée par une hausse de la fiscalité puis par un virage social-libéral et par l'ouverture du mariage civil aux couples de même sexe. L'élection présidentielle de 2017 suit la tenue de primaires ouvertes dans les deux camps politiques pourvoyeurs jusque-là des présidents de la République, mais voit l'élimination de leurs candidats dès le premier tour. Emmanuel Macron, ancien secrétaire général adjoint du cabinet du président Hollande puis ministre de l'Économie, fonde son propre mouvement et remporte les deux tiers des suffrages du second tour de l'élection face à la candidate du Front national, Marine Le Pen. Élu à , il est le plus jeune président français de l'histoire et le second plus jeune chef d'État français depuis la désignation en 1799 de Napoléon Bonaparte comme Premier consul (à ). Depuis 1945, la France a été touchée par plusieurs vagues d'attentats terroristes, en particulier par le terrorisme islamiste depuis 1995, qui mène la même année à la création du plan Vigipirate. Après une série d'attentats particulièrement meurtriers en 2015, le président François Hollande décrète l'état d'urgence, qui est prolongé jusqu'en novembre 2017. En 2020, la pandémie de Covid-19 provoque une crise sanitaire majeure et une importante récession économique ; le président Emmanuel Macron décrète l'état d'urgence sanitaire, qui impose notamment un confinement généralisé de la population, et fait adopter des mesures budgétaires massives pour soutenir l'économie. Politique et administration La France est une démocratie libérale, dont le gouvernement a la forme d'une république. Les fondements de l'organisation politique et administrative actuelle de la France ont été fixés en 1958 par la Constitution de la Cinquième République. Selon l'article premier de la Constitution, . Depuis 2003, ce même article affirme en outre que . Organisation des pouvoirs L'organisation des pouvoirs en France est définie par la Constitution de 1958, amendée à plusieurs reprises ; le rôle de chaque institution est cependant défini tant par la pratique observée depuis 1958 que par le texte de la Constitution. La France possède un régime politique original par le large pouvoir dont disposent à la fois le Parlement et le président de la République, ce qui a amené les constitutionnalistes à parler de , de ou encore de . Le pouvoir législatif appartient au Parlement français, formé de deux chambres, l'Assemblée nationale et le Sénat. L'Assemblée nationale, chambre basse du Parlement, est formée de 577 députés, élus pour cinq ans au suffrage universel direct au scrutin uninominal majoritaire à deux tours dans des circonscriptions découpées au sein des départements. Le Sénat, la chambre haute, est formé de élus pour six ans par grands électeurs (principalement des élus locaux) et est de ce fait considérée comme moins représentative que l'Assemblée nationale. L'Assemblée nationale est plus puissante que le Sénat en cas de désaccord prolongé sur l'adoption d'une loi avec ce dernier. Le pouvoir exécutif appartient en premier lieu au président de la République, élu pour cinq ans au suffrage universel direct au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Le président de la République est le chef de l'État et le chef des armées, il promulgue les lois et peut dissoudre l'Assemblée nationale. Il nomme le Premier ministre, et, sur proposition de celui-ci, les membres du Gouvernement. Le Gouvernement peut être renversé par une motion de censure adoptée par l'Assemblée nationale. Lorsque la majorité parlementaire et le président n'appartiennent pas au même parti politique, on parle alors de cohabitation. Le pouvoir judiciaire, quant à lui, est séparé des deux autres, bien que le président de la République dispose d'un droit de grâce. Il est lui-même subdivisé entre un ordre administratif, dont la plus haute juridiction est le Conseil d'État, et un ordre judiciaire, dont la plus haute juridiction est la Cour de cassation. Le droit français, de tradition romano-civiliste, dispose que tout accusé, avant d'être condamné, est présumé innocent, et qu'une affaire peut être rejugée en appel sur demande d'une des parties. La conformité des lois à la Constitution, la régularité des scrutins et, plus largement, le respect des institutions sont contrôlés par le Conseil constitutionnel. Gouvernement Découpage territorial et décentralisation On distingue d'une part, la France métropolitaine et les régions d'outre-mer, qui sont administrées dans le cadre des règles générales, et d'autre part, la Nouvelle-Calédonie, les collectivités d'outre-mer et les territoires d'outre-mer, qui disposent de statuts différents. La France métropolitaine et les régions d'outre-mer sont divisées en de multiples collectivités territoriales réparties sur trois niveaux : la commune, le département et la région. Il existe également des collectivités territoriales à statut particulier telles que les collectivités territoriales uniques qui englobent les compétences du département et de la région ou encore la collectivité européenne d'Alsace. Ces collectivités territoriales sont en même temps des circonscriptions administratives dans lesquelles l'État intervient au travers de ses services déconcentrés. Les communes, au nombre de en métropole au , correspondent généralement au territoire d'une ville ou d'un village ; elles sont dirigées par un conseil municipal, qui élit un maire, à la fois agent de la collectivité territoriale et représentant de l'État dans la commune. Depuis les années 1990, la coopération entre les communes a été renforcée par l'émergence d'établissements publics de coopération intercommunale, dont le rôle s'accroît. Les départements, créés pendant la Révolution française, sont aujourd'hui au nombre de 99 dont 5 en Outre-mer. Ils sont dirigés par un conseil départemental dont les membres sont élus au sein des cantons et l'État y est représenté par un préfet. Quant aux 18 régions françaises, dont l'existence est plus récente, elles sont dirigées par un conseil régional et l'État y est représenté par un préfet de région. À ces collectivités territoriales s'ajoutent d'autres divisions territoriales, telles que le canton, l'arrondissement ou plus récemment le pays mais elles ne possèdent pas de dirigeants élus. Comparée à ses voisins européens, la France a longtemps été marquée par une forte centralisation politique, les collectivités territoriales disposant de pouvoirs relativement faibles. Néanmoins, cette situation a beaucoup évolué depuis le début des années 1980, d'abord en 1982 et 1983 avec les lois Defferre (appelées a posteriori l'acte I de la décentralisation), puis entre 2002 et 2004 sous le gouvernement Raffarin (acte II). En 2010, les compétences des collectivités territoriales sont nombreuses, et concernent notamment les établissements scolaires, les transports, le développement économique et l'action sociale. Néanmoins, la superposition de multiples échelons et la limite souvent floue entre les compétences des différentes collectivités territoriales est la source de débats sur l'avenir de la décentralisation sur lequel le gouvernement Fillon s'est penché entre 2008 et 2010. Le gouvernement Valls poursuit ce processus, appelé l'acte III de la décentralisation en proposant un nouveau découpage en 18 régions, effectif à partir du et des élections régionales de décembre 2015. France d'outre-mer Les territoires français situés en dehors de l'Europe géographique, qui correspondent à d'anciennes colonies restées françaises, sont quant à eux soumis à des régimes administratifs et juridiques très différents les uns des autres. Ces territoires, dont la situation économique est globalement moins bonne que celle de la métropole, bénéficient de nombreuses aides de l'État. La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et, depuis 2011, Mayotte sont des départements et régions d'outre-mer. Ces cinq territoires se distinguent du reste de la France d'outre-mer par leur statut en tout point similaire à celui des régions métropolitaines, bien que les lois françaises puissent prévoir des dispositions spécifiques les concernant. Ces régions ultramarines font partie des régions ultrapériphériques de l'Union européenne, et sont soumises à la législation européenne, qui s'y applique de plein droit. En revanche, les autres territoires français d'outre-mer, à l'exception des collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, ne font pas partie de l'Union européenne, bien que leurs habitants disposent de la citoyenneté européenne. Il s'agit tout d'abord des cinq collectivités d'outre-mer, aux statuts très variés : la Polynésie française, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna. Bien que l'État y conserve certaines prérogatives exclusives, elles sont soumises en grande partie à une législation spécifique et bénéficient de la spécialité législative. La Nouvelle-Calédonie, de son côté, est une collectivité territoriale sui generis, à l'autonomie très poussée, où la question de l'indépendance fait partie du débat au sein du territoire, y compris par référendum. Enfin, les Terres australes et antarctiques françaises et l'île de Clipperton, qui n'accueillent aucun habitant permanent, sont gérées directement par l'État ou son représentant. Tendances politiques, partis et élections Le système politique français, et notamment le suffrage uninominal majoritaire qui prévaut lors des élections présidentielles et législatives, tend à une bipolarisation ou à une tripolarisation de la vie politique. Par conséquent, on observe depuis les débuts de la Cinquième République une tendance au regroupement des partis avec de fréquents retours en arrière. Cependant, l'audience des principaux partis tend à diminuer au profit des petites formations. Le paysage politique français connaît trois évolutions majeures depuis les années 1980 : la chute de l'audience du Parti communiste français, la baisse progressive de l'électorat centriste et la hausse du vote pour des partis d'extrême droite. Par ailleurs, l'abstention concerne un nombre de plus en plus élevé d'électeurs. Depuis les années 1990, les deux principaux partis français sont Les Républicains (LR) et le Parti socialiste (PS). Le mouvement Les Républicains est un parti de droite et de centre-droit, membre du Parti populaire européen. Le Parti socialiste est un parti de gauche et de centre-gauche, membre du Parti socialiste européen. En 2012, le président de la République, le Premier ministre, la plupart des ministres, des députés, des sénateurs et des présidents de conseils régionaux ou généraux en sont membres. De nombreux autres partis participent à la vie politique de la France : les plus importants sont le Front national (FN, extrême-droite nationaliste, populiste, souverainiste et opposé à l'immigration), l'Union des démocrates et indépendants (UDI, centre et centre-droit), le Mouvement démocrate (MoDem, centre), le Mouvement radical, social et libéral (centre-gauche à centre-droit), Europe Écologie Les Verts (écologistes), le Parti communiste français (PCF, gauche communiste) et La France insoumise (gauche radicale et écosocialiste). Les élections présidentielles puis législatives de 2017 ont toutefois abouti à une recomposition du paysage politique français, marquée par une élimination dès le premier tour des candidats des deux partis ayant occupé la présidence de la République auparavant, et l'élection d'un jeune candidat entré en politique active sous la présidence de François Hollande sans être membre actif du PS, Emmanuel Macron. Le mouvement créé par ce dernier sur une ligne centriste, europhile et sociale-libérale, et réunissant des personnalités du centre-gauche, du centre, du centre-droit et de la société civile, La République en marche, obtient ensuite la majorité à l'Assemblée nationale. Cette formation reste toutefois encore peu représentée au Sénat et dans les assemblées des collectivités locales. Des mouvements indépendantistes, nationalistes périphériques ou régionalistes existent dans plusieurs territoires métropolitains ou ultramarins, mais peu d'entre eux ont acquis une importance effective (par le biais d'une représentation parlementaire ou la participation aux exécutifs locaux), par exemple : l'Union démocratique bretonne (UDB, gauche à centre-gauche socialiste et social-démocrate, régionaliste et autonomiste) et Pour la Bretagne ! (gauche écologiste, socialiste et régionaliste) en Bretagne ; la coalition Pè a Corsica (nationaliste, unissant des autonomistes et des indépendantistes) en Corse ; le Partit occitan (POC, gauche écologiste, occitaniste et autonomiste) dans le Midi ; le Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM, gauche indépendantiste et régionaliste), le Parti pour la libération de la Martinique (PALIMA, extrême-gauche indépendantiste), le Parti progressiste martiniquais (PPM, gauche socialiste et autonomiste) et le Rassemblement démocratique pour la Martinique (RDM, centre-gauche social-démocrate autonomiste) en Martinique ; le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS, constitué lui-même de plusieurs partis, nationaliste kanak, indépendantiste et socialiste mélanésien) en Nouvelle-Calédonie ; le Tavini huiraatira (ou simplement Tavini, gauche à centre-gauche indépendantiste) en Polynésie française. Finances publiques En France, les prélèvements obligatoires représentaient 46,2 % du PIB en 2017, soit le taux le plus élevé parmi les pays membres de l'OCDE, et ce taux a tendance à augmenter. Les cotisations sociales représentent près de 38 % du total, dix points de plus que la moyenne des pays de l'OCDE ; à l'inverse, la France est le pays développé où les impôts sur le revenu et sur les sociétés représentent la part la plus faible du total des prélèvements obligatoires. Malgré le taux élevé des prélèvements obligatoires, les dépenses publiques les dépassent nettement, totalisant 56,8 % du PIB en 2015. Dès lors, le déficit public est élevé, atteignant 2,68 % du PIB en 2017, il baisse cependant de manière continue depuis 2009, année à laquelle il avait atteint 7,17 % du PIB. Depuis 1974, la France n'a jamais réalisé d'excédent budgétaire. La dette publique de la France s'établit à 98,4 % du PIB à la fin de l'année 2018, soit d'euros. Depuis 2002, la dette publique de la France n'a jamais été inférieure à 60 % du PIB. La France est néanmoins tenue de respecter les critères du Pacte de stabilité et de croissance de la zone euro, qui limite le déficit budgétaire à 3 % du PIB et la dette publique à 60 % du PIB, ainsi que les critères du Pacte budgétaire européen de 2012 qui limite le déficit structurel à 0,5 % du PIB pour l'objectif budgétaire à moyen terme. Jusqu'en 2012, les trois principales agences de notation financière attribuaient toutes à la France leur notation maximale. Cependant, à cause de la dégradation de l'état des finances publiques françaises à la suite de la crise économique de 2007-2008, elles revoient leur notation à la baisse. Le , Moody's rabaisse sa note de Aaa à Aa1, puis le , de Aa1 à Aa2. Standard & Poor's baisse sa note de AAA à AA+ le , puis de AA+ à AA le . Enfin, l'agence Fitch revoie sa note de AAA à AA+ le , puis de AA+ à AA le . Les agences de notation ont salué l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République en 2017 et ont relevé leur perspective de notation. Au , l'agence de notation chinoise Dagong attribuait la note de A à la France avec une perspective stable, elle estimait que, malgré l'amélioration de la situation économique du pays, les réformes menées par le gouvernement pour réduire le niveau de la dette publique et accélérer le taux de croissance étaient trop lentes. Défense La France a le cinquième budget de la Défense au monde, selon les données du SIPRI. Elle est la septième puissance militaire mondiale, l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et, à ce titre, juridiquement reconnue comme un des cinq « États dotés d'armes nucléaires » (EDAN) par le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Elle est l'un des membres de l'OTAN où elle dispose du commandement allié Transformation (ACT), qui est un des deux postes de commandement militaires. L'Armée française est l'une des cinq plus dotées financièrement dans le monde et assure avec l'Armée britannique l'essentiel des opérations militaires européennes. La France lui consacre 2,2 % de son PIB en 2013 (soit un budget de d'euros). Les forces militaires sont divisées en quatre armées principales : l'Armée de terre, la Marine nationale, l'Armée de l'air et de l'espace et la Gendarmerie nationale. Depuis 1996, l'Armée est devenue professionnelle et le service militaire obligatoire a été remplacé par une Journée défense et citoyenneté mixte. D'une capacité d'environ , elle est déployée à travers le monde, dans le cadre d'opérations extérieures au Sahel (Mali et Tchad notamment), en République centrafricaine, au Liban et en Irak, mais aussi dans le cadre de forces pré-positionnées en vertu de traités internationaux à Djibouti, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Gabon et aux Émirats arabes unis, sans oublier les troupes positionnées dans la France d'outre-mer. Elle mobilise en outre plus de dans le cadre du plan Vigipirate. Le pays est par ailleurs le plus gros exportateur mondial d'armement, et est à ce sujet critiqué et mis en cause par plusieurs organisations non gouvernementales pour le rôle que jouent ces armes dans différents conflits internationaux. Appartenance à des organisations internationales La France est un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et participe à la vie de multiples organisations internationales, comme l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), l'Organisation mondiale du commerce (OMC), l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Conseil de l'Europe, le G7, le G20 ou l'Organisation internationale de la francophonie. Depuis 1945, quelle que soit la majorité au pouvoir, l'Europe est un axe majeur de la politique étrangère française. Deux des sept Pères de l'Europe sont français ; l'un des objectifs était alors d'éviter une nouvelle guerre mondiale en facilitant la réconciliation franco-allemande. Néanmoins, le positionnement de la France et des Français vis-à-vis de l'Europe a souvent été ambigu : du rejet par l'Assemblée nationale du traité créant la Communauté européenne de défense en 1954 à celui par référendum du traité établissant une constitution pour l'Europe en 2005, les coups d'arrêt français à la construction européenne ont été nombreux. Depuis le traité de Maastricht en 1992, les domaines dans lesquels l'Union européenne a compétence exclusive sont de plus en plus nombreux. Une grande partie du droit applicable en France est en 2010 d'origine européenne, d'autant plus qu'actuellement le droit européen prime sur le droit national. La France, cinquième puissance, pèse encore davantage sur la scène mondiale grâce à l'Union européenne. L'unification du marché européen et l'instauration d'une monnaie unique en 1999 ont entraîné de profondes mutations de l'économie française, dont le caractère bénéfique fait débat. Même si la France est le premier bénéficiaire de la politique agricole commune, elle fait partie des pays contributeurs nets au budget de l'Union européenne. Politique étrangère et diplomatie Depuis la présidence du général de Gaulle (1958-1969), la politique étrangère de la France est caractérisée par une volonté d'indépendance, notamment vis-à-vis des États-Unis, ce qui s'est traduit par la mise au point par la France d'armes nucléaires et par le retrait de la France du commandement intégré de l'OTAN de 1966 à 2009. La France est vue des années 1960 au début des années 2000 comme un allié du monde arabo-musulman, critique vis-à-vis de la politique de l'État d'Israël. Le réseau des représentations diplomatiques de la France est le troisième du monde, avec actuellement 156 ambassades et 97 postes consulaires répartis sur les cinq continents. La France aide les pays en voie de développement, notamment d'Afrique. L'aide publique au développement représente 0,36 % du revenu national brut français en 2014, un taux en baisse, et inférieur à ceux du Royaume-Uni ou de l'Allemagne. Symboles républicains Selon la constitution de la Cinquième République, la France possède plusieurs emblèmes, datant pour l'essentiel de la Révolution française. Le drapeau de la France est constitué de trois bandes verticales d'égale largeur, de couleurs bleu, blanc et rouge. L'hymne national est La Marseillaise, un chant composé par Rouget de Lisle à Strasbourg pendant la Révolution française et parfois critiqué depuis pour la violence de son texte. Enfin, la République française a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité. En outre, plusieurs symboles officieux existent pour représenter la France. En particulier, le buste de Marianne, une femme portant le bonnet phrygien, orne les mairies, et son visage est représenté sur les timbres-poste et les faces françaises des centimes d'euro. Depuis 1999, le Gouvernement français s'est doté d'un logotype rappelant le drapeau et la devise du pays, ainsi que la figure de Marianne. Ce logo figure en entête de tous les documents publiés par l'administration française. En 2020, la charte graphique gouvernementale est modernisée pour s'adapter aux nouveaux formats et aux nouveaux usages de la communication. Population et société Démographie D'après l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), vivent en France au (hors COM et Nouvelle-Calédonie), dont 64 898 000 en métropole et 2 166 000 dans les départements d'outre-mer. Si on inclut également les environ des collectivités d'outre-mer (Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna, Saint-Martin et Saint-Barthélemy) et de Nouvelle-Calédonie, la population de l'ensemble des territoires français atteint environ d'habitants, soit environ 0,9 % de la population mondiale. Un recensement national général était organisé à intervalles réguliers depuis 1801, mais depuis janvier 2004, le recensement est réalisé tous les ans dans les communes de ou plus, hors collectivités d'outre-mer, et tous les cinq ans ailleurs. Après avoir été relativement faible au et au début du , la croissance démographique de la France est devenue l'une des plus fortes d'Europe, combinant un taux de natalité supérieur à la moyenne européenne ( en 2015 contre ) et un solde migratoire positif (environ en 2015) : la population de la France s'est accrue de 0,4 % en 2015. En 2015, le taux de fécondité en France est d'environ 1,96 enfant par femme. En 2014, 29,2 % des nouveau-nés (hors Mayotte, COM et Nouvelle-Calédonie) avaient au moins un parent né à l'étranger et 25,7 % au moins un parent né hors de l'Union européenne. D'après les projections d'Eurostat, la France devrait compter d'habitants en 2040, en 2060, et en 2080 (en excluant les territoires d'outre mer et la Nouvelle Calédonie). En outre, la structure de la pyramide des âges évolue depuis le début du . La part de la population la plus âgée augmente, en raison à la fois de la progression de l'espérance de vie (la France jouit d'une des plus grandes espérances de vie au monde) et de l'arrivée au troisième âge de la génération du baby boom . La proportion des plus de dans la population française est ainsi passée de 17 % à 25 % entre 1980 et 2016, et devrait approcher le tiers en 2050 selon l'Insee. Immigration, population étrangère et minorités visibles En 2015, selon l'historien Pascal Blanchard, entre 12 et de Français (soit 18 % à 22 % de la population totale) ont au moins un de leurs grands-parents né dans un territoire non européen. Le 19/2/2020, le président de la République Français déclare que 10 millions d'habitants de la France de nationalité française avait des parents en Afrique. En 2010, la France accueille, selon la définition internationale des Nations unies (« personne née dans un autre pays que celui où elle réside »), d'immigrés, soit 11,1 % de la population, dont (7,8 %) nés hors de l'Union européenne. Elle se classe au sixième rang mondial, derrière les États-Unis (), la Russie (12,3), l'Allemagne (9,8), l'Arabie saoudite (7,3), le Canada (7,2) mais elle devance en revanche le Royaume-Uni (7,0), l'Espagne (6,4) et l'Italie (4,8). La France est également l'un des pays de l'Union européenne qui compte proportionnellement le plus de personnes issues de l'immigration ( et générations) parmi les personnes âgées de 25 à avec 13,1 % d'immigrés et 13,5 % d'enfants d'au moins un immigré, soit un total de 26,6 %, devant notamment le Royaume-Uni (24,4 %), les Pays-Bas (23,5 %), la Belgique (22,9 %), l'Allemagne (21,9 %) et l'Espagne (20,2 %). Selon la définition française (INSEE), plus restrictive (nés étrangers hors du territoire), la France comptait en 2015, d'immigrés, soit 9,3 % de la population. Depuis 1946, le nombre et la part d'immigrés en France augmente de manière continue : en 1946 (4,98 % de la population totale), en 1982 (7,43 % de la population totale), en 2008 (8,44 % de la population totale). Les enfants d'immigrés représentaient 10,4 % de la population totale en 2013. Il y avait donc d'immigrés et enfants d'immigrés en France en 2013, soit 19,3 % de la population. Les immigrés vivant en France en 2015 étaient originaires à 44,6 % d'Afrique (27 % en 1975), à 35,4 % d'Europe (66 % en 1975), à 14,3 % d'Asie (4 % en 1975) et à 5,6 % d'Amériques ou d'Océanie (2 % en 1975). En 2015, d'immigrés étaient de sexe masculin et d'immigrés étaient de sexe féminin. En 2013, 39 % des immigrés en France disposaient de la nationalité française, ce chiffre était de 28 % en 1975 et 16 % en 1911. La France a un solde migratoire positif. Selon l'INSEE, l'excédent migratoire en 2014, en France était de , soit 0,05 % de la population totale. D'après Michèle Tribalat, il y aurait personnes d'origine maghrébine en France en 2011. Il y aurait aussi, selon Jean-Paul Gourévitch, environ de personnes noires en France en 2008, dont vivant en France métropolitaine. En 2018, la communauté turque est estimée à en France. En 2014, il y avait près de en France, dont étaient étudiants. En 2010, on estime à le nombre de Vietnamiens en France, ils vivent très majoritairement en région parisienne. Les immigrés perçoivent des revenus inférieurs d'un tiers en moyenne à ceux des non-immigrés, sont deux fois plus nombreux à ne pas être diplômés et trois fois plus nombreux à vivre sous le seuil de pauvreté. Toutefois, à situation sociale égale, leur formation scolaire et leurs revenus sont proches de ceux des Français nés en France. Selon des travaux, publiés en 2015, de l'économiste Hippolyte d'Albis, les migrants permettent une augmentation du PIB par habitant et une baisse du taux de chômage, en cela ils ont un effet positif sur l'économie. Les populations d'origine immigrée, et celles qui appartiennent à des minorités visibles, sont parfois victimes de discriminations en France. Pour des raisons indéterminées et sujettes à débats, une partie de cette population se tourne vers le fondamentalisme religieux. Pourtant, on assiste à une certaine convergence des modes de vie des populations immigrées et des Français de longue date. En 2019, le taux de chômage des personnes immigrées est de 16,3 %. Quelque 5,4 millions d'emplois sont interdits aux immigrés non-européens, soit plus d'un emploi sur cinq. Par ailleurs, 26,1 % des familles immigrées vivent dans un logement trop étroit, soit 3,7 fois plus que les personnes non immigrées. Famille, sexualité et égalité des sexes La France est, en 2009, le troisième pays le plus fécond d'Europe après l'Islande et l'Irlande, avec une descendance finale des femmes nées en 1959 de et un indicateur conjoncturel de fécondité de par femme ( en France métropolitaine). Les mutations qu'a connues la famille en France entre les années 1960 et les années 2000 sont aussi nombreuses que profondes. Les naissances sont dans la majeure partie planifiées, en raison de la légalisation de la contraception (en 1967) et de l'interruption volontaire de grossesse (en 1975). Plus de sont pratiqués chaque année en France. Une partie grandissante des couples préfère au mariage l'union libre, le concubinage, ou le pacte civil de solidarité (PACS), un contrat d'union plus souple que le mariage. Quant aux divorces, leur nombre a été multiplié par 3,2 entre le début des années 1970 et la fin des années 2000. Autrefois assimilée à un crime, l'homosexualité en France a été peu à peu dépénalisée à partir de la fin du . À partir des années 1980, les couples homosexuels acquièrent progressivement des droits similaires aux couples hétérosexuels. En 1999, le PACS permet à des personnes de même sexe de conclure une union. Depuis 2013, le mariage et l'adoption d'enfants par des personnes de même sexe sont autorisés par la loi. Parallèlement, l'homophobie devient un délit. La place des femmes dans la société française a beaucoup évolué au cours du , dans un mouvement tendant vers une égalité effective entre les sexes. Cette évolution s'est accompagnée de mesures législatives (par exemple, le droit de vote accordé aux femmes). Elle se manifeste particulièrement dans le monde du travail. Ainsi, le taux d'activité des femmes est passé de 58,2 % en 1990 à 67,5 % en 2014 (contre 75,5 % pour les hommes). Les femmes continuent cependant de travailler significativement moins que les hommes : selon l'OCDE, en 2017, le temps de travail hebdomadaire moyen des femmes était de alors qu'il était de pour les hommes. En 2011, les femmes représentaient également la moitié des doctorants ainsi que la moitié des effectifs en IEP et en ESC. Les femmes sont également de mieux en mieux représentées dans la politique. Elles représentent, 38,8 % des députés élus en 2017 (pour 42,4 % des candidats) ; en comparaison, elles n'étaient que 12,1 % en 2002 (39,3 % des candidats) et 1,2 % en 1973 (6,6 % des candidats). De plus, depuis 2012, le Gouvernement français est composé à parité d'hommes et de femmes. Enfin, à métier, entreprise et fonction équivalentes, l'écart salarial entre femmes et hommes est de 2,7 %. Langues Le français est la langue très majoritairement parlée en France et est officiellement « la langue de la République » depuis la loi constitutionnelle de 1992. La France est le deuxième pays francophone le plus peuplé du monde après la République démocratique du Congo, mais le premier pour ce qui est du nombre de locuteurs. La France mène une politique linguistique active en faveur du français. Celle-ci peut être visible entre autres au sein de l'Organisation internationale de la francophonie dont la France fait partie de même qu'au sein de l'Assemblée parlementaire de la francophonie dont la France fait aussi partie. Selon un rapport du linguiste Bernard Cerquiglini (1999), soixante-quinze langues autres que le français sont parlées en France, en comptant les langues régionales, les langues issues de l'immigration et les dialectes parlés dans l'Outre-mer. L'organisme garant de la langue en France est l'Académie française, institution fondée en 1634 et officialisée en 1635 par le cardinal de Richelieu. Sa forme juridique est celle d’une personne morale de droit public à statut particulier placée sous la protection du président de la République. Religions Depuis la loi du 9 décembre 1905, les Églises sont strictement séparées en droit de l'État en France : Pour des raisons historiques, l'Alsace-Moselle et la Guyane font exception. La première, car elle n'était pas française en 1905 et a conservé son droit local après la réunification ; le culte catholique, deux cultes protestants et le culte israélite y sont reconnus. La deuxième, car la loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État ne s’applique pas en Guyane qui reste sous le régime de l’ordonnance royale de Charles X du . La religion catholique est également toujours reconnue dans certains départements et territoires d'outre-mer. La notion de laïcité et la réglementation qui en découle sont l'objet de débats comme, en 2003-2004, au sujet de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques. La France est un pays laïc avec une grande tradition catholique ancienne, et bien que le poids de l'Église soit en train de diminuer, 48 % des personnes interrogées se déclaraient catholiques lors de sondages publiés en 2019, tandis qu'une part importante de la population se dit agnostique, athée ou sans religion. De plus, d'autres religions sont présentes dans des proportions moins importantes, notamment le judaïsme depuis l'Antiquité, différentes branches du protestantisme depuis la Réforme et l'islam depuis l'arrivée en France d'immigrés du Maghreb et du Moyen-Orient au . Diverses Églises chrétiennes (néo-apostolique, apostolique arménienne, Mormons, Témoins de Jéhovah, mennonites…) et d'autres religions (hindouisme, bouddhisme, bahaïsme, alévisme…) sont également présentes sur le territoire national, parfois depuis plusieurs siècles (mennonites d'Alsace). On dénombre en France et chapelles paroissiales, lieux de culte musulmans et 794 synagogues. Au-delà de ces valeurs, la perte d'influence des religions est un aspect majeur de l'évolution de la société française aux , bien qu'elle s'évalue très différemment d'une région à l'autre. Près de 80 % des hommes et 70 % des femmes qui se disent d'origine catholique n'assistent jamais à un service religieux. Même chez les catholiques les plus fervents, l'obéissance stricte aux préceptes de l'Église diminue : 31 % des pratiquants assidus ayant eu des enfants entre 1995 et 2004 les ont eus hors mariage. Les Français ont une image plutôt négative de la religion en général. Selon un sondage Ipsos publié en 2017, 61 % des Français pensent que la religion cause plus de tort que de bien, et seulement 16 % des Français pensent que les personnes croyantes font de meilleurs citoyens. Éducation En France, l'école publique est laïque et gratuite. Si la formation et la rémunération des enseignants, ainsi que le choix des programmes, sont du ressort de l'État, la gestion des établissements scolaires primaires et secondaires revient aux collectivités territoriales. L'instruction est actuellement obligatoire pour les enfants âgés de six à seize ans. En mars 2018, le président Emmanuel Macron annonce vouloir abaisser l'âge obligatoire de scolarisation à trois ans dès la rentrée 2019. L'enseignement primaire se déroule en deux phases. L'école maternelle, qui accueille les très jeunes enfants, se donne pour but leur éveil, leur socialisation et la mise en place des outils fondamentaux que sont le langage et le nombre. Puis, vers l'âge de six ans, les enfants sont accueillis par l'école élémentaire, dont les premiers objectifs sont l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul, et l'éducation civique. L'enseignement secondaire se déroule lui aussi en deux cycles. Le premier est dispensé au collège et aboutit au diplôme national du brevet. Le deuxième est dispensé au lycée et aboutit à des examens finaux et nationaux : le baccalauréat (professionnel, technologique ou général) et le certificat d'aptitude professionnelle (CAPA dans l'enseignement agricole). Par ailleurs, près de 17 % des élèves de l'enseignement primaire et secondaire sont scolarisés dans des établissements privés, la plupart sous contrat d'association avec l'État et souvent confessionnels. L'enseignement supérieur français présente la particularité de faire cohabiter les universités et le système des grandes écoles, où l'on entre généralement par concours à l'issue des classes préparatoires. Les enseignements supérieurs pour le brevet de technicien supérieur et les classes préparatoires aux grandes écoles sont dispensés dans des lycées ou dans des établissements privés. Tous les diplômes reconnus en France doivent être présents dans le répertoire national des certifications professionnelles. La France a connu depuis la Libération un élargissement considérable de la scolarisation. En 1936, moins de 3 % d'une classe d'âge obtenait le baccalauréat ; ce pourcentage est passé à 30 % en 1985 et 60 % en 1995. Néanmoins, cette démocratisation de l'enseignement ne supprime pas les inégalités sociales : 25 % des enfants d'ouvriers nés entre 1974 et 1978 sont diplômés de l'enseignement supérieur, contre 77 % des enfants de cadres. Ces inégalités sont encore plus fortes dans les grandes écoles : seuls 2,9 % des étudiants admis à l'École nationale d'administration en 2008 avaient un parent ouvrier. Selon le programme PISA de comparaison des systèmes éducatifs nationaux, les résultats du système éducatif français sont décevants par rapport aux autres États membres de l'OCDE, en particulier par l'accroissement des inégalités depuis l'enquête PISA de 2003. Malgré les plans de prévention, l'illettrisme touche de personnes, soit 9 % de la population âgée de 18 à ayant été scolarisée en France. L'origine sociale des élèves influe considérablement sur leurs résultats scolaires. En CE2, les élèves issus du quart le plus pauvre obtiennent en 2019, une note moyenne de 57 sur 100 en français et 58 en mathématiques, contre respectivement 87 et 85 pour ceux issus du quart le plus riche. Les inégalités s'accentuent après le collège, avec un taux d'accès en seconde générale ou technologique deux fois plus élevé pour les élèves issus de milieux favorisés que pour les autres. La première évaluation du ministère de l'Éducation nationale a révélé que la « continuité pédagogique » pendant le verrouillage au milieu de la pandémie de COVID-19 était positif. Selon l'enquête, sept enseignants sur dix et huit parents sur dix ont été jugés satisfaits. Santé et protection sociale Protection sociale Depuis sa création en 1945, la Sécurité sociale est au cœur du système de protection sociale français, bien que l'État, les collectivités territoriales et les mutuelles aient également un rôle important. Le maintien des régimes de protection sociale dont disposaient certaines professions avant 1945 explique la grande complexité du système, qui ne compte pas moins de 120 régimes de base et régimes complémentaires. Le régime général de la Sécurité sociale, qui compte de loin le plus grand nombre d'affiliés, est divisé en quatre branches correspondant aux quatre risques majeurs, la maladie, les accidents du travail et maladies professionnelles, les risques liés à la vieillesse et la famille. Si cette protection sociale ne concernait dans un premier temps que les personnes actives, elle s'est peu à peu étendue à toute la population active comme inactive dans beaucoup de domaines, par exemple, lors de la création de la couverture maladie universelle (CMU) en 1999. En outre, à la fin des années 1990, six millions de personnes dépendaient des minima sociaux. Les prestations sociales sont principalement financées par les cotisations sociales versées par les actifs (65,5 % du total en 2005), mais aussi par l'État et les collectivités territoriales. En 2005, les dépenses de protection sociale représentaient près de 30 % du PIB et plus de 45 % du revenu disponible ajusté des ménages. Malgré les efforts menés par les gouvernements successifs pour maîtriser les dépenses sociales, celles-ci augmentent rapidement, du fait notamment de l'augmentation des dépenses de santé des ménages et du vieillissement de la population . Santé Le système de santé français est en grande partie financé par la branche maladie de la Sécurité sociale. Le nombre de médecins pour était de 3,22 en 2008, un des taux les plus élevés au monde. Les Français bénéficient également d'une des espérances de vie les plus longues du monde, même si le taux de mortalité prématurée (avant ) est élevé. Les dépenses de santé par habitant étaient de par an en 2008, ce qui place la France au-dessus de ses grands voisins européens, mais en dessous de la Suisse, de la Norvège, du Danemark, du Luxembourg, et des États-Unis. De 1950 à 2006, la dépense consacrée aux soins et aux biens médicaux est passée de 2,5 % à 8,8 % du PIB. Néanmoins, la santé des habitants de la France n'est pas optimale dans tous les domaines. Malgré la chute de la consommation de vin depuis les années 1960, les Français demeurent les seconds consommateurs d'alcool d'Europe occidentale, après les Irlandais. 29 % des 18- fumaient quotidiennement en 2005, malgré les intenses campagnes de lutte contre le tabagisme. Quant aux drogues illicites, la plus consommée est le cannabis : 39 % des hommes de 18 à en auraient consommé en 2005, selon l'Observatoire français des drogues et toxicomanies. Une étude de l'ANSES en 2020 révèle que . Toujours selon cette enquête, 5% des adultes en France ont une activité physique suffisante pour protéger leur santé : les femmes sont plus exposées que les hommes à un manque d’activité physique. Contrairement aux idées reçues, la France ne consomme pas significativement plus d'antidépresseurs que les autres pays, le taux de suicide n'y est pas non plus particulièrement plus élevé que dans les autres pays développés. Le taux de troubles de la santé mentale et l'abus de substances, bien qu'élevé, est comparable à celui des autres pays occidentaux. Médias En France, c'est la loi du 29 juillet 1881 qui a institué et en même temps encadré la liberté de la presse. L'agence France-Presse (AFP) créée en 1835 par Charles Havas, est l'une des trois grandes agences généralistes de presse mondiale, avec Reuters et Associated Press. Si les presses régionale, hebdomadaire et thématique se vendent bien en France, la presse quotidienne nationale d'information généraliste est peu diffusée hors de la capitale. Dès lors, les cinq principaux titres de cette catégorie (Le Figaro, Le Monde, Aujourd'hui en France, Libération et La Croix) ne vendent réunis que moins d'un million d'exemplaires chaque jour en 2010. Depuis 1981 et la légalisation des « radios libres », les stations de radio publiques gérées par Radio France sont concurrencées par des stations privées, souvent propriétés de grands groupes de médias. Dès lors, parmi les quatre premières stations de radio en audience cumulée en novembre-décembre 2009 (RTL, NRJ, France Inter et Europe 1), seule la troisième est publique. De même, depuis l'apparition de la première chaîne de télévision privée (Canal+) en 1984, plusieurs centaines de chaînes de télévision privées ont vu le jour, diffusées par le canal hertzien, par câble, par satellite ou plus récemment par la télévision numérique terrestre (TNT). Les trois principales chaînes sont TF1, France 2 et M6, seule France 2 appartient au groupe public France Télévisions. Quant à l'accès au réseau internet, il ne s'est vraiment démocratisé qu'au début des années 2000. En décembre 2018, la France comptait d'utilisateurs d'internet, soit une hausse de par rapport à décembre 2012. Entre 2002 et 2009, la France est passée de la à la dans le classement de la liberté de la presse dans le monde établi par Reporters sans frontières. En 2019, la France était remontée à la place sur 180. En juillet 2020, une plateforme unique pour toutes les radios publiques et privées a été créée en tant que service numérique commun. Il a réuni des succursales de plusieurs radios, dont Lagardère News, Radio France, les radios du Groupe M6 et Les Indés Radios, où les utilisateurs pouvaient écouter tous les programmes en un seul endroit sans aucun coût. Sport La France est caractérisée par une tradition sportive ancienne et une grande variété de disciplines pratiquées à haut niveau. Le pays a un rôle prépondérant dans l'organisation du sport moderne et son palmarès, depuis la fin du . Avec un total de 840 médailles remportées (716 en été et 124 en hiver), la France est la cinquième nation la plus récompensée de l'histoire des Jeux olympiques. L'escrime et le cyclisme sont les disciplines dans lesquelles la France est la plus titrée (respectivement 44 et 41 titres olympiques après les Jeux de Vancouver en 2010). Paris est la ville hôte des Jeux olympiques d'été en 1900 et en 1924 ; elle le sera pour une troisième fois en 2024. La France a également accueilli les Jeux olympiques d'hiver à trois reprises : Chamonix en 1924, Grenoble en 1968 et Albertville en 1992. Parmi ses autres distinctions notables, la France a remporté la Coupe du monde de football à deux reprises, la Coupe Davis à dix reprises ou encore le Tournoi des Six Nations à 25 reprises. D'après le ministère des Sports, en 2010, 69 % des personnes de plus de faisaient du sport au moins une fois par semaine en France. La marche, la natation et le vélo étaient les principales activités physiques déclarées. En 2016, l'ensemble des fédérations sportives françaises comptait ; 37,5 % d'entre eux étaient des filles. En 2017, les sports les plus pratiqués en France étaient : le football (, 5,7 % de filles), le tennis (, 29,1 % de filles), l'équitation (, 82,9 % de filles), le judo (, 26,7 % de filles), le basketball (, 36 % de filles), le handball (, 35,8 % de filles) et le golf (, 27,8 % de filles). Près de sept millions de Français pratiquent le ski chaque hiver, le plus souvent en dehors de toute organisation sportive. Le domaine skiable français était en 2015, le domaine le plus fréquenté du monde, devant ceux des États-Unis et de l'Autriche. En 2013, la dépense sportive nationale s'établissait à d'euros (la moitié étant à la charge de l'administration publique), soit 1,8 % du PIB. En 2015, le secteur sportif privé en France employait . Chaque année, le ministère des Sports délivre environ sportifs, dont près de . Le tournoi de tennis international de Roland-Garros, à Paris, et le Tour de France cycliste sont des événements annuels importants, tout comme peuvent l'être des événements ponctuels tels que l'Euro de football de 2016. La France s'intéresse également de plus en plus à l'e-sport. En 2016, le gouvernement Valls crée l'association France Esports. En 2018, de Français avaient déjà regardé au moins une compétition d'e-sport et y avaient déjà participé. Elle possède l'une des plus performantes structure e-sport d'Europe et du monde avec la Team Vitality. Outre les couleurs du drapeau, pour les fédérations sportives françaises, le coq est aussi utilisé comme symbole, mais ce n’est pas un symbole officiel. Sécurité et criminalité Engagement associatif, syndical et politique Si les taux de participation aux élections diminuent, la participation protestataire, en revanche, se développe. En 2008, 42 % des Français ont participé à une manifestation, contre 25 % en 1981. En comparaison des autres pays développés, la France est souvent vue comme un pays où les manifestations et les grèves sont fréquentes. Mais cette participation ponctuelle à des événements contestataires ne se traduit pas, tant s'en faut, par un engagement important dans les partis politiques. Quant au taux de syndicalisation (8 %), il est le plus faible des pays riches, même s'il est plus important dans le secteur public. En revanche, les Français sont très impliqués dans le milieu associatif : de bénévoles sont membres de plus d'un million d'associations, qui bénéficient du statut accordé par la loi du . Économie L'économie de la France est une économie sociale de marché fondée sur la propriété privée. Il y a une intervention étatique relativement forte depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, bien que celle-ci soit remise en cause depuis les années 1980. L'économie française est principalement tournée vers les services. Les prélèvements obligatoires représentent 46,2 % du PIB en 2017, soit le taux le plus élevé parmi les pays membres de l'OCDE, et les dépenses publiques totalisent 56,8 % du PIB en 2015, soit le deuxième taux le plus élevé de l'OCDE. Revenus de la population et développement humain En 2018, il y avait de millionnaires (en dollars américains) en France, soit 5 % des millionnaires dans le monde. Selon le magazine Forbes, il y avait, cette même année, 39 milliardaires en France, ce qui fait de la France le au monde avec le plus de milliardaires. En 2014, selon le World Inequality Database, en France, les 1 % les plus aisés captaient 10,8 % du revenu national avant impôt (ce chiffre était de 11,0 % en 2000, 11,5 % en 1960 et 20,1 % en 1920), les 10 % les plus aisés en captaient 32,6 % (ce chiffre était de 33,1 % en 2000, 37,7 % en 1960 et 47,3 % en 1920), les 50 % les plus pauvres en captaient 22,5 % (ce chiffre était 21,5 % en 2000, 18,6 % en 1960 et 14,6 % en 1920). Les inégalités de revenus en France au sont donc plus faibles qu'au et, sur le long terme, ont tendance à se réduire. Les revenus des Français et leur pouvoir d'achat ont augmenté durant l'ensemble du et des années 2000, mais de façon inégale au sein de la population, ce qui a accru les inégalités économiques entre ménages. Depuis 2014, le pouvoir d'achat du revenu disponible des ménages augmente de manière continue en France, quoique relativement lentement : +1,2 % en 2014, +0,9 % en 2015, +1,8 % en 2016 et +1,3 % en 2017. En 2017, le taux d'épargne (en % du revenu disponible brut) était de 14,3 % et le taux d'épargne financière (en % du revenu disponible brut) était de 4,4 %. En France, le salaire mensuel net moyen s'élevait en 2015 à . En 2016, selon l'INSEE, le salaire mensuel net médian était de et le revenu disponible brut par habitant était de (+1 % par rapport à 2008). En 2015, le revenu disponible moyen des ménages était de et le revenu disponible médian des ménages était de . En France, à métier, entreprise et fonction équivalentes, l'écart salarial entre femmes et hommes est de 2,7 %. En 2015, en France métropolitaine, le niveau de vie médian de la population s'élève à annuels, soit un niveau légèrement plus élevé qu'en 2014 en euros constants. Le seuil de pauvreté monétaire, qui correspond à 60 % du niveau de vie médian de la population, s'établit à mensuels ; 14,2 % de la population vit sous ce seuil de pauvreté, un des niveaux les plus bas de l'Union européenne. Les chômeurs ont le plus fort taux de pauvreté (37,3 %). De 1970 à 1990, le taux de pauvreté s'est fortement réduit (-) sous l'effet notamment de l'amélioration de la situation relative des retraités, dont le taux de pauvreté a diminué de plus de moitié grâce à l'amélioration de leur retraite et au minimum vieillesse. Depuis 1996, les évolutions du taux de pauvreté sont de moindre amplitude. Ce taux a diminué de 1,9 point entre 1996 et 2004, est remonté entre 2004 et 2011 (+1,8 point), notamment du fait de la crise de 2008, et depuis évolue peu. En 2017, selon les Nations unies, l'indice de développement humain (IDH) de la France était de 0,901, la plaçant au du classement mondial de l'IDH. À titre de comparaison, en 1990, l'IDH de la France s'élevait à 0,779. Selon la Banque mondiale, le PIB par habitant en dollars courant de la France s'élevait à en 2017, soit le par habitant le plus élevé au monde. L'indice de Gini, qui mesure les inégalités, était calculé à 32,7 pour la France en 2015. Au premier trimestre 2012, l'INSEE dénombrait en France. En outre, n'ont pas de domicile personnel. Emploi Si la France a connu durant les Trente Glorieuses une situation proche du plein emploi , elle fait face depuis la fin des années 1970 à une situation de chômage élevé, malgré des fluctuations qui ont fait espérer le retour du plein emploi. Le chômage touche particulièrement les jeunes, les moins diplômés et les étrangers. Les chômeurs de longue durée représentent un tiers de l'ensemble des chômeurs et sont ceux pour qui la réinsertion est souvent la plus difficile. Selon l'Insee, le taux de chômage français s'est établi en août 2019 à 8,5 % (son niveau le plus bas depuis 2009). Au deuxième trimestre de 2019, le taux de chômage longue durée était de 3,2 %. Selon l'économiste Éric Heyer, il y aurait eu non pourvus en France en 2017. En moyenne, en 2017, de personnes de 15 à en France (hors Mayotte) étaient actives, soit 71,5 % de cette tranche d'âge. Parmi elles, avaient un emploi et étaient au chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) ; étaient inactives, c'est-à-dire ne travaillaient pas et ne recherchaient pas activement un emploi ou ne sont pas disponibles pour en occuper un. En 2017, le taux d'emploi en France était de 64,7 % et le taux d'activité était de 71,5 %. En 2017 comme en 2016, 18,8 % des personnes ayant un emploi travaillaient à temps partiel. À la fin de l'année 2017, le secteur privé en France employait de salariés (+1,3 % par rapport à l'année 2016). Les salariés représentaient 88,4 % des actifs occupés en France en 2017 : 84,6 % sont en contrat à durée indéterminée (CDI) ou fonctionnaires, 10,8 % en contrat à durée déterminée (CDD), 3,0 % en intérim et 1,6 % en apprentissage. En 2017, les professions intermédiaires et les cadres représentaient 43,7 % des actifs occupés, proportion en légère hausse sur un an. La part des ouvriers, qui avait baissé, de façon quasi ininterrompue, de près de depuis le début des années 1980, a augmenté légèrement en 2017 (+ 0,5 point, à 20,8 %) ; celle des employés (27,2 %) a reculé légèrement (– 0,2 point), dans la lignée du repli observé depuis une dizaine d'années. Les ouvriers et employés non qualifiés représentaient en 2017, un actif occupé sur cinq. En 2017, de personnes travaillaient dans la fonction publique en France. 62,5 % des personnes travaillant dans la fonction publique sont des femmes et 37,5 % sont des hommes. Les statuts dans la fonction publique sont variés, il y a 67,8 % de fonctionnaires, 17,9 % de contractuels, 5,5 % de militaires et 2,5 % de contrats aidés (les 6,3 % restant ont un autre statut). En 2017, en France, selon l'OCDE, le temps de travail hebdomadaire moyen des hommes était de 38,4 heures (soit un chiffre en légère baisse depuis les années 1980, il était de 40,1 heures en 1983) et celui des femmes était de 33,8 heures (également en légère baisse depuis les années 1980, il était de 35,5 heures en 1983). En moyenne, les Français ont travaillé 36,1 heures par semaine en 2017, un chiffre extrêmement stable depuis 1996 (il faut remonter à 1995 pour avoir un temps de travail hebdomadaire moyen supérieur à 37,0 heures). Principaux secteurs d'activité L'économie française est largement tournée vers le secteur des services. Selon le World Factbook de la CIA, en 2017, les services composaient 78,8 % du PIB de la France, l'industrie 19,5 % et l'agriculture 1,7 %. Selon l'INSEE, en 2018, 76,1 % de la population en emploi travaillait dans le secteur tertiaire, 13,3 % dans le secteur de l'industrie, 6,7 % dans le secteur de la construction et 2,5 % dans le secteur de l'agriculture. Par branche d'activité, la production en euros courants en 2018 en France était, selon l'INSEE, de milliards d'euros pour les services marchands ( milliards d'euros en valeur ajoutée), milliards d'euros pour l'industrie manufacturière ( milliards d'euros en valeur ajoutée), milliards d'euros pour les services non marchands ( milliards d'euros en valeur ajoutée), milliards d'euros pour la construction ( milliards d'euros en valeur ajoutée) et milliards d'euros pour l'agriculture ( milliards d'euros en valeur ajoutée). Agriculture et agroalimentaire La France a connu, comme d'autres pays industrialisés, des phénomènes d'exode rural et de chute de l'emploi agricole, même si ce dernier reste proportionnellement plus important que dans les autres pays d'Europe occidentale. L'agriculture française a été considérablement modernisée et mécanisée dans la seconde moitié du , notamment au moyen de la politique agricole commune (PAC). La spécialisation régionale de la France par type de production s'accentue, et certaines appellations d'origine de produits agricoles (transformés ou non) sont préservées grâce au système AOC, qui prend en considération un terroir, c'est-à-dire un savoir-faire agricole populaire et historique attaché à un territoire. La France se tourne progressivement vers l'agriculture biologique depuis la fin du . Le label Agriculture biologique est créée en 1985 ; depuis 2009, il est aligné sur les critères du label bio de l'Union européenne. La France comptait exploitations agricoles sur son territoire métropolitain en 2013. Elle en comptait 1,02 million en 1988. La superficie moyenne des exploitations agricoles est de . Le nombre d'exploitations d'agriculture biologique était de en 2013. En 2015, il y avait agricoles en France (-8 % par rapport à 2010). L'âge moyen des chefs d'exploitation, coexploitants et associés est de . 30 % des actifs permanents agricoles sont des femmes. La production agricole française se chiffre pour l'année 2017 à d'euros en incluant les services et les subventions sur les produits, soit 3,5 % du PIB français, contre quelque 7 % en 1980. La France a dégagé en 2016, un excédent commercial agroalimentaire (produits bruts et transformés) de d'euros. L'agriculture française est généreusement soutenue par l'Union européenne. Elle a bénéficié en 2015 de d'euros de financement de la part de la PAC, soit 21 % de son budget total. La France est le premier producteur agricole de l'Union européenne : elle représentait, en 2016, 17 % de la production totale de l'UE. La France est le premier producteur européen de viande bovine, d'œufs, de surimi, de céréales et de sucre de betteraves. Elle est le sixième producteur mondial de beurre et le premier exportateur mondial de pommes de terre. Elle est également le deuxième producteur mondial de vin, le deuxième producteur européen de lait et le troisième producteur européen de fruits et de légumes. Selon l'ONUAA (données 2018), la France est le producteur mondial d'abricots, le producteur mondial d'artichauts, le producteur mondial de blé, le producteur mondial de céréales mélangées, le producteur mondial de céréales entières, le producteur mondial de champignons et truffes, le producteur mondial de chanvre, le producteur mondial de fibres de chanvre, le producteur mondial de choux-fleurs et brocolis, le producteur mondial de colza, le producteur mondial d'épinards, le producteur mondial de fèves sèches, le producteur mondial de fruits à noyau, le producteur mondial de graines de lin, le producteur mondial de graines de tournesol, le producteur mondial de haricots verts, le producteur mondial de kiwis, le producteur mondial de fibres et étoupes de lin, le producteur mondial de maïs frais, le producteur mondial de moutarde, le producteur mondial de myrtilles, le producteur mondial de noisettes, le producteur mondial de noix, le producteur mondial d'oeuillettes, le producteur mondial d'orge, le producteur mondial de poireaux, le producteur mondial de pois frais, le producteur mondial de pois secs, le producteur mondial de pommes, le producteur mondial de pommes de terre, le producteur mondial de racines de chicorée, le producteur mondial de raisins, le producteur mondial de sarrasin, le producteur mondial de betteraves à sucre et le producteur mondial de triticales. Les émissions de gaz à effet de serre par l'agriculture française ont significativement diminué au cours des dernières années, passant de équivalent en 1995 à équivalent en 2016, soit une baisse d'environ 10 %. Tourisme Grâce à la richesse de ses paysages naturels et de son patrimoine culturel, la France est le pays le plus visité au monde par les touristes étrangers avec près de de visites en 2018. Près de des touristes internationaux venant en France sont en provenance d'Europe. Les recettes liées au tourisme international en France s'élèvent pour l'année 2017 à milliards de dollars US. Ainsi, la France est le deuxième pays aux recettes touristiques les plus élevées, derrière les États-Unis et devant l'Espagne et la Thaïlande. En 2015, la consommation touristique intérieure s'élève à d'euros, soit 7,2 % du PIB de la France. En 2017, Paris est la la plus visitée au monde, avec de touristes internationaux ; elle est devancée par Londres ( de touristes) et Bangkok ( de touristes). Cependant, si l'on considère Paris en tant qu'agglomération (comme c'est le cas pour Londres et Bangkok dans le classement car, dans leurs cas, la ville-centre se confond avec l'agglomération contrairement à Paris), le nombre de touristes internationaux monte à . Le musée du Louvre est le musée le plus visité au monde ( de visiteurs en 2018) et Notre-Dame de Paris est le monument le plus visité d'Europe ( de visiteurs en 2018). Les motifs de ce tourisme sont variés : il s'agit tout à la fois d'un tourisme culturel (notamment à Paris), balnéaire (notamment sur la Côte d'Azur), naturel, d'affaires (Paris est la première destination mondiale pour ce type de tourisme), de loisirs (Disneyland Paris est de loin le parc d'attractions le plus fréquenté d'Europe) et de sports d'hiver (dans les Alpes du Nord notamment). Les sites touristiques payants les plus fréquentés sont, dans leur majorité, situés en Île-de-France (Disneyland Paris, musée du Louvre, tour Eiffel, château de Versailles…) ; quelques sites de région attirent également de nombreux touristes, comme les châteaux de la Loire, le mont Saint-Michel, Rocamadour, le château du Haut-Kœnigsbourg, le musée Unterlinden de Colmar, le centre Pompidou-Metz ou le parc du Futuroscope. Commerce et artisanat Depuis les années 1970, le secteur du commerce a été bouleversé par l'irruption de la grande distribution, qui représente les deux tiers des dépenses alimentaires des Français en 2008. Par conséquent, de nombreux petits commerces ont disparu, même si l'on assiste en 2009 à une timide reprise, notamment dans les centres-villes. La puissance de quelques grandes entreprises de la grande distribution leur permet d'imposer, dans une certaine mesure, des prix bas aux producteurs. Malgré la concurrence des entreprises industrielles, l'artisanat de son côté est parvenu à conserver une place importante dans l'économie française. Industrie La France est la quatrième puissance industrielle mondiale. Malgré la tertiarisation de l'économie française, les entreprises industrielles représentaient 12,6 % du PIB et 96,5 % des exportations françaises en 2014. Son industrie est caractérisée par des évolutions contrastées : à côté d'industries modernes et dynamiques, qui font de la France un des leaders mondiaux dans de nombreux domaines (automobile, aéronautique, aérospatiale, agroalimentaire, électronique, nucléaire civil, pharmacie, cosmétique, luxe…), de nombreuses industries traditionnelles (mines, textile, bois, chaussure, construction navale, sidérurgie…) voient leurs effectifs et leurs chiffres d'affaires chuter, obligeant des régions entières (Nord-Pas-de-Calais et Lorraine notamment) à une douloureuse reconversion. À la décentralisation industrielle des années 1960, qui a permis le développement de nombreuses villes de l'ouest et du sud du pays, a succédé une période de croissance faible de la production industrielle, qui s'explique parfois par des délocalisations vers des pays à la main-d'œuvre peu onéreuse. Même si la production se fait de plus en plus souvent à l'étranger, les entreprises françaises restent prédominantes dans de nombreux domaines, certaines occupent la première place du marché mondial dans leur domaine (par exemple L'Oréal dans les cosmétiques ou Michelin dans les pneumatiques). En 2018, françaises figurent dans le classement Global 500 du magazine Fortune, ainsi la France est le cinquième pays avec le plus d'entreprises dans le classement, derrière les États-Unis, la Chine, l'Allemagne et le Japon. Les six entreprises françaises figurant dans le top 100 sont Axa (rang 27), Total (rang 28), BNP Paribas (rang 44), Carrefour (rang 68), Crédit agricole (rang 82) et EDF (rang 94). L'industrie française de l'armement représente en 2013. Elle couvre un large spectre avec notamment la construction navale (Naval Group), l'aviation militaire (Dassault Aviation, Airbus, Safran) et les systèmes d'armement (MBDA, Thales), la fabrication de véhicules blindés (Nexter, Arquus). L'ensemble du complexe militaro-industriel est coordonné par la direction générale de l'Armement (DGA). La France est en outre un acteur mondial majeur dans le secteur de la défense : les exportations d'armement de la France atteignaient d'euros en 2015 et plus de d'euros en 2016. Énergie Après la disparition complète de la production française de charbon en 2005, le pétrole, le gaz et surtout l'électricité sont les principales énergies consommées en France. Si la France ne produit plus de pétrole brut que de façon marginale, les treize raffineries implantées sur le territoire permettent de satisfaire plus de 90 % de la demande nationale. Le groupe français Total, qui possède des concessions dans le monde entier, est la sixième entreprise mondiale et la cinquième du secteur. La part du gaz dans la consommation énergétique française a fortement augmenté depuis les années 1970, mais il s'agit à 97 % de gaz importé, notamment de Russie, d'Algérie et de la mer du Nord. En revanche, la France produit plus d'électricité qu'elle n'en consomme, notamment grâce à 56 réacteurs nucléaires en 2021 (le second parc mondial après le parc américain) qui produisaient en 2013 près de 74 % de l'électricité du pays, permettant à l'électricité française d'être très peu carbonée, mais dont le bilan environnemental est l'objet de débats. La France possède la plus puissante centrale nucléaire d'Europe à Gravelines, exploitée par EDF. Quant aux énergies renouvelables, leur part dans la production électrique française augmente et représente en 2019 17,2 % de la consommation finale brute d'énergie, en grande partie grâce à l'hydroélectrique. Une nation avec un programme spatial autonome dans un cadre européen Outre l'aviation civile, le général de Gaulle fait de l'espace une priorité nationale pour préserver l'indépendance de la France. La plus importante agence spatiale en Europe, le CNES est créé en 1961, et permet à la France de devenir en 1965, la troisième nation, après l'Union soviétique (Spoutnik 1, 1957) et les États-Unis (Explorer 1, 1958), à envoyer un satellite dans l'espace par ses propres moyens ; la fusée Diamant A envoie le satellite Astérix A1 depuis la base d'Hammaguir (Algérie). En 1973, la France propose aux pays européens un lanceur commun, Ariane, exploité par l'Agence spatiale européenne depuis 1975 depuis le sol français, au Centre Spatial Guyanais. Le programme continue depuis et constitue un important succès technologique et commercial. En 2011, le lanceur russe Soyouz décolle pour la première fois du sol français, marquant le début d'une collaboration très poussée avec le secteur spatial russe. Enfin, la France participe au projet Galiléo est le système européen de positionnement par satellite visant à concurrencer le système américain GPS, ainsi qu'à diverses sondes d'exploration interplanétaires (Rosetta, BepiColombo, Mars Express, etc.). Recherche La France consacre une part moyennement élevée de son PIB à la recherche et développement (2,02 % en 2009), mais ces dépenses sont davantage financées par le secteur public (41 % en 2008) et consacrées à la recherche fondamentale que dans les autres pays de l'Union européenne et a fortiori de l'OCDE. Si la recherche française est à l'origine de nombreuses découvertes et a été récompensée à de multiples reprises (voir infra), le nombre de brevets déposés par des entreprises françaises est relativement faible, d'autant que les relations entre les entreprises privées et la recherche publique sont souvent jugées médiocres. En 2015, environ travaillaient en France, dont en entreprise et dans la fonction publique. Ces derniers sont regroupés dans des universités ou dans des établissements publics comme le CNRS (généraliste), le CEA (nucléaire), l'INRIA (informatique et mathématiques appliquées), l'INRA (agronomie). Parmi ces établissements, le LETI se positionne comme l'un des principaux laboratoires en microélectronique et nanotechnologies dans le monde, jouxtant le complexe Minatec, principal centre de recherche en Europe sur les nanotechnologies. La France accueille par ailleurs sur son territoire de grands instruments de recherche internationaux comme l'European Synchrotron Radiation Facility, l'Institut Laue-Langevin ou l'Institut de radioastronomie millimétrique et demeure un acteur majeur du CERN. Depuis 2002, la plupart de ces centres de recherche sont organisés en réseaux avec des universités et des entreprises, pour former des pôles de compétitivité (71 en 2007). Finance et assurance Le secteur bancaire français a longtemps été caractérisé par sa faible concentration, par la ferme réglementation qui l'encadrait et par la part importante du secteur public, mais cette situation a changé au cours des années 1990 et 2000. Les banques françaises BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole se placent respectivement aux quatrième, neuvième et dixième places mondiales du secteur en 2009. Le secteur des assurances occupe également une place importante dans l'économie française, Axa étant la première compagnie d'assurance européenne. La bourse de Paris, filiale d'Euronext depuis 2000, est le marché officiel des actions en France. L'indice CAC 40 est un indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière flottante qui reflète la performance des 40 actions les plus importantes et les plus activement échangées cotées sur Euronext Paris. Au 30 septembre 2020, la capitalisation boursière totale des composantes du CAC 40 était de milliards d'euros. La capitalisation boursière médiane des composantes de l'indice était de milliards d'euros, et LVMH, Sanofi et Total étaient les trois plus grosses entreprises de l'indice. Place de la France dans l'économie mondiale En 2018, selon le FMI, le PIB nominal de la France s'élevait à de dollars ; selon ce critère, la France est la mondiale. Selon le Crédit suisse, la France disposait en 2018 d'une estimée à de dollars, faisant de la France le la plus riche du monde et le plus riche d'Europe selon ce critère. D'après le publié par le Forum économique mondial, la France est la (sur 140) économie la plus compétitive du monde (gain d'une place par rapport à l'année 2017). Le rapport salue la qualité des infrastructures françaises et le haut niveau de santé publique, mais il reproche à la France son nombre trop important de régulations, les faibles compétences numériques de sa main d'œuvre, le nombre trop faible d'enseignants à l'école, le nombre trop élevé de barrières non-tarifaires, le manque de flexibilité de son marché du travail et le niveau trop élevé d'imposition. Dans le 2019 Index of Economic Freedom de l'Heritage Foundation, qui mesure le degré de liberté économique de chaque pays dans le monde, la France n'obtient que la place (sur classés) à cause du niveau élevé de ses dépenses publiques, des régulations rigides de son marché du travail et de son important taux de prélèvements obligatoires. L'économie française est fortement extravertie, notamment vis-à-vis de ses partenaires européens (65 % des exportations françaises). Cette situation est en partie liée à l'épuisement ou à l'insuffisance des ressources minières et énergétiques du pays, qui l'obligent à importer, et à la taille relativement réduite de ce pays. Mais elle s'explique également par l'importance des exportations. Selon l'OMC, en 2017, la France est le exportateur ( de dollars d'exportations) et le importateur ( de dollars d'importations) mondial de marchandises. En ce qui concerne les services, elle en est le exportateur ( de dollars d'exportations) et importateur ( de dollars d'importations) mondial. Néanmoins, le commerce extérieur de la France connaît d'importantes difficultés. Depuis 2004, la France connaît un déficit de sa balance commerciale, de plus en plus creusé ( de dollars en 2009), une situation qui s'explique en partie par le niveau élevé de l'euro face au dollar. Entre 1990 et 2006, la part de marché mondiale de la France dans les exportations de marchandises est passée de 6,3 à 4,1 % ; la France n'est plus en 2009 que le cinquième importateur et le sixième exportateur mondial. Selon Eurostat, cette dégradation du commerce extérieur français serait en partie due à une augmentation des coûts salariaux horaires. Le solde commercial continue d'être déficitaire en 2017 : le solde des biens et services enregistre un déficit de 38,3 Md€ (26,8 Md€ en 2016). Cette dégradation reflète principalement la dynamique de la demande intérieure française portée par la reprise de la consommation des ménages et de l'investissement des entreprises qui ont soutenu les importations de biens : +6,8 % à 535,5 Md€ après +0,1 % en 2016. Par ailleurs, la facture énergétique (39 Md€) s'alourdit en 2017 et pèse fortement sur la balance commerciale, équivalant à 63 % du déficit total. Culture Au fil du temps, la France a été un lieu pour le développement des arts et de la culture. Des nombreux artistes français importants, ainsi que des immigrés, ont trouvé refuge dans le pays ; ils participent à la reconnaissance en Occident et dans le monde entier de sa riche tradition culturelle. La création du ministère de la Culture en 1959 a aidé à préserver le patrimoine culturel du pays et à le rendre accessible au public. Le ministère de la Culture a été très actif dans l'octroi de subventions aux artistes, la promotion de la culture française dans le monde, le soutien aux festivals et événements culturels, la protection des monuments historiques. Le Gouvernement a également réussi à maintenir une exception culturelle pour défendre le cinéma français. Avec près de de visiteurs en 2018, la France est la première destination touristique dans le monde, en grande partie grâce aux nombreux établissements culturels et bâtiments historiques implantés sur tout le territoire. Elle compte accueillant plus de de personnes chaque année. Les sites culturels les plus importants sont gérés par le Gouvernement, par exemple, par l'intermédiaire du Centre des monuments nationaux, qui est responsable d'environ 85 monuments historiques nationaux. Architecture La France possède un patrimoine architectural riche, témoin d'une longue histoire et de la rencontre de différents traits civilisationnels. Les protégés au titre des monuments historiques comprennent principalement des résidences (nombreux châteaux) et des édifices religieux (cathédrales, basiliques, églises), mais aussi des monuments et des jardins. Inscrits sur la liste du patrimoine mondial L'UNESCO a inscrit 44 sites en France sur la liste du patrimoine mondial. Sur les 845 biens culturels inscrits sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO en , 39 sont français, ce qui fait de la France, avec l'Allemagne, le quatrième pays du monde en nombre de sites culturels bénéficiant de la reconnaissance mondiale. Le patrimoine architectural français inscrit sur la liste du patrimoine mondial comporte à la fois des édifices d'architecture religieuse (l'abbaye de Fontenay par exemple), civile (les châteaux de la Loire), industrielle (la saline royale d'Arc-et-Senans), militaire (les sites majeurs fortifiés par Vauban) et urbaine (la place Stanislas de Nancy, le centre historique de Strasbourg). Il comporte des exemples d'architecture de toutes les époques, de l'architecture romaine (le pont du Gard) à l'architecture d'après-guerre (le centre reconstruit du Havre), en passant par des chefs-d'œuvre de l'architecture romane (l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe), gothique (la cathédrale de Chartres) et classique (le canal du Midi). Bâtiments d'intérêt historique En France, depuis 1840, les bâtiments d'intérêt historique, architectural, patrimonial ou culturel peuvent être inscrits ou classés au titre des monuments historiques par l'État, de même que certains biens mobiliers (cloches), ce qui leur assure une protection juridique, ainsi que des aides à la restauration et à l'entretien. Au , la France comptait inscrits ou classés. D'importants architectes français ont façonné le patrimoine architectural, en France et en Europe, à toutes les époques, avec des figures telles que Montreuil au Moyen Âge, Lescot, Delorme et Androuet du Cerceau à la Renaissance, Mansart, Le Vau, Hardouin-Mansart, Gabriel et Ledoux aux époques classique et néoclassique, Viollet-le-Duc, Garnier et Eiffel au , Auguste Perret, Le Corbusier et Jean Nouvel à l'époque contemporaine. Arts visuels et plastiques Si des productions artistiques sont attestées dans l'espace correspondant à la France actuelle dès la Préhistoire, on ne peut parler d'« art français » avant le début du de notre ère, à l'époque où un État et une nation commencent à se former. À partir de cette époque, les Beaux-Arts français vont être en grande partie similaires à ceux du reste de l'Europe occidentale, voyant se succéder un art roman aux et un art gothique du ; la célébration de la puissance de la monarchie française, d'un (A. Chastel) et la représentation du sacré font partie des thèmes privilégiés d'un art principalement commandé par le pouvoir politique ou religieux. La Renaissance et le développement du classicisme au puis du néoclassicisme au sont l'expression à la fois d'une recherche de l'ordre et de l'apparat et d'influences antiques et italiennes ; c'est également à l'époque moderne qu'émergent des figures individuelles d'artistes, telles les peintres Fouquet, Poussin, La Tour, le Lorrain, Watteau, Boucher, Chardin, Fragonard, Greuze, David, Gros et Ingres, ou les sculpteurs Goujon, Girardon, Coysevox, Puget et Houdon. Aux , la France joue un rôle majeur dans les grands courants et révolutions artistiques occidentaux : le romantisme (Delacroix et Géricault), le réalisme (Courbet), l'impressionnisme (Monet, Renoir, Manet, Degas) et le néo-impressionnisme (Seurat, Van Gogh, Cézanne, Gauguin), le fauvisme (Matisse, Derain, Vlaminck), le cubisme (Braque, Picasso, Léger) ou encore le surréalisme (Duchamp) comptent des artistes français parmi leurs principaux représentants. Rodin, de son côté, révolutionne la sculpture à la fin du . Littérature et poésie Les lettres françaises comptent de nombreuses figures qui à toutes les époques ont contribué à la réputation culturelle du pays. Il serait vain de tenter d'en faire la liste, mais il est possible de citer, concernant le Moyen Âge les poètes Chrétien de Troyes et Villon ; au , le romancier Rabelais, l'essayiste Montaigne et les poètes Du Bellay et Ronsard marquent la Renaissance. Au , les dramaturges Corneille, Racine et Molière, le poète Boileau, le fabuliste La Fontaine et le philosophe Pascal s'attachent à maintenir ou rétablir l'ordre par la raison ; au , les auteurs des Lumières Voltaire, Diderot, Montesquieu et Rousseau, les romanciers Prévost, Laclos et Sade et les dramaturges Marivaux et Beaumarchais fustigent la société de leur époque tout en abordant des sujets jusque-là prohibés. Au , le roman connaît un apogée avec Stendhal, Balzac, Hugo, Dumas, Flaubert et Zola, mais les autres genres ne sont pas en reste, comme le montrent le mémorialiste Chateaubriand et les poètes Lamartine, Musset, Baudelaire, Vigny, Rimbaud et Mallarmé ; aussi les théoriciens Comte et Durkheim. Le marqué les problématiques qui ont suivi les productions contemporaines ; on peut citer les poètes Apollinaire, Éluard, Aragon, Char et Prévert ; les romanciers et essayistes Proust, Gide, Céline, Sartre, Beauvoir, Yourcenar, Duras, Saint-Exupéry, Vian, Camus, Duras, Sagan, Gracq, Sarraute, Deleuze, Derrida, Foucault, Guattari, Bourdieu, Ricœur, Lacan et Lévi-Strauss ; aussi les dramaturges Giraudoux, Cocteau et Ionesco. Au , des noms émergent, dont ceux de J.M.G. Le Clézio, Patrick Modiano, Virginie Despentes, Jacques Rancière, Alain Badiou, Didi-Huberman, Michel Houellebecq, Erik Orsenna, Éric-Emmanuel Schmitt, Pascal Quignard, Pierre Michon, Christine Angot, ou Eliette Abecassis. À ce jour, la France est le pays qui possède le plus de prix Nobel de littérature, avec quinze lauréats. La France est le publiant le plus de livres au monde derrière la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni. Ainsi, en 2015, nouveaux livres ont été édités en France. Arts du spectacle Depuis une loi de 1999, la catégorie administrative de « spectacle vivant » a été inventée pour regrouper tous les spectacles publics se définissant par « la présence physique d'au moins un artiste du spectacle percevant une rémunération lors de la représentation en public d'une œuvre de l'esprit », c'est-à-dire les arts académiques du théâtre, de la danse, de la musique orchestrale et de l'opéra, avec des arts populaires comme le cirque, les arts de la rue, les arts de la marionnette, le théâtre musical, le spectacle de rue et la musique instrumentale. Théâtre Les premiers vestiges du théâtre sur le territoire français actuel datent de la culture grecque antique. Il se développe ensuite dans toute la Gaule durant la période romaine, si bien qu'on retrouve nombre d'édifices de cette époque encore aujourd'hui. Il prend ensuite différentes formes au fil des époques. Au Moyen Âge, les drames liturgiques constituent le genre le plus populaire. Le genre s'enrichit davantage à la Renaissance : farces, comme Pathelin (1485) ; tragédies et comédies, avec des dramaturges humanistes comme Étienne Jodelle, Jacques Grevin ou Robert Garnier ; ou encore Commedia dell'arte, importée par des comédiens italiens. François Hédelin et Pierre Corneille met profondes réformes au métier, qui fait il s'impose du baroque au mouvement du classicisme dans le , puis Molière et Jean Racine, entre autres, s'achèvera à la fondation de la Comédie-Française en 1680, la plus ancienne compagnie au monde aujourd'hui en fonctions. L'apparition du théâtre néo-classique des Lumières, supposera une époque des grandes changes au , dominé par Regnard, Marivaux et Beaumarchais, l'affaire du Mariage de Figaro (1778) qui annonce l'avenir de la Révolution française, par exemple. Le ouvrage de François-Joseph Talma marque un début au ; le théâtre romantique est codifié par Victor Hugo dans la préface de Cromwell (1827), et son développement met diverses confrontations entre ses contemporains, Musset et Vigny, particulièrement à la Bataille d'Hernani. En contestation, il assimile les courants du réalisme avec Eugène Scribe et du naturalisme avec Émile Zola, qui vaut déclencher profondes réflexions au sujet de l'art dramatique, inspirant le travail de importantes figures telles que Chekhov, Ibsen et Stanislavski. En réponse, le symbolisme fait son apparition, avec Paul Fort, Lugné-Poe et Maeterlinck. Le début du et les apports d'Alfred Jarry, sont propices à des grands changements et réflexions sur le sujet. Le théâtre de l'absurde refuse les explications simples et abandonne des personnages trop traditionnels, son auteur le plus connu est Eugène Ionesco ; le théâtre d'avant-garde a été profondément marqué par le dadaïsme et le surréalisme, la technique s'accordant particulièrement bien au théâtre, notamment chez Antonin Artaud et Guillaume Apollinaire, cernait les routes du théâtre expérimental, la performance et beaucoup des mouvements et expressions de l'art contemporain. D'autres expériences de théâtre impliquaient la décentralisation, le théâtre régional, le « théâtre populaire » (destiné à amener la classe ouvrière au théâtre). Le Festival d'Avignon a été créé en 1947 par Jean Vilar, qui a également joué un rôle important dans la création du Théâtre national populaire. Après mai 1968, une grande partie de la création théâtrale provint des MJC, instaurées par André Malraux un peu partout en France ; parmi les principales figures théâtrales contemporaines, on compte Jacques Lecoq, Ariane Mnouchkine, Bernard-Marie Koltès, Jean-Luc Lagarce, Claude Régy, Christian Siméon ou encore Florian Zeller. La France s'exprime lors d'événements prestigieux tels que le grand prix de littérature dramatique, le prix SACD et la cérémonie des Molières, qui constitue la plus importante remise de prix pour le théâtre en France. Danse La danse est un vecteur majeur de la culture française, particulièrement la danse classique ou ballet, mais également les danses de cour à la Renaissance. Thoinot Arbeau publie en 1589, le traité le plus complet des danses pratiquées au , l'Orchésographie, manuel pédagogique de danse et méthode de tambour. Au , le développement de la danse classique part des premiers ballets de cour organisés par Balthazar de Beaujoyeulx en commande de Catherine de Médicis, par exemple le Ballet des Polonais et le Ballet comique de la reine. La danse conquiert alors la cour de Louis XIV qui fonde l'Académie royale de danse en 1661. Héritière de cette institution, la compagnie du ballet de l'Opéra national de Paris, la plus ancienne au monde, est considérée comme une des meilleures. Pierre Beauchamp codifie les cinq positions classiques et met au point un système de notation de la danse, favorisant ainsi le développement de la danse baroque qui s'intègre aux représentations des tragédies lyriques, des opéra-ballets de Lully et Rameau, et des comédies-ballets de Pierre Corneille et de Molière. Au , Jean-Georges Noverre continue cette codification avec ses Lettres sur la danse, texte fondateur pour le nouveau ballet d'action (ou ballet-pantomime). À cette époque, les femmes, encombrées par les paniers, corsets, perruques et talons hauts, ne jouent qu'un rôle secondaire. Le tout premier ballet d'action du répertoire est le Don Juan de Gluck, écrit selon les indications de Noverre. Cette œuvre majeure est l'ancêtre direct des grands ballets romantiques du . Auguste Vestris développe une méthode dont se sont inspirés Marius Petipa ou Auguste Bournonville. Avec les apports de François Delsarte et Émile Jaques-Dalcroze, des grandes figures comme Isadora Duncan, Loïe Fuller et Rudolf Laban définissent des principes de danse moderne qui, au cours du , sont développés par Martha Graham, Merce Cunningham, Pina Bausch et Alwin Nikolais et le Centre national de danse contemporaine. La pratique de la danse en France est régulée par la Fédération française de danse, divisés en des danses de spectacle (le ballet, le cancan, la danse contemporaine...), de société (traditionnelle, la quadrille...) et de compétition (sportives, acrobatiques). Musique Musique savante Partagée au Moyen Âge entre deux voies différentes, l'art polyphonique (ars antiqua, ars nova) ancré sur le chant grégorien et l'art du chant profane monodique des troubadours et des trouvères, la musique française connaît un rayonnement certain en Europe. La période baroque est également très importante dans la France des , avec des compositeurs comme Lully, Charpentier, Rameau, Couperin. Romantisme et période moderne voient également de grands compositeurs comme Berlioz, Chopin, Gounod et Bizet au , ou Ravel, Fauré, Debussy au . La période contemporaine peut être représentée entre autres par Olivier Messiaen, Pierre Henry, Henri Dutilleux et plus récemment par Pierre Boulez, Iannis Xenakis, Jean-Claude Risset, François Bayle, Philippe Hersant ou encore Betsy Jolas. Chanson populaire et variétés La chanson française avant le était souvent représentée par des chantres de villages ou des chanteurs de cabaret qui ont connu un certain succès jusqu'au début du , comme Mistinguett. Le développement de la musique en France a réellement commencé pendant l'entre-deux-guerres, notamment avec Jean Sablon, Charles Trénet, Édith Piaf ou encore Mireille, permettant au music-hall de se développer, avec des artistes comme Joséphine Baker et Maurice Chevalier. Des maisons de disques sont créées, et la chanson prend alors une vraie place dans la société et la culture française : alors que dans les années 1930 les ventes de disques étaient infimes (moins de 3 millions de disques par an), le marché explose à partir des années 1960 (25 millions de disques vendus par an), atteignant les 150 millions de disques vendus par an à la fin des années 1970. La musique dite « populaire » prend son essor, mêlant des genres propres à la France, comme la chanson française, à des genres importés, comme le rock, la pop ou le rap. Au début des années 2000, la variété française demeure toujours présente, tandis que le rap poursuit son ascension. Cependant, la crise du disque commence à se faire ressentir : les ventes de disques s'effondrent d'année en année, passant de 165 millions en 2002 à seulement 30 millions en 2018, à cause notamment du téléchargement illégal et de l'arrivée du streaming. Parmi les chanteurs français les plus connus et ceux qui ont vendu le plus de disques, on peut noter : Tino Rossi, dont la chanson Petit papa Noël demeure le titre le plus vendu en France. Édith Piaf, chanteuse française la plus connue à l'étranger, notamment grâce à sa chanson La Vie en rose. Charles Aznavour, auteur-compositeur-interprète franco-arménien de renommée internationale. Serge Gainsbourg, auteur-compositeur-interprète qui a souvent joué avec la langue française et marqué le public par ses multiples provocations. Dalida, chanteuse au destin tragique ayant embrassé plusieurs styles musicaux, tels que le twist, le raï et le disco. Johnny Hallyday, chanteur et rocker devenu une véritable icône. Il demeure le plus gros vendeur de disques français. Claude François, dont la chanson Comme d'habitude est devenue un standard international sous le titre My Way. Michel Sardou, chanteur populaire et engagé, devenu le deuxième plus gros vendeur de disques en France. Jean-Jacques Goldman, auteur-compositeur-interprète ayant signé de nombreux succès pour lui et pour d'autres artistes. Mylène Farmer, auteure-compositrice-interprète qui révolutionne la chanson française à travers ses clips et ses concerts spectaculaires. MC Solaar, pionnier du rap français. Cinéma Le cinéma, inventé en 1895 à Lyon par les frères Lumière, reste une activité importante en France, malgré la concurrence hollywoodienne, et au monde entier. En 2005, la France est le sixième producteur mondial et le premier producteur européen de longs-métrages. Cette vitalité est soutenue par la politique d'exception culturelle de la France, qui se manifeste, par exemple, par l'imposition de quotas de films français diffusés à la télévision. Elle s'exprime lors d'événements prestigieux tels que les César, les Prix Lumières, et le Festival international du film, organisé chaque année à Cannes, qui est l'événement culturel le plus médiatisé au monde. Existant depuis une centaine d'années, le cinéma français se révèle très riche quant à la diversité de ses réalisateurs (Georges Méliès, Jean-Luc Godard, Luc Besson...) de ses acteurs (Jean Marais, Louis de Funès, Gérard Depardieu, Audrey Tautou...) et des films qu'il a produits (Les Misérables, La Grande Vadrouille, Emmanuelle, Le Grand Bleu, Intouchables...). Cependant, depuis les années 1980, une grande partie de la production est plus spécifiquement tournée vers les comédies (Le Dîner de cons, Les Visiteurs, Bienvenue chez les Ch'tis...) et les films d'auteurs (La Haine, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, The Artist...). Lors de la crise sanitaire en France, l'État a fait le plan de relance de 2 milliards d'euros pour soutenir les secteurs culturels. Le 28 août 2020, le Premier ministre Jean Castex a annoncé que 165 millions d'euros seraient utilisés pour soutenir la création cinématographique du planifié de 2 milliards d'euros. Par ailleurs, 432 millions d'euros ont déjà été alloués pour aider le secteur du spectacle vivant. Mode La mode est une industrie importante en France depuis le , et c'est encore aujourd'hui un vecteur majeur de la culture française à l'étranger. En ce début de , Paris se revendique comme la capitale mondiale de la mode, (de même que Londres, Milan et New York) et accueille les sièges de maisons de mode de premier plan. C'est durant le règne de Louis XIV, quand les industries de biens de luxe ont été mises sous le contrôle du roi, que la France a acquis une place prépondérante dans la mode. La cour royale française s'est alors progressivement érigée en arbitre du goût et du style en Europe, au . Dans les années 1860-1960 les grandes maisons de couture ont insufflé une dynamique nouvelle. L'expression « haute couture » est originaire de Paris et date des années 1860. C'est un nom protégé par la loi, qui garantit certaines normes de qualité et une exclusivité. Dans les années 1960, la haute couture, considérée comme trop élitiste, subit les critiques de la culture de la jeunesse. En 1966, le couturier Yves Saint Laurent rompt avec les normes établies par le lancement d'un prêt-à-porter, inaugurant l'expansion de la mode française dans la fabrication de masse. Dans les années 1970 et 1980, Sonia Rykiel, Thierry Mugler, Claude Montana, Jean-Paul Gaultier et Christian Lacroix établissent de nouvelles tendances, en mettant l'accent sur le marketing et la fabrication. Dans les années 1990, se constituent des conglomérats regroupant de nombreuses maisons de couture françaises, avec notamment les géants du luxe LVMH, Kering et L'Oréal. Au début des années 2020, le secteur de la parfumerie française, industrialisé au tout début du par François Coty, reste leader mondial. Gastronomie La cuisine française jouit d'une très grande renommée, notamment grâce à ses productions agricoles de qualité : nombreux vins (champagne, vins de Bordeaux, de Bourgogne ou d'Alsace) et fromages (roquefort, camembert), et grâce à la haute gastronomie qu'elle pratique depuis le . La cuisine française est extrêmement variée. Elle est essentiellement constituée de spécialités régionales, comme la choucroute alsacienne, la quiche lorraine, les rillettes du Mans, le bœuf bourguignon, le foie gras périgourdin, le cassoulet languedocien, la tapenade provençale ou les quenelles lyonnaises. On peut tracer de véritables frontières culinaires, entre un nord utilisant le beurre et l'échalote et un sud leur préférant l'huile et l'ail, et entre des régions à la cuisine terrienne (le Périgord par exemple) et d'autres à la cuisine résolument tournée vers la mer (la Provence). Néanmoins, ces différences ont tendance à s'estomper aujourd'hui, en raison de la jonction des modes de vie et de l'essor discuté de la malbouffe ainsi que d'une mode de la cuisine mondialisée. En plus de sa forte tradition viticole, la France est également un important producteur de bière. Les trois principales régions brassicoles françaises sont l'Alsace (60 % de la production nationale), le Nord-Pas-de-Calais et la Lorraine. Le repas gastronomique des Français a été inscrit en 2010 à la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. Il se compose généralement d'une entrée, d'un plat garni et d'un dessert (parfois complété par du fromage, servi avant). Le soir, l'entrée est souvent remplacée par un potage ou une soupe (d'où l'appellation de « souper » pour ce repas). Le repas dominical est plus élaboré : deux entrées (une froide, une chaude), rôti de bœuf ou volaille (le plus couramment), salade, plateau de fromages et dessert. Les heures de repas vont de midi (Nord et Est), à (la moyenne), dans le Sud ; le soir, de (Flandres) à (moyenne) et (Sud). Philosophie et science La France est depuis le Moyen Âge un foyer de connaissances et de découvertes majeur. L'université de Paris, créée en 1200, a été dès son origine et jusqu'à l'époque contemporaine l'une des plus importantes d'Occident. Au , René Descartes définit une méthode pour l'acquisition d'un savoir scientifique, tandis que Blaise Pascal resta célèbre pour son travail sur les probabilités et la mécanique des fluides. Le fut marqué par les travaux du biologiste Buffon et du chimiste Lavoisier, qui découvrit le rôle de l'oxygène dans la combustion, tandis que Diderot et D'Alembert publiaient l'Encyclopédie. Au , Augustin Fresnel fut le fondateur de l'optique moderne, Sadi Carnot posa les bases de la thermodynamique, et Louis Pasteur fut un pionnier de la microbiologie. Au , on peut citer le mathématicien et physicien Henri Poincaré, les physiciens Henri Becquerel, Pierre et Marie Curie (elle-même d'origine polonaise), restés célèbres pour leurs travaux sur la radioactivité, le physicien Paul Langevin ou encore le virologue Luc Montagnier, codécouvreur du virus du sida. En 2018, avec 62 prix Nobel remportés, la France est le le plus récompensé, derrière l'Allemagne (83 prix), le Royaume-Uni (113 prix) et les États-Unis (376 prix). Dans le domaine des mathématiques, les mathématiciens français ont remporté 4 prix Abel et 12 médailles Fields, faisant de la France la la plus primée pour ces deux récompenses. Influence internationale Depuis le Moyen Âge, la France joue un rôle majeur dans l'histoire artistique, culturelle, intellectuelle et politique du monde. En particulier, beaucoup de ses anciennes colonies utilisent encore aujourd'hui sa langue, son droit, ses institutions politiques ou encore son système fiscal. La politique culturelle est depuis le milieu du un aspect majeur de la politique étrangère de la France. L'influence culturelle mondiale de la France passe notamment par le français, langue de l'élite européenne et de la diplomatie jusqu'au début du . La France est le deuxième pays francophone du monde, après la république démocratique du Congo, mais premier en nombre de locuteurs. Le français, parlé par quelque de locuteurs dans le monde, est une des deux langues de travail de l'Organisation des Nations unies et de ses agences, une des trois principales langues de travail de la Commission européenne et de l'Union africaine. La France est un membre fondateur de l'Organisation internationale de la francophonie, qui regroupe en 2011 et promeut la langue française, ainsi que les valeurs démocratiques et les droits de l'homme. La présence culturelle de la France à l'étranger est entretenue non seulement par ses représentations diplomatiques, mais aussi par le réseau étendu de l'Alliance française et par les plus de 400 établissements scolaires français à l'étranger. De plus, la France est à l'origine de la création de médias à vocation internationale, tels que la radio RFI ou les chaînes de télévision TV5 Monde (commune à plusieurs pays) et France 24. Codes pays La France a pour codes : LF, selon la liste des préfixes des codes OACI des aéroports ; F, selon la Liste des codes internationaux des plaques minéralogiques ; F, pour l'Immatriculation des aéronefs ; F, selon la liste des préfixes UIT FR, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code alpha-2 ; FRA, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code alpha-3 ; FRA, selon la liste des codes pays du CIO ; .fr, selon la liste des Internet TLD () ; FR, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, code alpha-2 ; FRA, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, code alpha-3. Notes et références Notes Références Site de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) Autres Annexes Bibliographie Liens externes Site officiel du tourisme français Le tourisme sur le portail de la Direction chargée du tourisme au ministère de l'Artisanat, du Commerce et du Tourisme Site de l'Institut national de la statistique et des études économiques PIB par habitant ($ US courants), sur le site donnees.banquemondiale.org Site de l'Agence de développement touristique de la France Base de données mise en forme du FMI
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Franche-Comt%C3%A9
Franche-Comté
La Franche-Comté (prononcé ) est une région culturelle et historique de l'Est de la France métropolitaine qui correspond approximativement à l'ancienne Séquanie, puis l'ancien comté de Bourgogne (aussi appelée Franche Comté de Bourgogne). Son histoire est, à l'instar de ses voisines Lorraine et Alsace, très liée au monde germanique à travers le Saint-Empire romain germanique, dont elle a fait partie durant près de . Elle y était intégrée au sein du Cercle de Bourgogne (Burgundischer Reichskreis). Située au cœur de l'Europe élargie, la Franche-Comté est frontalière avec la Suisse et très proche de l'Allemagne, vers laquelle la trouée de Belfort amène directement, ce qui a de très longue date permis des liens directs entre monde germain à l'Est et Royaume de France à l'ouest. La Franche-Comté a pour capitale Besançon, qui est aussi la ville la plus importante de la région. Ses habitants sont appelés les Francs-Comtois et les Franc-Comtoises. Le terme Comtois est également utilisé, comme dans la devise régionale Comtois, rends-toi ! Nenni ma foi ! ou pour désigner des symboles de la région tels que le cheval comtois, le clocher comtois ou l'horloge comtoise. Le partage du royaume de Bourgogne, à la suite du traité de Verdun de 843, aboutit progressivement à la création de la Franche Comté de Bourgogne en 986. Passée par mariage à la maison de Valois puis à la maison de Habsbourg (Saint-Empire romain germanique), elle devint brièvement possession du roi d'Espagne tout en restant dans le Saint-Empire germanique, avant d'être annexée par la France en 1678 par le traité de Nimègue. Elle fut placée sous administration du parlement de Besançon. Cette unité historique, marquée par l'autonomie importante dont a bénéficié la région (notamment sous les Habsbourg), explique aujourd'hui la forte identité de la Franche-Comté. En 1790, l'ancienne province de Franche-Comté est divisée en trois départements : le Doubs, le Jura et la Haute-Saône. Le territoire de l'ancienne principauté de Montbéliard, qui faisait alors partie du Haut-Rhin, est rattaché au département du Doubs en 1816. En 1960, le Territoire de Belfort est rattaché à la circonscription d'action régionale de Franche-Comté : il correspond à la partie de l'Alsace restée française après la défaite de 1871 et devenue département en 1922. En 1986, les quatre départements sont réunis au sein d'une même collectivité territoriale décentralisée : la région Franche-Comté, avec pour préfecture Besançon. La région Franche-Comté a fusionné avec la région Bourgogne le pour former la région Bourgogne-Franche-Comté. Toponymie Le nom de la région vient de l'expression franche comté de Bourgogne, dans laquelle comté est féminin en ancien français (la région Bourgogne d'avant 2016 correspond plus ou moins géographiquement à l'ancien duché de Bourgogne). Le nom de Franche-Comté n'apparut officiellement qu'en 1478 ; auparavant, on parlait de la comté de Bourgogne. La tradition rapporte que le comte de Bourgogne Renaud III (1126-1148) aurait refusé de prêter l’hommage à l’empereur germanique Conrad III (1093-1152), ce qui lui aurait valu le surnom de « Franc-Comte », lequel serait peut-être à l’origine du nom Franche-Comté. Cependant, l'historien Auguste Castan montre qu'il faut attendre 1366 pour qu’un document officiel mentionne cette dénomination, qui plus est sous la forme « France-Comté », un terme utilisé pour la première fois par la comtesse Marguerite III de Flandre. Au , les actes officiels étaient signés dans les Flandres, où le « c » se prononçait « ch », ce qui expliquerait alors la genèse du terme « Franche-Comté ». Une autre origine est peut-être le fait que la région était une terre franche, c'est-à-dire exempte de taxes douanières envers l'Empire germanique, après qu'elle y a été rattachée en 1026. Aujourd'hui, le nom commun « comté » est masculin, mais on dit toujours la Franche-Comté ou, en abrégé, la Comté. Géographie Situation La Franche-Comté est une région culturelle et historique de la région Bourgogne-Franche-Comté dont elle occupe la partie est. Elle est constituée de trois territoires qui ont fusionné au cours de l'histoire : le comté de Bourgogne (Franche-Comté « historique »), le pays de Montbéliard (la principauté de Montbéliard) et une partie de l'Alsace historique (Territoire de Belfort). De par sa position au centre de l'Europe, et à l'est de la France, la Franche-Comté est un passage obligé des mouvements à la fois humains et économiques. En effet, la région, qui dispose d'une frontière longue de avec la Suisse, est aussi très proche de deux grands pays européens : l'Allemagne et l'Italie. Topographie Le territoire franc-comtois offre une grande variété d'ensembles topographiques et de paysages naturels. L'est de la région est montagneux. Il abrite le massif du Jura pour l'essentiel, en bordure avec la Suisse, et une petite partie de celui des Vosges sur sa pointe nord (une partie du Ballon d'Alsace se trouve en Franche-Comté). En allant vers l'ouest, le relief s'atténue par étages formant deux plateaux menant aux vallées du Doubs puis de la Saône. Les trois principaux sommets sont le Crêt Pela à dans le Jura, le mont d'Or culminant à dans le département du Doubs et le Ballon d'Alsace culminant à dans le Territoire de Belfort. Les sommets les plus élevés du massif du Jura se situent en Suisse ou dans l'Ain. Géologie Le nord-est de la région est marqué par la chaîne hercynienne des Vosges et toute la partie nord est occupée par des plaines épivarisques où le sous-sol est riche en argile et en grès. La partie sud-est est marqué par le des plaines et des plateaux datés du Jurassique riches en grès, marne irisée, dolomies et gypse. Des dépressions du Tertiaire et du Quaternaire marquent la partie centre-ouest de la région et la partie est du Territoire de Belfort. Plusieurs ressources y sont exploitées par l'Homme. Du sel est extrait dans un bassin salifère qui s'étend sous le département du Jura, du Doubs et de la Haute-Saône. Des mines métalliques sont exploitées dans les quatre départements. Enfin, la région repose sur trois gisements de houille : le bassin houiller du Jura au sud et les bassins houillers keupériens et stéphanien sous-vosgien au nord ; qui sont restés en grande partie inexploités. Des mines voient le jour en Haute-Saône, dans le Doubs et dans le Territoire de Belfort entre le et le , les plus importantes étant les houillères de Ronchamp. Le sous-sol de la Haute-Saône recèle également un gisement de schiste bitumineux de Haute-Saône daté du Toarcien. Hydrographie La région possède de cours d'eau dont où la pêche est possible et de voies navigables. Les principales rivières de la région sont la Saône, l'Ain, la Cuisance, le Doubs, la Loue, l'Ognon, la Bienne, la Valouse, le Suran, la Seille, le Hérisson, la Savoureuse, l'Autruche, l'Allaine ou l'Allan (en France), le Lison. On y dénombre pas moins de quatre-vingts lacs, comme le lac des Rousses, lac de Chalain, lac du Vernois, lac de Lamoura, lac de Vesoul-Vaivre, lac de Saint-Point ( grand lac naturel de France), lac de Remoray, lac de Bonlieu, lac de Narlay et le fameux lac de Vouglans qui est la troisième retenue artificielle française avec 605 millions de mètres cubes. Dans les Vosges saônoises se trouve le Plateau des Mille étangs. Environnement et écologie Sur 43 % de son territoire régional, soit , on trouve des grandes forêts de hêtres, de chênes et de sapins dont certains peuvent se dresser jusqu'à . L'épicéa commun et le sapin blanc sont les arbres emblématiques du massif du Jura et leurs massifs résineux en font la plus grande sapinière européenne. Avec plus de de forêt, elle est la plus grande sapinière d'Europe, et possède aussi la seconde forêt de feuillus de France sur , la forêt de Chaux. Deux grands types d'écosystèmes dominent en Franche-Comté : forestiers et aquatiques (lacs/étangs/tourbières), qui offrent un refuge à une biodiversité élevée, dont de nombreux oiseaux, cerfs, sangliers, écureuils, chats sauvages. Le Grand Tétras, le milan royal, le lynx et enfin le retour du chamois sont emblématiques de la protection et de la restauration des habitats naturels dans la région. Certaines parties du territoire sont parfois confrontées au pullulement de campagnols des champs. La fragmentation forestière et le morcellement écologique des milieux y sont moindres que dans d'autres régions, mais y existent. La Franche-Comté est majoritairement une région de collines et de plateaux avec peu de secteurs vraiment plats en dehors de la vallée de la Saône ou de la plaine doloise et peu de secteurs vraiment accidentés en dehors des grands versants forestiers des Vosges, des sommets bien marqués du Haut-jura ou des gorges du Doubs et de la Loue. L'occupation humaine et l'exploitation des sols ont, comme partout, contribué à façonner ces paysages : prés-bois du Jura, habitat dispersé des mille étangs, habitat bien groupé de la plaine de Gray ou des plateaux calcaires de Vesoul... Les conseils d'Architecture d'Urbanisme et de l'Environnement de Haute-Saône, du Doubs et du Jura ont recensé, pour ces 3 départements, les différentes unités paysagères en s'inspirant de la méthode préconisée par le Ministère de l'Equipement (méthode pour des atlas de paysages - DAUE 1994) et le travail de l'Observatoire photographique du paysage du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement. Les unités paysagères correspondent à des entités géographiques cohérentes prenant en compte différentes réalités du paysage et notamment l’ensemble des caractères de relief, d’hydrographie et d’occupation du sol. Ce travail a abouti à l'identification de 27 unités paysagères et même 139 sous-unités. La Franche-Comté est par ailleurs composée de 15 régions naturelles : les pays de Besançon, Gray, Vesoul, Lure, Belfort, Montbéliard, Dole, les Vosges saônoises, les Vignobles du Jura, les Lacs et la Petite montagne (partiellement), le Revermont (partiellement), la Bresse (partiellement), le Pays horloger, le Haut-Doubs et le Haut-Jura. Axes de communication et transports En raison de sa situation géographique au cœur de l'Europe, sur l'axe Rhin-Rhône, de sa position frontalière avec la Suisse et de sa proximité avec deux grands pays européens, l'Allemagne et l'Italie, la Franche-Comté est une région de passage. Son réseau routier est assez développé, l'A36 (la Comtoise) est sur l'axe reliant l'Allemagne et l'Alsace avec Lyon et plus loin Marseille. Cette autoroute dessert Belfort, Montbéliard, Besançon et Dole, les villes les plus importantes de la région. L'A39 relie Dijon à Bourg-en-Bresse via Lons-le-Saunier. Des routes départementales maillent l'ensemble du territoire comtois. La Franche-Comté est couverte par le réseau ferré TER Bourgogne-Franche-Comté. Le réseau ferré est également structuré suivant un axe comparable (ligne Mulhouse - Dijon ou Strasbourg - Lyon). Le reste du territoire bénéficie d'une offre de transport en commun plus faible ou parfois inexistante. Avec l'arrivée en 2011 de la LGV Rhin-Rhône en Franche-Comté, deux nouvelles gares ont été construites dans la région, la gare de Besançon Franche-Comté TGV et la gare de Belfort - Montbéliard TGV. La mise en service de la première phase de la branche Est de la LGV Rhin-Rhône en 2011 a permis de raccourcir significativement les temps de parcours. La durée du trajet entre Belfort et Paris (gare de Lyon) est ainsi passée de à , entre Besançon et Paris de à , entre Besançon et Lyon de à et entre Besançon et Strasbourg, de à . Dans le même temps, les liaisons entre Besançon et Belfort ont également été raccourcies, passant d’un trajet de à . En tout, ce sont six gares qui sont desservies par le TGV dans la région. Le réseau fluvial est lui aussi orienté sur un axe comparable (du nord-est à l'ouest de la région) avec le canal Rhin-Rhône. La région est desservie par le seul aéroport de Dole-Jura, qui accueille plus de par an. L'absence de grande structures aéroportuaires s'explique par la concurrence avec le TGV pour le trafic national et par la proximité d'aéroports internationaux, aisément accessibles depuis la région. En effet, le nord de la région jouit de la proximité de l'aéroport international de Bâle-Mulhouse-Fribourg, situé à environ 65 kilomètres de Belfort, tandis que le sud de la région bénéfice de la proximité de l'aéroport international de Genève, qui n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres de Morez. Histoire Habité au paléolithique inférieur, le territoire de l'actuelle Franche-Comté fut relativement uni dès l'Antiquité. À l'origine territoire des Séquanes, il passa sous domination romaine après la chute de Vercingétorix. Occupé brièvement par les Burgondes après les Grandes invasions, il fut annexé par les Francs en 534. Après la mort de Charlemagne, il changea plusieurs fois de souverain, faisant partie, selon l'époque, du royaume de Bourgogne, du Saint-Empire romain germanique, des États Bourguignons ou du royaume de France, il fut une possession des rois d'Espagne de la maison de Habsbourg. Les terres bourguignonnes (à l'exception de l'actuel pays de Montbéliard) sont regroupées par Otte-Guillaume de Bourgogne qui devient le premier comte de Bourgogne vers 981. C'est l'acte de naissance de la Franche-Comté mais ce n'est qu'en 1678 par le traité de Nimègue que la Franche-Comté devient définitivement française, après une première tentative d'annexion, menée par Louis XIII, la terrible « guerre de Dix Ans » (1635-1644), au cours de laquelle périrent plus de la moitié des Comtois de l'époque. Préhistoire, Protohistoire et Antiquité Des signes d'occupation humaine datant d'environ ont été retrouvés dans la vallée supérieure de la Saône, le versant sud des Vosges, la Trouée de Belfort, la bordure occidentale et les premiers plateaux du Jura. Ces hommes taillaient des pierres, confectionnaient des armes en silex ou en os et vivaient dans des cavernes. Une dent d'enfant datant de a également été découverte à Vergranne, près de Baume-les-Dames. Ces découvertes attestent de la présence de l'Homme sur le territoire de l'actuelle Franche-Comté au paléolithique inférieur. Moyen Âge Les guerres au Moyen âge en Franche Comté. L'éphémère réunion au royaume de France À sa mort, Charles le Téméraire ne laisse qu’une fille : Marie de Bourgogne âgée de vingt ans. Cette dernière devient donc, en partie, l’héritière du puissant État bourguignon. Son père lui lègue un État qui s’étend sur les Pays-Bas et les deux Bourgognes (duché et comté) mais un État en guerre et surtout un territoire sans unité. Le roi de France Louis XI prononce la réunion du duché au royaume, dont il était un apanage réservé aux héritiers mâles, et profite de l’occasion pour occuper les deux Bourgognes. Il propose aussi le mariage de Marie de Bourgogne avec son fils le dauphin Charles. Mais Marie refuse de s’unir avec le fils du plus grand ennemi de son père et de treize ans plus jeune qu'elle. Elle préfère un mari plus puissant : Maximilien d’Autriche héritier des États des Habsbourg et futur empereur romain germanique. Par cette union célébrée le 19 août 1477, Marie trouve un bon protecteur pour ses États. Mais Louis XI n’entend pas abandonner ses conquêtes si facilement. Il annexe d’abord légalement le duché de Bourgogne car c’était un apanage royal et il ne pouvait être transmis aux femmes ; il revenait donc tout naturellement à la couronne de France. Cependant, il n’a pas de droit sur la Franche-Comté, fief d'Empire. Suivis par le peuple, les nobles comtois se soulèvent : les troupes royales sont contraintes de repasser la Saône. Furieux, Louis XI repasse à l'attaque. Il incendie Dole. D'autres villes comtoises subissent le même sort et près de cent châteaux sont rasés. En 1482, Marie de Bourgogne décède dans un accident de chasse. Elle laisse pour ses États (Comté de Bourgogne et Pays-Bas) deux héritiers: son fils Philippe le Beau, qui devait hériter de l’empire des Habsbourg et sa fille Marguerite. Pour mieux assurer son dessein, Louis XI obtient l’union entre son fils, le futur roi Charles VIII et la jeune Marguerite. La promesse de mariage est entérinée par le traité d'Arras qui donne une Franche-Comté vaincue à la France. Mais, après la mort de son père, Charles VIII préfère épouser Anne de Bretagne l’héritière du duché du même nom (1491). Outré par cet affront fait à sa fille, alors âgée de 11 ans, Maximilien de Habsbourg, que ce mariage prive de la Bretagne qu'il convoitait en projetant d'épouser Anne, entreprend de reconquérir la Franche-Comté. Charles VIII qui a alors des ambitions en Italie laisse faire. Il accepte même d'abandonner le comté par le traité de Senlis signé en 1493. De fait, les troupes royales sont chassées du sol comtois par les milices de Salins et d'Arbois notamment. La province en sort renforcée. Ancien régime Rattachée au royaume de France par le Traité de Nimègue en 1678, la Franche-Comté devint vis-à-vis de l'administration fiscale une « province réputée étrangère ». Pays de production de sel et de tabac, elle forma une plaque tournante de la contrebande de nombreuses denrées et marchandises entre l'Alsace, la Suisse et l'intérieur du royaume. Premier Empire À la chute du Premier Empire, la Franche-Comté est érigée, avec le département des Vosges les principautés de Montbéliard et de Porrentruy, en État tampon : l'État de Franche-Comté. Dirigé par le baron d'Andlaw, un Badois, ancien officier dans l'armée française, ce petit État fut brièvement créé (du 27 janvier au 6 juin 1814), par les troupes coalisées et avait pour capitale Vesoul. et De 1941 à 1946 et de 1956 à 2015, la région Franche-Comté fut une région administrative française composée des quatre départements du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort. Au la région administrative Franche-Comté fusionne avec la région administrative Bourgogne pour devenir la nouvelle région administrative Bourgogne-Franche-Comté. Population et société Démographie La Franche-Comté est divisée en quatre départements, le Doubs étant le plus peuplé et le Territoire de Belfort le plus dense. La population totale de ces quatre départements était de en 2019. La croissance démographique est d'environ 0,20 % par an entre 1990 et 1999 et 0,45 % par an entre 1999 et 2009. D'un point de vue démographique, la Franche-Comté est relativement concentrée, qui comprend d'un côté des hauts plateaux et des bassins relativement « vides » parsemés de quelques villages et petites villes clairsemés, de l'autre côté, de grands bassins démographiques. Au nord, les aires d'attraction de Belfort et de Montbéliard totalisent , et l'aire d'attraction de Besançon , ce qui représente en tout la moitié de la population régionale. Besançon est la première agglomération franc-comtoise, par ses , suivie de Montbéliard () et de Belfort (). Le tableau ci-dessous liste les principales villes de la région en 2018, classées par défaut en fonction de la population de leur aire d'attraction. Immigration En 1999, la Franche-Comté comptait où 1/3 étaient français par acquisition. 5,9 % de la population franc-comtoise est immigrée contre 7,4 % au niveau national. Bien que la part des immigrés soit stable depuis 1975 en France métropolitaine, elle a diminué de 1,4 point dans la région. Bien que le Territoire de Belfort soit le département le moins peuplé, il reste néanmoins le seul où la moyenne d'immigrés est comparable à celle de la France. Les immigrés sont surtout présents dans les grandes villes telles Besançon, Belfort et Montbéliard. Les 5 pays d'origine les plus représentés sont le Maroc (15,7 %), l'Algérie (14,1 %), le Portugal (13,9 %), l'Italie (12 %) et la Turquie (10,6 %). Ils représentent à eux seuls près des 2/3 des immigrés francs-comtois. On décèle aussi une importante proportion d'immigrés originaires de l'ex-Yougoslavie : 4,8 % alors qu'ils ne sont que 1,7 % au niveau national. Les premières vagues d'immigration, au début du , sont d'origine européenne : les Italiens seraient les premiers à arriver dans la région dès les années 1920, puis arrivent les Polonais. Les Portugais sont arrivés plus tardivement, dès la fin des années 1950 seulement, mais leur nombre augmente nettement jusqu'aux années 1970. Les Maghrébins sont arrivés à fin de la Seconde Guerre mondiale, composés quasiment que d'Algériens ; les Marocains n'arrivent qu'en petit nombre, cela jusqu'en 1969 où on enregistre cette année plus d'arrivées marocaines que d'algériennes. L'immigration maghrébine n'a ensuite cessé de diminuer. Les Turcs ont maintenu leurs arrivées soutenues dès les années 1970 jusqu'au début des années 1980. Entre 1975 et 1999, la population immigrée a diminué de 14 % alors que la population franc-comtoise progressait de 5,7 %. Ainsi, le nombre d'immigrés est de 5,9 %, alors qu'il était de 7,3 % avant. Éducation étaient scolarisés en Franche-Comté à la rentrée 2018. La région possède un potentiel dans le secteur de la recherche. On trouve à Besançon l'École nationale supérieure de mécanique et des microtechniques (ENSMM) ou encore l'UTBM, l'Université de technologie de Belfort-Montbéliard à Belfort et à Montbéliard. L'université de Franche-Comté est principalement située à Besançon. Elle compte répartis sur six unités de formation et de recherche (UFR), dont cinq à Besançon et un à Belfort et Montbéliard, deux instituts universitaires de technologie (IUT) (Besançon-Vesoul et Belfort-Montbéliard), ingénieurs à l'ENSMM et à l'UTBM. Sports La Région possède l'Académie de Football de Besançon, destinée aux jeunes joueurs de 4 à , et labellisée par la Fédération française de football. Personnalités franc-comtoises Cadet Rousselle, Gustave Courbet, Victor Hugo, le Pape Calixte II, Louis Pasteur, Félix Gaffiot, Georges Cuvier, Tristan Bernard, Pierre Vernier, Nicolas Perrenot de Granvelle, Antoine Perrenot de Granvelle, Raymond Blanc, Rouget de Lisle, Claude-Nicolas Ledoux, Bernard Clavel, Jeanne-Antide Thouret. Louis et Auguste Lumière. Économie L'économie de la Franche-Comté est une économie très orientée vers les secteurs de l'industrie, le secteur industriel représentant le cinquième du produit intérieur brut (PIB) régional. La Franche-Comté compte sur son sol quelques grands fleurons de l'industrie française comme Peugeot et Alstom. La présence de ces établissements et sa spécialisation industrielle lui valent de bénéficier de trois pôles de compétitivité (microtechniques, véhicules du futur et plasturgie), dont deux sont partagés avec des régions voisines. Le taux de survie des entreprises de la région, cinq ans après leur création, est plus élevé que la moyenne française, et son taux de chômage, jusqu'à l'arrivée de la crise, était inférieur depuis plus de vingt ans au taux national. Sur le plan de la formation, la Franche-Comté compte une des trois universités technologiques de France ainsi que de nombreux étudiants en école d'ingénieurs, en synergie avec une forte présence de l'industrie dans le tissu économique local. En matière d'environnement, l'importance de l'industrie n'empêche pas la Franche-Comté de présenter l'image d'une région verte. Son taux de boisement de 44 % la place au deuxième rang des régions métropolitaines, derrière l'Aquitaine. Agriculture et agroalimentaire La production agricole s’appuie sur l’élevage bovin (montbéliarde) et la production de fromages (le comté, le mont d'Or, le morbier, le bleu de Gex, la cancoillotte). Parmi ces fromages, quatre sont des AOC. La culture de céréales (144 380 ha) et d’oléagineux (38 450 ha) est significative. La région possède également des vignobles qui produisent des vins d’exception. La Franche-Comté est la seule région viticole du monde à produire cinq sortes de vins bien distinctes : les rouges, les blancs, les rosés, les jaunes et les vins de paille. Industrie Le PIB par habitant en 2002 était de . En 2003, le PIB franc-comtois s'élevait à 25,6 milliards d'euros soit 1,6 % du PIB national. Le PIB de la région croît à un rythme moyen de 2 % par an. Le pôle urbain Belfort-Montbéliard est un pôle d'excellence véhicule du futur en lien avec la région Alsace. Il s'agit du centre industriel de la région Franche-Comté, essentiellement destiné à l'automobile et au TGV. Le site industriel Peugeot - Citroën Sochaux est le premier de France avec en septembre 2006. Il produit actuellement la Peugeot 308 II, la Peugeot 3008 et la nouvelle Peugeot 5008 ainsi que la Citroën DS5 depuis 2012. Il est aussi le premier employeur de la région. L'automobile se voit être le fleuron de l'industrie, Peugeot et ses autres filiales y représentent jusqu'à 10 % de la production de France. À Belfort se situent les usines Alstom spécialisées dans la production ferroviaire, notamment pour les TGV, ainsi que dans les alternateurs et turbines industriels, ainsi que General Electric (GE Energy Products Europe) pour les turbines à gaz. Alstom est également présent à Ornans, où l'usine du groupe conçoit et fabrique les moteurs de traction expédiés ensuite dans les autres sites, comme à Belfort ou Reichshoffen, où sont fabriqués les Régiolis. La ville de Besançon est un véritable centre pour les secteurs de la mécanique. Elle est un pôle d'excellence historique des microtechniques, du temps-fréquence et du génie biomédical, ainsi que le premier centre européen du découpage de haute précision. En juin 2005, la ville s'est vue décerner un label « pôle de compétitivité » national dans le domaine des microtechniques. Tourisme Durant la saison hivernale, les séjours se concentrent dans les massifs montagneux (stations des Rousses et de Métabief principalement). La place du ski alpin est assez réduite ; en revanche, le ski de fond est pratiqué en de nombreux endroits. Le marché de Noël de Montbéliard prend également une grande place touristique pendant le mois de décembre. L’été, la Franche-Comté offre aux amateurs de randonnées, de cyclisme sur route (notamment grâce au ballon d'Alsace) et de VTT de nombreuses activités. On pratique également la pêche au bord des rivières et des lacs de la région, ainsi que le tourisme fluvial dans la vallée de la Saône. L’hôtellerie de plein air concentre près de 40 % de ses nuitées dans le Pays des Lacs avec la présence de campings de taille relativement importante. Tous hébergements confondus, près des deux tiers de la consommation touristique est faite d'avril à septembre. Malgré la position frontalière de la région, la Franche-Comté accueille environ 1,7 % des séjours français, aussi bien pour les séjours courts que les longs. Sites et monuments Sites naturels Le Parc naturel régional des ballons des Vosges en Haute-Saône et Territoire de Belfort ; Le Ballon d'Alsace, d'altitude, sommet de la partie sud de la chaîne des Vosges. Il est situé aux confins de l'Alsace, de la Franche-Comté et de la Lorraine, au cœur du Parc naturel régional des Ballons des Vosges ; Le plateau des mille étangs dans les Vosges saônoises ; Le Parc naturel régional du Haut-Jura situé dans le sud-ouest du massif du Jura ; Les Cascades du Hérisson, les plus remarquables du Jura. Ces cascades sont particulièrement impressionnantes au moment de la fonte des neiges ou lorsqu'elles sont gelées lors des grands froids ; Le lac de Saint-Point aussi connu sous le nom de lac de Malbuisson, situé dans le Doubs. Il est l'un des plus grands lacs naturels de France. Le lac de Remoray, réserve naturelle, qui jouxte le lac Saint-Point ; Le lac de Vouglans, situé dans le département du Jura. Il est la troisième retenue artificielle française avec 620 millions de m³ après Serre-Ponçon qui est deux fois plus importante ( de m³) ; Le lac de Sainte-Croix ( de m³). Un barrage (voûté à double courbure) a été installé par EDF entre 1964 et 1969 ; La reculée de Baume-les-Messieurs ; La source de la Loue et la Source du Lison ; Le saut du Doubs ; Le Mont d'Or et d'autres sommets du massif du Jura ; Le Cirque de Consolation avec les sources du Dessoubre, du Tabourot et du Lançot (chute de ), la Roche-du-Prêtre, le parc de Consolation ; De nombreuses grottes : le gouffre de Poudrey (la plus vaste salle souterraine aménagée en France et qui compte parmi les dix plus importantes d'Europe) ; la grotte d'Osselle (son décor naturel, la variété de ses cristallisations et colorations, ses phénomènes géologiques et ses trésors historiques et préhistoriques en font une grotte classée parmi les plus étonnantes grottes mondiales ; c'est également la plus ancienne caverne touristique connue, avec celle d'Antyparos en Grèce) ; la grotte de la Glacière (unique en Europe, le seul lieu où l'on peut voir de la glace à d'altitude en été) ; la grotte des Moidons ; la grotte de Baume Les Messieurs ; la grotte des Planches ; la grotte Sainte-Anne,... Monuments Héritière d'une histoire mouvementée, la Franche-Comté conserve de nombreux monuments : Forts et fortifications sont très présents en Franche-Comté, région française frontalière. La citadelle de Besançon est l'une des plus belles citadelles fortifiées de Vauban et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il faut aussi mentionner le fort de Joux, le fort des Rousses, le château de Montbéliard ou les fortifications de Belfort et sa région ; La Saline royale d'Arc-et-Senans est une œuvre de l'architecte Claude Nicolas Ledoux. Elle avait pour but la production de sel à partir de la saumure provenant des Salines de Salins-les-Bains qui manquaient de bois. Les deux sites sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO ; Le Lion de Belfort est une sculpture de Frédéric Bartholdi. L'œuvre symbolise la résistance héroïque de Belfort face à l'armée prussienne en 1870-1871 ; La chapelle de Ronchamp construite au sommet de la colline de Bourlémont par l'architecte franco-suisse Le Corbusier et terminée en 1955, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO ; Le palais Granvelle ; De nombreux villages pittoresques. Patrimoine culturel Langues La Franche-Comté est composée historiquement de deux aires linguistiques. Franc-comtois Le franc-comtois est une langue romane appartenant à la famille des langues d'oïl qui se parle notamment en Franche-Comté, mais aussi dans le canton du Jura en Suisse. Le franc-comtois fait partie d'un groupe linguistique qui comprend le picard, le wallon ainsi que le lorrain. Ces langues ont en effet un certain nombre de caractéristiques en commun, notamment une influence germanique. La langue se retrouve sur les départements de la Haute-Saône, du Territoire de Belfort, dans la partie nord du Doubs et dans la partie nord du Jura, ainsi que dans le canton du Jura et dans le Jura bernois (Suisse).Elle est également parlée dans une petite partie du département du Haut-Rhin alsacien. Son domaine est limité au sud par les zones des parlers francoprovençaux, à l'ouest par les parlers bourguignons et champenois et au nord par le lorrain. En franc-comtois, Franche-Comté se dit « Fraintche-Comtè ». Voir : Littérature de langue comtoise. Francoprovençal Le sud de la Franche-Comté (sud des départements du Jura et du Doubs) fait partie du domaine linguistique de l'arpitan ou « francoprovençal ». Deux dialectes arpitans sont propres à la Franche-Comté : Le jurassien est parlé dans les deux tiers sud du département du Jura tandis que la moitié sud du Doubs et autour de Pontarlier se parle le burgondan. Le francoprovençal ou arpitan constitue l'une des trois grandes langues romanes avec l'occitan (langue d'oc) et le groupe des langues d'oïl. Cette langue possède de nombreuses variations locales et se décline en de nombreux dialectes. À mi-chemin entre le groupe des langues d'oïl et la langue d'oc, il constitue un groupe linguistique roman distinct. Le francoprovençal comtois connait depuis 2012 un regain d'intérêt grâce à la sélection de l'artiste salinois Billy Fumey pour la demi-finale du LIET International. Dans cette langue, Franche-Comté se dit Franche-Comtât (écrit en graphie ORB). Patrimoine architectural Le symbole le plus marquant de la Franche-Comté (parce que visible) est sans aucun doute le clocher comtois dit clocher à dôme à impériale. On dénombre de ce type (forme généralisée du à la moitité du ), tous différents les uns des autres par leur taille et surtout leur couverture. Cette dernière est faite de tavaillons ou de plaques de métal dans les régions froides et enneigées, et de tuiles plates vernissées dans les plaines. Les différentes couleurs vives de ces tuiles permettent d'obtenir des motifs géométriques et de différencier les villages les uns des autres. Plusieurs exemples de couverture en tuiles vernissées existent aussi sur des bâtiments publics anciens, l'hôtel de ville de Gray par exemple. Les Fermes à tuyé sont des habitations typiques de la région. Ces fermes sont de taille importante car elles devaient protéger les hommes et les animaux pendant tout l’hiver. On appelait « tuyé » l'immense cheminée en bois pyramidale sur le toit, mais aussi la pièce qui servait jadis de fumoir. Art Les Estivales des orgues du Jura, chaque été durant les et d'août. De nombreux concerts d'orgues sont proposés sur les instruments classés monuments historiques du Jura. La Crèche Comtoise est un théâtre populaire qui met en scène la culture franc-comtoise de la fin du . Les Eurockéennes de Belfort. Le festival Rolling Saône à Gray. Le Festival international de musique universitaire de Belfort. Le Festival international de musique de Besançon Franche-Comté, depuis 1951 il a lieu tous les ans fin septembre. Le Festival international des cinémas d'Asie de Vesoul. Les journées artisanales et artistiques de Fondremand depuis 33 ans autour du 14 juillet avec ses exposants et son feu d'artifice qui est le plus gros de la région. Jazz et musique improvisée en Franche-Comté est un festival de jazz et de musique improvisée créé en 1981 qui se déroule durant la deuxième quinzaine du mois de juin. Le festival « Rencontre et Racine », festival de musique du monde, se déroulant le dernier week-end de juin à Audincourt. Le festival Rockalissimo, festival de musiques actuelles, se déroulant le dernier week-end d'août. Le festival de théâtre des Nuits de Joux, au château de Joux, à La Cluse-et-Mijoux. Le Festival de la paille à Métabief. Les pluralies, à Luxeuil-les-Bains. Le Swimming poule festival à Baume-les-Dames. Le festival de métal Impetus de Belfort. Entrevues, Festival international du film de Belfort. Le festival de la Crue à Arbois. Le festival Foxazik à Charquemont. Le festival du Piou Piou à Pelousey. Le festival No Logo à Fraisans. Les Floralies Comtoises à Exincourt chaque année en juin. La Foire Comtoise à Besançon chaque année en mai/juin. Gastronomie La cuisine traditionnelle franc-comtoise repose sur les spécialités du terroir : ses fromages : le comté, la cancoillotte, le mont d'or, le morbier, l'édel de Cléron, le bleu de Gex du Haut-Jura, etc. ; ses alcools et boissons : les vignobles du Jura, le vin de paille, le vin jaune, le crémant du Jura, le macvin, le marc du Jura, l’absinthe, l'anis de Pontarlier, le kirsch, la gentiane, la liqueur de bourgeons de sapin, la liqueur de myrtille, des bières artisanales (La Rouget de Lisle, La Griffe du Lion), etc. ; sa charcuterie : la saucisse de Morteau, la saucisse de Montbéliard, le jambon de Luxeuil, le jambon cru fumé du Haut-Jura, le jésus de Morteau, le brési du Haut-Doubs, etc. ; ses plats cuisinés : la galette comtoise, le gâteau de ménage, le poulet à la comtoise, la morbiflette, la raclette comtoise, la fondue jurassienne au comté et aux morilles, la croûte aux morilles, la fondue franc-comtoise, la poularde aux morilles, le coq au vin jaune, la potée comtoise, la poêlée franc-comtoise, le Téméraire, la carpe frite, la truite au bleu/ au vin jaune, les griottines, la croque-rave, le plat saucisses, patates, cancoillote, etc. Folklore La légende de la Vouivre à Avoudrey et Mouthier-Haute-Pierre, cette créature cousine du dragon inspira un roman de Marcel Aymé, la Vouivre. La République libre du Saugeais : le Saugeais ou Sauget est une entité géographique composée de onze communes du Haut-Doubs en France réunies en une république folklorique baptisée « République libre du Saugeais ». Montbenoît en est la capitale politique, et Gilley la capitale économique. La république du Saugeais fait au total . la Crèche comtoise, dont Barbizier légendaire vigneron bisontin, est le personnage principal. Emblèmes et devise Il existe un certain nombre d'emblèmes francs-comtois dont beaucoup sont tirés des diverses racines historico-culturelles de la région (Bourgogne, Empire Germanique, etc.) : La croix de Bourgogne fait partie de l'héritage des comtes de la maison de Valois-Bourgogne à la Franche-Comté. Cet emblème régional est fréquemment arboré en Franche-Comté. Elle apparaît notamment sur le sceau du Parlement de Dole. La croix de Bourgogne a été l'emblème des ducs-comtes de Bourgogne (puis des possessions des Habsbourg d'Espagne) à partir de Jean de Bourgogne, dit Jean sans Peur, duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Artois, comte palatin de Bourgogne (Franche-Comté) (° à Dijon - † ). La croix de Bourgogne est fréquente dans l'héraldique espagnole (connue sous le nom de cruz de Borgoña), et fait encore partie des armes du roi d'Espagne. Les Armoiries de Franche-Comté : D'azur semé de billettes d'or au lion du même, armé et lampassé de gueules, brochant sur le tout au même titre que son drapeau. Le drapeau de Franche-Comté fut choisi par Othon IV en 1279 pour se rapprocher de la France, il perdra ce sens avec le temps pour devenir et rester l'emblème comtois par excellence. On le retrouve également sur le sceau du Parlement de Dole ainsi que sur les armoiries d'un grand nombre de villes de Franche-Comté telles Dole, Vesoul, Luxeuil, Ornans… La couleur azur exprime la fidélité, l'or l'intelligence et le prestige, et le rouge (le gueules en langage héraldique) le désir de servir sa patrie. Les billettes d'or sont là pour rappeler l'omniprésence des forêts en pays comtois. Pour être authentique, le lion doit avoir un sexe, les griffes et la langue rouges et une couronne, soulignant la souveraineté de la Comté. L'Aigle germanique de gueules, à l'aigle éployée d'argent a été reprise par les premiers comtes de Bourgogne qui étaient vassaux du Saint-Empire romain germanique sur leur écu. Il fut plus tard remplacé par le lion d'Othon présent sur la drapeau franc-comtois. On retrouve aussi l'aigle sur les armoiries actuelles de Besançon. Dépendant directement du Saint Empire pendant des siècles bien que le reste de la Comté demeurait autonome, la ville conserva l'aigle noir sur ses armes. Les ramures de cerf des Wurtemberg sont l'héritage d'une histoire marquée par la Maison de Wurtemberg, les Trois demi-ramures de cerf de sable apparaissent sur les blasons de plusieurs villes du Pays de Montbéliard, rappelant le passé original de cette terre protestante. La devise de la Franche-Comté : Comtois, rends-toi ! – Nenni, ma foi, symbolise l'opiniâtreté et la détermination du Comtois. La devise du drapeau comtois : Là où flotte le drapeau comtois, qui que tu sois, tu es chez toi ! En 2010, une pièce de en argent, gravée par Joaquin Jimenez, a été mise en circulation en Franche-Comté. Elle représente le drapeau armorié et la carte de la région. Elle a cours légal dans toute la France. Notes et références Notes Références Annexes Articles connexes Comté de Bourgogne Franche-Comté (ancienne région administrative) Bourgogne-Franche-Comté Bibliographie Guy Louis Anguenot, Nouvelles comtoises Eugène Rougebief, Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne : précédée d'une description de cette province, Paris, 1851 Jean-François Solnon, Quand la Franche-Comté était espagnole, Fayard, 1989 Gérald Gambier et Denis Maraux, Saveurs de Franche-Comté, La Taillanderie, 2000 Denis Maraux et Véronique Vuillemin-Filippi, Franche-Comté, Déclics, 2004 Paul Delsalle Vivre en Franche Comté au siècle d'or. et s Cêtre, 2006 Denis Maraux et Véronique Vuillemin-Filippi, Franche-Comté gourmande, Déclics, 2005 Denis Maraux et Véronique Vuillemin-Filippi, Franche-Comté, Déclics, 2008 Marie-Laure Legay et alii, "Franche-Comté", Dictionnaire de la Ferme générale (1640-1794), 2020, https://dicofg.hypotheses.org/1513 Liens externes Ancien site du conseil régional de Franche-Comté. Portail régional de l'Insee. Dossier thématique de l'Insee, statistiques démographiques et sociales. Office de tourisme de Tourisme Franche-Comté. Généalogie et patrimoine en Franche-Comté. Base bibliographique comtoise. Le patrimoine architectural et mobilier de la commune sur le site officiel du ministère français de la Culture (Bases Mérimée, Palissy, Palissy, Mémoire, ArchiDoc), Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (archives photographiques) diffusion RMN, et service régional de l'inventaire général de la direction de la Culture et du Patrimoine de la Région Franche Comté. Site de la Direction Régionale de l’Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL) de Franche Comté. Portail collaboratif de la Franche-Comté (Fcomte.fr).
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Finist%C3%A8re
Finistère
Le Finistère (en breton : ) est un département français situé en région Bretagne. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 29. Quimper, la deuxième agglomération du Finistère, en est le chef-lieu, et Brest (première agglomération), Morlaix et Châteaulin, respectivement premier, troisième et quatrième arrondissements, en sont les sous-préfectures. Toponymie Le Finistère tire son nom (littéralement fin de la terre) de sa localisation géographique ; selon lAnnuaire statistique du département du Finistère pour l'an XII de la République, le département doit son nom à l'abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre, dite en latin « Sanctus Mattheus finis terræ » ou « in finibus terræ » (soit Saint-Mathieu du bout du monde) ; ceci est confirmé par Pol de Courcy qui précise que la suppression d'un "r" dans le mot est liée à la volonté d'éviter une confusion avec le Cap Finisterre. Le Finistère est totalement inclu dans la Basse Bretagne, qui comprend aussi les parties occidentales et de tradition bretonnante des Côtes-d'Armor et du Morbihan. Cette expression a pris au fil du temps une connotation péjorative qu'elle n'avait pas à l'origine. En breton, on nomme ce département Penn-ar-Bed. Pour contrebalancer l'impression de "Bout du monde" que ces noms peuvent susciter, un slogan a été inventé en 2011, devenu une marque commerciale : "Tout commence en Finistère". Histoire Préhistoire Les découvertes archéologiques concernant le paléolithique ont toutes été faites le l'on du littoral L'actuel Finistère est habité depuis les âges les plus reculés : l'ancienne grotte marine de Menez Dregan, en Plouhinec est habitée dès le paléolithique inférieur. Des outils (des bifaces) datant de l'acheuléen ou du moustérien ont été trouvés par exemple sur la plage de Treisseny en Kerlouan, mais aussi à Kervouster en Guengat L'acidité des sols explique qu'aucun reste humain n'ait été conservé. Au mésolithique des sites où des traces de la présence humaine ont été trouvées sont plus nombreux, par exemple à la Pointe de la Torche en Plomeur, à Kergalan et Kervoyen en Plovan, à la Pointe Saint-Michel en Plouguerneau, etc..; l'intérieur commence à être fréquenté, parfois lié à un habitat troglodytique datant de l'époque azilienne (environ avant J.-C.) comme dans la grotte de Roc'h Toul en Guiclan, mais aussi à Brennilis et ailleurs. Au néolithique se répand la civilisation mégalithique :de grands cairns dolméniques comme celui de Barnenez en Plouezoc'h et celui de Gosseac'h en Carhaix datent du début du néolithique ; plus de menhirs (celui de Plouarzel est le plus haut) et dolmens (par exemple celui du Mougau en Commana) sont recensés dans le département, sans compter tous ceux qui ont été détruits. Des alignements mégalithiques imposants, mais en partie détruits (les Alignements de Lagatjar à Camaret comptaient plus de 600 menhirs), voire presque totalement (Alignements de la Madeleine en Plomeur). Antiquité À l'époque antique, le Finistère était habité par le peuple gaulois armoricain des Osismes (Celtes). Après la conquête romaine le territoire relevait de la province de Gaule lyonnaise. Le chef-lieu des Osismes fut installé à Vorgium (l'actuelle Carhaix). Pendant l'époque gallo-romaine l'actuel Finistère fut en bonne partie défriché, des voies romaines construites (reliant notamment les principales cités comme Vorgium, Vorganium, Gesocribate, Civitas Aquilonia, etc..), des villæ construites, certaines luxueuses (par exemple le site antique du Pérennou en Plomelin), des centres de fabrication du garum aménagés (par exemple aux Plomarc'h en Douarnenez). À la fin du fut construit à Brest un castrum pour se protéger des pirates scots, saxons et frisons. Un siècle plus tard, il fera partie du système de défense et de contrôle de la Manche mis en place par le gouvernement impérial, le Tractus Armoricanus et Nervicanus. Moyen Âge Le territoire des Osismes, dénommé alors Armorique, aurait été concédé aux Bretons par l'empereur Maximus à la fin du . Conan Meriadec et Gradlon sont les plus célèbres des rois semi-légendaires d'Armorique. À partir de la fin du , et pendant les deux siècles suivants, les Bretons, fuyant l'invasion des Angles et des Saxons, quittèrent la Grande-Bretagne pour venir s'installer en Armorique où vivaient déjà des populations celtes. Ces immigrés arrivaient avec à leur tête des évêques ou des moines, dont la tradition a fait des saints (par exemple saint Guénolé et saint Pol) qui étaient à la fois leurs chefs religieux et politiques. Des villages se constituèrent, dénommés pour leur première syllabe plou (paroisse), lan ou loc (ermitage) ou tre (trève), suivi du nom d'un saint ou d'un chef (par exemple Plougastel, Landerneau, Locronan, Treffiagat). Augmenté de celui des Coriosolites, l'ancien territoire des Osismes forme alors la Létavie, bientôt appelée Nouvelle Bretagne ou Petite Bretagne. Ce berceau de la Bretagne continentale fut divisé en deux royaumes, la Cornouaille et la Domnonée qui avaient leurs correspondants insulaires. Ces royaumes doubles d'un côté à l'autre de la Manche étaient vraisemblablement régis par les mêmes dynasties à l'origine. Le Broërec (l'actuel département du Morbihan) se détacha de la Cornouaille et le Léon se détacha du royaume de Domnonée. Aux et , l'Armorique fut pillée à plusieurs reprises par les Normands, qui ravagèrent les côtes et remontèrent les estuaires pour piller villes (par exemple Saint-Pol-de-Léon et Quimper), villages et monastères (par exemple l'abbaye de Landévennec). Les chefs bretons créèrent des principautés autonomes : le comté de Léon, la Cornouaille et le Poher pour l'actuel Finistère. Le royaume de Cornouaille devint un comté sous l'influence franque avant de se fondre dans le domaine ducal de Bretagne, lors de l'accession de la dynastie comtale au trône ducal en 1066. Le Léon reste sous l'autorité de ses vicomtes , quoique fort écornée par les ducs Pierre Mauclerc et Jean le Roux. Les Rohan héritent du Léon par mariage. Le titre de prince de Léon est encore porté aujourd'hui par le fils de l'actuel duc Josselin de Rohan (c'est bien sûr un titre de courtoisie). Pendant la Guerre de succession de Bretagne, Charles de Blois assiégea et prit Quimper en 1344, qui resta sous sa domination jusqu'en 1364, année où elle fut reprise par le fils de Jean de Montfort. Les Anglais, alliés de ce dernier, prirent Brest, Morlaix, Saint-Pol-de-Léon (brûlant la chapelle du Kreisker). Temps modernes Les Guerres de la Ligue ont concerné la Cornouaille plus que le Léon. Le maréchal d'Aumont, pour le compte d'Henri de Navarre, assiégea et prit Morlaix et Quimper, et chassa les Espagnols, auxquels le duc de Mercœur, gouverneur de la Bretagne, avait fait appel, de la Presqu'île de Crozon et qui tenaient le Pointe des Espagnols. Des soldats brigands comme Guy Éder de La Fontenelle (un temps basé dans l'Île Tristan) et Anne de Sanzay de la Magnane ravagèrent la Cornouaille, notamment Penmarc'h. Pendant le règne de Louis XIV, l'augmentation des impôts, notamment sur le tabac et le papier timbré, provoqua Révolte des Bonnets Rouges : de graves désordres éclatèrent dans les régions Pont-l'Abbé, Combrit, Carhaix (Sébastien Le Balp, de Kergloff, fut l'un des meneurs), Châteaulin ; une répression féroce fut menée par le duc de Chaulnes (des rebelles furent pendus par centaines) et sept églises du Pays Bigouden eurent leurs clochers décapités (car les rebelles à couraient au son du tocsin). Aux et principalement, la région a connu une période de grande prospérité grâce à l'activité toilière (Locronan). Le lin a enrichi les juloded, ce qui suscita la création des enclos paroissiaux (par exemple ceux de Saint-Thégonnec et de Guimiliau). Une terre de marins et d'explorateurs La partie occidentale de la Bretagne, en raison de sa situation péninsulaire et de ses îles a été de tous temps une terre de marins, des marchands de Penmarc'h navigant sur leurs carvelles aux corsaires de Morlaix, des Johnnies de Roscoff aux pêcheurs de Douarnenez, Audierne, Concarneau, Le Guilvinec, Camaret, des marins basés à Brest de la "Royale" à ceux de la Marine nationale, y compris les équipages des sous-marins nucléaires basés à l'Île Longue. Nombreux ont été les explorateurs partis de Brest (l'Expédition de La Pérouse est la plus célèbre), beaucoup étant originaires du futur Finistère comme Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec, Louis Aleno de Saint-Aloüarn, et de nombreux autres. Plus récemment la vogue de la navigation de plaisance et de la course au large a rendu célèbre l'École de voile des Glénans, des marins finistériens comme Éric Tabarly, Olivier de Kersauson (même s'il n'est pas né dans le Finistère, il y a de nombreuses attaches), Jean Le Cam, le centre nautique de Port-la-Forêt ; le Finistère possède de nombreux ports de plaisance dont ceux du Moulin-Blanc et du Château à Brest. Les sports de glisse ont aussi de nombreux spots dans le Finistère, le plus connu étant celui de la Pointe de la Torche. Le Finistère possède des centres de recherche liés à la mer : la Station de biologie marine de Concarneau, la Station biologique de Roscoff, IFREMER, l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor, le CEDRE, etc.. La Préfecture maritime de Brest est compétente pour toute la façade Atlantique de la France et le CROSS Corsen surveille la navigation de la Pointe de Penmarch à la Baie du Mont-Saint-Michel, notamment le Rail d'Ouessant. Révolution française La création du département Le département est créé lors de la Révolution française, le en application du décret du 22 décembre 1789, à partir de la partie la plus occidentale de l'ancienne province de Bretagne. À l'époque il portait le dans la liste des départements, les Alpes-Maritimes n'étant pas encore un département français. Il comprend l'ouest de l'Évêché de Cornouaille, l'intégralité du Léon et le tiers ouest du Trégor, ainsi qu'un petit bout du Broërec ou Vannetais : communes de Rédené, Arzano et Guilligomarc'h situées à l'est de Quimperlé. Par ailleurs le département s'est agrandi en 1857, aux dépens du département voisin du Morbihan, en annexant la commune de Locunolé. Ce sera l'unique modification territoriale du département, après sa création, bien que d'autres communes réclameront en vain leur rattachement au Finistère pour des raisons à la fois géographiques, linguistiques et historiques. Ce sera notamment le cas des communes de l'ancienne sénéchaussée de Gourin : Gourin, Le Faouët, Guiscriff, etc., qui dépendaient sous l'Ancien Régime de l'évêché de Cornouaille. La création du département ne s'est pas fait sans heurts, notamment pour le choix du chef-lieu, les trois villes de Landerneau, Quimper et Carhaix s'étant portées candidates. Si la candidature de Carhaix fut rapidement éliminée (ville trop petite et trop excentrée), Landerneau fut choisie dans un premier temps le en raison du poids économique du Léon (la Cornouaille était alors beaucoup plus pauvre) et de sa proximité avec Brest (laquelle, choisie comme préfecture maritime ne pouvait pas être choisie comme préfecture départementale), mais Quimper finit par l'emporter, sous la pression notamment du député du clergé Denis Bérardier. Les limites choisies pour le département défavorisèrent le Poher, partagé entre trois départements, et sa capitale traditionnelle, Carhaix, coupée notamment de Gourin et du Faouët. Le Finistère fut divisé en 9 districts : Brest, Morlaix, Châteaulin, Quimper, Quimperlé, Lesneven, Carhaix et Pont-Croix. Les districts furent supprimés en 1800 et remplacés par les arrondissements (Brest, Quimper, Morlaix, Châteaulin, Quimperlé furent chefs-lieux d'arrondissement ; l'arrondissement de Quimperlé fut supprimé en 1926). Les principaux événements survenus Les cahiers de doléances des communes rurales réclament principalement l'égalité devant l'impôt et devant la justice, ainsi que la suppression des servitudes féodales, mais montrent un grand attachemet au Roi et à la religion catholique. En 1789 si les villes de Brest, Quimper et Morlaix furent favorables à la Révolution, du moins à ses débuts, les campagnes se déclarèrent rapidement contre le nouveau gouvernement, surtout après les décrets concernant les prêtres réfractaires et la levée en masse ; des révoltes sanglantes se produisirent, pricipalement dans le Léon (bataille de Kerguidu notamment) et la région de Fouesnant. L'émigration des nobles et des membres du clergé (par exemple Jean-François de La Marche, évêque de Léon) fut importante dans le département. Le département fut représenté à la Fête de la Fédération ; une compagnie de volontaires, dite la "Division du Finistère", participa à la chute de Louis XVI en participant à la Prise des Tuileries le . Ces "fédérés du Finistère", qui étaient en tout 154 (dont 97 brestois et 29 quimpérois), furent 140, intégrés à la section des Gobelins (laquelle prit ensuite le nom de "section du Finistère"), à y participer. Un tribunal révolutionnaire siégea à Brest et y commis de nombreux excès, envoyant notamment à la guillotine les 26 administrateurs du Finistère le (3 prairial an II). Le général Moreau et La Tour d'Auvergne (ce dernier surnommé le « premier grenadier de la République ») sont les deux Finistériens les plus célèbres à avoir servi la Révolution. La chouannerie fut moins importante dans le Finistère que dans d'autres départements de l'ouest. Quelques faits marquants toutefois : le Georges Cadoudal, à la tête de , fit une expédition audacieuse pour prendre des munitions et des armes en attaquant la poudrerie de Pont-de-Buis. La région de Quimperlé fut attaquée par des Chouans venus du Morbihan en juillet 1795, avec parmi leurs chefs Alexandre de Poulpiquet, dit Sans-Quartier, réputé particulièrement cruel. La bande de Chouans de Edme Le Paige de Bar commit aussi de nombreuses exactions dans le département. Le , Yves Marie Audrein, évêque de Quimper et ancien député de la Convention, fut assassiné par des Chouans. Le Le maintien des traditions Au début du la pratique de la langue bretonne reste généralisée dans les campagnes et assez courante dans les villes. En 1827 le préfet du département écrit : « Les habitants du Finistère doivent être divisés en deux peuples, celui des campagnes et celui des villes. Le premier formé à peu près les 6/7 de la population générale. Son caractère apathique et insouciant le rend insensible aux améliorations (...). Il a conservé (...) les routines de ses pères. Il est ignorant. (...) Il cultive peu et cultive mal, vit dans la pauvreté, habite l'étable de ses animaux, se livre aux pratiques mintieues d'une dévotion exagérée et passe dans l'ivresse le temps qu'il ne donne pas à ses travaux ». Le coup d'État du 2 décembre 1851 de Napoléon III est largement soutenu dans le Finistère, département catholique, conservateur et monarchiste ; il fait même partie des quatre départements où aucun opposant n'est arrêté. En août 1858, l'empereur Napoléon III remporte un réel succès populaire en visitant la Bretagne, notamment dans le Finistère. Lors de la Guerre de 1870, les bijoux de la couronne impériale et les trésors du Louvre, dont La Joconde furent entreposés à Brest par mesure de sécurité. Des Finistériens plutôt légitimistes et défenseurs du Pape Les campagnes de l’Ouest étaient alors « pénétrées du sentiment des hiérarchies sociales » et « persistaient à considérer le prêtre et le noble, le plus souvent le grand propriétaire, symboles de la puissance spirituelle et matérielle, comme leurs défenseurs et leurs guides naturels ». Marie-Thérèse Cloître estime que dans le Finistère les légitimistes y sont en général riches et considérés. Plusieurs finistériens furent zouaves pontificaux dans le but de défendre les États de l'Église ; lors de la Guerre de 1870, beaucoup d'entre eux devinrent membres de la Légion des Volontaires de l'Ouest. Pendant cette même guerre, cinquante à soixante mille mobiles bretons (dont des Finistériens), formant l'Armée de Bretagne furent parqués à la fin de l'année 1870 dans le camp de Conlie dans des conditions indignes par la volonté du nouveau gouvernement républicain qui craignait une nouvelle chouanneie. Les soldats bretons, épuisés par deux mois de privations, mal armés, presque pas préparés, sont taillés en pièces dans la nuit du 11 au par la 20e division prussienne du général von Krautz-Koschlau, lors de la bataille du Mans. En 1881 le préfet du Finistère écrit que selon les recensements de 1872 et 1876, plus de Finistériens, sur une population totale de habitants, ne savent ni lire ni écrire le français ». Le L'hostilité à la République radicale La Basse Bretagne, constituée principalement du Finistère, étrangère à l'espace linguistique national et restée en partie royaliste et très cléricale (notamment le Léon), se retrouve en état de sécession morale à l'encontre de la politique anticléricale des gouvernements radicaux de la Belle Époque ; la résistance à la fermeture des écoles congréganistes, en vertu de la Loi de séparation des Églises et de l'État, puis la Querelle des inventaires exaspère ; par exemple le journal La Lanterne écrit le : « La Bretagne cléricale prétend se mettre au-dessus des lois et braver la France républicaine. (...) La révolte a assez duré ». Le Finistère pendant la Première Guerre mondiale Jamais envahi par l'ennemi pendant la Première Guerre mondiale, le Finistère fut une terre de refuge pour des habitants de la Belgique et du Nord de la France dès 1914. Plusieurs hôpitaux militaires temporaires furent installés dans des villes finistériennes, par exemple à Brest, Quimper, Landerneau, Pont-l'Abbé, etc.. Les régiments de l'armée de terre composés principalement de Finistériens (les régiments étant à recrutement principalement local au début de la guerre) sont le 118e régiment d'infanterie (Quimper), le 19e régiment d'infanterie (Brest) et en partie le 116e régiment d'infanterie (Vannes et Morlaix), ainsi que leurs régiments de réserve, respectivement le 318e régiment d'infanterie, le 219e régiment d'infanterie et le 316e régiment d'infanterie. Les fusiliers marins, commandés par l'amiral Ronarc'h, s'illustrèrent lors de la bataille de l'Yser, notamment lors des combats de Maissin. Mais de nombreux Finistériens, en particulier les inscrits maritimes, servirent dans la Marine nationale, participant notamment aux combats des Dardanelles et à l'expédition de Salonique ; les marins finistériens furent nombreux à périr noyés à bord de navires coulés par les marines ennemies, à bord des croiseurs cuirassés Léon-Gambetta et Amiral-Charner et du cuirassé Bouvet parmi bien d'autres exemples possibles. Le port de Brest fut le principal port d'entrée des troupes américaines en France en 1917 et 1918 ; le camp de Pontanézen fut aménagé pour ces troupes. Des bases d'hydravion furent créés par les Américains, notamment la base de Laninon à Brest, celle de l'île Terch en Plouguerneau, celle de l'Île-Tudy dans le but de combattre les bateaux allemands qui menaçaient les convois de ravitaillement venant des États-Unis. Les paysans et l'agriculture décrits au début du Louis Ogès décrit ainsi les paysans finistériens vers 1920 : En 1919, la production agricole globale a baissé d'environ 10 % par rapport à avant la guerre ; le Finistère a produit quintaux de blé quintaux d'avoine, de sarrasin, de seigle et méteil, et autant d'orge. Les plantes fourragères (trèfles, choux, betteraves, panais, rutabagas) suffisent à la consommation du bétail ; légumes, primeurs et pommes de terre sont exportés. La production annuelle de cidre est d'environ hectolitres. L'ajonc broyé est utilisé pour la nourriture des chevaux. On compte dans le département chevaux (principalement des postiers bretons), vaches et bœufs (souvent encore de race pie noire), pocs et les moutons sont encore nombreux dans les monts de l'intérieur. Les méfaits dûs à la misère, l'alcool et les ravages de la tuberculose Camille Vallaux écrit en 1905 : L'alcoolisme a augmenté dans le cours du et du début du dans le département. Selon Louis Ogès, la consommation d'alcool pur par habitant (donc enfants inclus) et par an est passée de 1,6 litre en 1824 à 4,9 litres en 1880 et 5,5 litres en 1920, ce qui correspond à cette date à l'équivalent de 35 litres d'eau-de-vie par adulte et par an. En 1920 le Finistère est le département français où les procès pour ivresse sont les plus nombreux ; l'alcoolisme y fait des ravages dans toutes les classes sociales, mais principalement chez les pêcheurs et les ouvriers. Le nombre des débits de boisson dans le département est passé de en 1824 à en 1880 et à environ en 1920 (soit à cette date un débit de boisson pour 74 habitants (enfants inclus). La tuberculose exerce aussi ses ravages au début du (56 % des cas de tuberculose sont liés à l'alcool). Un sanatorium départemental est fondé à Plougonven en 1917. Le déclin des traditions et les progrès de l'instruction dans les premières décennies du En 1920 la proportion des conscrits illettrés est encore de 6 % dans le Finistère (2,65 % pour l'ensemble de la France), mais des écoles existent désormais dans toutes les communes. Sous l'influence de l'enseignement et du service militaire obligatoires, les mentalités évoluent : les superstitions, le recours aux guérisseurs et sorciers, la croyance dans les vieilles légendes, reculent ; l'hygiène commence à progresser ; les pardons sont toujours très fréquentés, mais alors qu'ils étaient essentiellement religieux, ils sont de plus en plus aussi des fêtes profanes. La jeunesse reste fidèle aux danses bretonnes , mais l'emploi de la langue bretonne commence son déclin. L'émigration agricole de l'Entre-deux-guerres Le "moratorium" décidé par la loi du , et renouvelé tous les ans pendant la Première Guerre mondiale, prévoyait le prolongement des baux agricoles parvenant à échéance au profit des mobilisés et de leur famille ; il provoqua par contre-coup un manque de terres à louer lors de sa suppression en 1921, provoquant un exode rural important, notamment en Bretagne. Hervé Budes de Guébriant, alors président de l'"Union des syndicats agricoles de Landerneau", charge alors François Tinevez, agriculteur à Plabennec, soutenu entre autres par Vincent Inizan, agriculteur, maire de Kernoues et député du Finistère, d'organiser l'émigration. Vincent Inizan déclare le à l'Assemblée nationale : « Dans maintes régions de France des terres agricoles sont en friche. (…) Les campagnes se dépeuplent et la terre meurt, faute de bras. Dans une région cependant, la Bretagne, (…) le phénomène inverse se produit, causant une menace sociale des plus inquiétantes (…) ». Une étude alors lancée à travers toute la France par Auguste Puis, sous-secrétaire d'état à l'agriculture, et une autre effectuée par l'union des syndicats agricoles du Finistère, montrèrent que des terres étaient disponibles, notamment en Dordogne, dans le Gers et le Tarn-et-Garonne. Les premiers paysans bretons à émigrer, à l'instigation d'Hervé Budes de Guébriant, vers le sud-ouest de la France, et qui souvent ne parlaient que le breton, partirent le des gares de Landerneau, Châteaulin, Quimper et Quimperlé et parvinrent le lendemain à Périgueux. Ils étaient accompagnés de trois "pilotes" : François Tinevez (alors maire de Plabennec), Pierre Le Bihan (du hameau de Gwarem-Vraz en Scaër) et l'abbé François Lanchès, vicaire au Relecq-Kerhuon. Les Léonards partirent s'installer dans le nord-est du département de la Dordogne, particulièrement dans le canton de Lanouaille ; ceux du sud du Finistère se dirigèrent vers le nord-ouest du même département, entre Nontron et Ribérac ; ceux du centre du Finistère allèrent dans le centre-ouest, dans la région de Saint-Astier ; certains des paysans étaient contraints de prendre des terres en métayage à leur corps défendant, car ils auraient préféré le fermage auquel ils étaient habitués. Trois autres convois de paysans bretons partirent successivement les , et en direction de la Dordogne. Par exemple le couplé Yves Cadalen - Marie-Jeanne Jaouen (mariés le à Lampaul-Ploudalmézeau), qui exploitaient précédemment une petite exploitation de , au lieu-dit "Pen ar Guéar" en Lampaul-Ploudalmézeau, trop petite pour nourrir leur famille qui comptait alors 9 enfants, partit le ; ils louèrent d'abord une ferme de 30 ha, appartenant au comté de la Verrie de Vivans, à Gageac-et-Rouillac, puis en 1927 à Beylive et en 1932 au Vaudou, dans les deux cas dans la commune de Bergerac. Le l'abbé François Lanchès est nommé "aumônier des Bretons du Périgord". Une autre colonie bretonne s'installa dans le Lot-et-Garonne, des familles originaires entre autres de Plabennec et Guipavas s'installèrent dès 1921 dans la région de Marmande et, en 1926, 11 familles originaires du Cloître-Pleyben s'installèrent dans les environs de Gontaud, Saint-Pierre-de-Nogaret, Verteuil-d'Agenais et Hautesvignes ; d'autres les années suivantes dans les environs de Seyches, Clairac et Lévignac-de-Guyenne. Dans la deuxième moitié de la décennie 1920, 21 familles de Gouézec, 8 familles de Pleyben, 8 de Brasparts et 6 de Lennon, ainsi que d'autres familles venant des Côtes-du-Nord (notamment de Locarn), s'installent dans le canton de Seyches ; d'autres familles bretonnes s'installent dans la région de Monflanquin ; des familles venant de Guiscriff, du Faouët, des environs de Châteauneuf-du-Faou, de Theix, etc. s'installèrent dans la région de Nérac et des familles cornouaillaises autour de Lévignac ; certaines familles émigrèrent dans le Gers. Des paysans du Pays glazik s'installèrent pendant la décennie 1930 autour de Lanouaille en Dordogne ; d'autres, de la région de Quimperlé, dans la région de Mussidan ; un groupe de la région d'Elliant-Saint-Évarzec-Saint-Yvi entre Beaumont-du-Périgord et Villaréal (Lot-et-Garonne) ; etc. En Dordogne en 1934, sur familles bretonnes immigrées, 350 sont propriétaires de leur exploitation agricole, 500 fermiers et 350 métayers. Le premier Congrès des Bretons d'Aquitaine se tint le à Bergerac en présence d'Hervé Budes de Guébriant. Un second congrès se tint le à Bergerac et un autre à Tonneins en 1955. Le journal Breiz Nevez (Nouvelle Bretagne) est distribué en 1950 à 522 familles de Dordogne, 761 du Lot-et-Garonne et 385 d'autres départements du sud-ouest français (Tarn-et-Garonne, Gers, Gironde, Charente, Haute-Vienne, Creuse, Corrèze). Le militantisme culturel et la tentation autonomiste Déjà au des hommes comme François-Marie Luzel et Théodore Hersart de La Villemarqué (dans le Barzaz Breiz) se préoccupent de transcrire le patrimoine oral en langue bretonne des contes et gwerziou. Seul département totalement de tradition bretonnante, le Finistère joue un rôle important dans le renouveau culturel breton grâce à des associations ou manifestations comme le Bleun Brug fondé en 1905, le mouvement artistique Seiz Breur, les organisations de danses celtiques (Kendalc'h et War'l Leur ), les écoles Diwan, la mode des festou-noz, les fêtes folkloriques (Fêtes de Cornouaille, Fête des Fleurs d'Ajoncs à Pont-Aven, Fête des Brodeuses à Pont-l'Abbé, etc..) ou maritimes comme les Fêtes maritimes de Brest, des chanteurs comme Glenmor, Alan Stivell, Louise Ebrel, Dan ar Braz, etc..), des écrivains comme Pierre-Jakez Hélias, Xavier Grall, etc.., des festivals comme les Vieilles Charrues et le Festival du Bout du Monde. La tentation autonomiste a aussi séduit certains Finistériens qui se sont engagés pendant l'Entre-deux-guerres dans des mouvements nationalistes bretons comme le Second Emsav, Parti national breton, le Parti autonomiste breton, etc.. ; certains de leurs membres, comme Olier Mordrel, se compromettant en collaborant avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Après cette guerre, la création de l'Union démocratique bretonne illustre la persistance chez certains du rêve autonomiste ; d'autres succombent à la tentation terroriste : le Front de libération de la Bretagne commet notamment l'attentat de l'émetteur de Roc'h Trédudon en 1974. La création de l'Université de Bretagne Occidentale en 1971 (mais un enseignement supérieur dépendant des facultés de Rennes existait antérieurement) et du Centre de recherche bretonne et celtique en 1969 ont contribué au dynamisme de la vie intellectuelle dans le Finistère. Le Finistère pendant la Seconde Guerre mondiale Le Finistère, principalement le port de guerre de Brest, et y compris les îles, est zone occupée par les Allemands dès juin 1940. La Kriegsmarine aménage la base sous-marine de Brest. Brest devient pour ces raisons une cible privilégiée pour la Royal Air Force et L'''US Air Force, les bombardements détruisant hélas également la ville de Brest. D'autres localités furent aussi victimes des bombardements, par exemple Guipavas et Scrignac. La bande littorale du département devient zone interdite. L'organisation Todt construit le Mur de l'Atlantique, notamment en prélevant des galets de lEro Vili, concassés grâce à l'usine de concassage de galets de Tréguennec. Le village de Trédudon-le-Moine (en Berrien) revendique le titre de « premier village résistant de France ». De nombreux hommes de l'Île de Sein rejoignent la France libre dès les jours suivant l'appel du 18 juin. Le groupe Élie est le premier réseau de résistants brestois. Des réseaux de résistance naissent un peu partout, faisant de l'espionnage (comme le réseau Johnny et le réseau Vengeance) ou organisant des filières d'évasion (par exemple la filière Sibiril depuis Carantec ou les départs vers l'Angleterre depuis Douarnenez). Des maquis naissent principalement à partir de 1943 (maquis de Saint-Goazec, de Saint-Laurent (en Plouégat-Guérand), de Pen-ar-Pont (près de Châteaulin), etc. Pour le seul arrondissement de Brest un site Internet recense plus de 800 résistants. De nombreux résistants sont arrêtés, torturés, exécutés (par exemple 20 résistants fusillés à Kerfany le , les 35 fusillés du Poulguen en Penmarch, les 44 résistants de Saint-Pol-de-Léon entre la fin juin et le , les martyrs de Plounévézel, etc..) ou déportés dans les camps de concentration où beaucoup perdirent la vie. Pierre Brossolette, arrêté à Plouhinec, alors qu'il venait de débarquer à Plogoff, torturé par le SD et la Gestapo, préféra se suicider. Des Finistériens ont aussi collaboré avec les Allemands, notamment le kommando de Landerneau, qui muliplia les exactions. L'abbé Jean-Marie Perrot, suspecté d'être un collaborateur, fut assassiné le . La libération commence le , les troupes américaines arrivant en premier via Le Moustoir et Huelgoat. Le siège de Brest dure du au , achevant la destruction de la ville. Les troupes allemandes se réfugient dans la presqu'île de Crozon où le général Ramcke se rend le . Les derniers combats dans le département concernent le "front de la Laïta" dans le cadre de la poche de Lorient. Le Finistère après la Seconde Guerre mondiale L'essor du modèle agricole breton pendant les Trente Glorieuses a concerné le Finistère avec l'essor des élevages hors-sol, notamment avicole et porcin, et de la production laitière, ainsi que des productions maraîchères de la Ceinture dorée (SICA de Saint-Pol-de-Léon, Savéol, etc..) ; mais ce modèle est en crise, à la fois en raison de la concurrence étrangère accrue et des pollutions engendrées par les intrants agricoles, notamment les nitrates à l'origine des marées vertes. Des entreprises agro-alimentaires, par exemple Tilly à Guerlesquin, ont disparu, d'autres ont connu de graves crises (Doux à Châteaulin par exemple), certaines ont mieux résisté (comme Bigard à Quimperlé). Le désenclavement du Finistère, particulièrement excentré au sein de la France et de l'Union européenne, a été entrepris grâce au Plan routier breton, à la création du port en eau profonde de Roscoff et Brittany Ferries, et à la LGV Bretagne-Pays de la Loire (mise en service en 2017), même si celle-ci s'arrête à Rennes pour sa branche bretonne, les TGV Atlantique poursuivant ensuite leur chemin en empruntant les lignes traditionnelles jusqu'à Brest et Quimper. L'aéroport de Brest-Bretagne participe aussi au désenclavement du département. Les manifestations contre le projet de centrale nucléaire de Plogoff entre 1978 et 1981 aboutirent à l'abandon du projet. La marée noire provoquée par le naufrage du pétrolier Amoco Cadiz le à Portsall a durablement marqué les esprits. Celles engendrées par les naufrages du Torrey Canyon (en 1967) et de l'''Erika (en 1999) ont moins concerné le Finistère que les départements voisins, Côtes-d'Armor dans le premier cas, Morbihan dans le second. Héraldique Le département est doté d'un blason : Le Finistère ne dispose cependant pas de drapeau spécifique. Le conseil départemental utilise généralement un drapeau chargé du logotype, reprenant lui-même le blason du département. Politique et administration Liste des députés du Finistère Liste des sénateurs du Finistère Liste des conseillers généraux du Finistère Liste des préfets du Finistère Les personnalités exerçant une fonction élective dont le mandat est en cours et en lien direct avec le territoire du département du Finistère sont les suivantes : Découpage administratif Le département du Finistère est divisé en , et . Son chef-lieu est Quimper. La commune la plus peuplée est Brest et la plus étendue Scaër. Quatre communes sont des îles tandis que l'archipel des Glénan est administré par la commune de Fouesnant. La commune de l'Île-Tudy n'est pas une île, malgré son nom. Les quatre arrondissements sont les suivants : arrondissement de Quimper, au sud. Il regroupe et , a une superficie de et est peuplé de ; arrondissement de Brest, au nord-ouest. Il regroupe et , a une superficie de et est peuplé de ; arrondissement de Châteaulin, au centre. Il regroupe et , a une superficie de et est peuplé de ; arrondissement de Morlaix, au nord-est. Il regroupe et , a une superficie de et est peuplé de . Un cinquième arrondissement, celui de Quimperlé, a été supprimé en 1926. Anciennes communes du Finistère. La division historique entre le nord et le sud du département est toujours apparente dans l'organisation de différentes entités publiques (Assurance maladie, Allocations familiales, Assurance chômage, etc.), mixtes ou privées. Vers 1960, il était d'usage de libeller son courrier « Brest 29 N » (N pour nord, correspondant au centre de tri postal de Brest) et « Quimper 29 S » (S pour sud, correspondant au centre de tri postal de Quimper), au lieu des codes postaux 29200 Brest et 29000 Quimper. Il s'agissait d'une spécificité de la Poste, et le « 29 » (sans N ni S) figurait déjà sur les plaques d'immatriculation. Géographie Le Finistère est situé à l'extrémité ouest de la Bretagne. Il est bordé au nord, à l'ouest et au sud par la Manche, la mer Celtique (intégrant la mer d'Iroise) et l'océan Atlantique. Premier département côtier de France, il compte littorales sur 282, soit plus d'un dixième des communes littorales françaises, et de côtes, soit près d'un quart du littoral français. La côte est en effet très découpée et se divise en caps : cap Sizun ; en baies : rade de Brest, baie de Douarnenez, baie d'Audierne, baie de Concarneau, en presqu'îles : presqu'île de Crozon et en rias : Laïta, Aven, Bélon, Odet, Aber Wrac'h, rivière de Morlaix. Selon la base de données topographique de l'IGN (BD TOPO (C)), la longueur de côte du département s'établit à avec les îles, sans les îles, et sa limite terrestre à . L'estran, particulièrement étendu, présente une surface de entre les laisses de basse et haute mer comme définies par la BD TOPO. La zone marine à l'ouest du Finistère se nomme mer d'Iroise. Elle inclut plusieurs îles ou îlots dont : Ouessant et l'archipel de Molène, l'île de Batz, l'île de Sein au large de la pointe du Raz et l'archipel des Glénan au sud. Climat Le climat du Finistère présente les caractéristiques d'un climat tempéré océanique sous l'influence du Gulf Stream et des perturbations atlantiques. Il se caractérise généralement par des hivers doux et des étés frais. Les précipitations sont assez abondantes et étalées sur toute l'année, avec un maximum durant les mois d'hiver. Elles augmentent sensiblement à l'intérieur des terres et sur le relief. Alors que l'île d'Ouessant reçoit moins de de précipitations par an, les sommets des monts d'Arrée reçoivent plus de . Les gelées ainsi que la neige sont rares, surtout dans les îles. La présence du vent est une autre caractéristique de ce climat. Relief Les roches les plus résistantes à l'érosion, le grès, le quartzite et le granite ont donné naissance aux principaux reliefs du Finistère. Malgré leur faible altitude, ceux-ci ne dépassent en effet jamais les , la vigueur de leurs pentes et l'aspect le plus souvent désolé de leurs sommets, leur a valu le qualificatif de montagnes. Au sud du plateau léonard et au nord du bassin de Châteaulin, s'étend la chaîne des monts d'Arrée (point culminant : le Roc'h Ruz : ) et au sud du bassin de Châteaulin et au nord de la vallée de l'Odet, celle des montagnes Noires (point culminant : le Roc Toullaëron : ). Se détachant des montagnes Noires, à l'ouest, le lourd dôme du Ménez-Hom () et la montagne de Locronan (), forment quant à eux des reliefs isolés. Hydrographie Le département du Finistère est drainé par de nombreux fleuves côtiers qu'alimente un réseau dense de petites rivières et de ruisseaux. L'Aulne, le plus important d'entre eux, draine une large zone centrale du département enserrée entre les monts d'Arrée au nord et les montagnes Noires au sud, et formant une dépression appelée communément le bassin de Châteaulin. Le sud du département est drainé par l'Ellé, l'Aven, le Bélon, le Moros, l'Odet, la rivière de Pont-l'Abbé et le Goyen. Le nord du département est drainé par l'Élorn, l'Aber-Benoît, la Penzé, le Douron. Ces cours d'eau, bien que de taille modeste, ont creusé de profondes vallées. Celles-ci ont été envahies dans leur partie basse par la mer à la suite de la transgression marine survenue à la fin du pléistocène et forment de pittoresques vallées maritimes s'enfonçant profondément dans les terres. Dans la région léonarde, on emploie communément le terme local « aber » pour les désigner : aber Wrac'h, aber Benoît. Il en résulte que la côte finistérienne est très découpée. La tranche d'eau écoulée annuellement par les cours d'eau finistériens présente toujours une valeur élevée ( par an pour l'Odet à Quimper et par an pour l'Élorn à Plouédern) en raison de l'abondance des précipitations et de la vigueur des pentes moyennes. Économie Le département représente 50 % de la pêche bretonne en termes d’effectifs et de navires. Transport Tourisme Les résidences secondaires Selon le recensement général de la population du , 13,5 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes du Finistère dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Source INSEE, chiffres au . Démographie Les habitants du Finistère sont les Finistériens. Le Finistère était déjà peuplé au néolithique comme en atteste la présence de nombreux mégalithes et menhirs. Entre le , il y eut plusieurs vagues migratrices des Bretons insulaires vers l'Armorique à la suite de la désorganisation de l'Empire romain et aux invasions des Saxons et des Angles. Ils se mêlèrent aux populations locales présentes sur place. Par la suite, la population du Finistère demeura isolée des autres populations à cause de son particularisme linguistique et de la position du Finistère à l'extrémité d'une péninsule. La francisation des Finistériens et le désenclavement de la péninsule grâce aux moyens modernes de transport contribueront à faciliter le brassage ethnique avec les habitants d'autres régions. Beaucoup de Finistériens ont été obligés de s'expatrier pour trouver un travail à partir des années 1850. La région parisienne ainsi que les grandes villes de l'ouest de Rennes et de Nantes et les ports du Havre et Toulon ont constitué les destinations favorites. Aujourd'hui les Finistériens tendent à vouloir revenir de plus en plus souvent dans leur département d'origine. La région parisienne où les prix de l'immobilier sont élevés attire de moins en moins. La majeure partie de la population vit dans les villes. Le taux d'urbanisation de la population atteint en effet 73 %. Brest compte environ pour son agglomération et Quimper environ . La population se concentre dans les zones proches du littoral tandis que l'intérieur des terres (régions des monts d'Arrée et des montagnes Noires) est largement sous-peuplée et a vu sa population fortement décliner au cours de la première moitié du en raison d'un important exode rural. Le département compte au . Il est l'un des plus peuplés de France et se classe à la pour le nombre d'habitants. Évolution démographique Communes les plus peuplées Culture Liste des monuments historiques du Finistère Cercles Celtiques et Bagadoù du Finistère Adhérents aux Confédérations Kenleur (cercles) et Confédération Sonerion (Bagad) Korollerien Benodet de Bénodet, Ahès de Carhaix, Alc’houederien Kastellin de Châteaulin, Korollerien Laëta de Clohars-Carnoët, Avel dro Gwiseni de Guissény, Eostiged ar Stangala de Kerfeunteun-Quimper, Eskell an Elorn de Landerneau, Danserien Lann Tivizio de Landivisiau, Strollad Bro Landi de Landivisiau, Bro ar Ster Goz du Faou, Korollerien Montroulez de Morlaix, Sparfelled Plogoneg de Plogonnec, Milinerien Ploveilh de Plomelin, Pleon Pavenn de Plonéour-Lanvern, Bleunioù Sivi de Plougastel-Daoulas, Les amis danses bretonnes de Plouigneau, Kizhier Pluguen de Pluguffan. Bro Goz ar Milinou de Pont-Aven. Kañfarded Sant Evarzeg de Saint-Evarzec, Krog Mad de Guiclan, Cercle Celtique de Guimaëc, Danserien Brest de Brest, Danserien Sant Martin de Saint-Martin-des-Champs, Molan Douar Ar Mor de Moëlan-sur-Mer, Lapouzed ar Menez de Sizun, Brug ar Menez de Spézet, Ar Banal Aour de Bannalec, Groupe des Bruyères de Beuzec-Cap-Sizun, Cercle Celtique de Combrit. Ar Rouedoù Glas de Concarneau, Korollerien Kraon de Crozon, Ar Vro Melenig d'Elliant, Ar Pintiged Foen de Fouesnant, Ar Bleunioù Kignez de La Forêt-Fouesnant, Ar Vro Vigoudenn de Pont-L'Abbé, Giz'Kalon de Quimperlé, Gwen Ha Du de Landrévarzec, Danserien Kemper de Quimper (Ergué-Armel), Mederien Penhars de Quimper (Penhars), Korriganed Ar Meilhoù Glas de Quimper (Moulin-Vert), Livioù Kerien de Querrien, Bleunioù Lann An Aven de Riec-sur-Bélon, Ensemble Bleuniadur de Saint-Pol-de-Léon, Beg An Douar de Saint-Renan, Dañserien An Aberioù de Lannilis, Kalon Sant Yann de Saint-Jean-Trolimon, Bagad Ar Meilhoù Glaz (Moulin Vert), Bagad Beuzec Ar C’hap (Beuzec Cap Sizun), Bagad Brieg (Briec), Bagad Bro Kemperlé (Quimperlé), Bagad Cap Caval (Plomeur), Bagad Kemper (Quimper), Bagad Konk Kerne (Concarneau), Bagad Plougastel Daoulas, Bagad Bro An Aberiou (Plabennec), Bagad Bro Landerne (Landerneau), Bagad Glaziked Pouldregad (Pouldergat), Bagad Karaez (Carhaix), Bagad Kombrid (Combrit), Bagad Landi (Landivisiau), Bagad Penhars (Quimper), Bagad Brest St Mark, Bagadig Brieg, Bagad Eostiged Ar Mene, (Plomodiern), Bagad Glazik kemper, Bagad Bro Montroulez (Morlaix), Bagad An Eor Du (Ploudalmezeau), Bagad An Erge Vihan (Ergué Armel), Bagad Ar Banal Aour (Bannalec), Bagad Avel Dro (Pagan Guisseny), Bagad Bro Foen (Fouesnant), Bagad Kevrenn Kastell (St Pol de Leon), Bagad Ergué Vraz (Ergué Gabéric), Bagad Osismi Speied (Spezet), Bagadig Cap Caval (Plomeur), Bagadig Plougastell, Bagadig Penhars, Bagadig Moulin Vert, Bagad An Arvorig, Bagad An Dreizherien, Bagad Ar Vro Vigoudenn Uhel, Bagad Bro Skaër (Scaer), Bagad Kerhor (Kerhuon), Bagad Loctudy, Bagad Ribl An Elorn, Bagad St Patrick, Bagadig Beuzec Ar C’hap (Beuzec Cap SIzun), Bagadig Bro An Aberiou (Plabennec), Bagadig Bro Kemperle (Quimperlé), Bagadig Bro Landerne (Landerne), Bagadig Bro Montroulez (Morlaix) Bagadig Karaez (Carhaix), Bagadig Kemper (Quimper), Bagadig Konk Kerne, Bagadig Landi (Landivisiau), Bagadig Pouldregad (Pouldergat), Yaouankiz CAP CAVAL Plomeur, Bagad Ar Re Goz, Skolaj Skaer et Skolaj Penn ar Bed Langue Autrefois, avant l'unification KLT en 1908, plusieurs dialectes de la langue bretonne étaient en usage dans le Finistère. Les deux principaux étaient le léonard parlé dans le tiers nord du département et le cornouaillais dans les deux tiers sud. Le trégorrois et le vannetais étaient parlés dans de petites zones situées à l'est de Morlaix pour le premier et à l'est de Quimperlé pour le second. Il n'existait pas de véritable frontière linguistique entre ces différents dialectes. Il s'agissait plutôt de petites variations à l'échelon local, au niveau de chaque paroisse, si bien que plus on s'écartait de sa paroisse d'origine, plus l'intercompréhension linguistique était rendue difficile. Il existait aussi des formes locales de français parlées uniquement dans les villes. Ainsi à Quimper, les habitants parlaient le quimpertin. Aujourd'hui, la population est largement francophone. Le Finistère ( en breton, ce qui signifie « bout du monde ») est néanmoins le département le plus bretonnant de Bretagne. Les effectifs pondérés que fournit l'enquête Étude de l'histoire familiale menée par l'INSEE en 1999 sont de plus de de plus de pour ce seul département. S'y ajoutent notamment les effectifs des écoles bilingues qui se montent à à la rentrée 2005, ou encore les élèves suivant des cours de breton dans les établissements publics du primaire (plus de en 2002/2003) ou du secondaire (plus de en 2002/2003). La signalisation routière bilingue est utilisée dans le département. Patrimoine religieux Le paysage du Finistère est profondément marqué par son patrimoine religieux. Ainsi, on y trouve deux cathédrales à Quimper et à Saint-Pol-de-Léon. Les bourgs possèdent des églises renfermant bien souvent des trésors : calvaires, retables, baptistères... Ce patrimoine religieux est marqué spécifiquement par la présence d'enclos paroissiaux notamment autour de la vallée de l'Elorn (La Roche Maurice, La Martyre, Bodilis...) mais aussi Saint-Thégonnec, Guimiliau ou encore Pleyben. Enfin, la campagne est parsemée de calvaires et de chapelles situées dans des hameaux voire totalement isolées. Parcs et jardins Conservatoire botanique national – Brest ; Le jardin des Explorateurs – Brest ; Parc Claude-Goude – Carantec ; Parc botanique de Cornouaille – Combrit ; Jardins de l'abbaye Notre-Dame de Daoulas – Daoulas ; Jardin du château de Boutiguéry – Gouesnach ; Parc du manoir de Trogriffon – Henvic ; Arboretum du Poërop et forêt de Huelgoat – Huelgoat ; Jardin Georges Delaselle – Île-de-Batz ; Parc du manoir de Kerazan – Loctudy ; Jardin de la Retraite – Quimper ; Jardin du Prieuré – Quimper ; Le domaine du château de Lanniron – Quimper ; Jardin exotique et botanique – Roscoff ; Parc et Jardins du château de Trévarez – Saint-Goazec ; Parc du château de Bagatelle – Saint-Martin-des-Champs ; Château de Kerjean – Saint-Vougay ; Château de Kérouzéré – Sibiril ; Jardin botanique des montagnes Noires – Spézet. Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie . Articles connexes Département français Liste des communes du Finistère Liste des églises du Finistère Conseil départemental du Finistère Liste de films tournés dans le Finistère Volontaires nationaux du Finistère pendant la Révolution Liens externes Préfecture du Finistère Conseil départemental du Finistère
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste%20de%20fromages%20fran%C3%A7ais
Liste de fromages français
En France, les producteurs fermiers, les artisans et les industriels fabriquent, au début du , plus d'un millier de variétés de fromages. En 2015, le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière en répertorie et le Guide 2015 des fromages au lait cru publié par le magazine Profession fromager, pas moins de classés par région et par grande famille technologique. Cette versatilité s'explique par les très nombreuses variations dans l’espace et dans le temps que connaissent les fromages « fermiers » mais aussi d’un producteur à l’autre, et par des produits relevant d’une même recette mais qui peuvent être commercialisés sous des noms différents au sein des fromages industriels. Cette diversité a inspiré au général de Gaulle une phrase restée célèbre : . Le nombre de fromage varie selon la transcription de cette citation : 227, 258, 324 voire 365. Cette diversité provient probablement de la confusion faite avec le nombre de fromages qui a donné naissance à une locution désignant la France : le « pays des 300 fromages » (le nombre varie). On dit aussi qu'il existe un fromage différent pour chaque jour de l'année (au nombre de 365). Le colonel Rémy rapporte également dans ses mémoires qu'un de ses amis anglais, Kay Harrison, lui aurait déclaré, pendant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation de la France par l'Allemagne, qu' (on trouve aussi cette citation attribuée sous différentes formes à Winston Churchill). Plusieurs appellations d'origine de fromage bénéficient de préservations quant à leur utilisation commerciale, celles-ci encadrant la production du lait et sa transformation en fromage : 45 appellations de fromages bénéficient de l'appellation d'origine contrôlée (AOC) au niveau français et de l'appellation d'origine protégée (AOP) au niveau de l'Union européenne ; 6 appellations de fromages bénéficient de l'indication géographique protégée (IGP) et 6 appellations de fromages bénéficient de la marque Label rouge. Depuis 2001, l'association Fromages de terroir organise tous les ans, à la fin du mois de mars, une journée nationale du fromage. A B C Crème d'Albert (Crème de Munster) Vosges D E Écume de Wimereux, Pas-de-Calais Écorce de sapin, Franche-Comté Édel de Cléron, Franche-Comté Emmental, Savoie Emmental de Savoie ou Emmental Fruitière du Val de Fier, Haute-Savoie Emmental français est-central, Franche-Comté, Lorraine, Rhône-Alpes Entrammes, Mayenne Epenouse, Haut-Doubs, Franche-Comté Époisses, Bourgogne, AOC 1991 Esbareich, Hautes-Pyrénées Etorki, Pays basque Explorateur, Île-de-France F G H Herbillette, Vendée, Pays de Loire I Île d'Yeu, Vendée, Pays de Loire J Jean de Brie, Île-de-France Jefou, Languedoc Jersiais, Allier, Auvergne Jonchée d'Oléron, île d'Oléron, Saintonge Julien, Nord K Kaïkou, Pays basque Kéron de l'Auxois, Bourgogne Kidiboo, Sud-Ouest Kiri, Sarthe, Pays de Loire L M N Nanteau, Gâtinais, Seine-et-Marne, Île-de-France Napoléon Napoléon commingeois fermier, Ariège et Comminges, Haute-Garonne Napoléon, Corse Neufchâtel, Normandie, AOC depuis 1969 Niolo, Corse O P R S T U U Muntagnolu, Haute-Corse V X Xaintray, Poitou, Charentes Notes et références Voir aussi Bibliographie Claire Delfosse, La France fromagère (1850-1990), Boutique de l'histoire, 2007, 300 p. Articles connexes Liste des spécialités régionales françaises de fromages Histoire du fromage en France francais Liste en rapport avec la France
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Fidji
Les Fidji ou les îles Fidji, en forme longue la république des Fidji (en fidjien et , en anglais et , en hindi des Fidji , et , ), est un pays d'Océanie situé dans l'Ouest de l'océan Pacifique sud. L'archipel, qui fait partie de la Mélanésie, se trouve à à l'ouest-nord-ouest des Tonga, à au sud-ouest de Wallis-et-Futuna et à au sud des Tuvalu. À la suite du coup d'État du de Frank Bainimarama et de la non-tenue d'élections en 2009, le pays a été exclu du Commonwealth et suspendu du Forum des îles du Pacifique. La tenue d'élections démocratiques en septembre 2014, saluées par ces deux organisations, a mené à la pleine réintégration des Fidji dans le Commonwealth. Étymologie Fidji, écrit Fiji en anglais, est la prononciation tongienne du nom de l'île de Viti Levu (« grande Viti »). Le terme de viti n'a pas de sens connu. Gentilé En langue anglaise, avant le coup d'État de 2006, la population des Fidji opérait une distinction entre les termes Fijian (« Fidjien ») et Fiji Islander (« habitant des îles Fidji »). Le premier désignait une appartenance ethnique, et le second une nationalité. Cette terminologie était sujette à controverse. Peu de Fiji Islanders, quelle que soit leur appartenance ethnique, employaient le terme « Fidjien » pour désigner un Indo-Fidjien. Les nationalistes indigènes, très influents, récusaient (et récusent toujours) le droit des Indo-Fidjiens d'employer ce terme à leur propre égard, et beaucoup d'Indo-Fidjiens préféraient se désigner eux-mêmes comme étant Indians (« Indiens »), ou à la rigueur Indo-Fijians (« Indo-Fidjiens »). Le terme Fiji Islanders avait été créé justement (en 1997) afin que tous les habitants des Fidji puissent disposer d'un terme de nationalité commun, mais les descriptifs d'appartenance ethnique primaient encore bien souvent sur tout terme de nationalité. La Constitution de 1997 et la législation définissaient le terme « Fidjien » comme étant un terme d'appartenance ethnique. Les Fiji Islanders non indigènes étaient citoyens des Fidji mais n'étaient pas Fidjiens aux yeux de la loi. Frank Bainimarama, auteur du coup d'État de 2006, s'est évertué à consolider un sentiment d'appartenance nationale commune. Le Constitution de 2013 dispose ainsi dans son article 5 que « [t]ous les citoyens des Fidji sont Fidjiens », consolidant un décret de 2010 à cet effet. Le terme désigne désormais la nationalité, tandis que la population autochtone est désignée par le terme autochtone itaukei. Histoire Les premiers habitants des îles Fidji, des Austronésiens, sont arrivés du Sud-Est asiatique longtemps avant que les îles fussent découvertes par l'explorateur Abel Tasman au . En 3000 av. J.-C., des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taïwan. Vers 2000 av. J.-C., des migrations ont lieu de Taïwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers Sulawesi et Timor et, de là, vers les autres îles de l'archipel indonésien. Vers 1500 av. J.-C., un autre mouvement mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au-delà, les îles du Pacifique. Les Austronésiens sont probablement les premiers navigateurs de l'histoire de l'humanité. Cependant ce n'est qu'au que les Européens colonisèrent ces îles pour les occuper de manière permanente. En 1874, à l'initiative du roi Seru Epenisa Cakobau, les îles sont cédées au Royaume-Uni avec la signature de l'Acte de Cession. La production de café est stoppée en 1879 à cause de la propagation d'une maladie venue de Ceylan et des colonies anglaises et néerlandaises. L'indépendance fut accordée en 1970. Le régime démocratique fut interrompu par deux coups d'État militaires en 1987, car le gouvernement issu des élections de cette année là était perçu comme dominé par la communauté indienne. La Constitution de 1990 favorisa le contrôle par les indigènes mélanésiens des Fidji mais provoqua une émigration importante de la population indienne. La perte de population eut comme conséquence des difficultés économiques, mais assura la majorité aux Mélanésiens. Les amendements décrétés en 1997 rendirent la constitution plus équitable. Les élections libres et paisibles de 1999 permirent de constituer un gouvernement mené par un Indo-Fidjien, Mahendra Chaudhry, mais celui-ci fut renversé en 2000 lors d'un troisième coup d'État mené par George Speight, un homme d'affaires qui s'appuya sur une rhétorique nationaliste indigène. Speight, soutenu par une milice privée, prit Chaudhry en otage et réclama de nouvelles institutions qui établiraient la suprématie politique des indigènes, et interdiraient à nouveau (comme l'avait fait la Constitution de 1990) l'accès au sommet de l'État à tout Indo-Fidjien. La crise fut désamorcée à travers les efforts de médiation menés par le chef des armées, Frank Bainimarama. Speight fut finalement arrêté et condamné à la prison à perpétuité. Chaudhry demeura néanmoins écarté du pouvoir ; le banquier et homme politique indigène Laisenia Qarase dirigea un gouvernement de transition, avant d'être élu par la voie démocratique en 2001. Il fut réélu en 2006. Les forces militaires de la République des Fidji ont été à plusieurs reprises un membre important des missions de maintien de la paix de l'Organisation des Nations unies dans diverses régions du monde. Un nouveau coup d'État militaire, le 5 décembre 2006, voit l'accession au pouvoir du chef des forces armées, le commodore Frank Bainimarama, et le renversement du gouvernement Qarase, jugé coupable par Bainimarama d'avoir attisé les tensions entre les deux principales communautés ethniques (Fidjiens indigènes et Indo-Fidjiens). Le gouvernement de Qarase avait mené une politique de « discrimination positive » favorisant les indigènes, et certains membres du gouvernement avaient tenu des propos racistes et incendiaires à l'encontre des Indo-Fidjiens. La ministre des Femmes, Asenaca Caucau, avait ainsi annoncé devant le Parlement : . Bainimarama, lui-même indigène, reproche également à Qarase d'être corrompu et d'avoir préparé une législation qui faciliterait l'amnistie pour les complices de Speight. Qarase dément toute accusation de corruption (mais est condamné en 2012 à un an de prison pour corruption), et dénonce le refus de Bainimarama de désamorcer la crise par le dialogue plutôt que par un coup d’État. Les élections de septembre 2014 sont remportées par Bainimarama, lui conférant un mandat démocratique de quatre ans, tandis que les anciens partisans de Qarase (le Sodelpa) constituent la principale force d'opposition au nouveau Parlement. Politique Jusqu'en mars 2012, le président de la République était élu par le Grand Conseil des Chefs pour une durée de cinq ans. Il nommait un Premier ministre et un cabinet issu de la Chambre des représentants, qui comprenait : 25 élus au suffrage universel, 23 élus uniquement par les électeurs indigènes, 19 par les électeurs « indo-fidjiens », 1 par les indigènes de Rotuma, 3 par l'ensemble des électeurs appartenant aux autres catégories ethniques (« Européens », « Chinois »…). La Chambre haute du Parlement, le Sénat, avait . Les sénateurs étaient nommés par le président de la République. En pratique, les 14 conseils provinciaux nommaient chacun un sénateur. Le Premier ministre en désignait neuf, et le chef de l'opposition huit. Le trente-deuxième siège revenait à un représentant du Conseil de Rotuma. Le Sénat possédait le droit de retarder et d'amender la législation issue de la Chambre des représentants, et pouvait mettre son veto à toute modification de la Constitution. Le président de la République des Fidji est Wiliame Katonivere depuis le . Les institutions politiques ont été réformées à la suite du coup d'État de décembre 2006 réalisé par le responsable des armées Frank Bainimarama. En 2013, le gouvernement civil appuyé par l'armée et dirigé par le contre-amiral Frank Bainimarama introduit une nouvelle Constitution. Celle-ci, visant à mettre fin aux politiques fondées sur les clivages inter-ethniques, remplace les listes électorales communautaires par des listes sans aucune distinction ethnique. Le Parlement, désormais monocaméral, élu avec un mandat de quatre ans, élit le Premier ministre, qui lui demeure redevable, selon le principe de gouvernement responsable. Le Président de la République est également élu par le Parlement, avec un mandat de trois ans reconductible une fois ; ses fonctions sont purement cérémonielles. Les élections qui se tiennent en 2014 sur la base de cette nouvelle Constitution fournissent une majorité absolue des sièges au parti Fidji d'abord de Frank Bainimarama, et lui permettent de conserver le pouvoir avec le soutien d'une assemblée démocratiquement élue. Le risque attentat à Fidji est considéré comme élevé par la France. Subdivisions Les Fidji sont divisées en quatre parties, appelées divisions. Celles-ci sont simplement appelées division du centre, division du nord, division orientale et division occidentale. L'île de Rotuma, au nord de l'archipel principal, a le statut de dépendance. Géographie Les Fidji se composent de , dont environ un tiers sont habitées. Les deux îles les plus importantes sont Viti Levu et Vanua Levu. Viti Levu accueille la capitale Suva et presque les trois quarts de la population y habite. D'autres villes importantes sont Lautoka et Nausori. L'aéroport international principal est situé à Nadi (prononcé Nandi), du côté occidental de Viti Levu, à l'opposé de Suva. Les îles sont montagneuses, avec des sommets s'élevant jusqu'à , et couvertes de forêts tropicales. Le pays a une superficie de et une densité de population de . Son littoral mesure de longueur. Le point le plus haut est situé à une altitude de . Économie Les Fidji, dotées de forêts, de minerais et ressources en poissons, possèdent l'une des économies les plus développées des îles du Pacifique, malgré un secteur d'économie de subsistance toujours important. Les exportations de sucre et une industrie du tourisme en croissance (plus de annuellement) sont les principales sources de devises étrangères. Le traitement du sucre compose un tiers de l'activité industrielle. Les îles Fidji sont également l'un des tout premiers pays exportateur de coraux vivants menacés d'extinction, et ont rejoint la convention CITES en 1998. Les problèmes à long terme sont, entre autres, les faibles taux d'investissement et des droits de propriété assez incertains. L'agitation politique aux Fidji a eu un impact grave : son économie diminua de 2,8 % en 2000 et ne s'accrut que de 1 % en 2001. Le bureau du tourisme des Fidji s'attend à ce que les arrivées de visiteurs atteignent un niveau comparable voire supérieur à celui d'avant le coup d'État en 2002. La capacité du gouvernement à contrôler son budget (prévision d'un déficit net de 6 % pour 2002) dépendra du retour de la stabilité politique et de la confiance des épargnants. Un aéroport international dessert les Fidji, à Nadi. Démographie Groupes ethniques La population autochtone a été définie comme mélanésienne par Jules Dumont d'Urville, en raison de la couleur noire de sa peau. Cette catégorisation a subsisté, bien que ces Mélanésiens soient proches parents des autres populations austronésiennes, comme les Polynésiens. Le 30 juin 2010, le gouvernement a approuvé le Fijian Affairs Decree 2010 et de ce fait remplace les mots Fidjien, indigène ou indigène fidjien par iTaukei dans toutes les lois et documents officiels. Les émigrés indiens sont venus dans les îles au , à la demande des autorités britanniques, pour travailler dans les champs de canne à sucre. Les individus d'origine indienne furent longtemps victimes de discriminations, soutenues ou tolérées par certains gouvernements ayant limité leurs droits civiques. Ces discriminations persistent encore aujourd'hui. Le recensement de 2007 dénombre (56,82 %), (37,48 %) et personnes (5,7 %) pour un total de . Les événements politiques récents ont provoqué le départ de près de fidjiens, à la suite des discriminations dont ils ont fait l'objet. En 2020, l'espérance de vie des femmes est de et celle des hommes de , le taux de croissance de la population est de 0,5 %, avec un taux de natalité de , un taux de mortalité de , un taux de mortalité infantile de , un taux de fécondité de 2,31 enfants/femme et un taux de migration de -6,2 ‰. La population est composée à 26,86 % de 0 – , à 65,80 % de 15 – et à 7,34 % de ou plus. Langues Les langues officielles du pays sont l'anglais, le fidjien et le hindi des Fidji, parlées respectivement par les deux principaux groupes ethniques. Religions Selon le Pew Research Center, en 2010, 64,4 % des habitants des Fidji sont chrétiens, principalement protestants (52,9 %) et dans une bien moindre mesure catholiques (9,1 %). De plus, 27,9 % de la population est hindoue et 6,3 % est musulmane. Sport Le sport national est le rugby. Rugby à L'équipe des Fidji de rugby à XV a participé à sept reprises à la coupe du monde, la première en 1987 où l'équipe a réalisé sa meilleure performance en arrivant en quart de finale, tout comme en 2007. Pour la première fois de son histoire, le 24 novembre 2018, l'équipe des Fidji a battu le XV de France (21-14). Rugby à Le rugby à a fait son apparition dans les îles Fidji en 1991/92. L'équipe nationale des Fidji de rugby à a participé à trois reprises à la coupe du monde, la première fois en 1995, puis en 2000 et 2008, où elle fut demi-finaliste. Elle s'est aussi qualifiée pour les demi-finales de la coupe du monde 2013. En parallèle, son sponsor historique a renouvelé sa participation pour les trois prochaines années et versera quatre millions de dollars américains. Lors de l'édition de 2017 organisée en Australie et en Nouvelle-Zélande, les « Fiji Bati » se sont hissés pour la troisième fois consécutive en demi-finale. Pour cela, ils ont remporté en phase de poule la plus large victoire de leur histoire (72-6 face au Pays de Galles), puis, en quart de finale, ils ont réalisé l'exploit de battre la Nouvelle-Zélande à Wellington. Les Fidjiens l'ont emporté 4 à 2 en inscrivant deux pénalités contre une seule pour les Kiwis néo-zélandais. Ce match de haute intensité est historique puisqu'il représente la première victoire des Fidjiens face aux Néo-Zélandais. L'équipe néo-zélandaise était pourtant une des deux grandes favorites (avec l'Australie) pour remporter la compétition. Pour la troisième fois consécutive en coupe du monde, les Fidjiens retrouvaient les Australiens en demi-finale. Le miracle attendu par tout un peuple ne se produisit pas, et comme lors de deux éditions précédentes, les Australiens l'emportèrent largement, 54 à 6, mettant ainsi un terme au beau parcours des valeureux « Fiji Bati ». Rugby à L'équipe de rugby à sept des Fidji est l'une des meilleures au monde et a remporté deux fois la coupe du monde en 1997 et en 2005, en faisant des Fidji le pays le plus titré de ce sport avec la Nouvelle-Zélande. Ils deviennent champions olympiques le en battant la Grande-Bretagne (43-7), offrant la première médaille d'or olympique au pays lors de l'édition de Rio puis conservent leur titre cinq ans plus tard lors des Jeux olympiques 2020 à Tokyo en battant la Nouvelle-Zélande (27-12). Football L'équipe des Fidji de football dispute son premier match international masculin en 1951 et adhère à la FIFA en 1964. Elle participe à la Coupe d'Océanie et la Coupe de Mélanésie. Jusqu'à présent, les Fidji n'ont jamais participé à une Coupe du monde de football. En 2015, la fédération fidjienne de football annonce environ et joueuses participant aux compétitions dans l'archipel. Jeux olympiques Sportifs Culture Codes Les îles Fidji ont pour codes : Notes et références Voir aussi Bibliographie . Articles connexes Liens externes . État fondé en 1970
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Fortran
Fortran () est un langage de programmation généraliste dont le domaine de prédilection est le calcul scientifique et le calcul numérique. Il est utilisé aussi bien sur ordinateur personnel que sur les superordinateurs, où il sert d'ailleurs à tester leurs performances dans le cadre du classement TOP500 des superordinateurs les plus puissants au monde, entre autres grâce à la bibliothèque LINPACK. Le nombre de bibliothèques scientifiques écrites en Fortran, éprouvées et améliorées pendant de longues années, et les efforts continus consacrés aux compilateurs pour exploiter au fil des décennies les nouvelles possibilités des calculateurs (vectorisation, coprocesseurs, parallélisme) ont maintenu l'usage de ce langage qui ne cesse d'évoluer. Parmi les fonctionnalités ajoutées ces dernières décennies, on citera le calcul sur les tableaux (qui peuvent comporter jusqu'à quinze dimensions), la programmation modulaire, la programmation générique (Fortran 90), le calcul haute performance (Fortran 95), la programmation orientée objet et l'interopérabilité avec les bibliothèques du langage C (Fortran 2003), la programmation concurrente et le calcul parallèle à l'aide des cotableaux (Fortran 2008), des équipes, des évènements et des sous-routines collectives (Fortran 2018), en plus des interfaces OpenMP, OpenACC et de la bibliothèque Message Passing Interface. La prochaine norme, pour l'instant désignée par Fortran 202x, est attendue pour 2023. Les discussions sur le contenu de la suivante, Fortran 202y, ont commencé. Historique et versions Projet lancé en 1954 et aboutissant à une première version en 1957, Fortran est le premier langage de programmation de haut niveau, suivi notamment par Lisp (1958), Algol (1958) et COBOL (1959). Il est le premier langage à être normalisé, au milieu des années 60, et est devenu une norme ISO depuis Fortran 90. Le nom du langage est généralement écrit en majuscules (FORTRAN) pour désigner les versions du langage antérieures à la norme Fortran 90 car à l'époque les lettres minuscules ne font pas partie du jeu de caractères du langage. Par contre, il est toujours écrit avec une majuscule à partir de Fortran 90. Enfin, depuis environ 2010 les titres des livres en anglais utilisent souvent l'expression modern Fortran (Fortran moderne) pour distinguer la forme actuelle du langage de ses formes historiques. Période classique du Fortran 1953 : John Backus, jeune ingénieur titulaire d'une maîtrise de mathématiques recruté en 1950 chez IBM, développe pour l'IBM 701 le système Speedcoding, un interpréteur qui facilite la programmation en particulier pour le calcul en virgule flottante. En décembre, il rédige une lettre à l'attention de son supérieur pour lui proposer le projet FORTRAN destiné à l'IBM 704, première machine commerciale dont le processeur supporte directement les nombres en virgule flottante. L'objectif est d'accélérer considérablement le développement et le débogage des programmes, jusqu'alors écrits en langage machine, afin de réduire leur coût d'exploitation, qui pour moitié provient des salaires des informaticiens et pour moitié des machines. 1954 : le groupe de recherche de Backus, le « Programming Research Group » basé à New York, rédige un rapport intitulé Preliminary Report, Specifications for the IBM Mathematical FORmula TRANslating System, FORTRAN, daté du 10 novembre 1954. Il faut encore deux ans d'efforts pour terminer le premier compilateur FORTRAN ( lignes), désigné alors par le mot anglais translator (traducteur). Dès le départ, ce compilateur est conçu pour fournir un code très optimisé, en particulier pour le calcul sur les tableaux et le traitement des boucles imbriquées, quasiment aussi rapide que celui qu'aurait écrit un programmeur en langage machine (objectif alors accueilli avec scepticisme par les clients d'IBM). D'après Backus lui-même, le développement du langage ne peut pas être séparé de la conception du compilateur et c'est même sur le compilateur que porte l'essentiel de l'effort initial. Le langage est défini au fur et à mesure, avec comme guide principal la simplicité de la syntaxe. 1957 : le compilateur FORTRAN est déployé courant avril sur tous les IBM 704, sur bande magnétique, avec son manuel intitulé Preliminary Operator's Manual. Fin 1957, un manuel plus complet, le Programmer's Primer rédigé par Grace E. Mitchell, est édité. FORTRAN est un succès et une révolution car il n'est plus nécessaire d'être un expert de l'ordinateur pour écrire et déboguer des programmes. Mary Tsingou, physicienne et mathématicienne au Los Alamos National Laboratory et qui travailla avec Fermi, Pasta et Ulam, dira ainsi : « Quand le Fortran est arrivé, c'était presque comme le paradis ». L'instruction GO TO permet de sauter à une ligne numérotée par une étiquette. Le IF de cette première version est arithmétique : IF (A-B) 10, 20, 30 permet de sauter aux instructions d'étiquettes 10, 20 ou 30 selon que l'expression A-B est négative, nulle ou positive. 1958 : FORTRAN II apporte les fonctions FUNCTION et les sous-programmes SUBROUTINE que l’on appelle par l’instruction CALL, ce qui permet aux programmeurs de se répartir plus facilement le travail. L'instruction COMMON permet à plusieurs sous-programmes de partager des données communes. Le nouveau compilateur est également plus rapide que le compilateur Fortran I : il permet en particulier de découper un long programme en plusieurs parties pouvant être compilées indépendamment. 1959 : FORTRAN III n'est déployé que sur une vingtaine de machines. Il est possible d'insérer des routines en langage assembleur symbolique dans le code mais cette fonctionnalité sera abandonnée car elle compromettrait la portabilité des programmes écrits en FORTRAN. Le groupe de Backus n'est plus chargé du développement du FORTRAN, activité transférée à lApplied Programming Department. Backus préconise le développement de deux compilateurs : un compilateur rapide pour la phase de débogage et un compilateur optimiseur pour le programme final. Mais l'idée n'est pas suivie. 1960 : FORTRAN devient l'un des premiers langages multi-plateforme, des compilateurs devenant disponibles sur quelques machines d'autres constructeurs qu'IBM. 1962 : FORTRAN IV introduit les nombres réels double précision, les complexes et les booléens, ainsi que les opérateurs .AND., .OR. et .NOT.. Le IF logique permet d'écrire par exemple IF (A .GE. B) GOTO 10 (aller à 10 si A est supérieur ou égal à B). Le type des variables peut désormais être déclaré explicitement. Il est nécessaire de modifier les programmes écrits en FORTRAN II : le traducteur automatique SIFT (SHARE Internal FORTRAN Translator) est mis à disposition. Cette même année, chaque compilateur apportant ses extensions et variantes, un comité des normes FORTRAN est formé afin de normaliser le langage pour qu'il soit portable d'une machine à l'autre. 1965 : ECMA-9 FORTRAN est la première norme FORTRAN, publiée en avril 1965 par l'ECMA (European Computer Manufacturers Association) dans le cadre d'une collaboration avec l'ANSI (American National Standards Institute). Il s'agit en fait d'une version du langage intermédiaire entre les deux niveaux du langage définis dans la norme FORTRAN 66. 1966 : FORTRAN 66 (ANSI X3.9-1966) est la norme développée par l'ANSI, essentiellement basée sur FORTRAN IV. Elle définit en fait deux niveaux du langage : le FORTRAN proprement dit et une version simplifiée, le Basic FORTRAN. Le langage FORTRAN est le premier langage de programmation à avoir été normalisé. 1972 : l'ISO publie l'''ISO Recommendation for Fortran (R1539), constituée des deux niveaux du langage définis dans FORTRAN 66 et du niveau intermédiaire défini par l'ECMA FORTRAN. Mais il ne s'agit que d'une recommandation et il faudra attendre Fortran 90 pour que le langage devienne une norme ISO. 1977 : John Backus reçoit le Prix Turing pour « ses contributions profondes, influentes et durables à la conception de systèmes de programmation pratiques de haut niveau, notamment par ses travaux sur le FORTRAN, et pour ses publications pionnières sur les procédures formelles pour la spécification des langages de programmation. » 1978 : FORTRAN 77 (ANSI X3.9-1978) est une évolution majeure. Comme pour FORTRAN 66, la norme définit deux niveaux du langage : le FORTRAN complet, ou full language, et une version simplifiée, ou subset language. Cette norme inclut en particulier des extensions au langage introduites par les différents compilateurs depuis FORTRAN 66. Elle apporte, entre autres améliorations, la programmation structurée avec les blocs IF / THEN / ELSE / END IF, le type de données CHARACTER en remplacement des (qui sont supprimées de la norme), les fonctions LGE, LGT, LLE, LLT pour la comparaison des chaînes de caractères, l'attribut PARAMETER pour déclarer des constantes, l'attribut SAVE pour la persistance des variables locales, etc. Fin 1978, l'extension MIL-STD-1753 du département de la Défense américain introduit entre autres le END DO en FORTRAN 77 (bien que le label final reste obligatoire), les blocks DO WHILE / END DO, l'instruction INCLUDE, l'instruction IMPLICIT NONE et des fonctions pour manipuler les bits des entiers. Fortran moderne 1991 : Fortran 90 (ISO/IEC 1539:1991, puis ANSI X3.198-1992) est une version majeure ayant pour objectif de mettre Fortran au niveau des autres langages modernes. La norme apporte en particulier les modules, la récursivité, les arguments optionnels et nommés, la surcharge des opérateurs, une syntaxe pour le calcul sur les tableaux, l'allocation dynamique des tableaux grâce à l'attribut ALLOCATABLE, les types dérivés, l'attribut POINTER, l'instruction IMPLICIT NONE pour rendre obligatoire la déclaration des variables, les structures de contrôle SELECT CASE, les procédures SYSTEM_CLOCK et DATE_AND_TIME pour accéder à l'horloge du système, etc. Les restrictions concernant la mise en forme des programmes (colonnes 1 à 72) disparaissent : l'écriture se fait en format libre. Afin de rester compatible avec les nombreux codes industriels écrits en FORTRAN (Nastran, bibliothèques NAG et IMSL, etc.), Fortran 90 est conçu de telle façon que FORTRAN 77 en constitue un sous-ensemble. 1992 : IEEE 1003.9-1992, volet FORTRAN 77 de la norme POSIX. 1994 : ISO/IEC 1539-2:1994, qui définit des chaînes de caractères de longueur variable. Cette norme a été révisée en 2000. 1997 : Fortran 95 (ISO/CEI 1539-1:1997) : quoique mise à jour mineure, cette norme introduit en particulier les instructions FORALL et WHERE pour le calcul vectoriel, les procédures PURE et ELEMENTAL et rend obsolescentes certaines fonctionnalités telles que les boucles à compteur réel ou l'instruction PAUSE. La procédure CPU_TIME permet de mesurer le temps processeur utilisé par un segment de programme. 1999 : ISO/IEC 1539-3:1999, qui définit des directives de compilation conditionnelle. Cette norme a été révisée en 2011. 2004 : Fortran 2003 (ISO/CEI 1539-1:2004) est une révision majeure qui supporte la programmation orientée objet. L'interface avec le langage C est assurée par le module interne ISO_C_BINDING et les mots-clés BIND et VALUE, qui permettent à un programme Fortran d'accéder facilement aux bibliothèques disponibles en C. Les pointeurs de procédure permettent de choisir lors de l'exécution une procédure à exécuter. Les types dérivés sont améliorés, ainsi que les entrées/sorties. On peut désormais gérer les exceptions en calcul flottant de la norme IEEE 754. La norme apporte également la gestion des caractères ISO 10646, base de l'Unicode. L'intégration avec le système d'exploitation est améliorée avec l'introduction des instructions get_command_argument, get_command, et command_argument_count. 2010 : Fortran 2008 (ISO/CEI 1539-1:2010), initialement pensée comme une révision mineure, introduit finalement les co-tableaux (co-arrays) comme paradigme de programmation parallèle. Les traitements sur ces co-tableaux sont effectués par des images (instances parallèles d'un programme Fortran). Cette norme introduit également les boucles DO CONCURRENT pour la parallélisation des itérations sans interdépendance. Les modules peuvent désormais comporter des sous-modules. Et les structures BLOCK...END BLOCK permettent de déclarer des variables à portée limitée n'importe où à l'intérieur d'une routine. La modularité est améliorée par l'introduction des SUBMODULE. De nouvelles procédures intrinsèques sont introduites pour la gestion des bits. De nouvelles constantes sont ajoutées au module ISO_FORTRAN_ENV, en particulier les KIND des types d'entiers INT8, INT16, INT32, INT64 et de réels REAL32, REAL64, REAL128. 2018 : Fortran 2018 (ISO/CEI 1539-1:2018), considérée comme une révision mineure, introduit en particulier : ISO/IEC TS 29113:2012 Interopérabilité ultérieure de Fortran avec C ISO/IEC TS 18508:2015 Caractéristiques parallèles supplémentaires en Fortran : les images peuvent désormais être regroupées en équipes (teams) travaillant sur des tâches différentes. Avec les événements (events), une image peut poster un évènement à destination d'autres images, ou attendre de recevoir un évènement. Les sous-routines collectives (collective subroutines) permettent d'effectuer des tâches simples sur les résultats d'un ensemble d'images, par exemple calculer la somme des valeurs d'une variable dans les différentes images. ISO/IEC/IEEE 60559:2011 Systèmes de microprocesseurs — Arithmétique flottante 2021 : le planning pour la version suivante, informellement dénommée Fortran 202x, a démarré en juin 2017. Le document de travail du comité est disponible. La publication de la norme est prévue pour octobre 2023. Dans cette norme, la longueur maximale des lignes de programme passera de 132 à 10000 caractères. Gouvernance et communauté Gouvernance Fortran fait partie des langages normalisés depuis 1965 et est devenu une norme ISO depuis Fortran 90. La norme Fortran est gérée par le groupe de travail ISO/IEC JTC1/SC22/WG5, généralement simplement appelé WG5 (pour Working Group 5), qui charge le comité Fortran US INCITS PL22.3 (généralement appelé J3, en référence à son ancien nom ANSI X3J3) de développer le langage. Le WG5 est composé d'experts chargés de faire des recommandations pour faire évoluer le langage. Le J3 est composé de fabricants de matériel, d'éditeurs de compilateurs, d'utilisateurs issus aussi bien de l'industrie que du monde académique. Chaque révision de la norme peut ajouter de nouveaux paradigmes ou fonctionnalités, éventuellement déjà implémentées par les compilateurs sous forme d'extensions au langage, clarifier des points restés ambigus, mais aussi rendre obsolescentes d'anciennes fonctionnalités. En effet, depuis Fortran 90, les normes comportent systématiquement en annexes une liste des fonctionnalités supprimées et une liste des fonctionnalités obsolètes et donc susceptibles d'être supprimées dans une prochaine révision de la norme. Les compilateurs continuent néanmoins généralement de supporter ces fonctionnalités pour assurer la pérennité des codes déjà développés. Enfin, il s'écoule généralement plusieurs années entre la publication d'une nouvelle norme et la prise en charge intégrale de ses nouvelles fonctionnalités dans les compilateurs. En 1995, le WG5 met en place des rapports techniques de type 2 pour travailler sur des fonctionnalités importantes qui n'auront pas le temps d'être intégrées à la norme en cours de rédaction, mais en constitueront une extension qui pourra être intégrée dans la norme suivante. En 2019, un dépôt GitHub est créé afin que tous les utilisateurs du langage puissent proposer facilement au comité J3 des évolutions pour les normes futures. Il sert actuellement à proposer des nouveautés pour la norme Fortran 202Y qui succédera à Fortran 202X, comme par exemple l'amélioration de la programmation générique, les expressions conditionnelles, des valeurs par défaut pour les arguments optionnels, etc. Communauté Créé en juillet 1982, le bulletin mensuel FORTRAN Forum a été publié par le SIGPLan (Special Interest Group in Programming Languages) de l'ACM (Association for Computing Machinery) trois fois par an, jusqu'en avril 2020. Le 29 novembre 1983, un groupe de discussion net.lang.f77 est créé sur Usenet. Le 7 novembre 1986, il est renommé comp.lang.fortran et est toujours l'un des principaux canaux de communication de la communauté Fortran. La liste de diffusion comp-fortran-90 est dédiée aux questions concernant le Fortran à partir de la norme Fortran 90. On peut en consulter les archives jusque 1997, mais l'activité y est désormais très réduite avec seulement six messages postés en 2020. Un groupe Fortran Programmers est créé sur LinkedIn en juillet 2008. Le site Fortran Wiki est créé en octobre 2008. Il est édité par les utilisateurs du langage et propose de nombreuses ressources. Début 2020, une nouvelle communauté d'utilisateurs fortran-lang.org est créée afin de fédérer les efforts dans l'écosystème Fortran, sur le modèle de langages plus jeunes. En s'appuyant sur GitHub, elle développe en particulier une bibliothèque standard Fortran (stdlib) similaire à celle du C, un gestionnaire de paquets Fortran (fpm) faisant également office de système de compilation, le compilateur interactif LFortran, ainsi que des tutoriels pour apprendre le Fortran moderne. La communauté édite une lettre mensuelle résumant ses activités en cours et diffuse des informations sur Twitter. Une visioconférence mensuelle permet à ses membres de discuter des projets à mener. Son forum Fortran Discourse est devenu un lieu central de discussion pour la communauté Fortran. Les projets de la communauté ont reçu l'aide de cinq étudiants lors du Google Summer of Code 2021. Les efforts déployés par cette communauté expliquent en grande partie le retour en avril 2021 de Fortran à la place du top 20 de l'index TIOBE puis à la place en juillet 2021 et la en août 2021. LInternational Fortran Conference (FortranCon) est créée en 2020. Initialement prévue à Zurich début juillet 2020, elle a lieu en visioconférence à cause de la pandémie de Covid-19. La seconde édition, FortranCon 2021, a également lieu en visioconférence les 23 et 24 septembre 2021. Les vidéos des conférences sont disponibles sur la chaîne YouTube FortranCon. La prochaine édition est prévue pour 2023, un rythme d'environ dix-huit mois ayant été choisi. Applications Fortran est toujours l'un des langages les plus utilisés pour le calcul intensif, que ce soit pour l'astronomie, la modélisation climatique, la modélisation chimique, la modélisation en économie, la mécanique des fluides numérique, la physique numérique, l'analyse de données, la modélisation hydrologique, l'algèbre linéaire numérique et les bibliothèques numériques (LAPACK, IMSL et NAG), l'optimisation, la simulation de satellites, l'ingénierie des structures et les prévisions météorologiques. Les calculs peuvent aussi bien être réalisés sur des ordinateurs de bureau que sur des supercalculateurs. De nombreux tests de performance (benchmarks) destinés à évaluer les performances des nouveaux microprocesseurs sont écrits en Fortran. Code source : format et syntaxe Ancien format fixe Avant la norme Fortran 90, le FORTRAN, créé à l'époque des cartes perforées (en particulier avec le système FMS), utilise une mise en page adaptée à ces supports : la colonne 1 peut contenir la lettre C indiquant un commentaire. Le caractère * est aussi accepté ; les colonnes 1 à 5 peuvent contenir une étiquette numérique (facultative) de l'instruction, dont la valeur peut être limitée à ou suivant le compilateur ; la colonne 6 indique une suite de l'instruction précédente ; le code commence à partir de la et ne doit pas dépasser la . Les espaces n'ont pas de signification dans ces colonnes : une boucle DO 10 I=1,5 peut aussi s'écrire DO10I=1,5 (le 10 est ici l'étiquette obligatoire de fin de boucle) ; les colonnes 73 à 80 servent à l'identification et la numérotation des cartes perforées (souvent les trois initiales du projet, du chef de projet ou du programmeur, suivies de numéros de cinq chiffres attribués de dix en dix pour permettre des insertions de dernière minute). Les extensions de fichiers les plus courantes pour le format fixe sont .f et .for, mais ce n'est qu'une convention adoptée par la plupart des compilateurs. Rien n'empêche de les utiliser avec le format libre à condition d'en avertir le compilateur à l'aide de l'option adéquate. Fortran moderne Depuis la norme Fortran 90, le code source est écrit suivant un format dit libre : il n'y a plus de colonne particulière, les lignes font au maximum 132 caractères (mais elles peuvent être continuées à l'aide du caractère &), les commentaires sont introduits par un point d'exclamation (éventuellement disposé à la suite d'une instruction Fortran). L'extension de nom de fichier la plus courante est alors .f90, même si le programme utilise des fonctionnalités de normes plus récentes telles que Fortran 2018. program degrad ! ================================================= ! Imprime une table de conversion degrés -> radians ! avec 32 chiffres significatifs (réels 128 bits) ! ================================================= use iso_fortran_env, only: wp=>real128 implicit none ! Déclaration des variables integer :: deg real(wp) :: radians(0:90) ! Déclaration des constantes real(wp), parameter :: pi = 4.0_wp * atan(1.0_wp) real(wp), parameter :: coeff = (2.0_wp * pi) / 360.0_wp character(*), parameter :: ligne_horizontale = "(49('-'))" ! Remplissage du tableau : radians = [ (coeff * deg, deg=0,90) ] ! En-tête de la table write (*, ligne_horizontale) write (*, "('| Degrés |', 15(' '), 'Radians', 16(' '), '|')") write (*, ligne_horizontale) ! Affichage formaté do deg = 0, 90 write (*, "('| ', I2,' | ', F34.32,' |')") deg, radians(deg) end do ! Fin de la table write (*, ligne_horizontale) end program degrad Notes : ce programme est écrit en Fortran moderne. Il nécessite un compilateur implémentant les bases de la norme Fortran 2008 ; l'instruction use permet d'importer le module intrinsèque iso_fortran_env qui définit des constantes, en particulier pour les types de réels disponibles (real32, real64, real128). Ici seule est importée la constante real128 qui sera désignée par l'alias wp (working precision). Les nombres réels apparaissant dans le programme sont suffixés par cet alias afin de définir leur type. Il suffirait ainsi de remplacer real128 par real64 ou real32 pour modifier de façon cohérente la précision numérique utilisée dans l'ensemble du programme, pour autant que le compilateur prenne en charge la précision correspondante ; l'instruction implicit none, introduite dans la norme Fortran 90, rend la déclaration des variables obligatoire. Historiquement, celle-ci est en effet facultative : les variables dont le nom commence par une des lettres I, J, K, L, M ou N sont par défaut de type integer, les autres de type real. Ce mécanisme est désormais fortement déconseillé et l'instruction implicit none doit donc être systématiquement utilisée ; la déclaration se fait en début de routine. Le type de données et les noms de variables sont séparés par ::. On utilise les entiers par défaut pour deg. La numérotation des tableaux commence par défaut à 1 en Fortran mais ici on la fait commencer à 0 pour le tableau radians(0:90). Les constantes, qui peuvent être calculées, sont spécifiées par l'attribut parameter. Les chaînes de caractères sont de longueur fixe, mais ici l'étoile indique que la longueur de la chaîne doit être définie en fonction de la longueur de son contenu ; le contenu du tableau radians() est calculé à l'aide d'un constructeur, avec deg pour variable de boucle variant de 0 à 90. Le Fortran permettant de calculer directement sur des tableaux, on aurait pu écrire également radians = coeff * [ (deg, deg=0,90) ] ; l'instruction write se réfère à une unité d'entrée-sortie (* désigne le terminal) et une spécification de format. Ce format est ici stocké dans la chaîne ligne_horizontale et décrit qu'il faudra afficher 49 tirets. On aurait également pu utiliser une déclaration format située sur une autre ligne et précédée d'un label numérique ; l'instruction do deg = 0, 90 indique de répéter en boucle les instructions qui suivent (jusqu'au end do) pour toutes les valeurs de deg de 0 à 90 par pas de 1 ; le write à l'intérieur de la boucle permet d'écrire sur le terminal les valeurs des variables deg et radians(deg) en utilisant deux caractères pour deg (qui est un entier) et 34 caractères dont 32 après la virgule pour radians(deg) qui est un réel. Compilateurs De nombreux compilateurs commerciaux ou libres sont disponibles. Compilateurs actuels Compilateurs libres Avant sa version 4.0, le compilateur libre GCC incluait le compilateur g77 pour le FORTRAN 77, qui a été remplacé en 2005 par le compilateur GFortran, lui-même issu d'un fork réalisé en 2003 de G95, autre compilateur libre développé entre 2000 et janvier 2013. En septembre 2019, GFortran prend en charge quasiment intégralement Fortran 2003, presque tout Fortran 2008 et environ 20 % de Fortran 2018. Contrairement aux compilateurs Intel et Cray, il ne gère pas encore de façon native la programmation parallèle avec les co-tableaux mais nécessite l'installation de la bibliothèque OpenCoarrays. Omni Compiler est un méta-compilateur C et Fortran destiné à transformer du code contenant des directives XcalableMP et OpenACC en code parallèle natif. Compilateurs propriétaires On trouve de nombreux compilateurs commerciaux, parmi lesquels : Lahey, Absoft, (filiale de NVidia), NAG, etc. La plupart des fabricants de stations de travail ou d'ordinateurs destinés au calcul intensif, proposent également un compilateur de Fortran : Intel, IBM, Oracle (à la suite du rachat de Sun Microsystems), HPE Cray (Cray a été racheté par HP en 2019), etc. Le compilateur Intel Visual Fortran est l'héritier de DEC Visual Fortran, devenu Compaq Visual Fortran puis HP Visual Fortran. Certains de ces compilateurs commerciaux ont des versions gratuites pour une utilisation non commerciale : c'est le cas d'Oracle, Portland Group. On peut télécharger le compilateur BiSheng que Huawei a développé pour sa plateforme Kunpeng : pour le Fortran, il utilise Flang en frontal. Quant aux compilateurs Intel, ils sont depuis janvier 2021 gratuits pour tous les développeurs. Compilateurs en cours de développement Début 2021, de nouveaux compilateurs Fortran basés sur LLVM sont en développement : LFortran qui vise à permettre de tester du code de façon interactive, Flang et Intel Fortran Compiler ifx, le successeur d'ifort. Compilateurs en ligne Le Fortran fait partie des langages proposés par certains compilateurs en ligne, tels que codingground, OnlineGDB, JDOODLE et godbolt Compiler Explorer. Certains proposent le choix entre plusieurs compilateurs Fortran ou plusieurs versions d'un compilateur, ou permettent d'analyser le code avec un débogueur et de voir le langage machine généré. Ces outils permettent donc d'apprendre le langage sans installer de compilateur sur sa machine, ils permettent également de collaborer en ligne sur un projet. Compilateurs non maintenus est un compilateur Fortran 95 libre arrêté en 2011. Compilateur FORTRAN 77 libre Open Watcom : arrêté en 2010. : arrêté en 2013. HP. Unisys. Certains fabricants ont disparu, tels que CDC ou DEC. Outils de développement Éditeurs et environnements de développement intégrés La plupart des éditeurs de texte offrent une coloration syntaxique pour le Fortran : Emacs, Notepad++, Sublime Text, Vim, Neovim, Visual Studio Code... Parmi les environnements de développement intégrés, il existe une version de Code::Blocks dédiée au développement en Fortran. Il existe également une version d'Eclipse dédiée au Fortran, nommée Photran, mais dont la dernière version date de 2015. Sous Windows, le compilateur Intel Fortran est intégré à Visual Studio. Gestionnaire de paquets et systèmes de construction Les systèmes de construction de projet tels que CMake et Meson gèrent généralement le Fortran. L'utilitaire makedepf90 permet de générer des fichiers Make pour un projet Fortran. Mais Fortran dispose depuis fin 2020 du gestionnaire de paquets fpm (Fortran Package Manager), qui fait office également de système de construction de projet. Il est inspiré par l'outil Cargo du langage Rust. Il permet en particulier de gérer les dépendances, qu'il peut télécharger automatiquement depuis GitHub. Et il est lui-même écrit en Fortran. Vérification et analyse de code fpt est un outil d'analyse de code Fortran. On peut également citer CamFort, un projet universitaire libre, ftncheck, qui est limité au FORTRAN 77 et qui n'est plus développé depuis 2005. findent est un indenteur de code source qui peut également transformer l'ancien format fixe du Fortran en format libre. Plusieurs analyseurs de type lint sont disponibles : Flint et fortran-linter, logiciels libres écrits en Python, et FortranLint, produit commercial. Lizard est un analyseur de complexité cyclomatique qui prend en charge une vingtaine de langages, dont le Fortran. Débogage et profilage Pour le débogage, on peut par exemple utiliser les débogueurs GNU gdb ou idb (Intel Debugger). Pour le profilage sous système de type UNIX, on peut utiliser gprof et Valgrind. La couverture de code peut être évaluée avec . Préprocesseurs Fypp est un préprocesseur Python qui peut être utilisé avec n'importe quel langage, tout en étant avant tout destiné au langage Fortran. Il utilise la syntaxe du Python. Tests unitaires est un framework de tests unitaires, libre et initialement développé par la NASA. Le framework test-drive est utilisé dans les projets fpm et stdlib, et il prend en charge Meson, CMake et fpm. On peut également citer vegetables et FRUIT. Générateurs de documentation Parmi les générateurs de documentation gérant le Fortran, on peut citer Doxygen, FORD et ROBODoc. Outils spécifiques pour Windows Quickstart Fortran permet d'installer facilement sous Microsoft Windows, sans nécessiter les droits d’administration, les outils essentiels pour développer en Fortran : GCC-GFortran, Fortran Package Manager, Git for Windows, OpenBLAS (BLAS/LAPACK), GNU make. Il peut également faciliter l'installation d'Intel OneAPI et de la librairie stdlib en cours de développement. Bibliothèques Bibliothèques de calcul scientifique De nombreuses bibliothèques de calcul ont été développées en Fortran. Certaines sont développées, utilisées, testées et donc déboguées depuis des décennies, ce qui leur assure une très grande fiabilité. LAPACK (Linear Algebra Package) est une bibliothèque dédiée comme son nom l'indique à l'algèbre linéaire numérique. Basic Linear Algebra Subprograms (BLAS) est un ensemble de fonctions standardisées réalisant des opérations de base de l'algèbre linéaire. LINPACK est une bibliothèque de fonctions pour l'algèbre linéaire, et notamment la résolution numérique de systèmes d'équations linéaires. Physics Analysis Workstation (PAW). International Mathematics and Statistics Library (IMSL) est une bibliothèque logicielle d'objets utilisables pour le développement informatique d'applications d'analyse numérique. NAG Fortran Library propose plus de 1700 routines mathématiques et statistiques. SLATEC est une bibliothèque dans le domaine public proposant 1400 fonctions mathématiques, initalement développée en Fortran 77. Le code source a été adapté en Fortran moderne avec une version 4.2 datée de 2019. ... Bibliothèques graphiques Les normes Fortran n'incluant pas d'instructions graphiques ou d'instructions pour construire des interfaces graphiques, la visualisation peut se faire après exécution avec des outils externes tels que ParaView, ou en appelant des outils de tracé tels que Gnuplot via l'instruction EXECUTE_COMMAND_LINE(), ou enfin à l'aide de bibliothèques : DISLIN, créé par le Max Planck Institute for Solar System Research, permet de tracer des données et de réaliser des interfaces graphiques. Multiplate-formes (UNIX, Linux, FreeBSD, OpenVMS, Windows et MS-DOS). Fonctionne avec de nombreux compilateurs, ainsi que d'autres langages que le Fortran. Téléchargeable gratuitement depuis la version 11.3 de mars 2020. GINO permet de tracer des données et de réaliser des interfaces graphiques. Logiciel commercial pour Windows et Linux. GrWin Graphics Library : logiciel libre pour Windows. gtk-fortran est une bibliothèque sous licence libre GPL 3 permettant de créer des interfaces graphiques GTK en Fortran, grâce aux fonctionnalités d'interopérabilité Fortran / C introduites depuis la norme Fortran 2003. Multi-plateforme (Linux, Windows, macOS, FreeBSD, Raspberry Pi...). Supporte aussi bien GTK 3 que GTK 4, ainsi que la bibliothèque généraliste GLib et la bibliothèque PLplot. JAPI (Java Application Programming Interface) : interface Java/Fortran permettant de créer une interface graphique complète pour les programmes Fortran. Multiplate-formes (Windows, Linux, Solaris). Fonctionne avec de nombreux compilateurs (entre autres gfortran, Compaq Visual Fortran…). Logiciel libre sous licence LGPL. MATFOR : construction d'interfaces graphiques et bibliothèques numériques et graphiques pour Fortran et d'autres langages. Logiciel commercial pour Windows et Linux. ogpf permet d'accéder facilement à gnuplot depuis un programme Fortran, grâce à l'utilisation de la programmation orientée objet. Il peut être utilisé comme paquet fpm. : bibliothèque permettant de dessiner des graphiques scientifiques. Multilangage et multiplate-formes (Linux, OpenSolaris, Unix, MS-DOS, Windows, Mac OS X). Logiciel libre sous licence LGPL. Quickwin : bibliothèque graphique fournie avec le Compaq Visual Fortran (désormais Intel Visual Fortran). Ne fonctionne que sous Windows. Winteracter : construction d'interfaces graphiques et d'outils de visualisation. Logiciel commercial pour Windows, Linux et MacOS X. Début 2021, les bibliothèques suivantes ne sont plus maintenues depuis au moins 10 ans : f90gl : interface du Fortran 90 avec OpenGL, GLU et GLUT. Multiplate-formes. Fonctionne avec de nombreux compilateurs. Licence : domaine public. Ftcl : interface Fortran-Tcl/TK. gratuit, open-source. g2 graphical library : pour Linux, AIX, Digital Unix, SunOS, IRIX, OpenVMS, Windows. Logiciel libre sous licence LGPL. : bibliothèque de routines graphiques, interactive, gratuite, multiplate-forme, gère beaucoup de périphériques de sortie. pilib (Platform Independent Library for Fortran) : interface Fortran 90-95 / GTK. Développement arrêté. Logiciel libre. PSPLOT : générer des dessins en PostScript. SansGUI : interface commerciale pour Windows et Compaq Visual Fortran. Xeffort : bibliothèque graphique pour Visual Fortran. Logiciel libre pour Windows. Interopérabilité avec les autres langages Depuis Fortran 2003, l'interopérabilité du Fortran avec le langage C est normalisée. Le module intrinsèque ISO_C_BINDING définit des constantes de types telle que c_int ou c_double, des procédures et constantes permettant en particulier de gérer l'interopérabilité des pointeurs C et Fortran, ainsi que des constantes pour les caractères telles que c_null_char pour gérer l'échange des chaînes de caractères. Cette partie du langage a reçu des améliorations avec la norme Fortran 2018. Cette interopérabilité normalisée facilite d'une part l'appel des innombrables bibliothèques écrites en C, et d'autre part l'utilisation par d'autres langages de bibliothèques écrites en Fortran. Julia sait ainsi appeler des fonctions Fortran de manière native avec la function ccall(). Python peut utiliser des bibliothèques Fortran grâce à F2PY (Fortran to Python interface generator), qui fait partie de NumPy. Autres langages pour le calcul scientifique Le Fortran côtoie désormais de nombreux autres langages et logiciels pour le calcul scientifique, en particulier : C et C++, des langages interprétés tels que Python grâce à des bibliothèques telles que NumPy et SciPy, dont certaines parties sont d'ailleurs écrites en Fortran, Julia, R (langage), axé statistiques et analyse de données, des logiciels tels que Scilab, MATLAB ou GNU Octave. Scilab et MATLAB incorporent d'ailleurs les bibliothèques BLAS et LAPACK, développées en Fortran. MATLAB était à l'origine un programme en Fortran, distribué aux universités et aux centres de recherche. Par ailleurs, d'autres langages ont été développés dans les années 2000 pour faciliter la programmation parallèle sur les superordinateurs, avant la parution de la norme Fortran 2008. On peut citer X10, développé par IBM depuis 2004, et Chapel, développé par Cray depuis 2009. Un autre langage, Fortress, apparu en 2006 et développé par Sun Microsystems, a été abandonné en 2012. Ces trois langages font partie du projet de la DARPA. Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie Articles connexes Fortran 90 Fortran 95 Netlib est un site qui offre une collection de bibliothèques de fonctions pour le calcul numérique. Autres liens externes Cours de Fortran de l'IDRIS (CNRS). Fortran sur le Wiki ubuntu-fr : cette page décrit l'installation et l'utilisation des outils Fortran sur une distribution Linux Ubuntu. Blog Dr. Fortran de Steve Lionel, responsable depuis 2018 du Working Group WG5'' pour l'élaboration des normes Fortran. Comparaison de différents compilateurs Fortran. Langage Fortran Langage de programmation Norme ISO Norme CEI Éponyme d'un objet céleste
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinand%20de%20Saussure
Ferdinand de Saussure
Ferdinand de Saussure, né à Genève le et mort à Vufflens-le-Château le , est un linguiste suisse. Reconnu comme le précurseur du structuralisme en linguistique, il s'est aussi distingué par ses travaux sur les langues indo-européennes. On estime (surtout en Europe) qu'il a fondé la linguistique moderne et établi les bases de la sémiologie. Dans son Cours de linguistique générale (1916), publié après sa mort par ses élèves, il définit certains concepts fondamentaux (distinction entre langage, langue et parole, entre synchronie et diachronie, caractère arbitraire du signe linguistique, etc.) qui inspireront non seulement la linguistique ultérieure mais aussi d'autres secteurs des sciences humaines comme l'ethnologie, l'analyse littéraire, la philosophie et la psychanalyse lacanienne. Biographie Issu d'une famille genevoise d'illustres savants, Ferdinand de Saussure est né en 1857. Il est le fils de Henri de Saussure, entomologiste et de Louise de Pourtalès, le frère de Léopold de Saussure et de René de Saussure, espérantophone. On peut également noter dans sa généalogie Horace-Bénédict de Saussure, naturaliste et géologue, son arrière-grand-père, considéré comme l'un des fondateurs de l'alpinisme, et le fils de ce dernier Nicolas Théodore de Saussure, chimiste et botaniste. Il se marie avec Marie Faesch (1867-1950). Ils ont trois enfants, Jacques de Saussure, Raymond de Saussure, médecin et psychanalyste, et André de Saussure. Après avoir achevé ses études secondaires au collège de Genève, il se rend en 1875 à Leipzig où se trouvait la plus célèbre université de philologie de l'époque, puis un semestre à Berlin avec Heinrich Zimmer et à Paris. En 1877, Ferdinand de Saussure communique à la Société de Linguistique de Paris son premier article qu'il développera dans son Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes paru à Leipzig. Deux ans plus tard, il présente également à Leipzig sa thèse de doctorat : De l'emploi du génitif absolu en sanscrit. La carrière française de Ferdinand de Saussure a commencé à Paris, avec l'enseignement de grammaire comparée qu'il a donné à l'École Pratique des Hautes Études de 1881 à 1891, entre ses vingt-quatre et trente-quatre ans, et qui a eu pour le développement de la linguistique française une importance décisive. Il y enseigna la linguistique indo-européenne, avant de retourner en Suisse. Il enseigna à l'université de Genève jusqu’à sa mort, le sanskrit, le lituanien et la linguistique générale entre autres. Il mourut en 1913 à Vufflens-le-Château dans le canton de Vaud d’une maladie pulmonaire, probablement un cancer du poumon. Ferdinand de Saussure est l'un des linguistes les plus cités au monde, ce qui est remarquable car il n'a guère publié de son vivant. Même ses quelques articles scientifiques ne sont pas sans problème. Ainsi, par exemple, sa publication sur la phonétique lituanienne est prise en gros d'après les études du chercheur lituanien Friedrich Kurschat, avec qui Saussure a voyagé, en en Lituanie pendant deux semaines et dont Saussure avait lu les livres en langue allemande. Saussure, qui avait étudié la grammaire de base de la langue lituanienne à Leipzig pendant un semestre était néanmoins incapable de parler la langue, et était donc dépendant de Kurschat. On peut également se demander dans quelle mesure le Cours lui-même est dû à Saussure (seulement). Des études ont signalé qu'au moins la version actuelle et son contenu trouvent plus probablement leur origine chez les éditeurs Charles Bally et Albert Sechehaye. Les travaux de Ferdinand de Saussure et ses successeurs Bally et Sechehaye, pris comme un ensemble forment l'école linguistique de Genève, ou simplement, l'école de Genève. Travaux Les Anagrammes Avant de travailler au Cours de linguistique générale, Saussure se livre à des études sur la poésie antique (vers saturnien, poésie homérique, poésie latine, métrique védique). Il cherche à montrer l'existence de contraintes phoniques particulières en plus des règles de métriques et de quantité. Son intuition est qu'un mot sous-jacent (hypogramme) détermine la configuration des sons dans les poèmes. Chaque vers doit reprendre les phonèmes présents dans le mot déterminant. Par exemple, le vers oraculaire « Ad mea templa portato », rapporté par Tite-Live, contient l'anagramme d'Apollon (Apolo). Apo se lit dans « templa portato », le l dans « templa », le o long dans « portato ». Le premier éditeur de ce texte, Jean Starobinski, n'a pas manqué de signaler le caractère douteux d'une telle méthode, qui peut mener à trouver partout des « hypogrammes », en les projetant dans le texte. Saussure émet également l'hypothèse que la métrique védique a recours aux anagrammes pour insérer, sous toutes ses formes grammaticales, le nom du dieu auquel les vers sont consacrés. La poésie védique serait ainsi liée selon lui aux premiers linéaments de la science du langage indienne. Sources Le Cours de linguistique générale constitue le document le plus important dont le dispose pour connaître la pensée de Saussure. Cependant ce texte n'est pas rédigé par Saussure, mais par deux disciples, Charles Bally et Albert Sechehaye, qui, en se fondant sur les notes des étudiants, rédigèrent un texte censé rendre compte de sa pensée. Ce n'est que dans les années soixante que commence à se développer une étude plus précise des sources, visant à identifier, à partir de ses propres manuscrits, les idées appartenant à Saussure. Langage, langue et parole La fin ultime de Saussure est de proposer une théorie cohérente du langage, qui sera à même de saisir son objet avec la plus grande rigueur et netteté possibles, en distinguant le phénomène linguistique de tout phénomène connexe. Cela amène Saussure à distinguer le langage des langues. Par langage, Saussure entend la faculté générale de pouvoir s'exprimer au moyen de signes. Cette faculté n'est pas propre aux langages naturels mais elle caractérise toute forme de communication humaine. Par langue, Saussure entend en revanche un ensemble de signes utilisés par une communauté pour communiquer : le français, l'anglais ou l'allemand, pour ne citer que quelques exemples. Mais au-delà de cette distinction, Saussure différencie en outre la langue et la parole. La parole est, pour lui, l'utilisation concrète des signes linguistiques dans un contexte précis. Par ce concept de parole, Saussure tente de distinguer l'usage concret du langage de la langue elle-même, entendu comme ensemble de signes. Synchronie et diachronie La langue a une dimension diachronique (évolution des signes au cours du temps) et une dimension synchronique (rapports entre les signes à un instant donné). C'est dans l'étude de ce second aspect que Saussure a particulièrement innové. Selon lui, la perspective diachronique doit être étudiée, certes, mais elle ne permet pas de rendre compte du fait que la langue est un système. Elle prend en effet uniquement en compte les modifications au cours du temps ; l'approche synchronique montre, elle, que la signification des signes dépend de la structure de l'ensemble de la langue. La langue comme système La théorie linguistique de Saussure est nettement sémiotique dans la mesure où elle interprète la langue comme un ensemble de signes. Le linguiste distingue dans le signe deux éléments : le signifié et le signifiant. Ainsi que l'écrit Saussure : « Le signifié et le signifiant contractent un lien ». Pierre Legendre, qui analyse la « facture institutionnelle du langage » relève à ce propos que le rapport entre le signifié et le signifiant est un « rapport d'obligation », il s'agit d'un « lien de légalité ». Est posée la nécessité logique d'un garant, autrement dit d'une instance tierce, qui vienne accréditer le rapport signifié–signifiant. Signifié Le signifié désigne le concept, c'est-à-dire la représentation mentale d'une chose. Contrairement à une idée répandue, la langue n'est pas un répertoire de mots qui refléteraient les choses ou des concepts préexistants en y apposant des étiquettes. Si c'était le cas, les mots d'une langue, mais aussi ses catégories grammaticales auraient toujours leur correspondant exact dans une autre. Cette observation conduit Saussure à distinguer signification et valeur : « mouton » et « sheep » ont le même sens, mais non la même valeur, puisque l'anglais pour sa part distingue sheep, l'animal, de sa viande, mutton ; il en est aussi ainsi de l'opposition passé défini (simple)–passé, et indéfini (composé)-passé qui expriment une opposition d'aspect en anglais ou en castillan et une valeur d'usage (écrit–oral) en français contemporain. Ainsi le contenu (le signifié) est un concept défini négativement du fait de l'existence ou de l'absence dans une langue d'autres concepts qui lui sont opposables. Signifiant Le signifiant désigne l'image acoustique d'un mot. Ce qui importe dans un mot, ce n'est pas sa sonorité en elle-même, mais les différences phoniques qui le distinguent des autres. Sa valeur découle de ces différenciations. Chaque langue construit son lexique à partir d'un nombre limité de phonèmes, caractérisés comme les signifiés, non par leur qualité propre et positive, mais par ce qui les oppose : rouler un « r » en français est sans conséquence pour la compréhension ; ne pas le faire en arabe conduit à des confusions, puisque cette langue comporte à la fois une apicale vibrante [r] (« r » roulé) et une fricative vélaire sonore [ġ] (proche du « r » grasseyé français). Les mots rasīl (messager) et ġasīl (lessive) ne se distinguent que par l'opposition r–ġ. Le signe pris dans sa totalité L'idée fondamentale de Saussure est que la langue est un système clos de signes. Tout signe est défini par rapport aux autres, par pure différence (négativement), et non par ses caractéristiques propres (positivement) : c'est pourquoi Saussure parle de « système ». Nommé pourtant (après sa mort) « père du structuralisme », il n'a jamais, à aucun moment, et c'est notable, utilisé le terme de « structure » : il a toujours parlé de « système ». Arbitraire du signe Le langage découpe simultanément un signifiant dans la masse informe des sons et un signifié dans la masse informe des concepts. Le rapport entre le signifiant et le signifié est arbitraire et immotivé : rien, a priori, ne justifie, en français par exemple, qu'à la suite de phonèmes [a-R-b-R] (le signifiant, en l'occurrence, du signe « arbre ») on associe le concept d'« arbre » (le signifié). Aucun raisonnement ne peut conduire à préférer [bœf] à [ɒks] pour signifier le concept de « bœuf ». Saussure se situe, du point de vue épistémologique, dans le nominalisme. Deux axes : rapports syntagmatiques et rapports associatifs Unité linguistique Un discours étant composé d'une succession de signes, Saussure pose la question de la délimitation du signe, indispensable à la compréhension de la chaîne parlée (l'oreille ne peut le distinguer s'il relève d'une langue inconnue). Il est ainsi amené à définir l'unité linguistique comme une tranche de sonorités qui est, à l'exclusion de ce qui précède et de ce qui suit, le signifiant d'un certain concept (le signifié). Ainsi le segment sonore : [ʒ(ə)lapʁɑ̃] (en alphabet phonétique international) est analysé par un francophone en trois unités linguistiques : « je/la/prends/ », ou « je/l/apprends » (le choix entre ces découpages se faisant en fonction du contexte). Pour parvenir à cette analyse, la langue établit entre les unités de sens deux sortes de rapports, indispensables l'un à l'autre. Rapports syntagmatiques Les unités linguistiques s'enchaînent l'une à l'autre dans le déroulement de la chaîne parlée et dépendent l'une de l'autre. Toute combinaison de deux ou plusieurs signes linguistiques constitue un syntagme. Tout signe placé dans un syntagme tire sa valeur de son opposition à ce qui précède, à ce qui suit ou aux deux : « re-lire », « contre tous », « s'il fait beau » sont des syntagmes composés de deux unités linguistiques ou davantage. On parle de rapports syntagmatiques. Rapports associatifs (ou paradigmatiques, dénomination post-saussurienne) Les éléments ainsi combinés sont par ailleurs associés chez le locuteur à d'autres qui appartiennent à des groupes multiformes : « enseignement » est relié aussi bien à « enseignant » par parenté qu'à « armement », « chargement »… par suffixation identique ou qu'à « apprentissage », « éducation »… par analogie des signifiés. Alors que les rapports syntagmatiques sont directement observables (in praesentia), les rapports associatifs sont virtuels, sous-jacents (in absentia). Ces deux types de rapports coopèrent ; la coordination dans l'espace (rapports syntagmatiques) contribue à créer des associations (rapports associatifs) et celles-ci sont nécessaires au repérage et à l'analyse d'un syntagme. Dans le segment sonore [kevuditil] (Que vous dit-il ?), [vu] (vous) est analysé comme unité de sens parce qu'il s'associe à « me », « te », « lui »… qui lui sont opposables : ils pourraient se substituer à [vu] et s'excluent mutuellement. Mais sans la présence de ce qui précède et suit (rapport syntagmatique), [vu] ne peut être perçu comme unité linguistique : c'est le cas dans le syntagme [jəlevu] parce que la combinaison [levu] ne constitue pas un syntagme. Linguistique et sémiologie Ferdinand de Saussure a toujours insisté sur les rapports entre linguistique et sémiologie. Par sémiologie, il entend la science sociale qui étudie les signes de manière générale. La linguistique n'était aux yeux de Saussure qu'une branche de la sémiologie. Cependant la linguistique en constitue la branche la plus développée, et la plus importante, en raison de la complexité du langage humain. Postérité La postérité de Saussure fut immense et on reconnaît en lui, généralement, le fondateur du structuralisme, bien que ce mot lui soit postérieur (il parle de la langue comme système). Le structuralisme fut un mouvement de pensée représenté dans différentes branches des sciences humaines : Claude Lévi-Strauss, en ethnologie, Louis Hjelmslev, en linguistique, Tzvetan Todorov, en analyse littéraire, Jacques Lacan, en psychanalyse et Michel Foucault et Jacques Derrida en philosophie, s'y illustrèrent. Dans le cadre de l'anthropologie dogmatique, Pierre Legendre élabore son analyse du langage à partir des apports de Saussure : Bibliographie Les publications de Saussure de son vivant sont le Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes, sa thèse De l'emploi du génitif absolu en sanscrit, et de nombreux articles réunis dans le Recueil des publications scientifiques. Le Cours de linguistique générale a en fait été rédigé après sa mort, par deux de ses collègues sur la base des notes des étudiants, prises aux cours de linguistique générale donnés par Saussure. Toutefois, il existe un important fonds de manuscrits saussuriens à la Bibliothèque de Genève et la famille a donné en particulier un ensemble de documents tout récemment, en 1996 et en 2008. Ces manuscrits ont été publiés depuis 1958 par plusieurs auteurs, notamment Rudolf Engler, qui publia également une toute petite partie des nouveaux documents en collaboration avec Simon Bouquet dans le livre Écrits de linguistique générale chez Gallimard en 2002. En 2020, François Vincent retrouve et distingue les varias du cours I de ceux du cours II, ce qui permet d'étudier en dans tous les détails possible l'évolution de l'exposé du maître de cours en cours (La trilogie achevée). La revue Langage (édition Larousse) a proposé un ensemble de contributions importantes sous la direction de Jean-Louis Chiss et Gérard Dessons (Daniel Delas, Claire Joubert, Henri Meschonnic, Christian Puech et Jürgen Trabant) à propos de cette publication dans numéro 159 (« Linguistique et poétique du discours à partir de Saussure ») en septembre 2005. Poèmes et contes écrits par Saussure dans son adolescence, ainsi qu'un ensemble de lettres de jeunesse ont paru dans la biographie réalisée par C. Mejia Quijano en 2008. Auparavant, Jean Starobinski a publié des inédits de Saussure se rapportant à sa passion pour la littérature latine : Jean Starobinski, Les mots sous les mots. Les anagrammes de Ferdinand de Saussure, éd. Flammarion, 1971, coll. « Chemin », . Œuvres Cours de linguistique générale, éd. Payot, 1995. Phonétique: , Houghton Library bMS Fr 266(8), édition Maria Pia Marchese, Firenze, Unipress, 1995. Écrits de linguistique générale, établis et édités par Simon Bouquet et Rudolf Engler (avec la collaboration d'Antoinette Weil), Paris, Gallimard, 2002. Anagrammes homériques, édition Pierre-Yves Testenoire, Limoges, Lambert Lucas, 2013. Une vie en lettres 1866 – 1913. Diachronie dressée par Claudia Mejía Quijano, ed. Nouvelles Cécile Defaut, 2014, . El primer curso. Lingüística general de Ferdinand de Saussure, Louis Caille y Albert Riedlinger. Édition bilingue par Claudia Mejía Quijano, Daniel Jaramillo et Alexander Pérez. Medellín, Editorial Semsa, 2019 . Études Sémir Badir, Saussure : la langue et sa représentation, Paris, L’Harmattan, 2001. Sandrine Bédouret-Larraburu, Gisèle Prignitz, En quoi Saussure peut-il nous aider à penser la littérature ? (articles de Michel Arrivé, Gérard Dessons, Pierre-Yves Testenoire, Francis Gandon, Daniel Delas, Jaeryong Cho, Serge Martin, Chloé Laplantine, Laurent Mourey, Jean-Gérard Lapacherie), Presses Universitaires de Pau, 2012. Simon Bouquet, Introduction à la lecture de Saussure, Payot, 1997. Federico Bravo, Anagrammes, Sur une hypothèse de Ferdinand de Saussure, Lambert-Lucas, 2011, 280 p. Louis-Jean Calvet, Pour et contre Saussure : vers une linguistique sociale, Payot, 1975 Marc Décimo, Sciences et pataphysique, t. 2 : Comment la linguistique vint à Paris ?, De Michel Bréal à Ferdinand de Saussure, Dijon, Les Presses du réel, coll. Les Hétéroclites, 2014 . Françoise Gadet, Saussure, une science de la langue, PUF, 1987. Robert Godel, Les sources manuscrites du Cours de linguistique générale, Droz, 1969. Michel Arrivé, À la recherche de Ferdinand de Saussure, PUF, 2007. Louis de Saussure, Ferdinand de Saussure et son héritage: une dynastie de savants, Bulletin trimestriel de l'ANRB, Bruxelles, , avril 2019. Michel Arrivé, Du côté de chez Saussure, Lambert-Lucas, 2008. Claudine Normand, Ferdinand de Saussure, critique et interprétation, Les Belles Lettres, 2000. Maurice Pergnier, De Saussure à Saussure, Lausanne, l'Âge d'Homme, 2012 Claudia Mejia Quijano, Le cours d'une vie. Portrait diachronique de Ferdinand de Saussure, t. 1 : Ton fils affectionné, France, Cécile Défaut, 2008. Claudia Mejia Quijano, Le cours d'une vie. Portrait diachronique de Ferdinand de Saussure, t. 2 : Devenir père, France, Cécile Défaut, 2011. Pierre-Yves Testenoire, Ferdinand de Saussure à la recherche des anagrammes, Limoges, Lambert Lucas, 2013. Arild Utaker, La Philosophie du langage, Une archéologie saussurienne, Paris, « Pratiques théoriques », PUF, 2002. Dimitar Vesselinov, Les étudiants bulgares de Ferdinand de Saussure, Sofia, Ciela, 2008, 400 p. François Vincent, Ferdinand de Saussure : Le premier cours de Linguistique générale — la trilogie achevée, Paris, ECED, 2021, 809 p. Études en Anglais Henri Wittmann, Historiographia Linguistica, New tools for the study of Saussure's contribution to linguistic thought, 1, 1974, . Notes et références Voir aussi Articles connexes Communication Langue | Parole Linguistique Sémiologie Sens | Signe | Signifiant | Signifié (13580) de Saussure Liens externes Bibliothèque de Genève numérique, Ferdinand de saussure (1857-1913) Sandrine Tognotti, Université de Genève, 1997. Célèbre texte écrit par Greimas sur le Cours de linguistique générale. Texte en ligne à propos du Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes Texte de Hjelmslev à propos de la distinction saussurienne entre langue et parole Site du Cercle Ferdinand de Saussure, association savante qui promeut l'étude de la pensée saussurienne et de ses développements. Linguiste suisse Sémiologue Famille de Saussure Professeur à l'université de Genève Naissance en novembre 1857 Naissance à Genève Décès en février 1913 Décès dans le canton de Vaud Décès à 55 ans
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusajir%C5%8D%20Yamauchi
Fusajirō Yamauchi
est le fondateur de la société Nintendo. Il habitait à Kyōto au Japon et n'a eu qu'une seule fille, Tei Yamauchi qui épousa Sekiryo Kaneda. Il est l’arrière grand-père de Hiroshi Yamauchi. En 1889, il crée la société Nintendo Koppai dont le but est de produire un jeu de cartes, les Hanafuda. Ces cartes rencontrèrent très vite un grand succès et Fusajiro ouvrit deux boutiques de ventes à Kyōto et une à Ōsaka. En 1907, Fusajirō agrandit sa société en exportant ses cartes à l'étranger. Fusajirō prit sa retraite en 1929 et fut remplacé par son gendre, Sekiryo Kaneda. Il meurt le jour de l'an, le 1940, à l'âge de 80 ans. Voir aussi Tristan Gaston-Breton, « Hiroshi Yamauchi, des cartes à jouer au jeu vidéo », Les Échos, 8 août 2017. Chef d'entreprise japonais Personnalité de Nintendo Naissance en novembre 1859 Décès en janvier 1940 Décès à 80 ans Naissance à Kyoto Décès à Kyoto
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Famicom
Famicom
La , abréviation de , est une console de jeux vidéo créée par Nintendo en 1983. En Europe, au Canada et aux États-Unis, la console est complètement réétudiée. Elle adopte un nouveau design et des caractéristiques légèrement différentes. Elle est rebaptisée Nintendo Entertainment System ou NES. En Inde, la Famicom prend le nom de Tata Famicom et en Corée du Sud celui de Hyundai Comboy. Historique À sa sortie au Japon, la Family Computer se vend à en deux mois. Son succès vient de sa supériorité technique par rapport à la concurrence et de son prix de , deux fois moins chère que la moyenne des autres consoles présentes sur le marché japonais en 1983. Cependant, imitant Nintendo, Sega sort la Sega Mark III (Master System en Europe et aux États-Unis). Nintendo élargit sa clientèle en exportant la console en 1985 aux États‑Unis, rebaptisée Nintendo Entertainment System. Nintendo, et son patron Hiroshi Yamauchi, sont persuadés qu'un bon catalogue de jeux est le principal argument de vente. Cette console est un succès commercial, Nintendo estimant en avoir vendu 62 millions. À la fin des années 1980, au Japon et aux États-Unis, un foyer sur trois était équipé de Famicom. À l'époque, Nintendo fut l'entreprise japonaise la plus rentable, devant Toyota. Plus de furent développés pour cette console. Il existe plusieurs versions de la console : la Family Computer au Japon, la Nintendo Entertainment System en Europe, au Canada, aux États‑Unis et en Australie, la Famicom AV qui est une version relookée et la Twin Famicom qui regroupe la console et le Famicom Disk System en une seule machine. Spécifications techniques Processeur principal : 8 bits Ricoh 2A03 basé sur le noyau d'un processeur MOS Technologies 6502, cadencé à (NTSC) ou (PAL) Mémoire vive : Vidéo : 8-bits PPU (Picture Processor Unit) de Ricoh Mémoire vidéo : Définition : 256×240 Palette de couleurs : 52 couleurs (palette non standard RVB) Sprites supportés par le matériel : Nombre maximal de sprites à l'écran : 64 Nombre maximal de sprites par scanline : 8 Taille des sprites : 8×8 ou 8×16 pixels (taille globale pour tous les sprites à la fois) Nombre de couleurs différentes affichables par sprite : 3 Audio : son PSG spécifique intégré au CPU (2a03) Un total de 5 voies programmables réparties comme suit: 2 voies de forme d'onde "square" 1 voie de forme d'onde "triangle" 1 voie de type bruit blanc (noise) 1 voie PCM Contrôleurs : 4 touches directionnelles A, B, select, start Ports : 2 ports manettes (sauf le premier modèle, manettes soudées), port d'extension (lunettes 3D, clavier…) Support utilisé pour les jeux : Cartouche| (Disquettes avec le Famicom Disk System) Le processeur (6502) est américain, utilisé par Apple Computer pour les Apple 2. La définition : 256 × 240 pixels est énorme pour l'époque. La différence entre les versions Famicom et NES se situe surtout au niveau du design, pas au niveau de l'architecture, quasiment identique. Les cartouches La Famicom bénéficia de 6 modèles de cartouches, qui se différencient au niveau de la capacité de stockage, mais pas seulement. La puce évolue aussi selon les évolutions des techniques de développement. La première génération est la cartouche MMC1, utilisée notamment pour The Legend of Zelda. Elle utilise la technique dite du bankswitching, qui permet de jongler entre plusieurs mémoires, comme toutes ses remplaçantes. Elle contient une mémoire RAM pour les sauvegardes et une mémoire totale de . La deuxième génération est la MMC2 avec une mémoire de 32 × 16 kbit, et permet des sprites plus grands. La MMC3, permet l'affichage de deux écrans séparés, comme dans Super Mario Bros. 3. La MMC4 est plus anodine. En revanche, la MMC5 porte la mémoire à 1 Mbit, améliore le système de sauvegarde et offre de meilleurs graphismes. Konami a aussi développé sa puce, la LSI, qui améliore le son. Accessoires En premier lieu, une invention révolutionnaire pour l'époque, le Famicom Disk System. Celui-ci se branche sur le port cartouche, afin d'utiliser des disquettes , effaçables et ré-inscriptibles. Il connut un fort succès au Japon. De plus Nintendo mettait à disposition des joueurs les bornes Disk Writer, pour enregistrer des jeux sur les disquettes à bas prix. Plus étonnant, le Robotic Operation Buddy (communément appelé R.O.B.) développé par Gunpei Yokoi et son équipe, un robot qui se dirigeait par rapport à la lumière émise par la télé. Plus classique, le Zapper, un pistolet optique. Celui-ci réagit à des couleurs envoyées par la télé. La console pouvait être pourvue de quatre manettes grâce au pad Satellite, mais aussi d'un clavier nommé Miracle, d'une manette sans fil Double Play Acclaim, sans oublier le Power Glove. D'autres accessoires dévelopés par Nintendo ont vu le jour exclusivement au Japon, permettant d'étendre les fonctionnalités de la console, comme le Family BASIC, fourni avec un clavier et une cartouche permettant les sauvegardes ou encore le Famicom Modem, permettant de se connecter à un réseau propriétaire proposant des services d'information basiques (bourse, météo, paris équestres, etc.). Les accessoires les plus anecdotiques : Family Fun Fitness (tapis de jeu électronique), U‑Force (détection infra‑rouge des mouvements de la main), et surtout le Teleplay System, pour les jeux en réseaux (à deux) via la ligne téléphonique. Autres médias La Famicom fait une courte apparition au début du film japonais Super Mario Bros. : Peach-Hime Kyushutsu Dai Sakusen! où Mario y joue plusieurs heures à un jeu, on distingue la manette et la console sous la TV. Notes et références Bibliographie Voir aussi Articles connexes Twin Famicom C1 NES TV NES Produit lancé en 1983 Produit arrêté en 2003
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Federal%20Bureau%20of%20Investigation
Federal Bureau of Investigation
Le (qui est littéralement traduit par « Bureau fédéral d'enquête »), ou très couramment nommé par son sigle (), est, aux États-Unis, le principal service fédéral de et un service de renseignement intérieur. En 2010, la juridiction du FBI recouvre plus de deux cents catégories de crimes fédéraux, faisant du FBI l'organisme d'enquête majeur du gouvernement américain. Ses attributions incluent l'antiterrorisme, le contre-espionnage, le crime informatique et la médecine légale. Établi en 1908, comme (, littéralement « Bureau d'enquête »), ce service est rebaptisé en 1935. Son siège est situé à Washington, et ses bureaux sont disséminés dans plus de quatre cents villes américaines, et cinquante ambassades dans le monde. Le sceau du FBI a été créé par le chef illustrateur Leo Joseph Gauthier et est utilisé pour la première fois en 1941. Sur le listel situé sous le blason est inscrit en anglais la devise du service qui est : Fidelity, Bravery, and Integrity . Présentation Le FBI est sous la tutelle du département de la Justice des États-Unis qui lui accorde son budget et définit ses priorités. Les activités du FBI portent notamment sur : l'antiterrorisme ; le contre-espionnage ; le crime organisé (mafia) ; les enlèvements (après celui du fils de Charles Lindbergh en 1932) ; le crime en col blanc et la criminalité financière ; la collecte de renseignements généraux sur le FBI. Son siège est dans l'immeuble J. Edgar Hoover Building à Washington et son centre de formation est à Quantico en Virginie. Sa devise officielle est . En 1918, au sortir de la Première Guerre mondiale, le Bureau dispose d'environ 500 agents. En 1996, il comptait environ agents et employés, ainsi que 500 bureaux, dont 23 à l'étranger. En 2005, il comptait agents et autres employés, dont de nombreux ingénieurs, médecins légistes, informaticiens et avocats. Seuls 15 agents, en 2005, étaient affectés à la surveillance des fraudes sur les hypothèques (l'une des causes de la crise des subprimes). Elle dispose aujourd'hui, concernant la délinquance en col blanc, de centaines d'agents de moins que pendant la crise des Savings & Loans des années 1980-1990. De ce fait, l'agence se fait parfois assister, concernant cette délinquance, par des entreprises de sécurité privées (dont Kroll). Au 30 avril 2012, le FBI employait employés ( agents spéciaux et employés de soutien) et son budget était 8,1 milliards de dollars américains. Le FBI disposait de 56 bureaux régionaux et de 380 agences locales aux États-Unis, ainsi que de 60 bureaux en dehors des États-Unis au sein des ambassades ou des consulats. Émergence L'ancêtre du FBI, le « Bureau of Investigation » (BOI), a été créé le par Charles Joseph Bonaparte-Patterson, petit-neveu de et procureur général des États-Unis sous la présidence de Theodore Roosevelt, pour lutter contre le crime organisé à partir d'un groupe d'agents du United States Secret Service. Son siège était alors installé dans l'immeuble du département de la Justice, à Washington. L'origine même du BOI remonte à la décision de la Cour suprême de 1886, Wabash, St. Louis & Pacific Railroad Company v. Illinois (1886), qui décréta alors que les États fédérés n'avaient pas le droit de réguler le commerce inter-étatique. L'année suivante, le Congrès passa l'Interstate Commerce Act (« Loi sur le commerce inter-étatique », 1887), rendant l'État fédéral responsable de l'application de la loi dans les cas inter-étatiques. Mais jusqu'à l'arrivée de Charles J. Bonaparte-Patterson en tant que secrétaire de la Justice, le département de la Justice se contentait d'effectifs limités pour assurer cette fonction. Bonaparte-Patterson fit alors appel à diverses autres agences, dont le Service secret, afin d'obtenir des enquêteurs, mais, en 1908, le congrès vota une loi interdisant au département de la Justice de faire appel à des employés du Trésor. C'est alors que le secrétaire de la Justice Bonaparte-Patterson créa le BOI en y intégrant ses propres agents spéciaux, issus des Services secrets (lesquels acceptèrent de transférer douze de leurs agents au BOI). Ainsi, les agents du FBI étaient originellement des agents des Services secrets, et dépendaient, juridiquement, de l'Interstate Commerce Act de 1887. La première mission officielle du BOI fut de visiter les maisons de tolérance et d'établir des registres de celles-ci, afin de préparer l'application du Mann Act du 25 juin 1910 (ou White Slave Traffic Act, « loi sur la traite des blanches »). Le BOI a pour principal rôle original de lutter contre la corruption et contre les « voleurs de terres » qui, dans l’Ouest américain, s’étaient appropriés , avec la complicité de membres du Congrès et de fonctionnaires, de dizaines de milliers d’hectares appartenant à l’État. Ère Hoover (1924-1972) J. Edgar Hoover fut nommé directeur du BOI le 10 mai 1924, et demeura en poste pendant près de 48 ans, jusqu’à sa mort en 1972. Hoover s'impliquait de près dans la plupart des enquêtes et projets du FBI. En 1932, le BOI fut renommé United States Bureau of Investigation, tandis que le Scientific Crime Detection Laboratory (ou FBI Laboratory, la division de police scientifique du FBI) fut ouverte la même année, en grande partie grâce aux efforts de Hoover. L'année suivante, il fusionna avec le Bureau of Prohibition, chargé d'appliquer les lois sur la prohibition de l'alcool, et prit le nom de Division of Investigation (service enquête) (DOI), avant d'adopter finalement son nom actuel de « Federal Bureau of Investigation » (FBI) en 1935. Durant l'entre-deux-guerres, ses pouvoirs s'étendent à la suite des difficultés des forces de police locale à faire respecter la loi. Les règlements de compte brutaux à Chicago sont monnaie courante ainsi que le trafic d'alcool. Le service se fit alors rapidement connaître grâce à une excellente politique de relations publiques. Lors de la « guerre contre le crime » des années 1930, le FBI arrêta ou tua un certain nombre de criminels célèbres, tels que John Dillinger, Baby Face Nelson, Kate Ma Barker, Alvin Creepy Karpis, et George Machine Gun Kelly. Durant cette période, le FBI était aussi chargé de lutter contre l'influence du Ku Klux Klan, dont les activités racistes étaient en recrudescence notable. Par ailleurs, grâce au travail d'Edwin Atherton, le FBI arrêta un certain nombre de néo-révolutionnaires mexicains, près de la frontière de Californie, dans les années 1920. Mais le FBI s'intéressa aussi, dès cette période, aux activistes politiques, mettant en œuvre une surveillance des mouvements politiques les plus divers. La « red scare » (« peur rouge ») affectait en effet les États-Unis à ce moment. Il fallut que le président Franklin D. Roosevelt intervienne pour mettre un terme (temporaire) à ces enquêtes, qui visaient des écrivains tels que Truman Capote ou William Faulkner. Jusqu’à la création de l'OSS lors de la Seconde Guerre mondiale, le FBI qui compte alors 900 agents fut le seul grand service américain qui faisait du renseignement humain à l'étranger, essentiellement grâce à ses bureaux en Amérique Latine. Lors de la création de la CIA, successeur de l'OSS, le FBI fut cantonné aux activités de surveillance intérieure. À partir des années 1940, le FBI se chargea de nombreuses enquêtes de contre-espionnage, qui continuèrent tout au long de son existence. Lors de la Seconde Guerre mondiale, huit agents de l'Allemagne nazie furent arrêtés, accusés d'avoir préparé des opérations de sabotage. Six d'entre eux furent exécutés (voir l'arrêt de la Cour suprême, Ex parte Quirin). Aux côtés de la NSA (National Security Agency), le FBI participa aussi de façon importante au projet Venona, un projet de décodage cryptographique des codes utilisés par l'URSS, mené conjointement avec le Royaume-Uni. Le projet Venona était sous la supervision de Hoover, qui n'en informa la CIA qu'en 1952. Après l'attaque de l'armée japonaise contre la base américaine de Pearl Harbor, le FBI procède à l'arrestation des personnes d'origine japonaise vivant aux États-Unis. Bientôt les camps d'internement furent établis dans le nord et à l’est de la Californie (Arizona, Arkansas, Colorado, Idaho, Utah et Wyoming), et dans lesquels furent enfermées 120 313 personnes. Après la guerre Lors de la guerre froide, la cible prioritaire officielle du FBI fut les réseaux du bloc de l'Est (arrestation de l'espion Rudolph Abel en 1957). Toutefois, l'agence ciblait aussi tous les mouvements « dissidents » des États-Unis, du Ku Klux Klan au Parti communiste USA et aux divers groupes du mouvement des droits civiques. Ainsi, lors de l'opération secrète de renseignement COINTELPRO, programme en œuvre de 1956 à 1971, le FBI surveillait, avec l'aide de la National Security Agency (NSA), beaucoup de mouvements d'opposition. Révélé par la Commission citoyenne d'enquête sur le FBI, un groupe de gauche qui avait cambriolé des bâtiments du FBI pour récupérer des dossiers classifiés, le programme COINTELPRO a été sévèrement critiqué par la Commission Church de 1975. La surveillance du FBI s'étendait aussi aux membres du gouvernement. Ainsi, Hoover ordonne à ses agents d'effectuer une enquête à propos de Jack Valenti, nommé conseiller spécial du président Lyndon Johnson juste après l'assassinat de Kennedy le 22 novembre 1963. L'enquête visait notamment à déterminer si Valenti était homosexuel, une accusation qui suffisait alors à briser une carrière (le conseiller de Johnson Walter Jenkins dut ainsi démissionner peu de temps avant l'élection présidentielle de 1964 pour cette raison) . Hoover (qui n'était pas marié, fut pendant 40 ans le compagnon de son « bras droit » Clyde Tolson et a, de ce fait, été soupçonné par certains historiens d'être lui-même homosexuel) utilisait en effet les informations sur les élites obtenues par ses agents dans le cadre de ses tractations avec la Maison-Blanche. Pendant les années 1950 et 1960, les dirigeants du FBI se sentaient de plus en plus concernés de l'influence des leaders des droits civiques. En 1956 par exemple, Hoover prit la rare décision d'envoyer une lettre ouverte dénonçant le T. R. M. Howard, un leader des droits civiques, chirurgien et riche entrepreneur du Mississippi qui a critiqué l'inaction du FBI pour résoudre les meurtres récents de George W. Lee, Emmett Till et d'autres Afro-Américains dans le sud. COINTELPRO servait à enquêter sur et stopper des organisations politiques dissidentes aux États-Unis, y compris les organisations non violentes et militantes, dont le Southern Christian Leadership Conference, leader dans les droits civiques. Martin Luther King, Jr. était une cible fréquente des enquêtes. Le FBI n'a trouvé aucune preuve de crime, mais a tenté d'utiliser des enregistrements d'actes sexuels de King pour l'intimider. Dans ses mémoires de 1991, le journaliste du Washington Post Carl Rowan affirme que le FBI a envoyé au moins une lettre anonyme à King l'encourageant à se suicider. Quand le président John F. Kennedy est abattu, c'est sous la juridiction de la police locale que sont faites les investigations, jusqu'à ce que le président Lyndon B. Johnson ordonne au FBI de prendre en charge l'enquête. Pour s'assurer qu'il n'y aura plus de confusion sur les homicides au niveau fédéral, le congrès fait passer une loi qui en donne la charge au FBI. Après que RICO, la loi sur le racket, prend effet, le FBI commence à enquêter sur d'anciens groupes anti-prohibition, qui sont depuis devenus des façades pour le crime dans les principales villes et même des villes moyennes. Tout le travail du FBI est fait sous couverture et depuis ces groupes en utilisant les ressources financières de RICO pour les démanteler. Bien que Hoover ait initialement nié l'existence d'un réseau criminel organisé aux États-Unis, le Bureau a plus tard mené des opérations contre des syndicats du crime bien connus et des familles, incluant celles menées par Sam Giancana et John Gotti. La loi RICO est encore utilisée aujourd'hui pour tout crime organisé ou individu qui tomberait sous cette loi. Sous la présidence Reagan, cette loi fut utilisée pour condamner à de lourdes peines de prison des militants politiques d’extrême gauche impliqués dans le braquage de la Brink's de 1981. En 1967, le FBI réoriente le programme COINTELPRO en direction des mouvements noirs et notamment les Blacks Panthers. Dans une note interne, le FBI définit son objectif comme étant de « démasquer, briser, fourvoyer, discréditer, ou au moins neutraliser les activités des organisations nationalistes noires qui prêchent la haine ». Outre les méthodes de répression classiques (filatures, écoutes téléphoniques, lettres anonymes, agents doubles, etc), le FBI se livre à de la propagation de fausses nouvelles, comme dans le cas de Jean Sebergs et réalise des assassinats. Pour la seule année 1970, trente-huit militants sont tués lors de raids organisés contre les bureaux du BPP. Le 4 décembre 1969, le leader des Panthères de Chicago, Fred Hampton, est exécuté dans son lit par un agent du FBI infiltré. Après Hoover En 1975, après la mort de Hoover, le FBI s'installe dans son nouveau quartier général, baptisé « John Edgar Hoover FBI Building » en la mémoire de son inamovible directeur. Le Congrès vote aussi une loi limitant la durée de fonction des directeurs du FBI à un maximum de dix années. Au moins deux de ses agents étaient en poste en Amérique latine : Dan Mitrione, qui est enlevé et assassiné en 1970 par les Tupamaros uruguayens, et Robert Scherrer, qui fut l'un des premiers Américains informé de l'existence de l'opération Condor et transmis des renseignements obtenus via celle-ci afin que le FBI interroge aux États-Unis des militants présumés exilés. D'après Manuel Contreras, le chef des services de renseignement chilien qui supervisait l'opération Condor, la CIA et le FBI] étaient informés de la base de données utilisée dans le cadre de l’opération, lui ont fourni des informations et l'ont elles-mêmes utilisées. Le Hostage Rescue Team (« équipe de secours des otages »), une unité d'élite du FBI, chargée en particulier de la lutte antiterroriste et des crimes majeurs, fut créée en 1984 afin de préparer l'organisation des Jeux olympiques de 1984. Comme dans d'autres pays (dont l'Europe, avec la création de TREVI), la création de cette unité, qui travaille avec le SWAT, fut influencée par la prise d'otages des Jeux olympiques de Munich en 1972. Elle comporte 146 membres en janvier 2020. La même année, le CART (Computer Analysis and Response Team) est créée pour s'occuper des problèmes de sécurité informatique. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, la guerre froide prenant fin avec la chute du Mur de Berlin en 1989, 300 agents du FBI consacrés au contre-espionnage ont été ré-assignés dans des missions de prévention des crimes violents, désignés comme sixième priorité nationale des services de police. Le budget du FBI est alors amoindri, et le FBI se charge de plus en plus de missions d'assistance aux forces de police locales dans la traque des suspects franchissant les frontières des États fédérés. Le FBI poursuivit aussi le développement de ses activités de police scientifique, initiées dès 1924 avec un système de dactyloscopie (empreintes digitales), en analysant l'ADN. À la suite de l'attentat du World Trade Center en 1993, le FBI se concentre à nouveau, entre 1993 et 1996, sur la lutte antiterroriste. En 1993, il gère aussi les négociations avec les Davidiens lors du siège de Waco, qui aboutit à la mort de 82 personnes. Il enquête ainsi sur l'attentat d'Oklahoma City (1995), et arrête en 1996 Timothy McVeigh. Par ailleurs, depuis 1994, en cas de bavure policière aux États-Unis, le FBI peut être chargé de l'enquête. En 1998, le FBI crée le CITAC (Computer Investigations and Infrastructure Threat Assessment Center pour le Centre d'enquêtes informatiques des risques de menace des infrastructures) et le NIPC (National Infrastructure Protection Center pour le Centre national de la protection des infrastructures) afin d'augmenter ses capacités en matière de sécurité informatique et de lutte contre le cybercrime. L'agence fédérale augmente aussi ses capacités de surveillance électronique, s'adaptant aux évolutions des télécommunications. Après que le Congrès a fait passer les lois Communications Assistance for Law Enforcement Act (CALEA, 1994), Health Insurance Portability and Accountability Act (HIPA, 1996), et Economic Espionage Act (EEA, 1996), le FBI a donné suite en améliorant sa technologie en 1998, comme il l'avait fait avec le CART en 1991. Depuis le 11 septembre 2001 Lettres de sécurité nationale et autres Le USA Patriot Act donna un pouvoir accru au FBI, notamment via l'usage des lettres de sécurité nationale (NSL), obligeant toute personne, physique ou morale, à lui transférer toute donnée personnelle intéressant le FBI, sans avertir la personne concernée par cette surveillance. Le FBI a ainsi utilisé de façon exponentielle ces NSL, en en délivrant entre 2003 et 2006. Par ailleurs, le FBI a procédé entre 2002 et 2006 à la récolte illégale de données concernant plus de appels téléphoniques, faites sans NSL, visant entre autres des journalistes du Washington Post (Ellen Nakashima, qui était basée à Djakarta) et du New York Times (Raymond Bonner et Jane Perlez, également basés dans la capitale indonésienne). Fin 2003, Bush et John Ashcroft, le ministre de la Justice, ont autorisé les agences à conserver les données acquises via les NSL, alors qu'elles étaient auparavant détruites si elles concernaient des personnes innocentées par la suite. Il a même ordonné que ces données soient enregistrées sur des systèmes de traitement de données, à des fins d'exploration de données (data mining) tandis que l' (Further Strengthening the Sharing of Terrorism Information To Protect Americans) étendit l'accès à ces bases de données aux gouvernements locaux, étatiques et tribaux, ainsi qu'aux , entités non définies. Fin décembre 2003, la Proactive Data Exploitation Unit (unité proactive d'exploitation de données), dirigée par Gurvais Grigg, fut envoyée à Las Vegas, placé sous alerte orange, afin d'analyser les données concernant tous les visiteurs de la ville, à la recherche de liens éventuels (coups de téléphone, etc.) à des personnes soupçonnées de terrorisme. En janvier 2004, le FBI a mis sur pied l', fondée sur le même logiciel d'Oracle utilisé par la CIA, afin d'exploiter ces données. Les instructions ministérielles d'Ashcroft permettaient aussi, pour la première fois, au FBI d'intégrer les données provenant des deux filiales de Reed Elsevier, LexisNexis et , qui combinent des données personnelles provenant du secteur privé et public, à ses systèmes de traitement (les précédents ministres de la Justice considéraient que cela violerait le ) . Sneak and peek warrant Le Patriot Act instaurait aussi les (section 213), c'est-à-dire des perquisitions menées en l'absence de la personne concernée par la perquisition, qui peuvent être utilisées dans le cadre de toute enquête judiciaire (y compris pour des simples délits, ou ). Ces mandats ont dû être amendés à la suite de la décision d'un juge les déclarant anticonstitutionnels, en raison de la violation du de la Constitution, dans l'affaire , un avocat de Portland victime d'une telle perquisition et accusé de terrorisme parce que le FBI prétendait avoir identifié ses empreintes digitales sur des explosifs trouvés à Madrid après les attentats du 11 mars 2004 — Mayfield a été par la suite innocenté, le FBI s'étant trompé. 763 mandats de ce genre avaient été accordés en 2008, dont seulement trois concernaient des affaires de terrorisme : les deux tiers (65 %) concernaient des affaires de stupéfiants . Réorganisation du FBI par Robert Mueller Robert Mueller est nommé directeur du FBI sept jours avant les attentats du 11 septembre 2001. Quelques mois plus tard, en réponse à ces attentats et dans le contexte de la « guerre contre le terrorisme » proclamée par l'administration Bush, Mueller appelle à une réforme du mode de fonctionnement de l'agence. C’est ainsi qu’un tiers des agents du FBI (soit plus de personnes) sont réaffectés au renseignement et au contre-terrorisme. L'agence, à court  de personnel pour lutter contre la délinquance en col blanc, peine à mener les enquêtes dans les milieux financiers à la suite de la crise des subprimes et à la crise financière de 2008. Le FBI est alors chargé notamment des enquêtes sur Fannie Mae, Freddie Mac, l'American International Group et la banque en faillite Lehman Brothers. Création du Terrorist Screening Center et watchlist En novembre 2003, l'administration Bush crée le Terrorist Screening Center, une agence fédérale dépendante du FBI, consacré à l'identification et au stockage des données concernant les personnes suspectées d’être terroristes par une ou plusieurs agences gouvernementales américaines, ou par des organisations alliées étrangères. L'agence, dotée d'une base de données informatisée (Terrorist Screening Database, TSDB), est chargée de centraliser les informations issues des différents organismes publics, fédéraux ou locaux. En 2005, son budget s'élevait à 30 millions de dollars, tandis que le centre employait environ 180 agents. Le TSDB comportait des fiches sur à peu près personnes en avril 2007, avec une progression mensuelle moyenne de personnes fichées. Outre la base de données TSDB, le FBI maintient une watchlist des personnes soupçonnées d'implication éventuelle dans le terrorisme, qui comportait noms en septembre 2008 ; d'entre eux n'auraient pas du être inscrits sur cette liste selon un rapport du département de la Justice de mai 2009. Divers Le 17 octobre 2008, le FBI annonça publiquement le succès de son opération d'infiltration du forum DarkMarket, une opération contre la cybercriminalité qui dura deux ans et qui a abouti à l'arrestation de 56 personnes dans le monde, empêchant, selon l'agence, la perte  de 70 millions de dollars. Dix agents illégaux du SVR (neuf Russes et une Américano-péruvienne) ont été arrêtés le par le FBI et échangés le à l'aéroport de Vienne contre quatre Russes accusés d'espionnage au profit des États-Unis et du Royaume-Uni. Un onzième homme a réussi à s'échapper à Chypre. En juillet 2010, le FBI a lancé une polémique à propos de l'utilisation de son sceau par le projet Wikipédia. Le bureau fédéral a demandé le retrait de son logo des pages de Wikipédia, qui a rejeté la requête. En effet, Wikipédia juge que l’image qu’elle héberge n’est ni un faux badge, ni une fausse carte d’identification, ni un faux insigne. « De fait, nous devons appliquer ce que dit la loi, et non pas l'interprétation de celle-ci que vous appelez de vos vœux », ironise Mike Godwin, l'avocat de Wikipedia, s'adressant au FBI. Depuis cette réponse de l'encyclopédie en ligne, aucun commentaire n'a été formulé par le FBI. Le 19 janvier 2012 au soir, le FBI ferme les 18 sites du groupe Mega, dont le service de téléchargement direct Megaupload, ainsi que le service de streaming Megavideo. En septembre 2012, le FBI annonce la mise en place, au coût d'un milliard de $ US, d'un système de reconnaissance faciale, la (). Il s'agit d'une base de données nationale comprenant des photos d'identité judiciaire, des images de l'iris, des enregistrements d'ADN, des échantillons de voix et d'autres informations biométriques. En juin 2021, les médias annoncent une vague d'arrestation dues à l'opération Trojan Shield plus communément connue du public sous le nom d'ANOM, nom d'un smartphone équipé d'un logiciel de messagerie qui a été utilisé par divers criminels pensant le système sûr. En fait, ce smartphone était fourni par le FBI. Cela permis l'arrestation de plus de 800 personnes dans le milieu de la drogue notamment. Formation des agents À titre d'exemple, au début de l'année 2005, le « Bureau » a reçu environ candidatures pour n'en retenir que . Les postulants au poste d'agents sont formés dans la FBI Academy sur le campus de Quantico en Virginie, qu'elle partage avec la FBI National Academy, qui s'occupe, elle, des cours de perfectionnement pour des policiers américains et étrangers chevronnés. Pour être admis au FBI, il faut un diplôme universitaire et être âgé de 23 à 37 ans, la moyenne d'âge est de 30 ans, car on exige des recrues qu'elles aient acquis de l'expérience professionnelle. Environ un tiers des nouveaux agents viennent des forces armées, mais les candidats proviennent désormais de toutes les couches sociales et groupes ethniques du pays après avoir eu, jusqu'aux années 1960 sous la direction d'Hoover, la réputation d'être réservé à la majorité WASP (White Anglo-Saxon Protestant). Ils arrivent à Quantico par groupes de cinquante et s'entraînent pendant dix-sept semaines aux techniques de filature, au tir (120 heures) et à l'utilisation des sciences pour le recueil d'indices. Ce premier entraînement est suivi de deux années de formation sur le terrain. Les agents fédéraux sont souvent surnommés les « G-men » (Government men). En 2003, agents ont été formés, ce qui est un record dans l'histoire du FBI. . Sanctions disciplinaires Début 2011, le FBI déclare qu'entre 325 et 350 employés sont la cible d'une action disciplinaire par an, depuis la simple réprimande jusqu'à la mise à pied, et qu'environ 30 personnes sont licenciées chaque année, sur un total de salariés. Directeurs Après la disparition de Hoover le mandat des directeurs du FBI est fixé à une période de dix années et ils ne peuvent en principe être démis qu'en raison d'une faute grave, ce qui fut le cas en 1993 de William Sessions sous la présidence de Bill Clinton. En revanche, le limogeage surprise de James Comey par Donald Trump le 9 mai 2017, alors qu'il enquêtait sur les liens possibles entre des responsables de la campagne présidentielle de Trump et la Russie, suscite beaucoup de questions sur les raisons réelles de cette décision. Directeur adjoint Deuxième dans la hiérarchie du FBI, le directeur adjoint est Paul Abbate depuis février 2021. Dans la culture populaire La série Mindhunter produite et distribuée par la plateforme Netflix raconte l'histoire de la création au sein du FBI d'une unité d'élite spécialisée en profilage de serial killers La série FBI : Portés disparus créée par Hank Steinberg raconte l'histoire d'une unité du FBI chargée d'enquêter sur les personnes disparues à New York Dans la saison 6 de la série télévisée Scandal, Angela Webster (jouée par Saycon Sengbloh) est la directrice du FBI. Il apparaît aussi dans la saga Grand Theft Auto sous le nom de FIB, qui est une parodie du vrai FBI. Le FBI est aussi une unité jouable dans le jeu Tom Clancy's Rainbow Six: Siege avec Ash et Thermite (Attaque) Castle et Pulse (Défense). Dans The Mentalist, Patrick Jane (joué par Simon Baker) rejoint le FBI avec Teresa Lisbon (Robin Tunney) et Kimball Cho (Tim Kang), après avoir quitté le CBI. Dans la série TV The Blacklist, Elizabeth Keen (Megan Boone) et Raymond Reddington (James Spader) travaillent pour le FBI dans une base secrète. Dans la série TV Quantico, l'histoire raconte l'entraînement des recrutes à l’académie du FBI. Dans la série TV X-Files, les deux protagonistes sont agents du FBI. Dans la série TV Esprits criminels et ses deux spin-off, les protagonistes principaux sont des agents du FBI (profilers) travaillant pour le DSC (département des sciences du comportement), unité d'élite à la poursuite de tueurs en séries. Le meme "FBI Open Up !" qui parodie les perquisitions du FBI. Dans Détective Conan, Conan croyait qu'une professeure d'anglais de son ancien lycée était dans une organisation diabolique. Il est ensuite révélé que cette femme est un agent du FBI qui tente d'arrêter ladite organisation. Dans les jeux Red Dead Redemption et Red Dead Redemption 2, après avoir travaillé pour la Pinkerton National Detective Agency, l'agent Edgar Ross travaille pour le FIB (ce qui est un anachronisme, car le FBI n'existe pas à l'époque de l'intrigue) Dans la série F.B.I, les principaux protagonistes sont des agents de l'antenne du FBI à New-York Le film Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg raconte l'histoire d'un agent du FBI Carl Hanratty à la poursuite de l'escroc Frank Abagnale, Jr.. Le film Insaisissables de Louis Leterrier met en scène la course-poursuite entre le FBI et un groupe de quatre illusionnistes Notes et références Notes Références Annexes Bibliographie Fabrizio Calvi avec David Carr Brown, FBI, le Bureau raconté par les agents, éditions Fayard 2010 Jacques Berlioz-Curlet, FBI : Histoire d'un empire, Éditions Complexe, 2005 John Douglas, Agent spécial du FBI : J'ai traqué des serial killers, Éditions du Rocher, 1997 Robins-N, Le FBI et les écrivains, Éditions Albin Michel, 1997 Marc Dugain, La Malédiction d'Edgar, Folio Robert K. Ressler et Tom Shachtmann, Chasseurs de tueurs, Presses de la Cité, 1993 Articles connexes Police aux États-Unis Codis, base de données ADN fédérale gérée par le FBI (AFIS, base d'empreintes digitales fédérale gérée par le FBI) Gestion de la perception Terrorist Screening Center Les Dix Fugitifs les plus recherchés du FBI (FBI Ten Most Wanted Fugitives) Proactive Data Exploitation Unit, une unité du FBI spécialisée dans l'exploitation des données à des fins proactives Liste des dirigeants des principales institutions des États-Unis Commission indépendante contre la corruption Liens externes Site du FBI Page sur la Hostage Rescue Team Organisme fondé en 1908
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https://fr.wikipedia.org/wiki/FPS
FPS
Anglais FPS est un sigle qui peut désigner : Feet per second, une unité anglaise pour mesurer des vitesses ; First-person shooter (en français, jeu de tir à la première personne), un genre de jeu vidéo ; Frames per second (en français, images par seconde) ; , une agence responsable de la protection des installations fédérales des États-Unis. Français FPS est un sigle qui peut désigner : Fédération patriotique suisse, une milice bourgeoise utilisée pour briser les grèves ; Formation personnelle et sociale, un cours de niveau secondaire anciennement enseigné au Québec, et toujours en vigueur dans les autres provinces ; forfait de post-stationnement, mis en place en France à partir du ; Femmes prévoyantes socialistes, en Belgique ; Fédération des praticiens de santé, un syndicat des médecins qui défend les praticiens à diplôme hors Union européenne ; Formation aux premiers secours, une formation destinée à permettre à une personne d'intervenir sur un malaise ou un accident ; France protection sécurité ; Fédération professionnelle des entreprises du sport et des loisirs ; plates-formes de services ; Fonds professionnels spécialisés ; FPS tactique ; facteur de protection solaire, une caractéristique d'une crème solaire ; Fédération de paintball sportif ; France Poker Series. Notes et références
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fl%C3%A9au%20d%27armes
Fléau d'armes
Le fléau d'armes est une arme blanche contondante utilisée au Moyen Âge européen. Bien qu'il désigne un objet bien spécifique, de nombreuses inexactitudes qui se sont perpétuées au fil du temps ont conduit à une confusion avec des armes proches. Historique Fléau d'armes : inspiré du fléau du paysan (instrument agraire), il s'agit d'un fléau renforcé. Notons le même genre d'évolution en Orient avec le nunchaku (mais dont le maniement est très différent). Goupillon : il s'agit d'une version plus dangereuse (tant pour l'utilisateur que pour la cible) du fléau. Au manche sont attachées deux ou plus souvent trois chaînes lestées d'une boule ; il est parfois conçu pour être utilisé à deux mains ; il est d'un usage plus tardif. Spécifications La configuration singulière du fléau en tant qu'arme articulée lui conférait les spécificités suivantes : avantages : contre un adversaire équipé d'une arme offensive à capacité défensive (telle qu'une épée), la flexibilité du lien permettait à la masse de contourner l'arme que l'adversaire plaçait en barrage, rendant ainsi la parade difficile ; il pouvait même arriver que la masse et le lien s'enroulent autour de l'arme de l'adversaire, offrant de la sorte la possibilité de désarmer l'adversaire en tirant violemment en arrière le fléau d'armes ; contre un adversaire équipé d'un bouclier, la flexibilité du lien permettait à la masse de se rabattre sur l'adversaire quand elle passait par-dessus le bouclier ; l'articulation, augmentant le moment de force de la frappe, l'arme frappait avec plus de violence. En outre, l'articulation rend la transmission de la force sensiblement différente d'une arme non-articulée (pas de choc retour sur le manche dû à l'impact). inconvénients : maniement malaisé, demandant un plus grand entraînement sous peine de se blesser ; nécessité d'un certain espace pour frapper ; difficulté à effectuer une parade, d'où la nécessité d'un bouclier. Usage Ces armes terribles étaient surtout utilisées en Allemagne et en Suisse ; en revanche il semblerait qu'elles n'étaient pas souvent employées en France. Il en est rarement question dans les romans et chroniques. En effet, les manuscrits des , et s ne figurent qu'exceptionnellement des fléaux dans leurs vignettes. La dénomination de ces armes a dérivé au fil des siècles. Le morgenstern désignait jusqu'au une masse d'armes dont la masse était sphérique ou cylindrique et hérissée de pointes, tandis que l'actuel morgenstern était considéré comme une variante du fléau d'armes. Notes et références Voir aussi Articles connexes Armement médiéval Arme contondante Morgenstern / Masse d'armes Nunchaku Tribâton Liens externes Étoile du matin et goupillon Goupillon à deux chaînes : 1 et 2 Arme blanche Armement médiéval Arme contondante
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https://fr.wikipedia.org/wiki/FTP
FTP
FTP est un sigle qui peut désigner : en français Francs-tireurs et partisans, mouvement de résistance mis en place par le Parti communiste français pendant la Seconde Guerre mondiale ; Francs-tireurs partisans, groupe antifasciste ayant commis dans les années 1990 des attentats contre des édifices appartenant à des mouvements d’extrême droite ; France Télévisions Publicité, régie publicitaire des chaînes du groupe France Télévisions ; en anglais (en français, protocole de transfert de fichiers), protocole de communication destiné à l’échange informatique de fichiers sur un réseau TCP/IP ; ftp, commande UNIX qui utilise ce protocole ; ftp, commande DOS qui utilise ce protocole ; , profil de Bluetooth ; , dénomination d’un type de paire torsadée ; , projet ayant pour objectif d’occuper les chômeurs américains issus de la grande dépression ; , puissance de pédalage maximale sur une heure en cyclisme ; Free to play, un jeu vidéo en ligne, gratuit ; Foster the People, un groupe de pop rock américain originaire de Los Angeles.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fournisseur%20d%27acc%C3%A8s%20%C3%A0%20Internet
Fournisseur d'accès à Internet
Un fournisseur d'accès à Internet ou FAI (aussi appelé fournisseur de service Internet ou FSI) est un organisme (généralement une entreprise mais parfois aussi une association) offrant une connexion à Internet, le réseau informatique mondial. Histoire Beaucoup d'entreprises de télécommunications sont également des FAI. Avec l'explosion de la bulle Internet au début des années 2000, de nombreux FAI ont fait faillite, ou ont dû s'adapter pour survivre (restructuration, fusion, rachat). Le sigle « FAI » peut se décliner en deux sous-catégories : FAIA, pour Fournisseur d'Accès à Internet Associatif, qui est géré par une association. FAIC, pour Fournisseur d'Accès à Internet Commercial, qui est géré par une entreprise. Équipement et technique (fournisseur) Les équipements d'un FAI forment un ou plusieurs réseaux autonomes (on parle d'ailleurs d'Autonomous System) ; les FAI ont la maîtrise complète de l'architecture, du dimensionnement et de l'organisation de leurs liaisons. Raccordement de l'utilisateur au FAI Le raccordement de l'utilisateur au FAI se fait généralement au travers d'une boucle locale : en cuivre (xDSL), en câble coaxial (Docsis), en fibre optique (FTTx), par radio (Wimax ou hot-spot Wi-Fi) ou par satellite (Internet par satellite). La boucle locale est généralement gérée par un opérateur spécifique : opérateur d'immeuble dans le cas de la fibre optique en France, opérateur de télécommunications dans le cas des réseaux historiques en cuivre ou en fibre, mais peut aussi être gérée par l'utilisateur lui-même. Dans le cadre du développement du marché des smartphones et des clés 3G, l’accès à internet peut aussi se faire à travers les réseaux de téléphonie mobile (notamment UMTS et LTE) ; les opérateurs de réseau mobile font alors fonction de FAI. Raccordement du FAI à Internet À la différence d'un abonné, qui se raccorde à Internet via un prestataire de services (le fournisseur d'accès), le fournisseur d'accès lui-même procède de manière différente. Dans le cas général, il est un maillon du réseau, transportant ses propres données (pour simplifier, le trafic de ses abonnés), mais aussi potentiellement les données d'autres opérateurs. Raccordement à tout Internet (Transit IP) Le raccordement qui relie deux opérateurs est fondamentalement différent de celui qui relie un abonné à son fournisseur d'accès. En général, les routeurs des deux opérateurs vont en effet échanger, non pas une seule route (qui se résume à « la sortie, c'est par là ») mais plusieurs centaines de milliers de routes, indiquant comment joindre tous les autres opérateurs, en utilisant le protocole d'échange de routes BGP. Ainsi, quand un opérateur est relié à 3 autres, il a appris, de 3 sources différentes, toutes les routes que chacun de ces opérateurs connaissait. Il pourra alors choisir la route qu'il jugera la plus efficace. Ce mode de raccordement entre opérateur, est appelé du transit. Le plus fréquemment, les fournisseurs de transit permettent ainsi à leurs clients d'accéder à la totalité d'Internet (cas général) dans le cadre d'un service contractuel et payant (la plupart du temps). Échange de trafic (peering) Une alternative au mode de connexion via le transit est, sur la même base technique, de n'échanger que quelques routes (typiquement celles menant à son propre réseau et ses propres clients). On parle alors d'accord de peering (échange entre pairs). Ce procédé technique de raccordement, sensiblement plus complexe que celui utilisé pour raccorder un abonné à son fournisseur, permet à l'opérateur de changer à tout moment ses accords de peering, ou ses contrats de transit, sans impact notable pour les utilisateurs finaux. Des opérateurs qui ont des points de présence voisins préféreront généralement échanger directement leur flux sans passer par leur opérateur de transit. Cette approche offre deux avantages : elle limite les coûts de revient (ces échanges ne sont pas facturés), et améliore les performances (les échanges prennent une route plus courte). Il est alors question d'échange de trafic (peering) et l'endroit où il se produit est appelé point d'échange de trafic (point de peering). Cet échange est souvent gracieux mais lorsque l'échange entre deux FAI est déséquilibré ou que l'un des opérateurs se sent lésé, un dédommagement peut être mis en œuvre. Mix Transit/Peering Un opérateur, même de faible envergure, dispose en général de plusieurs contrats de transit (au moins deux, pour la redondance), et de plusieurs dizaines, voire centaines, d'accord de peering. C'est l'ensemble des opérateurs, échangeant entre eux des centaines de milliers de routes, qui forment Internet. Certains opérateurs ne s'occupent quasiment que de transport de données (par exemple de transit IP). D'autres proposent, contre paiement, un raccordement à des utilisateurs finaux, ce sont les fournisseurs d'accès à Internet. Niveaux des opérateurs (tiers) Il existe 3 niveaux (tiers) d'opérateurs internet : Les opérateurs de niveau 1 (tier 1) n’achètent pas de transit et voient la totalité d'Internet par des peerings avec d'autres grands opérateurs (au moins avec tous les autres tier 1), plus leurs clients transit. Les opérateurs de niveau 2 (tier 2) dépendent d'une offre de transit, et disposent d'accords de peering avec certains réseaux. Les opérateurs de niveau 3 (tier 3) dépendent d'une offre de transit, et n'ont aucun peering. Indépendamment de son niveau (tier), tout opérateur Internet est susceptible de proposer à son tour une offre de transit à d'autres opérateurs. Les opérateurs de niveau 1 (tier 1) imposent des contraintes fortes aux opérateurs qui souhaitent négocier un accord de peering. En effet, un tel opérateur (client potentiel d'une offre de transit) deviendrait alors concurrent. Services (client) Les différences entre les offres se font sur les tarifs, la bande passante (montante et descendante) offerte, et le support clientèle mais aussi sur les services ajoutés tel que l'hébergement de site web, l'accès à des boîtes de courrier électronique, l'accès à Usenet. Le particulier néophyte s'intéressera surtout à la facilité d'utilisation et à la documentation et se méfiera de la qualité souvent variable du support, les plus avancés lorgneront du côté de meilleur rapport prestations techniques/prix, le professionnel s'intéressera surtout à la tolérance aux pannes et demandera des garanties de service (les SLA : Service Level Agreement). Par ailleurs, d'autres différences techniques peuvent exister, notamment la disponibilité d'adresse IPv6 ou IPv4 fixes. Trois types de services débits sont actuellement commercialisés : Accès à internet par ligne commutée (voix : 56 kbit/s) Accès à internet à haut débit (ADSL, ADSL2 : 2 M à 24 Mbit/s) Accès à internet à très haut débit (VDSL2, Fibre optique: 100 Mbit/s +) Offres triple play Les offres d'accès internet par ADSL françaises s'accompagnent maintenant la plupart du temps d'un accès à la télévision et du téléphone gratuit vers les fixes en France. Il s'agit des offres triple play. C'est par la prise téléphonique que les données arrivent chez l'abonné. Un boîtier fourni par le FAI sépare alors les flux et les redirige vers la télévision, le téléphone ou l'ordinateur. L'inconvénient majeur des offres triple play se révèle en cas de panne : l'abonné est alors privé de télévision, de téléphone, et d'internet. La qualité du téléphone n'est pas toujours parfaite, idem pour la télévision. Mais le principal avantage est bien évidemment le prix. Au lieu de payer séparément trois fournisseurs, l'abonné reçoit tout en même temps et pour un prix peu élevé (qui dépend des fournisseurs). Offres quadruplay Avec l'intégration du téléphone mobile dans les offres triple play, l'offre globale, appelée quadruplay devient très pratique pour le particulier. Tous les FAI n'offrent pas encore cette offre début 2010. Ils restent encore généralement sur l'offre triple play. Fin 2010, la situation des offres change : Bouygues Telecom (le lundi 25 mai 2009, sous le nom d'offre Ideo) fut le premier FAI à inaugurer son offre quadruple play, suivi par SFR (25 août 2010 sous le nom de Multi-Packs), Orange (le 19 août 2010 sous le nom d'Orange Open), et Free à la sortie de sa Freebox V6 Revolution (le 14 décembre 2010 sous le nom de l'offre Révolution) et annonce le réseau Free Mobile pour le 12 janvier 2012. Le prix devient plus élevé avec le rajout du téléphone mobile, en plus de la télévision, de la téléphonie fixe, et d'internet en illimité. Technologies de connexion Plusieurs types d'accès sont possibles, par exemple un accès via le réseau téléphonique commuté (RTC) repose sur un système de modulation-démodulation (un modem) qui permet de convertir les informations numériques binaires de l'ordinateur en signal pseudo analogique transitant sur les lignes de télécommunications (paire de cuivre, satellite, fibre optique). Il existe de nombreux types d'accès à Internet, usuellement ordonnés par l'ancienneté de la technologie et la vitesse atteignable : Modem 56K RNIS (Réseau numérique à intégration de services) T-carrier : T1, T2, T3 Modem câble xDSL dont l'ADSL WiMAX McWILL Borne Wi-Fi Hybride fibre coaxial (HFC, Docsis) Internet par satellite (mono ou bidirectionnel) FTTH (fibres optiques) 4G box (réseaux mobiles) Itinérance Certains fournisseurs proposent un service d'itinérance () permettant à leurs clients de se connecter n'importe où dans le monde via d'autres fournisseurs d'accès. Il est alors possible de se connecter pratiquement partout dans le monde via une ligne téléphonique au prix d'une communication locale ou nationale (et non internationale), ou via des points d'accès Wi-Fi. Courrier électronique La plupart des fournisseurs proposent un accès à des boîtes de courrier électronique. L'accès au courrier électronique est parfois impossible si le point d'accès n'est pas celui du fournisseur ; ceci est notamment vrai pour le SMTP (courrier sortant), mais pas forcément pour le courrier entrant. Hébergement de sites web Un fournisseur d'accès peut parfois également proposer des offres d'hébergement, allant d'un compte disposant d'une capacité de stockage de quelques mégaoctets, à un serveur dédié ou un hébergement en salle (l'utilisateur déposant alors sa machine dans une salle sécurisée et climatisée et profitant ainsi d'un accès permanent et à très large bande). Obligations légales Les FAI fournissent également, dans le cadre des obligations légales, et suivant les pays, des accès aux communications des clients aux services autorisés. Satisfaction client Les FAI sont la cible de nombreuses critiques de la part des utilisateurs et sont régulièrement montrés du doigt par les associations de consommateurs pour leurs pratiques. Les fournisseurs d'accès connaissent ainsi des taux de satisfaction parfois critiques. Les aléas des hotlines et du service après-vente ont encouragé le développement de comportements de consommation alternatifs tel que le piratage de réseaux WIFI ou le partage de celui-ci entre plusieurs foyers. Enjeux politiques et sociétaux Les FAI ont une place stratégique dans l'accès à Internet. De ce fait, ils sont au cœur d'enjeux politiques et juridiques, qui débouchent sur de vives polémiques. Cela concerne particulièrement la Loi pour la confiance dans l'économie numérique, en France (2004). Notes et références Voir aussi Articles connexes Liste de fournisseurs d'accès à Internet pour particuliers Éligibilité technique (et tests) Internet en France Association des fournisseurs d'accès et de services internet (AFA-France)
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Felidae
Felidae
Les () ou sont une famille de mammifères placentaires de l'ordre des carnivores et du sous-ordre des féliformes. Si on exclut le taxon fossile des Proailurinae, qui ne possède qu'un seul et unique genre connu, on y distingue trois sous-familles : les « petits félins » (Felinae), les « grands félins » (Pantherinae) et les félins dit « à dents de sabre » (Machairodontinae), aujourd'hui éteints. Parmi leurs traits caractéristiques figurent leur tête ronde au crâne raccourci, leur mâchoire dotée d’environ trente dents, et leurs griffes rétractiles, exception faite du chat viverrin et du chat à tête plate (semi-rétractiles) et du guépard (non rétractiles). Les félins sont digitigrades, c’est-à-dire qu’ils marchent en appuyant sur leurs doigts (la plante du pied ne se pose pas sur le sol). Proailurus, qui vivait en Eurasie il y a environ d’années dans la période de l’Oligocène, est à l'heure actuelle considéré comme le plus vieux fossile de félidé. On considère Pseudaelurus comme le dernier ancêtre commun des félins modernes. Origine et évolution des Félidés Premiers félins Les carnivores actuels partagent un ancêtre commun dont ils ont tous hérité et qui serait probablement rattaché aux miacidés. Ces petits carnivores forestiers seraient apparus il y a environ d'années (Ma) et avaient l'allure et la taille des genettes actuelles, avec un corps allongé et une longue queue. Il n'en reste que de rares fossiles dans l'hémisphère nord. L'origine des félins est mal documentée dans le registre des fossiles car les ancêtres des félidés vivaient en général dans les milieux tropicaux, qui n'offrent pas de bonnes conditions de fossilisation. Les espèces disparues considérées comme les plus proches de l'ancêtre des félins seraient Proailurus (un petit carnassier européen et arboricole apparu il y a ) puis Pseudaelurus qui vivait il y a en Europe et en Asie et dont les félins actuels ont divergé il y a . Dispersion des félins dans le monde Selon étude de l'ADN mitochondrial des espèces actuelles, publiée en 2006 dans Science, les félins auraient effectué deux vagues de migrations : il y a neuf millions d’années, les félins d’Asie se répandirent en Afrique et en Amérique à la faveur d’une baisse du niveau des océans ; puis, il y a un à quatre millions d’années les félins d’Amérique revinrent sur le vieux continent, notamment les lynx et les guépards. Félins à dents de sabre Les félins dits « à dents de sabre » (Machairodontinae) forment l'une des plus anciennes sous-familles de félidés, les plus vieux fossiles datent d'il y à plus de 16 millions d'années. Ce groupe, partageant un ancêtre commun avec les ancêtres des félinés et des panthérinés, se caractérise par une élongation plus ou moins grande des canines et se répartit en quatre tribus de rang inférieur : Metailurini, Smilodontini, Machairodontini et Homotherini. À noter que des caractéristiques similaires chez d'autres familles éteintes de mammifères carnivores féliformes sont visibles : les Nimravidae et les Barbourofelidae (ce groupe partage un ancêtre commun les félins). Il s’agit d’un phénomène de convergence évolutive qui apparaît aussi chez les animaux de toute période comme les sparassodontes (des proches parents éteints des marsupiaux), tels les Thylacosmilus, ou encore les gorgonopsiens (des thérapsides prédateurs appartenant à un groupe comprenant des ancêtres de mammifères), tel Inostrancevia. Les Machairodontinae, comme les genres Smilodon ou Homotherium dont les derniers représentants se sont éteints il y a environ , probablement en raison de leur hyper-spécialisation : l’étude de leur squelette révèle des lésions dues à l’extension ou à la flexion des attaches des muscles et des ligaments. Anatomie et caractéristiques physiques Les différentes espèces de félins ont des poids et tailles variés qui vont de pour le chat à pattes noires à plus de pour le tigre. Pourtant, malgré leurs différences, les félins partagent de nombreux points communs. Squelette et musculature en général Qu’ils soient grands ou petits, l’une des principales caractéristiques communes aux félins est leur squelette flexible, plus particulièrement au niveau de la colonne vertébrale, offrant une grande souplesse, aidée aussi par des muscles du dos eux aussi très souples. Les omoplates et les clavicules sont assez libres de mouvement, retenues par très peu de ligaments, et permettent une grande diversité de mouvements. Les muscles les plus développés sont ceux des pattes arrière, pour que les félins puissent faire de grands sauts et courir vite (jusqu’à pour le guépard). La morphologie des félins est donc parfaitement adaptée à la chasse, ce qui est inévitable pour leur survie. Mais chaque félin est différent, et, selon le type de proie qu’ils convoitent, ils s’adaptent physiologiquement. Crâne La mâchoire raccourcie constitue une innovation de la famille des Felidae. Le crâne est donc plus court que celui des autres carnivores, et possède en général moins de dents, mais cette forme augmente considérablement la force des morsures car permettant un puissant mouvement vertical de la mâchoire. L’articulation de la mâchoire ne permet pas les mastications horizontales, comme chez les ruminants par exemple. L’élasticité de la chaîne hyoïde, au-dessus du larynx, permet traditionnellement de séparer les grands félins (Pantherinae) des petits (Felinae). Les vibrisses (plus communément appelées moustaches) sont un élément important pour le sens du toucher. Autour du museau, sur le menton, les joues et les sourcils, elles sont implantées à des endroits stratégiques pour une plus grande sensibilité. Comme les poils, elles tombent et repoussent au fur et à mesure de la vie du félin. L’orientation de certaines d’entre elles peut être modifiée sous l’action de muscles faciaux. Yeux Les yeux sont positionnés vers l’avant, ce qui permet la vision binoculaire, très importante chez les prédateurs. L’angle de vision binoculaire est de 130°, pour un champ de vision total de 287°, contre seulement 180° chez l’homme. Leur pupille peut se contracter, devenant selon les espèces, petite et ronde ou en forme de fine fente verticale en pleine lumière, et grosse et ronde en l’absence de luminosité. Le , qui tapisse le fond de la rétine, permet la réflexion de la lumière et favorise la vision dans la pénombre : l’œil du félin est six fois plus sensible dans l’obscurité que l’œil humain. Les félins possèdent un grand nombre de bâtonnets mais très peu de cônes, comparativement à l’œil humain qui en possède six fois plus. De plus, ces cônes absorbent principalement la lumière verte et très peu le bleu et le rouge : les félins voient principalement leur environnement en nuance de gris. Mais, pour les prédateurs, percevoir les couleurs est moins important que de percevoir les mouvements, et cela ne handicape pas leur vision. Du fait de l’emplacement de leur fovéa, où se concentre la majorité de leurs cellules photosensibles, un félin tourne la tête plusieurs fois avant de sauter sur une proie, afin de gagner en précision. Oreilles Les oreilles des félins sont très sensibles et nombre d’entre eux repèrent leur proie à l’ouïe, tel le serval. D’une grande mobilité, elles sont en outre un organe de communication corporelle important. Les facultés de l’oreille féline étant bien supérieures à celle de l’humain. Les oreilles sont sensibles à la température et sont un lieu de déperdition de chaleur. C’est pourquoi les félins qui vivent dans des milieux froids ont de petites oreilles, comme l’once, au contraire du chat des sables qui a de larges pavillons pour évacuer la chaleur. Elles peuvent aussi dépendre des proies convoitées, plus grandes pour un animal qui fera peu de bruit et vice versa, car un large pavillon d’oreille répercute les sons et vibrations les plus ténus, permettant une grande précision pour la localisation des proies, par exemple si elles se cachent sous le sable. Certains félins comme le lynx et le caracal voient leurs oreilles surmontées de « plumets », touffes de poils fins d’environ . Organe de Jacobson L’organe voméronasal ou organe de Jacobson, situé près du palais, permet de « goûter » certaines odeurs bien spécifiques, comme les marques olfactives des autres félins. L’utilisation de cet organe se caractérise par le flehmen, une grimace qui consiste chez les félins à ouvrir la gueule et découvrir les gencives. Il complète efficacement l’odorat, sens des félins le plus complexe à étudier. Langue La langue des félins est tapissée de papilles cornées orientées vers l’arrière qui lui permettent de faire la toilette, d’enlever en partie les poils de ses proies et de mieux racler leur chair. Les félidés, à l’instar du lapement du chat, ont pour s'abreuver une technique différente du reste des mammifères. On a longtemps pensé que leurs papilles cornées servaient à retenir l’eau, mais il en va tout autrement. Alors que l’homme boit par la technique de succion et que le chien, comme beaucoup d’autres vertébrés, plonge le museau et plie sa langue comme une cuillère, ce qui amène le liquide vers sa gueule, les félidés plient la pointe de la langue vers le bas et vers sa face dorsale pour effleurer le liquide, puis la retirent aussitôt, ce qui crée une colonne de liquide. Au moment où la gravité reprend le pas sur la force d’inertie et va faire retomber la colonne, ils referment leur mâchoire et aspirent alors une partie de cette colonne. Cette technique de lapement (en moyenne par seconde pour le chat, moins pour les félidés plus gros) a été modélisée mathématiquement et reproduite par un robot (disque de verre rond remontant par un piston à la même vitesse que la langue féline, soit ). Une hypothèse expliquant cette technique sophistiquée met en cause la région extrêmement sensible du nez et des moustaches des félidés, ces derniers lapant en cherchant à maintenir cette région la plus sèche possible. Denture Les félins possèdent 28 à . Leurs quatre canines sont plus longues que celles des loups et sont utilisées pour la mise à mort. Leur taille a même atteint au temps des tigres à dents de sabre. Les dents de devant, ou incisives, servent à arracher les poils ou les plumes et la viande des os. Sur les côtés des mâchoires se trouvent les prémolaires et les molaires, également appelées dents jugales ; elles sont moins utiles pour les félins mâchant peu leur nourriture. Les dernières prémolaires supérieures et les premières molaires inférieures des félins sont aiguës et tranchantes et faites pour déchiqueter la viande. Ces dents particulières sont appelées les carnassières. Membres Le squelette des félins est caractérisé par une clavicule « flottante », reliée au sternum par un unique ligament, ce qui confère aux félidés une grande souplesse des pattes antérieures : les félins peuvent par exemple déplacer leurs épaules en alternance, ce qui n’est pas le cas pour tous les carnivores. Les membres antérieurs sont par ailleurs très souples (sauf pour le guépard qui a toutefois une plus grande souplesse de l’échine), ce qui permet d’avoir une grande précision. On peut aussi noter que les félins peuvent écarter latéralement les pattes avant ce qui permet d’attraper les proies ou de monter aux arbres. Les membres postérieurs sont, eux plus longs que les membres antérieurs, permettant aux félins de capturer des proies plus grandes qu’eux et augmentent leurs capacités d’accélération. Pattes Les félins sont digitigrades, ils marchent sur leurs doigts. Ils en ont cinq aux pattes antérieures et quatre aux pattes postérieures, le cinquième doigt des pattes antérieures ne touchant pas le sol et celui des pattes postérieures ayant disparu au cours de l’évolution. La plante de leurs pieds est recouverte d’une sorte de semelle (coussinets pour les chats) permettant d’accroître leur souplesse et d’être silencieux en marchant. Les coussinets de ceux qui vivent et se déplacent sur le sol brûlant des déserts est recouvert de poils. La petitesse des pattes et leur résistance améliorent elles aussi leur course. Griffes Les félins, en dehors du guépard, du chat viverrin et du chat à tête plate, ont les griffes rétractiles. Ce dernier point n’est pas caractéristique des félins, puisque d’autres animaux en possèdent, comme les geckos. Les griffes sont un élément important du sens du toucher. La sortie des griffes dépend de la contraction volontaire des muscles fléchisseurs des doigts. Au repos, de nombreux tendons gardent les griffes à l’intérieur de la gaine protectrice et permettent aux félins de faire « patte de velours ». Comportement et vie sociale Bien que presque tous soient des solitaires, la vie sociale des félins dépend de leur comportement, ainsi que de leur habitat (il arrivera plus facilement que des félins s’associent pour chasser si la proie est grosse ou si on est en période de disette par exemple). Communication Il existe différents modes de communication chez les félins. En tant que mammifères, ils sont peu bavards, mais peuvent communiquer par des vocalises. Tout comme les humains, ils émettent des sons avec leurs cordes vocales pendant l’expiration. La fréquence de ces cris va de 50 à , et leur répertoire est très varié, allant du chuintement au rugissement, et certains cris sont propres à une espèce. Pour les félins solitaires, les vocalises servent surtout en période de reproduction, pour appeler les femelles ou pour avertir les autres félins que le territoire est occupé. Ces vocalises peuvent être complétées par des marquages olfactifs, au moyen de diverses substances (phéromones, urine, etc.), et visuels (griffures sur les arbres, etc.). Mais chez les félins sociables, la communication est primordiale pour une bonne entente. Chez eux, les vocalises sont plus nombreuses et plus complexes. Le miaulement d’appel est l’un des plus communs, et peut être utilisé dans beaucoup de situations par exemple quand les mères communiquent avec leurs petits. Quand ils veulent se faire agressifs, les félins crachent et grondent, tandis que lors d’approches amicales, ils émettent des gargouillements et s’ébrouent, signe d’apaisement. Très connu grâce à nos chats domestiques, le ronronnement est aussi employé par les autres félins pour exprimer le contentement. Les félins utilisent aussi entre eux des postures significatives, par exemple pour signaler à leurs congénères un danger, pour inviter un partenaire à l’accouplement, pour menacer un adversaire ou, à l’inverse, pour montrer sa soumission. Ces attitudes accompagnent et complètent les vocalises. Vie en solitaire Les félins solitaires sont généralement nocturnes, ils vivent la nuit et voient assez bien dans l’obscurité. Ils vivent sur des territoires de forme et de taille variées, divisés en zones d’activités stratégiquement placées (zone d’alimentation, de repos, point d’eau, etc.). Pour se nourrir, ils doivent chasser des proies, différentes selon leur espèce et l’endroit où ils vivent. Mais malgré leurs aptitudes, le succès d’une chasse n’est pas toujours garanti, et les félins ne mangent que tous les 3 à en moyenne (cela diffère selon la saison, l’habitat et le régime alimentaire). Chez le guépard par exemple, on estime que la chasse est fructueuse seulement une fois sur trois. Et même si la proie est attrapée, il suffit que le félin ait mal assuré sa prise pour qu’elle s’échappe. En dehors de la chasse, les félins passent le plus clair de leur temps à dormir (jusqu’à par jour) ou juste à se prélasser dans leur abri. Le régime carnivore des félins explique ce comportement : la viande se digère rapidement, ce qui leur permet de se nourrir moins souvent, et la chasse les épuise fortement (chez le guépard, l’énergie dépensée dans la course est telle qu’il ne peut généralement pas rattraper sa proie si elle s’enfuit par la suite, et ne peut pas non plus la récupérer si d’autres prédateurs la lui volent). Exceptions Durant la période des chaleurs, quand un mâle trouve une femelle prête à s’accoupler, il la suit durant plusieurs jours, jusqu’à l’accouplement. Il arrive parfois qu’il reste plus longtemps en compagnie de la femelle, s’occupant même de ses petits. En dehors de cette période, rares sont les rencontres, les femelles s’évitant entre elles, et les autres mâles préférant rester à distance grâce aux odeurs qui marquent les limites des territoires. Il arrive pourtant des exceptions, par exemple quand un mâle abat une grande proie, il accepte parfois de la partager avec les femelles cohabitant avec lui. Tous ces cas prouvent que les solitaires peuvent être sociables, mais l’exemple le plus flagrant est celui des jeunes mâles, venant de quitter leur mère, qui s’associent pour un temps avant de trouver leur propre territoire. C’est très souvent le cas chez les guépards, dont l’organisation sociale reste néanmoins assez méconnue, car ils ne sont ni des félins sociaux, ni de véritables félins solitaires. En s’associant ainsi, ils bénéficient de l’avantage du nombre, très utile pour la chasse. Cependant, même s’il arrive à des guépards mâles adultes d’avoir des territoires se chevauchant, et en dépit de ces associations spontanées, on ne peut parler de véritable organisation sociale. Il arrive aussi à de jeunes lions ou de jeunes tigres de suivre ce genre de comportement. Cas particulier : le lion Les lions sont, à la différence des autres félins, des animaux très sociables, vivant dans une troupe d’une vingtaine d’individus, composée d’une famille très soudée avec des mâles (un à sept), des femelles (une dizaine généralement) et leurs petits. Le nombre d’individus est cependant limité par le nombre de proies disponibles dans le territoire, qui peut atteindre , c’est pourquoi les jeunes mâles quittent le groupe pour former leur propre famille quand ils atteignent leur maturité sexuelle. Ce sont les lionnes qui sont chargées de la chasse, les mâles s’occupant plutôt de tenir à distance les intrus, maintenant ainsi la sécurité des jeunes. Mais un mâle reste rarement plus de à la tête d’un groupe, remplacé par de plus jeunes lions qui auraient gagné un combat contre l’autre. Ces changements de dominants sont bénéfiques aux clans, leur apportant un sang neuf. Répartition et habitat Les habitats sont variés, bien que près des trois-quarts des espèces vivent dans les forêts. Les félins ont colonisé tous les continents, sauf l’Australie et l’Antarctique (exception faite du chat domestique). Classifications Classification classique Depuis l’avènement des études moléculaires de l’ADN des espèces, la classification des félins subit de nombreux changements. De nombreuses espèces « apparaissent » tandis que d’autres se fondent. On classe traditionnellement les félins actuels en deux ou trois sous-familles : sous-famille des félinés (Felinae) ; sous-famille des pantherinés (Pantherinae) ; sous-famille des acinonychinés (Acinonychinae) ; cette sous-famille n’est plus reconnue et ses membres sont inclus dans celle des Felinae en tant que genre. À celles-ci, on peut rajouter deux sous-familles éteintes : Machairodontinae, dont les félins à dents de sabre ; Proailurinae. Espèces actuelles Liste des espèces actuelles selon ITIS: Sous-famille Felinae Fischer de Waldheim, 1817: Genre Acinonyx Brookes, 1828: Acinonyx jubatus (Schreber, 1775) - le Guépard Genre Caracal Schreber, 1776: Caracal aurata (Temminck, 1827) - le Chat doré africain Caracal caracal (Schreber, 1776) - le Caracal Genre Catopuma Severtzov, 1858: Catopuma badia (Gray, 1874) - le Chat bai Catopuma temminckii (Vigors and Horsfield, 1827) - le Chat de Temminck Genre Felis Linnaeus, 1758: Felis chaus (Schreber, 1777) - le Chaus Felis margarita (Loche, 1858) - le Chat des sables Felis nigripes (Burchell, 1824) - le Chat à pieds noirs Felis silvestris (Schreber, 1777) - le Chat sauvage Felis silvestris bieti (Milne-Edwards, 1892) - le Chat de Biet Felis silvestris cafra (Desmarest, 1822) - le Chat sauvage d'Afrique subsaharienne Felis silvestris catus (Linnaeus, 1758) - le Chat domestique Felis silvestris lybica (Forster, 1780) - le Chat ganté Felis silvestris ornata (Gray, 1830) - le Chat orné Felis silvestris silvestris (Schreber, 1775) - le Chat forestier Genre Leopardus Gray, 1842 (incluant l'ancien genre Oncifelis): Leopardus colocolo (Molina, 1782) - le Colocolo Leopardus pajeros (Desmarest, 1816) - le Chat des pampas Leopardus geoffroyi (d'Orbigny and Gervais, 1844) - le Chat de Geoffroy Leopardus guigna (Molina, 1782) - le Kodkod Leopardus guttulus (Hensel, 1872) - l'Oncille du Sud Leopardus jacobitus (Cornalia, 1865) - le Chat des Andes Leopardus pardalis (Linnaeus, 1758) - l'Ocelot Leopardus tigrinus (Schreber, 1775) - l'Oncille Leopardus wiedii (Schinz, 1821) - le Margay Genre Leptailurus Severtzov, 1858: Leptailurus serval (Schreber, 1776) - le Serval Genre Lynx Kerr, 1792: Lynx canadensis Kerr, 1792 - le Lynx du Canada Lynx lynx (Linnaeus, 1758) - le Lynx boréal Lynx pardinus (Temminck, 1827) - le Lynx pardelle Lynx rufus (Schreber, 1777) - le Lynx roux Genre Otocolobus Brandt, 1842: Otocolobus manul (Pallas, 1776) - le Manul Genre Pardofelis Severtzov, 1858: Pardofelis marmorata (Martin, 1837) - le Chat marbré Genre Prionailurus Severtzov, 1858: Prionailurus bengalensis (Kerr, 1792) - le Chat-léopard Prionailurus iriomotensis (Imaizumi, 1967) - le Chat d'Iriomote Prionailurus planiceps (Vigors and Horsfield, 1827) - le Chat à tête plate Prionailurus rubiginosus (I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1831) - le Chat rubigineux Prionailurus viverrinus (I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1831) - le Chat viverrin Genre Puma Jardine, 1834: Puma concolor (Linnaeus, 1771) - le Puma Puma yagouaroundi (É. Geoffroy Saint-Hilaire, 1803) - le Jaguarondi Sous-famille Pantherinae Pocock, 1917: Genre Neofelis Gray, 1867: Neofelis diardi (G. Cuvier, 1823) - la Panthère nébuleuse de Bornéo Neofelis nebulosa (Griffith, 1821) - la Panthère nébuleuse Genre Panthera Oken, 1816: Panthera leo (Linnaeus, 1758) - le Lion Panthera onca (Linnaeus, 1758) - le Jaguar Panthera pardus (Linnaeus, 1758) - le Léopard Panthera tigris (Linnaeus, 1758) - le Tigre Panthera uncia (Schreber, 1775) - la Panthère des neiges La classification des félins est en perpétuelle évolution, notamment grâce aux récentes analyses génétiques. Les différents changement de classification ont récemment été résumés dans le rapport final de la "Cat Classification Task Force" en 2017 : le Chat d'Iriomote (Prionailurus bengalensis iriomotensis (Imaizumi, 1967)) est considéré depuis les années 1990 comme une sous-espèce du chat-léopard. le Chat doré africain (Caracal aurata (Temminck, 1827)) est placé dans le genre Caracal. le Chat De Pallas (Otocolobus manul (Pallas, 1776)) est placé à part dans le genre Otocolobus Brandt, 1842. le Chat des pampas (Leopardus colocola pajeros (Desmarest, 1816)) est classé comme une sous-espèce du Colocolo (Leopardus colocola (Molina, 1782)). Le débat a cependant toujours lieu, y compris avec le Chat du Pantanal. la Panthère des neiges (Panthera uncia (Schreber, 1775)) est intégrée au genre Panthera. l'Oncille du Sud est considéré depuis 2013 comme une espèce différente de l'Oncille (Leopardus tigrinus). Une partie des félins actuels, y compris de genres distincts, sont capables d'hybridations naturelles ou forcées. Taxons éteints ProailurinaeProailurus P. lemanensis P. bourbonnensis P. major Pseudailurus gradePseudaelurus P. quadridentatus P. guangheesis P. cuspidatus Sivaelurus S. chinjiensis Hyperailurictis H. intrepidus H. marshi H. stouti H. validus H. skinneri Styriofelis S. turnauensis S. romieviensis Miopanthera M. lorteti M. pamiri PantherinaePantheraP. spelaea P. atrox P. fossilis P. palaeosinensis P. youngi P. gombaszoegensis P. shawi P. zdanskyi P. blytheae P. balamoides P. leoP. leo sinhaleyusP. oncaP. onca augusta P. onca mesembrina P. pardusP. pardus spelaea P. pardusP. tigris trinilensis P. tigris soloensis FelinaeFelis F. lunensis LynxL. issiodorensis L. rexroadensis L. thomasiPumaP. pardoides P. pumoides AcinonyxA. pardinensis A. intermedius A. aicha Sivapanthera S. arvernensis S. brachygnathus S. pleistocaenicus S. potens S. linxiaensis S. padhriensis Pratifelis P. martini Miracinonyx M. inexpectatus M. trumani Diamantofelis D. ferox Namafelis N. minor Asilifelis A. coteae Leptofelis L. vallesiensis Pristifelis P. attica Katifelis K. nightingalei MachairodontinaeTchadailurus T. adei Tribu Metailurini:Metailurus M. major M. mongoliensis M. ultimus M. boodonAdelphailurus A. kansensis StenailurusS. teilhardiDinofelis D. aronokiD. barlowiD. cristataD. dartiD. diastemataD. paleooncaD. petteriD. piveteauiYoshi Y. minor Y. garevskii Tribu Smilodontini:Megantereon M. cultridens M. nihowanensis M. hesperus M. whitei M. inexpectatus M. vakshensis M. ekidoit M. microta Smilodon S. populator S. fatalis S. gracilis Paramachairodus P. maximilianiP. orientalisP. transasiaticusPromegantereon P. ogygia Rhizosmilodon R. fiteae Tribu Homotherini:Homotherium H. latidens H. serum H. ischyrus H. venezuelensis Amphimachairodus A. kabir A. giganteus A. kurteni A. coloradensis A. alvarezi Nimravides N. catacopsis N. pedionomus N. thinobates N. hibbardi N. galiani Xenosmilus X. hodsonae Lokotunjailurus L. emageritus L. fanonei Tribu Machairodontini:Machairodus M. aphanistus M. horribilis M. robinsoni M. pseudaeluroides M. alberdiae M. laskerevi Hemimachairodus H. zwierzyckii Miomachairodus M. pseudaeluroides Phylogénie des genres actuels La taxonomie des félins est difficile à étudier car peu de fossiles sont arrivés jusqu’à nous, et ceux-ci sont également difficilement différentiables : même de nos jours, reconnaître un squelette de tigre de celui d’un lion est complexe. Les travaux de phylogénie se tournent à présent vers la génétique, ce qui permet à la fois de différencier les diverses lignées de félins, mais également de dater leur divergence. Cependant, une difficulté vient s’ajouter à ces analyses : pour certaines espèces, les échantillons d’ADN sont difficilement ostensibles. Les travaux menés en 2006 par Warren Johnson et Stephen O’Brien ont porté sur trente gènes différents situés sur les mitochondries et les chromosomes sexuels. En s’appuyant sur des fossiles et sur la séquence intégrale du chat abyssin « Cannelle » (), il a été possible de dater les embranchements de l’arbre phylogénétique. Ces recherches génétiques donnent une classification différentes des espèces vivantes de félidés. Voici par ordre chronologique les dates de divergences des différentes lignées estimées par cette étude: : séparation des sous-familles des panthérinés et des félinés ; : séparation de la lignée comprenant le genre Pardofelis ; : séparation de la lignée comprenant les genres Caracal et Leptailurus ; : séparation de la lignée comprenant le genre Leopardus ; : séparation de la lignée comprenant le genre Lynx ; : séparation de la lignée comprenant les genres Acinonyx et Puma ; : séparation de la lignée comprenant le genre Felis et celle comprenant les genres Otocolobus et Prionailurus''. La phylogénie des espèces actuelles est paradoxale car on n'obtient pas le même cladogramme avec différentes parties du génome (ADN mitochondrial, chromosomes sexuels, autres chromosomes), comme l'indique l'étude de Johnson (2006), et même avec différentes zones d'un même ADN, comme l'indique l'étude de Li (2019). On retrouve généralement les mêmes huit clades, mais pas dans le même ordre chronologique des séparations. L'originalité de l'étude de 2019 est de séparer les séquences de gènes selon leur taux de recombinaison ; les régions du génome riches en recombinaisons donnent des arbres phylogénétiques différents et en désaccord avec les données paléontologiques (comme d'ailleurs aussi l'étude de 2006) ; les régions pauvres permettent de reconstruire un arbre unique et cohérent avec la paléontologie (ci-dessous). L'abondance des recombinaisons et leur décryptage révèle une étonnante capacité des félins à s'interféconder tout au long de leur histoire. Voir aussi Félin hybride lion des cavernes d'Eurasie Lion américain Tigre de Longdan Machairodontinae Liens externes Bibliographie Notes et références Notes Références taxonimiques Références Famille de mammifères (nom scientifique) Mammalia Carnivora Feliformia Taxon décrit en 1817
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https://fr.wikipedia.org/wiki/FS
FS
L'abréviation FS peut désigner : en français Finalité sociale d'une société Forces spéciales François Serpent, le pseudonyme du poète estonien Indrek Mesikepp Frégate de surveillance, un type de navires de la Marine nationale française fiche sanitaire en anglais File System ou système de fichier Flight Simulator, un logiciel de Microsoft, FS peut être suivi du numéro de version : FS4, FS5, FS2000 (ou FS2K), FS2002, etc Full screen, désigne le cadrage plein écran en télévision, en vidéo ou en informatique (4/3 et 16/9) Full Supervision, un mode de circulation de la norme de signalisation ferroviaire européenne ETCS Future Systems, un ancien projet de développement d'IBM French Ship, un préfixe de l'OTAN pour désigner un navire français en italien Ferrovie dello Stato, une société de chemins de fer italiens de l'État, entreprise publique qui exploite le réseau national italien de chemins de fer
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois%20Bayrou
François Bayrou
François Bayrou (prononcé : ), né le à Bordères (Basses-Pyrénées), est un homme politique et essayiste français. Ministre de l'Éducation nationale sous trois gouvernements de droite de 1993 à 1997, il est également député des Pyrénées-Atlantiques entre 1986 et 2012, président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques de 1992 à 2001, député européen de 1999 à 2002 et maire de Pau depuis 2014. Parallèlement, il préside plusieurs partis : le Centre des démocrates sociaux (CDS), Force démocrate (FD), l'Union pour la démocratie française (UDF) et le Mouvement démocrate (MoDem). Candidat à l'élection présidentielle de 2002, il obtient 6,84 % des voix, se classant quatrième du premier tour. En 2007, il finit en troisième position avec 18,57 % des suffrages, et fonde peu après le MoDem, qui se veut au centre de l'échiquier politique, alors que l'UDF était traditionnellement classée au centre droit. Lors de l'élection présidentielle de 2012, il recueille 9,13 % des suffrages, terminant en cinquième position. Ne se présentant pas à l'élection présidentielle de 2017, il soutient la candidature d'Emmanuel Macron, qui l'emporte avec les deux tiers des suffrages face à la candidate du FN Marine Le Pen. Emmanuel Macron le nomme ministre d'État, garde des Sceaux, ministre de la Justice au sein du premier gouvernement Édouard Philippe. Un mois plus tard, cité dans l'affaire des assistants parlementaires du MoDem au Parlement européen, il renonce à intégrer le second gouvernement Édouard Philippe. En 2019, il est mis en examen pour « complicité de détournement de fonds publics » dans cette affaire. Il est nommé haut-commissaire au plan par Emmanuel Macron en septembre 2020. Situation personnelle Origines François René Jean Lucien Bayrou naît le à Bordères (Basses-Pyrénées). Il est le fils de Calixte Bayrou (1909-1974), propriétaire agriculteur, maire de Bordères, et d'Emma Sarthou (1918-2009), originaire de Serres-Morlaàs. Ses ascendants sont béarnais, sauf sa grand-mère maternelle, Amélie Dorgan qui était d'origine irlandaise et par qui il est parent du poète irlandais . François Bayrou parle couramment le béarnais et milite pour la sauvegarde des langues régionales. Enfance et études Vers l'âge de six ou sept ans, il commence à souffrir de bégaiement. Il lui faut plusieurs années pour maîtriser ce problème. Après des études à l'école primaire de Bordères, il est en 1968 bachelier en lettres classiques (français, latin, grec) au lycée public de Nay-Bourdettes. Il poursuit des études dans une classe préparatoire littéraire (hypokhâgne et khâgne) à Bordeaux puis à l'université Bordeaux-III. Carrière professionnelle Il obtient l'agrégation de lettres classiques en 1974 à , à quelques jours du décès de son père, qui meurt en tombant d'une charrette de foin. Pendant plusieurs années, il aide sa mère à gérer l'exploitation, tout en enseignant. Vie privée et familiale Marié en 1971 avec Élisabeth Perlant dite , il est le père de six enfants : Hélène, Marie, Dominique, Calixte (travaillant actuellement à l'université de Liège en Belgique), Agnès, André, et grand-père de vingt-et-un petits-enfants, comme il le révèle le 6 novembre 2016 dans l'émission de Karine Le Marchand Une ambition intime. Il est auteur d'une biographie d'Henri IV, Le Roi libre, vendue à . Parcours politique Débuts (1982-1993) Jeune, François Bayrou est proche des mouvements non violents, notamment de la communauté de Lanza del Vasto et s'inspire de Gandhi. À , en 1982, il est élu conseiller général des Pyrénées-Atlantiques dans le canton de Pau-Sud. Quatre ans plus tard, il devient député des Pyrénées-Atlantiques sous les couleurs de l'Union pour la démocratie française (UDF), se faisant élire à la proportionnelle sur une liste d'union avec les néo-gaullistes du RPR, aux côtés de Jean Gougy et de Michèle Alliot-Marie. Après le retour à un scrutin uninominal en 1988, il est à partir de cette date et jusqu'en 2012 sans cesse élu dans la des Pyrénées-Atlantiques. Enseignant dans l'école publique, laïque convaincu, c'est aussi un catholique pratiquant, d'inspiration politique démocrate-chrétienne et membre au sein de l'UDF du Centre des démocrates sociaux (CDS) — son père avait été maire de son village de Bordères sous l'étiquette du Mouvement républicain populaire (MRP). En 1989, il perd l'élection municipale de Pau face à André Labarrère en obtenant 48 % des voix au second tour. À la suite de ce scrutin et en prévision des élections européennes, il fait partie d'un groupe de douze trentenaires ou quadragénaires, figures montantes du centre-droit (Philippe Séguin, Michel Noir, Alain Carignon, Étienne Pinte, Michel Barnier, François Fillon, Charles Millon, Dominique Baudis, François d'Aubert, Philippe de Villiers, Bernard Bosson) demandant un renouvellement de l'appareil politique au RPR et à l'UDF, critiquant fortement les figures historiques de ces deux mouvements qu'ils considèrent comme vieillissantes (Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing, Raymond Barre) et appelant à la formation d'un nouveau grand parti unique de droite. Surnommés les « rénovateurs », ils occupent alors le devant de la scène médiatique durant le printemps de l'année 1989. Avec Bernard Bosson et Dominique Baudis, ainsi que la direction du CDS, François Bayrou décide également de soutenir la liste dissidente « Le Centre pour l'Europe » emmenée par Simone Veil contre celle d'union RPR-UDF tirée par Valéry Giscard d'Estaing aux européennes de 1989. Cependant, de profondes divergences idéologiques (notamment sur le projet européen) ainsi que leur intégration progressive dans les équipes dirigeantes de leurs partis respectifs met rapidement un terme à l'expérience des rénovateurs. François Bayrou ne rejoint pas les néo-rénovateurs en 1990 et est lui-même choisi par Valéry Giscard d'Estaing pour être secrétaire général de l'UDF en 1991. Ministre de l'Éducation nationale (1993-1997) En 1993, il est nommé ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement de cohabitation d'Édouard Balladur. Il propose une réforme de la loi Falloux visant à déplafonner la possibilité pour les collectivités locales de subventionner les investissements des établissements d’enseignement privé. Le , le Conseil constitutionnel prive la loi de son article 2, ce qui la vide d'une partie de son contenu. Le suivant, quelque manifestent contre ce projet, pour défendre l'école laïque. Bien qu'il ait soutenu Édouard Balladur lors de l'élection présidentielle française de 1995, qu'il ait fait partie de son comité politique aux côtés de Nicolas Sarkozy et François Léotard, et qu'il se soit opposé au projet de référendum sur l'éducation proposé par le candidat Jacques Chirac, il obtient dans le premier gouvernement d'Alain Juppé un portefeuille élargi à l'enseignement supérieur, à la recherche et à la formation professionnelle. Il perd la responsabilité de la Formation professionnelle dans le deuxième gouvernement Juppé, mais reste à l'Éducation nationale jusqu'à la dissolution de l'Assemblée nationale par Jacques Chirac en 1997 ; l'élection qui la suit est remportée par la gauche plurielle. Durant son ministère, François Bayrou dirige une réflexion approfondie sur la condition des professeurs et des élèves. Il conduit une réforme du collège, réforme les études supérieures (semestrialisation des études, semestre d'orientation en première année, création d’universités de professionnalisation technologique), met en place le baccalauréat filièrisé (filières S, ES, L, STT, STL et STI) , introduit les langues vivantes à l’école primaire. L'opinion retient de la présence de François Bayrou à ce ministère sa méthode de réforme prudente et concertée avec les organisations syndicales, ce qui lui a valu des accusations d'immobilisme. Roger Fauroux, qu'il avait chargé de présider une commission sur la réforme de l'école se montre critique, déclarant que François Bayrou gouvernait « avec le sondoscope en bandoulière ». Sous la troisième cohabitation (1997-2002) Rédacteur en chef de Démocratie moderne, le journal du CDS, il devient en 1991 secrétaire général de l'UDF en tant que représentant de son parti, le CDS, qui est l'une des principales composantes de cette fédération de partis de droite non gaulliste qu'est l'UDF. Un temps vice-président du CDS (1991-1994), il en est élu président en 1994. Au congrès de Lyon en 1995, il fusionne ce parti avec le Parti social-démocrate, parti de tradition laïque également adhérent de l'UDF (et comptant dans ses membres André Santini notamment), créant ainsi Force démocrate (FD). Il est élu en 1998 à la tête de l'UDF malgré l'opposition de Démocratie libérale (DL). Après les élections régionales de 1998, Alain Madelin et d'autres leaders de DL approuvent les présidents de région réélus grâce au soutien des élus Front national, alors que François Bayrou rejette toute alliance avec l'extrême droite. DL quitte alors l'UDF, dont les autres composantes fusionnent la même année pour créer un parti unifié, la Nouvelle UDF. Lors des élections européennes de juin 1999, François Bayrou conduit la liste UDF qui recueille 9,28 % des voix; il tient — contrairement à ses concurrents têtes de liste François Hollande et Nicolas Sarkozy — son engagement de siéger à Strasbourg et entre donc au Parlement européen, dont sa seconde de liste Nicole Fontaine obtient la présidence. Candidature à l'élection présidentielle de 2002 François Bayrou se présente comme candidat de l'UDF à l'élection présidentielle de 2002. Sa campagne connaît des débuts difficiles ; les sondages le créditant longtemps d'environ 5 % des intentions de vote. Plusieurs dirigeants de l'UDF appellent à voter pour Jacques Chirac dès le premier tour. Lors de la campagne présidentielle, à Strasbourg, et pendant une altercation avec des jeunes qui avaient insulté le maire de Strasbourg, Fabienne Keller, avec laquelle il se trouvait, il gifle un jeune garçon d'une dizaine d'années qui essayait de lui faire les poches. Il estime quelques jours après que c'est . Il arrive en quatrième position du premier tour de scrutin, avec 6,84 % des voix, derrière Lionel Jospin. Il appelle Jacques Chirac, opposé au second tour à Jean-Marie Le Pen, à constituer une large coalition à partir de sa majorité de second tour. Le président sortant tente au contraire, avec Alain Juppé, de fusionner la droite et le centre dans un unique parti, l'Union pour la majorité présidentielle, rebaptisé ensuite Union pour un mouvement populaire (UMP). La majorité des parlementaires UDF, emmenés par Philippe Douste-Blazy, quittent l'UDF pour l'UMP. Cependant, UDF et apparentés sont élus aux élections législatives de juin et constituent un groupe parlementaire pour la législature (2002-2007). Parmi eux, François Bayrou qui revient à l'Assemblée nationale, élu dans la des Pyrénées-Atlantiques, et quitte donc le Parlement européen (remplacé par Jean-Thomas Nordmann). Sous le second mandat présidentiel de Jacques Chirac (2002-2007) S'affirmant opposé à « l'État-UMP », dès la première question de confiance posée par le gouvernement Jean-Pierre Raffarin, François Bayrou annonce son intention de se prononcer librement sur chacun des actes du gouvernement. L'UDF obtient 12 % des voix aux élections régionales et aux élections européennes de 2004, où progresse le nombre de ses élus conseillers régionaux et députés européens ; aux cantonales de la même année, le nombre de ses conseillers généraux et présidents de conseils généraux progresse également. Aux régionales en Aquitaine, ses listes arrivent, avec 16 % des voix, en troisième position derrière la liste PS du président Alain Rousset, qui sera réélu, et celle de l'UMP radical Xavier Darcos, ministre délégué à l'Enseignement scolaire. Devancée dans toutes les régions par l'UMP, les listes UDF fusionnent avec celles de l'UMP au second tour. Au Parlement européen élu en 2004, l'UDF quitte le groupe parlementaire de droite du PPE-DE, auquel appartient l'UMP, pour rejoindre, avec ses alliés du Parti démocrate européen, le groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe. En 2005 et 2006, il s'oppose de plus en plus à la politique du gouvernement de Dominique de Villepin, sur son contenu et sur ses modalités — en particulier le mépris dans lequel est, selon lui, tenu le Parlement (sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, la privatisation des autoroutes, l'instauration par ordonnance du CNE). Sa ligne politique est contestée par l'unique ministre UDF du gouvernement, le ministre de l'Éducation nationale, Gilles de Robien, favorable à une alliance avec l'UMP. D'ailleurs Gilles de Robien demande fin 2005 que les militants soient appelés à se prononcer : la motion de défense d'une UDF « libre et indépendante » présentée par François Bayrou est approuvée à 92 % (Congrès de Lyon, janvier 2006). Lorsque le Parti socialiste dépose une motion de censure le , dans le cadre de l'affaire Clearstream 2, contre le Gouvernement Dominique de Villepin, François Bayrou et dix députés de son groupe (sur trente) votent ce que le leader qualifie de « censure franche » par opposition à la censure « des couloirs » (plusieurs dizaines de députés UMP partisans de Nicolas Sarkozy s'étaient rassemblés à la buvette de l'Assemblée nationale). C'est la première censure votée par François Bayrou contre un gouvernement de droite depuis son accession à la tête de l'UDF en 1998. Le président de l’UDF n'écarte pas pour autant de soutenir des membres de l'UMP « au cas par cas » : il apporte par exemple son soutien à la liste du candidat Alain Juppé à la municipale partielle de Bordeaux en août 2006. Candidature à l'élection présidentielle de 2007 En , lors d'un conseil national statutaire de l'UDF à Issy-les-Moulineaux, François Bayrou jette les grandes lignes de ses ambitions présidentielles en proposant une « révolution civique » et affirme vouloir rassembler des personnalités venant de droite, de gauche et du centre. Le congrès voit Gilles de Robien, partisan d’une alliance avec la droite, être sifflé par des militants dans la salle. François Bayrou annonce sa candidature à l'élection présidentielle du printemps 2007 le à Serres-Castet, dans sa circonscription des Pyrénées-Atlantiques. Il est crédité par les instituts de sondage d’environ 8 % d’intentions de vote en décembre, de 10 % mi-janvier 2007, de 12 % fin janvier, de 13 % mi-février, de 19 % fin février, de 22 % dans la première quinzaine de mars. L’hypothèse d'une qualification pour le second tour au détriment de la socialiste Ségolène Royal est alors évoquée. En février-mars 2007, plusieurs candidats potentiels et d’autres personnalités se rallient à François Bayrou : le président du Parti fédéraliste, Christian Chavrier ; la présidente du parti écologiste Cap21, Corinne Lepage ; Édouard Fillias d'Alternative libérale ; Antoine Waechter, président du Mouvement écologiste indépendant ; Nicolas Miguet du Rassemblement des contribuables français ; les ministres délégués du gouvernement Villepin, tous deux UMP, Azouz Begag et François Goulard. En mars 2007, François Bayrou publie chez Plon son Projet d'espoir, qui est le livre politique le plus vendu au cours de la période ( en deux mois). Cependant, en mars et avril, le candidat de l'UMP et favori du scrutin, Nicolas Sarkozy, reçoit le soutien de plusieurs membres ou figures historiquement proches de l'UDF : Valéry Giscard d'Estaing, fondateur du parti en 1978, qui accuse François Bayrou ; Simone Veil, qui déclare que Bayrou est « le pire de tous » et que sa candidature est « une imposture » ; Gilles de Robien ; André Santini Le candidat centriste réagit à ces défections en dénonçant une « collection d'élus épuisés ». Le , quelques jours avant le premier tour, Michel Rocard, dont des proches avaient déjà appelé à voter Bayrou (collectifs « Spartacus » et « les Gracques ») demande une alliance entre l'UDF, le PS et Les Verts. Il est suivi par Bernard Kouchner, puis par Claude Allègre et Daniel Cohn-Bendit. Ségolène Royal juge la proposition « baroque » et François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, la considère comme inconcevable. En février-mars 2017, les sondages le donnent en forte progression, au coude-à-coude avec Ségolène Royal, avec plus de 20 % d’intentions de vote. Dans le même temps, il déclare qu’il condamne des médias et que . Le livre-enquête du journaliste d'investigation Jean-Baptiste Rivoire (L’Élysée et les oligarques contre l’info, 2022) va dans ce sens. François Bayrou obtient 18,57 % au premier tour de l'élection présidentielle, le , ce qui le place en troisième position, derrière Nicolas Sarkozy (31,18 %) et Ségolène Royal (25,87 %), qui sont tous deux qualifiés pour le second tour. Le , il annonce qu'il ne donne aucune consigne de vote en vue du second tour, mais déclare accepter le débat public que lui a proposé Ségolène Royal, ajoutant qu'il était prêt à en faire autant avec Nicolas Sarkozy, une proposition que celui-ci décline. Le débat proposé par Ségolène Royal sur les convergences et divergences entre leurs projets politiques est le premier débat public réunissant, entre les deux tours d'une élection présidentielle, deux personnalités dont l'une est présente au second tour et l'autre non. La presse quotidienne régionale, puis Canal+, refusent d'organiser ce débat (indiquant vouloir respecter les consignes du CSA sur l'égalité des temps de parole des deux finalistes). François Bayrou parle à cet égard de pressions exercées par le candidat UMP et son entourage sur les médias dans le but d'empêcher ce débat. La confrontation a finalement lieu le , retransmise par BFM TV et RMC. La semaine suivante, au lendemain du débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, François Bayrou confirme qu’il ne votera pas pour Nicolas Sarkozy le , sans pour autant dire s'il choisira Ségolène Royal, s'il votera blanc ou s'il s'abstiendra. Trois ans plus tard, en , il confiera avoir voté blanc. Selon les instituts de sondage TNS Sofres et Ipsos, au second tour de l'élection, 40 % de ses électeurs ont voté pour Nicolas Sarkozy, 40 % pour Ségolène Royal et 20 % ont voté blanc, nul ou se sont abstenus. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012) Dans la lignée de l’annonce de François Bayrou durant la campagne présidentielle, le conseil national de l'UDF vote, le à la Mutualité, une motion pour la création du Mouvement démocrate (MoDem), à la quasi-unanimité. Le MoDem apparaît alors comme le successeur du mort-né « Parti démocrate » (PD), dont François Bayrou avait annoncé la naissance le 25 avril. Le nouveau mouvement se revendique clairement comme un parti d'opposition au pouvoir du nouveau président Nicolas Sarkozy et fait valoir ce positionnement pour les élections législatives de juin 2007. Nombre de députés UDF sortants réprouvent cette nouvelle stratégie et se rapprochent de la majorité présidentielle à l'occasion de cette élection. Rassemblés par le nouveau Ministre de la Défense Hervé Morin, ancien président du groupe UDF à l'Assemblée, ils fondent le Nouveau Centre, formation qui se réclame du centre droit et de la tradition de l'UDF. François Bayrou, réélu député des Pyrénées-Atlantiques, voit l'essentiel de ses anciens compagnons le quitter pour le Nouveau Centre : seuls trois autres députés sortants se présentent sous l'étiquette UDF-MoDem, mais deux d'entre eux (Gilles Artigues et Anne-Marie Comparini) sont battus. Jean Lassalle est réélu à l'issue de la seule triangulaire du pays, et le MoDem compte également un nouvel élu à Mayotte (Abdoulatifou Aly). Juste avant la création officielle du MoDem, en décembre 2007, il enregistre la médiatique désaffection de Jean-Marie Cavada, jusque-là considéré comme un de ses principaux lieutenants. Celui-ci, en obtenant la tête de liste pour le de Paris, rejoint en effet la liste de la candidate UMP à la mairie de Paris Françoise de Panafieu. Il est élu président du MoDem le , avec 96,8 %. Le , il annonce sa volonté de conduire une liste pour l'élection municipale à Pau. Il rate de peu son élection à la mairie de Pau en obtenant 38,81 % des suffrages au second tour le , perdant de face à la candidate socialiste Martine Lignières-Cassou (39,76 %) sur un total de plus de . Le candidat investi par l'UMP Yves Urieta, maire sortant (ex-PS) qui s'est maintenu au second tour obtient quant à lui 21,42 % des suffrages (contre 27,8 % au premier tour), causant en partie la défaite du président du MoDem. Les défections ont continué, ainsi que les critiques sur sa façon de gérer le MoDem, accusé de n'être qu'un marchepied pour ses ambitions présidentielles. Ainsi Jean Arthuis, en , déclare à propos de François Bayrou qu'. Le député européen Thierry Cornillet avait pour sa part qualifié de « suicidaire » la politique du président du MoDem et ajouté que ce dernier « sacrifiait ses élus pour une chimère présidentielle ». Soucieux de démontrer la marginalité de ces défections et de réaffirmer son autorité face aux critiques internes, François Bayrou proposa de soumettre au vote des adhérents une contribution, c'est-à-dire une déclaration de principes sur l'orientation politique du MoDem, dans laquelle il défend sa stratégie d'indépendance. Thierry Cornillet (soutenu par les sénateurs Yves Détraigne, Françoise Férat, Philippe Nogrix et Catherine Morin-Desailly) ayant renoncé à soumettre une contribution, seul le texte du président du MoDem fut proposé aux adhérents lors de la dernière semaine de juin 2008 : il obtint l'approbation de 98 % des votants. Lors des élections européennes de 2009, il fait notamment campagne contre les orientations de José Manuel Durão Barroso, qu'il considère . Dans cette optique, il soutient les candidatures de Guy Verhofstadt ou de Mario Monti à la présidence de la commission européenne. Lors d'un débat télévisé le jeudi l'opposant à la tête de liste des Verts Daniel Cohn-Bendit, il a des échanges houleux avec ce dernier. Trois jours plus tard, le , les listes « Démocrates pour l'Europe » obtiennent 8,46 % ( derrière Europe Écologie, crédité de 16,28 %, le Parti socialiste, à 16,48 %, et l'UMP, à 27,88 %) et six sièges au Parlement européen, score bien en deçà de celui réalisé par l'UDF en 2004. Peu avant les élections régionales de 2010, le Mouvement démocrate doit faire face à plusieurs défections et critiques de ses membres. Dans le même temps, les intentions de vote en faveur du MoDem s'effondrent. Les listes du parti recueillent finalement 4,20 % au niveau de la France entière. Il est réélu président du MoDem le , avec 94,69 % des voix, puis le , avec 86,98 % des voix. Candidature à l'élection présidentielle de 2012 François Bayrou annonce le sa candidature à l'élection présidentielle de 2012, déclarant se présenter en « homme libre ». Fin 2011 et début 2012, plusieurs anciens ministres chiraquiens et personnalités de centre-droit se rallient à lui, comme les anciens UDF Jean Arthuis, Alain Lambert, Anne-Marie Idrac, Bernard Bosson, Pierre Albertini ou Philippe Douste-Blazy. François Bayrou reçoit également le soutien d'une vingtaine de sénateurs divers droite et de plusieurs parlementaires villepinistes au tournant de l'année 2012, tel Yves Pozzo di Borgo. L'ex-responsable de la campagne web de Nicolas Sarkozy en 2007 membre du Parti Libéral, Arnaud Dassier, annonce également son soutien. Le , il reçoit en outre le soutien d'une quarantaine de personnalités gaullistes et villepinistes. Il met l'accent sur ce qu'il appelle « produire en France et consommer français », la réduction de la dette par le contrôle des dépenses, l'éducation en voulant faire un effort particulier sur les « fondamentaux » au primaire (lire, écrire, compter), défendant notamment l'usage du calcul mental, et de nouveau la réforme des institutions, promettant l'organisation d'un référendum sur la question en même temps que le premier tour des élections législatives de . Après une entrée en campagne lors de laquelle le candidat voit un doublement des intentions de vote en sa faveur, il retrouve le dans un sondage sa troisième place de 2007, à égalité avec Marine Le Pen à 15 %, avant de voir progressivement refluer les intentions de vote en sa faveur. Totalisant 9,13 % des voix () au premier tour, il termine cinquième de cette élection présidentielle derrière Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, un score bien inférieur à celui de 2007 (18,57 %) mais au-dessus de celui de 2002 (6,84 %). Après son élimination, il écrit une lettre publique aux deux candidats du second tour, Nicolas Sarkozy et François Hollande, les interrogeant sur leurs programmes afin d'éventuellement se prononcer pour un soutien ou une prise de position pour le deuxième tour. Le , il annonce qu'il votera personnellement pour François Hollande sans donner toutefois de consigne de vote à ses électeurs. Cette décision lui vaut les critiques de la droite et de plusieurs centristes. Sous la présidence de François Hollande (2012-2017) Candidat à sa réélection aux législatives de juin 2012 dans la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques, François Bayrou arrive en deuxième position au premier tour avec 23,63 % des suffrages exprimés. Dans une triangulaire qui l'oppose à la candidate socialiste Nathalie Chabanne (34,90 % au premier tour) et au candidat de l'UMP Éric Saubatte (21,72 % au premier tour), il n'obtient que 30,17 % des suffrages exprimés contre 42,78 % à Nathalie Chabanne, élue, et 27,04 % pour Éric Saubatte. Le , en tant que président du MoDem, il signe avec Jean-Louis Borloo, le président de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), une charte qui unit leurs deux partis au sein d'une plate-forme politique commune, L'Alternative, avec l'ambition de conduire des listes communes aux élections nationales, européennes et régionales ainsi que d'organiser une primaire commune aux partis centristes en vue de l'élection présidentielle de 2017. Ce projet semble toutefois mis en suspens par le retrait de Jean-Louis Borloo de la vie politique ; son successeur, Jean-Christophe Lagarde, privilégiant plutôt les alliances avec la droite de Nicolas Sarkozy. La plupart du temps, le MoDem finit par rejoindre à son tour ces alliances avec la droite. Dès septembre 2013, il annonce son intention d'être à nouveau candidat à la mairie de Pau en 2014. Il bénéficie du soutien de l'UMP, qui ne présente pas de candidat contre lui. La liste qu'il constituera inclura certains représentants de l'UMP, dont Eric Saubatte, son ancien adversaire aux élections législatives de 2012. Le , sa liste obtient 41,9 % des suffrages au premier tour, puis, le 30 mars, 62,6 % des voix contre 37,4 % à celle conduite par le député socialiste David Habib. Il est élu maire de Pau le . Le 14 avril suivant, il est élu président de la communauté d'agglomération Pau-Pyrénées, avec (2 nuls et 21 blancs), par les 65 élus inscrits représentant les 14 communes de l'agglomération. Grand lecteur de Charles Péguy, il intervient, en janvier 2014, au colloque sur « L’actualité de la pensée politique de Charles Péguy ». Alliance avec Emmanuel Macron et éphémère ministre de la Justice (2017) Peu après l'annonce de la candidature d'Alain Juppé à la primaire de la droite et du centre en vue de la présidentielle de 2017, François Bayrou annonce son soutien au maire de Bordeaux, tout en refusant de faire participer officiellement le MoDem à la primaire, afin de pouvoir faire barrage à Nicolas Sarkozy si celui-ci était finalement désigné candidat. Après la large victoire de François Fillon, qui devient ainsi le candidat des Républicains et de leurs alliés dans la course à l'Élysée, Bayrou dément avoir conclu un accord avec ce dernier. Interrogé sur la candidature d'Emmanuel Macron, président du mouvement En marche qui souhaite dépasser le clivage droite-gauche comme lui, le , il estime que celle-ci s'inscrit dans la lignée de celle de Sarkozy en 2007 et de Dominique Strauss-Kahn en 2012, accusant « le monde des grands intérêts et celui de l'argent » d'être derrière sa candidature. Cette relation lui semble « incompatible avec l'impartialité exigée par la fonction politique » et il annonce qu'il « mènera la bataille pour qu'il n'en soit pas ainsi ». Cependant, lors d'une déclaration à la presse le concernant sa décision en vue de la prochaine échéance électorale, François Bayrou estime que la France est et il propose une alliance à Emmanuel Macron pour ne pas prendre le risque de dispersion des voix. Il pose quatre exigences pour cette proposition (à savoir une véritable alternance dans les pratiques politiques, une loi sur la moralisation de la vie publique, l'amélioration de la rémunération du travail et l'introduction de la proportionnelle pour les élections législatives) ; Emmanuel Macron accepte aussitôt sa proposition. La décision du président du MoDem est toutefois critiquée par des élus de droite et de gauche, en raison notamment de l'incohérence avec ses déclarations passées à l'égard de l'ancien ministre de l'Économie. Durant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle, il critique le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan au FN de Marine Le Pen, elle-même adversaire d'Emmanuel Macron au second tour de l'élection. Le , il qualifie cette alliance d', mettant en cause le gaullisme du président de Debout la France. Après la publication par La République en marche de la liste de ses candidats aux élections législatives, il fait part de son désappointement et déclare qu'elle « n'est en aucun cas celle à laquelle le MoDem a donné son assentiment ». Il avait été convenu avec Emmanuel Macron, en échange de son soutien pour l’élection présidentielle, que 120 circonscriptions seraient réservées à des membres du Modem, mais seules 30 leur seront proposées après l’élection. Le , François Bayrou est nommé ministre d'État, garde des Sceaux, ministre de la Justice dans le gouvernement Philippe I. Visé depuis décembre 2015 par une plainte en diffamation, une audience le fixe la date de son procès au . En effet, à la suite d'un dépôt de plainte d'El Sistema France concernant des propos tenus lors d'un conseil municipal et dénoncés comme diffamatoires, il avait été mis en examen en pour « diffamation publique » à l'encontre de l'association. Selon des informations du Canard enchaîné, l'assistante parlementaire de Marielle de Sarnez aurait en réalité été la secrétaire particulière de François Bayrou et était donc rémunérée par le Parlement européen pour un emploi fictif. Si François Bayrou dément et promet des preuves, des témoignages cités par le Canard enchaîné et Corinne Lepage confirment le caractère fictif de cet emploi et mettent en cause un système d'emplois fictifs créé par le MoDem au Parlement européen pour faire rémunérer son personnel avec de l'argent public. Une enquête de France Info cite une dizaine d’employés du Modem rémunérés comme assistants parlementaires. François Bayrou appelle personnellement un responsable de la radio pour se plaindre de l’enquête mais est ensuite recadré par le Premier ministre Édouard Philippe. Dans ces conditions, il annonce le qu'il ne fera pas partie du gouvernement Philippe II. Il est remplacé par Nicole Belloubet, après seulement passés à la chancellerie. Après le gouvernement (depuis 2017) Seul candidat à sa succession à la présidence du MoDem, François Bayrou est réélu le 15 décembre 2017, avec 93,8 % des voix. Un temps envisagé comme tête de liste LREM-MoDem pour les élections européennes de 2019, il refuse d’être candidat à ce scrutin, affirmant souhaiter le . Le , à l’issue d’une audition de près de dix heures au tribunal de Paris, François Bayrou est mis en examen pour « complicité de détournement de fonds publics » dans l’affaire des assistants parlementaires européens du parti centriste. Plusieurs cadres du MoDem sont également mis en examen, dont Sylvie Goulard, Michel Mercier et Marielle de Sarnez. Fragilisé alors qu’il prônait de longue date l’éthique en politique, François Bayrou exclut de démissionner de la mairie de Pau. Au premier tour des élections municipales de 2020, la liste qu'il conduit à Pau arrive en tête avec 45,8 % des voix. Il l'emporte pour un second mandat le avec 55,5 % des suffrages exprimés, contre 44,5 % pour le divers gauche Jérôme Marbot. Dans la foulée, il est réélu président de la communauté d'agglomération Pau Béarn Pyrénées. En , il est nommé haut-commissaire au plan, exerçant ses fonctions à titre gratuit. Selon Le Monde, ce poste l'occupe peu, mais lui permet principalement de conserver de l’influence dans l'environnement d'Emmanuel Macron. Trois mois plus tard, en décembre, il est réélu président du MoDem avec 96 % des suffrages exprimés. Prises de position Politique économique Sur la réforme des retraites, François Bayrou est favorable à un passage de 60 à progressif, qu'il dit être raisonnable compte tenu de l'augmentation de l'espérance de vie. Néanmoins, il n'a pas voté pour la réforme qu'il conditionnait à l'adoption d'un amendement qu'il a présenté à l'Assemblée nationale et auquel il n'a manqué que quelques voix pour être adopté : il proposait de maintenir le seuil de l'âge de départ sans décote à au lieu des proposés par le gouvernement, ce qui lui semble inacceptable, car cela fait payer les frais de cette réforme aux personnes ayant eu les carrières les plus hachées. Son objectif est la mise en place comme en Italie, et comme défendu par la CFDT, d'un système de retraite par répartition mais individualisé, également appelé système de retraite par points, comme le système des retraites complémentaires mais étendu à la retraite de base, et unifié à terme entre les 35 systèmes existants qui créent en particulier le problème des calculs pour les retraités polypensionnés. Institutions et régionalisme Dans son projet de modernisation du système politique français, François Bayrou propose le renforcement du rôle du Parlement de façon à constituer un contre-pouvoir effectif face à l'exécutif. Il a déclaré à plusieurs reprises souhaiter le passage à une République. François Bayrou, qui parle couramment béarnais, défend le « trésor » que constituent selon lui les cultures et identités régionales de France. Il appelle à ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, que la France a signée en 1999. Il s'est notamment prononcé pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne, conformément au vœu des collectivités locales, ainsi que pour la « réunification de la Normandie », ce qui fut permis par la réforme territoriale mise en place durant le quinquennat de François Hollande. Sujets de société Défenseur de la laïcité dans l'espace public, François Bayrou est un catholique pratiquant ayant fréquenté par exemple la Communauté des Béatitudes. Il s'est déclaré opposé dans sa forme au projet d'ouverture du mariage aux personnes de même sexe ayant défendu durant la campagne présidentielle 2012 le principe d'une « union civile » fondée sur l'essentiel des dispositions du Code civil en matière de mariage (reconnaissance, droits, fiscalité et succession), mais s'attachant à distinguer d'un point de vue lexical le terme d'« union » de celui de « mariage ». Médias et culture En mai 2009, il vote contre la loi Hadopi. Se présentant comme , il considère que . François Bayrou a souvent mis en cause l’objectivité des médias français appartenant à de grands groupes industriels, arguant de leur forte tendance à la bipolarisation de la vie politique française, autour de LR et du PS. Il accuse ces médias d’une surexposition de ces partis et de leurs candidats voire de connivence avec certains de ces candidats. Il propose à cet effet de rendre impossible la détention des groupes de médias par des groupes industriels et financiers dépendant des commandes de l’État. Politique de défense En 2009, il s'oppose à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, et réclame un référendum sur le sujet en marge des élections européennes. Union européenne François Bayrou et le MoDem s'inscrivent dans la tradition europhile du centre français. L'Union européenne a donc une place centrale dans son projet politique : . « Sans Europe, sans union politique et sans démocratie, la marche du monde devient une fatalité sur laquelle les peuples de notre continent auront perdu le pouvoir de peser. Chaque fois qu’il s’agit de peser sur l’avenir du monde, on retrouve « le besoin d’Europe ». Il est député européen de 1999 à 2002. Il affirme, en décembre 2004, son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne et demande, en vain, un vote de l'Assemblée nationale sur cette question. Depuis, sa position a légèrement changé concernant cette question. Lors du meeting de Reims le , il affirme que des arguments importants pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne n'ont pas été pris en considération. Pour sa part, il maintient son opposition mais affirme : « il y avait des arguments pour [et] des gens qui avaient une autre vision de l'Europe que la sienne ». En 2005, il fait campagne en faveur du Traité établissant une constitution pour l'Europe, que les électeurs français consultés par référendum rejettent le . Son programme pour la présidentielle de 2007 milite pour la ratification d’ qui devrait, en France, être accepté par un nouveau référendum. Le 4 février 2008, il vote au congrès pour la loi constitutionnelle qui permettra la ratification du traité de Lisbonne modifiant le traité sur l'Union européenne. Affaire des assistants parlementaires du MoDem au Parlement européen L'affaire des assistants parlementaires du MoDem au Parlement européen porte sur des soupçons d'emplois fictifs concernant les assistants parlementaires des députés européens du Mouvement démocrate (MoDem) siégeant au Parlement européen. Le , le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour « abus de confiance » et « recel » de ce délit. Par ailleurs, dans le cadre de l'enquête administrative menée en parallèle par l'Office européen de lutte anti-fraude (OLAF), Jean-Luc Bennhamias et Nathalie Griesbeck, anciens députés européens MoDem, sont sommés de rembourser respectivement et euros au Parlement européen. Le , à l’issue d’une audition de près de dix heures au tribunal de Paris, le président du MoDem, François Bayrou, est mis en examen pour « complicité de détournement de fonds publics ». Plusieurs cadres du parti centriste avaient été mis en examen quelques jours avant lui : les anciennes ministres Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez, l’ancien trésorier du parti Michel Mercier, l’ancien directeur financier Alexandre Nardella. Détail des mandats et fonctions Au sein de l’exécutif Chargé de mission 1979-1981 : chargé de mission au cabinet de Pierre Méhaignerie, ministre de l'Agriculture du troisième gouvernement Raymond Barre. 1981-1982 : chargé de mission au cabinet d'Alain Poher, président du Sénat. Ministre – : ministre de l'Éducation nationale du gouvernement Balladur. – : ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Insertion professionnelle du premier gouvernement Juppé. – : ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche du second gouvernement Juppé. – : ministre d'État, garde des Sceaux, ministre de la Justice du premier gouvernement Philippe. Haut-commissaire Depuis le : haut-commissaire au plan. À l'Assemblée nationale – : député des Pyrénées-Atlantiques. – : député de la des Pyrénées-Atlantiques. – : député de la des Pyrénées-Atlantiques ; président du groupe UDF (1997-1998). – : député de la des Pyrénées-Atlantiques. Au Parlement européen 1984-1986 : conseiller de Pierre Pflimlin, président du Parlement européen. – : député européen (démissionne afin de revenir à l'Assemblée nationale). Au niveau local Conseil municipal – : conseiller municipal de Pau. Depuis le : conseiller municipal de Pau. Depuis le : maire de Pau. Conseil général – : conseiller général des Pyrénées-Atlantiques (élu dans le canton de Pau-Sud). – : président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques. Intercommunalité Depuis le : président de la communauté d'agglomération de Pau-Pyrénées. Au sein de partis politiques 1994-1995 : président du Centre des démocrates sociaux (CDS). 1995-1998 : président de Force démocrate (FD). 1998-2007 : président de l'Union pour la démocratie française (UDF). Depuis le : président du Mouvement démocrate (MoDem). Autres 1986-1993 : président du Groupe permanent de lutte contre l'illettrisme (GPLI). Dans la fiction Dans son roman d'anticipation Soumission (2015) se déroulant en 2022, Michel Houellebecq fait de François Bayrou le Premier ministre de la France. Dans l'émission satirique Les Guignols de l'info, François Bayrou est représenté comme un benêt ; celui-ci affirme, ayant tardivement pris connaissance du personnage, qu'il a été tenté d'arrêter sa carrière politique. Œuvres Correspondance Une grande partie de la correspondance de François Bayrou est conservée aux Archives nationales sous la cote 692AP. Ouvrages édités 1990-2000 : la décennie des mal-appris, Paris, Flammarion, 1990 . Henri IV, le Roi libre, Flammarion, 1994 . Pierre Letamendia (préf. François Bayrou), Le mouvement républicain populaire : le MRP, histoire d'un grand parti français, Beauchesne, 1995 . Le Droit au sens, Flammarion, 1996 . Henri IV raconté par François Bayrou, Perrin jeunesse, 1998 . Ils portaient l'écharpe blanche : l'aventure des premiers réformés, des Guerres de religion à l'édit de Nantes, de la Révocation à la Révolution, Grasset, 1998 . Hors des sentiers battus : entretiens avec Sylvie Pierre-Brossolette (avec Sylvie Pierre-Brossolette), Hachette littératures, 1999 . Relève, Grasset, 2001, . Penser le changement (avec Luc Ferry), Atlantica, 2002. Nadine-Josette Chaline, François Bayrou et Dominique Baudis, Jean Lecanuet : témoignages de François Bayrou et Dominique Baudis, Beauchesne, 2003 . Oui : Plaidoyer pour la Constitution européenne, Plon, 2005 . Au nom du Tiers-État, Hachette Littératures, 2006 . Projet d'Espoir, Plon, 2007 . Abus de pouvoir, Plon, 2009 . Thierry Issartel, François Bayrou, Jean-Pierre Bouchard, et al., « Henri IV : les clés d’un règne », éditions Gascogne, 2010. 2012 État d'urgence, Plon, 2011 . La France solidaire, Plon, 2012 . De la vérité en politique, Plon, 2013 . Résolution française, éditions de l'Observatoire, 2017. Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie Violaine Gelly, François Bayrou : portrait, Bartillat, 1996 . Antoine Michelland et Philippe Séguy, François Bayrou : et si la Providence veut..., éditions du Rocher, 1996 . Violaine Gelly et Virginie Le Guay, Bartillat, François Bayrou : Un autre chemin, 2007 . Antoine Michelland et Philippe Séguy, François Bayrou : quand la Providence veut..., Éd. du Rocher, 2007, . Jean Véronis, Estelle Véronis et Nicolas Voisin : François Bayrou : Confidences, Max Milo, 2007 . Imhotep, Petite histoire du Mouvement Démocrate et de François Bayrou, Éd. du Manuscrit, 2009 . Pierre Taribo, François Bayrou : La terre, les lettres et l'Élysée, Éd. du Moment, 2009 . . Pierre Taribo, François Bayrou, le paysan qui rêvait d'être président, Éditions du Moment, 2012. Rodolphe Geisler, Bayrou l'obstiné, Plon, 2012 . Articles connexes Centrisme Union pour la démocratie française Mouvement démocrate (France) Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe Liste des députés des Pyrénées-Atlantiques Affaire Tapie - Crédit lyonnais Liens externes Personnalité du Mouvement démocrate (France) Personnalité de Force démocrate (France) Personnalité du Centre des démocrates sociaux Président de l'Union pour la démocratie française Personnalité politique liée au Béarn Député européen membre de l'Union pour la démocratie française Député européen élu en France 1999-2004 Président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques Candidat à une élection présidentielle en France (Cinquième République) Candidat aux élections législatives françaises de 2012 Ministre de la Cinquième République Ministre français de l'Éducation nationale Ministre français de la Recherche Ministre français de la Justice Membre du gouvernement Édouard Philippe Député des Pyrénées-Atlantiques (VIIIe législature de la Ve République) Député des Pyrénées-Atlantiques (IXe législature de la Ve République) Député des Pyrénées-Atlantiques (XIe législature de la Ve République) Député des Pyrénées-Atlantiques (XIIe législature de la Ve République) Député des Pyrénées-Atlantiques (XIIIe législature de la Ve République) Ministre d'État (France) Président de communauté d'agglomération Maire membre du Mouvement démocrate (France) Maire de Pau Agrégé de lettres classiques Étudiant de l'université Bordeaux III Naissance en mai 1951 Naissance dans les Basses-Pyrénées
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https://fr.wikipedia.org/wiki/FN
FN
FN est l'abréviation de : , un nom porté par divers mouvements politiques ; FN Herstal, pour Fabrique nationale de Herstal, la principale industrie d'armement militaire et civil de Belgique dont le siège est situé à Herstal, près de Liège ; Forest National, une salle de concert bruxelloise ; Five-seveN, un pistolet semi-automatique ; Fibronectine, une glycoprotéine dimérique de la matrice extracellulaire ; , la touche de fonction sur certains claviers d'ordinateurs ; Angola, selon le code OACI des aéroports ; La Falange Nacional (Phalange nationale), un parti politique chilien ; FN, code d'immatriculation de l'arrondissement allemand du Lac de Constance, dans le Land de Bade-Wurtemberg, sur les plaques d'immatriculation allemandes : ce code reflète le nom de la principale ville de l'arrondissement, Friedrichshafen. FN, Fortnite Code OACI Code
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Rassemblement%20national
Rassemblement national
Le Rassemblement national (RN), dénommé Front national (FN) jusqu'en 2018, est un parti politique français classé à l'extrême droite sur l'échiquier politique français et fondé en 1972 à l'initiative d'Ordre nouveau. Il est présidé par Jean-Marie Le Pen de sa création à 2011, puis par sa fille Marine Le Pen. Le Front national émerge dans le paysage politique français au cours des années 1980, notamment lors des élections législatives de 1986. Candidat à l'élection présidentielle à cinq reprises, Jean-Marie Le Pen parvient à accéder au second tour du scrutin de 2002 face à Jacques Chirac, à la surprise générale dans un régime où domine le bipartisme. Par la suite, le FN obtient d'importants succès électoraux. En 2017, Marine Le Pen parvient également au second tour d'une élection présidentielle. La plupart des observateurs politiques situent le FN à l'extrême droite, mais ses représentants récusent en général cette appartenance pour lui préférer d'autres qualificatifs ou proposer d'autres façons d'envisager l'axe gauche-droite. Au niveau européen, il est membre du Parti Identité et démocratie. Souvent rattaché au courant national-populiste, il se distingue notamment par son opposition à l'immigration et la défense du principe de préférence nationale. Relativement peu représenté dans les institutions du fait d'un mode de scrutin à deux tours défavorable (phénomène du ), il obtient régulièrement la majorité relative à différentes élections. En 2020, le parti compterait quelque , un nombre en forte baisse depuis plusieurs années malgré les bonnes performances électorales du parti. Sa situation financière est également très fragile. Histoire Origines Le Front national pour l'unité française (FNUF, ou son acronyme raccourci par commodité dès l'origine, FN) est lancé le , lors d'une réunion privée tenue devant quelque à la salle des Horticulteurs, rue de Grenelle à Paris, sous les auspices du mouvement Ordre nouveau. Le logotype du Front national est choisi lors de ce congrès fondateur. La constitution légale du parti date du , jour du dépôt à la préfecture de Paris de ses statuts par Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS proche de Georges Bidault et Jean-Marie Le Pen. Ces statuts confirment la nomination de ce dernier comme président du FN par Ordre nouveau, qui cherche dans le choix de cette personnalité à se donner une façade respectable pour entrer dans l’arène électorale. Durant une dizaine d'années, le Front national reste un mouvement marginal, au cours de ce qui est communément désigné comme une par les historiens aussi bien que par les militants du parti. La préoccupation majeure semblait être de conserver le maigre capital de militants nécessaires à la survie du parti. François Duprat, ancien d'Ordre nouveau, joue un rôle moteur durant toute cette période. La version « officielle » de la naissance du parti privilégie le rôle fondateur unique de Jean-Marie Le Pen. Ce dernier n'a cependant joué qu'un rôle limité dans la fondation proprement dite du Front national, l'initiative en revenant au mouvement Ordre nouveau, ce que le dirigeant historique ne conteste toutefois pas. Comme le montre notamment le politologue Alexandre Dézé, . Rôle fondateur d'Ordre nouveau Dans la perspective des élections législatives de 1973, le mouvement Ordre nouveau entreprend, à partir de la fin 1971, de constituer un « rassemblement de la droite nationale » allant des anciens poujadistes aux franges pétainistes ou néo-nazies les plus extrêmes. Le nouveau parti, baptisé Front national pour l'unité française, puis plus simplement Front national, est officiellement fondé le 5 octobre 1972. Ses statuts sont déposés le 27 octobre de la même année. Selon l'analyse d'Alexandre Dézé, la création du Front national obéit à une quadruple logique de la part du mouvement Ordre nouveau à l'aube des années 1970. Il s'agit, en premier lieu, dans une « logique de compétition », d'occuper l'espace politique de l'extrême droite et de s'affirmer comme la . Puis, dans une « logique de conversion » et particulièrement sous l'impulsion de François Duprat, Ordre nouveau redéfinit progressivement ses modes d'actions au bénéfice de la participation au système électoral, après un tout premier test en juin 1970 lors de législatives partielles suivi d'une participation aux municipales de mars 1971 : il s'agit alors en large partie de trouver des débouchés politiques aux jeunes cadres du mouvement. S'y ajoute une « logique de collaboration » avec les notables de la frange « nationale », afin d'élargir les moyens politiques d'Ordre nouveau au-delà de ce seul mouvement. On voit enfin à l'œuvre une « logique de rationalisation » dans le discours adressé aux militants, visant à montrer les limites de l'activisme et à convaincre du bien-fondé d'un mode d'action désormais strictement légaliste. Les dirigeants d'Ordre nouveau, particulièrement François Duprat et Alain Robert, s'inspirent alors essentiellement du modèle du MSI, parti néofasciste italien fondé en 1946 par des proches de Mussolini, qui vient alors de fusionner avec les monarchistes et d'adopter une ligne de « droite nationale » (Destra nazionale) : le MSI est à cette époque le plus puissant parti d'extrême droite européen. Comme le note Erwan Lecœur, Ordre nouveau « veut faire du rassemblement qui prend forme à la fin de cette année [1972] le pendant français de la réussite du Movimente Sociale Italiano (MSI) » ; de fait, . Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard soulignent de même que « le logotype de la flamme tricolore […] témoigne à la fois du parallélisme modernisateur avec l'Italie (chacun sait qu'il s'agit du symbole du MSI, avec le code couleur idoine bien sûr), de , mais y ajoutent « la tradition historique avec le Rassemblement national populaire de Déat (dont les trois flambeaux ressemblaient fort à cette flamme) ». D'après l'historienne Valérie Igounet, , mais s'explique aussi . Le MSI est aussi le premier imprimeur du Front national, fournissant gratuitement ses premières affiches alors que le parti manque de moyens. Selon Zvonimir Novak, spécialiste de l’imagerie des supports politiques, . Alain Robert joue dans la genèse de ce mouvement unitaire un rôle clé grâce à la mobilisation de ses réseaux personnels issus de ses multiples engagements successifs (au sein de la Fédération des étudiants nationalistes, des Comités Tixier-Vignancour, d'Occident, du Groupe Union Droit). L'initiative d'Ordre nouveau intervient à un moment où, après l'échec des « ultras de l'Algérie française » et le déclin qui s'est ensuivi, l'extrême droite française est particulièrement fragmentée entre des groupuscules épars. Outre Ordre nouveau, où l'on retrouve en particulier François Duprat, Alain Robert et François Brigneau et qui est le mouvement dominant par le nombre, les groupes étroitement impliqués dans la création du Front national et dont différents membres y occuperont des postes clés sont Jeunesses patriotes et sociales (JPS) de Roger Holeindre, la revue Militant de Pierre Bousquet (ancien membre du Parti franciste puis de la division SS Charlemagne dans les années 1940) et le Groupe union défense (GUD) d'Alain Robert (tendance nationaliste-révolutionnaire). Alexandre Dézé souligne le caractère alors « hautement improbable » dans ce contexte de la création d'un parti regroupant ces diverses tendances en vue d'une participation à la compétition politique dans le cadre des institutions. De fait, certains autres groupuscules préfèrent alors ignorer cette initiative : le GRECE, qui poursuit depuis 1968 son entreprise de refondation idéologique, ainsi que les monarchistes de Restauration nationale. Enfin, Georges Bidault, qui, avec son Mouvement pour la justice et la liberté, aurait apporté avec lui la caution d'un ancien président du Conseil national de la Résistance et d'un ancien président du Conseil de la République, ne participe que brièvement aux tractations qui se déroulent à l'été 1972. Jean-Marie Le Pen, « caution électorale » Après le refus de Dominique Venner et de Jean-Jacques Susini d'assumer la fonction de président du nouveau front, et notamment par l'intermédiaire de Roger Holeindre et François Brigneau, les responsables d'Ordre nouveau se tournent vers Jean-Marie Le Pen, avec lequel des contacts ont lieu depuis décembre 1971 ; celui-ci est alors en retrait de la vie politique après sa participation à la campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour. Il rejoint le nouveau parti lors du second congrès national d'Ordre nouveau les 10 et 11 juin 1972 et obtient tout d'abord un premier accord mettant en place une présidence à trois têtes représentant les trois principales tendances : lui-même, François Brigneau pour Ordre nouveau et Guy Ribeaud, un proche de Georges Bidault. Après le retrait de ce dernier, il obtient pour ses partisans une majorité des sièges au bureau politique, Ordre nouveau n'en occupant qu'un tiers et chaque responsable de la tendance Ordre nouveau y étant doublé d'un adjoint « lepéniste ». Le bureau initial du Front national est ainsi composé, outre Jean-Marie Le Pen (président) et Brigneau (Ordre nouveau, vice-président), d'Alain Robert (Ordre nouveau, secrétaire général) et Roger Holeindre (secrétaire général adjoint) et de Pierre Bousquet (trésorier) et Pierre Durand (trésorier adjoint). Décrit par les dirigeants d'Ordre nouveau comme « une personnalité de premier plan, non seulement par son passé militant et combattant, notamment le fait d'avoir été député à deux reprises, mais surtout par son intelligence et sa clairvoyance politique », Jean-Marie Le Pen . Pour Jean-Yves Camus, il s'agit de tirer profit de ses atouts de . Il relève également . Par choix tactique, la quasi exclusivité de la représentation du nouveau parti est laissée à Jean-Marie Le Pen, désigné président du nouveau parti : outre le bénéfice recherché en termes de crédibilité, Ordre nouveau choisit de s'effacer publiquement pour permettre, le temps de la campagne des législatives, l'expression d'un discours unitaire. Premier programme du parti Se réclamant d'une « droite sociale, populaire, nationale », le nouveau parti se place explicitement au sein du jeu politique : l'opposition au régime « prend désormais plutôt la forme d'une critique populiste du système politique et des principales forces qui le composent » (« contre la majorité usée, corrompue, impuissante », « contre le communisme ruineux, utopique, oppresseur » sont deux des mots d'ordre de la campagne électorale de 1973). Sous le titre « Défendre les Français », le programme publié le 11 novembre 1973 dans Le National et dont la partie économique a été rédigée par Gérard Longuet, aborde dans une optique conservatrice modérée, à la tonalité antilibertaire, anticapitaliste et antimarxiste, la plupart des thèmes sociétaux du moment (agriculture, économie, enseignement, service public, santé). Le nouveau parti, aux thèmes déjà national-populistes, se veut être une . Loin de reprendre les idées économiques interventionnistes d'Ordre nouveau, il s'affiche comme une défense des intérêts corporatistes tout en . Jean-Yves Camus souligne les ambiguïtés de ce programme sur les questions de l'immigration, où le lien avec le chômage n'est pas encore établi, ainsi que la position sur la natalité où il « réclame la révision de la loi de 1920 sur l'avortement, alors que la même mesure, prise par S. Veil, ouvrira la campagne frontiste sur le prétendu “génocide des enfants français” ». Paru en 1978, Doctrine économique et sociale du Front national, de Pierre Gérard, qui selon Valérie Igounet, prolongera le programme économique rédigé par Gérard Longuet et constituera la référence du parti sur les questions économiques jusqu'au début des années 1990. Tensions au sein du groupuscule Cette nouvelle orientation stratégique ne fait cependant pas l'unanimité, comme en témoignent les désaccords dès le congrès fondateur de juin 1972 entre les tenants « radicaux » du maintien de la référence à Ordre nouveau sous l'appellation « Front national pour un Ordre nouveau » (minorité menée par les membres du GUD) et les « pragmatiques » qui insistent « sur la nécessité de jouer à fond la stratégie d'ouverture et de changement d'« image » » et soutiennent le choix du nom de « Front national pour l'unité française » (motion conduite par François Brigneau). Le discours tenu en interne sur la distinction maintenue entre les programmes respectifs des deux mouvements en est une autre illustration. De même, lors du congrès de 1972, alors qu'« [une] minorité « pose clairement la question : « Ne peut-on craindre de voir, éventuellement, ce Front national échapper au contrôle d'Ordre nouveau ? », [il] leur est répondu qu'ON continue à revendiquer le rôle dirigeant au sein du Front, qu'il doit en rester l'élément moteur, « l'ossature autour de laquelle s'ordonne tout le reste » ». La multiplication des emprunts à Ordre nouveau dissimulés dans l'imagerie et les slogans du nouveau Front national est encore un moyen de « rassurer les militants sur les référents identitaires originels du parti », ce qui n'empêche pas la scission menée par Patrice Janeau qui fonde par la suite le Groupe action jeunesse. Jean-Yves Camus souligne que la difficulté, à l'époque, réside dans . La création du nouveau parti se fait « dans une ambiance réciproque de parfaite méfiance », lepénistes et Ordre nouveau mettant concurremment en place des sections locales et annonçant des meetings de lancement distincts ; les statuts du mouvement doivent être rédigés sans aucune référence idéologique ou politique, afin d'éviter les conflits. Pour Grégoire Kauffmann, « le FN naît ainsi d'un malentendu . D'autant que Le Pen avait promis le renfort de nombreux militants rencontrés à l'époque du poujadisme et des Comités Tixier-Vignancour. Or la moisson s'avère très décevante. Ne répondent à l'appel que les maigres troupes du Front uni de soutien au Sud-Vietnam dirigé par Roger Holeindre et celles, non moins dérisoires, de Justice et Liberté, le groupuscule de Georges Bidault . Dans les faits, c'est bien Ordre nouveau qui, incitant tous ses adhérents à rejoindre la nouvelle formation, fournit au FN le gros de ses effectifs » ; à Paris, 20 des 31 candidats du Front aux élections législatives viennent ainsi d'Ordre nouveau. Ces tensions s'avivent après l'échec aux législatives de 1973. Jean-Marie Le Pen avait annoncé 400 candidats, mais le parti ne parvient à en présenter que 105. Alors que l'objectif et le seuil de viabilité du mouvement avaient été fixés à 3 % des voix, le nouveau parti n'obtient que , soit 1,3 % des suffrages exprimés au niveau national et 2,3 % dans les circonscriptions où il était présent. Seul Jean-Marie Le Pen dépasse les 5 % à Paris. Lors du troisième congrès d'Ordre nouveau en avril 1973, puis du premier congrès du Front national en juin, les dirigeants d'Ordre nouveau affirment une double stratégie : d'une part de maintien des objectifs nationalistes révolutionnaires du mouvement afin de conserver sa base militante, et d'autre part d'engagement maintenu dans la voie légaliste, c'est-à-dire dans le Front national où Ordre nouveau revendique cependant son autonomie politique. Prise de contrôle par Jean-Marie Le Pen La reprise de l'action militante et violente lors des congrès de juin 1973 conduit finalement à la dissolution d'Ordre nouveau par le gouvernement le 28 juin, en même temps que celle de la Ligue communiste, à la suite d'une nuit d'affrontement dans les rues parisiennes le 21 juin. Alain Robert tente alors de conserver le capital politique et organisationnel acquis grâce à la création du Front national, tout d'abord en exigeant la majorité des sièges au bureau politique du parti, puis au travers d'une revue baptisée Faire front lancée en octobre 1973 et sous-titrée « Journal du Front national », amorce d'un « Front national bis ». Mais cette tentative se solde par un échec : Jean-Marie Le Pen désigne Victor Barthélemy, ancien membre du Parti communiste français et du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, au poste de secrétaire administratif, et Dominique Chaboche au poste de secrétaire général, puis obtient par décision de justice « non seulement l'interdiction pour Faire front d'utiliser la mention « Front national » mais aussi l'usage exclusif du sigle frontiste » Il peut alors . Tandis qu'Alain Robert va fonder le Parti des forces nouvelles qui sera le principal concurrent du Front national tout au long des années 1970, Jean-Marie Le Pen se retrouve cependant alors « à la tête d'une organisation non seulement endettée mais également amputée d'une partie substantielle de sa base militante » : la scission de Faire front entraîne la perte d'un tiers des dirigeants et de la majorité des cadres et militants. Le Front national ne compte plus que quelques centaines d'adhérents. Pour Alexandre Dézé, cette première scission illustre une constante de l'histoire du Front national, partagé entre « une logique électorale de conquête du pouvoir et une logique doctrinale d'affirmation identitaire. » Présidence de Jean-Marie Le Pen Difficiles débuts des années 1970 Jusqu'au début des années 1980, le parti, alors fortement concurrencé par le Parti des forces nouvelles, ne décolle pas tant du point de vue du nombre d'adhérents (270 en 1980) que des résultats électoraux. Cependant, comme le soulignent Nicolas Lebourg et Jonathan Preda, « plus jamais le néo-fascisme français ne parviendra à tenir la rue et faire l'actualité comme au temps d'Ordre nouveau. Alors que les nationalistes [révolutionnaires] étaient persuadés qu'il fallait un parti monolithique de révolutionnaires professionnels pour ressusciter l'extrême droite française, c'est finalement le national Jean-Marie Le Pen, qui sera en position de relever ce défi. » Malgré le très faible score réalisé par Jean-Marie Le Pen lors de l'élection présidentielle de 1974 (0,75 %), sa candidature lui confère le statut de chef de file de l’extrême droite française et suscite une vague d'adhésions. Alors que le FN est en grande difficulté sur les plans électoral, logistique, structurel et financier, le comité central du parti décide, à l'initiative de Franck Timmermans et en l'absence de Jean-Marie Le Pen, la tenue d'une séance extraordinaire à l'été 1979 qui lui permet de se réorganiser : l'historienne Valérie Igounet considère que . Jean-Marie Le Pen ne parvient pas à réunir les 500 signatures de maires nécessaires pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle de 1981 : il appelle à voter au second tour pour Jeanne d'Arc. Lors des élections législatives qui suivent, le FN obtient 0,18 % des voix, soit son plus mauvais résultat depuis sa création. Succès électoraux des années 1980-1990 Pour Pascal Perrineau, la réussite électorale de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 . Il met aussi en avant . Les élections cantonales de mars 1982 voient la première percée du Front national, dont certains candidats parviennent à approcher ou dépasser les 10 % des suffrages exprimés comme à Grande-Synthe, dans le Nord (13,3 %), à Dreux-Ouest, dans l'Eure-et-Loir (12,6 %), à Pont-de-Chéruy, dans l'Isère (10,3 %), et à Dreux-Est (19,6 %). D'après Gilles Vergnon, . Pour Valérie Igounet, . Le Front national réalise une nouvelle percée sur le plan national le avec 10,95 % des suffrages exprimés lors des élections européennes. Ce score lui permet d'avoir dix élus au Parlement européen. Pour Pascal Perrineau, ces élections marquent . Pour Jérôme Fourquet, la percée électorale du FN en 1983-1984 ainsi que la création de SOS Racisme en 1984 sont la matérialisation immédiate de l'accès à la visibilité toute récente de la population issue de l’immigration maghrébine avec les grèves de l'industrie automobile française de 1982 à 1984, la Marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983, différents faits divers, films et chansons, et conséquemment de la nouvelle place prise dans le débat public par les thèmes , alors que jusqu'alors. Le 16 mars 1986, après le passage au scrutin proportionnel pour les législatives, promesse de campagne de François Mitterrand permettant opportunément d'atténuer une défaite programmée, le Front national entre à l'Assemblée nationale et constitue le groupe Front national – Rassemblement national composé de . Décrit par Bruno Mégret comme un « parti artisanal », « sans cohérence politique ni idéologique », et « constitué de multiples chapelles issues de l'extrême droite et d'une masse de militants et de cadres nouveaux, venus pour beaucoup du RPR », le Front national rassemble des personnalités hétéroclites et des courants parfois antagonistes. Alors que le nombre de militants progresse, Valérie Igounet relève que « les responsables FN nomment le premier venu dans les nouvelles sections. L'urgence se fait sentir : il faut reprendre la formation. Début 1985, 95 % des fonctions de l'appareil sont remplies par des bénévoles, « souvent admirables de dévouement, mais pas toujours disponibles ou compétents » d'après un document interne. En 1988, Bruno Mégret devient le délégué général du FN, devenant ainsi le rival de Jean-Pierre Stirbois au sein du FN, d'autant plus qu'il devient l'un des dirigeants du FN dans la région PACA. Après la mort accidentelle de Jean-Pierre Stirbois en 1988, l'exécutif du FN voit arriver de nouvelles têtes autour de Bruno Mégret, comme Carl Lang ou Bruno Gollnisch. Aux élections municipales de 1989, le FN voit élire le premier maire de l'histoire du parti, Charles de Chambrun, à Saint-Gilles (Gard). Entre 1989 et 1993, Marie-France Stirbois est la seule élue frontiste à siéger à l'Assemblée nationale. Le congrès de 1990 est, selon Sylvain Crépon et Nicolas Lebourg, le premier . Après la chute du mur de Berlin, le FN, jusque-là d'orientation atlantiste, européiste et libérale, opère une mue qui le conduit notamment à choisir, selon les termes de Bruno Mégret, le camp du contre celui du . Le parti s'oppose ainsi à la guerre contre l'Irak, une position incomprise par une partie de son électorat (par réflexe anti-arabe, remarque l'historien Nicolas Lebourg, 50 % des sympathisants FN déclarent soutenir l'attitude de François Mitterrand). L’hebdomadaire du parti décrit désormais l’atlantisme comme un . Dans les années 1990, le FN prend une place de plus en plus importante dans la vie politique française. Ses campagnes s'axent sur la dénonciation de la corruption qui toucherait les grands partis français comme le PS ou le RPR. Le FN vise ainsi les déçus des partis ayant gouvernés les décennies précédentes. Succédant à une campagne présidentielle où Jean-Marie Le Pen dépasse les 15 % de suffrages exprimés ( des électeurs) et réalise une percée dans l'électorat populaire qui ouvre la voie à la thèse du , les élections municipales des 11 et 18 juin 1995 donnent au Front national ses premiers maires dans plusieurs grandes villes de Provence-Alpes-Côte d'Azur : à Marignane, avec Daniel Simonpieri, à Orange, avec Jacques Bompard, et à Toulon, avec Jean-Marie Le Chevallier. Cette progression du frontisme municipal est suivie, en février 1997, par l'élection de Catherine Mégret à la municipalité de Vitrolles, contre un adversaire socialiste, dans le cadre d'une élection partielle. Cette victoire supplémentaire marque la progression, au sein du FN, de son mari, alors numéro deux du mouvement : Bruno Mégret. Jean-Marie Le Pen affiche un enthousiasme pour le moins mesuré face à ces victoires, craignant . Lors des élections législatives de 1997, le FN est présent au second tour dans 124 circonscriptions, un record dans son histoire. Scission de 1998, un frein à la progression du parti Lors des élections régionales de 1998, le bon score réalisé par le Front national complique l'élection des présidents de région et la question de l'alliance entre l'extrême droite et la droite parlementaire se pose. La portée du succès électoral des élections régionales est rapidement éclipsée par les tensions qui éclatent publiquement au sein du parti frontiste. Lors du conseil national du , à Paris, Jean-Marie Le Pen est hué par les partisans du numéro deux, Bruno Mégret, pour avoir suspendu deux proches de celui-ci. Le président du Front national se voit reprocher son caractère autoritaire et ses polémiques, qui empêcheraient le parti d'accéder au pouvoir ; de son côté, Bruno Mégret apparaît plus consensuel et idéologiquement plus enclin à des alliances avec la droite que Jean-Marie Le Pen. Mais ce dernier refuse tout compromis avec Mégret, qu'il qualifie de « félon ». Le suivant, anticipant leur exclusion du parti, les proches de Bruno Mégret essayent de prendre la maîtrise du FN lors d'un conseil national extraordinaire s'appuyant sur un mouvement de pétitions de militants ; mais, saisie par Jean-Marie Le Pen, la justice constatera plus tard que les formes légales de convocation d'un congrès du mouvement n'étaient pas réunies. Bruno Mégret est suivi dans sa démarche par une majorité d'élus et cadres du Front national (140 conseillers régionaux, 60 secrétaires départementaux, du comité central), dont Marie-Caroline Le Pen. Le congrès extraordinaire dissident des 23 et , qui se déroule à Marignane, réunit . Bruno Mégret y est élu « président du Front national » et fonde le Front national-Mouvement national (FN-MN), qui reprend à son compte la flamme symbolique et le programme de gouvernement du Front national. Le FN-MN, devenu « Mouvement national » à la suite de l'action en justice de Jean-Marie Le Pen, est rebaptisé Mouvement national républicain (MNR) le . Aux élections européennes de juin 1999, le score obtenu par l'extrême droite est relativement faible : la liste conduite par Bruno Mégret obtient 3,28 % des voix contre 5,69 % pour celle du Front national. À l'issue des municipales de 2001, le maire MNR de Marignane, Daniel Simonpieri, est largement réélu, tandis que Catherine Mégret l'emporte à Vitrolles, avant de voir son élection invalidée. Les médias considèrent alors que Jean-Marie Le Pen arrive au terme de sa carrière politique. Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 À la surprise générale, le , alors que le Front national est encore affaibli par la scission intervenue en 1998, Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l'élection présidentielle avec 16,86 % et , devançant le Premier ministre et candidat socialiste, Lionel Jospin. C'est la première fois qu'un candidat d'extrême droite accède au second tour d'une élection présidentielle. De son côté, Bruno Mégret obtient 2,34 % des suffrages. Dans l'entre-deux tours, des manifestations anti-FN se déroulent dans plusieurs villes de France et Jacques Chirac refuse de débattre avec lui dans le cadre du traditionnel débat télévisé du second tour. La quasi-totalité des candidats éliminés au premier tour appellent à voter pour Jacques Chirac, à l'exception de Bruno Mégret, qui se prononce pour Jean-Marie Le Pen, et de partis d'extrême gauche, dont Lutte ouvrière, qui ne donnent aucune consigne. Le , Jean-Marie Le Pen recueille (17,79 %), soit le plus faible score obtenu par un candidat au second tour d'une élection présidentielle sous la République. Au premier tour des élections législatives de juin suivant, le Front national obtient 11,3 % des voix et le MNR 1,1 %. En 2005, des opposants à Jean-Marie Le Pen au sein du bureau national, comme Jacques Bompard et Marie-France Stirbois, sont mis à l'écart, tandis que Louis Aliot devient secrétaire général du parti en remplacement de Carl Lang. Le , Bruno Mégret se rallie à la candidature de Jean-Marie Le Pen en vue de l'élection présidentielle de 2007. Érosion électorale et difficultés financières de 2007-2010 À partir de 2007, le FN subit une importante baisse de son influence électorale. Jean-Marie Le Pen n'obtient que 10,44 % des suffrages exprimés lors de l'élection présidentielle de 2007 (soit 6, de moins qu'en 2002), arrivant en quatrième position derrière Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou. Le FN s'effondre ensuite à 4,3 % lors des élections législatives ayant eu lieu dans la foulée (moins par rapport au scrutin précédent). Une seule candidate, Marine Le Pen, se maintient au second tour dans sa circonscription et est battue. Ce sont les plus mauvais résultats du FN lors d'élections nationales depuis la fin des années 1980. Cet effondrement est confirmé l'année suivante, lors des élections municipales, au cours desquelles les candidats du FN, qui éprouvent souvent des difficultés financières à constituer des listes, obtiennent des résultats extrêmement faibles (0,93 % des suffrages exprimés au premier tour, 0,28 % au second et seulement une soixantaine de conseillers municipaux). Le FN ne conserve une présence que dans trois conseils municipaux de villes de plus de : Mulhouse, Perpignan et Toulon. Le bilan des cantonales ayant eu lieu simultanément apparaît moins désastreux mais confirme lui aussi une nette tendance à la baisse (4,85 % des suffrages exprimés au niveau national au premier tour, contre 12,13 % lors du scrutin précédent, en 2004). Cette baisse d'influence s'accompagne de problèmes financiers importants qui ont notamment conduit à la vente du siège du Front national à Saint-Cloud. Le Front national doit par ailleurs faire face à la concurrence que lui oppose le MPF de Philippe de Villiers, qui défend des idées proches et qui a vu le rejoindre quelques anciens membres du FN, notamment les deux seuls maires affiliés au parti, tels Jacques Bompard, maire d'Orange, mais dont les deux fédérations corses ont rejoint le FN. Après avoir revendiqué adhérents à l'automne 2005 , Jean-Marie Le Pen n'en revendique plus que à l'occasion du congrès de Bordeaux de novembre 2007, qui voit sa réélection pour trois ans, pour la première fois par le vote des militants. Fin 2008, le parti se retrouve en difficulté financière avec une dette de huit millions d'euros et en grande perte de vitesse électorale sur fond de succession difficile à sa tête. En octobre 2008, le parlementaire européen Jean-Claude Martinez, vice-président du Front national, fait dissidence : il annonce sa décision de présenter en dans la circonscription Sud-Ouest sa propre liste « MVL-Maison de la vie et de la liberté » face à celle du FN et de présenter une liste MVL dans toutes les autres circonscriptions. Un autre parlementaire européen, Fernand Le Rachinel, se rallie aussitôt à cette initiative. Le , le député européen Carl Lang annonce qu'il monte sa propre liste dans la circonscription Nord-Ouest face à Marine Le Pen investie par le parti. Carl Lang crée le Parti de la France. L'historienne Valérie Igounet présente le départ fin 2008 de Martine Lehideux et Martial Bild, après ceux de Michel Bayvet, Fernand Le Rachinel, Myriam et Christian Baeckeroot et Michel de Rostolan, comme , qui prépare l'avènement de Marine Le Pen. Regains électoraux et succession de Jean-Marie Le Pen Lors des élections régionales de 2010, où l'abstention n'a jamais été aussi forte, le parti rebondit. Avec 11,42 % des voix au premier tour, il se maintient au second tour dans douze régions, dont quatre seront remportées par la gauche sans majorité absolue des suffrages exprimés. Comparativement aux régionales de 2004, le parti perd des voix globalement, mais progresse dans toutes les régions où ses listes restent en lice et atteint 17,5 % des voix au second tour, avec notamment 18,4 % pour la liste conduite par Thierry Gourlot en Lorraine, 19,3 % pour Michel Guiniot en Picardie, 19,4 % pour France Jamet en Languedoc-Roussillon, 22,2 % pour Marine Le Pen dans le Nord-Pas-de-Calais et 22,9 % pour Jean-Marie Le Pen en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le , le bureau politique désigne les 15 et pour le prochain congrès du Front national. Celui-ci doit avoir pour but de désigner le nouveau président du parti puisque Jean-Marie Le Pen a indiqué qu'il ne serait pas candidat à sa succession. Deux candidats sont déclarés : Marine Le Pen et Bruno Gollnisch, tous deux vice-présidents exécutifs du parti et députés européens. Marine Le Pen est, parmi les deux candidats, celle recueillant le plus de signatures de secrétaires départementaux : soixante-huit (contre trente pour son concurrent, Bruno Gollnisch) Une campagne interne en préalable au se tient, du au , chacun des deux candidats en lice se déplaçant dans les différentes fédérations départementales. Les réunions de soutien à Marine Le Pen sont, le plus souvent, celles recueillant le plus de participants (jusqu'à huit cents à Paris en novembre 2010). Lors du congrès de Tours, le , Marine Le Pen devient la présidente du parti, avec un taux de participation de 76,45 %, recueillant 67,65 % des voix. Jean-Marie Le Pen devient lui président d'honneur du parti. À l'issue du scrutin interne pour désigner son nouveau président, le parti compte . Présidence de Marine Le Pen L'arrivée de Marine le Pen à la tête du parti est accompagnée pour le Front national par des scores importants sur plusieurs élections de suite, au point qu'elle affirme avoir bouleversé le paysage politique français en un « tripartisme. » Cette analyse est partagée par d'autres responsables politiques, de droite comme de gauche (et notamment par le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, qui estime que « le FN s'est mis au centre de la vie politique et va être l'enjeu des prochaines élections. »). Lancement d'une stratégie de « normalisation » du parti Une « dédiabolisation » revendiquée Depuis son arrivée à la tête du Front national, Marine Le Pen a rapidement progressé dans les enquêtes d'opinion. Selon plusieurs universitaires, ceci s'explique par une stratégie de crédibilisation et normalisation (ou pour reprendre le terme du Front national, de « dédiabolisation ») poursuivie par Marine Le Pen. Celle-ci consiste à adopter un discours plus « respectable » en s'éloignant des positions et déclarations les plus controversées de Jean-Marie Le Pen concernant l'antisémitisme, l'immigration ou l'avortement, au profit de problématiques plus sociales. Cela passe également par l'exclusion de membres parmi les plus radicaux. En février 2013, un article du quotidien Le Monde constate que le Front national d'après les résultats d'un sondage réalisé à intervalles réguliers par l'institut TNS Sofres, ce qui attesterait de la . L'universitaire Alexandre Dézé indique cependant que ces résultats sont à manier avec précaution car, selon lui, . Le 20 août 2015, le bureau exécutif du Front national se réunit pour sanctionner un nouveau dérapage de Jean-Marie le Pen, datant du 4 avril 2015. Après délibération, ce bureau exécutif choisit à la majorité d'exclure le cofondateur du parti. Cette décision suscite la réprobation de plusieurs cadres du parti. Louis Aliot et Florian Philippot exercent un rôle central dans la stratégie de dédiabolisation, le premier en excluant des cadres considérés comme trop radicaux, le second en portant selon les chercheurs Antoine Bristielle, Tristan Guerra et Max-Valentin Robert. En 2012, le sociologue Sylvain Crépon montre, pour ce qui est du militantisme au sein de ce mouvement dans les années 2000 et 2010, la permanence du « vieux fond nationaliste de l'extrême droite française, dont l'une des principales caractéristiques idéologiques consiste à se montrer hermétique aux valeurs universalistes des droits de l'homme », et surtout celle de la question identitaire qui « constitue, aujourd'hui encore, la pierre angulaire de l'idéologie du nouveau lepénisme ». Virage économique à gauche Le programme économique du Front national a été décalé sur la gauche pour favoriser une approche beaucoup plus opposée à la mondialisation et étatiste du protectionnisme social. Par cette évolution, le Front national souhaite adopter une position plus classique et crédible et répondre plus directement aux inquiétudes économiques des classes populaires. Le sociologue Sylvain Crépon fait cependant remonter ce tournant plus avant, aux années 1990 et à la thématique « ni droite ni gauche… Français » : il s'agirait, selon cet auteur, d'un renouement avec les fondements de la doctrine de l'extrême droite des années 1930, incarnée alors en partie par le Parti populaire français de Jacques Doriot. Alors que Jean-Marie Le Pen défendait un programme issu du poujadisme de défense des classes moyennes et des artisans opposés à l'État, Marine Le Pen, dans le contexte de mondialisation a « gauchi » le discours libéral de son père, proposant notamment une augmentation de pour les rémunérations en dessous de 1,4 SMIC ou encore le maintien de la retraite à , s'adressant par ce biais à la France des « petits », victimes, selon elle, de l'ultralibéralisme et de l'Europe. Concurrençant le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, elle projette de prélever 15 % des profits des 50 plus grands groupes économiques, une taxe de 33 % sur les délocalisations et la nationalisation temporaire des banques. Le politologue Christophe de Voogd, professeur à l'IEP de Paris, note que le discours économique de Marine Le Pen a permis l', sinon l' du FN sur les ouvriers, les jeunes sans emploi, les retraités modestes, ainsi que les agents publics paupérisés. Il relève ainsi un double phénomène depuis plusieurs années : . Le Front national attaque l'Union européenne notamment sur trois points : le rôle de la Banque centrale européenne est, selon le FN, centré sur la lutte contre l'inflation, mais pas contre le chômage ; la France serait mise en concurrence économique déloyale avec des pays à bas coûts de salaire ; l'ouverture totale des frontières conduirait aux délocalisations et à la désindustrialisation de la France. La critique de la mondialisation devient le cheval de bataille de Marine Le Pen. Question sociétales En réponse à l'évolution des mœurs et afin de ne pas se couper radicalement de la nouvelle génération militante, le discours sur l'interruption volontaire de grossesse rompt avec la ligne idéologique historique du parti. Cette adaptation s'inscrit dans une logique idéologique propre où l'ethnocentrisme et la question identitaire jouent toujours un rôle majeur : tandis que les anciennes générations du parti rejetaient le féminisme comme une atteinte aux valeurs françaises « traditionnelles », c'est au nom de celles-ci et en opposition aux cultures supposées « archaïques » et « patriarcales » de l'islam que les nouvelles générations opèrent ce retournement. Laurent de Boissieu relève : Pour les couples de même sexe, le FN entend remplacer la possibilité de se marier par un « PACS amélioré » ou une « union civile », sans effet rétroactif. Selon le Cevipof, 32,5 % des couples gay mariés ont voté pour le FN au premier tour des élections régionales de 2015, contre 27,7 % chez l’ensemble des électeurs. Formation des candidats et des cadres La normalisation passe également par la formation des cadres du parti et une présence locale accrue, avec la création, en septembre 2012, d'une délégation nationale aux actions de proximité, confiée au conseiller régional du Languedoc-Roussillon Julien Sanchez, et sur la ruralité, l'agriculture et l'environnement, questions désormais gérées par Leif Blanc, ancien journaliste au Figaro Magazine et Paris Match. D'autre part, le Front national relance une dynamique de formation interne interrompue depuis la scission mégrétiste, avec la mise en place de la formation Campus bleu Marine (CBM) en janvier 2013, sous la direction de Louis Aliot. Celle-ci propose des modules consacrés aux élections municipales (avec l'objectif de réaliser plus de 600 formations de candidats et de constituer 500 listes pour le printemps 2014), à la communication et aux actions de terrain, prolongés par des ressources en ligne. Si les contenus ne diffèrent pas fondamentalement de ceux mis en place par Carl Lang via le Secrétariat général du Front dans les années 1990, cette nouvelle stratégie de formation s'en distingue par l'origine des formateurs eux-mêmes, le plus souvent étrangers à l'extrême droite radicale. Cependant, il existe une tension entre d'une part ce souci de formation des cadres à une culture de gouvernement qui fait défaut, associé au nouveau courant technocratique représenté par Florian Philippot, contesté au sein du parti, et d'autre part le discours populiste sur le thème « nous sommes composés de gens populaires ancrés dans la vraie vie » qui est l'une des particularités du Front national. Relations avec la nébuleuse des droites extrêmes À partir de 2011, sous l'entreprise de normalisation de Marine Le Pen, le Front national rompt plus ouvertement avec les mouvances des droites extrêmes qui poursuivent avec lui de longue date des stratégies d'alliance ou d'entrisme, au moins dans la mesure où il s'agit des plus voyantes dans les médias. On voit ainsi les Jeunesses nationalistes révolutionnaires de Serge Ayoub ou d'une manière générale « toute personne ayant un look crâne rasé » être exclues du défilé emblématique du , notamment via des instructions adressées aux secrétaires départementaux du Front. Limites de l'évolution idéologique Plusieurs analystes et chercheurs estiment que cette évolution idéologique est limitée. Nicolas Lebourg, historien et chercheur à l'université de Perpignan, estime que . Pour l'historien Stéphane François, . Le politologue Jean-Yves Camus souligne pour sa part que . Le magazine Marianne recense ainsi nombre de déclarations antisémites après 2010 qui n'ont fait l'objet d'aucune sanction par le parti. Des candidats investis par le FN aux élections départementales de 2015 sont également mis en cause pour des propos haineux. De même que Sylvain Crépon, Jean-Yves Camus considère que cette stratégie de normalisation se heurte au besoin du Front national de rester une force « anti-système » pour conserver sa crédibilité auprès de ses militants : à trop se normaliser, le Front national courrait le risque de se couper de sa base historique. De fait, dans une étude comparée des discours électoraux de Jean-Marie et Marine Le Pen, Marion Ballet, chercheuse en sciences politiques à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, montre que : loin de se rapprocher du discours des partis de gouvernement, celui du Front national reste caractéristique d'un parti hors système, les thèmes de l'indignation et de la peur y étant toujours les plus présents et . Plusieurs politologues estiment qu'il y a deux Front national : le FN « philippiste » (du nom du vice-président Florian Philippot, dont la ligne est suivie par Marine Le Pen) ou FN « du Nord » (en référence à son implantation géographique), aux positions souverainistes et protectionnistes, et le FN « lépeniste » (du nom de l'ancien président Jean-Marie Le Pen) ou FN « du Sud », moins étatiste et plus sensible aux questions identitaires. Marine Le Pen à 17,9 % et retour à l'Assemblée en 2012 Aux élections cantonales de 2011, le FN parvient à se maintenir dans 402 cantons, sous le slogan « Contre le système UMPS : la vague bleu Marine ». La tactique du « front républicain » permet de contenir la performance du Front national, qui obtient seulement deux conseillers généraux (dans le Var et le Vaucluse). Deux mois plus tard, le , la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2012 est validée à l'unanimité par le bureau politique du FN. Dans le même temps, les intentions de vote en sa faveur diminuent et elle est à nouveau donnée troisième dans l'optique du premier tour. Dans son projet présidentiel, Marine Le Pen déclare souhaiter redonner à la France son indépendance dans tous les domaines, fermer la parenthèse de l'« hyper-libéralisme » et du , renverser le mouvement de désindustrialisation et de délocalisation. Du côté des recettes budgétaires, elle prône le retour à une monnaie nationale, l'instauration de taxes à l'importation, une baisse de la contribution française au budget de l’UE, une réduction importante de l'immigration et le rapatriement de tous les clandestins, la lutte contre la fraude fiscale et sociale ; du côté des dépenses, elle se prononce pour une augmentation des budgets de la fonction publique de l'État et de la formation professionnelle, l'augmentation de net de tous les salaires inférieurs à 1,4 fois le Smic par une exonération des cotisations sociales, l'augmentation de la prise en charge de santé pour les plus pauvres et les zones rurales. Selon ses partisans, Marine Le Pen peine à obtenir les d'élus nécessaires pour être candidate à l'élection présidentielle. En décembre 2011, elle saisit le Conseil d'État afin d'obtenir l'anonymat des parrainages, invoquant le fait que les élus sont soumis à des pressions ; le Conseil constitutionnel, saisi d'une QPC dans le cadre de cette procédure, ne déclare pas contraire à la Constitution la disposition législative qu'elle contestait. Les déclarations de Marine Le Pen sur ses difficultés à recueillir ses parrainages sont parfois présentées comme un « bluff » ayant pour objectif de faire parler d'elle dans les médias. Elle obtient finalement les parrainages nécessaires. Durant sa campagne présidentielle, Marine Le Pen adopte un rythme hebdomadaire de meetings qui s'accélère après l'entrée en campagne officielle du président sortant, Nicolas Sarkozy. La candidate FN, qui donne parfois la parole aux participants, y est écoutée par un public généralement moins nombreux que pour ses concurrents (entre ). Des difficultés de financement de sa campagne l'empêchent de tenir plusieurs rassemblements. Au premier tour, totalisant 6,4 millions de voix, soit 17,9 % des suffrages exprimés, Marine Le Pen termine troisième. Elle réalise un résultat supérieur à ceux de son père Jean-Marie Le Pen, qui avait obtenu son meilleur score en 2002, avec 16,9 % des suffrages au premier tour. Alors que certains membres de son parti sont tentés d'appeler à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour, elle ne donne pas de consigne de vote et indique qu'elle votera blanc. Dans la revue Le Débat, Marcel Gauchet et Jean-François Kahn notent, qu'après cette élection, le FN est devenu l'opposant universel à la gauche, mais aussi à la droite. Le remplacement du discours plutôt libéral de Jean-Marie Le Pen par celui, étatiste et social de sa fille, , sans toutefois que le parti puisse pour l'instant participer au pouvoir, les auteurs concluant : . En vue du scrutin législatif de juin 2012, Marine Le Pen lance la coalition du Rassemblement bleu Marine (RBM), qui comprend le Front national, d'autres structures (Souveraineté, indépendance et libertés, Entente républicaine) et des personnalités politiques comme l'avocat médiatique Gilbert Collard. Au premier tour, les candidats FN obtiennent 3,5 millions de voix, soit 13,6 % des suffrages exprimés au niveau national, en net recul par rapport à l'élection présidentielle mais en forte progression par rapport au premier tour des élections législatives de 2007. Au second tour, 61 candidats FN se maintiennent. Deux sont élus députés à l'occasion de triangulaires face à des candidats PS et UMP : ainsi, émerge sur la scène politique nationale la petite-fille du fondateur et la nièce de la présidente, Marion Maréchal, qui l'emporte dans la du Vaucluse, tandis que Gilbert Collard, membre du RBM, est élu dans la du Gard. C'est le retour du FN à l'Assemblée nationale, après la période 1986-1988 (l'élection remportée en 1997 ayant été invalidée). En revanche, dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais, Marine Le Pen arrive largement en tête du premier tour mais s'incline de peu au second tour face au PS Philippe Kemel. Le porte-parole de la campagne présidentielle, Florian Philippot, échoue quant à lui en Moselle. Succès aux élections municipales et européennes de 2014 Le , Florian Philippot et Jean-François Jalkh deviennent vice-présidents du parti, chargé de la stratégie et de la communication pour le premier (qui fait également pour la première fois son entrée au bureau exécutif), et chargé des affaires juridiques et des élections pour le second. Le FN compte désormais cinq vice-présidents au total avec Louis Aliot, Marie-Christine Arnautu et Alain Jamet. À cette occasion, la délégation générale est supprimée, et Louis Aliot passe de la vice-présidence chargée du projet à celle chargée de la formation et des manifestations. L'historien Nicolas Lebourg et le documentariste Joseph Beauregard notent que Florian Philippot a « peu ou prou obtenu ce que n'avait eu aucun numéro deux, la fusion sous son autorité de prérogatives relevant de la présidence, du secrétariat général et de la délégation générale ». Le Front national annonce en octobre 2012 la constitution de listes « Bleu Marine » - listes d'union dans le cadre du Rassemblement bleu Marine dans plusieurs villes ; plusieurs centaines de têtes de listes FN et/ou RBM sont d'ores et déjà investies par la commission nationale d'investiture du mouvement : Paris : La tête de liste FN à Paris pour les élections municipales de 2014 est Wallerand de Saint-Just, conseiller régional et trésorier du FN. Il est investi le . Marseille : La tête de liste FN à Marseille pour les élections municipales de 2014 est Stéphane Ravier, conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur et membre du bureau politique du Front national. Lyon : Pressenti comme tête de liste FN aux élections municipales de 2014 à Lyon depuis l'hiver 2011, Christophe Boudot, secrétaire départemental du mouvement dans le Rhône, confirme sa candidature le 16 mars 2013 sur le site Lyon capitale. Quelques semaines plus tôt, la fédération FN du Rhône met en place un site se voulant le « Cahier de doléances virtuel des Lyonnais, Les Lyonnais parlent aux Lyonnais », voulant recueillir l'avis des habitants de Lyon sur le bilan du maire sortant, le socialiste Gérard Collomb. Les sondages à l'approche du scrutin des élections municipales de 2014 prédisent une percée du parti. Pour Le Figaro, cela s'explique par la nouvelle stratégie du FN visant à nationaliser son implantation et présenter le maximum de candidats, ce qui n'était pas le cas auparavant ; d'autre part, cela se conjugue avec l'évolution de la sociologie de ses électeurs, conquérant des parts dans les milieux populaires, ruraux et, fait nouveau, dans les zones périurbaines. Toujours distancé par le PS et l'UMP, il ambitionne en 2014 de se maintenir au second tour dans de grandes villes en provoquant des triangulaires. Si le FN se fixe l'objectif de présenter autant de listes que possibles ( candidats au total), l'expérience limitée de ses effectifs en comparaison des autres principaux partis le conduit à mobiliser les réseaux familiaux. Au bilan, il obtient de conseillers municipaux, et plusieurs communes dont Hénin-Beaumont (Steeve Briois) dès le premier tour, Fréjus (David Rachline), le Septième secteur de Marseille (Stéphane Ravier), Beaucaire (Julien Sanchez), Villers-Cotterêts, Hayange, Le Pontet, Le Luc, Cogolin, Mantes-la-Ville. À Béziers, la liste de Robert Ménard, soutenue par le FN, emporte le second tour, de même qu'à Camaret-sur-Aigues. En vue de constituer un groupe au Parlement européen à la suite des élections européennes de 2014, le Front national lance un certain nombre de négociations avec des partis politiques des États membres de l'Union susceptibles de partager ses positions. En janvier 2014, une alliance est ainsi conclue avec la Ligue du Nord. À l'issue du scrutin, le FN arrive en tête, avec 24,86 % des voix, et remporte (nombre ensuite réduit à 23 après que Joëlle Bergeron a quitté le FN). Il s'agit dans son histoire de la première élection nationale où le FN arrive en première position. En réaction à sa victoire, quelques manifestations d'étudiants ont lieu, mais elles mobilisent bien moins qu'après le premier tour de l'élection présidentielle de 2002, qui avait vu Jean-Marie le Pen se qualifier pour le second tour. Entrée du parti au Sénat pour la première fois, en 2014 À l'issue des élections sénatoriales de 2014, le FN fait pour la première fois son entrée au Sénat, avec deux élus : Stéphane Ravier, dans les Bouches-du-Rhône, et David Rachline, dans le Var. Ce dernier, en tant que benjamin, comme l'est Marion Maréchal à l'Assemblée nationale, tient l'urne de l'élection du président. Enracinement du FN aux élections locales de 2015 Durant la campagne des élections départementales de 2015, plusieurs sondages donnent le FN en tête du scrutin ou talonnant l'alliance UMP-UDI. Lors du premier tour, le FN arrive en deuxième position au niveau national, derrière le bloc de droite. Il est le premier parti de France si l'on considère les résultats par partis, ce qui témoigne de son « enracinement » sur le territoire alors que ce type d'élections ne lui est généralement pas favorable. Le parti frontiste réalise de bons scores dans ses fiefs électoraux, notamment dans les villes gagnées aux municipales. Il gagne plusieurs cantons dès le premier tour et se qualifie à de nombreux endroits pour le second tour, notamment dans 37 des 41 cantons du Nord. Tandis que le Premier ministre, Manuel Valls, se félicite de la victoire des « formations républicaines », le FN réalise un score jamais atteint jusque-là lors d'élections locales ( en sa faveur), le record précédent ayant été établi aux régionales de 2004 (). À l'issue du second tour, le Front national obtient finalement 62 conseillers départementaux, mais échoue à être majoritaire dans les départements de Vaucluse et de l'Aisne, qu'il convoitait. Il remporte 31 cantons en une seule session électorale, alors qu'il n’avait remporté que 22 élections au scrutin majoritaire avant 2014 (17 cantons et 5 circonscriptions législatives). Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017 À l'issue du premier tour, Marine Le Pen se qualifie pour le second tour avec Emmanuel Macron, en arrivant en deuxième position, avec 21,3 % des suffrages exprimés. Dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen, qualifiée pour le second tour, se met de la présidence du FN, conduisant Jean-François Jalkh à prendre les rênes du parti par intérim en tant que premier vice-président du parti, selon l'article 16 des statuts du FN. Il se retire trois jours après devant la polémique suscitée par des propos négationnistes tenus en 2000. Il est alors remplacé par Steeve Briois. Après une deuxième semaine de campagne d'entre-deux-tours jugée médiocre, notamment lors du traditionnel débat télévisé, Marine Le Pen recueille 33,90 % des voix face à Emmanuel Macron. Ce score est inférieur aux prévisions, ce qui lui attire des critiques au sein même du Front national et conduit à l'exclusion de plusieurs membres du parti. Lors des élections législatives de 2017, huit députés du FN ou soutenus par le FN sont élus : Marine Le Pen, Louis Aliot, Gilbert Collard, Emmanuelle Ménard, Bruno Bilde, Sébastien Chenu, Ludovic Pajot et José Évrard. Restructuration et processus de renommage du parti Scission de Florian Philippot Le résultat obtenu par Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2017, en deçà des attentes, suscite des débats internes sur la ligne du parti, qui doit être définie lors de son , repoussé à mars 2018. La rivalité entre Marion Maréchal et Florian Philippot ne s'éteint pas avec le retrait de la première de la vie politique. Deux camps défendent deux lignes antagonistes : le premier, plutôt identitaire et conservateur quant à l'histoire du parti, est représenté par Louis Aliot et Nicolas Bay ; le second, tenté par la remise à plat de l'identité du FN, a pour meneur Florian Philippot et comme principal soutien Sophie Montel. Ces derniers, avec plusieurs autres élus, finissent par quitter le parti, le 21 septembre 2017, formant Les Patriotes. Cette scission est sans commune mesure avec celle de 1998-1999, qui avait conduit au départ de plus de 60 % des cadres du parti. Le nombre d'adhérents du parti est également en baisse en décembre 2017, et il est annoncé que Marine Le Pen ne dirigera pas la liste FN aux élections européennes de 2019. Congrès de Lille de 2018 En novembre 2017, Marine Le Pen lance une consultation des adhérents sous la forme de 80 questions portant sur les évolutions à apporter à la ligne (notamment sur une éventuelle sortie de la zone euro) et à l'organisation interne du parti. Lors du congrès de Lille, en , 79 % des adhérents approuvent les nouveaux statuts du parti, qui transforment notamment le comité central en conseil national et suppriment la fonction de président d'honneur, jusqu'alors occupée par Jean-Marie Le Pen. À nouveau seule candidate, Marine Le Pen est élue à la tête du parti pour un troisième mandat. Elle propose alors « Rassemblement national » comme nouveau nom du parti et indique que l'option sera soumise au vote des militants. Changement de nom Le nom, , rappelle celui du groupe FN-RN, présent à l'Assemblée nationale de 1986 à 1988, qui est une référence pour Marine Le Pen. Pour l’historienne Valérie Igounet, les termes et ont : elle mentionne le Rassemblement national populaire (RNP), un mouvement politique français fasciste et collaborationniste qui espérait devenir le parti unique sous le régime de Vichy. En 1954, Jean-Louis Tixier-Vignancour, avocat et homme politique d'extrême droite, était à l’origine du Rassemblement national français (RNF). La flamme tricolore stylisée, adoptée en 1972 et inspirée de celle du mouvement néo-fasciste italien MSI, reste le symbole graphique du parti. L’annonce de ce nouveau nom donne lieu à des contestations. En effet, le logotype « Rassemblement national » reprenant la flamme du FN (sur fond de croix de Lorraine) a été déposé à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) en 2013 par Frédérick Bigrat, qui se revendique comme président de l'association . D’autre part, Igor Kurek, gaulliste anti-FN et ancien proche de Charles Pasqua, qui se présente également comme président du Rassemblement national, revendique la propriété de la marque et promet de faire appel à la justice si le nouveau nom est adopté. Marine Le Pen et Nicolas Bay annoncent alors des poursuites pour de la flamme et du nom qui aurait été déposé dès 1986 par le FN. La consultation des adhérents a lieu par courrier à partir du . Avec de participation et des votes en faveur du changement de nom, le Front national annonce, le , que sa nouvelle dénomination est . Élections européennes de 2019 Les élections européennes de 2019, qui se tiennent à nouveau au niveau national et non plus par circonscription interrégionale, sont les premières élections du parti sous sa nouvelle appellation. Marine Le Pen choisit Jordan Bardella, porte-parole du RN et directeur national de Génération nation âgé de seulement , pour conduire la liste du parti. Pour Lucie Soullier (Le Monde), . Dans la foulée, Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud annoncent quitter Les Républicains pour rejoindre la liste du RN. Sur le programme présenté par le parti, dénommé , le site Toute l'Europe relève : . À l’issue d'un scrutin marqué par une hausse de la participation comparé au précédent, le Rassemblement national arrive en tête de justesse, moins d'un point devant la liste de la majorité présidentielle, avec des suffrages exprimés (– 1,5 point par rapport à 2014) et au Parlement européen (– 1). Reflux électoral commencé en 2020 Lors de sa campagne pour les élections municipales de 2020, Marine Le Pen met toujours l'accent sur l'immigration et l'insécurité, selon Jérôme Fourquet, mais s'appuie également sur les concepts de et de pour mieux lutter contre le et : selon Le Point, . Première personnalité politique à avoir déclaré sa candidature à l'élection présidentielle de 2022, elle présente les élections locales comme un instrument de conquête du pouvoir présidentiel. Cependant, selon un décompte de L'Opinion, le RN dépose moins de 400 listes lors de ces élections, contre environ 600 lors des municipales de 2014, se donnant pour objectif de présenter des listes moins nombreuses mais plus solides. Le RN conserve huit des dix villes remportées en 2014, avec des victoires nettes et souvent acquises dès le premier tour, mais voit ses scores reculer par rapport à 2014, perd Mantes-la-Ville (Yvelines), Le Luc (Var) ainsi que le secteur de Marseille (défaite de Stéphane Ravier) ; le parti remporte quelques nouvelles mairies, dont surtout Perpignan avec Louis Aliot, ainsi que trois plus petites villes dans le Vaucluse (Morières-lès-Avignon, Bédarrides et Mazan), Moissac en Tarn-et-Garonne et Bruay-la-Buissière dans le Pas-de-Calais. Le RN perd un peu plus de 40 % de ses effectifs dans les conseils municipaux, passant d'environ en 2014, à environ 850 élus, au lieu de plusieurs milliers escomptés. Les élections régionales et départementales de 2021 se soldent également par un échec important du Rassemblement national. À la surprise générale, et notamment des sondeurs, le parti n’arrive en tête du premier tour qu’en Provence-Alpes-Côte d'Azur, contre six régions en 2015. Le parti recule partout en France, et parfois de façon très significative, ce qui conduit ses dirigeants à appeler son électorat à aller voter au second tour, dans un contexte d’abstention record (près de 67 %). À l’issue d'un second tour qui n’est pas marqué par un regain de mobilisation, en PACA, la seule région où l’extrême droite pouvait espérer l’emporter, l’alternance n’a pas lieu, notamment en raison d'un front républicain. Au total, le parti perd près d’un tiers de ses élus régionaux par rapport à 2015. Les départementales sont également marquées par un recul, notamment dans les Hauts-de-France et le Sud ; alors que le parti avait en 2015 manqué de peu de remporter le Vaucluse, fief de Marion Maréchal, les espoirs se portaient cette fois dans les Pyrénées-Orientales dans la lignée de l’élection de Louis Aliot à la mairie de Perpignan, mais aucun canton n’est remporté. Le RN perd 17 cantons, soit plus de la moitié du total remporté en 2015, et n’en gagne que trois (Moissac, Bruay-la-Buissière et Marseille-6). Le du parti se tient quelques jours après cet échec, à Perpignan. À nouveau seule candidate, Marine Le Pen est élue pour un quatrième mandat à la présidence, sans que ne soient communiqués les chiffres de la participation dans un contexte de reflux du nombre d’adhérents. À cette occasion, elle préfère Jordan Bardella à Louis Aliot pour la première vice-présidence du RN, ce qui permettra au premier d’assurer l’intérim à la tête du mouvement lors de la campagne présidentielle de 2022. Le « clan d’Hénin-Beaumont » parvient à accroître son influence au sein des instances du parti, d’où sont évincés ou non-reconduits des élus comme Stéphane Ravier, Philippe Vardon et Andréa Kotarac. Malgré des doutes sur le maintien de la stratégie de dédiabolisation et de recentrage adoptée depuis de nombreuses années par Marine Le Pen, peu de cadres se montrent critiques en public, à l’exception notable de Romain Lopez, proche de Marion Maréchal. Programme Immigration Le rejet de l'immigration n'est que brièvement évoqué dans les premiers documents et meetings du FN, associé au besoin de maintenir l'unicité raciale des Français. Jean-Marie Le Pen reconnait néanmoins auprès d'Ordre nouveau, qui le critiquait sur ce point, que « l’immigration constitue un thème de propagande exceptionnel dans les milieux travailleurs ». François Duprat, alors membre du bureau politique, préconise d'insister sur le thème de l'anti-immigration afin de rallier davantage de sympathisants, auxquels il conviendrait ensuite d'expliquer le « vrai problème » que constituerait les juifs. Évoquant la thématique anti-immigration, Valérie Igounet souligne que . Dès lors, l'opposition à l'immigration devient du programme du FN », selon Valérie Igounet, notamment à travers des propositions comme la suppression du droit du sol et de l’aide médicale d'État. En 2012, il n'est plus question d'arrêter toute immigration. Il apparait un chiffrage avec un objectif de réduire les entrées par an à au lieu de . En 2015, le Front national modifie son objectif chiffré, il apparaît la notion de solde migratoire. En 2016, le programme économique du FN mis à jour évoque de nouveau une réduction de l’immigration à entrées légales annuelles. Pascal Perrineau relève en 2014 que . Alors que le FN souhaite , Jean-Yves Camus souligne qu'. Au cours de sa campagne pour l'élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen déclare qu’elle ne s’opposerait pas à l’arrivée de nouveaux immigrés s’il manquait de la main-d’œuvre en France et abandonne la suppression de la double nationalité, qui figurait en bonne place sur ses programmes présidentiels de 2012 et 2017 et constitue, selon Libération, un . Préférence nationale L'un des éléments majeurs du programme du Front national est le concept de la « préférence nationale » (ou « priorité nationale »), qui peut se résumer dans l'idée que toute personne de nationalité française (indépendamment de son origine) doit avoir la priorité sur les logements, les aides sociales et les emplois (à compétences égales) par rapport aux étrangers. Parmi les exemples d'application de la priorité nationale : les allocations familiales seraient réservées aux familles dont un parent au moins est français ou européen ; si un Français et un étranger sont tous deux candidats à une même offre d'emploi, et que ces deux personnes ont un diplôme et des compétences a priori relativement équivalentes, l'entreprise devrait engager le Français ou justifier que l'étranger serait plus performant ; lors de la campagne présidentielle de 2017, le FN indique vouloir « mettre en place une taxe additionnelle sur l’embauche de salariés étrangers », « réserver prioritairement aux Français l’attribution d’un logement social », ou encore « mettre en œuvre une vraie politique nataliste réservée aux familles françaises ». Pour Jean-Yves Camus, la notion de préférence nationale induit une orientation nativiste, plutôt que raciste ou xénophobe. Selon Libération, , d'où la volonté de Marine Le Pen de modifier celui-ci par référendum ; néanmoins, le principe serait également en contradiction avec la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne à laquelle la France est tenue en tant qu’État membre. Lors des élections nationales de 2012, l'universitaire Gilles Ivaldi relève chez le FN . Nicolas Lebourg relève lors de la campagne présidentielle de 2017 que et s'avère ; cependant, la proposition de l'inscription dans la Constitution de la « priorité nationale » prônée par ailleurs par le FN pour l’emploi des salariés étrangers. Économie Si l'économie demeure un sujet secondaire pour le FN comme pour les autres mouvements de droite radicale populiste en Europe qui privilégient , le programme du parti a accordé une plus grande importance à ce sujet à l'occasion des élections législatives de 1993 et présidentielle de 2012, sous l'impulsion respective de Bruno Mégret et Marine Le Pen, avec pour objectif de renforcer sa crédibilité. Par une analyse empirique, l'universitaire Gilles Ivaldi remarque que sur le plan économique, le FN est passé , avec . Il souligne cependant que le parti conserve . Le Front national se montre hostile au , aux excès de la mondialisation, qu'il qualifie de « sauvage », et entend la réguler par un protectionnisme « intelligent ». Il souhaite renforcer certains droits de douane et mettre en place un « patriotisme économique » en privilégiant les entreprises établies en France, notamment lors des appels d'offres publics. En 2016, le FN promet d'entrer en négociation avec l'Union européenne et, en cas d'échec, d'organiser un référendum sur la sortie de l'euro comme monnaie unique. S’il envisage un temps de passer à un euro-franc sur le modèle d'une monnaie commune, le parti exclut finalement à partir de 2019 la sortie de la France de la zone euro. En 2007, le programme de Jean-Marie Le Pen fixe l'âge de départ à la retraite à . En 2012, Marine Le Pen déclare : En 2015, Nicolas Bay retient un seul élément du programme : le principe de 40 annuités et non le départ légal à . De même, Wallerand de Saint-Just considère que le programme évoque la retraite au bout de 40 annuités de travail et pas une retraite à . Rétablissement de la peine de mort L'historienne Valérie Igounet relève en 2016 que jusqu'à ce que Marine Le Pen propose un référendum sur le sujet (et non plus le rétablissement lui-même) en novembre 2011, dans le cadre de la campagne présidentielle de 2012, tout en se prononçant pour le rétablissement à titre personnel. D'après Valérie Igounet, ce changement peut s'expliquer par le fait que Florian Philippot, Marion Maréchal et Gilbert Collard y sont quant à eux opposés. D'après une enquête menée au lendemain des élections régionales de 2015, les sympathisants du FN sont les seuls à droite à être majoritairement favorables au rétablissement de la peine de mort. En 2017, le rétablissement de la peine capitale disparaît des propositions du Front national, au profit de la « perpétuité réelle », même si Marine Le Pen laisse aux Français la possibilité de rétablir la peine de mort par référendum d'initiative populaire. Institutions L'instauration du référendum d'initiative populaire figure dans tous les programmes du Front national depuis que Jean-Marie Le Pen a déposé une proposition de loi en ce sens à l’Assemblée nationale, le 21 octobre 1987. Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen ont également tous deux demandé l'instauration d'un septennat présidentiel non renouvelable et celle du scrutin proportionnel à toutes les élections. Lors de sa campagne présidentielle de 1995, le FN défend l'avènement d'une qui serait une , approuvée par référendum et prévoyant, selon les termes de Jean-Marie Le Pen, . Environnement et énergie En 1985, le FN lance un « cercle national pour la défense de la vie, de la nature et de l'animal », chargé d'investir la thématique montante de l'environnement. D'après l'historienne Valérie Igounet, le FN intègre pour la première fois l'écologie à son programme à l'occasion du congrès de Nice de 1990, comme gage de crédibilité : il indique alors que l'écologie est . Le parti lance en décembre 2014 le collectif « Nouvelle écologie » qui a pour slogan : « pour une écologie patriote ». Pour Stéphane François, le programme écologiste du FN demeure , . Marine Le Pen estime que . En vue de l'élection présidentielle de 2017, le FN rejette l'abandon du nucléaire, prône la réduction de moitié de la part des énergies fossiles en vingt ans, soutient le maintien de l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste et défend le développement des énergies renouvelables. Il défend par ailleurs la taxation des grandes entreprises étrangères telles que Coca-Cola pour économiser sur les frais de transport et les bouteilles en plastique. En 2018, Mediapart estime que si , en fait . L'Humanité observe également que les votes des députés européens du RN contredisent l'engagement écologiste du parti : « que ce soit la limitation des pesticides à proximité des écoles et des hôpitaux, l’interdiction des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles ou du glyphosate, ils ont systématiquement voté contre. » Lors de la campagne pour les élections européennes de 2019, la tête de liste du RN, Jordan Bardella, définit le point fort du projet écologique du parti comme étant le « localisme ». Pour lui, l'État ne pratique que « l'écologie punitive », qui « criminalise les Français ». Il ajoute que l'on « pénalise toujours les mêmes : ceux qui ont besoin de prendre leur voiture pour aller au travail ». Afin de répondre à « l'urgence climatique », la meilleure solution est selon lui de cesser les « traités de libre-échange ». Considérant que ce sont les « super tankers » qui « traversent l'océan » qui polluent, il préfère favoriser « l'agriculture locale ». Ainsi, le RN se veut, durant cette campagne, le parti du « bon sens », qui défend le « localisme » avant le « mondialisme ». Regards considère le localisme défendu par le RN comme la et . Regards estime en 2021 que la réorientation du RN sur l'environnement, manifeste lors de campagne présidentielle de 2017, semble : . Relations internationales Jean-Yves Camus souligne que le programme de politique étrangère du FN se rattache au courant réaliste et se caractérise par Dans son premier programme présidentiel, en 1974, Jean-Marie Le Pen défend une face à la . En 1978, le programme économique du FN appelle à la formation d'. L'universitaire Emmanuelle Reungoat souligne qu'au milieu des années 1980, et notamment lors des élections européennes de 1984, le FN met en avant une , sur laquelle il revient en raison du renforcement du processus d'intégration et de l'arrivée en son sein de , dans un contexte où le RPR est quant à lui et . Le FN a ainsi . Jusqu'en 2017, Marine Le Pen se montre favorable à la tenue d'un référendum sur une sortie de la France de l'Union européenne. Emmanuelle Reungoat indique en 2015 : ; il s'inscrit également dans le contexte d'une banalisation de la critique de l'Union européenne au sein des partis de gouvernement depuis le référendum de 2005. Dans son programme pour les élections européennes de 2019, le RN affirme son refus des frais de pré-adhésion et entend supprimer la Commission européenne, accorder au Conseil européen l'exclusivité de l'initiative législative, et faire primer le droit national sur les décisions de la Cour de justice de l'Union européenne et de la Cour européenne des droits de l'homme : l'historien Nicolas Lebourg en conclut qu'. Le FN entend promouvoir une , qui s'appuierait sur . Jean-Marie Le Pen soutient Vladimir Jirinovski, candidat de l'extrême droite russe à l'élection présidentielle de 1996, et en appelle, lors d'une visite à Moscou en 2005, à la création d’un , de l’Europe de l’Ouest à la Russie et à la Biélorussie. Dans son programme pour l'élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen reprend le projet d’une « Union paneuropéenne des États souverains incluant la Russie et la Suisse ». Le positionnement pro-russe du FN s'accentue à partir de 2012, avec des visites régulières de Marine Le Pen et de cadres à Moscou, et en particulier avec l'annexion de la Crimée en 2014. Il s'agit du seul parti européen dont il a été prouvé qu'il a bénéficié d'aide financière russe, à partir de 2014. Opposée à l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN, qu’elle juge en partie responsable de la montée des tensions menant à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, Marine Le Pen prône l’organisation d’une « grande conférence » afin de « négocier une solution sur la base de l’accord de Minsk ». En 2021, le RN signe avec 15 autres partis européens de droite et d’extrême droite un texte sur « l’avenir de l’Union européenne » : pour la première fois, il fait ainsi cause commune avec des partis au pouvoir, dont le Fidesz (Hongrie), Droit et justice (Pologne) et la Ligue italienne. Un tel positionnement montre . Le positionnement du FN au sujet de l'OTAN a varié au cours de son histoire. Lors de sa campagne présidentielle de 1974, Jean-Marie Le Pen prône la réintégration de la France dans le commandement intégré. En 2007, il propose la sortie de l'OTAN. Sous sa présidence, Marine Le Pen prône la sortie du commandement intégré de l'OTAN. Sur le conflit israélo-palestinien, le Front national est divisé entre les soutiens du nationalisme palestinien et les partisans d’Israël. Les pro-palestiniens sont tout d'abord rassemblés autour de François Duprat. Après la guerre froide, Jean-Marie Le Pen commence à soutenir la Palestine. Après l'accession de Marine Le Pen à la présidence du parti, celui-ci adopte une ligne davantage pro-israélienne. Natalité et avortement Le FN s'oppose dans son premier programme de 1973 à et appelle à ; il voit à la fois dans l'IVG une et une menace contre l'. Il fait campagne contre la loi Veil, qu'il présente comme un . Valérie Igounet souligne que pour le FN de l'époque, . L'abrogation de l'IVG figure dans ses programmes jusqu'en 2002 : . Peu après son accession à la présidence du FN, Marine Le Pen juge , et entend ; durant sa première campagne présidentielle, selon Valérie Igounet, entre la défense dans le programme et le positionnement pour le par ailleurs, en cas de besoins budgétaires. Le programme de Marine Le Pen pour l'élection présidentielle de 2017 n'évoque pas ce sujet. Positionnement Sur l'axe gauche-droite Une part importante des historiens, des philosophes et des politologues classent le Front national comme un parti d'extrême droite ou le situent à la « droite de la droite ». Est également évoqué le rattachement à une famille particulière de « l'extrême droite » ; le qualificatif de « national-populisme » ayant été utilisé. Michel Winock et Pascal Perrineau le classent sous cette appellation dans Histoire de l'extrême droite en France (1994), en distinguant le FN des mouvements habituellement classés sous cette catégorie (GUD, Jeunesses identitaires, etc.). Dans La France politique : s (1999), Michel Winock définit le FN comme la conjonction de toutes les familles de l'extrême droite française : contre-révolutionnaire, pétainiste, fasciste, OAS. À l'inverse de René Rémond, Michel Winock, s'appuyant sur diverses déclarations, considère que le FN est radicalement hostile à l'essentiel de l'héritage légué par la Révolution française et à ses valeurs (exprimées par le droit-de-l'hommisme, qui était violemment dénoncé par Jean-Marie Le Pen). En 2014, l'universitaire français Grégoire Kauffmann, enseignant à Institut d'études politiques de Paris et spécialiste des droites radicales, rejette la classification du Front national à l'extrême droite, distinguant plusieurs différences entre ce parti et les mouvements d'extrême droite historique : le FN, contrairement aux ligues des années 1930, refuse l'usage de la violence politique ; l'extrême droite s'« autodiabolise », tout au contraire du FN qui cherche son intégration pleine et entière dans le paysage politique français. Il affirme également que le FN a politiquement évolué, notamment sur la question de l'antisémitisme, Marine le Pen se distinguant profondément de l'héritage laissé par Jean-Marie le Pen, connu pour ses « saillies » dans ce domaine. Grégoire Kauffmann classe quant à lui le FN comme étant de « droite radicale ». Dès les débuts du parti, la classification à l'extrême droite est contestée par les dirigeants du Front national. En 1996, Jean-Marie Le Pen rejette le qualificatif d'extrême droite car . En octobre 2013, Marine Le Pen affirme que et qu'il s'agit d'. Elle annonce aussi son intention de poursuivre en justice ceux qui continueraient à utiliser cette expression pour qualifier le FN. À la suite de ces déclarations, un sondage de l'institut YouGov indique que 57 % des interrogées considèrent que le FN est un parti d'extrême droite et que 32 % des sympathisants du FN sont d'accord avec ce qualificatif. Jean-Marie Le Pen a défini son parti comme appartenant à ce qu'il appelle la ou la . C'est dans cette logique que sa première délégation au Parlement européen était celle du Groupe des droites européennes. Dans ses discours, en revanche, Jean-Marie Le Pen prétend que le FN n'est ou encore qu'il est . Marine Le Pen affirme elle aussi que le Front national n'est . Les membres du FN ont par ailleurs tendance à remettre en cause l'axe gauche-droite, notamment en critiquant la proximité et l'interchangeabilité des partis de gouvernement, à travers des expressions comme « la », « UMPS » ou « RPS ». Selon le politologue Laurent Bouvet, le FN reprend certaines thématiques morales et économiques de la gauche, comme la lutte contre la mondialisation, la sortie de l'Europe libérale ou l'égalité des sexes, pour continuer un combat d'extrême droite. Néanmoins, les alliances ou volontés d'alliance du FN ou de ses membres avec d'autres partis ou personnalités politiques concernent, à quelques exceptions près, des partis ou personnalités issus de la droite. De la même manière, les personnalités du FN laissent souvent entendre qu'ils sont prêts à accueillir les déçus de partis de droite (par exemple lors de la crise de la présidence de l'UMP entre Jean-François Copé et François Fillon en 2012). Le géographe social Christophe Guilluy, tout comme le sociologue Sylvain Crépon, mettent en avant le rôle déterminant des effets négatifs de la mondialisation sur le vote des milieux populaires, où, selon eux, la bipolarisation droite-gauche n'existerait plus. Si Christophe Guilly souligne que , il relève cependant que Il insiste sur ce qu'il estime être un diagnostic majoritaire, des classes populaires sur la mondialisation et le multiculturalisme, et sur le fait que . Selon le politologue Jean-Yves Camus, « compte tenu des idéologies auxquelles le terme « extrême droite » renvoie, dans l'histoire, le terme est à utiliser avec précaution : le FN n'est pas fasciste. Il reste qu'il est perçu, sur un axe politique représenté de manière linéaire (de gauche à droite), comme la formation la plus « à droite » du spectre politique français. La proportion cumulée de ses sympathisants qui le classent « à droite » ou « à l'extrême droite » suffit à démolir le discours frontiste du « ni droite, ni gauche ». S'il est incontestable que les racines historiques du FN se trouvent à l'extrême droite, il serait plus juste de parler aujourd'hui de parti national-populiste et identitaire ». Dans des sondages de 2013 et 2015, 78 % des Français considèrent le Front national comme un parti d'extrême droite alors que 32 % des sympathisants frontistes le considèrent d'extrême droite, et 32 % « à droite ». En 2021, les chercheurs Antoine Bristielle, Tristan Guerra et Max-Valentin Robert observent un rapprochement constant au cours des années 2010 entre les programmes de l'UMP/LR et du FN/RN, ainsi qu' entre leurs électorats respectifs sur les enjeux culturels, tandis que s'agissant des enjeux économiques, , avec toutefois . Sur le rapport à la République L'historien Nicolas Lebourg indique que le FN a , et s'est présenté dès lors comme un parti républicain en invoquant son respect de l’article 4 de la Constitution qui définit le rôle des partis, ainsi qu'en présentant la « préférence nationale » comme un principe républicain conforme à des dispositions législatives de la Troisième République et au statut de la fonction publique. Nicolas Lebourg relève également que , et . Estimant que Marine Le Pen a poursuivi dans sa lignée sur ce sujet, il résume leur conception commune de la République comme et souligne leur adhésion à . En 2014, Grégoire Kauffmann estime que le FN est une force politique républicaine, car participant aux élections et respectant les institutions démocratiques. En 2015, le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, indique ne pas avoir ; il estime en revanche qu', dont le droit du sol. Selon Joël Gombin, . Selon Nicolas Lebourg, le programme du RN, à travers le projet d’, , et qu'il définit comme . Autres qualificatifs Le qualificatif « populiste » est assez unanimement utilisé par les historiens et politologues de l'Institut d'études politiques de Paris, mais est critiqué par les membres du laboratoire de Michel Dobry, professeur à l'université Paris-I. Ainsi dès 1984, Pierre-André Taguieff parle de « national-populisme » pour qualifier le Front national. En 1988, René Rémond reprend ce qualificatif et parle de . Néanmoins, dans l'actualisation de son œuvre de référence Les Droites en France, il reprend l'expression pour dire qu'elle est en France principalement représentée électoralement par le Front national qui se présente , reprochant aux autres d'avoir trahi leurs valeurs, trompé leurs électeurs, et d'être de connivence avec la gauche (la « bande des quatre ») Dans son interview donnée le au journal Le Figaro, René Rémond confirme que le Front national , , qualifiant au passage Jean-Marie Le Pen de et réaffirme que car . Quant à l'épithète de « tribunitienne », René Rémond rappelle qu'elle est aussi appropriée, car il s'agit là d'une . Il note par ailleurs que cette épithète a été introduite dans le vocabulaire politique par Georges Lavau à propos du Parti communiste français. Les représentants du Front national définissent leur mouvement en utilisant des qualificatifs comme patriote, populiste ou encore souverainiste. Rapport au fascisme L'historien Pierre Milza, spécialiste du fascisme, et Guy Antonetti, professeur d'histoire contemporaine à Paris II, ne classent pas le FN parmi les partis fascistes. Michel Dobry, professeur à Paris I, est plus enclin à qualifier le FN de parti « fascisant » que de parti fasciste. En 2005, le philosophe politique Pierre Manent écrit : . En 2007, l'ancien Premier ministre Lionel Jospin déclare : En 2013, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, fait écho à ces considérations en rejetant le qualificatif de « fasciste » pour le Front national. Au contraire, Jean-Luc Mélenchon n'a pas hésité à qualifier de « fasciste » Marine le Pen, celle-ci l'ayant attaqué en justice pour injure, une procédure déboutée par le tribunal correctionnel de Paris. Marine Le Pen fait appel mais perd à nouveau. Son avocat prévoit de former un pourvoi de cassation. Pour le politologue Pierre-André Taguieff, cette accusation tient du . Organisation interne Dirigeants Instances Les principales instances du RN sont les suivantes : le bureau exécutif ; le bureau politique, devenu le bureau national en 2018 ; le comité central, devenu le conseil national en 2018. Les cofondateurs du parti se sont inspirés de l'organigramme du Parti communiste français (« comité central », « bureau politique », « bureau exécutif »). En 1998, Ariane Chebel d'Appollonia remarque que . Les instances sont revues lors du congrès de Lille de 2018. Le « comité central » devient le « conseil national », et le « bureau politique » le « bureau national ». Le bureau exécutif ne change pas de nom, mais le secrétariat général disparaît, un seul poste de vice-président est conservé et la fonction de président d'honneur est supprimée. Bureau exécutif Le bureau exécutif du parti (quinze membres) est considéré comme le « gouvernement resserré » du bureau national (une quarantaine de membres). Composition actuelle (depuis le 4 juillet 2021) Président Marine Le Pen (jusqu'au 13 septembre 2021) Jordan Bardella, par intérim (depuis le 13 septembre 2021) Vice-présidents : Jordan Bardella, Louis Aliot, Steeve Briois, David Rachline Trésorier : Kévin Pfeffer Membres du bureau : Nicolas Bay, Bruno Bilde, Sébastien Chenu, Edwige Diaz, Jean-Paul Garraud, Hélène Laporte, Alexandra Masson, Philippe Olivier, Wallerand de Saint-Just. Du 11 mars 2018 au 4 juillet 2021 Présidente : Marine Le Pen ; Vice-président : Steeve Briois, Jordan Bardella (à partir du 16 juin 2019) Trésorier : Wallerand de Saint-Just ; Membres du bureau : Louis Aliot, Nicolas Bay, Bruno Bilde, Sébastien Chenu, Jean-François Jalkh, David Rachline. Du 21 septembre 2017 au 11 mars 2018 Présidente : Marine Le Pen Président d'honneur : Jean-Marie Le Pen Secrétaire général : Nicolas Bay Trésorier national : Wallerand de Saint-Just Vice-président aux exécutifs locaux et à l'encadrement : Steeve Briois Vice-président chargé de la formation et des manifestations : Louis Aliot Vice-présidente chargée des affaires sociales : Marie-Christine Arnautu Vice-président chargé des affaires juridiques : Jean-François Jalkh Responsable du pôle communication : David Rachline Porte-parole : Julien Sanchez, maire de Beaucaire et président du groupe FN au conseil régional d'Occitanie, Sébastien Chenu, député, Jordan Bardella, conseiller régional d’Île-de-France et secrétaire départemental de Seine-Saint-Denis. Modification de la composition du bureau du 30 septembre 2017 : Nicolas Bay est nommé vice-président et Steeve Briois lui succède à la tête du secrétariat général. Du 30 novembre 2014 au 21 septembre 2017 Présidente : Marine Le Pen Président d'honneur : Jean-Marie Le Pen Secrétaire général : Nicolas Bay Trésorier national : Wallerand de Saint-Just Vice-président aux exécutifs locaux et à l'encadrement : Steeve Briois Vice-président chargé de la formation et des manifestations : Louis Aliot Vice-présidente chargée des affaires sociales : Marie-Christine Arnautu Vice-président chargé des affaires juridiques : Jean-François Jalkh Vice-président chargé de la stratégie et de la communication : Florian Philippot En janvier 2016, Jean-Lin Lacapelle, conseiller régional d'Ile-de-France, est promu secrétaire général adjoint auprès de Nicolas Bay. En avril 2016, Alexandre Dézé, dans la revue Pouvoirs, observe qu'. Du 12 juillet 2012 au 30 novembre 2014 Présidente : Marine Le Pen Président d'honneur : Jean-Marie Le Pen Secrétaire général : Steeve Briois Trésorier national : Wallerand de Saint-Just Premier vice-président : Alain Jamet Vice-président chargé de la formation et des manifestations : Louis Aliot Vice-présidente chargée des affaires sociales : Marie-Christine Arnautu Vice-président chargé des affaires juridiques et des élections : Jean-François Jalkh Vice-président chargé de la stratégie et de la communication : Florian Philippot Pascal Perrineau relève que . Alexandre Dézé relève la disparition en 2012 de la délégation nationale, . Du 20 janvier 2011 au 12 juillet 2012 Présidente : Marine Le Pen Président d'honneur : Jean-Marie Le Pen Secrétaire général : Steeve Briois Trésorier national : Wallerand de Saint-Just Délégué général : Jean-François Jalkh Premier vice-président : Alain Jamet Vice-président chargé du projet : Louis Aliot Vice-présidente chargée des affaires sociales : Marie-Christine Arnautu Bureau national Le bureau national se réunit sur convocation du président et a le rôle de conseil d'administration. Ses membres sont désignés par le président sur validation du conseil national. Conseil national Formé de élues par les adhérents et de 20 personnalités cooptées par le président du parti, le conseil national débat de l'orientation générale du parti. Autres instances D’autres instances existent : commission de discipline, commission d'investiture, conseil national des élus locaux.Composition en date du 23 octobre 2019 : Membres du bureau exécutif : Marine Le Pen, Steeve Briois, Jordan Bardella, Wallerand de Saint-Just, Louis Aliot, Nicolas Bay, Bruno Bilde, Sébastien Chenu, Jean-François Jalkh, David Rachline Membres désignés : Gilbert Collard, Sylvie Beaulieu, Sandrine D’angio, Eric Domard, Jean-Patrick Fillet, Alexis Jolly, Jean-Lin Lacapelle, Hélène Laporte, Philippe Olivier, Mathilde Paris, Gilles Pennelle, , Julien Sanchez. Composition en date du 23 octobre 2019 : Membres : Wallerand de Saint-Just, Bruno Bilde, Jean-François Jalkh, Eric Domard, Michel Guiniot, Mathilde Androuët. Congrès Composé de centaines de cadres et militants, un congrès se tient en général tous les trois ans. Il élit le conseil national et le président du parti. Il élabore également les plates-formes électorales du parti. Seize congrès se tiennent entre 1973 et 2018. Fédérations locales Il existe trois types de fédérations locales du parti : les fédérations métropolitaines (une par département de métropole) ; les fédérations DOM-TOM (une par collectivité d'outre-mer) ; la fédération des Français de l'étranger. Les fédérations métropolitaines et DOM-TOM ont un délégué départemental à leur tête et celle des Français de l'étranger un secrétaire national chargé des Français de l'étranger. Place dans le paysage politique français Du milieu des années 1980 à 2007, selon les types d'élections, le Front national représentait entre 11 et 18 % de l'électorat français au niveau national, dépassant 30 % dans certaines villes et régions, ce qui en a souvent fait le troisième parti de France. À plusieurs reprises, le Front national a été annoncé comme déclinant (scission des mégrétistes en 1998, mauvais score à l'élection présidentielle de 2007), mais a pu rebondir (présence au second tour de l'élection présidentielle de 2002, bon score aux élections cantonales de 2011, à l'élection présidentielle de 2012 et aux élections législatives de 2012-2013, et nouvelle présence au second tour d'une élection présidentielle en 2017). Dans un système politique où prédominent les scrutins à deux tours, le fait qu'il demeure à la fois minoritaire en voix et isolé sur l'échiquier politique l'empêche néanmoins de prétendre à l'exercice du pouvoir. Élus Du fait du mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours lors des élections législatives et du faible nombre d'élus locaux pour les élections sénatoriales, le Front national a rarement été représenté au Parlement. Lorsqu'un candidat du Front national se qualifie pour le second tour d'une élection, les électeurs de gauche ou de droite dont le candidat a été battu au premier tour, ont tendance à reporter leurs voix sur l'adversaire du candidat du Front national ou à s'abstenir. Le Front national n'a eu des députés à l'Assemblée nationale qu'à l'issue des élections législatives de 1986, alors que le mode de scrutin a été ponctuellement modifié. Le mode de scrutin proportionnel a alors permis au Front national d'avoir , dont Jean-Marie Le Pen, Jacques Bompard, Bruno Gollnisch, Roger Holeindre, Jean-Claude Martinez, Bruno Mégret, Jacques Peyrat, Yann Piat et Jean-Pierre Stirbois. Lors des élections législatives de 1997, le Front national a réalisé son meilleur score (14,94 %) dans une élection de ce genre, mais seul un de ses candidats, Jean-Marie Le Chevallier, à Toulon, a finalement été élu. Son élection a toutefois été invalidée en février 1998 pour des infractions à la législation sur le financement des campagnes électorales, et il n'a pu se faire réélire. Au niveau municipal, le FN/RN manque d'implantation. Il présente 192 listes aux élections municipales de 1989, 233 en 1995, 369 en 2014 et 262 en 2020. Cependant, le parti a cogéré la ville de Dreux avec la droite (RPR) de 1983 à 1989. Il dirige seul pour la première fois, la ville de Saint-Gilles, de 1989 à 1992. En 1995, il réalise une percée remarquée en remportant trois villes en Provence. Jean-Marie Le Chevallier devient le maire de Toulon, Jacques Bompard celui d'Orange, et Daniel Simonpieri celui de Marignane. Depuis, Le Chevallier a été battu en 2001, Bompard a quitté le FN pour le MPF, puis la Ligue du Sud, et Simonpieri a lui aussi quitté le Front, d'abord pour le MNR, puis pour l'UMP. Jacques Peyrat, ex-député du FN en 1986, a été par la suite maire de Nice, mais après avoir quitté le FN, sous l'étiquette RPR puis UMP. Lors des municipales de 2014, 15 mairies sont remportées par le FN, sans compter les cinq villes où le FN a accordé son soutien au candidat sorti vainqueur. Steeve Briois remporte la mairie de Hénin-Beaumont dès le premier tour, David Rachline celle de Fréjus, Cyril Nauth celle de Mantes-la-Ville. Le FN a eu plusieurs conseillers généraux élus lors des élections cantonales. C'est le cas en 1985 à Marseille-Notre-Dame-du-Mont (réélu en 1991) ; en 1988 à Canisy (réélu en 1994) ; en 1989 à Salon-de-Provence ; en 1992 à Nice-14 ; en 1994 à Dreux-Ouest et Toulon-6 ; en 1997 à Mulhouse-Nord ; en 1998 à Toulon-5, Noyon et Marignane ; en 2002 à Orange-Ouest en 2004 à Orange-Est ; et en 2011 à Carpentras-Nord et à Brignoles. Du fait du mode de scrutin proportionnel pour les élections régionales, le Front national a eu un nombre significatif d'élus dans plusieurs conseils régionaux. Aux élections régionales de 1986, 137 candidats du FN deviennent conseillers régionaux dans 21 régions. Le soutien de ces élus permet à la droite d'obtenir la présidence de six régions (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Franche-Comté, Picardie, Haute-Normandie). Le Front national obtient, lui, des postes de vice-présidents de Région en Provence-Alpes-Côte d'Azur où il détient la majorité relative, en Languedoc-Roussillon, Picardie et Haute-Normandie. Aux élections régionales de 1992, le Front national fait élire 239 conseillers régionaux dans les 22 régions métropolitaines. Aux élections régionales de 1998, 275 candidats du FN sont élus. Le Front national fait élire des présidents de droite en Picardie, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes et Bourgogne. En 2004, le nombre d'élus régionaux du FN décroit pour la première fois, puisqu'ils ne sont plus que 156 dans 17 régions. Cette tendance se poursuit en 2010, 118 conseillers FN étant élus dans seulement 12 régions. En 2015, le FN inverse la tendance et envoie plus de 358 conseillers régionaux dans les 13 nouvelles régions, il triple donc le nombre de ses élus par rapport aux dernières élections régionales ; plus d'un quart de ces élus ont cependant quitté le parti à l’approche des élections régionales de 2021. Les élections européennes sont également propices à l'élection de membres du Front national. En 1984, 10 d'entre eux entrent au Parlement européen. En 1989, ils obtiennent le même nombre. En 1994, ils sont européens. En 1999, seuls 5 candidats frontistes font leur entrée à Strasbourg. En 2004, ils sont crédités de sept sièges de députés. En 2009, le FN ne conserve que trois députés au Parlement européen : Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen et Bruno Gollnisch. En 2014 et 2019, le parti arrive en tête, avec 24 puis 23 députés européens. Elus ayant changé de parti politique en cours de mandat Liste des personnes ayant été élues sous l'étiquette RN mais ayant changé de parti politique au cours de leur mandat. Nombre d'adhérents revendiqués En décembre 2019, Le Point indique que le nombre d'adhérents du RN est de , soit une baisse significative malgré des résultats électoraux historiques. En 2020, L'Opinion évalue le nombre d'adhérents à entre et . Géographie et sociologie électorales Le vote FN semble plus répandu dans l'est du pays, notamment à l'est d'une ligne Le Havre-Valence-Perpignan, d'après une étude de l'Ipsos de 2013. Depuis les années 1980, le Front national réalise ses meilleurs scores dans le nord-est, l'est et le sud-est de la France. En 2002, les 20 départements dans lesquels Jean-Marie Le Pen dépasse les 20 % des voix au premier tour de l'élection présidentielle sont situés dans dix régions : Alsace (Bas-Rhin, Haut-Rhin), Bourgogne (Yonne), Champagne-Ardenne (Aube, Haute-Marne, Ardennes), Franche-Comté (Haute-Saône, Territoire de Belfort), Languedoc-Roussillon (Pyrénées-Orientales, Hérault, Gard), Lorraine (Moselle, Vosges, Meuse), Midi-Pyrénées (Tarn-et-Garonne), Picardie (Oise), Provence-Alpes-Côte d'Azur (Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-Maritimes, Vaucluse), Rhône-Alpes (Ain, Haute-Savoie). La proportion de votants pour le Front national décroit à mesure que le niveau de diplôme augmente. Au sein de l'électorat du FN, les écarts entre les publics les plus diplômés et les populations les moins diplômées se sont creusés très significativement au gré des élections présidentielles successives : Jérôme Fourquet relève que . Il estime que . Ainsi, lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2012, 45,5 % des votants pour Marine Le Pen n'avaient pas le niveau baccalauréat, tandis que 7 % étaient diplômés du supérieur (> bac+2). Jérôme Fourquet observe également du FN/RN auprès des ouvriers et des employés, en particulier sous la présidence de Marine Le Pen, : en 2021, la candidate RN recueille ainsi dans ces catégories plus de 40 % d’intentions de vote en vue du premier tour de l'élection présidentielle de 2022. Lors de l'élection présidentielle de 2012, les ouvriers votent davantage au premier tour pour Marine le Pen que pour tout autre candidat. Entre 2012 et 2015, les études montrent « une désaffection pour la gauche et un ralliement massif au Front national » des ouvriers les plus précaires qui, lors du premier tour des régionales de décembre 2015, ont voté à 64 % pour lui. Les élections départementales de 2015 confirment que le vote FN touche massivement les ouvriers − 49 % de ceux-ci votent FN −, mais touche également une grande partie des employés − 38 % − (contre respectivement 15 % et 18 % pour le Parti socialiste). Les retraités − 24 % − et les membres de la fonction publique (notamment les enseignants) restent globalement les plus réfractaires au vote FN, même si les élections régionales de 2015 semblent montrer une forte percée du FN dans la fonction publique. Durant ces élections, hors éducation nationale, 30,5 % des fonctionnaires d'État ont voté pour le FN. Le politologue Joël Gombin observe un lien entre le coefficient de Gini (mesure de l'inégalité de la répartition des richesses sur un territoire) et le vote FN. Pour l'historien Nicolas Lebourg, . Pour Guillaume Perrault, . Globalement, les zones de forte présence électorale du FN recouvrent des régions touchées par la désindustrialisation, à fortes proportions de population d'origine immigrée, d'implantation des rapatriés Pieds-noirs et confrontées à des changements démographiques importants (héliotropisme ou périurbanisation). En 2016, une étude de l'Ifop montre que le vote en faveur du Front national est plus élevé dans les communes dont les petits commerces et les services sont absents. Le politologue Joël Gombin tire une conclusion identique à Marseille. Dans une note publiée en 2013, Jérôme Fourquet distingue deux familles parmi l'électorat frontiste : celle du nord et du nord-est, plutôt populaire et attaché à des valeurs de gauche, et celle de la vallée de la côte méditerranéenne et du Rhône, davantage sensible aux questions fiscales et aux valeurs de droite. Au nord, les électeurs frontistes sont plus sensibles au discours social du Front national, alors qu'au sud, le FN rassemble un électorat moins populaire. Le politologue Joël Gombin contredit l'analyse de Jérôme Fourquet : relevant que la géographie électorale du FN en opposant , il identifie plutôt : , à savoir , mais aussi ; où ; et le , avec , où . L'évolution de l'électorat du Front national dans les années 2010 semble également montrer une proportion beaucoup plus élevé de femmes qu'en comparaison des années 1990. Jérôme Fourquet observe également le basculement d'une partie de l'électorat catholique vers le FN alors qu', ce qui s'explique par . Il relève également (25-64 ans), en particulier à partir de l’élection présidentielle de 2012, ce qui s'explique par et chez les ménages avec enfants à charge : . À l'occasion des élections régionales de 2015, une étude CEVIPOF-SciencesPo montre que le FN est, lors du premier tour, le premier parti pour lequel ont voté les hommes homosexuels mariés (le troisième pour les lesbiennes mariées), de même que les hommes hétérosexuels mariés (le deuxième chez les femmes hétérosexuelles mariées). Il réalise également ses plus forts scores parmi l’électorat des 18-. Cette importance du FN dans les classes les plus jeunes est confirmée par un sondage de décembre 2016, montrant qu'il est le parti dont les jeunes se sentent « le plus proche, ou disons le moins éloigné ». Alliances électorales Des arrangements locaux entre droite et FN ont eu lieu entre 1977 et 2004. Le RPR a condamné les alliances en septembre 1988, le Parti républicain a fait de même en 1991. Des sanctions internes ont été prises contre des élus de droite s'alliant au FN à partir de 1992. Aux élections cantonales de 1994, Ernest Chénière, député RPR de l'Oise, battu au premier tour à Creil, s'allie au candidat FN encore en lice, avec l'accord de Jean-François Mancel, secrétaire général du RPR, et la bénédiction de Jean-Marie Le Pen. En 1998, Philippe Séguin démet de ses fonctions partisanes Jean-François Mancel, qui a passé une alliance avec le FN pour conserver la présidence du conseil général de l'Oise. De même, en Bourgogne, Jean-Pierre Soisson remporte la région au troisième tour de scrutin après une alliance avec le Front national. Marine Le Pen refuse l'idée d'une alliance avec l'UMP, estimant que « nous ne pouvons pas faire d'accords électoraux, d'alliances politiciennes, alors que nous avons des divergences si profondes avec l'UMP. Ce n'est pas une différence de degré que nous avons avec l'UMP, c'est une différence de nature ». Synthèse des résultats électoraux Élections présidentielles Élections législatives Élections sénatoriales Élections européennes Élections régionales Élections cantonales et départementales NB : Jusqu'en 2011, les élections se déroulaient sur la moitié des cantons. Le nombre de suffrages était donc divisé par deux. De plus, le département de Paris n'a jamais été concerné par ce type d'élection. Élections municipales Lors des élections municipales de 2020, le parti remporte la ville de Perpignan qui compte plus de . Controverses et affaires Jean-Marie Le Pen Un scandale éclate le , lorsque le président du FN, Jean-Marie Le Pen, déclare au Grand Jury RTL-Le Monde, en réponse à une question sur la contestation, par des négationnistes, de l'utilisation par les nazis de chambres à gaz homicides : . Face à la réaction du journaliste, il répond : . Son argumentation reposera plus tard, notamment lors de la conférence de presse du 18 septembre à l'Assemblée nationale, sur le fait que ces chambres à gaz ne sont pas le seul lieu où des gens ont perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale et, qui plus est, ne sont pas mentionnées dans les Mémoires sur la Seconde Guerre mondiale de Winston Churchill (Plon, 1953). Plus tard, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, il exprimera ses regrets pour avoir blessé lors de sa précédente déclaration, puis, le , il fit, à la demande de Florence Belkacem, un instant de silence à la mémoire des victimes juives du nazisme. Ces propos seront pourtant réitérés en 1997 en Bavière (pour lesquels il sera à nouveau condamné), en 2008 dans le magazine Bretons, puis en séance du Parlement européen le qui avait antérieurement levé son immunité parlementaire le 6 octobre 1998 pour les propos de 1997. Provocations à la haine raciale Au cours de son histoire, des membres et les personnes ayant partagé l'étiquette du FN ont été de nombreuses fois condamné pour incitation à la haine raciale. En 1997, après que son mari a été déclaré inéligible car il avait dépassé le plafond autorisé des dépenses de campagne, Catherine Mégret est élue maire de Vitrolles sous l'étiquette Front National. Le 9 mars 1998, elle est condamnée à trois mois de prison avec sursis et 50.000 francs d'amende pour "complicité de provocation à la haine raciale". Catherine Mégret avait notamment déclaré à un quotidien allemand que "les immigrés (...) font des gamins pour toucher les allocations, ils ne les élèvent même pas". Le 4 avril 1991, Jean-Yves Le Gallou, président du groupe FN au conseil régional d'Ile-de-France, est condamné à 6.000 francs d'amende pour "provocation à la haine raciale". Lors d'un municipale partielle à Colombes, le FN avait diffusé un tract affirmant que les logements HLM de la ville étaient réservés aux Africains et musulmans, et accusant le maire communiste de la ville de faire de Colombes "une république musulmane soviétique". Micro-parti Jeanne Le , dans le cadre des enquêtes autour du micro-parti Jeanne et de l'agence de communication Riwal, le Front national est mis en examen en tant que personne morale. Le , le parti est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour . Neuf autres personnalités physiques ou morales sont également appelées à comparaître. Le procès se tient en novembre 2019 devant la correctionnelle du tribunal de Paris. Le parquet fait état d’« une « litanie d’escroqueries » destinées à « détourner de l’argent public de manière systémique » » et réclament des condamnations pour plusieurs personnalités du parti, dont Frédéric Chatillon, Jean-François Jalkh, Axel Loustau et Wallerand de Saint-Just, ainsi qu’une amende pour le RN. Par jugement rendu le , seul Axel Loustau est relaxé et le tribunal condamne les neuf autres personnalités physiques ou morales à différentes peines. L'ex-Front national est, pour sa part, condamné à une amende de pour , le tribunal ne retenant pas l'accusation d'escroquerie. Les parties disposent d'un délai de vingt jours pour faire appel. Emplois présumés fictifs L'affaire des assistants parlementaires du Front national au Parlement européen est une affaire politique et judiciaire portant sur des soupçons d'emplois fictifs concernant les assistants parlementaires des députés européens du parti français Front national (dénommé Le Rassemblement national (RN) depuis le juin 2018) siégeant au Parlement européen entre 2012 et 2017. Cette affaire commence en 2014. Les députés sont soupçonnés d'avoir employé ces assistants pour servir les intérêts de leur parti sans travailler réellement sur les dossiers européens. Dans le cas où ces accusations seraient fondées, cela correspondrait à des emplois fictifs financés par le contribuable européen, constituant un délit représentant un préjudice évalué entre d'euros (entre 2012 et 2017) et (entre 2010 et 2016). En décembre 2017, le Front national, en tant que personne morale, a été mis en examen pour complicité et recel d’abus de confiance, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaire européens. Parmi les personnalités mises en examen par la justice française pour détournement de fonds publics ou complicité pour ce délit, figurent notamment Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, Wallerand de Saint-Just, Nicolas Bay et Louis Aliot. Faits divers impliquant des militants FN En , après un non-lieu rendu trois ans auparavant, Émilien Bonnal, un ancien policier municipal, candidat aux élections cantonales de 1985 puis tête de liste du Front national aux municipales de 1989 à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var), est inculpé d'homicide volontaire. En , il collait des affiches à Pourrières lorsqu’il fut interpellé par Abdallah Mokhtari, un homme de d'origine algérienne et naturalisé français ; Émilien Bonnal se serait alors saisi d’un fusil à pompe caché dans son véhicule et aurait tiré une fois, blessant mortellement à la poitrine Abdallah Mokhtari. Le , trois militants du Front national collent des affiches dans le quartier de la Savine, au nord de Marseille, dans le cadre de la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen. Les colleurs croisent Ibrahim Ali, un jeune Marseillais d'origine comorienne, et l'abattent d'une balle dans le dos. Le procès, qui a lieu en à la cour d’assises d’Aix-en-Provence, établit que deux des trois militants du parti d’extrême droite étaient armés. Robert Lagier, auteur du coup de feu mortel, écope de quinze ans de prison, tandis que Marc d’Ambrosio est condamné à dix ans d’emprisonnement et Pierre Gigilo à deux ans, dont un avec sursis. Les parties civiles obtiennent la qualification de crime raciste et la désignation du FN comme le protagoniste de cet assassinat. En 1997, lors d'une manifestation de jeunes opposants au Front national dans la banlieue de Strasbourg, quatre « frontistes », se faisant passer pour des policiers, plaquent certains d’entre eux sur leur voiture et les fouillent. Ces militants sont reconnus coupables par le tribunal correctionnel de Strasbourg d'« arrestation arbitraire » et d'« usurpation de fonction d'officier de police judiciaire », et condamnés à un an de prison avec sursis accompagné d'une interdiction de leurs droits civiques, civils, et de famille pendant deux ans. Finances Financement publics Sous Jean-Marie Le Pen Financement par la secte Moon La secte Moon cherchait à contrer l'idéologie communiste. Aux États-Unis, elle soutenait financièrement l'aile droite du Parti républicain. En France, dans les années 1980, elle décide de miser sur le Front national, et demande à l'un de ses membres, Pierre Ceyrac, d'intégrer le Front. En 1985, le colonel coréen Bo Hi Pak, un membre prestigieux de la secte Moon, rencontre Jean-Marie Le Pen à Saint-Cloud. Le courant passe. Bo Hi Pak a combattu le communisme en Corée, Jean-Marie Le Pen en Indochine. En 1986, Pierre Ceyrac devient député FN. Plusieurs moonistes deviendront des élus FN. Le Front aurait bénéficié à cette époque du soutien financier de la secte Moon, qui se chiffrerait en dizaines de millions de Francs. Jean-Marie Le Pen nie ces financements. Il reconnaît juste que la secte Moon lui a apporté un soutien logistique, les adeptes français de la secte s'étant notamment mobilisés pour le collage d'affiches. Accusation de financement par Omar Bongo L'avocat franco-libanais controversé Robert Bourgi affirme que la campagne présidentielle de 1988 de Jean-Marie Le Pen a été financée par Omar Bongo, président de la République gabonaise de 1967 à 2009. Jean-Marie Le Pen reconnaît avoir rencontré Omar Bongo, mais nie tout financement de la part de celui-ci. Sous Marine Le Pen Prêt par une banque russe En novembre 2014, Mediapart revèle que Marine Le Pen a obtenu en septembre un prêt de d'euros de la First Czech Russian Bank (FCRB), dont d'ores et déjà versés. Fondé en Tchéquie et aujourd'hui basé à Moscou, l'établissement est dirigé par Roman Yakubovich Popov, un ancien chef du département financier de Stroytransgaz, leader dans la construction de gazoducs. Le député européen Jean-Luc Schaffhauser (Rassemblement bleu Marine) et le député russe Alexandre Babakov ont servi d'intermédiaires pour l'obtention de ce prêt. Marine Le Pen et Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN, avaient précédemment expliqué que le Front national s'était tourné à contrecœur vers les banques étrangères après avoir essuyé un refus systématique des banques françaises, dans le contexte du rejet des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2012. Jean-Luc Schaffhauser indique qu' a reçu pour ce rôle d'intermédiaire. Mediapart considère que cette opération pose , dans la mesure où cette banque est russe. Marine Le Pen a confirmé l'information mais affirme qu'il ne s'agit en aucun cas d'un geste du Kremlin : . Au contraire, le journaliste Abel Mestre indique : . Fin décembre 2018, un article de The Washington Post révèle que la banque russe ayant accordé le prêt au FN est en liquidation depuis la fin de 2016. Toutefois avant d'être mise en liquidation la banque a cédé certaines de ses créances, dont celle sur le FN, qui aurait fini dans les mains de Aviazapchast, une société russe vendant des pièces de rechange aux acheteurs d'avions de combat d'origine russe et dont trois des quatre dirigeants seraient des anciens de l'armée rouge et de l'armée russe. La vente de cette créance est toutefois contestée devant les tribunaux russes par l'agence chargée de garantir les dépôts bancaires. Situation financière dégradée Selon André Murawski, élu régional du FN ayant quitté le parti, l'endettement du RN a connu un accroissement de depuis l'arrivée de Marine Le Pen à sa tête. Il affirme qu'en 2017, , et estime que son importance empêchera le RN de rembourser l'emprunt de d’euros consenti par une banque russe qui vient à échéance en septembre 2019. D'après une enquête de Marine Turchi (Mediapart) réalisée en janvier 2020, les finances du Rassemblement national sont menacées par de mauvaises nouvelles : d'abord, le parti doit rembourser une somme de d'euros correspondant au reliquat d'un prêt accordé par Jean-Marie Le Pen via Cotelec, pour la campagne présidentielle de 2017 ; par ailleurs, d'après plusieurs militants, le remboursement de la moitié des d'euros empruntés à la Russie est dans le même temps réclamé ; l'affaire Jeanne et celle des assistants parlementaires au Parlement européen menacent également les finances du Rassemblement national : pour la première affaire, la justice doit se prononcer en avril sur la demande de l'État qui réclame d'euros au titre des dommages et intérêts ; quant au Parlement européen, le préjudice est estimé à d'euros. Selon les informations de Mediapart, le RN . Le niveau de l'endettement varie selon les sources de presse : environ vingt millions d'euros selon Mediapart, pour L'Opinion et près de trente millions pour Le Figaro ; des chiffres contestés par Wallerand de Saint-Just qui avance une somme . En février 2020, la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) constate finalement une dette de , ce qui, selon Libération, fait du RN . En avril 2020, le Rassemblement national lance , un prévoyant une participation individuelle à hauteur d'. La somme espérée de devant en principe être utilisée pour financer les campagnes suivant les municipales de 2020 (départementales, régionales, présidentielle et législatives). Relations internationales Groupe parlementaire européen Au Parlement européen, jusqu'en 2015, les députés européens FN n'appartiennent à aucun groupe et siègent parmi les non-inscrits, à l'instar, lors de la septième législature (2009-2014), des partis nationalistes et d'extrême droite Vlaams Belang (Belgique), Parti de la Grande Roumanie, Parti national britannique, Parti de la liberté d'Autriche, Jobbik (Hongrie), et Parti pour la liberté (Pays-Bas). En juin 2015, le Front national participe à la création du groupe politique du Parlement européen Europe des nations et des libertés, qui se transforme en 2019 en Identité et démocratie. Alliances internationales Du 11 au , Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch et Thibaut de La Tocnaye, prennent part à Tokyo pour le Front national à la première Conférence internationale des mouvements patriotiques, rassemblement euro-japonais des droites radicales initié par l'association extraparlementaire japonaise Issuikai. Une délégation de mouvements nationalistes du continent européen, pays membres de l'Alliance européenne des mouvements nationaux (fondée fin 2009 par Bruno Gollnisch) les y accompagne afin de renforcer des liens politiques éventuels et préfigurer une alliance internationale future face au « Nouvel ordre mondial américanisé » : des représentants de Belgique, du Royaume-Uni (British National Party), d'Autriche (Freiheitliche Partei Österreichs), d'Italie, d'Espagne, du Portugal (PNR), de Bulgarie (Union nationale Attaque), de Hongrie (Jobbik) et d'Ukraine. Le 7 novembre 2013, Jean-Marie Le Pen déclare que Bruno Gollnisch et lui ont quitté l'AEMN fin octobre, expliquant : « Nous obéissons à Marine Le Pen » ; cela, notamment pour ne plus être associé à des partis que la présidente du FN juge extrémistes. En , ayant décidé une nouvelle approche concernant les relations extérieures et les affaires européennes et internationales du mouvement, Marine Le Pen était membre à titre individuel de l'Alliance européenne pour la liberté (AEL). L'AEL, qui faisait campagne pour une Union européenne non-centralisée, transparente et sous contrôle démocratique et qui rejetait tout développement menant à un super-État fédéraliste, avait pour but d'être un lieu de contact, de réflexion et de dialogue . À partir de 2014, le parti est membre du Mouvement pour une Europe des nations et des libertés (MENL), devenu Parti Identité et démocratie en 2019. Manifestations traditionnelles Défilé du Le parti a longtemps organisé un défilé fêtant Jeanne d'Arc et les travailleurs français chaque à Paris, avec un discours du/de la président(e) du FN sur la place de l'Opéra. Le premier défilé du FN a lieu en 1979 avec d’autres mouvances d’extrême droite, le dimanche qui suit le 8 mai, jour où Jeanne d’Arc a libéré Orléans en 1429. À partir de 1988, le FN défile seul et le : le parti indique alors que ce changement de date vise à . D'après l'historienne Valérie Igounet, le changement de date a trois raisons : fixer une date entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988, Jean-Marie Le Pen espérant se qualifier pour le second tour ; se distinguer de l'extrême droite radicale ; et . En 1988, le FN revendique participants, selon Valérie Igounet. Le nombre de participants décline à partir des années 1990 jusqu'à atteindre un peu plus de dans les années 2010. Avec le changement de date, la direction du parti cherche également à éviter la participation d'individus trop extrémistes au défilé, notamment après l'affaire Brahim Bouarram en 1995 et en particulier sous la présidence de Marine Le Pen. Pour son premier défilé en tant que présidente en 2011, cette dernière l'associe au slogan du « Printemps social ». En 2016, le défilé est remplacé par un conservant l'hommage à Jeanne d'Arc ; Florian Philippot explique ce changement pour des , dans le contexte de l'état d'urgence et de menaces proférées par l'État islamique contre le FN. Jean-Marie Le Pen déplore et appelle à un rassemblement le devant la statue de Jeanne d’Arc, place des Pyramides. Selon Valérie Igounet, la sécurité n'est pas la seule raison de l'arrêt du défilé : le parti entend également ainsi que d'une manifestation à la fois peu mobilisatrice, difficile à organiser et présentant des risques de débordements, comme ce fut le cas en 2015. Universités d'été Les universités d'été (ou de rentrée), appelées familièrement « UDT », sont organisées annuellement à la fin de l'été. Après l'échec de la campagne présidentielle de 2007, le Front national n'organise pas cette année-là d'université d'été les années suivantes, sauf en 2008, à Evian-les-Bains. Dans le cadre de la campagne présidentielle de 2012, cette manifestation est remplacée par les « Journées d'été de Marine Le Pen », organisées en septembre 2011 à Nice, fortement personnalisées autour de la candidate et présidente du mouvement. La dernière université d'été du Front national en date s'est tenue les 22 et 23 septembre 2012 à La Baule, où le FN avait déjà tenu une manifestation similaire, en 1994. Nom et symboles Nom Le Front national, fondé en 1972 sous le nom de « Front national pour l'unité française » (FNUF), a immédiatement cessé de faire usage de ce nom officiel pour se désigner comme « Front national » (affiches électorales dès 1973, etc.). Selon Valérie Igounet, le nom du parti est statutairement devenu « Front national » en 1995. Selon Nicolas Lebourg, il s'agit toujours de . Lors de la crise « mégrétiste », la veille du jour () où Bruno Mégret, délégué général exclu du parti, allait faire déposer, en sous-préfecture de Boulogne-Billancourt, une déclaration de changement d'intitulé d'association, visant à renommer le parti en « Front national-Mouvement national » (déclaration considérée comme nulle par la justice en mai 1999), Jean-Marie Le Pen, président du parti, faisait déposer, le , une déclaration de création d'association « Front national pour l'unité française », peut-être par précaution contre la volonté du camp mégrétiste de s'emparer du parti. Parallèlement, les services du FN restés au « Paquebot » (surnom courant du siège du FN au 8 parc de Montretout à Saint-Cloud) avaient commencé à faire usage, pour leurs envois postaux, d'un cachet « F.N.U.F. » (sigle de la nouvelle association) avec l'adresse du FN (même bâtiment mais avec des entrées dans deux rues différentes). Le cachet « F.N.U.F. » a continué de rester en usage (même à la fin de l'année 2005) après que la justice française, en mai 1999, eut déclaré nuls et non avenus le « congrès de Marignane » (23-24 janvier 1999) et les réunions ayant abouti à sa convocation (« conseil national » du FN du ). L'usage continu du cachet « F.N.U.F. » a contribué à faire croire que le FN avait, sinon conservé, du moins retrouvé son intitulé complet d'origine. D'autre part, les militants et les électeurs du Front national sont usuellement appelés « frontistes ». Lors du congrès de mars 2018 , Marine Le Pen propose de rebaptiser le mouvement . Le changement de nom est soumis à l’approbation des adhérents qui sont consultés par courrier à partir du 9 mai. Le juin 2018, avec de participation et de votes favorables, le parti adopte cette nouvelle appellation. Ce changement de nom suscite des comparaisons avec le Rassemblement national populaire, parti collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale dont faisait partie un des cofondateurs du RN, Roland Gaucher. Symboles Depuis sa création, le symbole du FN est une flamme avec les couleurs du drapeau français. La croix celtique d'ordre nouveau n'est donc pas reprise. La flamme est déclinée au fur et a mesure de l'histoire du parti, connaissant une évolution en plusieurs logotypes successifs dont certains coexistants sur une même période. Dès octobre 1972, le FN possède un logo très inspiré de la flamme du parti néofasciste italien, le Movimento sociale italiano (MSI). En 1977, Jean-Pierre Stirbois obtient gain de cause auprès de Jean-Marie Le Pen pour un changement de logo. Dite première « flammes Stirbois » apparaît plus enveloppée et stable. Début 1980, une seconde flammes Stirbois prend forme et reste officiellement, en vigueur jusqu’à sa mort en novembre 1988. Bruno Mégret, dès novembre 1988, s’affranchir de la flamme originelle du FN et modifie l’emblème du parti. La « flammes Mégret » ou « fer de lance » possède des lignes géométriques et fines. Elle provoque la controverse entre militants. . Depuis sa création, plusieurs mouvements semblent avoir repris à leurs compte certains éléments de la flamme du front (La Droite populaire) ou l'ont repris dans sa totalité comme le Front National belge jusqu'en 2012 ainsi que le Rassemblement national d'Igor Kurek qui revendique l'appellation et le logo. S'ensuit une bataille judiciaire où les deux partis s’assignent mutuellement pour « contrefaçon ». Au début de la présidence de Marine Le Pen, le logotype change. Mouvement de jeunesse Le Front national de la jeunesse (FNJ) est le mouvement de jeunesse du Front national. Créé en 1973 par Jean-Marie Le Pen, sa présidente statutaire est actuellement Marine Le Pen. Organisations liées Des membres du Front national ont créé des cercles de réflexion ; un certain nombre d'organisations ou associations y sont liées ou en sont directement une émanation. C'est notamment le cas de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (AGRIF) et SOS Enfants d'Irak. Le Département protection sécurité (DPS) est le service d'ordre du Front national. Il fait également office de service de renseignement interne. Le FN tente également de pénétrer l'univers du syndicalisme, notamment avec les syndicats Front national dans les années 1990 puis la présentation aux élections de 2011 de quelques candidats issus de syndicats. Devant les difficultés rencontrées dans ce domaine, le Cercle national de défense des travailleurs syndiqués (CNDTS) a été créé. Depuis l'opération de « dédiabolisation » entreprise par le FN sous la présidence de Marine Le Pen, le parti frontiste engrange le soutien de plusieurs personnalités publiques, comme l'acteur Alain Delon, l'actrice Brigitte Bardot, l'humoriste Jean Roucas, le groupe Les Forbans, le pilote Pierre Lartigue, le jet setter Massimo Gargia, l'écrivain Denis Seznec, l'avocat Gilbert Collard, ou encore le géopolitologue Aymeric Chauprade. En 2019, Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud relancent La Droite populaire, ancien courant de l'UMP, comme mouvement « satellite » du RN. Ils sont élus députés européens sur la liste menée par Jordan Bardella la même année. Communication Le Front national recourt depuis les années 1980 à divers moyens de « communication directe » avec l'opinion, de manière à court-circuiter les médias de la part desquels il se dit victime de « désinformation » et de « censure » : téléphonie avec les services audiotel Le Pen infos et radio Le Pen, minitel avec les 3615 FN et 3615 LEPEN, puis enfin site web avec front-nat.net à partir de 1994, et par la suite frontnational.com. Parmi les partis politiques français, le Front national est un précurseur sur le Web : il est le premier à ouvrir son site en 1994 (et également le premier à créer en 2006 un bureau virtuel sur Second Life). Il est aussi l'un des premiers partis français à ouvrir un compte sur Facebook, en 2006. En 2011, le groupe Facebook de Jean-Marie Le Pen compte et celui de Marine Le Pen , ce qui les place respectivement à la et à la parmi les personnalités politiques sur ce réseau virtuel, après Nicolas Sarkozy, Rama Yade, Ségolène Royal et Jacques Chirac. L'historien spécialiste de la communication politique Christian Delporte souligne le rôle de l'« activisme » de militants du Front national qui investissent les sites d'information générale ouverts aux commentaires, réagissent rapidement via ceux-ci sans pour autant mettre en avant leur étiquette politique, de manière à « avancer sans l'étiquette FN, qui peut faire fuir, et […] prétendre traduire un bon sens populaire en train de monter », afin de susciter l'adhésion des internautes indécis et créer ainsi une dynamique. Au lendemain de l'élection à la présidence du FN de Marine Le Pen, le , la coordination de la présence du Front national sur les réseaux sociaux, et, plus généralement sur Internet, est assurée par une délégation spéciale du mouvement : le secrétariat national à la communication numérique (SNCN). Il compte deux secrétaires nationaux : Julien Sanchez, qui est également sollicité pour les éditions hebdomadaires du « Journal de bord » de Jean-Marie Le Pen, et David Rachline. Le , le Front national lance discrètement, sans communiqué de presse, son premier réseau social : Lespatriotes.net. Pour le chercheur Julien Boyadjian, Internet est à la fois du FN. Il observe que la communication sur les sites internet nationaux du FN et les comptes Facebook et Twitter des principaux dirigeants est ; et que lors des élections départementales de 2015, le FN a instauré une vérification des profils de ses candidats sur les réseaux sociaux : une commission d’enquête a entamé une procédure d’exclusion pour certains d’entre eux ayant tenu des propos xénophobes, antisémites ou homophobes. Siège Entre 1972 et 1980, le siège du FN se trouve 7 rue de Surène ( arrondissement de Paris), entre 1981 et 1984 rue Bernoulli () puis au 130 rue de Courcelles () jusqu'en 1985. Jusqu'en 1994, il a ses locaux 8 rue du Général-Clergerie (). Après cette date, il est situé à Saint-Cloud dans un bâtiment surnommé « le Paquebot ». Il se trouve ensuite à Nanterre, dans un bâtiment surnommé « le Carré », de 2008 à 2021. En , le parti emménagera dans un nouveau bâtiment, surnommé « la Capitainerie », au 114 bis rue Michel-Ange dans le de Paris. Ce déménagement est justifié par la proximité du lieu avec les transports en commun, les lieux de pouvoirs et les plateaux des médias. Notes et références Notes Références Annexes Bibliographie Bibliographie sur le Front national ou sur ses membres Voir aussi les bibliographies mentionnées dans les articles sur Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen. . Marie-Pierre Bourgeois, Rose Marine, Enquête sur le FN et l'homosexualité, Éditions du moment, 2016. . . . Renaud Dély, Histoire secrète du Front national, Grasset, 1999. . . , . . . . . . Bibliographie sur la droite ou l'extrême droite , , , , . . . , . . . . . . . Bibliographie sur l'électorat du Front national . Florent Gougou, « Comprendre les mutations du vote des ouvriers : vote de classe, transformation des clivages et changement électoral en France et en Allemagne depuis 1945 », thèse de doctorat, sous la direction de Nonna Mayer, Sciences Po Paris, 2012. Nonna Mayer, Ces Français qui votent FN, Flammarion, 1999, . . . Filmographie Films dont tout ou partie du sujet concerne le Front national : Au pays des gueules noires, la fabrique du Front national (2004), film documentaire réalisé par Édouard Mills-Affif Jeux de rôles à Carpentras (2008), film réalisé Jean-Louis Comolli sur l'affaire de la profanation du cimetière juif de Carpentras Le Diable de la République, de Front National (2011), film documentaire réalisé par Jean-Charles Deniau et Emmanuel Blanchard, écrit par Emmanuel Blanchard et Grégoire Kauffmann, produit par Programme 33, en coproduction avec l'INA, avec la participation de France Télévisions (Voir le film sur YouTube) Mains brunes sur la ville, de Bernard Richard et Jean-Baptiste Malet, documentaire, 90 min, sortie en salle le 21 mars 2012, produit par La Mare (Site officiel du film) documentaire du magazine Ça va, ça vient, « Le FN à l'épreuve du pouvoir », LCP, 2012. La Cravate (2020), d’Étienne Chaillou et Mathias Théry Chansons Chansons centrées sur le Front national : Bleu, blanc, rouge, la France est de retour (1988) de Roger Vivant, hymne du Front national glorifiant Jean-Marie Le Pen. Porcherie (variante de 1989 chantée à l'Olympia) de Bérurier noir avec le refrain « La jeunesse emmerde le Front national » Ne m'approche pas (1998) de L'Affaire Louis' Trio, évoquant principalement Bruno Mégret J'aime les bêtes (2012) d'Oldelaf Ma colère (2014) de Yannick Noah Œuvres fictives La Présidente (bande dessinée en trois tomes), scénarisée par François Durpaire et illustrée par Farid Boudjellal, 2015-2017 Chez nous (film), de Lucas Belvaux, sorti en 2017 Articles connexes Liens externes Parti politique fondé en 1972
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois%20Roelants%20du%20Vivier
François Roelants du Vivier
François Marie Gabriel André Charles-Ferdinand Roelants du Vivier est un homme politique belge né le à Etterbeek. Il est membre du parti DéFI. Biographie Il est licencié en archéologie et histoire de l'art. Député européen écologiste de 1984 à 1989, il crée en 1988 le mouvement ERE (Europe-Régions-Environnement). Il est élu en 1989 député bruxellois sur la liste FDF-ERE, et réélu à cette fonction en 1995, 1999 et 2004. Il a été de novembre 2000 à membre du Parlement de la Communauté française et sénateur de Communauté. Il a notamment été président de la commission des relations extérieures et de la défense du Sénat. Il ne s'est plus représenté au parlement bruxellois en 2009. Il a été nommé sénateur honoraire en . François Roelants du Vivier est Officier de l'Ordre de Léopold. Notes et références Voir aussi Articles connexes Liste des députés européens de la 2e législature Liens externes Personnalité de DéFI Sénateur belge Député bruxellois Député européen du groupe Arc-en-ciel 1984-1989 Député européen élu en Belgique 1984-1989 Naissance en novembre 1947 Naissance à Etterbeek
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois%20Mitterrand
François Mitterrand
François Mitterrand , né le à Jarnac (Charente) et mort le à Paris, est un homme d'État français, président de la République du au . Avocat de formation, évadé de guerre, agent contractuel sous le régime de Vichy puis résistant, il s'engage en politique après la Seconde Guerre mondiale au sein de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance. Député de 1946 à 1958, puis sénateur de 1959 à 1962 et à nouveau député de 1962 à 1981, il est onze fois ministre sous la , notamment ministre des Anciens Combattants et des Victimes de guerre, ministre de la France d'Outre-mer, ministre de l'Intérieur et garde des Sceaux, ministre de la Justice. Défavorable au retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, il passe plus de vingt ans dans l'opposition. Le faux attentat de l'Observatoire menace pour un temps son ascension politique. Après avoir fondé son propre parti, la Convention des institutions républicaines, il est désigné candidat de l'union de la gauche en vue de l'élection présidentielle de 1965, qu'il perd au second tour face au président sortant, Charles de Gaulle. Devenu premier secrétaire du Parti socialiste en 1971, il est à nouveau le candidat de l'union de la gauche à la présidentielle de 1974, lors de laquelle il est battu au second tour par Valéry Giscard d'Estaing. Candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle de 1981, il est élu au second tour face à Valéry Giscard d'Estaing. Premier chef d'État issu de la gauche sous la République, il fait notamment voter l'abolition de la peine de mort et un certain nombre de mesures sociales inspirées du programme commun, puis décide du « tournant de la rigueur ». Il se présente en Européen convaincu, maintient la France dans l'alliance atlantique ainsi que la « Françafrique ». Avec la « doctrine Mitterrand », il s'engage à ne pas extrader les anciens terroristes d'extrême gauche. Après la défaite de la gauche aux élections législatives de 1986, il nomme Jacques Chirac à la tête du gouvernement, inaugurant la première cohabitation. En 1988, il est réélu président de la République face à Jacques Chirac. Son second mandat est marqué par l'engagement militaire de la France dans la guerre du Golfe, par l'adoption du traité de Maastricht, par la deuxième cohabitation (avec Édouard Balladur), par le déclin de sa popularité, par des révélations sur son passé et son état de santé déclinant. Seul président à avoir effectué deux septennats complets, François Mitterrand détient le record de longévité à la présidence de la République française. Atteint d'un cancer de la prostate diagnostiqué dès 1981, il meurt quelques mois après son départ de l'Élysée. Situation personnelle Enfance et études François Maurice Adrien Marie Mitterrand est né le dans la ville de Jarnac (Charente), au sein d'une famille bourgeoise catholique et conservatrice. Son grand-père paternel était chef de gare à Jarnac, fils d'un éclusier du canal de Berry (à Audes dans le département de l'Allier), et un catholique pratiquant. Sa grand-mère paternelle était limousine, d'une famille de petits fonctionnaires originaires de Séreilhac près de Limoges. Son père Joseph, né à Limoges, était ingénieur de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans puis, en 1919, s'installa à Jarnac pour reprendre la direction de la vinaigrerie de son beau-père, devenant plus tard président de la fédération nationale des syndicats de fabricants de vinaigre. Sa mère, Yvonne Lorrain, issue d'une famille de tradition républicaine, était la fille de Jules Lorrain, producteur vinaigrier, négociant en vins et eaux de vie et conseiller municipal de Jarnac (et petit-neveu par alliance du ministre Léon Faucher). François est le cinquième d'une fratrie de huit enfants. Il a trois frères : Robert (1915-2002), polytechnicien, administrateur de sociétés ; Jacques (1918-2009), général d'armée aérienne ; Philippe (1921-1992), exploitant agricole et ancien maire de Saint-Simon en Charente, et quatre sœurs : Marie-Antoinette (1909-1999) épouse Fernand Ivaldi, puis Pierre de Renoult, puis Pierre Gabriel Signard ; Marie-Josèphe (1912-1997) épouse Charles, marquis de Corlieu, puis Jean Wegmann ; Colette (1914-2004), épouse du capitaine Pierre Landry ; et Geneviève (1919-2006), épouse d'Eugène Delachenal, polytechnicien et banquier. François est baptisé le en l'église Saint-Pierre de Jarnac. Il grandit dans une famille fortunée, ayant l'électricité dès 1922. Il fréquente l'école privée Sainte-Marie de Jarnac avec son frère Robert jusqu'en 1925. Cette année-là, François entre comme pensionnaire au collège privé d'enseignement catholique Saint-Paul d'Angoulême pour entamer des études secondaires. Il se révèle excellent en histoire, en géographie, en latin et en philosophie, et prend goût pour la littérature ; il répugne aux mathématiques, à la physique et à l'anglais. Il devient membre de la JEC, structure étudiante de l'Action catholique. En 1933, un discours lui vaut de remporter le championnat de l'éloquence de son école ; il échoue au championnat régional. Il est admissible au « premier bac » en classe de première, mais échoue à l'oral. Il redouble, est admis et obtient son baccalauréat littéraire en 1934. Il choisit de s'inscrire aux facultés des lettres et de droit de Paris. À son arrivée dans la capitale, il s'installe au 104, rue de Vaugirard, pension où se trouve un foyer de pères maristes, la Réunion des étudiants, où il se forme intellectuellement auprès de ses premiers amis, Claude Roy, Pierre Bénouville et André Bettencourt. Après une première année de droit, il s'inscrit parallèlement à l'École libre des sciences politiques, de laquelle il sort diplômé en juin 1937. La même année, il obtient un diplôme d'études supérieures de droit public avec mention bien, à la suite de l'obtention d'une licence en lettres l'année précédente. À partir de , François Mitterrand milite pendant plus d'un an aux Volontaires nationaux, mouvement de jeunesse de la droite nationaliste des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque. Porté par un courant très anticommuniste, il adhère à ce mouvement jusqu'à la dissolution des ligues factieuses. Il participe aux manifestations contre en février 1935 puis à celles contre le professeur de droit Gaston Jèze, après la nomination de ce dernier comme conseiller juridique du Négus d'Éthiopie, en . Il cultive par la suite des relations d'amitiés ou de famille avec des membres de la Cagoule, mais ces liens ne traduisent pas une connivence idéologique selon Henry Rousso et Pierre Péan. Mitterrand, un temps critique littéraire, écrit sur la société contemporaine et la politique dans la Revue Montalembert et dans le quotidien L'Écho de Paris d'Henri de Kérillis, proche du Parti social français. Il y écrit notamment un article regrettant que le Quartier latin se soit laissé envahir par le « dehors ». Il publie également, le , un compte rendu de la conférence donnée par Marcel Griaule sur l'Éthiopie, concluant notamment qu' Il se serait aussi inquiété de l'expansionnisme nazi lors de l'Anschluss dans l'un de ses articles. En 1937, il obtient son diplôme de l'École libre des sciences politiques et s'inscrit pour le service militaire dans l'infanterie coloniale. Il y rencontre Georges Dayan (juif et socialiste) après l'avoir sauvé d'agressions d'antisémites de l'Action française et devient son meilleur ami. Il passe le concours de l'École nationale de la Marine marchande en janvier 1938, où il se classe cinquième. Il décide de ne pas s'y inscrire ; il réussit le concours du rédactorat de la préfecture de la Seine, mais décline également. Il prépare une thèse de sociologie politique sur la Tchécoslovaquie mais l'abandonne. En septembre, il est incorporé pour son service militaire dans le régiment d'infanterie coloniale. En , lors de l'engagement de la France dans la Seconde Guerre mondiale et terminant ses études d'avocat à Paris, il est envoyé sur la ligne Maginot avec le grade de sergent-chef, à proximité de Montmédy au régiment d'infanterie coloniale compagnie du capitaine Xavier Louis. En , quelques jours avant l'invasion allemande, il se fiance avec Marie-Louise Terrasse (future Catherine Langeais, elle rompt en pour épouser peu après un comte polonais). Fin , dans le train de prisonniers qui le conduit en Allemagne, François Mitterrand médite sur les causes du désastre, qu'en lecteur attentif de Jacques Bainville, il fait remonter à la Révolution française : . Familles et liaisons Pendant la Seconde Guerre mondiale, François Mitterrand rencontre une jeune résistante bourguignonne, Danielle Gouze, et l'épouse le 28 octobre 1944. Avec elle (présidente, de 1986 à 2011, de la fondation France Libertés fondée en 1986), il a eu trois fils : Pascal, né le 10 juillet 1945 et mort à deux mois et vingt jours, le 30 septembre 1945 ; Jean-Christophe, né le , qui a été conseiller aux affaires africaines du président Mitterrand ; Gilbert, né le , maire de Libourne (Gironde) de 1989 à 2011 et député de la Gironde entre 1981 et 2002. D'une relation extra-conjugale avec Anne Pingeot, conservatrice de musée, François Mitterrand a eu une fille : Mazarine Pingeot, née le , à Avignon, qu'il reconnaît le devant notaire. Après avoir obtenu son agrégation de philosophie, elle a commencé une carrière d'enseignante puis est devenue écrivaine et chroniqueuse de télévision. Par ailleurs, Hravn Forsne, un militant politique suédois né en 1988, affirme, dans un entretien publié dans un journal suédois le 8 août 2014, être le fils biologique de François Mitterrand. Sa mère, la journaliste suédoise Christina Forsne, avait évoqué, dans un livre paru en 1997, la liaison qu'elle aurait eue avec l'ancien chef de l'État français. À partir de 1988, François Mitterrand a une liaison avec Claire, étudiante en droit et militante socialiste, qu'il reçoit de nombreuses fois à l'Élysée. Relations avec le régime de Vichy et Résistance À la suite de la déclaration de guerre du , François Mitterrand est mobilisé sur la ligne Maginot. Le , en tant que sergent-chef, il est blessé à l'omoplate droite ; après avoir été soigné, il est fait prisonnier par les Allemands le 18 juin. Après dix-huit mois dans les stalags IX A de Ziegenhain-Trutzhain et IX C de Schaala et deux tentatives infructueuses, il s'évade en décembre 1941 et rentre en France. En janvier 1942, bien que recherché par les Allemands en tant qu'évadé, après un séjour chez les Levy-Despas à Saint-Tropez, il travaille à la Légion française des combattants et des volontaires de la révolution nationale en tant que contractuel du gouvernement de Vichy puis, à partir de juin, au Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre, où il est chargé des relations avec la presse et où il favorisa la fourniture de faux papiers pour aider les évasions. En juin 1942, il participe à des réunions au château de Montmaur, où sont jetées les premières bases de son réseau de Résistance. C’est Antoine Mauduit, ancien prisonnier de guerre arrivé à Vichy en mai, qui fut à l’origine de ce rassemblement de Montmaur baptisé « la Chaîne », ouvert à des résistants de tendances et origines diverses. Le , François Mitterrand est reçu par le maréchal Pétain, avec plusieurs responsables du Comité d'entraide aux prisonniers rapatriés de l'Allier. Le , en représailles à l’invasion par les Alliés de l’Afrique du Nord trois jours plus tôt, les Allemands envahirent la zone libre : le mythe de Pétain, « le bouclier » protégeant la France, vola en éclats, seule « l'épée » (la Résistance) demeurait. Cet événement allait inciter Mitterrand à s’engager plus fermement dans la Résistance aux dépens du gouvernement de Vichy. En janvier 1943, Mitterrand démissionne du Commissariat, à la suite du remplacement du vichysto-résistant Maurice Pinot par André Masson, un partisan de la collaboration. Il conserve cependant un poste à la tête des centres d'entraides. Il se met également en relation avec les Chantiers de jeunesse, une organisation de service national créée par Vichy après l’armistice, et avec les Compagnons de France, une association essentiellement destinée aux adolescents. Au cours des réunions de février 1943 à Montmaur avec les membres de « la Chaîne », Mitterrand fait valoir ses arguments donnant priorité aux anciens prisonniers, en l’occurrence empêcher leur récupération par Pierre Laval, s’opposant ainsi à Michel Cailliau (le neveu du général de Gaulle), partisan d’une lutte armée immédiate. Le conflit entre les deux hommes persista. En février 1943, puis plus tard au printemps, il se rapproche de la puissante Organisation de résistance de l'armée (ORA), en cours de formation. Il commence à prendre Morland comme pseudonyme, nom emprunté à la station de métro Sully-Morland, technique utilisée par les cagoulards. Il utilisera aussi les noms de code Purgon, Monnier, Laroche, capitaine François, Arnaud et Albre. Il cofonde le Rassemblement national des prisonniers de guerre avec Maurice Pinot financé par l'ORA. Plusieurs membres du réseau Mitterrand-Pinot sont, en pratique, membres de l'ORA. François Mitterrand lui-même est considéré par le service Action de l'organisation comme un de ses membres. Plusieurs actions sont décidées en commun entre des dirigeants de l'ORA et des dirigeants du RNPG et exécutées par des militants des deux mouvements. En mars 1943, Mitterrand rencontre Henri Frenay et le convainc de travailler avec lui. Grâce à Frenay, la Résistance intérieure soutient François Mitterrand contre Michel Cailliau. Mitterrand se retrouve ainsi au cœur d’un réseau d’influence qui comprenait l’ORA, Maurice Pinot et ses partisans, les Chantiers, les Compagnons, et les centres d’entraide, tandis que Michel Cailliau, en rupture avec « la Chaîne » de Montmaur, lance son propre réseau appelé le Mouvement de résistance des prisonniers de guerre et des déportés (MRPGD). Cependant, la date du , lors de sa rencontre avec le gaulliste Philippe Dechartre, a été considérée comme le moment de sa rupture définitive avec ses anciens protecteurs de Vichy. Selon Philippe Dechartre, la rencontre du fut organisée, car : En février ou mars 1943, parrainé par deux anciens « cagoulards » (Gabriel Jeantet, membre du cabinet du maréchal Pétain, et Simon Arbellot), et après l'instruction de son dossier par Paul Racine, il est décoré de l'ordre de la Francisque par le maréchal Pétain : il est le récipiendaire , délégué du Service national des prisonniers de guerre. Pour obtenir cette décoration, il a dû en faire la demande en remplissant un formulaire indiquant : « Je fais don de ma personne au maréchal Pétain, comme il a fait don de la sienne à la France. Je m'engage à servir ses disciples et à rester fidèle à sa personne et à son œuvre ». Selon le socialiste Jean Pierre-Bloch, chef de la section non militaire du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) à l'époque, Pour lui comme d'autres résistants qui travaillent pour Vichy, comme Bernard de Chalvron, Raymond Marcellin ou encore Maurice Couve de Murville, accepter cette distinction constitue une couverture idéale. L'activité du RNPG se déplace, au cours de l'année 1943, de la fourniture de faux papiers vers la fourniture de renseignements à la France libre. Selon Pierre de Bénouville, Philippe Dechartre a aussi confirmé l'importance du RNPG comme réseau de renseignement. Le 10 juillet 1943, François Mitterrand et le militant communiste Piatzook sont les auteurs d'un coup d'éclat lors d'une grande réunion publique à Paris, salle Wagram, consacrée à la « relève » des prisonniers par les ouvriers. Au moment où André Masson flétrit la « trahison des gaullistes », François Mitterrand l'interpelle de la salle et lui dénie le droit de parler au nom des prisonniers de guerre, qualifiant la relève d'escroquerie. François Mitterrand n'est pas arrêté, sa fuite ayant été facilitée par Piatzook. C'est au mois de novembre 1943 que François Mitterrand passe à la clandestinité, après que son appartement rue Nationale à Vichy a fait l'objet d'une descente de la Gestapo qui perquisitionne son domicile en son absence et y interpelle deux membres du réseau Mitterrand-Pinot qui sont envoyés en déportation dont l'un, le logeur M. Renaud, ne reviendra pas. Un peu plus tard dans la journée, prévenue par un membre du réseau qui a pu s'échapper, l'épouse du colonel Pfister, dirigeant de l'Organisation de résistance de l'armée, repousse Mitterrand, de retour de Paris, dans le wagon dont il sort en gare de Vichy où la Gestapo l'attend. En novembre 1943, il se rend clandestinement par avion le 15 à Londres puis à Alger, où il rencontre le général de Gaulle, le général Giraud et Pierre Mendès France. La rencontre fut âpre, de Gaulle demande que les organisations de prisonniers fusionnent sous l'égide de MRPGD, seule condition pour recevoir matériel et argent. . Le , Henri Frenay écrit à Michel Cailliau qu'il se de François Mitterrand, et que le général de Gaulle partage son point de vue. Suivant Philippe Dechartre, c'est alors qu'il est toujours en Angleterre que le fonctionnaire vichyste Jean-Paul Martin, en accord avec René Bousquet, le fait prévenir des risques imminents d'arrestation qui pèsent sur lui à son retour, la Gestapo l'ayant repéré. Parcours politique Ascension et glissement vers la gauche (1944-1954) De retour en France, François Mitterrand participe au gouvernement des secrétaires généraux voulu par le général de Gaulle avant l'installation du gouvernement provisoire à Paris : à partir de , il dirige le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) qui unifie tous les réseaux de résistance de prisonniers de guerre. En , il est nommé au sein du gouvernement provisoire secrétaire général aux Prisonniers, Déportés et Réfugiés (PDR), correspondant du ministre Henri Frenay dans l'attente de son retour de Londres. En août 1944, Mitterrand participe à la libération de Paris, où il participe à la prise du Commissariat général aux prisonniers de guerre et refuse le poste de secrétaire général PDR lorsque Frenay prend la tête du ministère le 2 septembre. Il est alors élu Président du MRPGD. et, le , il épouse Danielle Gouze à l'église Saint-Séverin, avec Jean Munier, Roger-Patrice Pelat, Henri Frenay et Christine Gouze comme témoins. À son poste de secrétaire général des Prisonniers et des Victimes de guerre, il intervient en faveur de l'écrivain Robert Gaillard, qu'il a connu en captivité. En , François Mitterrand accompagne le général Lewis comme représentant de la France pour la libération des camps de Kaufering et de Dachau, à la demande du général de Gaulle. C'est là, en compagnie de Pierre Bugeaud, qu'il découvre, , Robert Antelme, mari de son amie Marguerite Duras, à l'agonie, atteint du typhus. Les mesures sanitaires interdisant de l'évacuer, il organise l'évasion de cet ancien membre de son réseau. Rétabli, celui-ci sera l'auteur d'un livre important sur la déportation : L'Espèce humaine. En 1945, François Mitterrand et André Bettencourt apportent un témoignage en faveur du fondateur du groupe L'Oréal, mais aussi collaborateur et ancien financier de la Cagoule, Eugène Schueller. François Mitterrand est alors brièvement engagé comme président-directeur général des Éditions du Rond-Point et directeur du magazine Votre Beauté appartenant au groupe fondé par Schueller. En , François Mitterrand adhère à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), qu'il préside ensuite de 1953 à 1965 et qui lui offre un premier laboratoire politique. Candidat aux élections de la seconde Assemblée constituante, le , dans la circonscription de la Seine, il ne recueille que 6 % des voix. Par la suite, François Mitterrand hésite entre s'implanter politiquement dans la Vienne ou dans la Nièvre. Eugène Schueller le convainc alors de se présenter dans la Nièvre sous l'étiquette du Rassemblement des gauches républicaines. Pour sa campagne, il bénéficie du soutien d'Edmond Barrachin et de financements du marquis de Roualle, patron du jambon Olida. Avec l'aide du clergé et des notables nivernais, François Mitterrand est élu, le , député de la Nièvre, à la tête d'une liste « Unité et action républicaine », au programme anticommuniste. François Mitterrand abandonne alors ses fonctions aux éditions du Rond-Point. François Mitterrand devient en 1947 l'un des plus jeunes ministres de France avec le portefeuille des Anciens Combattants et des Victimes de guerre dans le gouvernement du socialiste Paul Ramadier. Dans les années qui suivent, il détient plusieurs portefeuilles ministériels, dont ceux de l'Information, de la France d'Outre-mer, et le ministère délégué au Conseil de l'Europe. En , parmi 800 délégués (dont Konrad Adenauer, Léon Blum, Winston Churchill, Harold Macmillan, Paul-Henri Spaak et Altiero Spinelli), il participe au congrès de La Haye, à l'origine du Mouvement européen, auquel il adhère. À l'issue des élections cantonales de 1949, il est élu conseiller général de la Nièvre dans le canton de Montsauche-les-Settons. Il est réélu en 1955, 1961, 1967, 1973 et 1979. En 1950, René Pleven le nomme ministre de l'Outre-Mer. Il est partisan de l'instauration d'une union franco-africaine où les territoires d'outre-mer jouiraient d'une autonomie négociée et librement consentie et s'efforce d'améliorer le sort des Africains, encore soumis à un régime très dur. Il est alors traité de « bradeur d'empire » : il s'attire dès cette époque une vive hostilité de la part des colons et du RPF, le parti gaulliste de l'époque, qui s'exprime notamment par la voix de Jacques Foccart, Édouard Frédéric-Dupont et Maurice Bayrou. Missionné par René Pléven, il négocie avec Félix Houphouët-Boigny pour le convaincre de détacher son parti le Rassemblement démocratique africain du parti communiste auquel il est apparenté et détendre ainsi les rapports avec l'administration française. Lors des élections législatives de 1951, le RDA présente une liste commune avec l'UDSR. Afin de consolider cette politique libérale, François Mitterrand relève le gouverneur Laurent Péchoux, qui avait été nommé par son prédécesseur Paul Coste-Floret pour démanteler le RDA. François Mitterrand s'aliène alors le MRP. En août 1951, le Mouvement républicain populaire obtient de René Pleven que François Mitterrand quitte le ministère de l'Outre-Mer. Ne faisant plus partie du gouvernement, François Mitterrand, réélu à l'Assemblée le , devient président du groupe parlementaire et renforce son influence sur l'UDSR, et obtient l'élection, au poste de secrétaire général, d'un de ses partisans, Joseph Perrin. Pour autant, il conserve sa loyauté à René Pleven, resté président du Conseil. En 1952, François Mitterrand devient ministre d'État sous le gouvernement d'Edgar Faure. Il prend en charge le dossier tunisien et esquisse un plan d'autonomie interne. Mais le gouvernement Faure est renversé six semaines seulement après sa formation. Les libéraux en matière coloniale (c'est-à-dire ceux qui refusent la répression systématique et prônent l'égalité des droits entre colons et colonisés, puis l'autonomie, voire l'indépendance si elle est réclamée avec force par la population et un interlocuteur crédible) sont provisoirement écartés du pouvoir. Après la formation du gouvernement d'Antoine Pinay, François Mitterrand critique la participation systématique de l'UDSR aux gouvernements et demande un recentrage à gauche. Il dénonce à l'Assemblée la politique répressive du gouvernement et défend avec vigueur le droit des Tunisiens à l'autonomie. En 1953, il devient ministre délégué au Conseil de l'Europe, mais démissionne rapidement en raison de son hostilité à la répression menée au Maroc et en Tunisie ; il préconise vis-à-vis de ces pays, ainsi que pour l'Indochine, une politique plus libérale. Il signe, avec des personnalités comme Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Alain Savary ou Louis Vallon, le « manifeste France-Maghreb », demandant que . Le , il est élu président de l'UDSR par le comité directeur. Il soutient alors une ligne libérale (mais déjà commune à cette époque) pour l'outre-mer : arrêt de la guerre d'Indochine, constitution d'un ensemble franco-africain, fédéral puis confédéral (ce qui revient à accorder l'autonomie, voire l'indépendance-association aux territoires colonisés). Il publie au même moment Aux frontières de l'Union française. Indochine-Tunisie, préfacé par Pierre Mendès France. Il se prononce pour l'indépendance de l'Indochine (avec, si possible, une association) et pour une refonte des liens avec les pays africains : la défense, la monnaie et la politique étrangère doivent relever de l'Union française, avec une pleine association des Africains aux décisions ; les autres domaines doivent relever de l'autonomie des populations locales. Plus généralement, l'élection de François Mitterrand marque une évolution de l'UDSR vers des positions plus à gauche, cependant que le nouveau président du parti . Dans la tourmente de la guerre d'Algérie (1954-1958) En 1954, il est nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Pierre Mendès France, formé en juin, qui met fin à la guerre d'Indochine par les accords de Genève du 21 juillet et reconnaît l'autonomie interne de la Tunisie par le discours de Carthage du 31 juillet. François Mitterrand est alors opposé à l'indépendance de l'Algérie. Ses tentatives de muter le gouverneur général Léonard et le directeur de la mosquée de Paris, puis d'augmenter le SMIG d'Algérie, rencontrent l'hostilité des colons et de l'administration. En septembre, il est l'objet de rumeurs malveillantes dans le cadre de l'affaire des fuites. Il s'avère que Mendès France a fait faire depuis deux mois une enquête discrète par son directeur de cabinet, André Pélabon, sur des fuites ayant eu lieu au Comité supérieur de la Défense nationale ; le président du Conseil n'en a informé ni son ministre de l'Intérieur ni son ministre de la Défense nationale. Deux hauts fonctionnaires seront condamnés pour trahison. Du 19 au , il se rend en Algérie, où il rencontre une nette hostilité de la part des partisans de l'Algérie française. Le 12 novembre de cette même année, à la tribune de l'Assemblée nationale, alors que les premiers conflits de la guerre d'Algérie éclatent, il déclare : , puis En , le gouvernement annonce une forte augmentation des investissements sociaux en Algérie dans l'agriculture et l'éducation, et entend préparer François Mitterrand, ministre de l'Intérieur, autorise alors Germaine Tillion à mener une enquête dans la zone d'insurrection, afin, entre autres, de signaler les éventuelles exactions policières. En accord avec le président du Conseil, il fusionne la police d'Alger avec celle de Paris. Les décrets du , qui mettent fin à l'autonomie de la police d'Algérie, contribuent à permettre la mutation de deux cents agents soupçonnés d'actes de torture ou de l'avoir encouragée. Parmi eux, le directeur des Renseignements généraux d'Alger. Les députés conservateurs en matière coloniale critiquent fermement cette décision. D'après François Mitterrand, la suppression de ce est à l'origine de la chute du gouvernement Mendès France, un mois plus tard (lettre à Pierre Mendès France, ). En tout état de cause, le sénateur Henri Borgeaud, porte-parole des pieds-noirs, avait ainsi menacé : François Mitterrand assiste Pierre Mendès France dans les négociations qui aboutissent à l'autonomie de la Tunisie et du Maroc. L'Assemblée nationale ayant été une nouvelle fois dissoute, il mène campagne dans la Nièvre et conserve son siège lors des élections du . Un mois plus tard, il est nommé garde des Sceaux dans le gouvernement Guy Mollet. François Mitterrand participe aux travaux du gouvernement, qui accorde l'indépendance à la Tunisie et au Maroc, l'autonomie à l'Afrique noire. Sur la question algérienne, il critique fermement (en privé) la dérive répressive qui suit l'échec de la tentative de libéralisation, en février 1956. Toutefois, c'est lui qui est chargé par le Conseil des ministres de défendre le projet de loi remettant les pouvoirs spéciaux à l'armée. Il donne systématiquement son aval, en tant que garde des Sceaux, aux nombreuses sentences de mort prononcées par les tribunaux d'Alger contre des militants de la lutte pour l'indépendance, notamment Fernand Iveton, membre du Parti communiste algérien (PCA), guillotiné à Alger le . Sous son ministère, quarante-cinq militants algériens sont condamnés à mort de manière souvent expéditive pour lesquels Mitterrand ne donne que sept avis favorables à la grâce, refusant de gracier dans 80 % des cas connus, six avis étant manquants. Les témoins cités par son biographe Jean Lacouture décrivent un homme profondément hésitant. Cependant, au risque de s'exposer à l'accusation d'avoir couvert, voire encouragé des pratiques renouvelées de celles de la Gestapo et relevant pour le moins du crime de guerre, il reste au gouvernement, car il veut accéder à la présidence du Conseil, où ses pouvoirs seraient plus importants. D'autre part, comme garde des Sceaux du gouvernement Guy Mollet (de février 1956 à juin 1957), en rédigeant et faisant adopter la loi de mars 1956 qui donnait tous pouvoirs aux militaires en matière de justice sur le sol algérien, François Mitterrand a créé les conditions légales de la torture en Algérie, dans le temps où Bourgès-Maunoury, son collègue au ministère de la Défense nationale, ferme partisan d'une solution militaire, faisait instituer les techniques contre-insurrectionnelles inspirées par Lacheroy et Hogard qui permirent au général Massu, assisté du colonel Trinquier, de gagner la bataille d'Alger (janvier à octobre 1957). Dans un tout autre domaine, il fait adopter le statut de l'Agence France-Presse (AFP). Après la démission de Guy Mollet, François Mitterrand refuse de participer à un gouvernement, à moins de le diriger. Il n'y parvient pas, bien que le président René Coty ait sérieusement envisagé de faire appel à lui. Le , il refuse de voter la confiance à Charles de Gaulle, expliquant ainsi son vote : En septembre 1958, il appelle à voter non au référendum sur la Constitution, qui est néanmoins adoptée à une très large majorité, puis promulguée le . Dans la circonscription de la Nièvre, François Mitterrand est battu aux élections législatives de 1958 rétablissant le scrutin uninominal à deux tours. Arrivé troisième au premier tour le , il se maintient face au socialiste Daniel Benoist, conseiller général du canton de Luzy, contribuant à faire élire le le candidat républicain indépendant Jehan Faulquier, conseiller général du canton de Corbigny. Survie politique et premières tentatives d'union de la gauche (1959-1971) En mars 1959, il est élu maire de Château-Chinon (il le reste jusqu'à mai 1981) et, un mois plus tard, sénateur de la Nièvre. Il s'inscrit au groupe de la Gauche démocratique. En octobre 1959, a lieu l'attentat simulé de l'Observatoire dans lequel François Mitterrand est mis en cause et qui le mène, après la levée de son immunité parlementaire, à être inculpé le 9 décembre pour outrage à magistrat au motif d'avoir caché à la justice ses rencontres avec Robert Pesquet et après que, dans une nouvelle version qu'il donne au juge d’instruction, il révèle que Pesquet, devant participer directement à l'attentat, lui aurait suggéré un attentat manqué. La loi d'amnistie de 1966 met fin à la procédure. Il effectue en 1961 un voyage en Chine où il rencontre Mao Zedong. Le , François Mitterrand est appelé à témoigner à décharge au procès du général Salan par Jean-Louis Tixier-Vignancour. Le témoignage de Mitterrand porta sur l'« affaire du bazooka », tentative d'assassinat perpétrée contre le général Salan le et qui avait fait un mort, le colonel Rodier. Mitterrand appuya la thèse de Salan à propos du complot gaulliste fomenté (plus ou moins indirectement, c'est selon) par Michel Debré (d'autres personnalités comme Roger Frey et Alain Griotteray furent aussi citées comme prenant aussi plus ou moins part au complot). Cette thèse du complot gaulliste fomenté directement par Debré fut reprise par Mitterrand dans un éditorial du Courrier de la Nièvre. Les auteurs et commanditaires de l'attentat, Philippe Castille, Michel Fechoz et René Kovacs notamment, avaient motivé leur action par la nécessité de remplacer le général Salan, considéré avec Pierre Mendès France comme le liquidateur de l'Indochine, par un général authentiquement favorable à l'Algérie française. Pour François Mitterrand, . Une partie de la gauche s'en prit alors à Mitterrand, lui reprochant d'être intervenu dans un règlement de comptes au sein de la droite française, d'avoir été jusqu'à saluer Salan dans son box et d'avoir pris place au milieu de ses partisans. Le , Mitterrand retrouve son siège de député de la Nièvre et abandonne celui de sénateur. Lors du référendum de 1962 sur l'élection au suffrage universel du président de la République, il appelle à voter « non », alors que le « oui » l'emporte avec 62,25 % des suffrages exprimés. En 1964, il devient président du conseil général de la Nièvre. Il prend la tête de la Convention des institutions républicaines (CIR) et publie Le Coup d'État permanent, qui renforce sa position d'opposant de gauche à Charles de Gaulle. Conscient des divisions de la gauche et de la difficulté de se placer en chef de file (Paris égaré par ses intellectuels de gauche), François Mitterrand décide de concentrer ses attaques contre l'image même du général de Gaulle, image renforcée, en particulier, par son célèbre appel du 18 Juin. En effet, François Mitterrand craignait que l'image de De Gaulle, bien ancrée dans l'opinion, réduise ses chances dans une élection au suffrage direct, même avec une gauche rénovée. En outre, la séparation des pouvoirs et les domaines réservés prévus par la Constitution en cas de cohabitation conduisent François Mitterrand à radicaliser sa position. D'où l'agressivité qu'il manifeste en 1964, il précise : Candidature à l'élection présidentielle de 1965 En 1965, bien que représentant d'une petite formation politique (la CIR), il est le candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle. Il axe sa campagne sur le changement comme l'indique son slogan de campagne : . Son résultat est inespéré (en seconde position avec 31,78 % des suffrages), tout comme celui du candidat centriste Jean Lecanuet (15 % des suffrages). François Mitterrand reçoit alors l'appui pour le second tour de toute la gauche, mais aussi de Jean Lecanuet, du conservateur modéré Paul Reynaud et d'une partie de l'extrême droite : Jean-Louis Tixier-Vignancour et des partisans de l'OAS. Au soir du second tour, Mitterrand est battu avec le score de 44,80 % des suffrages contre 55,20 % au général de Gaulle. Président de la Fédération de gauche (1965-1968) Fort de ce résultat (peu de gens pensaient initialement que de Gaulle pouvait être mis en ballottage), il prend la tête de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), qui regroupe la gauche non communiste (essentiellement la SFIO, le Parti radical, la CIR et divers clubs). Il forme également le premier contre-gouvernement en France, en 1966, expérience qui ne dure qu'un an. Aux élections législatives de mars 1967, le scrutin uninominal à deux tours et la nouvelle disposition qui relève le seuil et élimine du second tour tous les candidats n'ayant pas obtenu au premier tour au moins 10 % des inscrits, favorisent la majorité sortante face à une opposition hétéroclite (PC, PS et centristes de Jacques Duhamel) et désunie. Mais avec , l'ensemble des partis de gauche (FGDS, Parti communiste) parvient à gagner , le Parti communiste restant la principale force de gauche avec 22,5 % des suffrages. Néanmoins, la coalition gouvernementale est reconduite avec une majorité réduite à un seul siège à l'Assemblée nationale ( sur 487, dont en métropole). En Métropole, au premier tour, l'ensemble de la gauche (FGDS, PSU, PC) obtient même plus de voix que les seuls partis gouvernementaux gaullistes et giscardiens (46 % contre 42,6 %), alors que le Centre démocrate de Duhamel recule de trois points à 7 % des voix. Mais avec le taux exceptionnel en France de 38 % des suffrages (en hausse de deux points par rapport au précédent scrutin), l'Union pour la République reste le premier parti de France. Le , il déclare : Cette déclaration est faite la veille du départ du général de Gaulle, parti consulter le général Massu en Allemagne. Il propose le nom de Mendès France pour former le gouvernement provisoire et annonce qu'il est candidat à la présidence de la République, au cas où une élection anticipée aurait lieu. De Gaulle a en effet annoncé qu'il organiserait un référendum, et qu'il démissionnerait si le « non » l'emportait (une idée à laquelle le général a finalement renoncé). Le discours du 30 mai de De Gaulle réplique de façon sèche. Les élections législatives anticipées de juin 1968 se soldent par un raz-de-marée gaulliste ( pour la seule UNR et aux républicains indépendants) et une majorité à droite jamais vue depuis le Bloc national de 1919, alors que la gauche s'effondre de . François Mitterrand parvient toutefois à sauver son siège de député. En 1969, Mitterrand ne se présente pas à la présidence de la République, car il a perdu le soutien de Guy Mollet, qui refuse de lui accorder le soutien de la SFIO. La gauche, représentée par Gaston Defferre pour les socialistes, Jacques Duclos pour les communistes, et Michel Rocard pour le PSU, est éliminée du second tour de l'élection présidentielle, qui voit la victoire de Georges Pompidou face au centriste Alain Poher. Premier secrétaire du Parti socialiste (1971-1981) Lors du congrès d'Épinay de 1971, la Convention des institutions républicaines se fond dans le Parti socialiste (créé en 1969 en remplacement de la SFIO). François Mitterrand est élu premier secrétaire du PS, avec l'appui de l'aile gauche du parti, le CERES mené par Jean-Pierre Chevènement, et celui de deux puissantes fédérations, celles du Nord de Pierre Mauroy et des Bouches-du-Rhône de Gaston Defferre. Comme l'a rapporté Pierre Mauroy dans ses Mémoires, François Mitterrand n'envisageait pas initialement de devenir premier secrétaire : cette tâche devait revenir au dirigeant du Nord, et François Mitterrand lui-même devait exercer un rôle comparable à celui de Léon Blum entre 1921 et 1938. Mais Augustin Laurent aurait réclamé que Pierre Mauroy fût son successeur à la mairie de Lille sans exercer de responsabilités nationales. En juin 1972, il signe le Programme commun de gouvernement avec le Parti communiste de Georges Marchais et le Mouvement des radicaux de gauche de Robert Fabre. Aux élections législatives de 1973, le Parti socialiste obtient presque autant de voix que le Parti communiste au premier tour et davantage au second, mettant fin à une supériorité qui remontait à 1946. Les élections cantonales qui ont lieu en septembre de la même année confirment cette évolution. Par ailleurs, le PSU chute de 4 à 2 % par rapport à 1968. Au congrès du PS tenu à Grenoble la même année, la motion finale de François Mitterrand obtient 96 % des voix. Le , le président de la République, Georges Pompidou, meurt des suites d'une longue maladie. François Mitterrand est désigné candidat du Parti socialiste le 8 avril, puis devient le candidat unique de la gauche. Le , lors du second tour de l'élection présidentielle, François Mitterrand perd face à Valéry Giscard d'Estaing, avec 49,19 % des voix au second tour. Aux élections cantonales 1976 et aux élections municipales 1977, le PS devance nettement le PCF. En septembre 1977 a lieu la rupture de l'union de la gauche alors que les communistes, se sentant menacés, posaient de nouvelles conditions à l'actualisation du Programme commun. À l'issue du second tour des élections législatives de 1978, la gauche, majoritaire au premier tour, est battue par la droite (UDF-RPR), qui obtient contre 200 à la gauche. Michel Rocard remet alors en cause François Mitterrand et la direction du Parti socialiste. En avril 1979, François Mitterrand s'allie avec le CERES de Jean-Pierre Chevènement contre Michel Rocard (la « deuxième gauche ») pour remporter le congrès de Metz du Parti socialiste. Victoire à l’élection présidentielle de 1981 Au cours de l'année 1980, il annonce sa candidature à l'occasion d'une entrevue avec Luce Perrot pour la promotion de son Ici et maintenant. Lors du congrès extraordinaire de Créteil, qui se déroule en janvier 1981, il est désigné candidat du PS avec 83,64 % des voix. Il adopte les « 110 propositions pour la France » comme programme, recyclant bon nombre de propositions du Programme commun. En même temps, il dévoile son slogan pour cette élection, « La force tranquille ». Le , au premier tour de l'élection présidentielle, il recueille 25,85 % des voix, contre 28,32 % pour Valéry Giscard d'Estaing. Jacques Chirac obtient 18,00 % des suffrages et Georges Marchais 15,35 %. Durant l'entre-deux-tours, François Mitterrand tire profit du ralliement des communistes à sa candidature et de la mauvaise campagne de Valéry Giscard d'Estaing. Son élection est également facilitée par l'attitude de Jacques Chirac, qui se montre réticent à soutenir le président sortant. Déclarant son intention de voter pour Valéry Giscard d'Estaing « à titre personnel », Jacques Chirac refuse de donner une consigne de vote, tandis que plusieurs permanences du RPR appellent leurs militants à voter en faveur du candidat socialiste. En fait, dès 1980, un accord secret avait été trouvé, au domicile d'Édith Cresson, entre François Mitterrand et Jacques Chirac, ce dernier promettant de faire en sorte que son électorat se porte au second tour sur le candidat du PS, en espérant profiter du désenchantement de l'alternance. Alors que Jacques Chirac a toujours publiquement démenti l'existence d'un tel accord, François Mitterrand en a révélé l'existence à Valéry Giscard d'Estaing en décembre 1995, estimant que sans cet accord, avec à la clé, il ne pouvait être élu. Plusieurs personnalités politiques, dont Édith Cresson, confirment par la suite cet accord secret. Au soir du , François Mitterrand est élu président de la République avec 51,76 % des suffrages exprimés contre 48,24 % à Valéry Giscard d'Estaing. Présidence de la République (1981-1995) Premier septennat (1981-1988) Le , le septennat du nouveau président s'ouvre par une cérémonie au Panthéon. Puis il nomme son premier gouvernement dirigé par Pierre Mauroy. Le lendemain, il dissout l'Assemblée nationale. Les élections qui suivent, les 14 et , lui donnent la majorité absolue au Parlement. Un deuxième gouvernement de Pierre Mauroy fait entrer quatre ministres communistes. De nombreuses réformes sociales sont alors adoptées. Sur le plan économique, le septennat est marqué dans un premier temps par une vague de nationalisations (loi du ) et par une politique de maîtrise de l'inflation, infléchie vers l'austérité à partir du , vu comme un passage à une par les partisans de la deuxième gauche. Le septennat s'achève en 1988 sous la première cohabitation de la . Gouvernements Mauroy Les deux premières années des gouvernements Mauroy se caractérisent par une série de mesures économiques à rebours des autres pays qui diminuent leurs dépenses publiques et par des relances keynésiennes qui fonctionnent mal. Mesure phare du « programme commun de gouvernement » signé en 1972 entre le PS et le PCF, la loi du 13 février 1982 entraîne la nationalisation de banques (les banques de dépôt, ainsi que Paribas et Suez) et de grands groupes industriels (Compagnie générale des eaux, Pechiney, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain, Technicolor). Le gouvernement octroie une augmentation du SMIC de 10 %, des allocations familiales et logement de 25 %, handicapés de 20 %, procède à des mesures symboliques telles que la création de l'impôt sur les grandes fortunes (supprimé en 1987, rétabli en 1988 sous le nom d'ISF, impôt de solidarité sur la fortune). Suit une série de mesures touchant le travail telles que la semaine de (durée légale du travail), la de congés payés, ainsi que des ordonnances sur le cumul emploi-retraite, le travail à temps partiel, et l'insertion professionnelle des jeunes de . Le gouvernement accorde la retraite à . Les lois Auroux sur le droit du travail transforment profondément les relations de travail en France. Enfin, la loi Quilliot modifie les droits et les devoirs des bailleurs et locataires. Toutes ces mesures sont accompagnées par un premier blocage des prix, par la fin de l'indexation des salaires sur les prix et par un durcissement du contrôle des changes. La relance de l'économie et les lois sociales amènent le Premier ministre à décider une augmentation de 27,5 % des dépenses publiques. Il en résulte au cours de , le triplement du déficit budgétaire, un accroissement de la dette publique de à de francs, un déficit de la balance extérieure de de francs au lieu de , un important écart d'inflation avec les partenaires européens, la dette extérieure étant multipliée par quatre en . Il apparut, après la chute du franc, la nécessité de trois dévaluations : , et . Confronté à une forte hausse de la dette et à une importante dégradation des comptes publics intérieurs et extérieurs, le gouvernement doit changer de politique : c’est le « tournant de la rigueur ». La France doit alors traiter avec des partenaires commerciaux (États-Unis, Royaume-Uni, Canada) qui effectuent une « révolution conservatrice » en adoptant une vision économique plus libérale, proche de l'austérité. Les gouvernements réalisent d'importantes réformes juridiques : suppression de la Cour de sûreté de l'État, abolition de la peine de mort, abrogation de la loi dite « anticasseurs », qui établissait notamment le principe d'une responsabilité pénale collective. Ils font adopter une loi d'amnistie, qui inclut les « délits homosexuels ». Différentes mesures sont prises concernant la vie culturelle et les médias telles l'autorisation des radios locales privées et la première fête de la musique, créée par Jack Lang, ministre de la Culture. Est créée la Haute Autorité pour la communication audiovisuelle (ancêtre de l'actuel CSA). Plusieurs mesures sociétales sont entérinées comme le passage de la majorité sexuelle à pour tous, abolissant la distinction, introduite en 1942 et confirmée en 1945, dans l'âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels. Le mode de vie homosexuel cesse d'être une clause d'annulation du bail d'habitation. Le gouvernement procède enfin à une régularisation des étrangers en situation irrégulière qui exercent un travail et peuvent le prouver. La loi-cadre Defferre sur la décentralisation élève la région en une collectivité territoriale de plein exercice. En matière d'éducation sont créées les zones d'éducation prioritaire (ZEP). François Mitterrand met en place la cellule antiterroriste de l'Élysée dont le fonctionnement sera dévoilé par l'affaire des écoutes de l'Élysée. La politique étrangère est marquée par le discours dit « de Cancún » prononcé à Mexico en marge de la conférence Nord-Sud de Cancún, et la première visite d'un chef d'État français en Israël : le président Mitterrand prononce à la Knesset (parlement israélien) un discours dans lequel il déclare qu’il existe un pour Israël tout en appelant au respect des droits des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Dans ses premiers vœux présidentiels, Mitterrand appelle à la gestion d'une Europe post-Yalta, un souhait qu’il réaffirme à plusieurs reprises. 1983 Politique intérieure Troisième gouvernement de Pierre Mauroy. plan de « rigueur » en mars (« tournant de la rigueur »). Réforme de la loi Peyrefitte, dite Sécurité et Liberté. Loi Roudy sur l'égalité salariale entre hommes et femmes dans les entreprises. Loi sur l'indemnisation des victimes de crimes et délits. Loi Le Pors portant droits et obligations des fonctionnaires. Les notions de « bonne moralité » et de « bonnes mœurs » sont supprimées du statut général des fonctionnaires. Politique étrangère Crise des euromissiles : soutien de François Mitterrand à l'installation de missiles en Allemagne pour faire contrepoids aux missiles soviétiques. Discours du Bundestag sur l'équilibre des forces le : En octobre, à Bruxelles, il déclare : Août 1983, opération Manta renforçant l'intervention française au Tchad. Attentat du Drakkar le à Beyrouth : français et américains sont tués. François Mitterrand se rend au Liban dès le lendemain. Le changement de politique économique dit « tournant de la rigueur », sujet à débat, ne fut pas accepté par une partie de l'électorat de gauche. En , on ne compte plus en effet que 32 % de satisfaits, un record pour un président de la République de la à l'époque. C'était pire encore pour Mauroy qui ne recueille plus que 28 %. 1984 Politique intérieure Crise sidérurgique dans le Nord : plan de « modernisation ». Fermeture ou reconversion des anciennes mines de charbon, accélération du processus commencé dans les . Élections européennes : percée du Front national, recul du PS à 20,75 % des voix, seulement 11,20 % au PC, la liste RPR-UDF recueille 43,02 % ; Le Monde titre « Grave échec de la gauche ». Loi sur la formation professionnelle. Abandon du projet de loi Savary sur l'enseignement à la suite des manifestations pour l'enseignement libre. Politique étrangère et européenne Présidence semestrielle par la France de la Communauté européenne. François Mitterrand se rend en Union soviétique et y défend publiquement les droits de l'homme et les contestataires, notamment Andreï Sakharov. Gouvernement Fabius - Nouveau gouvernement de Laurent Fabius, fin de la participation des communistes au gouvernement. Septembre 1984 : accord franco-libyen sur qui ne sera pas respecté par la Libye. Libéralisation de l'audiovisuel, création des premières chaînes de télévision privées (dont Canal+). Nouveau statut pour la Polynésie. Novembre 1984 : début d'affrontements sanglants en Nouvelle-Calédonie. 16 décembre 1984 : François Mitterrand déclare à la télévision ne pas vouloir faire usage de la en Nouvelle-Calédonie, vis-à-vis des partisans de l'indépendance. Commémoration de la bataille de Verdun, où a lieu la célèbre poignée de main entre le président Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl. En , malgré la bonne cote de Laurent Fabius, celle du président Mitterrand selon l'IFOP n'est plus que de 28 % de satisfaits contre 55 % de mécontents. 1985 Politique intérieure Inauguration de la Géode au parc de la Villette à Paris. Loi Montagne. Instauration du mode de scrutin proportionnel aux élections législatives prévues l'année suivante. Loi limitant le cumul des mandats. Réforme du Code pénal. Aux élections cantonales de , la gauche perd et ne recueille plus que 41,10 % des suffrages. La droite contrôle de conseil généraux. Politique étrangère et européenne Lancement d'Eurêka, l'Europe de la technologie. « Doctrine Mitterrand » engagement verbal à ne pas les anciens activistes et terroristes d'extrême gauche d'Italie. Affaire du Rainbow Warrior, il s'avère que le navire de Greenpeace coulé en Nouvelle-Zélande l'était sur ordre des services secrets français et instructions supérieures. Démission d'Hernu. On saura plus tard qu'il y avait eu feu vert de l'Élysée. Ratification de la Convention européenne des droits de l'homme, qui interdit notamment le rétablissement de la peine de mort. Janvier- Signature de l'Acte unique européen. Inauguration de la Cité des sciences et de l'industrie à Paris. Loi littoral. Début de l'opération Épervier, au Tchad, contre le GUNT pro-libyen. Création de deux chaînes de télévision, La Cinq et TV6. Gouvernement Chirac Mars- L'union de la droite RPR-UDF-DVD remporte les élections législatives du avec , contre 215 au PS et seulement 35 au PC. Le Front national obtient . Le PC n'obtient plus que 9,7 % des suffrages exprimés. Le même jour, la droite emporte, largement cette fois, les élections régionales en emportant la majorité dans 20 régions sur 22 : le Nord et le Limousin. Jacques Chirac forme un nouveau gouvernement : lors de sa formation, François Mitterrand s'oppose à la nomination de plusieurs personnalités (Jean Lecanuet et Étienne Dailly notamment). C'est la première cohabitation. Promulgation de la loi supprimant l'autorisation administrative de licenciement. de la francophonie. Inauguration du musée d'Orsay. Privatisations de banques et d'entreprises publiques. Ordonnances du relatives à la liberté des prix et de la concurrence. Vague d'attentats terroristes à commis par le réseau Fouad Ali Salah. Manifestations étudiantes contre le « projet Devaquet » de réforme de l'Université. 1987 Inauguration de l'Institut du monde arabe. Arrestation des militants du groupe terroriste Action directe puis arrestations des membres du réseau Fouad Ali Salah. Privatisation de TF1 et création de M6. Rupture (provisoire) des relations diplomatiques avec l'Iran en juillet après le refus de l'ambassade iranienne de remettre aux autorités françaises, un interprète de l'ambassade d'Iran suspecté d'être impliqué dans la vague d'attentats terroristes. Septembre 1987 : référendum en Nouvelle-Calédonie sur le maintien au sein de la République, boycotté par le FLNKS (98,3 % contre l'indépendance, 40 % d'abstention). Célébrations du Millénaire capétien dans la basilique de Saint-Denis par François Mitterrand. 1988 Inauguration de la pyramide du Louvre. Loi sur le financement des campagnes électorales présidentielles et législatives, à la suite d'une proposition de François Mitterrand. : en Nouvelle-Calédonie, attaque de la gendarmerie de Fayaoué (île d'Ouvéa) par un commando canaque, tuant quatre gendarmes et prenant en otage les autres. Le , assaut de la grotte d'Ouvéa par la gendarmerie : (deux militaires et dix-neuf indépendantistes calédoniens). Second septennat (1988-1995) Bien qu'il se sache atteint d'un cancer de la prostate depuis le , il annonce sa candidature pour un second septennat le au journal d'Antenne 2. L'information concernant ce cancer ne sera dévoilée que lors de son hospitalisation au Val-de-Grâce en . Le , François Mitterrand arrive nettement en tête du premier tour de l'élection présidentielle avec 34,10 % des suffrages face à son Premier ministre et chef de la majorité Jacques Chirac (19,94 %). Le , François Mitterrand est réélu avec 54,02 % des voix. Le second septennat de François Mitterrand est marqué par l'instauration du RMI et de la CSG, les célébrations du bicentenaire de la Révolution, la chute du mur de Berlin, la réunification allemande (pour laquelle il était réticent), l'engagement dans la première guerre d'Irak, le référendum sur le traité de Maastricht, mais aussi par les affaires politiques, la maladie du président, la révélation publique de l'existence de sa fille adultérine Mazarine Pingeot (dont il a tenté de cacher l'existence, notamment en l'installant à Gordes) et les polémiques sur ses activités et ses amitiés nouées dans les puis sous le régime de Vichy. Gouvernement Rocard Il nomme Premier ministre Michel Rocard, qu'il déteste et qu'il humiliera à plusieurs reprises. Après la dissolution de l'Assemblée nationale, les socialistes et apparentés remportent une majorité relative. Mais les communistes refusent une alliance gouvernementale. Les gouvernements socialistes sont ainsi contraints à un jeu de bascule entre le groupe communiste et les éléments modérés de l'opposition, surtout l'Union du centre. Michel Rocard utilise à plusieurs reprises l' de la Constitution pour faire adopter ses réformes. 1988 Accords de Matignon mettant un terme au conflit en Nouvelle-Calédonie. Création du revenu minimum d'insertion (RMI). Politique du « ni-ni » (ni nationalisation ni privatisation). Réforme de la Politique agricole commune (PAC). Création de la Délégation interministérielle à la Ville, dirigée par Yves Dauge. 1989 Affaire Pechiney-Triangle. Inauguration du Grand Louvre. Inauguration de l'opéra Bastille. Inauguration de la grande arche de la Défense. Célébrations du bicentenaire de la Révolution. Loi Jospin sur l'Éducation nationale Loi Joxe sur l'immigration : abrogation des mesures de la loi Pasqua et renforcement des recours à disposition des immigrés. Élargissement des possibilités pour entamer une procédure de révision d'une condamnation judiciaire. Loi d'amnistie pour la Nouvelle-Calédonie. 1990 Soutien prudent à l'unification allemande, obtenu après la garantie de la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse par le chancelier Helmut Kohl. Signature de la convention de Schengen. Discours de La Baule. Décision de l'opération Noroît pour le Rwanda début . Création de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Création de la Contribution sociale généralisée (CSG). Suppression du contrôle des changes. L'administration des PTT est transformée en deux établissements publics : La Poste et France Télécom. Plan Jospin pour les lycées. Loi Gayssot interdisant les propos négationnistes et renforçant la législation contre le racisme. Loi Arpaillange sur le financement des partis politiques. Création du ministère de la Ville, annoncée dans le discours de Bron de François Mitterrand à la suite de troubles à Vaulx-en-Velin. Il est confié au maire de Dunkerque Michel Delebarre, jusque-là ministre de l'Équipement, du Logement, des Transports et de la Mer. 1991 Plan quinquennal pour les universités, dit « Université 2000 ». Nouveau statut pour la Corse. Notion de invalidée par le Conseil constitutionnel. Réglementation des écoutes téléphoniques : interdiction des écoutes administratives, contrôle des écoutes judiciaires. Participation de la France à la première guerre du Golfe. Loi d'orientation pour la ville (LOV). Gouvernement Cresson En , Michel Rocard est remplacé par Édith Cresson qui altère rapidement son image par des propos maladroits sur les Anglais () et les Japonais (). Sa remarque effrite encore davantage sa crédibilité. Elle cède la place dix mois plus tard à Pierre Bérégovoy. Pour ce qui est de la politique étrangère, le pays est témoin de l'étape finale de la dislocation de l'URSS, dont l'épisode déterminant est le putsch de Moscou d’août 1991, lors duquel Mikhaïl Gorbatchev est séquestré. Le président Mitterrand déclare alors vouloir attendre les intentions des « nouveaux dirigeants » soviétiques et, afin de ménager les putschistes, refuse de rencontrer Boris Eltsine. Cette attitude initiale plutôt conciliante envers les putschistes fait controverse. 1991 Politique intérieure Édith Cresson première femme Premier ministre. Délocalisation d'une vingtaine d'organismes publics en banlieue parisienne ou en province, dont l'École nationale d'administration (ENA) à Strasbourg. Le service militaire est ramené à . Loi Évin contre le tabagisme et l'alcoolisme. Révélation de l'affaire Urba (financement occulte du Parti socialiste). 1992 Loi Joxe sur l'aménagement du territoire. Signature du traité de Maastricht. Gouvernement Bérégovoy 1992 Politique intérieure Loi Joxe sur l'aménagement du territoire. Refonte du Code pénal (achevée en 1994). Création du Code de la consommation. Moratoire sur les essais nucléaires. Politique internationale et européenne : François Mitterrand se rend de façon inattendue et symbolique à Sarajevo, alors sous le siège de l'armée serbe, le jour commémoratif de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. Septembre : le traité de Maastricht, signé en février, est ratifié à une très courte majorité par référendum. 1993 Loi Sapin sur le financement des partis politiques et la lutte anticorruption. Loi Neiertz instituant un délit d'entrave à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et dépénalisant l'autoavortement. Le , Pierre Bérégovoy se donne la mort après que la presse a largement commenté le prêt dont il avait bénéficié de Patrice Pelat sans remboursement établi et pour acheter un appartement. Le , lors de ses obsèques, François Mitterrand déclare : , visant les médias en général. Gouvernement Balladur François Mitterrand, dont la cote personnelle ne dépasse pas 22 % de satisfaits (IFOP) alors que le PIB baisse de 0,8 %, ne peut empêcher la droite de remporter très largement les élections législatives en 1993 : le groupe socialiste et apparentés ne compte plus que 67 députés sur 577. Le président nomme alors Édouard Balladur à la tête du gouvernement : il va être son dernier Premier ministre. 1993 Victoire de la droite aux élections législatives. Édouard Balladur, qui avait été ministre d'État chargé de l'Économie, des Finances et de la Privatisation lors de la première cohabitation (1986-1988), est nommé Premier ministre. Fin de la politique du « ni-ni ». Retour des privatisations. Au Rwanda, retrait des forces de l'opération Noroît en . Assassinat de René Bousquet, ancien préfet de police du régime de Vichy. Affaire VA-OM impliquant Bernard Tapie, ancien ministre de la Ville (1992-1993), à qui François Mitterrand apporte tout son soutien. 1994 Abandon de la révision de la loi Falloux. Élections européennes : la liste socialiste menée par Michel Rocard s'effondre à 14 % des suffrages. Affaire du sang contaminé impliquant les anciens ministres socialistes Laurent Fabius, Georgina Dufoix et Edmond Hervé. Pendant le génocide au Rwanda, soutien au gouvernement intérimaire rwandais à travers l'opération Amaryllis du 8 au 14 avril, puis l'opération Turquoise du 22 juin au 21 août. Affaire Schuller-Maréchal. Révélation au grand public de l'existence de Mazarine Pingeot. 1995 : inauguration du pont de Normandie. : inauguration de la Bibliothèque nationale de France. : Jacques Chirac est élu président de la République. : passation de pouvoirs entre le président sortant et le président nouvellement élu ; fin du second mandat de François Mitterrand. Fin de mandat et retrait de la politique Durant les derniers mois de sa présidence, François Mitterrand, diminué par la maladie, est contraint de rester la plupart du temps allongé. Ne se présentant pas à l'élection présidentielle de 1995, il pousse Jack Lang à briguer la présidence de la République et entretient des relations tendues avec le candidat du Parti socialiste, Lionel Jospin, qui se montre critique envers son passé et le bilan de sa présidence, en utilisant l'expression du . Arrivé en tête au premier tour de l'élection présidentielle, Jospin est battu par Jacques Chirac au second tour le . Le , le président élu, Jacques Chirac, et François Mitterrand, encore en fonction, célèbrent à Paris la victoire de 1945 et affichent une bonne entente. Pour la première fois deux présidents de la République française se retrouvent côte à côte dans ce genre de cérémonie. Le , deux heures avant sa passation de pouvoir avec Jacques Chirac, François Mitterrand prend le petit-déjeuner avec l'écrivain et académicien Jean d'Ormesson qui est ainsi la dernière personnalité reçue par Mitterrand à l'Élysée. Après un entretien privé, Jacques Chirac est officiellement investi et François Mitterrand lui transmet ses pouvoirs, au cours d'une cérémonie officielle au palais de l'Élysée. Après la passation de pouvoirs, François Mitterrand se rend au siège du Parti socialiste, rue de Solférino, où il prononce son dernier discours public. Bilan de ses mandats présidentiels François Mitterrand reste le seul président de la République française à avoir exercé deux septennats complets. Du point de vue économique, sa présidence est marquée par la valorisation des minima sociaux (augmentation du salaire minimum interprofessionnel de croissance, création du revenu minimum d’insertion) et la création de l’impôt sur les grandes fortunes, remplacé depuis par l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Le début du premier septennat consacre également les nationalisations, suivies en du tournant de la rigueur puis des privatisations. Le chômage qui était en 1981 de de personnes (soit 6 % de la population) dépasse en les de chômeurs (soit 11,3 % de la population). La dette publique suit cette tendance haussière puisqu’elle est multipliée par six : de d’euros en 1981 à en 1995. Sur le plan international, François Mitterrand parachève la doctrine qui sera qualifiée de « gaullo-mitterrandisme ». Il défend la possession par la France de la bombe atomique française, que les Américains voulaient voir incluse dans les accords de dénucléarisation avec l'URSS. Il souhaite faire avancer l'Europe de la défense pour que l'OTAN, dirigée implicitement par les États-Unis, ne soit plus le protecteur de l'Europe. François Mitterrand s'allie avec les États-Unis, notamment dans la guerre du Golfe, en faisant état d’ et envoyant un détachement de combattre l'Irak. Henry Kissinger dit de lui qu'il a été « un très bon allié, le meilleur de tous les présidents français » pour son alignement sur Washington. Peu avant d'achever son deuxième mandat, Mitterrand décrit les relations franco-américaines comme étant beaucoup plus belliqueuses qu'elles n'y paraissent : . Sur le plan de l’Union européenne, les deux septennats sont marqués par la signature des accords de Schengen et du traité de Maastricht, qui ouvre la voie de l'adoption de l’euro. Il se montre hostile à la réunification de l’Allemagne. La société est aussi marquée avec l’abolition de la peine de mort, votée sous la houlette de Robert Badinter. L’âge légal de départ à la retraite est avancé à , au lieu de 65 depuis 1910 et la cinquième semaine de congés payés est généralisée. Édith Cresson est la première femme en France à accéder au poste de Premier ministre. La libéralisation des mœurs se poursuit : l’article 331, alinéa 2 du Code pénal est abrogé, mettant un terme à la discrimination légale contre les homosexuels. Ce texte, hérité du maréchal Pétain, permettait de punir « d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d‘une amende de à toute personne qui aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu "mineur" du même sexe » ; cette disposition n’existait pas pour les actes hétérosexuels. Sur le plan politique, François Mitterrand fait accepter par la gauche les institutions de la République, qu'elle critiquait jusqu’alors ainsi que les concepts de social-démocratie, de gauche de gouvernement. On assiste également à la pratique de la cohabitation avec un gouvernement de droite à deux reprises, sans difficulté majeure. Enfin, la Corse bénéficie d’un statut particulier. Culturellement, la présidence de François Mitterrand voit comme mesure phare la libéralisation des ondes (développement de « radios libres »). Il met en œuvre une politique de Grands Travaux, tels que l'édification de certains monuments comme le nouveau musée du Louvre et sa pyramide, la construction de l'arche de la Défense, de l'opéra Bastille et l'inauguration de la Bibliothèque nationale de France. Ses septennats sont également marqués par un grand nombre d'affaires : Rainbow Warrior, sang contaminé, Irlandais de Vincennes, écoutes de l'Élysée, Urba, Péchiney, ELF, Tapie, révélation de son amitié avec René Bousquet, suicides suspects de son ex-Premier ministre Pierre Bérégovoy et de son conseiller à l’Élysée François de Grossouvre, celui-ci dans les locaux du palais Selon Danielle Mitterrand, son épouse, il aurait déclaré au sujet de ses renoncements : . Après la présidence de la République En retrait de la vie publique En tant qu'ancien président de la République, il devient membre de droit du Conseil constitutionnel, mais refuse d'y siéger. Il se consacre dès lors principalement à la lecture, à l'écriture et effectue de nombreux déplacements (familiaux, politiques), bien qu'étant très affaibli. Il reçoit chez lui des hommes politiques comme Henri Emmanuelli, Michel Charasse, Michel Barnier, Édouard Balladur ou l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing, à qui il déclare que sa victoire de 1981 face à lui est due à la « trahison » du RPR et de Chirac. Devant ses visiteurs, il désapprouve deux décisions prises par Jacques Chirac au début de son mandat : la reprise des essais nucléaires français et la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la déportation vers l'Allemagne de Juifs français sous l'Occupation. En privé, il critique également la montée en puissance de Lionel Jospin au sein du Parti socialiste. Chirac affirme dans ses mémoires qu'il ne revit pas Mitterrand après son départ de l’Élysée, mais qu'ils se téléphonèrent régulièrement. François Mitterrand interprète pendant quelques secondes, en , son propre rôle dans le film à sketches Lumière et Compagnie, dans le segment de Régis Wargnier, un film documentaire réalisé par . Le mois suivant, il participe à un colloque d'anciens chefs d'État et de gouvernement organisé par l'ancien président des États-Unis George H. W. Bush à Colorado Springs. Dégradation de son état de santé Le , il passe Noël à Assouan en Égypte. Ce voyage lui avait été fortement déconseillé en raison de son état de santé. Le , il passe le réveillon en famille dans sa propriété à Latche, dans les Landes. Le , il rentre à Paris pour effectuer des examens médicaux importants et subir un nouveau traitement. Son cerveau étant atteint par des métastases, il prend la décision de ne pratiquement plus s'alimenter pour accélérer la fin. Mort, funérailles et hommages François Mitterrand meurt le à l'âge de des suites d'un cancer de la prostate, dans son appartement de fonction du Frédéric-Le-Play, dans le arrondissement de Paris, immeuble où réside également Anne Pingeot. Des chefs d'État et des personnalités politiques se rendent très vite sur les lieux. L'hommage de la classe politique est unanime, y compris chez ses détracteurs, à l'exception notable d'Arlette Laguiller. Jacques Chirac fit une déclaration le soir même, qui surprit beaucoup par sa bienveillance. Sa mort est à la une de toute la presse, sauf Présent. En avril 2012, deux journalistes, Laurent Léger et Denis Demonpion affirment que François Mitterrand : selon eux, , l'historien Philip Short évoquant l'intervention du spécialiste de la lutte contre la douleur, le médecin Jean-Pierre Tarot. Toutefois, les auteurs ne parlent pas d'euthanasie. Paris Match publie, le , un second numéro hommage avec une photographie, volée, de l'ancien président sur son lit de mort, accompagné de la mention : . L'hebdomadaire charge la tâche à Pascal Rostain et Bruno Mouron, qui avaient révélé la fille cachée du président. L'hebdomadaire est condamné, mais refuse de dévoiler l'auteur du cliché. Alors que près de se sont recueillies devant sa dépouille, trois personnes sont soupçonnées : Claude Azoulay, le photographe, Patrick Amory, un intime de la famille, et Ali Baddou, le compagnon de Mazarine Pingeot. Les accusations ont été importantes contre Azoulay, mais une enquête du journal Le Monde montre que ce serait Amory qui aurait pris la photographie le 9 janvier. Ses proches ne font pas preuve de rancune : Danielle Mitterrand fait plusieurs reportages pour le magazine la même année, tandis que la famille est satisfaite de la qualité du cliché ; Mitterrand lui-même ne trouvait pas l'idée déplaisante. Ses obsèques, le , donneront l'occasion d'apercevoir côte à côte ses deux familles, officielle et officieuse. Une messe privée se déroule en l'église Saint-Pierre de Jarnac, Charente (durant cette cérémonie, son labrador nommé Baltique reste à l'extérieur de l'église, tenu en laisse par Michel Charasse). Une messe officielle se déroule au même moment en la cathédrale Notre-Dame de Paris célébrée par le cardinal Lustiger en présence de la classe politique française et de 200 personnalités étrangères dont plusieurs dizaines de chefs d'État et de gouvernement : Rainier III, la reine Margrethe, Fidel Castro, Yasser Arafat, le Prince Charles, John Major, Helmut Kohl (ému), Al Gore, Boris Eltsine, Albert II, Juan Carlos, Shimon Peres Le est déclaré jour de deuil national. François Mitterrand repose au cimetière de Jarnac, en Charente, dans le caveau familial. Il avait initialement décidé de se faire inhumer au sommet du mont Beuvray, mais avait dû y renoncer en 1995, face à la polémique suscitée par cette annonce. Détail des mandats et fonctions À la présidence de la République – : président de la République française. Au gouvernement À l’Assemblée nationale 1946-1951 : député de la Nièvre (UDSR). 1951-1955 : député de la Nièvre (UDSR). 1956-1958 : député de la Nièvre (UDSR). 1962-1967 : député de la de la Nièvre (RD). 1967-1968 : député de la de la Nièvre (FGDS). 1968-1973 : député de la de la Nièvre (FGDS et PS dès 1971). 1973-1978 : député de la de la Nièvre (PS). 1978-1981 : député de la de la Nièvre (PS). Au Sénat 1959-1962 : sénateur de la Nièvre. Au Sénat de la Communauté 1959-1961 : sénateur de la Communauté. Au niveau local 1949-1981 : conseiller général de la Nièvre, élu dans le canton de Montsauche-les-Settons. 1959-1981 : maire de Château-Chinon (Ville). 1964-1981 : président du conseil général de la Nièvre. Au sein de partis politiques 1953-1965 : président national de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR). 1965-1968 : président de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). 1970-1971 : président du præsidium de la Convention des institutions républicaines (CIR). 1971-1981 : premier secrétaire du Parti socialiste (PS). 1972-1981 : vice-président de l'Internationale socialiste. Principales affaires et controverses Attentat de l'Observatoire L'attentat de l'Observatoire est un faux attentat mené contre François Mitterrand en 1959. Accusé de l'avoir commandité dans le but de regagner en visibilité auprès de l'opinion publique, François Mitterrand est inculpé pour « outrage à magistrat », avant qu'une loi d'amnistie prise par le gouvernement Pompidou ne close les poursuites en 1966. Affaire des Irlandais de Vincennes Il s'agit du premier scandale politico-médiatique de l'ère Mitterrand : à la suite de l'attentat de la rue des Rosiers le , le président de la République installe un conseiller technique et une cellule antiterroriste à l’Élysée et en confie la direction au commandant du GIGN, Christian Prouteau. Le , l'Élysée annonce l'arrestation des coupables, trois Irlandais par ailleurs probablement affiliés à l'IRA, par des membres ou anciens membres du GIGN emmenés par Paul Barril. Les trois Irlandais sont relâchés neuf mois plus tard, car il est prouvé que ce sont les gendarmes qui ont apporté eux-mêmes des explosifs dans l'appartement de Vincennes, sur la foi du témoignage de Bernard Jégat, qui aurait reconnu un coupable d'après un portrait robot. C'est Jégat qui aurait transmis les armes que lui avait confiées Michael Plunkett (l'un des trois Irlandais, qui reconnaît en 2001 les avoir transmises) aux gendarmes. Seul Christian Prouteau a été mis en examen dans cette affaire en 1991. Tout d'abord condamné à quinze mois de prison avec sursis, il est blanchi quelques mois plus tard par la cour d'appel. Cependant, en août 1992, Paul Barril perd le procès en diffamation qu'il avait intenté contre Le Monde pour un article d'Edwy Plenel relatant son rôle dans cette affaire. Fait rarissime dans un jugement en diffamation, le tribunal de Paris estime alors que le journaliste a apporté la preuve de ses écrits et se prononce sur le fond en désignant le coupable : . En outre, en 1992, le juge Madre, chargé d'examiner la plainte contre X déposée par l'avocat des trois Irlandais, découvre dans des malles de Christian Prouteau, cachées dans un box à Plaisir (Yvelines), une boîte d'archives consacrée aux Irlandais de Vincennes. Il s'agit de notes confidentielles adressées à François Mitterrand. Accueil réservé à Georges Habache sur le territoire français En 1992, l'hospitalisation en France de Georges Habache provoque de vives réactions dans le monde politique français, tandis que l'opposition nationale et Israël protestent contre l'accueil en France d'un . Affaire des écoutes de l'Élysée Entre 1983 et 1986, François Mitterrand fait écouter illégalement par la cellule antiterroriste de l'Élysée plusieurs dizaines de personnalités, notamment certaines bien informées sur sa vie privée. L'écrivain Jean-Edern Hallier, le journaliste Edwy Plenel et l'actrice Carole Bouquet sont notamment placés sur écoute. Affaire du Rainbow Warrior D'après Le Monde du , François Mitterrand a donné son « autorisation personnelle » à l'amiral Pierre Lacoste, directeur général de la sécurité extérieure, pour faire couler le Rainbow Warrior, navire de l'organisation écologiste Greenpeace, qui protestait contre les essais nucléaires français. Cancer caché François Mitterrand apprend à la fin de l'année 1981 qu'il souffre d'un cancer de la prostate. Si la maladie se résorbe à partir de 1984, elle se réveille à nouveau en 1990. Ce cancer est gardé secret jusqu'à son opération chirurgicale en 1992, et la date réelle à laquelle il a appris l'existence de son cancer est révélée une dizaine de jours après sa mort en 1996 dans un livre de son ancien médecin, Claude Gubler, qui indique que le chef de l’État lui ordonnait de falsifier ses bulletins de santé. Financement du PS et des campagnes présidentielles En 1990, la mort de deux ouvriers d'un chantier de construction révèle un système de financement occulte du Parti socialiste mis en place en 1973. Le système reposait sur la facturation de prestations fictives, en contrepartie d'attributions de marchés publics. L'argent était reversé au PS et à des personnalités politiques et aurait financé les deux campagnes présidentielles de François Mitterrand. L'ancien trésorier du parti, Henri Emmanuelli, sera notamment condamné en 1997. Implication dans la Françafrique Quand François Mitterrand arrive au pouvoir, il continue le système de réseaux en Françafrique avec Elf notamment. Le fils de Mitterrand, Jean-Christophe, a été impliqué, se connectant à une branche des réseaux Pasqua. Elf financera aussi les campagnes présidentielles de Mitterrand, de 1965 jusqu'à sa victoire en 1981. Dans les relations franco-africaines, l'immobilisme avait pris le dessus sur la novation. Ainsi, dans l'ouvrage intitulé Mitterrand l'Africain ?, l'essayiste congolais Gaspard-Hubert Lonsi Koko reste catégorique : « Si l’on admet l’hypothèse selon laquelle la continuité dans les relations franco-africaines tire son origine dans la vision mitterrandienne, alors on ne doit pas forcément être surpris de la fidélité de François Mitterrand à ses principes et convictions : à savoir aucune possibilité de relâchement des relations entre la France et l’Afrique – celles-ci devant maintenir les schémas du passé ». Rapports avec l'extrême droite Les relations entre François Mitterrand et l'extrême droite ont défrayé la chronique en particulier dans les années 1990, notamment avec la parution en 1994 du livre de Pierre Péan, Une jeunesse française, qui évoque la jeunesse du futur président durant les années 1930 et les années 1940, en revenant notamment sur sa relation avec René Bousquet. Avant lui, Franz-Olivier Giesbert, dans son livre François Mitterrand ou la tentation de l'histoire (1977) avait décrit, entre autres, le parcours de Mitterrand à l'époque de Vichy. Plusieurs observateurs ont analysé que Mitterrand favorisa (« institutionnalisa » selon Edwy Plenel) le Front national dans les années 1980, afin de contrer le RPR et d'empêcher ainsi la défaite de la gauche aux élections de 1986. Il utilisa le moyen de la proportionnelle intégrale, une des de son programme électoral, appliquée dès 1985, au lendemain des élections cantonales ratées pour la gauche. Ce calcul est même assumé, y compris par le PS, le chef de l'État ayant déclaré préférer quelques députés FN que le retour de la droite. Rôle dans l'exécution de condamnés à mort Entre 1956 et 1957, François Mitterrand, en tant que garde des Sceaux, et contre l'avis de la majorité des autres membres du gouvernement (Pierre Mendès France, Alain Savary, Gaston Defferre), avalise personnellement l'exécution de à mort pour terrorisme, dans le cadre de la guerre d'Algérie ; la culpabilité de certains de ces exécutés (Badèche ben Hamdi, Fernand Iveton) est aujourd'hui remise en cause. Action lors du génocide au Rwanda Le rôle du pouvoir français et notamment de François Mitterrand dans le génocide de 1994 a été longtemps controversé. Les archives liées à cet événement (documents émanant de conseillers de l’Élysée ou comptes rendus de réunion) ont été progressivement rendues accessibles aux chercheurs, notamment par l'action du chercheur François Graner, physicien et directeur de recherche au CNRS, qui lance une bataille judiciaire pour avoir accès à l’intégralité des documents. Le Conseil d’État lui accorde finalement ce droit d'accès en juin 2020. Pour François Graner, après analyses, des dirigeants français (et en particulier le président François Mitterrand) se sont rendus complices du génocide, même si la motivation qui les guidait n'était pas une intention génocidaire. Ils ont été informés de la situation, ont laissé faire des livraisons d'armes, ainsi que la constitution d'un gouvernement intérimaire dominé par des extrémistes hutus après la mort du président rwandais Juvénal Habyarimana. François Mitterrand considérait ce sujet comme étant dans son pré carré : aidé de son état-major particulier, il a pesé sur les actions de la France. Des ordres, dont la trace écrite a été retrouvée, ont également été donnés pour faciliter la fuite de responsables associés au génocide. Des zones d'ombre subsistent, telles que l'implication de la France ou de baroudeurs français dans l'assassinat du président Habyarimana. La commission française d’historiens sur le rôle de la France au Rwanda, ou « commission Duclert », mise en place par Emmanuel Macron, remet son rapport final le 26 mars 2021. Les conclusions sont similaires à celles de François Graner, même si cette commission refuse le terme de complicité de génocide : Morts de Pierre Bérégovoy et François de Grossouvre Mis en cause pour avoir accepté un prêt non remboursé de Roger-Patrice Pelat, ami intime et controversé du Président, Pierre Bérégovoy, se sentant abandonné et responsable de la défaite de la gauche aux élections législatives de 1993, se suicide le . Aux obsèques de Bérégovoy, François Mitterrand stigmatise les médias, leur faisant porter la responsabilité du suicide, ce que dénoncent plusieurs publications. Ami proche de Mitterrand, parrain des Pingeot, François de Grossouvre, qui dispose d'un bureau à l'Élysée, éprouve une haine grandissante à l'égard de Mitterrand en raison de sa politique et du fait qu'il l'ait mis à l'écart de son entourage ; devenu paranoïaque, dépressif et parlant depuis plusieurs jours de se suicider, il est retrouvé mort à l'Élysée le après s'être tiré une balle dans la tête. Traitement financier par l'État de sa fille adultérine Mazarine Pingeot et sa mère Anne logent ainsi que François Mitterrand, à partir du printemps 1983, dans un appartement de fonction d'un immeuble affecté à la Présidence de la République du quai Branly ( arrondissement de Paris) de plus de , spécialement rénové pour l'occasion. Pendant treize ans, huit « super-gendarmes », placés sous la direction de Christian Prouteau, veillent en permanence sur les deux femmes, qui passent également de nombreux week-ends dans le château de Souzy-la-Briche, résidence de villégiature de la République française mise à la disposition du Président jusqu'à 2007. Affaire du Carrefour du développement Décorations et titres honorifiques Ordre de la Francisque en 1943 (décoration défuncte du régime de Vichy) à titre militaire En tant que président de la République française et Grand maître de la Légion d'honneur (1981-1995) ; et Grand maître de l'Ordre du Mérite (1981-1995) ; Décorations étrangères Europe Chevalier de l'ordre de l'Éléphant, Danemark (1982) Collier de l'ordre d'Isabelle la Catholique, Espagne (1982) Collier de l'ordre de la Rose blanche, Finlande (1982) Collier de l'ordre du Faucon, Islande (12 avril 1983) Grand-croix de l'ordre du Mérite de la République italienne, Italie (07/1982) classe avec chaîne de l'ordre des Trois Étoiles, Lettonie Grand-croix de l'ordre du Lion néerlandais, Pays-Bas (1991) Grand-croix de l'ordre de Saint-Olaf, Norvège Grand-croix de l'ordre du Mérite de la république de Pologne, Pologne Grand-collier de l'ordre de l'Infant Dom Henrique, Portugal (29 septembre 1983) Grand-collier de l'ordre de la Liberté, Portugal (28 Oct. 1987) Chevalier grand-croix honoraire de l'ordre du Bain, Royaume-Uni (1984, Voir ) Chaîne royale de Victoria, Royaume-Uni Chevalier de l'ordre royal du Séraphin, Suède (11 mai 1984) Collier de l'ordre du Lion blanc, République tchèque (1999) Grand-croix de l'ordre de Bonne Espérance, Afrique du Sud (1994) Grand cordon de l'ordre de la République, Tunisie Collier de l'ordre de Sikatuna, Philippines (11 juillet 1989) Grand ordre de Mugunghwa (Corée du Sud) Grand-collier de l'ordre de l'Aigle aztèque, Mexique (19/10/1981) Prix En 1988, il est lauréat du prix International Charlemagne, avec Helmut Kohl. Honneurs Il obtient une multitude de doctorats honoris causa, dont 6 pendant ses de mandat : 1982 : Université Waseda 1988 : Université d'York 1988 : Université de Boston, en présence de George H. W. Bush 1989 : Université de Sofia 1992 : Université Ca' Foscari de Venise 1992 : Université de Liège 1993 : Université de Gdańsk, en présence de Lech Wałęsa et Richard von Weizsäcker Université de Nankin Université Ben Gourion du Néguev Hommages Le nom de François Mitterrand a été donné à de nombreux établissements publics (bibliothèques et médiathèques, centres culturels, écoles, amphithéâtres, auditoriums, centre hospitalier), voies de circulation (quais, rues, avenues, mails, boulevards, ponts, places et esplanades), ainsi que d'autres lieux (parcs, squares, jardins, gares, stations). Il existe également des statues et bustes à son effigie. En septembre 2020, 662 lieux sont baptisés du nom de l'ancien président (places, rues). En 1997, La Poste édite un timbre à son effigie. Hommages musicaux Une chanson de Barbara, Regarde, écrite le 13 mai 1981 (Un homme/Une rose à la main/A ouvert le chemin/Vers un autre demain) ; Deux chansons de Renaud : Tonton, portrait de l'homme Mitterrand à la fin de sa vie, Baltique, qui rend hommage à Baltique, la chienne du président, qui fut interdite d'entrée lors de la cérémonie des obsèques à Jarnac et qui resta sur le parvis, tenue par Michel Charasse. Informations complémentaires Religion Le président se déclara agnostique dans la tête, mais croyant dans le cœur. Il dit néanmoins pour l'organisation de ses obsèques une phrase ambiguë . On cite aussi sa grande passion pour les cimetières. Le président peut se définir comme mystique à travers la fameuse phrase prononcée lors de ses ultimes vœux présidentiels : . Interrogé sur sa croyance en l'existence de Dieu, il répond qu'il admet . Il reste longuement les yeux clos, comme en prière, dans différents lieux sacrés comme la synagogue de la rue Copernic en 1982 et dans un temple shintoïste de Kyoto. Selon son frère Robert, François Mitterrand s'est désintéressé de la foi catholique à partir de sa trentaine tout en conservant une réflexion dans le domaine du spirituel. Il aurait déclaré à sa maîtresse Claire, en 1991 : Rapport à la culture François Mitterrand est reconnu comme un homme lettré, amoureux de la littérature et bibliophile assidu, y compris d'éditions rares, avec de nombreux écrivains parmi ses conseillers ou amis, certains même identifiés à droite. Des journalistes analysent également qu'il est un écrivain frustré, qui aurait pu pratiquer sa passion en cas d'échec en politique. Il est cinéphile, citant parmi ses films fétiches Mort à Venise, Vivement dimanche !, Reds, Les Ailes du désir, Ragtime, Molière et Un petit carrousel de fête. Ses performances favorites sont Charles Laughton dans Les Révoltés du Bounty et Henry Fonda dans Guerre et Paix. Pratique sportive Il pratiqua le tennis et le golf à partir de 1958, surtout à celui de Saint-Cloud, mais arrête la pratique de ce sport à partir de 1971, la jugeant incompatible avec son image affichée de « candidat des travailleurs » ; il reprend ce sport en 1985. Il est également grand amateur de cyclisme. Emblème présidentiel François Mitterrand fit créer son emblème personnel de président de la République en 1981. Il représente un arbre composé d'un chêne et d'un olivier, symboles de force et de paix. Cette création est l'œuvre du designer français Michel Disle. Surnoms « Tonton ». Surnom donné par le Canard enchaîné. Il viendrait pour certains d'un nom de code que François Mitterrand aurait eu pendant la Seconde Guerre mondiale, pour d'autres de l'irruption télévisuelle de son neveu Frédéric Mitterrand, que Roland Topor caricaturera dans son émission Téléchat. L'ancien conseiller en communication de François Mitterrand, Gérard Colé, explique dans son livre Le Conseiller du Prince que Tonton était le surnom donné au président par les agents chargés de sa sécurité personnelle, ce surnom a ensuite été diffusé dans le but de remplacer le surnom « le Vieux » qui était jusque-là généralement utilisé. Il fut repris ensuite par des sympathisants socialistes tels Renaud qui donna ce surnom pour titre d'une chanson consacrée au président. Dans son livre La parole de Dieu, le publicitaire Jacques Séguéla a prétendu que ce surnom venait du publicitaire lui-même, qui était chargé de la campagne publicitaire des élections de 1981. Ce surnom fut connu de l'opinion et essentiellement usité à partir et durant la période de la première cohabitation. « Dieu ». Célèbre réplique du Bébête show : , par Kermitterrand. Selon Georges-Marc Benamou dans Le dernier Mitterrand, François Mitterrand avait suspendu une figurine de la marionnette Kermitterrand au robinet de la douche de son appartement privé du palais de l'Élysée. « Florentin » ou « le Prince ». Ses amis lui donnent le surnom de « Florentin » en référence à l'art de l'esquive, illustré sous la Renaissance par des natifs de Florence comme Laurent le Magnifique ou Machiavel. Pour ses détracteurs, le surnom évoque plus l'intrigue et le cynisme politiques. L'inventeur de ce surnom semble avoir été François Mauriac, son ami fidèle et une de ses références littéraires. « Le Sphinx ». Les raisons de ce surnom, utilisé dès son appel de 1958 à refuser la République, sont multiples : il peut s'agir de références au sphinx de Gizeh, à l'animal mythique (Mitterrand serait un homme insaisissable, dissimulant ses intentions, avec des confidences maîtrisées, voire des répliques cassantes), à ses grands travaux, au teint cireux de son visage. « Rastignac », autre surnom de François Mauriac donné à François Mitterrand, il fait bien entendu référence au personnage Rastignac de Balzac, qui simple étudiant de province monte à Paris dans la volonté de parvenir au pouvoir et qui finit ministre. « Mimi l'Amoroso » : à cause de sa prétendue relation amoureuse avec la chanteuse Dalida, qui l'avait soutenu durant la campagne présidentielle de 1981. « Le Vieux » : surnom donné au sein du PS, notamment par Jean-Luc Mélenchon, vraisemblablement en imitation de l'usage des trotskistes d'appeler ainsi Léon Trotski. « L'Artiste » : surnom trouvé par Libération, au lendemain de sa réélection de 1988. « Arsouille », « imposteur », « le prince des politichiens » : surnoms peu flatteurs utilisés par le général de Gaulle selon Alain Peyrefitte. Résidences de François Mitterrand Appartement 4, rue Guynemer, jusqu'en 1971 ; 22, rue de Bièvre, acheté pour ; Maison à Hossegor, rue des Fauvettes ; Maison de gemmeur de Latche. Achetée en 1965 pour ; Avenue Frédéric-Le-Play. Paris . Appartement de , loué par l'État au Gan (société publique). Chiens de François Mitterrand Baltique, labrador noir Nil, labrador noir Notes et références Notes Références Bibliographie Ouvrages de François Mitterrand Une grande partie de l'œuvre (considérée comme complète) est rééditée en 13 volumes aux éditions Rencontre en 1982. Les œuvres les plus fameuses sont rééditées en 4 volumes aux Belles Lettres de 2016 à 2018. 1939 : Pluie amie. 1940 : Premier Accord. 1945 : Les Prisonniers de guerre devant la politique, éd. du Rond-Point. 1953 : Aux frontières de l'Union française. Indochine-Tunisie, éd. Julliard. 1957 : Présence française et abandon, éd. Plon. 1961 : La Chine au défi, éd. Julliard. 1964 : Le Coup d'État permanent, Les débats de notre temps. Plon. 1969 : Ma part de vérité (livre d'entretiens avec Alain Duhamel), éd. Fayard. 1971 : Un socialisme du possible, éditions du Seuil. 1971 : La Convention des institutions républicaines : François Mitterrand et le socialisme, Paris, Presses universitaires de France, 1971, 92-[1] p. (textes recueillis par Danièle Loschark). 1973 : La Rose au poing, éd. Flammarion. 1974 : L'Homme, les Idées, le Programme, éd. Flammarion. 1975 : La Paille et le Grain, éd. Flammarion. 1977 : , éd. Fayard. 1978 : L'Abeille et l'Architecte, éd. Flammarion. 1980 : Ici et maintenant (livre d'entretiens avec Guy Claisse), éd. Fayard. 1981 : , éd. Fayard. 1986 : Réflexions sur la politique extérieure de la France. Introduction à vingt-cinq discours (1981-1985), éd. Fayard. 1995 : Mémoire à deux voix (avec Elie Wiesel), Éditions Odile Jacob. 1996 : De l'Allemagne, de la France, Éditions Odile Jacob. 1996 : Mémoires interrompus (recueil d'entretiens avec Georges-Marc Benamou), Éditions Odile Jacob. 1998 : Les Forces de l'esprit, messages pour demain, éd. Fayard . 2006 : Le Bureau de poste de la rue Dupin et autres entretiens (avec Marguerite Duras), Gallimard. Un livre consacré à Louis-Napoléon Bonaparte () a été en préparation chez Gallimard… (Cf. « Faut-il réhabiliter Napoléon III ? », dossier de la revue L'Histoire, , juin 1997.) Mauriac, par François Mitterrand. 2015 : La France et sa défense, textes édités sous la direction de Georges Saunier et Philippe Vial, préface de Jean-Yves Le Drian et Hubert Védrine, Nouveau Monde Éditions. Préfaces 1972 : Front des progressistes et crise de la démocratie, par Léo Collard, éd. Francité. 1973 : Éducation permanente et socialisme, par Jean-Paul Bachy et coll., collection Tema-action, Paris : tema-éditions. 1975 : Les Fiancés de Pénélope. Conversation avec Denis Bourgeois, par Míkis Theodorákis, éd. Grasset. 1976 : Liberté, libertés. Réflexions du Comité pour une charte des libertés, sous la direction de Robert Badinter, éd. Gallimard. 1977 : Histoire du Socialisme en France, dessiné par Paul Gillon, éd. Service de l'Homme, préambule de Pierre Mauroy . 1977 : Demain Jaurès de Michel Bataille, éd. Pygmalion. 1989 : Philippe Noiret, par Dominique Maillet, éd. Henri Veyrier (seconde édition, préfacé par. F. Mitterrand). 1994 : Henri Guillemin le passionné, par Maurice Maringue, éd. de l'Armançon. 1995 : La Mort intime, par Marie de Hennezel, éd. Robert Laffont. Ouvrages consacrés à François Mitterrand Études sur la politique de François Mitterrand Avant 1981 . . , thèse de Science politique. . . . . . Présidence de la République La politique intérieure . Pierre Favier et Michel Martin-Roland, La décennie Mitterrand, Paris, Éditions du Seuil, 1990-1999, 4 vol., p., prix Espaces 89 du meilleur livre politique 1991-1992. . Serge July, Les Années Mitterrand. Histoire baroque d'une normalisation inachevée, Paris, Éditions Grasset, 1986, 284 p. Jean-Marc Regnault (dir.), François Mitterrand et les territoires français du Pacifique (1981-1988) : Mutations, drames et recompositions, enjeux internationaux et franco-français, éd. Les Indes savantes, 2003, 583 p. La politique extérieure Jean-François Bayart, La Politique africaine de François Mitterrand, essai, Paris, Karthala, 1984, 149 p. Frédéric Bozo, Mitterrand, la fin de la guerre froide et l'unification allemande. De Yalta à Maastricht, Paris, Odile Jacob, 2005. Jean-Pierre Filiu, Mitterrand et la Palestine : l'ami d'Israël qui sauva trois fois Yasser Arafat, Paris, Fayard, 2005. Gaspard-Hubert Lonsi Koko, Mitterrand l'Africain ?, Paris, Les éditions de l'Égrégore, 2007, 227 p. Bernard Lugan, François Mitterrand, l'armée française et le Rwanda, éd. du Rocher, 2005, 288 p. Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, éd. des Mille et une nuits, 2005. Tilo Schabert, Mitterrand et la réunification allemande. Une histoire secrète (1981-1995), Paris, Grasset, 2005, 598 p., prix parlementaire franco-allemand. Hubert Védrine, Les Mondes de François Mitterrand, à l'Élysée, 1981-1995, Paris, Fayard, 1996, 784 p. Essais biographiques . . . . . . Franz-Olivier Giesbert, François Mitterrand, ou la tentation de l'histoire, Paris, Éditions du Seuil, 1977, 333 p. ; Le président, Paris, Éditions du Seuil, 1990, 394 p. ; La fin d'une époque, Paris, Éditions du Seuil, 1993, 303 p. ; François Mitterrand, une vie, Paris, Éditions du Seuil, 1996, 762 p. ; Le Vieil Homme et la Mort : récit, Paris, Gallimard, 1996, 146 p. Jean Lacouture, Mitterrand, une histoire de Français (2 tomes : Les risques de l'escalade et Les vertiges du sommet), Paris, Éditions du Seuil, 1998, 434 et 625 p. . . . . . . . . Michel Winock, François Mitterrand, Gallimard, 2015. Patrick Rotman, Un homme à histoires, Seuil, 2016. Mémoires, souvenirs et témoignages . . . . Jacques Attali, Verbatim, Paris, Fayard, 1993-1995, 3 vol., p. . . . . . . . Id., Affaires étrangères, tome 1, 1981-1988, éd. Fayard, 2007. . Claude Manceron, Cent mille voix par jour pour Mitterrand, éd. Robert Laffont, 1966. . . . Jean Pierre-Bloch, De Gaulle ou le temps des méprises, éd. La Table ronde, 1969 [dernier chapitre]. . . Hugh Verity, Nous atterrissions de nuit..., préface de Jacques Mallet, française, Éditions Vario, 2004. Ouvrages divers Le fou du président, (politique-fiction, roman signé Socrate, l'auteur ayant voulu resté anonyme), éd. Filipacchi, 1988. . . Baltique, Aboitim I, J'ai Lu , 1996 et Aboitim II, ma part d'héritage, Édition , 1997, J'ai Lu , 1997. . . . . . . . . . . . Pierre Favier et Michel Martin-Roland, La Décennie Mitterrand, Éditions du Seuil, collection L'épreuve des faits, , pages : 1. Les ruptures (1981-1984) - 2. Les épreuves (1984-1988) ; 3. Les défis (1988-1991) - 4. Les déchirements (1991-1995). Roger Hanin, Lettre à un ami mystérieux, Paris, Grasset, 2001. François Hourmant, François Mitterrand, le pouvoir et la plume, Paris, PUF, 2010, 336 p. Dominique Jamet, La France tranquille de François Mitterrand : Jarnac, Château-Chinon, Solutré, Cluny, Vézelay, Hossegor, Latche, Belle-Île-en-Mer, Paris, Balland, 1996, 126 p. Caroline Lang, Michel Baverey et Robert Pledge, Le Cercle des intimes : François Mitterrand par ses proches, Boulogne, La Sirène, 1995, 126 p. Patrice Lestrohan, L'Observatoire : l'affaire qui faillit emporter François Mitterrand - 16 octobre 1959, Nicolas Eybalin, 2012, 312 p. Claude Manceron, Cent mille voix par jour pour François Mitterrand, Ed. Robert Laffont, 1966. Manicamp, Mitterrand s'en va, éditions Olivier Orban, 1992. Danielle Mitterrand, En toutes libertés, Paris, Ramsay, 1996, 350 p. Danielle Mitterrand, Le Livre de ma mémoire, Paris, Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2007, 514 p. Catherine Nay, Le Noir et le Rouge, Paris, Grasset et Fasquelle, 1984. Catherine Nay, Les Sept Mitterrand ou les métamorphoses d'un septennat, Paris, Grasset, 1988. Michel Onfray, Vies parallèles De Gaulle & Mitterrand, Robert Laffont 2020, 404 p. Paul Racine, J'ai servi Pétain. Le dernier témoin, Paris, Le Cherche-midi, 2014. Bruno Roger-Petit, François Mitterrand 2008, il revient…, éd. Ramsay 2008 . publié anonymement. Michel Schifres, Michel Sarazin, L'Élysée de Mitterrand, Éditions Alain Moreau, 1985 Le Livre de poche, 1986. René-Pierre Signé, François Mitterrand et la Nièvre, acte du colloque de l'Académie du Morvan de 2007. Benjamin Stora, François Malye, François Mitterrand et la guerre d'Algérie, Calmann-Lévy, 2010. Guy Gauthier, François Mitterrand – le dernier des Capétiens, France, Éditions Pascal Galodé, 2014, 504 p. Philippe Richelle (scénario), Frédéric Rébéna (dessins), Mitterrand un jeune homme de droite, Rue de Sèvres, 2015. Jean-Pierre Bouyxou (iconographie de Marc Brincourt), François Mitterrand. Sa vie est un roman, éditions du Chêne et Paris Match, 2015, 296 pages. Jean-Marie Cotteret, Claude Emeri, Jacques Gerstlé, René Moreau, Giscard d'Estaing / Mitterrand, mots pour convaincre, Presses universitaires de France, Paris, 1976. Notes sur la bibliographie Archives et documentation L'institut François-Mitterrand conserve des archives privées et des fonds de documentations. Les archives de la présidence de François Mitterrand et de ses conseillers (cabinet présidentiel, archives du secrétariat particulier, du secrétariat général et des services de l'Élysée comme le service photographique et le service du protocole) forment une documentation considérable et sont conservées aux Archives nationales dans la sous-série 5/AG(4). Elles furent versées suivant un protocole spécial propre à Mitterrand et à son prédécesseur. Les archives ne seront communicables de plein droit qu'en 2055, soit après leur production. Dominique Bertinotti fut désignée comme mandataire sur le fonds et a donc la possibilité d'accorder des dérogations pour la consultation, au moins jusqu'en 2022. Les archives concernant le génocide du Rwanda furent celles qui suscitèrent le plus de controverse pour une consultation anticipée. Filmographie Fictions 1984 : Le Bon Plaisir de Francis Girod, film avec Jean-Louis Trintignant qui joue le président, Catherine Deneuve. Un président de la République française cherche à dissimuler un enfant adultérin. Ce film ne parle pas explicitement de François Mitterrand. D'après un roman de Françoise Giroud publié en 1983 aux éditions Mazarine. 1991 : L'Opération Corned-Beef de Jean-Marie Poiré, interprété vocalement par l'imitateur Didier Gustin. 2000 : Tontaine et Tonton, téléfilm de Tonie Marshall avec Emmanuelle Devos, qui joue une admiratrice inconditionnelle de François Mitterrand. Dans ce téléfilm, on voit des images d'archives telles que le débat Mitterrand/Chirac de 1988 pendant la campagne présidentielle et des discours officiels. 2005 : Le Promeneur du Champ-de-Mars de Robert Guédiguian, avec Michel Bouquet dans le rôle de François Mitterrand. 2005 : Dalida, téléfilm de Joyce Buñuel avec Sabrina Ferilli. La campagne présidentielle de 1981 et le surnom « Mimi l'Amoroso » donné à Mitterrand sont évoqués. On voit Mitterrand (joué par un acteur filmé seulement de dos), dans un concert de Dalida, s'approcher vers la scène où se trouve Dalida. 2007 : Les prédateurs, téléfilm de Lucas Belvaux, avec Philippe Laudenbach dans le rôle de François Mitterrand. 2008 : L'École du pouvoir de Raoul Peck, téléfilm dont l'histoire se déroule durant la présidence de Mitterrand et dans lequel on voit de nombreuses archives de cette époque. 2009 : L'Affaire Farewell de Christian Carion, avec Philippe Magnan dans le rôle de François Mitterrand. 2011 : Changer la vie de Serge Moati, avec Philippe Magnan dans le rôle de François Mitterrand. 2011 : L'Affaire Gordji : Histoire d'une cohabitation, téléfilm de Guillaume Nicloux avec Michel Duchaussoy dans le rôle de François Mitterrand. 2012 : Les saveurs du Palais de Christian Vincent, avec Catherine Frot et Jean d'Ormesson dans le rôle du « Président ». 2013 : Le pouvoir ne se partage pas, docu-fiction réalisé par Jérôme Korkikian, avec Laurent Claret dans le rôle de François Mitterrand. 2014 : Sanctuaire, téléfilm d'Olivier Masset-Depasse avec André Marcon dans le rôle de François Mitterrand. 2015 : Le Chapeau de Mitterrand, téléfilm de Robin Davis, d'après le roman d'Antoine Laurain publié en 2012, avec Laurent Claret dans le rôle de François Mitterrand. Documentaires 1992 : La Paille et le grain : Chronique. Flammarion . 1995 : Lumière et Compagnie (segment de Régis Wargnier) : lui-même. 2000 : François Mitterrand ou le Roman du Pouvoir de Patrick Rotman. 2001 : Conversations avec un président, téléfilm documentaire regroupant une série d'entretiens entre François Mitterrand et Jean-Pierre Elkabbach. 2001 : Mitterrand, un mensonge d'État, documentaire réalisé par William Karel, . 2011 : Devenir président et le rester, les secrets des gourous de l'Élysée, documentaire de France 3 réalisé par Cédric Tourbe et Laurent Ducastel. 2011 : Mitterrand contre de Gaulle (1940-1970), documentaire de Joël Calmettes, 90 min, diffusé sur France 3. 2015 : François Mitterrand, que reste-t-il de nos amours ?, documentaire réalisé par William Karel, 1h28. Voir aussi Institut François-Mitterrand La Fondation Danielle-Mitterrand, une fondation fondée par l'épouse du président de la République française. Articles connexes François Mitterrand pendant la Seconde Guerre mondiale Première présidence de François Mitterrand Seconde présidence de François Mitterrand Grandes opérations d'architecture et d'urbanisme François Mitterrand et l'extrême droite Doctrine Mitterrand Liens externes Site du musée François Mitterrand de Jarnac. Site officiel de l'Institut François-Mitterrand. 00 Président de la République française Ministre de la Quatrième République Ministre français des Anciens Combattants Ministre français de l'Intérieur Ministre d'État (France) Ministre français de la Justice Ministre français de l'Outre-mer Premier secrétaire du Parti socialiste (France) Croix-de-Feu Député de la Nièvre Député de la première législature de la Quatrième République Député de la deuxième législature de la Quatrième République Député de la troisième législature de la Quatrième République Député de la IIe législature de la Ve République Adversaire de la peine de mort Député de la IIIe législature de la Ve République Député de la IVe législature de la Ve République Député de la Ve législature de la Ve République Député de la VIe législature de la Ve République Personnalité de la Convention des institutions républicaines Personnalité de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance Personnalité inhumée dans le département de la Charente Personnalité politique du régime de Vichy Personnalité politique du Morvan Personnalité de la guerre d'Algérie Personnalité liée à Soustons Sénateur de la Cinquième République française Maire de la Nièvre Sénateur de la Nièvre Président du conseil général de la Nièvre Avocat français du XXe siècle Épistolier français Épistolier du XXe siècle Prisonnier de guerre de la Seconde Guerre mondiale Évadé de guerre Victime d'une tentative de meurtre Affaire des écoutes de l'Élysée Étudiant de la faculté de droit de Paris Élève de l'Institut d'études politiques de Paris Docteur honoris causa de l'université de Gdańsk Docteur honoris causa de l'université Waseda Docteur honoris causa de l'université de Liège Docteur honoris causa de l'université de Nankin Docteur honoris causa de l'université Ca' Foscari de Venise Docteur honoris causa de l'université d'York Docteur honoris causa de l'université Ben Gourion du Néguev Prix Charlemagne Membre de l'Académie du Morvan Membre de l'ordre de la Francisque Titulaire de la croix de guerre 1939-1945 Titulaire de la médaille de la Résistance Grand-croix de la Légion d'honneur Grand-croix de l'ordre national du Mérite Collier de l'ordre d'Isabelle la Catholique Chevalier grand-croix au grand cordon de l'ordre du Mérite de la République italienne Grand collier de l'ordre de l'Infant Dom Henri Grand-croix avec collier de l'ordre du Faucon Grand-croix avec collier de l'ordre de la Rose blanche Grand-croix avec collier de l'ordre des Trois Étoiles Grand cordon de l'ordre de la République (Tunisie) Grand-croix de l'ordre du Mérite de la république de Pologne Grand-croix de l'ordre de Saint-Olaf Chevalier grand-croix honoraire de l'ordre du Bain Récipiendaire de l'ordre des Séraphins Naissance en octobre 1916 Naissance à Jarnac Décès en janvier 1996 Décès dans le 7e arrondissement de Paris Décès à 79 ans Mort d'un cancer de la prostate Mort d'un cancer en France Personnalité ayant eu des obsèques nationales en France
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival%20de%20Cannes%202002
Festival de Cannes 2002
La du Festival de Cannes a lieu du 15 au . La maîtresse de cérémonie est l'actrice française Virginie Ledoyen. Déroulement et faits marquants Comme chaque année se déroule à Cannes le festival international du film. Pour cette , le festival a l'honneur de la présence exceptionnelle de Woody Allen qui reçoit la Palme d'honneur. Star Wars, épisode II : L'Attaque des clones de George Lucas est présenté hors compétition, en séance de minuit. Le film Irréversible de Gaspar Noé sème l'effroi pendant sa projection. Sa longue scène de viol de douze minutes pousse plus de 200 spectateurs à quitter la salle obscure de 2400 places. Le public et la critique reprochent au réalisateur d’avoir banalisé le viol tourné cette scène à des fins et scandaleuses. Jurys Compétition David Lynch, réalisateur (président du jury) - Bille August, réalisateur - Christine Hakim, comédienne - Claude Miller, réalisateur - Raoul Ruiz, réalisateur - - Walter Salles, réalisateur - Sharon Stone, comédienne - Régis Wargnier, réalisateur - Michelle Yeoh, comédienne - Caméra d'or Geraldine Chaplin, présidente Bahman Ghobadi Romain Goupil Marthe Keller Murali Nair Un certain regard Anne Fontaine, présidente Fabienne Bradfer Jean-Sébastien Chauvin Louis Guichard Fabrice Pliskin David Tran Pierre Vavasseur Cinéfondation et courts métrages Martin Scorsese (Président) Judith Godrèche Tilda Swinton Abbas Kiarostami Jan Schütte Sélections Sélection officielle Compétition La sélection officielle en compétition se compose de 22 films : Un certain regard La section Un certain regard comprend 22 films : Hors compétition Hollywood Ending (film d'ouverture) de Woody Allen. And now... Ladies and Gentlemen de Claude Lelouch. Spirit, l'étalon des plaines de Kelly Asbury et Lorna Cook. Devdas de Sanjay Leela Bhansali. Ararat de Atom Egoyan. La Cité de Dieu (Cidade de Deus) de Fernando Meirelles. Calculs meurtriers de Barbet Schroeder. De l'autre côté de Chantal Akerman. Searching for Debra Winger de Rosanna Arquette. Carlo Giuliani, Ragazzo de Francesca Comencini. The Kid Stays in the Picture de Brett Morgen et Nanette Burstein. The Old Place de Jean-Luc Godard. Femmes en miroir (鏡の女たち, Kagami no onnatachi) de Kiju Yoshida. Star Wars, épisode II : L'Attaque des clones de George Lucas . Cinéfondation Courts métrages Quinzaine des réalisateurs Semaine de la critique Compétition Longs métrages Chicken Heart de Hiroshi Shimizu (Japon) Filles perdues, cheveux gras de Claude Duty (France) Les Fils de Marie de Carole Laure (Canada/France) Kabala d'Assane Kouyaté (Mali/France) Le Mariage de Rana (Rana's Wedding) d'Hany Abu-Assad (Palestine) Respiro d'Emanuele Crialese (Italie) Too Young to Die (Jukeodo Jo A) de Park Jin Pyo (Corée du sud) Courts métrages A la rencontre du mal (Möte med ondskan) de Reza Parsa (Suède) De Mesmer, con amor o te para dos de Salvador Aguirre & Alejandro Lubezki (Mexique) 2 minutes (2 Minutter) de Jacob Tschernia (Danemark) Le Jour où je suis né de Kunitoshi Manda (Japon) Lettre au fils de Philippe Welsh (France) Malcolm de Baker Karim (Suède) Le Vigile de Frédéric Pelle (France) Séances spéciales Longs métrages Intacto de Juan Carlos Fresnadillo (Espagne) (film d'ouverture) De zéro à dix (Da Zero a dieci) de Luciano Ligabue (Italie) (film de clôture) More de Barbet Schroeder (Luxembourg) Bella Ciao de Roberto Torelli et Marco Giusti (Italie) Prix de la critique du court métrage Intimisto de Licia Eminenti (France) Hr. Boe & Co.'s Anxiety de Christoffer Boe (Danemark) ACID À la vitesse d'un cheval au galop de Darielle Tillon Août, avant l'explosion d'Avi Mograbi Jours tranquilles à Sarajevo de François Lunel Le Moindre Geste de Fernand Deligny, Josée Manenti et Jean-Pierre Daniel Le Voyage express au Mans d'Annette Dutertre Les jours où je n'existe pas de Jean-Charles Fitoussi Lulu de Jean-Henri Roger Shimkent Hotel de Charles de Meaux Sibérie, la dernière nuit de Oren Nataf Palmarès Compétition Palme d'or :Le Pianiste (The Pianist), de Roman Polanski Grand prix du jury :L'Homme sans passé (Mies vailla menneisyyttä), d'Aki Kaurismaki Prix du du Festival de Cannes :Bowling for Columbine, de Michael Moore Prix de la mise en scène (ex-æquo) :Im Kwon-taek, pour Ivre de femmes et de peinture (Chihwaseon) Prix de la mise en scène (ex-æquo) :Paul Thomas Anderson pour Punch-Drunk Love Prix d'interprétation féminine :Kati Outinen, pour L'Homme sans passé (Mies vailla menneisyyttä), d'Aki Kaurismaki Prix d'interprétation masculine :Olivier Gourmet, pour Le Fils, de Luc et Jean-Pierre Dardenne Prix du jury :Intervention divine (Divine intervention), d'Elia Suleiman Prix du scénario :Paul Laverty, pour Sweet Sixteen de Ken Loach Caméra d'Or :Bord de mer de Julie Lopes-Curval Mention spéciale Caméra d'Or :Japón, de Carlos Reygadas Prix Un Certain Regard :Blissfully Yours d'Apichatpong Weerasethakul. Palme d'Or du court métrage :Après la pluie, de Peter Meszaros Prix du Jury du court métrage (ex-æquo) :The Stone of folly, de Jesse Rosenweet Prix du Jury du court métrage (ex-æquo) :A very very silent film, de Manish Jha Prix de la jeunesse du film étranger :Morvern Callar, de Lynne Ramsay Prix de la jeunesse du film français :Carnages, de Delphine Gleize Trophée Chopard de la révélation masculine :Hayden Christensen pour Star Wars, épisode II : L'Attaque des clones Trophée Chopard de la révélation féminine (ex-æquo) :Ludivine Sagnier pour Huit femmes et Paz Vega pour Lucia et le Sexe Prix FIPRESCI Le prix FIPRESCI du Festival de Cannes est remis à 3 films. Notes et références Lien externe L'édition 2002 sur le site officiel du Festival de Cannes 2002 Cannes Mai 2002 2002 en France
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Festival de Cannes
Le Festival de Cannes (Festival international du Film de 1946 à 2002) est un festival de cinéma international se déroulant chaque année à Cannes (Alpes-Maritimes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, France) durant douze jours pendant la seconde quinzaine du mois de mai. Les principales projections ont lieu au Palais des festivals situé à l'entrée de la promenade de la Croisette. Il est fondé le d'après une idée de Philippe Erlanger soumise à Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire et Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur. La première édition prévue, fixée au , est annulée en raison de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Parallèlement à la sélection officielle du Festival (films en et hors compétition), plusieurs sections sont créées au fil des ans dont la Quinzaine des réalisateurs, la Cinéfondation, la Semaine de la critique ou Un certain regard. Le Marché du film de Cannes attire . Le festival est à l'origine créé pour récompenser le meilleur film (grand prix), le meilleur réalisateur (prix de la mise en scène), le meilleur acteur et la meilleure actrice (prix d'interprétation masculine et prix d'interprétation féminine) de la compétition internationale. D'autres prix décernés par un jury de professionnels, d'artistes et d'intellectuels, apparaissent plus tard comme le prix du jury et surtout, récompense suprême, la Palme d'or. Le Festival de Cannes fait partie des trois principaux festivals cinématographiques internationaux avec la Mostra de Venise et la Berlinale. Ces trois festivals reconnus pour leur prestige du point de vue de la critique cinématographique ont tendance à être opposés aux Oscars du cinéma américains. Histoire Genèse et première édition annulée (1939) La France ressent dès l'exposition universelle de 1937 le désir de consolider son prestige culturel en organisant une compétition internationale de films. À la fin des années 1930, choqués par l’ingérence des gouvernements fascistes allemand et italien dans la sélection des films de la Mostra de Venise — inaugurée en août par le docteur Joseph Goebbels —, Philippe Erlanger (directeur de l'Association française d'action artistique) et les critiques de cinéma Émile Vuillermoz et René Jeanne (tous trois membres du jury international de la Mostra) soumettent à Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire et Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, l'idée d'un festival international de cinéma, politiquement indépendant, en France. Jean Zay, intéressé par la proposition, donne une réponse favorable le et est encouragé par les Américains et les Britanniques qui ont boycotté la Mostra de Venise : Harold Smith, représentant à Paris de la Motion Picture Association of America et Neville Kearney, délégué officiel du cinéma britannique en France, s'engagent à soutenir ce « festival du monde libre » et à y amener des vedettes. Le festival se veut un partenariat franco-américain qui crée le plus grand marché du film mondial. Plusieurs villes sont candidates, notamment Aix-les-Bains, Alger, Biarritz, Lucerne, Ostende, Vichy et finalement Cannes, dont Henri-Georges Clouzot apprécie l’agrément et l’ensoleillement. Le comité de coordination composé des représentants des différents ministères concernés par le festival, après avoir étudié les atouts de chaque ville et envoyé ses représentants sur place, retient finalement Cannes. Deux personnalités cannoises, les directeurs de palaces Henri Gendre, propriétaire du Grand Hôtel, et Jean Fillioux, propriétaire du Palm Beach, ont en effet mis en avant leurs chambres, leurs équipements ainsi que la salle de projection du Casino municipal de Cannes pouvant accueillir un millier de spectateurs. De plus, la ville de Cannes s'est engagée à augmenter sa participation financière à , à mettre à la disposition du comité ses salles de réception et a promis de construire un palais spécialement destiné au festival. Philippe Erlanger qui forma l'idée du Festival dans le wagon-lit lors de son retour de la Mostra de Venise en 1938 est le premier délégué général du Festival. En juin 1939, Louis Lumière accepte d'être le président de la première édition du Festival qui doit se dérouler du au 20 septembre. Il avait alors déclaré vouloir « encourager le développement de l’art cinématographique sous toutes ses formes et créer entre les pays producteurs de films un esprit de collaboration ». La sélection française est arrêtée et comprend L'Enfer des anges de Christian-Jaque, La Charrette fantôme de Julien Duvivier, La Piste du nord de Jacques Feyder et L'Homme du Niger de Jacques de Baroncelli. Parmi les films étrangers, on retrouve Le Magicien d'Oz de Victor Fleming, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille, Au revoir Mr. Chips (Goodbye Mr Chips) de Sam Wood et Les Quatre Plumes blanches (The Four Feathers) de Zoltan Korda. Le peintre Jean-Gabriel Domergue, cannois d'adoption — dont la villa, léguée après le décès de sa femme à la municipalité de Cannes, est mise, depuis les années 1990, à la disposition du comité pour les délibérations du jury — crée la célèbre affiche du Festival qui montre une femme applaudissant, le dos nu, la chevelure luxuriante, aux côtés d'un homme en habit, les deux premiers spectateurs du Festival. La « Coupe Lumière », du nom du président d'honneur du « festival du monde libre », ainsi nommée pour s'opposer à la coupe Mussolini de la Mostra de Venise, doit récompenser le meilleur film. Dès le mois d'août, les vedettes affluent et la Metro-Goldwyn-Mayer affrète un paquebot transatlantique pour amener les stars d'Hollywood : Tyrone Power, Gary Cooper, Annabella, Norma Shearer et George Raft. On prévoit des fêtes ; inspirés par le film Quasimodo, les Américains projettent de construire une réplique de Notre-Dame de Paris sur la plage de Cannes. Le septembre, jour de l'ouverture, les troupes allemandes pénètrent en Pologne, et le Festival est annulé. Débuts du Festival La première édition du Festival se déroule après la guerre, du au , dans les salles du Casino municipal de Cannes, sur les volontés de Philippe Erlanger, chef du service des Échanges artistiques au ministère des Affaires étrangères, et de la confédération générale du travail (CGT) dont le réalisateur Louis Daquin est membre. Le Ministère des Affaires étrangères et la ville de Cannes prennent en charge le financement. Il est un temps question que le Festival de Cannes et la Mostra de Venise aient lieu chaque année en alternance. La France et les professionnels du cinéma ignorent cet accord. En 1946, le Festival est un succès et les cinéastes attendent une nouvelle édition en 1947. Lorsque l'accord est dévoilé, il est vivement critiqué : certains parlent d'une , d'après le magazine La Technique française. Le gouvernement refuse de financer un festival annuel et le Palais des Festivals est construit dans la précipitation par le syndicat pour accueillir l'édition de 1947. Encore aujourd'hui, la Fédération CGT des syndicats du spectacle siège au conseil d'administration du Festival. Cette année, les organisateurs du Festival décident que le jury se compose d'un représentant par pays. Le Palais des Festivals (également appelé Palais Croisette), construit grâce au maire de Cannes, le Docteur Raymond Picaud (fils du Docteur André Picaud et de Marthe Pabot du Chatelard) est inauguré le soir du (le Festival dura du 12 au 25). La toiture, inachevée, s'envole lors d'un orage à la fin du Festival. Le bal de clôture et la remise des prix ont lieu au Casino municipal de Cannes. Robert Favre Le Bret rejoint la direction du Festival en 1947 et instaure le principe de la Commission de sélection : le Centre national de la cinématographie doit donner à la commission de sélection les dates et règlements des autres festivals internationaux en précisant les délais de l'envoi des films. Les producteurs sont ensuite informés et peuvent envoyer leur(s) film(s) à la Commission, qui établit ensuite la sélection. Ces films doivent alors être conformes aux règles de censure de l'époque. Pendant la Guerre froide, la liste est validée par le ministère chargé de la Cinématographie et celui des Affaires étrangères. Ainsi, durant l'année 1947, le Festival s'institutionnalise et trouve ses marques au sein de l'Europe, où les festivals de cinéma se multiplient. Le Festival n'a pas eu lieu en 1948 et en 1950 officiellement en raison de problèmes budgétaires, et peut-être à cause d'un contrat avec la Mostra de Venise qui les faisait se dérouler en alternance un an sur deux. Depuis 1951, le Festival a lieu durant le printemps, et abandonne une date proche de celles de la Mostra de Venise et du Festival de Locarno. La Palme d'or est créée en 1955, à l'initiative de Robert Favre Le Bret, pour remplacer le « grand prix du Festival international du film » que l'on décerne au réalisateur du meilleur film de la compétition. Le délégué général réunit le conseil d'administration et invite des joailliers de toute l'Europe présenter le trophée de la Palme d'or. Le conseil opte pour un dessin de Lucienne Lazon. La première Palme est remise cette même année à Delbert Mann pour Marty. Le grand prix reprend sa place de 1964 à 1974 puis disparaît à jamais au profit de la Palme d'or. À partir des années 1950, Cannes devient le plus grand événement du cinéma mondial. Peu à peu, comme le souhaite le critique André Bazin, le festival s'occupe plus de cinéma, et moins de mondanités, de patriotisme et de diplomatie (jusque dans les années 1970, les ambassades présentaient les films choisis par leur gouvernement). De grands cinéastes y présentent des œuvres majeures : Roberto Rossellini, Federico Fellini, Ingmar Bergman, Elia Kazan, Joseph L. Mankiewicz, Robert Wise, William Wyler, Michelangelo Antonioni, Vittorio De Sica, Andrzej Wajda, Satyajit Ray, Luis Buñuel et Akira Kurosawa. Nouvelles ambitions En 1959, le prix de la mise en scène récompense François Truffaut pour Les Quatre Cents Coups, qui fustige quelques années auparavant un festival de promotion et de théâtre politique condamné à disparaître. Alain Resnais présente en parallèle Hiroshima mon amour qui choque, trois ans après le scandale de son documentaire sur les camps de concentration Nuit et Brouillard. La nouvelle vague est lancée. Cette même année a lieu le premier marché du film, qui facilite les échanges entre vendeurs et acheteurs de l'industrie du cinéma, et est devenu la première plate-forme mondiale pour le commerce international du film. En 2007, il a accueilli plus de provenant de . Dans les années 1960, la notion de « film de festival » fait débat mais on découvre des réalisateurs dont le talent est immédiatement reconnu et le travail largement récompensé : Andreï Tarkovski, Miklós Jancsó, István Szabó ou encore Glauber Rocha. En 1962 a lieu la première Semaine internationale de la critique, créée afin . La Semaine internationale de la critique visionne d'autres films que les sept courts et sept longs métrages en compétition. Ainsi François Ozon, Alejandro González Iñárritu, Julie Bertuccelli et Éléonore Faucher y ont été découverts. En 1965, le Festival rend hommage à Jean Cocteau, décédé le , en le nommant président d'honneur du Festival à vie. L'année suivante, Olivia de Havilland est la première femme à présider le jury. Le Festival de Cannes 1968 est interrompu le . Les séances de projections officielles du Festival sont annulées à cause de manifestants étudiants. Dès le 13 mai, les étudiants envahissent le Palais des Festivals. Le 18 mai, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Lelouch, Claude Berri, Roman Polanski, Louis Malle et Jean-Pierre Léaud se mêlent au mouvement étudiant qui agite Cannes. Ils se révoltent aussi contre le ministre de la culture André Malraux qui démet alors Henri Langlois de son poste de directeur de la Cinémathèque française. Pour aider ces célébrités, Alain Resnais, Carlos Saura et Miloš Forman retirent leur film de la compétition. Le Festival est pris d'assaut et devient le théâtre d'affrontements politiques. Le 19 mai, les organisateurs annulent le Festival. Changements majeurs En 1969, Pierre-Henri Deleau crée la Quinzaine des réalisateurs qu'il dirige trente ans. Cet événement est créé pour présenter des films étrangers réalisés par des cinéastes méconnus, qui ne font pas partie de la sélection. La maxime de la Quinzaine est . Pour sa première édition, l'événement est organisé en à peine deux mois, pas assez pour sélectionner les films : 62 longs métrages et 26 courts métrages sont projetés gratuitement, accessible à tous. La Première charge, du cubain Manuel Octavio Gómez, qui ouvre la première édition de la Quinzaine, reçoit immédiatement après sa projection une attention médiatique remarquée. En 1977, la Quinzaine des réalisateurs met Henri Langlois, décédé le , au premier plan sur l'affiche du Festival. De 1981 à 1983, la Quinzaine lance la section Super 8, sans grand succès. En 1972, Robert Favre Le Bret est nommé président et Maurice Bessy est élu délégué général. Avant cette date, les films présentés au Festival sont choisis par les États. Maurice Bessy instaure un comité de sélection pour la France et un pour le cinéma international. Ce système pose problème pour la sélection du Festival de Cannes 1972. L'année suivante, est inaugurée la section Perspectives du cinéma français, aujourd'hui disparue. Les plus grandes modifications ont lieu en 1978. Gilles Jacob arrive alors au poste de délégué général du Festival et crée la Caméra d'or qui récompense le meilleur premier film de toutes les sections par l'intermédiaire d'un jury indépendant. Le gagnant se voit alors offrir un réseau d'affichage publicitaire grâce à un partenariat établit avec les affichages Dauphin, partenaire officiel du festival. Il met également sur pied une nouvelle section de la sélection officielle : le Certain regard qui aide les films en marge de la distribution. Un film en ressort gagnant parmi . Le Cinéma de genre est souvent mis à l'honneur dans cette section. De plus, Gilles Jacob réduit la durée du Festival de (il passe plus tard à onze jours) et diminue le nombre de films sélectionnés. Sous son impulsion, le festival défend la liberté d'expression et de création contre la volonté de régimes autoritaires d'imposer leurs films officiels. Il prend aussi partie contre la censure et les pressions internationales. De fait, les réalisateurs Carlos Saura, Luis García Berlanga et Juan Antonio Bardem luttent mieux contre les prescriptions de la dictature franquiste, et le Géorgien Otar Iosseliani, bien accueilli par les festivaliers, évite les foudres de Moscou. Des cinéastes issus de pays en voie de développement comme le Malien Souleymane Cissé peuvent trouver une audience internationale, et le financement et la diffusion de leurs œuvres peuvent être facilités. Le festival devient une manifestation autonome. D'autres modifications surviennent, surtout dans la constitution des jurys. Depuis ses débuts, le jury est en grande partie composé de membres de l'Académie française et est désormais essentiellement constitué de célébrités de l'industrie du cinéma. Cette orientation est prise dès les années 1960 : après que Georges Simenon, président du jury en 1960, couronne La dolce vita de Federico Fellini sous les huées du public ; Fritz Lang est le premier grand cinéaste à présider le jury en 1964 et consacre Jacques Demy avec Les Parapluies de Cherbourg. Même si les jurés sont parfois des artistes n'appartenant pas au monde du ou des intellectuels (journalistes, écrivains, critiques, historiens du cinéma…), le président du jury est aujourd'hui obligatoirement une personnalité du cinéma internationalement reconnue. Le dernier non-professionnel à avoir présidé le jury est l'auteur américain William Styron en 1983. À la télévision, le Festival est couvert par Antenne 2 dans les années 1970 et 1980, puis Canal+ depuis les années 1990. Depuis 1993, les cérémonies d'ouverture et de clôture, pendant lesquelles un maître (ou une maîtresse) de cérémonie appelle sur scène les jurys et célébrités qui remettent les prix, sont télédiffusées en clair et en direct. En 1983, le Palais des Festivals est remplacé par ce que les festivaliers appellent un de , plus confortable et spacieux, qui est critiqué. Les travaux, pris en charge trop tard, manquent de provoquer l'arrêt du festival. Les prix de l'édition 1983 sont remis dans la poussière. Pierre Viot est élu président du Festival en 1984, en remplacement de Robert Favre Le Bret. Gilles Jacob lui succède ensuite en 2001 et nomme Thierry Frémaux à son ancien poste de délégué général. En 2014, Pierre Lescure devient président du Festival à la suite du départ en retraite de Gilles Jacob après la . 2016 sonne un changement pour les affiches du Festival : jusqu'à présent, elles représentaient une figure du cinéma. Cette année, c'est un film qui illustre la du Festival, Le Mépris, de Jean Luc Godard, où Michel Piccoli monte des marches avec la Méditerranée en fond. Cinéfondation En 1998, Gilles Jacob a créé la Cinéfondation pour soutenir la création d'œuvres de cinéma dans le monde et permettre aux nouveaux cinéastes de côtoyer des célébrités. Chaque année, on accueille à Cannes une dizaine de réalisateurs ayant réalisé un ou deux courts métrages de fiction. Depuis sa création jusqu'en 2007, d'une quarantaine de pays ont ainsi participé au Festival. La Cinéfondation met à disposition des réalisateurs une résidence à Paris et une aide à l'écriture d'un scénario. De plus, elle leur offre par mois, et un accès gratuit à plusieurs salles parisiennes. Depuis les années 2000 on a projeté plus de mille films d'étudiants, qui reflètent la diversité et le dynamisme des jeunes cinéastes. L'Atelier est une section de la Cinéfondation, créée en 2005 afin de mettre en contact les jeunes réalisateurs avec des célébrités pour la production ou la distribution de leur film. En 2002, le Festival international du film prend officiellement le nom de Festival de Cannes, qui le désignait couramment. Parité En 2018, le festival est, avec la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique le premier à signer la Charte pour la parité et la diversité dans les festivals de cinéma portée par le Collectif 50/50. Il s'engage ainsi à fournir des statistiques genrées, en particulier sur le nombre de films soumis à sélection, de publier la liste des membres des comités de sélection et programmateurs et enfin de s'engager sur un calendrier de transformation des instances dirigeantes pour parvenir à la parfaite parité. Sur les soixante-quatorze éditions du festival, onze femmes à peine ont exercé la fonction de présidente du Jury : Olivia de Havilland, Sophia Loren, Michèle Morgan, Ingrid Bergman, Jeanne Moreau, Françoise Sagan, Isabelle Adjani, Liv Ullmann, Isabelle Huppert, Jane Campion et Cate Blanchett. La situation est à peu près semblable concernant les sélections puisque sur la vingtaine de films choisis chaque année, il n'y a jamais eu plus de quatre femmes en compétition, 2021 étant un record absolu avec vingt hommes et quatre femmes concourant pour la Palme d'or. Concernant les lauréates, le constat est sans appel : seules deux réalisatrices ont reçu la Palme d'or. Ce sont la néo-zélandaise Jane Campion, pour La Leçon de piano en 1993 − en la partageant avec le cinéaste chinois Chen Kaige qui l'a obtenue ex-aequo la même année pour Adieu ma concubine− et la française Julia Ducourneau, pour Titane en 2021. Un festival toujours d'actualité Au départ simple manifestation touristique et mondaine, le Festival de Cannes est devenu, au fil des années, le festival de cinéma le plus médiatisé au monde, notamment lors de la cérémonie d'ouverture et la montée des marches : le tapis rouge et ses vingt-quatre « marches de la gloire ». Le Festival est aussi beaucoup critiqué, et fut à l'origine de plusieurs scandales ou controverses relayées par la presse française et étrangère. Chaque année, durant la seconde quinzaine de mai, des cinéastes, des vedettes, des professionnels de l'industrie cinématographique (producteurs, distributeurs, vendeurs internationaux…) et des milliers de journalistes se déplacent à Cannes. Les principales projections ont lieu au palais des festivals et des congrès situé sur la promenade de la Croisette. Depuis l'explosion mondiale du phénomène festivalier dans les années 2000, le Festival de Cannes, qui prévaut sur ceux de Venise et de Berlin, est concurrencé par le Festival de Toronto, qui a une approche plus commerciale et moins culturelle que Cannes. Néanmoins, le festival de Toronto se déroule en septembre et empiète plus sur la Mostra. En 2007, pour la (mais soixante et une années après sa première édition en 1946), le Festival fête ses soixante ans, et évoque son histoire en invitant Bernard Thibault, qui salue la volonté de « marquer sa fidélité à l'histoire d'un festival où la CGT est presque chez elle, même s'il a beaucoup changé ». Un film à sketch, Chacun son cinéma, est organisé à cette occasion, mettent en scène des courts métrages sur la salle de cinéma. Le Festival projette à cette occasion son film le plus long, de Ken Burns, un documentaire sur la Seconde Guerre mondiale de , battant Parsifal () et Nos meilleures années (). De plus, Luc Besson, ancien président du Festival de Cannes 2000, crée le Festival Cannes et Banlieues, dont le slogan est : Si tu ne peux pas aller à Cannes, c'est Cannes qui viendra à toi !, afin d'organiser dans plusieurs villes de banlieue parisienne des projections de films de la sélection officielle, accompagnées d'un court métrage retraçant les du Festival de Cannes. En , le Festival de Cannes a promu de nouveaux réalisateurs et cinématographies. Le numérique fut récemment installé dans les salles cannoises, et les cinémas de genre et d'animation font maintenant partie de la sélection. En 2014, nouvelle ère pour le Festival, Gilles Jacob devient président d'honneur après 38 ans de direction du Festival, son successeur est Pierre Lescure. Ce dernier est réélu en 2016, puis en 2020. En 2017, le festival fête sa édition, en invitant des cinéastes palmés, des projections de séries de grands cinéastes. Aujourd'hui, la sélection officielle se veut le reflet de la production cinématographique mondiale. La compétition met généralement en exergue le cinéma d'auteur ou de recherche. La question se pose de la création d'un prix de la musique originale. Organisation Sections Le Festival projette au total au moins répartis dans différentes sections. Sélection officielle Compétition des longs métrages : rassemble une vingtaine de longs métrages chaque année, c'est la section la plus réputée, la plus médiatisée avec de nombreux cinéastes expérimentés ou habitués du festival. Hors-Compétition : des longs métrages, souvent grand public et à gros budget, sont présentés dans des galas mais également dans des séances spéciales, séances de minuits, films d'ouvertures et de clôtures… Un certain regard : la section fut créée en 1978 mais resta non compétitive jusqu'en 1998, quand fut fondé le prix Un certain regard ainsi que des prix annexes variant chaque année. La section propose souvent une vingtaine de films de cinéastes débutants (les premiers films sont courants dans un certain regard mais rares en compétition) mais peut aussi proposer des films en marge, expérimentaux, venant parfois de grands cinéastes. Courts métrages : les films de moins de y sont projetés pour la Palme d'or du court métrage. Cinéfondation : depuis 1998, les films de moins d'une heure, venant de différentes écoles de cinéma, y sont projetés et sont aidés à la production grâce à l’atelier de la cinéfondation. Cannes Classics : depuis 2004, projette plusieurs films anciens, voire classiques, de cinéastes cultes. Les projections peuvent même être gratuites et ouvertes au public avec le cinéma de la plage. Sections parallèles D'autres organismes créèrent leurs propres sections qui ne sont pas rattachées avec l'institution officielle du festival mais qui se déroulent durant celui-ci. Semaine de la critique La Semaine de la critique fut créée en 1962 par le Syndicat français de la critique de cinéma. Ce syndicat rassemble des centaines de critiques et remet chaque année ses prix dans divers domaines cinématographiques. La particularité de cette section est de ne sélectionner que des premiers et seconds films de cinéastes, afin de les faire découvrir aux festivaliers, et bien souvent d'être ensuite sélectionné en compétition officielle. Plusieurs grands cinéastes furent découverts même s'ils ne peuvent plus concourir dans cette section. En 1988 apparut la sélection des courts métrages (qui ne sont pas obligatoirement les premiers films de leurs auteurs). Seuls une dizaine de longs métrages et une dizaine de courts sont sélectionnés afin que chacun ait une plus grande visibilité. Un grand prix est attribué au meilleur film de la section. Jusqu'en 2009, il était décerné par les journalistes conviés, depuis 2010, un jury composé de cinéastes et critiques récompense le film. D'autres récompenses sont apparues dans les années 2000 mais il s'agit de prix remis avec des partenaires ou des organismes extérieurs. Quinzaine des réalisateurs La section, non compétitive, quinzaine des réalisateurs, fut créée en 1969 par la société des réalisateurs de films. Il s'agit d'un désir de marginalisation après mai 68 qui entraîna l'interruption du festival la même année. La quinzaine sélectionne une vingtaine de longs métrages et une dizaine de courts, sans restrictions, de différents milieux. À l'exception de la Caméra d'or et des prix décernés par un jury et des partenaires indépendants (tel le CICAE et l'Europa cinema award), la section est non compétitive. La seule récompense remise par la société des réalisateurs de films est le Carrosse d'or, une distinction honorifique pour un réalisateur. Programmation ACID La section non compétitive « Programmation ACID » fut créée en 1993 par l'Association pour le cinéma indépendant et sa diffusion. Rassemblant une dizaine de longs métrages et quelques courts, la section sélectionne souvent des œuvres de cinéastes débutants, dont beaucoup n'ont pas de distributeurs. La section est plus en marge que les autres : les premiers films ne sont pas éligibles à la Caméra d'or et il est rare que les prix multi-sélections prennent en compte l'ACID. Sélection d'un film Le public découvre la sélection finale, qui comprend une vingtaine de longs métrages en compétition, un mois avant le Festival : certains films sont choisis tardivement, et d'autres sont réservés officieusement depuis plusieurs mois pour que le Festival ait l'exclusivité de diffusion. Un long métrage a la possibilité d'être sélectionné sans que le montage final soit achevé et une version intermédiaire (work in progress) est présentée. Un film ne peut être sélectionné à Cannes s'il a participé à un autre festival international, s'il a été diffusé sur Internet, s'il a été projeté en salles ou distribué ailleurs que dans son pays d'origine et si son tournage s'est achevé plus d'un an avant le début du Festival. La durée maximum d'un film court, sélectionnable pour la compétition du court métrage, est de quinze minutes. Une œuvre dont la durée varie entre quinze et soixante minutes ne peut être sélectionnée. L'ancien délégué du Festival, Gilles Jacob, instaure dès sa première année à ce poste le principe du film surprise avec L'Homme de marbre de Andrzej Wajda. Le film, interdit en Pologne, a passé la frontière sous un faux titre. L'Homme de fer, du même Andrzej Wajda, a été sélectionné après le début de la compétition, alors que le festival suivait son cours. Gilles Jacob a dit dans une interview pour Studio magazine qu'il s'agit du « seul cas de figure où un autre candidat aurait pu protester ». Depuis plusieurs années, il existe des compléments de sélection, si le film est fini de manière plus tardive, ou s'il y eut des hésitations, après la conférence de presse d'annonce de la sélection à la mi-avril. Les Palmes d'or de 2008 et 2017, Entre les murs et The Square, furent concernées par ce dispositif. Avant la création de la « Détente » en 1972, le comité de sélection indépendant du Festival, les films de la compétition sont choisis par les États qui tentent ensuite de faire pression sur le jury. Actuellement, il existe deux comités de sélection. L'un, créé par Gilles Jacob, visionne les films étrangers. Ce comité, qui reçoit les conseils de correspondants à l'international, est composé de quatre membres : un journaliste, un réalisateur, un cinéphile et Laurent Jacob, le fils de Gilles Jacob. Le deuxième comité, dont les membres ne sont ni nommés ni connus, prend en charge les films français. Normalement, le règlement impose une limite de trois longs métrages français à la compétition mais par deux fois, une dérogation est prise à titre exceptionnel : lors du Festival 2011, The Artist est basculé en compétition à la dernière minute et devient le quatrième film français à y prendre part et, lors de l'édition 2013, l'organisation annonce que six productions françaises concourent pour la Palme d'or. La même chose se reproduit en 2015, mais des polémiques ont fréquemment lieu sur la qualité de certains films et leurs légitimité à être sélectionnés en compétition. Les deux comités, soumis au secret professionnel et encadrés par Thierry Frémaux, visionnent plus de six films par jour. Avec l'introduction des documentaires, des films d'animation et des films de genre, le comité a visionné en 2005, et en 2007. L'avis des membres du comité est consultatif et le délégué général a toujours la décision finale sur la sélection. Selon Thierry Frémaux, il existe un comité de présélection pour faire un tri large avant la sélection. Et que la sélection commence dès la fin du précédent festival de Cannes, en prenant en compte le planning des tournages pour l'année suivante. Même si cette méthode est aussi décortiquée par Paris Match pour élaborer un pré-programme qui vise souvent juste ainsi que par les journalistes pour faire des pronostics sur la sélection, en basant sur les films prêts pour le festival et sur le statut du réalisateur qui peut être un « habitué », en sachant que certains films annoncés ne sont pas finis, voir pas tournés. Prix décernés Alors qu'en 1946, un grand prix est remis à un film sans mention particulière au genre, un prix du meilleur film est attribué, en 1947, par catégories : on retrouve celle des films d’aventure et policiers, des dessins animés, des films psychologiques ou d’amour, des films sociaux et des comédies musicales. C’est d'ailleurs la seule année où ce système de récompenses est utilisé. Dès le début, des prix pour la meilleure interprétation et la meilleure réalisation sont décernés. Dans les premières années, la compétition n'a pas d'importance réelle : le Festival cherche surtout à briller par son prestige mondain, touristique et diplomatique et la grande majorité des films sélectionnés est assurée de repartir avec un prix. Il faut attendre la décennie suivante pour que le palmarès cannois soit considéré par le monde culturel et valorise un nombre d’œuvres restreint. Dans les années 1950, et particulièrement sous la présidence de Jean Cocteau, plusieurs prix à l'appellation fantaisiste sont décernés tels que le prix du film lyrique (1952), le prix international du film de la bonne humeur (1953) ou encore le prix International du film le mieux raconté par l'image (1953). Néanmoins, le prix du jury s'impose comme un classique et devient la seconde récompense majeure après le grand prix du Festival. Avec l'arrivée de la Palme d'or en 1955, le titre des prix octroyés s'homogénéise même si l'on trouve encore un prix de l'humour poétique en 1957, décerné à Ingmar Bergman pour Sourires d'une nuit d'été. Dans les années 1960, le prix spécial du jury apparaît en complément du prix du jury et change régulièrement d'intitulé, entre « grand prix spécial du jury » et « grand prix du jury » avant d'être finalement « grand prix ». À l'origine il a la même valeur que la Palme, le premier allant au meilleur film dans la catégorie « Art et Essai » et la seconde au meilleur film destiné au grand public. Mais cette définition n'a jamais été comprise, ni vraiment appliquée par les jurys successifs et cette distinction est aujourd'hui définitivement perçue comme inférieure à la Palme d'or, même si elle reste l'honneur le plus important après celle-ci. Par la suite, il est de nouveau créé des prix-fantaisie pour récompenser des films n'ayant pas obtenu de récompenses « officielles » mais méritant tout de même, selon le jury, d'être mentionnés au palmarès. Ainsi, sont distribués le prix de la meilleure évocation d’une épopée révolutionnaire en 1963 à La Tragédie optimiste de Samson Samsonov, le prix du Festival en 1966 à Falstaff d'Orson Welles et le prix de l'audace artistique pour Crash de David Cronenberg en 1996. Ces prix sont, la plupart du temps, décernés de manière occasionnelle car le règlement du Festival n'interdit pas au jury de créer des récompenses alternatives. Ainsi, pour que Mort à Venise de Luchino Visconti, ne reparte pas bredouille en 1971, on lui attribue le prix du . Le réalisateur dira : « celui-là, au moins, personne d'autre ne l'aura ! ». Cette idée originale fait aujourd'hui partie de l'institution. Depuis, les membres du jury peuvent, s'ils le souhaitent, attribuer un prix spécial en l'honneur des grandes dates anniversaires du festival tous les cinq ans. Généralement, cette distinction couronne l'œuvre d'un grand metteur en scène présent dans la compétition : Michelangelo Antonioni (prix du ), Federico Fellini (prix du ), James Ivory (prix du ), Youssef Chahine (prix du ) et Gus Van Sant (prix du ) ont eu droit à cet honneur. Pour récompenser la carrière de Clint Eastwood et de Catherine Deneuve, le jury présidé par Sean Penn a eu, dans cet esprit, l'autorisation de créer un prix spécial pour le en 2008. De même, la présidente du jury Isabelle Huppert a pu décerner un prix exceptionnel à Alain Resnais en 2009 pour souligner sa contribution majeure à l'histoire du cinéma. Ce dernier s'est déclaré surpris et ravi d'obtenir « un prix non attendu dans une catégorie tout à fait surprenante ». À noter que les jurés peuvent par moments innover sur l'attribution des récompenses conventionnelles : en 1983, le prix de la meilleure réalisation est remplacé par le grand prix du cinéma de création et est remis à l'unanimité à Robert Bresson et Andreï Tarkovski pour leurs films L'Argent et Nostalghia et l'ensemble de leurs carrières car le jury n'arrivait pas à les départager. En 2006, les prix d'interprétation féminine et masculine, normalement décernés chacun à une seule personne, reviennent respectivement à toute la distribution de Volver de Pedro Almodóvar et Indigènes de Rachid Bouchareb. Depuis 1955, le plus prestigieux des prix décernés à Cannes reste la Palme d'or, remise au meilleur film de la compétition. Le deuxième prix le plus prestigieux est donc le grand prix. Le trophée de la Palme d'or est actuellement fabriqué par Chopard. Il est basé sur un rectangle de diamant. Des versions miniatures - dites « mini-palmes » - sont données pour les prix d'interprétation depuis 2000 et pour les autres prix depuis 2018. Les autres prix de la compétition officielle étaient alors sous formes de diplômes (tout comme les prix du certain regard et de la cinéfondation). Il n'y a pas de « Palme d'argent », contrairement à l'Ours d'argent de la Berlinale et au Lion d'argent de la Mostra. La Caméra d'or a aussi droit à un trophée stylisé. Prix officiels Ceci est la liste des prix remis par l’institution officielle. Tous sont remis durant la cérémonie de clôture (sauf les prix du certain regard et de la cinéfondation qui sont remis à part). Autres prix Sauf les prix de la semaine de la critique, les autres prix sont remis par des organismes extérieurs au festival et aux sections parallèles. Ainsi le prix FIPRESCI ou le prix ACID consacrent le meilleur film selon un jury (ou vote des adhérents) à part. Certains de ces prix ne concernent qu'une seule sélection quand d’autres prennent en compte tous les films projetés. Et certains de ces prix consacrent des films selon des thématiques précises (l'altersexualité pour la Queer Palm, le journalisme pour le prix François Chalais…). Le prix FIPRESCI est décerné par les critiques de cinéma pour soutenir un genre risqué, personnel ou original Le prix de la jeunesse décerné par un jury-jeunes récompense un film, première ou seconde œuvre d’un cinéaste La Palme Dog est un trophée humoristique récompensant le meilleur chien parmi les films sélectionnés Le prix Orange par l'Association de presse, reçu par acteurs et actrices Le Soleil d'or remis par la CCAS Le prix du jury œcuménique est décerné pour la diversité culturelle d'un long métrage Le prix de l'Éducation nationale est décerné, de 2003 à 2010, par un jury d'enseignants, d'élèves et de professionnels à un film de la sélection officielle jugé fort et pouvant faire l'objet d'une étude future ou d'un enseignement en classe Le prix François Chalais récompense un film voué aux valeurs du journalisme Le Trophée Chopard récompense un acteur et une actrice du cinéma, dans la catégorie révélation Le prix Vulcain de l'artiste technicien, initialement nommé grand prix technique, qui a été créé en 1951. Il est décerné par la Commission supérieure technique de l'image et du son (CST). Le prix Roberto Rossellini remis à une personnalité jouant un rôle humaniste à la manière de Roberto Rossellini Le Label Europa Cinemas, une aide à un film de la Quinzaine des réalisateurs pour son exploitation en Europe La Queer Palm qui récompense un film pour son traitement des thématiques altersexuelles (homosexuelles, bisexuelles ou transsexuelles). Le prix Women in Motion, un programme du groupe Kering pour valoriser la place de la femme dans l'industrie du cinéma en place depuis 2015. Constitution du jury L'organisation du Festival compose les jurys de la compétition, du Certain Regard, de la caméra d'or et un jury s'occupant de la Cinéfondation et du court métrage. Les jurés du long métrage attribuent les sept récompenses majeures : Palme d'or, grand prix, prix de la mise en scène, prix d'interprétation féminine et masculine, prix du scénario et prix du jury. Le choix du président du jury se fait sur la légitimité : les réalisateurs de la compétition doivent être rassurés sur le fait qu'ils seront jugés par une personnalité de renommée mondiale, dotée d'une excellente connaissance du cinéma et d'un bon discernement. Selon Thierry Frémaux, délégué général, le président doit également avoir le niveau et la crédibilité de mener un jury, conduire des débats et élaborer un palmarès. Il se doit par ailleurs de tenir compte de l'avis de ses collègues et de se mettre à leur place. La nomination du président est faite à la suite de plusieurs propositions annuelles de la direction, formulées à l'automne puis soumises au conseil d'administration du festival qui les valide. À noter qu'en 2015, la direction innove avec une double présidence du jury, sans précédent dans l'histoire du Festival, tenue par les frères-cinéastes américains Joel et Ethan Coen. Les autres jurés, majoritairement issus de l'industrie du cinéma international, sont choisis ultérieurement selon leur degré de notoriété ou le niveau de reconnaissance par leurs pairs. De manière générale, un jury se compose selon plusieurs critères diplomatiques et artistiques : il doit être le reflet d'une certaine diversité, tant sur le plan des nationalités, des horizons (écrivains, critiques, artistes, historiens du cinéma…) que des sensibilités esthétiques. S'y côtoient alors aussi bien des vedettes que des personnes apparentées au cinéma de recherche. Les personnalités françaises et étrangères appelées à composer le jury sont donc nommées par le président et le délégué général et leur choix est validé par le conseil d'administration. Ne peut en faire partie quiconque a participé ou est lié à la production, la distribution et la promotion d'un film en compétition. Règlement Le règlement concernant les délibérations a évolué avec le temps afin de pallier les excès. Après que Barton Fink, en plus de la Palme d'or, obtint les prix de la meilleure réalisation et de la meilleure interprétation masculine en 1991, les jurés n’eurent alors plus le droit de donner plusieurs prix à un même film. Seul l'un des deux prix d’interprétation pouvait s’ajouter à une autre récompense. Par trois fois, les membres du jury ont toutefois dérogé à la règle, à savoir en 1999 et en 2001 avec le grand prix et les deux prix d'interprétation attribués respectivement à L'humanité de Bruno Dumont et à La Pianiste de Michael Haneke puis en 2003, année où quatre films seulement ont été récompensés. Le président du jury Patrice Chéreau avait en effet, à ce moment-là, réclamé une « violation exceptionnelle du règlement » qu'il s'était vu accorder et trois films étaient repartis avec deux trophées chacun dont Elephant de Gus Van Sant, auréolé de la Palme d'or et du prix de la mise en scène. Depuis, pour assurer un certain équilibre du palmarès, le règlement s'est durci : le jury n'a droit qu'à une seule mention ex æquo pour un prix et cette disposition ne peut plus s'appliquer à la Palme d'or. De plus, une œuvre ne peut obtenir qu'une seule récompense au palmarès même si le film lauréat du prix du jury ou du prix du scénario peut éventuellement, et uniquement sur la délivrance d'une dérogation spéciale par le président du festival, recevoir l'un des deux prix d'interprétation en complément. Le contenu des discussions du jury n'est pas révélé à la presse. Il n'est pas interdit aux jurés de lire les journaux ou de regarder la télévision mais cela leur est fortement déconseillé. Ils arrivent à Cannes la veille de l'ouverture afin que leur soit expliqué le règlement. Il leur est défendu de révéler leur opinion à d'autres qu'eux ou de la rendre publique. La discrétion est la règle d'or et le secret des débats doit être gardé à jamais. Plusieurs mesures sont prises pour permettre aux délibérations de se dérouler dans une sérénité optimale et une extrême confidentialité. Les membres du jury choisissent l'horaire de la séance du film en compétition à laquelle ils souhaitent assister et sont amenés à la dernière minute dans la salle de projection. Ils sont ensuite raccompagnés avant que les lumières se rallument afin d'éviter rumeurs et conjectures. Néanmoins la presse émet, chaque année, de nombreuses hypothèses sur les préférences du jury. Il appartient au président du jury d'organiser les réunions préliminaires. En clôture des débats, les jurés procèdent à un vote à scrutin secret pour désigner les gagnants. La décision des votants est prise à la majorité absolue aux deux premiers tours de scrutin et à la majorité relative aux deux tours suivants. Le président du festival et le délégué général assistent aux délibérations mais n'y participent pas. Ils veillent malgré tout à leur bon déroulement. Il est interdit au jury de prendre ses décisions avant le dimanche de la cérémonie de clôture et celles-ci ne sont révélées qu'au soir, lors de la proclamation du palmarès par le président du jury. Ce dernier n'a pas de double voix même s'il lui appartient de trancher en cas d'égalité. Toutefois, le choix du nombre impair de jurés (neuf au total) depuis les années 2000 évite ce problème. Le lieu de la délibération finale a longtemps été gardé secret pour éviter les fuites et les tentatives d'espionnage. À partir des années 1980, sauf rares exceptions, elle se déroulait dans la villa Domergue, ancienne demeure du peintre Jean-Gabriel Domergue et actuelle propriété de la mairie de Cannes, située sur les hauteurs de la ville. Le dernier jour du festival, le quartier était bouclé par la police et interdit aux photographes, aux badauds ou aux curieux. Le jury y passait la journée coupé du monde, privé d'Internet et de téléphones portables. Néanmoins, depuis 2013, les organisateurs changent une nouvelle fois de point de réunion et la nouvelle villa est à nouveau tenue secrète. Depuis 2004, les jurés ont la possibilité de s'exprimer sur leurs choix lors d'une conférence de presse suivant la remise des trophées, sans toutefois être autorisés à évoquer le contenu de leurs délibérations ni les longs métrages écartés du palmarès. Direction du Festival Le Festival de Cannes est dirigé par plusieurs personnes, aux postes très différents. Les diverses fonctions qu'exige Cannes s'expliquent par l'évolution et de la croissance du Festival. Jusqu'en 2000, deux personnes se chargent de la direction : le président et le délégué général qui occupe à la fois les places de directeur général et de délégué artistique. Le secrétaire général est placé à l'intendance. Le président est élu par le conseil d'administration du Festival, officiellement nommé « Association française du Festival international du film ». Cette instance repose sur un équilibre entre le monde du cinéma et les pouvoirs publics. Elle comprend 28 membres dont deux représentants de l'exécutif : un délégué du Ministère de la Culture et de la Communication et un du Ministère des Affaires étrangères puis des représentants de l'Assemblée nationale et du Sénat et enfin des professionnels du cinéma : producteurs et distributeurs mais aussi des membres de sociétés d'auteurs comme l'ARP (société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs) ou la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) et de syndicats influents dans le monde du spectacle tels que la CGT. Le président bénéficie d'un mandat de trois ans renouvelable. Il nomme les membres de son équipe, dont le Délégué général, avec l'aval du conseil d'administration qui décide, ou non, de les reconduire dans leurs fonctions. Le tableau ci-dessus présente les personnes qui ont occupé ces fonctions depuis la création du Festival jusqu'à aujourd'hui. En 2001, lorsque Gilles Jacob est promu président, deux personnes sont employées pour le remplacer à son ancien poste de délégué général : une directrice générale (Véronique Cayla) est chargée de l'organisation de l'événement et un délégué artistique (Thierry Frémaux) s'occupe, quant à lui, uniquement de la sélection des films. Un contrôleur financier entre également dans le cercle de la direction du Festival. Avec le départ de Véronique Cayla au poste de directrice générale, Thierry Frémaux devient en 2007 délégué général et retrouve les fonctions que Gilles Jacob avait auparavant divisées. Aujourd'hui, le délégué général a des responsabilités administratives, financières et comptables accrues. Il est à la fois celui qui décide du contenu artistique du Festival et gère les ressources humaines, la logistique et l'intendance. Pour fonctionner, le Festival a un budget annuel de 20 millions d'euros dont la moitié provient de fonds publics (ministère de la Culture et le CNC pour majorité, collectivités territoriales et ministère des Affaires étrangères), l'autre moitié de fonds privés tels que les contrats avec des sponsors ou la vente des droits télévisuels. Le cinéma français au Festival Bien qu'organisé en France, le Festival de Cannes ne privilégie pas pour autant le cinéma français. En effet les lauréats français de la Palme d'or sont rares : on remarque Claude Lelouch (avec Un homme et une femme) en 1966 et Maurice Pialat (avec Sous le soleil de satan) en 1987, mais, plus récemment, Laurent Cantet (avec Entre les murs) en 2008, Abdellatif Kechiche (avec La Vie d'Adèle) en 2013, et Julia Ducournau (avec Titane) en 2021. En 2007, trois films français sur vingt-deux étaient en compétition. Depuis 1966, c'est donc tous les vingt ans qu'un Français est récompensé par le prix suprême. Les organisateurs se justifient en disant que le Festival n'est pas seulement national mais international. D'ailleurs la France est le quatrième pays dans le classement du nombre de lauréats de la Palme. Par ailleurs, le cinéma français, est soumis à un comité de sélection spécifique, et fournit généralement trois des vingt-deux candidats de la sélection officielle. Jusque dans les années 1980, le Comité de sélection français, composé de quatre à vingt personnes selon les années, était nommé par le ministre de la Culture. En 1983, Daniel Toscan du Plantier et Alain Terzian persuadent le ministre de laisser le Festival sélectionner les films français. Pour éviter une surcharge de travail, Gilles Jacob crée la même année un comité de sélection consacré aux films français dont il choisit lui-même les conseillers et dont le nombre n’est pas prédéfini. Depuis 1946, les lauréats français du grand prix ou de la Palme d'or, le prix principal du Festival, selon la date, sont au nombre de onze : Jean Delannoy avec La symphonie pastorale en 1946, Henri-Georges Clouzot avec Le Salaire de la peur en 1953, Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle avec Le Monde du silence en 1956, Henri Colpi avec Une aussi longue absence en 1961, Jacques Demy avec Les Parapluies de Cherbourg en 1964, Claude Lelouch avec Un homme et une femme en 1966, Maurice Pialat avec Sous le soleil de Satan en 1987, Laurent Cantet avec Entre les murs en 2008, Abdellatif Kechiche, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos avec La Vie d'Adèle en 2013, Jacques Audiard avec Dheepan en 2015, et Julia Ducournau avec Titane en 2021. Les leçons Le Festival de Cannes inaugure en 1991 La leçon de cinéma. Cette leçon est dirigée par un célèbre cinéaste. On remarque notamment Nanni Moretti, Oliver Stone, Stephen Frears, Francesco Rosi, Wong Kar-wai, Martin Scorsese, Quentin Tarantino et Sydney Pollack. Ainsi, de par leur style, ils illustrent leurs moments forts, leur parcours d'artiste dans le monde du cinéma et leurs visions du film idéal. Ces leçons ont été conçues pour faire aimer et découvrir le cinéma dans un esprit de dialogue créatif et ouvert. Les admirateurs de célébrités pourront ainsi les découvrir plus concrètement qu'à la montée des marches, par exemple. Le public pourra par ailleurs apprendre à connaître le métier de réalisateur, et découvrir la cinématographie. Des leçons de cinéma de cette envergure n'ont jamais été présentées dans des festivals internationaux auparavant, comme à la Mostra de Venise ou durant la Berlinale, il aura fallu attendre l'idée de Gilles Jacob pour pouvoir y participer. En 2003, La leçon de musique est créée sur le modèle des Leçons de cinéma. C'est ici qu'un grand compositeur de musiques de film partagera sa carrière musicale avec le public. Se sont succédé Nicola Piovani, Howard Shore et Alexandre Desplat par exemple. Puis, en 2004, c'est au tour de la Leçon d'acteur d'être innovée. On a déjà retrouvé Catherine Deneuve, Max Von Sydow et Gena Rowlands. Le public, qui a rarement accès aux projections officielles, peut alors avoir un contact direct avec les célébrités devenues « professeurs ». C'est sur le ton de la confession intime qu'un échange unique dans le monde a été mis en place par Gilles Jacob. C'est un partage concret où chaque professionnel se livre aux questions des plus curieux, en racontant ses expériences vécues. Protocole cannois Pendant une douzaine de jours, la ville de Cannes est phagocytée par le Festival. Le centre-ville est quadrillé par la police, la circulation automobile est bouleversée et la trajectoire des transports en commun modifiée. La Promenade de la Croisette et son Palais des festivals et des congrès sont assaillis par plus de . Durant les deux premières semaines de mai, la foule afflue. Un protocole de rigueur est mis en place. Le tout premier soir a lieu la cérémonie d'ouverture dans laquelle le maître ou la maîtresse de cérémonie présente les membres du jury et invite sur scène l'équipe du film choisi pour ouvrir les festivités. Le choix du film d'ouverture s'axe sur une œuvre destinée à attirer le maximum d'attention de la part des médias et du public. Il ne préfigure en rien la sélection officielle. La projection est suivie d'un dîner protocolaire dont le coût est traditionnellement partagé entre le festival et les producteurs ou distributeurs du film. Le dernier jour, la cérémonie de clôture met fin au suspense de la compétition et le président du jury annonce le nom des lauréats. Ces derniers se font remettre leur récompense par une célébrité du cinéma et ont droit à un discours de remerciements. Un film de clôture en présence de l'équipe est projeté et un dîner, pris en charge en partie par les producteurs et distributeurs, clôt les festivités. À noter qu'en 2014, la direction fait le choix de projeter un film de répertoire en clôture, Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, dont la séance est présentée par Quentin Tarantino en l'honneur du cinquantenaire du western spaghetti. Quotidiennement, un déroulement rituel se reproduit. Pour tous les films de la sélection (en et hors compétition, Un certain regard et Cannes Classics), l'équipe présente est invitée à participer à une conférence de presse et un photo-call avant d'assister à une projection officielle où des invités foulent le tapis rouge, posent devant les photographes (photo call pendant lequel les membres du tournage passent quelques minutes devant eux) et montent les 24 marches du Palais surnommées les . Cette installation de la montée des marches et du tapis rouge est une idée du journaliste Yves Mourousi, chargé en 1984 par le délégué général Gilles Jacob de mettre un peu d'ordre à l'entrée du Palais des Festivals. La mythique montée des marches est filmée et ses images sont diffusées dans le monde entier. Plusieurs centaines de badauds se massent derrière les barrières de sécurité et attendent des heures pour apercevoir des stars et réclamer un autographe. Quelques Cannois évoquent le Festival d'antan avec nostalgie, au moment où ceux-ci participaient pleinement à la manifestation et recevaient facilement des invitations. La comédienne Marina Vlady avoue dans le documentaire Cannes, 60 ans d'histoire qu'avant les starlettes venaient à Cannes pour un rendez-vous d'amour et d'amitié, que les célébrités pouvaient parler aux passants dans la rue. Tandis que maintenant, elle blâme les voitures blindées, les gardes du corps… L'actrice dit de plus que le Festival de Cannes vient de perdre un rapport social. L'ancien président du Festival Gilles Jacob exprime lui-même, en 2012, un regret face à la monumentalité de l’événement qui aurait perdu de son humanité face au temps où Kirk Douglas jouait au football avec des journalistes et que les stars se rendaient à pied sur la plage : . En général, deux films de la compétition sont projetés chaque jour. Sauf exception pour certaines œuvres n'ayant qu'une projection unique, deux à trois séances quotidiennes pour chaque long métrage sont prévues. Une seule projection est désignée comme l'officielle. Cette dernière se déroule en fin d'après-midi ou en soirée dans le Grand Auditorium Lumière du Palais des Festivals où ont également lieu les cérémonies d'ouverture et de clôture. À noter que des séances de rattrapage sont organisées le lendemain pour les festivaliers retardataires. La presse est conviée la veille pour la projection de ces mêmes films ou bien aux séances du matin ouvertes aux personnes possédant une invitation officielle et aux médias. Les projections officielles, de l'après-midi et du soir, se font en présence de l'équipe du film et se déroulent après la célèbre montée des marches. Plusieurs invités s'y pressent : vedettes, notables, professionnels, personnalités politiques, représentants des groupes-partenaires de l'événement et dirigeants d'organismes influents. Quelques festivaliers amateurs, ne pouvant recevoir d'invitations officielles, attendent au pied des marches pour que quelques privilégiés daignent bien leur en offrir mais rares sont les chanceux. De plus, il existe une priorité d'entrée aux projections pour la presse. Les accréditations des milliers de journalistes, photographes ou rédacteurs présents sont réparties selon cinq niveaux stricts qui déterminent l'ordre d'entrée dans la salle. L'attribution des niveaux d'accréditation est décidée par le service de presse, qui tranche en fonction de l'importance des tirages, de l'ampleur de la couverture par le titre, de la fréquence de parution et du nombre d'accréditations demandées. Il y a également différents niveaux d'accréditations pour les professionnels du cinéma. Les accréditations considérées comme les « moins importantes » sont les « Cannes Cinéphiles », réservées aux membres d’associations vouées à la promotion du cinéma, aux personnes exerçant une activité cinéphile régulière et à des groupes scolaires de section Cinéma et Audiovisuel en lycées ou universités. Ceux-ci ont plus de difficultés à assister aux projections car les autorisations qui leur sont conférées varient en fonction du quota de places disponibles. Au cours de l'édition 2009, la réglementation change subitement et les « Cannes Cinéphiles », même munis d'un billet pour les projections, n'ont plus eu les moyens d'entrer dans le Palais. Aucune explication n'est donnée à cette interdiction impromptue mais il semble simplement que les hauts lieux du Festival de Cannes ne considèrent pas les « Cannes Cinéphiles » comme assez importants pour bénéficier d'un droit d'entrée. Nombre de festivaliers jugent cette décision comme étant un grave coup porté à la culture, puisque le Festival se prive ainsi brutalement de milliers de cinéphiles. Une tenue stricte est exigée lors de la montée des marches. Les hommes sont tenus traditionnellement de porter un smoking et un nœud papillon (des hôtesses au bas des marches en vendant pour les oublieux ou les récalcitrants) et les femmes une robe de soirée, souvent signée par des couturiers de renommée mondiale. Néanmoins, Pablo Picasso se permit, dans un geste de désinvolture, de monter les marches avec une veste en peau de mouton lors du Festival 1953. Depuis le début des années 2000, le Festival a tendance à s'ouvrir plus largement au public, les dirigeants ont créé des soirées de projections de longs métrages divers hors-compétition gratuites où tout le monde peut entrer. De plus, les cinémas de la ville de Cannes, à l'instar de La Licorne situé à La Bocca, sont invités à participer à la manifestation et ouvrent leurs salles aux films de la sélection officielle. Pendant le Festival, plusieurs soirées, dîners et galas sont organisés dans lesquels se bousculent VIP et privilégiés munis d'une invitation. Musique Pendant toute la durée du festival, on entend le même extrait musical avant la diffusion de chaque film dans la salle du Palais des Festivals : il s'agit dAquarium, l'une des pièces musicales de la suite Le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. L'organisation du festival a essayé d'en changer, mais elle a dû faire marche arrière tant cet extrait est dorénavant une « marque auditive » du festival. Depuis quelques années, lors de chaque remise de prix à la cérémonie de clôture, on entend un extrait d'une musique de film comme lors du festival (2010), pour la remise du grand prix on entend la musique I Rise, You Fall de Steve Jablonsky qui est une musique du film Transformers 2 : La Revanche. La bande originale du film Le Petit Dinosaure et la Vallée des merveilles (The Land Before Time) de Don Bluth, composée par James Horner, est aussi utilisé de manière récurrente pour le générique des cérémonies du festival. Cannes fait le mur Rendez-vous annuel depuis 2004, « Cannes fait le mur » est une exposition de diverses photographies grandeurs nature de cinéastes, exposées entre les maisons, ou sur des monuments. Ces photos sont imprimées sur des kakémonos, de grandes bâches perforées pour ne pas se balancer avec la pression du vent. Attaché au projet, c'est Denis Rouvre, photographe professionnel, qui s'occupe du choix des images, et des lieux où elles seront suspendues. On les retrouve notamment sur l'espace Ranguin, l'immeuble Alexandra à La Bocca, sur le lycée Jules Ferry, la mairie de Cannes, ou encore sur l'hôtel Renoir. Pour ce faire, Corbis-Outline place ses œuvres dans le domaine public et Multiplast fournit gratuitement les bâches. Malgré ce volontariat, ce sont dépensés pour le montage, et le démontage des toiles. Cet évènement est organisé en collaboration entre la mairie de Cannes et le Festival de Cannes. Loin des photographes et des touristes, le studio montable n'est en fait qu'un photomaton, et seul, le cinéaste photographié est totalement libre de faire ses photographies, comme il l'entend. Dévoilés au cannois, sept artistes sont exposés durant le Festival de Cannes dans toute la ville. Parmi les célébrités exposées, on retrouve Samuel L. Jackson, Elijah Wood, Rossy de Palma, Kevin Bacon ou encore Maïwenn. Portée et influence du Festival Marché du film Créé en 1959, le Marché du film est une des facettes commerciales du Festival international du film de Cannes. Son objectif est de promouvoir des films en chantier et de faire découvrir aux producteurs et distributeurs du monde entier de nouveaux projets. Il est l'un des rendez-vous les plus importants au monde en ce qui concerne les rencontres, négociations et transactions de l'industrie du cinéma, notamment au niveau des ventes internationales. Chaque année, il offre un aperçu de la production actuelle en projetant plus de quatre mille films, du cinéma d'auteur aux grosses productions. Le Marché est devenu très important, il comptait dix-mille participants de quatre-vingt-onze pays en 2000. Les producteurs et distributeurs y trouvent des partenaires pour le financement de leurs projets de films, et vendent les œuvres déjà tournées aux distributeurs et télévisions du monde entier. Il se déroule sur douze jours pendant le Festival de Cannes. Pour les producteurs, ce marché est très significatif, puisque porter son badge revient à pouvoir participer à toutes les projections officielles. Il se démarque des projets parallèles en étant le premier et le seul à proposer trente salles équipées en matériel numérique. En 2004, le Marché crée le Producers Network, sous-section de ce dernier, qui aura un succès dès sa première édition. Cette section est réservée aux producteurs d'au moins un film sorti en salles au cours des trois années précédentes. Le Producers Network aide à la coproduction internationale, par le biais de dialogues entre professionnels. Pour ce faire, les producteurs possèdent chacun vingt minutes pour présenter leur projet à d'autres producteurs plus importants. Chaque année, il accueille cinq cents producteurs étrangers. Pour faciliter ces échanges de vingt minutes, et la production, le Producers Network a inauguré en 2004 une salle où sont disposées des tables rondes, où tous les matins, pendant le Festival, les producteurs viendront déjeuner, et discuter de leurs projets. Le Producers Network se déroule au cœur du Village International. Il a aussi créé en 2007 le Speed dating, soirée thématique, réalisé en collaboration avec la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) et le Centre national de la cinématographie (CNC). Sponsors et médias Si le Festival de Cannes est le deuxième événement le plus médiatisé au monde, c'est grâce aux trois cents chaînes de télévision présentes sur place, comme récemment Orange Télévision mais surtout Canal+ qui a déboursé six millions et demi d'euros pour l'édition 2007 par exemple, et aux multiples parraineurs. On remarque en particulier Kerry Washington, Gong Li et Andie MacDowell lors de la montée des marches 2007, représentant L'Oréal, groupe industriel français spécialisé dans les cosmétiques et la beauté. D'ailleurs, Penélope Cruz qui avait remporté le prix d'interprétation féminine pour Volver avait été critiquée pour son parrainage avec ce groupe industriel. La collaboration entre le Festival et L'Oréal a fêté ses dix ans en 2007 et ses vingt ans en 2017. De multiples journaux de presse écrite sont aussi présents sur la Croisette, comme Paris Match, ou Le Monde. On retrouve de même des magazines de cinéma avec Première, ou Ciné Live. Le transport des célébrités dans Cannes est très prisé. Renault est le transporteur officiel des célébrités jusqu'au Palais des Festivals et des Congrès, et sa Vel Satis fête, en 2007, ses vingt-cinq ans de collaboration. Par ailleurs, Audi a signé un contrat avec Jean-Roch, directeur du VIP Room, pour trois ans. À partir de 2022, BMW remplace Renault comme transporteur officiel des célébrités, alors que cela faisait environ 40 ans que Renault occupait ce rôle. Aussi, les maîtres de cérémonie sont-ils habillés par des « grands de la mode », qui en profitent pour être vus du public et des médias : Diane Kruger, maîtresse de cérémonie de l'édition 2007, a porté une robe drapée en satin bleu nuit de Chanel, firme de la haute couture. Cette robe avait été spécialement créée pour elle par Karl Lagerfeld. C'est ici une autre manière de se faire remarquer par les foules. Des cinéphiles critiquent d'ailleurs la présence qu'ils jugent trop imposante des médias et des grands groupes industriels et financiers, notamment liés au luxe et la mode. Ils soulignent le fait que les prix remis dans les différentes sections sont aussi touchés par les sponsors : la Palme d'or a été redessinée et refondue en 1997 par le joaillier suisse Chopard. Mercedes-Benz s'occupe de la remise du prix de la Semaine de la critique et la Fondation Gan sponsorise les prix du Certain Regard. Depuis 2015, Kering est partenaire officiel du Festival. Le Festival cherche ainsi à être multi-sponsorisé. Les médias retransmettent l’événement dans le monde entier et les sponsors se servent du Festival pour faire leur publicité. Les marques attirent les foules. Le phénomène « événement mondial et mondain » marche ainsi : les publicitaires se battent pour devenir partenaire officiel du Festival et ainsi être vus de tous. Voici les propos du groupe Maxell : . Voici en quelques chiffres la présence des médias (en 2017) : Influence du Festival Le Festival de Cannes est devenu au long des années l'une des plus importantes cérémonies de cinéma au monde. Il est l'un des premiers événements médiatiques et culturels internationaux. Ce même Festival est reconnu dutilité publique et comme Première grande manifestation culturelle internationale de l'Après-guerre en 1972 par le Ministère de la Culture. Dans le livre European Cinema : An Introduction, Jill Forbes et Sarah Street affirment que « Cannes est devenue extrêmement important pour les intérêts de la critique et du commerce, de plus les cinéastes peuvent y promouvoir leurs films… ». Le Festival a acquis une notoriété qui se fonde sur l'équilibre entre la qualité artistique des films et leur impact commercial. De nombreuses célébrités du cinéma mondial souhaitent venir assister à la montée des marches afin de se créer une image de marque auprès des différents médias présents pour l’événement. La presse attaque parfois le Festival, mais celui-ci garde son image. De plus, son influence tend à augmenter d'année en année, avec un nombre toujours plus grand de visiteurs venus de l'étranger. Selon L'Express, être sélectionné à Cannes correspond à ou . La présentation d'un long métrage en sélection officielle ou dans les sections parallèles (Semaine de la Critique, Quinzaine des réalisateurs, ACID) revêt une importance capitale pour sa promotion française et internationale. Sa valeur au Marché du film en dépend. Si la réception de la critique et des festivaliers est positive, les enchères montent : son prix de vente croît soudainement. Pour plusieurs distributeurs, les séances cannoises servent de projections-tests. Sur le plan marketing, certains profitent depuis quelques années de l' « effet Cannes » en sortant le film en salles le jour-même de sa présentation au Festival. Producteurs, distributeurs et artistes rêvent également d'une récompense qui est la « cerise sur le gâteau ». Un prix décerné par le jury officiel est un label pour la presse, les cinéphiles et le monde du spectacle. La Palme d'or est notamment considérée comme l'une des récompenses cinématographiques les plus prestigieuses : gage de qualité pour le public français et international, elle assure à son récipiendaire d'obtenir une renommée mondiale, de trouver facilement un distributeur et de multiplier par dix, voire par cent, le nombre de spectateurs en salles. Il n'est pas rare de voir des films primés à Cannes recevoir, l'année suivante, plusieurs prix et nominations lors des cérémonies de récompenses les plus importantes dont les Oscars du cinéma (La Leçon de piano, Le Pianiste, The Artist, Amour…). Le Festival a, de plus, un impact local : durant les deux semaines de Festival, la ville de Cannes voit sa population tripler, de , le chiffre d'affaires des commerces, hôtels, restaurants de Cannes augmente énormément. Dans les heures précédant l'ouverture du Festival, l'aéroport et la gare de Cannes sont bouleversés. La ville est entièrement rénovée pour le Festival international du film qui rend Cannes rayonnante. Personnalités les plus récompensées Cannes se veut la célébration des plus grands cinéastes internationaux. Parmi tous les réalisateurs en compétition à Cannes, nombre d'entre eux ont été privilégiés pour leur art, leur style ou leur genre. Leur cinéma leur a valu d'être récompensés plusieurs fois. D'ailleurs, sur l'affiche officielle du Festival de Cannes 2007, mémoire des du Festival, ont été rassemblées neuf célébrités chouchous du Festival. On retrouve Souleymane Cissé, Penélope Cruz, Wong Kar-Wai, Juliette Binoche, Jane Campion, Gérard Depardieu, Bruce Willis, Samuel L. Jackson, et Pedro Almodóvar. Huit réalisateurs ont obtenu deux fois la Palme d'or : Francis Ford Coppola (avec Conversation secrète et Apocalypse Now — partagé avec un autre film dans le deuxième cas) ; Bille August (avec Pelle le Conquérant et Les Meilleures Intentions — accompagné du prix d'interprétation féminine pour Pernilla August dans le second cas) ; Shōhei Imamura (avec La Ballade de Narayama et L'Anguille — partagé avec un autre film dans le deuxième cas) ; Emir Kusturica (avec Papa est en voyage d'affaires et Underground) ; Luc et Jean-Pierre Dardenne (avec Rosetta et L'Enfant), Michael Haneke (avec Le Ruban blanc et Amour) et Ken Loach (avec Le vent se lève et Moi, Daniel Blake). Le cinéaste suédois Alf Sjöberg avait aussi reçu la récompense suprême du festival à deux reprises mais il ne s'agissait pas encore de la Palme d'or. Notons qu'en plus de ses deux palmes, Emir Kusturica a obtenu à Cannes le prix de la mise en scène (meilleur réalisateur) pour Le Temps des Gitans et le prix de l'Éducation nationale pour La vie est un miracle. Les frères belges Jean-Pierre et Luc Dardenne ont quant à eux reçu en complément un grand prix pour Le Gamin au vélo, un prix du scénario pour Le Silence de Lorna et leurs comédiens Émilie Dequenne et Olivier Gourmet se sont vu décerner un prix d'interprétation chacun, respectivement pour Rosetta et Le Fils. Michael Haneke a, lui, été auréolé d'un grand prix pour La Pianiste (également lauréat d'un double prix d'interprétation pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel) et d'un prix de la mise en scène pour Caché. Avec 13 films en compétition, Ken Loach a lui aussi été plusieurs fois récompensé en dehors de la palme avec trois prix du jury (Secret défense, Raining Stones et La Part des Anges), un prix d'interprétation masculine décerné à Peter Mullan (pour My Name Is Joe) et un prix du scénario pour son scénariste attitré Paul Laverty (Sweet Sixteen). Beaucoup d'autres cinéastes ont été récompensés à plusieurs reprises : les frères Coen, lauréats d'une Palme d'or (pour Barton Fink), ont gagné le grand prix du jury en 2013 pour Inside Llewyn Davis et le prix de la meilleure réalisation à trois reprises : pour Barton Fink en 1991, Fargo en 1996 et The Barber en 2001. L'un de leurs comédiens fétiches, John Turturro, a par ailleurs reçu le prix du meilleur acteur pour Barton Fink en 1991 et Irma P. Hall, comédienne principale de Ladykillers, le prix du jury en 2004. Wim Wenders, lui aussi récipiendaire d'une Palme en 1984 pour Paris, Texas, est reparti avec le prix du meilleur réalisateur pour Les Ailes du désir trois ans plus tard ainsi qu'avec le grand prix en 1993 pour Si loin, si proche !. Michelangelo Antonioni a également obtenu plusieurs fois les faveurs du jury avec la Palme d'or pour Blow-Up, le prix Spécial du jury pour L'avventura et L'Éclipse puis le prix du pour Identification d'une femme. Plus récemment, on note que le Roumain Cristian Mungiu a été systématiquement honoré : Palme (4 mois, 3 semaines, 2 jours), prix du scénario et prix de la meilleure actrice ex-æquo pour Cosmina Stratan et Cristina Flutur (Au-delà des collines) ou encore prix de la meilleure mise en scène (Bacalaureat). Avant d'être palmés, plusieurs réalisateurs sont passés par de nombreuses récompenses intermédiaires comme Lars von Trier, détenteur de deux prix de la Commission supérieure technique (pour Element of Crime et Europa), d'un prix du jury (pour Europa) et d'un grand prix (pour Breaking the Waves) avant de triompher avec Dancer in the Dark et de permettre à trois de ses actrices de remporter le prix d'interprétation féminine (Björk, Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst). Theo Angelopoulos a reçu le prix du scénario et le prix FIPRESCI de la Critique internationale pour Voyage à Cythère et Le Regard d'Ulysse et le grand prix (pour Le Regard d'Ulysse) avant la Palme décernée à L'Éternité et Un Jour. Costa-Gavras a, de son côté, gagné le prix du jury pour Z (qui a également valu le prix d'interprétation à Jean-Louis Trintignant) et le prix de la mise en scène pour Section spéciale avant de remporter la Palme d'or pour Missing qui permet de plus à Jack Lemmon d'être élu « meilleur acteur ». Par ailleurs, Nuri Bilge Ceylan a obtenu deux grand prix (pour Uzak, également récompensé d'un double prix d'interprétation masculine et Il était une fois en Anatolie) ainsi qu'un prix de la mise en scène (pour Les Trois Singes) avant que la Palme d'or lui soit attribuée pour Winter Sleep (Kış Uykusu). Enfin, Jacques Audiard a reçu le prix du scénario pour Un héros très discret et le grand prix pour Un prophète avant d'être palmé avec Dheepan. En outre, plusieurs cinéastes sont des habitués du palmarès même s'ils n'ont jamais gagné la Palme d'or comme Robert Bresson ou encore Andreï Tarkovski qui a obtenu trois fois le grand prix, à savoir pour Solaris, Nostalghia et Le Sacrifice. Xavier Dolan a remporté de nombreux prix à Cannes, dont le prix du jury pour Mommy et le grand prix pour Juste la fin du monde, mais n'a pas remporté de Palme d'Or. Bruno Dumont, lui, a remporté deux fois le grand prix du jury : pour L'humanité (qui a de plus permis à Séverine Caneele et Emmanuel Schotté, acteurs non professionnels, de gagner le prix d'interprétation) et pour Flandres. Il a également reçu une mention spéciale Caméra d'or pour la Vie de Jésus, son premier long métrage. On note aussi la présence répétée dans les palmarès du Français René Clément et du Japonais Masaki Kobayashi. Peu d'acteurs ont obtenu deux prix d'interprétation masculine : Marcello Mastroianni (pour son rôle dans Drame de la jalousie et Les Yeux noirs) ; Dean Stockwell (pour son rôle dans Le Génie du mal et Long voyage vers la nuit — à chaque fois partagé avec deux autres acteurs) ; Jack Lemmon (pour son rôle dans Missing et Le Syndrome chinois). Quatre actrices ont également obtenu deux prix d'interprétation féminine : Isabelle Huppert (pour son rôle dans Violette Nozière et La Pianiste — partagé avec une autre actrice dans le premier cas) ; Helen Mirren (pour son rôle dans Cal et La Folie du roi George) ; Barbara Hershey (pour son rôle dans Le Bayou et Un monde à part — partagé avec deux autres actrices dans le deuxième cas) ; Vanessa Redgrave (pour son rôle dans Morgan et Isadora). En 1981, Isabelle Adjani reçoit un double prix d'interprétation pour deux films présentés en compétition : Possession et Quartet; un cas sans précédent qui ne s'est encore jamais reproduit. À noter qu'Isabelle Huppert détient le record absolu de films en sélection officielle pour un acteur, hommes et femmes réunis (20 au total). Certains cinéastes ont souvent vu leurs films sélectionnés par le Festival de Cannes. Le record absolu est détenu par Ken Loach, avec 17 sélections au festival de Cannes (dont 12 films en compétition). On peut citer Federico Fellini et Carlos Saura (avec 11 films sélectionnés) ; Ingmar Bergman et André Téchiné (avec 10 films sélectionnés) ; Wim Wenders, Luis Buñuel, Michael Cacoyannis, Ettore Scola et Andrzej Wajda (avec 9 films sélectionnés) et enfin Claude Lelouch (avec 7 films sélectionnés). Autour du Festival Cannes et le Festival Dans le monde, Cannes est connue par son Festival, et évoque les célébrités du monde du cinéma et la montée des marches. Le Festival de Venise ou le Festival de Berlin se déroulent dans des villes célèbres par ailleurs. Il y a peu de chansons sur Cannes, hormis Cannes la braguette de Léo Ferré et Cannes des VRP, qui en donnent une image négative. Certains considèrent que le Festival est fameux sans être populaire, car seuls les professionnels peuvent accéder aux sélections officielles. Fêtes du Festival À ses débuts, le Festival était surtout un événement mondain et les films étaient un prétexte pour se rencontrer, lors de réceptions et de fêtes dans les villas de la Côte d'Azur. Ces fêtes organisées pour la plupart par La Begum, la femme de l'Agha Khan, dans sa villa Yakimour ont fait la réputation de Cannes. Aujourd'hui, le Festival est considéré comme un lieu de promotion unique à l'international pour les films et les acteurs. En dehors des conférences de presse habituelles, la tradition s'est imposée de donner une fête pour les grosses productions. Ces fêtes ont un thème qui est lié aux films, et leur organisation donne lieu à une surenchère de moyens pour marquer les esprits. Il est aussi difficile d'y entrer que dans les projections de la compétition officielle. De nombreuses célébrités assistent à des soirées privées avec, aux platines, des discs jockey de réputation internationale. C'est l'occasion pour beaucoup de se montrer. Les soirées organisées depuis le début des années 2000 dans les franchises éphémères des plus grandes discothèques du monde ont néanmoins donné un sérieux coup de frein à l'esprit des fêtes organisées dans des villas sur les collines environnantes de Cannes. Pour des raisons économiques, mais aussi par facilité, de plus en plus de sociétés font appel à ces grandes discothèques (ou sont démarchées par celles-ci plusieurs mois à l'avance) afin d'y organiser leur soirée annuelle, au détriment des soirées en villa. De l'avis général (festivaliers et journalistes), les soirées dans ces discothèques conventionnelles sont très loin d'être aussi exceptionnelles que celles en villa, et servent surtout à promouvoir des marques n'ayant aucun rapport avec le cinéma Le Grand Prix automobile de Monaco, l'une des plus célèbres épreuves de compétition automobile, se déroule tous les ans en pleine période de festival et beaucoup de célébrités du cinéma s'y rendent parfois, du fait de la proximité entre Cannes et la principauté, à quelques minutes en hélicoptère. L'association des deux événements sur une période de week-ends et jours fériés entraîne un pic de fréquentation de la bande littorale des Alpes-Maritimes et une offre hôtelière particulièrement réduite et à des tarifs prohibitifs. La CCAS sur l’esplanade de la Pantiero Depuis 1995, la Caisse centrale d'activités sociales des électriciens et gaziers s'installe sur la promenade de la Pantiero, lors du Festival de Cannes. Sur une superficie de , l'espace offre près de aux cannois et touristes. L'entrée est libre et gratuite. Les films projetés proviennent de pays peu présentés pendant la cérémonie. En 1998, le cinéma algérien avait été présenté. Puis en 1999, c'est le cinéma africain qui a été présenté ainsi que le cinéma noir américain. On y a projeté le film de Jacques Kébadian sur les Sans papiers, celui de Paul Vecchiali sur Victor Schœlcher et l'abolition de l'esclavage. Le but de ce projet était à la base de se ré-approprier ce qui, au départ, leur appartenait, la CGT et le mouvement ouvrier ayant joué un rôle prépondérant lors de la création du Festival en 1946. Lors de ce rendez-vous, le Soleil d'or est remis par les organisateurs de la CCAS à un film de la Quinzaine des réalisateurs. Critiques adressées au festival Le Festival de Cannes est souvent attaqué par la presse. Critiques sur le choix des œuvres et des auteurs Certains grands réalisateurs n'ont jamais remporté la Palme d'or, malgré le talent dont ils ont pu faire preuve et la place majeure qu'ils occupent dans l'histoire du . On peut citer le cas d'Ingmar Bergman, qui n'a jamais remporté de Palme mais plusieurs prix subsidiaires : un prix du jury pour Le Septième Sceau, une Mention spéciale pour La Source, un prix de la mise en scène pour Au seuil de la vie et même un prix de l'humour poétique pour Sourires d'une nuit d'été. Mais le jury du Festival de Cannes 1992 a attribué la Palme d'or aux Meilleures Intentions du Danois Bille August que le réalisateur avait choisi pour raconter l'histoire de ses parents et pour lequel il avait signé le scénario. Le cinéaste suédois s'est d'ailleurs vu offrir la Palme des palmes pour le cinquantenaire du Festival en 1997. Woody Allen, qui rejette catégoriquement la mise en concurrence des artistes a, lui, toujours refusé les égards de la compétition cannoise. Mais il est lui aussi venu plusieurs fois présenter ses films hors compétition et a également accepté une Palme d'honneur en 2002. On peut aussi citer, dans la liste des non palmés, Jean Renoir, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, Andreï Tarkovski, Michael Powell, Clint Eastwood, Steven Spielberg, Satyajit Ray, Sergio Leone, John Cassavetes, Douglas Sirk, Manoel de Oliveira, Claude Sautet, Bertrand Tavernier, André Téchiné, François Truffaut, Alain Resnais ou encore Pedro Almodóvar qui, malgré plusieurs sélections et un statut de favori, n'est reparti qu'avec des prix mineurs (mise en scène, scénario…). Il est d'ailleurs surnommé « le Poulidor de la Croisette » par la presse. Jean-Luc Godard non plus n'a jamais eu droit à cet honneur, certainement parce que ses films ont été sélectionnés tardivement en compétition, à savoir seulement à partir des années 1980 avec Sauve qui peut (la vie), Passion et plus tard avec Détective et Nouvelle Vague. En 2014, Godard reçoit à sa première récompense cannoise après huit sélections infructueuses : le prix du jury pour Adieu au langage. Si l'on met de côté l'année 1959, on remarque que le festival est resté assez distant face au phénomène « nouvelle vague » puisque les films de réalisateurs tels qu'Éric Rohmer, Jacques Rivette ou encore Claude Chabrol ont été assez peu sélectionnés. Ce n'est qu'en 1993 qu'une femme obtient la Palme d'or, en la personne de Jane Campion avec La Leçon de piano, une Palme qu'elle doit d'ailleurs partager avec Chen Kaige pour Adieu ma concubine. Le Festival est aussi critiqué pour ses largesses vis-à-vis de l'industrie cinématographique occidentale : en 2011, la presse note que, depuis sa création, américains, et ont été présentés en sélection officielle au détriment d'œuvres venues d'Asie, du Moyen-Orient et d'Afrique. D'ailleurs, sur les d'or décernées, 51 sont revenues à des longs métrages nord-américains ou européens (à savoir plus de 73 %). Le cinéma américain se taille la part du lion dans ce classement avec d'or remportées depuis 1955 (environ 23 %) contre 9 pour l'Italie et 9 pour la France (moins de 13 %). Le bilan s'aggrave pour le jury, exclusivement présidé par des personnalités occidentales. Il faut attendre 2006 pour qu'un réalisateur asiatique, à savoir le Chinois Wong Kar-wai, accède à cet honneur. De même, peu de femmes ont exercé cette fonction. Sur 69 éditions, seules dix personnalités féminines ont eu cette chance : Olivia de Havilland, Sophia Loren, Michèle Morgan, Ingrid Bergman, Jeanne Moreau, Françoise Sagan, Isabelle Adjani, Liv Ullmann, Isabelle Huppert, Jane Campion qui reste à ce jour la seule réalisatrice à avoir présidé le jury et Cate Blanchett. Catherine Deneuve, qui n'a jamais accepté la présidence du jury, fut vice-présidente en 1994. Certains notent par ailleurs que les films de genre sont très peu représentés à Cannes : peu ou pas de films d'horreur, de kung-fu, etc. ont été sélectionnés en compétition officielle. Depuis quelque temps, le cinéma de genre est entré dans le cercle fermé des projections officielles. Un journal écrira même : à propos de ce nouveau style. Les organisateurs répondront qu'. Avec l'émergence du cinéma d'animation, ou du documentaire, le Festival de Cannes devait se mettre à jour. 2009 semble avoir marqué un renouveau puisque la sélection a fait la part belle aux films de genre revisités. Cannes donne avant tout aux auteurs une crédibilité artistique. À l'étranger, Cannes est idéalisée. Apichatpong Weerasethakul, réalisateur thaïlandais, a été connu grâce, en partie, au Festival de Cannes, il déclare d'ailleurs : à Thierry Frémaux. Ainsi, beaucoup de réalisateurs encore méconnus ont pu bénéficier d'une audience internationale grâce à Cannes et jouir d'une reconnaissance de leur travail. Le festival joue le rôle de tremplin et a lancé plusieurs carrières dont celle de Quentin Tarantino avec la sélection en 1992 de son premier long-métrage Reservoir Dogs en séance spéciale puis avec la Palme d'or décernée à Pulp Fiction deux ans plus tard. Très reconnaissant, le réalisateur déclare d'ailleurs : . La presse est un pilier central du Festival de Cannes et elle s'attend à voir les chefs-d'œuvre qui font vibrer le monde. Si Cannes la déçoit, elle attaque. Critiques d'un festival commercial Depuis les années 2000, certains reprochent au Festival de Cannes un mélange des genres contre-productif, à savoir de mettre sur un même plan les paillettes et le cinéma d'auteur. D'autres déplorent le fait qu'il n'invite que des personnalités internationales dont la renommée est acquise et qui n'ont fondamentalement pas besoin des lumières de la sélection officielle. Ainsi, il lui est reproché de se décinéphiliser progressivement sous l'emprise d'un marketing efficace et surpuissant. La presse lui donne même le nom de « Festival désuet » et le compare aux grandes marques, dont la nécessité n'est pas évidente, mais dont l'intérêt commercial est mis en valeur. Certains lui accordent le rang de plate-forme publicitaire pour les blockbusters américains, par exemple avec la sélection d'un film de la saga Star Wars en 2005 (Star Wars, épisode III : La Revanche des Sith) et en 2006 avec la présentation en ouverture du Da Vinci Code, adapté du best-seller homonyme de Dan Brown. Après sa projection à Cannes, Da Vinci Code sort dans . Au box-office, il génère en un week-end. Il s'agit du second meilleur démarrage financier de l'histoire du cinéma. Pourtant, lors de l'ouverture du Festival, cette superproduction reçoit un accueil des moins chaleureux de la part des présents pour l'occasion. Elle essuie en effet lazzi, rires glaciaux, huées et papiers assassins, à l'opposé de l'engouement public en salles. L'intérêt pour les super-productions des journalistes est aussi déçu par le nombre d'entrées des films ayant reçu la Palme d'or : depuis vingt ans, seuls cinq lauréats de la palme ont dépassé le million d'entrées en France. D'après certains journalistes, être sélectionné dans la compétition cannoise signifie une sortie dans les salles françaises. En ce qui concerne les autres sections, les films bénéficieront d'une vente prononcée à l'étranger. Effectivement, la présence de plus de offre une perspective formidable pour les producteurs. Cannes est devenu depuis quelques années un festival pour les grands auteurs. En compétition, on retrouve beaucoup de célébrités du monde du cinéma, qui ont déjà concouru en sélection officielle. David Lynch, Clint Eastwood ou David Cronenberg sont des habitués du Festival (mais l'on remarquera, en 2007, que treize films sur vingt-deux sont de réalisateurs encore jamais venus à Cannes). En 2009, la comédienne Sandrine Bonnaire a par ailleurs exprimé sa déception face à ce qu'elle estime être un de la part des sélectionneurs, ajoutant : On lui reproche ainsi de n'inviter que des stars confirmées. Pourtant, lorsque des amateurs sont récompensés, la salle les siffle. Effectivement, en 1999, le prix d'interprétation masculine revient à Emmanuel Schotté, celui de l'interprétation féminine à Séverine Caneele et Émilie Dequenne. Lors de leur discours de remerciements, les deux jeunes femmes essuient les huées du public. Certains festivaliers confient à des journalistes : . D'autres expliquent avoir souhaité des longs métrages plus glamour et grand public au palmarès. David Cronenberg, qui préside la , défend les choix de son jury : . Le journal Le Monde diplomatique écrira que des réalisateurs ne réalisent des films que pour être sélectionnés au Festival et utilisent ainsi cette sélection officielle comme une justification de leur travail dans leur pays, malgré le peu de succès commercial qu’ils y rencontrent. Une partie de la presse regrette également une quasi-absence de prise de risques chez les sélectionneurs et une sous-représentation des cinémas du Sud avec oubli systématique de films venus d'Afrique ou d'Inde. En effet, pour certains, si quelques films de pays en voie de développement sont sélectionnés, c'est qu'ils bénéficient de crédits internationaux et qu'ils imposent une lecture simple ou schématique des problèmes, de la culture ou du mode de pensée de leur pays, faite uniquement pour toucher le public occidental. Cannes, en ce sens, sous couvert de défendre une forme cinématographique originale et avant-gardiste, deviendrait le temple des nouveaux académismes. Les organisateurs du Festival international seront aussi accablés d'avoir oublié que le cinéma était un art populaire plutôt qu'une industrie. Scandales et controverses célèbres Le Festival de Cannes a souvent été animé par des scandales et des controverses, impliquant indifféremment des journalistes, des célébrités ou le monde politique. D'autres festivals internationaux comme la Mostra de Venise ou la Berlinale semblent moins exposés à ce phénomène, peut-être en partie parce qu'ils sont moins médiatisés. En effet, si certains professionnels du cinéma essaient ostensiblement d'éviter les photographes, il n'est pas impensable que d'autres cherchent à faire évènement, sinon scandale, pour tirer profit de la grande concentration de médias durant le Festival de Cannes. À cause du public Le public s'est quelquefois manifesté contre les professionnels du cinéma durant la remise des prix. En 1960, le long métrage L'avventura, premier volet d'une trilogie aussi composée de L'Éclipse et La Nuit, de Michelangelo Antonioni reçut un accueil très froid à Cannes. Ce film fut hué par le public lors de sa projection car l'absence d'éclaircissement sur la disparition d'Anna avait été mal comprise. De plus, le public lança des tomates sur le réalisateur et l'actrice lors de la remise du prix du jury. Une réaction plus isolée mais non moins radicale eut lieu durant le Festival de 1987. Cette année-là, le film Yeelen de Souleymane Cissé représentait le cinéma africain à Cannes et remporta le prix du jury. Lors de la remise du prix, un homme s'empara du micro et cria : . Le réalisateur lui arracha le micro et le lui lança au visage. Maurice Pialat, qui avait été encouragé par Souleymane Cissé lorsque le public huait son film, s'interposa. Ce fut la première fois que deux réalisateurs présents au Festival de Cannes s'unissaient contre un membre du public. Les séances de remises de Palmes d'or ne furent pas épargnées par les réactions hostiles du public, notamment durant l'édition 1987, lorsque Maurice Pialat fut récompensé pour Sous le soleil de Satan, ou encore en 1994 lors de la remise du prix à Quentin Tarantino pour son Pulp Fiction. Les deux réalisateurs réagirent vivement : Pialat répondit au public , et leva le poing au ciel ; Tarantino répondit par un doigt d'honneur. À propos du jury Les décisions du jury ont à plusieurs reprises suscité des polémiques, et furent souvent mal accueillies par la presse et le public. Les présidents du jury, en particulier, furent impliqués dans de nombreuses controverses, notamment pour leur népotisme supposé, leur point de vue jugé hasardeux ou leur parti pris censé outrepasser le simple jugement artistique. L'écrivain Françoise Sagan fut l'actrice d'un des plus grands scandales ayant éclaboussé la manifestation. Sept mois après avoir présidé l'édition 1979, elle dénonça le fonctionnement de l'institution dans Le Matin de Paris. Selon Sagan, la direction du Festival aurait tenté d'influencer le jury (qui penchait plutôt pour Le Tambour de Volker Schlöndorff) en faveur dApocalypse Now de Francis Ford Coppola. Normalement, les membres du jury sont tenus de garder le secret à vie sur les délibérations conduisant au choix des gagnants. Françoise Sagan ne tint donc pas promesse. Finalement, les deux films partagèrent la Palme d'or ex æquo. Cette révélation provoqua un mouvement de révolte dans les magazines qui critiquèrent largement le Festival. Ce dernier répondit à ces provocations en rendant publiques les notes de frais faramineuses laissées par Sagandont d'hôtel. Il n'était pas rare de voir l'organisation faire preuve d'ingérence dans les choix des jurés. Ces derniers ne jouirent d'une entière souveraineté que dans les années 1980, ce qui fut l'objet de nombreuses discordes. Par exemple, lorsque Roberto Rossellini accepta de présider le jury du à condition qu'on l'autorise à animer un colloque sur l'avenir du cinéma, la préférence du président du festival Robert Favre Le Bret pour la Palme allait à Une journée particulière d'Ettore Scola. Pour éviter toute prescription, Rossellini rusa pour ne pas dévoiler son opinion et chercha à réunir son jury sans jamais prévenir la direction. Un conflit éclata lorsque les jurés refusèrent que les organisateurs assistent aux ultimes délibérations et la décision finale fut prise en toute hâte. La Palme d'or revint à Padre padrone des frères Taviani et le film de Scola repartit bredouille ce qui déclencha la colère de Favre Le Bret qui boycotta la cérémonie de clôture et menaça de supprimer la compétition ou du moins de ne plus nommer au jury des « amateurs éclairés ». Rossellini mourut d'une crise cardiaque une semaine après la fin du festival. Il arriva aussi que les controverses prennent origine dans les désaccords, les conflits ou les coups d'éclat au sein du jury. Lors du Festival de Cannes 1987, le long métrage Les Yeux noirs de Nikita Mikhalkov était largement favori. Mais le réalisateur soviétique Elem Klimov aurait déclaré : . Ses camarades auraient cédé à cette exigence impérieuse et décernèrent la Palme d'or à Maurice Pialat pour Sous le soleil de Satan, hué, lors de la cérémonie de clôture, par l'assistance dont les faveurs allaient au film de Mikhalkov et aux Ailes du désir de Wim Wenders. Néanmoins, Yves Montand, qui présidait l'édition, justifia fièrement ce choix en affirmant que la Palme avait été attribuée à l'unanimité : . En 2009, l'ancien président du festival Gilles Jacob rompt le silence et dévoile les coulisses de la manifestation. Il révèle le secret de délibérations et met au jour l'autoritarisme de certains présidents du jury. Kirk Douglas, par exemple, imposa un ex æquo en 1980 pour la Palme d'or et put ainsi voir triompher Que le spectacle commence de Bob Fosse. Il prétexta ensuite une maladie pour ne pas rejoindre ses camarades qui souhaitaient revoter le prix pour le seul Akira Kurosawa avec Kagemusha, l'ombre du guerrier. En 1989, Wim Wenders qui remplaçait Francis Ford Coppola, démissionnaire de la présidence du jury, fit attribuer d'autorité la Palme d'or à Sexe, Mensonges et Vidéo, le premier long métrage de Steven Soderbergh et le prix d'interprétation masculine à James Spader, souhaitant même accorder au film tous les prix. En 1991, Roman Polanski n'aimait aucun film et privait ses jurés de toute parole jusqu'à ce qu'arrive Barton Fink des frères Coen. Ce fut la seule œuvre qu'il apprécia, étant par ailleurs très proche de son propre cinéma. Il n'hésita pas à désorganiser le vote et à multiplier les entorses au règlement : la veille des délibérations, il fit voter la Palme d'or à ses collègues après les avoir fait boire et refusa toute remise en cause du prix le lendemain. Polanski œuvra ensuite pour que deux nouveaux trophées (ceux de la meilleure mise en scène et du meilleur acteur) soient décernés aux frères Coen à défaut de toutes les récompenses du palmarès comme le fut son souhait. Le cas ne s'était jamais produit et Barton Fink devint le film le plus primé de l'histoire du festival. Gilles Jacob dut prendre des mesures pour éviter qu'un film ne puisse, à l'avenir, gagner trop de prix. En 1997, la présidence d'Isabelle Adjani fut aussi émaillée d'incidents. La comédienne régenta d'une main de fer l'emploi du temps de ses collègues, les forçant notamment à assister aux séances du matin et à suivre son régime alimentaire. En conséquence, elle déclencha une fronde au sein du jury et ne sut affirmer son choix pour la Palme qu'elle convoitait, sans en faire mystère, à De beaux lendemains d'Atom Egoyan. À la suite d'une proposition manœuvrière du cinéaste italien Nanni Moretti, elle accepta que la récompense suprême soit attribuée ex æquo à deux films, sans s'assurer au préalable que son film favori soit l'un d'entre eux. Le vote fut sans appel : L'Anguille de Shōhei Imamura et Le Goût de la cerise d'Abbas Kiarostami furent palmés et De beaux lendemains se contenta du grand prix. Récemment, les critiques ont accueilli avec circonspection la décision des présidents Quentin Tarantino (en 2004) et Isabelle Huppert (en 2009), soupçonnés de partialité et de favoritisme dans l'attribution de la Palme d'or. Le premier récompensa Michael Moore pour Fahrenheit 9/11 (les deux cinéastes étaient produits par Bob et Harvey Weinstein et Moore dénonçait violemment la politique de George W. Bush avant les élections présidentielles de 2004). La seconde honora Michael Haneke pour Le Ruban blanc, un cinéaste qui compte parmi ses amis et avec qui elle a tourné quatre films dont La Pianiste qui lui avait d'ailleurs valu son second prix d'interprétation cannois. Lors de la , Nanni Moretti, qui préside le jury, se voit soupçonné d'avoir cédé à un conflit d'intérêts en privilégiant son producteur et distributeur français historique Jean Labadie et des amis cinéastes comme Ken Loach et Matteo Garrone. Néanmoins, Thierry Frémaux rappelle que les délibérations sont soumises à un règlement strict dans la mesure où les gagnants sont désignés par un vote où chaque juré, président compris, n'a qu'une seule voix. Imprévus et coups d'éclat Les cérémonies et les conférences de presse sont retransmises en direct et sont donc émaillées d'incidents ou doivent faire face à des imprévus de taille. En 1999, Sophie Marceau, alors remettante de la Palme d'or, suscita les huées et sifflets du public pour ses hésitations et achoppements verbaux durant son discours sur scène. Kristin Scott-Thomas, maîtresse de cérémonie, dut intervenir. Coupant la parole à Sophie Marceau, elle demanda directement à David Cronenberg, président du jury, d'annoncer le nom des deux gagnants (Jean-Pierre et Luc Dardenne, pour Rosetta). Le discours erratique de Sophie Marceau pourrait être transcrit ainsi : . L'incident ne mit pas fin à la carrière de l'actrice (qui tourna une vingtaine de films depuis lors), et le Festival se poursuivit normalement par un discours des frères Dardenne. Les célébrités elles-mêmes provoquèrent parfois volontairement des polémiques durant les cérémonies, en dépit de la pression médiatique, sinon contre elle. En 2007, pour les 60 ans du Festival, trente-cinq réalisateurs avaient participé au film à sketches Chacun son cinéma. L'un d'entre eux, Roman Polanski, critiqua les journalistes lors de la conférence de presse qui les réunissaient après la projection officielle, jugeant que les questions posées n'étaient pas à la hauteur. Il a évoqué, pour la presse, , gâchée selon lui par . Le réalisateur franco-polonais décida ensuite qu'il était temps d'aller manger et quitta la salle. Affaire Lars von Trier Après avoir fait souffler un vent de scandale sur la Croisette en 2009 avec son film Antichrist, le cinéaste danois multi-récompensé Lars von Trier multiplie les provocations, lors du Festival 2011, à l'occasion de la projection de Melancholia. Lors de la conférence de presse, lorsqu'une journaliste du Times revient sur des propos tenus dans une interview pour un magazine danois dans laquelle il avoue son , notamment pour Albert Speer, il revient sur ses origines qu'il a longtemps cru juives avant de découvrir que son père était allemand, affirmant, tout en faisant volontairement l'amalgame : . Il poursuit sa provocation en parlant d'Hitler : , , . Il complète ensuite ses dires avec un commentaire sur la situation actuelle : . Prenant conscience de l'ambiguïté de sa déclaration, il annonce : avant de conclure . Il revient également sur la question de départ de la journaliste en expliquant à propos de Speer : . Le soir même, sur la demande de la direction du festival, von Trier publie un communiqué d'excuses : . La direction cannoise fait savoir, dans un autre communiqué, que le cinéaste s'est et . La presse s'empare rapidement des propos polémiques du réalisateur et en diffuse des extraits sans toujours les contextualiser ni en retranscrire la tonalité générale. Malgré les excuses de Lars von Trier, la direction du festival, à l'issue d'un conseil d'administration extraordinaire, le déclare « persona non grata » mais laisse son film Melancholia en compétition, cherchant à dissocier clairement . Tout en réitérant ses excuses, von Trier accepte cette décision, se disant et soulignant le fait qu'il s'agisse de , ce que confirme Gilles Jacob. Par la suite, le réalisateur s'explique longuement sur cette affaire, affirmant avoir seulement souhaité faire preuve d'un humour volontairement choquant et regrettant que celui-ci ait été mal interprété. Il confesse : . Il réitère par ailleurs ses excuses et son respect envers la direction du festival et sa décision tout en soulignant le fait qu'il considère la Shoah comme et rappelant que son goût pour l'esthétique nazie n'est en rien lié à ses convictions politiques. Toutefois, il estime que son exclusion du festival s'explique ainsi : . Scandales politiques et censure La sélection des films au Festival, qui impliquait initialement la participation des États fut parfois l'objet de rapports de force diplomatiques et politiques pouvant, dans un cas extrême, conduire à la censure d'un film. Le règlement du Festival stipulait que les films projetés ne devaient pas heurter la sensibilité des autres pays présents à Cannes (article 5 du règlement). Ainsi en 1956 la France accéda à la demande de l'Allemagne (Jacques Mandelbaum montre que la France anticipa cette demande), qui souhaitait le retrait de la sélection officielle d'un documentaire d'Alain Resnais, Nuit et Brouillard, qui traitait de la Shoah, des camps de concentration et des camps d’extermination. Cette censure suscita de vives protestations en France et outre-Rhin. La délégation allemande finit d'ailleurs par claquer la porte en raison de la non-sélection du film d'Helmut Kaütner Ciel sans étoiles, décision prise pour ne pas choquer la délégation russe. Ce mouvement ne restera pas sans effet, car depuis cette édition du Festival, aucun film n'a été retiré d'une sélection déjà communiquée au public pour des motifs similaires. François Guérif affirme cependant qu'en 1966, La Guerre est finie d'Alain Resnais fut radié de la compétition « après opposition du gouvernement espagnol ». Le réalisateur Claude Pinoteau explique quant à lui que son film Le Silencieux (1973) avait été sélectionné à Cannes mais qu'il fut retiré quand le réalisateur soviétique Sergueï Bondartchouk fut nommé président du jury ; cette affirmation est sujette à caution dans la mesure où Bondartchouk ne figurait pas dans le jury de 1973. En 2007, la Fondation du cinéma Farabi, rattachée au ministère de la culture iranien, adressa une critique par courrier à l'attaché culturel de l'ambassade de France de Téhéran, estimant que la sélection du film Persepolis de Marjane Satrapi était qui présentait . Le Festival de Cannes a donc beaucoup évolué depuis 1956, la censure ayant apparemment disparu bien que les pressions diplomatiques demeurent. Et d'autres fois, malgré une pression de l'État, des acteurs, ou réalisateurs, viendront présenter leurs films à Cannes. On remarque notamment Jiang Wen qui, pour Les Démons à ma porte (Guizi lai le) sélectionné en compétition et récompensé par le grand prix du jury en 2000, a été interdit de tournage durant plus de cinq ans en Chine. Les autorités de Pékin trouvent alors son film antipatriotique, notamment pour sa représentation, jugée dégradante, de villageois veules et opportunistes durant l'occupation japonaise dans les années 1940. Il est de plus reproché à l'auteur d'avoir présenté son film à Cannes sans visa officiel. Certaines personnalités médiatiques sont également à l'origine de vives polémiques. Lorsque la Palme d'or est attribuée à Underground d'Emir Kusturica en 1995, au lendemain du massacre de Tuzla, Alain Finkielkraut publie une tribune dans Le Monde intitulée « L'imposture Kusturica ». L'auteur y accuse le cinéaste de capitaliser sur la souffrance des martyrs de Sarajevo et de se livrer à une propagande pro-serbe honteuse sous couvert d'exprimer sa nostalgie de l'ancienne Yougoslavie. Bernard-Henri Lévy renchérit dans Le Point et reproche au réalisateur d'avoir lors des guerres yougoslaves et de faire d'Underground une arme idéologique au service des nationalistes serbes. Kusturica exerce son droit de réponse dans la tribune « Mon imposture » où il récuse les accusations proférées à son encontre. Il affirme également que ni Finkielkraut ni Lévy n'ont vu le film, ce que les intéressés confirment tout en maintenant leurs déclarations. Malgré le prestige mondial et l'entière autonomie dont jouit le Festival aujourd'hui, on remarque ainsi que des nombreux scandales politiques éclatent encore en raison la sélection de certains films. En 2010 par exemple, Sandro Bondi le ministre italien de la Culture décide de boycotter le festival en raison de la projection hors-compétition du film Draquila - L'Italie qui tremble de Sabina Guzzanti traitant de la manière dont le gouvernement Berlusconi a géré les conséquences du séisme de 2009 à L'Aquila. Cette même année, est organisée à l'initiative du député Lionnel Luca, une manifestation pour protester contre la présentation en compétition du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, taxé de révisionnisme, de falsification de l'histoire franco-algérienne et de dégradation volontaire de l'image des Français lors du massacre de Sétif en 1945. Quelques jours plus tard, c'est la présentation du film Soleil trompeur 2 qui s'accompagne d'une polémique touchant son metteur en scène Nikita Mikhalkov, accusé, par 97 réalisateurs russes pétitionnaires, de despotisme, de détournement des aides publiques et de trop grande proximité avec le premier ministre d'alors, Vladimir Poutine, dans sa gestion de l'Union des cinéastes russes. Le , une tribune publiée dans Le Monde à l'initiative du groupe féministe La Barbe est largement reprise par les médias, en France et à l'étranger. Elle dénonce le fait que les vingt-deux films de la sélection officielle du Festival ont tous été réalisés par des hommes. Le lendemain, Thierry Frémaux se défend de sexisme dans l'hebdomadaire L'Express. Gilles Jacob met fin à la polémique en affirmant que Thierry Frémaux et son équipe seraient à l'avenir plus à la sélection de films de femmes. Église et sélection Il est rare que l'Église s'immisce dans le monde du cinéma et celui du Festival de Cannes. Il lui est toutefois arrivé de condamner certains films. En 1960, l'Osservatore Romano, journal du Vatican, publia sept virulents articles contre le film italien La dolce vita de Federico Fellini qui venait d'obtenir la Palme d'or. Les catholiques étaient menacés d'excommunication s'ils voyaient le film, et ce n'est qu'en 1994, quelques mois après la mort du réalisateur Federico Fellini, que l'Église leva son interdiction. En revanche, les Jésuites défendirent le film. Le Ministère de la Culture censurera des parties du film. En 1961, le film Viridiana de Luis Buñuel fut interdit dans son pays, l'Espagne, alors sous dictature franquiste et condamné fermement par l'Église catholique qui le jugeait blasphématoire. Cela n'empêcha pas le jury du Festival de lui décerner la Palme d'or. Les différends entre Cannes et l'Église catholique se poursuivent de nos jours, par exemple en 2006, pour le Da Vinci Code de Ron Howard. Ce long métrage ouvrit le Festival de Cannes 2006, bien qu'il fût critiqué dans le monde religieux. Des associations catholiques ont dénoncé ce film, même si le Vatican condamnait tout boycott et action contre ce long métrage : il disait qu'. Controverses Le Festival de Cannes a souvent eu des imprévus, des controverses. Des starlettes qui se font photographier, à une partie de la poitrine qui sort de la robe, souvent ce sont des imprévus qui créaient du mouvement à la montée des marches. En 1946, première vraie édition du Festival, les organisateurs proposaient des projections gratuites au public et aux professionnels. Mais, les commerçants ne l'entendirent pas de la même oreille, et feront grève durant la totalité du Festival : ils pensaient que cela nuirait à leurs activités économiques. Cette même année, lors de la première projection, celle du film d'Alfred Hitchcock Les Enchaînés, les techniciens mélangèrent les bobines de pellicule et la projection fut une vraie catastrophe. Il n'y eut pas de nouvelle séance et le film repartit bredouille. On remarque aussi l'édition 1967 : Gunther Sachs, le mari de Brigitte Bardot, qui aurait marchandé la venue de sa conjointe en échange de la projection du documentaire Batouk qu'il produisait. Autre controverse majeure en 1975 avec l'explosion du Palais des Festivals. Cet attentat avait été provoqué par Le Comité de lutte populaire contre la perversion du peuple, fort heureusement pour la direction du Festival, personne ne fut blessé, et la cérémonie put continuer. Photographes et célébrités féminines Les photographes ont parfois provoqué une médiatisation alternative du Festival à cause de quelques célébrités féminines, notamment pour des raisons plus ou moins érotiques. Lors du Festival de Cannes 1954, alors que le festival n'en était qu'à sa , Simone Silva posait au bord de l'eau avec Robert Mitchum pour des photographes. Alors que le soleil chauffait, les photographes demandaient une pose sexy à l'actrice qui finit par enlever son soutien-gorge, l'acteur pressant alors ses seins contre lui. Le cliché fit le tour du monde, provoquant un scandale énorme autour du Festival et de l'actrice. Simone Silva fut contrainte de quitter le festival. En 1983, alors que les travaux inachevés du nouveau Palais des Festivals menacent de mettre fin à la , Isabelle Adjani refuse de participer à la conférence de presse et au photocall du film L'Été meurtrier et provoque la première, et unique, grève des photographes : ils déposèrent leurs appareils au pied des marches et tournèrent le dos à la star lors de sa montée des marches pour protester contre son attitude. Un autre événement fit le tour du monde en 2005 : alors qu'elle montait les marches, une bretelle de la robe de Sophie Marceau se détacha et un de ses seins fut accidentellement mis à nu. Sans le vouloir, elle devint l'un des événements du Festival de Cannes 2005 et celui de 2015. En 2008, l'actrice porno Yasmine provoqua quant à elle un scandale volontaire en soulevant sa robe sur les marches alors qu'elle n'avait pas de culotte en dessous. Autre événement, l'actrice Bella Hadid faits parler d'elle en robe ultrasexy ultrafendue lors du Festival de Cannes 2017 Critique et journalistes Le Festival de Cannes a souvent été critiqué. Mais il n'est pas le seul à avoir été touché, quelques films ont aussi dû subir les commentaires de certains magazines. Lors du Festival de Cannes 1973, une partie des critiques présents, accompagnés par le public, se déchaîneront contre le long métrage La Grande Bouffe de Marco Ferreri : « Immonde et scatologique » pour Télé 7 jours, « cinéma de pot de chambre » pour Minute, « l'enfer et l'ordure, le cauchemar et la complaisance, l'ennui et les latrines » pour Jean Cau dans Paris Match. Mais l'équipe du film n'en tiendra pas compte et ripostera : Philippe Noiret dira : . On verra aussi le réalisateur, Marco Ferreri, du haut d'un balcon, envoyer des baisers aux gens qui le huent, avec la braguette ouverte. Cette même année, La Maman et la Putain de Jean Eustache provoque également une forte polémique du fait de ses dialogues crus et la réception par le réalisateur du prix spécial du jury, lors de la cérémonie de clôture, sera accompagnée de sifflets. En 1985, ce n'est pas la critique qui se déchaînera, mais le journaliste Noël Godin qui avait alors décidé d'entarter Jean-Luc Godard venu présenter son film Détective. Pannes techniques Les pannes techniques, essentiellement causées par des prestataires, peuvent perturber les projections du festival comme cela fut le cas, dans le Grand Théâtre Lumière du Palais du Festival, pour le film Okja du Sud-Coréen Bong Joon-ho, en lice pour la Palme d'or, avec une interruption de 7 à 8 minutes pour un problème technique. Quelques beaux moments En 1955, le Prince Rainier de Monaco rencontra Grace Kelly alors qu'il venait voir La Main au collet d'Alfred Hitchcock en projection officielle. Ils se marièrent l'année suivante. De même, en 1980, Kirk Douglas rencontra sa future épouse Anne Buydens. Peu de temps après la mort de François Truffaut, lors du Festival de Cannes 1985, ses comédiens principaux se réunissent sur scène pour un dernier hommage et une photo. Quelques années plus tard, en 1989, les enfants et petits enfants de Charlie Chaplin montent sur scène pour le centenaire de sa naissance. En l'honneur de Jeanne Moreau, présidente du jury en 1995, la chanteuse et actrice Vanessa Paradis a interprété Le Tourbillon de la vie, chanson du film Jules et Jim. Les cinq acteurs principaux du film Indigènes, Samy Naceri, Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Bernard Blancan, ont chanté Le Chant des tirailleurs lors de la remise du prix d'interprétation masculine en 2006. En 1998, Roberto Benigni était en sélection officielle avec son long métrage La Vie est belle. Lorsque Martin Scorsese, le président de cérémonie, lui remit le grand prix, il sursauta sur son siège en entendant son nom et baisa les pieds du président. En 2002, Thierry Frémaux inaugure avec Pépé le Moko la projection cinéma numérique de films classiques restaurés. Le Festival en chiffres De 1946 à 2009, des milliers de films ont été projetés. Voici en bref les chiffres les plus marquants du Festival : Les cinq pays qui ont présenté le plus de films à Cannes sont : États-Unis : en sélection officielle. France : en sélection officielle. Italie : en sélection officielle. Royaume-Uni : en sélection officielle. Allemagne : en sélection officielle. Au total qui ont été projetés en dont le premier fut Les Enchaînés d'Alfred Hitchcock. De 1946 à 2011, prix et palmes du meilleur film ont été décernés. Voici le classement des nations les plus récompensées par la Palme d'or depuis 1955 : États-Unis : . Italie : . France : . Royaume-Uni : . Japon : . Danemark : . La palme d'or a fait son apparition en 1955 et a été remplacée entre 1964 et 1974 par le terme grand prix du festival. Les journalistes ont été de plus en plus présents au Festival : 1966 : . 1973 : . 1984 : . 1989 : . 1991 : . 1993 : . 1995 : . 1996 : . 2007 : . 2008 : . Le Festival de Cannes est aussi fréquenté par de nombreux visiteurs : 1993 : et . 1994 : et . 1996 : et . 2009 : et . Le Festival au cinéma et à la télévision Le Festival de Cannes a été le décor, voire le sujet, de tout ou partie des films suivants : Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie Histoire du Festival Cannes 1939, le festival qui n'a pas eu lieu, Olivier Loubes, éditions Armand Colin, , Jean-Marie Palach, Du sang sur le Tapis rouge, Pavillon noir, 2016 Carlos Gomez, Voir Cannes & survivre. Les dessous du festival, L'artilleur, 2017 Gilles Jacob, Dictionnaire amoureux du festival de Cannes, Plon, 2018. Témoignages Romans Autour du Festival de Cannes La Lettre, CST, mai et juillet 2021. Vidéos sur ina.fr L'histoire du Festival de Cannes sur ina.fr Fresque interactive sur plus de 70 ans de Festival Dossiers et sélections thématiques Les voix du festival : Mémoire audio retraçant 60 ans de Festival Articles connexes Festival de cinéma Histoire de Cannes Casino municipal de Cannes Cercle nautique (Cannes) Palais Croisette Palais des festivals et des congrès de Cannes :Catégorie:Direction du festival de Cannes Liste des présidents du jury du festival de Cannes Liens externes Histoire La naissance du Festival de Cannes en 1939 sur Cannes.com Actualité Un site en direct du Festival de Cannes, de 2007 à 2012 Bases de données et notices Le Festival de Cannes par année sur Allociné Cannes
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Ford
Ford
Ford (officiellement Ford Motor Company ou FMC) est un constructeur automobile américain, basé à Dearborn, une banlieue de la ville de Détroit, dans l'état du Michigan. Histoire Débuts C'est le , qu'Henry Ford crée la Ford Motor Company avec le soutien de onze investisseurs ayant réuni un capital de en espèces (soit 797 000 dollars en 2019). Les premières voitures furent livrées le 23 juillet 1903. L'usine est installée dans une ancienne fabrique de fiacres de Détroit, elle connaît des débuts difficiles. Mais Henry Ford fourmille d'idées : en cinq ans, il crée dix-neuf modèles différents. L'entreprise importe du caoutchouc du Congo léopoldien pour la fabrication de pneus et pièces de moteurs. Le succès vient en 1908 avec l'arrivée de la célèbre Ford T le . Ce modèle fut vendu à plus de quinze millions d'exemplaires dans le monde. Le succès de la Ford T fut tel que la demande dépassera l'offre. Ford n'eut même pas besoin de faire de publicité de 1917 à 1923. En 1922, Ford rachète le constructeur américain Lincoln à Cadillac. Pour produire la Ford T, Henry Ford dut mettre en place une nouvelle méthode de travail, appelée plus tard le « fordisme », inspirée directement du taylorisme, lui-même nommé O.S.T. (organisation scientifique du travail). Cette méthode se répandit rapidement au sein de l'ensemble des industries de transformation. Pour faire face à une relative saturation du marché résultant d'une diffusion très large de la Ford T, Henry Ford élabore le principe du renouvellement des versions pour ses automobiles. De nouvelles versions de la Ford T apparaissent, parfois avec des modifications mineures par rapport aux versions précédentes, afin que le marché soit régulièrement stimulé par cet effet de mode. Critiqué pour son importation de caoutchouc congolais (travaux forcés), Ford se tourne vers des productions brésiliennes et indonésiennes. Le succès du Modèle T permet à Ford de s'agrandir considérablement aux États-Unis, mais également en Asie (1909), en Amérique du Sud, en Europe (1911) et en Australie (1925), de nouveaux sites de production et d'assemblage voient le jour. Ce développement fulgurant s'accompagne d'un système de rémunération unique pour l'époque : pour huit heures de travail par jour en 1914. Il permet de produire les volumes suffisants pour faire face à l'engouement pour la voiture des "années folles". Il met en place la première chaîne d'assemblage le . Pendant la Première Guerre mondiale, Ford produit des sous-marins, des chars, des avions et des ambulances pour les Alliés. La société se lance par la suite dans la production de camions et de tracteurs (Fordson) en 1917. Suivit la production aéronautique en 1925 (avion Tri-Motor), rapidement stoppée par la dépression économique qui sévira aux États-Unis après la crise de 1929. En 1919, Henry Ford prend sa retraite et transmet les pouvoirs à son unique fils, Edsel, tout en continuant à s'intéresser de très près à la société. Dans les années 1920, le fordisme et ses corollaires – la mécanisation, l’amélioration des conditions de travail et le développement de l’économie – font d’Henry Ford un héros populaire en URSS et les ventes de véhicules Ford décuplent entre 1922 et 1925. Après la Première Guerre mondiale Ford inspire d'autres industriels, en Europe, tel que Citroën, qui investit massivement et devient le constructeur mondial, derrière Ford, en 1929. À la même époque, Ford achète le journal The Dearborn Independant qu'il transforme en tribune antisémite. Il compilera plus tard ses articles dans le livre Le Juif international, traduit en plusieurs langues, et qui inspira les écrits d'Adolf Hitler. Ainsi, Henry Ford est le seul américain cité dans Mein Kampf et fut le seul à avoir son portrait dans le bureau d'Hitler. Le , Ford sort sa dix-millionième voiture. Dans les années 1930, Ford se constitue, selon l'expression du quotidien The New York Times, . L'entreprise s'associe à la pègre de Détroit notamment afin de recruter des mercenaires capables d'intimider les syndicalistes et de mener des actions punitives contre les ouvriers grévistes. Dès 1927, la direction de Ford passe un accord avec le « Al Capone de Détroit », Chester LaMare, puis s'associe à Joe Adonis, l'un des chefs de la mafia new-yorkaise. Après un accident de la route survenu à Henry Ford, en 1927, Harry Bennett, le « directeur du personnel » et véritable de l'entreprise, se dit en mesure de rassurer le public quant à l'hypothèse que son patron aurait été victime d'un attentat : . L'affrontement le plus violent entre des recrues de la milice patronale et des syndicalistes eut lieu le , devant l'usine de River Rouge où des dizaines d'ouvriers syndiqués à la United Auto Workers s’apprêtant à distribuer des tracts sont attaqués. D'après les témoignages réunis par la Commission nationale des relations industrielles en juillet 1937, cinq miliciens étaient affectés pour chaque syndicaliste. En raison de la violence de ses pratiques anti-syndicales, le New York Times dit de Ford qu'il était . En 1927, Ford décide de remplacer la mythique Ford T et lance la Ford A. Ford s'implante de manière plus importante en Europe, notamment à Bordeaux, France en 1925, à Dagenham, Angleterre en 1929, puis à Cologne en Allemagne en 1930. Le site de Cologne devint le quartier général de Ford Europe. En 1932, Ford fut le premier constructeur à commercialiser un moteur V8, tandis que l'entreprise soviétique GAZ fonde son usine la même année, grâce à l'aide technique complète de Ford (chaîne d'assemblage, fourniture de moteurs, organisation, introduction du fordisme, envoi de coopérants, formation du personnel, etc.), trois ans après la signature de l'accord entre la société de Détroit et le gouvernement soviétique. À l'origine, l'usine Ford se situait à Berlin et a été vendue à l'URSS. La GAZ-A est la première voiture de la nouvelle société, réplique de la Ford A et le GAZ-AA, réplique du Ford AA assemblé son premier camion, dont la durée de vie ira au-delà de la Seconde Guerre mondiale. Ces modèles sont produits sous licence Ford. Les relations entre Henry Ford et Serguei Dyakanov, premier directeur de GAZ, étaient étroites et bonnes, professionnelles et personnelles. Cette amitié valut au soviétique de la part des autorités de son pays des soupçons d'intelligence avec l'étranger et de dérive droitière (à l'époque des Grandes Purges), et d'être arrêté, accusé, jugé et tué le par le NKVD pour espionnage au profit de gouvernements étrangers. Le , Ford sort sa 25 millionième voiture. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Ford se consacre à l'effort de guerre « allié » en construisant des bombardiers, des jeeps, des moteurs d'avions, des chars de combat pour le complexe militaro-industriel des États-Unis. En 1939, Edsel, le fils d'Henry Ford fonde la marque de voitures de luxe Mercury. Les usines de Ford en URSS produisent un très grand nombre de camions et autres véhicules pour l'armée rouge, tandis que l'usine allemande (Fordwerke) et l'usine de Poissy en France ont produit un grand nombre de véhicules militaires utilisés par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. General Motors et Ford deviennent les principaux fournisseurs de la Wehrmacht en véhicules de transport de troupes. Ford a nié ces allégations, toutefois il est prouvé que la société avait commencé à exploiter la main-d'œuvre de travailleurs forcés et de prisonniers de guerre avant même l'institution de cette exploitation très rentable par le gouvernement allemand. Des accusations identiques ont été portées contre de nombreuses entreprises américaines ayant des activités en Europe au moment du conflit. Mais aucune n'aura à ce point inspiré le national-socialisme. Après-guerre, l'entreprise recevra, des compensations de l’Etat américain pour les bombardements subis. Toutefois, elle versera en 2001, deux millions de dollars destinés à indemniser les victimes du travail forcé. Le président de la société, Edsel Ford, meurt prématurément en mai 1943. Ce sera Henry Ford qui le remplacera jusqu’à ce que l'aîné de ses petits-enfants, Henry Ford II, lui succède en septembre 1945. Henry Ford ne verra pas le renouveau de sa marque, il meurt le à l'âge de . Étonnamment, le passé nazi et antisémite de Henry Ford a été occulté dans beaucoup de ses biographies. Henry Ford incarne un tel modèle de réussite industrielle que certains préfèrent masquer les aspérités les plus grossières d'un homme qui resta un des contributeurs à l'antisémitisme américain. Après la Seconde Guerre mondiale, la Ford Motor Company est dans une situation critique : les modèles sont vieux, la société perd plusieurs millions de dollars chaque mois. Henry Ford II entreprend alors de réorganiser et de décentraliser la compagnie, pour lui permettre de faire face à une concurrence féroce. Quarante-quatre usines de fabrication, dix-huit usines d'assemblage, trente-deux centres de distribution de pièces détachées et treize centres de recherche/développement sont construits. La Ford Credit Company (service de financement) est créée en 1959, Motorcraft (pièces détachées) en 1961. C'est en 1963 que Ford ouvre sa première usine africaine, en montant des moteurs à Port Elizabeth. Avec le site d'assemblage de véhicules à Pretoria ouvert en 1968, l'Afrique du Sud demeure le seul pays d'implantation du constructeur sur le continent. En janvier 1956, Ford Motor Company ouvre son capital au public. Les actionnaires sont à aujourd'hui. Entre 1950 et 1970, la société va connaître une nouvelle phase mondiale de développement. La fameuse Ford Mustang sort en 1964 sur le marché américain. Sur le plan européen, de nombreuses infrastructures sont mises en place, avec, après la création de Ford France, celle de Ford Europe en 1967. En 1978, des plaintes sont déposées pour homicide après que trois personnes soient mortes brulées dans des Ford « Pinto ». Divers indices rassemblés par des journalistes indiquent que les dirigeants de la compagnie avaient en toute connaissance de cause choisi de mettre en vente le modèle alors qu'un défaut du réservoir à essence la menaçait d'explosion en cas de collision par l'arrière. Il s'agit de la première affaire de l'histoire judiciaire des États-Unis où une grande entreprise est accusée de meurtre. Cette même année, des responsables de Ford Motor Company sont présentés devant la justice pour avoir versé un million de dollars à un général indonésien afin d'obtenir un contrat d'une trentaine de millions de dollars. Histoire récente En 1979, Ford entre dans le capital du japonais Mazda, en prenant 24,5 %. En , Ford se renforce et porte sa participation à 33,4 % pour de dollars. Ford est alors le premier actionnaire de Mazda. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, Ford rachète les marques de luxe Aston Martin (1987), Jaguar (1990) ainsi que Volvo Cars (branche automobile de Volvo) au groupe Volvo AB pour de dollars en 1999. Le , Ford rachète Land Rover au constructeur allemand BMW. Le , Ford finalise le rachat de Land Rover pour un montant de de dollars soit environ trois milliards d'euros. En , en difficulté financière, Ford cède Aston Martin à un groupe d'investisseurs britanniques pour une somme avoisinant le milliard d'euros. Aston Martin venait pourtant de réaliser un bénéfice d'environ d'euros pour la première fois depuis plusieurs années. Le , Ford cède Jaguar et Land Rover à l'indien Tata Motors. Puis, en , Ford revend 20,4 % du capital de Mazda pour de yens, soit d'euros. Ford ne possède plus que 11 % du japonais. Le , le groupe Ford vend la marque automobile suédoise Volvo au constructeur chinois Geely pour de dollars. Cette vente a été signée au siège de Volvo Cars en Suède par le directeur financier de Ford et le président de Geely ce même jour. À la suite de la vente de Volvo Cars, la division Ford Premier Automotive Group disparait. En , Ford décide d'abandonner la marque américaine Mercury. La production doit être définitivement arrêtée fin 2010. En , Ford ramène sa participation dans Mazda Motor à 3,5 % et n'est plus le premier actionnaire du constructeur automobile japonais. En 2006, Ford détient un portefeuille de huit marques : Ford, Aston Martin, Land Rover, Lincoln, Mercury, Jaguar, Volvo et Mazda. En 2010, ce portefeuille est ramené à deux marques, la marque historique Ford et la marque de voitures de luxe Lincoln. Les autres marques ont été soit arrêtées, soit cédées. Le groupe annonce un investissement de 11,4 millards de dollars pour développer des modèles électriques. Identité visuelle Marché mondial Longtemps second constructeur mondial, derrière la General Motors, Ford est devenu en 2004 le troisième constructeur automobile mondial, dépassé par Toyota. Ford a ensuite été dépassé par le groupe allemand Volkswagen et fût en 2011 classé quatrième et il pourrait se classer cinquième si Stellantis né de la fusion FCA/PSA en 2021 réussi à le surpasser. Il emploie environ dans le monde. En janvier 2006, face à des pertes considérables et à l'érosion de ses parts de marché sur le marché américain (de 25 % en 1998 à 18,6 % en 2006), la société annonce un vaste plan de restructuration et la suppression de dans la division nord-américaine. Pendant la crise économique de 2008 et en pertes, Ford revend plusieurs marques afin de dégager des liquidités. En 2010, Ford affiche un résultat net de de dollars, contre en 2009 et après avoir cumulé de dollars de pertes entre 2006 et 2008. Le chiffre d'affaires s'établit en 2010 à de dollars (environ ), et les volumes de ventes atteignent de véhicules. Ford est bénéficiaire partout : en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe et en Asie-Pacifique-Afrique. En octobre 2012, Ford restructure sa division européenne en annonçant la fermeture en 2014 de l'usine de Genk en Belgique, où travaillaient encore ; en plus de l'annonce de la fermeture de l'usine de Southampton en Grande-Bretagne, où travaillaient . En 2013, Ford a vu ses ventes progresser de 49 % en Chine avec véhicules écoulés. En mai 2017, Ford annonce la suppression de , dans des postes administratifs. En août 2018, Ford célèbre le 10 millionième exemplaire produit de la Mustang. Le 9 septembre 2021, Ford annonce se retiré de l'Inde et fermé ses usines implantés depuis la fin des années 1990 d'ici fin 2022. En Europe La branche européenne de Ford est un des six grands constructeurs automobiles européens. Elle collabore avec Peugeot-Citroën, avec qui elle produit en commun ses moteurs Diesel. Basée en Allemagne, Ford Europe possède des usines dans les pays suivants : : Cologne (Siège social) : Ford Fiesta ; Sarrelouis : Ford Focus. (Ford C-Max et Kuga jusqu'en 2018). : Valence-Almussafes : Ford Focus, Ford C-Max II et Grand C-Max II, Ford Mondeo 4. Tychy (en partenariat avec Fiat) : Ford Ka II ; : Bridgend : Moteurs Essence EcoBoost ; Dagenham : Moteurs Diesel EcoBlue ; Halewood : Transmissions ; : Kocaeli : Ford Transit. : Craiova : Ford B-Max, Ford Ecosport II. Le 10 janvier 2019, Ford annonce qu'elle va supprimer des emplois et fermer des sites en Europe en raison d'une perte de parts de marché importante sur les vingt dernières années (chute de plus de 11 %). Sites fermés : , Plonsk (fermé en 2000). , Southampton (fermé en 2013). , Genk (site fermé fin 2014, la production est transférée en Espagne) : Ford Mondeo 1-2-3, Ford S-Max, Ford Galaxy. , Bordeaux-Blanquefort : fabrication de transmissions automatiques six-vitesses et double embrayages (site fermé en octobre 2019). Production 1925 : sortie du dix millionième véhicule ; 1931 : sortie du vingt millionième véhicule ; 1937 : sortie du vingt-cinq millionième véhicule ; 1959 : sortie du cinquante millionième véhicule ; 1977 : sortie du cent millionième véhicule ; 1979 : sortie du cent cinquante millionième véhicule, c'est une Ford Mustang ; 2003 : sortie du trois cent millionième véhicule, c'est une Ford Mustang ; 2012 : sortie du trois cent cinquante millionième véhicule, c'est une Ford Focus. Modèles d'automobiles Ford Listes non-exhaustives Modèles européens Anciens Actuels Fiesta VII (depuis 2017) : petit modèle à trois ou cinq-portes. Focus IV (depuis 2018) : berline compacte quatre et cinq-portes, et break (SW). Mondeo IV (depuis 2014) : berline quatre et cinq-portes. S-Max II (depuis 2015) : grand monospace à cinq et sept places. Galaxy III (depuis 2015) : grand monospace à sept places, techniquement très proche du S-Max. Ecosport II (depuis 2015) : petit SUV. Kuga II (depuis 2013) : SUV compact. Existe en 4x4 et 4x2. Puma II (depuis 2019) : Crossover compact Edge II (depuis 2015) : grand SUV Premium. Ranger III (depuis 2012) : pick-up en deux ou quatre-portes. Explorer VI (depuis 2019), SUV familial. Mustang VI (depuis 2016) : grand coupé Premium. 2030 : Les futurs modèles tous électriques En 2021, Ford annonce vouloir opérer une transition vers le tout électrique d'ici à 2030. Le groupe annonce à cet effet un investissement d'un milliard de dollars pour son site de Cologne en Allemagne afin d'"accélérer la production de ses véhicules électriques et développer et électrifier de manière substantielle sa gamme de véhicules utilitaires". Conduite automatisée En 2020, Ford est également partie prenant du programme de véhicule automatisés d'Argo AI. Modèles nord-américains (États-Unis, Mexique, Canada) Anciens Actuels Ford Fiesta, une sous-compacte introduite pour l'année-modèle 2012. C'est un modèle largement inspiré de la Fiesta en vente en Europe, seuls quelques détails ont été modifiés afin de correspondre aux standards nord-américains. Fusion, sortie en 2013, identique à la Ford Mondeo. Edge, introduit en 2007, ce véhicule de loisirs aux airs de familiale est le second véhicule à porter le look « New Edge ». Ce fut le premier à intégrer le système Sync/MyFord Touch. Mustang, en coupé et cabriolet, renouvelé pour la dernière fois en 2014. F-Series, un pick-up extrêmement populaire aux États-Unis : il y est en tête des ventes, toutes catégories confondues depuis plus de vingt ans. Flex, un monospace de cinq ou sept places, avec ou sans transmission intégrale, lancé en 2008. Escape, 4x4 né, à l'origine, de l'union entre Ford et Mazda. Pour l'année-modèle 2013, il est identique au Ford Kuga. Existe en version hybride. Explorer, 4x4 très populaire jusqu'à la flambée du prix du pétrole. Lancé au début des années 1990. Expedition, version longue de l'Explorer, peut avoir jusqu'à huit places. Il dispose d'une version encore plus longue baptisée « EL ». Ranger, un pick-up très populaire dans les années 1990. Il disparaît en 2012 puis réapparait en 2019. E-Series, un très gros van. Existe en plusieurs longueurs et en versions utilitaires ou familiales. Transit, Van identique au Ford Transit 2T européen. Principal concurrent du RAM ProMaster (autre van « à l'européenne » sur le marché américain). Transit Connect, mini-van introduit en 2010 comme premier modèle européen de Ford introduit aux États-Unis. Concept cars Les designs 1985-1995 : Bio-design ; 1995-2005 : ; Depuis 2005 : . Co-entreprises En 1995, Ford s'allie avec JiangLing pour construire les utilitaires Ford Transit puis avec ChangAn pour les berlines. Liste des présidents de la Ford Motor Company Présidents Directeurs généraux Actionnaires Compétition automobile Dès ses débuts Henry Ford a engagé ses voitures dans la compétition automobile, lui permettant de gagner en notoriété. Aujourd'hui, Ford participe toujours au SportsCar Championship et aux NASCAR Cup Series aux États-Unis. En Europe, Ford participe, entre autres, aux 24 Heures du Mans (une épreuve qu'elle a remportée à quatre reprises au général avec sa Ford GT40, en 1966, 1967, 1968, et 1969) dans les catégories GTE Pro et GTE Am. La Formule Ford est une catégorie de monoplaces en existence depuis les années 1960. Controverses Argentine En 2017, d'anciens cadres de la branche argentine de Ford sont jugés à Buenos Aires pour complicité dans les tortures et exécutions de sous la dictature militaire. En 1976, après le coup d’État contre le gouvernement d'Isabel Perón, une unité de l'armée avait investi l'usine Ford et avait fait peu à peu disparaitre 24 délégués syndicaux. Les cadres de l'entreprise Ford de Buenos Aires sont accusés d'avoir autorisé la mise en service d'un centre de torture clandestin au sein de l'usine et d'avoir désigné les leaders syndicaux à éliminer. L'entreprise a bénéficié de ce climat de terreur pour augmenter les cadences de productivité de l'usine et supprimer toute revendication sociale. France Le 13 décembre 2018, Ford est accusé de « trahison » par le ministre de l'économie et des finances français, Bruno Le Maire. Un communiqué de Ford indique son refus d'accepter l'offre de reprise du Franco-Belge Punch Powerglide pour son site de Blanquefort. Cette décision, qui a pour conséquence d'engendrer un plan social et la perte de 850 emplois, provoque une réaction de colère de la part du ministre qui reproche à Ford de ne pas avoir tenu ses promesses et ne pas avoir tenu compte de la catastrophe humaine et sociale qui naîtra de sa décision. Il reproche aussi à Ford de ne pas avoir daigné lui répondre au téléphone, bien qu'il tente de joindre la direction de l'entreprise américaine : Le 21 décembre 2018, la métropole de Bordeaux annonce vouloir demander à Ford de lui rendre l'argent qu'elle avait alloué afin de tenter de sauver le site de Ford Blanquefort. Une motion est votée qui demande le remboursement d' d'euros versés par la collectivité selon un contrat-cadre datant de 2013. Les élus, qui qualifient de « scandaleuse » la décision de Ford de ne pas avoir accepté l'offre de reprise de Punch Porwerglide, justifient cette demande de remboursement afin que ces sommes . Le 7 janvier 2019, l'administration révèle qu'elle a vingt-et-un jours, soit jusqu'au 28 janvier, pour valider le plan social proposé par Ford pour son site de Blanquefort. L'État espère toujours convaincre l'entreprise américaine de revendre son usine de Blanquefort au Belge Punch. Le 7 février 2019, les salariés de l'usine de Blanquefort refusent le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) proposé par Ford. Le 4 juin, la CGT décide d'assigner le constructeur devant le TGI de Bordeaux pour tenter de bloquer la fermeture de l’usine. Le syndicat conteste en effet le motif économique avancé pour justifier cette fermeture, et reproche à Ford un abus de droit de refuser un repreneur. Le 24 juillet, sans préavis, la production est stoppée par la direction du site. La direction France confirme la fin de la production. Gilles Lambersend, secrétaire CGT du comité d'entreprise, affirme que la direction a profité de l'absence d'une partie des syndicalistes pour vider les chaines de montage. Notes et références Annexes Articles détaillés Ford France Big Three Classement mondial des entreprises leader par secteur Économie de la construction automobile aux États-Unis Usine Ford de l'avenue Piquette Usine Ford de Southampton Impact de la crise des subprimes sur l'industrie automobile américaine Liens externes Constructeur automobile ayant son siège aux États-Unis Constructeur de véhicule touristique Marque américaine Société cotée au NYSE Entreprise ayant son siège à Détroit (Michigan) Entreprise fondée en 1903 Famille Ford
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Liste des fleuves de France
Ces tableaux présentent le classement non exhaustif des fleuves de France, selon leur longueur sur le territoire national. Les rivières du pays sont traitées dans un article séparé. France métropolitaine Sans être exhaustive, cette liste des cours d'eau métropolitains est classée, par défaut, en ordre alphabétique croissant. Il est indiqué la longueur du cours d'eau et le nom de la mer ou océan dans lequel il se déverse. Guyane Liste des fleuves de Guyane, ordonnée par longueur décroissante. Tous ces fleuves se jettent dans l'océan Atlantique. Réunion Liste des fleuves de La Réunion, ordonnée par ordre alphabétique. Tous ces fleuves se jettent dans l'océan Indien. Guadeloupe Liste des fleuves de la Guadeloupe de plus de de longueur, ordonnée par longueur décroissante. Tous ces fleuves sont situés sur l'île de Basse-Terre. Notes et références Voir aussi Bibliographie . . Articles connexes Liste de fleuves dans le monde classés par continents Liste des cours d'eau de France par longueur Liste de rivières de France Liste des canaux de France Liste des estuaires de France Géographie de la France Liens externes Sandre Banque Hydro Recherche de cours d'eau sur le Sandre Association française des Établissements publics territoriaux de bassin
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Frank Herbert
Frank Herbert, né Frank Patrick Herbert, Jr. le à Tacoma dans l'État de Washington et mort le à Madison dans le Wisconsin, est un écrivain américain, auteur de romans de science-fiction. Ses œuvres connurent un succès critique et commercial. Il doit principalement sa célébrité au roman Dune et à la série de cinq romans qui s'ensuivit. La saga de Dune aborde des thèmes tels que la survie de l'espèce humaine et son évolution, l'écologie, ou encore les interactions entre la religion, la politique et le pouvoir. Elle est considérée par beaucoup comme un classique dans le domaine de la science-fiction. Biographie Frank Herbert est né le à Tacoma dans l'État de Washington, de Frank Herbert et Eileen McCarthy Herbert. Il décide très tôt de devenir écrivain. Il termine ses études secondaires en , et en , il ment sur son âge afin d'obtenir son premier emploi pour le journal Glendale Star. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sa carrière d'écrivain est momentanément suspendue lorsqu'il sert les Seabees de l'US Navy pendant six mois en tant que photographe, avant de devoir arrêter cette activité pour raisons médicales. En , il épouse Flora Parkinson à San Pedro en Californie. Il divorce en après la naissance de sa fille, Penny. Après la guerre, il s’inscrit à l'université de Washington, où il rencontre Beverly Ann Stuart en lors d'un cours d'écriture créative. Ils sont les seuls à réussir à vendre et faire publier une partie de leur travail : Herbert parvient à vendre deux histoires d'aventure à un pulp magazine et Beverly une au magazine Modern Romance. Herbert n'obtient cependant pas de diplôme universitaire, car il ne veut étudier que les sujets qui l'intéressent. Après l'université, il se remet au journalisme en travaillant pour le Seattle Star, lOregon Statesman et le San Francisco Examiner's California Living Magazine. Frank et Beverly se marient en à Seattle. Ils auront deux fils, Brian, né en , et Bruce, né en . En , Herbert vend son premier récit de science-fiction, Looking for Something, au magazine Startling Stories. La même année, il publie sa première nouvelle de science-fiction dans Astounding et devient psychanalyste jungien, et analyste. Dans les années qui suivent, il fait paraître près de vingt nouvelles de ce genre. Mais sa carrière d’écrivain débute véritablement avec la publication du Dragon sous la mer (The Dragon in the Sea) en , inspiré par sa longue étude de la psychologie des profondeurs. Il utilise l’environnement d'un sous-marin du pour explorer les rouages de la folie. Le livre prédit des conflits mondiaux autour de la consommation et de la production de pétrole. Il est très bien accueilli par la critique mais ne devient pas pour autant un succès commercial. En , alors qu’il est censé rédiger un article sur les dunes de Florence (de l'Oregon Dunes National Recreation Area) dans l'Oregon, Herbert se retrouve captivé par le sujet et accumule beaucoup plus d'informations qu'il ne lui en faut pour un simple article. Ce dernier ne sera d'ailleurs jamais écrit, mais il marque le début de l'écriture de la saga de Dune. Dans les années 1960, Herbert peut se consacrer entièrement à sa carrière d'écrivain grâce à sa femme, qui reprend alors un travail à temps plein comme publicitaire. Après six ans d'écriture et de recherche, Herbert achève enfin Dune. Le roman, bien plus long que les histoires de science-fiction de l'époque, est d'abord publié dans la revue analog en deux parties, en et , mais est ensuite rejeté par près de vingt éditeurs avant d'être finalement accepté par Chilton, une petite maison d'édition de Philadelphie, qui lui offre une avance de . Dune reçoit bientôt les faveurs de la critique, puis remporte le prix Nebula en et le prix Hugo en 1966. Il s'agit du premier roman de science-fiction accordant une grande place à l'écologie, mais qui fait également intervenir des thèmes tels que la politique, la religion, ou encore la survie de l'espèce humaine. Herbert utilise également des points de vue multiples à l'aide de ses différents personnages, une approche que l'on retrouve par la suite dans toutes ses œuvres . Le livre ne devient cependant pas immédiatement un best-seller. Jusqu'en 1968, Herbert en tire bien plus que la plupart des romans de science-fiction de l'époque (), mais pas suffisamment pour lui permettre de devenir écrivain à plein temps. La publication de Dune lui ouvre néanmoins de nouvelles portes. De à , il travaille comme rédacteur pour la section éducation du journal Seattle Post-Intelligencer et comme maître de conférences en études générales et interdisciplinaires à l'université de Washington. En 1972, il travaille au Viêt Nam et au Pakistan comme consultant en écologie. En 1973, il est directeur-photographe pour le show télévisé The Tillers. En , il cesse d'écrire pour les journaux et devient un écrivain à plein temps. Pendant les années 1970 et 1980, il profite d'un succès commercial considérable en tant qu'auteur. Il partage son temps entre ses deux résidences, l'une à Hawaï et l'autre dans l'État de Washington, et écrit de nombreux livres où il met en avant ses idées écologiques et philosophiques. Sa maison de l'État de Washington est un « projet de démonstration écologique ». Il poursuit le cycle de Dune qui comportera finalement six volumes. Il publie également d'autres livres, tels que Et l'homme créa un dieu, le Cycle des Saboteurs ou encore le Cycle du Programme Conscience en coopération avec Bill Ransom. Mais, en , sa femme Beverly est victime d'un cancer. Elle subit une opération qui lui permet de survivre mais qui affecte sa santé. Elle meurt en , l'année où est publié Les Hérétiques de Dune. 1984 est une année tumultueuse pour Herbert, qui assiste également à l'adaptation au cinéma de Dune par David Lynch. Malgré de fortes attentes, une production à gros budget et une distribution incluant plusieurs stars hollywoodiennes, le film est dans l'ensemble mal accueilli par la critique aux États-Unis. En revanche, il connaît le succès en Europe et au Japon . Après la mort de sa femme, Herbert épouse Theresa Schackleford en et publie La Maison des mères, dernier volume du cycle de Dune qu'il écrira, bien qu'une suite ait été prévue. La postface de l'ouvrage contient un hommage à sa défunte femme Beverly. Le , il décède d'une embolie pulmonaire survenue à la suite d'une opération pour soigner son cancer du pancréas, à l'âge de 65 ans. Thèmes et idées En explorant dans ses romans de science-fiction des thèmes variés tels que la philosophie, la religion, la psychologie, la politique ou encore l'écologie, Frank Herbert a conduit bon nombre de ses lecteurs à s'intéresser eux-mêmes à ces domaines. Cet engouement s'est révélé tel chez certains lecteurs que ces derniers se sont mis à lire tout ce qu'avait pu écrire Herbert, le considérant comme une référence sur les sujets abordés dans ses œuvres. Mais lorsqu'on lui demanda à plusieurs reprises s'il était en train de créer un nouveau culte, Herbert déclara clairement qu'il y était fermement opposé. Il veillait également soigneusement à ne pas donner de réponses précises aux questions qu'il soulevait dans ses romans. Parmi les idées importantes évoquées dans ses livres, on peut citer : les dangers liés au leadership, en particulier la tendance des hommes à suivre aveuglément et avec servitude les leaders charismatiques (Muad'Dib dans Dune), mais aussi les dangers de la bureaucratie et du gouvernement (cycle des Saboteurs) ; l'importance de penser sur le long terme et avec une approche systémique (le thème de l'écologie dans Dune) ; les relations étroites entre la religion, la politique et le pouvoir en général (le Bene Gesserit dans Dune) ; l'étendue du potentiel humain, abordé sous de nombreux aspects : la capacité de l'homme à s'adapter à ses conditions de vie pour survivre (les Fremens de Dune, les Dosadi dans le roman du même nom), la spécialisation du corps et de l'esprit humain (les techniques du Bene Gesserit dans Dune) ou encore les possibilités apportées par l'utilisation de substances chimiques (l'épice dans Dune) ; la « santé mentale » et la folie ; Frank Herbert s'intéressait au travail de Thomas Szasz et à l'antipsychiatrie, et interroge souvent la notion de folie ; la façon dont le langage influence la pensée ; la conscience et l'intelligence artificielle (Destination vide et aussi Dune avec le Jihad Butlérien) ; les dangers du prophétisme (Dune (en tant que série)). Pour certains lecteurs, Beverly Herbert est l’inspiratrice du personnage de dame Jessica (de la même manière qu’Edith Tolkien avait inspiré à son mari celui de Lúthien Tinúviel dans Le Silmarillion). Œuvres Cycle de Dune Cycle du Programme conscience Cycle des Saboteurs Romans indépendants Recueils de nouvelles Frank Herbert a également publié de nombreuses nouvelles, des essais et de la poésie (sans traduction française). De nombreux livres lui ont été consacrés. Nouvelles Hommages et postérité En 1983, le groupe de heavy metal Iron Maiden demanda la permission à Frank Herbert de reprendre le titre de son roman Dune pour nommer une de leurs chansons, et d’utiliser une citation de l’œuvre comme « introduction ». On fit alors à Steve Harris (Bassiste d'Iron Maiden) la réponse suivante . La chanson fut donc nommée To Tame a Land. Le fils aîné de Frank Herbert, Brian Herbert, a prolongé la saga de Dune en collaboration avec Kevin J. Anderson avec deux premières trilogies au début des années 2000 : Avant Dune et Dune, la genèse, toutes deux antérieures aux événements relatés dans le Cycle de Dune ; Ils ont aussi publié deux livres (appelés Dune 7) qui font suite à La Maison des mères, composés à partir d’ébauches laissées par Frank Herbert : Les Chasseurs de Dune et Le Triomphe de Dune (paru en août 2007) ; En 2005, ils publient La Route de Dune, un recueil regroupant des chapitres inédits de Dune et du Messie de Dune, mis de côté par Frank Herbert, et complétés par des nouvelles de Brian Herbert et Kevin J. Anderson. Depuis 2008, ils ont entamé un cycle nommé les Légendes de Dune, dont l'intrigue traite des années qui séparent les premiers romans du cycle originel. Enfin, depuis 2012, un dernier cycle est publié sous le titre Dune, les origines, un cycle qui, dans la chronologie de l'univers, fait directement suite à Dune, la genèse. Brian Herbert a aussi été l'auteur d'une biographie de son père, intitulée The Dreamer of Dune et publiée aux États-Unis en 2003. Celle-ci n'a cependant pas connu de traduction française. Notes et références Annexes Bibliographie Liens externes Naissance en octobre 1920 Naissance à Tacoma Romancier américain du XXe siècle Écrivain américain de science-fiction Nouvelliste américain du XXe siècle Créateur de langues Dune Lauréat du prix Apollo Lauréat du prix Cosmos 2000 Lauréat du prix Hugo du meilleur roman Lauréat du prix Nebula du meilleur roman Science Fiction Hall of Fame Décès en février 1986 Décès à 65 ans Décès à Madison (Wisconsin) Mort d'un cancer du pancréas Mort d'une embolie pulmonaire Mort d'un cancer aux États-Unis
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Floride
La Floride ( ; ) est un État du Sud-Est des États-Unis, sur la côte du Golfe. Elle est bordée à l'ouest par le golfe du Mexique, au nord par l'Alabama et la Géorgie et à l'est par l'océan Atlantique. Avec plus de d'habitants en 2019, il s'agit du troisième État le plus peuplé du pays après la Californie et le Texas. Avec une superficie de , la Floride se classe au des États fédérés. Sa capitale politique est Tallahassee, mais l'agglomération la plus peuplée est Miami, qui compte plus de d'habitants (estimations de 2017). La Floride est constituée à l'est d'une péninsule d'environ de long et à l'ouest d'une bande côtière étroite d'environ de long en forme de « queue de poêle » (). Sa géographie est marquée par un littoral étendu, par l'omniprésence de l'eau et par la menace des ouragans. Le relief se caractérise par de faibles altitudes et des terrains sédimentaires, le climat variant de subtropical au nord, à tropical au sud. Ses animaux emblématiques, comme le lamantin et l'alligator, peuvent être aperçus dans les Everglades, l'un des parcs nationaux les plus connus au monde. Depuis sa découverte, en 1513, par l'Espagnol Juan Ponce de León qui la baptise ( en référence au dimanche des Rameaux), la Floride est un enjeu pour les puissances coloniales européennes avant d'intégrer les États-Unis en 1845. Elle est le théâtre des guerres séminoles, contre les Amérindiens, puis de la ségrégation raciale, après la guerre de Sécession ; elle se distingue par son importante communauté cubaine et une forte croissance démographique soulevant des problèmes environnementaux. Son économie repose principalement sur le tourisme, l'agriculture et les transports, qui se développèrent à la fin du . Elle est connue pour ses parcs d'attractions, la production d'oranges et le Centre spatial Kennedy. La culture floridienne est le reflet d'influences et d'héritages multiples, amérindiens, afro-américains, euro-américains et hispaniques, héritages que l'on retrouve dans l'architecture et la gastronomie. La Floride attire de nombreux écrivains comme Marjorie Kinnan Rawlings, Ernest Hemingway, ou encore Tennessee Williams et continue de séduire les vedettes et les sportifs. Elle est internationalement réputée pour le tennis, le golf, les courses automobiles et les sports liés à la mer. Origine du nom La Floride (en anglais : Florida) doit son nom au conquistador Juan Ponce de León, qui découvre la région au moment du dimanche des Rameaux, en avril 1513. Cette fête est alors connue en France sous le nom de « Pâques fleuries » et en Espagne sous le nom de Pascua florida. Histoire Époque précolombienne On a longtemps pensé que les premiers arrivants descendaient des peuplades venues d'Asie, qui pénétrèrent en Amérique du Nord par le détroit de Béring alors émergé entre 20000 et 15000 Des experts favorisent plutôt la thèse selon laquelle la péninsule a été peuplée par des groupes originaires d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, qui sont arrivés en Floride après être passés par les Antilles. Les Paléoaméricains entrèrent sur le territoire actuel de la Floride, il y a environ , pendant la glaciation du Wisconsin. À cette époque, le niveau des mers est inférieur d'une centaine de mètres à celui des . La péninsule de Floride était alors deux fois plus étendue et connaissait un climat plus sec et plus frais. Une mégafaune disparue peuplait la région (tigre à dents de sabre, tatou géant, chameaux). Compte tenu du manque d'eau potable, les Amérindiens vivent à proximité des dolines et des bassins calcaires. Le site préhistorique de Page-Ladson a révélé des objets amérindiens parmi lesquels des pointes de la culture Clovis. Vers -8000 le réchauffement climatique provoque une élévation du niveau moyen des mers. Le climat de la Floride devient plus chaud et plus humide. De nouvelles cultures amérindiennes fondées sur la cueillette et la pêche (période archaïque) apparaissent. Les premières communautés se sédentarisèrent près des littoraux à partir de 5000 . Les plus anciens campements semi-permanents se développent le long des voies navigables. Les Amérindiens créent des sambaquis, des grands dépôts de coquillages qui subissent une fossilisation chimique par l'action de l'eau de pluie. Ils édifient des tumulus comme ceux de ou de . Quelque funéraires sont disséminés un peu partout à travers la Floride. Ces mystérieux tumulus contiennent les dépouilles de chefs amérindiens ou de personnages religieux, étendus le visage vers le soleil, et recouverts par d'autres membres importants de la tribu, enterrés quant à eux la face tournée vers la terre. La poterie cuite fait son apparition vers 2000 La culture archaïque se diversifie vers 500 pour donner naissance à des cultures régionales. Les peuples présents dans le nord-ouest de la Floride actuelle sont influencés par la civilisation du Mississippi, alors que ceux qui vivent au sud et à l'est conservent des caractéristiques héritées de la période archaïque. La culture du maïs se diffuse au nord d'une ligne allant de à la baie de Tampa. Elle arrive au sud de la péninsule vers le Les échanges de produits et de nourriture se développent avec les autres peuples du Sud-Est de l'Amérique du Nord. Au , la population de Floride doit être comprise entre et répartis en de nombreux villages et tribus. Les conquistadors espagnols ont recensé une centaine de noms de peuples amérindiens : les mieux organisés étaient les Apalachees. Les Timucuas vivaient dans des villages séparés dans le nord-est et le centre. Les Calusa occupaient le sud de la péninsule. Colonisation européenne Les premiers explorateurs européens ont pu voyager près du Sud de la Floride dès 1499. Selon une légende populaire, l'Espagnol Juan Ponce de León aurait découvert la Floride en cherchant la fontaine de Jouvence. Il débarqua sur la côte orientale de la péninsule entre le 2 et le , sans doute près de l'actuelle ville de Saint Augustine. Il baptisa l'endroit , ce qui signifie en référence au dimanche des Rameaux. Il fit route ensuite vers le sud où il fut blessé dans un affrontement contre les Calusas. Il revint en Floride en 1521 afin de trouver de l'or et d'évangéliser les Amérindiens. L'établissement qu'il fonde avec environ 200 colons ne dure pas à cause des attaques répétées des Amérindiens dans lesquelles Ponce de Léon laisse la vie, après avoir été ramené à Cuba. L'expédition de Pánfilo de Narváez reconnaît la côte occidentale de la Floride, mais l'Espagnol trouve la mort dans une attaque amérindienne en 1528. Le , Hernando de Soto débarque près de l'actuel Bradenton dans la baie de Tampa et explore l'intérieur des terres. Une tentative de colonisation à Pensacola menée par Tristán de Luna en 1559 est finalement abandonnée en 1561. Dans la course aux colonies, la France s'intéresse à l'Amérique du Nord dès le . Le huguenot français Jean Ribault aborde la côte orientale de Floride le et prend possession de la Floride au nom du roi de France. Il construit le bastion Charlesfort pour défendre la nouvelle colonie de la Floride française. Le , René de Laudonnière fonde un second fort en Floride française, le Fort Caroline (Jacksonville). Le , la colonie espagnole de San Augustin est fondée par Pedro Menéndez de Avilés : elle devient ainsi la plus ancienne colonie des États-Unis occupée en continu par des Européens. Les religieux espagnols, en particulier des jésuites puis des franciscains, commencent à édifier des missions pour évangéliser et encadrer les Amérindiens. Les établissements espagnols de Floride sont attaqués par les Français puis par les Anglais et les Britanniques du . La fondation de la Géorgie en 1733, l'effondrement du système missionnaire et les défaites des Apalachees, alliés des Espagnols, ouvrent la région aux raids britanniques jusqu'aux Keys. Durant l'époque moderne (), les navires européens utilisent le courant du Gulf Stream pour retourner en Europe, si bien que le détroit de Floride devient un lieu de passage stratégique. Plusieurs navires s'échouent sur les récifs et certaines îles servent de refuge aux pirates et aux esclaves en fuite. Le traité de Paris (1763) met fin à la guerre de Sept Ans et modifie considérablement la carte des colonies d'Amérique du Nord : l'Espagne doit céder la Floride aux Britanniques. La plupart des habitants, qu'ils soient colons ou Amérindiens, quittent la région. La métropole britannique divise le territoire en deux entités : la Floride orientale, avec pour capitale Saint Augustine et la Floride occidentale avec pour principale ville Pensacola ; elle encourage l'installation de nouveaux colons, en particulier dans la partie orientale, en leur offrant des privilèges commerciaux et des terres. Durant cette période, les Amérindiens creeks immigrent en Floride pour former le peuple Séminole. La Floride est un enjeu de la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783). Contrairement aux Treize Colonies, elle reste fidèle à la couronne britannique et accueille même des réfugiés loyalistes. Les Espagnols s'emparent de Pensacola en 1781 et d'une grande partie de la Floride Occidentale. Le traité de Paris (1783) redonne la Floride à l'Espagne, sans en préciser les frontières. Les États-Unis souhaitent que l'ancienne limite d'avant 1767 soit reprise. Le traité de San Lorenzo entérine ce choix en 1795. Souveraineté américaine et guerres séminoles La Floride est cédée aux États-Unis par le traité d'Adams-Onís, signé le 22 février 1819, et constituée en territoire le . La capitale est installée à Tallahassee, à mi-chemin entre Saint Augustine et Pensacola. Le premier gouverneur est Andrew Jackson auquel succéda William Pope Duval dès 1822. Les colons américains développent une économie de plantation similaire à celle du Sud profond. Après la Première guerre séminole (1814-1819), ils font pression sur le gouvernement américain pour qu'il déplace les Amérindiens. En 1832, celui-ci signe le traité de avec certains des chefs séminoles, en leur promettant des terres à l'ouest du Mississippi s'ils acceptent de quitter la Floride. De nombreux Séminoles partent à cette époque, alors que ceux qui restent se préparent à défendre leur terre. En 1835 l'armée américaine arrive pour faire respecter le traité signé trois ans plus tôt, ce qui déclenche la Seconde guerre séminole menée par Osceola. Après son arrestation, des négociations de cessez-le-feu sont lancées en 1837. Il meurt en captivité moins d'un an plus tard. La guerre s'éternise jusqu'en 1842 et devient la plus coûteuse des guerres indiennes du . Après le conflit, les Séminoles sont en majorité déportés à l'ouest du Mississippi, seuls 300 d'entre eux sont autorisés à demeurer dans les Everglades. Le , la Floride devient le État des États-Unis avec pour premier gouverneur William Dunn Moseley. Elle se dote d'un sceau en 1847 et de deux universités en 1851. La Troisième guerre séminole (1855-1858) est menée pour vaincre la résistance des derniers Amérindiens. À l'issue du conflit, il ne reste plus qu'une centaine de Séminoles en Floride. À la suite d'une insurrection en 1859, 75 d'entre eux sont déportés vers l'ouest. Les autres, dont le chef ar-pi-uck-i, Sam Jones, restent dans les Everglades, refusant de quitter la terre de leurs ancêtres. De nos jours, leurs descendants sont encore présents dans la région. À la veille de la guerre de Sécession, la Floride est l'État le moins peuplé du Sud des États-Unis, avec environ , dont 44 % sont des esclaves. L'esclavage devient une question politique et économique majeure pour les planteurs floridiens. Ces derniers s'opposent au parti républicain et aux idées abolitionnistes des États du Nord. Au cours de l'élection présidentielle américaine de 1860, ils refusent de voter pour Abraham Lincoln et la Floride finit par se séparer de l'Union en signant l'ordonnance du . Elle rejoint les États confédérés d'Amérique quelques semaines plus tard et s'engage dans la guerre de Sécession. Guerre de Sécession et Reconstruction (1860-1880) Compte tenu de son faible poids démographique, la Floride contribue à l'effort de guerre plus par son économie que par sa main d'œuvre ou ses soldats. Elle fournit notamment de la viande, du poisson, du coton et du sel à ses alliés. Elle n'est pas un enjeu stratégique majeur du fait de sa situation géographique périphérique et de sa faible industrialisation, si bien qu'elle connait moins de destructions que les autres États sudistes. Dans les secteurs contrôlés par les Nordistes, c'est-à-dire le littoral, les esclaves profitent de la guerre civile pour fuir leurs plantations. Certains s'engagent comme marins ou soldats dans l'Armée de l'Union. Les Nordistes organisent un blocus maritime et occupent plusieurs ports floridiens pour empêcher le ravitaillement des États sécessionnistes. Les Sudistes contrôlent la plupart des forts. John Milton, le gouverneur de la Floride de l'époque, organise une milice et renforce la défense de son État. Le contingent floridien compte environ . La plupart de ces troupes combattent en Virginie et la brigade de Floride se distingue notamment pendant la bataille de Gettysburg. Au début de l'année 1862, le gouvernement sudiste demande à l'armée du général Braxton Bragg stationnée à Pensacola de partir pour le front occidental. Il ne reste alors que plusieurs compagnies indépendantes et quelques bataillons d'infanterie qui reçoivent des renforts venus de Georgie en 1864. La Floride est le théâtre de plusieurs affrontements sans importance décisive (bataille de Santa Rosa Island, bataille de Natural Bridge, bataille de Gainesville, bataille de Marianna) ; la principale bataille est celle d'Olustee. Plus le conflit dure, plus le mécontentement des Floridiens grandit contre la conscription et les réquisitions. Les déserteurs sont de plus en plus nombreux et ils s'organisent même pour attaquer les patrouilles confédérées, lancer des raids contre les plantations ou encore renseigner les Nordistes. Environ , opposés à la sécession, rejoignent même les rangs de l'armée ennemie. En mai 1865, le général nordiste Edward M. McCook est chargé de reprendre le contrôle de la Floride. Il défie le colonel George Washington Scott, fit hisser le drapeau des États-Unis sur le capitole de l'État à Tallahassee et lit la proclamation d'émancipation des esclaves le 12 mai. La Guerre de Sécession est terminée en Floride, qui est officiellement réintégrée dans l'Union le . La guerre met la Floride au bord de la faillite, mais l'effort de reconstruction attire des investisseurs du Nord du pays. Ces derniers financent le commerce, l'industrie du bâtiment, les transports et le tourisme. La Reconstruction commence ainsi pour s'achever en 1877. La Floride se dote d'une nouvelle constitution en 1868, qui est réformée en 1885. L'élite démocrate reprend le pouvoir en 1877 après plusieurs années de lutte politique et de violences des groupes paramilitaires visant à intimider ses adversaires ainsi que les Noirs. Entre 1885 et 1889, le corps législatif de l'État vote des lois destinées à empêcher les petits Blancs et les Afro-Américains d'exercer leur droit de vote et d'éligibilité, comme le prévoit la constitution des États-Unis. Comme dans les autres États sudistes, le Congrès de Floride reste longtemps dominé par le parti démocrate. Ce dernier instaure un régime de ségrégation raciale en adoptant les lois Jim Crow : les Noirs sont privés de leur citoyenneté et séparés des Blancs dans les lieux publics. Ségrégation, migrations et développement économique (1880-1945) Le tourisme devient une activité majeure de la Floride et est favorisé par la construction de voies ferrées dans la deuxième moitié du . La croissance que connaît la Floride à cette époque repose en grande partie sur le développement rapide de son réseau ferroviaire. Le secteur primaire connaît également un essor important dans le dernier quart du : la Floride se spécialisa dans l'élevage, la culture des agrumes, la production de bois, de cigares et de phosphates. Ces produits étaient acheminés vers les centres de consommation du nord-est grâce au chemin de fer et aux navires marchands. Pendant la guerre hispano-américaine de 1898, Tampa, Miami et Jacksonville servent de lieux d'embarquement pour attaquer Cuba. Après le conflit, des milliers de soldats rentrés au pays s'installent en Floride. Les lynchages et les violences racistes dirigées contre les Noirs se multiplient après la Première Guerre mondiale. Ces tensions prennent des formes radicales (émeutes d'Ocoee en 1920, de Perry et de Rosewood en 1922-1923). En 1934, le lynchage de Claude Neal à Marianna provoque une vague d'indignation dans tout le pays. Au tournant du siècle, le charançon du cotonnier dévaste les plantations de coton. Pour échapper aux persécutions et aux discriminations, près de quittent la Floride pour s'installer dans les villes du Nord-Est des États-Unis. Cette des années 1910-1940, qui concernait tous les États sudistes, avait également des causes économiques, car les Noirs pouvaient obtenir des emplois mieux payés dans les villes industrielles du Nord qui manquaient de main-d'œuvre. Le boom ferroviaire et foncier des années 1920 résulte de l'afflux d'investissements extérieurs et profite à des villes comme Palm Beach et Miami. Cet élan est brisé par les ouragans de 1926 et 1928, par l'éclatement de la bulle spéculative et surtout par la Grande Dépression à partir de 1929. Pourtant, c'est dans les années 1930 que sont aménagés les premiers parcs d'attraction qui font la réputation de la Floride : Cypress Gardens Adventure Park (1936) près de Winter Haven, Marineland (1938) près de Saint Augustine. Dès 1933, le président américain Franklin Delano Roosevelt, qui subit une tentative d'assassinat à Miami, met en place le New Deal pour sortir le pays de la Grande Dépression. En Floride, ce programme prend des formes multiples comme la construction du Cross-Florida Barge Canal. De grands travaux de drainage des marécages sont entrepris pour mettre en valeur de nouvelles terres agricoles dans le sud de la péninsule. Cette région connaît alors une importante croissance démographique en attirant des Américains mais aussi des Canadiens. Il faut attendre l'avènement de la société des loisirs, dans les années 1960, pour voir s'installer le Walt Disney World Resort à Orlando. Seconde Guerre mondiale et guerre froide Malgré des temps difficiles, la population de la Floride passe à environ deux millions d'habitants en 1940. À ce nombre s'ajoute chaque année quelque trois millions de touristes (contre quarante millions aux ). La Seconde Guerre mondiale marque un tournant dans l'économie de la Floride : plus de cent sortirent des chantiers navals Wainwright à . L'État fédéral crée ou renforce les bases militaires comme celles de Pensacola, Eglin ou MacDill de même que celle de Jacksonville. À la fin du conflit, les soldats qui se sont entraînés sur les plages de , de Miami et de St. Petersburg, reviennent dans la région pour y trouver du travail ou pour suivre une formation universitaire accordée aux militaires démobilisés dans le cadre d'un plan fédéral de reconversion. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Floride fait de son mieux pour attirer de grandes sociétés américaines dans la région. Entre 1945 et 1954, on construit, pour accueillir les touristes, plus d'hôtels à Miami que dans tout le reste des États-Unis. La Guerre froide (1947-1991) accentue l'essor du complexe militaro-industriel ; la Floride devient un enjeu majeur du fait de sa proximité avec l'île communiste de Cuba. Elle accueille des milliers de réfugiés cubains. Miami devint progressivement l'un des principaux centres économiques de l'Amérique latine. L'immigration vient également d'Haïti et d'autres États des Caraïbes. Au cours de la crise de 1962, la région pouvait être directement menacée par les missiles nucléaires soviétiques. Dans le cadre de la compétition avec l'URSS et à cause de sa situation géographique, la Floride accueille la et la base de lancement de Cap Canaveral. Dans les années 1960, l'État vit au rythme de la conquête de l'espace qui participe à sa renommée et crée de nombreux emplois. La mission Apollo 11, lancée depuis le Centre spatial Kennedy en juillet 1969, est suivie par des millions de personnes dans le monde. Le ciel de Floride voit également l'explosion de la navette Challenger en 1986. Avec la fin de l'affrontement des deux blocs, plusieurs bases militaires sont fermées. Lutte pour les droits civiques Les deux décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont marquées par la mouvement américain des droits civiques des Afro-Américains dans le Sud des États-Unis. En 1944, la Cour suprême des États-Unis interdit le système des primaires blanches qui limite le droit de vote des Noirs. Le leader Harry Tyson Moore fonde 50 branches de la (NAACP) pour la Floride. En 1951, il meurt dans l'explosion d'une bombe posée par des activistes du Ku Klux Klan. D'autres attentats contre des Noirs marquèrent les années 1951-1952 en Floride. En 1954, l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis interdisant la ségrégation dans les écoles n'est pas respecté partout. Des émeutes raciales ont lieu à Jacksonville en 1960 et à Saint Augustine la même année. Le des bus de Tallahassee fut organisé par le révérend Charles Kenzie Steele en 1956-1958 en prenant modèle sur les événements d'Alabama. Le mouvement contre la ségrégation eut de nombreux partisans parmi la population blanche de l'État, au premier rang desquels se trouve Thomas LeRoy Collins, gouverneur de la Floride entre 1955 et 1961. Jusqu'au début des années 1960, les plages du comté de Dade sont interdites aux Noirs. Il faut attendre le de 1964 et le de 1965 pour que soit reconnue l'égalité des droits entre Noirs et Blancs dans le Sud. Cependant, les inégalités et les tensions demeurent : plusieurs quartiers noirs de Miami connaissent des émeutes raciales à (mai 1980, ) et (1982 et 1989). Géographie Situation La Floride est une péninsule, longue d'environ , au sud-est des États-Unis. Elle s'avance vers le sud entre l'océan Atlantique à l'est et le golfe du Mexique à l'ouest. Elle s'étend entre et de latitude nord, et entre et de longitude ouest. D'une surface de , la Floride est le par la taille et le deuxième à l'est du fleuve Mississippi. Sa largeur maximale d'est en ouest est d'environ . Elle se prolonge au sud par l'archipel des Keys, et à l'ouest par le Panhandle de Floride. Elle est située dans le fuseau horaire de l'Est (, UTC-5). La Floride est bordée au nord par les États américains de l'Alabama et de la Géorgie. Le périmètre total de ses frontières est d'environ . La presqu'île possède de côtes, soit plus que tout autre État, exception faite de l'Alaska. Elle est séparée des Bahamas et de Cuba par le détroit de Floride. Key West ( N) est le point le plus au sud des États-Unis contigus. Géographie physique Littoral et îles Le littoral de la Floride s'étend sur quelque . En considérant les baies et les caps, la longueur cumulée atteint environ . Aucun autre État américain, hormis l'Alaska, n'a de littoral plus long. Cependant, en dehors des baies, la côte occidentale présente peu de sites portuaires favorables en raison de la présence de hauts-fonds. Les rivages orientaux n'offrent que de faibles profondeurs. Son tracé est très irrégulier et bordé par des lagunes (Indian River, environ de longueur) et des lidos. Au sud, la navigation est rendue dangereuse par les récifs et de nombreuses épaves gisent au fond du golfe du Mexique. Le littoral floridien compte plus de . L'archipel des Keys, à l'extrémité méridionale, forme un chapelet d'îles coralliennes de plus de de longueur. La plus grande île est Key Largo ( de long). La côte orientale et celle du nord-ouest comptent de nombreuses îles-barrières et bancs de sable qui s'étirent et forment des flèches, parfois sur plusieurs dizaines de kilomètres. La pointe sud de la péninsule est bordée par des marais salés et des mangroves, alors que les Keys sont réputées pour leurs récifs coralliens. On trouve des marécages et des vasières le long de la Big Bend Coast, entre le comté de Pasco et le fleuve Ochlockonee. Le marnage est plus grand sur la côte orientale avec environ contre dans le golfe du Mexique. Le Gulf Stream est le courant marin qui naît au détroit de Floride de la rencontre entre les eaux du golfe du Mexique et de l'océan Atlantique. Pour certains spécialistes, le courant de Floride est la partie du Gulf Stream qui s'arrête au niveau du cap Hatteras. Les eaux du Gulf Stream sont plutôt chaudes et pauvres en éléments nutritifs. Un courant chaud, le , parcourt le golfe du Mexique dans le sens des aiguilles d'une montre. Relief À seulement au-dessus du niveau de la mer, la colline Britton est le point culminant de la Floride. Le littoral oriental appartient à l'ensemble topographique de la plaine atlantique () qui s'étire jusqu'au Canada. Au centre et au Nord se trouvent des collines (Florida Uplands) dont l'altitude moyenne varie entre 30 et . L'ouest fait partie de la plaine côtière du golfe du Mexique (). En cas de hausse du niveau moyen des océans, une grande partie de la Floride disparaîtrait sous les eaux en raison du relief plat et des faibles altitudes. Étant donné que la Floride est éloignée des limites de plaques tectoniques, elle n'est que peu affectée par le risque sismique et volcanique. Les tremblements de terre sont rares et de faible magnitude : celui de janvier 1879, qui se déclenche dans la région de Saint Augustine, se fait ressentir jusqu'à Daytona Beach, Tampa et Savannah. Le séisme de janvier 1880 à Cuba est perçu à Key West, celui de 1886 à Charleston jusque dans le Nord de la Floride. En 2006, les secousses d'un séisme de magnitude 6 qui se déclenche dans le golfe du Mexique à au sud-ouest de Tampa, sont ressenties au sud et au centre de l'État, sans provoquer de tsunami ni de dégâts importants. Climat Compte tenu de sa petite taille et de son absence de chaîne montagneuse, la Floride possède un climat relativement homogène marqué par l'humidité estivale. Le climat est influencé par des masses d'air maritimes et par le Gulf Stream. La plus grande partie de l'État se trouve en climat subtropical selon la classification de Köppen. Seule l'extrémité méridionale connaît un climat tropical toujours chaud. Avec de soleil par an, la Floride mérite son surnom de « ». Cependant, il est possible de distinguer une saison relativement sèche en automne et en hiver, et une saison humide le reste de l'année. La région reçoit en moyenne de pluie par an, dont plus de la moitié entre le début de juin et la fin septembre (le mois le plus propice aux ouragans). Quasi quotidiens de juin à septembre, les orages sont généralement de courte durée. D'une effrayante violence, ils s'accompagnent d'éclairs et de fortes averses, voire de grêle et de tornades. La fréquence des orages est l'une des plus élevées du monde (seule l'Afrique de l'Ouest en connaît un taux supérieur). Le record de chaleur de la Floride est de mesurés à Monticello le ; Key West possède la température moyenne annuelle la plus chaude des États-Unis et reste à l'abri du gel. Le record de froid est de relevés dans la région de Tallahassee le . Les vagues de froid sont assez rares. Les chutes de neige sont extrêmement rares, mais le une tempête de neige touche pourtant les villes de Homestead et Miami Beach. La Floride peut également subir des périodes de sécheresse accompagnées d'incendies, comme en 2000. L'État est également célèbre pour ses orages, particulièrement dans le centre, une région qui détient le record d'impacts de foudre aux États-Unis. Mais les événements météorologiques les plus violents sont les cyclones tropicaux. La Floride se trouve en effet régulièrement sur la trajectoire des ouragans capverdiens, qui touchent la Floride de juin à novembre. La population est préparée à affronter les cyclones tropicaux, appelés « ouragans » dans le bassin de l'Atlantique. Un avis d'ouragan est émis lorsque des vents de plus de sont attendus dans les qui suivent. Les évacuations organisées par les autorités permettent de limiter le nombre de victimes. Miami abrite ainsi le Centre national des ouragans (NHC) qui donne l'alerte en cas de danger. Les ouragans se manifestent par des pluies diluviennes, des vents pouvant atteindre la vitesse de , et sur la côte, par une dangereuse montée des eaux. Officiellement, la saison cyclonique commence le juin et s'achève le 30 novembre, même si des tempêtes peuvent survenir en dehors de cette période, comme celle de mars 1993. L'ouragan Andrew d'août 1992 est le plus destructeur de l'histoire de l'État : il fait et cause de dollars de dégâts. Les régions situées au nord du lac Okeechobee sont marquées par le climat subtropical humide. Les températures annuelles sont plus basses que dans les régions tropicales, en raison des hivers plus marqués et des vagues de froid qui arrivent du nord. La répartition des températures suit un gradient nord-sud. Les précipitations varient d'une région à l'autre : ainsi, le Panhandle de Floride est la région la plus arrosée sur l'année. La côte nord-est et les régions du centre (lac Okeechobee ) reçoivent moins de précipitations. Le climat tropical n'est présent qu'au sud du lac Okeechobee. Il se caractérise par des températures douces ou chaudes toute l'année (environ ) et les températures mensuelles sont toujours supérieures à . L'amplitude thermique est faible et les précipitations abondantes, avec un maximum en été. L'hiver est plus frais et plus sec que l'été. La région se trouve sur la trajectoire des ouragans pendant la saison estivale. Des fronts froids touchent rarement la région entre la fin octobre et le mois de mars. Hydrographie Avec près de 18 % de sa superficie sous les eaux, la Floride est marquée par l'omniprésence des milieux aquatiques. Elle compte près de cours d'eau, lacs d'eau douce, 700 sources, de marécages. Le fleuve le plus long à l'intérieur des limites de la Floride est le Saint Johns qui se jette dans l'océan Atlantique. Le fleuve Suwannee prend sa source dans l'État voisin de Géorgie, traverse la Floride et se jette dans le golfe du Mexique. La Floride possède la plus grande concentration de sources au monde. La plupart se trouvent au nord-ouest de l'État. Certaines sont très chaudes comme les Warm Mineral Springs dans le comté de Sarasota (). La Floride compte plus de lacs. Le lac Okeechobee est le plus étendu avec plus de ; il est peu profond (entre 4,5 et ), comme la plupart des lacs floridiens. Le lac George, le lac Kissimmee et le lac Apopka sont plus petits. D'autres sont artificiels comme le lac Séminole, créé en 1957 par le barrage Jim-Woodruff sur le fleuve Apalachicola. La plupart des petits lacs du centre de la Floride occupent des , c'est-à-dire des dépressions circulaires mesurant de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres, qui sont caractéristiques des régions karstiques. Les pentes douces, le climat et la nature du sous-sol de la Floride expliquent la présence de marécages, dont de nombreux ont été drainés par l'homme. Le plus célèbre est celui des Everglades (voir la section « milieux naturels » plus bas). Enfin, les eaux souterraines jouent un rôle important dans la géographie de la Floride : une partie des Everglades est un marais d'eau douce alimenté par un aquifère karstique. Les aquifères sont des couches géologiques poreuses et perméables qui emprisonnent des nappes d'eau souterraines. En Floride, ils sont rechargés pendant la saison humide. L'aquifère floridien fournit de l'eau à quelque de personnes, celui de Biscayne à d'habitants. Ils sont exploités pour les besoins de l'agriculture, des activités industrielles et touristiques. Géologie La Floride appartient à la plaque nord-américaine. Par ses terrains sédimentaires, elle se rattache à d'autres régions des Caraïbes et d'Amérique centrale. Elle constitue la partie émergée d'un grand plateau sédimentaire appelé « plate-forme de Floride » ; seul le nord-ouest (Panhandle) appartient à la plaine côtière du golfe du Mexique. Cette plate-forme se poursuit sous les eaux du golfe du Mexique jusqu'à l'escarpement de Floride, derrière lequel le fond marin tombe brusquement à de profondeur. Au sud, le talus de la plate-forme correspond aux Keys et limite le détroit de Floride. À l'est, dans l'océan Atlantique, elle est bordée par l'escarpement de Floride-Bahamas. La plate-forme de Floride, dont une importante partie se trouve sous les eaux du golfe du Mexique, fait de long sur de large : il s'agit de terrains du Jurassique, du Crétacé et du Tertiaire dont l'épaisseur varie entre 2,5 à . Elle repose sur un socle plus ancien de roches ignées (Précambrien-Cambrien), sédimentaires (Ordovicien-Dévonien) et volcaniques (Trias-Jurassique) ; la plate-forme s'est progressivement formée au-dessus de ce substrat par des dépôts sédimentaires. Au cours de son histoire géologique, vieille de plusieurs dizaines de millions d'années, elle a été successivement inondée et découverte au gré des cycles de transgression-régression marines. Le nord de l'État est constitué de couches sédimentaires formées à partir du matériel rocheux issu de l'érosion des Appalaches, la chaîne de montagne située plus au nord. Le système des collines au centre de la Floride correspond à d'anciennes dunes et dépôts sédimentaires autrefois modelés par l'érosion et le vent. Les calcaires sont les roches les plus fréquentes sous le sol floridien. Ils se sont formés à partir des dépôts de sédiments dans des mers épicontinentales pendant les interglaciaires, du milieu du Jurassique au milieu de l'Oligocène. Ils s'organisent en terrasses et en modelés karstiques : dolines, poljes, pertes, résurgences, grottes et cavernes. Enfin, les Keys sont des récifs coralliens. En 2005, la Floride était le quatrième État des États-Unis pour la production de minerais. Les principaux sont les phosphates, le sable et les graviers, l'ilménite, la rutile et le kaolin. Deux types de sable sont présents sur les plages floridiennes : un sable blanc dans lequel domine le quartz, constitué par les sédiments arrachés aux Appalaches et transportés par les cours d'eau ; un sable d'origine carbonatée dans les Keys. C'est sur les côtes du golfe du Mexique que l'on trouve le sable le plus fin. Les plages du Panhandle ont les dunes les plus hautes, les plus petites sont dans les Keys. La Floride est réputée pour l'abondance et la variété des fossiles de vertébrés datant de l'Éocène au Pléistocène. Le sol de Myakka, un sable gris et un des symboles de la Floride, est le plus commun de l'État en couvrant une superficie de près de . Villes et urbanisme La population floridienne devient en majorité urbaine en 1930. Aux , plus de 85 % des Floridiens vivent dans une localité de plus de . En 2007, Jacksonville est la ville de Floride la plus peuplée ; en 2008 la plus grande agglomération est celle de Miami ( d'habitants), qui se classe au septième rang des métropoles américaines et au mondial. En 2008, les cinq premières agglomérations de Floride regroupent plus de de personnes soit 67 % de la population de l'État. Cette tendance est représentative de la métropolisation du territoire américain. La plupart des villes les plus peuplées se trouvent sur le littoral. Le réseau urbain est relativement équilibré, même si Miami domine. Deux grands axes urbains se dessinent : l'un sur le littoral sud-est (de Homestead à Jupiter), l'autre entre St. Petersburg et Daytona Beach, en passant par Orlando, le long de l'Interstate 4. Tallahassee, la capitale de la Floride, n'est pas la ville la plus peuplée, une situation que l'on rencontre dans de nombreux États américains. Comme ailleurs dans la Sun Belt, les villes de Floride connaissent une croissance démographique soutenue depuis les années 1960. L'exode rural, l'augmentation de la population et l'immigration ont pour conséquence une augmentation du nombre de citadins ainsi que l'étalement des villes. Les métropoles de Floride ressemblent aux autres grandes villes américaines : elles comportent un centre des affaires avec des gratte-ciel, entouré par des ghettos, des entrepôts et des zones industrialo-portuaires. Les banlieues, dans lesquelles résident les classes moyennes blanches, sont reliées au centre par des autoroutes et quelques voies ferrées. Les municipalités tentent de faire revenir les classes moyennes dans les centres-villes. Cette gentrification passe par la réhabilitation de quartiers historiques (Ybor City à Tampa, Miami Beach Architectural District) et la réalisation d'infrastructures de loisir et de culture (musée d'Art contemporain de Jacksonville par exemple). Régions On trouve 5 régions en Floride: Côtes de l'Est Côtes de l'Ouest Floride centrale Corridor géographique Pointe du Sud (Keys) Comtés La Floride est subdivisée en 67 comtés qui exercent des prérogatives locales diverses (police, justice, travaux publics, hygiène, assistance publique). Enfin, les municipalités sont le dernier échelon administratif. Elles ont souvent les mêmes attributions que le comté, hormis la justice. Elles sont généralement dirigées par un maire et un conseil municipal élus. Elles prennent des décisions appelées et lèvent des taxes. Leur principal source de revenus provient des impôts sur les propriétés. Aires protégées La Floride compte 12 aires protégées gérées par le National Park Service : Réserve nationale de Big Cypress Parc national de Biscayne Canaveral National Seashore Monument national de Castillo de San Marcos De Soto National Memorial Parc national des Dry Tortugas Parc national des Everglades Fort Caroline Fort Matanzas National Monument Gulf Islands National Seashore Gullah/Geechee Cultural Heritage Corridor Timucuan Preserve. Milieux naturels et biocénose Bien que le relief et le climat de la Floride soient relativement homogènes, l'État possède une importante diversité de milieux naturels. Ces derniers sont fragilisés par le changement climatique, la pression démographique et la pollution. Principaux écosystèmes Les forêts couvrent près de la moitié de l'État. Les pins sont les arbres les plus fréquents et sept espèces différentes sont présentes en Floride. Les sous-bois sont formés d'arbustes à baies, de petits chênes et de palmiers des sables. Les pinèdes poussent généralement sur des sols sableux et acides. En raison des faibles pentes et de la nature des terrains, la Floride compte de nombreuses régions de marécages, dont la plus célèbre est celle des . Les marais sont le domaine des emblématiques alligators, tortues de Floride et cyprès chauves. Ils constituent des zones de pour les poissons dont se nourrissent les échassiers. La mangrove, dans le sud de la péninsule, et les dunes figurent parmi les écosystèmes les plus fragiles : ils protègent la côte contre les assauts des vagues et sont des lieux de reproduction pour la faune locale. Les milieux marins offrent une biodiversité importante : ils sont dominés par les herbiers de qui poussent sur les hauts-fonds. Ceux du sud sont les plus étendus de la planète (). Le Floride est par ailleurs la seule région des États-Unis continentaux à posséder près de récifs coralliens. Enfin, elle possède un vaste réseau de grottes et de cavernes où vivent des animaux adaptés à l'obscurité. Flore Le climat de la Floride, dont les caractéristiques varient considérablement du nord au sud, contribue à l'incroyable richesse de sa flore indigène. On y dénombre de plantes et de fougères. La forêt subtropicale humide est le milieu naturel typique du centre et du nord. Au sud de la péninsule, la végétation ressemble davantage à celle des Caraïbes. Parmi les arbres les plus présents se trouvent les pins dont le pin des marais et le . Les marais sont également le biotope des cyprès des étangs et des cyprès chauves. En vue de préserver au mieux ses richesses naturelles, la Floride dispose de trois Forêts nationales (Apalachicola, Osceola et Ocala) qui couvrent au total près de . Finalement, la Floride dispose également de près de de mangroves couvertes de palétuviers rouges, de palétuviers noirs et de palétuviers blancs. Toutes sortes de plantes exotiques introduites en Floride ont menacé ou menacent la survie d'espèces indigènes. Ces plantes représentent désormais 27 % des variétés existantes dans l'État et se sont répandues dans la nature au détriment de la végétation native, à tel point que plusieurs programmes d'éradication ont dû être mis en place. Les végétaux symboles de l'État sont l'oranger, le palmier des sables et le . Faune Le soleil de la Floride et ses hivers cléments sont propices à une faune très variée. La Floride compte de poissons, d'oiseaux, dont qui nichent en Floride et de vertébrés. Parmi les animaux les plus menacés, on peut citer le crocodile américain, la tortue verte, le tantale d'Amérique, le pic à bec ivoire, la panthère de Floride, le cerf des Keys ou encore le lamantin de Floride. L'alligator d'Amérique fréquente les eaux douces marécageuses mais on le rencontre aussi dans les rivières ou les lacs. Les milieux humides abritent de nombreuses espèces aquatiques (pélican, pygargue à tête blanche, balbuzard pêcheur) et d'échassiers (aigrette neigeuse, héron cendré et grand héron, flamant rose). Les animaux symboles de l'État sont la panthère de Floride, le moqueur polyglotte, lHeliconius charithonia, l'achigan à grande bouche, le voilier de l'Atlantique, le lamantin de Floride, le marsouin et le . Grâce à la présence de nombreuses zones humides et à son climat chaud, la région est également un paradis pour de nombreux insectes et notamment pour les moustiques. De juin à septembre (saison des pluies), plusieurs espèces de moustiques sont ainsi véritablement gênantes pour les habitants et les touristes. Le long de la côte, ils sévissent toute l'année. Problèmes environnementaux La Floride est particulièrement menacée par le changement climatique : des ouragans plus fréquents et plus intenses entraînent la destruction des récifs, des forêts, et l'érosion des littoraux. Une élévation de six mètres du niveau des océans provoquerait la submersion du tiers de la Floride. Les sécheresses à répétition augmenteraient le risque de feux de forêt et les pénuries en eau. La pression démographique et l'urbanisation ont conduit au drainage des zones humides et à la baisse des nappes phréatiques. Les effondrements de terrain se multiplient et les milieux aquatiques se dégradent. L'étalement urbain est à l'origine de la disparition des milieux naturels et de la hausse des incidents entre les hommes et les alligators. Le développement économique est la cause des pollutions, des concurrences sur les ressources en eau, de la destruction des coraux. Les loisirs maritimes (sports nautiques, pêche) portent atteinte à la faune sous-marine. Le est l'organisme chargé de la préservation de la nature pour la Floride. En 2004, la législature de l'État a voté un budget de de dollars pour la restauration des plages. L'État impose des restrictions d'eau et une usine de dessalement de l'eau de mer est construite en 1993 dans la baie de Tampa pour pallier la pénurie. En 2005, 40 % des prélèvements en eau étaient destinés à l'agriculture. Il existe des projets pour amener l'eau du nord de la Floride vers le sud plus peuplé. Le système des parcs d'État regroupe quelque 158 lieux préservés. La Floride est le seul État à l'est du fleuve Mississippi qui possède trois parcs nationaux : les , Biscayne et Dry Tortugas. Ces derniers se concentrent dans le sud de la péninsule et présentent la particularité de protéger des milieux humides et maritimes. La Floride compte un grand nombre de zones protégées (parcs, forêts, aires de loisirs, lieux d'intérêt historique), certaines régies par le gouvernement fédéral, d'autres par l'État. Créés pour préserver le patrimoine naturel et culturel de la Floride tout en restant accessible au public, la plupart de ces domaines offrent aux visiteurs une grande variété d'activités de plein air (randonnée, baignade, équitation, cyclisme, pêche, canoë, camping). La Floride est aussi l'État qui compte aussi le plus grand nombre de golfs (1086 golfs en fonctionnement vers l'an 2000), qui posent des problèmes de consommation de foncier, d'eau et de pollution par les pesticides (à cause de l'arsenic du MSMA entre autres). Le niveau de la mer est monté de entre 1992 et 2020, mais la dynamique s’est accélérée depuis le milieu des années 2000. L’eau pourrait monter jusqu’à d’ici 2060. Les inondations sont de plus en plus fréquentes dans les villes proches du litoral. D'après une étude de l'université de Géorgie, six millions de Floridiens devront déménager vers l'intérieur des terres avant la fin du siècle. Population Croissance démographique La Floride connaît la troisième croissance démographique du pays en valeur absolue et la septième en pourcentage. Entre 2000 et 2006, la population floridienne a augmenté de 13,2 % contre 6,4 % pour la population américaine. Cette augmentation de la population entraîne des problèmes écologiques : pression urbaine, déficit en eau, appauvrissement des écosystèmes, bétonnage des côtes La croissance démographique est due pour 12,5 % au solde naturel, alors que les migrations y contribuent pour 87,5 %. En effet, la Floride appartient à la Sun Belt qui attire les Américains et représente un important foyer d'immigration. Elle comptait en 2000 16,7 % d'immigrés et 23,1 % de personnes parlant une autre langue que l'anglais à leur domicile. La première d'entre elles est l'espagnol (26,9 %) suivie par le français (2,2 %), l'allemand (0,6 %) et l'italien (0,4 %). L'Article , Section 9, de la Constitution de la Floride dispose que . Répartition de la population La densité de population en Floride, avec , est la huitième des États-Unis, un chiffre nettement supérieur à la moyenne nationale, même s'il cache d'importantes disparités. La population se concentre sur le littoral atlantique et sud-ouest autour de Tampa : 90 % de sa population vit à moins de du rivage. L'intérieur est moins peuplé sauf dans des villes comme Tallahassee et Gainesville, ainsi que quelques comtés comme Seminole, Orange et Polk. Les régions dont les densités sont très faibles correspondent à des milieux naturels protégés (Parc national des Everglades, forêts nationales d'Apalachicola et d'Osceola par exemple). Le littoral situé entre Clearwater et Panama City est également moins peuplé. Structure démographique La part des plus de est de 16,8 % soit de plus que la moyenne nationale. La croissance de ce groupe tend néanmoins à diminuer depuis la fin du . La Floride possède la plus grande concentration américaine de retraités qui sont attirés par le climat. Plusieurs milliers de ces personnes âgées se regroupent dans des , c'est-à-dire des quartiers exclusivement aménagés pour les retraités : le Sun City Center près de Tampa en est un exemple. Elle fut construite par Delbert E. Webb, un promoteur arizonien à partir de 1960 et compte aux , quelque . La proportion des moins de diminue : elle était de 27,6 % en 1980 et de 25,3 % en 2000. Ce phénomène démographique aura des conséquences sur la population active de l'État dans l'avenir. Le taux de mortalité en Floride (9,6 pour mille habitants en 2005) est supérieur à la moyenne nationale (8,2 pour mille habitants). Les Hispaniques ont un taux de natalité supérieur au reste de la population. Le taux de fécondité est de pour en âge de procréer en 2004 (66,3 pour les États-Unis). Répartition ethnique La majorité de la population floridienne est blanche, mais sa part tend à diminuer lentement (85,3 % en 1980 ; 77,3 % en 2019), comme dans le reste des États-Unis. Il existe une forte proportion d'Hispaniques (26,4 % en Floride, 18,5 % en moyenne nationale) et celle-ci a tendance à augmenter. Avec de personnes, la communauté hispanique de Floride est la troisième du pays derrière celle de Californie et du Texas. Elle se concentre dans le Sud de la péninsule : les Hispaniques représentent plus de 25 % de la population dans les comtés de Miami-Dade, Collier, Hendry, De Soto, Hardee et Osceola. Avec plus de 1,4 million de personnes (soit 61,9 % des habitants), le comté de Miami-Dade abrite le plus grand groupe d'Hispaniques en Floride. Contrairement aux États du Sud-Ouest des États-Unis, les Cubains sont majoritaires ( sur en 2000) et non les Mexicains (). Ils se concentrent en particulier dans le quartier de Little Havana à Miami et dans la ville d'Hialeah, en banlieue de Miami. Les Amérindiens ne représentent qu'une infime partie de la population floridienne et se répartissent en deux tribus principales : les Séminoles et les Miccosukees. Ils travaillent dans les réserves et les casinos de l'État. Il existe six réserves amérindiennes dont les trois principales sont Immokalee, Hollywood et Brighton. Vers 1960, les Afro-Américains représentaient 18 % de la population floridienne (). Leur proportion a diminué (voir la partie Historique plus haut). Aux et s, de nombreux Noirs sont d'origine haïtienne. Dans la ville de Miami, il existe un quartier nommé Little Haiti, historiquement peuplé par des Haïtiens voit son territoire de plus en plus habité par des Hispaniques. Langues Société et religion La population floridienne suit la moyenne nationale dans le taux de diplômés de l'enseignement secondaire (79,9 %), du revenu moyen par habitant () et du taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (11,9 %). Le revenu médian est sensiblement inférieur à celui des États-Unis ( contre ). Le taux de divorce de la Floride (3,6 pour mille habitants) est légèrement supérieur à la moyenne nationale (3,5 pour mille habitants) et a tendance à diminuer depuis les années 1990. En 2000, les protestants étaient les plus nombreux en Floride. En valeur absolue, l'Église la plus importante est celle des catholiques (), suivie par la Convention baptiste du Sud (1,3 million). Les catholiques sont représentés par la Conférence des évêques catholiques de Floride Les anglicans sont pour leur part encadrés par le Diocèse du Sud de l'Église anglicane américaine Une distinction apparaît de fait entre le Nord et le Sud de la Floride. Le Nord (Pensacola, Tallahassee, Jacksonville) appartient à la Bible Belt, républicaine, protestante et conservatrice, comme les autres États du Sud profond. Le Sud (Orlando, Tampa, Miami), politiquement plus modéré, est caractérisé par une plus grande diversité culturelle et religieuse (communutés cubaines, prédominance du catholicisme, une communauté de juifs qui se concentrent à Miami Beach, Boca Raton et Fort Lauderdale, et musulmans). La communauté gay est présente dans les quartiers de South Beach, , dans la banlieue de Fort Lauderdale, mais surtout à , réputée pour son libéralisme et sa tolérance. Avec 6,2 meurtres pour (5,6 de moyenne nationale), la Floride n'est pas l'État le plus violent du pays. (22,6 pour ) et Miami (13,9 pour ) sont les deux villes les plus touchées par les meurtres. Dans le comté de Miami-Dade, le nombre de crimes violents (meurtres, viols, vols à mains armées) a diminué depuis les années 1990, alors que la population a augmenté. Selon The New York Times, un mineur de est marié tous les deux jours en Floride, où les mariages d'enfants sont légaux. Politique Institutions La Floride est l'un des cinquante États des États-Unis et exerce à ce titre sa souveraineté sur de nombreux domaines comme la police, l'éducation ou les affaires civiles. L'organisation des institutions et les droits des citoyens sont définis par la Constitution de la Floride rédigée en 1838 et amendée à plusieurs reprises. Comme à l'échelon national, les pouvoirs sont séparés en trois branches exécutive, législative et judiciaire. Législature La législature est bicamérale, avec un Sénat de et une Chambre des représentants de . Elle est chargée de voter les lois qui, après avoir été signées par le gouverneur, deviennent des statuts (Florida Statutes). Elle siège au Capitole de l'État de Floride, à Tallahassee. Gouverneur Le gouverneur est élu par le peuple pour quatre ans et ne peut exercer plus de deux mandats successifs. Son rôle est d'appliquer la loi. Il est le porte-parole de l'État ainsi que le commandant en chef de la Garde nationale de Floride. Il gouverne en coopération avec un lieutenant-gouverneur et un cabinet composé du ministre de la justice de l’État (), du et du , tous élus pour quatre ans. Gouvernement Le ministre de la justice est chargé de conseiller le gouverneur et la législature pour les affaires juridiques. Le gouvernement comprend de nombreuses agences et organisations spécialisées dans des domaines précis (environnement, transport, éducation). Justice Le système judiciaire est composé d'une Cour suprême qui siège à Tallahassee, de cinq cours d'appel de district (), de cours de circuit () et de 67 cours de comtés. La Floride est l'un des américains appliquant la peine de mort. Elle a procédé à 66 exécutions depuis le rétablissement de la peine de mort en 1979. Les exécutions ont lieu par injection létale à la prison d'État de Floride (Starke). La Cour suprême de Floride est présidée par un juge en chef () aux côtés de six autres juges puînés (). Elle est la gardienne de la Constitution de l'État, contrôle la constitutionnalité des lois et joue le rôle de la juridiction de dernier ressort. Élections présidentielles La Floride fait partie des , c'est-à-dire des États où aucun des deux principaux partis politiques, démocrate et républicain, ne domine le vote populaire. Elle représente donc un enjeu important lors des élections présidentielles avec son nombre important de grands électeurs. Entre 1876 et 1948, les électeurs votèrent toujours majoritairement pour le candidat démocrate aux élections présidentielles sauf celle de 1928 (Herbert Hoover). Depuis 1952, les électeurs ont choisi le candidat républicain à onze reprises et le candidat démocrate à cinq reprises (1964, 1976, 1996, 2008 et 2012). L'élection de 2000 a été l'objet d'un imbroglio électoral et judiciaire sans précédent entre les partisans du démocrate Al Gore et du républicain George W. Bush, frère du gouverneur de Floride, Jeb Bush. L'élection s'est jouée à quelques centaines de voix au bénéfice de George W. Bush, lui donnant ainsi la victoire au niveau national, par Cour suprême des États-Unis interposée. En 2004, George W. Bush y a été réélu avec 52,10 % des voix contre 47,09 % pour John Kerry. Lors de l'élection présidentielle américaine de 2008, Barack Obama a remporté cet État-clef avec 51 % des voix face à John McCain (48,4 %), les Hispaniques ayant voté majoritairement démocrate alors qu'ils votaient traditionnellement républicain. En 2016 cette fois c'est le républicain Donald Trump qui récolte le plus de voix avec 48,6 % des votes. Très proche, la démocrate Hillary Clinton arrive deuxième avec 47,4 % des votes. Un État républicain Après plusieurs décennies de domination démocrate, la Floride bascule très nettement du côté des républicains au cours des années 1980. Depuis 1999, les gouverneurs de Floride sont toujours membres du Parti républicain. Le gouverneur actuel est le républicain Ron DeSantis, en fonction depuis janvier 2019. La totalité des principaux postes élus de l'exécutif de Floride sont actuellement détenus par des républicains à commencer par le lieutenant-gouverneur Jennifer Carroll, première femme et première Afro-Américaine à occuper cette fonction en Floride. En janvier 2011, le républicain Jeff Atwater a succédé à Alex Sink, la dernière démocrate en date qui détenait un poste officiel au sein du gouvernement de Floride. Quant aux juges de la cour suprême locale, ils ont été, pour ceux en poste en novembre 2010, dans leur majorité nommés sous le mandat du gouverneur républicain puis indépendant Charlie Crist. Depuis 1994, les deux chambres de Floride sont majoritairement républicaines. Lors de la session 2011-2013, le Sénat est dominé par 28 républicains contre 12 démocrates alors que 81 élus républicains contre 39 démocrates siègent à la Chambre des Représentants. Les comtés de Miami-Dade, Broward et Palm Beach sont considérés comme des bastions démocrates, même si les cubains limitent cette tendance à Miami. Le nord de l'État est conservateur, à l'image des États voisins du Sud profond, même s'il compte les fiefs libéraux de Tallahassee (ville administrative) et Gainesville (ville universitaire). Le sud-ouest de la Floride, refuge des retraités américains, est l'autre région particulièrement favorable aux républicains. Les villes traditionnellement républicaines de Jacksonville et Orlando tendent de plus en plus vers les démocrates, le comté de Duval (Jacksonville) reste cependant plutôt républicain contrairement au comté d'Orange (Orlando), qui a viré à gauche avec l'arrivée récente d'hispaniques non-cubains. La région de la baie de Tampa est la plus compétitive politiquement de l'État, les villes démocrates (Tampa, St. Petersburg) y étant contrebalancées par les banlieues républicaines. Représentation fédérale Actuellement, les deux sénateurs de Floride sont les républicains Rick Scott et Marco Rubio tandis que 16 républicains et 11 démocrates représentant la Floride à la Chambre des représentants des États-Unis. Économie La Floride est le quatrième État des États-Unis par son produit national brut (PNB) qui s'élève à de dollars (fin 2008) et représente un peu plus de 5 % du PNB américain. Jusqu'à la crise économique de 2008-2009, le PNB floridien a connu une importante croissance : entre 1997 et 2007, il a augmenté de 87 %. Le revenu par habitant est de (base 2000), ce qui classe la Floride à la sur américains. Le taux de chômage officiel s’élève en 2009 à 10,2 %. La puissance économique floridienne s'appuie sur de multiples atouts. La main-d'œuvre est nombreuse : de personnes forment la population active en décembre 2008. Cependant, le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale (8,1 % de la population active en 2008 contre 7,6 % pour l'ensemble des États-Unis). Les entreprises peuvent compter sur un bon réseau d'universités et de transports. La Floride est l'un des rares États américains à avoir instauré un salaire minimum en 2004, qui est ajusté sur l'inflation tous les six mois. Il n'existe pas d'impôt sur le revenu au niveau de l'État (uniquement la part fédérale) et la taxe sur les ventes s'élève à 6 %. Les taxes sur la vente représentent la principale recette de l'État de Floride. Le climat, les plages et l'offre de loisirs attirent les cols blancs. La situation géographique sur le continent fait de la Floride une interface entre les deux Amériques. L'armature bancaire de l'État est solide, avec Miami pour principal pôle financier. Tous ces avantages rendent la Floride attractive pour les investisseurs : avec de dollars d'investissement direct à l'étranger (IDE) en 2008, la Floride se place dans les premières destinations des flux de capitaux aux États-Unis. La Floride est considérée comme un paradis fiscal, l'État étant dépourvu d'impôt sur le revenu. Budget annuel Pour la période 2017-2018, le budget annuel de la Floride est approximativement de de dollars avec une augmentation des dépenses de de dollars. Le secteur de la santé reçoit la plus grosse part de ce budget avec de dollars. Secteur primaire Malgré les difficultés qu'elle rencontre (chancre citrique, catastrophes climatiques), l'agriculture floridienne garde un poids non négligeable par les emplois directs ou indirects qu'elle engendre, ainsi que pour les exportations. En effet, de l'agriculture dépendent des activités situées en amont (engrais à partir des phosphates, biotechnologies), et en aval comme les industries agro-alimentaires. L'agriculture bénéficie d'un vaste marché intérieur (régions très peuplées du Nord-Est des États-Unis). La Floride dispose de sols fertiles, d'une saison végétative longue et ne connaît pas le gel dans son extrémité méridionale. Il existe de très grandes exploitations (plus de hectares) spécialisées dans les fruits, les légumes, les plantes pour pépinières qu'elle exporte vers les marchés du nord en hiver et au printemps et la canne à sucre. L'horticulture et l'élevage (essentiellement bovin) sont d'autres activités importantes. La Floride occupe le premier rang national pour la production d'oranges (75 % de la production américaine) et de pamplemousse ; la deuxième pour la canne à sucre, les légumes, les fruits et les productions horticoles. Malgré sa place prépondérante, l'agrumiculture ne représente qu'un tiers des ventes de produits agricoles de l'État. La sylviculture représente de dollars et d'arbres plantés. Étant donné la situation de la Floride entre l'océan Atlantique et le golfe du Mexique, son économie est naturellement tournée vers la mer. La Floride compte environ 900 fermes aquacoles qui élèvent des poissons-chats, des poissons d'aquarium, des mollusques (huîtres) et des crustacés. Les produits de la pêche industrielle sont divers : poisson, crevette, langouste blanche La pêche marchande réalise un chiffre d'affaires annuel de plus de de dollars. En valeur absolue, la Floride est le troisième État pour la consommation d'énergie : la population est en effet nombreuse et les besoins domestiques sont importants. Cependant, la consommation d'énergie par habitant est l'une des plus basses du pays ( sur 50), en raison du faible poids des industries. Les ressources énergétiques sont rares et la Floride doit importer la majeure partie de ses besoins. Elle ne possède pas de raffinerie. Le gaz naturel parvient des États voisins du golfe du Mexique. La production hydroélectrique est infime. Trois centrales nucléaires sont en fonctionnement. La Floride produit 3,2 % des énergies renouvelables des États-Unis alors que le potentiel est relativement important (solaire, biocarburants). Le 27 octobre 2009, le président Barack Obama a inauguré la plus grande centrale solaire des États-Unis à Miami. Équipée de plus de panneaux, celle-ci va permettre d'éclairer plus de foyers. L'entreprise Florida Power & Light a annoncé l'ouverture pour 2010 d'une centrale solaire de miroirs. Elle se situera sur la côte orientale, au nord du comté de Palm Beach et s'étendra sur plus de . En 2005, la Floride est le quatrième État des États-Unis pour la production de minerais. Les principales productions sont les phosphates ( de dollars en 2005), le sable et les graviers ( de dollars), l'ilménite, la rutile et le kaolin. Au , entre 75 et 80 % du phosphate utilisé aux États-Unis et 25 % dans le monde provient de Floride : il est exporté par le port de Tampa. Secteur secondaire La Floride n'est pas considérée comme un État industriel : les industries lourdes sont peu nombreuses et le secteur secondaire ne représente que 8 % du PIB. Les emplois industriels se concentrent dans les métropoles. Plusieurs industries travaillent en relation avec le secteur primaire : transformation du bois, jus de fruits, conserveries, raffinage du sucre. Le secteur du bâtiment et travaux publics (BTP) est stimulé par la croissance démographique et le tourisme. La construction électrique et le matériel de transport (Tampa, Jacksonville, Orlando), la confection (Miami) sont des activités relativement dynamiques. Depuis l'arrivée de la NASA à cap Canaveral dans les années 1960, l'industrie aérospatiale s'est développée ; elle emploie et produit pour de dollars de biens et services. Les industries médicales et biotechnologiques connaissent également un essor dans les principales agglomérations. La Floride est le deuxième État américain pour le nombre de laboratoires médicaux. Plus de de biotechnologie (comté d'Alachua et agglomération de Miami-Fort Lauderdale), de pharmacie et de matériel médical travaillent en relation étroite avec les universités. Secteur tertiaire Les services représentent 68 % du PIB floridien. Les sociétés de prise en charge de communautés ou d'individus, comme celles de la santé ou du tourisme, viennent en tête. Elles occupent environ 30 % des employés de l'État et fournissent un quart de la richesse produite. Avec une population vieillissante, les services de santé devraient connaître prochainement l'un des plus forts taux de croissance. La fonction publique a aussi une part importante dans l'économie de l'État : elle emploie environ 15 % des personnes actives, notamment dans l'éducation, la santé et l'armée. Les agences immobilières et financières jouent également un rôle essentiel. Les transactions immobilières en particulier ont connu une croissance extraordinaire liée à l'afflux de nouveaux résidents. Ce secteur emploie deux fois plus d'agents que la moyenne nationale. Le tourisme est la principale activité de la Floride : il génère, dans les années 2000, de dollars. « L'État ensoleillé » a attiré quelque de touristes en 2006. Les atouts touristiques de la Floride sont nombreux : le climat tropical du Sud offre des hivers chauds et ensoleillés. Le tourisme balnéaire se développe grâce aux plages de sable blanc comme celles de la Suncoast, mais aussi grâce à une offre importante d'infrastructures de transport et d'hôtellerie. L'offre des activités est large, depuis les loisirs et les sports maritimes au tourisme culturel et écologique (parcs naturels). Les touristes viennent également profiter des centaines de sources d'eau douce de l'État : il existe 15 parcs d'État autour de sources qui attirent chaque année plus de deux millions de visiteurs. Il est possible de visiter le centre spatial Kennedy et d'assister au lancement des navettes sur le site. La Floride est, avec la Californie, l'État qui compte le plus de parcs à thème. Plusieurs parcs sont regroupés en complexe, le plus grand de tous est le Walt Disney World Resort près d'Orlando qui s'étend sur . Le complexe emploie , comprend quatre parcs à thèmes dont un zoologique et un parc des technologies du futur (Epcot), deux parcs aquatiques, 22 hôtels, cinq terrains de golf et une zone commerciale. Orlando est la métropole touristique la plus fréquentée du monde et qui détient la plus grande capacité hôtelière du pays. Enfin, Miami est le premier port de croisières du globe avec plus de 1,8 million d'embarquements en 2007. agences bancaires sont présentes en Floride et Miami est le deuxième centre bancaire international des États-Unis, derrière New York. Les exportations de marchandises représentent de dollars au premier trimestre 2009, et les importations . Les ports de Floride exportent des produits manufacturés, des véhicules, des engrais, des plastiques et des produits pharmaceutiques. Ils importent des produits manufacturés, énergétiques et minéraux. La Floride est la porte des États-Unis sur l'Amérique latine et assure près de 40 % des exportations américaines vers ce continent. Les aéroports représentent de tonnes et 7 % des marchandises transportées par avions aux États-Unis. Le littoral accueille 14 ports en eau profonde qui totalisent un trafic de de tonnes de marchandises. Tampa est le premier port de Floride en volume de marchandises. Culture Architecture et patrimoine L'architecture de la Floride suit l'évolution historique et économique de « l'État ensoleillé ». Les nombreux forts présents en Floride montrent que la région a constitué un enjeu entre les puissances coloniales européennes, puis dans les guerres indiennes menées par le gouvernement américain. Le monument national de Castillo de San Marcos, le fort Matanzas et la cathédrale-basilique de Saint Augustine, construits par les Espagnols au en coquina, sont classés monuments nationaux américains. L'architecture du reflète l'évolution économique de la Floride : dans la moitié nord, les planteurs et les exploitants agricoles construisent de belles demeures dans un style commun au Vieux Sud des États-Unis (parc d'État d'Eden Gardens). De ces plantations subsistent parfois les ruines d'un moulin à sucre (site historique d'État de Yulee Sugar Mill Ruins) ou les cases des esclaves (parc historique d'État de Bulow Plantation Ruins). La multiplication des phares sur la côte témoigne de la vocation maritime de la Floride : le plus haut est le phare de Ponce de Leon Inlet, à Ponce Inlet. Dans les années 1880-1920, les investisseurs et les magnats des chemins de fer construisent de nombreux hôtels aux styles architecturaux éclectiques : Carl Graham Fisher à Miami Beach, Harold Stirling Vanderbilt à Palm Beach, Henry Bradley Plant à Tampa, Henry Morrison Flagler à Saint Augustine. L'architecture néo-mauresque est très prisée : Don CeSar (St. Pete Beach), (Tampa), Ponce de León Hotel (Saint Augustine). Les autres tendances sont hispaniques (Coral Gables Biltmore Hotel à Coral Gables) ou néorenaissance méditerranéenne (villa Vizcaya à Miami). L'entre-deux-guerres voit s'épanouir des édifices de style Art déco, en particulier à Miami et Miami Beach. Les éléments décoratifs en stuc et en marbre reprennent les thèmes de la faune et la flore locales si bien que l'on parle de tendance . Les murs sont peints avec des couleurs pastels et ornés de formes géométriques, de néons qui brillent dans la nuit. Le sourcil au-dessus des fenêtres, destiné à protéger l'intérieur de la lumière du soleil, est une spécialité de Miami. La Floride compte des édifices de la , parmi lesquels la d'Isabel Roberts (St. Cloud) et la , de Frank Lloyd Wright (Lakeland) sont deux exemples célèbres. Il existe un style moderne propre à Miami : la ; Morris Lapidus est l'un des architectes les plus prolifiques en Floride dans les années 1950 ; on lui doit de nombreux hôtels à Miami Beach. La est un style d'architecture régional dominé par Paul Rudolph dans les années 1950 et qui appartient au style international. Enfin, parmi les grands architectes internationaux ayant travaillé en Floride, on peut citer le Japonais Arata Isozaki qui a construit le Team Disney Building, près d'Orlando, ou encore le Suisse Bernard Tschumi qui a dessiné le Paul Cejas School of Architecture Building à Miami (2003). Comme dans les autres métropoles américaines, les grandes villes floridiennes ont vu s'élever des gratte-ciel dans les centres des affaires. La poussée a été telle à Miami que les spécialistes ont pu parler de . Le est le plus haut immeuble de la Floride avec ses . Depuis quelques années, les Floridiens ont pris conscience de la nécessité de préserver le patrimoine architectural de l'État, menacé par les promoteurs immobiliers. De nombreuses villes possèdent des quartiers historiques ( en anglais) qui attirent les touristes. À la fin des années 1970, sous l'impulsion de Barbara Capitman, se créée la Ligue de préservation de Miami. En 2007, la Floride abrite 39 National Historic Landmarks. Cinéma et télévision Au début du , de nombreux réalisateurs de New York sont attirés par le climat de la Floride et les faibles salaires. Ils installent une trentaine de studios à Jacksonville que l'on surnomme rapidement la . Plusieurs centaines de films muets sont ainsi produits entre 1908 et les années 1920. Mais l'industrie du cinéma est stoppée par la concurrence d'Hollywood en Californie. Il ne reste de cet âge d'or qu'un musée aménagé dans les studios Norman, dans le quartier d'Arlington, le . La Floride est le troisième centre de production cinématographique des États-Unis. On trouve des studios de production dans deux parcs à thèmes : et . Plusieurs films historiques sur la Prohibition (Certains l'aiment chaud), la crise des missiles de Cuba de 1962 (Treize jours) ont été tournés en Floride. De nombreux films ont pour thème l'espionnage (, Casino Royale) ou l'espace (Apollo 13, Contact). Les films se déroulant en Floride appartiennent souvent au genre policier ou au thriller : L'Expert, Sexcrimes, Miami Vice : Deux Flics à Miami. D'autres sont des films d'action comme , , Le Transporteur 2. Dans le registre de la comédie, on peut citer , , Mary à tout prix et Mon beau-père, mes parents et moi qui se déroulent tous dans l'État. L'Enfer du dimanche réalisé par Oliver Stone, évoque quant à lui l'univers du football américain. De nombreux comédiens sont nés en Floride : Sidney Poitier, Faye Dunaway, Wesley Snipes, Carla Gugino, William H. Macy ou encore Danny Pino. Parmi les séries télévisées qui ont pour cadre la Floride, on peut citer : Flipper le dauphin, Les Craquantes, Nip/Tuck, Deux Flics à Miami, Les Experts : Miami, Dexter qui sont les plus connues. Cuisine La cuisine floridienne est un mélange d'influences diverses venues des Caraïbes et d'Amérique latine. Elle utilise des produits maritimes (poissons, crustacés, coquillages), cubains (riz, haricots noirs, porc) et tropicaux (fruits), souvent relevés par des épices. Les agrumes (orange, citron, pamplemousse) sont utilisés dans les desserts mais aussi dans de nombreux plats sucrés-salés (poulet, poisson). Parmi les spécialités de la région se trouvent le (confiserie à base de sucre, lait, beurre, chocolat et banane) et la viande d'alligator. Les restaurants proposent aussi des plats typiques du Vieux Sud américain (gumbo, jambalaya). Les crustacés sont préparés en bisques et servis en entrée. L'agriculture fournit des fruits pour les cocktails et les smoothies. Les premières vignes de Floride auraient été plantées par les Français au et développées par les Espagnols par la suite. Depuis 2006, la , une tarte à la lime originaire de la région des Keys, est devenue un symbole de l'État. Événements culturels et festivals Le dynamisme de la culture floridienne se manifeste par de nombreux événements tout au long de l'année. Des festivals de musique se tiennent dans les grandes villes, en particulier à Jacksonville et Miami. s'impose comme l'une des capitales littéraires de la Floride, notamment avec son festival en l'honneur d'Ernest Hemingway. Les villes du Sud de la Floride organisent diverses parades célébrant les différentes communautés de la région. La Florida State Fair est l'une des foires les plus anciennes et les plus importantes de l'État. Enfin, on compte de nombreux festivals cinématographiques, parmi lesquels le Festival international du film de Miami qui est fréquenté chaque année par plus de . Littérature Comme les Amérindiens n'ont pas laissé de témoignages écrits datant de l'époque précolombienne, les premiers éléments de la littérature sur la Floride sont des récits espagnols. Au , des explorateurs comme Jean Ribault et René de Goulaine de Laudonnière laissent des témoignages de la colonisation française. Au siècle des Lumières, les voyageurs britanniques puis américains décrivent la péninsule : ainsi, le naturaliste et poète William Bartram parcourt la Floride entre 1765 et 1777. Il publie le récit de ses aventures en 1791 dans un livre appelé , dans lequel il décrit les mœurs des Amérindiens, les milieux et les paysages floridiens. Un autre voyageur anglais, Bernard Romans, écrit une Histoire naturelle et civile des Florides (1776). Bien que n'ayant jamais résidé de manière permanente en Floride, l'ornithologue Jean-Jacques Audubon peint les oiseaux de cette région ; il explore la Floride à plusieurs reprises dans les années 1830 et publie Les Oiseaux d'Amérique. Charles Vignoles édite en 1821 ses Observations on the Floridas. Harriet Beecher Stowe (1811 - 1896), auteur de La Case de l'oncle Tom, a également décrit la Floride à la fin du dans (1872). À la fin de son ouvrage, elle plaide en faveur des droits humains, notamment des Afro-Américains. Le premier roman de Marjorie Kinnan Rawlings, (1933), se déroule à où l'on peut encore visiter sa maison. Mais son œuvre la plus célèbre, (en français : Jody et le Faon, 1938), qui raconte l'histoire d'un jeune garçon qui adopte un faon orphelin en Floride, a remporté le prix Pulitzer du roman en 1939, et a fait plus tard l'objet d'un film du même nom. À la fin des années 1930, Stetson Kennedy et Zora Neale Hurston travaillèrent pour la division floridienne de la (WPA) qui engageait des écrivains. Ils commirent tous deux des ouvrages sur la Floride, le premier dans (1942) et (1946), la seconde dans son roman (1946). Ces deux auteurs sont connus pour leurs contributions sur le folklore de la Floride et leur engagement en faveur des droits civils. Bien qu'originaire d'Alabama, la famille de Zora Neale Hurston s'installa à Eatonville près d'Orlando. Dans son autobiographie, , Zora Neale Hurston prétend y être née ; la ville organise chaque année un festival en son honneur. Ernest Hemingway vécut plusieurs années à Key West, dans une maison où John Dos Passos vint à plusieurs reprises avec sa femme. Hemingway y écrivit de nombreux romans : , , , , . La demeure a été transformée en musée en 1964 puis classée National Historic Landmark en 1968. Deux œuvres du Prix Nobel de littérature ont pour cadre la Floride : (1937) décrit Key West et la contrebande entre Cuba et la Floride. L'Étrange Contrée raconte comment un écrivain et une jeune fille louent une voiture à Miami et roulent vers l'Ouest. Tennessee Williams est un autre grand auteur américain qui vécut en Floride. Sa pièce Doux oiseau de jeunesse (, 1959) commence dans une chambre d'hôtel de St. Cloud. La pièce de Maxwell Anderson (1888-1959), Key Largo (1939) fut adaptée au cinéma. À partir des années 1960, Miami devient le centre de la littérature des Cubains en exil : par exemple, Carlos Victoria place l'action de son roman Un pont dans la nuit dans la métropole floridienne. Thomas McGuane (né en 1939), écrit des romans qui ont pour décor les Keys ( à l'ombre, Panama). Dans Continents à la dérive (1985), Russell Banks (né en 1940) évoque l'immigration haïtienne en Floride. En 1990, John Updike (1932-2009) met en scène le roman Rabbit en paix, quatrième volume du célèbre cycle « Rabbit Angstrom », en grande partie en Floride dans une ville fictive, Deleon, inspirée de Fort Myers. Enfin, le roman policier est le genre le plus prolifique en Floride : on peut citer des écrivains comme John D. MacDonald, Alison Lurie, Elmore Leonard, Stuart M. Kaminsky, Carl Hiaasen, Patricia Cornwell ou encore Tim Dorsey. Médias Il existe une importante offre de journaux à Miami : le principal quotidien est The Miami Herald qui tire à plus de en semaine et emploie quelque ; il a reçu 19 fois le prix Pulitzer et son rayonnement va bien au-delà du sud de la Floride car il est distribué dans six pays d'Amérique latine et des Caraïbes. Sa version hispanophone, , est le deuxième journal en espagnol le plus lu aux États-Unis et tire à en semaine. Parmi les autres grands journaux floridiens, on peut citer le plus ancien d'entre eux, , fondé en 1864, l, avec un tirage quotidien de plus de , ou encore le qui a remporté six fois le prix Pulitzer. Il existe en outre une presse étudiante très active, avec des titres comme , ou encore . Plusieurs radios émettent sur le territoire, donc WRMI, WQAM et WAVV. Musées et bibliothèques L'art contemporain est particulièrement bien représenté en Floride : les musées (Pérez Art Museum Miami, musée d'Art contemporain de North Miami, musée d'Art contemporain de Jacksonville) et les galeries d'art se concentrent dans les grandes villes. Miami possède une foire d'art contemporain internationalement reconnue : Art Basel Miami Beach. Le Salvador Dali Museum réunit la plus grande collection au monde du maître espagnol à St. Petersburg. Il existe par ailleurs de nombreux musées consacrés aux sciences (, musée d'histoire naturelle de Floride), aux transports (aviation, chemin de fer) et à l'histoire locale. Enfin, la vocation spatiale de la Floride est mise à l'honneur au Kennedy Space Center Visitor Complex de Cap Canaveral. Des aquariums (SeaWorld Orlando, aquarium de Floride) et des parcs zoologiques (Jacksonville Zoo and Gardens, Busch Gardens Tampa, Disney's Animal Kingdom, Miami MetroZoo) figurent parmi les autres attractions de l'État. Les principales bibliothèques de l'État sont situées dans les métropoles : le réseau des bibliothèques de Miami possède 47 antennes et plus de de volumes. Les campus universitaires abritent des bibliothèques spécialisées. La bibliothèque de l’université internationale de Floride compte plus de 1,7 million de volumes. Les archives de l'État de Floride se trouvent à Tallahassee. Musique La diversité musicale de la Floride reflète l'existence des différentes communautés ethniques. Les musiques rituelles des Amérindiens restent vivantes dans les réserves. L'héritage afro-américain se retrouve dans le ragtime et le cake-walk. La présence des Cubains et des Haïtiens renouvelle les genres musicaux de la péninsule à partir des années 1960. Au début des années 1970, le disco de Miami connaît un important succès. Puis, dans les années 1980-1990 se développent le Miami bass (hip-hop), le death metal, le Florida breaks (). Enfin, la Floride est l'un des principaux lieux de la techno. À Miami, la est la plus grande manifestation de dance du monde et la ville reste l'une des destinations préférées des DJ internationaux. De nombreux chanteurs et musiciens sont nés en Floride : on peut citer George Fisher, Gary U.S. Bonds (rhythm and blues), Jim Morrison (rock), Tom Petty, Johnny Tillotson (musique country), ou encore Flo Rida (rap). Marilyn Manson et comptent parmi les groupes originaires de Floride les plus connus. Les métropoles comptent chacune des orchestres symphoniques. Enfin, plusieurs chansons évoquent la Floride : est l'hymne de l'État écrit par Stephen Foster en 1851. Les Blues Brothers chantent et Arthur H interprète Sous le soleil de Miami. Sports À côté des équipes prestigieuses (voir le tableau ci-dessus), la Floride possède de nombreuses petites équipes de baseball, football américain, basket-ball, hockey sur glace, soccer (football) et rugby à . Les universités ont également des équipes sportives reconnues. Le football américain est, comme ailleurs aux États-Unis, l'un des sports les plus suivis en Floride. Les Gators de la Floride et les Seminoles de Florida State sont les deux plus fameuses équipes omnisports universitaires de Floride. L'Orange Bowl qui se joue à Miami est l'un des matchs de football américain universitaire les plus populaires, la première édition ayant eu lieu en 1935. En baseball, l'entraînement de printemps des équipes de Ligue majeure de baseball débute à la mi-février (). L'étendue du littoral floridien est propice au développement des sports nautiques et aquatiques de toutes sortes : pêche sportive, kayak, catamaran, planche à voile sont pratiqués comme sports et comme loisirs. La plongée sous-marine permet de découvrir les récifs coralliens et les nombreuses épaves. Des régates sont organisées au large des côtes et Fort Lauderdale possède la plus grande manifestation nautique du monde qui attire quelque chaque année. La Floride est, avec la Californie et Hawaï, un foyer du surf américain. Cocoa Beach est le lieu de naissance du surfeur professionnel le plus titré de l'histoire de ce sport, Kelly Slater. Le principal lieu pour les courses automobiles est . Le Daytona International Speedway accueille notamment les 24 Heures de Daytona, une course d'endurance de voitures de sport qui se tient chaque année depuis 1966. Il existe également un circuit urbain dans les rues de St. Petersburg qui accueille le championnat américain de monoplaces IndyCar Series lors du Grand Prix de St. Petersburg qui a lieu tous les ans en début de saison. Le rodéo du à Kissimmee est le plus ancien de Floride. Les courses hippiques sont l'occasion de faire des paris. Le comté de est réputé pour la pratique du polo, en particulier dans le . Le tennis est l'un des sports les plus pratiqués en Floride. Il existe de nombreux centres d'entraînement dont celui de Nick Bollettieri qui forme des joueurs internationaux. Les tournois de et les Masters de Miami font partie du circuit professionnel ATP. L' de Miami et le tournoi de tennis d'Amelia Island figurent dans le WTA. Avec plus de terrains de golf, la Floride est l'État américain le mieux doté. Ils se concentrent dans le comté de . De nombreux golfeurs ont choisi de résider en Floride comme Tiger Woods. La et la organisent des tournois en Floride dont le plus prestigieux est à . Éducation Les systèmes scolaires publics sont administrés par le Florida Department of Education (FLDOE). Selon la Constitution de la Floride, l'État compte scolaires, soit un par comté, qui sont indépendants des municipalités. Les districts scolaires ont la possibilité de taxer leurs résidents. La Floride possède plusieurs centaines d'écoles privées de tous types qui ne dépendent pas du FLDOE. En 2008, environ recevaient un enseignement à domicile qui n'est contrôlé ni par le district scolaire, ni par le FLDOE. En 2007, on comptait Floridiens en étude (du primaire au supérieur). Il existe et d'État, et indépendants, , huit écoles de droit et quatre écoles de médecine en Floride. L'Independent Colleges and Universities of Florida est une association qui regroupe éducatives privées dans l'État, totalisant plus de en 2006. En 2007, l'ensemble des universités floridiennes disposaient de de dollars pour la recherche, financée par l'État fédéral, l'État de Floride, les industriels, le mécénat et la philanthropie. Il existe de nombreux pôles d'excellence universitaire dans les biotechnologies, les énergies renouvelables, l'optique et la science des matériaux. Depuis l'an 2000, la Floride interdit la discrimination positive dans les universités publiques. Les établissements d'enseignement supérieur les plus importants sont le Miami Dade College (), l'université de Floride (), l'université de Floride centrale (), qui comptent parmi les plus grandes des États-Unis. Selon le classement académique des universités mondiales par l'université Jiao Tong de Shanghai, l'université de Floride est la meilleure de l'État : elle occupe la mondiale et la aux États-Unis (2008). Le campus de l'université de Floride à Gainesville est le plus vaste et s'étend sur environ 800 hectares. Fondée en 1851, l'université d'État de Floride à Tallahassee est la plus ancienne de l'État. Transports La navigation fluviale joua un rôle crucial dans la colonisation et dans le développement économique de la Floride. La première liaison en bateau à vapeur fut créée en 1827 sur la rivière Apalachicola. Cette voie navigable servit non seulement au transport du coton mais aussi à celui du bois, l'un des principaux produits d'exportation de l'époque. La Floride est desservie par une grande variété de moyens de transport. La desserte du territoire est facilitée par la taille de l'État et par l'absence de montagnes. Les transports sont sous la responsabilité du département des Transports de Floride. Le système des autoroutes d'État () s'étend sur près de et relie les principales villes. La longueur cumulée des autres routes publiques atteint les . Les principales autoroutes sont l'Interstate 4, l'Interstate 10, l'Interstate 75 et l'Interstate 95. L'U.S. Route 1 relie Key West à la frontière canadienne. Cette section de l'US Route 1, dans les Keys, appelée Overseas Highway, est longue d'environ et compte dont le Seven Mile Bridge, le plus long de Floride avec . Le réseau des voies ferrées est long de quelque et permet surtout l'acheminement des marchandises et des matières premières. La société Amtrak exploite plusieurs lignes de chemins de fer pour les voyageurs comme l'Auto Train. Orlando constitue le terminal oriental de la Sunset Limited, qui traverse le Sud des États-Unis depuis Los Angeles en passant par Houston et La Nouvelle-Orléans. Miami est reliée à New York par deux lignes : la Silver Star et la Silver Meteor. Miami est la seule ville de Floride à posséder un métro ; les autres grandes villes sont desservies par un tramway et/ou des bus. Le Tri-Rail est une ligne régionale de trains qui s'étend sur et qui possède le long de la côte méridionale de l'Atlantique et qui dessert les trois aéroports internationaux de cette région. La Floride possède commerciaux reliés à aux États-Unis et à l'étranger. de passagers passent chaque année dans les aéroports floridiens dont visitent l'État. En 2007, plus de de tonnes de fret ont transité par les aéroports de Floride. Les principaux aéroports, par nombre de passagers, sont ceux d'Orlando, de Miami, de Fort Lauderdale et de Tampa. Jumelages Notes et références Notes Ouvrages et articles Références internet Annexes Bibliographie Ouvrages, chapitres et articles en langue française Mickaël Augeron, Didier Poton et Bertrand Van Ruymbeke, dir., Les Huguenots et l'Atlantique, : Pour Dieu, la Cause ou les Affaires, préface de Jean-Pierre Poussou, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne (PUPS), Les Indes savantes, 2009 Mickaël Augeron, Didier Poton et Bertrand Van Vuymbeke, dir., Les Huguenots et l'Atlantique, : Fidélités, racines et mémoires, Paris, Les Indes savantes, 2012. Mickaël Augeron, John de Bry, Annick Notter, dir., Floride, un rêve français (1562-1565), Paris, Illustria, 2012. Ouvrages et articles en langue anglaise Ouvrage en langue espagnole Articles connexes États des États-Unis Sud-Est des États-Unis Géographie des États-Unis Sun Belt Liens externes Division administrative fondée en 1845
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Fascisme
Le fascisme est un système politique autoritaire qui associe populisme, nationalisme et totalitarisme au nom d'un idéal collectif suprême. Mouvement d'extrême droite révolutionnaire, il s'oppose frontalement à la démocratie parlementaire et au libéralisme traditionnel, et remet en cause l'individualisme codifié par la pensée philosophique des Lumières. Issu de diverses composantes de la philosophie européenne du , le fascisme a trouvé dans les circonstances économiques et historiques de l'après-première guerre mondiale le contexte qui lui a permis d'accéder au pouvoir, d'abord en Italie dans les années 1920 avec Mussolini, puis sous une variante accentuée, militariste, en Allemagne dans les années 1930 avec le nazisme d'Adolf Hitler. Le terme fascisme s'applique au sens strict à la période mussolinienne de l'histoire italienne et au sens large à un système politique aux caractéristiques inspirées par l'exemple italien et allemand mais qui a pu prendre des aspects différents selon les pays. Des débats existent entre les historiens quant à la qualification de certains régimes (France de Vichy, Espagne franquiste...). La différence entre fascisme et totalitarisme fait l'objet de nombreux débats. Opposé à l'individualisme et repoussant l'idéologie démocratique au nom de la masse incarnée dans un chef providentiel, le fascisme embrigade les groupes sociaux (jeunesse, milices) et justifie la violence d'État menée contre les opposants assimilés à des ennemis intérieurs, l'unité de la nation devant dépasser et résoudre les antagonismes des classes sociales dans un parti unique. Dans le domaine économique, l'État conduit une politique dirigiste mais maintient le système économique et les activités professionnelles. En même temps, le fascisme rejette la notion d'égalité au nom d'un ordre hiérarchique naturel : il définit un , un idéal de pureté nationale et raciale qui nourrit en particulier l'antisémitisme, l'homophobie, l'exclusion des personnes atteintes d'un handicap et exalte les corps régénérés ainsi que les vertus de la terre, du sang et de la tradition, tout comme il affirme une hiérarchie entre les « peuples forts » et les « peuples faibles » qui doivent être soumis. De façon générale, le fascisme exalte la force et s’appuie sur les valeurs traditionnelles de la masculinité, reléguant les femmes dans un rôle maternel. Il célèbre dans cet esprit les vertus guerrières en développant une esthétique héroïque et grandiose. Révélateur d'une crise de la modernité et luttant contre le sentiment de décadence de la civilisation, le fascisme s'appuie aussi sur une vision idéalisée du passé et sur l'émotion collective qu'il met en scène dans la théâtralité dynamique d'une religion civile (culte du chef, uniformes, rassemblements, propagande) et suscite ainsi une fascination idéologique et esthétique avérée. Dans son acception la plus large, le terme est employé pour qualifier l'ensemble de l'extrême droite. Le fascisme est d'ailleurs encore revendiqué par certaines mouvances d'extrême droite (les néofascistes) comme le parti italien CasaPound dont les membres aiment se faire appeler . Prononciation et étymologie Le mot fascisme est prononcé , calque de la prononciation italienne ; ou plus rarement . Le mot (en italien ) vient de l'italien (« faisceau »), faisant référence aux fasces lictoriae, emblème de l'autorité initié sous la République romaine, qui fut ensuite repris notamment sous la Révolution française, puis vers 1919, par les milices squadristes de Benito Mussolini, qui avaient initialement groupé des anciens combattants de la Première Guerre mondiale, déçus et épris d'ordre. Idéologie Au sens le plus strict, il désigne donc le régime de Benito Mussolini. Si historiquement le nazisme apparaît proche du fascisme, bien d'autres régimes politiques ont été qualifiés, à tort ou à raison, de fascistes par leurs opposants, comme l'Égypte nassérienne, le régime des Talibans, le stalinisme, le péronisme, etc. Dans le débat politique contemporain, les adhérents à certaines idéologies politiques tendent à associer le fascisme avec leurs ennemis, ou le définissent comme étant l'opposé de leurs propres visions politiques. En son sens large, le fascisme se définit comme une réaction aux valeurs de l'humanisme démocratique du siècle des Lumières. Issu des frustrations engendrées par ce nouveau modèle de société, le fascisme rejette les droits de l'homme, le communisme, l'anarchisme, les libertés individuelles et le libéralisme politique. Lors d'un discours du 2 avril 1924, Benito Mussolini reprend une citation du philosophe Friedrich Nietzsche : « vivre dangereusement », citation qui doit être la règle pour le fascisme, sa définition ; Mussolini déclare ainsi : Le fascisme souhaite être pragmatique avant tout, c'est ce qu'explique Mussolini dans son quotidien Il Popolo d'Italia le 23 mars 1919 : « Nous nous permettons le luxe d'être aristocrates et démocrates, conservateurs et progressistes, réactionnaires et révolutionnaires, légalistes et illégalistes, selon les circonstances, le lieu, le cadre dans lequel nous sommes contraints de vivre et d'agir ». Origine Les origines du fascisme font l'objet d'un débat parfois âpre parmi les historiens. Pour Zeev Sternhell et ses partisans, l'idéologie fasciste a principalement été forgée en France, entre les années 1880 et 1914, par conjonction entre une radicalisation antidémocratique de certains mouvements d'extrême gauche (notamment le syndicalisme révolutionnaire) avec une nouvelle droite nationaliste, formant la « droite révolutionnaire », dont est issue le fascisme. Zeev Sternhell souligne pour sa part : Henri Michel est d'avis que le « fascisme […] est à la fois un et multiple », ajoute : « Dans chaque pays, il trouve dans le passé national quelques-uns de ses éléments, mais il puise aussi dans son fonds commun pour modeler le présent et façonner l'avenir. » ; cherchant des antécédents au fascisme français, il remonta jusqu'au bonapartisme : « Napoléon et Napoléon III ont frayé la voie au fascisme, par la dictature, le culte du grand homme, la recherche de l'appui populaire par le plébiscite, la restructuration du corps social – par une nouvelle noblesse ou par la promotion d'une classe d'hommes d'affaires ». Une opinion très répandue est que le fascisme français des années 1930 puisa sa source dans un courant intellectuel qui s'était développé à la fin du et au début du . Parmi ceux qui concourent ainsi à sa formation, on peut mentionner : Édouard Drumont, Paul Déroulède, Gustave Le Bon, Joseph Arthur de Gobineau, Gustave Tridon, René de La Tour du Pin, Charles Maurras, Maurice Barrès, Georges Sorel, Julius Evola, Joséphin Péladan, Georges Valois, Robert Brasillach, Eugène Deloncle, Blanc de Saint-Bonnet, Henri Martin, Georges Thiébaud, Jules Guérin, Lucien Rebatet et plusieurs autres. Les conceptions caractéristiques de ce courant exprimaient un nationalisme exclusif, un antisémitisme agressif, un racisme marqué, un goût prononcé de l'autoritarisme et une violente opposition à des valeurs comme : révolution, république, libéralisme politique, démocratie, parlementarisme, et bien entendu, socialisme. Toutefois, la doctrine économique libérale ne s'oppose pas au fascisme. Il y eut des connivences dans une perspective anticommuniste avec lesquels Mussolini parvient à posséder le soutien financier d’industriels et de grands propriétaires qui financent les groupes fascistes encouragés à faire le coup de poing contre la gauche pour défendre la propriété privée : Mussolini déclare, lors de son premier discours en tant que député au Parlement italien, le 21 juin 1921 : « Je suis un libéral […]. Il faut abolir l’État collectiviste tel que la guerre nous l’a transmis, par la nécessité des choses, et revenir à l’État manchestérien ». Pour des auteurs comme Pierre Milza, la Première Guerre mondiale est tout à fait essentielle dans la formation de l'idéologie fasciste, bien qu'il ait nuancé son point de vue en reconnaissant que Sternhell avait partiellement raison en soulignant la parenté entre certains idéologues français d'avant 1914 et les théoriciens du fascisme. Traitant de la France du début du , Pierre Milza et Marianne Benteli soulignent : Cependant, pour Ernst Nolte, il est évident que « l'Action française a été la première organisation de quelque importance et de statut intellectuel à révéler des traits caractéristiques fascistes » et « qu'il faudrait qualifier l'Action française de fascisme précoce, et que d'un certain point de vue, elle est plus proche du national-socialisme que du fascisme italien ». Cette prise de position d'Ernst Nolte à l'égard de l'Action française est la seule de son espèce. Toutefois, afin de défendre sa thèse Ernst Nolte insiste : Sous l'occupation nazie, la doctrine de l'Action française eut une énorme influence idéologique sur le gouvernement de Vichy. Charles Maurras appuya avec zèle la « révolution nationale » guidée par le maréchal Pétain. Pour Robert Paxton, le Ku Klux Klan (KKK) constitue la première forme de mouvement fasciste, ou protofasciste, et il rejoint en partie Sternhell sur les origines françaises de l'idéologie. Pour l'historien américain, le fascisme se développe selon cinq phases : Des penseurs politiques dissidents, extrémistes de droite méprisant la modération des conservateurs, et anciens extrémistes de gauche reniant la démocratie, forment une critique commune du libéralisme politique, au nom d'une synthèse nationale et sociale. L'idéologie se forme ainsi dans des pays de vieille tradition démocratique, comme la France, et, paradoxalement, un pays où naît l'idéologie fasciste a peu de chance de voir arriver rapidement un parti fasciste au pouvoir. Ces mouvements, jusque-là marginaux, prennent de l'importance, car ils apparaissent, aux yeux des grands industriels et des grands propriétaires terriens, comme le seul moyen de rétablir l'ordre, notamment contre l'agitation communiste. À ce moment, le fascisme abandonne ses revendications sociales avancées pour un libéralisme économique strict. Le parti fasciste accède au pouvoir. Le pouvoir fasciste se consolide. La phase de radicalisation n'a été pleinement accomplie que par le nazisme, avec la Shoah et la création d'espaces où l'État protecteur disparaît absolument : les camps de concentration, et plus encore les camps d'extermination. Son modèle social est davantage centré sur la nation que sur les individus qui la composent. Il cherche à créer un groupe uni et solidaire, qui ait une identité forte. Pour cela, il faut que cette collectivité partage une histoire et un destin communs et qu'elle se construise sur la volonté de perpétuer son ciment culturel. Il est donc primordial pour les fascistes de préserver l'homogénéité (ethnique, religieuse ou de classe) de cette collectivité nationale. Totalitarisme Le fascisme se définit lui-même comme , et peut se résumer par une formule de Mussolini : . Mussolini expliqua que « pour le fasciste, tout est dans l’État, et rien d’humain ni de spirituel n’existe et a fortiori n’a de valeur, en dehors de l’État. En ce sens, le fascisme est totalitaire, et l’État fasciste, synthèse et unité de toute valeur, interprète, développe et domine toute la vie du peuple ». Toutefois, il précisa : « qu'on ne pense pas que l'État, tel que nous le concevons et le voulons, prenne le citoyen par la main comme le père prend celle de son jeune fils pour le guider ». De plus, Julius Evola expliqua que « lorsque le fascisme présenta un caractère totalitaire, on doit donc penser à une déviation par rapport à son exigence la plus profonde et la plus valable ». En outre, pour Hannah Arendt, connue pour ses travaux sur le totalitarisme, le fascisme italien ne fut pas un régime totalitaire. Excluant tout contre-pouvoir, le fascisme italien est un système qui se veut totalitaire. Il s'est appuyé sur des groupes de choc, les Chemises noires, qui ont été complètement militarisées après la prise du pouvoir. À la différence d'autres totalitarismes, le fascisme a cherché cependant à obtenir l'adhésion populaire plutôt que de recourir à des méthodes coercitives. Utilisant des techniques comme la démagogie et le populisme, il lui est arrivé d'obtenir un fort soutien populaire et même de maintenir certaines formes démocratiques, comme le suffrage universel (pendant deux années). Tout comme Hitler, Mussolini a été « invité » au pouvoir par l'assentiment des autorités de l'époque avec la célèbre Marche sur Rome. Il s'agit pour cela de mobiliser des valeurs comme le patriotisme, les idéaux de « rénovation » nationale et de pureté. Croire, obéir, combattre deviennent des valeurs, analyser et critiquer de l'insubordination. Il est donc nécessaire de faire naître un sentiment d'urgence, de désigner un ennemi commun cherchant à détruire le collectif et contre lequel le groupe tout entier doit se mobiliser. Cette mobilisation permet de réprimer sévèrement toute contestation sans perdre la caution populaire. Il suffit de désigner l'homme à abattre comme « ennemi », « traître », « sous-homme ». Mais le fascisme italien n'a pas pratiqué les massacres de masse de type hitlérien, même s'il n'a pas hésité à faire exécuter des opposants politiques, y compris exilés (Carlo et Nello Rosselli) et à les reléguer (îles Lipari notamment). Rapports avec la Révolution française L'historien italien Renzo de Felice et l'historien français Frédéric Le Moal renvoient pour leur part le fascisme « à sa nature révolutionnaire et à son lien avec la Révolution française » dans sa période jacobine, ce qui n'est pas le cas d'autres historiens comme Johann Chapoutot, lequel pense que le projet politique nazi est un projet contre-révolutionnaire voulant détruire l'héritage de la Révolution française. Ralph Schor observe également que cette thèse « semble contredite par bien d’autres aspects du régime comme l’exaltation des traditions et de la Rome antique, la défense de l’ordre moral, de la société patriarcale, du monde rural et de ses valeurs, le maintien du pouvoir représenté par le capital, les mesures prises pour supprimer la lutte des classes, la relative liberté laissée aux intellectuels et aux artistes », ce qui conduit ce dernier auteur à considérer que Le Moal « finit par quasiment nier la complexité du mouvement qu’il étudie et par minorer ou oublier les emprunts faits par le fascisme aux droites ». La notion de hiérarchie Un autre point caractéristique du fascisme est la prégnance de la hiérarchie sociale : le groupe doit être mené par un chef, surnommé en Italie le Duce (« le Guide »), dont l'autorité ne saurait être remise en question. C'est au cours de sa période socialiste que Mussolini fut qualifié pour la première fois de Duce, selon un terme en usage dans la gauche italienne. Avec le fascisme, l'emploi du terme est systématisé et le Duce devient le conducteur de la révolution fasciste. Néanmoins, ce n'est qu'après le congrès de Vérone de novembre 1921 qui permit la transformation du mouvement en parti que Mussolini fut reconnu comme Duce du fascisme, même si ce titre n'impliquait pas l'autorité dictatoriale qu'obtint cette même année Hitler au sein du parti national-socialiste. En effet, avant ce congrès, Mussolini dut faire face à une révolte des principaux chefs squadristes contre sa prétention à être reconnu comme fondateur et Duce du fascisme. Fascisme et racisme Le fascisme, à la différence du nazisme, n'était pas raciste à l'origine. Il adopte un discours ouvertement raciste à partir de 1935 (la conquête de l'Éthiopie est justifiée par l'infériorité raciale des Éthiopiens), et légifère en ce sens à partir de 1937 (interdiction du concubinage et du mariage entre colons et Africains), en se radicalisant de plus en plus. « Il est temps que les Italiens se proclament franchement racistes. Toute l'œuvre que jusqu'à présent a fait le régime en Italie est au fond le racisme. Dans les discours du Chef, la référence aux concepts de la race a toujours été très fréquente. La question du racisme en Italie doit être traitée d'un point de vue purement biologique sans intentions philosophiques ou religieuses. », extrait de La difesa della razza, dirigée par Telesio Interlandi, année I, numéro 1, 5 août 1938, page 2 (In Dossier Cliotexte sur le Fascisme italien). Ce racisme devient ouvertement antisémite à partir de 1938 (Lois raciales fascistes), dans un contexte d'alliance avec l'Allemagne de Hitler. Encore ces lois d'exclusion étaient-elles moins dures et comportaient-elles beaucoup plus de dérogations que les lois antisémites de Hitler et de Pétain. Toutefois il faut noter qu'à une période où l'on ne peut certainement pas supposer des influences hitlériennes, c'est-à-dire en avril 1921, lors d'un discours prononcé à Bologne, Benito Mussolini mit la naissance du fascisme en relation avec « un profond et constant besoin de notre race aryenne et méditerranéenne qui, à un moment donné, s'est sentie menacée dans les fondements mêmes de son existence ». De plus, dans le programme du Parti national fasciste du 27 décembre 1921, la nation est comparée à la race : « La nation n’est pas la simple somme des individus vivants ni l’instrument des fins des partis, mais un organisme comprenant la série indéfinie des générations dont les individus sont des éléments passagers ; c’est la synthèse suprême de toutes les valeurs matérielles et spirituelles de la race... ». L'affirmation selon laquelle « c'est avec la race qu'on fait l'histoire » est de la même année, la phrase suivante de 1927 : « il faut veiller sérieusement sur le destin de la race ; il faut prendre soin de la race ». En 1938, durant le congrès général du parti fasciste, Mussolini rappela ces antécédents précis pour repousser l'accusation selon laquelle le fascisme singeait simplement les allemands, ajoutant même que toutes les fois où il avait parlé de lignée il avait voulu « se référer à la race ». Il faut également différencier le racisme biologique du nazisme avec le racisme italien. Mussolini lut l'ouvrage Synthèse d'une doctrine de la race de Julius Evola, et a approuvé les thèses du philosophe traditionaliste italien de manière inconditionnelle et voulut prendre en s'appuyant sur elles des initiatives, qui n'ont pas pu être réalisées. Evola voulut donner à l'Italie fasciste une doctrine raciale s'inspirant des enseignements traditionnels et non des « aberrations du scientisme moderne ». Il tente de définir une conception « traditionnelle » de la race, défendant une approche « spirituelle » de celle-ci et créant le concept de « race de l’esprit » qui innove par rapport aux théories biologistes raciologiques issues du en proposant une doctrine raciste psychologisante. Roger Griffin, historien britannique spécialiste du fascisme, présente ce système politique comme une «palingénésie ultranationaliste populiste». Il serait basée sur le mythe d’un nouveau commencement, radical, survenu après une période de décadence présupposée, engendré par une élite raciale ou spirituelle. Fascisme et religion Les rapports des fascismes avec les religions, et des religions avec le fascisme, sont hétéroclites. Le franquisme, l'impérialisme japonais ou le fascisme italien, ont mobilisé ou utilisé la religion dominante (catholicisme, shinto) pour se fortifier. La nazisme au contraire dans sa tension interne visait à essayer de supprimer les religions préxistantes afin de leur substituer un néopaganisme comme religion politique, celle de l’État total.Voir article spécifique Mysticisme nazi. Histoire Origines du fascisme italien Le fascisme est d'abord le nom que le mouvement et le régime de Mussolini se sont donné. Le terme provient de la fondation après la Première Guerre mondiale, par Mussolini, du mouvement (), à l'origine des termes « fasciste » et « fascisme ». Le mot lui-même est une référence à la Rome antique (les magistrats romains étaient précédés d'un certain nombre de gardes, les licteurs, chargés de ces faisceaux, symboles d'autorité, de violence de la loi) et aux fasci, mouvements et sociétés secrètes des années 1890, composés de paysans révolutionnaires italiens. Il naît en tant que mouvement décentralisé en mars 1919, sur les frustrations d'une « victoire mutilée », thème agité par les nationalistes en raison de la tournure des négociations lors du Congrès de Versailles, concernant le sort des terres irrédentes de Dalmatie, d'Istrie, de Fiume/Rijeka, mais aussi en réaction au communisme en pleine expansion. Le fascisme est alors le mouvement exalté, le mouvement d'un pays qui tente de retrouver une puissance perdue, un empire perdu, un honneur perdu. Le nationalisme, soutenu par la plupart des artistes de l'époque (Gabriele D'Annunzio, les futuristes italiens, tels Filippo Tommaso Marinetti) devient le fer de lance du fascisme. Le populisme de Benito Mussolini et la passivité (due à la pacification des milices des fascios, soutenues par les classes dirigeantes et Ivanoe Bonomi, le ministre de la Guerre de Giovanni Giolitti de 1920 à 1921), vont permettre à la dictature de s'installer doucement, de la Marche sur Rome du à l'assassinat de Giacomo Matteotti le qui va déboucher sur la déclaration de la dictature et la promulgation des lois fascistissimes en 1926. À l'origine, sans réelle idéologie, le fascisme est influencé par les lectures de Mussolini et des opinions politiques de son père. Ainsi intègre-t-il une version remaniée de concepts tels que l'obéissance entière à l'État d'Hegel, le darwinisme social de Joseph Arthur de Gobineau, la vénération du héros de Friedrich Nietzsche et la violence de Georges Sorel. Frustrations de la guerre En 1914, le royaume d'Italie, membre de la Triple-Alliance aux côtés des empires allemand et autrichien, reste d'abord hors de la guerre. Le peuple italien, qui vient de vivre de dures luttes sociales, est pacifiste dans son immense majorité. Benito Mussolini, réputé très radical, est le rédacteur en chef d’, le quotidien du Parti socialiste italien. Lorsque la guerre s'étend à l'Europe, il engage soudain son journal pour l'entrée en guerre aux côtés de la France. Exclu du parti socialiste, entraînant une partie de la fraction anarcho-syndicaliste qui voit dans le conflit le point de départ d'une révolution mondiale, il fonde le , avec des subsides des services secrets français et du patronat italien. Le milite pour une guerre rédemptrice qui doit régénérer l'Italie. En 1915, après avoir signé le Pacte de Londres avec la France et le Royaume-Uni, l'Italie déclare la guerre à l'Autriche. Mais le front des Alpes est difficilement tenable, et Venise est menacée (défaite de Caporetto, 1917). Cependant, au prix de souffrances inouïes, l'armée italienne remporte la victoire de Vittorio Veneto, qui précipite la défaite et l'éclatement de l'Autriche-Hongrie en octobre 1918. Aux traités de 1919-1920, l'Italie repousse sa frontière jusqu'aux Alpes du Tyrol, mais la côte dalmate, qu'elle considère comme italienne, est donnée à la Serbie pour former un nouvel État, la Yougoslavie. L'opinion italienne est déçue : ; c'est la thématique de la « victoire mutilée ». À la tête de volontaires armés de toutes tendances politiques, le poète Gabriele D'Annunzio occupe Fiume (Rijeka) et y règne plus d'un an. Il y invente un folklore que les fascistes copieront (par exemple le cri de ralliement ) en même temps qu'un certain romantisme utilisé par le futur régime. Dans ce sens, d'Annunzio est un précurseur du fascisme. Conflits sociaux d'après-guerre En 1920, l'agitation sociale monte d'un cran : les ouvriers occupent les usines et forment des conseils ouvriers afin de gérer par eux-mêmes les usines et la distribution. Le 21 janvier 1921, le Parti communiste d'Italie est fondé. Mais les organisations ouvrières et les syndicats sont attaqués par des « cogneurs » payés par certains patrons, et le pouvoir en place reste complaisant face à cette milice qui combat des « organisations subversives ». Les squadristes, après s'être ligués sous la direction de Mussolini forment eux aussi un parti, le Parti national fasciste, en novembre 1921. Le mouvement ouvrier italien sera décapité en 1922 malgré la résistance du mouvement des Arditi del Popolo telle qu'à Parme, les partis socialiste et communiste n'ayant pas pris la direction des mouvements insurrectionnels. L'équipement fasciste comporte une chemise noire (issue de la tenue des troupes de choc de l'armée italienne créées en 1917 : les Arditi), divers types de matraques, dont un gourdin appelé manganello, et un purgatif puissant, l'huile de ricin, qu'ils font avaler de force à certains de leurs adversaires. Bientôt, les fascistes tiennent le haut du pavé et Mussolini les groupe en un parti, avec une idéologie musclée, qui profite de l'échec de la gauche et de la peur de la droite. Politique et société du régime fasciste italien En 1922, le parti national fasciste a au Parlement, élus en 1921 sous l'étiquette de , et plus de . Après avoir chassé les organisations de gauche des villes du nord de la péninsule, les milices fascistes menacent de lancer une marche sur Rome. À peine celle-ci débute-t-elle que le roi Victor-Emmanuel III nomme Mussolini président du conseil. Mussolini respecte d'abord le jeu démocratique, en étant à la tête d'une large coalition allant jusqu'au centre droit. Mais en mai 1924, le chef de file du parti socialiste italien, Giacomo Matteotti, par ailleurs député, dénonce les élections législatives, remportées avec succès par le parti fasciste en partie à la suite d'une modification des modalités de scrutin, et réclame leur annulation : il est assassiné le 10 juin, assassinat qui est revendiqué par Mussolini dans un discours devant le Parlement le 3 janvier 1925. Pour couper court à toute agitation, Mussolini instaure un régime d'exception : les lois fascistissimes (1926) ; les autres partis politiques sont interdits, leurs députés sont déchus, la presse est censurée, une police secrète, l'OVRA (organisation de vigilance et répression de l'antifascisme), est instaurée ainsi qu'un fichier de suspects politiques et un « Tribunal spécial ». Vers 1929, la dictature du parti fasciste imbibe toute la société (seule la vie culturelle reste relativement libre, à condition de ne pas critiquer le régime). Des milliers de démocrates s'exilent pour échapper à la prison ou à la déportation sur des îles. Le pape Pie XI signe les accords du Latran avec l'État fasciste italien qui lui concède l'existence de l'État du Vatican. L'idéologie fasciste est fondée sur : Le nationalisme et l'impérialisme, restaurer l'Empire romain : le régime construit des stades avec portiques, des statues colossales, avec des faisceaux partout. L'Italie, outre sa colonie (la Libye italienne), doit contrôler la Méditerranée : elle revendique la Corse, l'Albanie, la Dalmatie, la Savoie, Nice, fait la guerre en Espagne, en Grèce, en Égypte, etc. ; Le culte du chef : Mussolini est (« guide »). Son image monopolise l'attention des Italiens, dans des postures qui le montrent soit soucieux du peuple, soit très courageux : en train de moissonner, de parader, de rejoindre des lions en cage, etc. Quelques slogans : (« Croire, obéir, combattre » ; pour les fascistes, l'homme ne doit pas trop réfléchir, il ne se réalise que par la guerre), (« Le Duce a toujours raison ») ; L'encadrement de la population ; Le haut centralisme de l'État : le parlement n'a qu'un rôle mineur après 1928, puisque choisi par le Grand Conseil du fascisme, véritable pouvoir ; L'embrigadement des masses : dès la maternelle, les Balilla (ou Fils de la louve) défilent en uniforme noir, saluent à la romaine, assistent aux manifestations du régime, s'entraînent avec des fusils de bois. La force, la violence sont exaltées. Les syndicats sont remplacés par des corporations contrôlées par l'état et le patronat. Le droit de grève est aboli ; La propagande : les emblèmes et slogans fascistes, les chansons de marche, les monuments en béton néo-romains fleurissent partout. Le régime fasciste exalte ses grands travaux : le drainage des marais pontins, les premières autoroutes. On instaure même une ère fasciste (l'An I = 1922). Économie du régime fasciste italien Les fascistes définissent leur conception économique comme une « troisième voie » entre capitalisme et marxisme. Leur politique se traduit par une extension considérable du contrôle gouvernemental de l'économie sans toutefois d'expropriation massive de la propriété des moyens de production. Le gouvernement nationalise les industries clés, contrôle les changes et fait investir massivement l'État. Il essaie entre autres de créer des corporations puissantes qui regroupent plusieurs entreprises d'un même secteur, le tout supervisé par l'État. Les fascistes instituent le contrôle des prix, le contrôle des salaires et autres mesures de planisme économique, ils instituent une affectation des ressources dominée par la régulation étatique, spécialement dans les secteurs financiers et des matières premières. L'économie est mise au service de l'État. Le refus du capitalisme et du marxisme se traduit par une politique économique d'abord fluctuante. Le premier né des régimes fascistes aura à affronter le problème du déficit alimentaire global du pays, autant qu'une immense population de paysans sans terres, dans une Italie encore majoritairement rurale. Les thèmes du discours de Mussolini sur la question agricole deviendront des exemples classiques pour les dirigeants autoritaires ouest-européens de la période 1930-1960 : ils consistent d'abord à glorifier la terre et le travail qu'elle requiert. Puis à promettre des améliorations significatives des conditions de vie des paysans et enfin de développer de coûteuses mesures destinées à contrebalancer les importations alimentaires. La réalité ne correspondit jamais complètement aux envolées lyriques des fascistes sur ce sujet. Le discours mussolinien ne s'embarrasse pas de finesse : les paysans y sont décrits comme une , pour l'État et enfin . Les premières mesures publicisées entre 1923 et 1933 sont les suivantes : intensification du programme existant de colonisation intérieure par de grands travaux de drainages des zones humides, d'enrichissement mécanique des sols et d'apports massifs d'intrants agricoles, d'irrigation, d'électrification et de percement de routes rurales destinées à désenclaver les anciens centres de production. L'ensemble des mesures est détaillé dans la Bonifica Integrale et adopté par les lois et décrets du 30 décembre 1923, du 18 mai 1924, du 24 décembre 1928 et du 13 février 1933. Entre « bataille du blé » et assèchement des marais pontins promus par une abondante campagne cinématographique, les efforts fascistes aboutissent de facto à une auto-suffisance céréalière au début des années 1930. L'effort de la Bonifica Integrale aura coûté 6 milliards 200 millions de lires entre 1923 et 1934, soit plus que le total de 1 milliard 800 millions dépensés jusque là par le jeune État italien : Il s'agit d'un effort considérable pour les finances publiques, sachant que les coûts sont supportés de 75 à 92 % par l'État, le reste incombant aux propriétaires. Ceux-ci sont expulsés s'ils ne peuvent s'acquitter de leur part : les plus petits pour l'essentiel. Habituellement, les terres nouvelles créées par ces efforts sont concédées en parcelles de tailles moyennes. Dans l'exemple des Marais Pontins, les de terres insalubres depuis la plus haute Antiquité sont lotis par parcelles de . La Bataille du blé lancée en pleine session de nuit le 25 juin 1925, sur le registre mélodramatique, par Benito Mussolini lui-même, va par le biais de concours de productivité, de compétitions quantitatives, occuper le devant de la scène médiatique italienne durant dix étés. Elle est aussi l'opportunité pour les petits paysans de livrer leurs récoltes à des organisations coopératives et à un prix avantageux fixé par l'État. Les grands propriétaires du Sud bénéficient quant à eux d'un appareil de subventions à l'exportation de leurs productions extensives, oléagineuses ou viticoles. En revanche, la condition des paysans sans terre s'améliore moins nettement : leur salaire journalier fixé réglementairement ne s'élève qu'à 7,5 lires/jour, pas les 8 lires promises par le Duce. Les syndicats de Braccianti sont remplacés par des syndicats fascistes. La loi sur l'assurance chômage du 30 décembre 1923 les exclut du système. Le premier décret agraire et fasciste, du 11 janvier 1923, les avait déjà privés de la protection du décret Visochi, lequel avait sanctionné positivement les occupations des terres inemployées des latifundiaires durant l'immédiat après-guerre. Ces domaines cultivés souvent collectivement retournent donc à leurs anciens propriétaires. Par ailleurs, la loi du 8 juin 1924 annulera les droits d'usage collectif des biens communaux établis sur les anciens domaines féodaux, rendant ceux-ci aux anciens seigneurs. Les dirigeants de la Confédération Fasciste de l'Agriculture ne se recrutent pas chez les Braccianti. Ils autorisent ainsi le retour au paiement du salaire en nature. La proposition mussolinienne de partage des revenus des récoltes entre plusieurs métayers, la « comparticipation », remporte un vif succès là où elle est mise en œuvre, puisque les « journaliers sans terre » reçoivent 30 % des produits de l'exploitation. En échange, les agrariens peuvent toujours licencier leurs journaliers sans préavis ni indemnités. Les dirigeants de la Confédération réduisent progressivement la part des métayers de 70 à 50 % avant 1929. Les agrariens sont dans ce secteur également bénéficiaires de la politique fasciste. Cette dégradation de la condition de vie des plus modestes paysans italiens n'est pas surprenante, puisqu'historiquement les bandes fascistes primitives servaient aussi de milices aux grands latifundiaires, durant les désordres de l'après guerre: Brisant les piquets de grève, incendiant les locaux syndicaux et nettoyant les domaines occupés de leurs occupants sans titres de propriété. Dans la mesure où les principaux soutiens du fascisme naissant sont ces latifundiaires, on conçoit qu'ils aient été les principaux bénéficiaires des politiques agricoles du fascisme. Programme fasciste révolutionnaire de 1919 Les faisceaux de combat apparaissent en réaction aux troubles sociaux, notamment ceux de Milan. Le programme révolutionnaire du mouvement en 1919 est d'inspiration nationaliste et socialiste dans un mélange particulièrement progressiste et confus. La défaite aux élections de 1919 amène les groupements les plus à gauche à se retirer des fascios. Avec l'évolution du mouvement, nombre des idées du programme seront rejetées. Dans un climat social difficile (grèves et agitations) qui fait craindre à la démocratie libérale un soulèvement social révolutionnaire comme en Russie (Révolution d'Octobre), en Allemagne (Révolution allemande), et d'autres pays dans lequel des troubles révolutionnaires existent, Mussolini annonce en 1921, avant son accession au pouvoir, son soutien au libéralisme et au capitalisme : « Je suis un libéral. La nouvelle réalité de demain, répétons-le, sera capitaliste. La vraie histoire du capitalisme ne commence que maintenant. Le socialisme n'a plus une chance de s'imposer. […] Il faut abolir l'État collectiviste, tel que la guerre nous l'a transmis, par la nécessité des choses, et revenir à l'État manchestérien » (Mussolini au Parlement le 21 juin 1921). Rocca et Corsini établiront, par la suite, un programme pour le PNF favorable au libéralisme économique « manchestérien ». Phase libérale de la politique de Mussolini (1921-1925) Arrivé au pouvoir, allié à une vaste coalition, le gouvernement de Mussolini, sous l'impulsion du libéral , qui succède aux libéraux, poursuit la politique économique libérale du précédent gouvernement : (Benito Mussolini, 1922). Le tournant s'opère dans la deuxième moitié des années 1920 : Alberto De Stefani démissionne en 1925, promulgation des lois fascistissimes en 1926, vote des lois sur le corporatisme en 1927, et en 1929 crise économique mondiale. Corporatisme fasciste, mis en place à partir de 1925 Les fascistes monopolisent petit à petit le pouvoir. Après l'assassinat de Giacomo Matteotti le 10 juin 1924, ils établissent une dictature, les lois fascistissimes sont promulguées en 1926 et Mussolini donne au fascisme la célèbre formule : ; il désavoue et attaque (dans le sillage de la Confindustria), à la suite d'une crise économique, le libéralisme économique : Mussolini mène alors une politique dirigiste : grands travaux, protectionnisme, stimulation de la consommation, constitution de monopoles, encadrement et restriction des droits des ouvriers, bataille du blé. Le corporatisme est institué : système de guildes qui encadre les relations patrons/ouvriers et salariés afin qu'ils planifient l'économie dans l'intérêt général, ministère des Corporations, Conseil national des Corporations, Chambre des Faisceaux et Corporations. Au premier abord, ce corporatisme fait songer à la doctrine de l’Action française, à la théorie des corps intermédiaires ; aussi la doctrine de Mussolini était-elle mentionnée avec éloges par toute une fraction de la droite française qui ne dissimulait pas son hostilité à l’Allemagne hitlérienne. En fait, le corporatisme fasciste ne ressemblait que superficiellement au corporatisme de l’Action française, qui était essentiellement un moyen de contrebalancer l’influence de l’État. Les corporations italiennes, au contraire, sont au service de l’État. Comme dit Gaëtan Pirou, « il s’agit beaucoup moins d’un système auto-organisateur des intérêts économiques que d’une ingénieuse présentation derrière laquelle s’aperçoit le pouvoir politique, qui exerce sa dictature sur l’économie comme sur la pensée ». Il s’agit moins d’un corporatisme analogue à celui de l’Ancien Régime que d’une théorie de l’État corporatif. Les institutions corporatives ne font qu’attester la domestication des intérêts économiques. Le mot de corporation, pour Mussolini, doit être pris dans son sens étymologique de « constitution en corps », cette constitution en corps qui est la fonction essentielle de l’État, celle qui assure son unité et sa vie.Le 2 octobre 1925, le Pacte (du palais) Vidoni, signé entre la Confindustria et les représentants du régime fasciste abolit les unions catholiques, socialistes dont la CGIL ou indépendantes, les remplaçant par celles contrôlées par le fascisme. La Confindustria et la Confédération des Corporations fascistes se proclament représentants exclusifs des industriels et le monopole syndical fasciste est approuvé, un tel pacte comprend deux autres demandes, la limitation du droit de grève (qui sera supprimé le 3 avril 1926), et l'auto-fascisation de la Confindustria. Le régime reçoit son appui des grands industriels, des petits capitalistes, des classes moyennes, des petits fonctionnaires, mais aussi des paysans et des ouvriers les plus pauvres (lumpenprolétariat dans la théorie marxiste). Dans les années 1930, l'Italie récupère de la Grande Dépression et connaît une croissance économique. Mais elle est contrariée par les sanctions internationales suivant l'invasion de l'Éthiopie en octobre 1935, par le soutien militaire coûteux aux nationalistes espagnols et in fine par l'échec de la politique d'autarcie. République de Salò (1943-1945) À côté d'une politique totalitaire sanglante et antisémite sous la direction allemande, la République sociale italienne (RSI), ou « République de Salò », tente de mettre en œuvre une politique de nationalisation. Choix d'autant plus aisé que les élites économiques et culturelles, par conviction ou par opportunisme, prennent de plus en plus leurs distances avec le fascisme. Partis fascistes ou proches pendant l'entre-deux-guerres Le fascisme italien va susciter des imitateurs dans plusieurs pays à travers le monde des années 1930 et 1940. Plusieurs d'entre eux vont demeurer des mouvements minoritaires tandis que d'autres, au pouvoir, sont en général considérés par les historiens davantage comme autoritaires que comme véritablement fascistes, bien qu'ils puissent avoir des inclinations fascistes. Parmi ceux-ci, on peut citer : les mouvements fascistes français (divers mouvements : Solidarité française, Mouvement franciste, Parti populaire français, Rassemblement national populaire, LVF, etc.) ; en Belgique, la VNV, Verdaniso ainsi que Rex, incarné par Léon Degrelle ; au Royaume-Uni, la British Union of Fascists créée par sir Oswald Mosley, les National Fascisti du Lt. Col. Henry Rippon-Seymour, l'Imperial Fascist League d'Arnold Leese, les British Fascists puis la National Socialist League du même William Joyce ; en Écosse, le Scottish Democratic Fascist Party de William Weir Gilmour. en Yougoslavie, les Oustachis croates d'Ante Pavelić et le ZBOR de Dimitrije Ljotić ; en Autriche la période dite de l'austrofascisme lancée par Engelbert Dollfuss, au pouvoir de 1933 à 1938 ; en Espagne, la Phalange espagnole fondée par José Primo de Rivera, qui soutient Franco lors de la guerre civile ; le régime de Ioánnis Metaxás en Grèce (1936-1941) ; les Croix fléchées de Ferenc Szálasi, en Hongrie ; les Chemises bleues d'Eoin O'Duffy, en Irlande ; les Ugunskrusts en Lettonie ; l'Algemeene Nederlandsche Fascisten Bond et quelques sections de Verdinaso aux Pays-Bas ; le Camp national-radical en Pologne ; au Portugal, les chemises vertes au sein de l'Estado novo de Salazar ; en Roumanie, la Garde de fer fondée par Corneliu Zelea Codreanu ; le Parti national-socialiste des travailleurs en Suède, fondé en 1933 par Sven Olov Lindholm ; l'Organisation fasciste panrusse et le Parti fasciste russe, créé en 1931 et présent au Mandchoukouo, l'État fantoche sous domination japonaise ; au Brésil (l'Action intégraliste brésilienne ou la Legião Cearense do Trabalho) ; au Chili (le Mouvement national-socialiste du Chili, qui tenta un coup d'État le 5 septembre 1938) ; en Argentine, la dénommée Ligue républicaine, proche du poète Leopoldo Lugones ; les Silver Shirts aux États-Unis (et le gouverneur de Louisiane, Huey Long) ; l'Ordre politique national fondé par Georges Oltramare à Genève (Suisse) en 1930 (devenu l'Union nationale en 1934), et son journal Le Pilori lancé dès 1923. En Égypte, le parti Jeune Égypte fondé par Ahmed Hussein, lancé en Octobre 1933. En Irak, le Club al-Muthanna et sa branche jeunesse Al-Futuwwa. Benito Mussolini a tenté de fédérer des partis politiques européens favorables à sa politique à travers les CAUR, les Comitati d'Azione per l'Universalità di Roma. Néo-fascisme après 1945 France L'historien américain spécialiste de Vichy Robert Paxton estimait que . Italie Après la défaite, une partie des anciens fascistes se sont organisés en opposition légale dans le Mouvement social italien, qui se référait explicitement à la mémoire de Mussolini. Ce parti a obtenu des scores électoraux appréciables (sans atteindre la majorité), surtout dans les régions pauvres du Sud. Toléré par les gouvernements démocrates-chrétiens, qui y voyaient un dérivatif au communisme, il a cependant toujours été exclu des combinaisons gouvernementales. Dans sa nouvelle formule, l'Alliance nationale de Gianfranco Fini, le parti a abjuré ses anciens principes totalitaires et a pu participer aux gouvernements de Silvio Berlusconi. Un certain nombre de nostalgiques du Duce ont quitté le parti pour fonder le Mouvement social - Flamme tricolore. D'autres, comme Alessandra Mussolini, sont initialement restés au sein d'AN mais l'ont progressivement quitté. Alliance nationale a fini par abandonner toutes ses références au fascisme et s'est fondu en 2009 dans le Peuple de la liberté. Espagne En Espagne, le néofascisme est surtout représenté par les mouvements politiques se réclamant du franquisme, comme Fuerza Nueva, créé en 1966 et les différents partis se présentant comme héritiers de la Phalange espagnole, organisation fasciste ayant appuyé Francisco Franco dans son ascension au pouvoir. Amérique du Sud Pendant les années 1930, un certain nombre d'autocrates sud-américains avaient déjà manifesté une sympathie ouverte à l'égard des régimes fascistes, comme José Félix Uriburu et Agustin Pedro Justo en Argentine, où le parti nazi local compte (et encore plus de sympathisants) en 1938, et où se nouent des relations étroites avec le régime hitlérien. Après la Seconde Guerre mondiale, des Réseaux d'exfiltration nazis sont mis en place, en grande partie à destination de l'Amérique latine, parfois avec la complicité au moins passive de la CIA. Plusieurs importants dignitaires nazis comme Adolf Eichmann, Josef Mengele, Klaus Barbie ou Herberts Cukurs et au moins autres nazis vivent ainsi après-guerre en toute liberté dans des pays comme le Brésil ou surtout l'Argentine, . En effet, alors que débute la Guerre froide, les Américains redoutent plus que tout que l'Amérique latine, misérable et très inégalitaire, ne soit tentée par le communisme : la Révolution cubaine de 1953 donne corps à ces inquiétudes. Les États-Unis vont alors soutenir une succession de coups d’État militaires sur tout le continent, aboutissant à des dictatures autoritaires d'extrême-droite plus ou moins directement inspirées par le fascisme européen : au Brésil à partir de 1964, en Argentine en 1955, 1962, 1966 et surtout 1976, ou encore en Uruguay et au Chili en 1973, avec presque à chaque fois le recours à des assassinats politiques et la constitution d'. Cette collaboration culminera dans l'Opération Condor, nom donné à la coordination de ces régimes avec l'appui de la CIA, ouvrant des années 1960 à 1980 (parfois plus dans certains pays) une ère de totalitarisme militaire sur presque tout le continent connue sous le nom de ou d'. Au , certains politiciens ouvertement de cette époque comme le président brésilien Jair Bolsonaro (qui s'affiche ) sont régulièrement qualifiés de fascistes ou néo-fascistes par la presse politique, et ne semblent pas s'en émouvoir. Usage péjoratif du terme fasciste Le terme est souvent utilisé à gauche pour qualifier péjorativement les mouvances d'extrême droite, ou plus généralement réactionnaires. Le de 1935 qui est élu sous le nom de s'est constitué aussi pour combattre le . L'historien Michel Winock estime que le « fascisme » en France n'a pas vraiment existé dans une forme structurée, alors que d'autres comme Zeev Sternhell, Ernst Nolte ou Robert Soucy estiment que la France a bien connu des mouvements fascistes entre les deux guerres mondiales. En 2011, Marine Le Pen, alors candidate à l'élection présidentielle de 2012, a intenté un procès à Jean-Luc Mélenchon, lui aussi candidat, pour injure publique. En 2014, le tribunal correctionnel de Paris relaxe le candidat, estimant que l'usage du terme « fasciste » était « dépourvu de caractère injurieux lorsqu'il [était] employé entre adversaires politiques sur un sujet politique ». En 2017, la demande d'appel de Marine Le Pen auprès de la Cour de cassation a été refusée. D'après Damon Mayaffre, spécialiste de l'analyse du discours politique, . Le Parti communiste français dans sa période stalinienne a aussi utilisé cette qualification à l'encontre de ses concurrents à gauche, les membres de la SFIO, mais il s'agit là de diffamation pure et simple. Le terme « fascisme » utilisé en tant qu'injure est souvent raccourci en « facho » (apparu à partir de 1968). Historiographie Plusieurs explications divergentes ou opposées ont été données du phénomène fasciste, depuis sa création. École des totalitarismes liant fascisme, nazisme et communisme Dans la foulée de la crise du marxisme, des historiens ont proposé une autre grille de lecture, assemblant dans une même catégorie le « communisme stalinien » et le fascisme : le totalitarisme. Les totalitarismes ont en commun un régime total d'un parti gouvernant les actions et les pensées des personnes. La notion a aussi connu un certain succès en raison des convergences historiques comme celle du pacte germano-soviétique. Outre les historiens, la notion de totalitarisme se trouve chez Friedrich Hayek (La Route de la servitude en particulier), et Hannah Arendt. Elle est cependant critiquée comme étant une arme idéologique, reliquat de la Guerre froide. Les points communs sont généralement présentés comme les suivants : l'existence d'un parti unique ; la volonté de créer une société sans rapports conflictuels entre les classes ; un régime de terreur ou de contrôle des opposants ; la volonté de contrôler totalement les individus. Fascismes et brutalisation Dans les années 1990, l'historien George Mosse développe l'idée que les sociétés européennes seraient devenues brutales dès la Première Guerre mondiale, et auraient connu par la suite un processus de brutalisation dont le fascisme serait une illustration dans certains pays européens. Tout d'abord, le retour à la normalité de l'avant-guerre se fait de manière lente, comme en Allemagne. Les escadrons perpétuent cet état de violence latente, au moins jusqu'en 1922. Mais, à la différence des Corps Francs, durant la période squadriste, les fascistes n'auraient jamais appelé à exterminer physiquement leurs adversaires, qu'ils se contentaient de chasser ou de réduire au silence. En outre, il développe l'idée que le mythe du surhomme fasciste ne se veut pas un retour à une étape antérieure, mais une création révolutionnaire, entendue au sens de rupture avec un ordre existant. Analyses de l'historien Emilio Gentile Emilio Gentile, professeur à Rome, estime que la question du fascisme italien a été « sous-exposée » après 1945 afin de reconstruire l'Italie sur le mythe d'une Italie résistante. En 2008, il estime que Hannah Arendt n'avait pas les informations nécessaires pour affirmer que le régime fasciste n'était pas un État totalitaire. Il y a donc eu une relecture historiographique au fil des . Il a ensuite été étudié comme la . Mais, dans tous les cas, la question des racines italiennes aurait été occultée, empêchant la construction d'une Italie réconciliée avec son identité nationale. Analyse de l'historien Ernesto Galli Della Loggia , professeur d'histoire à l'université de Milan spécialiste notamment de l'antifascisme, estime, contrairement à Emilio Gentile, que l'Histoire du fascisme a été car instrumentalisée par certains partis issus de la Résistance italienne au fascisme, notamment par le Parti communiste italien, ce qui aurait conduit selon lui à une certaine banalisation du fascisme dans la vie politique italienne. Interprétations marxistes En 1929, August Thalheimer, alors militant du Parti communiste d'Allemagne - opposition, écrit que « le fascisme écarte le suffrage universel, opprime la presse ouvrière et les organisations ouvrières. [...] Il représente la dictature ouverte de la bourgeoisie sur la classe ouvrière ». Léon Trotski a écrit des textes sur le fascisme de 1922 à 1940, notamment dans le Bulletin de l'opposition, aujourd'hui rassemblés dans un livre intitulé "Contre le fascisme" où il apporte une analyse du fascisme en Europe et en particulier en Allemagne. Analyse du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes En 1935, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes publie une brochure intitulée Qu'est-ce que le fascisme ? Le comité y propose l'analyse suivante : « L'exemple de l'Italie ou de l'Allemagne nous montre que la confusion des idées est la condition même du succès fasciste. Le fascisme se sert de toutes les jongleries verbales. Il n'y a pas une doctrine fasciste définie et cohérente. Il y a une démagogie fasciste qui varie selon les pays et pour chaque pays selon les classes et les circonstances. Il importe peu au fascisme d'accumuler les contradictions dans sa propagande, dont l'objet est d'entraîner les mécontents dans une action aveugle, et qui s'emploie en conséquence à exciter les passions aux dépens de la raison. » Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie Ouvrages d'ordre général Robert Paxton, Les Fascismes, Essai d’histoire comparée, Conférence Marc-Bloch, 13 juin 1994. Michael Florinsky, Fascism & National-socialism, New York, Mc Millan, 1936. , , . Philippe Foro, Dictionnaire de l'Italie fasciste, Paris, Vendémiaire, 2014. Pierre Milza, Les Fascismes, Seuil, Points Histoire, janvier 1991. . Christop Spher, Die Aliens sind unter uns! ("Les Envahisseurs sont entre nos rangs") Frédéric Le Moal, Histoire du fascisme, Perrin, 2018 Paul Gottfried, Fascisme, histoire d'un concept, L'Artilleur, 2021. Lucien Radel, Roots of Totalitarism, New York, Crane & Russak, 1975. En Italie Renzo De Felice, Brève Histoire du fascisme, 2001 Renzo De Felice, Les Interprétations du fascisme, 1969, en fr. Éditions des Syrtes, 2000 Serge Berstein & Pierre Milza, L'Italie contemporaine du Risorgimento à la chute du fascisme, Armand Colin, coll. U Histoire, octobre 1995. Serge Berstein et Pierre Milza, Le Fascisme italien, Seuil, Points Histoire, octobre 1998. Salvatore Lupo, Le Fascisme italien, Flammarion, mars 2003. Marie-Anne Matard-Bonucci, Totalitarisme fasciste, CNRS Editions, 2018. , Aspetti dell’esperienza corporativa nel periodo fascista, in "Annali della Facoltà di Giurisprudenza di Genova", XXIV-1.2, 1991-92, . Paola S. Salvatori, La seconda Mostra della Rivoluzione fascista, in "Clio", XXXIX, 3, 2003, . Paola S. Salvatori, La Roma di Mussolini dal socialismo al fascismo. (1901-1922), in «Studi Storici», XLVII, 2006, 3, . Paola S. Salvatori, L'adozione del fascio littorio nella monetazione dell'Italia fascista, in «Rivista italiana di numismatica e scienze affini», CIX, 2008, . En France , , . , , , , . Daniel Guérin, Fascisme et Grand Capital, Paris, Maspero, 1965. Henri Michel, Les Fascismes, 1977. , . Yves Guchet, Georges Valois - L'Action Française, le faisceau, la République syndicale, L'Harmattan, octobre 2001. Michel Winock (dir.), Histoire de l'extrême-droite en France, Seuil, Points Histoire, novembre 1994. , . , . , , . Philippe Burrin, Fascisme, nazisme, autoritarisme, Seuil, Point Histoire, octobre 2000. Laurent Joly, Xavier Vallat 1891-1972, Du nationalisme chrétien à l'antisémitisme d'État, Grasset, mars 2001, préface de Philippe Burrin. Pascal Ory, Du fascisme, Perrin, janvier 2003. Pascal Ory, Les Collaborateurs, 1940-1945, Seuil, Point Histoire. Robert Paxton, La France de Vichy, Seuil, Point Histoire, janvier 1999. 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Second volume Du fascisme au 21 avril 2002, 2007, 416 pages, Julien Sapori, Le Soupçon, 1928 l'affaire Pavan-Savorelli, les fascistes et antifascistes en France, septembre 2011, Mens Sana éditions, Au Portugal Fernando Rosas , L'art de durer : le fascime au Portugal , traduit du portugais par Clara Domingues, Paris, les Éditions sociales, 2020 Dimitris Michalopoulos & Luigi Tramonti, "Lo Stato Nuovo in Portogallo, Grecia e Spagna: fascista nello stile ma non in sostanza", Periodico Daily, 3, 4, 5 et 6 novembre 2018 https://www.periodicodaily.com/lo-stato-nuovo-in-portogallo-grecia-e-spagna-fascista-parte-prima/ https://www.periodicodaily.com/lo-portogallo-grecia-spagna-fascista-nello-stile-non-nella-sostanza-seconda-parte/ https://www.periodicodaily.com/lo-stato-nuovo-in-portogallo-grecia-e-spagna-fascista-nello-stile-ma-non-nella-sostanza-terza-parte/ https://www.periodicodaily.com/lo-portogallo-grecia-spagna-fascista-nello-stile-non-nella-sostanza-quarta-parte/ En Suisse . Articles connexes Liens externes Fascisme italien "Qu'est ce que le fascisme ?", Les Yeux du Monde - site d'actualité et de géopolitique Textes sur le fascisme italien, Cliotexte. Cours sur Mussolini et le fascisme italien (niveau première), Cliotexte Imagerie et propagande fasciste, Cliotexte La Doctrine fasciste, Cliotexte Questions sur le fascisme italien par Pierre Milza dans mensuel à la page 34 "L'Histoire" Articles spécialisés Nicolas Lebourg, La Dialectique néo-fasciste, de l'entre-deux-guerres à l'entre-soi, Cahiers pour l'analyse concrète, 57-58 (2006-06) 39-57 (sur la mutation en 1942 du fascisme en néo-fascisme) Serge Berstein, La France des années trente allergique au fascisme, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2 (1984) . Réponse aux thèses de Zeev Sternhell sur l'origine française de l'idéologie fasciste et l'implantation du fascisme en France. Histoire des idées politiques Nationalisme italien Corporatisme
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https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte%20de%20la%20musique
Fête de la musique
La Fête de la musique a lieu à travers le monde le 21 juin (date qui coïncide le plus souvent avec le premier jour de l'été dans l'hémisphère nord), principalement le soir et la nuit jusqu'au lendemain matin. Elle est actuellement célébrée dans une centaine de pays. Divers festivals de musique locaux qui se déroulaient ce jour de solstice participent aujourd'hui à cette fête populaire. Elle est parfois connue aussi sous le nom (Journée mondiale de la Musique) bien que le nom français soit aussi souvent utilisé dans certains pays anglophones (en même temps que , traduction littérale de « Faites de la musique ! ») ou germanophones, ou bien sous des noms traduits littéralement comme (espagnol), (italien), (polonais), (bosnien) ou encore (turc), avec des logos similaires graphiquement à ceux utilisés en France pour les festivités affiliées au programme français. Histoire Création Elle est d'abord imaginée en 1976 par le musicien américain Joel Cohen qui travaillait alors pour France Musique. Cohen proposait pour cette chaîne des « Saturnales de la musique » pour le 21 juin et le 21 décembre lors des deux solstices. Il voulait que les groupes de musiques jouent le 21 juin au soir, jour de l'été boréal. Le projet de Cohen a été réalisé le 21 juin 1976 dans l'Ouest parisien et à Toulouse. Dans un reportage consacré à l'origine de la Fête, diffusé par la télévision suisse romande, le 21 juin 2015, Jack Lang a remercié Joel Cohen pour son idée. Le 10 juin 1981, André Henry, nommé dans le nouveau ministère du Temps libre, organise la « Fête de la Musique et de la Jeunesse » pour célébrer l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir et le discours du 10 juin 1936 de Léo Lagrange sur les loisirs. Ce concert gratuit réunissant environ place de la République avec Jacques Higelin et Téléphone inspire Jack Lang pour créer une fête musicale populaire, la « Fête de la musique ». Jack Lang, alors ministre de la culture et Maurice Fleuret, directeur de la musique et de la danse du ministère, également influencés par Cohen, donnent ainsi l'impulsion décisive à l'événement et la première fête nationale est célébrée le 21 juin 1982. En 2011, cette fête s'est complètement internationalisée : en moins de trente ans, elle est reprise dans 110 pays sur les cinq continents (dès 1985 en Europe) et les deux hémisphères, avec plus de 340 villes participantes dans le monde (parmi les dernières en date, la ville de Bogotá depuis 2012). En 2014, le site français recense plus de 120 pays ayant repris cette manifestation musicale. Choix du 21 juin La date du 21 juin a été choisie parce qu'elle coïncide le plus souvent avec le solstice d'été (donc un des jours les plus longs de l'année, ou la nuit la plus courte pour ceux qui festoient jusqu'à l'aube). La coïncidence avec l'été symbolise le sacre de la nature à travers cette journée festive, à l'image des fêtes païennes dédiées à la nature ou aux moissons durant l'Antiquité (dont les fêtes de la Saint-Jean, des fêtes populaires où un grand feu était allumé toute la nuit le soir du 24 juin, date traditionnelle de fin des plus longs jours de l'année, et qui ont existé en France jusque dans les années 1990, où la plupart des feux ont été interdits pour des raisons de sécurité et souvent aussi à cause de la législation destinée à éviter les incendies dans des zones soumises à des restrictions d'eau ou de protection de l'environnement). Des fêtes similaires existaient également dans les pays nordiques à cette période de l'année où le soleil ne se couche jamais (par exemple, à Saint-Pétersbourg, les nuits blanches où on célèbre les arts sous toutes leurs formes). Cette idée a été reprise en France plus tard avec la Nuit Blanche, fêtée lors du premier week-end d'octobre, peu après l'équinoxe, moment où la nuit devient plus longue que le jour. Festivités La Fête de la Musique a pour vocation de promouvoir la musique de deux façons. Sous le slogan homophone à son nom, « Faites de la musique ! », elle encourage les musiciens amateurs à se produire bénévolement dans les rues et espaces publics. Grâce à l'organisation de nombreux concerts gratuits, d'amateurs mais aussi de professionnels, elle permet à un public large d'accéder à des musiques de toutes sortes et origines (musique classique, jazz, rock, world music, musique traditionnelle, etc.) et même celles chantées dans toutes les langues. De nombreux établissements sont autorisés à rester ouverts plus longtemps ce soir-là pour accueillir le public, et de nombreuses rues sont fermées à la circulation dans les grandes villes pour laisser la place aux scènes organisées ou improvisées et aux spectateurs qui déambulent d'un spectacle à l'autre. Toutefois, ce n'est pas le cas partout où les scènes sont alors montées dans des espaces mieux délimités tels que des parcs et espaces sportifs, mais aussi des salles de spectacles avec des entrées exceptionnellement gratuites ce jour-là. À côté des spectacles gratuits et concerts amateurs de rue, des concerts de jazz peuvent aussi être parfois organisés pour des artistes confirmés mais ne peuvent prétendre à l'appellation « Fête de la Musique ». Réception Succès Son succès ne se démentit pas lors de chaque édition annuelle : ainsi uniquement en France, la Fête de la Musique permet chaque année, selon le Ministère de la Culture, l'organisation dans tout le pays de plus de concerts par environ 5 millions de musiciens ou chanteurs amateurs, rassemblant près de 10 millions de spectateurs. Tant en France qu'à l'international, les organisateurs adhèrent à une Charte Internationale des villes organisatrices (plus de 340 dans le monde) qui tient à maintenir la gratuité et le libre accès aux évènements organisés sous son label et la valorisation de l'expression musicale des amateurs. En France selon l'Insee, la Fête de la Musique est connue par 97 % des Français dont un sur dix y a contribué que ce soit en tant que musicien ou chanteur, et 79 % en tant que spectateur au moins une fois depuis plus de 25 ans. Les pratiquants réguliers de musique en France comptent en effet pas moins de 1,7 million de jeunes français de moins de 15 ans (non compris les 10 millions d'élèves qui suivent les cours de musique à l'école), et plus de inscrits dans des cours privés ou publics des écoles de musique. À l'inverse des chiffres de fréquentation des équipements culturels classiques, la fête permet d'attirer plus de spectateurs ruraux que citadins, et moins les cadres que les agriculteurs, artisans ou commerçants, grâce à la gratuité et l'ouverture la plus large possible à tous les styles musicaux qui autrement ne trouvaient pas de place dans les circuits culturels usuels. D'autre part, la fête s'est avérée révélatrice de talents dans des genres musicaux « populaires » alors naissants, comme le rap, le hip-hop ou la techno, les danses de rue, ou encore les musiques des minorités notamment africaines et antillaises ainsi que tous les genres des musiques traditionnelles régionales qui s'entrechoquent et se renouvellent dans un joyeux mélange des influences. La Fête de la Musique a su montrer aussi que des genres musicaux dits morts, voire « ringards » ou sans public, connaissaient toujours un intérêt affirmé par de nombreux artistes amateurs, avec une large participation des jeunes (près de 23 % des participants de 15-17 ans à cette fête en France le font ce jour-là sur une scène improvisée, et près de 78 % de ceux-ci participent ce jour-là à la fête d'une façon ou d'une autre), et par un public qui y découvre encore chaque année des créations originales et de nouvelles expressions et styles sans cesse renouvelés, montrant par là même que la richesse de la musique est au cœur des préoccupations culturelles et du besoin d'expression de la population tout entière. Cette réussite en fait aujourd'hui un élément majeur et incontournable de la vie culturelle française, mais bien au-delà c'est devenu un énorme évènement culturel mondial, participant à l'image de la France et de la Francophonie dans le monde, mais aussi à la mixité des cultures et à la paix sociale. Une conséquence du succès populaire de la Fête de la Musique sera le renouveau (ou la multiplication) de très nombreux festivals de musique en France durant la période estivale, qui grâce à ce succès démontré, ont su trouver davantage de financements publics et privés et un espace de promotion (autant aussi de découverte et de sélection) des meilleurs artistes rompus à l'expression sur scène devant un public diversifié : la fête assure ainsi la publicité et le succès commercial de l'ensemble des festivals d'été. Aussi, dans nombre de petites villes non touristiques, c'est pratiquement le seul évènement culturel d'importance de l'année (souvent même devant la fête nationale qui attire moins de spectateurs et qui peine à y attirer des artistes professionnels ou amateurs dans les bals populaires). Des odonymes locaux (par exemple «  ») rappellent la date de cette fête. Une autre conséquence de ce succès a été d'étendre plus tard les célébrations nationales populaires à d'autres formes d'art, notamment la Fête du cinéma qui sera organisée aussi en France peu après (dès 1985) et dans la même période de fin juin (peu après le Festival de Cannes) pour ouvrir les salles à un public plus jeune, ou encore les Journées du Patrimoine (dès 1983 en France puis partout en Europe en 1991) pour ouvrir le temps d'un weekend de septembre les monuments et bâtiments conservés ou autres sites exceptionnels habituellement fermés (car affectés à certains services ou institutions) à un plus large public. Critiques La Fête de la Musique est source de nuisances sonores avérées et fait l'objet de nombreuses plaintes. Pour y répondre, des lieux de rassemblements ont été mieux délimités par les collectivités locales pour n'autoriser les expressions scéniques extérieures le soir que jusqu'à une heure raisonnable. Toutefois, face à la volonté de certains établissements de monter des installations sonores de forte puissance pour attirer le public, les autorités ont réagi en limitant ou interdisant (selon les préfectures) de tels montages. L'espace public non destiné initialement à l'expression scénique reste donc réservé aux artistes amateurs ou professionnels qui doivent utiliser des équipements de puissance limitée, et les établissements qui leur proposent une scène extérieure ne sont pas autorisés à « monter les décibels » pour la musique qu'ils diffusent à l'intérieur. Quelle que soit l'heure, ils restent soumis à la législation contre les nuisances sonores, et notamment doivent veiller à respecter leur voisinage : ils ne bénéficient donc pas de la même tolérance donnée aux amateurs de musique, qui peuvent se produire en revanche plus librement à condition de limiter leurs amplificateurs. Le contrôle des niveaux sonores à l'extérieur et l'intérieur reste en vigueur. La Fête de la Musique est souvent critiquée en France par le fait que les autorités n'autorisent pas les amateurs à se produire, mais aussi donnent de larges autorisations pour permettre aux commerces existants de rester ouvert au-delà des heures normales, notamment les restaurants et débits de boissons ou des épiceries, qui vendent de l'alcool (souvent de la bière) consommé par les spectateurs directement sur l'espace public et non à l'intérieur de leurs établissements : la Fête de la Musique a pu paraître certaines années dans quelques villes comme une vaste « Fête de la bière » française, où la musique n'avait plus son rôle central, terminée par des débordements violents et des dégradations, ce qui a pu faire fuir les années suivantes certaines catégories de spectateurs (voire aussi de musiciens qui préfèrent l'organisation mieux contrôlée des festivals et cafés-concerts) et a nui à la réputation de la fête voulue pour tous. Des mesures de sécurité ont été prises localement pour éviter que cette vente d'alcool expose à certains dangers, notamment dans certaines villes l'interdiction de la vente en bouteille ou au verre (seuls les gobelets jetables non dangereux sont autorisés, y compris dès le début de soirée pour la vente en salle dans les établissements habituels). Les vendeurs itinérants d'alcool ne sont plus autorisés s'ils ne disposent pas d'une licence, d'autant plus que l'alcool vendu se présente souvent en canettes métalliques, jugées aussi dangereuses que le verre. D'autres nuisances proviennent de la fourniture par ces vendeurs itinérants de produits alimentaires à emporter dans des conditions sanitaire inadéquates (qui seraient interdites dans les restaurants) : cette vente n'est pas nécessairement illégale mais ne dispense pas des équipements de conservation ou d'hygiène adaptés, de gestion des déchets ou de protection du public (pare-feux, combustibles, fumées, etc.), ni des contrôles vétérinaires des produits vendus. Les associations critiquent aussi la gestion par les communes de la grande quantité de déchets et emballages (souvent difficilement recyclables) laissée dans l'espace public par cette manifestation. Enfin, la vente d'alcool auprès d'une population souvent très jeune les expose à divers dangers, notamment en matière de santé publique (prévention de l'alcoolisme) et de sécurité routière et publique (prévention de la violence). Des associations se mobilisent pour organiser les transports et retours et inciter les jeunes à ne pas prendre le volant. À Paris comme dans certaines autres grandes villes, les transports publics (dont le métro) deviennent gratuits le soir et des services supplémentaires gratuits sont organisés en fin de soirée ou dans la nuit (c'est le cas aussi pour d'autres fêtes). La police et la gendarmerie effectuent de sévères contrôles d'alcoolémie autour des principaux lieux de rassemblements, mais aussi patrouillent sur les lieux mêmes pour prévenir ou limiter les débordements, bagarres et dégradations qui peuvent survenir à l'occasion de n'importe quel festivité publique ou rassemblement. Tous ces risques et dispositifs légaux et de sécurité se retrouvent désormais dans n'importe quelle autre manifestation sur l'espace public, par exemple aussi la Fête nationale (le 14 juillet en France), ou d'autres manifestations identitaires à forte composante musicale (comme les Technoparades, et les Gay Prides et autres « marches » qui ont lieu aussi en juin à la même période, etc.), ou encore les grandes manifestations sportives (comme les différents tours de France ou d'autres pays européens) et commerciales (grandes braderies, fêtes foraines). Mais la Fête de la Musique, par son ampleur et le fait qu'elle attire un public jeune particulièrement exposé aux risques, nécessite la mise en œuvre de moyens bien plus importants que ceux utilisés habituellement pour ce type de manifestation, ce qui nécessite la collaboration de l'ensemble des services de sécurité civile, publics ou privés, et du milieu associatif largement mobilisé ce soir-là, comme ils le resteront durant les nombreux festivals de l'été, dont la Fête de la Musique constitue souvent aujourd'hui le lancement. Cette manifestation permet ainsi de mesurer chaque année l'état de préparation des personnels impliqués le reste de l'année. Enfin, certains pensent qu'une date fixe n'était pas souhaitable. En effet, lorsque le 21 juin tombe en semaine, beaucoup ne peuvent non seulement pas assister à la fête mais en plus se voient plus ou moins limités dans leur sommeil suivant la proximité des lieux de festivité. Certains émettent donc l'hypothèse qu'il aurait été plus judicieux de choisir par exemple le de l'été ou du mois de juillet. Identité visuelle (logo) Dans le monde La Fête de la Musique n'a pas encore acquis dans le monde l'ampleur et la régularité qu'elle a acquise en France, car elle dépend largement de la volonté (et des moyens) des organisateurs locaux issus des milieux associatifs (mais souvent aussi sous l'impulsion des réseaux francophones), même si l'évènement est devenu dans certains pays populaire et spontané (comme dans les régions francophones de Belgique et de Suisse ou certains pays d'Amérique latine), avec de nombreuses festivités d'initiative locale et privée, un support actif des pouvoirs publics en matière d'organisation et de sécurité et certaines modifications comme à Genève où la fête dure trois jours le weekend le plus proche du 21 juin. Allemagne L'idée d'adapter la Fête de la musique à l'Allemagne est d'abord évoquée à Munich. Mais c'est en 1995 que la ville de Berlin devient la première ville allemande à organiser des concerts sur le modèle de cette fête. Depuis 2001, de plus en plus de villes la célèbrent régulièrement au fil du temps, jusqu'à atteindre la cinquantaine en 2015. Belgique En Belgique, la Fête de la Musique est organisée depuis 1985. C'est le Conseil de la Musique qui coordonne celle-ci. Organisée chaque année autour du 21 juin, la Fête de la Musique est un événement totalement gratuit en Fédération Wallonie-Bruxelles. Canada La ville de Québec adopte la Fête de la musique (sous l'égide de « Art dans la ville ») à partir de 2008, sur le même principe que la fête française. Chine L'ambassade de France en Chine a commencé à organiser ponctuellement des évènements le 21 juin dès 1992. Ce n'est que bien plus tard que la Fête de la Musique commencera à faire des apparitions régulières, d'abord dans la ville de Wuhan en 2007, puis Shanghai quelques années plus tard. À Pékin, l'organisation régulière de la fête de la musique s'est faite par le biais d'une association de volontaires à partir de 2012, et à toujours eu lieu le 21 juin. À la sous de l'impulsion donnée par l'ambassade de France et de son soutien à l'évènement, celui-ci a pris de plus en plus d'ampleur, notamment en 2016 grâce à un partenariat avec PPTV, une plateforme en ligne, et une chaîne locale qui ont retransmis en direct les concerts à presque 4 millions de téléspectateurs et internautes chinois. Colombie En Colombie, la première fête de la musique est organisée à Medellín en 2003. Quelques années après, suivent les villes de Cali et Barranquilla et enfin Bogotá depuis 2012 avec Carlos Vives comme parrain de cette nouvelle manifestation. Les organisateurs de la fête de la musique en Colombie suivent les principes de la fête française. Toutefois, la date choisie n'est pas nécessairement le 21 juin, mais celle du week-end le plus proche. En 2013, la fête de la musique à Bogota a lieu les 22 et 23 juin, avec Totó la Momposina pour marraine de cette édition. États-Unis À New York, la première Fête de la Musique (Make Music New York) a été organisée en 2006, sous l'impulsion d'Aaron Friedman. L'édition 2009 comprend quelque 900 groupes inscrits qui se produisent dans plusieurs boroughs de la Grosse Pomme. Grèce Athènes, capitale culturelle de l'Europe en 1985, a été aussi cette même année la première ville où la Fête de la Musique s'est déroulée hors de France, à l'initiative de Melina Mercouri. Suède À Stockholm, la première édition de la Fête de la Musique (Make Musik STHLM) a été organisée le 18 juin 2010. Quelque 35 groupes locaux ont joué dans les rues de la ville, et des artistes français tels que les Naive New Beaters et le DJ Mondkokf ont également donné un concert à Kungsträdgården et à Berns. Partenaires À l'international, la Fête de la Musique est promue par le Ministère français des Affaires étrangères, ainsi que ses ambassades et représentations consulaires ou chambres de commerce françaises ou en coopération avec les représentations des autres pays francophones dans les mêmes pays (notamment les représentations consulaires de la Belgique, de sa Communauté française et de la Région wallonne), et leurs partenaires culturels à l'étranger, dont le réseau mondial des associations de l'Alliance française dans les différents pays du monde, qui organisent leurs propres évènements locaux, ou soutiennent les initiatives locales d'évènements musicaux gratuits ouverts à tous ; ainsi les réseaux internationaux participants comptent notamment : Cultures France (ex AFAA), l'Alliance française (AF), Francophonie Diffusion (FD), le Bureau export de la musique française. En France, les collectivités locales, coordonnées par le Ministère de la Culture, apportent leur appui en libérant l'espace public urbain, ainsi que de nombreuses salles, des parcs, stades et hippodromes pour les concerts. De nombreuses associations locales fournissent aussi l'essentiel de la logistique, et les pouvoirs publics mettent à disposition de l'évènement un très imposant dispositif de sécurité à une échelle nationale, en tenant toutefois de délimiter les espaces ouverts aux prestations des amateurs et au public, fermés à la circulation motorisée. Sont associés, en 2008, à la promotion de l'évènement les médias suivants en France qui retransmettent une sélection de spectacles publics gratuits : les radios du groupe public Radio France ; les chaînes nationales et régionales du groupe public France Télévisions (France 2, France 3, France 4, France Ô et RFO) ; la chaîne de télévision internationale TV5 Monde, qui diffuse aussi à travers le monde une sélection des évènements musicaux retransmis dans les différentes chaînes francophones du réseau ; le site Mondomix.com d'information musicale ; le site ANous.fr d'actualité sur les musiques urbaines. La Fête de la Musique reçoit aussi des partenariats officiels d'organismes professionnels : la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), et l'Union des compositeurs de musiques de films (UCMF), qui mettent à disposition des musiques et partitions à télécharger gratuitement sur leurs sites. Notes et références Annexes Autres manifestations culturelles Journées européennes du patrimoine Fête du cinéma Printemps des Poètes Fêtes de la lecture en France Rendez-vous aux jardins Festival de l'histoire de l'art Nuit européenne des musées Liens externes Fête de la Musique à Innsbruck Fête de la Musique de la Communauté Française en Wallonie et à Bruxelles Fête de la Musique à Québec Fête de la Musique en Colombie : Fête de la Musique, et informations internationales Archives de l'INA sur la musique en fête : Fête de la Musique / Tag der Musik à Berne Fête de la Musique à La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel) Fête de la Musique à Genève Articles connexes Festival de musique Le 21 juin : solstice d'été (dans l'hémisphère nord) ou d'hiver (dans l'hémisphère sud) Le 24 juin : fête de la Saint Jean (Saint Jean-Baptiste), fête nationale du Québec En juin : festival des nuits blanches à Saint-Pétersbourg À la mi-juin : Fête du cinéma en France. Le troisième week-end de septembre : les Journées du Patrimoine, en France, dans l'Union européenne, en Europe et au-delà. Le premier week-end d'octobre : la Nuit Blanche, fête des arts dans différentes villes du monde. Le Cœur musicien, documentaire de Frédéric Rossif sur la fête de la musique en 1985 Festival de musique Musique Musique Politique culturelle Politique culturelle en France 21 juin Festival fondé en 1982
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https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes%20et%20jours%20f%C3%A9ri%C3%A9s%20au%20Mexique
Fêtes et jours fériés au Mexique
Mexique
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondamentalisme%20chr%C3%A9tien
Fondamentalisme chrétien
Le fondamentalisme chrétien est une position religieuse réactionnaire qui soutient une interprétation stricte et littérale des textes sacrés, qui est présente notamment dans le protestantisme depuis le mais aussi d'une manière différente dans le catholicisme avec les mouvements intégristes traditionalistes et conservateurs qui prônent une application stricte et radicale de la Tradition. Le terme « fondamentalisme » en lui-même signifie, en général, une adhésion rigide aux principes fondamentaux d’un domaine quelconque. Histoire Les origines du fondamentalisme sont pour la plupart issus des remous qui ont suivi la Réforme protestante, dont les protagonistes (catholiques ou protestants) furent libérés de la mainmise de Rome concernant l'accès direct à la Bible et à son interprétation. Vers 1670, on voit apparaître le piétisme. Des protestants commencèrent à se réunir pour étudier la Bible et prier sous l’influence du pasteur Philipp Jacob Spener. Chez les catholiques, vers la même époque, le quiétisme puis le jansénisme suivent des voies parallèles à celle du piétisme protestant et ces mouvements s'influencent mutuellement : on y retrouve Fénelon, Madame Guyon et Pascal. Ce dernier, favorable au jansénisme, en devint l'un des meilleurs défenseurs. Il a écrit : « C'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison. » Il résumait là l’essentiel du piétisme tout en le revendiquant. Encore maintenant, on peut observer cet aspect piétiste dans la pensée fondamentaliste. Le fondamentalisme fut nommé ainsi pour la première fois lors des réunions de la « Niagara Bible Conference » (1878-1897). Il prit son essor en milieu protestant aux États-Unis, au début du . En 1910 The Fundamentals: A Testimony to the Truth, une série d'essais a été publiée par la Testimony Publishing Company de Chicago. Cette même année, la conservatrice Northern Presbyterian Church (devenue Église presbytérienne aux États-Unis d'Amérique) a diffusé des brochures définissant les « fundamentals » : « Les cinq points [fondamentaux] portent sur les sujets suivants : premièrement, l'inerrance de la Bible ; deuxièmement, la nature divine de Jésus Christ ; troisièmement, sa naissance virginale ; quatrièmement, la résurrection du Christ et cinquièmement, la résurrection physique de Jésus et son retour dans sa chair. À partir de ce jour, les fondamentalistes constituent une entité sociale repérable et organisée. Ce courant de pensée est opposé aux développements du libéralisme théologique, et surtout contre l’exégèse historico-critique qui s'était développée dans certaines dénominations protestantes dès le , auxquels le millénarisme a été ensuite ajouté. La diffusion abondante de ces « Fundamentals » explique davantage l’appellation du fondamentalisme que ses causes profondes. En effet, le fondamentalisme chrétien moderne provient essentiellement de réactions : il se dresse contre la philosophie des Lumières, contre le rationalisme anglais du , contre l’Aufklärung du , contre le libéralisme de la modernité, contre l’exégèse historico-critique et scientifique et surtout contre la théologie libérale du . Le fondamentalisme piétiste a par la suite influencé certains mouvements de l'évangélisme pour former un courant constitué par couches successives de « réveils ». Ces « Réveils » spirituels s’expriment lors de rassemblements à forte composante émotionnelle destinés à faire ressentir la puissance de Dieu, par exemple les camp meetings qui durent plusieurs jours. Le pasteur, instruit ou non, manifeste une passion communicative. Le Dallas Theological Seminary, fondé en 1924 à Dallas, aura une influence considérable dans le mouvement en formant des étudiants qui établiront divers collèges bibliques et églises indépendants fondamentalistes dans le Sud des États-Unis. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que des Églises protestantes se donnèrent elles-mêmes le nom de « fondamentalistes ». Au 21e siècle, le mot « fondamentalisme » a une connotation péjorative. Ses adeptes préfèrent qu’on les nomme « Conservative Evangelicals », une expression « qui n’est pourtant pas équivalente ». Au sens strict, ce mot ne devrait désigner que le fondamentalisme protestant, mais il en est venu, en France, à viser surtout les islamismes radicaux qui occupent dans ce pays plus de place dans les débats que les protestantismes radicaux. Depuis la fin des années 1970, la signification de ce mot s’est élargie constamment: on parle maintenant non seulement de fondamentalisme protestant ou islamique mais aussi de fondamentalisme juif, catholique, bouddhiste, hindou, sikhiste, païen, laïque et de fondamentalisme athée. Il a donc maintenant une signification étendue et éparse. C'est pourquoi Émile Poulat souligne que ce phénomène est « difficile à enfermer dans une définition : on ne peut que le décrire, du moins en première analyse. Le fondamentalisme se retrouve également dans la frange la plus conservatrice des grandes religions chrétiennes même si celles-ci ne sont pas fondamentalistes. Caractéristiques La vérité absolue Le concept de fondamentalisme a été étendu à des domaines hors du champ religieux, dans un sens proche du radicalisme. Ainsi, Maurice Merchier avance que le fondamentalisme peut être économique, voire démocratique. Il peut également être scientifique. Le fondamentalisme se manifeste en effet par un état d’esprit, une mentalité et plusieurs positions doctrinales en découlent, de sorte qu'il n’existe aucune raison de réserver ce terme aux mouvements religieux. Fondamentalisme religieux Le fondamentalisme se distingue par l’absence d’esprit critique. Ainsi, le doute, qu’il soit d’ordre spirituel, existentiel, ou méthodologique n’y est ni désiré, ni valorisé et il doit être dissipé pour faire place à une certitude intérieure. C’est pourquoi le fondamentalisme s’oppose généralement à l’exégèse historico-critique ou scientifique, qui est adoptée officiellement par les Églises non fondamentalistes pour interpréter les textes religieux. Le fondamentalisme n’admet qu’une lecture au premier degré des textes sacrés, découpés en extraits cités hors contexte historique, culturel et littéraire, comme si ceux-ci étaient des écrits contemporains et occidentaux : le fondamentalisme « s'oppose à toute interprétation historique et scientifique et s'en tient au fixisme ». Le fondamentalisme religieux se caractérise également par l’hétéronomie c’est-à-dire une dépendance et une soumission à des textes religieux, qui sont lus hors contexte et au premier degré. Cette hétéronomie s’étend à la soumission à des autorités religieuses, civiles ou politiques. C’est pourquoi, écrit Sébastien Fath, « l'autorité normative, qu'elle soit placée dans une tradition, un leader, ou dans un texte, constitue un trait fédérateur pour tous les mouvements religieux radicaux. […] Ainsi, l'idée d'une autonomie individuelle qui puisse se passer de la norme divine apparaît insupportable aux fondamentalistes ». De plus, le fondamentalisme peut se traduire par un comportement d'exclusivisme, d'isolation, voire d'antagonisme défensif ou conquérant avec qui ne partage pas l'absolutisme de son idéologie, aussi bien vis-à-vis des coreligionnaires non fondamentalistes que des membres des autres confessions ou de non-croyants. Le fondamentalisme religieux ne recherche pas nécessairement un retour aux fondements de la religion dont il est issu, mais plutôt à ceux que ses adeptes considèrent comme tels. Au contraire, ceux-ci en détournent le sens, du moins celui donné par les grandes Églises, dans le but de le rendre conforme à leur a priori idéologique. En revanche, le fondamentalisme traverse toutes les Églises et se concentre dans quelques-unes. Le sociologue Émile Poulat estime que le fondamentalisme n’est pas organisationnellement une secte mais « intellectuellement c’est une secte sans aucun doute ». Par ailleurs, Sébastien Fath, chercheur au CNRS, considère que la violence « ne représente pas un trait commun aux divers fondamentalismes. La violence religieuse n'est pas toujours fondamentaliste, et tous les fondamentalistes sont loin d'être violents ». Toutefois, ceux-ci montrent une radicalité qui tend vers l'intolérance. Ainsi, les fondamentalistes sont persuadés qu’ils sont les seuls détenteurs de la vérité. La typologie utilisée vise à présenter ces positions et non à classifier ou à qualifier des Églises et des groupes. Il n'existe pas un seul type de fondamentalisme chrétien ou de quelque autre religion. Jean Baubérot affirme que «le fondamentalisme est multiple et compte de nombreuses orientations, le plus souvent très différentes, mais qui parfois se retrouvent sur des positions de refus. Un seul exemple pour illustrer ce pluralisme : le thème du retour du Christ est à l'origine de diverses tendances post-millénaristes, prémillénaristes, amillénaristes ; sans accord entre elles ». Oppositions à la théologie moderne Le fondamentalisme chrétien « est caractérisé par son opposition radicale aux orientations théologiques des grandes Églises ». Dans son ouvrage Fundamentalism, James Barr mentionne trois traits du fondamentalisme chrétien tout en précisant que cela ne suffit pas à le définir : « (a) un accent très marqué sur l'inerrance de la Bible, l'absence en elle de toute sorte d'erreur (l’inerrance) ; (b) une forte hostilité à la théologie moderne et aux méthodes, résultats et implications de l'étude scientifique et critique de la Bible ; (c) une assurance que ceux qui ne partagent pas leur point de vue religieux ne sont absolument pas de "vrais chrétiens" ». Pourtant, James Barr affirme que le fond de l'attitude fondamentaliste ne réside pas dans la Bible. Pour lui, la notion d’inerrance biblique reste secondaire : « Le cœur du fondamentalisme est un certain type de discours, une manière de parler qui détient l'autorité réelle ». L’inerrance biblique et la lecture des textes religieux servent de bouclier pour justifier un a priori idéologique ou une arrière-pensée ultra conservatrice et radicale. D’autres caractéristiques du fondamentalisme sont spécifiques à certains groupes. Radicalisme et isolationnisme Les fondamentalistes s’opposent à la théologie du , la jugeant trop intellectuelle et déviante. L’historien George Marsden affirme que l’essor du fondamentalisme aux États-Unis s’explique surtout par les réactions contre « les développements remarquables » de la théologie du . Le théologien Luc Chartrand note que « ce phénomène est caractérisé par son opposition radicale aux orientations théologiques des grandes Églises ». « Se méfiant de l'intelligence humaine qui perce difficilement les réalités spirituelles, écrit-il, ils [les fondamentalistes] tiennent pour suspectes la critique théologique et la recherche intellectuelle en général. […] Dans ce contexte on lira donc la Bible en se méfiant de l'intelligence, l'essentiel étant constitué par la religion du cœur ». Le fondamentalisme est apparu comme un mouvement d’opposition non seulement contre l’exégèse historico-critique, mais aussi contre l’évolutionnisme ou l'engagement social, perçus comme les symptômes d’un monde pécheur et corrompu. Il se décline presque toujours sur fond conflictuel. En revanche, il ne rejette pas toute la modernité mais seulement le libéralisme qu’elle véhicule. Parce que les uns deviennent les hérétiques des autres, les fondamentalistes « s'orientent nécessairement vers une dynamique d'oppositions et d'exclusions multiples ». Cet isolationnisme se manifeste par une condamnation de l’humanisme séculier, et parfois le rejet de l’école publique qui, pensent-ils, ne transmet pas leurs valeurs chrétiennes fondamentales. Lecture littérale Les fondamentalistes accordent une grande importance au sens littéral de la Bible . Ils s'appuient sur la doctrine de l'inerrance biblique qui suppose que l'Écriture est exempte d'erreur et croient que la Bible doit être comprise principalement de façon littérale. Ses préceptes doivent être mis en pratique de manière uniforme à toute époque et en toutes circonstances, sans se référer à la culture, au contexte et aux genres littéraires qui ont marqué les auteurs des textes bibliques dans les mots mêmes de la Bible, tout au moins dans ses « manuscrits originaux ». Selon le théologien Luc Chartrand, le fondamentalisme « refuse catégoriquement toute méthode exégétique scientifique — de la simple connaissance des genres littéraires, aussi bien que de l'intention de l'auteur jusqu'aux formes les plus complexes de l'exégèse moderne avec le développement de la critique littéraire — stérilisant ainsi toute recherche exégétique et, surtout, toute compréhension des textes sacrés ». Les fondamentalistes ne voient aucune difficulté à découper des extraits, à les lire hors contexte, et à faire abstraction de toute exégèse ou herméneutique pouvant les situer correctement et les interpréter. Ils rejettent le symbolisme de la bible et ce que la théologie moderne considère comme un principe d’interprétation essentiel, à savoir que les symboles forment le langage religieux et portent la puissance du message biblique : le symbole est le doigt qui pointe vers l’absolu, l’infini, mais le lecteur au premier degré ne regarde que le doigt. Le Conseil international pour l'inerrance biblique a publié en 1978 une première déclaration dont les articles XII et XIII « affirment l'inerrance de la Bible dans "son intégralité" […] l'inerrance des énoncés dans Genèse 1 à 11 (l'histoire de la création, du déluge, de la tour de Babel et l'origine des différentes nations) est clairement affirmée, et les "illégitimes hypothèses scientifiques sur l'histoire de la terre sont catégoriquement rejetées". L'inerrance, en terme technique, signifie "l'entière vérité de l'Écriture", et cela touche également "les problèmes de grammaire et d'orthographe… les phénomènes de la nature… ». Les méthodes historico-critiques de l'exégèse biblique ont été initiées au avec les Lumières et développées par le protestantisme allemand à partir du , avec le progrès des sciences humaines. Cette nouvelle exégèse « portera souvent la marque des philosophies dominantes, qu’il s’agisse de celle de Hegel ou plus tard du positivisme ». Les Églises protestantes non fondamentalistes ont encouragé ces développements alors que les autorités catholiques y sont restées rétives jusqu’au début du . Selon le théologien protestant André Gounelle, la Bible ne proclame pas sa propre infaillibilité. Selon l'Église catholique, les auteurs bibliques ne cherchaient pas à éviter les erreurs et les contradictions, qui demeurent sans lien avec l'inerrance biblique, puisque celle-ci ne concerne que le message spirituel qu'ils voulaient transmettre. En 1943, l’Église catholique s’est officiellement ralliée à l'exégèse historico-critique de la Bible. L'encyclique Divino afflante Spiritu de Pie XII encouragea les méthodes critiques et le recours aux sciences utiles à l'interprétation de l'Écriture. En 1965, le texte conciliaire Dei Verbum, adopté lors du concile Vatican II, fit en sorte que l’exégèse de type scientifique soit axée sur recherche de l'intention de l'auteur biblique et la détermination des genres littéraires, compte tenu des conditions de son époque et de sa culture. La recherche du sens spirituel demeurera également essentielle. Enfin, dans Verbum Domini, le pape Benoît XVI a rejeté catégoriquement le fondamentalisme chrétien en le présentant comme « une trahison aussi bien du sens littéral que du sens spirituel, ouvrant la voie à des instrumentalisations de diverses natures ». D’autre part, le théologien catholique Luc Chartrand considère que « la lecture fondamentaliste de la Bible ne peut être acceptable de la part d'un catholique ». Par cette lecture, selon lui, les mêmes mots lus par des personnes différentes ne font alors que refléter la pensée du lecteur. Selon l'exégète Sophie Raymond de l'Institut catholique de Paris, une telle lecture faite sans méthode historico-critique permet « de dire n’importe quoi » et conduit à travestir les textes sacrés dans un but idéologique ou selon un a priori théologique. Refus du doute Le fondamentaliste a pour assise une foi qui relève de la volonté et de l’affectivité, et se traduit par une ferme adhésion qui ne doit laisser subsister aucun doute. Face aux complexités changeantes de la vie moderne, au sécularisme humaniste et aux incertitudes politiques et économiques, le fondamentalisme offre une explication qui satisfait aux besoins de sécurité et de stabilité. C’est pourquoi il se retrouve parmi les groupes les plus conservateurs de la société. La position de l’Église catholique est résumée dans son Glossaire, qui définit le doute : « Interrogation caractérisée par l’hésitation et la perplexité. Les personnes qui doutent se rencontrent chez les croyants, non chez les incrédules. Douter peut se situer à l’intérieur d’un cheminement spirituel et permettre de progresser dans « l’intelligence de la foi » car la foi et le doute ne se contredisent pas fondamentalement ». Pierre Lathuilière souligne qu’il « ne s'agit nullement de mettre le vécu de la foi hors de portée des critiques et des assauts du doute ». Il cite Sulivan : « Toute certitude est mise à mort de Dieu. L'athéisme classique a ses racines dans les certitudes ». Il en est de même des Églises protestantes non fondamentalistes. Ainsi, Paul Tillich conçoit la foi comme la préoccupation ultime de chacun, qui ne relève ni de la volonté ni de l’émotion. L’objet de cette priorité existentielle (qu'il s'agisse de Dieu, du matérialisme, du succès, du pouvoir etc.) devient le Dieu de chacun, de sorte que le doute porte sur le « risque » du choix, pour une vie réussie, d'une telle préoccupation ultime. Ainsi, affirme-t-il, le doute est assumé par le « courage d'être » et non par la volonté ou l’affectivité. Ces dernières ne précèdent pas la préoccupation ultime mais la mettent en œuvre. Croyances Le créationnisme Le fondamentalisme adopte l’une ou l’autre de ces trois positions pour définir la relation entre sa pensée et les théories scientifiques : l’anti-scientisme, le fidéisme ou le concordisme. L’anti-scientisme, dont fait partie le créationnisme, consiste à nier les théories et découvertes scientifiques, telle que l’évolution. S’en tenant à la vérité d’une lecture « fondamentaliste » de l’Écriture, le créationnisme conteste les résultats scientifiques concernant l’âge de l’univers et l’évolution des espèces. Par ailleurs, les fidéistes ne nient pas les résultats scientifiques, mais soutiennent que la , comme le croyait Pascal. Il propose l'autonomie des deux savoirs correspondants qui ne se rencontrent jamais. Le fidéisme s’oppose donc à la théologie naturelle et à la philosophie de la nature. Le concordisme recherche honnêtement la vérité scientifique mais suppose que les récits bibliques sont en accord avec la science. Il cherche à faire coïncider les résultats scientifiques avec le donné biblique compris de manière quasiment littérale. Pour une grande partie des groupes fondamentalistes, l’une des principales fonctions de la religion et du sacré consiste à expliquer l'univers et les phénomènes naturels : le Livre de la Genèse n’est pas considéré comme un mythe symbolique de la création mais comme une description d’événements historiques et causals. Le catholicisme ne considère pas la création comme une notion explicative et causale de l’univers comme s’il s’agissait d’un concept scientifique, mais comme le symbole de l’état de finitude des êtres humains dans une relation d’alliance avec l’infini ou l’absolu; la création est perçue comme principe de l’existence plutôt que néant. Ainsi, Dieu se présente comme radicalement différent de la nature. L'Église catholique définit la création . À l’âge préscientifique, seuls les mythes pouvaient donner une explication de l’univers et lorsque la science moderne est apparue avec Galilée et Newton, il y eut confusion des genres, ce qui a laissé l'Église à l'écart du mouvement de la révolution copernicienne. Pourtant, l’interprétation symbolique de la création dans la Genèse n’était pas nouvelle. Déjà au , l’un des Pères de l’Église, Origène (185-253), considéré comme le fondateur de l'exégèse biblique, montrait toute l'absurdité d'une lecture au premier degré de la Genèse et, par anticipation, il rejetait le créationnisme : « Quel est l'homme de sens qui croira jamais que, le premier, le second et le troisième jours, le soir et le matin purent avoir lieu sans soleil, sans lune et sans étoiles, et que le jour, qui est nommé le premier, ait pu se produire lorsque le ciel n'était pas encore ? Qui serait assez stupide pour s'imaginer que Dieu a planté, à la manière d'un agriculteur, un jardin à Éden, dans un certain pays de l'Orient, et qu'il a placé là un arbre de vie tombant sous le sens, tel que celui qui en goûterait avec les dents du corps recevrait la vie ? À quoi bon en dire davantage lorsque chacun, s'il n'est dénué de sens, peut facilement relever une multitude de choses semblables que l'Écriture raconte comme si elles étaient réellement arrivées et qui, à les prendre textuellement, n'ont guère eu de réalité ». Les Églises protestantes ont des sensibilités et des théologies différentes ; en général, les églises protestantes traditionnelles (luthériennes, réformées…) ne sont pas fondamentalistes et considèrent le terme biblique « création » comme un concept théologique et philosophique. Paul Tillich appelle « mythe brisé » le mythe qu’on comprend comme étant bien un mythe, mais qu'on voit aussi comme le symbole d'une réalité ultime, indicible autrement. Il affirme que « par sa nature même, le christianisme refuse tout mythe non brisé, parce qu'il présuppose le premier commandement : l'affirmation de l'ultime en tant qu'ultime et le rejet de toutes les formes d'idolâtrie quelles qu'elles soient ». On devrait reconnaître, expose-t-il, tous les éléments mythologiques dans la Bible, la doctrine et la liturgie pour ce qu'ils sont, et les maintenir dans leur forme symbolique sans les remplacer par des substituts scientifiques ». Paul Tillich soutient que « ce qui concerne l’homme ultimement doit s'exprimer symboliquement parce que seul le langage symbolique a la capacité de dire l'ultime. Dans la religion, le véritable ultime « transcende infiniment le domaine de la réalité finie ; aucune réalité finie ne peut donc l'exprimer directement et littéralement ». Il considère le mythe ou le symbole comme une forme puissante de langage, qui reste la seule à pouvoir exprimer l’indicible, l’infini ou l’ultime. Selon le théologien luthérien Gérard Siegwalt, la relation de dépendance de l’univers et de l’humain à l’égard de Dieu exprime le concept philosophique de contingence. Il soutient qu’« on ne doit pas concevoir Dieu comme le « Grand Horloger », « le Grand Architecte de l’univers » : selon l'authentique conception de la création biblique, pense-t-il, Dieu n'est pas derrière la nature ni avant la nature ; il est dans la nature. Ainsi, selon l’auteur, la foi en la création consiste en la prise de conscience du caractère divin, sacré, de la nature. Le Créateur est le Dieu du tout, pour autant qu'il est le fondement ontologique de tout ce qui est, c’est-à-dire la dimension dernière du réel. L'hétéronomie de la conscience morale : une soumission aux textes religieux Une morale hétéronome (heteros : autre et nomos : loi) est littéralement la loi d’un Autre, c’est-à-dire, Dieu ou ses représentants. Pourquoi agir moralement ? La réponse fondamentaliste est simple : La transcendance le commande et dicte à l’homme ses normes et sa conduite. Cette soumission à la volonté divine est une morale de l'hétéronomie. Elle est associée à une forme de sotériologie selon laquelle le salut consiste à éviter la damnation et à obtenir des récompenses ou la béatitude. Un spécialiste des fondamentalismes chrétien et islamique, David Zeidan, écrit que les fondamentalistes considèrent l'Écriture comme une transcription fidèle et littérale de la vérité révélée par Dieu et en conséquence, les êtres humains n'ont plus qu'à l'accepter, s'y soumettre et obéir. Guy Durand, spécialiste en éthique et professeur émérite de l'Université de Montréal, distingue deux types de morale religieuse, l’une hétéronome et l’autre autonome. Il explique que l’hétéronomie « fait largement appel à l'obéissance des fidèles parce que le précepte est rattaché directement à Dieu par l'intermédiaire des autorités. C'est le modèle conservateur adopté généralement par les sectes ; on le trouve également dans les courants fondamentalistes de toutes les grandes religions: catholique, protestante, juive, musulmane, hindoue ou autres. Une morale religieuse autonome, au contraire, mise résolument sur l'intelligence humaine ». C’est pourquoi, écrit Sébastien Fath, « l'autorité normative, qu'elle soit placée dans une tradition, un leader, ou dans un texte, constitue un trait fédérateur pour tous les mouvements religieux radicaux. […] Ainsi, l'idée d'une autonomie individuelle qui puisse se passer de la norme divine apparaît insupportable aux fondamentalistes ». Selon l’Église catholique et les Églises protestantes non fondamentalistes, l'Évangile insiste sur la primauté de la conscience individuelle sur l'observance littérale de la loi : « Tout ce qui ne se fait pas par conviction est péché ». Le théologien Luc-Thomas Somme explique la position catholique, exprimée lors du Concile Vatican II (Constitution Gaudium et Spes, no. 16, promulguée par le pape Paul VI) : « Et s'il arrive qu'elle [la conscience] se trompe de bonne foi, elle ne cesse pas de constituer la norme impérative de la moralité, en sorte que lui désobéir même en ce cas constitue une faute. Ne pas suivre sa conscience, même erronée, est donc toujours un péché. En revanche, lui obéir quand elle se trompe n'excuse du mal commis ou du bien omis que si l'erreur est en tout point involontaire et elle-même non coupable ». De même, le philosophe Martin Blais exprime ainsi la position de Thomas d’Aquin : « Le jugement qu'elle (la conscience) porte est la règle immédiate de la moralité de la conduite humaine ». Bien plus, même la conscience erronée oblige, si elle est sincère. Le sociologue des religions Sébastien Fath, écrit que « l’autonomie de la conscience morale est un trait essentiel de la rupture [du christianisme] avec le judaïsme. Elle n’est pas aperçue ou acceptée par les fondamentalistes ». En christianisme, le « commandement » prend un sens particulier parce qu’il doit céder le pas devant le jugement de la conscience droite. C’est pourquoi l’Église catholique, se fondant sur le Nouveau Testament, considère les « commandements » (de Dieu ou de l’Église) comme « un appel à l’amour et à la liberté » et une « forte recommandation ». Ainsi, la notion chrétienne de « commandement » dérive du judaïsme, mais sans en conserver le sens littéral. Selon le philosophe Maurice Blondel, « plutôt que de loi et de commandements, il vaudrait mieux parler des dix paroles, comme le dit le mot d'origine grecque « décalogue », le mot hébreu Thora donnant l'idée de direction et d'enseignement […]». Il ajoute ceci : « Il demeure que, du point de vue théologique, en particulier chrétien, on préfère considérer ces paroles comme ayant plutôt valeur de conseils, de recommandations que d'ordres à respecter à la lettre. Cette application à la lettre de la loi comme condition du salut s'appelle le légalisme (ou l'orthodoxie — à l'époque de Jésus les pharisiens). Aujourd'hui, on parle de fondamentalisme, d'intégrisme ou de pharisaïsme, excès caricaturaux et fanatiques de l'observance de la loi ». De même, le philosophe non croyant Luc Ferry considère que le christianisme est « une religion de l’esprit plus que de la lettre, une religion de la conscience et de la liberté intérieure », ce qui a permis le passage à la laïcité. L'exercice de valeurs morales, que leur source soit éthique, séculière ou évangélique, n'est pas hétéronome s'il procède d'un acte libre. Enfin, Paul Tillich affirme que « l'hétéronomie représente, en général, une réaction contre une autonomie ayant perdu sa profondeur, devenue vide et impuissante. Mais, en tant que réaction, elle est destructrice, car elle refuse à la raison le droit à l'autonomie et en démolit du dehors les lois structurelles ». Ce théologien et philosophe croit plutôt en une rencontre de la volonté humaine et de la volonté divine, dans une alliance ; ce qui évoque le prophète Jérémie () : « Mais voici en quoi consistera l’alliance que je conclurai […] : j’inscrirai mes instructions non plus sur des tablettes de pierre, mais dans leur conscience ; je les graverai dans leur cœur ». L'hétéronomie de la conscience politique : une soumission aux autorités civiles Le « Fundamentalism Project » contient une étude de l'historien et théologien Pablo A. Deiros portant sur le fondamentalisme protestant en Amérique latine ; il se réfère à l’épître de Paul aux Romains pour expliquer la conscience politique hétéronome des fondamentalistes : (Épître de Paul aux Romains, 13, 1-6.). Lu hors contexte et sans méthode historico-critique, des fondamentalistes enseignent que l’une des fonctions de la religion consiste à justifier et solidifier l'ordre politique, soit le « théologico-politique ». Pourquoi obéir à la loi ? Parce que tout pouvoir vient de la transcendance. Ainsi, selon Pablo A. Deiros, le fondamentaliste cultive un état d’esprit voulant que toutes les autorités soient instituées par Dieu. Et il croit que Dieu remplacera les autorités qui ne pratiquent pas la justice. L’Église catholique et les Églises protestantes non fondamentalistes soutiennent qu’on doit rechercher l'intention de l'auteur par le contexte historique, l'ensemble des textes connexes, le genre littéraire et accorder une grande importance au sens spirituel. Selon ces Églises, l’épître de Paul aux Romains (Rm 13, 1-6), qui demandait une soumission aux autorités de Rome fut un appel au respect de la loi, adressée aux premiers chrétiens de Rome dans un contexte de persécutions. Alors que la perspective fondamentaliste y perçoit une règle applicable pour toute l'humanité, en toutes circonstances et à toute époque, les grandes Églises chrétiennes, comme l'indique le théologien Pablo Deiros, voient son sens spirituel, révélé par Romains (Rm 2,14 à 13,8) : « Celui qui aime les autres a obéi complètement à ce qu’ordonne la loi ». Dans la Somme théologique, Thomas d’Aquin a d'ailleurs montré qu’en cas d’oppression, « l'homme n'est pas obligé d'obéir à la loi». Selon le philosophe et théologien protestant Paul Tillich, dans le domaine politique, la liberté est principe de créativité sociale, ce qui signifie transformation pour le mieux. Il précise : « La démocratie tend vers un système de participation pour tous ; elle prévient ainsi la déshumanisation que produit la tyrannie ». Le millénarisme et ses variantes Le millénarisme est une position minoritaire dans l’éventail du fondamentalisme protestant, même s'il a fait partie des croyances fondamentales de l'adventisme. Ses défenseurs croient avoir découvert des vérités oubliées depuis très longtemps concernant le sens caché des prophéties bibliques, lesquelles seront bientôt accomplies. Le pré-millénarisme est la croyance que le mal envahit le monde de plus en plus et que Jésus viendra pour emporter avec lui les vrais croyants. Puis, il y aura sept années de grandes tribulations où régnera l'Antéchrist. Jésus reviendra ensuite gouverner la terre pendant mille ans. Les post-millénaristes croient plutôt que le monde continuera à progresser et que le bien l’emportera sur le mal. Le dispensationalisme présente une vision de l'histoire du salut qui divise l’histoire en sept dispensations ou « attitudes » de Dieu face à l'humanité. Le dispensationalisme situe les vrais croyants avant la septième dispensation, le moment où le Christ soustraira son Église invisible aux malheurs et tribulations du monde. Ces croyances détournent le sens spirituel des textes pour se fonder sur un biblicisme littéraliste. Pierre Lathuilière y décèle un « mal d’être au monde ». L'Église catholique et les grandes Églises protestantes rejettent ces doctrines, même si Pierre Lathuilière remarque une « surchauffe eschatologique » parmi certains de leurs adeptes. La dénonciation du dialogue interreligieux Le fondamentalisme refuse généralement le dialogue interreligieux ainsi que l’œcuménisme car il soupçonne le rapprochement avec les doctrines des autres religions de mener au syncrétisme. L’Église catholique ne rejoignit officiellement le mouvement pour l’unité des chrétiens qu’en 1964, lors du concile Vatican II. Le fondamentalisme dans les confessions chrétiennes Dans le christianisme évangélique, le mot biblique ou indépendante figure souvent dans le nom de l’église ou de la dénomination. L’indépendance de l’église est revendiquée et l’affiliation à une dénomination chrétienne est peu fréquente, bien qu’il y ait des dénominations fondamentalistes . L’Église catholique rejette le fondamentalisme biblique, dont elle donne la définition suivante : « Radicalisme religieux qui se réfère à une lecture littérale des textes sacrés sans tenir compte de la culture dans laquelle furent écrits les livres de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Le fondamentalisme exclut toute approche critique, pourtant nécessaire, des textes fondateurs ». Le catholicisme américain a publié toute une littérature apologétique au milieu des années 1980 pour combattre le fondamentalisme protestant. Émile Poulat observe toutefois que « le fondamentalisme trouve aujourd’hui, dans les milieux catholiques plus de connivences qu’on ne l’imagine ». Pour Pierre Lathuilière, le conservatisme catholique français après Vatican II se diversifie selon au moins trois courants : intégriste, piétiste et charismatique. En raison de son organisation ecclésiale hiérarchisée, le catholicisme devrait échapper au fondamentalisme mais, paradoxalement, il y succombe lorsqu’il absolutise la papauté, les doctrines et les dogmes : la compréhension des textes du Magistère, s'ils sont lus isolément, au premier degré, hors contexte et sans interprétation ou herméneutique, ni méthode critique, peut devenir analogue à la compréhension de la Bible dans le fondamentalisme protestant. Par exemple, le fondamentalisme apparaît lorsque la doctrine de l'Église conduit à une morale hétéronome qui rabaisse l'exercice de la conscience plutôt que la dynamiser. Par ailleurs, la réintégration de Marcel Lefebvre au sein du catholicisme montre davantage un compromis avec un courant intégriste particulier, qui avait rompu avec la papauté. Pierre Lathuilière indique qu’on observe dans ce milieu une vigoureuse reprise des thèses créationnistes, enrichies par l'antiévolutionnisme américain. Selon lui, des traditionalistes catholiques ont vu dans le retour des partisans de Marcel Lefebvre « une force d'appoint dans leur lutte contre le modernisme ». Un deuxième courant, piétiste, est sensible à l’expérience de la conversion. Pierre Lathuilière, note que devant la sécularisation, ce courant piétiste oscillera entre apologétique et fidéisme. Le troisième courant, charismatique, est venu des États-Unis après le Concile. Il s’apparente au pentecôtisme mais n’est pas nécessairement fondamentaliste ni même conservateur. De ce point de vue, selon Pierre Lathuilière, son développement est comparable à celui présent dans d'autres formes du protestantisme. Toutefois, il pourrait devenir semblable aux « communautés émotionnelles » du fondamentalisme protestant, où « l'inspiration de l'Esprit » permettra à chacun d'interpréter la Bible à l'écart de tout « intellectualisme ». Références Bibliographie . . . . . . . . . George M. Marsden, Fundamentalism and American Culture, Oxford University Press, Oxford, 1980. Émile Poulat, Comment lire la Bible, dans Les retours aux Écritures. Fondamentalismes présents et passés, sous la dir. d'Évelyne Patlagean et Main Le Boulluec, Peeters, Louvain et Paris, , 1993. . . . . . . . . . . . . . . . . Voir aussi Articles connexes Créationnisme Inerrance biblique Intransigeantisme Intégrisme Modernisme dans l'Église catholique Crise moderniste Fondamentalisme musulman Fondamentalisme juif Liens externes . . . . . Sociologie des religions Christianisme et société Courant de pensée catholique Fondamentalisme religieux
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Jeu de tir à la première personne
Le jeu de tir à la première personne (en anglais FPS pour First-person shooter) ou en vue subjective, aussi appelé Doom-like est un genre de jeu vidéo de tir fondé sur des combats en vision subjective (« à la première personne »), c'est-à-dire que le joueur voit l'action à travers les yeux du protagoniste. C'est un sous-genre du jeu d'action qui partage des traits communs avec les autres genres de jeux de tirs, tels que le jeu de tir à la troisième personne ou le jeu de tir au pistolet. Depuis la création du genre, le jeu de tir à la première personne a été marqué par la naissance et l'évolution des graphismes en trois dimensions grâce aux progrès du matériel informatique, ainsi que l'évolution du jeu multijoueur et du sport électronique. Les deux premiers jeux de tir à la première personne sont Maze War et Spasim sortis en 1974. MIDI Maze, en 1987, introduit le jeu multijoueur en réseau local et devient le premier jeu de tir à la première personne sur console de jeux vidéo. Wolfenstein 3D est généralement crédité d'avoir créé en 1992 les mécanismes du genre, sur lesquels les jeux suivants seront basés. Doom, en 1993, popularise le genre auprès du grand public et deviendra l'un des jeux de tir à la première personne les plus influents. Half-Life, en 1998, renforce la narration et les éléments de puzzle. GoldenEye 007, en 1997, est le premier jeu de tir à la première personne majeur sur console de jeux vidéo, suivi de la série Halo qui prouvera l'intérêt critique et commercial du genre sur console. Définition Le jeu de tir à la première personne est un genre de jeu vidéo de tir en trois dimensions, présentant une vue à la première personne, c'est-à-dire que le joueur voit l'action à travers les yeux du protagoniste. Il est opposé au jeu de tir à la troisième personne qui montre le protagoniste de dos, permettant au joueur de voir le personnage qu'il contrôle. La composante principale de ce type de jeu est le combat, généralement à l'arme à feu. Il se distingue du jeu de tir au pistolet, où l'action se déroule à la première personne, mais où le joueur ne dirige pas les mouvements du protagoniste et utilise un pistolet optique à la place d'une manette de jeu conventionnelle. Il se distingue également des jeux de tir tactique, qui bien qu'à la première personne, sont plus réalistes et demandent du travail d'équipe et de la stratégie pour gagner ; le joueur y est souvent accompagné par une équipe de personnages sous ses ordres et contrôlés par l'ordinateur. Le jeu de tir à la première personne est aujourd'hui considéré comme un genre distinct en soi, mais il est aussi un sous-genre du jeu d'action. À la suite de la sortie de Doom en 1993, les jeux de ce genre étaient appelés des « Doom-like », puis cette expression fut communément remplacée par « first-person shooter » (« jeu de tir à la première personne » en français). Wolfenstein 3D, sorti en 1992, est généralement crédité d'avoir inventé le genre, même si depuis, les critiques ont identifié des similarités du genre dans Maze War et Spasim, deux jeux développés en 1973. Il y a aussi des désaccords concernant les éléments qui constituent un jeu de tir à la première personne. Par exemple, Deus Ex et Vampire: The Masquerade - Bloodlines sont parfois considérés comme des jeux de tir à la première personne, mais ils sont aussi considérés comme des jeux de rôle car ils empruntent beaucoup à ce genre. Mécanismes du genre Comme la plupart des jeux de tir, les jeux de tir à la première personne implique un avatar, une ou plusieurs armes à distance et un nombre variable d'ennemis. En prenant place dans un environnement en trois dimensions, ces jeux ont tendance à être plus réalistes que les jeux de tir en deux dimensions, et ont des représentations plus précises de la gravité, de la lumière, du son et des collisions. Les jeux de tir à la première personne sur ordinateur sont le plus souvent joués avec un clavier et une souris. Cette combinaison de contrôleur est classiquement considérée comme plus précise que les manettes des consoles de jeux vidéo, qui utilisent généralement deux sticks analogiques, un pour se déplacer et un pour viser. Il est courant que les mains et les armes du personnage soient affichées au milieu de l'écran et qu'un système d'affichage tête haute montrant des détails sur la santé, les munitions... soit placé dans les coins de l'écran. Il est souvent possible d'afficher une carte des environs en superposition du reste de l'écran. Combat et armes Les jeux de tir à la première personne se concentrent souvent sur l'action, avec des échanges de tir rapides et sanglants, même si certains mettent davantage l'accent sur la narration et la résolution d'énigmes et de puzzles. En plus du tir, le combat de mêlée est parfois utilisé. Dans certains jeux, les armes de mêlée sont particulièrement puissantes en récompense des risques pris par le joueur pour manœuvrer au corps à corps avec l'ennemi. Dans d'autres situations, les armes de mêlée sont moins efficaces mais néanmoins nécessaire en dernier ressort. Ces jeux donnent généralement aux joueurs un choix d'armes diverses, influençant la manière dont le joueur jouera au jeu. Certains ont des modèles très réalistes d'armes réelles, y compris dans leur cadence de tir, la taille de leurs munitions et leur précision. Cependant, ils permettent aux joueurs de porter et d'utiliser toutes ces armes sans réduire la vitesse ou la mobilité du personnage. Ainsi, le niveau de réalisme varie souvent entre les différents éléments d'un même jeu. Le joueur peut généralement recharger ses armes ou se soigner grâce à des items tels que des chargeurs ou des trousses de secours sur lesquels il doit simplement marcher. Certains jeux permettent aussi d'accumuler des points d'expérience, comme dans les jeux de rôle, pour débloquer de nouvelles armes et compétences. Certains jeux multi-joueurs proposent de choisir une classe de personnage, avec une fonction différente telle qu'éclaireur ou ingénieur, avec des aptitudes et équipements différents. Environnements et thématiques Les jeux de tir à la première personne peuvent être composés de niveaux, comme la plupart des jeux vidéo, ou bien utiliser la technique de la narration continue pour que le joueur ne quitte jamais la vue à la première personne. Certains jeux utilisent un monde ouvert qui peut être exploré librement. Dans les jeux vidéo de tir à la première personne, le joueur peut interagir avec l'environnement à des degrés divers, allant d’interactions basiques comme ouvrir une porte à la résolution d'énigmes basée sur plusieurs objets interactifs. L'environnement peut aussi être destructible à des degrés divers : un élément récurrent est l'utilisation de bidons d'essence, que le joueur peut faire exploser en tirant dessus pour tuer les ennemis avoisinant. D'autres jeux offrent des environnements entièrement destructibles permettant de nombreux effets visuels. Les univers des jeux de tir à la première personne exploitent souvent les mêmes thèmes : la science-fiction et l'histoire (particulièrement la Seconde Guerre mondiale et les guerres modernes), avec des antagonistes tels que des extraterrestres, des zombies, des monstres, des terroristes et des militaires. Les jeux offrent souvent plusieurs degrés de difficultés : dans les modes difficiles, les ennemis sont plus nombreux, plus intelligents et font plus de dégâts que dans les modes faciles. Jeu multijoueur Les jeux de tir à la première personne peuvent proposer un ou plusieurs modes multijoueur utilisant des niveaux spécialisés. Certains jeux sont conçus spécifiquement pour le multijoueur, lesquels ont souvent un mode solo très limité où le joueur se bat contre des contrôlés par l'ordinateur. D'autres jeux proposent aux joueurs de choisir entre plusieurs classes de personnage, chacune ayant ses propres forces, faiblesses, équipements et rôle dans l'équipe. Certains jeux permettent aussi à des milliers de joueurs de se battre dans des mondes persistants, il s'agit alors de MMOFPS. Les jeux multijoueurs proposent principalement deux sortes de multijoueur : le jeu coopératif et l'affrontement entre joueurs. Il existe plusieurs sortes de matchs, les plus courants étant le match à mort (« »), où les joueurs accumulent des points en tuant les autres joueurs, et la capture du drapeau (« »), où chaque équipe doit pénétrer dans la base adverse, capturer le drapeau et retourner dans sa propre base tout en empêchant l'équipe adverse de faire de même. Variations et subtilités Force est de constater que les jeux de tir à la première personne se sont fortement diversifiés. Souvent mêlés à d'autres genres (au RPG dans Deus Ex ou à la simulation dans ArmA par exemple), il est devenu très hétéroclite. Les FPS de la première catégorie sont les jeux dans la lignée des Doom, Quake ou Unreal. Ils sont caractérisés par une vitesse de déplacement très rapide, des armes variées et par une construction complexe des niveaux dans le mode monojoueur. Dans la seconde catégorie sont rangés des jeux tels que les Call of Duty ou les Battlefield. Ils sont caractérisés par une vitesse de déplacement assez lente, une jouabilité se rapprochant du réalisme et une utilisation abondante de déclencheurs (scripts) dans le mode monojoueur. Les modern-FPS sont souvent décriés par les communautés à tendance geek, critiquant une jouabilité requérant moins d'habileté et un certain goût pour la facilité de la part des développeurs (aussi bien dans l'élaboration du mode monojoueur que dans un manque éventuel d'innovation du mode multijoueur). Les fast-FPS sont, quant à eux, parfois méprisés par les communautés de joueurs plus casual à cause de leur dimension plus austère et de la grande difficulté qui peut naître de la rencontre de joueurs nouveaux avec des joueurs habitués au jeu depuis leur sortie (souvent lointaine). Histoire Débuts (1973-1992) La date de création du premier jeu de tir à la première personne n'est pas certaine, deux jeux s'en disputant la paternité, Maze War et Spasim. L'incertitude à ce sujet vient principalement du manque de dates précises pour le développement de Maze War que son principal développeur estime avoir débuté à l'été 1973. En revanche, le développement de Spasim est bien mieux documenté et a débuté au printemps 1974. Si Spasim est plutôt un simulateur de vol en vue subjective où les joueurs se tirent dessus dans des vaisseaux spatiaux, Maze War se rapproche plus des futurs jeux de tir à la première personne. Alors que le but initial du jeu est de trouver son chemin dans un dédale de couloirs affiché en perspective fixe, l'un des développeurs a l'idée de connecter deux machines en série pour permettre à plusieurs joueurs d'évoluer dans le labyrinthe. Rapidement, l'idée de permettre aux joueurs de se tirer dessus est intégrée et le jeu est programmé pour fonctionner en réseau afin que plusieurs ordinateurs puissent jouer ensemble. Toutefois, Maze War et Spasim n'étant pas disponibles à la vente, le premier jeu commercialisé s'intitule Battlezone, une simulation de chars de combats sortie en 1980 sur borne d'arcade, présentant pour la première fois des graphismes en trois dimensions grâce à des modèles en fils de fer non texturés et des images vectorielles. Ce jeu sort ensuite sur ordinateur personnel en 1983 et connut un succès de masse. Le titre marque aussi un premier rapprochement entre l'industrie du jeu vidéo et l'armée américaine. Puis de nombreux jeux d'arcade ont vu le jour, présentant les prémices des actuels jeux de tir à la première personne. Ainsi, en 1975 sort Interceptor, un jeu qui utilise un joystick à 8 directions pour déplacer un pointeur et viser des avions. En 1980, Space Tactics de Sega utilise un viseur qui tire des lasers affichant des effets 3D et qui, au lieu de se déplacer sur l'écran, reste fixe pour permettre à tout l'écran de bouger. Des jeux similaires sont sortis tels que Space Seeker en 1981, Star Trek et SubRoc-3D en 1982. La même année vit la sortie sur l'ordinateur Apple II d'Horizon V, qui présentait l'une des premières mini-cartes, et de Zenith, qui permettait au joueur de faire des rotations sur lui-même. Ces deux jeux ont été conçus par Nasir Gebelli, qui influencera plus tard John Romero. En 1984, sort sur MSX le jeu de mecha Ginga Hyoryu Vifam, qui proposent de l'exploration de monde ouvert, avec une mini-map indiquant la position des ennemis, ainsi qu'un moteur physique grâce auquel des champs gravitationnels peuvent attirer le joueur. En 1985, sort Star Luster sur Famicom et borne d'arcade, permettant au joueur de parcourir un monde ouvert avec six degrés de liberté. En 1986, sort Kidō Senshi Z Gundam: Hot Scramble sur NES, un jeu qui affiche l'arme du joueur sur l'écran et permet au joueur de verrouiller ses ennemis pour leur tirer dessus. La même année, le simulateur de vol de combat Lock-On permet lui-aussi de verrouiller des cibles. Sur borne d'arcade et Master System, la société japonaise Seibu Kaihatsu sort Empire City: 1931 en 1986, qui propose une touche pour dévier les balles ennemies, et Dead Angle en 1988, qui permet au joueur de s'accroupir pour esquiver les attaques ennemies. En 1987, sort MIDI Maze, l'un des premiers jeux de l'Atari ST. Comme Maze War, il s'agit d'un jeu de labyrinthe à la première personne, avec des personnages ressemblant à Pac-Man. Il est le premier jeu sur un ordinateur personnel à proposer du multijoueur en réseau local jusqu'à 16 joueurs, grâce à l'interface MIDI de l'Atari ST. C'est également le premier jeu de tir à la première personne à proposer un mode de jeu match à mort, aujourd'hui présent sur la plupart des jeux du genre. Ensuite renommé Faceball 2000, le jeu est porté en 1991 sur plusieurs machines, dont la Game Boy et la Super Nintendo, ce qui en fait le premier jeu de tir à la première personne sur machine portable, sur console et multiplate-forme. Un autre exemple de jeu console et multiplate-forme est Star Cruiser sorti sur NEC PC-8801 en 1988 et porté sur Mega Drive en 1990. Star Cruiser est un jeu innovant qui introduit l'utilisation de graphismes en 3D polygonal et d'éléments de jeu de rôle. La même année, Golgo 13: Top Secret Episode propose quelques niveaux à la première personne où le joueur utilise la lunette d'un fusil de précision pour assassiner des ennemis à longue distance. En 1990, The Super Spy de SNK, qui sort sur borne d'arcade et Neo-Geo AES, est un jeu de tir à la première personne avec des éléments de , qui affiche les bras et les armes du protagoniste sur l'écran. Core Design propose en 1990 également un jeu nommé Corporation sur Amiga d'abord, puis sur PC, Atari ST et Mega Drive, dans lequel on retrouve de nombreux éléments des jeux de tirs à la première personne, notamment l'utilisation de la 3D en temps réel combiné à l'utilisation de lumières dynamiques. En 1991, Silent Debuggers de Data East est un jeu sur PC-Engine qui propose au joueur de parcourir un dédale de couloirs, en déplaçant un viseur sur l'écran pour tuer des aliens. En 1991, Hovertank 3D d'id Software est le premier jeu à utiliser la technique du raycasting, qui permet d'accélérer le calcul des images 3D et donc de rendre les jeux plus dynamiques. Un peu plus tard, les textures apparaîtront avec Ultima Underworld de Looking Glass Studios, un jeu de rôle sorti en 1992, qui présentaient une vue à la première personne et un moteur de jeu avancé. La même année, sort Legends of Valour d'US Gold, sur Amiga, Atari ST et PC, qui inspirera notamment Bethesda dans la création de son univers des Elder Scrolls. L'année d'avant, en voyant une démo d’Ultima Underworld, John Carmack s'exclame qu'il pourrait faire un moteur encore plus rapide (« »), et ainsi motivé par cette démo, il développe Catacomb 3D publié à la fin de l'année 1991. Fort de l'expérience acquise avec Ultima, Looking Glass Studios développera par la suite les séries de jeux de tir à la première personne System Shock et Dark Project. Popularisation du genre (1992-1995) En 1992, Wolfenstein 3D, développé par John Romero, John Carmack et Tom Hall d'id Software, connaît un succès instantané et est généralement crédité d'avoir créé les mécanismes du genre, sur lesquels reposent les jeux de tir à la première personne actuels. Il innove le genre sur ordinateur personnel grâce à une formule mêlant avec succès le rythme rapide et les réflexes des jeux d'action sur borne d'arcade, tels que Space Invaders, Pac-Man ou Altered Beast, qui opposent le joueur à de nombreuses vagues d'ennemis de plus en plus rapides et complexes, et la vision subjective des jeux de rôle traditionnels tel que Sorcellerie, pour fournir au joueur une expérience immersive. Wolfenstein 3D a initié le déclin des jeux de tir 2D à défilement parallaxe au profit des jeux 3D en vue à la première personne. Malgré l'extrême violence du jeu, Wolfenstein échappe à la controverse générée l'année suivante par Doom, bien qu'il soit interdit en Allemagne en raison de l'utilisation de l'iconographie Nazie. Apogee Software, l'éditeur de Wolfenstein 3D, profite du succès pour sortir Blake Stone: Aliens of Gold en 1993. Le jeu est bien reçu par le public, mais les ventes déclinent rapidement, dans le sillage du succès de Doom qui sortira la semaine suivante. En 1993, sort Doom sous une licence shareware. Le nouveau jeu d'id Software affine le modèle de Wolfenstein 3D, en y ajoutant des textures de meilleures qualités, des variations de hauteur (telles que les escaliers que le joueur peut grimper), des variations de lumière et un environnement 3D plus crédible que les niveaux répétitifs de Wolfenstein. Doom propose aussi un mode de jeu multijoueur jusqu'à quatre joueurs dont le nom, « match à mort », rentrera ultérieurement dans le lexique du jeu vidéo. Le jeu devient si populaire en multijoueur qu'il est interdit durant les heures de travail par certaines entreprises dont le réseau se retrouvait obstrué. Doom est considéré comme l'un des plus importants jeu de tir à la première personne de l'histoire du jeu vidéo, qui a été influent non seulement pour le genre mais également pour le jeu vidéo tout entier. Depuis sa sortie, le jeu est porté sur presque toutes les plates-formes : ordinateurs, consoles de salon, consoles portable, téléphones, etc.. Bien que la violence gore, l'humour noir et l'imagerie infernale du jeu soient acclamés par la critique, ils suscitent également la controverse chez certaines associations, notamment religieuses, qui étiquettent le jeu de « simulateur de meurtre ». En 1995, Star Wars: Dark Forces est le premier FPS véritablement codé en 3D (la dimension verticale n'ayant alors pas été codée dans les précédents jeux du genre) et donc à inclure la visée verticale (lever la tête), le fait de s'accroupir et de sauter. Montée des graphismes 3D (1995-1999) En 1994, Exact crée le jeu Geograph Seal pour les ordinateurs personnels japonais Sharp X68000. Bien que resté obscur en occident, c'est un jeu en 3D isométrique avec des mécanismes de plateformes innovants avec des environnements en monde ouvert. L'année suivante, Exact réalise son successeur pour la PlayStation, Jumping Flash!, qui met plus d'importance sur les éléments de plateformes. Descent, est un vrai FPS en 3 dimensions réalisé par Parallax Software en 1995 dans lequel le joueur conduit un véhicule spatial à travers des grottes et des conduits d'usine. Il abandonne les sprites en faveur des . En 1996, peu de temps après la sortie de Duke Nukem 3D, id Software sort le alors très attendu Quake. Comme Doom, Quake fut un jeu très influent et pilier du genre, avec un rythme rapide, un univers très sanglant et entièrement en 3D. Il était centré sur le jeu en ligne et introduit plusieurs types de parties toujours présents dans les FPS actuels. C'était le premier FPS à contenir des clans de joueurs sur les réseaux internet (le concept existait alors dans les MUD), et il inspira les fameuses parties LAN telles que celles du QuakeCon. La popularité du jeu et son utilisation de graphisme 3D ont aidé l'industrie de la carte graphique à se développer ; la possibilité de modification du jeu a attiré les joueurs voulant bricoler le jeu et créer leur propres modules. En 1997, Rare développe et sort GoldenEye 007, basé sur le film GoldenEye de la saga James Bond, et qui devint, au moins du point de vue de 2004, la meilleure vente pour Nintendo 64 aux États-Unis. Il est le premier FPS majeur pour console et était surtout complimenté pour l'atmosphère des niveaux et la beauté des cartes multijoueurs. Il comprend un fusil de précision, la possibilité de faire des head-shots, et des éléments d'infiltration ; tout comme des éléments inspiré par Virtua Cop tels que recharger, les animations de réaction aux tirs, les pénalités pour avoir tué des innocents, et un système de pointage permettant aux joueurs de viser précisément un certain point de l'écran. Bien qu'il ne soit pas le premier de son genre, Tom Clancy's Rainbow Six, sorti en 1998, lança la mode des FPS tactiques. Il comprend des missions en équipe avec des graphismes réalistes sur le thème de l'antiterrorisme, ce qui requiert qu'un plan soit mit en place entre les joueurs avant de faire la mission, un seul tir pouvant suffire à tuer un joueur. Medal of Honor, sorti en 1999, annonça le genre de FPS se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1998, Half-Life de Valve, basé sur le moteur graphique de Quake, fut un grand succès commercial. Alors que les précédents FPS n'avaient pas d'intrigue forte, Half-Life marqua les joueurs par son scenario, bien que sans cinématiques. Il contient des innovations telles que les personnages non-joueurs alliés (déjà présents toutefois dans des jeux comme Strife) mais ne contient pas de power-ups dans le sens commun du terme. Half-Life a été salué pour son intelligence artificielle réussie, la variété des armes et le souci du détail. Également en 1998, Starsiege: Tribes était un jeu multijoueur en ligne permettant plus de 32 joueurs par partie. Son gameplay est basé sur la coopération avec différents rôles spécialisés. Le jeu était très populaire et a été imité plus tard par des jeux tels que la série des Battlefield. Quake III Arena de Id et Unreal Tournament de Epic, tous les deux sortis en 1999, étaient populaires pour leur mode en ligne mouvementé et accessible ; les deux jeux comprennent très peu de contenu pour joueur seul. Counter-Strike sortit également en 1999 basé sur un mod de Half-Life et sur le thème de l'antiterrorisme. Le jeu et sa version plus tardive, Counter-Strike: Source (2004), devint de loin le plus populaire des FPS en ligne, avec jouant simultanément en ligne à chaque instant à l'époque de son apogée. Quête du réalisme (depuis les années 2000) En 2001, sort Halo: Combat Evolved sur la console Xbox, qui fait entrer le FPS dans une nouvelle ère, Halo démocratisant le genre FPS sur consoles. Depuis le début des années 2000, les jeux de tir à la première personne n'ont cessé d'améliorer leur réalisme, aussi bien sur le rendu graphique, les simulations physiques, ou les scénarios. En contrepartie, la consommation d'espace disque et de mémoire a grandement augmenté, et il n'est pas rare en 2013 de voir des jeux utiliser plusieurs dizaines de Go. L'amélioration du rendu graphique s'est faite progressivement, en utilisant des environnements et des textures de plus en plus détaillés, et surtout en exploitant les technologies les plus récentes des cartes graphiques, comme les shaders. Certains jeux se rapprochent du photoréalisme, comme ceux réalisés par le studio Crytek avec le moteur de jeu CryEngine : Far Cry, sorti en 2004 et surtout Crysis, sorti en 2007. Les lumières et les ombres, qui étaient auparavant pré-calculées et relativement basiques, gagnent en réalisme, notamment avec Doom 3, l'un des premiers jeux utilisant un éclairage calculé en temps réel. Une autre avancée majeure concerne la simulation physique. En 2004, le très attendu Half-Life 2, développé par Valve Corporation, utilise le moteur physique Havok et permet au joueur d’interagir avec l'environnement grâce au pistolet anti-gravité, qui est capable d'attirer et de repousser des objets du décor. En 2007, Portal, également développé par Valve, introduit le portal gun, un générateur de portails qui permet de jouer avec les règles de la physique dans un environnement 3D. L'amélioration des moteurs physiques augmente l'interactivité entre le joueur et l'environnement. Certaines parties des décors peuvent être détruites ou modifiées. Les véhicules deviennent un élément incontournable de ce genre de jeu. En 2012, sort Counter-Strike: Global Offensive qui devient majoritaire sur le marché des FPS avec des pics de joueurs allant jusqu’à voire 1 million de joueurs connectés à la fois. En juin 2020 après deux mois de bêta fermée, Valorant est disponible en free-to-play sur PC. Pour Riot Games, ce titre marque son arrivée dans un nouveau genre de jeu compétitif après 10 ans de League of Legends. Notes et références Voir aussi Articles connexes Liste chronologique des jeux de tir à la première personne Jeu de tir à la première personne en ligne massivement multijoueur Liens externes Tir à la première personne
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Études d'ingénieurs en France
Cet article décrit les différentes études menant au titre d'ingénieur en France. Au , il y a 204 écoles d'ingénieurs françaises accréditées par la CTI à délivrer un diplôme d'ingénieur dont 7 écoles de « spécialisation » ; la CTI tient à jour une base de données certifiées sur les écoles et programmes accrédités. La France possède la particularité de disposer, en plus des universités, de diverses écoles d’enseignement supérieur dont les écoles d’ingénieurs. Ces écoles se distinguent notamment par une sélection à l’entrée et un effectif réduit. Les études durent cinq ans au total (dont deux ans de cycle préparatoire) et débouchent sur un diplôme d’ingénieur (conférant également le grade de master). Ces cinq années d'étude peuvent avoir lieu, tout d'abord dans un cycle préparatoire de deux ans, puis dans l'école d'ingénieurs proprement dite pour trois ans. Il existe aussi des écoles d'ingénieurs qui forment pendant cinq années « intra muros », mais qui se répartissent en deux catégories, d'une part celles qui ont un cycle préparatoire suivi d'un cycle d'approfondissement et d'autre part celles qui n'ont qu'un seul cycle de cinq ans. Histoire Les premières formations d'ingénierie militaire en France sont associées au développement des armes savantes pour la marine et l'armée de terre, au travers des corps de navigateurs-hydrographes, de charpenterie de marine, de l'artillerie et du génie. Elles remontent à 1571 pour la marine avec le Collège maritime des Accoules (dont l'héritière est l'École nationale de la Marine marchande de Marseille), à 1679 pour l'artillerie avec l'École royale de l'artillerie de Douai et à 1748 pour le génie avec l'École royale du génie de Mézières. Les formations d'ingénierie d'État se développent avec l« École des ingénieurs-constructeurs des vaisseaux royaux » (dont l'héritière est l'ENSTA - IP Paris) créée en 1741 et l« École royale des ponts et chaussées » (renommée École des Ponts ParisTech) créée en 1747. Suivent quelques années après, d'autres écoles telles que « l’École des Arts et Métiers » créée en 1780, dispensant un savoir scientifique et technique (aujourd'hui renommée Arts et Métiers), ou encore l'école des mines de Paris (renommée Mines ParisTech - PSL.) créée en 1783 pour former les inspecteurs de l'exploitation des mines du royaume. À l'époque révolutionnaire, les universités sont supprimées en 1793 et remplacées par des écoles spéciales. L’École polytechnique, pour pourvoir aux grands corps d’État, et le Conservatoire national des arts et métiers sont créés en 1794. L'essor de l'industrie nécessite le développement de formations aux sciences appliquées au début du . Apparaissent des formations d'ingénierie dans les bassins industriels pionniers tels que Saint-Étienne, Paris, Lille, Lyon et Mulhouse notamment. Des cours de dessin linéaire, de géométrie et de mécanique appliquée aux arts se développent dans les métropoles industrielles françaises. À Paris, en 1819, le Conservatoire national des arts et métiers établit une chaire d'enseignement de mécanique appliquée aux arts, tenue par Charles Dupin. À Mulhouse en 1822 et à Lille en 1823, des cours de chimie appliquée aux arts industriels sont créés pour soutenir l'industrie. En 1824 l'École nationale des eaux et forêts est créée à Nancy, assurant la formation des cadres forestiers pour l'Administration des Eaux et Forêts qui étaient aussi les officiers du Corps des chasseurs forestiers. . .En 1894, les écoles délivrant un diplôme d'ingénieur en France sont l'École supérieure des mines de Paris, l'École des mines de Saint-Étienne, l'École des ponts et chaussées, l'École centrale des arts et manufactures, l'Institut industriel du Nord (École centrale de Lille) et l'École centrale lyonnaise. En 1934 est créée la Commission des titres d'ingénieur pour habiliter les établissements et protéger les titres des diplômés, à la suite de la contraction du marché de l'emploi en période de crise économique. Puis on assiste à une réorganisation de la formation. Les écoles nationales supérieures d’ingénieurs (ENSI) sont créées en 1947, ce sont toutes des écoles appartenant à des universités. L’École nationale supérieure d'arts et métiers se restructure en 1963 pour avoir un diplôme à bac+5. Sont créés également les écoles nationales d’ingénieurs et les instituts nationaux des sciences appliquées, des écoles en cinq ans à cette époque. A partir des années 1970, les premières écoles internes aux universités ont été créées ; leur nombre a crû à partir de la Loi sur l'enseignement supérieur de 1984. Au début des années 2000, a été créé le réseau Polytech. Dans les , l'importance des effectifs de jeunes diplômés qui entrent dans la finance est parfois critiquée, compte tenu de l'éloignement par rapport aux missions commerciales ou industrielles auxquelles préparait leur enseignement, dans un contexte où la finance est accusée d'asphyxier l'industrie. Diplôme d'ingénieur Dans l’industrie traditionnelle, l’ingénieur est avant tout un animateur d’équipe et un gestionnaire qui doit composer avec d’autres collaborateurs (ouvriers, techniciens) pour assurer la production (de biens ou de services), développer de nouveaux outils ou produits (machines, logiciels, méthodes) et optimiser les procédés. Dans les entreprises à forte composante humaine en recherche et développement (industrie du savoir), l’ingénieur est une composante « ouvrière » participant à la création d’un produit ou d’un service. Il doit avoir de solides bases scientifiques et technologiques afin de comprendre les processus mis en jeu et pouvoir ainsi les faire évoluer. L’ingénieur est soumis à une nécessité de formation permanente s’il veut « rester performant » et doit, par conséquent, pratiquer régulièrement des activités de veille technologique. En France, contrairement au titre « ingénieur » seul, le titre « ingénieur diplômé » est protégé par la loi. En effet, seul un étudiant d’une école habilitée par l’État devient après ses études « ingénieur diplômé ». Depuis 1934, une personne usurpant le titre d’« ingénieur diplômé » est passible d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de . Le master est un diplôme national sanctionnant une formation en deux ans après la licence. Pour les disciplines scientifiques, cette formation possède donc une vocation proche de celle menant au diplôme d’ingénieur, cependant le titulaire d’un master professionnel ne confère pas de titre d’ingénieur diplômé, par contre le diplôme d'ingénieur confère le degrée de master. En France, le terme « ingénieur » est utilisé en rapport avec plusieurs fonctions ou niveaux de formation, selon la Commission des titres d'ingénieurs (CTI) : Ingénieur diplômé : titulaire d’un titre d’« ingénieur diplômé » (Bac+5 - grade 300 ECTS) conféré par un diplôme d’ingénieur délivré par un établissement d’enseignement supérieur habilité par l’État. Ingénieur diplômé d’un établissement, la forme la plus classique Ingénieur diplômé par deux établissements, dont au moins un français (encore peu développé) Ingénieur de spécialisation, diplôme délivré à des ingénieurs déjà diplômés à l'issue de deux ou trois semestres d'études supplémentaire, dont le but est d'approfondir ou compléter sa formation en développant une nouvelle compétence dans un domaine professionnel à fort potentiel de croissance. Ingénieur diplômé par l’État, procédure similaire à la validation d’acquis mais sans passer par une école. Ingénieur-maître : titre accordé à certains diplômés d’un institut universitaire professionnalisé (bac+4). Ce titre a disparu avec l'application de la réforme LMD. Le Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France utilise les appellations suivantes pour des personnes non titulaires d'un diplôme reconnu par la Commission des titres d'ingénieurs : Ingénieur reconnu d’origine scientifique (IRS), c’est-à-dire ceux titulaires d’un diplôme Bac+5 scientifique universitaire ou d’un titre scientifique reconnu par France compétences niveau 7, Ingénieur reconnu (IR), c’est-à-dire ceux titulaires d’un diplôme Bac+2 scientifique et qui ont exercé, pendant une certaine durée, des fonctions d’ingénieur. Diplôme d'ingénieur en agriculture Le diplôme d'Ingénieur en agriculture est en France un diplôme reconnu par l'État. Il couronne un cursus de 5 ans d'études supérieures après le baccalauréat, avec cycle préparatoire intégré, mais des « admissions parallèles » sont également possibles. Comme tous les diplômes d'Ingénieur, il confère le grade de Master. Il est en outre accessible par la formation continue, l'apprentissage et la validation des acquis de l'expérience. La Commission des Titres d'Ingénieurs (CTI) habilite actuellement six écoles à le délivrer ; ce sont des écoles de statut associatif sous contrat avec le Ministère de l'Agriculture, en vertu de la loi Rocard de 1984, qui leur confie une mission de service public d'enseignement, de recherche et de développement : 4 écoles appartenant à la Fédération des écoles supérieures d'ingénieurs en agriculture (FESIA) : École supérieure d'agriculture d'Angers, Institut supérieur d'agriculture de Lille, Institut supérieur d'agriculture et d'agroalimentaire Rhône-Alpes (Lyon), École d'ingénieurs de Purpan (Toulouse), l'Institut Polytechnique LaSalle Beauvais, l'École Supérieure d'Ingénieurs et de Techniciens pour l'Agriculture (Rouen). Ces deux dernières écoles ont fusionné progressivement entre 2016 et 2018 pour former l'Institut polytechnique UniLaSalle. D'une manière générale elles sont très liées aux milieux professionnels et économiques, à la fois par l'importance des stages et par les partenariats avec les entreprises. Elles forment ensemble environ le tiers des Ingénieurs français se destinant aux secteurs des sciences du vivant. La dénomination de ce diplôme ne recouvre que partiellement la réalité de la formation et des carrières professionnelles. Depuis 20 ans les cursus ont régulièrement intégré de nouvelles disciplines et la préparation à de nouveaux métiers. C'est ainsi que les « Ingénieurs en agriculture » occupent des postes d'encadrement dans des secteurs très variés comme la production agricole, environnement, développement rural (environ la moitié) et la transformation agroalimentaire, distribution, services aux entreprises, etc. (l'autre moitié). Ils exercent également des fonctions diversifiées : production (agricole et industrielle), recherche/développement, qualité, gestion, management, marketing, fonctions commerciales, direction d'entreprise, etc. Déroulement des études En France, le diplôme d’ingénieur est obtenu dans une école d’ingénieurs, dont les plus anciennes ont été créées au . Les études durent cinq années après un baccalauréat (bac+5). Il existe différents types d’écoles : publiques ou privées, indépendantes ou intégrées à une université. Elles organisent elles-mêmes leur formation, le plus souvent en harmonie avec les centres de recherche et les industries environnantes, et le contrôle des connaissances. En 2008, cette formation concernait , également appelés « élèves-ingénieurs ». Ces établissements ont pour point commun d’être habilités par l'État après enquête et agrément de la commission des titres d'ingénieur (CTI) concernant entre autres la qualité de la formation . La spécificité des écoles d'ingénieurs réside dans la diversité des ministères de tutelle auxquelles elles sont rattachées. Même si le ministère chargé de l'enseignement supérieur habilité la majorité des écoles, les ministères techniques comme l’agriculture, l'industrie, la défense, etc habilitent certaines écoles. La liste des écoles habilitées à délivrer des diplômes d'ingénieur est publiée chaque année par arrêté ministériel. En cas de refus de la part de la commission des titres d’ingénieur, l’école peut faire appel auprès du conseil supérieur de l'éducation . Depuis 1999, le grade de master (bac+5) est conféré par l’État à tout titulaire d’un titre d'ingénieur diplômé. Les élèves-ingénieurs ne sont pas tous étudiants. Les écoles mettent en place progressivement des formations par apprentissage, où les périodes de cours sont alternées avec des périodes en entreprise. La formation continue est également possible, par exemple par la « filière Fontanet », qui existe depuis 1974, destinée aux titulaires d’un diplôme universitaire de technologie (DUT) ou d’un brevet de technicien supérieur (BTS) par exemple, ayant accompli trois ans d’expérience professionnelle . Il est également possible d'obtenir un diplôme d'ingénieur par valorisation des acquis de l'expérience (VAE). Il faut avoir un niveau bac+2 minimum, au moins cinq ans d'expérience en milieu industriel et passer devant un jury qui évalue les aptitudes de la personne . Au fil des années, de plus en plus d'écoles d'ingénieurs se sont spécialisées dans l'informatique. Elles proposent des formations qui mènent à des professions telles qu'architecte de logiciels, ingénieur de déploiement réseaux ou chef de projet fonctionnel web. Années préparatoires et concours Comme pour toutes les études du second cycle, les écoles d’ingénieurs sélectionnent leurs élèves sur dossier. Il existe deux types d'écoles d'ingénieurs : celles en trois ans qui recrutent à bac+2 minimum, ainsi que celles en cinq ans qui recrutent post-bac et à bac+2. D'après le magazine ChallengeS, les filières de recrutement se diversifient : moins de 50% des ingénieurs sont allés en classes préparatoires avant d'intégrer une école (17 250 entrants à l'issue des concours 2020 pour 19 200 places), 70% si on ajoute les prépas intégrées aux écoles d’ingénieurs (13 000 places post-bac). Écoles en trois ans Les écoles en trois ans sont pour la plupart accessibles sur concours. Les concours à bac+2 sont particulièrement destinés aux élèves des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) scientifiques (MP, PC, PSI, PT, TSI, TB, TPC BCPST ou ATS). Selon l'école visée, on distingue différents concours : Bon nombre d'écoles d'ingénieurs en trois ans recrutent également des titulaires d'un diplôme universitaire de technologie (DUT), d'un brevet de technicien supérieur (BTS), d'une licence (L2, L3 ou professionnelle), d'un master 1, d'un diplôme étranger sur dossier (« admission sur titres »), ou encore après une expérience professionnelle préliminaire en tant que technicien supérieur (filière Descomps). La réalité est souvent bien plus compliquée, chaque école pouvant avoir plusieurs modes de recrutement. Certains réseaux d'écoles proposent aussi des cycles préparatoires en deux ans. Ces formations sont communes à plusieurs écoles et sont semblables aux cycles préparatoires intégrés des écoles en cinq ans (voir le paragraphe ci-dessous). Elles sont souvent plus axées sur les spécialités des écoles en question que les CPGE. Leur admission post-bac ainsi que l'intégration aux écoles d'ingénieurs à bac+2 se font par dossier. Les cycles préparatoires communs les plus importants sont : la « prépa des INP » (ancien cycle préparatoire polytechnique - CPP) permet d'entrer dans 31 écoles liées aux instituts nationaux polytechniques (INP) , la prépa Gay-Lussac permet d'intégrer 20 écoles de chimie , ou bien le cycle préparatoire PeiP permettant d'entrer dans l'une des 15 écoles du réseau Polytech . Écoles en cinq ans On distingue durant les cinq années d’études : le cycle « préparatoire » (2 ans) et le cycle « ingénieur » (3 ans). Le cycle préparatoire se déroule dans l’école même (on parle de cycle préparatoire intégré ou « prépa intégrée »), et l’élève entre dans l'école directement après le baccalauréat, sur dossier ou par concours. Si ces écoles recrutent aussi à bac +2, les élèves qui sont titulaires d'un bac+2 (CPGE, prépa intégrée, DUT, BTS, L2) peuvent alors entrer directement en troisième année d’études, en cycle ingénieur. Il existe également des cycles préparatoires fédératifs, communs à plusieurs écoles d'ingénieurs. On peut citer par exemple : la Prépa des INP (l'ancien cycle préparatoire polytechnique), le cycle préparatoire intégré de la fédération Gay-Lussac, le cycle préparatoire de Bordeaux, ou encore le cycle préparatoire PeiP du Réseau Polytech. Il s'agit de deux ans de formation – ayant lieu dans une école ou à l'université – qui préparent à l'entrée dans les écoles d'ingénieurs associées, rattachées ou partenaires. Les élèves intègrent ensuite l'école partenaire de leur choix si le classement des dossiers le permet. La sélection post-bac des élèves peut se faire sur dossier comme dans les INSA, les UT ainsi que les cycles préparatoires communs cités précédemment, ou bien via un concours. La plupart du temps, ce concours est commun à un réseau : par exemple, le concours Geipi Polytech regroupe 34 écoles, le concours FESIC regroupe 26 écoles privées associatives. Il existe aussi d'autres concours plus petits d'écoles d'ingénieurs privées : La sélection à bac+2 ou plus des élèves se fait de la même manière que les écoles en trois ans : concours pour les CPGE, dossier pour les DUT, BTS, cycles préparatoires intégrés, L2, licences, licences professionnelles et masters 1. Pédagogie Avec la création de l'espace européen de l'enseignement supérieur, les programmes des universités européennes se sont alignés sur le cadre des certifications qui décrit les connaissances et compétences associés à chaque grade de formation. Pour les études d'ingénieur, la CTI a participé avec une dizaine d'autres agences européennes à l'élaboration d'un référentiel commun (référentiel EUR-ACE) pour les acquis de l'apprentissage attendus des ingénieurs diplômés européens (savoirs scientifiques, savoir-faire et capacités comportementales). Les élèves reçoivent donc une formation scientifique, mais aussi un enseignement des langues étrangères, du management ainsi que des sciences humaines, économiques et juridiques. Les élèves doivent également réaliser des projets pour des entreprises ou pour leur école et mettent leurs connaissances en pratique lors des stages obligatoires. Parmi les conditions d’attribution du diplôme figure notamment le niveau B2 en anglais du cadre européen commun de référence pour les langues, certifié par un test externe (TOEIC, TOEFL, IELTS ou un Examen de Cambridge) : par exemple par une note de 785 au TOEIC ou 6.0 à l'IELTS. Cependant certaines grandes écoles vont encore plus loin en demandant à leurs élèves un TOEIC à (ou IELTS 6.5), comme c'est le cas par exemple à l'école polytechnique, à l'École nationale supérieure Mines-Télécom Atlantique Bretagne Pays de la Loire, à l'INSA de Rennes, à l'École centrale de Paris ; voire un TOEIC à 850 pts à l'école nationale supérieure maritime du Havre ou à l'École centrale de Nantes. Néanmoins d'après la commission des titres d'ingénieur, le niveau souhaitable en anglais pour un ingénieur est le niveau C1. Titre d'ingénieur diplômé par l'État (DPE) Le titre d'ingénieur diplômé par l’État (DPE) est délivré aux candidats ayant une expérience de cinq ans de « pratique professionnelle dans des fonctions communément confiées à des ingénieurs » et ayant réussi des épreuves spécifiques. Celles-ci sont organisées par les écoles d’ingénieurs selon une liste fixée. Par exemple pour la spécialité « Chimie », les écoles organisant ces épreuves sont : l’école nationale supérieure des ingénieurs en arts chimiques et technologiques, le conservatoire national des arts et métiers, l’école supérieure chimie physique électronique de Lyon, l’institut textile et chimique, l’institut national des sciences appliquées de Rouen, l’école européenne de chimie, polymères et matériaux et l’école nationale supérieure de chimie de Lille. La première épreuve est une « évaluation de l’expérience et des acquis professionnels du candidats » sous forme d’entretien avec le jury. En cas de succès, la seconde épreuve est une soutenance de mémoire, suivie d’une discussion avec le jury. L’avis de ce dernier est alors transmis au jury national qui prend la décision finale. Formation d'ingénierie en dehors des écoles En dehors du diplôme d’ingénieur, les formations suivantes peuvent se consacrer à l’ingénierie : le doctorat, le diplôme de master et le cursus master en ingénierie (CMI) d'une université dans une UFR de science ou d’ingénierie, le mastère spécialisé et le mastère en sciences (MSc) qui sont des diplômes hors du système universitaire, certifiés uniquement par la conférence des grandes écoles, la formation continue : proposée par des organismes spécialisés comme le CNAM et les ITII, ou par les écoles d'ingénieurs elles-mêmes, notamment avec la validation des acquis et de l'expérience (VAE), permettant d'obtenir un diplôme d'ingénieur, un diplôme de master, un mastère spécialisé, etc, les diplômes d'écoles d'ingénierie privées hors contrat qui peuvent délivrer des titres RNCP, mais qui contrairement au diplôme d'ingénieur ne sont pas certifiés par la commission des titres d'ingénieur (CTI) et ne confèrent pas de grade de master. Un nombre significatif d'entre eux travaillent à l'étranger, en Europe, Amérique du Nord, Amérique Latine, Asie, ainsi que dans les pays en développement. Des accords bilatéraux et internationaux, tels que les arrangements de reconnaissance mutuelle (ARM) signés entre la CTI et l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) pour permettre le droit de pratique à titre d'ingénieur dans les deux États, ou entre la CTI et l'Ordre des agronomes du Québec (OAQ) pour l'utilisation du titre d'agronome ou d'ingénieur agronome tant en France qu'au Québec, facilitent cette mobilité à l'international des diplômés du monde agricole. Statistiques D'après la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs, il y a en 2020 187 000 apprenants en formations d'ingénieur (dont 30% de boursiers et 28% de femmes) dans 200 écoles d'ingénieurs (dont 67 écoles internes aux universités et 51 écoles privées). On estime qu'il y a un déficit de formation de 10 000 ingénieurs en France chaque année. Voir aussi Bibliographie Les grandes écoles, écrit par Bruno Magliulo, PUF Que sais-je Articles connexes Liste des écoles d'ingénieurs en France Liste des plus anciennes écoles d'ingénieurs en France Articles plus généraux Système éducatif français Études supérieures en France Commission des Titres d'ingénieurs (CTI) Classement des écoles d'ingénieurs françaises Notes et références Notes Références
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonctions%20tripartites%20indo-europ%C3%A9ennes
Fonctions tripartites indo-européennes
La tripartition, ou les fonctions tripartites indo-européennes, est une thèse formulée par Georges Dumézil à partir de la mythologie comparée. Selon lui, les sociétés d'origine indo-européenne organisent l'activité humaine en trois fonctions, correspondant aux domaines religieux, guerrier et économique, qui sont exercées comme des pouvoirs séparés et hiérarchisés. Vivement contestée à ses débuts, la théorie de la tripartition a eu une influence décisive sur toute une génération d'historiens, linguistes et comparatistes. Origine Selon Dumézil, les peuples indo-européens partagent un schéma mental similaire, qu'ils soient Grecs, Arméniens, Celtes, Indo-Iraniens, Baltes, Germains, Slaves ou Latins : l'organisation de la société selon trois fonctions primordiales. Cette structure se retrouverait dans les mythes, mais également dans les structures narratives, et dans l'organisation sociale comme la théorie des ordres d'Adalbéron de Laon. On retrouve ce schéma dans les trois ordres de la société médiévale, société d'ordres : laboratores (travailleurs), oratores (ceux qui prient) et bellatores (guerriers). Les trois fonctions La première fonction, dite fonction sacerdotale, est liée au sacré. Elle traite également des aspects liée à l'ordre et aux lois Aussi nommée fonction souveraine, on la retrouve avec les druides celtes, la classe des brahmanes hindous, ou encore les flamines romains. Cette fonction correspond aux divinités liées à la magie d'une part, à la justice et au contrat d'autre part. Son symbole parmi les vivants est une tête d'homme, parmi les objets une coupe. Sa couleur est le blanc. Mal exercée, cette fonction tombe dans la folie. Dans l'Inde védique : Mitra, Varuna Dans le Mahabaratha : le héros Yudhishthira Dans la mythologie nordique : Odin et Týr Dans la mythologie romaine : un des trois dieux de la triade précapitoline, Jupiter La deuxième fonction, dite fonction guerrière, est liée à la défense du peuple. Elle recouvre les aspects de force physique, de courage, d'action et d'intelligence au combat et d'« esprit chevaleresque ». On peut la considérer comme regroupant ce que l'on appellerait la noblesse d'épée, représentée, par exemple, par les chevaliers médiévaux, les guerriers, les soldats. On retrouve cette fonction dans la seconde classe dans l'hindouisme : les kshatriyas (aussi - râjanya). C'est au sein de cette fonction que l'on retrouve aussi le principe du Chef, du roi, du râja. D'ailleurs, découlant de cela, dans la Rome antique, pour être empereur, il faut avoir été sénateur, et pour cela être citoyen romain — ce qui ne signifie pas forcément être habitant de Rome, mais surtout jouir du statut d'homme libre de l'Empire romain, donc avoir le droit de vote. Pour être citoyen, il faut avoir été soldat, donc guerrier. Cette fonction correspond aux divinités liées à la force physique (Arès) d'une part, au commandement, à la victoire et à la sagesse d'autre part (Athéna). Son symbole parmi les vivants est une tête de cheval, parmi les objets, l'égide, une arme merveilleuse. Sa couleur est le rouge. Mal exercée, cette fonction tombe dans la violence et la lâcheté. Dans l'Inde védique : Indra et Vāyu Dans le Mahabaratha : les héros Arjuna et Bhima Dans la mythologie nordique : Thor Dans la mythologie romaine, un des trois dieux de la triade précapitoline, Mars La troisième fonction, dite fonction productrice, est liée à la fécondité Elle regroupe les agriculteurs, éleveurs, artisans, et les commerçants. Elle correspond à la troisième classe de l'hindouisme : les vaisya (aussi - ârya), et aux divinités liées à la paix, à la beauté physique, aux récoltes, aux troupeaux, à la prospérité, à la richesse et au grand nombre, à l'amour et la sensualité. . Ses couleurs sont le noir, le bleu foncé . Dans l'Inde védique : les deux Ashvins Dans le Mahabaratha : les héros Nakula et Sahadeva Dans la mythologie nordique : Freyr, Freyja, Njord et les dieux Vanes Dans la mythologie romaine, un des trois dieux de la triade précapitoline, Quirinus Réception Les travaux de Dumézil, et en particulier la thèse de la trifonctionnalité, ont souvent provoqué l'opposition, voire des critiques virulentes, des spécialistes universitaires de ces domaines, rejetant les apports nouveaux de la mythologie comparée dans l'histoire et la compréhension des religions grecques, romaines, indiennes des origines. . Arnaldo Momigliano, historien de la Rome antique, qui a fortement critiqué la thèse trifonctionnaliste, en est un exemple parmi bien d'autres. L'indianiste allemand Paul Thieme a été l'un de ses adversaires les plus résolus. À titre d'exemple, après un long débat de plusieurs décennies concernant le sens de l'ethnonyme « arya », c'est enfin en 1960 que Thieme l' emporte : il écarte la lecture de Dumézil des théonymes des Mittani comme preuve d'un panthéon commun indo-iranien en démontrant que ces théonymes sont de phonologie et de morphologie indiques, et non pas iraniennes. Chez les historiens des religions anciennes, Dumézil a dû faire face à l'opposition fondamentale du Britannique H. J. Rose et du Néerlandais . En France, son « principal adversaire » fut le latiniste André Piganiol. La théorie de la tripartition a eu néanmoins une influence décisive sur toute une génération de chercheurs tel Georges Duby (Les Trois Ordres ou l'Imaginaire du féodalisme, 1978), Stig Wikander (1908-1983), le spécialiste du monde celtique Christian-J. Guyonvarc'h, l'indianiste français Louis Renou, le linguiste et mythologue néerlandais Jan de Vries (1890-1964), le linguiste français Émile Benveniste, Émilia Masson pour le domaine hittite, le comparatiste Bernard Sergent, et, plus récemment, Patrick Mathieu dans le domaine des sciences de l'information et de la communication (avec la théorie de la singularité trifonctionnelle). La pertinence des schémas fonctionnels comme grille de lecture de l'idéologie sociale de la Chrétienté médiévale suscite d'importantes études dans les années 1970, dont notamment plusieurs ouvrages de Georges Duby. Cette avancée dans la recherche reconnue n'a pas empêché des comparatistes, tels que Jean Haudry de souligner les limites de la théorie des «Trois fonctions». Celui-ci fait remarquer que ce schéma explicatif pose un problème de chronologie et se laisse difficilement appliquer à certains domaines du monde indo-européen : parmi ceux-ci, en particulier les mondes grec ou balte au sein desquels, comme le reconnaissait Dumézil lui-même, l'interprétation des mythes par le prisme de la trifonctionnalité offre peu de résultats. Jean Haudry explique que nombre de récits et légendes ne peuvent être interprétés et compris que par des notions cosmologiques, et que la cosmologie des trois cieux, ciel diurne, ciel nocturne et ciel crépusculaire, constitue la base des « trois couleurs » symboliques blanche, noire et rouge, et de leur application à la société, les fameuses trois fonctions. Cette application à la société ne s'est pas réalisée chez tous les peuples indo-européens, mais seulement parmi certains d'entre eux. Les trois fonctions dans l'Histoire occidentale La société d'Ancien Régime depuis le Moyen Âge et la mutation de l’an mil, avec ses trois ordres d'activités hiérarchisés et séparés, est un bon exemple de la tripartition. Elle reprend un principe d'organisation qu'on retrouve aussi bien chez les Gaulois qu'à Rome. Pour Dumézil, . Les trois fonctions dans la fiction Ceux qui travaillent (2019) est le premier film d'un projet de trilogie du réalisateur Antoine Russbach, trilogie articulée autour du modèle médiéval formé par le tiers état, la noblesse et le clergé. Les deux autres volets doivent s'intituler Ceux qui combattent et Ceux qui prient. Notes et références Annexes Bibliographie Mythe et Épopée I. II. & III., Gallimard, Paris, 1995, : L'Idéologie des trois fonctions dans les épopées des peuples indo-européens Types épiques indo-européens : un héros, un sorcier, un roi Histoires romaines . . . Articles connexes Castes en Inde Mythologie | Mythologie celtique Langues indo-européennes Triade précapitoline Les trois ordres de la société française d'Ancien Régime Liens externes http://home.page.ch/pub/[email protected]/dumezil.html http://www.systerofnight.net/religion/html/indo_europeens.html Anthropologie Mythologie Études indo-européennes
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Formule%20brute
Formule brute
En chimie, la formule brute est l'écriture la plus compacte décrivant un composé chimique ou un corps simple. Les formules brutes, par exemple pour l'éthanol, sont utilisées dans les équations chimiques pour décrire les réactions chimiques. Des notations intermédiaires entre les formules brutes et semi-développées permettent plus de lisibilité tout en restant compactes, comme pour l'éthanol l'écriture . Bien d'autres informations que la stœchiométrie des éléments peuvent être présentes dans une formule brute (nombre d'oxydation, marquage isotopique ou informations structurales partielles notamment) et sont gérées par des règles édictées par l'Union internationale de chimie pure et appliquée (IUPAC). Cet article limite la notion de formule brute à toutes les représentations de formules chimiques écrites en ligne et ne faisant pas apparaître de liaison chimique. La présence de liaisons chimiques dans une formule est traitée dans les articles Formule développée plane, Formule semi-développée et Représentation des molécules. Histoire L'écriture des formules brutes, pour remplacer les écritures alchimiques en vigueur depuis le Moyen Âge, résulte d'une succession de plusieurs stades. Élément chimique Le premier stade de l'écriture moderne des formules brutes est la découverte des éléments chimiques par Antoine Lavoisier. Ce chimiste français, en montrant que tous les corps étaient composés d'éléments, ou principes, traçait la voie d'une nouvelle façon de penser la matière. Nomenclature Le second stade fut la mise en place d'une nouvelle nomenclature de la chimie. Les premiers chimistes à comprendre l'importance de cette nouvelle façon de penser les corps chimiques furent Joseph Black en 1784, Claude Louis Berthollet en 1785, Louis-Bernard Guyton-Morveau et Antoine-François Fourcroy en 1786 et 1787. Avec ces trois derniers, Lavoisier élabora une nouvelle nomenclature chimique en 1787, la Méthode de nomenclature chimique. Les anciens noms étaient remplacés par une appellation utilisant les éléments chimiques (par exemple vert-de-gris devenait carbonate de cuivre, ibid p.141) ou mettait en jeu des radicaux (nitrate, sulfate, citrate) eux-mêmes basés sur des éléments chimiques (par exemple, vitriol d'argile devenait sulfate d'alumine, ibid p.142). Symboles chimiques Le troisième stade est le passage de la nomenclature aux symboles chimiques tels que nous les connaissons, H, C, O, etc. Il est dû au premier chimiste analyste Jöns Jacob Berzelius en 1813. Les formules brutes, ou formules empiriques ne diffèrent de celles en usage que par le fait que les nombres que nous écrivons en indice étaient écrits par ce chimiste suédois en exposant (CO2 au lieu de ). Nomenclature officielle L'écriture des formules chimiques est désormais gérée par l'IUPAC dans sa publication Nomenclature of Inorganic Chemistry (surnommée Red Book). Y sont distinguées les formules empiriques, les formules moléculaires, les formules structurales et les formules d'addition (voir ci-dessous). Il y est également précisé l'ordre d'écriture des éléments chimiques. Les différents types de formules sont utiles pour compléter la représentation des espèces chimiques au-delà de la seule composition globale. Le corps simple soufre par exemple, de formule empirique S, est constitué de molécules regroupant 8 atomes, ce que précise la formule moléculaire . Les formules structurales, comme pour le phosphate de calcium, indiquent comment sont organisés les atomes au sein de l'espèce chimique, au contraire de la formule brute ( dans cet exemple). Formules empiriques Définition La formule empirique d'un corps est formée de la juxtaposition des symboles atomiques avec les indices appropriés (entiers) qui permettent l'écriture la plus simple de la formule donnant la composition chimique. L'ordre d'apparition des symboles est l'ordre alphabétique, sauf dans le cas des composés contenant du carbone, pour lesquels C et H sont cités en premier et en second, respectivement. Exemples La formule empirique du peroxyde d'hydrogène est HO alors que sa formule moléculaire est . La formule empirique du benzène est CH alors que sa formule moléculaire est . Le dioxygène et l'ozone ont la même formule empirique, O, alors que leurs formules moléculaires sont respectivement et . (composé sans carbone), (composé du carbone). Cas des solides ioniques Les solides ioniques ne contiennent pas de molécules distinctes mais des ions en interaction électrostatique avec de nombreux voisins. Leurs formules brutes sont alors bien décrites par des formules empiriques. Pour tous ces composés, la formule brute reflète simplement les proportions des atomes dans le composé. Le cation est placé en premier suivi de l'anion. Exemple : Na et Cl donne NaCl. Exemples : le chlorure de sodium : NaCl le dioxyde de silicium : le chlorure de fer(III) : Formules moléculaires Pour les composés moléculaires, qui sont des substances constituées de molécules séparées les unes des autres, les formules moléculaires, par opposition aux formules empiriques définies ci-dessus, donnent la composition réelle de la molécule. C'est le cas de la plupart des composés rencontrés en chimie organique et de nombreux composés inorganiques. Cette formule est également utilisable pour les polymères, mais en précisant avec un indice n que le nombre d'unités est variable d'une molécule à l'autre. La formule moléculaire donne le nombre des atomes qui composent une molécule. Elle n'informe pas sur la disposition des atomes qui la constituent. Ainsi une formule brute peut correspondre à plusieurs molécules différentes dans le cas des isomères. Les atomes constituant la molécule sont indiqués à l'aide de leurs symboles chimiques. Leur nombre est précisé en indice de chaque symbole. L'ordre recommandé est l'ordre alphabétique des symboles à une exception : le carbone et l'hydrogène des produits organiques sont toujours cités en premier et dans cet ordre, puis suivis des autres atomes par ordre alphabétique. Exemples Composés organiques Le propane comporte trois atomes de carbone (noté C) et huit atomes d'hydrogène (noté H), il possède la formule brute suivante : . Le méthane : 1 atome de carbone C 4 atomes d'hydrogène H L'éthanol : (la formule brute correcte étant ) 2 atomes de carbone C 6 atomes d'hydrogène H 1 atome d'oxygène O Les exemples suivants montrent la différence entre formule moléculaire et formule empirique. L'éthylène : 2 atomes de carbone C 4 atomes d'hydrogène H La formule empirique de l'éthylène est . Le butane ou son isomère l'isobutane : 4 atomes de carbone C 10 atomes d'hydrogène H La formule empirique du butane est . Composés inorganiques L'eau : 2 atomes d'hydrogène H 1 atome d'oxygène O Le dioxygène : 2 atomes d'oxygène O La formule empirique du dioxygène est . Le chlorure de mercure(I) ou calomel : 2 atomes Hg 2 atomes Cl La formule empirique du calomel est HgCl. Le dioxyde d'azote se dimérise en tétroxyde de diazote dont les formules moléculaires sont respectivement et . La formule empirique du tétroxyde de diazote a la même écriture (et donc peut être confondue) avec la formule moléculaire du dioxyde d'azote. Les composés de coordination comme le sulfate de cuivre, ou les complexes organométalliques comme le ferrocène sont constitués d'entités discrètes et peuvent donc être décrits avec une formule moléculaire. Ils sont cependant mieux décrits par une formule structurale. Formules structurales La formule structurale donne des informations partielles ou complètes sur la façon dont les atomes d'une molécule sont connectés et arrangés dans l'espace. Dans les cas simples, une formule en ligne qui est juste une séquence de symboles atomiques (donc une formule brute) donne une information structurale permettant au lecteur de décoder des informations structurales. Par exemple le peroxyde d'hydrogène de formule moléculaire peut être écrit avec la formule structurale HOOH, ce qui indique l'enchaînement des atomes : H-O-O-H. Dès que la structure du composé est plus complexe, il devient nécessaire d'introduire des parenthèses pour éviter toute ambiguïté. L'IUPAC recommande sept règles d'écriture, par exemple : les motifs qui se répètent dans des chaînes doivent être entourés de crochets ; la formule de l'octane de formule moléculaire possède la formule structurale ; les groupes latéraux d'une chaîne et les groupes (comme les ligands) attachés à un atome central sont écrits entre parenthèses (sauf les atomes uniques comme H ou Cl) ; le méthylbutane s'écrit , l'ion tétramminediaquacuivre(II) s'écrit 2+ ; quand il faut insérer des groupes au sein de parenthèses, il convient d'utiliser des accolades comme suit : ( ), {( )}, ({( )}), {({( )})}, etc. ; quand un atome ou un groupe d'atomes est précédé d'un préfixe, comme le préfixe µ indiquant un atome pontant, l'atome et le préfixe sont entre parenthèses ; par exemple dans le complexe de chlorodicarbonylerhodium(I) : . Ordre d'apparition des éléments chimiques Plusieurs règles doivent être appliquées suivant les classes de formules. Par exemple, l'ordre d'écriture des éléments chimiques ne respecte pas les mêmes règles pour les composés binaires ou les composés à atome central. Généralités Deux principes gèrent l'ordre d'apparition des éléments dans une formule brute : l'ordre alphabétique. (En cas de même première lettre, l'ordre est comme dans l'exemple B, Ba, Be.) l'ordre d'électronégativité. Pour ce dernier, il s'agit d'une électronégativité au sens du tableau ci-dessous, et non au sens de Mulliken, Pauling, etc. Composés binaires Pour un composé binaire, l'ordre est celui de l'électronégativité au sens du tableau ci-dessus. Ainsi il faut écrire : NaCl (et non ClNa) , mais NH3, à cause de la place de H dans le tableau ci-dessus OF2 4− OCl− (et non ClO− comme c'est souvent rencontré) Composés de coordination Les composés de coordination ou les composés à atome central s'écrivent en commençant par l'atome central suivi des ligands par ordre alphabétique du symbole ou de l'abréviation du ligand. Par exemple : PBrCl2 + ou + À noter que dans ce dernier exemple, le changement de la formule du ligand éthylènediamine par son abréviation change l'ordre d'apparition des ligands dans la formule. Composés en chaînes Les composés dont les atomes forment une chaine sont écrits dans l'ordre (chimique) de la chaîne. Par exemple : l'ion thiocyanate s'écrit SCN− et non CNS− qui serait l'ordre d'électronégativité au sens ci-dessus ou l'ordre alphabétique car sa formule développée est S=C=N− ; l'acide isocyanique s'écrit HNCO car sa formule développée est H-N=C=O. Sels et composés assimilés Les sels doivent avoir la formule ou le symbole du cation écrit avant celle ou celui de l'anion. S'il y a plusieurs cations, l'ordre de préséance est l'ordre alphabétique, de même pour les anions. Par exemple : MgCl(OH) FeO(OH) pour la formule de la rouille ; le cation ammonium NH4+ est cité après Na+ H[AuCl4] L'IUPAC ne précise pas l'usage des parenthèses et des crochets. Composés d'addition (formels) Sous cette dénomination, l'IUPAC regroupe les sels doubles, les hydrates, etc. L'eau est toujours écrite en dernier et les différents sels doivent être écrits par quantité croissante, et à nombre égal par ordre alphabétique. Les différentes entités sont séparés par un point [dans la nomenclature anglaise du moins]. Ainsi si deux sels SEL1 et SEL2 sont associés, il faut écrire et non . Par exemple : Modification isotopique La modification isotopique s'indique dans les formules. Trois cas sont possibles : le cas de l'atome, celui d'un composé spécifiquement marqué ou d'un composé sélectivement marqué. Cas des atomes La masse d'un nucléide se note en exposant avant le symbole correspondant. Par exemple 2H, 35Cl. Cas des composés spécifiquement marqués Un composé est spécifiquement marqué quand un unique composé isotopiquement substitué est ajouté formellement au composé analogue non modifié. [...] L'isotope est indiqué entre crochet, éventuellement avec un indice multiplicateur. C'est le cas si 20 % de CDCl3 sont présents dans CHCl3 ordinaire. Par exemple H[36Cl] [32P]Cl3 [15N]H2[2H] Cas des composés sélectivement marqués Un composé sélectivement marqué peut être considéré comme un mélange de composés spécifiquement marqués. Il est représenté en faisant précéder la formule par le symbole du nucléide sans indice multiplicateur entre crochets. Par exemple : [36Cl]SOCl2 indique que le chlorure de thionyle de formule SOCl2 est substitué par un ou deux 36Cl. [2H]PH3 Marqueurs optionnels structuraux Certains marqueurs informent sur le nombre d'oxydation, sur la stéréochimie, etc. Nombre d'oxydation Le nombre d'oxydation d'un élément dans une formule peut être indiqué par un exposant, à droite du symbole, en chiffre romain (sauf pour le nombre d'oxydation zéro indiqué par 0). Si le même élément possède plusieurs nombres d'oxydation dans la même formule, il est répété, chacun avec son nombre d'oxydation. Par exemple : [PV2Mo18O62]6− K[OsVIII(N)O3] [MoV2MoVI4O18]2− Radicaux libres Un radical est un atome ou une molécule avec un ou plus d'un électron non-apparié. Il peut être chargé ou pas. Les électrons non-appariés sont indiqués dans la formule avec un point en exposant. Le point ne désigne pas une charge. Si le radical est chargé, la charge doit apparaître en plus du point. Dans le cas des diradicaux, le point en exposant est précédé d'un multiplicateur également en exposant. S'il précède une charge, il est mis entre parenthèses pour éviter toute confusion. Les métaux et leurs ions, en particulier complexes, possèdent souvent des électrons célibataires qui ne sont pas indiqués dans la formule brute. Exemples : H• HO• NO2• 2• NO(2•)– Composés optiquement actifs Le signe de rotation optique peut être indiqué. Il se place entre parenthèses et la longueur d'onde en nm peut aussi être indiquée en indice à droite. Ces informations optionnelles sont placées avant la formule. Exemple : États excités Les états électroniques excités sont indiqués par un astérisque en exposant à droite. Exemple NO* Descripteurs structuraux Les descripteurs structuraux (cis, trans, etc.) peuvent être présents dans les formules brutes. De tels descripteurs sont généralement des préfixes en italique, séparés de la formule par un trait d'union. Le symbole µ est utilisé pour indiquer un atome pontant. Exemples : 5+ Cette dernière formule indique que deux complexes sont reliés par un ligand HO (par l'atome O). Détermination expérimentale Une formule brute se détermine par une . Pendant longtemps, cette analyse a résulté de titrages. Elle s'effectue en deux temps : détermination de la formule empirique ; détermination de la formule brute. Détermination de la formule empirique Le composé dont la formule brute doit être déterminée est minéralisé. Par exemple, si c'est un hydrocarbure, une masse m précisément connue de ce composé est brûlée et transformée en et . Les produits de combustion sont passés dans de l'acide sulfurique concentré qui fixe l'eau et pas . L'augmentation de masse renseigne sur la quantité de , donc de H, dans la formule étudiée. Puis les produits de combustion barbottent ensuite dans une quantité précisément connue de soude. Le dioxyde de carbone (qui est un acide) en neutralise donc une partie. Un dosage acido-basique en retour de la soude (par de l'acide chlorhydrique de titre connu) donne la quantité de produit et donc de carbone dans le composé. Une telle analyse indique que dans la masse m de composé, il y a les masses mH d'élément hydrogène et mC d'élément carbone. Un premier test est que la somme mH + mC soit égal à m, faute de quoi d'autres éléments chimiques sont présents dans la formule à déterminer. La seconde étape est de remonter à la quantité de matière de C et de H. Le rapport de ces quantités de matière est égal au rapport de la stœchiométrie de C et de H dans la formule. Cela permet donc de remonter à la formule empirique (et non à la formule brute). Détermination Pour déduire la formule brute de la formule empirique, il faut soit : formuler une ou des hypothèses sur le composé. Par exemple, si l'enjeu est de déterminer la formule d'un composé de coordination comme le sulfate de cuivre, l'hypothèse peut être qu'il n'y a qu'un seul élément cuivre par complexe. Cela permet d'en déduire tous les autres nombres stœchiométriques ; déterminer la masse molaire par une méthode expérimentale comme la méthode de la pression osmotique, de la cryoscopie, de la spectrométrie de masse, etc. De la valeur de la masse molaire, il est possible de passer de la formule empirique à la formule brute. Détermination de la formule brute dans le passé Les premières analyses élémentaires datent du début du . Des méthodes très astucieuses ont été décrites pour déterminer la composition élémentaire des corps, en particulier organiques. De ces résultats dépendaient l'avancée des connaissances en chimie organique, en particulier pour la connaissances des produits naturels. Étienne Henry décrit ainsi dans un ouvrage de 1833 la façon dont il effectue une analyse élémentaire des composés organiques. Une masse précisément pesée est introduite dans un dispositif scrupuleusement nettoyé « au feu » avec différents composés, suivant les analyses à effectuer : oxyde de cuivre, cuivre, poudre de verre, etc. La décomposition produit un mélange de gaz qui doit être traité et dont le volume est apprécié avec une grande précision. La détermination d'un volume est la plupart du temps plus précise que celle de la masse correspondante. Par exemple : le carbone est déterminé par oxydation du composé chauffé en présence d'oxyde de cuivre ; la mesure du volume du mélange de gaz est mesuré. Ce gaz est mis au contact de potasse qui absorbe uniquement le dioxyde de carbone. La différence de volume donne le volume de , ce qui permet de remonter à la quantité de carbone dans le composé analysé ; l'élément hydrogène est obtenu sous forme de dihydrogène dans un mélange de gaz dont le volume est déterminé. Par détonation en présence de , ce dihydrogène est éliminé sous forme d'eau. Le volume de H2 est ainsi déduit par différence ; l'élément oxygène est transformé en dans un mélange de gaz. est détruit par un volume mesuré de H2, ce qui donne accès précisément à sa quantité ; l'élément azote, par exemple dans les alcaloïdes, est déterminé par formation de diazote N2. Tous les autres gaz sont adsorbés, ce dernier étant ainsi déterminé ; l'élément soufre est transformé par oxydation en ions sulfate, précipités par des ions baryum. La pesée du sulfate de baryum permet de remonter à la quantité d'élément soufre avec une bonne précision, vu le rapport de leurs masses molaires respectives. Usage actuel de la formule brute en chimie De nos jours, l'analyse élémentaire d'un composé est confiée à des laboratoires spécialisés. Les méthodes physico-chimiques (comme la spectrométrie d'absorption atomique) ont remplacé les titrages chimiques. La publication décrivant la synthèse d'un nouveau composé ne peut faire l'économie d'une détermination élémentaire. Un écart trop important entre l'analyse élémentaire expérimentale et celle calculée à partir de la prétendue formule brute indique soit que le composé n'est pas pur, soit que ce n'est pas le bon. Dans les deux cas, la publication ne peut être acceptée. Notes et références Notes Références Voir aussi Artixles connexes Chimie minérale Chimie organique Représentation des molécules
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Formule%20d%C3%A9velopp%C3%A9e%20plane
Formule développée plane
La formule développée plane est un mode de représentation qui renseigne sur l'agencement des atomes composant une molécule. Définition En chimie moléculaire, la formule développée plane renseigne sur l'agencement des atomes qui composent une molécule. Étant représentée à plat, elle ne renseigne pas sur l'agencement réel des atomes dans l'espace. Généralement les liaisons entre atomes sont représentées à 90°, mais pour des raisons de clarté elles sont parfois représentées à 120°. La nature des atomes est indiquée à l'aide des symboles issus du tableau périodique des éléments et les liaisons entre atomes par un ou plusieurs traits suivant que celles-ci sont simples ou multiples. Exemples de formules développées planes L'eau (HO) : H - O - H Le propane (CH) : H H H | | | H - C - C - C - H | | | H H H L'éthanol (CHO) : H H | | H - C - C - O - H | | H H L'éthylène (CH) : H H | | C = C | | H H Articles connexes Les différents systèmes de représentation des molécules Équation chimique La chimie organique La chimie inorganique développée plane
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https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes%20et%20jours%20f%C3%A9ri%C3%A9s%20au%20Japon
Fêtes et jours fériés au Japon
Le Japon est un des pays au monde à posséder le plus de fêtes () et de jours fériés (). Ils proviennent pour la plupart des rites des deux grandes croyances japonaises que sont le shintoïsme et le bouddhisme au Japon. Si un jour férié tombe un dimanche, le jour ouvré suivant est chômé. Calendrier Les jours fériés (chômés) sont notés en gras. Les noms en italiques sont des traductions littérales. Les fêtes pour lesquelles n'est pas indiqué le nom d'une ville sont des fêtes nationales. « … » signifie « le jour de … », « … » signifie : « la fête de … ». Janvier : Nouvel An japonais () () 6 : , la parade du Nouvel an (Tokyo) 7 : , « Échange de Bouvreuils » (Dazaifu) 7 : () 9 ~ 11 : () (Ōsaka) 11 : () de janvier : (), Jour de l'accès à la majorité 15 : () 15 : () 15 : , Fête du feu de l'herbe (Nara) Février Début février : Festival de la neige de Sapporo (Sapporo) 3 ou 4 : (), Fête du lancer de haricots 3 ou 4 : Festival des lanternes (Nara) 11 : (), Anniversaire de la fondation de l'État 14 : Saint-Valentin ; ce jour-là, les filles offrent du chocolat aux garçons qui répondent le en offrant un cadeau en retour. 23 : (天皇誕生日), Anniversaire de l'Empereur, Fête nationale du Japon : , Fête de l'homme nu (au temple Saidai-ji (Okayama)) Mars ~ 14 : (cérémonie du deuxième mois), aussi nommée (rituel du puisage de l'eau) (Tōdai-ji, Nara) 3 : (), Fête des poupées 13 : () (Nara) : , les garçons offrent un cadeau aux filles en réponse à la Saint-Valentin 19, 20 ou 21 : (), Jour de l'équinoxe de printemps Avril 8 : , Fête des fleurs 14 et 15 : , défilé de chars décorés (Takayama, Préfecture de Gifu) 16 et 17 : , défilé de chars décorés (Nikkō) 29 : (昭和の日), Anniversaire de l’Empereur Shōwa Mai 3 : (), commémoration de la Constitution 3 et 4 : (Fukuoka) 3 ~ 5 : , Fête du cerf-volant (Hamamatsu) 4 : (), Fête de la nature 5 : (), Jour des enfants 15 : Début de la pêche au cormoran (Gifu) Samedi et dimanche précédant le 15 des années impaires : (Tokyo) 15 : (), festival de la rose trémière (Kyōto) 17 et 18 : (Nikko) de mai : (Tokyo) de mai : (Kyōto) Juin : , changement d'uniforme. 10 et 16, une année sur deux : (Tokyo) 14 : Fête de la plantation du riz (Ōsaka) 15 : , Fête du cheval (Morioka) Juillet ~ 15 : (Fukuoka) 7 : , Fête des étoiles 13 ~ 16 : , Fête des Morts (dans certaines préfectures) 14 : , Fête du feu (Nachi-Katsura) Mi-juillet : (Miyajima) 14 ~ 17 : (Kyōto) de juillet : (海の日), Jour de la mer 24 et 25 : (Ōsaka) Dernier samedi de juillet : , grand feu d'artifice (Tokyo) Août ~ 7 : , défilé de chars décorés (Hirosaki) 2 ~ 7 : , défilé de chars décorés (Aomori) 4 ~ 7 : (Akita) 6 ~ 8 : (Sendai) 11 : , Jour de la montagne (depuis 2016) 12 ~ 15 : (Tokushima) 13 ~ 16 : (お盆), Fête des Morts (dans la plupart des préfectures) 16 : (Kyōto) Septembre 14 ~ 16 : , défilé de chars décorés (Kamakura) mi-septembre : Tsukimi, fête de la mi-automne de septembre : (敬老の日), Journée du respect pour les personnes âgées 22 ou 23 : (秋分の日), le Jour de l'équinoxe d'automne Octobre : , changement de garde-robe. 7 ~ 9 : (Nagasaki) d'octobre : (体育の日), Jour de l'éducation physique 9 et 10 : (Gifu) 14 et 15 : (Himeji) 14 ~ 19 : (Shirakawa-go) 15 : Fin de la pêche au cormoran (Gifu) Week-end de mi-octobre : , festival de Nagoya (Nagoya) 17 : (Nikko) 22 : , Fête des âges (Kyōto) 22 : , Fête du feu (Kyōto) Novembre 2 ~ 4 : (Kyushu) 3 : (文化の日), Jour de la culture 3 : , Fête du seigneur féodal (Hakone) 15 : , Fête des enfants de sept, cinq et trois ans Mi-novembre : , Foire du coq (Tokyo) 23 : (勤労感謝の日), Fête du travail Décembre 15 ~ 18 : (Nara) 17 ~ 19 : , Fête des raquettes (Tokyo) 25 : Noël 31 : (Kyōto) 31 : (Oga) Références Voir aussi Articles connexes Dates en japonais Liste de festivals au Japon Liens externes Fêtes, célébrations, rites, us et coutumes liés au calendrier japonais, Nippon.com, le Les jours fériés du calendrier japonais, Nippon.com, le Japon
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Frans%20Emil%20Sillanp%C3%A4%C3%A4
Frans Emil Sillanpää
Frans Emil Sillanpää (né le à Hämeenkyrö, Finlande - mort le à Helsinki) est un écrivain finlandais, romancier et nouvelliste, adepte du néo-réalisme psychologique. Ses principaux romans, Sainte Misère (1919) et Silja ou Une brève destinée (1931), évoquent la guerre civile finlandaise. Biographie F. E. Sillanpää est le fils de petits fermiers de l'ouest de la Finlande. Après avoir accompli sa scolarité au lycée de Tampere, il commence des études de biologie à l'université d'Helsinki en 1908, études qu'il abandonnera en 1913 pour rédiger des articles dans le journal Uusi suometar. Il écrit son premier roman La Vie et le Soleil en 1916. Sillanpää a écrit une vingtaine de romans ou recueils de nouvelles dont un tiers a été traduit en français. Ses personnages sont issus du petit peuple de la Finlande rurale : servantes, métayers ou petits propriétaires. Ils subissent leur destin, souvent une lente déchéance, avec une résignation passive ou une indifférence sereine. La vie et une nature évoquées de façon lyrique leur offriront quelques périodes de rémission et de bref bonheur. Un de ses poèmes, écrit en 1939, a été mis en musique en 1940 pour constituer un chant patriotique, Le Chant de marche de Sillanpää (Sillanpään marssilaulu). Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1939. L'astéroïde 1446 Sillanpää, découvert le par l'astronome finlandais Yrjö Väisälä, est nommé en son honneur. Œuvre Elämä ja aurinko, 1916 Ihmislapsia elämän saatossa, 1917 Hurskas kurjuus, 1919 Rakas isänmaani, 1919 Hiltu ja Ragnar, 1923 Enkelten suojatit, 1923 Omistani ja omilleni, 1924 Maan tasalta, 1924 Töllinmäki, 1925 Rippi, 1928 Jokisen Petterin mieliteot, 1928 Kiitos hetkistä, Herra…, 1930 Nuorena nukkunut, 1931 Miehen tie, 1932 Kootut teokset I-XII, 1932–1950 Virran pohjalta, 1933 Ihmiset suviyössä, 1934 Viidestoista, 1936 Elokuu, 1941 Ihmiselon ihanuus ja kurjuus, 1945 Poika eli elämäänsä, 1953 Valitut teokset, 1954, 1969 Kerron ja kuvailen, 1955 Päivä korkeimmillaan, 1956 Ajatelmia ja luonnehdintoja, 1960 Novellit I-II, 1961 Piika ja muita kertomuksia, 1978 Taatan joulupakinoita, 1981 Taatan joulu, 1986 F. E. Sillanpään ajatuksia, 1988 Kootut teokset 1–8, 1988–1991. Adaptations cinématographiques Nuorena nukkunut, par Teuvo Tulio, 1937 Miehen tie, par Nyrki Tapiovaara et Hugo Hytönen, 1940 Ihmiset suviyössä, par Valentin Vaala, 1948 Poika eli kesäänsä, par Roland af Hällström, 1955 Elokuu, par Matti Kassila, 1956 Silja – nuorena nukkunut, par Jack Witikka, 1956 Ihmiselon ihanuus ja kurjuus, par Matti Kassila, 1988 Distinctions Prix national de littérature (1919, 1920, 1924, 1925, 1926, 1929, 1932, 1933, 1935 et 1946) Prix Aleksis Kivi (1937) prix Nobel de littérature (1939) (1446) Sillanpää, astéroïde. Voir aussi Bibliographie Lasse Koskela, Katkotut sormet ja enkelten suru : näkökulma F. E. Sillanpään tuotantoon. 1988. Aarne Laurila, F. E. Sillanpää vuosina 1888–1958. Otava, 1958. Aarne Laurila, F. E. Sillanpään romaanitaide kirjailijan asenteiden ja kertojan aseman kannalta. 1979. Lauri Pohjanpää, Muistojen saatto. Porvoo, 1950. Panu Rajala, F.E. Sillanpää vuosina 1888–1923. SKS 397. Helsinki, 1983. Panu Rajala, Sillanpään Hämeenkyrö: Kulttuurikuvia kesämatkaajalle. 1986. Panu Rajala, Siljan synty: F. E. Sillanpää vuosina 1923–1931. SKS, 1988. Panu Rajala, Korkea päivä ja ehtoo : F. E. Sillanpää vuosina 1931–1964. SKS, 1993. Sillanpää Suomen kirjallisuudessa, F. E. Sillanpään juhlakirja. 1989. Tatu Vaaskivi, F.E. Sillanpää. Elämä ja teokset. Helsinki, 1937. Pertti Virtaranta, F. E. Sillanpään puhetta. Otava, Helsinki, 1967. Articles connexes Liste d'écrivains finlandais Liens externes Écrivain finlandais Lauréat du prix Nobel de littérature Lauréat du prix Aleksis-Kivi Naissance dans le Pirkanmaa Naissance en septembre 1888 Décès en juin 1964 Décès à Helsinki Décès à 75 ans Lauréat finlandais du prix Nobel Éponyme d'un objet céleste
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Finnois
Le finnois (en finnois : ) est une langue finno-ougrienne, de la branche fennique de la famille des langues ouraliennes, utilisant l'alphabet latin. Le finnois est parlé dans l'ensemble de la Finlande, à l'exclusion des îles Åland qui sont majoritairement suédophones. Il l'est également en Russie, dans la république autonome de Carélie, où il bénéficie d'un statut officiel. Le finnois compte au total 5 millions de locuteurs, il est la langue maternelle d'environ 91 % des Finlandais ; en Carélie russe, le nombre des locuteurs est d'environ . Dans un ensemble de communes finlandaises localisées dans le sud-ouest et l'ouest du pays, essentiellement sur le rivage de la mer Baltique, il est parlé en concurrence avec le suédois, souvent majoritaire dans ces zones. Nom de la langue Les dictionnaires retiennent que finnois désigne la langue, tandis que finlandais est l'adjectif référant à la Finlande et à ses habitants, certains notant que l'usage de finlandais pour la langue existe aussi de facto. La neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française donne les deux termes en préférant finnois. La différence entre finnois et finlandais provient de l'histoire et des cultures de Finlande. Le mot finnois s'applique à la langue et la culture des Finnois, une des peuplades qui ont progressivement occupé le territoire de la Finlande au cours des millénaires. On peut ainsi différencier sur les plans ethnologique, linguistique et historique d'une part les Samis, ou Lapons, premiers occupants du territoire, d'autre part les Finnois, occupants subséquents qui ont progressivement refoulé les premiers vers le nord, et enfin les Suédois qui ont colonisé le sud-ouest de l'actuelle Finlande. Chacune de ces populations est imprégnée d'un substrat culturel spécifique, finno-ougrien pour les deux premières et indo-européen pour la troisième. Le terme finlandais s'applique pour sa part aux réalités de la Finlande moderne, née en tant que telle en 1917. Il y a donc des Finlandais qui parlent le finnois, d'autres qui parlent le suédois et d'autres encore qui parlent une langue same. Dans la pratique, pour qui ne connaît pas la complexité de l'histoire finlandaise, cette distinction peut sembler artificielle. Le maintien de l'adjectif finnois permet cependant d'opérer une distinction capitale entre l'une des cultures composant l'identité nationale (le finnois) et la nationalité liée à l'État finlandais. Pour illustrer la complexité culturelle associée à ce problème de dénomination, il suffit de mentionner l'hymne national finlandais, – « Notre pays » en langue suédoise – écrit en suédois par Johan Ludvig Runeberg, que les Finlandais considèrent comme leur poète national alors qu'il est de culture et de langue suédoise et non finnoise. Histoire Préhistoire Les langues fenniques font partie des langues finno-ougriennes. Les théories actuelles supposent qu'existaient au moins trois proto-dialectes du proto-finnois ayant évolué ensemble vers le substrat du finnois moderne au cours du premier millénaire avant Jésus-Christ. Moyen Âge Jusqu'au Moyen Âge, le finnois n'est qu'une langue orale. Même après, la langue des affaires était le moyen bas-allemand, la langue de l'administration le suédois, tandis que les actes de cultes se tenaient en latin, laissant ainsi peu de possibilités aux finnophones d'utiliser leur langue maternelle ailleurs qu'en famille. Le premier exemple connu de finnois écrit remonte à cette période et se trouve dans un journal de voyage allemand daté d'environ 1450 : Mÿnna tachton gernast spuho somen gelen Emÿna daÿda (en finnois moderne : « », en français : « Je veux vraiment parler finnois, mais je n'en suis pas capable. »). D'après ce journal, un évêque finlandais, dont le nom est inconnu, serait l'auteur de cette phrase. Les erreurs de grammaire (usage impropre de l'accusatif gelen / kielen pour un partitif gelta / kieltä attendu dans ce contexte) et de syntaxe (absence de la conjonction mutta) font soupçonner un locuteur étranger ne maîtrisant pas complètement la grammaire du finnois, étant donné que les confusions entre les nombreux cas sont communes aux débutants. Le clergé de l'époque était constitué principalement de suédophones, ce qui peut expliquer ces erreurs. Mise par écrit de la langue Le premier système complet d'écriture de la langue est l'œuvre de Mikael Agricola, un prêtre finlandais du . Il s'inspire de l'orthographe du suédois, de l'allemand et du latin. Son objectif principal est la traduction de la Bible, mais il a pour cela besoin de définir les règles d'écriture et de morphologie, règles sur lesquelles le finnois moderne s'appuie toujours. Agricola conçoit son système d'écriture en s'appuyant sur les dialectes de l'ouest de la Finlande, avec l'intention que chaque phonème soit représenté par une seule lettre. Mais Agricola rencontre plusieurs problèmes et n'atteint pas cette uniformité tant désirée. Ainsi, il utilise différents signes pour le même phonème, en fonction du contexte. Par exemple, il utilise alternativement dh et d pour . Plus tard, d'autres révisent son système afin d'atteindre une écriture phonémique uniforme. Au cours de ce processus, le finnois perd plusieurs de ses phonèmes. Par exemple et n'existent plus dans la langue standard, mais seulement dans certains dialectes. En définitive, l'écriture du finnois est aujourd'hui quasi parfaitement phonémique. Modernisation Au , Johan Vilhelm Snellman et d'autres insistèrent sur le besoin d'améliorer le statut du finnois : en effet, depuis le temps d'Agricola, le finnois écrit n'était utilisé que dans un contexte religieux. Le finnois n'était toujours pas une langue de culture. Mais le nationalisme qui commençait à se développer permettait désormais au finnois d'accéder à ce statut, dans la mesure où les mentalités y étaient prêtes, et réclamaient même ce changement. Des efforts considérables permirent d'améliorer le statut du finnois dans la société et de moderniser la langue, de sorte qu'à la fin du le finnois était devenu langue d'administration et de culture, utilisée dans les journaux et dans l'enseignement, tout cela aux côtés du suédois. Par ailleurs, le vit la naissance de la littérature d'expression finnoise, notamment grâce à Zacharias Topelius, Aleksis Kivi ou Elias Lönnrot. C'est Elias Lönnrot qui apporta la contribution la plus remarquable. Son impact sur le développement du vocabulaire en finnois moderne fut particulièrement important. En plus de son travail de compilation du Kalevala, il servit d'arbitre dans les querelles entre les partisans des dialectes occidentaux ou orientaux comme base du finnois standard, assurant la prééminence aux dialectes de l'Ouest qu'Agricola avait déjà préférés, tandis que de nombreux mots des dialectes de l'Est firent leur entrée dans le vocabulaire et enrichirent ainsi considérablement la langue finnoise. Le premier roman écrit en finnois par un finnophone fut Les Sept frères publié par Aleksis Kivi en 1870. Alphabet finnois Ordre alphabétique et valeur des graphèmes La transcription suit les usages de l'alphabet phonétique international. Les lettres Å, Ä et Ö sont considérées comme des lettres à part entière de l'alphabet, venant après Z dans l'ordre alphabétique. Dans un dictionnaire, on trouvera donc dans l'ordre : paahto, paini, puu, pytty, päin, pää, pöllö. À l'inverse, Š (š) et Ž (ž) sont considérés comme des variantes de S et de Z. Ils sont utilisés en finnois pour transcrire (ch français) et (j français) respectivement. Ils n'apparaissent que dans certains mots d'emprunts, des transcriptions de noms propres ou encore certains noms de pays tels qu'Azerbaidžan (Azerbaïdjan) ou Fidži (Fidji). De plus, ils sont souvent transcrits comme Sh et Zh. À noter également : l'assimilation du W au V. Ainsi, dans l'ordre alphabétique, le W est classé comme V. Un signe double correspond à une voyelle longue ou à une consonne géminée : /tuːli/, /takːa/, /tyːtymætˈtømyːs/, etc. Le finnois standard (hors variations régionales) fait partie des langues qui se prononcent comme elles s'écrivent et s'écrivent comme elles se prononcent, autrement dit le système graphique du finnois est quasiment à 100 % la représentation des réalisations phoniques. Il est ainsi très facile d'apprendre à lire le finnois (cela concerne du reste aussi les enfants finnophones qui apprennent à lire bien plus facilement que les jeunes anglophones et francophones). Grammaire Morphologie Harmonie vocalique De même que le turc, le mongol, le coréen et le hongrois, le finnois a systématisé l'harmonie vocalique. Les voyelles se répartissent en trois séries : les voyelles d'avant : ä ö y [æ/ø/y] les voyelles d'arrière : a o u [ɑ/o/u] les voyelles neutres : e i [e/i] Les deux premières séries ne peuvent pas se mélanger au sein d'un mot donné, mais les voyelles e et i sont neutres, c'est-à-dire qu'elles peuvent se combiner avec toutes les autres voyelles : , , , etc. Les désinences ou les suffixes ont ainsi une forme en a ou en ä selon que le mot contient des voyelles d'arrière ou d'avant : (dans la maison), mais (dans la forêt), ei sinullekaan (à toi non plus) mais en minäkään (moi non plus). Les mots composés peuvent combiner des mots à voyelles d'avant et des mots à voyelles d'arrière : ( + ), le timbre de la voyelle désinentielle dépendant dans ce cas du dernier élément : . Dans certains cas, un certain flottement règne chez les locuteurs finnophones eux-mêmes ( vs ) et les dictionnaires donnent parfois le timbre de la voyelle de déclinaison. Caractère agglutinant Le finnois emploie souvent des suffixes là où d'autres langues emploient plus volontiers des déterminants et des prépositions ; c'est ce qui a conduit à décrire le finnois comme une langue agglutinante. Une des manifestations du caractère agglutinant du finnois est l'abondance relative des cas de la déclinaison : il y a ainsi 15 cas officiellement recensés, et 12 supplémentaires qui ne sont utilisés que pour un nombre limité de mots afin de produire des adverbes. Parmi les 15 cas principaux, les cas indiquant le sujet et l'objet, nominatif (), génitif (), accusatif () et partitif () représentent, comme on peut s'y attendre, environ 70 % des formes du nom. Le caractère agglutinant du finnois ne se limite ni aux « cas » ni aux mots composés. D'autres éléments grammaticaux prennent logiquement leur place à la suite du radical et ce dans un ordre immuable. Par exemple, la forme taloissani « dans mes maisons » peut se segmenter de la façon suivante : talo « maison » + i marque du pluriel + ssa marque du cas inessif (« dans ») + ni suffixe indiquant un possesseur de première personne du singulier (« mon, ma, mes »), la forme « uidessani » « pendant que je nage » est construite sur uida « nager » et -ssa et -ni comme précédemment (littéralement "dans mon nager"). L'ordre canonique des constituants d'un mot est ainsi : Pour un nom : thème + marque du pluriel (éventuellement) + désinence du cas + suffixe possessif (éventuellement) + particules enclitiques (éventuellement) Pour un pronom : thème + marque du pluriel (éventuellement) + désinence du cas + particules enclitiques (éventuellement) Pour un adjectif : thème + marque du comparatif ou du superlatif (éventuellement) + marque du pluriel (éventuellement) + désinence du cas + particules enclitiques (éventuellement) Pour un verbe : pour les formes infinitives : thème + marque infinitive + désinence de cas + suffixe possessif (généralement obligatoire) + particules enclitiques (éventuellement). Pour les formes non infinitives : thème + marque de temps ou de mode + désinence personnelle + particules enclitiques (éventuellement). Alternance consonantique Le finnois se caractérise également par un phénomène d'alternance consonantique dans la déclinaison et la conjugaison. Certains groupes de consonnes faisant intervenir les occlusives p, k, et t, existent à deux degrés, dits « fort » et « faible », qui apparaissent en dernière syllabe du thème du mot. Historiquement, le degré faible était utilisé au début d’une syllabe fermée, mais il existe aujourd’hui quelques exceptions, par exemple les suffixes possessifs utilisés avec le nominatif singulier ne provoquent pas le passage au degré faible: on dit poikamme (notre fils), et non *pojamme. Lorsque l’alternance consonantique s’applique à un nom ou adjectif, les deux degrés se trouvent le plus souvent dans le nominatif et le génitif singuliers de celui-ci. Si le nominatif se termine par une syllabe ouverte, il est au degré fort alors que le génitif est au degré faible. Si le nominatif se termine au contraire par une syllabe fermée, il est au degré faible alors que le génitif est au degré fort, et la forme du nominatif singulier subit d’autres modifications pour construire le thème de déclinaison dans ce cas. Il faut noter que la plupart des mots se terminant par e sont prononcés avec un coup de glotte à la fin et se terminent donc par une syllabe fermée. Par exemple le groupe kk (fort) alterne avec k (faible), de sorte que kukka (fleur) devient kukan au génitif, nukke (poupée) devient nuken, mais liukas (glissant) devient liukkaan, et nimike (titre) devient nimikkeen au génitif. Ce qui précède est cependant très simplifié car pour certains mots le thème de déclinaison utilise une consonne qui n’est pas présente au nominatif singulier. Par exemple käsi (main) a un thème fort en käte-, au degré faible käde-, et kolmas (troisième) a pour thème kolmante-, degré faible kolmanne-. L'alternance, ou gradation, peut être quantitative (une consonne géminée alterne avec une consonne simple, comme pp : p présenté ci-dessus), ou qualitative (la consonne change de qualité, comme p : v dans apu (l'aide) / avulla (à l'aide de)). Le tableau ci-dessous présente les paires de consonnes dans les degrés fort et faible, de part et d'autre du signe « : ». Voir des exemples à l'article Alternance consonantique. Thèmes Les flexions, déclinaison et conjugaison, se construisent à partir de radicaux appelés « thèmes ». Un mot (nom, adjectif ou verbe) possède toujours un thème vocalique, certains mots également un thème consonantique utilisé au nominatif (forme du mot trouvée dans le dictionnaire) et au partitif. Pour conjuguer les verbes et décliner les noms ou adjectifs, il faut connaître : le thème du mot (qui s'apprend par le lexique ; le plus souvent, les noms ont un seul thème, et, parmi les verbes, il est le plus souvent possible de déduire le thème à partir de l’infinitif) ; les règles concernant les modifications des voyelles en contact avec le i du pluriel, du prétérit, du conditionnel, et du comparatif et du superlatif pour les adjectifs et les adverbes ; les règles de l'alternance consonantique. Ces règles font sentir leur effet simultanément, et peuvent déboucher sur des « modèles » de déclinaisons qui semblent différents, bien qu'il n'y ait qu'un seul modèle de déclinaison : le finnois est en effet une langue très régulière. Il y a très peu de verbes irréguliers en finnois : les de l’indicatif du verbe « être » sont irrégulières, et le radical du mode potentiel — voir ci-dessous — de ce verbe est différent du radical régulier, mais il se conjugue cependant régulièrement. Une poignée d’autres verbes ont des changements de consonnes que l’on ne peut pas déduire de l’infinitif, par exemple « faire », « voir », « courir ». C'est l'application simultanée de plusieurs mécanismes (parmi lesquels on peut mentionner également les effets d'une occlusive glottale fantôme dans la conjugaison de certains verbes), qui peut donner une impression de complexité. Il faut tout de même préciser qu'il est toujours utile d'apprendre le génitif et le partitif de chaque mot pour savoir le décliner correctement ainsi que le présent et le prétérit des verbes pour les conjuguer. Déclinaison Les « cas » du finnois ne sont pas assimilables aux cas du latin ou du grec ancien et s'apparentent plutôt à de simples suffixes porteurs de sens. En effet il n'existe en général qu'une seule terminaison possible par cas (exception faite du génitif pluriel ou du partitif qui peuvent avoir plusieurs terminaisons). Il faut noter que les désinences casuelles ne sont pas seulement ajoutées au mot tel quel, mais à son thème de déclinaison, qui peut différer de la forme nominative qu'on trouve dans le dictionnaire (ainsi le thème de soitin (l'instrument de musique) est soittime-). Il existe des règles permettant de déduire le thème à partir du mot pour la majorité des types de mots. De plus, le thème peut subir des transformations internes avant de se voir greffer la terminaison du cas : Certaines terminaisons déclenchent ainsi l'alternance consonantique ( (costume) devient puvun au génitif). Le suffixe de pluriel i qui s'insère avant la désinence peut ainsi provoquer des modifications de la dernière voyelle du mot : kissa (chat) fait ainsi kissoja (des chats, partitif pluriel). Il est à noter que le finnois n'a pas d'article, et pas de genre. Les adjectifs (épithètes, démonstratifs, et indéfinis) ne s'accordent ainsi qu'en nombre et cas avec le nom qu'ils qualifient. Le pronom de troisième personne hän signifie aussi bien « il » que « elle ». Notons que l’accusatif est particulier puisque seuls les pronoms personnels et le pronom kuka ont une forme morphologicalement distincte pour ce cas. Pour tous les autres noms, pronoms et adjectifs, la forme utilisée lorsque l’on parle d’« accusatif » (par exemple dans la section sur la télicité plus bas) est identique soit au nominatif, soit au génitif. Au pluriel c’est toujours le nominatif. Au singulier la forme dépend de la syntaxe de la phrase : le nominatif est utilisé quand la construction de la phrase ne permet pas la présence d’un sujet au nominatif, par exemple dans les phrases au passif, à l’infinitif, aux premières et deuxièmes personnes de l’impératif, dans les constructions impersonnelles telles que Minun täytyy ostaa kirja (je dois acheter un livre). Sinon c’est le génitif qui est utilisé. Certaines grammaires utilisent le terme d’« accusatif » pour toutes ces formes, comme on le fait ici, en précisant « nominatif-accusatif » ou « génitif-accusatif » quand nécessaire. D’autres considèrent que l’accusatif ne concerne que les pronoms pour lesquels il a une forme distincte et que les autres formes sont au nominatif ou au génitif. Liste des 15 cas officiels. Les traductions données dans la colonne « sens » ne sont bien sûr que des exemples de traduction possible dans certains cas et ne correspondent pas à tous les usages. Par exemple pidän tytöstä, où tyttö est à l’élatif, signifie « j’aime bien la fille », et tytön pitää tulla, où tyttö est au génitif, signifie « la fille doit venir ». Les cas dits « adverbiaux » qui s'utilisent avec un nombre réduit de mots, afin de produire des adverbes : Conjugaison Le finnois connaît les modes et temps suivants : indicatif, au présent et imparfait (temps simples), parfait et plus-que-parfait (temps composés) ; conditionnel, au présent (simple) et au parfait (composé) ; potentiel, au présent (simple) et au parfait (composé) ; impératif, au présent (simple) et au parfait (composé) ; participe, présent actif, présent passif, passé actif, passé passif, et un participe dit « agent » équivalent au participe passé passif mais permettant de spécifier l'agent de l'action ; infinitif, qui existe sous 6 formes : il ne s'agit pas vraiment d'infinitifs, mais de formes nominalisées du verbe, qui se déclinent en cas mais pas en nombre, et servent à exprimer la concomitance, le but, le fait d'être sur le point d'accomplir une action... On remarque qu'il n'existe pas de futur morphologique en finnois. Tous ces modes (sauf certains participes) ont un sens actif. Le finnois a de plus une voix passive dans tous les modes et temps, mais c'est un faux passif, au sens où il est impersonnel (il n'existe qu'une seule personne) et il ne permet pas de spécifier l'agent. Il est ainsi plutôt équivalent au «on» français : sanotaan il est dit, on dit. Le finnois conjugue selon les 3 personnes aux deux nombres. Les désinences personnelles (communes à tous les temps et modes) sont ainsi : Le pronom personnel est optionnel, sauf aux où il est obligatoire s'il n'y a pas de sujet exprimé. Le finnois présente la particularité d'avoir un auxiliaire négatif : il s'agit d'un verbe sans infinitif qui se conjugue aux différentes personnes pour former la négation du verbe, en s'associant à une forme du verbe appelée « connégatif » qui ne porte pas de marque personnelle mais seulement une marque de temps et de mode. Ainsi, sur sanoa (dire), on a (minä) sanon, (sinä) sanot, hän sanoo (je dis, tu dis, il/elle dit), et (minä) en sano, (sinä) et sano, hän ei sano (je ne dis pas, tu ne dis pas, il/elle ne dit pas). L'auxiliaire négatif a des formes spéciales à l'impératif. Syntaxe Sur un plan général, et bien que le finnois ne soit pas une langue indo-européenne, dans l'ensemble la structure syntaxique est similaire à celle des autres langues d'Europe. L'ordre des mots est habituellement SVO (sujet-verbe-objet), comme en français, et l'information nouvelle se trouve à la fin du groupe syntaxique (comme en français). Comparer : : Demain je vais à la poste : Je vais à la poste demain La présence de désinences permet en principe de placer par exemple l'objet librement dans la phrase, mais l'ordre des mots est loin d'être libre. Là où le finnois utilise une inversion, le français, par exemple, utilise la dislocation (langue parlée) ou le passif : : La maison, ce sont ses parents qui l'ont achetée ; La maison a été achetée par ses parents. Parmi les particularités du finnois, on peut mentionner les faits suivants : L'absence d'article. L'absence de verbe avoir. La possession est exprimée par une périphrase « à/sur possesseur » + verbe être + « possédé » : Minulla on kirja J'ai un livre (littéralement : À moi / sur moi est un livre). Aux temps composés de la conjugaison, l'auxiliaire est toujours le verbe olla (être). Les prépositions ou postpositions peuvent prendre des suffixes possessifs : « derrière » (position) > « derrière moi, derrière toi », etc. Elles se déclinent aussi en fonction du mouvement et de la position. Ainsi « sous » prend trois formes où on retrouve les trois cas « externes ». : quand on passe sous la table ; : quand on se trouve sous la table ; la forme interrogative dans l'interrogation totale (réponse oui/non) se réalise par adjonction d'une particule (en fonction de l'harmonie vocalique) au mot de la phrase sur lequel porte la question. Le mot auquel cette particule est ajoutée est déplacé au début de la phrase, le reste de la phrase étant inchangé. Lorsque la particule est adjointe au verbe, le sens obtenu est le même que celui obtenu par inversion du sujet en français, cependant le finnois peut utiliser cette particule de manière très souple, car on peut l'adjoindre à tout mot sur lequel on veut faire porter l'interrogation : le verbe, le sujet, l'objet, un adverbe, etc. Par exemple dans la phrase = il / a acheté / le / hier (il l'a acheté hier), on peut adjoindre la particule à chacun des mots, en fonction du sens de la question : . Il l'a acheté hier. → Est-ce qu'il l'a acheté hier ? L’a-t-il acheté hier ? Est-ce lui qui l'a acheté hier ? Est-ce ça qu'il a acheté hier ? Est-ce hier qu'il l'a acheté ? L'interrogation partielle (qui ?, que ?, quoi ?, comment ? etc.) se construit simplement en ajoutant le mot interrogatif en début de phrase. Exemple : « D'où viens-tu ? » se construit à partir de « tu viens ». Le mot interrogatif est dans la plupart des cas construit par « déclinaison » du même thème : « D'où», « (vers) où », « » « (dans) où», « » « (dans) où », « » « quand », « » « pourquoi », etc. L'expression de la télicité Une des particularités du finnois est qu'il distingue les actions téliques et atéliques, autrement dit les actions considérées comme complètes, achevées, de celles qui ne le sont pas. Cette distinction est exprimée non par le verbe mais par le cas utilisé pour le complément d’objet. On oppose ainsi un cas d'objet total (l’accusatif) exprimant la télicité de l'action, et un cas d'objet partiel (le partitif) pour l’atélicité. Cette terminologie est trompeuse, le terme de partiel n’exprimant pas une partie de quelque chose, pas plus d’ailleurs que celui de partitif. On peut opposer ainsi : Il construit/est en train de construire une/la maison. (cas partitif, action en cours) Il construira une/la maison. (cas accusatif-génitif : l'action est envisagée dans sa totalité, comme accomplie, le verbe au présent a donc un sens futur). Ou encore, avec le verbe ampua tirer (avec une arme à feu) : Ammuin karhun. J'ai tué un ours au fusil. (Accusatif-génitif, objet total : j'ai tiré sur l'ours, et l'action est complète, je l'ai tué.) Ammuin karhua. J'ai blessé un ours / J'ai manqué un ours (Partitif, objet partiel : j'ai tiré sur l'ours, mais l'action est incomplète, l'ours est blessé, ou bien j'ai manqué mon coup et il s'est enfui.) Le caractère télique ou non de l’action dépend évidemment de critères sémantiques (donc lexicaux, donc arbitraires, un processus vu comme télique en finnois n'étant pas forcément senti comme tel dans une autre langue) et de nombreux cas d'analogie, de lexicalisation, etc. viennent en contrecarrer le fonctionnement. C'est ainsi que seuls les finnophones maîtrisent cette alternance (avec parfois des divergences entre les locuteurs), les suédophones de la minorité suédoise de Finlande étant réputés pour leurs « fautes d'objet » quand ils parlent finnois. Certains verbes ont une signification différente selon le cas utilisé pour l’objet. Par exemple, näen hänet, où l’objet est à l’accusatif, signifie je le/la vois au sens de percevoir visuellement, et näen häntä, avec un objet au partitif, signifie également je le/la vois mais cette fois dans le sens de fréquenter ou avoir une relation amoureuse. Dans les phrases négatives, l'objet est systématiquement au partitif puisque si l’action n’a pas lieu elle ne peut pas être achevée et est donc atélique : Il ne construit pas/n'est pas en train de construire/ne construira pas la maison/de maison. Notes et références Voir aussi Articles connexes linguistique liste de langues langues par famille langues ouraliennes langues finno-ougriennes langues finno-permiennes langues finno-volgaïques langues fenniques négation en finnois liste Swadesh du finnois langue agglutinante des dialectes du finnois Kvène Meänkieli Savo Liens externes Dictionnaire finnois-français/français-finnois Freelang Tavataan Taas, Introduction au finnois avec fichiers audio, notions de grammaire et de vocabulaire Dictionnaire kaannos.com, Dictionnaire finnois-français/français-finnois Dictionnaire de Ranska.net, dictionnaire français-finnois, finnois-français ( entrées) Langue en Suède Langue officielle de l'Union européenne Inventaire de langues Langue officielle Langue en Finlande
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fleuve
Fleuve
Fleuve est un mot pouvant sembler ambigu en français, où il désigne : un cours d'eau se jetant dans une mer ou un océan ; un cours d'eau important aboutissant dans un désert (fleuve endoréique), comme le Tarim, ou l'Okavango ; un cours d'eau permanent et d'importance significative, qui peut également se jeter dans une mer fermée ou dans un autre fleuve. En effet, jusqu'au , le mot rivière a pu s'appliquer indifféremment à des cours d'eau comme la Seine, l'Oise ou l'Aisne. Plus récemment le terme de rivière a pu, de la même façon, être utilisé en français pour qualifier un cours d'eau d'importance plus faible, même s'il se jette dans la mer ou tout cours d'eau se jetant dans un fleuve ou une autre rivière. Cependant le Larousse est sans ambiguïté en la matière en qualifiant ainsi le mot fleuve Ainsi les cours d'eau côtiers d'importance pourtant mineures sont généralement qualifiés de fleuves côtiers car se jetant dans la mer. Ainsi la Veules, petit cours d'eau de de long, est qualifié de . En hydrographie contemporaine, la description d'un réseau fait appel à d'autres variables telles que les nombres de Strahler, l'importance des bassins versants et des régimes hydrologiques ; la plupart des fleuves obtenant au regard de ces critères les rangs les plus élevés. Ambiguïtés face aux éléments physiques et hydrographiques Aux grandes échelles temporelles et géologiques, la dérive des continents, les transformations morphologiques naturelles, le réchauffement ou le refroidissement planétaire entraîne au rythme des phases glaciaires et interglaciaires des modifications régulières et très importantes des longueurs, largeur, débit et configuration des fleuves sur toute la surface du globe. Il est difficile de mesurer, modéliser ou cartographier finement la longueur d'un fleuve et d'autres de ses caractéristiques, pour plusieurs raisons : les fleuves ont une propriété fractale et parfois un important lacis de bras secondaires, plus ou moins étendu selon l'époque de l'année, surtout dans le cas des fleuves « sauvages » (peu régulés), ce qui signifie que plus la mesure est précise, plus le fleuve semblera long ; il est parfois difficile de déterminer exactement les extrémités d'un fleuve car : il peut être formé en amont par des ruisseaux saisonniers, des sources intermittentes, des marais, ou des lacs éphémères, des glaciers variables ; la limite aval de son embouchure (exemples : estuaire, delta) est souvent discutable. Les prospectivistes doivent aussi maintenant prendre en compte le dérèglement climatique et les besoins d'adaptation au changement climatique, pour l'homme comme pour les espèces des milieux aquatiques. Le lit L'espace qu'occupe un cours d'eau varie selon son hydrologie : lit majeur, appelé aussi « plaine d'inondation » ou « lit d'inondation » est plus étendu que le lit ordinaire. Il est recouvert par des alluvions ; lit mineur aussi appelé lit ordinaire ou « lit apparent » ; le chenal d'étiage n'occupe qu'une partie du lit ordinaire. La faune et la flore, et en particulier les ripisylves, les grands herbivores et le castor interagissent naturellement avec l'écologie fluviale et la forme et le débit des cours d'eau. Depuis , c'est l'homme et ses aménagements qui sont devenus la première cause de changement écologique et morphologique des cours d'eau, avec les barrages notamment. Dans certains contextes (sols et substrats perméables ou semi-perméables), le lit interagit fortement avec des cours d'eau souterrains, les nappes (Loi de Darcy) et les zones humides adjacentes ou sous-jacentes et avec un compartiment sous-fluvial qui peut abriter une faune une biodiversité spécifique généralement plutôt étudiée dans le cadre de l'« écologie souterraine ». L'eau souterraine constitue environ 98 % des ressources en eau contre moins de 2 % pour les lacs et les cours d'eau). Écologie Dans l'hydrosphère, les fleuves sont classés parmi les systèmes lotiques, c'est-à-dire caractérisés par un certain débit, par opposition aux systèmes « lentiques » plus lents ou stables. Ils abritent une succession d'écosystèmes, des sources à l'estuaire, chacun caractérisé par une faune, une flore, des champignons et des micro-organismes, planctoniques notamment adaptés à la force du courant, à la profondeur et au débit de l'eau, à sa turbidité, son pH, sa dureté, etc. La plupart des fleuves sont accompagnés d'« annexes écologiques » (zones humides, bras-morts et restes d'anciens méandres, etc.) et d'un « second fleuve » dit « compartiment sous-fluvial », qui s'écoulent beaucoup plus lentement dans le sol sous le précédent et à ses abords, avec des espèces spécifiques là où les eaux souterraines ou interstitielles permettent la vie. Tous les fleuves sont aussi des corridors écologiques. Plus des deux tiers des fleuves dépassant les sont entravés par des constructions humaines créées soit pour éviter les inondations, soit pour générer de l’électricité. Quelques chiffres et statistiques Les trois plus longs fleuves au monde sont le Nil avec , suivi par l'Amazone avec environ, et le Yangtsé avec . L'Amazone est cependant le fleuve qui possède, et de loin, le plus grand bassin versant () et le plus grand débit (/s). En Europe, les plus grands fleuves sont la Volga avec et le Danube avec (voir Delta du Danube). En France le plus petit fleuve est la Veules long de . Les dix plus longs fleuves sur Terre Les données suivantes correspondent à une longueur moyenne estimée. La mesure de la longueur d'un fleuve dépend largement de la définition de la source, et de l'estuaire. De grandes différences de mesure existent et permettent de ce fait des contestations de ce classement. Pour les trois premières places : Nil (entre ) Amazone (entre ) Yangtsé (Chang Jiang) () Les quatrième à septième places font consensus : Mississippi-Missouri () Ienisseï-Angara () fleuve Jaune () Ob-Irtych () Pour les trois dernières places : Congo ( ou ) Amour () Mékong () Notes et références Voir aussi Voir la palette Morphologie de cours d'eau en fin d'article Bibliographie Roger Brunet (dir.), Les mots de la géographie, Paris, Reclus-La Documentation française, 1993, , article « fleuve », pages 217-218. Fleuves et rivières de France (Association Française des EPTB). Articles connexes directement liés au fleuve Listes de fleuves par localisation Autres articles connexes Liens externes
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonds%20d%27intervention%20pour%20la%20qualit%C3%A9%20de%20la%20vie
Fonds d'intervention pour la qualité de la vie
Le Fonds d'intervention pour la qualité de la vie (FIQV) est un organisme interministériel français chargé de financer des opérations de protection de la nature et de l'environnement. Niveau national français, créé en 1982. Articles connexes Protection de la nature et de l'environnement en France Association ou organisme lié à l'environnement en France Organisme fondé en 1982
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Frison
Frison
Frison peut désigner : Un peuple germanique, les Frisons, qui ont donné leur nom à la province néerlandaise de la Frise et en Allemagne ; Les langues frisonnes Le frison, une race de chevaux noirs originaire de la Frise ; Le cheval de sport frison, issu du croisement entre le frison et un cheval de sport ; Frison, une espèce de Pokémon. Patronyme Alexander Frison (1875-1937), évêque allemand ; Jehan Frison (1882-1961), artiste peintre belge ; Charles Frison (1921-2010), compositeur et musicien belge ; George Carr Frison (1924-2020), archéologue américain ; Jean-Claude Frison (né en 1946), acteur belge de théâtre ; Herman Frison (né en 1961), coureur cycliste belge ; Frederik Frison (né en 1992), coureur cycliste belge ; Julien Frison (né en 1993), acteur belge; Nina Frison (née en 2002), étudiante belge. Toponyme Frison, hameau de la commune de Harol dans les Vosges La Frisonne, hameau de la commune de Hennezel dans les Vosges Homophone Frizon, commune des Vosges Patronyme belge Homonymie de patronyme
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois%20Bourgeon
François Bourgeon
François Bourgeon, né le à Paris, est un scénariste et dessinateur de bande dessinée français. Il est l'auteur d'œuvres renommées comme Les Passagers du vent, Les Compagnons du crépuscule et Le Cycle de Cyann qui lui ont valu plusieurs prix et distinctions. Biographie Martial Bourgeon, le père de François Bourgeon, journaliste momentanément directeur de l'AFP, destinait son fils à des études de médecine. Atteint de dyslexie, l'enfant est soigné par Claude Chassagny. Il a suivi l'école des métiers d'Art et en est sorti avec un diplôme de maître verrier. Ses premières bandes dessinées sont publiées entre 1971 et 1973 chez Bayard Presse, dans l'hebdomadaire Lisette sur des textes d'Henriette Bichonnier, puis chez Fleurus presse en 1974-75, sur des scénarios de cette dernière dans l'hebdomadaire Djin (Une armée pour Gaélis le et La Légende de Freya le ) ainsi que dans l'hebdomadaire Fripounet sur des scénarios de François Génin (Les Yaourts Bleus). En 1972, il publie dans l'hebdomadaire Lisette L'Ennemi vient de la mer, dont le scénario a été écrit par Henriette Robitaillie sous le pseudonyme de Cécile Romancère (car Henriette Robitaillie continuait de collaborer avec une maison concurrente : la Bibliothèque de La Semaine de Suzette). L'histoire s'est étalée en quatorze planches et plusieurs épisodes dans la revue Lisette. Elle n'a pas fait l'objet d'un album séparé ainsi que l'indique la bibliographie d'Henriette Robitaillie-Cécile Romancère.Toujours dans cet hebdomadaire pour adolescentes, il publie notamment : "Pour qui sont ces lauriers" d'après une histoire de Cécile Romancère, plusieurs épisode de "Loyse", "La princesse au portrait" d'après un scénario de Bertrand Solet, "Le patron récalcitrant, d'après un scénario d'Henriette Bichonnier, "La légende de Bibi Kanym" d'après un scénario de Bertrand Solet et "La bergère d'Auzon" d'après un scénario de Bertrand Solet. Il met en scène essentiellement des héroïnes : En 1978, il dessine Maître Guillaume et le Journal des bâtisseurs de cathédrales, un album scénarisé par Pierre Dhombre et édité chez Univers Média. Il commence avec le scénariste Robert Génin sa première série, Brunelle et Colin, pré-publiée dans la revue Circus et dont le tome 1 paraît en janvier 1979. Son style commence à apparaître dans le personnage de Brunelle, qui est déjà l'ébauche de l’Isa des Passagers du vent. Il ne réalise que les deux premiers tomes de la série avant de passer le relais au dessinateur Didier Convard. En 1979, il démarre Les Passagers du vent. La thématique choisie par l'auteur ne convainc pas immédiatement l'éditeur : Prépubliée dans la revue Circus, le premier tome de la série paraît en janvier 1980. Au Festival d'Angoulême 1980, il reçoit le prix du meilleur dessinateur. En 2009, la série atteint le million d'exemplaires vendus par titre en langue française et elle est traduite en 18 langues. Dans le même temps, Bourgeon décide de revenir à l'univers médiéval déjà abordé dans Brunelle et Colin et conçoit une première mouture des Compagnons du crépuscule, sortie en 1984. En 1993, il entame dans (À suivre) La sOurce et la sOnde, le premier tome de la série Le Cycle de Cyann, un récit futuriste réalisé en collaboration avec Claude Lacroix. En 1999, son ami Jean-Paul Dethorey décède avant d'avoir fini de dessiner le diptyque Le Passage de Vénus ; Bourgeon collabore alors avec le scénariste Autheman pour achever le second volume, publié en mai 2000. En 2002, le festival bd BOUM de Blois lui décerne, pour l'ensemble de son œuvre, le « Grand Boum-Caisse d'Epargne ». En 2003, il souhaite . Il publie entre 2009 et 2010 deux tomes, La Petite Fille Bois-Caïman, dans laquelle l'héroïne s'appelle « Zabo » (diminutif d'). Principales œuvres Brunelle et Colin Sur un scénario de Robert Génin La couverture du deuxième tome est inspiré d'un tableau de Frank Frazetta. Les Passagers du vent Les Passagers du vent est une saga maritime se déroulant au , qui fit de François Bourgeon, le maître de la bande dessinée d'aventure d'époque dans les années 1980. Cette saga de 7 tomes relate les aventures d'une jeune héroïne, appelée Isa, sur fond de traite négrière. Les Passagers du vent présente une dimension historique qui a attiré l'œil des historiens. Pour Pap Ndiaye, l'intérêt dans cette aventure épique est de trouver « l'ensemble des points de vue sur le commerce négrier », des partisans de l'esclavagisme jusqu'aux abolitionnistes. Pour Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste de l'histoire de l'esclavage, l'abolitionnisme d'Isa paraît peut-être un peu trop précoce pour une femme tout juste sortie d'un couvent et parce que « la première société abolitionniste en France date de 1788 ». Les Compagnons du crépuscule Les Compagnons du Crépuscule est une saga médiévale se déroulant au dans un lieu indéterminé mais que l'on peut imaginer comme étant la France de l'Ouest. En trois tomes, l'auteur dépeint les aventures d'un Chevalier, de Mariotte et de l'Anicet. Le trio sera aux prises avec des lutins (tome 1), de redoutables Dhuards (tome 2) puis la saga se termine sur un tome 3 plus important que les deux premiers où le Chevalier règle ses comptes avec son passé tourmenté. François Bourgeon offre une fresque extrêmement bien documentée d'un Moyen Âge paillard, violent, superstitieux, prompt aux légendes et aux malédictions sur fond de guerre de Cent Ans. L'auteur offre une iconographie d'une grande richesse dans les paysages, les bâtiments, les personnages. Il s'emploie aussi à retrouver la langue médiévale par un vocabulaire truculent et imagé. Le scénario imbrique deux ou trois actions dans le même temps et à deux époques différentes. Le Cycle de Cyann Autres Maître Guillaume et le Journal des bâtisseurs de cathédrales, scénario de Pierre Dhombre, Univers Média - Les Grandes Heures des Chrétiens, 1978 Illustrations d'ouvrages de la bibliothèque verte: James Oliver Curwood - Les Cœurs les plus farouches, traduit par Léon Bocquet, Nouvelle édition, 1978 Daniel P. Mannix - Le renard et le chien courant, traduit par Jean Dupont, 1978 Lavinia Derwent - Le garçon de l'île sauvage, traduit par Martine Millon, , 1979 Douglas Fairbairn - Mon écureuil et moi, traduit par Mariel Sinoir, 1979 Illustration « La bombarde du Moyen Âge », in Pif Gadget, n° P502, 9 octobre 1978, p. 2-3 (Pifoscope) Illustrations de « La Vouivre » de Bernard Clavel, in Pif Gadget, numéro P645, 4 août 1981 Illustrations de Le Bois d'ébène. De l'histoire à l'histoire dessinée, catalogue de l'exposition du 26 octobre 1985 au 10 février 1986 au Musée d'art moderne André-Malraux Illustrations de Contes d'un autre genre de Gaël Aymon, éd. Talents Hauts, 2011 Prix et récompenses 1980 : prix du meilleur dessinateur au festival d'Angoulême pour Les Passagers du vent, t. 1 1984 : prix Yellow-Kid du dessinateur étranger, pour l'ensemble de son œuvre 1985 : Prix FM-BD remis lors du festival d'Angoulême pour Les Passagers du vent, t. 5 : Le Bois d'ébène 1990 : prix Sproing de la meilleure bande dessinée étrangère pour Les Compagnons du crépuscule, t. 1-3 1991 : Alph'Art du public au festival d'Angoulême pour Les Compagnons du crépuscule, t. 3 : Le Dernier Chant des Malaterre Prix Urhunden du meilleur album étranger pour Les Compagnons du crépuscule, t. 3 : Le Dernier Chant des Malaterre 1998 : Alph'Art du public au festival d'Angoulême pour Le Cycle de Cyann, t. 2 : Six Saisons sur ilO (avec Claude Lacroix) 2002 : Prix Grand Boum-Caisse d'Épargne au festival BD Boum de Blois Notes et références Notes Références Annexes Bibliographie Christian Lejalé, Bourgeon, Imagine & Co, 2010, 324 p. François Bourgeon, L'envers du décor, Bibliothèque municipale de Brest, 2006. Catalogue d'exposition Association Clovis, Bourgeon à la Hune, Glénat, 1986 François Corteggiani, François Bourgeon, Le passager du temps, Glénat, 1983 Interviews . François Bourgeon (int. Jean Léturgie), « Interview : François Bourgeon », dans Jean-Luc Fromental (dir.), L’Année de la bande dessinée 81/82, Paris : Temps Futurs, 1982, . . . . . Liens externes « François Bourgeon ranime ses « Passagers du vent » ! », Laurence Le Saux, 9 septembre 2009, sur BoDoï.com. Auteur français de bande dessinée Lauréat du prix du dessin du festival d'Angoulême Lauréat du prix du public du festival d'Angoulême Lauréat du prix Sproing de la meilleure bande dessinée étrangère Lauréat du prix Urhunden du meilleur album étranger Naissance à Paris Naissance en juillet 1945
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferricyanure%20de%20potassium
Ferricyanure de potassium
Le ferricyanure de potassium () aussi connu comme prussiate rouge, rouge de Prusse, ou hexacyanoferrate (III) de potassium, est un composé de coordination stable à la température et à la pression qui forme des cristaux rouge rubis. Il est soluble dans l'eau et ses solutions présentent une fluorescence jaune-vert. Il est fabriqué en passant du chlore gazeux dans une solution de ferrocyanure de potassium. Le ferricyanure de potassium forme un précipité. En photographie argentique ce produit était couramment utilisé comme affaiblisseur de l'image, qu'il s'agisse de négatifs ou de tirages, soit en bain de blanchiment préalable à un virage, soit par affaiblissement local au moyen d'un pinceau pour la retouche. Fréquemment utilisé en imprimerie offset (photogravure offset), le "ferry" (nom commun utilisé par les professionnels) était utilisé pour "descendre" le point de trame (film positif) ou le remonter (film négatif) ; la technique utilisée était simple mais avec un sérieux coup d’œil (compte-fil ou loupe binoculaire pour contrôler en permanence) et un tour de main. Coton, coton-tige ou pinceaux était utilisé par les professionnels ; on pouvait aussi définir la zone à travailler en masquant avec de la gouache (pinceau) les zones du document (film) qui devaient être épargnées, un rinçage rapide avec du coton et de l’eau puis un lavage complet du film était nécessaire pour neutraliser le produit. Jusqu’à son interdiction, ce produit a également été beaucoup utilisé dans le bâtiment, notamment pour recouvrir les tomettes, sous la forme d’une peinture. Cela permettait d’obtenir un sol d’un rouge sombre uni à peu de frais, tout en protégeant les tomettes. De nombreuses personnes, avec le retour du goût des intérieurs rustiques, souhaitent enlever le rouge de Prusse pour rénover les tomettes et leur rendre leur aspect d’origine, mais cette peinture est très tenace, rendant la rénovation longue et difficile. Il est aussi utilisé dans des anciens procédés, tel que le cyanotype dans lesquels il réagit avec des ions Fer II pour donner du bleu de Prusse, ainsi qu'en photogravure et en cyanographie. En cas d'accident nucléaire, l'hexacyanoferrate (AFCF), dérivé du bleu de Prusse, peut faire partie de complexants destinés à limiter l'ingestion de radionucléides, ajouté à la ration alimentaire d’animaux d'élevages par exemple (il abaisse le transfert métabolique au lait d'un facteur 5 à 10 ). Voir aussi Articles connexes Cyanure Bleu de Prusse Potassium Cyanographie Références Cyanure Composé du potassium Composé du fer
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fanzine
Fanzine
Un fanzine (contraction de l'expression anglaise « fanatic magazine ») est une publication, imprimée ou en ligne, périodique ou non, institutionnellement indépendante, créée et réalisée par des amateurs passionnés pour d'autres passionnés. Zines créés par des dans les années 1930, ils gagnent en popularité dans les années 1970 dans la culture underground issue du mouvement punk. Caractéristiques Un fanzine est un « journal libre », souvent sans existence officielle (une large majorité des fanzines n'ont pas de dépôt légal), publié sous l'égide du (« faites-le vous-même », slogan de Jerry Rubin repris par les punks en 1977), souvent spécialisé, qui n'est soumis à aucun impératif de vente et que l'on se procure dans quelques « distros », librairies, disquaires spécialisés, lycées, cégeps, universités, salles de concerts indépendantes ou sur abonnement. Souvent militant dans le champ culturel (au sens large), l'esprit des fanzines se retrouve dans le slogan du réseau alternatif Indymedia : « Ne critiquez pas les médias, soyez les médias. » La diffusion d'un fanzine est réduite comparée à celle d'un magazine ; sa périodicité demeure en général aléatoire et sa durée de vie est relativement courte, même si des exceptions sont à noter telles que Maximumrocknroll, le vétéran des fanzines américains publié depuis 1977, et toujours en activité, le fanzine rock français Abus Dangereux qui paraît régulièrement depuis 1987 ou Petit Monde Caravanes qui paraît régulièrement, lui, depuis 1996. Certains fanzines historiques comme New Wave sont reparus dans les années 2000, certains disparus trouvent une seconde vie sur Internet, par exemple Agent Orange sur le site web MySpace, Rad Party ou Premonition. Un fanzine devient un magazine lorsqu'il cesse d'être le produit de l'activité d'un amateur passionné (un « fan ») pour devenir le produit d'un professionnel. Cela ne dispense pas pour autant le professionnel de rester un passionné, bien que des impératifs de rentabilité peuvent influencer son activité, ainsi que le contenu et la forme de la publication. Apparaît souvent un intermédiaire entre le fanzine et le magazine, parfois appelé « prozine » (comme Abus Dangereux, qui contient des publicités et une belle mise en page, et même s'il est considéré comme un fanzine par sa diffusion restreinte), notamment lorsque la maquette est plus recherchée et que l'impression se fait en imprimerie sur un papier de qualité. Mais le prozine se distinguera toujours du magazine car il n'a pas de vocation commerciale (prix au plus juste ou gratuit) et parce que la publicité représente une part très faible de ses revenus, donc de son contenu. Les fanzines sont consacrés le plus souvent à la musique rock, au cinéma, aux séries télévisées, à la politique ou à la littérature populaire (aujourd'hui, surtout à la bande dessinée, mais il y a eu beaucoup de fanzines de science-fiction, fantasy ou polar), au sport, notamment dans les groupes de supporters ultras. Il existe aussi de nombreux fanzines dérivant d'un livre ou d'une histoire pour aboutir à quelque chose de très différent. Les œuvres ainsi créées par les fans sont appelées « fanfictions ». La série romanesque Harry Potter a ainsi suscité la création de nombreux fanzines qui font dériver l'histoire sur des sujets autres (le sexe, l'homosexualité, la guerre, etc.) ou transportent les personnages dans des univers différents, phénomène désigné par le néologisme « potterfiction ». Histoire Les premiers fanzines apparaissent à l'aube des années 1930 avec la presse de science-fiction américaine et le journal , paru en 1926. Le premier fanzine avéré est , paru en 1930, et qui publie des correspondances de fans de science-fiction. Le zinester américain de science-fiction Louis Russel Chauvenet a d'ailleurs conceptualisé le mot fanzine en 1940 et a fait son entrée dans l'Oxford English Dictionary en 1949. Les progrès accomplis dans le domaine de la xérographie contribuent à l'essor de ces publications dans la sphère publique dès le début des années 1950, notamment aux États-Unis, permettant à la contreculture de se populariser à travers la BD, le polar, la poésie… Dans la foulée de mai 1968, le phénomène est adopté en France pour diffuser une expression politique et revendicative de tous bords (féministes, écolo, étudiants, anarchistes…). À la fin des années 1970, le fanzine devient l'un des médias fétiche du mouvement punk, notamment dans le domaine de la musique et des arts plastiques. On parle alors de « graff'zines », autrement dit des fanzines graphiques (Bazooka, Le Dernier Cri, Bongoût pour les plus représentatifs) aux ambitions artistiques affichées, généralement réalisés par des étudiants en école d'art. Depuis 1981, le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême récompense chaque année les meilleurs fanzines. Le renouveau du rock à guitares, notamment garage et néo-psychédélique, s'accompagne au début des années 1980 d'une multiplication de titres de qualité tels Nineteen (Toulouse - Benoît Binet), Tant Qu'il y Aura du Rock (Poitiers - David Dufresne), Thrills et Frissons (Dieppe - Patrick Gioux - Michel Recher) (http://frissons.org/), Fun (Le Havre - Patrick Soubielle), Psychotic Reaction (Bordeaux - Jean-Charles Dubois), Abus Dangereux (Philippe Couderc et Cathy Viale - Bordeaux) New Scene (Paris - Stevie Gomez), Inside Mind (Bordeaux - Geordie Gomez), Rock Ballad (Bordeaux - Bernard Fretin). En France, le mouvement punk est relayé par le mouvement alternatif tout aussi centré sur l'expression musicale, mais nettement plus engagé politiquement comme en témoignent les titres, plus percutants (On a faim, Les Héros du Peuple sont immortels, Cheribibi, Hello Happy Taxpayer, "Crisantem" de voto) ou décalés (Le Légume du jour, Bruit d'odeur…). Si l'intérêt pour cette presse libre a connu un certain déclin au milieu des années 1990, le succès d'Internet a permis à l'esprit libertaire et généralement militant qui est le sien de se pérenniser. Le webzine et le e-zine, fanzinat sur Internet, touchent un public beaucoup plus large, tout en bénéficiant de coûts de production nettement moins élevés, et permettent une interactivité réellement accrue. Les musiques dites contestataires, comme le punk, le rock, le reggae, le punk hardcore, la techno ou encore le ska, sont encore aujourd'hui le terreau du fanzinat, qu'il soit traditionnel ou virtuel. Depuis le début des années 2000, apparaissent de nombreuses revues apériodiques sur le dessin créés par des artistes comme Rouge Gorge, Frédéric Magazine, FLTMSTPC… nourries des « zines » et des revues d'artiste. Ce nouvel élan arrive avec les nouveaux moyens d'impression numérique. Au cours des années 1990 sont apparues des « médiathèques alternatives » (fanzinothèques) pour fanzines et disques autoproduits, notamment à Toulouse, à Poitiers et à Bruxelles qui sont la mémoire du fanzinat culturel et artistique, à l'instar de la BNF pour la presse officielle. Fanzines autour de la japanime et du jeu vidéo Dans les années 1990, au-delà des fanzines consacrés à la musique, sont apparus pendant une quinzaine d'années un grand nombre de fanzines consacrés à la culture japonaise, et plus spécialement des dessins animés (japanime) et du jeu vidéo. En 1990, le premier d'entre eux fut Mangazone qui était édité par l'association Saga, également éditrice de Scarce, un fanzine de Comics. En 1991 paraissait le premier numéro de Animeland qui devait par la suite se professionnaliser et devenir un magazine. Puis à partir de 1992, c'est une forme d'explosion avec Tsunami - qui devait également devenir un magazine, mais aussi l'effet Ripobe de François Jacques, Namida de René-Gilles Deberdt et bien d'autres. Alors qu'Internet n'existe pas encore ou n'est pas très répandu, ces fanzines sont échangés à l'occasion des conventions d'anime, leur existence est rendue publique par le biais des magazines de jeux vidéos, ou directement dans les boutiques spécialisées. Avant que les sites internet ne prennent le relais, ils contribuent directement à l'intégration de la culture japonaise en France. Modes de diffusion Le fanzine est un support à diffusion limitée, de par son faible tirage et les frais occasionnés par une diffusion massive. On distingue quelques pratiques généralisées dans le monde du fanzinat afin de faciliter la diffusion des fanzines : De « la main à la main » : un fanzine se fait avant tout pour un cercle assez intime, proche de ses préoccupations et il est donc facile de rencontrer des lecteurs potentiels et de distribuer à ces occasions les exemplaires. Par correspondance : le fanzinat n'aurait quasiment aucune portée sans expédition postale. De nombreux échanges se font par courrier, que ce soit entre fanzines ou de fanzine à lecteurs. L'abonnement ou l'achat via des catalogues de VPC en ligne sont les moyens les plus efficaces de diffusion. Lors d'événements spéciaux : lors de concerts, de salons de bande dessinée, de conventions d'anime et salons sur la culture japonaise (notamment fanzines de mangas et dojinshi), de salons associatifs ou autres rencontres, il peut arriver que les auteurs d'un fanzine tiennent une table de vente et proposent leurs numéros. L'intérêt est de toucher des personnes a priori sensibles au thème du fanzine. Les fanzines peuvent aussi être déposés à l'entrée pour permettre à chacun d'y avoir accès. Les « distros » (distributeurs) : les distros sont tenus par des personnes qui se chargent de récolter le maximum de fanzines, les photocopient, puis les revendent à la demande. Souvent les distros tiennent des tables lors d'événements et proposent alors à la vente des multitudes de titres. Dans des magasins spécialisés en rapport avec le sujet du fanzine : librairies spécialisées dans la culture underground (Regard moderne, Parallèles ou Thé-troc à Paris, par exemple), librairies de bande dessinée, disquaires (Souffle Continu, Ground Zero, Born Bad… à Paris), magasins de fringues, etc. Ce mode de distribution fonctionne de manière différente de la distribution grand public : certains lieux font des achats fermes (sans politique de retour), d'autres prennent les fanzines en dépôt et signent un bon de dépôt, puis paient ce qui a été vendu à l'éditeur du fanzine si ce dernier revient le réclamer. Dans des infokiosques, à prix libre, avec des brochures et des livres apériodiques. Art Postal Il existe des fanzines d'art postal, à la diffusion limitée de fait, puisque constitués d'œuvres originales collectées et redistribuées par la Poste. On peut citer ainsi Nada Zéro, édité par Christian Alle et mis en ligne par l'artiste Lauranne, qui diffuse aussi des informations sur des projets et contacts de mail art. Entreprise originale et généreuse est entièrement gratuite : il suffit d'envoyer 20 œuvres de petit format pour recevoir à son tour un exemplaire. On peut citer aussi Circulaire 132, à Rimouski (Québec), un fanzine d'assemblage d'art postal en général destiné aux mailartistes pour permettre l'échange d'idées, faire connaître divers projets. Liste d'auteurs de Fanzine Christophe Benouadah dis Ben des Skullteurs. John Holmstrom confondateur en décembre 1975 du fanzine Punk Conservation et Fanzinothèques Les Fanzinothèques sont les bibliothèques et conservatoires du fanzines, elles ont souvent des activités de ventes, et de laboratoire d'impression. Elles regroupent des documents souvent à partir des productions locales. Elles proposent des catalogages de leurs collections permettant une description des scènes locales. En France, nous n'avons qu'une seule fanzinothèque, à Poitiers. Voir aussi Bibliographie Graphic Production. 73-83- 1000 dessins sauvages, Editions Autrement, Alin Avila et Bruno Richard, avril 1987 20 ans de fanzines rock 1977-1997. Histoire d'un mouvement parallèle, Fanzinothèque de Poitiers, septembre 1997 Samuel Étienne (sous la dir.), dossier « La presse musicale alternative au  », Copyright Volume !, 5-1, Saint-Amant-Tallende, Éditions Mélanie Seteun, 2006. Samuel Étienne, 2003, un article de recherche sur les fanzines : définitions, caractéristiques, aspects sociologiques Fabien Hein, 2003, « Les fanzines rock et leurs rédacteurs en Lorraine » sur ethnographiques.org, , avril 2003 . Articles connexes Contreculture Dōjinshi Fandom Faites le vous-même Fanzines de bande dessinée Fanzinothèque Graphzine Revue et fanzine policier Webzine Bande dessinée alternative Notes et références Liens externes La Fanzinothèque Le Fanzinophile : index des titres de fanzines de cinéma et des auteurs, site de référence Le Fanzinarium : Catalogue en ligne de la bibliothèque associative de fanzines Nada-Zéro : Lieu d'échanges de toutes sortes sur le mail art'' Comment imprimer un Fanzine site consacré aux bibliothèques de fanzines Barnard College Mot-valise Auto-édition
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis%20Poulenc
Francis Poulenc
Francis Poulenc () est un compositeur et pianiste français, né le à Paris où il est mort le . Biographie Le père de Francis Poulenc, Émile Poulenc (1855-1917), est l’un des fondateurs des établissements Poulenc frères qui deviendront plus tard le groupe Rhône-Poulenc. Sa mère, Jenny-Zoé Royer (1864-1915), fille d’artisans parisiens, lui apprend le piano dès l'âge de cinq ans. À partir de 1915, il se perfectionne auprès de Ricardo Viñes, qui lui fait rencontrer notamment Erik Satie, Claude Debussy et Maurice Ravel. Pendant son enfance, il est fréquemment à Nogent-sur-Marne à habite son grand père, Louis François Royer, au 4 rue de la Muette, ou d'ailleurs sa soeur, Jeanne Poulenc est née le 26 mai 1886. Après une scolarité au lycée Condorcet, il connaît à dix-huit ans une première réussite lors d’un concert de musique « d’avant-garde » donné au théâtre du Vieux-Colombier, dirigé alors par la cantatrice Jane Bathori. Sa Rapsodie nègre (1917) lui ferme la porte du Conservatoire de Paris, mais attire l’attention du compositeur Igor Stravinsky, dont l'appui lui permet de faire publier ses premières œuvres aux éditions britanniques Chester. Grâce à son amie d’enfance Raymonde Linossier (1897–1930), il fréquente en compagnie de son ami Georges Auric (son « frère jumeau ») la Maison des amis des livres, tenue par Adrienne Monnier. Il y fait la connaissance des poètes d’avant-garde, tels que Jean Cocteau, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Paul Éluard, dont il mettra de nombreux textes en musique. Il compose Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée (1918), un cycle de mélodies reprenant des poèmes de l'œuvre éponyme de Guillaume Apollinaire, et en confie la première exécution à Suzanne Peignot (1919). C'est à cette époque que se crée, sous l'impulsion de Jean Cocteau et d'Erik Satie, un collectif de jeunes compositeurs que le critique Henri Collet surnomme en 1920 le « groupe des Six », en référence au « groupe des Cinq » russes. Constitué, outre Francis Poulenc, de Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud et Germaine Tailleferre, il se veut une réaction contre le romantisme et le wagnérisme, mais aussi, dans une certaine mesure, contre le courant impressionniste, incarné notamment par Claude Debussy. Le groupe des Six ne créera pourtant que deux œuvres collectives : un recueil pour le piano, Album des Six, et un ballet, Les Mariés de la tour Eiffel (sur un texte de Cocteau). De 1921 à 1925, Poulenc étudie la composition avec Charles Koechlin. Il reste néanmoins une sorte d’autodidacte : « Mon canon, c’est l’instinct », dit-il un jour. La première de son ballet Les Biches, donné par les Ballets russes de Serge de Diaghilev, dans des décors et des costumes de Marie Laurencin, a lieu en janvier 1924. En 1926, il rencontre le baryton Pierre Bernac, à qui il demande d'interpréter les Chansons gaillardes composées la même année. Pierre Bernac deviendra son interprète-fétiche (Franck Ferraty parle de « partenaire affectif privilégié », bien que selon Wilfrid Mellers « malgré les inclinations homosexuelles de Francis, lui et Bernac ne furent pas amants ») et pour lequel il composera 90 de ses 145 mélodies . Il l’accompagne au piano à partir de 1935 (et jusqu'en 1959) dans des récitals de musique française à travers le monde entier. En 1927, il achète le Grand Coteau, une maison à Noizay, en Touraine, où il se réfugie dès lors pour composer. Le Grand Coteau est aujourd'hui ouvert à la visite chaque été. En 1928, il écrit pour la célèbre claveciniste Wanda Landowska le Concert champêtre pour clavecin et orchestre. L’œuvre est dédiée à son amant, le peintre Richard Chanlaire. Il crée son Concerto pour deux pianos en 1932 avec Jacques Février, fidèle interprète de ses œuvres. La mort de plusieurs amis et celle du compositeur et critique Pierre-Octave Ferroud, puis un pèlerinage à Rocamadour en 1935, le ramènent vers la foi catholique dont il s’était détourné depuis la mort de son père, en 1917. Même s'il continue à composer des mélodies légères, comme les Quatre chansons pour enfants (1934) sur des textes de Jean Nohain, certaines de ses œuvres se font plus sombres et austères. En 1936, il compose les Litanies à la Vierge noire de Rocamadour, pour chœur de femmes et orgue (qu’il orchestrera ultérieurement), suivies de la Messe en sol majeur pour chœur mixte a cappella (1937) et des Quatre motets pour un temps de pénitence (1938-39). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Poulenc écrit texte et musique des Animaux modèles, ballet plein d’humour créé à l'Opéra de Paris en 1942 sur une chorégraphie de Serge Lifar, avec les costumes de son ami, le peintre et décorateur de théâtre Maurice Brianchon. L’œuvre peut être vue comme un acte de résistance en ce qu’elle fait entendre un passage de Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine – que les officiers allemands ne reconnurent pas à l'époque. La même année, il compose la musique du film La Duchesse de Langeais de Jacques de Baroncelli. En revanche sa cantate Figure humaine (1943) sur des textes de Paul Éluard doit attendre 1945 pour être créée (à Londres), sans doute en raison du poème qui la conclut : Liberté. Poulenc la dédie à son compagnon d’alors, Raymond Destouches (un chauffeur rencontré au début des années 1930). Toujours en 1945, il crée un conte musical, Histoire de Babar, le petit éléphant d'après le personnage créé par Jean de Brunhoff. Grâce à Max de Rieux, il se lie d'amitié avec la jeune soprano Denise Duval, à laquelle il confie le rôle principal de son opéra bouffe Les Mamelles de Tirésias (d’après la comédie éponyme de Guillaume Apollinaire), qui est créé à l'Opéra-Comique en 1947. Poulenc continue à alterner mélodies, chœurs profanes (Huit chansons françaises, 1945) ou religieux (Stabat Mater, 1950), pièces orchestrales (Sinfonietta, 1947), de chambre ou pour le piano. Le 7 novembre 1948, il donne son premier récital avec Pierre Bernac aux États-Unis. Il y rencontre notamment la soprano Leontyne Price, qui le met au programme de ses récitals, et le compositeur Samuel Barber, dont les Mélodies passagères seront créées à Paris par Bernac et Poulenc en février 1952. En 1953, le directeur des éditions Ricordi commande à Poulenc un ballet sur sainte Marguerite de Cortone pour la Scala de Milan. Poulenc décline l'offre mais s'intéresse au livret en italien que Flavio Testi a tiré d'une pièce représentée à Paris l'année précédente au théâtre des Arts par Jacques Hébertot, Dialogues des carmélites, d'après un texte inédit de Georges Bernanos. Malgré des problèmes de droits et de santé, Poulenc se lance à corps perdu dans un sujet qui ne tarde pas à l'obséder, les angoisses de Blanche de la Force face à la mort faisant écho aux siennes, confronté à la longue agonie de son compagnon de l'époque, Lucien Roubert, un voyageur de commerce. Il adapte lui-même le texte de Bernanos pour une version française et achève sa partition en août 1955, au moment même de la mort de Lucien. Dialogues des carmélites est créé en italien à Milan le 26 janvier 1957 avec Leyla Gencer () et Virginia Zeani (Blanche), puis, dans la version française originale, à l'Opéra de Paris le 21 juin suivant sous la direction de Pierre Dervaux, avec Régine Crespin et Denise Duval dans les mêmes rôles. La première aux États-Unis a lieu en septembre de la même année au San Francisco Opera avec Leontyne Price, qui fait sa première apparition sur une grande scène d’opéra dans le rôle de . Il est suivi en 1958 par La Voix humaine, tragédie lyrique d’après Cocteau, dédiée à son dernier amour, Louis Gautier, un travailleur manuel rencontré en 1957. En 1960-61, il est aux États-Unis pour les créations des Mamelles de Tirésias et de La Voix humaine. Son Gloria pour soprano solo, chœur mixte et orchestre est créé simultanément à Boston par Charles Munch et à Paris par Georges Prêtre (janvier-février 1961). La même année, il publie un livre sur Emmanuel Chabrier. Il meurt le d'une crise cardiaque à son domicile du 5, rue de Médicis, face au jardin du Luxembourg. Il est enterré à Paris, au cimetière du Père-Lachaise (division 5) avec sa nièce, Brigitte Manceaux (05/12/1914 - 21/04/1963), fille de Jeanne Poulenc, qui fut sa secrétaire et confidente. Ses deux dernières compositions sont créées de façon posthume en avril et juin 1963 : la Sonate pour hautbois et piano par Pierre Pierlot et Jacques Février, et la Sonate pour clarinette et piano par Benny Goodman et Leonard Bernstein. Le critique Claude Rostand, pour souligner la coexistence chez Poulenc d’une grande gravité due à sa foi catholique avec l’insouciance et la fantaisie, a forgé la formule célèbre « moine ou voyou ». Ainsi, à propos de son Gloria, qui provoqua quelques remous à sa création, le compositeur lui-même déclara : . À Paris, le square Francis-Poulenc (6 arrondissement) et la place Francis-Poulenc (19 arrondissement) lui rendent hommage. À Nogent-sur-Marne, l'hôtel des Coignard abrite le Conservatoire de musique et d’art dramatique Francis Poulenc. Œuvres Œuvres principales Rapsodie nègre (1917) Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée (1918), cycle de mélodies d'après Guillaume Apollinaire Les Biches (1924), ballet Chansons gaillardes (1926), cycle de mélodies Concert champêtre pour clavecin et orchestre (1928) Concerto pour deux pianos (1932) Litanies à la Vierge noire de Rocamadour, pour chœur de femmes et orgue (1936) Messe en sol majeur pour chœur mixte a cappella (1937) Sextuor (1931-32 ; révisé en 1939) Quatre motets pour un temps de pénitence (1938-39) Les Animaux modèles (1942), ballet Figure humaine (1943), cantate sur des textes de Paul Éluard, créée en 1945 à Londres L'Histoire de Babar, le petit éléphant (1945), conte musical pour récitant et piano Les Mamelles de Tirésias (1947), opéra-bouffe d’après la comédie-éponyme de Guillaume Apollinaire Stabat Mater (1950) Sinfonietta (1947), pour orchestre Dialogues des carmélites (1955), opéra d'après Georges Bernanos, créé à Milan le 26 janvier 1957 Sonate pour flûte et piano à la mémoire d'Elizabeth Sprague Coolidge (1956-1957), crée en collaboration avec le flûtiste Jean-Pierre Rampal La Voix humaine (1958), tragédie lyrique d’après Jean Cocteau Gloria (1960), pour soprano solo, chœur mixte et orchestre, créé simultanément à Boston par Charles Munch et à Paris par Georges Prêtre (janvier-février 1961) Sonate pour hautbois et piano (1963, création posthume) Sonate pour clarinette et piano (1963, création posthume par Benny Goodman et Leonard Bernstein) Chansons et mélodies Poulenc a composé près de deux cents mélodies ou chansons, la plupart accompagnées au piano, les autres par un orchestre de chambre ou un grand orchestre. Les premières œuvres sont souvent des chansons légères telles Toréador (1918), « chanson hispano-italienne » ou le cycle Cocardes (1919) sur des textes de Jean Cocteau (Poulenc était fasciné par le cirque, le music-hall et par des chanteurs comme Maurice Chevalier), mais à partir de sa rencontre avec Pierre Bernac, les mélodies se font plus lyriques, mettant en musique le plus souvent des poèmes de son cercle d’amis : Apollinaire, Louise de Vilmorin, Max Jacob et surtout Paul Éluard. Par la suite, il alterne les deux genres, revenant à la fantaisie avec, par exemple, en 1942 Chansons villageoises, et en 1960 La Courte Paille. Parmi ses adaptations de textes d’Apollinaire, Bleuet (1939) et Montparnasse (1945), mélodie qui demanda à Poulenc trois ans de travail pour trois courtes pages présentent le Poulenc de la maturité. Tout à fait à l’opposé, une œuvre comme Les Chemins de l’amour composée pour la « diva de l’opérette », Yvonne Printemps, pour la pièce d'Anouilh Léocadia (1940), correspond à sa veine populaire, tout comme Voyage à Paris du cycle Banalités (1940). C (1943), sur le poème de guerre de Louis Aragon Les Ponts-de-Cé, est une de ses mélodies les plus souvent reprises. Liberté, sur le poème Liberté d’Éluard, clôt la cantate Figure humaine, créée sur la BBC en 1945 et dont la première française n’eut lieu qu’en 1947. Cocteau notait à propos des chansons et mélodies : Écrits Francis Poulenc, Mes mélodies et leurs poètes, Conférence du 20 mars 1947, revue Conferencia , décembre 1947 ; Francis Poulenc, Emmanuel Chabrier, Paris, 1961 ; Francis Poulenc, Moi et mes amis, confidences recueillies par Stéphane Audel, La Palatine, Paris, 1963 ; Francis Poulenc, Journal de mes mélodies, préface d’Henri Sauguet, texte établi par la Société des amis de Francis Poulenc, éditions Grasset, 1964 ; réédité en 1993, préface de Denise Duval, texte intégral établi et annoté par Renaud Machart, éditions Cicéro et Salabert, Paris, 1993 ; Francis Poulenc, À bâtons rompus, écrits radiophoniques édités par Lucie Kayas précédés de Journal de vacances et suivis de Feuilles Américaines, éditions Actes Sud, Arles, 1999 ; Francis Poulenc, Dialogues des carmélites, livret français, collection Opéra de Marseille, éditions Actes Sud, Arles, rééd. 2006. Francis Poulenc, J'écris ce qui me chante, textes et entretiens, réunis, présentés et annotés par Nicolas Southon, Fayard, Paris, 2011, 920 p. Entretiens radiophoniques Francis Poulenc ou l'Invité de Touraine, entretiens avec Claude Rostand réalisés en 1953-1954 – INA/Radio France, 1995 (2 CD) Discographie sélective Poulenc a laissé plusieurs enregistrements comme pianiste soliste ou accompagnateur. On dispose aussi d’enregistrements, parfois supervisés par lui, interprétés par des artistes qu’il privilégiait de son vivant, comme le baryton Pierre Bernac, la soprano Denise Duval, le pianiste Gabriel Tacchino ou le chef d’orchestre Georges Prêtre. Intégrale Œuvres pour piano, Musique de chambre, Concertos, Musique symphonique, Musique religieuse, Œuvres lyriques, Mélodies, Chansons, avec Elly Ameling, Gabriel Bacquier, Liliane Berton, André Cluytens, Régine Crespin, Michel Debost, Pierre Dervaux, Maurice Duruflé, Denise Duval, Jacques Février, Jean-Paul Fouchécourt, Nicolai Gedda, Rita Gorr, Mady Mesplé, Jessye Norman, Emmanuel Pahud, Michel Plasson, Michel Portal, Francis Poulenc, Georges Prêtre, Yvonne Printemps, Michel Sénéchal, Gérard Souzay, Gabriel Tacchino, Peter Ustinov, José van Dam, Frank Peter Zimmermann, etc. - EMI Classics, 2012 (20 CD) Mélodies, œuvres vocales Intégrale des mélodies et chansons, avec Gabriel Bacquier, Jean-Christophe Benoit, Pierre Bernac, Liliane Berton, Nicolai Gedda, Mady Mesplé, Jessye Norman, Michel Sénéchal, Gérard Souzay, José van Dam, etc. – EMI Classics, 1998 ; rééd. 5CD Le Bal masqué, Le Bestiaire, Le Gendarme incompris, etc., François Le Roux, Dominique Visse, Lambert Wilson, Orchestre national de France, Charles Dutoit – Decca, 1996 Opéras Dialogues des carmélites avec Régine Crespin (), Denise Duval (Blanche), Rita Gorr (Mère Marie), Liliane Berton (Sœur Constance), chœur et orchestre de l'Opéra de Paris, Pierre Dervaux (dir.) – EMI Classics, 1958 (distribution de la création) Dialogues des carmélites, Rita Gorr (), Catherine Dubosc (Blanche), Martine Dupuy (Mère Marie), Brigitte Fournier (sœur Constance), José van Dam (marquis de la Force), chœur et orchestre de l'Opéra de Lyon, Kent Nagano (dir.) – Virgin Classics, 1992 Les Mamelles de Tirésias avec Denise Duval, Jean Giraudeau, Émile Rousseau, Robert Jeantet, chœur et orchestre de l'Opéra-Comique, André Cluytens (dir.) – EMI, 1953 (distribution de la création) La Voix humaine, avec Denise Duval, orchestre de l'Opéra-Comique, Georges Prêtre (dir.) – EMI, 1959 (distribution de la création) La Voix humaine avec Jane Rhodes, Orchestre national de France, Jean-Pierre Marty (dir.) – 1976 ; rééd. INA, 1994 La Voix humaine / La Dame de Monte-Carlo, avec Felicity Lott, Orchestre de la Suisse romande, Armin Jordan (dir.) – Harmonia Mundi, 2001 Musique sacrée Figure humaine, Quatre motets pour le temps de Noël, Salve Regina, Quatre petites prières de saint François d'Assise, Ensemble vocal de Provence, Hélène Guy (dir.) – Pierre Vérany, 1981 Gloria et Stabat Mater, Kathleen Battle, Tanglewood Festival Chorus, Boston Symphony Orchestra, Seiji Ozawa – DG, 1989 Musique instrumentale Les Biches (ballet), Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire , Georges Prêtre (dir.) – EMI, 1962 Concerto pour orgue, avec Marie-Claire Alain (orgue), orchestre national de l'ORTF, Jean Martinon (dir.) - Erato, 1969 Sinfonietta, Concert champêtre, Suite française, etc., Pascal Rogé (clavecin), Orchestre national de France, Charles Dutoit – Decca, 1996 Bibliographie Denise Bourdet, « Francis Poulenc » dans Pris sur le vif, Paris, Plon, 1957 Jean Roy, Francis Poulenc, Seghers, Paris, 1964 Pierre Bernac, Francis Poulenc et ses mélodies, Buchet-Chastel, Paris, 1978 Henri Hell, Francis Poulenc, Fayard, Paris, 1978 Francine Bloch, Phonographie de Francis Poulenc, Bibliothèque nationale, Paris, 1984 Wilfrid Mellers, Francis Poulenc, Oxford University Press, 1995 Carl B. Schmidt, The Music of Francis Poulenc (1899-1963) : A Catalogue, Clarendon Press, 1995 (catalogue de l’œuvre) Benjamin Ivry, Francis Poulenc, Phaidon Press Limited, Londres, 1996 Sidney Buckland et Myriam Chimènes (dir.), Poulenc: Music, Art and Literature, Ashgate, 1999 Carl B. Schmidt, Entrancing Muse: A Documented Biography of Francis Poulenc, Pendragon Press, London, 2001 Richard Burton, Francis Poulenc, Absolute Press, 2002 Catherine Miller, Jean Cocteau, Guillaume Apollinaire, Paul Claudel et le groupe des Six, Mardaga, 2003 Alban Ramaut, Francis Poulenc et la Voix, Symétrie, Lyon, 2005 Franck Ferraty, Francis Poulenc à son piano : un clavier bien fantasmé, L'Harmattan, Paris, 2011 Simon Basinger, Les Cahiers de Francis Poulenc (3 vol.), éd. Michel de Maule, Paris, 2009-2012 Hervé Lacombe, Francis Poulenc, Fayard, 2013, 1104 p., grand prix des Muses-Fondation Singer-Polignac 2014 et prix Pelléas 2014 Notes et références Liens externes « Francis Poulenc, musicien français (1899-1963) », site officiel de l'Association des amis de Francis Poulenc) Francis Poulenc Compositeur français de musique classique de la période moderne Compositeur français d'opéra Compositeur français de ballet Élève du lycée Condorcet Personnalité liée à Brive-la-Gaillarde Naissance en janvier 1899 Naissance dans le 8e arrondissement de Paris Décès en janvier 1963 Décès à 64 ans Personnalité inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 5) Décès dans le 6e arrondissement de Paris Mort d'une crise cardiaque
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Filtre
Un filtre est un dispositif retirant certains éléments du flux qui le traverse, en les retenant ou redirigeant, les modifiant ou détruisant. Automobile Divers filtres interviennent dans le domaine de l'automobile : le filtre à air : permet de supprimer de l'air aspiré les plus grosses particules telles que les pollens qui risqueraient d'endommager le moteur. Pour conserver ses propriétés, il doit être remplacé régulièrement et d'autant plus fréquemment que l'air, aspirée pour le moteur, est poussiéreux. le filtre à huile : souvent placé sur le carter moteur ; il permet d'éliminer les particules contenues dans l'huile du moteur et qui proviennent, pour l'essentiel, de l'usure des pièces moteurs lubrifiées. Il doit être remplacé à chaque vidange afin de ne pas polluer l'huile neuve ; le filtre à carburant : permet de ne pas faire circuler de particules dans le circuit d'alimentation de carburant, qui risqueraient de boucher les injecteurs de carburant. Il doit être remplacé d'autant plus fréquemment que le carburant risque d'être pollué par des matières solides (poussière, sable) ; le filtre à particules : utilisé pour réduire la quantité de particules générées par la combustion du gazole dans le moteur et rejeté dans les gaz d'échappement des moteurs Diesel. Ce filtre doit être changé régulièrement pour éviter qu'il ne rejette les particules qu'il avait retenues jusque là. Électronique et traitement du signal En électronique, le terme filtre désigne à l'origine, par analogie avec les filtres de fluides, un circuit qui rejette une partie indésirable du signal ; par extension, un circuit qui réalise une opération de traitement du signal. On trouve notamment : des filtres passe-bas (qui coupent les hautes fréquences), passe-haut (qui coupent les basses fréquences), passe-bande qui ne laissent passer qu'une bande définie de fréquence ; filtre audio, filtre électronique dédié au traitement du signal dans l'enregistrement et la reproduction sonore. Par extension, on appelle également filtre un outil logiciel dont le but est la séparation des fréquences contenues dans un signal numérisé (son, profil d'état de surface, ...) ou dans une image physique (topographie, ...), dans ce cas le filtrage est souvent réalisé à l'aide de la transformée de Fourier discrète. Un ensemble de filtres utilisés dans l'analyse des états de surface est décrit dans la norme NF EN ISO 16610. Hygiène et traitements Filtres à eau, fréquemment utilisés afin de purifier l’eau du robinet. Biofiltre, peut aussi être un dispositif de filtration biologique de l’eau, ou un dispositif utilisant des plantes en pots ou un mur végétalisé pour épurer l’air intérieur par des plantes (voir par exemple le programme Phyt'air). L’ADEME considère que l’argument « plantes dépolluantes » n’est pas validé scientifiquement au regard des niveaux de pollution généralement rencontrés dans les habitations et des nouvelles connaissances scientifiques dans le domaine Filtres à air, fréquemment utilisés afin de purifier l’air intérieur, tels que le filtre HEPA ou les filtres à photocatalyse par exemple les modules Alcion Air. filtre à manches : employés en milieu industriel pour l’assainissement particulaire de l’air ambiant. Informatique Filtre (informatique), programme informatique capable de traiter un ensemble d'informations pour en extraire un sous-ensemble d'informations pertinentes. Un filtre informatique peut aussi être un antivirus. Filtre (graphique), sous-ensemble des filtres informatiques spécialement dédiés au traitement des images, par une application systématique de modifications à chaque pixel de l'image en tenant compte des couleurs des pixels voisins. Mathématiques Filtre (mathématiques), système déterminant le calcul des limites. Optique Filtre (optique), permet comme en électronique de ne conserver qu'une partie du spectre du signal incident, en l'occurrence la lumière utile à une application donnée. Filtre ultraviolet. filtre utilisé en photographie ou en cinématographie permet d'ajuster la température de couleur, de compenser l'exposition, ou de créer des effets optiques simples. Filtre à densité neutre : filtre absorbant de manière égale les rayonnements visibles quelle que soit la longueur d'onde. Physique et chimie Un filtre sépare les éléments solides dans un flux de fluide, soit gazeux (par exemple filtre à air) soit liquide (eau, huile). Les passoires et les pommelles, ou crépines, sont des filtres. Quand on trie des éléments solides de diverses grosseurs dans un flux rendu fluide par la vibration, on parle de tamis ou de crible (sable, gravier, patates, fruits, farine). Une grande partie des filtres communs (machines à laver, hottes aspirantes, filtres automobiles) sont produits en tissus métalliques avec des maillages extrêmement fins, comme le métal déployé et la toile tissée. C'est le sens originel du terme, une évolution du mot feltre qui a donné feutre. Notes et références Voir aussi Articles connexes Filtration
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Fonds monétaire international
Le Fonds monétaire international (FMI ; , IMF) est une institution internationale regroupant , dont le but est de . Le FMI a ainsi pour fonction d'assurer la stabilité du système monétaire international (SMI) et la gestion des crises monétaires et financières. Pour cela, il fournit des crédits aux pays qui connaissent des difficultés financières mettant en péril l'organisation gouvernementale du pays, la stabilité de son système financier (banques, marchés financiers) ou les flux d'échanges de commerce international avec les autres pays. Lors d'une crise financière, pour éviter qu’un pays ne fasse « défaut » (c’est-à-dire que ce pays ne puisse plus rembourser ses créanciers, voire ne plus payer ses dépenses courantes), le FMI lui prête de l’argent le temps que la confiance des agents économiques revienne. Le FMI conditionne l’obtention de prêts à la mise en place de certaines réformes économiques visant en principe à réguler la gestion des finances publiques (ingérence financière) et à établir une croissance économique équilibrée à long terme. L'institution a été créée le et devait à l'origine garantir la stabilité du système monétaire international, dont l'écroulement après le krach de 1929 avait eu des effets catastrophiques sur l'économie mondiale. Après 1976 et la disparition d’un système de change fixe, le FMI perd l'essentiel de sa raison d'être et hérite d'un nouveau rôle face aux problèmes d'endettement des pays en développement et à certaines crises financières. Histoire Création Le FMI est né en juillet 1944 lors de la conférence de Bretton Woods. L'objectif était de garantir la stabilité du système monétaire international de l’après Seconde Guerre mondiale en empêchant les grandes économies mondiales de retomber dans la situation des années 1930, où les dévaluations de monnaie et les décisions de politique économique unilatérales avaient aggravé les tensions internationales. Le nouvel ordre économique proposé par le représentant américain Harry Dexter White reposait sur trois règles : chaque État devait définir sa monnaie par rapport à l’or, ou au dollar américain lui-même convertible en or. Il en découlait pour chaque monnaie une parité officielle en or ou en dollar (système dit d’« étalon de change-or » ou « gold exchange standard ») ; la valeur des monnaies sur le marché des changes ne devait fluctuer que dans une marge de 1 % par rapport à leur parité officielle ; chaque État était chargé de défendre cette parité en veillant à équilibrer sa balance des paiements. Le rôle du système monétaire international est donc de promouvoir l’orthodoxie monétaire afin de maintenir un contexte favorable à l’essor du commerce mondial, tout en accordant des prêts à certains pays en difficultés dans le contexte de la reconstruction d’après guerre. Le FMI est plus ou moins complémentaire des autres grandes institutions économiques créées à l’époque : la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement, aussi appelée Banque mondiale) qui fut créée en même temps que le FMI, et le GATT () signé peu de temps après. Lors des négociations de Bretton Woods, le représentant britannique, l’économiste John Maynard Keynes, souhaitait la création d’une institution bien plus importante, une véritable Banque centrale mondiale destinée à émettre une monnaie internationale, le « Bancor ». Cette proposition fut rejetée. Elle aurait signifié pour les États-Unis une perte de souveraineté vis-à-vis d’une institution internationale et les aurait empêchés de profiter de la position dominante du dollar américain à l’époque. Système de Bretton Woods Le rôle du FMI a été de tenter de garantir le bon fonctionnement du système monétaire de Bretton Woods. Lorsque certains pays se révélaient incapables de maintenir la valeur de leur monnaie dans la marge des 1 % prévue par les accords de 1944, ils pouvaient recourir à des dévaluations ou à des réévaluations selon les cas. Si leurs réajustements monétaires étaient supérieurs à 10 %, ils devaient alors obtenir l'accord préalable de l'organisation. Pour tenter d’éviter ce genre de situation, le FMI joue un rôle d'intermédiaire financier entre États membres. Ainsi chaque État doit verser à l'organisation une certaine somme, nommée « quote-part » et dont le montant est déterminé par sa puissance économique, elle-même mesurée par son PNB et par l'importance de son commerce extérieur. 25 % de cette quote-part doivent être payés en or, le reste en monnaie nationale. En cas de déséquilibre de sa balance des paiements risquant de menacer l'équilibre monétaire sur le marché des changes, chaque pays membre peut obtenir automatiquement 25 % de sa quote-part (« droit de tirage »), lui permettant de soutenir, par l'achat, sa monnaie nationale. Si le FMI le juge nécessaire, il peut prêter à ce pays jusqu'à 125 % de sa quote-part. Ses prêts sont censés permettre aux banques centrales de défendre leur monnaie sur le marché des changes. L'octroi de ces crédits est soumis à conditions et le pays demandeur doit s'engager dans une politique d'ajustement conseillée par l'organisation afin de remédier aux causes de la dépréciation de sa monnaie. Le FMI fonctionne par ailleurs sur un système d'élection à majorité, où les voix sont pondérées par le montant de la « quote-part ». Ainsi à sa création, les États-Unis à eux seuls détiennent 25 % des voix, puis 17 % par la suite. Les États-Unis sont par ailleurs les seuls à disposer d’un droit de veto au sein de cette organisation. On remarque que dans un tel système, seuls les États-Unis n'ont pas besoin de se soucier, a priori, du cours de leur monnaie vu qu'elle fait office d’étalon. Ainsi les États-Unis pouvaient connaître d'importants déficits sans être soumis aux remarques du FMI. Premières propositions de réforme Dans le cadre du système de Bretton Woods, chaque banque centrale nationale devait être en mesure d'échanger en or ou en dollar, toute somme de sa monnaie nationale qui lui serait présentée par un détenteur étranger (principe de la convertibilité externe). C’est-à-dire qu'une banque nationale comme la Banque de France devait, si un Allemand possédant des francs lui demandait, lui échanger contre des dollars américains ou de l’or. Dans ce système, le dollar s’était d’abord révélé trop rare pour assurer cette fonction, mais à partir des années 1950, les déficits américains permirent de faire du dollar une monnaie abondante. En 1959, certains pays demandèrent aux États-Unis la conversion de leurs dollars en or, ce qui provoqua une première crise du système. Face à cette crise, l’économiste belge Robert Triffin (L’or et la crise du dollar, 1960) propose une réforme du FMI. Selon lui le système monétaire de Bretton Woods est confronté à un dilemme, aujourd’hui connu sous le nom de dilemme (ou paradoxe) de Triffin car : les États-Unis doivent fournir au reste du monde des quantités importantes de dollars afin de permettre l’essor du commerce mondial dont les règlements s’effectuent grâce à cette monnaie ; en même temps, ils se doivent de maintenir la valeur du dollar par rapport à l’or, ce qui revient au contraire à limiter l’émission monétaire. Pour Robert Triffin, les emprunts concédés par le FMI sont insuffisants pour permettre aux banques centrales en difficulté de maintenir la parité officielle de leur monnaie sur le marché des changes. Il souhaite donc un renforcement du rôle de l’organisation en permettant des prêts plus importants qui seraient octroyés, non en monnaie nationale, mais dans une unité de compte commune et propre au FMI. Dans un tel système tous les pays devraient déposer une proportion uniforme de leurs réserves monétaires. Ces dépôts seraient comptabilisés dans une unité commune qui ne serait pas le dollar mais qui serait aussi convertible en or. Cette nouvelle unité de compte sous le contrôle du FMI permettrait la stabilité du système monétaire international, et résoudrait la contradiction qui découle du rôle prépondérant du dollar américain. Cette proposition célèbre ne sera pas retenue, bien que le diagnostic de Robert Triffin se révélera exact. Création des droits de tirage spéciaux Une crise similaire à celle de la fin des années 1950 se produit à la fin de la décennie suivante. À nouveau les spéculateurs jouent contre le dollar. Les détenteurs de la monnaie américaine demandent sa conversion en or, ce qui provoque en mars 1968 la suspension de la convertibilité externe du dollar, mesure visant à limiter la sortie d’or des coffres américains. En 1969, face à l’incapacité du dollar à jouer son ancien rôle, le FMI va créer de toutes pièces une nouvelle monnaie, toujours existante, le DTS (droit de tirage spécial). Le DTS est alors une monnaie définie par une parité en or ; elle fut à plusieurs reprises octroyée aux différents pays membres, selon leur quote-part, afin de créer de nouvelles liquidités internationales (en 1970, 1978 et 1981 puis récemment à certains pays n’étant pas membres de l’organisation aux dates précédentes, et ce dans un souci d’« équité »). La fin du système de Bretton Woods Le , les États-Unis ont sonné la fin effective du système de Bretton Woods, en suspendant la convertibilité de dollar américain en or. Le rôle initial principal du FMI, garantir la stabilité des taux de change dans une marge de 1 %, a disparu. Le système des taux de change fixes s'écroule définitivement en mars 1973 avec l'adoption du régime de changes flottants, c'est-à-dire qu'ils s'établissent en fonction des forces du marché . Il n'y a plus de système monétaire international organisé. Le , les membres du FMI signent les accords de la Jamaïque qui permettent le flottement des monnaies. Depuis 1971, le prix de l'or a flambé de jusqu'à l'once en 2011 pour franchir le seuil symbolique des 2000$ au cours de l'année 2021. Années 1980-90 Pour ce qui est des pays en développement, l’analyse des experts du FMI est simple. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays ayant choisi d’opter pour une croissance introvertie, comme longtemps la République populaire de Chine et l’Inde, n’ont pas connu d'augmentation, tandis que d’autres, comme les « dragons asiatiques », ont utilisé leurs avantages, dont une main-d’œuvre peu couteuse, pour s’ouvrir au commerce international et prospérer. Le FMI cherche donc généralement à contraindre les pays en développement à s’ouvrir au commerce extérieur. Lors des années 1980, le FMI prend un nouveau rôle face à l’éclatement de la crise de la dette du tiers monde et impose ses politiques économiques d’ajustements structurels et de lutte contre la pauvreté à de nombreux pays d’Afrique et d’Amérique latine. Le début des années 1990 est marqué par l’éclatement du bloc soviétique et la nécessité vue par le FMI d’organiser le système monétaire des pays d’Europe de l'Est et de la Russie en vue d’une intégration dans le système financier mondial et d’une meilleure transition de ces économies dirigées vers l’économie de marché. Au début des années 1990, les financiers internationaux avaient relancé leurs prêts au Mexique dans un contexte de réforme de marché qui visait à libéraliser l’économie. Toutefois à la fin 1994, les marchés financiers changèrent soudainement leur appréciation de la situation mexicaine, craignant d’avoir prêté davantage que le pays ne pourrait rembourser. La crise financière qui découla de ce soudain changement d’humeur des marchés entraîna un renflouement immédiat des investisseurs par le FMI et la Réserve fédérale des États-Unis (Fed). La crise fut rapidement surmontée. Pour certains analystes, le redressement rapide du Mexique n’est pas imputable au FMI mais au rôle des crédits commerciaux américains et à l’intégration du pays dans la toute nouvelle ALENA (Accord de libre-échange nord-américain). Crise asiatique (1997) La crise financière asiatique touche d’abord l’Indonésie en 1997 où le FMI impose une politique d’austérité monétaire et de rigueur budgétaire, malgré l’instabilité sociale et ethnique du pays. Plusieurs banques furent fermées, ce qui provoqua selon certains analystes une aggravation de la crise. Face à l’expansion de la crise, les pays d’Asie ont adopté des positions différentes vis-à-vis des politiques préconisées par le Fonds monétaire international. Certains pays comme la Chine ont évité la crise en adoptant des politiques d’expansion économique. La Malaisie n’a elle non plus pas suivi les conseils de l’institution et a pris des mesures telles que le contrôle des mouvements de capitaux, ce qui a suscité des reproches du FMI. Toutefois, d’autres pays ont connu un relèvement rapide en adoptant partiellement les mesures préconisées par le FMI. C’est le cas de la Corée du Sud, qui se garda pourtant d’adopter toutes les mesures proposées. Depuis l'année 2005, les crédits accordés par le FMI se sont réduits drastiquement, du fait de la bonne santé économique du monde et des pays d'Amérique latine en particulier. Selon Daniel Cohen, le FMI qui a préconisé pendant un temps un libéralisme très idéologique (au cours des années 1990), est passé depuis à une situation de « pragmatisme absolu ». Le mardi 14 avril 2020, le FMI annonce qu'il viendra en aide auprès de 25 pays pauvres. Cette aide prendra la forme d'un versement qui permettra à ces pays de mieux faire fasse aux difficultés économiques crées par la crise Covid-19. En janvier 2021, le FMI annonce que la dette publique mondiale frôle les 100 %, avec un endettement global de 98 %. Ce qui dépasse l'endettement causé par la crise de 2009. Objectifs Depuis 1976, le rôle défini du FMI consiste en premier lieu à soutenir les pays connaissant des difficultés financières. Lorsqu’un pays est confronté à une crise financière, le FMI lui octroie des prêts afin de garantir sa solvabilité et d’empêcher l’éclatement d’une crise financière. L'article I des statuts du FMI en fixe les buts : « Encourager la coopération monétaire internationale ; faciliter l'expansion et l'accroissement harmonieux du commerce mondial ; promouvoir la stabilité des changes ; aider à établir un système multilatéral de paiements ; mettre temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources générales à la disposition des États membres qui font face à des difficultés de balance des paiements. Plus généralement, et conformément à ses autres buts, le FMI a pour responsabilité d'assurer la stabilité du système financier international. » Le FMI est en ce sens, le responsable de dernier ressort de la liquidité du système financier international, pour éviter le blocage des échanges et la contagion à tout le système (risque systémique) de problèmes momentanés de solvabilité d'un pays donné ou d'une banque centrale donnée. C'est une sorte de « banque centrale des banques centrales et trésors publics ». Dans le cadre des prêts qu’il accorde, le FMI se doit de garantir auprès de ses contributeurs la bonne utilisation des fonds alloués à tel ou tel pays. Il ne s’agit pas seulement de retarder la crise par l’octroi d’une aide monétaire temporaire, mais de profiter du répit accordé par le prêt pour corriger les causes structurelles des difficultés économiques. Ainsi le FMI exige des emprunteurs qu’ils mettent en place les politiques économiques qu’il préconise : les « politiques d'ajustement structurel ». Finalement les trois grandes missions du FMI sont : d’accorder des prêts aux pays en difficulté financière ; de conseiller les États membres quant à leur politique économique ; d’apporter une assistance technique et des offres de formation aux États membres dans le besoin. Politiques préconisées Là où il intervient, le FMI, avec l’aide d’autres organisations internationales octroyant des prêts (comme la Banque mondiale), négocie donc des plans dits d’ajustement structurel. Ils consistent généralement à améliorer les conditions de production et d’offre via la promotion des mécanismes du marché. Parmi les mesures concrètes souvent exigées, on trouve l’ouverture du pays aux capitaux étrangers et au commerce international, la libéralisation du marché du travail et la réduction du poids de l’État, c’est-à-dire la privatisation de nombreuses entreprises. L’économiste anglais John Williamson a regroupé l’ensemble de ces idées sous le terme de « consensus de Washington », en soulignant qu’elles sont partagées par la plupart des grandes organisations internationales (Fonds monétaire international, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce…) dont la plupart ont leur siège à Washington. Ces plans ne prévoient pas de baisses d'impôts, mais en général des baisses de dépenses conjuguées à des hausses d'impôts afin de rétablir l'équilibre budgétaire des États à problème. Par exemple, au Cameroun, le plan d'ajustement s'est traduit par des hausses de la fiscalité au point que le groupement patronal a dû demander une « pause fiscale » de deux ans pour pouvoir faire face aux nouveaux impôts. Les interventions du FMI se sont multipliées dans les pays en développement à partir des années 1980 qui virent éclater la crise de la dette du tiers monde, notamment à partir de 1982 et la cessation de paiement du Mexique. Toutefois le FMI est aussi parfois intervenu dans des pays développés, comme en Corée du Sud à la fin des années 1990. Depuis 2000, le FMI est devenu de plus en plus impliqué dans des pays développés, comme la Grèce en 2010 et 2011, le Portugal, l'Irlande, la Roumanie et l'Ukraine en 2012. En janvier 2012, ces cinq pays étaient les plus grands emprunteurs du FMI. En 2013, le FMI a monté un prêt de de dollars pour le système bancaire de Chypre. L’encouragement à la dérégulation du marché du travail La déréglementation du marché du travail est une idée fréquemment mise en avant par le FMI pour soutenir la croissance économique. Le FMI utilise ainsi l'« indice de protection de l'emploi » (créé par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)), pays par pays, et encourage sa diminution. Par exemple, le FMI a étudié le cas de la France et encourage le gouvernement à lutter contre les rigidités sur le marché du travail. Il encourage le gouvernement à éviter de nouvelles revalorisations du SMIC, et à limiter les phénomènes de « passager clandestin » pour le versement des revenus d'inactivité. Pourtant, en juillet 2009, le Fonds monétaire international, alors dirigé par Dominique Strauss-Kahn, publie un rapport sur les finances de la France. Si le rapport note que ce pays , grâce, notamment, à son système de protection sociale étendu, il recommande par ailleurs de (pensions, santé), prône . Interventions les plus importantes 1994 : : crise économique mexicaine : de dollars. 1997 : : crise économique asiatique : de dollars. 1998 : : crise financière russe : de dollars. 1998 : : de dollars. 2000 : : de dollars. 2001 : : crise économique argentine: de dollars. 2010 : : crise grecque : de dollars. 2011 : : crise portugaise : de dollars. Fonctionnement Le FMI est gouverné par ses membres, en date d'octobre 2020, chacun ayant une voix pondérée par sa participation financière à l'organisation (sa « quote-part »). prennent de nombreuses décisions en concertation avec la Banque mondiale au sein du « Comité de développement ». Sa gestion courante est confiée à un conseil d'administration composé du président de l'organisation et de représentant chacun une nation. Huit d'entre elles en 2020 ont un représentant permanent (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon, République populaire de Chine, Russie et Arabie saoudite), les sont élus par les pays membres. La plupart des décisions sont prises dans les faits à l'unanimité. Cependant, compte tenu des modalités de prise de décision au sein du FMI, qui supposent une majorité qualifiée correspondant à 85 % des droits de vote, les États-Unis, ou l'Union européenne dans son ensemble, disposent de fait d'un droit de veto sur les décisions du FMI puisqu'ils disposent chacun de plus de 15 % des droits de vote. Cependant, les pays de l'UE ne sont pas toujours coordonnés. Les ressources du FMI liées aux quotes-parts sont d'environ de DTS (soit de dollars américains), auxquels s'ajoute la possibilité pour le FMI de recourir à des emprunts envers les grandes puissances économiques (ces crédits sont de l'ordre de de dollars). Lors du sommet du G20 de Londres le 2 avril 2009 il a été décidé d'accroître significativement les ressources du FMI à hauteur de de dollars pour mieux faire face à la crise mondiale. Les pays émergents s'estiment en effet sous-représentés dans les institutions financières existantes. La réforme aura fait passer de 4 à 6,4 % les droits de vote de la Chine, ce qui l'aurait placée juste derrière le Japon mais loin encore derrière les États-Unis dont la quote-part n'aurait que légèrement diminué que de 17,7 à 17,4 %. Cette réforme aurait permis aux pays des BRICS d'être parmi les ayant la plus forte quote-part, au détriment notamment du Canada. En août 2010, admissibles à voter représentant 99 % du quota avait approuvé cette hausse. Bien que signé par le président américain Barack Obama en 2010, les Républicains du Congrès des États-Unis ont refusé de ratifier ce projet de réforme du Fonds Monétaire International. Le FMI compte environ . La seule langue officielle du FMI est l'anglais. Directeur général Depuis 1946, le poste de directeur général du FMI est successivement occupé par les personnes suivantes : En 2011, la rémunération annuelle globale de Christine Lagarde est fixée à (nets d'impôts) : soit un salaire annuel de auxquels s'ajoute une allocation de frais de . Une retraite annuelle est également attribuée trois ans après la fin de la présidence. États-membres Les retraits de pays La Pologne s'est retirée du FMI en 1950 sous la pression de l'URSS, avant d'y revenir en 1986. La Tchécoslovaquie a été forcée de se retirer en 1954, avant d'y revenir en 1990. Cuba s'est retiré en 1964. L'Indonésie s'est retirée pendant deux ans, de 1965 à 1967. Taïwan n’en fait plus partie depuis son éviction par la république populaire de Chine en 1980. Cependant le FMI publie les données de Taïwan sous le nom de « Taiwan Province of China ». Le , le président du Venezuela, Hugo Chávez, a annoncé son intention de retirer son pays de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international : « il vaut mieux que nous en sortions avant qu'on nous ait pillés », après avoir remboursé la dette contractée auprès du Fonds en 2006. Les pays non membres du FMI au sont : Andorre, la Corée du Nord, Cuba, le Liechtenstein, Nauru, Monaco et le Vatican. Le , le Soudan du Sud a adhéré à l'institution ; Nauru (12 avril 2016) et Andorre (16 octobre 2020) y sont depuis entrés. Il y a donc désormais, fin 2021, 190 pays membres du FMI. Principaux pays membres par droits de vote Actualisé en mars 2021 : : % : 6,15 % : 6,08 % : 5,32 % : 4,03 % : 4,03 % : 3,02 % : 2,63 % : 2,59 % : 2,22 % Les principales décisions nécessitent 85 % des votes, ce qui donne aux États-Unis un droit de veto. La réforme des droits de vote En 2010, le FMI est réformé par consensus au sein du G20 entre les pays riches et émergents. 6 % des quotas du FMI (qui ouvrent des droits de vote) sont transférés aux pays émergents ; l'Europe perd en influence, cédant deux sièges (sur les vingt-quatre que compte le conseil d'administration du FMI), au profit des BRICS, qui gagnent en puissance. Le ministre des Finances indien, Pranab Mukherjee, satisfait de la réforme, a déclaré : Critiques Sur sa fonction principale : arbitre des déséquilibres mondiaux Les statuts du FMI prévoient que les États membres s'engagent à n'avoir ni déficits ni excédents démesurés. Créé pour tenir un rôle d'arbitre impartial du rééquilibrage financier mondial, le FMI s'est montré totalement impuissant à agir sur les déséquilibres mondiaux. Vote en rapport avec la puissance économique et partialité Les États-Unis sont le contributeur principal du FMI, et possèdent ainsi 16,53 % des droits de vote. L'Union européenne possède 29,61 % des droits de vote. Les pays, qui représentent plus de 50 % du PIB mondial, ont la majorité des droits de vote alors que le FMI compte 190 pays membres. Ce qui fait dire aux détracteurs du FMI qu'il est un instrument au service des grands pays riches, qui financeraient le FMI pour imposer les vues économiques de l'organisation sur les pays qui choisissent d’avoir recours aux financements du FMI. Ce système de suffrage censitaire est critiqué, notamment par les tenants de la . Selon une règle tacite, le directeur du FMI est un européen (l’Europe se choisit un candidat susceptible de recueillir l'approbation du conseil d’administration), alors que le président de la Banque mondiale est un américain. Certains dirigeants des pays en développement s'insurgent contre cette pratique, tels l'ancien président de la Commission de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré qui voudrait y mettre un terme. Elle est également critiquée par le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, qui estime que ce système de sélection est également injuste envers les autres grands pays du monde tels le Brésil, l'Inde ou la Chine. Les prêts accordés par le FMI étant sous condition économique, c'est celui-ci qui se retrouve par extension à définir la politique économique et parfois sociale du pays. Certains économistes parlent donc du FMI comme d'une institution qui perpétuerait de façon tacite le colonialisme. La répartition des droits de vote pose pour certains la question de l'équité du FMI : dans La Grande Désillusion, l'économiste américain Joseph E. Stiglitz fait par exemple du FMI une institution au service de son principal actionnaire, les États-Unis. Sa critique met régulièrement en lumière la partialité du FMI qui risque d'entraîner le déclin de cette institution : « si l'analyse des déséquilibres mondiaux par le FMI n'est pas équitable, si le Fonds n'identifie pas les États-Unis comme étant le principal coupable, s'il ne concentre pas son attention sur la nécessité de réduire le déficit budgétaire américain par des impôts plus élevés pour les citoyens les plus riches et de dépenses plus faibles en matière de défense, la pertinence du FMI risque fort de décliner au cours du ». Inadéquation des méthodes d'analyse et faillite de la mission de surveillance Un rapport indépendant rédigé par une équipe du Bureau indépendant d'évaluation du FMI (BIE) concernant la période (2004-2007) qui a précédé la crise financière et économique mondiale a pointé du doigt l'incapacité du FMI à prévoir la crise durant ces années. Le rapport souligne que pendant cette période le et que le FMI a partagé l'idée alors répandue . Jusqu'aux premières heures de la crise et encore en avril 2007, le . Le FMI n'aurait accordé que peu d'attention à la dégradation du bilan des secteurs financiers, aux liens éventuels entre politique monétaire et déséquilibres mondiaux, ainsi qu'à l'expansion du crédit. Le FMI n'a pas perçu les principales composantes sous-jacentes de la crise en gestation. Aux États-Unis, il n'a pas analysé la dégradation des normes d'octroi des financements hypothécaires, ni le risque que cette situation faisait porter aux institutions financières et . En février 2006, le Programme d'évaluation du secteur financier (PESF) traitant du Royaume-Uni affirme que . Pour l'Islande, dont la croissance du secteur bancaire passait de 100 % du PIB à 1000 % en 2003, la surveillance du FMI . En 2007, les rapports du FMI affirment que . Le FMI a au contraire salué les « innovations financières » et a recommandé à d'autres pays avancés d'utiliser les mêmes méthodes que les États-Unis et le Royaume-Uni. Dans cette optique, le FMI critique en 2006 l'Allemagne et le Canada. Pour ce dernier, il précisait que . Les conseils du FMI pour ces pays ont précisément été axées contre les . Si l'édition du printemps 2008 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde (GFSR) signalait que de grandes institutions financières pourraient avoir des problèmes de solvabilité, durant l'été 2008, le FMI . En mai 2008, Dominique Strauss-Kahn affirme depuis Bruxelles, au sujet du secteur financier : Le rapport du BIE explique l'incapacité du FMI à identifier les risques et à donner des avertissements par différents facteurs : des méthodes d'analyse incomplètes et un « degré élevé de pensée doctrinaire » ; l'opinion dominante que « l'autorégulation des marchés suffirait à écarter tout problème majeur des institutions financières » ; le lien insuffisant entre l'analyse macroéconomique et celle du secteur financier ; les lacunes de la gouvernance interne. Politique considérée comme néfaste pour les pays en développement Les critiques adressées au FMI ont pour source la plupart des organisations altermondialistes et proviennent également d'économistes réputés libéraux (tels que Milton Friedman) ou de la Banque mondiale. Elles considèrent que les interventions du FMI, même si elles permettent un dépannage momentané des pays du tiers monde qui les acceptent, aggravent la pauvreté et les dettes en supprimant ou diminuant la capacité d'intervention de ces États, ce qui les empêcherait de mieux régler leurs problèmes. L'argument principal se base sur le fait que le FMI préconise les mêmes recommandations économiques et globalement les mêmes plans d'ajustement structurel (essentiellement des privatisations et des ouvertures du marché intérieur) à tout pays demandeur d'aide, sans analyser en profondeur la structure de chacun. Sur la base du « Consensus de Washington », il préconiserait le plus souvent une plus grande ouverture aux capitaux, aux services et biens mondiaux, la privatisation des entreprises publiques ainsi que l'austérité budgétaire. On peut prendre comme exemple l'Argentine, qui était considérée comme un pays modèle par le FMI (pour avoir suivi à la lettre ses recommandations), mais qui a connu une grave crise économique en 2000, entraînant un chaos (avec cinq présidents en dix jours en 2001). À ce sujet, l'Américain Joseph E. Stiglitz a développé ces critiques, notamment sur la période 1990-2000, dans son livre La Grande Désillusion (2002). Au sujet de l'intervention du FMI dans les pays asiatiques, notamment l'Indonésie, l'économiste libéral Milton Friedman a même déclaré que « sans le FMI, il n'y aurait pas le problème de l'Asie. Il y aura peut-être des cas isolés, comme la Thaïlande, mais, il n'y aurait pas une si grande crise à travers l'Asie ». La direction de la Banque mondiale s'est également montrée distante par rapport à la position du FMI et a renforcé l'impression que les deux institutions ne parlent plus systématiquement d'une même voix. M. James Wolfensohn neuvième président de la Banque mondiale, dans son discours du 6 octobre 1998, a déclaré . Dans son livre , Michel Chossudovsky impute au FMI l'éclatement de la fédération yougoslave, qui « est directement relié au programme de restructuration macro-économique imposé au gouvernement de Belgrade par ses créanciers de l'extérieur. Adopté en plusieurs étapes depuis 1980, ce programme a contribué à déclencher l'effondrement de l'économie nationale qui a mené à la désintégration du secteur industriel et au démantèlement graduel de l'État providence. Les tendances séparatistes alimentées par les divisions sociales et ethniques ont justement pris leur élan pendant une période d'appauvrissement brutal de la population yougoslave ». Les populations peuvent être très critiques face aux politiques d'ajustement structurel (PAS). Par exemple, le Sénégal a dû privatiser ses chemins de fer, ce qui a abouti à la suppression de la ligne que l'Office national vétérinaire utilisait. Cette mesure conduisit donc à l'élévation des prix des produits vétérinaires, entraînant un développement des épidémies et des parasites, aboutissant à l'abattage des troupeaux, abaissant la qualité sanitaire des animaux et empêchant l'exportation du bétail. La situation en Guinée et au Ghana est sensiblement la même. En Mauritanie, la suppression de la propriété collective traditionnelle de la terre a entraîné une concentration de la propriété foncière dans les mains de transnationales du secteur agroalimentaire, de grandes inégalités et du désordre social. Enfin, le FMI a subi un second revers en Amérique Latine, notamment en Argentine, dont le président Néstor Kirchner a rééchelonné unilatéralement la dette avec les créanciers privés, tout en escamotant 75 % de celle-ci. Après avoir retrouvé dès 2003 d'importants taux de croissance (autour de 9 %), elle a finalement décidé en 2005 le remboursement total de sa dette de façon anticipée prévue normalement en 2007, afin d'éviter l'étranglement de son économie par les intérêts, ce qui avait conduit à la crise financière selon Néstor Kirchner. Avec le remboursement de sa dette de 9,6 milliards de dollars au FMI, , a dit M. Kirchner. Le FMI s'est félicité du remboursement intégral de la dette de l'Argentine. Selon Joseph Stiglitz (Quand le capitalisme perd la tête), les aides accordées par le Trésor américain et le FMI ont contribué à réunir les conditions d’une crise en Argentine. D’après lui, les emprunts concédés à ce pays ont permis aux créanciers d’accorder des prêts sans se soucier de la condition économique réelle des emprunteurs : ils pensaient qu’ils seraient de toute manière renfloués par le FMI (voir à cet effet l'Aléa moral). De leur côté les emprunteurs ont effectué un raisonnement similaire ce qui a finalement déstabilisé la situation financière du pays et alimenté la spéculation. Les États-Unis, via le FMI, avaient aussi imposé une libéralisation des flux de capitaux et une déréglementation du système bancaire. Certains pays d’Amérique latine, en particulier l’Argentine et le Chili ont été montrés comme exemples de la bonne mise en application des principes du « consensus de Washington ». Si les deux pays ont connu en effet une certaine réussite, l’Argentine a fini par voir son économie s’écrouler en 2001. Ensuite, c’est au contraire en n’appliquant pas les recommandations du FMI que l’économie du pays s’est redressée. Le Chili continue quant à lui son développement sur un très bon rythme de croissance. Critiques lors de la crise asiatique Ses critiques Durant la crise asiatique, certains pays se sont par ailleurs montrés extrêmement critiques vis-à-vis de la gestion de cette dernière par le FMI. Le Japon, en se gardant de critiques ouvertes vis-à-vis de l’institution, a pourtant proposé en 1997 la création d’un Fonds monétaire asiatique (l'initiative de Chiang mai) auquel il se déclarait prêt à contribuer à hauteur de de dollars. Cette initiative a vu plusieurs étapes. La première étape, en 1997, était la création d'un accord de swap asiatique réciproque entre (Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande) qui a atteint de dollars. Ceci était totalement inadéquat lorsque la crise financière a frappé en 1997. La deuxième étape en 2000 était d'inclure le Japon, la Chine et la Corée, mais quand la crise Lehman a frappé en 2008, ce filet de sécurité a été élargi à , et ensuite doublé à de dollars en 2012. Dans son analyse de la crise financière asiatique, l'Institut de la Banque asiatique de développement (ADBI) a conclu que l'évaluation de la crise du FMI était défectueuse. La crise asiatique était fondamentalement différente de la crise de compte courant conventionnel typique de la plupart des pays en voie de développement, comme en Amérique latine. Selon l'ADBI, la crise était largement celle du compte de capital, dû à l'exposition d'un décalage conjoint des maturités et des risques de taux de change. En fait, la libéralisation prématurée du compte de capital a créé de fortes incitations à financer des projets d'investissement à long terme, grâce à des financements étrangers à court terme beaucoup moins chers. Cette stratégie a été assez rentable lorsque le taux de change est resté stable. Mais en raison d'une surveillance prudentielle inadéquate, une bulle spéculative s'est développée et a finalement éclaté. Par conséquent, dans ce cas, l'Asie avait besoin d'un échelonnement approprié des réformes financières, institutionnelles et de gouvernance internes - avant la libéralisation du compte de capital. Ainsi, la politique conventionnelle du FMI d'austérité budgétaire, les conditions monétaires serrées et surtout la dévaluation étaient inappropriées. Selon Martin S. Feldstein, les programmes du FMI en Asie sont allés bien au-delà du rôle traditionnel du FMI. Au lieu d'exiger des politiques macroéconomiques qui peuvent améliorer le compte courant nécessaire, le FMI est intervenu dans les politiques détaillées sur les marchés du travail, la structure des entreprises, les banques, les impôts, les réglementations spécifiques, et les règles d'importation. De même, le FMI a cherché à substituer ses prêts pour les obligations à des banquiers étrangers quand il aurait plutôt dû chercher à réunir les emprunteurs et les créanciers pour restructurer les prêts privés. Ces problèmes sont particulièrement répandus dans les politiques imposées à la Corée. Ces différences dans l'évaluation des causes de la crise expliquent l'hésitation de la Corée à rechercher un plan de sauvetage du FMI en novembre 1997, suivi par sa sortie rapide du programme de stand-by et le remboursement de ses prêts du FMI en décembre 2000, une fois l'économie stabilisée. Cela explique aussi le succès de la Malaisie pour traverser la crise en refusant l'approche de l'austérité du FMI, et en mettant en œuvre des contrôles de capitaux. Dans le même esprit, le rapport de la Commission Meltzer établi par le Congrès des États-Unis (1998) était assez critique du rôle du FMI dans la crise financière de 1997. La crise financière mondiale qui a éclaté en 1997 a ouvert la voie pour le premier véritable débat depuis plusieurs décennies sur le rôle du FMI. La plupart des analystes conviennent que les politiques de libéralisation des marchés de capitaux et financiers en Asie de l'Est, promues par le FMI au début des années 1990, ont probablement aggravé la crise. Après la fuite des capitaux volatiles, les pays asiatiques ont plongé dans une chute libre économique ; or le FMI prescrit des mesures économiques difficiles qui dans certains pays ont aggravé la crise. Ses défenseurs En réponse à ces nombreuses critiques, Stanley Fischer a défendu l'approche du FMI. Les politiques monétaires et budgétaires restrictives dans les économies asiatiques en crise étaient nécessaires pour consolider la confiance dans leurs devises et financer les coûts énormes de la restructuration financière. . Dans le même esprit, une critique commune est que le FMI impose des politiques économiques sévères sur les gouvernements, écrasant les espoirs et les aspirations de leur peuple. Mais du Pérou en 1954 à la Corée du Sud en 1997 et à l'Argentine en 2002, les gouvernements des pays en voie de développement ont cherché l'aide du FMI parce qu'ils étaient déjà en difficulté financière profonde. Le FMI intervient lorsque les créanciers privés craignent d'intervenir. De plus, il offre des prêts à faibles taux d'intérêt. Le FMI ne crée pas de l'austérité, dit Kenneth Rogoff. D'ailleurs, il ajoute que les politiciens font du FMI « un bouc émissaire commode » quand ils doivent enfin imposer l'austérité. Problèmes clés Face à ces défis, le département du Trésor des États-Unis, sans doute la principale influence sur les politiques du FMI, a offert une proposition de réforme modeste qui n'a pas une vision claire pour le changement. • La proposition de réforme du département du Trésor met l'accent sur la transparence et la surveillance, tout en ignorant le problème de capitaux spéculatifs volatiles. • Selon les recommandations de la Commission Meltzer, le FMI doit mettre fin à l'assistance à long terme liée à des conditions d'ajustement structurel, mais assurer plutôt une influence importante en exigeant que les pays mettent en œuvre les « conditions préalables » orientées envers les marchés libres pour se qualifier pour une aide d'urgence. • L’échec d'un pays à respecter les conditions pour l'aide financière, en avance, serait susceptible de provoquer la nervosité des marchés financiers et nuire à l'objectif de stabilité. Critique des conditionnalités dites d'ajustement structurel Les critiques pensent que les conditions négociées avec le FMI, une entité supranationale, sous forme de plans d'ajustement structurel limitent la souveraineté des économies nationales en encadrant certains aspects de la politique de l'État. Ils critiquent aussi l'impact de ces plans sur l'économie. De leur point de vue, l'action sur les salaires diminue d'autant le pouvoir d'achat nominal, la privatisation des entreprises publiques réduit la capacité de l'État à intervenir. De plus l'augmentation des importations mettrait souvent à mal les économies locales des systèmes de production traditionnels. Selon eux, certains de ces plans, proposés par le FMI et la Banque africaine de développement (BAD), entravant la réforme des terres agricoles tout en incitant à accroître le commerce des denrées agricoles, seraient parmi les causes des flux migratoires vers les villes, de l'extension des bidonvilles et de la pauvreté et l'émigration vers les pays du Nord. Ces plans sont aussi tenus pour responsables de la stagnation économique qui a frappé certains des pays qui les ont appliqués. Par exemple, la suppression ou la diminution des aides publiques pour l'éducation aurait dans certains pays handicapé la formation et nui à la croissance. De même, des suppressions de programmes de santé auraient laissé le SIDA dévaster des populations, ainsi que l'économie en décimant la main-d’œuvre. Règlement interne protégeant les personnes Le , à la suite de l'affaire Piroska Nagy, le harcèlement devient un motif de licenciement au FMI. Notes et références Voir aussi Bibliographie Dominique Carreau, Le Fonds monétaire international, éditions A. Pedone, 2009, 200 p. Jean Ziegler, L'Empire de la honte, Éditions Fayard, 2005, 324 p. Documentaires Reportage de John Kampfner, BBC, diffusé en France dans Lundi Investigation sur Canal+ sous le titre Mondialisation, quand le FMI fabrique la misère Fernando E. Solanas, Argentine et FMI, mémoire d'un saccage, 2003. Sur les conséquences des politiques du FMI en Argentine et au Gabon Pascal Vasselin, Le pouvoir FMI. Sur la mécanique des négociations vues de l'intérieur, diffusé notamment en France et en Allemagne par Arte en 1999 Pascal Vasselin, FMI-Russie : l'enjeu. Diffusé par France 5 en 1999 Articles connexes Dette du tiers monde John Perkins Liens externes Statut du Fonds monétaire international Banque mondiale, FMI et développement sur le site de La Documentation française Perspectives de L'économie mondiale, FMI, septembre 2005, , 37, 57 et 90. (Exemple d'encouragement à la déréglementation du marché du travail dans les différentes zones économiques du monde) La Crise indonésienne et le rôle du FMI sur le site du Haut Conseil de la coopération internationale Independent Evaluation Office : créé en 2001 pour mener des évaluations indépendantes et objectives des politiques et des activités du FMI Organisme fondé en 1944
1190
https://fr.wikipedia.org/wiki/Freenet
Freenet
Freenet est un réseau informatique anonyme et distribué construit sur l'Internet. Il vise à permettre une liberté d'expression et d'information totale fondée sur la sécurité de l'anonymat, et permet donc à chacun de lire comme de publier du contenu. Il offre la plupart des services actuels d'Internet (courriel, Web, forums, etc.). Freenet a été créé par suite d'une inquiétude croissante à propos des libertés sur internet, ainsi résumée par Mike Godwin en 1996 : Principe de fonctionnement Freenet est un espace de stockage partagé et distribué, comparable par exemple aux tables de hachage distribuées des clients BitTorrent, le grand avantage étant que les données sont stockées sous forme chiffrée. Contrairement à BitTorrent où on choisit spécifiquement de partager certains fichiers, Freenet va commencer par relayer des données, et en stocker une partie. De cette manière, les données les plus populaires sont aussi les plus redondantes, un excellent moyen de résister à la censure. Le fait de stocker — et de faire transiter — les données sous forme de blocs chiffrés permet un déni plausible puisque, lorsqu'on ne possède pas la clé pour déchiffrer le contenu, on ne peut identifier ce qui est stocké ou relayé par le nœud. De par sa conception, Freenet permet d'exploiter une topologie de type mixnet c'est-à-dire combinant un réseau pair à pair de type "DarkNet" (dans lequel tous les pairs sont des personnes de confiance) et "OpenNet" ("réseau ouvert", dans lequel des pairs peuvent être des inconnus). La conception acentrée (car sous forme d'architecture distribuée) du réseau interdit à quiconque — même à ses concepteurs — d’interrompre son fonctionnement. Logiciels Les fondateurs et responsables du réseau Freenet sont également les auteurs du logiciel Fred (Freenet REference Daemon, couramment appelé Freenet par abus de langage), qui est un logiciel libre programmé en Java permettant de communiquer selon le protocole du réseau Freenet. Chaque ordinateur possédant un moyen de faire fonctionner Java peut le faire fonctionner et donc accéder à Freenet (Windows, Mac OS, Linux, Unix, etc.). Fred n'étant qu'un démon, il est nécessaire d'utiliser un navigateur Web pour s'y connecter (à l'adresse http://localhost:8888/). Fred est capable de générer l'interface de gestion du nœud, et intègre par ailleurs un système de signets. Un navigateur libre disposant d'un mode de navigation privée ou incognito est fortement recommandé du point de vue de la sécurité et de l'anonymat. Freesites Insertion Wizard Freesites Insertion Wizard (FIW) est un logiciel développé en Java qui permet d'insérer un freesite quel que soit son type (One-shot, Edition ou DBR). Il gère seul les clés des Freesites, leur insertion dans Freenet, ainsi que la récupération des réponses que font les visiteurs par l'intermédiaire d'un formulaire NIM. Son interface est complexe et son développement est arrêté. Aujourd'hui il existe deux autres projets de logiciel visant à le remplacer avec une interface plus simple et plus agréable : Exhale et Jsite. Frost Frost est un logiciel servant à l'échange de fichiers pair à pair et la messagerie instantanée. Il permet en outre de télécharger des fichiers que l'on trouve au moyen d'une fonction de recherche intégrée (un peu comme un p2p classique). Il est également possible d'utiliser Frost en parallèle avec Fuqid, qui gère plus agréablement les téléchargements. Lors du , Frost ne connaît qu'un nombre limité de « boards » (forums de discussion) et aucun fichier. La liste des boards est publiée régulièrement et viendra s'ajouter automatiquement à la liste des boards consultables. De même, l'outil de recherche de Frost n'affiche dans ses résultats que les fichiers pour lesquels il a reçu le message annonçant leur insertion, c’est-à-dire très peu. Freemail Freemail est un logiciel libre de courriel fonctionnant exclusivement sur le réseau Freenet. Il permet d'avoir un courriel sur ce réseau et de s'échanger des courriels anonymes et chiffrés. Le projet est fonctionnel mais le développeur demande à d'autres de le reprendre par manque de temps. Plugins Il est possible d'obtenir des plugins pour le nœud à travers le réseau de façon sécurisée. Les plugins permettent en général d'offrir des fonctionnalités supplémentaires, comme la génération d'index et la recherche dans les freesites. ShareLink: Pastebin/Pad sous forme de Freesite WoT : Implémentation complète de la "Toile de Confiance" (Web of Trust), permet de gérer le spam et le flood en évaluant la réputation d'un pseudonyme. Sone : Réseau social s'appuyant sur WoT Freemail: gestion des mail sur freenet, la prochaine version s’appuiera sur WoT (utiliser un client mail classique pour parcourir vos freemails) Freetalk: Futur forums s'appuyant sur WoT (aujourd'hui à l'arrêt). Outils externes utilisant le réseau Freenet jSite, propose une interface plus conviviale que celle présente par défaut pour insérer des freesites, ensemble de fichiers statiques formant des pages Web ; Thaw, pour l'insertion et le téléchargement de fichiers à la chaîne Freemail, offre un système de courrier électronique anonyme à travers le réseau Freenet. Forums FMS (), système de newsgroups fortement-anonyme - écrit en C++ - résistant au spam (ce dont souffrait Frost) et basé sur une « toile de confiance » (système de confiance (notation) entre pairs) Frost, système avancé de forums anonymes. Permet à une personne de ne pas avoir de pseudonyme. Frost est jugé plus simple d'emploi que FMS. Il est à noter que le développement de Frost est inactif depuis 2011. Syndie : logiciel capable d'accéder à des forums (hébergés par des "archives") situés dans plusieurs réseaux anonymes : Freenet, I2P, TOR. Applications s'appuyant sur FMS FLIP (), client IRC - écrit en C - pseudo-anonyme à travers le réseau Freenet, il est dépendant de FMS Freekiwiki et Fniki permettent la création de wikis anonymes. Types de clés CHK () : ce type de clé correspond à un fichier ou à un groupe de fichiers. Elle est immutable et, si on insère deux fois le même fichier, la clé obtenue sera la même. SSK () : utilise la cryptographie à clé publique pour permettre l'insertion répétée de plusieurs fichiers sous une même clé () pourvu qu'on connaisse la clé pour insérer les données (). USK () : identique aux SSK, mais le nœud essaiera toujours de trouver la dernière version des données insérées. KSK () : permet de créer une clé facilement mémorisable, par exemple KSK@mon_fichier.txt, mais aucune garantie concernant l'authenticité des données. Notes et références Notes Références Annexes Articles connexes Darknet P2P privé P2P anonyme mais aussi : Anonymat sur Internet Partage de fichiers en pair à pair Pair à pair (contient une liste de logiciels dans la section : Autres systèmes pair-à-pair chiffrés et/ou partiellement anonymes) Système de fichiers distribué Autres réseaux anonymes GNUnet : réseau P2P et F2F anonyme avec partage de fichier. Logiciel multifonctions et multiplateforme, issus du projet GNU. Tor (The Onion Router) : naviguer sur internet de manière anonyme Service caché Tor : héberger un site de manière anonyme I2P : réseau en oignon, permet de naviguer sur internet de façon anonyme Fidonet : réseau de communications par ligne téléphonique The Hidden Wiki : wiki incensurable que chacun peut consulter et éditer de manière anonyme Liens externes Wiki officiel de Freenet Freenet for traveler (Freenet pour voyageur) est un logiciel non officiel permettant d'utiliser facilement Freenet à la façon d'une application portable (sous Windows). Réseau de partage anonyme de fichiers Logiciel libre sous licence GPL Système informatique d'anonymat Sécurité du réseau informatique Logiciel de sécurité informatique
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https://fr.wikipedia.org/wiki/France%20T%C3%A9l%C3%A9com
France Télécom
France Télécom, dénommée Orange depuis le , est une société française de télécommunications. Au moment du changement de nom, elle était la mondiale, employait près de , dont en France et servait près de 226 millions de clients dans le monde. Historique Les télécoms, service industriel de l'État Sous la Révolution française, en 1792, le premier réseau de communication voit le jour pour permettre d'acheminer rapidement les informations dans un pays en guerre et peu sûr. Il s'agit du réseau de télégraphie optique de Chappe. Après l'invention du télégraphe électrique et ensuite du téléphone, l'État français crée en 1878 un ministère des Postes et Télégraphes. Ce dernier annexe bientôt les services du téléphone, qui sont nationalisés en 1889. Pourtant ce n'est qu'en 1923, que le second « T » apparaît, le ministère des P & T devenant celui des PTT. En 1941, une Direction générale des Télécommunications est créée au sein de ce ministère et, en 1944, le Centre national d'études des télécommunications (CNET), a pour mission de développer l'industrie des télécommunications en France. Entre 1950 et 1965, la demande d'abonnements téléphoniques est très supérieure aux possibilités de raccordement des P&T, le temps d'attente peut atteindre plusieurs années dans les grandes villes, des numéros de téléphones se revendent très cher. Dans les années 1970, la France met les bouchées doubles pour rattraper son retard sur plusieurs autres nations avec le programme « Delta LP » (accroissement des lignes principales). C'est à cette époque que fut construite la plus grande partie de la boucle locale. De plus, avec le concours des industriels français, sont mis au point par les ingénieurs et chercheurs du CNET, la commutation numérique, le Minitel en 1980, le réseau Radiocom 2000 en 1986, la norme GSM. À cette époque, le service public du téléphone est arrivé à développer un réseau extrêmement dense, parmi les plus performants du monde, il assure à tous ses employés le statut de fonctionnaire. Création de la société France Télécom Pour répondre à une directive européenne et réorganiser le secteur des télécommunications français suivant le modèle existant aux États-Unis d'un marché concurrentiel des télécommunications (téléphonie fixe principalement) sur lequel opèrent des entreprises commerciales internationales cotées en bourse, la Direction générale des télécommunications, qui est alors une administration, prend le nom de France Télécom le . La loi du transforme l'administration France Télécom en un établissement de droit public, dont Marcel Roulet est le premier Président ; il est doté d'une personnalité morale distincte de l'État et acquiert une indépendance financière. Auparavant, le budget de dépense des Télécommunications était inscrit au sein du budget annexe des PTT voté chaque année par l'Assemblée nationale, tandis que les recettes étaient considérées comme des taxes et encaissées par le Trésor public. Avec la nouvelle organisation, France Télécom conserve ses recettes, les utilise pour ses dépenses et reverse l'excédent à son actionnaire unique qui est l'État. Le , France Telecom débute à Strasbourg une expérience-pilote de téléphonie sans-fil grand-public, en ville. Le Bi-Bop est commercialisé « en grand » à partir d’ à Paris, Lille et dans quelques lieux de villégiature. Le , France Télécom lance Itineris, le premier opérateur de téléphonie mobile à la norme de GSM. En 1993-1994 l'accord Atlas conclut un rapprochement France Télécom-Deutsche Telekom. En , France Télécom et Deutsche Telekom prennent une participation dans Sprint, américain. France Télécom devient également un fournisseur d'accès à Internet en 1995 avec la création de Wanadoo, deux ans après les premiers fournisseurs, et après avoir tenté d'empêcher l'arrivée d'internet en France. En , Michel Bon est nommé à la tête du groupe France Télécom. Pour préparer l'ouverture à la concurrence au , une loi est votée en transformant l'exploitant public en société anonyme dont l'État français est le seul actionnaire. Entrée en bourse et bulle Internet (1997-2000) En 1997, le capital de la nouvelle société anonyme a été ouvert avec succès. L'action est vendue . Une seconde ouverture eut lieu en 1998, malgré la crise des marchés émergents, puis la bulle Internet rend les bourses euphoriques en 1999. Partie en retard dans le train de l'internationalisation lancé par des concurrents internationaux tels Vodafone, France Télécom se met à chercher des cibles au plus fort de la valorisation des années de la bulle Internet. Cela d'autant plus que son alliance avec Deutsche Telekom, caractérisée par une participation au capital croisée de 2 %, a éclaté lorsque cette dernière a annoncé un projet de rapprochement avec Telecom Italia (finalement abandonné) sans avertir les Français. En , l'action France Télécom atteint puis son plus haut historique à avant de redescendre, brutalement. Le groupe France Télécom rachète la grande majorité d'Orange en 2000 et l'intégralité en 2003 ; il fusionne ensuite ses activités mobiles (Itinéris, OLA et Mobicarte) en une filiale nommée Orange. France Télécom procède également à de nombreuses autres acquisitions de sociétés (revendues pour certaines) dans le monde devenant le quatrième opérateur mondial par sa taille (GlobalOne, Equant, Internet Telecom, Freeserve, EresMas, participation dans Wind, NTL, Mobilcom, etc.). La période post-bulle Internet (2000-2004) À la suite d'un changement de qualification d'une partie de la dette de « long terme » à « court terme » en vue d'obtenir un meilleur taux d'intérêt, les actionnaires s'aperçoivent que, de 2002 à 2005, France Télécom doit rembourser chaque année entre cinq et quinze milliards d'euros de dette. En , France Télécom vend la totalité de sa participation (9,9 %) de l'américain Sprint. Le cours de l'action s'effondre à le , alors qu'il était à le . L'entreprise qui avait une capitalisation boursière de 580 milliards d'euros voit cette dernière chuter à 18 milliards d'euros. Le , le président-directeur général est Thierry Breton. Il a été appelé pour redresser l'entreprise qui était à ce moment-là, la deuxième entreprise la plus endettée du monde (69,7 milliards d'euros, en termes de dette à court terme). Il a obtenu quinze milliards de réaménagement de la dette à prendre en charge par les banques et les investisseurs, quinze milliards d'augmentation de capital réclamés à l'État alors actionnaire majoritaire, et quinze milliards de trésorerie à dégager grâce à des économies en interne. Nommé ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, il démissionne de France Télécom le pour rejoindre le gouvernement. Les fusions opérées en par France Télécom avec sa filiale de téléphonie mobile Orange, achetée au prix fort lors de la bulle Internet de 2000, et avec sa filiale spécialisée dans l’accès à Internet Wanadoo, rebaptisée Orange, ont amené Colette Neuville, la présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (ADAM), à écrire à l'Autorité des marchés financiers (AMF) pour souligner qu’une action Wanadoo valait au moment de son introduction en bourse au printemps 2000, et que France Télécom en a proposé , seulement quatre ans plus tard. Privatisation et changement de nom En , l'État français cède une partie de ses actions pour passer en dessous de la barre des 50 %. France Télécom devient alors une entreprise privée. Cent quinze ans après sa nationalisation, le téléphone redevient privé en France. Le , France Télécom annonce le rachat de 80 % de l'opérateur de téléphonie mobile Amena, détenteur de 24 % de parts de marché en Espagne, pour la somme de 6,4 milliards d'euros dont trois par augmentation de capital. France Télécom a aussi annoncé le déploiement du plan NExT dont l'objectif est de fournir à ses clients, de façon intégrée, l'ensemble des services de télécommunications dont ils ont besoin. Selon la société Dataxis, France Télécom serait en 2005 le deuxième opérateur ADSL mondial derrière China Telecom et devant l'américain SBC Communications. Il serait le premier opérateur ADSL européen. Depuis le , France Télécom tend à commercialiser l'ensemble de ses produits dans le monde sous la seule marque commerciale Orange, ainsi Wanadoo et Ma Ligne TV sont renommés Orange. À cette occasion le logo (esperluette) de la marque France Télécom est devenu plus arrondi, la charte graphique (couleur et police) a été modifiée. En , l'État français cède à nouveau 5 % de sa participation dans France Télécom. La participation publique (État français et ERAP) est portée à 27 %. À cette même date, France Télécom revend Orange Pays-Bas et acquiert le fournisseur d'accès espagnol Ya, ainsi que l'opérateur mobile autrichien . En , les médias prêtent à France Télécom l'intention de racheter la société scandinave TeliaSonera. Le nouvel ensemble deviendrait le premier opérateur européen. Cette opération sera abandonnée. Le , Orange et T-Mobile annoncent un rapprochement au Royaume-Uni en fusionnant leurs activités dans le groupe Everything Everywhere, pesant alors 37 % et devenant le premier opérateur mobile. Le , France Télécom rentre au capital (40 %) de Meditelecom (marque Méditel), deuxième opérateur de téléphonie mobile du Maroc (dix millions de clients au moment de l'opération). L'accord prévoit la montée de France Télécom à 49 % du capital d'ici 2015. En , France Télécom acquiert l'opérateur CCT en République démocratique du Congo En 2012, France Télécom s'est séparé d'Orange Suisse et de TP opérateur polonais de TNT. Le , France Télécom - Orange ferme le service Minitel. En , la ligne fixe France Télécom change de nom et devient la ligne fixe Orange. Tous les services d'Orange France portent désormais le même nom. Les sites internet de France Télécom renvoient tous vers les sites Orange. Toutefois, le nom juridique de l'entreprise, sa raison sociale, son adresse, son RCS restent France Télécom SA pour les offres fixe et internet. Le changement complet de nom au profit d'Orange est finalement voté lors de l'assemblée générale du avec effet à compter du . De France Télécom à Orange En , France Télécom rachète Orange plc à Vodafone et adopte un nouveau logo dans lequel l'orange est la couleur dominante. Le , Itinéris, Ola et Mobicarte, les activités de téléphonie mobile de France Télécom, sont regroupées sous la marque Orange. Le , Wanadoo et Ma Ligne TV deviennent Orange. Equant devient Orange Business Services. Le logo de France Télécom est modifié. En , France Télécom R&D devient Orange Labs et la Fondation France Télécom devient la Fondation Orange. À partir de 2011, France Télécom communique en tant que Groupe France Télécom - Orange et les agences France Télécom deviennent des boutiques Orange. En , les services de téléphonie fixe de France Télécom sont commercialisés sous la marque Orange. Finalement le changement de nom est voté au cours d'une assemblée générale le . Le changement de nom est effectif au , France Télécom devient alors définitivement Orange. Données financières La période d'expansion euphorique tous azimuts de la fin du connut le revers de la médaille en 2002. France Télécom fut obligée d'afficher pour la première fois depuis plusieurs décennies un déficit abyssal à la suite d'investissements hasardeux à l'étranger en vue d'en faire un groupe de taille européenne en préparation de l'ouverture à la concurrence. L'endettement financier net de France Télécom au en normes IFRS s'élève à 38,2 milliards d'euros, soit un ratio dette nette sur marge brute opérationnelle juste inférieur à 2. Un dividende d' par action au titre de l’exercice 2009 a été versé en . Plan NExT Objectifs Le plan NExT (Nouvelle Expérience des Télécommunications, plan de 2006-2008) est le plan de redressement de la société France Télécom qui vise entre autres à réduire les coûts – principalement salariaux – de la société, à mener une politique de produits et services convergents, et à regrouper toutes les enseignes du groupe sous une marque unique (Orange), sauf pour les activités téléphonies fixes qui restent sous la dénomination France Télécom. Ceci entraîne donc la disparition de nombreuses marques (Wanadoo, Equant…). Il est prévu, dans le cadre du programme managérial Act (Anticipation et compétences pour la transformation), de diminuer les effectifs de 10 %, soit . Les effectifs de 2005 à 2009 fondent de à 167 000. Identité visuelle (logo) Dans les années 1980 et 1990, le bleu ciel était la couleur de France Télécom. Les véhicules de l'entreprise arboraient cette couleur et les téléphones publics étaient bleu foncé ou bleu ciel et bleu foncé pour les plus récents. Les premiers logos des « Télécoms » sont plutôt classiques, représentant un téléphone d'abord avec un cadran puis modernisé avec un clavier. Le logo adopté début est plus original, il représente toujours un clavier téléphonique mais évoque aussi les panneaux solaires des satellites et le progrès technique. Le logo apparu en 2000 est radicalement différent: l'esperluette symbolise le lien entre les hommes et la communication. L'orange est la couleur dominante, ce logo ayant été adopté au moment du rachat de la marque Orange par France Télécom. Les trois dernières lettres du nom France Télécom, elles aussi orange, faisaient référence au « .com » des sites internet. L'esperluette est modernisée en 2006 et c'est tout le mot Télécom qui devient orange. À partir de , France Télécom utilise le logo d'Orange, très simple et sobre, pour sa communication. Métiers En 2013, France Télécom développait et commercialisait trois grandes familles de services sous la marque Orange : les services de communication résidentiels (SCR), qui restent sous leur marque historique dans les pays où France Télécom est l'opérateur historique (France, Pologne, Jordanie, Sénégal) bien qu'en France, la dénomination France Télécom ait laissé la place à Orange. les services de communication personnels (SCP), c'est-à-dire mobiles, sous la marque Orange. les services de communication d'entreprise (SCE) sous la marque Equant puis Orange Business Services. Elle avait adoptée une stratégie de services convergents, dont Unik aura été la première manifestation la plus visible : Orange Open, offre quadruplay du groupe, lui succédera. Les services résidentiels Ils utilisaient principalement la traditionnelle ligne fixe, éventuellement équipée en ADSL, et étaient commercialisés sous les marques France Télécom ou Orange (49 millions de clients en téléphonie fixe, 12 millions en internet haut débit) : Minitel (jusqu'au ); téléphonie fixe ; Internet bas débit (par modem), haut débit (par ADSL) et très haut débit (par la fibre optique) ; téléphonie IP ; visiophonie ; télévision numérique (la TV d'Orange) ; contenus multimédias (ex. : vidéo à la demande). France Télécom — Orange déployait un réseau de fibre optique FTTH dans plusieurs villes de France qui permettra de passer à la génération suivante de services résidentiels. Les services personnels Ils utilisaient principalement les réseaux mobiles de et générations et étaient commercialisés sous la marque Orange (98 millions de clients) : téléphonie mobile ; Internet mobile ; multimédia mobile. Les services aux entreprises Ils étaient plus spécialement destinés aux activités professionnelles et commercialisés sous la marque Orange Business Services : téléphonie fixe et mobile ; transmission de données ; Internet ; réseaux locaux d'entreprises. Les services « publics » France Télécom était le gestionnaire du Service universel des télécommunications. France Télécom possédait et gérait également : Des boutiques ouvertes au public, réparties à travers tout le territoire. Des cabines téléphoniques : les premières cabines téléphoniques sont apparues à Paris en 1884, et sont progressivement répandues sur le territoire, jusque dans les années 1990, date de développement puis d'explosion de la téléphonie mobile qui a entraîné le déclin pour cause de rentabilité de ces cabines : ainsi en 1996, il y en avait en France ; en 2009, il y en a . Au début des années 1990, certains TGV ont même été équipés de cabines. Stratégies de développement Afin de s'assurer une politique de croissance durable, le groupe France Télécom - Orange élargit ses activités à la vente de contenus (musique, cinéma, téléchargement…), au commerce électronique, à la publicité en ligne, aux solutions M2M, domotique, et de téléassistance aux malades. Elle développe également fortement le périmètre géographique de ses activités, en investissant massivement dans les pays dit « émergents ». Dans le domaine concurrentiel des télécommunications, France Télécom, à travers son plan NExT (2006-2008), a amorcé une politique commerciale et marketing de convergence (accès aux services depuis le téléphone fixe, mobile, internet ; facturation unique…). Politique qui tend à s'étendre à l'ensemble des opérateurs téléphoniques. Conséquences de l'ouverture à la concurrence La transformation de son métier de fournisseur de services publics en situation de monopole à celui de prestataire de services aux consommateurs sur un marché concurrentiel s'est faite progressivement et avec certaines difficultés. Depuis 1998, le marché des télécommunications est en concurrence totale en France conformément aux directives européennes. Toutefois, le coût de l'installation d'une infrastructure de desserte des abonnés étant très élevé, la concurrence n'a pas choisi en dehors du câble et de la fibre optique de construire sa propre infrastructure de terminaison. Par conséquent, l'ouverture de son marché a reposé en partie sur la mise à la disposition de son infrastructure à ses propres concurrents. Autrement dit, France Télécom a été forcé de laisser ses concurrentes utiliser son réseau pour leur permettre l'accès au marché, et à proposer des offres d'accès à ses infrastructures. De nombreuses offres existent comme le dégroupage, l'interconnexion mais également l'accès à l'internet haut-débit. Citons également, pour le mobile, l'accès à des segments de clientèle par les opérateurs mobiles virtuels MVNO. Ces offres sont commercialisées par l'entité Orange Wholesale France qui gère au sein du groupe Orange les activités de vente en gros. La contrainte a été pour l'essentiel législative et réglementaire. Le système reposait et repose encore sur l'imposition d'une règle par l'État français ou l'Union européenne. Des encadrements économiques lourds ont été mis en place par les pouvoirs publics (validation des tarifs d'interconnexion, validation des offres tarifaires proposées par France Télécom pour s'assurer que la société ne bénéficie pas d'avantage lié à sa position dominante sur le marché). Un contrôle du strict respect de la règle (entre autres par dénonciation des concurrents) est en place et a conduit France Télécom à être condamnée à plusieurs reprises à de lourdes amendes pour entrave à la libre concurrence. Dans le cadre de cette réglementation visant à permettre l'essor d'une forte concurrence sur les marchés des télécommunications de l'ensemble des pays européens, la France est le pays où l'ADSL s'est développé le plus rapidement avec un marché très concurrentiel et des tarifs très bas en comparaison avec ses voisins européens. Condamnations judiciaires Prix prédateurs Le , la Commission européenne a condamné France Télécom pour abus de position dominante sur le marché de l'ADSL. L'entreprise pratiquait des prix prédateurs, c'est-à-dire vendait ses services d'accès à l'Internet à perte afin d'éliminer ses concurrents et de pouvoir par la suite pratiquer des tarifs plus élevés que sur un marché concurrentiel. France Télécom a été condamnée à verser une amende de d'euros au budget européen. France Télécom a fait appel de cette décision devant le tribunal européen de première instance, qui est un des organes de la cour de justice de l'Union européenne. Celui-ci a confirmé le la décision de la Commission et exigé le paiement de l'amende. Entente anti-concurrentielle entre opérateurs mobiles Le , la société France Télécom / Orange France a été condamnée par le Conseil de la Concurrence à une amende de d'euros dans l'affaire de l'entente entre trois opérateurs de téléphonie mobile en France. Pratiques anti-concurrentielles dans les DOM Le , l'Autorité de la concurrence a sanctionné France Télécom / Orange à hauteur de d'euros pour avoir entravé abusivement le développement de nouveaux opérateurs concurrents dans les DOM (principalement à la Réunion). France Télécom / Orange a utilisé sa position dominante résultant notamment de son ancien monopole pour s'octroyer, de manière déloyale, des avantages sur ses concurrents. Les pratiques relevées par l'Autorité sont : un niveau excessif des tarifs ; du « winback » ; un ciseau tarifaire sur les offres internet haut débit ; le maintien de services de restriction d'appel incompatibles avec la présélection d'un opérateur alternatif. 2011 contre Numericable pour abus de position dominante L'opérateur historique a été condamné par le Tribunal de commerce de Paris à verser dix millions d'euros à Numericable pour des pratiques anti-concurrentielles sur le marché de l'accès à Internet. Actionnaires France Télécom est une société anonyme dont le capital de (au ) est réparti de la façon suivante : Actionnaires institutionnels : 64,3 % État français (dont ERAP puis Fonds stratégique d'investissement qui détient 13,67 %) : 26,97 % Actionnaires individuels : 5,0 % Deutsche Bank : 5,07 % Salariés : 3,7 % Auto-détention : 0,4 % Les salariés actionnaires sont regroupés au sein d'une association : l'ADEAS. En application de la loi du et du décret du , et depuis la cession par l’État français de 10,85 % supplémentaires du capital de France Télécom intervenue le , les procédures spécifiques de contrôle de France Télécom par l’État ne sont plus applicables. Néanmoins, en application du décret-loi du , le Conseil d’administration doit encore comprendre des représentants de l’État au prorata de la quantité des actions France Télécom détenues par ce dernier. À la date du présent document, l’État dispose ainsi de trois représentants sur un total de quinze membres au Conseil d’administration de France Télécom. Filiales et participations Principales filiales et participations du groupe France Télécom - Orange : Orange, opérateur mobile anglais racheté en 2000 à Vodafone. Orange est devenue la holding des activités mobiles de l'opérateur. La plupart des opérateurs mobiles détenus par le groupe France Télécom - Orange dans le monde ont adopté la marque unique Orange, tout comme les services aux entreprises et les services d'accès à internet et à la télévision numérique. Orange Business Services, (abrégé officieusement sous le sigle OBS) est la nouvelle identité commerciale (depuis le ) qui regroupe les solutions et services de télécommunication et de services informatiques consacrés aux entreprises et au secteur public précédemment commercialisés par Orange, Equant, Transpac et France Télécom, ainsi qu'Etrali, Almerys, EGT, Orange Consulting, France Télécom Intelmatique, SETIB, Silicomp, Cofratel et Solicia. Orange Wholesale France, (anciennement DIVOP et OPFR) réunit les activités en France de ventes et d'achats en gros Fixe et Mobile du Groupe Orange. Il s’agit de la revente en gros de services de communications électroniques fixes ou mobiles à des clients opérateurs (qualifiés d’opérateurs alternatifs), qui ont besoin d’acheter des offres de gros afin de vendre des services aux entreprises ou au grand public, pour leurs propres besoins sur les marchés de détail. TP Group, opérateur téléphonique leader en Pologne (opérateur historique) détenu majoritairement par France Télécom et commercialisant des offres de téléphonie fixe, mobile et internet. Orange Belgique, second opérateur en Belgique, détenu à 52,1 %. W-HA, filiale détenue à 100 % par France Télécom qui développe des services d'achats sur internet et internet mobile débités directement sur la facture du client abonné à un fournisseur d'accès (Internet+). NordNet, racheté en 1998 par France Télécom, commercialise des produits et services téléphonie et internet haut débit via l'ADSL dans le nord de la France et au niveau national par satellite. NordNet commercialise également des services d'hébergement et de noms de domaines sous la marque « le Relais Internet » et des produits sécurité avec « Securitoo ». Etrali, intégrateur de systèmes de vente () et de services réseaux pour la communauté financière, principalement pour les salles de marché. Orange Consulting, filiale à 100 %, est le pôle conseil aux grandes entreprises et administrations. Les missions de conseil portent sur l'impact des technologies et des innovations pour accroître la performance des entreprises. Les domaines majeurs sont la gestion de la relation client, les processus internes de l'entreprise (, travail collaboratif), la transformation IP, la performance applicative, la sécurité et la gouvernance des systèmes d'information. IT&L@bs (ex Silicomp-AQL), société de service innovante et technologique cotée en bourse et possédant plusieurs filiales (réseau, ingénierie logicielle, labs). Orange Business Services est devenu actionnaire majoritaire de ce groupe début 2007. Globecast, filiale détenue à 100 % par France Télécom, est l'un des principaux fournisseurs mondiaux de services de numérisation, d’agrégation, de transmission et de reformatage de contenus audiovisuels destinés à alimenter des plates-formes de télévision par satellite, Télévision Numérique Terrestre, réseaux câblés, TV sur IP, TV sur PC, TV sur mobiles ou encore des réseaux d’Affichage Audiovisuel Dynamique. Globecast est présent en Amérique, en Europe, en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et en Australie au travers dix-neuf points de présence dont quinze téléports et centres techniques. Viaccess, filiale détenue à 100 % par France Télécom qui développe un système de cryptage d'offres télévisuelles numériques. Studio 37, filiale spécialisée dans la production et l'acquisition de droits cinématographiques, en vue de leur exploitation sur les différents terminaux du groupe (téléphone mobile, internet, télévision). France Télécom e-commerce, filiale spécialisée dans la vente en ligne de produits et services téléphoniques (boutiques en ligne de France Télécom et d'Orange) et de produits culturels et technologiques (Alapage, Clust, TopAchat…). Cession faite à la société Rueducommerce.com au . Innovacom, société de capital risque fondée par France Télécom, et finançant des sociétés innovantes dans le domaine de l'informatique, de l'internet et des télécommunications. Sofrecom, filiale à 100 %, cabinet international de conseil en télécommunications qui accompagne les opérateurs télécoms, les gouvernements, les investisseurs et les bailleurs de fonds internationaux en intervenant sur l’ensemble des domaines de compétences nécessaires à leur développement : business development, management et processus, marketing et distribution, systèmes d’information, réseaux et services. France Télécom Marine (Orange Marine depuis le ), réalisation et exploitation des réseaux maritimes (pose de câbles et liaisons fibres optiques sous-marines…). FranceTel, société anonyme, spécialisée dans le crédit. Cette filiale est destinée à proposer des solutions de crédit aux salariés mais également pour les offres de financement de matériel Orange (location PC + accès internet). StarAfrica.com, société anonyme, filiale spécialisée à l'animation de StarAfrica.com, portail généraliste panafricain en français et en anglais. Orange Advertising Network, régie dont la mission est de commercialiser et valoriser l'ensemble des espaces publicitaires présents sur les sites web (Orange, Cityvox, Voila), les sites/applications mobiles et la télévision d'Orange (Orange Sports et Orange Sports Info). Bull, détenu à hauteur de 8 %. GOA Games Services, filiale 100 % France Télécom crée à Dublin en 2007 pour gérer l'exploitation des jeux en ligne (MMORPG) lancée par GOA, Direction des Contenus, en France, . Dailymotion, plate-forme Internet de diffusion de vidéo. Deezer, est un service d'écoute de musique à la demande en streaming permettant d’écouter les artistes, titres, albums favoris et de créer, échanger les playlists grâce à un catalogue de 18 millions de titres, issus de tous les genres musicaux. Cessions d'actifs France Télécom a procédé à de nombreuses cessions d'actifs depuis l'année 2003 : 2003 : Eutelsat, Telecom Argentina, Wind Telecomunicazioni, pour environ. 2004 : Noos, BITCO, Orange Danemark, ST Microelectronics. 2005 : Tower Participations/TDF France, Intelsat, France Télécom Câble, MobilCom. 2006 : Pages Jaunes Groupe, France Télécom Mobile Satellite Communications. 2007 : Orange Pays-Bas. 2009 : Top Achat Clust.com Alapage. Recherche et développement Organisation du groupe France Télécom - Orange Divisions commerciales et métiers Le groupe est organisé autour de divisions opérationnelles (découpages géographiques), de secteurs d'activités et divisions/fonctions métiers (activités et fonctions support pour le groupe). Divisions opérationnelles France Royaume-Uni Espagne Pologne Europe, Moyen-Orient et Caraïbes Afrique, Moyen-Orient et Asie Entreprises (monde) Secteurs d'activités Services de communication résidentiels Services de communication personnels Services de communication entreprises () Contenus (Division Santé) Divisions métier / Fonctions transverses Secrétariat général Marketing stratégique Finances Réseaux, opérateurs et systèmes d'information Ressources humaines Transformation du groupe et achats Communication et marque Direction générale du groupe Directeurs généraux des Télécommunications : 1941-1951 : Charles Lange 1951-1957 : Jean Rouvière 1957-1967 : Raymond Croze 1967-1971 : Pierre Marzin 1971-1974 : Louis-Joseph Libois 1974-1981 : Gérard Théry 1981-1986 : Jacques Dondoux 1986-1990 : Marcel Roulet Après la réforme de 1990, présidents du groupe : Avant : Marcel Roulet, président d'honneur de France Télécom De au : Michel Bon Du au : Thierry Breton, président d'honneur de France Télécom Du au : Didier Lombard Du au : Stéphane Richard : Didier Lombard est président non exécutif, et Stéphane Richard directeur général Du jusqu'à aujourd'hui : Stéphane Richard Conseil d'administration Le conseil d’administration () du groupe est composé de quinze membres : huit administrateurs élus par l'assemblée générale Stéphane Richard, PDG Bernard Dufau, ancien PDG d'IBM France José-Luis Durán, ancien directeur général du groupe Carrefour, président du directoire de Devanlay Charles-Henri Filippi, ancien président d'HSBC France Claudie Haigneré, présidente de la Cité des sciences et de l'industrie Helle Kristoffersen, directeur adjoint Stratégies et Intelligences économiques chez Total Muriel Pénicaud, directrice générale des ressources humaines du groupe Danone Jean-Michel Severino, ancien directeur général de l’Agence française de développement Anciens membres : Henri Martre, président d'honneur de la société Aérospatiale Marcel Roulet, président d'honneur de France Télécom trois administrateurs représentant l'État Jean-Dominique Comolli, directeur général de l'Agence des participations de l'État Pierre Graff, président-directeur général d'Aéroports de Paris Pascal Faure, vice-président du conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies Anciens membres : Bruno Bézard, directeur général de l'Agence des participations de l'État Jacques de Larosière, conseiller à BNP Paribas Henri Serres, vice-président du conseil général des technologies de l'information trois administrateurs représentant les membres du personnel Caroline Angeli, pilote de réseaux d'entreprises dans un centre services clients à Paris Bercy Ghislaine Coinaud, collaboratrice au sein de la division fonctions support Daniel Guillot, directeur des relations avec les collectivités locales du département de l'Ain Anciens membres : Hélène Adam René Bernardi Jean-Michel Gaveau un administrateur représentant les membres du personnel actionnaire Marc Maouche Ancien membre : Stéphane Tierce Représentant du comité central d'entreprise Thierry Franchi Ancien membre : Jean-Paul Gristi Secrétaire du conseil d'administration Jean-Philippe Roulet Anciennement : Henri de Joux Réorganisations de la partie opérationnelle de France Télécom En 1980, deux types de directions existent en France : les directions régionales et les directions opérationnelles (DOT) qui sont sous la coupe des premières et supervisent un département. Toutes ces directions dépendent de la Direction générale des télécommunications (DGT). Les établissements opérationnels sont organisés selon le schéma « CCL/Agence/CPE/ » qui va persister une quinzaine d'années. Ce schéma correspond à une vision du cycle de vie de la ligne téléphonique : création en CCL, vente en agence, service après-vente et comptage en CPE. Chacun de ces établissements comprend environ cent-cinquante personnes. À cela s'ajoutent des fonctions en back-office : renseignements téléphoniques, centre de facturation. En 1984, se rajoutent les délégations de zone, échelon intermédiaire entre les directions régionales et la DGT. Ces délégations de zones sont cependant supprimées au bout d'un an d'existence environ. Vers 1987, l'informatisation supprime environ un tiers des postes de travail en . Les personnels ainsi libérés sont affectés aux agences commerciales ou à de nouvelles fonctions (vendeurs) pour vendre des abonnements téléphoniques, des terminaux ou des fax. L'introduction de la TVA et de la première libéralisation, celle des services à valeur ajoutée pour laquelle il n'y aura jamais de concurrents à se déclarer. En 1992, France Télécom doit mener deux réformes de front. La réforme des classifications remplace sept-cents grades de fonctionnaires par quatre classes et trois niveaux dans chaque classe. Cela engendre une certaine protestation même si la masse salariale augmentera largement plus que ce qui était anticipé. Les directions régionales sont supprimées, les deux à trois mille personnes qui y travaillaient sont reversées dans des Organismes nationaux de soutien (ONS). En 1998, la quasi-totalité de ces ONS est supprimée. Une nouvelle réorganisation, en 1995, structure l'entreprise selon trois marchés (résidentiel, petits professionnels et grandes entreprises) pour faire face aux besoins croissants des différents clients, et l'arrivée de la concurrence (SFR). L'organisation est désormais conçue autour des usages des clients et non plus des produits. Les personnels sont donc réaffectés avec changement de métier. En 2000, le marché « petits professionnels », créé en 1995, est supprimé. Il ne semble pas y avoir eu de motivation commerciale, organisationnelle ou économique à cette restructuration. Des établissements techniques de tailles sont créés. Les agences sont réorganisées doublement sous l'angle géographique (doublement de la surface). 1998 voit le début de la généralisation des intranets au sein de l'entreprise, ainsi que l'explosion d'internet et des offres dans ce domaine. France Télécom fonde Wanadoo et rachète plus d'une centaine de sociétés. En 2003, les agences sont divisées en deux spécialités (agences spécialisées dans la vente à distance et les agences spécialisées en vente physique). Les tailles géographiques doublent aussi (et le nombre d'agences est divisé par deux). En 2006, les directions régionales sont réduites à la relation institutionnelle régionale avec un effectif divisé approximativement par dix. Le pouvoir d'organisation de l'activité opérationnelle de l'entreprise est transféré aux directions territoriales. Il y a deux fois moins de directions territoriales que de directions régionales. La taille des établissements gérés par les DT atteint couramment mille personnes. Bilan social Les effectifs passent de en 1993 à quelque en 2007 après un pic à en 2001, cette croissance étant due aux effectifs à l'international. (56 %) sont en France, 16 % en Pologne, 12 % au Royaume-Uni, 2 % en Espagne. Une modification progressive Les en 1993 sont essentiellement des fonctionnaires français (fonctionnaires d'État issus du ministère des PTT). Il reste en 2012 et d'ici à 2020 l'essentiel des fonctionnaires aura quitté France Télécom (néanmoins, l'arrêt des recrutements de fonctionnaires datant de 1996, l'extinction totale est prévue dans les années 2040). En 1993, le gouvernement a décidé de créer des nouveaux grades de fonctionnaires (« Reclassification ») dans les deux établissements publics France Télécom et La Poste ; chaque employé s'est vu attribuer un nouveau grade selon l'emploi occupé et la possibilité de choisir de conserver l'ancien grade ou d'opter pour le nouveau (intégration directe sans examen ni concours). Ainsi cohabitent actuellement, des grades issus de l'administration classique (grades PTT) dits de « Reclassement » et des nouveaux grades dits de « Reclassification ». De nombreux agents ayant gardé leur grade de reclassement s'estimant lésés à la suite de l'absence d'évolution et de promotion dans leur carrière (à France Télécom comme à La Poste) ont déposé des recours qui ont abouti à la condamnation de ces deux entreprises et solidairement à l'État. Les personnes qui ne sont pas sous statut de fonctionnaire, sont en CDI dans le droit de leur pays. La moitié du personnel travaille hors de France. Le est plus important à compter de 2005. Il s'agit de mouvements entrants d'ingénieurs confirmés qui sont séduits par la relative stabilité de France Télécom par rapport aux SSII. Les départs existent, soit par un système de préretraite pour les fonctionnaires, soit vers des sociétés de haute technologie. Les mouvements internes sont nombreux. De plus, la moyenne d'âge est de 48 ans, et la moitié des salariés français doivent partir en retraite d'ici 2018. Les métiers Les fonctions sont : La vente pour près d'un emploi sur deux Le réseau et les systèmes d'informations, environ Le marketing La recherche et développement Les rémunérations En 2006, selon le bilan social officiel de l'entreprise, environ trois employés sur quatre ont perçu une rémunération brute comprise entre et par mois. La rémunération mensuelle moyenne brute est . Le climat social Nouvelles méthodes de management Le plan NExT introduit un management violent. En 2004, sont formés durant dix jours afin d'accomplir sur le terrain le plan NExT : la réduction des effectifs est une priorité, de nouvelles techniques de managements sont introduites, la méthode est de dégrader les conditions de travail, afin de pousser psychologiquement une partie des employés au départ volontaire, réduisant ainsi les indemnités à payer. Ainsi, les managers ont pour objectif d'inciter des salariés à démissionner, d'en muter dans d’autres secteurs de la fonction publique ou de signer des congés de fin de carrière. Des stages apprennent à ces managers des schémas sur les courbes du deuil qui définissent six étapes par lesquelles tout salarié qui se voit annoncer la suppression de son poste, doit passer : l’annonce de la mutation, le refus de comprendre, la résistance, la décompression qui peut aller jusqu'à la dépression, la résignation et l’intégration du salarié (harcèlement qui peut aussi se terminer très mal par des suicides). Harcèlement moral Les médias se font l'écho d'une vague de suicides parmi les employés de France Télécom de à . En , le nombre de suicides depuis le lancement du plan NExT s’élevait à cinquante-huit. Le , un cadre de France Télécom, Rémy Louvradoux, s'est suicidé en s'immolant par le feu. Le changement de stratégie amorcé par Thierry Breton et poursuivi par Didier Lombard induit des tensions. Les changements de postes à l’intérieur de l’entreprise sont nombreux ( entre 2006 et 2008). L'alliance CFE-CGC/UNSA et SUD ont créé dès 2007 l'Observatoire du stress et des mobilités forcées, pour en étudier les conséquences sur l'organisation du travail. Les suicides liés au travail, six pendant l’été 2009, posent la question de cette gestion du personnel. L'interprétation des taux de suicide nécessite une étude détaillée, prenant en compte la structure de la population étudiée (en termes de classe d'âge, de taux d'activité, de catégorie socio-professionnelle...). Une comparaison simple avec le taux de la population française n'a pas de sens. La population d'employés de France Télécom est elle-même composée de plusieurs catégories socio-professionnelles ayant des taux de suicides différents (par exemple, les ouvriers ont un taux de suicide plus élevé que les cadres). De plus le dénombrement étant fait sur la base de remontées d'information informelles aux organisations syndicales, il n'est pas nécessairement exhaustif. On ne dispose pas non plus de statistiques dans d'autres grands groupes français qui permettraient de prendre en compte la spécificité d'un management complexe de grand groupe sur une population attirée par une relative stabilité de l'emploi. L'observation montre que le taux brut dans l'entreprise au début des années 2000 (taux ramené au nombre de ses employés, soit près de ) était élevé par rapport à la moyenne française. Il n'a pas été médiatisé et n'a pas suscité de débats. Le taux observé en 2008 et 2009 est en-dessous de la moyenne nationale. Ceci permet à René Padieu, inspecteur général honoraire de l'Insee et président de la commission de déontologie de la société française de statistique, de conclure qu'à cette période, à France Télécom, suscitant une réaction vive de la part des syndicats de l'entreprise. Cependant, 2010 est marqué par une hausse très sensible des suicides. Neuf se produisent en janvier et février (soit un taux de 5,4 pour ou 180 % de plus qu'en 2009). Didier Lombard cède le contrôle opérationnel du groupe le et la présidence du groupe en . Il est remplacé par Stéphane Richard. 2011 s'est traduit par une très nette baisse, pour revenir au taux de 2008. La responsabilité de Didier Lombard est en cours d'instruction par la justice française puisqu'il est mis en examen en (avec le numéro 2 de l’époque Louis-Pierre Wenes, l’ex-directeur des ressources humaines, Olivier Barberot et quatre cadres mis en examen pour complicité de harcèlement moral) pour harcèlement moral à la suite d'un rapport de l'inspection du travail mettant en cause la politique de gestion du personnel et une plainte de la fédération SUD-PTT fin 2009. Après dépouillement d'un questionnaire soumis à tout le personnel de France Télécom, les consultants d'un cabinet, Technologia, remettent leurs conclusions le et évoquent une « ambiance de travail tendue, voire violente ». « Le ressenti général est très dégradé, notamment en ce qui concerne les conditions de travail, la santé, le stress… ». Dans la « vague de suicides », ils pointent « la grande défaillance du management ». « Les personnels de France Télécom semblent plus que jamais orphelins de sens, de leaders ». Le , un ancien directeur régional raconte le management mis en place par France Télécom, dont l'objectif aurait été la démission volontaire de . Il évoque notamment l'existence d'une « courbe du deuil », selon laquelle la direction aurait prévu les phases de dépression par lesquelles sont passés les salariés. Selon Delphine Ernotte, la directrice exécutive adjointe du groupe France Télécom Orange, ce document était au contraire destiné à accompagner au maximum les employés. Au-delà de la recherche des causes réelles des suicides, l'apparition dans le débat public de la question des suicides chez France Télécom trouve son origine dans des syndicats en posture d'alerte face à une tendance perçue par eux comme grave et d'autant plus inacceptable qu'elle est vue comme liée à des processus de gestion qui pourraient être modifiés. Elle sort cependant du contexte de l'entreprise pour devenir l'otage d'un débat public influencé par des considérations idéologiques, puisqu'il a été reproché aux syndicats de sur-médiatiser un phénomène ordinaire (tandis qu'implicitement on reprochait au personnel de France Télecom son incapacité à s'adapter à des modes de gestion modernes, en le liant au statut de fonctionnaire), tandis que d'autres y voyaient le dévoiement des méthodes de gestion centrées sur le rétablissement de la performance financière au détriment de toute considération sociale. Cette sur-médiatisation pourrait expliquer, selon le sociologue Gérald Bronner, l'amplification de la vague de suicide due à l'effet d'un phénomène d'imitation dénommé effet Werther. Le procès Le est close l'enquête sur la vague de suicides et qui pourrait ouvrir la voie à la reconnaissance par la justice d’un harcèlement moral institutionnel. En , le parquet de Paris demande le renvoi devant le tribunal correctionnel, pour harcèlement moral, de la société Orange, en tant que personne morale, et de six responsables : Didier Lombard, ancien dirigeant du groupe, Louis-Pierre Wenes, son ancien , Olivier Barberot, l'ancien responsable des ressources humaines ainsi que quatre cadres pour complicité. La CFE-CGC a pour sa part réclamé la qualification d'homicide involontaire en lieu et place de harcèlement moral. C'est la première fois qu'une grande entreprise est poursuivie en France pour ce délit. En , la justice décide de faire comparaître en 2019 pour harcèlement moral l'entreprise France Telecom, son ancien PDG Didier Lombard et ses seconds Louis-Pierre Wenès et Oliver Barberot. En , Orange, ex-France Télécom, son ancien PDG Didier Lombard et six autres cadres et dirigeants ont été condamnés pour "harcèlement moral", près de dix ans après une crise sociale durant laquelle plusieurs dizaines de salariés se sont suicidés. Arts et littérature L'histoire de France Télécom et de son grand fournisseur historique la CGE sont au centre Comédies Françaises, un roman d’Eric Reinhardt publié en 2020. Le roman est consacré au lobbying, et décrit comment Ambroise Roux patron de la CGE a obtenu du président Valéry Giscard d'Estaing en 1974-1975, au début des surfacturations aux PTT, l'abandon du Plan Calcul, d'Unidata, de la Délégation Générale à l'Informatique, et du Réseau Cyclades. Notes et références Voir aussi Bibliographie Jean-Jérôme Bertolus, Jean-Michel Cedro et Thierry Del Jesus, Qui a ruiné France Télécom ?, Hachette Littératures, 2003. Dominique Decèze, La Machine à broyer : De France Télécom à Orange : quand les privatisations tuent, éditions Jean-Claude Gausewitch, 2008 ( 2004). Yonnel Dervin, Ils m'ont détruit ! : Le rouleau compresseur de France Télécom, Michel Lafon, 2009. Bruno Diehl et Gérard Doublet, Orange : le déchirement, France Télécom ou La dérive du management, Gallimard, 2010. Yqal Fijalkow, Usagers ou consommateurs ? : France Télécom ou la dérégulation du service public, Presses universitaires du Mirail, 2006. Marie Ledun et Brigitte Font Le Bret, Pendant qu'ils comptent les morts : entretien avec un ancien salarié de France Télécom et une médecin psychiatre, La Tengo, 2010. Pierre Musso, Les Télécommunications, La Découverte. Collection Repères, 2008 . Ivan du Roy, Orange stressé : Le management par le stress à France Télécom, La Découverte, 2009 . Vincent Talouit avec Bernard Nicolas, Ils ont failli me tuer, Flammarion, 2010 . Articles connexes Direction générale des Télécommunications Droit des télécommunications Numéros de téléphone français en 08 Numéro indigo Lien externe Entreprise publique en France Entreprise fondée en 1988 Entreprise ayant son siège à Paris
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Ariane%20%28fus%C3%A9e%29
Ariane (fusée)
Ariane est le nom générique d'une famille de lanceurs civils européens de satellites. Le programme Ariane est lancé en 1973 par le CNES afin de donner les moyens à la France de mettre en orbite ses satellites sans dépendre des autres puissances spatiales. Ce projet avait été précédé d'un échec avec la fusée Europa. La première version, Ariane 1, effectue son vol inaugural depuis la base de Kourou (Guyane française) le . Elle est rapidement remplacée par des versions plus puissantes, Ariane 2, Ariane 3 et Ariane 4 qui effectuent leur premier vol respectivement en 1986, 1984 et 1988. Pour faire face à l'augmentation de la masse des satellites, le lanceur est complètement refondu, donnant naissance à la version Ariane 5 capable de placer maintenant plus de en orbite de transfert géostationnaire. Son premier vol a eu lieu en 1996. La famille de lanceurs a rapidement pris une part de marché importante dans le domaine du lancement des satellites de télécommunications en orbite géostationnaire, secteur en plein essor dans les années 1980. En 2009, le lanceur Ariane, qui est tiré de cinq à sept fois par an ces dernières années, détenait environ 50 % de ce marché avant l'arrivée de la société américaine SpaceX. La base de lancement d'Ariane, située à Kourou en Guyane française (Centre spatial guyanais), permet au lanceur de disposer d'un avantage important grâce à sa proximité de l'équateur (qui permet une plus grande vitesse au lancement) mais ses coûts de production restent élevés. Ariane est initialement issue des travaux de l'agence spatiale française, le CNES. La politique spatiale française, pour des raisons à la fois politiques et industrielles, a de tout temps été plus attachée au développement d'un lanceur européen que ses partenaires au sein de l'Agence spatiale européenne. Les industriels français conservent encore aujourd'hui une part prépondérante dans la conception et la fabrication des lanceurs Ariane, avec des participations significatives d'autres pays européens comme l'Allemagne (nombreuses contributions sur la propulsion, le corps des lanceurs), l'Italie (propulsion), la Suède, la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse. Le lancement des satellites par Ariane est commercialisé par la société Arianespace, filiale créée en 1980 par le CNES et les principaux industriels impliqués dans le programme. Historique Contexte : les enjeux des débuts de la conquête spatiale En 1960, la communauté scientifique européenne appelle de ses vœux la création d'un programme spatial scientifique européen animé par un organisme analogue au CERN. Les programmes spatiaux russe et américain font des progrès très rapides qui ouvrent de nouvelles perspectives, notamment dans les domaines de la physique et de l'astronomie. Les responsables britanniques qui viennent d'arrêter le programme du missile balistique Blue Streak proposent alors de développer un lanceur spatial reposant sur ce missile. Pour les Britanniques, l'objectif est surtout d'amortir le coût du Blue Streak ( de £). En janvier 1961, le général de Gaulle, sollicité, donne finalement son accord contre l'avis de ses conseillers pour le développement d'un lanceur européen à trois étages, baptisé Europa, utilisant comme premier étage le Blue Streak, un deuxième étage de conception française et un troisième étage de conception allemande. L'échec du programme Europa Le premier tir d'un élément de lanceur Europa a lieu à Woomera (Australie) en juin 1964 : c'est un succès mais il ne porte que sur le premier étage déjà rodé Blue Streak tandis que les étages français et allemands n'en sont encore qu'au stade de l'étude. Or, depuis la mise en place du programme Europa, la donne a changé. Les observateurs européens les mieux informés savent que les capacités du lanceur ne sont pas adaptées au marché des satellites de télécommunication qui est en train de se dessiner mais qui nécessite désormais une plus grande capacité d'emport. En janvier 1965, la France tente de convaincre ses partenaires au sein de l'ELDO de modifier les spécifications du lanceur en intégrant un deuxième étage cryotechnique (technique que la France a commencé à explorer) permettant de placer un satellite sur orbite géostationnaire. Mais la maîtrise d'une telle technologie est un pari audacieux et elle nécessite de repousser les premiers lancements en 1970. Un compromis est trouvé : un quatrième étage est inclus dans les développements pour permettre d'atteindre l'orbite géostationnaire. Le Royaume-Uni irrité, entre autres, par les dépassements budgétaires et la volonté française de substituer Kourou à Woomera comme base de lancement réduit en juin 1966 sa participation de 38,79 % à 27 % après avoir menacé de se retirer. Les premiers essais de l'étage français Coralie seul, puis du lanceur Europa assemblé ne contribuent pas à faire renaître la confiance : l'étage français lancé avec uniquement un troisième étage inerte (ensemble CORA) connaît 2 échecs sur 3 tentatives (1966-1967) ; les deux tirs du lanceur Europa complet qui ont lieu en 1967 (avec un troisième étage inerte) se soldent également par des échecs car l'étage Coralie refuse de s'allumer. Après 10 lancements non concluants, le programme Europa 1 est arrêté, car les Européens se rendent compte que les performances du lanceur sont trop en retrait par rapport aux besoins. Le Royaume-Uni et l'Italie quittent le projet en 1969. Une seconde version du lanceur, Europa 2, capable de placer sur orbite géostationnaire des satellites de , est mise en chantier. Cette version est financée majoritairement par la France et l'Allemagne. Malheureusement, son premier et seul lancement, depuis la base de Kourou, en novembre 1971, est un échec. Le programme Europa 2 est arrêté. Une troisième version d'Europa est étudiée au début des années 1970 mais après plus de trois ans de recherche, le projet est abandonné. Toutefois, les travaux effectués sur le premier étage serviront de point de départ pour l'élaboration du lanceur européen Ariane. Le programme Europa est un échec total car, pour satisfaire chaque participant, il s'est élaboré sans maîtrise d'œuvre et d'ouvrage centrale donc sans véritable coordination. La conclusion du programme Europa va fortement influencer les orientations du programme spatial européen. Le lancement du programme Ariane Malgré l'échec du lanceur Europa 2 en novembre 1971 et l'abandon des études d'une version plus puissante, l'Europa 3, le gouvernement français de l'époque propose la création d'un lanceur dans le prolongement de l'expérience réussie du petit lanceur Diamant, le L3S (Lanceur de de substitution). Le lancement du projet ne put avoir lieu fin 1973 qu'après de délicates négociations entre les gouvernements de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni : les Britanniques préféraient financer leur satellite maritime MAROTS, les Allemands leur module Spacelab emporté par la navette spatiale. Les États-Unis tentèrent de détourner les pays européens de leur intention de développer leur propre lanceur mais les restrictions imposées en échange de l'utilisation de leurs lanceurs, en particulier pour le lancement des satellites Symphonie apportèrent des arguments à l'appui de la position du gouvernement français qui souhaitait que l'Europe devienne autonome pour le lancement de ses satellites. Le à Bruxelles, les pays européens parvinrent à un accord qui permettait de financer simultanément les projets préconisés par les principaux participants dont le projet Ariane. Pour parvenir à un accord, les responsables français acceptent de prendre en charge 60 % du budget et s'engagent à payer tout dépassement de plus de 120 % du programme. En contrepartie, les établissements responsables du développement sont français : l'agence spatiale du CNES est maîtresse d'œuvre et l'Aérospatiale est l'architecte industriel. Le choix d'un responsable unique doit permettre d'éviter les errements du projet Europa. Le programme Ariane coûtera de francs. Pour baptiser le lanceur, le CNES lance un appel à idées. Parmi les propositions retenues : Phénix, Véga, la Lyre, le Cygne. Le directeur général du CNES Michel Bignier propose sa liste au ministre Jean Charbonnel, qui décide finalement de nommer le lanceur Ariane (du nom de l’héroïne mythologique grecque Ariane). Ariane 1 La première version du lanceur Ariane, Ariane 1, comporte trois étages, mesure de haut, pèse et, grâce à sa poussée de , peut placer en orbite géostationnaire des satellites de . Pour rester dans une enveloppe budgétaire acceptable, les caractéristiques du lanceur sont en retrait par rapport au projet Europa 3. Pour cette fusée, il était envisagé de développer un deuxième étage cryotechnique qui est remplacé sur Ariane 1 par un étage utilisant des ergols plus conventionnels. Le type de moteur-fusée, un Viking, propulse à la fois le premier étage () et le deuxième étage (). Le troisième étage a, en revanche, recours à un moteur HM-7 qui brûle un mélange oxygène/hydrogène liquides très performant. La base de lancement de Kourou, déjà utilisée pour le dernier tir du lanceur Europa, est retenue comme centre de lancement du nouveau système ; on y aménage l'ensemble ELA-1, premier complexe de lancement destiné à Ariane. Le développement du lanceur ne rencontre aucun problème et se réalise dans les délais. Le premier tir était prévu le , mais après un compte à rebours parfait et allumage des moteurs, l'ordinateur a refusé d'ouvrir les crochets retenant la fusée après avoir détecté une insuffisance de pression sur un des propulseurs. Le 23 décembre, nouvelle déception : mauvaises conditions météo et mauvaise pressurisation des réservoirs retardent le compte à rebours. Le , après ces tentatives avortées, Ariane 1 effectue un vol parfait à la surprise de tous les participants traumatisés par l'expérience du lanceur Europa. Mais le deuxième vol, le , est un échec : une instabilité dans la chambre de combustion d'un des 4 moteurs Viking du premier étage entraîne la destruction du lanceur après de vol. Après avoir modifié les caractéristiques des injecteurs, les vols reprennent un an plus tard. Le est de nouveau un échec : cette fois c'est la turbopompe du moteur du troisième étage qui est en cause. Les modifications et les tests durent près de . Les six derniers vols du lanceur Ariane 1, qui ont lieu entre 1983 et 1986, se déroulent normalement. Ariane 2 et 3 Pour que le lanceur Ariane reste concurrentiel, il fallait qu'il puisse à chaque vol placer deux satellites en orbite de transfert géostationnaire. Or à la fin des années 1970, les principaux concurrents d'Ariane, les lanceurs américains Delta et Atlas, accroissent fortement leur capacité, permettant ainsi aux opérateurs de satellites géostationnaires de commander des engins plus lourds. Les responsables du programme Ariane décident donc le développement d'une version améliorée d'Ariane, capable de mettre en orbite de transfert géostationnaire soit de plus. Les modifications sont peu coûteuses (environ d'euros), car le lanceur dispose d'une certaine réserve de puissance : la pression dans la chambre de combustion de tous les moteurs est légèrement augmentée. Le surplus de poussée obtenu permet l'allongement du troisième étage de et l'emport de d'ergols de plus. Deux propulseurs d'appoint à poudre de , fournissant chacun pendant une durée de une poussée supplémentaire de , sont accolés à la version Ariane 3 (la version Ariane 2 en est dépourvue). Un des deux ergols du premier étage, l'UDMH, est remplacé par l'UH 25, plus énergétique. Le résultat final dépassera les prévisions avec une charge utile de pour la version Ariane 2 et de pour Ariane 3. Ariane 3 effectue son premier vol le . Ariane 3 volera dix fois jusqu'en 1988 avec un échec en 1985. Elle emmènera deux satellites géostationnaires à chaque fois. La fusée Ariane 2, moins puissante, est moins utilisée : son premier vol a lieu le et est un échec. Il y aura cinq autres vols entre 1987 et 1989. Ariane 4 L'agence spatiale européenne décide en octobre 1981, sur proposition de la France, de développer une version plus puissante permettant de placer en orbite géostationnaire : l'objectif est de mettre en service cette nouvelle version en 1986 de manière à pouvoir répondre aux besoins de la nouvelle génération de satellites de télécommunications. L'Ariane 4 comporte un premier étage allongé qui lui permet d'emporter d'ergols. Les moteurs Viking voient une nouvelle fois leur puissance augmenter légèrement. Des propulseurs d'appoint liquide peuvent être associés au premier étage : ces propulseurs utilisent un moteur Viking consommant les mêmes carburants que les premier et deuxième étage. Le lanceur est commercialisé dans 6 configurations qui se différencient par le nombre de propulseurs d'appoint (0, 2 ou 4) et le type de propulseur (à poudre ou liquide). Selon la version, Ariane 4 peut placer de 2 à en orbite de transfert géostationnaire. Les installations de lancement à Kourou sont agrandies : en effet, d'une part le premier complexe de lancement ne permet d'effectuer que par an, alors qu'il est prévu dans le futur une moyenne de 10 tirs par an ; d'autre part les propulseurs d'appoint liquide ne peuvent être montés dans les installations existantes. L'ESA autorise en août 1981 l'édification d'un deuxième complexe de lancement, ELA 2, pour un coût de d'euros. Avec ELA 2 le déroulement du montage de la fusée et son lancement sont profondément modifiés pour limiter les conséquences d'une explosion au décollage et surtout réduire le délai entre deux tirs : un bâtiment d'assemblage est construit à près d' de l'aire de lancement et la fusée est amenée sur le lieu de décollage posée sur une table de lancement qui se déplace sur des rails. Grâce à ces nouvelles installations, le délai entre deux tirs peut être réduit théoriquement de 28 à . Le premier lancement de Ariane 4 a lieu le . Ariane 4 est tiré entre 1988 et 2003 et ne connaît que trois échecs. Le lanceur, qui enlève en moyenne une charge utile de , a lancé . Ariane 5 Un lanceur complètement nouveau La décision de construire le lanceur Ariane 5 est prise le . À l'époque, Ariane 4 n'a pas encore volé et le lanceur est loin d'avoir acquis sa position dominante sur le marché des satellites commerciaux. Alors qu'Ariane 1 avait été conçue pour le lancement des satellites géostationnaires, Ariane 5 doit selon les plans initiaux lancer des charges lourdes en orbite basse, en particulier la future navette spatiale européenne Hermès qui sera abandonnée par la suite. Cette orientation initiale se retrouve en partie dans l'architecture du lanceur. Mais l'analyse des tendances du marché effectuées peu après montrèrent que le poids moyen des satellites de télécommunications géostationnaires allait dépasser les vers 1995 excédant les capacités de lancement double d'Ariane 4. Il fut donc décidé qu'à cette date le lanceur Ariane 5 prendrait le relais d'Ariane 4. L'investissement est initialement chiffré à d'ECU (la même somme en euros). Les principaux pays contributeurs sont la France (46,2 %), l'Allemagne (22 %), l'Italie (15 %) et la Belgique (6 %). L'Espagne, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse prennent une participation comprise entre 1 et 2 %. L'investissement réel calculé en 2009 s'élève à d'euros. Sur le plan technique, le lanceur Ariane 5 n'a rien en commun avec ses prédécesseurs. La poussée de au lancement est obtenue à hauteur de 90 % par deux gros propulseurs d'appoint à poudre (EAP). Le premier étage proprement dit (EPC) est propulsé par un nouveau moteur-fusée, le Vulcain consommant un mélange hydrogène/oxygène très performant mais qui ne fournit initialement que 10 % de la poussée. Cet ensemble est surmonté, au choix, d'un étage utilisant des propergols hypergoliques réallumables (EPS) ou d'un étage cryogénique plus puissant mais non réallumable (ESC). Le corps central du lanceur a un diamètre important de qui permet d'adapter facilement à son sommet des charges utiles volumineuses. Plusieurs jeux de coiffes sont disponibles en fonction de l'encombrement et du nombre des satellites. Pour lancer Ariane 5, des installations particulièrement importantes sont édifiées à Kourou. Les installations existantes, ELA-1 et ELA-2, ne sont en effet pas adaptées au nouveau lanceur plus trapu et de composition radicalement différente. La rationalisation d'une campagne de tir est poussée plus loin. Plusieurs bâtiments permettant l'assemblage des propulseurs d'appoint, du lanceur et de sa charge utile sont édifiés : ils sont tous reliés entre eux par une double voie ferrée sur laquelle la fusée et ses composants circulent. Un bâtiment permettant de préparer plusieurs satellites en parallèle est également construit. Enfin une nouvelle aire de lancement est édifiée. Le complexe baptisé ELA-3 remplace les installations existantes qui doivent être désaffectées après le tir de la dernière fusée Ariane 4. Par ailleurs une usine est construite près de la zone de lancement pour couler les blocs de poudre des propulseurs d'appoint (EAP) qui sont ensuite assemblés dans un bâtiment spécial. Les échecs du lanceur Ariane 5 Le premier lancement prévu en 1995 n'a lieu qu'en juin 1996. Le vol V-88 est un échec dû à une erreur du logiciel chargé du pilotage du lanceur. Le deuxième vol est un demi-succès : l'orbite visée n'est pas atteinte car le premier étage EPC s'est arrêté avant d'avoir épuisé ses ergols. Pour pouvoir répondre aux besoins en attendant la fiabilisation du lanceur, la société Arianespace doit passer commande de lanceurs Ariane 4 supplémentaires. Le problème se reproduira au . Le premier lancement de la version ECA en 2002 est également un échec. Il faudra attendre 2005 pour que cette version vole à nouveau le jour. Depuis 2005, le lanceur a effectué (situation en octobre 2021). Il a connu un seul demi-échec : en janvier 2018, deux satellites (SES-14 et Al Yah 3 (en)) ont été mis sur une orbite autre que celle prévue. Principaux jalons Ariane 5 : premier lancement réussi le , après un échec lors du premier vol le : Ariane 5 G : première réussite totale le ; Ariane 5 G+ : premier lancement réussi le ; Ariane 5 ECA : premier lancement réussi le avec une capacité de mise en orbite géostationnaire de ; Ariane 5 GS : premier lancement réussi le ; Ariane 5 ES ATV : premier lancement réussi le . Ariane 6 À la fin des années 2010, le contexte commercial des lancements de satellites civils devient de plus en plus concurrentiel, avec l'arrivée de lanceurs comme SpaceX ou Longue Marche. Malgré son succès et sa position dominante dans le domaine des lancements de satellites géostationnaires, Ariane 5 est jugé trop coûteux — malgré la maturité du programme, chaque lancement revient à plus de 100 millions d'euros — et la décision de construire un nouveau lanceur, baptisé Ariane 6, est prise en décembre 2014. Le premier vol de ce lanceur, qui se décline en deux versions (nommées A62 et A64, selon que la fusée est équipée de deux ou quatre propulseurs d'appoint à poudre), est prévu pour le premier semestre 2022. Le succès commercial d'Ariane Le but du programme européen Ariane est, initialement, de se rendre indépendant des technologies américaines et russes, et de pouvoir lancer un ou deux satellites gouvernementaux par an ; il n'était pas prévu de développer une activité commerciale. L'utilisation du pas de tir de Kourou, inauguré en 1968, favorisé par sa localisation près de l'équateur, l'augmentation de la masse des satellites géostationnaires, les errements de la politique spatiale américaine autour de sa navette spatiale, des choix techniques et de dimensionnement pertinents vont transformer la fusée Ariane en un acteur majeur sur le marché du lancement de satellites commerciaux. Entre 1979 et 2009, environ de plus de ont été lancés par une fusée Ariane. Les satellites de télécommunications en orbite géostationnaire dominent : de cette catégorie ont été lancés dont 81 d'origine américaine, et . Ariane a également été utilisée pour lancer d'autres types de satellites : tous ceux-ci, à deux exceptions près, ont été fabriqués par les pays européens pour leur compte ou celui de l'Agence spatiale européenne : scientifiques (comme les télescopes Herschel et Planck), spatiales (comme Rosetta), d'observation (la famille des satellites SPOT), météorologiques, militaires (comme les satellites Helios). Pour des raisons de coût, la majorité des satellites scientifiques européens sont lancés par des fusées russes, mieux adaptées pour les charges utiles de masse moyenne ou faible à placer en orbite terrestre basse. Le , le vol réussi 240 d'Ariane 5 est le quatre-vingt-deuxième succès consécutif de ce lanceur (le record d'Ariane 4 étant de consécutifs réussis pour ). Le 26 novembre 2019 marque 250 décollages d'Ariane en 40 ans d'exploitation. Caractéristiques techniques des lanceurs Ariane Les installations de lancement Ariane a pour site de lancement exclusif , le Centre Spatial Guyanais de Kourou Les évolutions du lanceur à l'étude Ariane 5 ECB ou ME Le lanceur Ariane 5 est solidement installé, avec plus de 50 % de part de marché, sur le créneau des satellites géostationnaires lourds qui, même s'ils ne représentent qu'environ 25 % des lancements (environ 20 à 30 satellites par an sur une centaine de satellites lancés annuellement), constituent l'essentiel du marché commercial. Cette position pourrait toutefois être remise en question : Les satellites géostationnaires continuent à grossir or le coût d'un lancement Ariane 5 n'est acceptable que si la fusée peut lancer deux satellites en même temps. Avec des satellites qui atteignent aujourd'hui jusqu'à (TerreStar-1), un lancement double peut devenir impossible (capacité de Ariane 5 : ). Les lanceurs concurrents de Ariane 5 disposent d'un étage supérieur réallumable ce qui n'est pas le cas de l'étage cryogénique de la fusée européenne (par contre l'EPS, étage non cryogénique moins puissant, le peut). Cette capacité donne une plus grande souplesse opérationnelle : le lanceur peut par exemple prendre en charge la circularisation de l'orbite géostationnaire traditionnellement confiée à un moteur d'apogée faisant partie intégrante du satellite. Cette caractéristique permet également d'optimiser le lancement des sondes interplanétaires. Une version d'Ariane 5, l'Ariane 5 ECB ou plus tard Ariane 5 ME, a été envisagée plusieurs années. Elle était capable de lancer en orbite de transfert géostationnaire, grâce à un deuxième étage cryogénique rallongé emportant 3 fois plus de carburant et un nouveau moteur, Vinci à la fois plus puissant et plus performant. Le lancement de la phase 1 du développement de cette version plus puissante du lanceur a été décidé lors de la conférence ministérielle de l'ESA en novembre 2008. Le premier vol d'Ariane 5 ME était prévu pour 2017. La décision officielle fin 2014 de lancer le développement d'Ariane 6 a mis un terme à celui d'Ariane 5 ME. Ariane 6 Différentes architectures sont étudiées pour le remplacement d'Ariane 5 et de ses éventuelles variantes à l'horizon 2025. Les deux principaux objectifs du programme FLPP (Future Launcher Preparatory Program) financé par l'agence spatiale européenne sont de diminuer le coût du kilogramme placé en orbite et d'augmenter la fiabilité, c'est-à-dire de réduire la probabilité d'un échec au lancement. Différentes pistes sont explorées, toutefois la solution du lanceur réutilisable n'a pas encore été retenue car nécessitant un investissement plus important que l'Europe ne semble pas vouloir réaliser. Parmi les pistes retenues : le remplacement, au niveau du premier étage, de la combinaison d'ergols hydrogène/oxygène par le couple kérosène/oxygène. Ce dernier permet de développer des poussées plus importantes (facteur important au décollage) et de réduire le poids de la structure (le kérosène est plus compact que l'hydrogène). C'est le choix effectué par deux des lanceurs de la même classe, l'américain Atlas V et le lanceur ukraino-russe Zenit ; l'association de plusieurs premiers étages en grappe à la manière de la Delta IV Heavy pour obtenir une capacité de lancement importante. L'agence spatiale française prépare de son côté un projet de micro-lanceur, Aldebaran, qui doit permettre de tester les nouvelles technologies qui pourraient être mises en œuvre sur le remplaçant d'Ariane 5 : électronique compacte, nouvelles techniques de propulsion. L'organisation industrielle La maîtrise d'œuvre industrielle des lanceurs Ariane est confiée à ArianeGroup. Pour Ariane 5 l'organisation est la suivante : Le premier étage cryotechnique EPC est assemblé dans l'usine des Mureaux en région parisienne à partir du réservoir isolé et équipé, fabriqué par Cryospace, filiale à 55 % d'Air liquide et à 45 % d'ArianeGroup installée sur le même site des Mureaux et de composants produits entre autres par ArianeGroup (moteur Vulcain) sur le site de Vernon dans l'Eure, MAN sur le site d'Augsburg (Allemagne), ArianeGroup à Brême et Dutch Space aux Pays-Bas. ArianeGroup est également responsable de la conception et de l'intégration des moteurs cryogéniques Vulcain 2 et HM-7B pour Ariane 5 ECA. ArianeGroup (site d'Ottobrunn) fournit les chambres de combustion des moteurs ainsi que l'étage à propergol stockable Aestus pour la version générique. Par ailleurs, pour le moteur Vulcain, Volvo (Suède) fournit le divergent de la tuyère, Avio SpA (Italie) la turbopompe oxygène et MAN le cardan. La motorisation des premières versions d'Ariane était conçue par la Société européenne de propulsion (SEP) qui fut par la suite intégrée à ArianeGroup. L'étage Supérieur Cryotechnique (ESC-A) dans la version Ariane 5 ECA est réalisé par ArianeGroup (site de Brême) ainsi que la case à équipements également assemblée sur place à partir de composants venant d'Espagne, d'Allemagne, de Suède, de Belgique et de France. Les deux gros propulseurs à poudre (EAP) sont fabriqués par la société Europropulsion détenue à parts égales par ArianeGroup et la société italienne Avio SpA. La tuyère est réalisée par ArianeGroup, le corps du propulseur par MAN en Allemagne tandis que les ergols sont préparés et coulés par Regulus une société détenue à 60 % par l'italien Avio et à 40 % par ArianeGroup. L'assemblage des propulseurs est réalisé sur le site de Kourou en Guyane. La coiffe est réalisée par la société suisse RUAG Space (anciennement division de Contraves). Pour Ariane 6 cette organisation industrielle devrait être globalement reconduite. Le lanceur Ariane face à ses concurrents Ariane 5 met en orbite des satellites lourds (de plusieurs tonnes) généralement par paire. Les engins européens de cette classe sont essentiellement des satellites commerciaux. Les satellites européens scientifiques ou militaires, la plupart du temps plus légers, ne sont pas lancés par Ariane 5 mais par des fusées russes mieux adaptées et beaucoup moins coûteuses comme Soyouz ou des missiles balistiques reconvertis en lanceur. En 2009 toutefois, Ariane a lancé 2 télescopes spatiaux européens particulièrement lourds (Planck et Herschel) ainsi qu'un satellite de reconnaissance français Helios 2B. L'étroitesse du marché (de 20 à 30 satellites commerciaux par an) limite ces dernières années à en moyenne 6 le nombre de lancements d'Ariane 5. Durant l'année 2009, 7 tirs ont été effectués. Sur le marché des satellites commerciaux lourds les principaux concurrents d'Ariane 5 sont les lanceurs de l'ex URSS, les fusées Proton et Zenit et dans une moindre mesure le lanceur chinois Longue Marche 3. Les lancements de la Proton (capacité en orbite de transfert géostationnaire) sont commercialisés par ILS, société contrôlée par Lockheed Martin le fabricant américain de l'Atlas V. La Proton est le principal concurrent d'Ariane 5 malgré 2 échecs en 2007 et en 2008. Les lancements de la Zenit, d'une capacité équivalente à la Proton, sont commercialisés par Sea Launch filiale de Boeing constructeur par ailleurs de la Delta II et de la Delta IV. Sea Launch traverse aujourd'hui des difficultés financières très sérieuses qui menacent son existence. Les lanceurs américains Delta IV et Atlas V, dont la conception remonte à la fin des années 1990, devaient initialement permettre aux constructeurs américains de revenir sur le marché des lancements commerciaux. Mais leur coût s'est avéré trop élevé et leurs constructeurs se sont concentrés sur le marché captif des agences gouvernementales américaines. Plus récemment cependant SpaceX avec la Falcon 9 est devenu un concurrent majeur grâce à ses prix faibles dus au fait que les lanceurs sont réutilisables. La création de la Falcon Heavy, fusée la plus puissante en activité, place la société américaine en concurrent principal d'Ariane. Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie Articles connexes Liste des vols d'Ariane Agence spatiale européenne Programme spatial européen Industrie spatiale européenne CNES Liens externes « Ariane, un lanceur sur le fil », La Méthode scientifique, France Culture, 21 décembre 2021. Site Capcomspace Historique très détaillé de la mise au point des lanceurs Ariane L'histoire d'Ariane 1 à 3 sur le site de Berndt Leitenberger, Ariane 4, Ariane 5 et Ariane Evolution Liste des lancements des fusées Ariane Les 30 ans d'Ariane, vidéo sur l'histoire d'Ariane, sur le site d'Astrium Programme de l'Agence spatiale européenne Lanceur de l'Agence spatiale européenne
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Coupe%20du%20monde%20de%20football
Coupe du monde de football
La Coupe du monde de football, ou Coupe du monde de la FIFA, est le championnat du monde des équipes nationales masculines de football. Décidée le 28 mai 1928 par la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) sous l'impulsion de son président Jules Rimet, elle a été ouverte à toutes les équipes des fédérations reconnues par la FIFA, professionnelles y compris, se distinguant en cela du tournoi olympique de football, à l'époque réservé aux amateurs. Elle a lieu pour la première fois en 1930, en Uruguay (champion olympique 1924 et 1928), et tous les quatre ans depuis (sauf en 1942 et 1946 en raison de la Seconde Guerre mondiale). Depuis la deuxième édition, en 1934, la Coupe du monde comprend une phase de qualification par zones continentales, actuellement organisée par chaque confédération continentale, et une phase finale qui réunit les équipes qualifiées (de 16 en 1934 à 32 à partir de 1998) dans un ou plusieurs pays pendant un mois environ. Cette phase finale comprend actuellement un premier tour par poules qui qualifie seize équipes pour une phase à élimination directe à partir des huitièmes de finale. Le pays organisateur de la phase finale est désigné par la FIFA et est automatiquement qualifié. Sur les vingt-et-une éditions disputées jusqu'en 2018, seules huit nations ont déjà été titrées au moins une fois. Le Brésil, seule équipe à avoir disputé toutes les phases finales de la compétition, détient le record avec cinq titres mondiaux et s'est acquis le droit de conserver la Coupe Jules-Rimet en 1970 après sa finale dans la compétition, avec Pelé, seul joueur triple champion du monde. L'Italie et l'Allemagne comptent quatre trophées. L'Uruguay, vainqueur à domicile de la première édition, l'Argentine et la France ont gagné chacune deux fois la Coupe, l'Angleterre et l'Espagne une fois. La dernière édition s'est déroulée en Russie en 2018, la prochaine doit avoir lieu au Qatar en 2022. Celle de 2026, aux États-Unis, au Canada et au Mexique, sera la première édition à 48 équipes participantes. La Coupe du monde de football est l'événement sportif le plus regardé à la télévision dans le monde avec les Jeux olympiques et la Coupe du monde de cricket. Économiquement, la compétition est une source de revenus importante pour la FIFA et peut avoir des effets positifs sur la croissance de certains secteurs d'activité et sur le développement du pays organisateur. Des infrastructures, notamment les stades, sont construites ou rénovées à cette occasion. Événement mondial, elle est présente dans la culture populaire, sujet de nombreux films et documentaires, et est l'occasion de créer des chansons ou hymnes nationaux. Bien que véhiculant des valeurs de paix et d'universalité, la compétition a un aspect politique. Elle a été à l'occasion le théâtre de violences autour des rencontres, et de nombreux forfaits et boycotts, mais aussi réconciliations, émaillent son histoire. Historique Origine de la compétition Le projet d'organiser une compétition internationale commence dès la création de la Fédération internationale de football association (FIFA) en 1904. En 1906, la première édition initiée par le dirigeant néerlandais Carl Hirschman est programmée en Suisse et quatre poules de quatre équipes en guise de premier tour sont mises en place. Mais lors de la clôture des confirmations d'inscriptions pour les seize sélections invitées, le , aucune fédération ne confirme sa participation et le projet est enterré. Avec la mise en place d'un tournoi olympique de football à partir de 1908, Hirschmann veut procéder à la reconnaissance de ce tournoi olympique comme championnat du monde de football amateur. L'idée est validée lors du congrès de la FIFA en 1914, mais la Première Guerre mondiale bloque cette initiative. Avec 22 et 17 équipes dont pour la première fois des formations d'Amérique latine et des États-Unis, en plus de celles du Vieux continent et de l'Égypte, les tournois olympiques de 1924 et 1928 constituent les premiers réels championnats du monde de football. Après son élection à la présidence de la FIFA, Jules Rimet met tout en œuvre, avec Henri Delaunay, secrétaire général de la Fédération française de football association, pour mettre en place une nouvelle compétition internationale. Ce projet est adopté par la FIFA, lors d'un congrès tenu en marge des Jeux olympiques d'Amsterdam le , par 25 voix pour et 5 contre et 1 abstention. Le congrès de la FIFA tenu à Barcelone le confirme la première édition de la Coupe du monde de football association pour 1930 et en confie l'organisation à l'Uruguay, double champion olympique en titre, qui fête le centenaire de son indépendance cette année là. Il décide que la Coupe du monde se tiendra tous les quatre ans, les années paires, en alternance avec les Jeux olympiques. À cette époque, presque toutes les équipes ont un statut amateur et présentent les mêmes formations aux deux compétitions. Cependant, les objectifs et valeurs divergent : si le tournoi olympique reste encore en théorie réservé aux amateurs, la FIFA reconnait les équipes qui ont opté pour le professionnalisme et ouvre la Coupe du monde à tous, amateurs comme professionnels. Première Coupe du monde (1930) Pour la première édition de la Coupe du monde, la compétition se déroule en Uruguay à Montevideo en 1930. La FIFA lance les invitations et table sur l'inscription de seize équipes, mais seulement treize nations répondent favorablement pour participer au tournoi. Seuls quatre pays européens traversent l'océan Atlantique en bateau pour disputer la compétition. La Belgique, la France et la Roumanie prennent un navire nommé « Conte Verde » depuis Villefranche-sur-Mer. La Yougoslavie quant à elle embarque à bord du « MS Florida ». Les autres pays européens déclinent pour des raisons financières et d'intendance. Jules Rimet est même contraint de procéder à un tour de France pour convaincre autorités, joueurs et employeurs afin que la France ne rate pas ce premier rendez-vous mondial. Tous les autres pays sont américains, il y a deux équipes nord-américaines : les États-Unis et le Mexique, les autres sont sud-américaines. Impressionnantes au cours du tournoi, les équipes d'Argentine et d'Uruguay, toutes deux invaincues, se rencontrent en finale à Montevideo. Les deux pays voisins sont rivaux et les supporters argentins se déplacent en nombre pour assister à la finale. Cependant, la Celeste est à domicile ce qui lui donne un avantage important. Le match se joue le au Stade Centenario. L'Uruguay ouvre le score, mais l'Argentine réagit et inscrit deux buts consécutivement pour mener 2-1 à la mi-temps. La rencontre connait alors un nouveau renversement de situation en deuxième mi-temps. Poussée par ses supporters, l'équipe uruguayenne inscrit finalement trois autres buts en seconde période et gagne la partie sur le score de 4-2. Épreuves européennes d'avant-guerre et victoires italiennes (1934-1938) L'Italie accueille la deuxième Coupe du monde de l'histoire dans un climat de crise économique et de montée du fascisme dans une partie de l'Europe. Le tenant du titre, l'Uruguay, ne participe pas à la compétition qui regroupe pourtant trente-deux nations, beaucoup plus que lors de la première édition. Un tour préliminaire doit être mis en place pour réduire le nombre d'équipes participant à la phase finale à seize. Entraînée par Vittorio Pozzo, l'équipe d'Italie reçoit l'Espagne au stade Giovanni Berta en quart de finale. Après une première rencontre âpre, les deux équipes sont à égalité et doivent rejouer le lendemain. Le violent Luis Monti oblige un joueur espagnol à sortir sur blessure dès le début du match. L'Italie se qualifie grâce à un but de Giuseppe Meazza et rejoint l'Autriche en demi-finale. Meazza offre à nouveau la victoire aux siens. Dans la seconde demi-finale, la Tchécoslovaquie élimine l'Allemagne 3-1. En finale, la Tchécoslovaquie ouvre le score par Antonin Puc devant Benito Mussolini et les nombreux militaires présents dans le stade de Rome. L'Italie arrache la prolongation à cinq minutes de la fin sur un but de Raimundo Orsi et s'impose finalement après prolongation sur un but d'Angelo Schiavio. L'organisation de la Coupe du monde de la FIFA de 1938 est confiée à la France. Trente-six pays sont engagés dans les éliminatoires auxquels ne participent pas l'Angleterre, l'Uruguay et l'Espagne, cette dernière nation étant ravagée par la guerre civile. La phase finale ne réunit finalement que quinze équipes, à la suite du forfait de l'Autriche qui venait d'être annexée par l'Allemagne. En huitièmes de finale, le Brésil et la Pologne offrent un excellent match à Strasbourg au cours duquel les Brésiliens triomphent 6-5 après prolongation grâce notamment à trois buts de Leônidas. Lors du quart de finale opposant le Brésil à la Tchécoslovaquie, la rencontre se transforme en bataille générale qui se solde par trois expulsions et cinq blessés. Qualifié, le Brésil défie en demi-finale l'Italie en laissant au repos des joueurs cadres comme Leônidas qui a permis à la sélection brésilienne de battre les Tchèques deux jours plus tôt. Les Italiens se qualifient pour la finale grâce à un succès 2-1. Dans l'autre demi-finale, la Hongrie se qualifie en battant la Suède sur le large score de 5-1. La finale est de nouveau remportée par l'équipe d'Italie, tenante du titre, qui battent les Hongrois en finale sur le score de 4-2 grâce à des doublés de Silvio Piola et Gino Colaussi. L'équipe de Vittorio Pozzo est la première sélection nationale à remporter la compétition deux fois consécutivement. Interruption et retour de la compétition (1942-1950) En 1939, les fédérations d'Allemagne et du Brésil sont candidates à l'organisation de la Coupe du monde de football 1942. Le président de la FIFA Jules Rimet se rend en Amérique du Sud pour évaluer le projet brésilien. Pendant son séjour à Rio de Janeiro, les troupes allemandes attaquent la Pologne le septembre 1939 et la Seconde Guerre mondiale débute. Les préparatifs pour la Coupe du monde 1942 sont interrompus avant même le choix du pays organisateur. Le congrès de Luxembourg du signe le grand retour aux affaires de la FIFA après le conflit mondial. En hommage à l'activité du président de la FIFA, le congrès décide que la Coupe du monde sera désormais intitulée « Coupe Jules-Rimet ». Le congrès est marqué par le choix des pays hôtes des deux prochaines éditions et la décision de changer la périodicité de la Coupe du monde. Le trophée sera désormais remis en jeu tous les deux ans (au lieu de tous les quatre ans). Afin d'éviter la concurrence des Jeux olympiques une fois sur deux, la FIFA planifie son tournoi mondial les années impaires. Le Brésil et la Suisse (les deux seuls pays candidats) héritent respectivement de l'organisation des Coupes du monde de 1949 et de 1951. Deux ans plus tard, en juillet 1948 la FIFA fait cependant marche arrière en optant finalement pour le maintien de la traditionnelle organisation quadriennale les années paires non-olympiques. La Coupe du monde au Brésil est alors retardée d'un an (1950), celle devant se disputer en Suisse est reportée à 1954. La quatrième Coupe du monde se déroule donc au Brésil en 1950. Pour la première fois de l'histoire de la compétition, l'Angleterre qui avait maintes fois décliné les invitations de la FIFA dans les années 1930 accepte enfin de s'affilier à la FIFA et participe aux éliminatoires, où trente-trois pays sont engagés. À l'inverse, de nombreuses équipes nationales sont absentes de cette première édition d'après guerre, l'Autriche et la Belgique ne s'inscrivent pas aux éliminatoires, l'Argentine, le Pérou et l'Équateur déclarent forfait. Dans le Maracanã, stade construit pour l'occasion, se sont réunis pour regarder un match décisif du premier tour entre le Brésil et la Yougoslavie. Grâce à une victoire 2-0, le Brésil se qualifie pour la poule finale. Les Anglais sont battus par les États-Unis sur un but de Joe Gaetjens, puis à nouveau par l'Espagne quelques jours plus tard. La Suède remporte un match décisif contre l'Italie à São Paulo et se qualifie, elle aussi, pour le tour final. Le quatrième et dernier groupe est composé de deux équipes, l'Uruguay bat largement la Bolivie sur le score de 8-0. Conformément au souhait du pays organisateur la formule championnat est reconduite au second tour sous la forme d'une poule finale à quatre équipes. C'est la première (et seule) fois dans l'histoire de la compétition où il n'y a aucun match à élimination directe. Les Brésiliens sont impressionnants et réalisent un festival offensif contre la Suède puis l'Espagne pour des victoires 7-1 et 6-1 respectivement. Le buteur brésilien Ademir inscrit neuf buts dans la compétition dont il est le meilleur buteur. Leur principal rival, l'Uruguay, est moins flamboyant, mais ne cède qu'un point lors des deux premiers matchs. À l'aube de la dernière journée le Brésil et l'Uruguay sont les deux seules équipes encore en course pour le titre. Elles s'affrontent lors du match final décisif au Maracanã le devant près de , considéré comme une véritable finale, à la nuance près que le Brésil peut se contenter d'un match nul pour remporter celle qu'on appelle désormais la Coupe Jules-Rimet. La défense uruguayenne contient les offensives brésiliennes et le score est de 0-0 à la mi-temps. Dès le début de la seconde période, le Brésil marque par Friaça. À la , Juan Alberto Schiaffino égalise pour les Uruguayens avant qu'Alcides Ghiggia n'inscrive le but décisif pour l'Uruguay. Le Brésil perd la Coupe du monde sur ses terres à la plus grande déception des supporters brésiliens. L'équipe uruguayenne est sacrée championne du monde pour la deuxième fois de l'histoire. « Le Miracle de Berne » (1954) L'édition 1954 de la Coupe du monde de football, compétition alors appelée Championnat du monde de football - Coupe Jules-Rimet, se dispute en Suisse. L'équipe de Hongrie est favorite du tournoi. Aussi appelée le onze d'or hongrois, l'équipe hongroise domine le football mondial et confirme son statut lors des premiers matchs de la compétition en étrillant 9-0 la Corée du Sud et 8-3 une RFA jouant battue d'avance, l'entraîneur allemand ayant décidé de mettre au repos une partie de ses joueurs en vue du match d'appui contre la Turquie. Lors de ce dernier, les joueurs allemands l'emportent 7-2 et se qualifient pour les quarts de finale. L'Italie est battue en match d'appui par la Suisse qui se qualifie avec l'Angleterre. En quarts de finale, le match le plus spectaculaire (le plus prolifique en buts à ce jour dans l'histoire de la Coupe du monde) se dispute entre la Suisse, pays hôte, et l'Autriche, son voisin : les Autrichiens s'imposent en effet sur le score de 7-5 après avoir été menés 3-0. De son côté l'Allemagne écarte sans difficulté la Yougoslavie. Les deux grosses affiches de ces quarts de finale opposent l'Uruguay (tenant du titre) à l'ambitieuse Angleterre, et la Hongrie (favorite n°1) au Brésil (vice-champion sortant). La Céleste est trop forte pour l'Angleterre qui se montre pourtant à la hauteur de l'évènement. La Hongrie bat logiquement, mais dans la douleur (plus au sens propre qu'au figuré) un Brésil plus rugueux qu'inspiré. En effet, alors que la rencontre est à 3-2, Hongrois et Brésiliens commencent à se battre et cela dure jusqu'à l'entrée aux vestiaires des joueurs après trois expulsions ! En demi-finale, l'Allemagne fait preuve d'efficacité en surclassant l'Autriche 6-1. Dans la "finale avant la lettre" opposant les deux équipes les plus impressionnantes du tournoi jusque là, la Hongrie doit puiser dans ses réserves pour venir à bout de l'Uruguay en fin de prolongation et se qualifier pour la finale (4-2) au cours d'un match d'une qualité exceptionnelle, rentré dans la légende comme l'un des plus grands de l'histoire. La finale se déroule le à Berne. La Hongrie mène rapidement 2-0, mais se fait surprendre dans la foulée avec deux buts allemands. À la stupeur générale, Helmut Rahn inscrit le but décisif pour la RFA qui conclut un match surnommé le « miracle de Berne ». La compétition est un succès, au total ont assisté à la compétition dans les tribunes. Sportivement, le bilan est bon et marqué par un festival offensif avec une moyenne de par match. Le Brésil de Pelé et Garrincha victorieux (1958-1962-1970) La sixième édition de la Coupe du monde, en 1958, se déroule en Suède. L'équipe d'URSS fait son apparition dans la compétition. L'édition est marquée par l'échec de l'Italie à se qualifier pour la phase finale de la compétition. Inattendue, l'équipe de France étonne par son jeu offensif. La progression des joueurs français est arrêtée en demi-finale par le Brésil sur le score de 5-2 grâce à un triplé du jeune Pelé. Dans l'autre demi-finale, la Suède, à domicile, se qualifie pour la finale en battant la RFA. En finale de la compétition, le Brésil l'emporte logiquement 5-2 avec deux nouveaux buts de Pelé et deux autres de Vavá. Avec 13 buts, Just Fontaine est sans conteste le meilleur buteur de la compétition bien aidé par sa complicité avec le meneur de jeu français Raymond Kopa ; ils permettent à la France de se hisser pour la première fois sur le podium en remportant la 3 face à la RFA, champion du monde sortant. Quatre années plus tard, la Coupe du monde retourne en Amérique du Sud et s'installe au Chili. Cinquante-six pays participent aux éliminatoires, la France, demi-finaliste de l'édition précédente, ne parvient pas à se qualifier. On note rapidement une évolution du jeu vers un style plus défensif. Le pays organisateur, le Chili, se hisse jusqu'en demi-finale après avoir éliminé l'Union soviétique en quart de finale. Il est dominé à ce stade par le Brésil de Vavá et Garrincha qui inscrivent deux buts chacun. Dans l'autre demi-finale, la Tchécoslovaquie de Masopust, Ballon d'or en fin d'année, écarte la Yougoslavie 3-1. En finale, les Brésiliens réalisent le doublé en battant les Tchécoslovaques 3-1. Le Yougoslave Jerkovic finit meilleur buteur de l'épreuve avec cinq buts et Garrincha, le dribbleur fou, meilleur joueur en l'absence de Pelé. Après la victoire de l'Angleterre à domicile en 1966, la neuvième Coupe du monde de la FIFA a lieu au Mexique en 1970. Un nombre record de pays s'alignent au coup d'envoi des éliminatoires avec 75 sélections nationales différentes. Le Portugal, la Hongrie, la France, l'Espagne et même l'Argentine échouent à se qualifier pour la phase finale de l'édition. À l'inverse, Israël et le Maroc s'invitent pour la première fois dans les équipes qualifiées. La RFA et l'Angleterre s'affrontent en quart de finale : menés 2-0 à vingt minutes de la fin, les Allemands reviennent à égalité puis s'imposent 3-2 après prolongation. En demi-finale, l'équipe allemande affronte l'Italie dans le Stade Azteca, construit pour l'occasion. Après prolongation, l'Italie gagne la partie 4-3 sur un but de Gianni Rivera alors que Franz Beckenbauer reste presque une heure sur le terrain avec le bras en écharpe à cause d'une clavicule cassée. En finale, les joueurs italiens s'inclinent 4-1 face au Brésil et son attaque prolifique. Avec 10 buts, l'attaquant allemand Gerd Müller est meilleur buteur de la compétition. Devant le métronome Gerson, Pelé montre une nouvelle fois son talent avec une tentative de lob de sur Ivo Viktor, un grand pont sur le gardien Ladislao Mazurkiewicz et quatre nouveaux buts dans la compétition. Il remporte sa troisième Coupe du monde, la troisième du Brésil qui obtient ainsi le droit de garder la Coupe Jules-Rimet, douze ans seulement après son premier sacre. Victoires des pays hôtes (1966-1974-1978) La Corée du Nord est la surprise de la Coupe du monde 1966 se déroulant en Angleterre. Lors de la dernière journée du groupe 4, la sélection asiatique bat et élimine l'Italie, franchissant ainsi le premier tour. En quart de finale, elle prend rapidement un large avantage contre le Portugal 3-0 avant de perdre pied et d'encaisser cinq buts dont quatre d'Eusébio. À domicile, l'Angleterre est avantagée, d'abord parce qu'elle joue tous ses matchs dans le même stade de Wembley et de plus parce que l'arbitrage lui est favorable. En quart de finale, le capitaine de l'Argentine Antonio Rattín est exclu à la contre l'Angleterre, laissant son équipe à 10 contre 11. Les joueurs anglais s'imposent et se qualifient en finale après un succès 2-1 sur le Portugal grâce à un doublé de Bobby Charlton. En finale, l'Angleterre est opposée à la République fédérale d'Allemagne. Les joueurs anglais encaissent un but rapidement, mais égalisent puis prennent l'avantage. À quelques minutes de la fin, les Allemands égalisent et les deux équipes doivent jouer deux périodes de 15 minutes supplémentaires. À la , l'arbitre de la rencontre accorde un but litigieux à Geoffrey Hurst. Hurst marque à nouveau à la dernière minute de la rencontre alors que des supporters sont sur le terrain. L'Angleterre remporte sa première (et jusqu'à présent, seule) Coupe du monde. Après l'édition de 1970 remportée par le Brésil, la compétition a lieu quatre années plus tard en Allemagne de l'Ouest. Haïti crée la surprise en se qualifiant aux dépens du Mexique. L'Australie fait également ses débuts dans la compétition. Lors du premier tour, la RFA joue la RDA avec pour enjeu la première place du groupe I. Le , la RDA bat le pays organisateur 1-0 d'un but de Jürgen Sparwasser. Non sans difficultés, les Pays-Bas, le Brésil et l'Italie, qui est même menée 1-0 par Haïti, se qualifient également pour le deuxième tour qui se déroule également en groupes. La dernière journée de cette seconde phase propose dans les deux groupes des affiches décisives synonymes de véritables demi-finales entre les quatre équipes encore en lice pour le titre : d'un côté les Pays-Bas dominent le Brésil avec la manière tandis que de l'autre la RFA bat la Pologne sur un terrain inondé pour s'adjuger une place en finale. Les Pays-Bas, emmenés par Johan Cruyff, développent un football total. En finale de l'édition, la RFA, à domicile, l'emporte 2-1 contre les Pays-Bas. Malgré la défaite finale de son équipe, Cruijff est désigné meilleur joueur de la compétition. Les qualifications de la Coupe du monde 1978 s'annoncent difficiles. La RFA et l'Argentine étant qualifiées d'office, il ne reste que 14 places à attribuer entre les 97 équipes jouant les tours préliminaires. Le Brésil, l'Italie et Pays-Bas font également figures de favoris. L'équipe de France se qualifie, contrairement à l'URSS, l'Uruguay, la Yougoslavie et l'Angleterre, une nouvelle fois absente. L'Iran et la Tunisie sont également présents pour la phase finale se déroulant en Argentine. La compétition se déroule à nouveau en deux phases de poules. La RFA et les Pays-Bas se retrouvent notamment au second tour et disputent l'un des meilleurs matchs du tournoi, le score de parité à la fin faisant plus l'affaire des Néerlandais que des Allemands. Lors de la dernière journée du groupe A l'Italie affronte les Pays-Bas et croit en ses chances de finale lorsqu'elle ouvre la marque. Les Néerlandais parviennent cependant à renverser le score en seconde mi-temps et s'imposer, se qualifiant ainsi pour la finale. Alors qu'elle doit battre le Pérou par quatre buts pour devancer à la différence de buts le Brésil et obtenir la première place du groupe B qualificative pour la finale, l'Argentine remporte la rencontre 6-0 et atteint son objectif. Lors de la finale, Mario Kempes ouvre le score peu avant la mi-temps. Dominée par les Pays-Bas, la deuxième mi-temps se conclut par un but de Dick Nanninga pour les joueurs néerlandais à huit minutes de son terme. À égalité à 1-1, les deux équipes se dirigent vers la prolongation. Lors de celle-ci, les joueurs argentins marquent à deux reprises par Kempes, meilleur joueur et buteur de la compétition, puis Daniel Bertoni. L'Argentine remporte à domicile son premier titre mondial. Troisième sacre italien (1982) La Coupe du monde se déroulant en Espagne voit, pour la première fois, 24 équipes participer à la phase finale. Les Pays-Bas, finaliste de l'édition précédente et devancés en phase de qualification par la Belgique et la France, sont les grands absents du tournoi. Le premier tour est marqué par la victoire historique de la Hongrie sur le Salvador par 10 à 1, la victoire surprise de l'Algérie contre l'Allemagne de l'Ouest et par le non match entre l'Allemagne et l'Autriche qualifiant les deux pays aux dépens de l'Algérie. L'Italie franchit de peu le premier tour après trois matchs nuls en trois rencontres puis se réveille au second tour en battant l'Argentine, champion sortant, et surtout le Brésil, grand favori de la compétition. Les demi-finales opposent quatre équipes européennes. La Pologne, sans son maître à jouer Boniek suspendu, s'incline face à l'Italie sur deux buts de Paolo Rossi. L'autre demi-finale oppose la France et la RFA à Séville. Le match très intense connait de nombreux rebondissements et voit l'Allemagne s'imposer aux tirs au but. En finale, l'Italie s'impose 3 à 1 face à des Allemands marqués physiquement par le match précédent. L'attaquant italien Paolo Rossi finit meilleur buteur de la compétition. Sacre de l'Argentine de Maradona et revanche allemande (1986-1990) Initialement prévue en Colombie, l'édition 1986 de la Coupe du monde se déroule au Mexique. Comme quatre années auparavant, la France est battue en demi-finale de la compétition par la RFA. Les Bleus terminent troisième de l'édition après avoir battu le Brésil en quart de finale dans un match historique terminé par une séance de tirs au but. La compétition est marquée par la rencontre entre l'Argentine et l'Angleterre en quart de finale. Capitaine de l'équipe argentine, Diego Maradona inscrit à la un but de la main. Quatre minutes après le but surnommé plus tard « la main de Dieu », Maradona dribble six joueurs anglais et le gardien Peter Shilton pour inscrire un but historique. Auteur d'un nouveau doublé en demi-finale contre la Belgique, Maradona est élu meilleur joueur du tournoi. Son équipe domine en finale la RFA 3-2 et remporte la Coupe du monde. Gary Lineker termine meilleur buteur de la compétition avec six buts devant Maradona, Emilio Butragueño et Careca avec cinq buts chacun. Tenant du titre, l'Argentine joue le match d'ouverture de l'édition 1990 contre le Cameroun. Jouée en Italie, la compétition offre une première surprise avec la victoire des Camerounais. Le Cameroun devient même la première nation africaine à se qualifier pour les quarts de finale de la compétition après une victoire sur la Colombie grâce à un doublé de Roger Milla alors âgé de 38 ans. L'équipe camerounaise est éliminée en quart de finale par l'Angleterre après prolongation sur le score de 3-2. Le Brésil et les Pays-Bas éliminés en huitièmes de finale, les deux demi-finales de la compétition sont Italie-Argentine et Angleterre-RFA. La rencontre entre l'Italie et l'Argentine se déroule à Naples, club de Diego Maradona où il est une idole. Les joueurs italiens ouvrent le score par Salvatore Schillaci. Ils encaissent ensuite leur premier but de la compétition sur une tête de Claudio Caniggia. Les deux équipes vont à la prolongation puis aux tirs au but. Sergio Goycochea arrête les tirs de Roberto Donadoni et Aldo Serena et qualifie l'Argentine pour la finale de la compétition. La deuxième demi-finale doit également se jouer aux penaltys. Stuart Pearce et Chris Waddle manquent leur tentative et permettent à la RFA de prendre une revanche sur la finale de 1966. Franz Beckenbauer est alors sur le banc allemand. Deux joueurs argentins sont expulsés durant la finale qui se conclut par un but décisif d'Andreas Brehme sur penalty à cinq minutes de la fin de la partie. Après avoir perdu les deux précédentes finales, l'Allemagne remporte son troisième succès dans la compétition au terme d'une finale décevante. Le capitaine allemand Lothar Matthäus soulève le trophée. Sacres du Brésil et de la France (1994-1998-2002) À la suite de la performance du Cameroun, la FIFA décide d'offrir une troisième place qualificative pour le continent africain. La compétition se déroule aux États-Unis. 147 pays participent aux éliminatoires dont ne parviennent pas à sortir l'Angleterre, le Portugal, la France et le Danemark, champion d'Europe en titre. Le début du mondial est marqué par le contrôle antidopage positif de Diego Maradona. Le pays organisateur est éliminé en huitième de finale par le Brésil. Les Brésiliens poursuivent dans la compétition en battant les Pays-Bas puis la Suède, une des surprises du mondial. Également demi-finaliste de la Coupe du monde de 1994, la Bulgarie est l'autre révélation de l'édition. Qualifiée à la dernière minute aux dépens de la France, la Bulgarie élimine le Mexique et l'Allemagne, tenante du titre. L'équipe bulgare et son attaquant auteur de six buts Hristo Stoitchkov sont éliminés en demi-finale par l'Italie, qualifiée comme dernier meilleur troisième après une défaite contre l'Irlande lors du match d'ouverture. La finale se dispute entre le Brésil et l'Italie au Rose Bowl. Contrairement au reste de la compétition plutôt offensive avec 2,7 buts par match, la finale est fermée. À la fin du temps réglementaire, le score est toujours 0-0, résultat qui n'évolue pas en prolongation. La rencontre est la première finale à se décider aux tirs au but. Les deux premiers tireurs échouent, mais ce sont les échecs des Italiens Daniele Massaro et Roberto Baggio qui se révèlent décisifs et permettent aux joueurs brésiliens de devenir champions du monde. La Coupe du monde de 1998 est la deuxième à se disputer en France, soixante ans après celle de 1938. Les éliminatoires enregistrent une participation record avec 174 pays inscrits. Pour la première fois, les phases finales regroupent 32 équipes. Tenant du titre, le Brésil atteint une nouvelle fois la finale de la Coupe en battant les Pays-Bas aux tirs en but en demi-finale. Après trois victoires en trois matchs dans le groupe C, la France s'impose contre le Paraguay à Lens sur un but en or de Laurent Blanc. En quart de finale, les Bleus s'imposent aux tirs au but face à l'Italie. Contre la surprenante équipe de Croatie, l'équipe de France l'emporte 2-1 grâce à un doublé de Lilian Thuram répondant au but du meilleur buteur de la compétition Davor Šuker. En finale, la France s'impose 3-0 au stade de France grâce à un doublé de Zinédine Zidane et un but d'Emmanuel Petit. C'est la sixième fois que l'épreuve est remportée par le pays hôte. L'attaquant brésilien Ronaldo est élu meilleur joueur de la compétition. Organisée au Japon et en Corée du Sud, la Coupe du monde de 2002 voit le Brésil disputer sa troisième finale consécutive, comme l'Allemagne l'avait déjà fait lors de la décennie précédente. Le Brésil affronte justement l'Allemagne en finale : il s'agit de la première rencontre de l'histoire de la Coupe du monde entre ces deux grandes nations. Les Brésiliens sont sacrés champions du monde pour la cinquième fois, signant ainsi la « Penta », grâce notamment à Ronaldo, déjà décisif en demi-finale contre la Turquie et auteur des deux seuls buts de la finale. L'attaquant brésilien termine meilleur buteur de la compétition avec huit buts. Pays hôte entraîné par Guus Hiddink, la Corée du Sud est la surprise de cette édition. Après avoir battu le Portugal en phase de poule, la Corée du Sud élimine l'Italie en huitièmes de finale sur un but en or de Ahn Jung-hwan puis l'Espagne au tour suivant après séance de tirs au but et s'incline sur le plus petit des scores contre l'Allemagne en demi-finale. La France, tenante du titre, est éliminée au premier tour de la compétition sans inscrire le moindre but. Également éliminés au premier tour, le Portugal, l'Argentine et le Cameroun sont les autres déceptions du premier mondial asiatique. Hégémonie européenne (2006, 2010, 2014 et 2018) La Coupe du monde 2006 se déroule en Allemagne. À domicile, la atteint les demi-finales notamment grâce aux 5 buts de Miroslav Klose qui termine meilleur buteur de l'édition. Elle est battue par l'Italie, future nation victorieuse de la compétition. Dans l'autre demi-finale, la France affronte le Portugal. Après un premier tour difficile avec notamment une qualification acquise à la troisième journée, les joueurs français battent l'Espagne puis le Brésil. Le Portugal élimine les Pays-Bas et l'Angleterre. Grâce à un penalty de Zinédine Zidane, la France bat les Portugais et se qualifie pour la finale de la Coupe du monde. Après l'ouverture du score de Zidane d'une panenka, Marco Materazzi égalise d'un but de la tête sur corner. Les deux équipes ne marquent plus et après que Zinedine Zidane, élu meilleur joueur de la compétition, est expulsé pour un coup de tête sur Materazzi, la France et l'Italie se départagent aux tirs au but. Les Italiens inscrivent tous leurs tirs, David Trezeguet rate le sien, l'Italie remporte la compétition. La Coupe du monde 2010 se déroule pour la première fois sur le continent africain, en Afrique du Sud. La phase finale oppose nationales. Tous les précédents vainqueurs de la Coupe du monde sont présents. Championne d'Europe, l'Espagne est favori alors que la Nouvelle-Zélande, le Honduras ou encore la Corée du Nord sont les équipes les moins redoutées. Le premier tour est marqué par plusieurs surprises, les équipes favorites sont tenues en échec ou s'inclinent face à des équipes supposées plus faibles telles l'Angleterre tenue en échec par les États-Unis puis l'Algérie ou l'Espagne, championne d'Europe en titre, qui est battue par la Suisse. Cette édition voit l'élimination des deux finalistes de la précédente édition au premier tour, ce qui est une première. Le pays organisateur, l'Afrique du Sud, est le premier pays hôte à ne pas dépasser le premier tour de la Coupe du monde. Alors que le Brésil et l'Argentine impressionnent, ils sont éliminés au stade des quarts de finale. L'Uruguay atteint les demi-finales de la Coupe du monde après avoir battu le Ghana, troisième équipe africaine à atteindre les quarts de finale, à la suite d'une fin de prolongation houleuse. Les Pays-Bas dominent la dernière nation sud-américaine en demi-finale et retrouvent la finale de la compétition, après celle contre l'Argentine. Surpris respectivement par la Serbie et la Suisse en phase de poule, l'Allemagne et l'Espagne se rencontrent dans la deuxième demi-finale. Les Espagnols l'emportent et atteignent pour la première fois la finale d'une Coupe du monde. Pour la deuxième édition consécutive, la finale de la Coupe du monde oppose deux nations européennes, ce qui entraîne à coup sûr une première victoire européenne dans une Coupe du monde hors d'Europe. L'Espagne est victorieuse (1-0) sur un but marqué à la par Andrés Iniesta, pendant les prolongations. Cette finale est la plus prolifique en termes d'avertissements, avec 14 cartons jaunes donnés par l'arbitre. La Coupe du monde 2014 se déroule au Brésil pour la deuxième fois de l'histoire de la Coupe du monde. Deux résultats surprises ont lieu lors des phases de groupe, l'Espagne, le tenant du titre, est éliminée dès le premier tour, et le Costa-Rica termine premier du groupe D devant trois anciens vainqueurs du titre mondial, l'Uruguay, l'Italie et l'Angleterre. L'équipe d'Amérique centrale atteint pour la première fois de son histoire les quarts de finale de la compétition où elle est éliminée aux tirs au but par les Pays-Bas. Autre sélection à atteindre pour la première fois ce niveau, la Colombie menée par James Rodríguez, meilleur buteur de la compétition avec six buts inscrits, est éliminée à ce stade par le pays organisateur, le Brésil. En demi-finale, les Allemands s'imposent facilement sur le Brésil, sept buts à un, un résultat jamais vu à ce stade de la compétition. C'est la plus lourde défaite du Brésil en Coupe du monde. L'autre demi-finale voit les Argentins battre les Pays-Bas quatre tirs au but à deux après un match nul sans buts. Le Brésil connaît, lors de la rencontre pour la troisième place, une nouvelle défaite face aux Pays-Bas sur le score de trois buts à zéro. La finale se déroule au Stade Maracanã de Rio de Janeiro entre l'Allemagne et l'Argentine. L'Allemagne s'impose un but à zéro en prolongations grâce à un but de Mario Götze. L'Allemagne décroche ainsi son quatrième titre, vingt-quatre ans après son dernier trophée. La de la Coupe du monde se déroule en Russie du 14 juin au 15 juillet 2018. Précédée de la non-qualification de l'Italie et des Pays-Bas en phase éliminatoire, cette édition n'est pas exempte de surprises, à l'instar de l'élimination de la Mannschaft, tenante du titre, dès le , de l'Espagne éliminée par la Russie et du Brésil sorti en quarts de finale par la Belgique. Ainsi, pour la deuxième fois, 88 ans après le cas précédent en 1930, on ne retrouve ni le Brésil ni l'Allemagne dans le dernier carré qui, pour la cinquième fois dans l'histoire de la compétition, est 100% européen. La Belgique finit troisième en battant l'Angleterre 2-0 et atteint ainsi sa meilleure place dans l'histoire de la Coupe du monde. Quant à la France, elle atteint la finale en battant la Belgique 1 à 0 et affronte la Croatie (treizième finaliste de l'histoire), vainqueur de l'Angleterre en prolongation 2 à 1. La finale voit le sacre des premiers sur les seconds (4-2) et couronne ainsi les Français pour la deuxième fois de leur histoire, vingt ans après leur premier titre face au Brésil. Le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps devenant le troisième homme, après le Brésilien Mário Zagallo et l'Allemand Franz Beckenbauer, à remporter le trophée mondial comme joueur et comme entraîneur. Sur la période de vingt ans 1998-2018 et les six dernières éditions disputées, la France est la seule équipe à avoir joué trois finales et à en avoir gagné deux. Compétitions à venir La Coupe du monde 2022 se déroulera au Qatar du 21 novembre au 18 décembre. Prévue initialement en été, elle a été déplacée à l'automne, en raison des conditions climatiques. La édition de la Coupe du monde, dernièrement attribuée, se déroulera de juin à en Amérique du Nord et sera organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Ce sera la première à rassembler nationales au lieu de 32 ( de 3 au premier tour). Palmarès Par édition Palmarès individuel Bilan par nation Le tableau suivant présente le bilan par nation ayant atteint au moins une fois le dernier carré. Bilan par confédérations Le tableau suivant présente par confédérations un bilan avec le nombre de victoires, de deuxièmes, de troisièmes et de quatrièmes places en Coupe du monde d’une équipe de la confédération. Les confédérations européenne et nord-américaines ont été créées respectivement en 1954 et en 1961. Le tableau intègre les résultats qui précèdent 1954 et 1961 obtenus par des équipes de ces deux continents dans le bilan respectif des deux confédérations. Statistiques et records Nations Deux continents dominent historiquement la Coupe du monde : l'Amérique du Sud et l'Europe. Ils ont remporté toutes les éditions depuis la création en 1930. Les huit vainqueurs différents inscrits au palmarès de la Coupe du monde de la FIFA sont sud-américains ou européens. De plus, entre la victoire du Brésil en 1962 et la victoire de l'Italie en 2006, les équipes européennes et sud-américaines se sont succédé alternativement au palmarès tous les quatre ans. L'organisation de l'épreuve dans d'autres continents, d'abord en Amérique du Nord (1970, 1986 et 1994), ensuite en Asie (2002) et enfin en Afrique (2010), a mondialisé la compétition, qui est aujourd'hui un événement universel. Au total, 80 pays actuellement membres de la FIFA ont déjà participé au moins une fois à la compétition, sur les 211 fédérations nationales, depuis 1930. Les records sont détenus principalement par les nations historiques de la compétition. Seule sélection à avoir participé à toutes les phases finales de la Coupe du monde, le Brésil détient le record de victoires dans la compétition en étant le seul quintuple vainqueur (5 victoires). Le Brésil est également l'équipe à avoir remporté le plus de matches en phase finale (73 victoires en 109 matches). Le Brésil et l'Allemagne sont les seules équipes à avoir gagné la Coupe du monde sur leur propre continent et sur un autre continent que le leur. Le Brésil ne s'est pas imposé à domicile. À l'exception de la finale de 2010 (Espagne-Pays-Bas), chacun des 20 autres matchs décisifs aura vu la présence d'une au moins des six nations multi-titrées (trois européennes et trois sud-américaines), à savoir : les sélections d'Allemagne (en 1954, 1966, 1974, 1982, 1986, 1990, 2002 et 2014), du Brésil (en 1950, 1958, 1962, 1970, 1994, 1998 et 2002), d'Italie (en 1934, 1938, 1970, 1982, 1994 et 2006), d'Argentine (en 1930, 1978, 1986, 1990 et 2014), de France (en 1998, 2006 et 2018) et d'Uruguay (en 1930 et 1950). Cependant, chronologiquement il aura fallu attendre la 9ème finale (1970) pour voir deux anciens (double !) champions s'affronter en finale (Brésil-Italie). Naturellement, le palmarès s'étoffant, les confrontations en finale entre équipes déjà titrées vont s'enchaîner dès la douzième édition en 1982 (Italie-Allemagne), au point que seulement trois finales sur les dix dernières auront permis de voir à l'œuvre des équipes au palmarès vierge jusqu'alors, en 1998 avec la France (contre le Brésil), en 2010 avec l'Espagne et les Pays-Bas et en 2018 avec la Croatie (contre la France). Bien que des nations fortes issues d'un noyau restreint accèdent régulièrement à la finale, seules deux affiches se sont reproduites plus d'une fois : Allemagne-Argentine (1986, 1990 et 2014) et Brésil-Italie (1970 et 1994). On remarque que ces deux affiches mettent en scène les quatre nations les plus performantes dans l'histoire de la Coupe du monde. Sur les treize finalistes (en 21 éditions) : - seulement quatre l'ont été à une seule reprise (dont les deux équipes qui ont gagné une seule Coupe du monde, l'Angleterre et l'Espagne) ; - seulement cinq n'ont jamais été sacrés champions du monde et trois d'entre eux ont même échoué à plusieurs reprises en finale (la Tchécoslovaquie en 1934 et 1962, la Hongrie en 1938 et 1954 et les Pays-Bas en 1974, 1978 et 2010). Le Brésil (1958, 1962) et l'Italie (1934, 1938) sont les deux seuls pays à avoir conservé la coupe quatre ans après (il s'agit, qui plus est, de leurs deux premiers titres pour l'un et l'autre). Trois pays (sur les six ayant remporté plusieurs fois la Coupe du monde) ont obtenu leur second titre de champion du monde vingt ans après le premier : l'Uruguay (1930, 1950), l'Allemagne (1954, 1974) et la France (1998, 2018). Cinq pays tenant du titre ont été éliminés lors de la phase de poules du premier tour de la compétition suivante (le Brésil en 1966, la France en 2002, l'Italie en 2010, l'Espagne en 2014 et l'Allemagne en 2018). Avec seulement deux buts encaissés, la France en 1998, la sélection italienne en 2006 et l'équipe d'Espagne en 2010 réalisent la meilleure performance défensive. La République fédérale d'Allemagne inscrit 25 buts lors de sa victoire au mondial 1954, ce qui constitue la meilleure performance d'une équipe victorieuse. Lors de cette édition est aussi établi le record de buts marqués lors d'une phase finale : 27, par l'équipe de Hongrie. L'Allemagne est l'équipe ayant disputé le plus grand nombre de finales (8 au total) et de demi-finales (12 au total, dans le dernier carré). Elle a aussi disputé le plus grand nombre de matches (109 en ) – ex æquo avec le Brésil (109 en 21 participations). En ce qui concerne le nombre de buts en phase finale, le chassé-croisé entre les deux nations historiquement les plus performantes se poursuit : à l'issue de la Coupe du monde, le Brésil reprend la tête du classement du plus grand nombre de buts marqués (229) devant l'Allemagne (226). Le Brésil et l'Allemagne (parfois qualifiés d'office en tant qu'organisateur ou vainqueur sortant) sont les deux seules nations à avoir toujours réussi à se qualifier sur le terrain pour la phase finale. Ils sont également les deux seuls à y avoir joué plus de cent matches chacun (à titre de comparaison le troisième, l'Italie n'a disputé "que" 83 matches en phase finale). Curieusement, malgré leur régularité et présence au plus haut niveau mondial au fil des éditions (14 finales sur 21 ont concerné au moins l'une ou l'autre !), les équipes du Brésil et de l'Allemagne ne se sont rencontrées qu'à deux reprises en Coupe du monde. Il aura fallu attendre la Coupe du monde en 2002 au Japon pour la grande « première » (finale remportée par le Brésil 2-0). La seconde confrontation en demi-finale de l'édition 2014 permit à l'Allemagne de prendre sa revanche sur le terrain du pays hôte de manière éclatante (1-7). Dans les deux cas, le vainqueur du match Brésil-Allemagne fut sacré champion du monde. Cinq nations ont organisé à deux reprises la Coupe du monde : l'Italie, la France, le Mexique, l'Allemagne et le Brésil. À l'exception du Brésil et du Mexique, chacune a remporté une fois la Coupe du monde sur son propre sol. Contrairement au Mexique, deux fois éliminé en quart de finale à domicile, le Brésil a atteint autant de fois le dernier carré sur son propre sol (deuxième de la poule finale en 1950). L'Uruguay en 1930, l'Italie en 1934, l'Angleterre en 1966, l'Allemagne en 1974, l'Argentine en 1978 et la France en 1998 sont devenus champions à domicile (soit 6 fois sur 21). L'Allemagne est le seul pays à avoir déjà remporté la Coupe du monde avant de triompher à domicile. À partir de la Coupe du monde en 1986, la règle concernant la finale à rejouer en cas d'égalité après prolongations (ce qui ne s'était jamais produit) est abandonnée par la FIFA. Depuis lors, deux Coupes du monde (sur neuf) se sont jouées aux tirs au but après match nul en finale à l’issue des prolongations : celle de 1994 entre le Brésil et l'Italie remportée 3 tirs au but à 2 par le Brésil et celle de 2006 entre l'Italie et la France que les joueurs italiens remportent 5 tirs au but à 3. Lors des qualifications pour une Coupe du monde, l'Espagne est le premier pays à avoir remporté dix matchs sur dix, en 2010. L'équipe d'Allemagne réitère cette performance pendant les éliminatoires de la coupe du monde 2018. En 1970, le Brésil remporte six rencontres sur six. Respectivement en 1982 et 2010, la RFA et les Pays-Bas ont gagné huit matchs sur huit. En phase de qualifications, le succès le plus large revient à l'Australie, avec sa victoire 31-0 sur les Samoa américaines en 2001, 13 des buts sont marqués par Archie Thompson ce qui constitue le record du nombre de buts marqués dans un match international. La Hongrie est la seule équipe à être parvenue à marquer dix buts dans le même match en phase finale, signant le la plus large victoire (10-1) de l'histoire du tournoi contre le Salvador lors de la première journée du groupe 3. Le remplaçant hongrois László Kiss réalise au cours de cette rencontre le triplé le plus rapide de l'histoire de la Coupe du monde en marquant aux , et ; il s'agit du premier « coup du chapeau » d'un joueur entrant. Deux autres matchs se sont soldés par un score de neuf buts d'écart (9-0), voyant la victoire une nouvelle fois de la Hongrie contre la Corée du Sud le et celle de la Yougoslavie contre le Zaïre le . Joueurs vignette|gauche|Pelé marque la Coupe du monde en étant le plus jeune buteur et vainqueur de la Coupe de monde. Le Français Lucien Laurent est le premier buteur de l'histoire de la Coupe du monde en marquant lors du match d'ouverture de la Coupe du monde en Uruguay contre le Mexique, sur une passe décisive d'Ernest Libérati. Le 1000 but de la compétition est inscrit par le Néerlandais Robert Rensenbrink lors d'une défaite des Pays-Bas contre l'Écosse le . L'Allemand Miroslav Klose détient le record de buts marqués en Coupe du monde avec 16 buts, suivi du Brésilien Ronaldo (15 buts) et de l'Allemand Gerd Müller qui en compte 14. Le Français Just Fontaine reste le meilleur buteur sur une seule édition avec 13 buts en 1958. Il n'a pas marqué lors d'une autre édition. Pelé est le cinquième meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde avec 12 buts. Avec 3 buts en finale, les Brésiliens Pelé (1958, 1970), Vavá (1958, 1962), l'Anglais Hurst (1966) et le Français Zidane (1998, 2006) sont les meilleurs buteurs en finale. L'Anglais est le seul joueur de l'histoire à avoir inscrit un triplé en finale. Le Russe Oleg Salenko reste le meilleur buteur en un seul match de Coupe du monde avec 5 buts lors du match Russie-Cameroun gagné par la Russie 6-1 en 1994. Lors de ce match, un autre record a été battu par Roger Milla. Il devient le plus vieux buteur de la compétition à 42 ans et 39 jours, il est également le joueur de champ le plus âgé à une phase finale. En 2018, le gardien égyptien Essam el-Hadari devient le joueur le plus âgé à participer à une Coupe du monde à l'âge de 45 ans et 161 jours. Le plus jeune est le Nord-Irlandais Norman Whiteside âgé de 17 ans et 41 jours lors du premier match contre la Yougoslavie de la Coupe du monde 1982. Le joueur qui a remporté le plus grand nombre de victoires en Coupe du monde est le Brésilien Pelé avec trois succès en 1958, 1962 et 1970, il ne dispute cependant pas la finale en 1962. Pelé détient également des records de précocité, il est le plus jeune buteur et vainqueur de la Coupe du monde. À l'opposé, le gardien de la sélection italienne Dino Zoff est le joueur le plus âgé à avoir remporté la compétition. Les joueurs Antonio Carbajal, Gianluigi Buffon, Lothar Matthäus et Rafael Márquez sont les seuls joueurs à avoir disputé cinq phases finales de Coupe du monde. Lothar Matthäus est celui qui a disputé le plus grand nombre de rencontres avec vingt-cinq matchs entre 1982 et 1998. Le Brésilien Cafu est le seul joueur à avoir disputé trois finales de Coupe de monde : vainqueur en 1994, finaliste en 1998 et vainqueur en 2002, cette dernière en tant que capitaine. Luis Monti a disputé deux finales pour deux pays différents. Il perd en 1930 avec l'Argentine et gagne en 1934 avec l'Italie. Les Allemands Fritz et Ottmar Walter puis les Anglais Bobby et Jack Charlton sont les deux seules fratries à avoir été champions du monde dans la même équipe respectivement en 1954 et 1966. L'Uruguayen Alcides Ghiggia (1950, 4 buts), le Français Just Fontaine (1958, 13 buts) et le Brésilien Jairzinho (1970, 7 buts) sont les seuls joueurs à avoir marqué lors de tous les matches d'une unique Coupe du monde. Le record du but le plus rapide marqué en phase finale de Coupe du monde est actuellement détenu par le Turc Hakan Şükür avec une réalisation inscrite 10,8 secondes après le coup d'envoi. Ce but est marqué lors du match de la troisième place entre la Turquie et la Corée du Sud lors de la Coupe du monde 2002 remporté 3-2 par la Turquie. En phase de qualifications, le but le plus rapide a été inscrit au bout de par l'attaquant belge Christian Benteke dans un match contre Gibraltar lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2018. En 1986, José Batista est expulsé par l'arbitre français Joël Quiniou lors du match Uruguay-Écosse après seulement 56 secondes pour un tacle par derrière, carton rouge le plus rapide de la Coupe du monde. Sélectionneurs Le plus titré des sélectionneurs est Vittorio Pozzo avec les victoires de l'Italie lors des Coupes du monde 1934 et 1938. Le Brésilien Mario Zagallo détient le record global de titres en Coupe du monde. Déjà victorieux en tant que joueur en 1958 et 1962, il remporte la compétition au poste de sélectionneur en 1970 puis comme adjoint en 1994. Il est suivi de l'Allemand Franz Beckenbauer, qui réalise ce doublé avec sa victoire en 1974 comme joueur et en 1990 comme sélectionneur, puis du Français Didier Deschamps, vainqueur comme joueur en 1998 et comme sélectionneur en 2018. Également de nationalité allemande, Helmut Schön est le sélectionneur ayant dirigé le plus de rencontres sur le banc avec vingt-cinq matchs entre 1966 et 1978 pour la RFA. Le brésilien Luiz Felipe Scolari détient lui deux records. Il est invaincu douze rencontres de suite, sept avec le Brésil, avec qui il remporte le titre en 2002, et cinq avec le Portugal en 2006, les onze premières rencontres se concluant par des victoires, c'est la plus longue série de victoires dans le temps réglementaire en Coupe du monde. Le Brésilien Carlos Alberto Parreira est également un sélectionneur historique de la Coupe du monde. Il conduit le Koweït en 1982, les Émirats arabes unis en 1990, devient champion du monde avec le Brésil en 1994, puis dirige l'Arabie saoudite quatre ans plus tard. Il revient à la tête de la sélection brésilienne en 2006 et atteint les quarts de finale avant de devenir sélectionneur de l'Afrique du Sud en 2010. Bora Milutinović a, lui aussi, participé à cinq Coupes du monde avec cinq sélections différentes. Il a dirigé le Mexique en 1986, le Costa Rica en 1990, les États-Unis en 1994, le Nigeria en 1998 et la Chine en 2002. Le sélectionneur le plus jeune est l'Argentin Juan José Tramutola en 1930 à 27 ans et 267 jours, alors que le plus âgé est l'Allemand Otto Rehhagel qui dirige l'équipe de Grèce à 71 ans et 317 jours pendant la Coupe du monde 2010. Distinctions individuelles À la fin de chaque tournoi de la Coupe du monde, plusieurs trophées sont attribués aux joueurs et aux équipes qui se sont distingués par rapport aux autres dans différents aspects du jeu. En 1938, la FIFA édite une équipe type à la fin de la compétition. L'absence de l'Italien Silvio Piola dans cette équipe type provoque un tel tollé que la FIFA se refuse ensuite de renouveler ce type de désignation. Entre 1982 et 2002, il existe un trophée du but inscrit le plus rapidement récompensé par un chronomètre en or. Actuellement cinq trophées officiels sont décernés : le Soulier d'or est décerné depuis 1982 au meilleur buteur ; le Ballon d'or pour le meilleur joueur de la Coupe du monde (premier trophée en 1982) ; le Gant d'or pour le meilleur gardien de but depuis la Coupe du monde 1994 ; le Meilleur jeune joueur est un prix qui récompense le meilleur joueur ayant moins de 21 ans au début de l'année depuis la Coupe du monde de football 2006 ; le Trophée du Fair-Play de la FIFA pour l'équipe qui fait preuve du plus bel esprit sportif et du meilleur comportement, sur le terrain comme en dehors depuis la Coupe du monde de football 1978. Organisation Sélection des pays hôtes Lors du congrès de la FIFA tenu à Barcelone le , l'organisation de la première Coupe du monde est confiée à l'Uruguay pour fêter le centenaire de son indépendance, mais aussi parce que le pays est double champion olympique en titre. Pour la deuxième édition en 1934, l'Italie s'impose comme le pays hôte après avoir apporté les conditions financières nécessaires. La Suède, bien engagée, se retire devant la candidature italienne. La désignation, prévue d'abord en mai 1932 au congrès de Stockholm, est finalement décalée en décembre à la suite des demandes de reports de la compétition. L'Autriche et d'autres pays européens souhaitent, en effet, repousser la compétition en 1936 à cause du contexte économique marqué par la Grande Dépression. En 1938, Jules Rimet souhaite que la compétition se déroule dans son pays, la France. L'Argentine et l'Allemagne se présentent également comme candidats à l'organisation. La FIFA se questionne sur la capacité de la France à disposer d'installations suffisantes pour accueillir la compétition. Finalement, la FIFA donne le la responsabilité de la compétition à la France par un vote. Brésil et Allemagne sont candidats pour accueillir la Coupe du monde 1942, l’organisateur devant être désigné lors d’un congrès en 1938. À la suite de désaccords persistants, la décision est repoussée à un congrès en 1939, mais la guerre éclate avant que le pays hôte ne soit choisi et la compétition est annulée. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Brésil, déjà candidat à l’organisation pour 1942, et la Suisse sont les deux seuls pays à se porter volontaires. Ils sont tous les deux désignés le à Luxembourg pour organiser les premières compétitions d'après-guerre, dans l'ordre, pour respecter l'alternance Europe-Amérique du sud, le Brésil en 1949 puis la Suisse en 1951. La décision de changer le calendrier est prise le 27 juillet 1948 : les Coupes du monde initialement prévues en 1949 et 1951 sont décalées en 1950 et 1954 et retrouvent un rythme quadriennal les années paires où ne se tiennent pas les Jeux olympiques (comme c’était le cas avant la guerre avec les Coupes du monde en 1930, 1934 et 1938). Une nouvelle fois sans vote, l'organisation de l'édition 1958 est confiée à la Suède le à Rio de Janeiro, soit près de huit ans avant le début de l'épreuve. Pour la compétition de 1962, trois pays sont candidats à l'organisation : l'Argentine, le Chili et la RFA. L'Allemagne de l'Ouest se retire et la FIFA doit procéder à un vote le à Lisbonne pour désigner dans lequel des deux pays sud-américains la Coupe du monde 1962 se dispute. Le Chili est finalement désigné par 32 voix à 11. Un nouveau vote à un tour a lieu à Rome le pour l'édition suivante et l'Angleterre obtient la responsabilité d'être l'hôte de la compétition en 1966. Pour 1970, le congrès de la FIFA continue l'alternance entre l'Europe et l'Amérique du Sud. Il se réunit le à Tokyo et désigne le Mexique dès le premier tour des votes. Le à Londres, le Congrès de la FIFA choisit les trois pays hôtes de la compétition suivants. La RFA et l'Espagne sont les seuls candidats pour l'Europe pour les éditions 1974 et 1982, la première revient à la RFA, la seconde à l'Espagne. Battue pour 1962 et 1970, l'Argentine obtient enfin l'organisation de la Coupe du monde en 1978. Le scrutin change alors, un vote du Comité Exécutif de la FIFA remplace les congrès. Choisi en 1974 à Stockholm, la Colombie fait face à des problèmes financiers et doit renoncer en 1982 à accueillir l'épreuve quatre ans plus tard. La candidature mexicaine pour la Coupe du monde 1986 est alors votée à l'unanimité par les membres du comité exécutif. L'Italie est ensuite préférée à l'URSS pour la Coupe du monde 1990. Pour la désignation de l'organisateur de l'édition 1994, un nouveau vote est organisé à Zurich en 1988. Les États-Unis battent le Maroc de trois voix, rompant l'alternance entre l'Europe et l'Amérique du Sud. Le Maroc est une nouvelle fois battu quatre ans plus tard avec le choix de la France pour la compétition de 1998. Le , une candidature conjointe du Japon et de la Corée du Sud est proposée et votée à main levée par le Comité Exécutif de la FIFA. La première phase finale ayant lieu en Asie se déroule donc dans ces deux pays en 2002. Après trois tours de vote, l'Allemagne est désignée organisateur de la Coupe du monde 2006 en devançant d'un vote la candidature de l'Afrique du Sud. Cette dernière est désignée pour organiser l'édition suivante aux dépens du Maroc, une nouvelle fois battu. L'Afrique du Sud devient le premier pays africain à accueillir la compétition. Avec le système de rotation de la FIFA, la Coupe du monde 2014 doit être organisé sur le continent sud-américain. Le Brésil est désigné après le retrait des autres candidatures. Le , l'organisation des éditions 2018 et 2022 sont respectivement attribuées à la Russie et au Qatar, ce qui constitue une première pour les deux pays. Pour 2026, la procédure est retardée d'une année à la suite du Fifagate. Cette édition inaugurera le format à 48 équipes qui requiert plus de stades pour accueillir la compétition. Le format de vote change, les comités réduits disparaissent, chaque fédération nationale vote. Deux candidatures sont déposées : une du Maroc et l'autre conjointement par le Mexique, les États-Unis et le Canada. C'est la candidature nord-américaine conjointe qui est choisie le . Format de la compétition Alors que la première édition ne rassemble que 13 équipes (toutes invitées) au lieu des 16 escomptées, la mise en place de tours préliminaires s'impose dès 1934 afin de sélectionner 16 formations parmi les 30 nations inscrites. Ce nombre d'équipes qualifiées en phase finale restera inchangé jusqu'en 1982, où il passera de 16 à 24, puis évoluera encore de 24 à 32, pour l'édition 1998. Pour la seconde édition l'Italie, pays organisateur, doit exceptionnellement disputer la phase éliminatoire tandis que l'Uruguay décide de ne pas défendre son titre. De 1938 et jusqu'en 2002, les pays tenant du titre et organisateur sont tous les deux qualifiés d'office. Depuis, seul le pays organisateur est garanti d'une participation en phase finale. Ainsi, le Brésil, champion du monde en 2002 doit passer par le tour préliminaire pour pouvoir défendre son titre en 2006. Tour préliminaire Depuis la Coupe du monde de 1934, une phase de qualification est organisée avant la phase finale afin de limiter le nombre de participants au tournoi. Le tour préliminaire de qualification est divisé entre les six zones continentales de la FIFA (Afrique, Asie, Amérique du Nord, centrale et Caraïbes, Amérique du Sud, Océanie et Europe), chacune représentée par leur confédération. La FIFA fixe un quota de places en phase finale pour chaque zone continentale. Les qualifications peuvent commencer dès l'année suivant la tenue de la dernière phase finale et s'étaler sur deux ou trois saisons. Les formats de qualification varient selon les confédérations. Il y a également des barrages intercontinentaux. Phase finale La phase finale de la compétition a presque toujours combiné les deux formules "championnat" (phase de poule) et "coupe" (élimination directe). En 1930 le système de poules, mis en place afin que les équipes européennes ayant fait un long voyage par bateau ne repartent pas après un seul match joué (en cas de défaite), permet ainsi aux premiers de chaque groupe d'accéder aux demi-finales. En 1934 et 1938 la FIFA opte pour le système "coupe" intégral (des huitièmes de finale à la finale). À l'inverse en 1950, c'est le système « championnat » intégral sur deux tours qui est appliqué, les premiers de chacun des quatre groupes du premier tour accédant à la poule finale. De 1954 à 1970, quatre poules de quatre équipes dégagent huit quarts de finalistes, la fin du tournoi se dispute alors par élimination directe. Pour les éditions 1974 et 1978 la formule "championnat" est redoublée, un second tour de poules remplace les quarts de finale et les demi-finales, les seuls matchs-couperet étant les finales. Avec l'augmentation du nombre d'équipes qualifiées en phase finale, passant de 16 à 24 en 1982, la formule de la compétition comprend désormais 6 poules de quatre équipes au premier tour dégageant douze qualifiés pour un second tour de 4 poules de trois équipes ; demi-finales et finale concluent alors l'épreuve. De 1986 à 1994, la formule comporte toujours 6 poules de quatre équipes au premier tour comme en 1982, mais passe en phase à élimination directe dès le second tour : en plus des douze qualifiés directs, quatre équipes ("les meilleurs troisièmes") sont repêchées pour compléter le tableau des huitièmes de finale. Depuis 1998, 32 équipes participent à la phase finale avec huit poules de 4 équipes au premier tour dégageant 16 équipes qualifiées en huitièmes de finale. En 1990, la répartition des équipes pour le tirage au sort se fait selon un classement prenant en compte les performances des précédentes épreuves ; l'Espagne critique l'imperfection de ce système, plaçant l'Angleterre au niveau des têtes de série. En 1994, les sélections de l'Allemagne, du Brésil, de l'Italie et des USA (pays hôte), négocient avec les organisateurs pour choisir leur ville du premier tour. En 1998, afin que le pays organisateur et le tenant du titre ne puissent se rencontrer avant la finale (s'ils finissent premiers de leur groupe), les organisateurs pré-arrangent le tirage au sort, comme cela s'est d'ailleurs pratiquement toujours fait depuis 1930. Ce type d'arrangement validé par les instances de la FIFA se reproduit de manière similaire en 2006. Depuis lors, seul le pays organisateur connaît à l'avance le groupe dans lequel il sera placé : le groupe A. Le , sous l'impulsion de son nouveau président Gianni Infantino, le conseil mondial de la FIFA réuni à Zurich décide à l'unanimité de faire passer le nombre d'équipes participantes à la phase finale à 48 à partir du Mondial 2026. Selon la nouvelle formule, les quarante-huit équipes seront réparties en seize poules de trois au premier tour, et la phase éliminatoire directe commencera à partir des seizièmes de finale. (*) Stade de compétition exprimé en fraction. Modalités indiquées lorsqu'il s'agit d'une phase de poules, case cochée lorsqu'il s'agit d'un tour à élimination directe. Évolution du règlement Depuis 1930, le règlement de la compétition évolue. Les joueurs portent des numéros sur leur maillot à partir de la Coupe du monde de 1938 disputée en France. Les remplaçants sont d'abord autorisés seulement à la suite de la blessure d'un joueur. Le premier remplacement a lieu dans les années 1950 lors d'une phase de test et limité dans les 40 premières minutes de la rencontre. À partir de la Coupe du monde 1970, les remplacements sont autorisés quelle qu'en soit la raison. Les équipes ont alors le droit de faire entrer deux joueurs remplaçants. En phase finale, le premier remplacement a lieu entre Viktor Serebryanikov et Anatoli Puzach qui entre à la place de son compatriote soviétique à la lors d'une rencontre du opposant l'URSS au Mexique. Le nombre de remplacements autorisés passe ensuite à trois, puis en 2018 à quatre si le match se poursuit avec des prolongations. La victoire à trois points est mise en place lors de la Coupe du monde 1994, alors que historiquement elle valait deux points. La passe en retrait au gardien est interdite pour la Coupe du monde 1994 afin de limiter son abus. Le but de cette interdiction est de développer le jeu offensif. Les effectifs des équipes qualifiées pour la phase finale de la compétition passent de 22 à 23 joueurs pour l'édition 2002 de la Coupe du monde. En 2010, la FIFA impose que le drapeau de la FIFA, le drapeau FIFA Fair-play, le drapeau de la confédération et les drapeaux des deux associations en lice soient hissés dans le stade lors de chaque match de la compétition. L’hymne de la FIFA doit être joué pendant que les deux équipes pénètrent sur le terrain. Comme pour les autres rencontres internationales, les hymnes nationaux des deux sélections en lice sont ensuite joués une fois les équipes alignées. Les joueurs serrent ensuite la main de leurs adversaires et des arbitres. Cérémonies d'ouverture Avant 1970, les cérémonies sont simples avec la présentation de représentants des pays qualifiés pour la phase finale. Depuis 1970, elles sont de plus en plus colorées et vivantes. Cette transformation des cérémonies d'ouverture commence en 1970. Cette édition marque un tournant, la cérémonie d'ouverture est un défilé de jeunes joueurs habillés aux couleurs des nations qualifiées. Quatre ans plus tard, la RFA organise une cérémonie d'ouverture simple mais inédite. Les organisateurs disposent des ballons en fleurs qui s'ouvrent pour laisser place à des danseurs locaux de chaque pays. Les joueurs ne sont pas présents, mais d'anciennes gloires sont là comme Pelé ou Uwe Seeler. Les cérémonies d'ouverture deviennent ensuite de plus en plus impressionnantes. En 1982, la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde est présidée par la famille royale d'Espagne. La Colombe de la paix de Pablo Picasso est le symbole de la cérémonie qui souhaite faire passer un message de paix. Plus de sont lâchés avant que vêtus de blanc forment sur la pelouse du Camp Nou une colombe. Après les discours officiels du président de la FIFA et du Roi d'Espagne, la compétition commence. La cérémonie d'ouverture de 1990 a lieu dans un stade San Siro rénové et devenu Stadio Giuseppe Meazza. Sont présents quatre chefs d'États : le président du pays organisateur, l'Italien Francesco Cossiga, le président brésilien Fernando Collor de Mello, le président camerounais Paul Biya et le président argentin Carlos Menem, ces deux derniers assistent au match d'ouverture opposant leur nation, montre l'intérêt croissant pour la cérémonie. Des gymnastes présentent les drapeaux des nations avant que des mannequins aux couleurs des cinq continents ne rentrent sur la pelouse. L'hymne de la Coupe du monde retentit ensuite avant un lâché de ballons. En 1998, à la veille du premier match de la Coupe du monde, une procession de quatre géants est organisée dans les rues de Paris et retransmise à la télévision. Chaque personnage d'environ vingt mètres de hauteur représente un continent : Ho pour l'Asie, Moussa pour l'Afrique, Pablo pour l'Amérique et Roméo pour l'Europe. Pour la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde 2006, Pelé et Claudia Schiffer amènent le trophée sur le terrain. Environ 150 autres joueurs vainqueurs de la Coupe du monde sont présents pour regarder la cérémonie d'ouverture. Des danseurs et des chorégraphies en couleurs précèdent la présentation des équipes qualifiées pour la phase finale avec un drapeau de chaque pays sur le terrain. Stades La première édition de la Coupe du monde se déroule en 1930 dans trois stades de Montevideo, capitale de l'Uruguay. D'une capacité de plus de , le Stade Centenario, qui est le plus grand des trois, n'est pas prêt pour le début de la compétition. Les premiers matchs de la compétition sont donc joués dans deux autres stades : l'Estadio Pocitos et l'Estadio Gran Parque Central. La plus faible affluence de la Coupe du monde est une rencontre entre la Roumanie et le Pérou à l'Estadio Pocitos en 1930 où seulement se regroupent. La première finale de l'histoire de la compétition est finalement jouée au Stade Centenario. Quatre ans plus tard, la compétition se déroule en Italie. La Coupe du monde se joue dans huit stades différents. La finale a lieu à Rome au Stadio Nazionale del PNF. Le stade de Turin, qui peut accueillir la plus grande affluence avec , est renommé Stadio Benito Mussolini. En 1938, la France porte la contenance du stade de Colombes à afin de répondre aux attentes de la FIFA qui espère que l'affluence soit aussi haute que quatre ans auparavant. L'organisation française rénove et agrandit les huit autres stades, spectateurs assistent à la compétition. Pour l'édition de 1950, le stade du Maracanã est construit pour accueillir la compétition et permet de battre des records d'affluence. Avec officiellement spectateurs, le match décisif entre le Brésil et l'Uruguay disputé au Maracanã en 1950 est l'affluence la plus élevée pour un match de football disputé dans le cadre de la Coupe du monde. En 1954, la Suisse met six stades à disposition pour le bon déroulement de la compétition. La finale de la Coupe du monde 1954 se dispute dans le stade du Wankdorf de Berne. Pour la campagne suédoise en 1958, les organisateurs construisent pour l'occasion de nouveaux stades à Malmö et Göteborg. Le stade Råsunda de Stockholm est rénové pour pouvoir contenir plus de . Au total, spectateurs assistent à la Coupe du monde en Suède. En 1962, la Coupe du monde se joue dans seulement quatre stades : l'Estadio Carlos Dittborn d'Arica, l'Estadio Braden Cooper Co. de Rancagua, l'Estadio Sausalito de Viña del Mar et le stade national du Chili de Santiago du Chili. La finale se déroule dans ce dernier qui, d'une capacité de , accueille également presque tous les matchs du pays hôte, le Chili, et la petite finale. La Coupe du monde 1966 se dispute sur le sol où le football a été créé : l'Angleterre. Le stade de Wembley construit en 1923 est la principale enceinte, elle est le lieu de la finale. L'Angleterre a le privilège de jouer toutes ses rencontres dans ce stade jusqu'à la victoire finale des joueurs anglais. Les autres principaux stades sont Goodison Park, Roker Park ou encore le Hillsborough. Pour l'édition 1970, les cinq stades de la compétition sont construits ou modernisés. Il s'agit du stade Jalisco, du stade Nou Camp, du stade Cuauhtémoc, du stade Nemesio Díez et du stade Azteca. Ce dernier, d'une capacité d'accueil de plus de , est construit pour l'événement et pour recevoir la finale de la Coupe du monde 1970. Situé dans la ville de Mexico, il accueille dix matchs en 1970 et neuf autres en 1986, ce qui consiste un record de rencontres de Coupe du monde jouées dans un même stade. En 1974, l'Allemagne fédérale choisit d'organiser la compétition dans neuf différents stades. Deux sont construits à cette occasion, le Parkstadion et le Westfalenstadion, les autres sont rénovés. Un nouveau record de spectateurs présents dans les stades est établi avec spectateurs. L'Argentine ne bat pas le record d'affluence en 1978 avec personnes présentes dans les stades, mais vend 88 % des billets disponibles contre 72 % en RFA quatre années plus tôt. La Coupe du monde 1982 se déroule en Espagne. L'organisation espagnole détient alors le record du nombre de stades dans lesquels la compétition se déroule avec 17 stades répartis dans tout le pays. La finale a lieu dans le stade Santiago-Bernabéu où le Real Madrid est le club résident. La plupart des enceintes sportives mexicaines utilisées pour la Coupe du monde 1986 sont les mêmes qu'en 1970, le stade Azteca accueille à nouveau la finale de la compétition. Les stades italiens sont les hôtes des matchs de la Coupe du monde 1990. Le stade olympique de Rome est le stade désigné pour accueillir la finale de la compétition, spectateurs s'y réunissent pour assister à la victoire allemande. Les États-Unis reconvertissent des stades de football américain en stades de football pour la Coupe du monde 1994. Cela leur permet de battre l'affluence record d'une épreuve de Coupe du monde avec spectateurs pour voir les 52 rencontres soit une moyenne record de spectateurs par match. La finale a lieu au Rose Bowl Stadium devant personnes. En 1998, la France construit le stade de France pour accueillir la finale de la compétition. Les autres stades sont modernisés. Neuf autres stades sont rénovés à l'occasion de cet événement. La capacité du stade Vélodrome, qui accueille une demi-finale, est portée à . La petite finale se dispute au Parc des Princes. La Coupe du monde de 2002 se dispute dans 20 stades différents divisés équitablement entre les deux pays organisateurs, la Corée du Sud et le Japon. La plupart des stades utilisés sont construits pour la compétition et mis en service peu avant la tenue de l'édition. Le Yokohama International Stadium accueille la finale et les spectateurs présents à cette occasion. À l'occasion de la Coupe du monde 2006, douze stades allemands sont construits ou rénovés pour la Coupe du monde. La Allianz Arena ou Munich Arena est construite. La finale de l'édition se dispute au stade olympique de Berlin, rénové à cette occasion. Pour la compétition en Afrique du Sud quatre ans plus tard, quatre des dix des stades sont construits pour l'occasion. Dans les , la construction de stades est soumise à un cahier des charges très précis édicté par la FIFA afin que les stades soient homologués pour accueillir la phase finale de la compétition. Les affluences de la Coupe du monde sont chronologiquement croissantes. Le Maracanã fait de l'édition 1950 la plus suivie dans les tribunes avant que la Coupe du monde n'ait lieu en Angleterre et son stade de Wembley. Le dernier pic majeur se produit en 1994 lorsque les États-Unis transforment les stades de football américain pour la Coupe du monde. Parfois, la faible utilisation des stades après la compétition est critiquée comme le Maracanã à Rio, trop grand, qui est tombé en ruine et a dû être reconstruit. Cependant, de nombreux stades comme les stades allemands ont permis aux clubs locaux de bénéficier d'un stade plus moderne après la compétition. Ballons officiels Lors de la première finale de la Coupe du monde, chaque équipe apporte son ballon et l'arbitre, John Langenus, doit tirer au sort le terrain, mais également le ballon pour jouer la rencontre. Le ballon argentin est choisi par le hasard. Dès l'édition 1934, un même modèle de ballon est utilisé pour toutes les rencontres d'une même phase finale. Allen fournit ainsi les ballons en 1938. En 1962, Adidas est choisi comme fournisseur et sort son édition Santiago. Après la pause de 1966 où les ballons sont des Slazenger, Adidas devient fournisseur exclusif de la Coupe du monde. L'équipementier allemand sort un nouveau modèle de ballon à chaque édition auquel il donne un nom. Tango est utilisé pour les Coupes du monde 1978 et 1982. Azteca en 1986 est le premier ballon de la compétition totalement en synthétique. Le ballon de l'édition 1990 est nommé lEstrusco Unico. Le Questra en 1994 est apprécié par les joueurs et décrié par les gardiens de but. Le ballon Tricolore pour l'édition 1998 arbore les couleurs du pays organisateur, la France, avec un ballon bleu et blanc. Il est fabriqué au Maroc. Le Fevernova en 2002 est de couleur or avec des flammes rouges. La couche de mousse qui le compose est améliorée par des micro-billes de gaz, permettant selon Adidas des frappes plus précises. Le ballon Teamgeist en 2006 est un ballon innovant. Il est imperméable ce qui lui permet de garder le même poids du début à la fin de la partie quelles que soient les conditions météorologiques. Adidas nomme Jabulani, qui signifie « célébrer » en zoulou, le ballon utilisé pour la 2010. Il est moulé dans une seule pièce, et équipé d'un nouveau concept appelé « Grip'n'Groove » pour un contrôle optimal, des trajectoires stables et une accroche parfaite. Cependant, le ballon de la Coupe du monde 2010 est très critiqué par les gardiens de but pour sa trajectoire flottante. Ces critiques sont prises en compte par Adidas lors de la Coupe du monde 2014, les trajectoires de Brazuca, dont la conception a duré deux ans, sont moins aléatoires. Arbitrage Les débuts de l'arbitrage en Coupe du monde sont difficiles. L'opposition de cultures est également présente pour les arbitres. Dès la première édition en 1930, des bagarres générales éclatent. Les cartons n'existent pas, les arbitres peuvent seulement exclure des joueurs. Arbitre de la première finale de la Coupe du monde, le Belge John Langenus le constate lors du match entre l'Argentine et le Chili : . L'interprétation des règles diverge selon les arbitres et cause des problèmes d'équité. Les cartons jaunes et rouges sont mis en place à l'occasion de la Coupe du monde de la FIFA 1970, quatre ans après l'affaire avec le capitaine argentin Antonio Rattín qui ne voulait pas sortir du terrain comme le lui demandait alors l'arbitre. Le dimanche , l'arbitre allemand Kurt Tschenscher gratifie Evgeny Lovchev, le 6 de l'équipe d'Union soviétique, du premier carton jaune de l'histoire de la Coupe du monde de football lors du match de premier tour à Mexico entre le Mexique et l'Union soviétique qui se solde par un 0-0. Le premier carton rouge est sorti par l'arbitre turc Doğan Babacan pour le Chilien Carlos Caszely lors d'un match contre l'Allemagne de l'Ouest le . L'arbitrage est souvent au cœur de controverses. En finale de l'édition 1966, Geoffrey Hurst tape le ballon sur la barre à la de la rencontre, en prolongation. Le ballon rebondit alors sur la pelouse et sort des buts. L'arbitre suisse Gottfried Dienst valide le but après avoir consulté son assistant Tofik Bakhramov. Cependant, le doute persiste et une étude anglaise a confirmé que le ballon n'est pas rentré. À la dernière minute de cette rencontre, Hurst marque son troisième but personnel alors que des supporters sont sur le terrain. L'« arbitrage maison » est souvent critiqué, l'arbitre prenant des décisions favorables aux pays hôtes. Certaines éditions de la Coupe du monde sont marqués par des erreurs aux conséquences lourdes. Lors de la demi-finale de la Coupe du monde 1982, Harald Schumacher agresse Patrick Battiston. L'arbitre Charles Corver ne siffle pas de faute alors que Battiston doit être hospitalisé. Schumacher et la RFA s'imposent par la suite aux tirs au but. Quatre années plus tard, la Coupe du monde est à nouveau marquée par une erreur flagrante de l'arbitre. Le Tunisien Ali Bennaceur ne voit pas Diego Maradona marquer de la main en quart-de-finale de la Coupe du monde, but resté célèbre comme la « main de Dieu ». En finale de la Coupe du monde 1990, l'Argentine et Maradona subissent les décisions de l'arbitre Edgardo Codesal Méndez, qui fait basculer la rencontre en expulsant Pedro Monzón puis en sifflant un pénalty contestable à cinq minutes de la fin de match. En 2002, des matchs de la Corée du Sud, qui est un des pays organisateurs de cette édition, sont entachés d’erreurs d’arbitrages manifestes faisant suspecter un certains favoritisme pour le pays hôte. Les matchs les plus polémiques sont le 8eme de finale contre l’Italie, mais surtout le match suivant contre l’Espagne en quart de finale. La rencontre entre l’Espagne et la Corée du Sud a soulevé de vives controverses sur la personne de l'arbitre égyptien Gamal Al-Ghandour. Al-Ghandour refusa un but en or en faveur de l'Espagne et signala un hors-jeu discutable alors que les Espagnols avaient marqué. Le dernier tir au but manqué par l'Espagne fut également l'objet d'une controverse. Le tir de Joaquín fut bloqué par le gardien Lee Woon-Jae qui quitta sa ligne avant même que le frappeur n'eût tiré. Or, aucune sanction ne fut prise[29],[30]. Lors de la Coupe du monde 2006 en Allemagne, le joueur de l'équipe de Croatie Josip Šimunić reçoit trois avertissements avant d'être exclu lors d'une rencontre de premier tour contre l'Australie. Graham Poll donne un premier carton jaune à la , puis un deuxième à la mais oublie de l'exclure. Trois minutes plus tard, dans le temps additionnel, Šimunić commet une nouvelle faute et reçoit son troisième carton jaune du match et est exclu. La FIFA ajoute l'arbitrage assisté par la vidéo lors de la Coupe du monde 2018 en Russie. Elle a pour la première fois une influence sur une décision arbitrale lors du cinquième match, la rencontre entre l'Australie et la France. À l'issue du visionnage des images depuis le bord du terrain, l'arbitre accorde un penalty à l'équipe de France. Les arbitres sont également équipés d'un dispositif électronique installé au poignet pour leur confirmer ou non le franchissement de la ligne de but par le ballon. Trophée Le trophée remis aux champions du monde de 1930 à 1970 est une statuette en or qui repose sur un socle de pierres fines. Commandée par Jules Rimet avant la première édition de l'épreuve, elle a été réalisée par le sculpteur français Abel Lafleur. La statuette, appelée « Victoire ailée », représente la déesse de la victoire tenant un calice octogonal au-dessus d'elle. En 1946, en hommage au président de la FIFA, le trophée, qui à l'origine s'appelait simplement « Coupe du Monde de Football Association », est officiellement baptisé « Coupe Jules-Rimet ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, le vice-président de la FIFA, l'Italien Ottorino Barassi garde le trophée caché sous son lit dans une boîte à chaussures, afin d'éviter que les nazis ne s'en emparent. En 1966, l'organisation incombe à l'Angleterre qui devient, de fait, gardienne du trophée pour la durée de la compétition. Le trophée est dérobé et des forces importantes de Scotland Yard sont déployées pour retrouver la statuette avant la fin de la compétition. Finalement, un petit chien nommé Pickles trouve l'objet dans un paquet emballé dans du papier journal, déposé dans une poubelle d'un jardin public, que son maître remet à la police. En 1970, la sélection brésilienne remporte le titre mondial pour la troisième fois (après avoir déjà été sacré en 1958 et 1962) et acquiert ainsi le droit de conserver la Coupe Jules-Rimet définitivement. Mais, en 1983, le trophée est volé dans les locaux de la fédération brésilienne. Les autorités pensent que les voleurs l'ont refondu. Une réplique de la Coupe Jules-Rimet est alors réalisée. En 1974, un nouveau trophée est donc mis en jeu. Portant le nom de la Fédération Internationale de Football Association, la FIFA World Cup (ou Coupe du Monde de la FIFA en français) a été dessinée par Silvio Gazzaniga et produite par Bertoni à Milan. La statuette (sans son socle) représente deux athlètes soulevant la terre. Elle mesure de haut et pèse dont 75% d'or (18 carats). La base de de diamètre contient deux morceaux de malachite. Les noms des pays ayant gagné le tournoi sont gravés sous la coupe. Seuls huit noms peuvent être gravés sur la coupe elle-même, ce qui signifie que la plaque où sont gravées les équipes victorieuses peut contenir le nom des vainqueurs jusqu'en 2038. Avant chaque compétition, le trophée est exposé dans de nombreux endroits à travers le monde avant d'arriver dans le pays organisateur. Dérobée à plusieurs reprises, la Coupe du monde est désormais très protégée. Seuls les champions du monde et les chefs d'État peuvent la toucher. Le trophée est propriété de la FIFA, même si sa surveillance est confiée au pays tenant du titre. Étoile sur le maillot Le vainqueur de la Coupe du monde peut disposer, sur son maillot, une étoile par trophée gagné. Ces étoiles font leur apparition sur le maillot du Brésil en 1974. L'Italie, alors ancien triple vainqueur de la compétition, adopte ce système au début des années 1990 et l’Allemagne à la fin de la décennie. À la suite de la victoire de l'équipe de France en 1998, le maillot des Bleus arbore une étoile. Dès lors, les autres pays vainqueurs d'une Coupe du monde qui n'ont pas encore d'étoile sur le maillot (Angleterre, Argentine, Uruguay) adoptent l'utilisation de l'étoile en hommage au ou aux sacres mondiaux. Seul l'Uruguay a plus d'étoiles que de nombre de victoires en Coupe du monde. En plus des deux étoiles représentant les succès en Coupe du monde, deux autres étoiles sont sur le maillot uruguayen pour les deux victoires lors des tournois olympiques de 1924 et 1928 co-organisés par la FIFA, à l'époque où la Coupe du Monde n'existait pas encore (les JO étaient alors la compétition internationale la plus importante). Chaque pays brode sur son maillot la ou les étoiles dans les couleurs de son choix. Ainsi, les étoiles espagnole, allemandes, italiennes, uruguayennes et argentines sont en or alors que celles du maillot brésilien sont vertes (cf. image de gauche), que l'étoile anglaise se fond avec la couleur du maillot et que celles françaises sont blanches. La couleur des étoiles a pu évoluer, l’étoile française fut un temps dorée et les étoiles allemandes, avant le quatrième sacre, furent aux couleurs du drapeau national (noir, rouge, jaune). Les couleurs des étoiles peuvent également varier selon le design du maillot. Badge de Champions de la FIFA Instauré en 2008 par la FIFA, le FIFA Champions Badge est un badge de couleur dorée ou blanche. Il est composé d'une représentation du trophée de la Coupe du monde, et de l'écrit "FIFA World Champions" avec l'année du titre indiqué sur le bas du badge. Ce dernier apparait sur les maillots de l'équipe championne en titre. L'Italie a été la première nation à apposer ce badge sur son maillot entre 2008 et 2010. Il a depuis été porté par tous les champions en titres : l'Espagne (2010-2014), l'Allemagne (2014-2018) et actuellement la France. Le badge peut être porté lors de tous les matchs effectués par la sélection durant ces 4 années de tenante du titre, que ce soit lors de sa compétition continentale ou n'importe quelle autre compétition. Mascottes La Coupe du monde se dote d'une mascotte officielle à partir de 1966. La première mascotte de l'histoire de la Coupe du monde est World Cup Willie, un lion footballeur portant un maillot de l'Union Jack. Quatre ans plus tard, la mascotte du mondial mexicain est un garçon habillé avec un sombrero et aux couleurs du Mexique : le vert et le blanc. Il est nommé Juanito (Jeannot en espagnol). En 1974, la mascotte allemande est constituée de deux hommes différents, Tip und Tap, se tenant par les épaules et portant des T-shirts sur lesquels sont inscrits « WM » et « 74 ». En 1978, l'Argentine choisit comme mascotte Gauchito, un garçon argentin de la pampa avec un chapeau, un foulard et une cravache. Il s'agit de la dernière mascotte représentant un humain. La mascotte suivante pour l'édition 1982 disputée en Espagne est l'innovante orange espagnole Naranjito avec un visage, un ballon et des crampons. En 1986, la mascotte est Pique, un piment mexicain de nouveau avec un sombrero. En 1990, l'Italie choisit un objet-design nommé Ciao représentant un footballeur avec une tête en ballon de football et un corps aux couleurs de l'Italie. Les États-Unis reviennent aux animaux en 1994 avec un chien habillé en tenue de football rouge, blanche et bleue avec les mots « USA 94 ». Pour la Coupe du monde 1998, les organisateurs choisissent un coq bleu appelé Footix, son nom est choisi par les téléspectateurs français parmi trois propositions. En 2002, le Japon et la Corée du Sud choisissent trois mascottes, les sphériks Kaz, Nik et Ato, inspirées des mangas. Goleo VI, un lion en peluche, accompagné d'un ballon parlant nommé Pille, est la mascotte retenue par les Allemands en 2006. La mascotte de la Coupe du monde 2010 s'appelle Zakumi. Il s'agit d'un léopard avec des cheveux verts. Son nom vient de « ZA », abréviation internationale de l'Afrique du Sud, et « kumi », mot qui signifie « dix » dans diverses langues africaines en rapport à l'année de la compétition. La mascotte de la Coupe du monde 2018 s'appelle Zabivaka, ce qui signifie "celui qui marque" en russe. C'est un loup jeune et rusé, qui possède des lunettes oranges lui permettant de mieux contrôler ses frappes pour que le ballon rentre dans les cages. Aspects socio-économiques Violences conjugales Pendant une Coupe du monde le nombre de violences conjugales augmentent. Une étude britannique réalisée en 2014 a démontré que les violences conjugales augmentent de 26% pendant la compétition. En cas de défaite de l'équipe nationale ce chiffre atteint même les 38%. La faute ne revient pas seulement au sport évidemment : la consommation d'alcool exacerbée pendant ce type d'évènement, ainsi que les penchants violents pré-existants chez les auteurs des violences sont aussi à prendre en compte. Toutefois, il est admis que ce type de compétitions entretient un environnement propice aux violences. En 2013, une étude aux États-Unis avait montré des résultats similaires concernant le football américain. Pour tenter de pallier ce problème de nombreuses campagnes publicitaires alertent à ce sujet pendant la Coupe du monde. En 2018, le révèle une campagne choc mettant en scène des visages de femmes où les coups portés dessinent le drapeau d'un pays jouant en Russie. Coût de la compétition Le coût de la Coupe du monde est en augmentation constante depuis des décennies. Les évaluations des coûts varient selon le périmètre de ce qui est pris en considération (intégrant par exemple, l'amélioration des infrastructures de transport et les coûts liés à la sécurité intérieure) À titre d'exemple, la Cour des Comptes a évalué le coût total de l'organisation de la Coupe du monde de 1998 en France à près de de francs ( d'euros) dont environ d'investissements (1,1 milliard d'euros) dans des infrastructures sportives et de dessertes, et ( d'euros) de dépenses d'organisation. Le financement direct est assuré par un comité d'organisation local qui bénéficie d'un appui financier de la Fifa. Des fonds publics (État, collectivités locales et entreprises publiques) interviennent sur les infrastructures et des sociétés privées, mécènes de l'opération sur des aspects liés à l'organisation sportive. Cette aide financière est aussi une vitrine pour ces sociétés privées qui en espérer des retombées économiques positives. Le site Mondial de football évalue pour sa part le coût de la coupe du monde française en 1998 à 360 millions d’euros ; celui de l’Allemagne quatre ans après à 430 millions d’euros ;puis plus de 3 milliards pour l'Afrique du sud, 8 milliards pour le Brésil, et 21 milliards pour la Russie . La mise aux normes de stades de football, imposée par la Fifa, impacte plus fortement les pays dont les stades étaient vétustes ou trop petits pour l'événement Effet sur l'économie L'organisation de la Coupe du monde de football n'est pas sans conséquence économique pour le pays hôte. Les investissements qui concernent d'abord principalement les villes organisatrices, s'étendent maintenant dans tout le pays organisateur. Des infrastructures non sportives comme les hôtels sont également concernées. Les coûts croissants pour organiser une Coupe du monde provoquent cependant de plus en plus de critiques. Celles-ci ont été particulièrement fortes au Brésil où les investissements importants dans les équipements sportifs ont été critiqués par une partie de la population. De nombreux manifestants souhaitent que l'argent soit utilisé pour l'amélioration des équipements publics (hôpitaux, écoles) et pour diminuer le coût de la vie. Certains travaux soulignent que la victoire en Coupe du monde est un facteur positif pour la croissance. À la suite du succès de l'équipe de France en 1998, le Produit Intérieur Brut (PIB) français s'est maintenu à un bon niveau de progression. Il progresse de seulement 2,3 % en 1997, contre 3,5 % en 1998 et 3,0 % en 1999. L'impact de l'événement est difficile à évaluer du fait de la multitude d'autres facteurs rentrant en compte dans l'évolution du PIB. Il existe des faillites liées à la Coupe du monde. La société qui produit la mascotte Goleo a dû déposer le bilan deux semaines avant le début de la Coupe du monde de football 2006. Les économistes allemands ne prévoyaient d'ailleurs qu'une hausse de 0,3 % du PIB. L'organisation de la Coupe du monde peut n'avoir que peu d'effet sur le volume des investissements sur le pays organisateur. Il ne représente qu'environ 1 % seulement des flux annuels d'investissement en Allemagne à l'édition 2006. Certains secteurs bénéficient de l'événement pour connaître une croissance rapide. Les secteurs des équipements sportifs et des appareils télévisuels connaissent une forte hausse des ventes au moment de la Coupe du monde. Pour le pays hôte, le gain vient en premier lieu de l’afflux de visiteurs étrangers, eux-mêmes sources de devises ( d'euros pour l'Allemagne selon les prévisions de Standard & Poor's). Pour les pays réalisant des performances remarquables, l’effet de la hausse du moral au sein de la population suscite à la fois une stimulation de la demande intérieure et une meilleure productivité du travail. D'après l'Insee, l'effet de la Coupe du monde sur la consommation en Allemagne n'est toutefois qu'un soutien temporaire à une tendance ayant d'autres explications. Les victoires et les défaites suscitent par ailleurs des variations boursières sur les marchés nationaux. Certaines études ont montré une relative concordance dans les pays en développement entre les périodes d’expansion économique et les bons résultats en Coupe du monde. L'analyse la plus répandue consiste à dire que la victoire suscite l’expansion. Cependant, certaines analyses, fondées sur le fait qu’historiquement les renversements de tendance économique précèdent les bons ou mauvais résultats sportifs, avancent que c’est la croissance économique qui favorise les chances de victoire d’une équipe. Pour le pays hôte, l’organisation de l’événement est le plus souvent considérée comme positive. Si la hausse de la consommation nationale est modeste, progressant par exemple en Allemagne que de 0,3 % pendant le trimestre de la Coupe du monde, elle peut être renforcée par un élan national comme en France en 1998. De plus, la consommation supplémentaire se transforme en partie en importations de produits étrangers et pas seulement en consommation de produits nationaux. Ainsi la Coupe du monde de 2006 suscite un engouement pour les écrans plats produits en Asie. Effet sur le développement local Le marché de l'événementiel est un facteur de développement local. Toutes les villes qui accueillent des matchs de la Coupe du monde et donc des supporters venus du monde entier enregistrent un surplus de consommation sur leur territoire : certains chercheurs parlent d'une « économie présentielle » ou d'une « économie résidentielle ». À l'occasion de cet événement, les pays construisent des infrastructures. D'abord, la Coupe du monde permet de développer les stades du pays organisateur. En plus, les nations hôtes bénéficient de l'occasion pour développer les moyens de transport. En 2010, de nombreux moyens sont mis en œuvre pour déplacer les spectateurs entre les villes avec des navettes et des trains. L'organisation d'une Coupe du monde dope le tourisme. Les touristes ou « résidents non déclarés » doivent se loger, se nourrir, se distraire et donc dépensent de l'argent. Cette manne irrigue le tissu économique local qui réalise des ventes supérieures à l'ordinaire. Les autorités publiques allemandes, bien conscientes de ce potentiel économique, ont d'ailleurs autorisé les commerçants à prolonger plus tardivement l'ouverture des magasins lors de la Coupe du monde 2006 et même le dimanche. En Allemagne, on parle de tandis qu'en Afrique du Sud ce sont près de qui sont annoncés. Les emplois créés par et pendant la Coupe du monde ne sont pas toujours durables. On estime pour l'Allemagne qu'un tiers seulement des emplois seront conservés à l'issue de la compétition de 2006. En effet les principaux secteurs d'embauche que sont la sécurité, la restauration et la vente de produits dérivés, ne perdurent pas après la compétition. Sources de revenus Billetterie Jadis source de revenus quasi-unique, la billetterie ne représente désormais qu'une modeste partie des revenus générés par la Coupe du monde. La billetterie est prise en charge par la FIFA pour la phase finale de la compétition. Le marché parallèle, légal dans certains pays, peut multiplier par vingt le prix des places initialement prévu. Sécurité supplémentaire pour la version 2006, les billets sont équipés de puces électroniques permettant de désactiver immédiatement des blocs de billets perdus ou volés. Sponsors L'augmentation d'affluence dans les stades et devant la télévision a permis à la Coupe d'attirer des sponsors permettant à la FIFA d'augmenter ses profits. En 1982, les revenus liés au sponsoring s'élèvent à 2 milliards de dollars pour augmenter régulièrement et atteindre plus de 16 milliards de dollars aujourd'hui. Le titre de Sponsor officiel se monnaie 40 millions de dollars tandis qu'un sponsor d'équipe dépensera 10 millions de dollars. Sans compter que la nouveauté de l'édition 2006 est de faire financer la construction des stades par les sponsors eux-mêmes. Par contre, lors de la Coupe du monde, la FIFA qui n'accepte pas d'autres noms que ceux des sponsors officiels, a fait renommer tous les stades sponsorisés par « Stade FIFA de ... ». Les sponsors historiques de la FIFA sont Coca-Cola, Fujifilm ou encore Philips. Coca-Cola est sponsor officiel de toutes les éditions de la Coupe du monde depuis 1978 et a un contrat jusqu'en 2022. Les principaux équipementiers sportifs se disputent à l'occasion de la Coupe du monde de football une guerre économique afin de bénéficier au plus des effets économiques de la compétition. Les campagnes publicitaires débutent de plus en plus tôt, suivant les matchs amicaux de près. Les enjeux sont énormes pour certains équipementiers sportifs. Le match entre Adidas et Nike prend toute son ampleur avec les équipes nationales. Nike est le sponsor du Brésil et de la France alors qu'Adidas est l'équipementier de formations telles que l'Allemagne et d'Espagne. Les recettes commerciales se préparent bien avant la Coupe du monde. Couverture médiatique Les journaux sont les premiers médias à aborder le thème de la Coupe du monde. La radio suit, et retransmet la Coupe du monde dès les premières éditions, bien avant l'apparition de la télévision qui révolutionne la couverture médiatique de la compétition même si celle-ci est toujours retransmise à la radio. En 2010, les stations RMC et Radio Alfa en France, BBC Radio 5 Live au Royaume-Uni et ESPN aux États-Unis notamment retransmettent la Coupe du monde. Les premières diffusions de matchs de la Coupe du monde en direct datent de 1954 via l'Eurovision. La Coupe du monde de la FIFA de 1974 est la première à être retransmise à la télévision en couleurs. Depuis la première épreuve retransmise, seule l’édition qui s’est déroulée en 1962 au Chili ne bénéficie pas d’une retransmission en direct. La Coupe du monde de football est le deuxième événement planétaire le plus télédiffusé, derrière les Jeux olympiques et devant le Tour de France. La FIFA estime l'audience cumulée télévisuelle à lors des de retransmission de la compétition dans le monde pour l'édition de 2006. L'épreuve est diffusée dans 213 pays en 2002, aussi, les enjeux pour les chaînes de télévision sont importants. En France, le maximum enregistré est de 30 millions de téléspectateurs devant leur écran de télévision lors de la demi-finale 1982 entre la France et Allemagne selon l'audimat, cinq millions de plus que le match de premier tour entre la France et l'Angleterre lors de cette même édition. Plus récemment, Médiamétrie mesure que les sept meilleures audiences de l'année 2006 en France sont des matchs de la Coupe du monde 2006, la huitième étant la remise du trophée aux joueurs italiens. La demi-finale contre le Portugal est, depuis la création de Médiamétrie en 1989, l'audience la plus élevée en France de l'histoire de la télévision avec en moyenne 22,2 millions de téléspectateurs. Pour la finale quatre jours plus tard, 22,1 millions de téléspectateurs regardent la rencontre avec un pic à 25 millions à 22 h 28. La presse spécialisée bénéficie de la tenue de l'événement pour augmenter ses ventes. En 1998, la victoire de la France permet au quotidien L'Équipe de réaliser son record de ventes avec 1,6 million d'exemplaires contre en moyenne. Le quotidien La Gazzetta dello Sport atteint, au lendemain de la victoire italienne en 2006, le sommet de ses ventes avec 1,7 million d'exemplaires, son tirage moyen étant habituellement de . La Coupe du monde est également l'occasion d'utiliser l'image des joueurs de football célèbres pour louer une marque. Supporters La Coupe du monde étant la compétition majeure du football, les supporters sont particulièrement concernés par ce mois de compétition. Dès la première édition, les supporters uruguayens et argentins sont particulièrement présents. Le tourisme sportif commence en 1934, des voyages avec le déplacement, la pension et l'accès aux stades sont offerts aux supporters. Les premiers déplacements massifs de supporters de différents pays remontent à 1982. À cette occasion, les fans anglais s'illustrent surtout par leurs hooligans. Malgré ces agissements d'une minorité des supporters, la phase finale reste une grande fête pour les fans. Les supporters de certains pays véhiculent même l'image de fans sympathiques. Lors de la Coupe du monde de 1998 en France, la fête est au rendez-vous malgré des dérapages à Marseille et à Lens où le gendarme Daniel Nivel est agressé par des hooligans allemands. Aspect politique Pacification En 1954, la victoire ouest-allemande a un effet allant bien au-delà d'un succès sportif. Neuf ans après la Seconde Guerre mondiale, une grande partie des Allemands - surtout en RFA, mais aussi en RDA - se considère acceptée pour la première fois depuis longtemps. Plusieurs historiens ont même appelé le « la vraie heure de naissance de la RFA, en particulier pour l'amour-propre du peuple allemand ». Tous les stades portent l'emblème de la FIFA et des Nations unies avec la légende « Football pour la paix - année de la paix », « Football for peace - Peace Year » lors de la Coupe du monde 1986 au Mexique après que les Nations unies déclarent l'année 1986 comme année de la paix. Dès 2006, la FIFA s'associe avec l'UNICEF pour promouvoir la paix et les actions de l'UNICEF dans le monde. Lors de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde 2006, le président fédéral d'Allemagne Horst Köhler dit pendant son discours que le souhait de l'organisation est d'avoir « des matches passionnants, de nombreux buts et du fair-play » mais également « que le football puisse réunir les peuples ». La Coupe du monde permet parfois de diminuer les tensions entre les pays. En 1998, un match de la Coupe du monde oppose l'Iran aux États-Unis. Ce match est un symbole de la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, interrompues depuis 1978. En 2008, le président turc Abdullah Gül se rend à Erevan à la suite de l'invitation de son homologue arménien, Serge Sarkissian, pour assister à la rencontre de football opposant l'Arménie à la Turquie dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde 2010. Malgré le climat de guerre présente dans le pays, les acteurs politiques iraquiens se sont engagés à favoriser un climat de confiance pour les amateurs de football pendant la Coupe du monde. Propagande La Coupe du monde sert à une grande propagande fasciste lors de la Coupe du monde 1934 disputée en Italie. Les joueurs allemands font le salut fasciste, tout comme l'équipe italienne. L'équipe d'Allemagne affiche deux drapeaux, l'un aux couleurs nationales et l'autre frappé d'une croix gammée. Le maillot allemand comporte alors l'écusson du Reich. L'Italie remporte la compétition devant Benito Mussolini. Le président de la Fédération d'Italie de football, le général Giorgio Vaccaro, affirme que . Mussolini utilise la victoire de l'équipe italienne pour promouvoir ses idées politiques. Forfaits Pour la première Coupe du monde, l'édition 1930 en Uruguay, la plupart des équipes européennes déclarent forfait ou déclinent l'invitation en raison du coût élevé et la longueur du voyage en bateau jusqu'en Amérique du Sud. Quatre années plus tard, la compétition a lieu en Italie, forfait en 1930. En représailles, l'Uruguay, pourtant tenante du titre, refuse de participer à la compétition. L'Argentine aligne une équipe de joueurs amateurs et le Brésil envoie en Europe une équipe de joueurs de second plan. En 1938, pourtant inscrits, la Colombie, le Costa Rica, le Salvador, les États-Unis, la Guyane Néerlandaise, le Japon et le Mexique déclarent forfait avant le tirage au sort du tour préliminaire. L’Argentine décide de ne pas participer à la suite de la décision de la FIFA d'organiser le tournoi en France et non en Argentine. Le Brésil est obligé d'organiser une tombola pour avoir assez de fonds pour payer le voyage vers la France. L'Autriche est contrainte en dernière minute par l'Allemagne nazie de déclarer forfait contre la Suède lors de la Coupe du monde de football 1938 à cause de l'Anschluss. La Coupe du monde de football 1950 ne se joue qu'à au lieu de 16 à la suite des forfaits de la Turquie, de l'Écosse, de l'Inde et de la France (forfait après avoir été repêchée à la suite du forfait de l’Écosse) Selon la légende l'Inde déclare forfait à la suite du refus d'obtenir la dérogation de jouer pieds nus pour ses joueurs. En réalité il semble que c'est surtout par manque de motivation que l'Inde a renoncé à faire le long voyage en Amérique du sud. Les Indiens considéraient en effet que le tournoi olympique (auquel ils avaient participé en 1948) était bien plus prestigieux qu'une Coupe du monde dont ils ignoraient l'envergure réelle. En 1966, 16 nations africaines déclarent forfait lors des éliminatoires en raison du nouveau règlement de la FIFA n'accordant pas de place qualificative ferme au continent africain. L'Afrique obtient gain de cause lors de la Coupe du monde suivante. Lors des phases de qualifications de la Coupe du monde 1974, l'URSS refuse, à la suite de l'arrivée au pouvoir de Pinochet, de se rendre au Chili pour jouer le match retour du barrage l'opposant au pays sud-américain. L'équipe du Chili se présente seule sur le terrain à l'heure du coup d'envoi du match et est déclarée vainqueur par forfait, se qualifiant ainsi pour la phase finale, tandis que l'URSS se voit notifier une disqualification par la FIFA. La Coupe du monde de football 1978 soulève une polémique politique car l'Argentine (pays hôte) est alors dirigée par le général Jorge Rafael Videla qui s'empara du pouvoir deux ans plus tôt et qui depuis mène dans son pays une répression politique. Certaines nations appellent au boycott et critiquent ouvertement le régime en place. Un couvre-feu est mis en place pendant toute la compétition. Longtemps il a été pensé que le capitaine néerlandais Johan Cruyff choisit de ne pas disputer la compétition par protestation politique mais en 2008 il affirme que sa retraite internationale est due à une agression personnelle, toutefois l’équipe des Pays-Bas refuse les félicitations officielles de Videla pour sa deuxième place. La Coupe du monde de football 1986 doit avoir lieu en Colombie mais cette dernière, socialement et économiquement en difficulté, décide en fin d'année 1982 de déclarer forfait car elle ne s'estimait plus en mesure d'assurer l'organisation d'un tournoi passé entre-temps de 16 à 24 équipes. La FIFA se replie alors sur le Mexique (organisateur en 1970) qui disposait déjà des infrastructures nécessaires pour un tournoi agrandi. Violences et oppositions Lieu de rencontres, la Coupe du monde de la FIFA reflète également les oppositions internationales. La Coupe du monde de football a entraîné quelques affrontements, et a développé certaines rivalités entre pays, celle entre l'Angleterre et l'Argentine après 1966 ou celle entre la France et l'Allemagne après la demi-finale de 1982 par exemple. La violence est plus fréquente sur le terrain que dans les tribunes. Le match entre le Pérou et la Roumanie en 1930, la Bataille de Santiago en 1962 ou plus récemment la rencontre entre les Pays-Bas et le Portugal en 2006 sont des exemples de matchs violents. La violence est également présente en dehors des pelouses, dans les villes où se disputent les rencontres de la Coupe du monde. En 1998, de violents affrontements entre Tunisiens et Anglais ont lieu dans les rues de Marseille. Les phases qualificatives ne sont pas exemptes de violences autour des rencontres comme lors des matchs de qualification entre l'Égypte et l'Algérie pour la Coupe du monde 2010. En 1969, le match Honduras-Salvador en phase de qualification du Mondial mexicain est le catalyseur du conflit latent entre les deux pays. La défaite finale du Honduras débouche sur la guerre de cent heures qui fait plus de . En 1994, le joueur colombien Andrés Escobar est assassiné, à la sortie d'un bar en Colombie, pour avoir inscrit un but contre son camp qui scelle l'élimination de la Colombie, dès le premier tour de la Coupe du monde, pourtant citée dans les favoris de la compétition. La Coupe du monde de football ne fait pas toujours l'unanimité, de nombreux opposants dénoncent le coût de l'organisation de l’événement ainsi que les dérives engendrées par la Coupe (augmentation de la dette extérieure, expulsions, nettoyage social, augmentation des dépenses sécuritaires, vastes opérations immobilières, instrumentalisation au profit de dictateurs, etc.). Certaines villes ou villages des pays organisateurs tentent d'éloigner les touristes étrangers potentiellement créateurs de troubles. La Coupe du monde dans la culture populaire Outre de nombreux films documentaires et même un film officiel de la Coupe du monde produit par la FIFA à l'occasion de chaque édition depuis 1938, la Coupe du monde a également inspiré le film allemand Le Miracle de Berne (2003) qui revient sur la victoire de la Mannschaft en 1954 et le film américain Le Match de leur vie (2005) décrivant la victoire de l'équipe des États-Unis en 1950 face à l'équipe d'Angleterre. La Coupe du monde sert également de cadre à des films comme La Coupe (1999), Les Collègues (1999), (1996) ou Sixty Six (2006), notamment. Des étudiants allemands ont même réalisé un film d'animation, Helden 06, mettant en scène des personnages Lego jouant un match de football. Les points de connexion entre la Coupe du monde et la musique ou la chanson populaire sont nombreux. Chaque sélection a un hymne et de nombreux morceaux en lien avec l'équipe nationale ou avec la compétition voient le jour. Certaines de ces chansons sont inspirées de faits de jeu comme France-Allemagne 82 signée par Bartone en 2005 en référence au fameux match de Séville, ou encore Coup de boule en 2006 à la suite du coup de tête de Zidane sur Materazzi. En 1998, en France, la chanson I Will Survive de Gloria Gaynor fait l'unanimité auprès des spectateurs soutenant l'équipe de France. De nombreux produits dérivés sont créés, produits et vendus pour chacune des éditions de la Coupe du monde. Des séries de timbres sont éditées dans différents pays et représentent la Coupe du monde. Des pièces de monnaies sont gravées pour l'occasion comme en 1998 et 2002. Chaque Coupe du monde est l'occasion de sortir un jeu vidéo officiel de l'édition. est le premier à sortir. Coupe du monde 98, Coupe du monde : FIFA 2002, , Coupe du monde de la FIFA : Afrique du Sud 2010 et Coupe du monde de la FIFA : Brésil 2014 complètent cette série. C'est EA Sports qui réalise la série de jeux. Notes et références Notes Références Annexes Bibliographie coll., La Coupe du monde (1930-1998), Paris, Calmann Lévy et L'Équipe, 2001, 3 volumes Thierry Roland, La fabuleuse histoire de la coupe du monde : de 1930 à nos jours, Paris, Éditions ODIL, 1978 Jean-Yves Guillain, La coupe du monde de football : l'œuvre de Jules Rimet, Paris, Amphora, 1998 Marc Barreaud, Alain Colzy et Jean Malleret, La Coupe du monde de football, miroir d'un siècle, Paris, Chiron, 1997 Jean Eskenazi, Jean Eskenazy raconte 11 Coupes du monde, Paris, Éditions de Messine Vilo, 1978 Raymond Pittet, 1930-1978 : Histoire de la Coupe du monde, Paris, Alta, 1978. Patrice Burchkalter, préface de Raymond Kopa, Les merveilleuses histoires de la Coupe du monde : 1930-2006, Paris, Éditions Jacob-Duvernet, 2006 Étienne Labrunie, La fabuleuse histoire de la coupe du monde, 141 p., Timée-Éditions, 22 septembre 2005 Didier Braun, Vincent Duluc, Régis Dupont, Céline Ruissel et Collectif, La grande histoire de la coupe du monde, 239 p., L'Équipe, 21 octobre 2009 Articles connexes Coupe du monde féminine de football Liens externes Football coupe monde
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https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection%20pr%C3%A9sidentielle%20fran%C3%A7aise%20de%201965
Élection présidentielle française de 1965
L'élection présidentielle française de 1965, deuxième élection présidentielle de la , se tient les 5 et pour élire le président de la République française pour un mandat de sept ans. Sous la République, cette élection présidentielle est la première à se dérouler au suffrage universel direct, le premier président ayant été élu en 1958 par un collège électoral de grands électeurs. Le scrutin de 1965 a lieu à la suite de la victoire du « oui » au référendum de 1962 sur l'élection au suffrage universel du président de la République. Il s'agit alors de la seconde au suffrage universel direct sous un régime républicain en France (la première a lieu en 1848, sous la République, mais seuls les hommes étaient autorisés à voter). Au premier tour, la gauche se présente unie autour de la candidature de François Mitterrand, tandis que le centriste Jean Lecanuet voit les intentions de vote en sa faveur augmenter considérablement pendant la campagne. Dans ce contexte, après n’avoir quasiment pas fait campagne, le président sortant, Charles de Gaulle, longtemps donné vainqueur dès le premier tour, est mis en ballotage. Au second tour, il est réélu avec 55,2 % des suffrages exprimés face à François Mitterrand. Contexte Durant son septennat, le président sortant, Charles de Gaulle, parvient à mettre un terme à la guerre d'Algérie, dont l’enlisement avait conduit à son retour au pouvoir. Mais le conflit entraîne de fortes tensions en France métropolitaine et une série d'attentats de la part de l'OAS. Après le cessez-le-feu, en 1962, son traitement des rapatriés d’Algérie est très critiqué, tout comme l’absence de réactions de l’armée française lors des massacres de harkis et d’Européens en Algérie. Après l’attentat du Petit-Clamart, qui a manqué de peu de lui coûter la vie, Charles de Gaulle décide de soumettre au peuple français une proposition d’élection du président de la République au suffrage universel direct. Il est alors très critiqué par la classe politique traditionnelle, qui dénonce une réduction des prérogatives des élus et le risque de plébiscite. Lors du référendum du , le « oui » l’emporte avec plus de 62 % des suffrages exprimés. Dans le contexte des Trente Glorieuses, la France connaît une forte croissance économique, avec un PIB très élevé durant. En matière extérieure et de défense, le pays est la quatrième puissance à mettre au point la force de dissuasion nucléaire et se réconcilie avec l'Allemagne de l'Ouest en signant le traité de l'Élysée. En 1964, la France reconnaît la République populaire de Chine. Modalités Conformément à l'article 6 de la Constitution, le président de la République française est élu pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés. Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : être de nationalité française et ne pas être privé de ses droits civiques concernant l'éligibilité ; avoir au minimum ; être inscrit sur une liste électorale ; recueillir 100 de parlementaires ou d'élus locaux : ces parrainages doivent provenir d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents et pas plus d'un dixième des élus signataires ne doit provenir du même département ou de la même collectivité d'outre-mer. La Constitution prévoit que : en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales. Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Les dates du scrutin sont fixées en Conseil des ministres et publiées au Journal officiel. Le scrutin est fixé au (premier tour) et au (second tour). Campagne L'ouverture officielle de la campagne eut lieu le . Le général de Gaulle choisit pour affiche de campagne une Marianne représentée en petite fille et dessinée par Lefor et Openo avec comme slogan : « J'ai sept ans, laissez-moi grandir », le présentant de fait comme le garant et le défenseur des nouvelles institutions de la Cinquième République. La campagne montre par ailleurs l'importance de la télévision (la France comptant alors récepteurs), chaque candidat ayant alors le même temps de parole lors de la campagne officielle. François Mitterrand et Jean Lecanuet avaient tous deux pris en compte le rôle de la télévision dans l'élection présidentielle américaine de 1960 : au cours de cette campagne, le débat télévisé était généralement considéré comme ayant aidé John Fitzgerald Kennedy à l'emporter sur Richard Nixon. Candidats Le , le Conseil constitutionnel arrête la liste des noms des six candidats à l'élection du Président de la République, établie par ordre alphabétique. Charles de Gaulle, président sortant À l'origine d'un changement du mode de scrutin de l'élection du président de la République en 1962, Charles de Gaulle annonce sa candidature tardivement, le , lors d'une intervention télévisée à : « Que l'adhésion franche et massive des citoyens m'engage à rester en fonctions, l'avenir de la République nouvelle sera décidément assuré. Sinon, personne ne peut douter qu'elle s'écroulera aussitôt ». Appelant les électeurs à lui renouveler sa confiance et refusant d'entrer en compétition avec les autres candidats, Charles de Gaulle, confiant, renonce d'abord à utiliser son temps de parole de campagne à la télévision, avant d'y recourir le et le , face à la baisse des intentions de vote en sa faveur (il était initialement donné largement élu dès le premier tour). Mais il refuse de participer à des débats contradictoires alors que les autres candidats acclimatent l'opinion au style nouveau des campagnes présidentielles « à l'américaine ». Ses prestations audiovisuelles, au cours desquelles il fustige le régime des partis, n'empêchent cependant pas sa mise en ballottage et la tenue d'un second tour. Lors de la réunion du Conseil des ministres le , de Gaulle reconnaît . Dans l'entre-deux-tours, il est interrogé par Michel Droit, au cours d'entretiens durant lesquels il use de son talent oratoire, et surprend le public par sa décontraction et sa liberté de ton. Pendant la campagne électorale, il interdit au ministre de l'Intérieur, Roger Frey, d'utiliser le passé de François Mitterrand pour tenter de le déstabiliser. Le général de Gaulle s'oppose notamment à la publication d'une photo de François Mitterrand aux côtés du maréchal Pétain et à toute enquête sur ses liens avec René Bousquet. François Mitterrand, candidat de l’union de la gauche François Mitterrand, président de la Convention des institutions républicaines (CIR) et de la coalition Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), deux petites formations de centre gauche, entre en lice le , à la suite de l'échec de la candidature de Gaston Defferre, sans consulter le reste de la gauche parlementaire. Dès , Guy Mollet, dirigeant de la SFIO, avait invoqué la laïcité pour faire échouer l'alliance avec les centristes du MRP souhaitée par son rival Gaston Defferre, soutenu par L'Express (Guy Mollet ne veut pas non plus d'alliance avec le PCF). Gaston Defferre se retirant, Le Nouvel Observateur lance en première page un « Pourquoi pas Mendès ? » et des clubs apparaissent partout en France pour soutenir une candidature Mendès France, fort de soutiens variés : le PSU, fondé en 1960 par Laurent Schwartz, la SFIO et une partie des radicaux, son ancien parti. Mais le PCF ne lui pardonne pas d'avoir refusé ses voix en 1954 pour l'investiture à la présidence du Conseil. Mitterrand, qui a aussi voté « non » au référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République, apparaît au contraire comme l'un des rares à promouvoir une alliance avec le PCF, qui a perdu en juillet 1964 son dirigeant depuis trente ans, Maurice Thorez. Quand François Mitterrand annonce sa candidature, Waldeck Rochet, successeur de Thorez, s'y rallie et Mendès France suit à l'occasion d'un entretien au Nouvel Observateur dans lequel il accuse de Gaulle de monopoliser le pouvoir, . Ancien ministre de la Quatrième République, opposant de la première heure au général de Gaulle et à la République instituée par ce dernier, Mitterrand mène une campagne résolument hostile au gaullisme. Le député de la Nièvre joue de son âge ( face aux de De Gaulle) : ses affiches vantent . Entre les deux tours, le ministre de la Culture André Malraux l'accuse d'être , cette dernière reprochant à de Gaulle l'abandon de l'Algérie française. D'ailleurs, entre autres, le candidat Jean-Louis Tixier-Vignancour et Pierre Sergent, l'un des chefs de l'OAS, invitent à voter au second tour pour Mitterrand. Jean Lecanuet, candidat de centre droit Troisième grande figure de la campagne, le président du Mouvement républicain populaire (MRP) et sénateur de Seine-Maritime, Jean Lecanuet, joue de son image de renouveau au centre droit, face à De Gaulle. Comme Mitterrand, Jean Lecanuet tire un argument de sa jeunesse : peu connu des Français avant l'élection, il se présente en outre comme un homme neuf. Il a étudié le rôle de la télévision dans l'élection présidentielle américaine de 1960 et fait appel à des méthodes modernes incluant sondages et utilisation d'entreprises de conseils en communication. Ses prestations télévisées, au cours desquelles il est notamment interrogé par le populaire journaliste Léon Zitrone, sont très suivies et assurent en particulier sa notoriété auprès du grand public urbain et des classes moyennes. Lecanuet obtient un peu plus de 15 % des suffrages, en deçà de son objectif et loin derrière Mitterrand. Son score contribue néanmoins à la mise en ballottage de Charles de Gaulle. Il regrette par la suite de ne pas avoir appelé à voter en faveur de ce dernier au second tour. Autres candidats D'autres candidatures ont des conséquences moindres : Malgré une tournée des plages très médiatisée, la campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour dirigée par Jean-Marie Le Pen ne décolle pas et il ne fédère guère au-delà de l'électorat traditionnel de l'extrême droite et des rapatriés d'Algérie ; 60 % des électeurs se situant à l'extrême droite votent directement pour le général de Gaulle ; Candidat du Parti libéral européen, le sénateur de Charente Pierre Marcilhacy n'a pas une popularité dépassant sa région ; Marcel Barbu, candidat d'inspiration autogestionnaire, est le candidat surprise de 1965 et se présente comme le défenseur des citoyens ordinaires. Candidatures n'ayant pas abouti D'autres personnalités ont été pressenties à la candidature, mais ne sont pas présentées : Antoine Pinay, président du Conseil en 1952, qui reprochait au Général son anti-américanisme et sa politique de la chaise vide avec les partenaires européens ; Paul Antier, président du Parti paysan d'union sociale ; Gaston Defferre est présenté comme Monsieur X par l'hebdomadaire L'Express dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber en . Le maire socialiste de Marseille veut mener une campagne centriste, en s'efforçant de rassembler des réformateurs venus d'horizons variés, sans tenir compte de leur étiquette politique. Vertement critiqué par le PCF et l'aile gauche de la SFIO, il ne parvient pas à obtenir le soutien du MRP, qui refuse toute référence au socialisme et à la laïcité, indispensables aux yeux de son parti. Il est investi par ce dernier en pour former une « grande fédération démocrate et socialiste », allant des socialistes aux démocrates-chrétiens, dans l'objectif de mettre fin aux clivages partisans hérités de la République pour transformer le paysage politique français autour d'un programme politique inédit. Malgré une campagne très active au cours de l'été 1965, son équipe finit par reconnaître son échec par manque de soutiens, et le projet est abandonné en juin ; En , Pierre Dac présente sa candidature satirique avec son Mouvement ondulatoire unifié (MOU), dont le slogan était « Les temps sont durs, votez MOU ! ». En septembre, il renonce à la demande de l'Élysée. Sondages Cette élection de 1965 est la première en France qui donne lieu à une « opération-estimation » au soir des deux scrutins des et . Profitant des progrès réalisés par les calculateurs électroniques, l'institut de sondage Ifop, en association avec le Centre français de recherche opérationnelle (CFRO) organise sur les antennes d'Europe 1 des estimations des résultats électoraux. Premier tour Second tour Résultats Notes et références Voir aussi Bibliographie Documentaire 1965, la première campagne pour l'Élysée réalisé et narré par Cédric Tourbe, 2015. Articles connexes Liste des élections présidentielles françaises (Cinquième République) Liens externes Élection & télévision : la présidentielle 1965 (Acte I – Premier tour) et (Acte II – Second tour) (articles sur la campagne électorale à l'ORTF). 1965 France Election presidentielle 1965 1965 en France
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https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection%20pr%C3%A9sidentielle%20fran%C3%A7aise%20de%201969
Élection présidentielle française de 1969
L'élection présidentielle française de 1969, visant à élire le président de la République française, est la troisième élection présidentielle à se tenir sous la Cinquième République et la troisième élection de ce type à avoir lieu au suffrage universel direct depuis 1848 (la deuxième pour les femmes). Il s’agit d’un scrutin anticipé faisant suite à la démission du général de Gaulle après la victoire du « non » au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Se déroulant les et , elle intervient à peine un an après les événements de Mai 68, qui ont fragilisé le régime gaulliste. Elle est marquée par la dispersion de la gauche, qui ne parvient pas à se réorganiser après la dissolution de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste et qui propose cinq candidats sur les sept candidatures validées par le Conseil constitutionnel. L'extrême droite et la droite nationaliste sont absentes du scrutin, la candidature de Pierre Sidos ayant notamment été rejetée. Malgré le bon score du candidat du Parti communiste français, Jacques Duclos (21,3 %), aucun candidat de gauche ne se qualifie pour le second tour, qui voit s'opposer l’ancien Premier ministre gaulliste Georges Pompidou (44,5 %) et le président du Sénat et président de la République par intérim, le démocrate-chrétien et centriste Alain Poher (23,3 %). Celui-ci est finalement battu par Georges Pompidou, qui obtient 58,2 % des suffrages exprimés, dans un contexte de hausse de l’abstention, favorisée par la consigne de vote de Jacques Duclos de ne pas choisir entre . Modalités Conformément à l'article 6 de la Constitution, le président de la République est élu pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés. Étant donné que le général de Gaulle a démissionné, et conformément à l'article 7 de la Constitution, le scrutin doit se tenir entre vingt et trente-cinq jours après le début de la vacance présidentielle. Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : être de nationalité française et ne pas être privé de ses droits civiques concernant l'éligibilité ; avoir au minimum ; être inscrit sur une liste électorale ; recueillir 100 de parlementaires ou d'élus locaux : ces parrainages doivent provenir d'au moins dix départements ou collectivités d'outre-mer différents et pas plus d'un dixième des élus signataires ne doit provenir du même département ou de la même collectivité d'outre-mer. La Constitution prévoit que : en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales. Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Les dates du scrutin sont fixées en Conseil des ministres et publiées au Journal officiel. Le premier tour est fixé au et le second au du même mois. La fin du dépôt de candidatures est fixé au . Candidats Candidatures validées Candidatures rejetées Jean-Marc Bourquin Guy Héraud Michel-Georges Micberth Pierre Sidos (L'Œuvre française) Contexte Après la victoire du « non » au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, le général de Gaulle démissionne comme il l'avait signifié à plusieurs reprises lors de la campagne référendaire. À minuit passé de onze minutes le , un communiqué est publié depuis Colombey-les-Deux-Églises : Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi. À , Maurice Couve de Murville transmit à Alain Poher et au président du Conseil constitutionnel Gaston Palewski la lettre de démission du général de Gaulle. Conformément à l'article 7 de la Constitution, le président du Sénat Alain Poher devait exercer l'intérim de la présidence, s'installant au palais de l'Élysée à , tandis que le premier ministre Maurice Couve de Murville restait en fonction, expédiant les affaires courantes avec son gouvernement. La Cinquième République n'était désormais plus dirigée par son inspirateur, les électeurs devant désigner son successeur comme il l'avait envisagé en 1962. La question principale pour les électeurs était de définir si le résultat final du scrutin signifierait un changement de régime ou un changement d'homme. Campagne Alain Poher prit plusieurs décisions pour assurer la bonne tenue de la campagne, comme de rappeler le devoir d’impartialité de la presse et de l'ORTF, ou bien en renvoyant certains du général de Gaulle, notamment Jacques Foccart, dans les services secrets et les polices parallèles. Contrairement à ce qu'auraient laissé penser les événements de Mai 68, la campagne électorale se déroula dans le calme, voire dans un plus grand calme qu'en 1965. Commentant le départ du général de Gaulle, dont il était l'un des journalistes les plus critiques, Jean-Jacques Servan-Schreiber écrivit dans L'Express la chose suivante : La France est peut-être en train d'évacuer, ou de réduire à des dimensions inoffensives, les deux démons qui l'ont habitée depuis la Libération. Le gaullisme, ou le mythe de la grandeur ; le communisme, ou l'utopie du grand soir - qui sont, bien qu'apparemment opposés, de même nature : hors du temps, hors de la réalité, hors de la vie. [...] Cette nouvelle France qui va entrer dans son époque aura ses ci-devant, comme toujours. Et ce sont ceux-là, enfants de Maurras ou de Proudhon, qui détestent ce qui est en train d'arriver. Mais les autres, qui ne peuvent pas se nourrir de théories et qui aiment bien le progrès, sentent qu'ils vont enfin, peut-être, respirer. De son côté, Georges Suffert analysait les contours d'une éventuelle candidature d'Alain Poher : Trente-cinq pour cent des Français se déclarent déjà prêts à voter pour le président de la République intérimaire, contre 42 pour M. Georges Pompidou [...] En réalité, M. Poher a désappris de s'étonner. En vingt-cinq jours, un homme de , arrivant à la fin d'une honorable carrière politique sans être le moins du monde connu des Français, a sauté, à travers le petit écran, d'un Sénat que l'on croyait condamné à l'Élysée qu'il peut briguer [...] ce sexagénaire replet qui ressemble à tout le monde va, en quinze jours, provoquer une véritable mobilisation des esprits. Parce qu'il va faire exactement les gestes que l'opinion publique attend de lui. Ni trop ni trop peu. S'il se déclare candidat, dès le lendemain de la chute de l'homme historique, s'il s'installe dans le bureau du général de Gaulle, il sera un usurpateur. Il n'est donc pas aussitôt candidat ; il brandit son chapeau d'intérimaire et ne pénètre pas dans le bureau du général de Gaulle, mais s'assied, sagement, à côté. À peine suggère-t-il l'idée que puisqu'il est déjà là, l'électeur pourrait l'y laisser. [...] Dans le creux du week-end, M. Poher, finalement seul, devait décider s'il ouvrirait ou non la grande bataille surprenante de l'après-gaullisme. Non pas la bataille de la gauche contre la droite. Mais celle du centre contre le centre. Dès le début de la campagne électorale, plusieurs éléments apparaissent, notamment que 51 % des Français interrogés (contre 31 %) souhaitent un changement fondamental dans la pratique du pouvoir. En revanche, ils sont 51 % (contre 29 %) à souhaiter le maintien de la politique étrangère gaullienne. Ils sont également 51 % à souhaiter un maintien des institutions. Pour la politique économique et sociale, 64 % des sondés attendaient un changement, tout comme la politique de l'enseignement supérieur (45 % contre 20 %). De plus, 57 % des Français interrogés (contre 32 %) attendent du président de la République qu'il soit un arbitre. De ce point de vue, Alain Poher semblait mieux placé que Georges Pompidou pour rompre avec la pratique du pouvoir du général de Gaulle et incarner le . En effet, 51 % des Français jugent le président du Sénat comme étant le plus à même d'y parvenir. Bénéficiant de son expérience comme Premier ministre, Georges Pompidou est constamment en tête les enquêtes d'intentions de vote (hormis le premier sondage pour le second tour). Divisions de la gauche Contrairement à 1965, la gauche était très divisée pour le scrutin présidentiel. En novembre 1968, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste fut dissoute après le raz-de-marée gaulliste lors des élections législatives de juin. À la suite des événements de Mai 68, tous les partis de gauche, hormis le Parti communiste français qui fut très réservé vis-à-vis du mouvement étudiant, ont du mal à se remettre de la débâcle électorale. Le PCF fut même qualifié de . De plus, la répression du printemps de Prague par les forces du Pacte de Varsovie et l'Armée rouge contribuent à refroidir le rapprochement amorcé entre la gauche non communiste et le Parti communiste français entamé en 1963. De plus, le candidat unique de la gauche en 1965, François Mitterrand s'était auto-disqualifié à la suite de sa conférence de presse surréaliste du où il constata maladroitement la « vacance du pouvoir », proposant sa candidature à une élection anticipée. Il ne fut même pas impliqué dans la campagne référendaire, bien qu'il tiendra personnellement 27 réunions publiques durant cette période. Lors des législatives de juin 1968, la FDGS a perdu plus de la moitié de ses députés. En novembre, il dut retourner siéger chez les non-inscrits à l'Assemblée nationale. Malgré l'attitude du Parti communiste français face aux événements du printemps de Prague, le parti était encore plus isolé qu'auparavant, et ce alors que Maurice Thorez était mort depuis près de cinq ans. Waldeck Rochet avait même tenté de jouer les intermédiaires entre Alexander Dubček et Léonid Brejnev. De plus, le parti avait acté en mai 1966 une mutation majeure de son programme économique, le rendant en phase avec les Trente Glorieuses. Après l'été 1968, les positions du parti semblèrent à nouveau se rapprocher de Moscou. Pourtant, trois positions s'affrontèrent au sein du parti, ce qui conduisit à la démission de Jeannette Vermeersch du bureau politique du Parti, incarnation de la tendance stalinienne dure du parti. Lors des assises de la Convention des institutions républicaines le à Levallois-Perret, François Mitterrand défendit un rapprochement entre les formations de gauche par la base et non par les appareils. Au même moment, il choisit de se mettre en retrait, tout en souhaitant une candidature unique. Le , la SFIO et le PCF rompent leurs relations. Comme François Mitterrand, Waldeck Rochet envisageait une candidature unique, principalement pour éviter une déroute électorale de son parti qui éprouvait toujours des réserves vis-à-vis de l'élection présidentielle au suffrage universel direct. D'ailleurs, un sondage réalisé en février 1968 avait révélé que seulement 52 % des électeurs communistes souhaitaient voir à la tête du pays un président issu du Parti. Alain Savary pour l'Union des groupes et clubs socialistes y était également favorable, tout comme le CERES, le courant marxiste de la SFIO. Les divers clubs et la SFIO tentèrent de mettre sur pied un « Nouveau Parti socialiste », mais les discussions restaient très fragiles. Au sein même de la SFIO, les divisions étaient grandes sur le scrutin présidentiel. De plus, Guy Mollet était opposé à toute fusion avec les clubs si elle ne se faisait pas au profit du parti. Pourtant, un comité directeur du parti le désigna inopinément Gaston Defferre, l'un des principaux défenseurs du présidentialisme au sein du parti, contre l'avis de Guy Mollet. En effet, le secrétaire général du parti était opposé au régime tel que voulu par le général de Gaulle. Cette annonce suscita une réaction en chaîne de la part des différentes formations et clubs de gauche. La Convention des institutions républicaines de François Mitterrand, pourtant proche de Gaston Defferre, et l'Union des groupes et clubs socialistes de Jean Poperen réunis en congrès à Saint-Gratien refusèrent la candidature du maire de Marseille. Après l'échec des négociations avec la SFIO (Guy Mollet rejetant l'offre de Waldeck Rochet dès le ), le Parti communiste français désigna Jacques Duclos le . Figure du parti depuis les années 1930, dont la carrure rassurante et son air bonhomme en faisaient le candidat le mieux placé chez les communistes pour affronter le scrutin présidentiel. Le chaos suscité par le congrès d'Alfortville fit que certaines fédérations de la SFIO appelèrent à faire campagne pour Alain Poher dès le premier tour. Guy Mollet avait bien tenté d'imposer Christian Pineau comme candidat, mais sans conviction. De son côté, le PSU désigna son secrétaire national Michel Rocard comme candidat. Le PSU avait mené campagne pour le au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, mais à l'écart des autres formations de gauche. Deux autres candidatures, Alain Krivine pour la Ligue communiste malgré son service militaire à Verdun, et l'entrepreneur Louis Ducatel, viennent se rajouter à cette liste. De son côté, le Parti radical fut incapable de s'entendre sur la stratégie à suivre, Maurice Faure et Félix Gaillard s'opposant sur la démarche à adopter. Plus tard, François Mitterrand écrivit à propos de ces évènements : Jamais la gauche n'avait été aussi près de s'entendre sur une politique et sur un homme qu'en ce matin du lundi , lendemain du référendum. Mais un petit groupe d'hommes de brigue et d'intrigue prit la responsabilité de briser les espérances populaires. Une vague d'anticommunisme avait envahi la SFIO et le parti radical... La crainte de ma candidature accéléra le mouvement. À peine le général de Gaulle avait quitté ses fonctions, que deux émissaires de la SFIO informaient le PC qu'un veto serait opposé, quoi qu'il advînt, à ma personne. On savait que ce veto se déclencherait un enchaînement d'interdictions et de contradictions et ruinerait les chances ultimes de l'union de la gauche. Raison de plus puisque c'était l'objectif recherché. À plusieurs reprises, la Convention des institutions républicaines demanda une réunion commune des différents partis et clubs de gauche pour mettre au point une candidature unique, mais François Mitterrand se heurta au refus systématique de Guy Mollet. Échec d'une candidature Pinay Valéry Giscard d'Estaing, qui s'envisageait comme un potentiel successeur du général de Gaulle, jugea rapidement que ses chances de l'emporter étaient trop faibles. Le , il lança un appel pour une d'un homme n'étant proche ni de la majorité ni de l'opposition. L'ancien président du Conseil Antoine Pinay semblait être le candidat idéal, capable d'attirer les voix d'une partie de la gauche non communiste. Guy Mollet envisagea également cette option. Le jour même, Michel d'Ornano fut envoyé à Saint-Chamond pour sonder l'ancien président du Conseil. Néanmoins, comme en 1965, il refuse. À 18 h 30, Radio Monte-Carlo diffusa une déclaration du maire de Saint-Chamond : . Finalement, le groupe parlementaire des Républicains indépendants se rallia à Georges Pompidou dès le , conduisant Valéry Giscard d'Estaing à s'y rallier bon gré mal gré. Validité de la candidature d'Alain Krivine C'est le trésorier de la Jeunesse communiste révolutionnaire Michel Rotman qui suggéra l'idée d'une candidature du mouvement. Malgré la dissolution de l'association par le gouvernement, elle existait toujours dans la clandestinité. Le , elle désigna Alain Krivine comme candidat. Le principal intéressé ne fut pas informé tout de suite, mais un autre problème d'ordre juridique se posa. Arrêté pendant Mai 68, il avait été envoyé à Verdun pour effectuer son service militaire. Les juristes ne surent pas quoi répondre face à cette situation inédite. La Constitution exigeait pourtant que tout candidat à la présidence ait satisfait toutes ses obligations, dont le service militaire. Finalement, Alain Krivine fut dispensé de défilés et de gardes, tandis que le ministre des Armées, Pierre Messmer, prit un décret pour lui permettre de se présenter. Il parvint même à obtenir 230 . Louis Ducatel déposa un recours auprès du Conseil constitutionnel, mais celui-ci fut rejeté. Campagne des principaux candidats Georges Pompidou L'ancien premier ministre avait choisi volontairement de se tenir en retrait après son départ de l'hôtel de Matignon en juillet 1968. Depuis, ce que certains historiens appellent le , en janvier 1969, il avait fait part de son intention d'être un jour candidat à une élection présidentielle. Une dépêche de l'AFP, tombée à 20 h 52, rapporta sa réponse à une question des journalistes à ce propos : Ce n'est, je crois, une surprise pour personne que je serai candidat à la présidence de la République quand il y en aura une [élection], mais je ne suis pas pressé. Le général de Gaulle n'avait guère apprécié son intervention, dont il ne pensait pas qu'elle ferait l'objet d'une dépêche, et demanda au ministère de l'Information d'interdire l'ancien Premier ministre d'antenne. Néanmoins, il récidiva en février à Genève. Il déclara la chose suivante à la presse en Suisse : Je ne crois pas avoir ce qu'on appelle un avenir politique. J'aurai peut-être, si Dieu le veut, un destin national, c'est autre chose. Il faut dire que l'ancien Premier ministre n'avait pas du tout apprécié l'attitude du gouvernement par rapport aux insinuations portées contre lui lorsque l'affaire Marković fut révélée. La réponse du général de Gaulle à sa lettre adressée avant son voyage à Rome a probablement influencé ses déclarations. Il avait également réussi à placer ses hommes dans l'appareil de l'UDR lors des assises du parti à Lille en 1967. Un sondage IFOP publié pendant la campagne référendaire indiqua que 53 % des Français interrogés le jugeaient comme le meilleur successeur du général de Gaulle, contre 8 % à François Mitterrand et Maurice Couve de Murville. Pour empêcher toute contestation au sein du mouvement gaulliste, il déclara sa candidature dès le . Il avait auparavant pris soin d'envoyer un télégramme de sympathie au général de Gaulle, lui annonçant qu'il se porterait candidat à sa succession. L'ensemble des organes du parti lui apportèrent immédiatement leur soutien. Le , il déclara : Dans l'incertitude que connaît actuellement le pays, j'ai résolu de me présenter aux suffrages des Français. En le faisant, j'ai le sentiment d'obéir à mon devoir, la volonté de maintenir une continuité et une stabilité nécessaires, l'espoir de préparer l'avenir. Sa candidature fut officiellement annoncée par une dépêche de l'AFP le jour-même à 9 h 30. Son équipe de campagne fut constituée autour de Jacques Chirac, le trésorier, d'Édouard Balladur qui gérait son programme, de Pierre Juillet pour l'organisation de la campagne et de Marie-France Garaud pour les relations avec les parlementaires. Sa première mission consista à convaincre les centristes proches de Valéry Giscard d'Estaing de soutenir sa candidature, mais également d'empêcher l'UDR d'exercer des représailles à l'encontre des Républicains indépendants, qui avaient majoritairement soutenu le lors du référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. D'ailleurs, il expliqua aux barons du gaullisme que le parti ne disposerait plus de la même marge de manœuvre après le départ du général de Gaulle en cas de victoire. Le , à la suite d'un débat à la radio, le centriste Jacques Duhamel annonça se rallier à sa candidature, à l'instar de René Pleven et de Joseph Fontanet. Il fit ainsi preuve d'une ouverture, incluant tous ceux qui ne choisiraient pas un candidat soutenu par le PCF, contrairement au général de Gaulle qui n'avait pas cru bon de le faire avec le MRP en 1959. Il parvint ainsi à museler les gaullistes proches du général, qui avaient émis de fortes critiques à la suite de son attitude depuis les événements de Mai 68. Seuls certains gaullistes de gauche tentèrent de contrer la candidature de Pompidou, mais renoncèrent définitivement le . Le , l'ancien garde des sceaux René Capitant se rallia malgré lui à sa candidature. Son slogan de campagne permit de jouer sur ses qualités et de mettre en avant ses divergences avec Alain Poher. Par ailleurs, 90 % des sympathisants de l'UDR indiquèrent vouloir voter pour lui, tout comme 60 % des sympathisants des Républicains indépendants et environ un tiers de l'électorat centriste. Il annonça vouloir une réforme de l'ORTF, un élargissement de la Communauté économique européenne et mettre fin au blocage de l'adhésion du Royaume-Uni. Il s'engagea également à maintenir les prérogatives du Sénat, ce qui jouait en défaveur d'Alain Poher en l'empêchant de défendre un tel argument. Il défendit également les prérogatives du président de la République, même s'il concéda qu'il fallait en modifier les usages, lors d'un débat radiodiffusé le : Je ne suis pas le général de Gaulle. Je serai forcément plus persuasif, plus conciliant. Le gaulliste de gauche Léo Hamon analysa ainsi sa formule : L'heure est venue de passer du gaullisme épique, sinon mystique, à un gaullisme politique qui peut, lui, être durable s'il est équilibré. Il parcourt km durant la campagne à travers le pays. Il privilégia les petites villes et les villes moyennes, s'appuyant sur les comités de soutien locaux. Il tint 45 meetings durant la campagne. Il bénéficia également de la peur d'un éventuel et de la . Le , lors d'un entretien sur Europe 1, le sujet du revient dans le débat. Au journaliste qui lui demande , il répondit qu'il éprouvait . Il ajouta ensuite : A Rome, il s'est trouvé que des choses assez banales, que j'avais déjà dites à plusieurs reprises, se sont trouvées transformées en cinq colonnes à la une. Ceci est apparu comme une déclaration de candidature et comme plus ou moins un appel au départ du Général. Je le regrette profondémenent. Il n'était nullement question de hâter le départ du président de la République. Si dans toute la campagne référendaire, j'ai été au premier rang des combattants pour le oui, c'était précisément pour effacer cette impression qui me laisse un arrière-goût d'amertume. Alain Poher Le président du Sénat était surtout considéré comme le vainqueur du « non » au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Jean Lecanuet avait pourtant souhaité sa candidature dès le . Pourtant, le Centre démocrate annonça dès le qu'il ne présentera pas de candidat. Son installation au palais de l'Élysée fit de lui un présidentiable en quelques jours. Dans un premier temps, il refusa d'envisager l'hypothèse d'une candidature, y compris lorsque Valéry Giscard d'Estaing envoya un émissaire le sonder après le refus d'Antoine Pinay. Jusqu'au , il se montra hésitant sur la possibilité de se lancer. Le jour même, il reçut Antoine Pinay et le général Marie-Pierre Kœnig qu'il sonda pour une éventuelle candidature. Pendant cette période, le Parti radical poussa en faveur de sa candidature. Le , il déclara : Je ne suis pas du tout candidat, je ne souhaite pas l'être, mais j'y serais peut-être obligé. Tous les partis d'opposition firent l'analyse qu'il serait le seul à pouvoir battre Georges Pompidou. Des personnalités telles que Jean Lecanuet, Guy Mollet ou Félix Gaillard finiront par lui apportent leur soutien, tandis que Jacques Duhamel tenta le de le dissuader. À la mi-mai, un sondage de la Sofres le crédita de 39 % d'intentions de vote au premier tour, contre 37 % pour celui de l'IFOP. En cas de second tour, il l'emporterait avec 56 % des suffrages. Il déclare sa candidature le , à la veille de la clôture du dépôt des candidatures. Son attaché de presse, Pierre Bordry, fit connaître sa candidature en ces termes : Le lendemain, il s'adressa aux sénateurs centristes et socialistes, expliquant sa candidature : Il quitta très peu Paris pendant la campagne du premier tour, se concentrant principalement sur ses interventions à la radio et la télévision. Il ne fut pas aidé par l'intervention de François Mitterrand sur Europe 1 le qui posa la question de la dissolution de l'Assemblée nationale. En effet, Poher déclara qu'il ne dissoudrait pas l'Assemblée nationale élue en 1968, malgré une minorité de députés centristes élus. Pierre Mauroy écrira même : Le , il reçoit le soutien du Centre républicain et du CNIP. Au soir du premier tour, malgré l'appel de Georges Pompidou à travailler ensemble et les pressions d'une partie des centristes dont Pierre Sudreau qu'il envisageait de nommer Premier ministre en cas de victoire, Alain Poher refusa de renoncer à maintenir sa candidature pour le second tour. Il déclara : . Même une partie de la presse défendit une telle initiative car Poher ne pourrait l'emporter qu'avec l'apport des électeurs communistes. Dans un sondage de la Sofres, seuls 54 % des électeurs considéraient qu'il avait eu raison de maintenir sa candidature. En cas de retrait d’Alain Poher, Jacques Duclos se serait retrouvé au second tour en vertu de l’article 7 de la Constitution. De plus, seul Gaston Defferre appela à voter en sa faveur, ce qui rendait sa victoire quasiment impossible. Illustration de la coalition disparate qui le soutenait pour le second tour, il reçut notamment le soutien de Jean-Louis Tixier-Vignancour et d'Antoine Pinay. Le Parti communiste français refusa quant à lui d'appeler à voter en sa faveur en raison de son attachement à l'OTAN et sa défense de la constitution d'une Europe fédérale. Malgré les km parcourus pendant la campagne du second tour, il ne parvient pas à faire son retard. Plus tard, Alain Poher déclara la chose suivante à propos des sondages : Jacques Duclos Jacques Duclos fut désigné le après une ultime tentative de négociations avec la SFIO pour une candidature unique de la gauche entre Waldeck Rochet et Georges Marchais pour les communistes et Pierre Mauroy et Ernest Cazelles pour les socialistes. La veille, Jacques Duclos avait déclaré à L'Express les raisons du refus de son parti de soutenir Gaston Defferre : Nous n'étalerons pas de tapis rouge sous les pas d'un leader de la gauche non communiste. C'est trop simple. On considère toujours nos électeurs comme l'infanterie. Eh bien non, nous n'acceptons plus de capitaines. L'entretien fut très bref, et signifiait les nombreux désaccords entre les deux partis. Le comité central désigne le sénateur de Seine-Saint-Denis dans l'après-midi. Waldeck Rochet résuma l'esprit de la candidature Duclos à la presse : A notre grand regret, le Congrès national du parti socialiste a maintenu le refus du Comité directeur de décider l'élaboration d'un programme commun, et en même temps, il a désigné son propre candidat, Gaston Defferre, sans aucune conciliation avec les autres partis de gauche, notamment notre parti. Nous refusons de donner blanc-seing à une candidature unilatérale et antiunitaire. Le journal L'Humanité, dont le directeur Étienne Fajon était membre du comité central et député de Seine-Saint-Denis, organisa en partie la coordination de la campagne du candidat, lançant des appels unitaires aux électeurs non communistes. Lorsque la presse progressiste (L'Express et Le Nouvel Observateur notamment) lança des appels à une candidature de Pierre Mendès France, l'appareil du parti se mobilisa pour les discréditer. Jouant de son accent rocailleux de Bigorre, mettant en avant ses origines sociales modestes et faisant oublier son passé stalinien (il faisait notamment partie de la délégation française présente lors du congrès du Parti communiste soviétique en 1956), le candidat communiste mène une campagne dynamique et rassurante. Sa campagne lui attire une partie de l'électorat de la gauche non communiste, peu convaincue par le Defferre/Mendès France. De plus, le candidat ne mentionna jamais le nom de son parti, ce qui a pu attirer vers lui des électeurs de la gauche non communiste. Grâce à son bon score du premier tour, le Parti communiste français se redresse après la déroute de l'année précédente. Il manque de la qualification pour le second tour. Avec la célèbre formule, , que Duclos n'aurait jamais prononcé personnellement (aucune archive écrite ou sonore n'existe, hormis les affiches de campagne), le parti incita à l'abstention, comme la majorité des candidats éliminés au premier tour. D'ailleurs, dès le , Duclos avait lancé devant les ouvriers de Renault la formule suivante : . Le , le comité central du parti préconisa le . Plusieurs caricatures avaient été publiées dans L'Humanité pendant la campagne, expliquant que Pompidou et Poher avaient le même programme électoral. Gaston Defferre Le maire de Marseille déclara sa candidature dès le . Soutenu par Pierre Mendès France, il saisit sa chance et tenta de prendre de court Guy Mollet. Même François Mitterrand fut surpris de son initiative. De plus, Guy Mollet avait perdu le soutien d'une partie de la puissante fédération socialiste du Nord, après qu'il eût annoncé céder sa place à Pierre Mauroy dans le cadre de la rénovation du parti. Le lendemain, un comité directeur de la SFIO valida à l'unanimité sa candidature. Il obtient le même jour le soutien des radicaux avec le maire de Cahors, Maurice Faure, ainsi que le président du parti, Félix Gaillard. Le même jour, Alain Savary déclara sa candidature au nom de l'Union des groupes et clubs socialistes, jugeant une candidature Defferre comme trop droitière. Le collectif d'organisation chargé d'organiser la fusion entre le club et la SFIO enregistra les deux candidatures, qui devaient être débattues lors du congrès d'Alfortville. François Mitterrand et une partie de l'Union des groupes et clubs socialistes mené par Jean Poperen refusèrent de s'y associer. Le congrès se déroule de manière chaotique. Deux motions, portées par Roger Quilliot, le maire de Clermont-Ferrand, et Claude Fuzier, le bras droit de Guy Mollet, s'opposèrent sur la forme comme sur le fond. Un premier vote fut organisé, la motion Fuzier l'emportant par 7 mandats d'écart seulement ( contre ). Néanmoins, les partisans de Gaston Defferre organisèrent un forcing, convainquant certaines fédérations qui s'étaient abstenues (notamment celle de l'Aude) de modifier leur vote. Le président de séance Christian Pineau accepta la tenue du second vote, malgré la colère de Guy Mollet. Certains opposants de Gaston Defferre tentèrent une dernière manœuvre pour empêcher la victoire de la motion Quillot, expliquant qu'en raison du faible écart, la fédération de l'Aude devait soutenir la motion Fuzier. L'annonce de ce choix devant l'assistance entraîna le retournement d'une autre fédération, celle de Haute-Garonne, qui se retourna en choisissant la motion Quillot qui l'emporta par mandats contre . Cependant, malgré sa victoire, Gaston Defferre s'attira les foudres d'une bonne partie de la SFIO. Un dernier scrutin l'investira officiellement avec mandats contre 227, avec 792 abstentions et 321 refus de vote, sans compter les . Jacques Duclos fit d'ailleurs remarquer pendant la campagne que : La candidature de Gaston Defferre a été lancée pour préparer celle de Poher. Cela me rappelle le tour de France cycliste. Defferre y joue le rôle d'un porteur d'eau pour donner le maillot jaune à Poher. Son compère Charles-Émile Loo est chargé de l'organisation de la campagne, accompagné de Roger Quilliot, Michel Charasse et Éric Hintermann. Au début de la campagne, un sondage le crédite de 17 % d'intentions de vote (l'institut n'est pas précisé). Néanmoins, son capital s'effondre progressivement face à la présence de deux candidatures parallèles : celles de Jacques Duclos et Michel Rocard. Le , il annonce qu'il nommera Pierre Mendès France comme Premier ministre en cas de victoire. L'idée, venue une fois encore de Jean-Jacques Servan-Schreiber, est de présenter aux Français un binôme ou « ticket présidentiel », formé d'un président de la République arbitre et garant et d'un Premier ministre figure centrale de l’exécutif, comme le prévoit la lettre de la Constitution. Mais cette nouveauté ne suffit pas à promouvoir leurs candidatures. Plusieurs études de l'IFOP indiquent rapidement que près de 40 % des électeurs de la défunte Fédération de la gauche démocrate et socialiste comptent apporter leur soutien à Alain Poher dès le premier tour. De même, le premier sondage de la Sofres indique que le président centriste du Sénat est en tête chez les électeurs de la gauche non communiste. Si Pierre Mendès France reste populaire auprès d'une partie de la gauche, il est critiqué pour sa présence au stade Charléty le . De plus, son refus obstiné d'accepter la pratique gaullienne des institutions de la Cinquième République joue contre l'idée de cette association. Dans le journal Le Monde du , André Laurens fait l'analyse suivante de la campagne : S'il existait aujourd'hui un parti Defferre-Mendès France, l'entreprise des deux associés serait crédible, mais tel n'est pas le cas, et l'on est enclin à penser que le maire de Marseille et l'ancien président du Conseil mettent la charrue avant les bœufs. Ils seront sûrement vis-à-vis de l'autre des copilotes loyaux et parfaitement coopératifs, mais leur commune difficulté c'est de n'avoir pas de véhicule. Gaston Defferre et Pierre Mendès France réalisent de piètre prestations à la télévision, désormais jugée indispensable pour obtenir un bon résultat. Malgré une forte présence dans les médias, la campagne ne décolle pas et Pierre Mendès France se démobilise en fin de campagne. Des affiches du candidat sont même posées avec la tête en bas. Son communiqué à la suite de sa défaite laisse pantois ses proches et une partie de la presse : La politique, c'est comme une course en mer, un jour on gagne, un jour on perd. Aujourd'hui, je perds. Campagne télévisée La campagne télévisée démarra très vite. Dès le , Georges Pompidou convoqua la presse à l'Assemblée nationale. Pas de réponse à des questions, mais une très courte déclaration (1 min 30) qui lui permit de fixer le cadre de sa campagne. Le candidat gaulliste avait compris, plus que les autres candidats, l'importance de la télévision. Il s'en servit pour discréditer Alain Poher, le faisant passer pour un homme dépassé, nostalgique de la Quatrième République. Le journal télévisé, dirigé et coordonné par le ministère de l'Information, diffusait les séquences les plus incisives, permettant à Pompidou de remonter dans les sondages. Dans ses interventions télévisées, Georges Pompidou jouait de son image d'homme compétent, cultivé et énergique. Il se montrait proche des préoccupations des électeurs. Le fait qu'il vienne de la province le rendait également plus sympathique. Pour le second tour, le ton changea radicalement. Assuré d'être élu grâce aux divers appels à l'abstention, son discours fut beaucoup plus calme et détendu. Le , il déclara : . Le message est pesé, rassurant, mais il souhaitait marquer le coup. Sa venue à Cajarc, la commune du Lot dont il était conseiller municipal, trois jours plus tard, marqua les esprits. Interrogé par un journaliste, il déclara chercher . Plus loin, il ajouta : . Le message passa parfaitement, et contribua à son élection. Rapidement, tous les candidats constituèrent des équipes pour s'entraîner à passer devant la caméra et préparer les entretiens télévisés. Gaston Defferre, Michel Rocard et Jacques Duclos feront constituer par leurs équipes des petits studios pour travailler. Le Parti communiste français se procure même un magnétoscope pour visionner les interventions de son candidat et améliorer ses performances télévisées. Pour Alain Poher, la campagne ne fut pas simple. Il était assez peu connu par rapport à ses principaux concurrents. De plus, s'il s'était lancé dans la campagne, c'est parce que l'opposition, les centristes et la presse voyaient en lui le seul capable de battre Georges Pompidou. Un sondage aurait même prédit une victoire de Pompidou dès le premier tour. Sa déclaration de candidature fut terne, et n'étant qu'un communiqué lu par son porte-parole. Pourtant, la presse y vit là le vrai lancement de la campagne. Il fit profil bas dans la campagne télévisée, déclarant même : . De plus, il ne disposait pas de moyens financiers aussi conséquents que Pompidou. Pire, il refusa de réserver des emplacements publicitaires, ainsi qu'un journal de campagne. Quant aux cartes postales, elles furent imprimées en noir et blanc. Le président du Sénat n'écoutait pas les conseils qu'on lui donnait pour passer à la télévision. Il choisira notamment de garder ses lunettes, mais celles-ci lui donnaient un drôle d'air à cause de leur épaisseur. Malgré tout, les sondages indiquèrent que le candidat avait donné une bonne impression dans ses apparitions télévisées. De plus, ses collaborateurs n'étaient pas d'accord sur la nature de ses prestations. Devait-il improviser ou lire ses notes ?. Si les spécialistes jugent ses prestations piteuses, il maintient un écart inférieur à dans les sondages. Au fil de ses interventions, les électeurs se firent une idée plus précise du candidat. S'il semblait être le candidat idéal pour incarner un président arbitre, il n'avait pas assez d'énergie. Pour le second tour, il changea radicalement d'attitude. Des affiches furent imprimées en quantité bien plus importante, et il accepta de participer à quelques meetings. Un sondage IFOP réalisé entre le 7 et le indiqua que les électeurs se sont surtout déterminés en fonction de la personnalité des candidats. 53 % des personnes interrogées ont voté en faveur de Georges Pompidou car sa personnalité , tandis que 30 % ont voté pour Alain Poher. 32 % ont également voté en faveur de Poher pour s'opposer à la candidature de Pompidou. Chaque candidat avait bénéficié d'environ 1 heure 40 d'antenne sur la première chaîne. Campagne radiodiffusée Parmi les radios qui participent à l'animation de la campagne électorale, France Inter, RTL, RMC et Europe 1 sont celles qui font preuve du plus d'imagination. RTL diffuse des portraits des candidats avant l'émission phare Le Grand Jury, tandis qu'Europe 1 et RMC organisent des confrontations directes entre candidats et auditeurs. Alain Poher fut d'ailleurs le seul à refuser par deux fois de se prêter à cet exercice sur Europe 1. Chaque candidat bénéficia d'environ 1 heure 40 d'antenne sur France Inter. Pour le second tour, Georges Pompidou et Alain Poher bénéficièrent de deux heures d'antenne. Globalement, la campagne radiotélévisée est suivie par environ 70 % des Français. Sondages Premier tour Second tour Résultats Globaux Analyse Par rapport aux sondages, seuls deux candidats parviennent à dépasser le seuil au soir du premier tour : Georges Pompidou et Jacques Duclos. La chute la plus vertigineuse est pour Alain Poher, qui ne recueille que 23,31 % des suffrages, alors qu'un sondage le créditait de 39 % d'intentions de vote. Georges Pompidou arrive en tête dans tous les départements, sauf en Seine-Saint-Denis où il est devancé par Jacques Duclos. Il a manqué environ à Jacques Duclos pour atteindre le résultat réalisé par le Parti communiste français lors des élections législatives de 1967. Par rapport à ce même scrutin, il perd des voix dans 49 départements et en gagne dans 46 d'entre eux. Georges Pompidou obtient la majorité absolue des suffrages dans 16 départements. De son côté, Gaston Defferre obtient le plus faible score jamais atteint par la SFIO, talonné par le PSU. De même, la gauche obtient son plus faible score depuis la Libération. La participation au premier tour est semblable à celle des élections législatives de 1967. L'électorat pouvait être divisé en trois catégories : Un électorat proche de l'extrême gauche ou de la gauche radicale (Alain Krivine, Michel Rocard, Louis Ducatel, Jacques Duclos) Un électorat de type Troisième force (Alain Poher, Gaston Defferre) L'électorat gaulliste Lors du second tour, Georges Pompidou l'emporte avec 58,21 % des suffrages, soit plus que ce que prévoyaient les sondages. Il fut néanmoins élu par une minorité d'électeurs (à peine 37 % des inscrits), avec une abstention supérieure à 30 %. En raison de l'importance de l'abstention, il fut surnommé « Monsieur Thiers » (également une référence à Adolphe Thiers) par le PCF. François Goguel estime que les trois quarts des électeurs de Jacques Duclos ne se sont pas déplacés pour voter ou ont voté blanc. Ainsi, les électeurs choisissent de conforter l'idée d'« ouverture dans la continuité » défendue par Georges Pompidou. La victoire de Pompidou met fin à la « guerre des Républiques », selon l'expression de Jean-François Sirinelli. La Libre Belgique eut cette analyse : Après le temps de la grandeur, les Français sont heureux d'en venir au temps de la rondeur. Analyse géographique Premier tour Dans le Sud-Ouest, la majeure partie des électeurs de SFIO votèrent dès le premier tour pour Alain Poher (la fédération socialiste de l'Aude refusait la fusion avec les clubs de gauche). Dans le Nord-Pas-de-Calais, les électeurs socialistes votèrent principalement pour Jacques Duclos (les deux fédérations étaient les plus favorables à un rapprochement avec le PCF). Le candidat communiste obtient ses meilleurs résultats dans le Nord-Pas-de-Calais et dans le Bassin parisien (seulement dans la Ceinture rouge), ainsi que dans les départements ruraux. Par rapport aux élections législatives de 1968, il gagne des voix dans le Sud-Ouest (hormis les Pyrénées-Orientales où il perd des voix), dans le Massif central, le Jura, les Vosges, les Ardennes, l'Orne et l'Eure-et-Loir. Dans 33 départements, les gains en voix par rapport aux élections législatives de 1967 sont supérieurs à 1 %, et dans 10 autres supérieurs à 3 %, principalement en France méridionale et sur l'axe La Rochelle-Genève. Il obtient ses moins bons résultats dans les départements où le catholicisme est le plus implanté. Il n'obtient un score identique à celui des élections législatives de 1968 que dans trois départements d'Île-de-France, l'Essonne, le Val-d'Oise et à Paris. Les bastions gaullistes ont plutôt bien résisté électoralement, même si une baisse fut observée dans l'Est, notamment en Alsace, ainsi que dans le Bassin parisien, le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, la Gironde, les Charentes et les Côtes-du-Nord, où la gauche s'était bien implantée depuis les élections législatives de 1967. Pour Frédéric Bon et Jean-Paul Cheylan, la répartition des votes en faveur de Georges Pompidou est semblable à celle de Valéry Giscard d'Estaing lors du premier tour de l'élection présidentielle de 1981. Ils considèrent également que la géographie électorale du gaullisme s'est arrêtée au premier tour. Michel Rocard obtient ses meilleurs résultats en Loire-Atlantique et dans l'Essonne avec un peu plus de 4 % des voix. Il n'a pas bénéficié de l'implantation locale de son parti, notamment en Bretagne. Le candidat du PSU a néanmoins obtenu ses meilleurs résultats là où la base militante du parti était la plus importante. Gaston Defferre obtient quant à lui son meilleur résultat dans son département des Bouches-du-Rhône avec 8 % des voix, dépassant les 5 % dans seulement 15 départements. Pire, il n'obtient que 12 % des voix à Marseille. Il obtient ses meilleurs résultats dans les bastions socialistes et radicaux, principalement dans le Midi. Alain Poher réalise ses meilleurs scores dans les terres catholiques et les bastions du Parti radical, tandis que sa principale zone de faiblesse était le Massif central. L'abstention fut plus importante dans le Sud-Est, notamment en Corse. Alain Lancelot et Marie-Thérèse Lancelot analysent la forte participation dans le Sud-Ouest et dans le Massif central comme la résultante de l'implantation du gaullisme dans ces régions. Second tour Alain Poher ne fut majoritaire que dans huit départements. Sa progression fut la plus importante dans les zones géographiques où la gauche était la mieux implantée. Par rapport au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, Georges Pompidou a gagné des voix dans le Massif central, tandis qu'il en a perdu dans le Nord-Pas-de-Calais et dans l'Est, par ailleurs plus favorable à la démocratie chrétienne. C'est dans son département du Cantal, où le l'avait emporté que la progression fut la plus nette avec . Dans 65 départements, il a gagné des voix par rapport au référendum, tandis qu'il en a perdu dans 28 départements. Seuls le Loiret et la Mayenne ont voté en sa faveur dans des proportions quasi identiques que lors du référendum. Dans les départements au sud d'une ligne La Rochelle-Genève, seul les Bouches-du-Rhône ont vu l'électorat de Pompidou être moins nombreux que par rapport aux électeurs du . Son électorat était plus urbain que celui du général de Gaulle en 1965. La participation a reculé principalement dans les bastions communistes et dans les Bouches-du-Rhône. Dans tous les départements où l'extrême gauche a réuni plus d'un cinquième des électeurs inscrits, l'abstention a augmenté de 10 %. Elle fut proche de 50 % en Seine-Saint-Denis et de 35 % à Paris. Les votes blancs sont beaucoup plus localisés qu'au premier tour, notamment dans les bastions communistes. Pour la première fois depuis un siècle, la France méridionale a davantage voté que le Nord. Analyse sociologique Premier tour Malgré son score important, Georges Pompidou ne parvient pas à récupérer tous les électeurs ayant voté « oui » lors du référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Néanmoins, il a obtenu le soutien de 63 % des électeurs de la Fédération nationale des républicains indépendants et 31 % des électeurs ayant élu des députés membres du groupe parlementaire Progrès et démocratie moderne. De son côté, Jacques Duclos bénéficie d'un réflexe de vote utile de la part d'une majorité de l'électorat de gauche, notamment de la gauche non communiste. Son électorat correspondait, à une exception près, aux caractéristiques de l'électorat communiste. La bonne surprise vint des plus de , qui furent plus nombreux qu'à l'accoutumée, le plaçant à égalité avec Alain Poher. Il est à noter que Michel Rocard a obtenu près de 7 % des voix auprès des . Parmi les professions et catégories socioprofessionnelles, Georges Pompidou a obtenu de très bon résultats, notamment auprès des cadres supérieurs et des professions libérales, approchant les 60 %. Il n'obtient en revanche que 33 % auprès des ouvriers, talonné par Jacques Duclos. Hormis chez les agriculteurs et les petits commerçants/artisans où il fut talonné par Alain Poher, Georges Pompidou fut largement en tête dans les autres catégories. Globalement, 37 % des hommes ont voté en faveur d'un candidat de gauche, contre seulement 25 % des femmes. De même, seulement 15 % des femmes ont voté de Jacques Duclos, contre 26 % des hommes. Second tour Lors du second tour, environ 60,5 % des électeurs communistes lors des législatives de 1968 et 62 % des électeurs de Jacques Duclos au premier tour se sont abstenus. Près de 60 % des électeurs se classant à l'extrême gauche se sont abstenus, contre 36 % des électeurs de gauche, 22 % des électeurs centristes et 40 % des électeurs qualifiés de Plaine dans le sondage de la Sofres. Le taux d'abstention, malgré tout extrêmement élevé, ne dépasse pas les 31,31 % des législatives de 1962. La tenue des du Mans au même moment que le second tour peut avoir influencé l'abstention. Notes et références Notes Références Voir aussi Articles de revues . . . . . . . . Bibliographie Ouvrages généraux Sur les protagonistes Sur le gaullisme Sur le socialisme et la gauche Articles connexes Liste des élections présidentielles françaises (Cinquième République) Maladie et mort de Georges Pompidou Liens externes Premier tour () Vidéo de l'annonce des résultats du premier tour (INA) Journal officiel du 4 juin 1969, (détails publiés au second tour) Second tour () Journal officiel du 20 juin 1969, , *6213, 6214, *6215, 6216 Vidéo de l'annonce des résultats du second tour (INA) Cinquième République française Élection présidentielle en France sous la Cinquième République Élection en Europe en 1969 1969 en France Juin 1969 Georges Pompidou Parti communiste français Section française de l'Internationale ouvrière Union des démocrates pour la République
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https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection%20pr%C3%A9sidentielle%20fran%C3%A7aise%20de%201974
Élection présidentielle française de 1974
L'élection présidentielle française de 1974 est la quatrième élection présidentielle sous la et la troisième au suffrage universel direct. Elle se tient les 5 et . Il s'agit d’un scrutin anticipé faisant suite à la mort du président Georges Pompidou le mois précédent. Le premier tour est marqué par l'opposition entre l'ancien Premier ministre gaulliste Jacques Chaban-Delmas, le ministre des Finances, Valéry Giscard d'Estaing, et le premier secrétaire du Parti socialiste et candidat de l'union de la gauche, François Mitterrand. Au second tour, Valéry Giscard d'Estaing l'emporte avec 50,81 % des suffrages exprimés ( d'avance) face à François Mitterrand. Cette élection présidentielle est, à ce jour, la plus serrée de l'histoire de la . Contexte À la suite des événements de Mai 68, la France connaît de profondes mutations politiques. En raison d'une majorité absolue de « non » avec 52,4  % des votes exprimés au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, Charles de Gaulle démissionne de la présidence de la République le , comme il avait annoncé qu’il le ferait en cas de refus de son projet. Lors de l'élection présidentielle anticipée de 1969, l'ancien Premier ministre gaulliste Georges Pompidou est élu au second tour face au centriste Alain Poher, président du Sénat et président de la République par intérim. Dans sa déclaration de politique générale prononcée le , le nouveau chef du gouvernement, Jacques Chaban-Delmas, présente son propre projet d'inspiration centriste de « nouvelle société ». En 1972, il doit démissionner en raison de désaccords politiques avec le chef de l’État et une partie de la majorité, plus conservatrice que lui. Il est remplacé par Pierre Messmer. À gauche, le Parti communiste français, le Parti socialiste et le Mouvement des radicaux de gauche concluent en 1972 une alliance électorale fondée sur un programme commun de gouvernement. Survenant le , le décès du président Georges Pompidou, malade depuis plusieurs années, entraîne l'organisation d’une nouvelle élection présidentielle anticipée. Modalités du scrutin Conformément à l'article 6 de la Constitution, le président de la République française est élu pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour ou après un éventuel retrait de candidats mieux placés. Les dates du scrutin sont fixées en Conseil des ministres et publiées au Journal officiel. Le scrutin est fixé pour le (premier tour) et le (second tour). Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : être de nationalité française et ne pas être privé de ses droits civiques concernant l'éligibilité ; avoir au minimum ; être inscrit sur une liste électorale ; recueillir 100 de parlementaires ou d'élus locaux : ces parrainages doivent provenir d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents sans qu'un dixième ou plus des élus signataires ne proviennent du même département ou collectivité d'outre-mer. La Constitution prévoit que : en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales. Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Candidats Jacques Chaban-Delmas (UDR) Jacques Chaban-Delmas, député et maire de Bordeaux, est âgé de . Président de l'Assemblée nationale de 1958 à 1969 puis Premier ministre de Georges Pompidou de 1969 à 1972, il peut incarner une fidélité au gaullisme qui ne se résout pas au passéisme – il reprend sous forme de slogan de campagne le thème qui avait déjà été le fil directeur de son passage à Matignon : la « Nouvelle société ». Le 4 avril, deux jours à peine après le décès du président Pompidou, le jour même de l'inhumation, Jacques Chaban-Delmas déclare sa candidature. La dépêche de l'AFP tombe sur les téléscripteurs à , pendant qu'on prononce à l'Assemblée l'éloge funèbre du défunt. Valéry Giscard d'Estaing ne manque pas d'exploiter à son profit cette maladroite précipitation. Le fait est que Chaban-Delmas a de bonnes raisons de vouloir aller vite. Même si ses entreprises pour rassembler derrière lui le parti gaulliste ont porté leurs fruits les mois précédents (son proche Roger Frey a obtenu la présidence du groupe parlementaire, et il a pu pousser Alexandre Sanguinetti, un gaulliste « historique » critique envers le Président Pompidou, au secrétariat général du parti), il sait que d'autres ambitions peuvent le concurrencer au sein du mouvement gaulliste. Et c'est en effet la cacophonie dans ce camp : Christian Fouchet, au nom de la fidélité absolue à de Gaulle, a été le premier à se lancer dès le 3 avril, alors que, le , c'est l'inconstant Edgar Faure qui fait aussi connaître son intention de concourir. Mais la candidature la plus préjudiciable à Jacques Chaban-Delmas serait celle du Premier ministre en poste, Pierre Messmer, au nom de l'héritage du Président défunt, avec la légitimité que peut lui conférer sa fonction. Or un groupe « pompidolien » mené par le ministre de l'Intérieur Jacques Chirac et deux conseillers du président Pompidou, Marie-France Garaud et Pierre Juillet, pousse en ce sens un Pierre Messmer conscient de son manque de charisme et peu enclin à se lancer dans la bataille. Ce dernier annonce le 9 avril son intention de se lancer si cela permet de faire l'unité de la majorité, puis se retire le soir même après avoir constaté ne pas être suivi (sinon par Edgar Faure, qui en profite pour se retirer avec panache d'un combat mal engagé pour lui). Jacques Chaban-Delmas, qui a obtenu le 7 avril le soutien du comité central et des groupes parlementaires de l'UDR, est donc définitivement le candidat unique du parti gaulliste. Il obtient également le soutien du petit Centre démocratie et progrès de Jacques Duhamel le 9 avril (un comité directeur approuve ce soutien par contre 7 abstentions). Mais sa légitimité est minée par le trop-plein de candidatures déclarée au cours de la semaine. Parallèlement, selon Le Monde, le patronat se divise aussi, les soutenant Giscard d'Estaing, et le candidat gaulliste. La publication le du « Manifeste des 43 », appel de quatre ministres et 39 parlementaires UDR ou proches de l'UDR, sape encore sa candidature. Au-delà de la langue de bois du texte, une chose est claire : celui-ci ne mentionne pas le nom de Chaban-Delmas et désavoue donc la candidature que les signataires sont supposés soutenir. Jacques Chirac avait demandé à Chaban-Delmas de retirer sa candidature après avoir consulté un rapport des renseignements généraux prédisant un échec, mais les historiens sont toujours divisés sur les intentions de la manœuvre. Dès lors, le cours de la campagne de Chaban se résume à une dégringolade continue dans les sondages. Les coups bas d'une partie de l'UDR n'expliquent peut-être pas tout : plusieurs commentateurs attribuent aussi son échec au choix stratégique d'une campagne axée sur des thèmes sociaux, qui effarouche la droite sans mordre sur l'électorat de François Mitterrand. Son programme présidentiel est une mise au goût du jour des idées développées lors de sa présence à l'hôtel Matignon. Il prêche de tribune en tribune les bienfaits de cette nouvelle société qui verrait se réconcilier patronat et travailleurs. Son « plan de de lutte contre la menace de crise et pour le progrès économique et social », présenté lors d'une conférence de presse le , s'appuie sur l'infléchissement du modèle de développement dans le sens d'une meilleure utilisation des ressources, la participation des partenaires sociaux aux responsabilités économiques, une politique vigoureuse des prix garantissant le pouvoir d'achat, une répartition juste de la charge fiscale ou l'amélioration des bas salaires. Chaban organise ce qui s'avérera une maladresse tactique. Il invite André Malraux à participer à son spot de campagne officielle. Celui-ci est très malade et l'apparition de ce vieil homme au visage secoué de tics qui tient un discours prophétique inintelligible où il invoque les mânes de Jules Ferry entache l'image de Chaban-Delmas. Enfin, l’affaire de sa « feuille d’impôt », dévoilée par Le Canard enchaîné en 1972, ne favorise pas le candidat gaulliste. Valéry Giscard d'Estaing (FNRI) Valéry Giscard d'Estaing, fréquemment désigné par ses initiales, « VGE », est depuis 1962 ministre de l’Économie et des Finances (avec une interruption de trois ans, entre 1966 et 1969). Il n’en demeure pas moins, avec ses , le plus jeune des trois candidats susceptibles de l’emporter. À l’origine, membre d’un parti de droite de tradition orléaniste, le CNIP d’Antoine Pinay, Giscard a quitté ce mouvement en 1962 lorsque celui-ci est entré en conflit avec le président Charles de Gaulle. En 1966, il peut néanmoins manifester sa différence par rapport au gaullisme le plus orthodoxe en proclamant : « Nous sommes l’élément centriste et européen de la majorité. » Sa formation politique, la Fédération nationale des républicains indépendants, devient d'ailleurs une force incontournable de la majorité, contrebalançant le poids de l'UDR dans la majorité. Osant se distinguer encore davantage en appelant à voter « non » au référendum du 27 avril 1969 et participant ainsi à la chute de De Gaulle, il n’en est pas moins ministre de tous les gouvernements sous la présidence Pompidou. Resté dans un silence décent pendant la période de deuil national, Giscard se lance en campagne le 8 avril. C’est de son fief provincial, la mairie de Chamalières (une petite ville de la banlieue de Clermont-Ferrand), qu’il en fait l’annonce en déclarant vouloir « regarder la France au fond des yeux ». Valéry Giscard d’Estaing est dès le début de sa campagne capable de fédérer derrière son nom la quasi-totalité des non-gaullistes de droite et de centre-droit (modérés du Centre démocrate de Jean Lecanuet). Il a désormais à faire campagne dans la situation a priori malaisée de ministre sortant en incarnant le renouveau sans pour autant renier l’héritage ; pour exprimer cette ambivalence, il réutilise un slogan qui avait déjà été celui de Georges Pompidou en 1969 : « Le changement dans la continuité ». C’est le 10 avril que le Centre démocrate apporte son soutien à la candidature giscardienne, à laquelle Jean Lecanuet s’est rallié sans hésitation (un conseil politique extraordinaire approuve cette décision à contre 84 et 7 abstentions). Du côté du minuscule Centre républicain, le parti centriste de Michel Durafour, on est également giscardien. En revanche le Centre national des indépendants et paysans d’Antoine Pinay, qui n’est plus que l’ombre de lui-même sous la direction de Camille Laurens, ne sera pas unanime à se ranger derrière son ancien membre, et adoptera une attitude variable d’un département à l’autre. Il reçoit également le soutien des membres de l'UDR hostiles à la candidature de Jacques Chaban-Delmas, tout particulièrement des signataires du « manifeste des 43 » menés par Jacques Chirac. Valéry Giscard d’Estaing mène une campagne d’image extrêmement cohérente jusqu’au second tour, sans jamais infléchir sa stratégie : viser au centre. Bien caractéristique de ce positionnement est cette citation de son discours du meeting de Nantes du : « La lutte est entre le centre et l’extrême-gauche ». Son programme est à coloration nettement sociale : priorité à l'aide aux personnes âgées, généralisation de l'assurance maladie, projet de loi sur les personnes handicapées, promotion de la femme et de la famille, association plus dynamique des travailleurs dans l'organisation de leur travail, meilleure information des cadres ou abaissement de l'âge de la retraite. Vis-à-vis de la candidature Chaban, la tactique est de l’ignorer. Aucun positionnement ne répond à ceux de son concurrent de la majorité. Dans la dernière semaine avant le premier tour, au vu des sondages qui lui assurent avoir vaincu ce premier obstacle, Valéry Giscard d’Estaing peut s’offrir le luxe de faire allusion à sa participation passée au « gouvernement Chaban-Delmas » comme si ce nom était celui d’un honorable retraité. Contre Mitterrand, il s’agit de jouer sur la différence de génération. L’idée force de la campagne, c’est qu’il s’agit d’un homme de la défunte Quatrième République ; on ironise donc sur « l’homme du passé ». Le thème naturel de l’anticommunisme, que les auditoires acquis des meetings aiment à entendre, ne sera utilisé que précautionneusement : ce sont les seconds rôles qui s’en chargent, Michel Poniatowski tout particulièrement, ou davantage encore les documents de campagne anonymes. Le candidat, qui doit apparaître comme un homme de rassemblement, se garde bien quant à lui de participer aux polémiques agressives. Ce qui importe avant tout, c’est de donner aux Français l’image personnelle d’un homme de tête et de cœur. Après cinq ans aux finances, le candidat a déjà forgé une image de technicien à l’intelligence supérieure ; il s’agit de capitaliser sur celle-ci en l’infléchissant pour apparaître plus humain. Pendant la campagne, VGE joue de l’accordéon ou au football, et c’est dans la même logique que les enfants du candidat sont utilisés dans la construction de l’image de leur père (Jacinte, âgée de treize ans, figure sur la grande affiche de campagne aux côtés de Valéry). Le candidat va aussi exploiter sa relative jeunesse : il est photographié aux commandes d’un hélicoptère, et même torse nu dans les vestiaires à l’issue de la petite démonstration footballistique. Enfin, dernier atout sur Mitterrand qu’il faut mettre en valeur, la reconnaissance internationale du candidat est mise en relief, quand bien même la politique étrangère est-elle presque absente des débats. Les photos des documents de campagne représentent le ministre-candidat aux côtés des grands de ce monde ; au meeting de Marseille du 27 avril deux phrases suffisent pour évoquer qu’il a fréquenté Richard Nixon, Léonid Brejnev, Konrad Adenauer et Willy Brandt. Une fois passé le premier tour, les petits candidats de droite et du centre, Jean Royer, Jean-Marie Le Pen et Émile Muller appellent tous sans réserve leurs électeurs à se reporter sur Valéry Giscard d’Estaing. Jacques Chaban-Delmas est un peu plus prudent verbalement dans un premier temps (il « confirme son opposition résolue à la candidature » de François Mitterrand), mais le 13 mai formalise plus nettement son appel à voter pour Valéry Giscard d’Estaing. On peut ajouter à ces soutiens celui désormais formalisé du CNIP et surtout celui du Parti radical « valoisien » de Jean-Jacques Servan-Schreiber qui abandonne le 14 mai sa posture attentiste et se range dans le camp giscardien (par 70 pour, 18 contre et 1 abstention). Aucune rupture de style entre les deux tours. Tout au plus le candidat de la droite met-il un peu plus en valeur le thème de la « sécurité », susceptible de séduire les derniers hésitants à droite sans effrayer le centre. Il rappelle aussi qu’il ne remettra en cause ni les institutions gaulliennes de la , ni la politique de défense. Mais ce n’est pas l’essentiel ; l’objectif reste le même : convaincre les derniers électeurs hésitants qu’il est un homme d’avenir face à l’homme du passé et de proposer aux Français un « changement sans risque ». François Mitterrand (Union de la gauche) Alors âgé de , François Mitterrand, député de la Nièvre, a déjà une longue expérience politique puisqu’il a été huit fois ministre et trois fois secrétaire d’État sous la Quatrième République, et qu’il a été le candidat unique de la Gauche à l’élection présidentielle de 1965, mettant en ballottage Charles de Gaulle. Depuis qu’il a pris le contrôle du nouveau parti socialiste au congrès d’Épinay en 1971 puis signé le Programme commun de gouvernement avec le Parti communiste français et le petit Mouvement des radicaux de gauche, il est le leader incontesté de la gauche parlementaire et sa candidature s’impose par elle-même. Pendant les jours qui suivent le décès du Président Pompidou, François Mitterrand, fin tacticien, est injoignable. Il sait que ses relations avec le Parti communiste seront exploitées par ses adversaires et il joue de son savoir-faire politicien pour donner l’image de la plus grande indépendance. Lorsque le 4 avril, il ne peut éviter de rencontrer brièvement le premier secrétaire du Parti communiste français Georges Marchais à l’Assemblée nationale, dans le bureau de Gaston Defferre, il refuse fermement d’entrer en pourparlers pour organiser son plan de campagne. S’ensuit une demande écrite du leader communiste de solenniser par une déclaration commune des trois partis de gauche sa candidature, à laquelle il prend soin de ne pas répondre tout en chargeant le numéro deux du Parti Pierre Mauroy de renvoyer une réponse dilatoire. Après avoir joué sur les nerfs de ses partenaires sans rien céder, François Mitterrand peut ainsi procéder au lancement de sa candidature en homme libre. Comme pour celle de Valéry Giscard d'Estaing, c'est le 8 avril que la candidature est mise sur orbite. Un congrès extraordinaire du Parti socialiste est réuni salle de la Mutualité à Paris ; il désigne François Mitterrand comme candidat à l’unanimité des 3748 mandats. Ce n’est que dans un second temps que les autres partis de l’Union de la gauche sont invités à soutenir cette candidature par une déclaration commune. Entre-temps la direction nationale du Parti socialiste unifié a décidé la veille 7 avril, comme le préconisait Michel Rocard, de se rallier à la candidature Mitterrand et de renoncer à présenter la candidature du syndicaliste Charles Piaget (à une majorité de contre 35 et une abstention). Enfin plusieurs syndicats professionnels apportent dans les jours qui suivent leur soutien à la candidature de François Mitterrand : en premier lieu la CGT et la CFDT, mais également la FEN et le MODEF. Contrairement à VGE, Mitterrand n’a donc pas d’adversaire à gérer dans son propre camp mais un partenaire, ce qui n’est pas forcément plus facile. Les relations avec le PCF semblent bonnes pendant la campagne. Il est entendu que la campagne des partis reste indépendante de celle du candidat ; les deux représentants du PCF, dont François Hincker, admis en observateurs au siège de campagne, tour Montparnasse n’ont pas de bureau, ne figurent pas sur l’organigramme, et on leur demande même de garder secrète leur présence. Lorsque le 16 avril Mitterrand annonce qu’en cas d’élection il choisira un Premier ministre socialiste, ses partenaires communistes se plaignent poliment de n’avoir pas été prévenus de sa déclaration, mais ne manifestent pas une excessive irritation. Dans sa conférence de presse du , il présente ses propositions qui sont la reprise des mesures annoncées par le programme commun de 1972 conjuguées à certains idéaux socialistes. La mise en œuvre de ce programme particulièrement vaste serait organisée en trois temps : d'abord, un plan de six mois autour de mesures économiques et sociales (l'échelle mobile des salaires, indexation de l'épargne sur les prix, relèvement du SMIC à ...) ; ensuite, un plan sur dix-huit mois destiné à lutter contre les causes structurelles des inégalités et de l'inflation (retraite à soixante ans, cinquième semaine de congés payés, réduction du temps de travail, restructuration industrielle, nationalisations, maîtrise du crédit...) ; enfin, un plan de cinq ans chargé d'adapter la société à de nouveaux concepts et droits (droit de vivre, temps de vivre). François Mitterrand prend la précaution de riposter aux attaques de la majorité présidentielle sortante en affirmant le maintien de la France dans l'Alliance Atlantique tout en prévoyant une « Charte des libertés », interdisant quiconque de lui jeter la liberté au visage. Tout comme Giscard, François Mitterrand est conscient que l’élection se jouera au centre et s’efforce donc d’attirer à lui cette frange de l’électorat. Il se réfère le moins possible au « Programme commun » qui lie les partis de l’Union de la Gauche et, comme d’ailleurs son principal adversaire, évite la démagogie et se garde bien de formuler des promesses trop précises quant aux décisions qu’il prendrait, une fois élu. L’équipe de François Mitterrand a fait appel à des sondeurs pour tester l’image du candidat et la perception des thèmes de campagne par l’opinion publique, et servir de base à l’élaboration de la stratégie. Pour le premier tour, conscient d’être en retard sur Giscard pour ce qui est de l’image, on choisira d’orienter tant que possible la campagne sur le terrain politique plutôt que personnel. Comme le principal adversaire est le ministre sortant de l’Économie et des Finances, on l’affaiblira en rappelant ses résultats, tout en se réfrénant des attaques contre sa personne : d’où l’importance donnée aux thèmes de la hausse des prix et des inégalités sociales. Pour le second tour, il y a quelques inflexions : pour séduire les modérés, les problèmes sociaux sont évoqués sous la thématique de la « paix sociale » plutôt que celle des inégalités ; pour séduire les gaullistes on met en avant le thème de l’« indépendance nationale ». On se préoccupe davantage de construire une image concurrençant celle de Giscard : comme ce dernier est mis en avant l’entourage familial. Enfin on se permet un peu plus d’agressivité envers le concurrent, dont il convient de casser l’image consensuelle en le présentant comme un « homme de la droite » dans ce qu’elle a de plus rétrograde. Ont été identifiées trois catégories d’électeurs parmi lesquelles une marge de progression existe, et qui devront être séduites en priorité : les personnes âgées, les cadres, les femmes. De son côté, Georges Marchais déclare le : . Le il ajoute que le Parti communiste ne demande pas de poste clé au potentiel futur gouvernement de gauche (Intérieur, Défense, Affaires étrangères). Cette précision renvoie à la situation politique de la Libération, lorsqu'en 1945 des ministres gaullistes et communistes travaillaient ensemble. Après le 5 mai, les petits candidats de la gauche et de l’écologie appellent tous les trois à soutenir François Mitterrand, en termes plus ou moins contournés mais sans ambiguïté : Arlette Laguiller déclare que « les voix de l’extrême-gauche font partie des voix de la gauche », René Dumont « choisit l’espoir en votant François Mitterrand, à titre personnel », Alain Krivine appelle à « battre la droite par tous les moyens ». Sur le papier, en supposant les reports parfaits, François Mitterrand dispose donc de 47,3 % des suffrages. Si les reports se font suffisamment mal à droite, la victoire est possible. Les évolutions individuelles de gaullistes, même marginaux, sont dès lors de première importance : on note donc avec intérêt le ralliement à François Mitterrand des anciens ministres Jean-Marcel Jeanneney et Edgard Pisani ou d’anciens de la Résistance comme Jacques Debû-Bridel et Romain Gary, ou l’appel à voter blanc lancé par le mouvement de jeunesse gaulliste, l’Union des jeunes pour le progrès. Un peu déçu semble-t-il à l’issue du premier tour, François Mitterrand, dans les derniers jours, commence à croire à la possibilité d’une victoire. Jean Royer (droite conservatrice) Le maire de Tours, par ailleurs ministre des Postes et Télécommunications dans le gouvernement Messmer est âgé de . Gaulliste convaincu sans être membre de l’UDR, il est connu des Français pour son combat inlassable contre la pornographie, un thème qui n’est pas marginal au début des années 1970 où prolifère soudain le cinéma érotique. Fameux pour ses arrêtés d’interdiction des films coquins dans sa bonne ville de Tours, Jean Royer l’est aussi pour son passage récent au ministère du Commerce et de l’Artisanat où il est à l’origine d’une loi qui porte son nom et qui limite le développement des grandes surfaces. C’est sur ces thèmes qu’il construit sa campagne ; il s’y ajoute celui de l’opposition catégorique à toute libéralisation de l’avortement. Avec un tel programme, il n’est pas surprenant que Jean Royer excite le sens de la formule des commentateurs : Franz-Olivier Giesbert y voit le « prophète solennel des boutiquiers et des dames de piété », le Nouvel Observateur un « Savonarole des boutiques », tandis que Libération décrit ainsi son positionnement : « Royer, c’est l’homme politique de Pierre Bellemare et de Michel Sardou, un président qui sent la frite ». Dès ses premières décisions, Jean Royer se distingue en ne faisant rien comme tout le monde, et ceci bien souvent parce que ces décisions sont autant d’erreurs grossières. Il commence par démissionner de son ministère (Valéry Giscard d’Estaing se garde bien d’en faire autant), estimant incompatible le statut de candidat et celui de ministre. Plus curieusement, il se refuse à toute déclaration avant le 19 avril date d’ouverture de la campagne officielle. La couleur de fond choisie pour son affiche de campagne est le marron foncé, et sa photo n’y figure pas. Le candidat, qui ne supporte pas l’avion, a loué un autorail de deux voitures et effectue ses déplacements à travers la France par ce moyen de transport ; de ce fait il ne peut de toute la campagne remettre les pieds à son quartier général, qu’il a eu de surcroît la fort peu judicieuse idée de baser à Tours et non à Paris comme tous ses concurrents. Enfin si les jeunes opposants à Jean Royer font tourner par leurs pitreries sa campagne à la pantalonnade, il n’est pas pour autant aidé par sa propre épouse dont l’interview sur Europe 1 contribue à rejeter sa candidature dans le registre du comique grivois. Hélas pour Jean Royer, ce qu’on va retenir de sa campagne, c’est surtout la perturbation de ses meetings par des opposants hilares, qui scandent « Royer, Pétain, même combat » et « Royer, puceau, le peuple aura ta peau ». Sans service d’ordre digne de ce nom, le candidat ne peut qu’encaisser et fait l’erreur de riposter vivement aux perturbateurs (ainsi à Nice : « Vous n’avez sans doute pas grand-chose à faire de la journée, vous n’avez rien inventé »), les excitant encore davantage. Le sommet est atteint au meeting de Toulouse du 25 avril où une jeune femme se dévêt et danse une demi-heure la poitrine nue, pour le plus grand bonheur des photographes de presse et des caméras de télévision. Le 27 avril à Lyon, Royer confirme ne pas retirer sa candidature mais explique qu’il renonce aux réunions publiques pour se rabattre sur la radio et la télévision et les réunions sur invitation. Son score est très décevant, le capital de sympathie dont il disposait dans les premiers sondages ayant fondu au fur et à mesure de sa désastreuse campagne : avec 3,2 % des suffrages exprimés, il n'est guère en mesure de peser sur le second tour. Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) La jeune Arlette Laguiller n’est pas tout à fait inconnue du public, puisque sa formation politique Lutte ouvrière l’a promue « porte-parole » du parti aux législatives de 1973, lors desquelles elle a recueilli dans une circonscription du arrondissement de Paris 2,47 % des suffrages exprimés. Lorsque décède le président Pompidou, une grève initiée au Crédit lyonnais embrase le secteur bancaire depuis le . Permanente syndicale à Force ouvrière chargée de ce secteur, Arlette Laguiller est montée en ligne, s’opposant à la CGT, et s’est de nouveau trouvée sous les projecteurs des médias ; ainsi un reportage de Paris Match la compare-t-elle le 23 mars à un autre syndicaliste fameux : « On l’appelle la Piaget des banques en révolte ». Lorsque son parti la désigne pour le représenter à la candidature à la présidentielle, Arlette Laguiller est donc par ses actes en totale cohérence avec son discours : l’objectif d’une candidature est avant tout d’éveiller la conscience révolutionnaire de la classe ouvrière et son programme est d’abord de « donner une voix et un visage à tous ceux qui se taisent ». Si ses concurrents directs du Front communiste révolutionnaire peuvent fustiger dans Rouge son « électoralisme », le pari est réussi : son résultat électoral, 2,33 % des suffrages exprimés, est des plus réjouissants pour un parti jusqu’alors peu médiatique. Sans doute, comme les études des transferts de voix le montrent (un quart des électeurs d’Arlette Laguiller déclare se reporter sur Valéry Giscard d’Estaing au second tour), une partie non négligeable de son électorat a-t-il été motivé par la sympathie pour une femme du peuple et non par ses appels à la Révolution. Néanmoins, le parti trotskiste sait construire sur ce premier socle et « Arlette » mène cinq autres candidatures consécutives qui s’échelonnent jusqu’en 2007. René Dumont (écologiste) La nébuleuse écologiste, qui a vécu sous la présidence Pompidou une période d’intense développement, est bien déterminée à manifester sa vitalité dans cette élection. Après avoir envisagé plusieurs candidatures, c’est finalement René Dumont, un agronome renommé retraité de soixante-dix ans, qui porte les couleurs de l’écologie. Sa campagne iconoclaste est très remarquée, le candidat se distinguant par son aspect vestimentaire (un fameux pull rouge), ses déplacements à vélo, ses formules qui détonnent du discours politique traditionnel (« La voiture, ça pue, ça pollue et ça rend con… »). Son équipe sait inventer des « coups » médiatiques qui animent la très morne campagne officielle : le quartier général de campagne est installé sur un bateau-mouche, le candidat apporte à la télévision une pomme et un verre d’eau qu’il boit devant les téléspectateurs pour illustrer la crise écologique. Le résultat n’est pas à la hauteur des espoirs que l’intérêt du public et des médias pour sa campagne novatrice pouvait permettre de nourrir. Le score obtenu (1,3 % des suffrages exprimés) déçoit. Jean-Marie Le Pen (Front national) Jean-Marie Le Pen est le président du Front national, un parti créé en 1972. Cette candidature s'inscrit dans un contexte particulier au sein de l'extrême droite française. Le Front national sort en effet avec difficulté d'une scission particulièrement violente vidant le parti d'un certain nombre de ses cadres et militants qui accusent Jean-Marie Le Pen de manœuvrer son mouvement uniquement pour servir ses ambitions personnelles. Une fraction nationaliste-révolutionnaire menée par Alain Robert et Pascal Gauchon, et soutenue par François Brigneau (éditorialiste de Minute), se réorganise au sein du groupe Faire front (matrice du futur Parti des forces nouvelles) qui concurrence sérieusement le jeune Front national et mise sur le soutien à Valéry Giscard d’Estaing plutôt que sur une candidature Le Pen qui n'aurait aucune chance d'obtenir un résultat significatif. Outre l'absence du soutien du groupe Faire front, Jean-Marie Le Pen est lourdement handicapé par la très droitière candidature de Jean Royer (qui obtient lui-même le soutien de l'avocat Jacques Isorni et de l’association Pétain-Verdun, et est le candidat des cercles catholiques traditionalistes). Dans ces conditions, le candidat du Front national, qui se présente comme le seul candidat de droite, centre sa campagne sur la lutte contre le communisme et les grèves, contre l’avortement et pour la défense des retraités. Il obtient un score dérisoire (0,75 % des suffrages exprimés, à rapporter aux 5,27 % de Jean-Louis Tixier-Vignancour en 1965) : pour la droite nationaliste, les années 1970 sont une période difficile sur le plan électoral. Émile Muller (Mouvement démocrate socialiste de France) Au centre, presque toutes les tendances se sont rapprochées de l’un ou l’autre des trois candidats principaux : le Mouvement des radicaux de gauche de Robert Fabre adhère depuis 1972 au programme commun de la gauche et soutient donc François Mitterrand ; le Centre Démocratie et Progrès de Jacques Duhamel et Joseph Fontanet soutient Jacques Chaban-Delmas ; c’est Valéry Giscard d’Estaing qui a le mieux réussi dans les appels de pieds aux centristes, puisque le Centre démocrate de Jean Lecanuet et le Centre républicain de Michel Durafour se rallient aussitôt à sa candidature, tandis que le Parti radical « valoisien », dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber, le favorise en sous-main en réservant toutefois la déclaration de son soutien formel à l’après premier tour. Seul le petit Mouvement démocrate socialiste de Max Lejeune et Émile Muller fait le choix de l’autonomie. C’est donc le maire de Mulhouse, Émile Muller qui représente à ce scrutin une alternative centriste en dehors de la bipolarisation politique droite-gauche. Se prévalant du soutien de Max Lejeune, député-maire d'Abbeville et ancien ministre, il espère mobiliser en sa faveur l'électorat centriste mêlé aux socialistes qui observent avec méfiance l'alliance du Parti socialiste avec les communistes. Son programme politique reprend de vieux thèmes chers aux sociaux-démocrates tels que l'encouragement d'une déconcentration et d'une décentralisation administratives ou l'union politique et économique de l'Europe. Peu connu des Français en dehors de son bastion mulhousien, Émile Muller mène une campagne assez terne et voit sanctionnée par les urnes sa stratégie d’autonomie, qui ne reçoit l’appui que de 0,69 % des votants. Alain Krivine (Front communiste révolutionnaire) L’extrême gauche trotskyste part divisée. Outre la candidature d’Arlette Laguiller déjà évoquée plus haut, Alain Krivine, le leader du Front communiste révolutionnaire est là pour proposer une alternative révolutionnaire. Son parti a d’abord envisagé le soutien à une « candidature de luttes » du syndicaliste autogestionnaire Charles Piaget puis, celle-ci ne se concrétisant pas, fait le choix de la candidature autonome en préférant finalement Alain Krivine malgré ses origines « bourgeoises » à l’ouvrier André Fichaut. Malgré la forte notoriété acquise par sa participation aux événements de mai 1968 puis sa candidature de 1969, son échec est retentissant : 0,36 % des suffrages, deux fois moins de voix qu’à la présidentielle précédente et surtout six fois moins que l’autre candidate trotskyste Arlette Laguiller. Enfin trois autres candidats se singularisent surtout pour avoir obtenu les trois scores les plus faibles de tous les temps à une élection présidentielle française au suffrage universel, tant en nombre de voix qu’en pourcentage des exprimés. Bertrand Renouvin (Nouvelle Action française) Candidat « à titre personnel », bien qu'il dirige la Nouvelle Action française depuis 1971, Bertrand Renouvin est, à , le benjamin des candidats. Son message lors de sa campagne insiste moins sur des thèmes habituels des milieux monarchistes que sur une réflexion sur l'indépendance de l'État vis-à-vis des partis et des puissances financières et la reconquête des libertés par les citoyens. Bien que n'ayant expressément sollicité aucun suffrage, il obtient 0,17 % des voix. Jean-Claude Sebag (Mouvement fédéraliste européen) Le mouvement fédéraliste européen fait son apparition, mais divisé. D'un côté, l'historique Mouvement fédéraliste européen, section française de l'Union des fédéralistes européens créée en 1948 pour défendre la construction d'un État fédéral en Europe et donc renforcer l'aspect supranational de la CEE, présente son secrétaire général, l'avocat Jean-Claude Sebag, qui ne recueille que (soit 0,16 % des suffrages) et arrive en avant-dernière position. Guy Héraud (« fédéraliste européen ») L'ancien président du Mouvement fédéraliste européen et professeur de droit public spécialisé dans la défense des minorités, cultures et langues régionales européennes, Guy Héraud, entre quant à lui dans la campagne sous l'étiquette « Parti fédéraliste européen ». Mêlant fédéralisme européen et régionalisme, la construction d'une Europe fédérale doit, pour lui, permettre le délitement de l'échelon national et donc l'émancipation et une forte autonomie des régions. Il arrive en dernière position avec , soit 0,08 % des voix, ce qui constitue à ce jour le score le plus bas jamais obtenu par un candidat à une élection présidentielle sous la Cinquième République. Candidatures n’ayant pas abouti À ces douze candidats on doit ajouter un certain nombre de personnalités qui ont manifesté leur intention de concourir mais n’ont soit pas rempli les conditions juridiques exigées des candidats, soit manifesté leur intention dans le seul but de recueillir des « signatures » destinées à d'autre candidats ou possibles candidats. Il s'agit de : Péripéties Divisions chez les gaullistes Comme dit plus haut, le camp gaulliste n’est pas uni derrière Jacques Chaban-Delmas. Un groupe mené par Jacques Chirac, Pierre Juillet et Marie-France Garaud conspire pour torpiller sa candidature. Certains commentateurs, en premier lieu, attribuent des intentions malveillantes au ministre de l’Intérieur Jacques Chirac dans son choix des dates du scrutin. Alors que la législation électorale lui laissait le choix entre deux dates, il a proposé au conseil des ministres la plus tardive ; peut-être parce qu’il pense qu’une campagne longue est plus à même de voir s’effondrer les intentions de vote pour Chaban. En revanche, il ne fait guère de doute que les pressions de ce groupe ont concouru à l’épisode Messmer du 9 avril. Poussé par ses amis à assurer une relève pompidolienne, Pierre Messmer annonce dans la matinée l’éventualité de sa candidature dans des termes soigneusement pesés : Edgar Faure, qui a compris dès les premiers sondages qu’il va dans le mur, profite de l’occasion pour retirer sa candidature à ; Christian Fouchet fait savoir à qu’il maintient la sienne. La balle est alors dans le camp des deux principaux candidats. Jacques Chaban-Delmas rend visite au Premier ministre à l’hôtel Matignon vers quinze heures. L’entretien ne dure que trois minutes, le maire de Bordeaux se maintient. Après que son rival se fut ainsi prononcé, l’occasion est alors trop belle pour VGE de se donner l’image d’un candidat d’union : à , son secrétariat produit un communiqué rappelant qu’il est : La manœuvre a réussi, le ballon d’essai Messmer n’a rien changé, si ce n’est dans la perception des candidatures par l’opinion publique. Il ne reste plus au Premier ministre qu’à se retirer : Nouvelle attaque contre la candidature Chaban, le 13 avril en soirée est diffusé un appel dit « Manifeste des 43 » signé de quatre ministres (Jacques Chirac, Jean-Philippe Lecat, Jean Taittinger et Olivier Stirn), trente-trois parlementaires UDR et six parlementaires divers droite. Écrit dans un style particulièrement insipide, ce « manifeste » (qui sera publié le lendemain 14 avril, jour de Pâques, par le Journal du dimanche) rappelle les principes de la philosophie politique gaullienne et salue la démarche de rassemblement de Pierre Messmer ; les signataires concluent ainsi : Le nom de Chaban-Delmas n’est nulle part cité. Les observateurs de la vie politique ne s’y trompent pas : c’est un coup de poignard dans le dos rédigé en termes diplomatiques, et une opération à peine camouflée de soutien à Valéry Giscard d’Estaing. À Beaune, Jean-Philippe Lecat ira jusqu’à fonder et présider simultanément deux comités de soutien, l'un à Chaban et l’autre à Giscard. Nouvelle manifestation du pouvoir de nuisance du ministère de l’Intérieur Jacques Chirac, France-Soir publie le 20 avril un sondage réalisé par les Renseignements Généraux qui montre VGE prendre une avance définitive sur Chaban. Une fois encore les observateurs ne s’y trompent pas : il doit y avoir du Chirac là derrière. Le 21 avril, dernière avanie, Pierre Messmer reprend la parole pour préciser son soutien à la candidature Chaban en précisant agir « par discipline ». On pouvait imaginer soutien plus enthousiaste. Position de l'Union soviétique Alors que les États-Unis ont veillé à garder la plus stricte neutralité dans cette campagne, conscients que tout geste à l’appui ou en défaveur d’un candidat serait totalement contre-productif, l’ambassadeur d’Union soviétique à Paris, Stepan Tchervonenko, rend une visite très publique à Valéry Giscard d’Estaing le 7 mai, deux jours après le premier tour, sous le prétexte de faire avancer divers dossiers concernant la coopération économique franco-soviétique. Une première interprétation littérale de ce geste, celle par exemple de Philip Short, est d’y voir un soutien implicite de l’Union soviétique au candidat de la majorité qui reste en lice pour le second tour : une fois éliminé le gaulliste Chaban-Delmas, sans doute le candidat préféré de Moscou, on préférera Giscard à Mitterrand, soupçonné de trop d’atlantisme. Mais, réaction inattendue, le bureau politique du Parti communiste français publie dès le lendemain 8 mai un communiqué désapprouvant cette immixtion dans la campagne. On peut de fait s’interroger sur les motivations réelles de Stephan Tchervonenko ; sans d’ailleurs pouvoir exclure la simple gaffe (après tout le même Stephan Tchervonenko a déjeuné avec François Mitterrand dans les premiers jours d’avril), l’hypothèse d’un geste à l’intention des communistes français plutôt que de l’opinion publique, dans une période de relatives tensions entre le PCF et le PCUS ne peut être exclue. Dernier épisode le 17 mai où un fonctionnaire de second plan de l’ambassade soviétique réagit avec vivacité à des propos anticommunistes du lieutenant de VGE, Michel Poniatowski, propos qui avaient auparavant suscité une protestation du PCF. La presse couvre abondamment l’incident apparemment mineur ; il est vrai que l’ambassade s’est donné la peine de contacter téléphoniquement les rédactions pour leur souligner l’émission du communiqué. Selon la lecture des diplomates américains, il pourrait s’agir là d’une concession soviétique au mécontentement des communistes français, faite en geste d’apaisement des tensions suscitées par la visite du 7 mai. Débat télévisé du second tour Le , les candidats au second tour acceptent, pour la première fois en France, de débattre à la télévision, sur le modèle des débats organisés aux États-Unis. Le débat est diffusé par l'ORTF et retransmis sur France Inter, ainsi que sur une douzaine de télévisions européennes et des radios périphériques. Il est suivi par de téléspectateurs. Les conditions du débat sont négociées par les équipes des candidats. Le format retenu privilégie un seul débat, d'une durée de deux heures, dans lequel les animateurs n'interviennent pas. Un tirage au sort préalable à la retransmission donne la parole en premier à Giscard d’Estaing, la conclusion revenant à François Mitterrand. Le débat est animé par les journalistes Alain Duhamel et Jacqueline Baudrier. Le choix des sujets appartient aux candidats et les journalistes n'interviennent que pour leur rappeler leurs temps de parole. L’émission s'oriente sur la politique du gouvernement alors que Valéry Giscard d'Estaing est ministre des Finances, ainsi que sur le programme commun de la gauche et l'intégration de ministres communistes dans le gouvernement, défendus par François Mitterrand. Valéry Giscard d'Estaing reproche à son adversaire d'être « l'homme du passé », en référence aux onze postes ministériels occupés par François Mitterrand sous la Quatrième République. Le débat est marqué par la petite phrase de Valéry Giscard d'Estaing sur le monopole du cœur. Certains commentateurs y voient une phrase déterminante du débat ; d'autres remarquent que Valéry Giscard d'Estaing a mieux su réagir aux propos de son adversaire par des mimiques, qu'il attirait l'attention par des phrases courtes, lui donnant un image plus vivante et plus réactive. François Mitterrand analyse ce débat dans son ouvrage La Paille et le Grain. Un sondage Sofres réalisé le lendemain enregistre une légère hausse des intentions de vote pour Valéry Giscard d’Estaing, à 51,5 %, qui reviennent à 50 % dans les jours qui suivent. Vote en outre-mer Les luttes d’influence pour contrôler les votes dans quelques territoires d’outre mer (Territoire des Afars et des Issas, Comores notamment) sont moins suivies des médias, mais les observateurs avertis savent bien que ces territoires peuvent être un enjeu essentiel dans un scrutin qui s’annonce serré. Dans La Paille et le grain, publié en 1975, François Mitterrand pose crûment le problème : à Djibouti, Ali Aref contrôle , aux Comores Ahmed Abdallah Abderamane environ . S'il s'agit des allégations d’un candidat malheureux, les plus hautes autorités de l’État ont les mêmes inquiétudes : Alain Poher fait connaître en privé à plusieurs personnalités le souci que lui inspirent ces manœuvres. Jacques Foccart, avec un sens certain de l’ellipse, est assez transparent à ce sujet dans son journal : « Je vois Ahmed Abdallah, assez longuement. Pour les Comores, cela va marcher » (en date du 9 avril) ; « Je vois Pascal, qui s’occupe des questions de finances dans les DOM-TOM pour le compte de Chaban » (en date du 22 avril) ; on lit aussi la relation d’un coup de téléphone reçu de VGE le 8 mai au matin, suivi l’après-midi d’un rendez-vous au sujet des TOM avec Victor Chapot, trésorier de la FNRI, Foccart concluant la narration de sa journée en spécifiant que « c’est réglé » avec Aref et Abdallah. Mitterrand, pour sa part, prétend qu’Abdallah lui a directement rapporté avoir négocié en tête-à-tête avec Giscard d'Estaing l’apport des voix sous son contrôle en échange de l’indépendance des Comores. C’est dans ce contexte qu’on peut apprécier un incident à la limite du juridique et du politique. La Commission nationale de contrôle ayant décidé d’envoyer des observateurs outre-mer, il s’ensuit un conflit de compétences entre celle-ci et le Conseil constitutionnel, qui proteste contre cette initiative. Hors les trois territoires très sous-développés des Comores, des Afars et des Issas et de Wallis-et-Futuna, les résultats du second tour outre-mer ne divergent pas de façon patente de ceux de métropole et que François Mitterrand l’emporte même à La Réunion et en Polynésie française. En tout état de cause, ce ne sont pas les territoires d'outre-mer qui font la différence : même si les comportements pointés par ces quelques observateurs ont pu influer sur une centaine de milliers de voix, on est nettement en dessous de l’écart qui sépare in fine les deux candidats, et Valéry Giscard d’Estaing est également victorieux sur la seule France métropolitaine, de environ. Campagnes de Giscard et Mitterrand Les observateurs notent en 1974 la pénétration des techniques issues de la publicité dans la conception des campagnes électorales. Cependant, les mêmes références étaient citées en 1965, notamment pour décrire la campagne de Jean Lecanuet. On est dans une logique de progression lente du marketing politique sur un long terme et il n’y a pas de rupture nette en 1974, sauf peut-être sur quelques points précis, notamment l’irruption remarquée des sondages dans la campagne. Locaux L’équipe de Valéry Giscard d’Estaing s’installe dans un immeuble de bureaux, au 41, rue de la Bienfaisance, dans le arrondissement de Paris, non loin de l’église Saint-Augustin. Pour sa part, François Mitterrand jette son dévolu sur un étage de la tour Montparnasse, sur la rive gauche. Ces locaux avaient initialement été réservés par Edgar Faure, qui les a libérés en renonçant le 9 avril à sa candidature. Équipes de campagne Du côté de l’équipe giscardienne, un rôle tout particulier est en premier lieu confié au ministre de la Santé Michel Poniatowski. Hors organigramme, il est le proche lieutenant du candidat, celui qui doit être consulté sur toutes les questions importantes. Au même niveau, le numéro un de l’équipe de la rue de la Bienfaisance est Michel d’Ornano, qui en dirige la réflexion politique assisté d’une équipe rapprochée de trois collaborateurs : Jacques Dominati (par ailleurs chargé de la campagne en région parisienne), Jean-Pierre Soisson (pour la campagne en province et outre-mer) et Roger Chinaud à l’organisation générale. Pour l’assister, une « cellule idées » est animée par Christian Bonnet et Jean Serisé, tandis que Lionel Stoléru s’occupe des sondages. Sur le plan de l’organisation matérielle, Roger Chinaud est spécifiquement chargé des réunions publiques. Trait remarquable de la campagne giscardienne, les services axés sur la communication sont confiés à des techniciens et non à des politiques : un service de relations avec la presse est dirigé par Maurice Dalinval, mais c’est surtout au niveau de la cellule de préparation des documents de propagande que VGE a fait un choix remarquable : c’est un publicitaire professionnel, Jacques Hintzy de l’agence Havas Conseil qui a la charge de ce secteur. En revanche, la tâche très politique du service d’ordre des réunions doit revenir à un homme de confiance. C’est Hubert Bassot qui en est responsable. Cet ancien de l’Algérie française sait utiliser les services des groupes de combat de l’extrême droite. La direction effective du service d’ordre est confiée à un ancien « dur » de l’OAS, Pierre Sergent qui, selon Jacques Berne, partagerait même le bureau de Michel d’Ornano. Les nervis qui veillent au grain dans les meetings se font remarquer par des violences dont la presse de gauche fait ses choux gras ; ainsi notamment dans les deux meetings bretons du : à Rennes un perturbateur doit être hospitalisé inconscient, à Brest un médecin en situation de handicap qui a pris verbalement la défense d’un perturbateur tabassé est lui-même roué de coups et jeté au sol depuis un escalier et doit être hospitalisé pour une quadruple fracture de l’avant-bras. Le Figaro, qui il est vrai roule plutôt pour Chaban, écrit dans ses colonnes sous la plume de Patrice Delage : « L’extrême-droite assure la sécurité de M. Giscard d’Estaing et de ses meetings. Il fallait le dire ». Chez François Mitterrand, André Rousselet est chargé des finances et de la coordination générale épaulé par Georges Beauchamp à la coordination et Pierre Joxe au financement, de Georges Dayan aux contacts politiques, de Louis Mermaz à l’action départementale, de Charles Hernu aux relations avec les élus, de Jacques-Antoine Gau à celles avec les parlementaires, de Paul Legatte à la documentation, de Georges Fillioud aux contacts avec la presse. L’avocat Robert Badinter représente le candidat auprès de la Commission Nationale de Contrôle. Le poste sensible de la gestion des meetings et de leur service d’ordre échoit à Joseph Franceschi. Jean-Pierre Cot et Pierre Guidoni conduisent l’analyse politique. Pour la conception du matériel de propagande, François Mitterrand n’est pas allé aussi loin que Valéry Giscard d’Estaing et n’a pas fait appel à un professionnel du marketing politique ; toutefois il n’a pas lui non plus confié cette responsabilité à un politique, puisque c’est Claude Perdriel, le directeur général du Nouvel Observateur qui en a la tâche. Celui-ci a néanmoins à justifier ses choix auprès des « politiques » qui l’entourent et on lui laisse sans doute moins la bride libre qu’à son homologue du camp d’en face. Les partis ne sont pas représentés en tant que tels. Toutefois Claude Estier, formellement là pour représenter le journal l'Unité, est de fait le contact auprès du Parti socialiste, tandis que deux représentants communistes (dont François Hincker) sont admis tour Montparnasse, mais sans bureau et hors organigramme. Enfin deux autres personnalités participent activement à la campagne également hors structures. Jacques Attali d’abord, sous le pseudonyme de Simon Ther, représente personnellement le candidat dans les négociations difficiles (avec le PSU, mais aussi pour prendre des contacts secrets avec le gouvernement allemand en vue de prévenir d’éventuelles spéculations contre le franc). Enfin un ami personnel du candidat, François de Grossouvre le suit « comme une ombre » et est pour lui « tout à la fois confident, garde du corps et médecin ». Slogans et « petites phrases » Il y a d’abord les slogans brefs, ceux qu’on inscrit au-dessus des tribunes, et pour Giscard sur les tee-shirts. Pour François Mitterrand, c’est « Mitterrand Président » ; pour Valéry Giscard d'Estaing, c'est « Giscard à la barre », slogan inventé, selon les sources, par Anne d'Ornano ou par Jacques Hintzy et Louis de Funès. Puis il y a les slogans utilisés sur les affiches officielles. Au premier tour, on raconte une anecdote instructive sur la campagne de François Mitterrand : alors que Claude Perdriel a suggéré d’utiliser la formule percutante « Changez la France avec François Mitterrand », les politiques de la campagne le lui auraient refusé pour y préférer le lourd : « La seule idée de la droite, garder le pouvoir. Mon premier projet, vous le rendre ». Sur les affiches de VGE, on lit simplement : « Un vrai Président ». Au second tour, la coïncidence des slogans sur les affiches apposées côte-à-côte est presque cocasse : « Un Président pour tous les Français » pour Mitterrand voisine avec « Le Président de tous les Français » pour Giscard. Enfin sur le plan des « petites phrases », à long terme, c’est Giscard qui l’aura emporté, puisque deux de ses formulations restent longtemps dans la mémoire collective : le « regarder la France au fond des yeux » de sa déclaration de candidature et bien sûr le fameux « Monsieur Mitterrand, vous n'avez pas le monopole du cœur » du débat télévisé du second tour. Chacun ses fleurs Pour Valéry Giscard d’Estaing, deux fleurs sont mises côte à côte pour évoquer le « changement dans la continuité » : le myosotis, symbole de fidélité, et le muguet, fleur du renouveau. Le , c’est Johnny Hallyday qui vient, devant les objectifs des photographes, offrir le muguet traditionnel à Anne-Aymone. D'autres personnalités du monde du spectacle soutiennent par ailleurs médiatiquement le candidat, notamment afin de casser son image de technocrate. Du côté de François Mitterrand, pas de surprise : la rose, emblème de son parti, est aussi l’emblème de sa campagne. À la fin de chacun de ses meetings, tandis que l'Internationale retentit, le candidat prend une rose et la brandit. Innovations : les tee-shirts de Giscard et les caravanes de Mitterrand Un « gadget » inventé par l’équipe giscardienne a laissé un souvenir durable : les tee-shirts qui affichent le slogan « Giscard à la barre » et que portent ses jeunes partisans dans les meetings. Il n’y a pas que le menu fretin pour porter ces tee-shirts : Brigitte Bardot elle-même le revêt. Elle sera d’ailleurs priée par le président de son bureau de vote à Saint-Tropez d’aller se changer avant d’effectuer son devoir électoral… sous l’œil des photographes de presse. À gauche, pas d’innovations aussi mémorables. On s’essaie bien à lancer des « caravanes » sur le modèle de celles qui sillonnent les plages l’été à fins publicitaires, qui parcourent entre les deux tours les départements où les experts électoraux ont décelé des réserves de voix plus abondantes. L’une visite la côte Atlantique, l’autre les villes moyennes à une centaine de kilomètres de Paris. Plus remarquable est l’utilisation dans la campagne de Mitterrand d’un mailing, initiative novatrice à l’époque : pour appeler à dons, on prospecte spécifiquement les cadres supérieurs connus des fichiers détenus par le Nouvel Observateur, que Claude Perdriel met à la disposition du candidat. Enfin on s’efforce d’accumuler les soutiens de personnalités célèbres. Il n’y a pas que Brigitte Bardot à être sollicitée pour une campagne. Comme jamais, les deux candidats du second tour ont cherché à rassembler des signatures de soutien, parmi les écrivains et les acteurs (pour Giscard Marcel Jouhandeau et Alain Delon, pour Mitterrand Vladimir Jankélévitch ou Françoise Sagan), mais aussi parmi le show-business (Stone et Charden ou Sylvie Vartan derrière Giscard, Serge Reggiani et Dalida avec Mitterrand). Budgets de campagne Aucune information publique crédible n’est disponible sur ce sujet ; à cette époque l’essentiel du financement politique est occulte, et les quelques sources qui ont cherché à reconstituer le coût réel des campagnes obtiennent des résultats qui varient du tout au tout. Enfin à peu près rien n’est accessible au public qui permette d’analyser l’origine des recettes des candidats. Entre les deux tours, François Mitterrand publie un compte de campagne sommaire, qui ferait apparaître un budget inférieur à de francs. Même une observatrice qui ne fait pas mystère de sa sympathie pour ce candidat, Sylvie Colliard, ne peut être dupe ; elle estime pour sa part le coût réel de la campagne du candidat de la gauche à environ. Jacques Berne, qui a eu connaissance de cette estimation, évalue pour sa part le budget de VGE à peu près au double, soit à de francs. D’autres analystes ne voient pas le même ordre de grandeur : Jacques Gerstlé estime la campagne de chacun des finalistes du second tour à de francs ; c’est aussi l’estimation de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Christian Garbar, qui a suivi la campagne bien plus réduite de Jean Royer a obtenu des collaborateurs de ce candidat une estimation du coût de celle-ci à de francs (et il laisse entendre qu’il y a là aussi une certaine sous-estimation) ; on a dès lors peine à juger vraisemblables les estimations modérées de Sylvie Colliard et même de Jacques Berne. Télévision La télévision n’est plus une nouveauté, et tous les candidats savent bien que le choix de l’électeur dépendra pour une bonne part de leurs prestations dans la petite lucarne. Valéry Giscard d’Estaing semble toutefois davantage avoir misé sur ce média que son adversaire : il expose à son équipe de campagne ses priorités : « ce qui compte, c’est le style du candidat à la télévision ». Si le débat du second tour est un événement marquant de la campagne, les émissions de la campagne officielle eurent aussi de l'importance : tout en cultivant son image de « grosse tête », Valéry Giscard d’Estaing est le candidat qui a le mieux compris que la communication à une très large audience exige d’être simple pour être clair. Quoique parlant plus vite que François Mitterrand (115 mots à la minute contre 99) il n’utilise sur l’ensemble des émissions que différents, contre pour son adversaire. Cette étude a également noté la différence d’usage des pronoms entre les trois candidats principaux : chez Giscard c’est le « Je » qui domine (73 % des utilisations d’un pronom personnel), contre le « Vous » chez Chaban (49 %) et, de façon bien moins nette, le « Nous » pour Mitterrand (à 32 %). Du bon usage de sa famille Là encore, c’est Valéry Giscard d’Estaing qui innove en choisissant d’exposer aux projecteurs ses quatre enfants, qui forment une pièce importante du système que monte l’équipe giscardienne pour construire l’image du candidat. Ainsi sa fille Jacinthe figure-t-elle à ses côtés sur l’une des grandes affiches de sa campagne tandis que l’aînée Valérie-Anne, étudiante à Sciences Po, est particulièrement active dans l’équipe de campagne et présente dans les pages photo des magazines. La jeune Jacinthe, qui n’a que treize ans, sera même présentée au public au meeting de Poitiers du 11 mai. François Mitterrand, semble-t-il, traîne un peu des pieds pour suivre la même voie. Il se résout après le premier tour à faire quelques concessions au nouveau goût du jour. Son épouse Danielle vient donc à ses côtés se présenter aux Français lors du premier spot de la campagne officielle pour le second tour, et c’est la photo en grand format de la famille Mitterrand, avec ses enfants Gilbert et Jean-Christophe posant devant la maison de campagne de Soustons qui occupe la place d’honneur en première page du document de campagne imprimé à plusieurs millions d’exemplaires pour le second tour. Aspects juridiques L’élection présidentielle de 1974 donne lieu à un contentieux relativement peu abondant, et n’est pas à l’origine de décisions juridictionnelles notables. Elle offre néanmoins au Conseil constitutionnel l’occasion de réaffirmer sa compétence pour constater la vacance de la présidence de la République. Comme il l’avait fait à l’occasion de la démission du général de Gaulle, le Conseil se réunit et fait publier une déclaration. Le Conseil réaffirme en outre sa jurisprudence « Ducatel c/ Krivine » du et admet la recevabilité de réclamations dirigées contre la liste des candidats. Ainsi, dans une décision répondant à une réclamation du candidat maoïste André Roustan il réaffirme l’inéligibilité des faillis judiciaires ; il confirme par ailleurs sur réclamation du candidat régionaliste Robert Lafont que celui-ci n’a pas reçu cent présentations valides : parmi les cent quatorze signatures dont il se targue, dix-huit proviennent d’élus qui ont parrainé plusieurs candidats. Dans cette dernière décision, les commentateurs notent un léger infléchissement de jurisprudence : alors qu’en 1969 en cas de présentation multiple par un même signataire, le Conseil constitutionnel avait retenu la première présentation reçue, il considère désormais la totalité des présentations émanant d’un même élu comme nulles. Dans la même logique, le Conseil constitutionnel admet la recevabilité d’une réclamation de François Mitterrand contre la liste des symboles attribués aux candidats (il conteste l’attribution de la croix de Lorraine à Jacques Chaban-Delmas), tout en la rejetant sur le fond. Pour sa part, la Commission Nationale de Contrôle, outre ses interventions dans la campagne outre-mer, prend quelques initiatives dans le cadre de sa mission de contrôle de la campagne télévisée. Elle autorise le débat du second tour en direct (alors que les émissions de la campagne officielle sont en différé, et font l’objet d’un examen avant diffusion) ; dans le cadre de la campagne officielle, sans censurer strictement aucun message programmé par tel ou tel candidat, elle « recommande » à Arlette Laguiller de modifier une formulation sur la « domination coloniale » outre-mer ; elle refuse à Alain Krivine et à Guy Héraud la participation à leurs spots de personnalités n’ayant pas la nationalité française. Les décisions de proclamation des résultats des deux tours de scrutin évoluent aussi. Alors qu’en 1965 et 1969 le Conseil constitutionnel s’était borné à faire état de « rectifications d’erreurs matérielles » ou de « redressements jugé[s] nécessaires », il détaille désormais des « annulations » de suffrages, qui concernent deux bureaux au premier tour, et treize au second (cinq totalement, huit partiellement) en exposant par quelles irrégularités le scrutin a été vicié dans chacune des communes concernées. Enfin le Conseil prend une initiative plus singulière, qu’il répète à partir de 1988 à chaque scrutin présidentiel, et étend ensuite aux référendums et élections parlementaires : il rend publique une déclaration du (non publiée au Journal Officiel mais reprise dans le Recueil des décisions édité par le Conseil) où il suggère aux pouvoirs publics diverses réformes qui lui paraissent utiles pour garantir la régularité du scrutin. Si certaines sont techniques (l’obligation d’envoyer les signatures de présentation des candidats sur des « formulaires officiels »), l’une au moins est plus directement politique puisque le Conseil recommande d’augmenter le nombre de présentations requises pour autoriser une candidature. La plupart de ses suggestions seront suivies, par voie de révision constitutionnelle ou de loi organique, et à partir de 1981 ce seront cinq cents signatures d’élus qui seront nécessaires pour figurer sur la liste des candidats à l’élection présidentielle. Sondages La banalisation des sondages est une des ruptures les plus marquantes de cette élection par rapport au passé. C’est presque quotidiennement que la presse publie des pronostics de résultats à l’intention de ses lecteurs-citoyens. Tant au premier tour qu’au second les prédictions se sont révélées très proches du verdict des urnes ; en conséquence la confiance en la scientificité et la fiabilité des sondages est forte à la sortie de la campagne et les commentateurs les utilisent sans émettre de doutes sur les éclairages qu’ils peuvent offrir. Certains journaux, notamment Le Nouvel Observateur tentent de briser la monotonie de ces listes de prévisions en publiant des sondages plus spécialisés. Pour cet hebdomadaire de gauche, la Sofres étudie les reports entre candidats d’un tour à l’autre, ou l’attitude des Français devant la campagne télévisée. Enfin, invisibles du public, d’autres sondages éclairent les candidats et les aident à affiner leur stratégie en fonction des réactions de l’électorat. Dans l’équipe Giscard, Lionel Stoléru gère une « cellule sondages » ; l’équipe Mitterrand commande deux études détaillées pour apprécier les atouts et les points faibles du candidat. Même Jean Royer, avec un budget de campagne d’un autre ordre, commande une étude pour construire son positionnement. Deux incidents impliquent le quotidien populaire France-Soir. Le premier concerne la publication surprenante par ce journal, le 20 avril d’un sondage émanant des Renseignements généraux. Bien qu’il ne fasse pas état pour le premier tour d’une chute des intentions de vote pour Chaban significativement plus forte que ceux qu’on a pu lire les jours précédents, ce sondage marque un tournant : dans les estimations de second tour, il donne Mitterrand gagnant contre Chaban mais perdant contre Giscard. Plusieurs auteurs voient dans cette fuite bien opportune la patte de Jacques Chirac. Deuxième incident : la non-publication par France-Soir de son sondage du 17 mai, avant-veille du scrutin, dont les résultats auraient dû figurer dans l’édition du lendemain. Le Président du Sénat, Alain Poher, qui assure l’intérim de la Présidence de la République, prend l’initiative d’écrire personnellement au directeur général du quotidien, Henri Amouroux, pour lui demander de renoncer à cette publication en raison de l’influence qu’elle pourrait avoir sur la sincérité du scrutin. France-Soir défère à la demande du Président par intérim et ne publie les résultats de l’enquête qu’un an plus tard, le . Alain Poher avait tort de craindre une manipulation : le sondage prévoyait un match nul entre les deux candidats du second tour. Le rôle des sondages dans la campagne fait l’objet d’innombrables commentaires, le Conseil constitutionnel s’en fait l’écho dans sa « déclaration » du 24 mai et suggère l’instauration d’un « véritable statut de la pratique des sondages d’opinion en période électorale ». Une loi vient en 1977 donner suite à cette suggestion et encadrer désormais la publication de sondages électoraux dont la publication sera désormais interdite dans la semaine précédant chaque tour de scrutin. Premier tour Second tour Reports des voix entre les deux tours Ce sondage, publié par Le Nouvel Observateur, est réalisé par la Sofres. Résultats À l’issue du premier tour, François Mitterrand et les trois candidats d’extrême gauche et écologiste totalisent 47,3 % des suffrages, Valéry Giscard d'Estaing et les quatre candidats qui se désistent en sa faveur en réunissent 52,3 %. Selon Jean-Jacques Becker, la gauche est en léger recul par rapport à ses performances de l’élection législative de 1973. Plusieurs politologues se sont penchés sur les résultats détaillés et ont étudié les transferts de voix entre les deux tours. Lucien Boucharenc et Jean Charlot pensent pouvoir affirmer que les électeurs de droite de la législative de 1973 se sont abstenus à 13 % au premier tour de la présidentielle alors que ceux de gauche n’ont déserté les urnes qu’à raison de 4,5 %. Selon eux, la victoire de Giscard s’expliquerait par la mobilisation de cette réserve d’abstentionnistes : dans leur lecture, parmi le million de nouveaux électeurs venus participer au second tour en ayant négligé le premier, les deux tiers environ auraient choisi Valéry Giscard d’Estaing. Par d’autres méthodes, Alain Lancelot estime que parmi ces abstentionnistes repentis, il y en aurait cinq sur huit qui auraient choisi le président élu. Dans les deux cas de figure, les reports gaullistes auraient été suffisamment imparfaits pour que, sans ce renfort de dernière minute, on eût été extrêmement proche d’une victoire de François Mitterrand. Analyse géographique Premier tour Les rares succès de Jean Royer sont très localisés. Il parvient à obtenir 33,8 % des suffrages exprimés dans son fief d’Indre-et-Loire ; dans les départements voisins, les scores restent honorables, particulièrement dans les terres très catholiques de l’Anjou. Dans le reste de la France, il réalise des scores très faibles. En métropole, Jacques Chaban-Delmas ne dépasse Valéry Giscard d'Estaing que dans sa base électorale de Gironde et dans trois départements limitrophes : les Landes, la Dordogne et la Charente auxquels il faut ajouter la Corse (il est en revanche en tête des deux candidats de la majorité dans tous les départements et territoires d’outre-mer). Si on descend un peu plus bas dans les scores, jusqu’aux zones où il dépasse les 30 % des voix de droite, on distingue clairement d’une part le midi languedocien et d’autre part les régions situées au nord de Paris. En région parisienne ses meilleurs scores sont obtenus dans les banlieues populaires autour de Saint-Denis. Il n’est pas simple de savoir si on doit lire dans cette géographie le maintien d’un « noyau dur du gaullisme » ; ce qui est indéniable c’est que ces régions sont toutes des régions favorables à la gauche : sauf exceptions localisées, les endroits où le score de Chaban est honorable au premier tour, ce sont des endroits où François Mitterrand sera en tête au second tour. Les principales zones de vote pour Arlette Laguiller peuvent sembler surprenantes. Ce n’est pas du tout dans les départements ouvriers que la candidate de la classe ouvrière réalise ses meilleurs scores (sur les 19 départements où elle réalise des scores supérieurs à 3 % des exprimés, il n’y en a que 3 dans le tiers nord du pays), mais dans les zones rurales les plus dévitalisées, selon une grande tache qui recouvre le Massif central et en déborde sur les campagnes du Berry au nord, ou du midi toulousain au sud, se riant d’ailleurs des déterminismes politiques traditionnels de ces pays : ses deux meilleurs scores, elle les obtient dans la rouge Creuse (4,15 %) et dans le très conservateur Cantal (4,03 %). Enfin, les meilleurs scores réalisés par René Dumont sont en Île-de-France, en Rhône-Alpes (notamment en Isère et en Haute-Savoie), en Alsace et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes notamment). Il obtient globalement des meilleurs scores dans les villes que dans les campagnes. Second tour Au second tour, on retrouve une France divisée selon un schéma qui rejoint celui des élections de la Quatrième République : le Nord et le Sud sont favorables à la gauche l’Ouest et l’Est votent nettement à droite, tandis que le Massif central se divise entre les deux camps selon des traditions politiques départementales bien installées et l’agglomération parisienne répartit ses suffrages sur une base sociologique, les quartiers populaires votant à gauche et les quartiers bourgeois à droite. Le phénomène déjà constaté aux législatives de 1973 se poursuit : c’est la reconquête du Nord-Pas-de-Calais, de la Picardie et des Ardennes par la gauche. Le gaullisme avait nettement séduit ces départements ouvriers, le Parti socialiste et dans une moindre mesure son allié communiste bénéficient de son reflux. Deux tendances longues apparaissent moins directement, car les départements qu’elles concernent n’ont en général pas encore basculés, mais n’en sont pas moins très perceptibles si on compare les résultats du scrutin à ceux de la présidentielle de 1965, voire aux élections législatives de 1973. La première est la poursuite du recul de la gauche sur la côte méditerranéenne et en Provence, gigantesque si on se réfère à 1946 (jusqu’à -16 % dans le Var) mais qui est sensible en plusieurs départements (Bouches-du-Rhône, Pyrénées-Orientales, Corse) même en prenant 1973 pour référence. La seconde est au contraire la progression de la gauche dans les centres urbains de l’Ouest : si les cartes dressées à l’échelle départementale font encore apparaître une droite dominante presque partout dans cette région, les grands centres urbains de Nantes, Rennes, Caen votent de moins en moins comme les campagnes environnantes et la domination de la droite sur ces régions va être mise en cause à terme ; le basculement est déjà apparent dans la Seine-Maritime qui à partir de cette élection rentre durablement dans la famille des départements favorables à la gauche. Une autre clé d’analyse géographique des votes est la différenciation entre le vote urbain et le vote rural : Valéry Giscard d’Estaing l’emporte à 55 % dans les agglomérations de moins de , alors que sur celles de plus de (hors région parisienne) c’est Mitterrand qui est gagnant à 56 %. Sur l’ensemble de l’agglomération parisienne, les candidats sont à peu près à égalité. Analyse sociologique Un sondage réalisé par la Sofres du 20 au détaille le profil sociologique des électeurs des candidats au second tour en fonction de la catégorie socio-professionnelle, de l'âge et de la pratique religieuse. Valéry Giscard d'Estaing recueille plus de 60 % des suffrages chez les agriculteurs, les cadres supérieurs, les commerçants et artisans, chez les catholiques pratiquant régulièrement et chez les plus de . Il obtient la majorité des suffrages chez les plus de . François Mitterrand obtient la majorité des suffrages chez les ouvriers, les employés et cadres moyens, ainsi que chez les moins de et chez toutes les personnes qui ne se définissent pas comme catholiques pratiquant régulièrement. Notes et références Notes Références Annexes Bibliographie Livres . Articles Le périodique Le Monde - Dossiers et documents a consacré en 1974 un numéro à l’élection présidentielle qui venait de se dérouler. Pierre Avril, « Aspects juridiques de l’élection présidentielle des 5 et », dans Revue de droit public, 1974-4, . Lucien Boucharenc et Jean Charlot, « L'étude des transferts électoraux », dans Revue française de science politique, 1974-6, . Jean Charlot, « France - L’élection présidentielle » dans Universalia 1975 - Les événements, les hommes, les problèmes en 1974, Encyclopaedia Universalis, 1975 . Monica Charlot et Isabelle Croizard, « Le discours télévisé des principaux candidats à la Présidence de la République en 1974 », dans Projet 88, sept.-oct. 1974. Christian Delporte, « Image, politique et communication sous la République » dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 72 (2001/4), Presses de Sciences Po . Nicolas Denis, « Du au », dans Revue Française de Science Politique, 1974-5, . Élisabeth Dupoirier, « Radiographie d’une élection », dans Frontière, . Jean-Paul Gourevitch, « Approche sémiologique d’une élection présidentielle », dans Études, . Alain Lancelot, « La relève et le sursis, analyse des résultats de l’élection présidentielle de mai 74 », dans Projet 88, sept.-oct. 1974. . Jacques Ozouf, « L’élection présidentielle de », dans Esprit, , . François Platone et Élisabeth Dupoirier, « Une nouvelle étape dans le déclin du “social-centrisme” », dans Revue Française de Science Politique, 1974-6, . Jean Ranger, « Présidentielles. Logique d’une évolution », dans Politique aujourd’hui, . Colette Ysmal, Daniel Boy, Gérard Grunberg et Béatrice Moine-Roy, « L’élection présidentielle de : la redistribution des électeurs de droite », dans Revue française de science politique, 1975-2, . Autres sources La des télégrammes diplomatiques américains permet d’accéder à des informations utiles. Les archives filmées de l’Institut national de l'audiovisuel sont également précieuses, notamment en ce qu’elles recèlent l’intégralité des émissions de la campagne officielle du premier tour, ainsi que le débat télévisé du second tour. Filmographie La campagne électorale de Valéry Giscard d’Estaing a fait l’objet d’un documentaire de Raymond Depardon rattachable à l’école du cinéma direct, diffusé sous le titre de 1974, une partie de campagne (le titre originellement choisi par le réalisateur étant 50,81 %). Ce film n’a été distribué qu’en 2002, Valéry Giscard d’Estaing s’étant jusqu’alors opposé à la représentation publique du documentaire. 1974, l’alternance Giscard, documentaire de Pierre Bonte-Joseph, diffusé sur Public Sénat en 2019. Articles connexes 1974, une partie de campagne Élection présidentielle en France Liste des élections présidentielles françaises (Cinquième République) Structure départementale des votes à la présidentielle de 1974 Liens externes Archives de l'Institut national de l'audiovisuel (INA) : Annonce des résultats du premier tour. Annonce des résultats du second tour. Valéry Giscard d'Estaing François Mitterrand 1974 en France
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https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection%20pr%C3%A9sidentielle%20fran%C3%A7aise%20de%201981
Élection présidentielle française de 1981
L'élection présidentielle française de 1981, cinquième élection présidentielle de la République et quatrième au suffrage universel direct, se tient les et . Elle vise à élire le quatrième président de la République française pour un mandat de sept ans. Pour la première fois depuis l'établissement du suffrage universel pour cette élection, la présidentielle a lieu à l'issue d'un mandat complet du président sortant, Valéry Giscard d'Estaing. Durant sa présidence (1974-1981), celui-ci pâtit d'une politique économique impopulaire dans un contexte de crise induite par les deux chocs pétroliers, rompant avec les trente années de prospérité qui ont suivi la Libération. Jusqu’à la fin de l’année 1980, il bénéficie cependant d'une cote d’opinions favorables élevée et est longtemps donné réélu par les sondages. Ce scrutin est marqué par des affrontements virulents au sein de la majorité et de l’opposition. À droite, des tensions interviennent entre les partisans de Jacques Chirac, candidat gaulliste et président du Rassemblement pour la République (RPR), et Valéry Giscard d'Estaing, issu de la droite libérale. L'opposition est aussi divisée depuis la fin de l'Union de la gauche (1977), qui réunissait le Parti socialiste (PS), le Mouvement radical de gauche (MRG) et le Parti communiste français (PCF), et qui avait présenté une candidature commune lors de la précédente présidentielle ; au sein du PS, une forte rivalité apparaît également entre Michel Rocard, qui retire finalement sa candidature, et François Mitterrand. Au second tour, dans un contexte de légère hausse de l’abstention par rapport à 1974, François Mitterrand l’emporte avec 51,76 % des suffrages exprimés face au chef de l’État sortant. Cette victoire d'un candidat socialiste, une première sous la Cinquième République, met fin à de pouvoir de la droite, la plus longue période de continuité politique en France depuis l'Ancien Régime. Contexte Politique étrangère Au cours des années 1970, malgré le rang encore élevé de la France dans le classement des puissances mondiales ( industrielle, nucléaire), son importance et son influence diminuent. Durant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, les ministres des Affaires étrangères, simples exécutants issus du corps des diplomates (Jean Sauvagnargues, Louis de Guiringaud, Jean François-Poncet) ne réussissent pas à s'affirmer sur la scène internationale. Les objectifs du président dans le domaine de la politique étrangère ne concordent pas souvent avec la ligne politique des gaullistes, qui forment le plus gros contingent de la majorité. Aussi, la diplomatie française, qui ne tranche clairement ni dans un sens ni dans l'autre, est taxée d'ambiguïté durant cette période. Le président souhaite avant toute chose éviter la moindre manifestation d'agressivité dans les relations internationales et travailler à préserver la paix. Son mandat se déroule dans un contexte où le camp soviétique semble offensif et l'équilibre des forces menacé, ce que l'on a appelé la « Guerre fraîche » : intervention cubaine en Angola, coup d'État communiste en Éthiopie, invasion de l'Afghanistan, influence renforcée dans plusieurs pays africains et moyen-orientaux, crise des euromissiles, etc., sans oublier la Révolution iranienne, également hostile envers les Occidentaux. Aux États-Unis, le président démocrate Jimmy Carter est accusé de laxisme, ce qui contribue largement à l'élection de son adversaire, le conservateur Ronald Reagan en novembre 1980. L'attitude diplomatique de Valéry Giscard d'Estaing vis-à-vis de l'URSS est conciliante, ainsi, en 1975, il va jusqu'à déposer une gerbe au mausolée de Lénine à Moscou, ou rencontre Léonid Brejnev à Varsovie le 19 mai 1980, en dépit de la condamnation internationale de l'intervention soviétique en Afghanistan. Cela lui vaut de vives critiques, en particulier de la droite gaulliste, qui marque également son profond désaccord vis-à-vis de la politique de défense et de dissuasion nucléaire. La Communauté économique européenne, ancêtre de l'Union européenne, continue de se construire et de s'élargir. Le Royaume-Uni, auparavant empêché par les réticences gaulliennes, a rejoint la Communauté avec l'Irlande et le Danemark en 1973. Le janvier 1981, c'est au tour de la Grèce. Les premières élections européennes ont lieu en 1979, mais bien qu'étant la première manifestation d'expression démocratique de l'Europe politique, elles ne suscitent que peu d'intérêt. Simone Veil, giscardienne et ancienne ministre de la Santé, est élue présidente du Parlement européen. Le président français manifeste ses affinités avec le chancelier allemand social-démocrate Helmut Schmidt, mais il n'en est pas de même avec le Premier ministre britannique, la conservatrice Margaret Thatcher, partisane du libéralisme économique. Valéry Giscard d'Estaing nourrit un profond intérêt pour l'Afrique et écarte Jacques Foccart, conseiller pour les affaires africaines de De Gaulle et Pompidou. Sa politique mêle interventions militaires (contre le Front Polisario en 1977, à Kolwezi en 1978, contre Bokassa en 1979, contre une incursion libyenne à Gafsa en 1980) et gestion confuse de certains problèmes (maintien de la souveraineté française sur Mayotte lors de l'indépendance des Comores, prise d'otage de Françoise Claustre et ingérence libyenne au Tchad). Au Moyen-Orient, la politique étrangère de Valéry Giscard d'Estaing est nettement favorable aux pays arabes et à la cause palestinienne, comme en témoigne l'autorisation d'ouverture d'un bureau de l'OLP à Paris en 1975. Cela a été interprété comme une stratégie pour préserver les intérêts économiques de la France dans la région. Économie Crise économique La période de forte croissance économique des Trente Glorieuses s'achève avec les conséquences du choc pétrolier de 1973 provoqué par la guerre du Kippour. Cependant, plusieurs économistes, dont le Premier ministre Raymond Barre, signalent que la hausse vertigineuse du baril de pétrole ne suffit à elle seule à expliquer la crise économique qui touche les pays occidentaux. Celle-ci est causée également par la dérégulation du système monétaire international, consécutive à la fin de la convertibilité dollar/or décidée par le président américain Richard Nixon en 1971, et confirmée lors des accords de la Jamaïque en 1976. En 1974, l'inflation en France commence à prendre de l'ampleur (18,8 % au premier trimestre). Le gouvernement est alors face à un problème presque insoluble : réduire l'inflation, sans compromettre la croissance et donc le taux d'emploi. En tant que ministre de l'Économie et des Finances sous Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing a déjà, depuis le début des années 1970, agi sur l'un et l'autre levier alternativement, sans réelle ligne directrice. Lorsque ce dernier est élu président de la République, la politique économique est d'abord menée, dans le gouvernement de Jacques Chirac, entre 1974 et 1976, par le ministre Jean-Pierre Fourcade. Le plan de réduction de l'inflation alors mis en place (hausse des taux d'intérêt, économies budgétaires et énergétiques, remboursement des crédits de la Banque de France, etc.) a comme effets secondaires le ralentissement de la croissance, la baisse de la production industrielle, et une forte poussée du chômage, qui double pratiquement en un an, le chiffre symbolique du million de chercheurs d'emploi étant dépassé en 1975. Les jeunes et les régions industrialisées du Nord-Est et du Sud-Est sont particulièrement touchés par cette conjoncture. Pour autant, l'inflation, accompagnée par la hausse des salaires, reste à un niveau élevé, ce qui marque, en France, le début d'une période de stagflation. Les mouvements sociaux se multiplient, notamment à cause des préoccupations liées à l'emploi. Un plan de relance par la dépense publique est lancé fin 1975. La reprise économique se confirme, mais elle s'essouffle dès l'été 1976. En outre, la situation de l'emploi ne s'est pas améliorée, et la balance commerciale ne cesse de se dégrader, en grande partie à cause des importations énergétiques, et de la faiblesse du franc, malmené sur le marché des devises. La crise s'avère en fait plus sérieuse et plus complexe que prévu. La nomination de Raymond Barre en remplacement de Jacques Chirac, en août 1976, souligne la volonté du président de faire de la réponse à la crise économique la priorité du gouvernement. Novice en politique mais économiste réputé, le nouveau Premier ministre cumule le poste de ministre de l'Économie, et fixe comme objectif principal la lutte contre l'inflation et la stabilisation de la monnaie. Son plan, préparé en concertation avec les organisations syndicales, comprend des mesures de rigueur budgétaire, avec entre autres l'augmentation des impôts et l'instauration de nouvelles taxes comme l'impôt-sécheresse ou la vignette automobile. En butte à l'hostilité de l'opinion publique vis-à-vis de sa politique, qui suscite d'importantes manifestations et des critiques tant de l'opposition que des gaullistes réunis autour de Jacques Chirac, Raymond Barre adopte de nouvelles mesures en contradiction avec son propre plan. Cependant, en 1977, les indicateurs du chômage, de l'inflation et de la balance commerciale sont encourageants, même si la situation est encore fragile. Tournant libéral et second choc pétrolier Après la victoire serrée de la droite aux législatives de 1978, Raymond Barre engage des réformes économiques plus profondes et d'orientation libérale, posant la libre concurrence comme un principe essentiel, allant de pair avec l'abandon progressif des dispositifs protectionnistes. Le nouveau ministre de l'Économie, René Monory, doit superviser la suppression du contrôle des prix. Sans mésestimer les risques d'inflation immédiats, Raymond Barre pense que sa politique ira dans le sens inverse à long terme. Dans le même temps, il cherche à assainir la gestion des entreprises publiques et à restaurer l'épargne des ménages. Début 1979, le deuxième choc pétrolier et la révolution iranienne font à nouveau flamber le cours du pétrole, et à nouveau, les indicateurs économiques de la France sont dans le rouge. Raymond Barre prétend que ses réformes ont permis d'amortir le choc, ce que conteste l'opposition, qui considère que le Premier ministre a une excuse toute trouvée pour masquer ses mauvais résultats, en particulier dans le domaine social. De fait, si les résultats de la politique gouvernementale sont positifs quoique fragiles pour les chiffres de la croissance ou des taux de change, la situation de l'emploi a continué à se dégrader, et le nombre de chômeurs a dépassé la barre des à la fin de l'année 1979. De plus, le pouvoir d'achat commence, pour la première fois, à baisser, le déficit de la sécurité sociale devient inquiétant, et l'industrie sidérurgique connaît un déclin brutal. En dépit de ce contexte maussade, plusieurs secteurs et réalisations témoignent de la force de l'économie française : Airbus, le programme spatial Ariane, le téléphone, l'informatique, et aussi l'industrie nucléaire, dont le programme a été intensifié lors du septennat de Valéry Giscard d'Estaing, malgré la contestation que celle-ci génère. L'année 1980 est une année particulièrement noire pour l'économie française, et le gouvernement semble impuissant. L'inflation reprend de plus belle, la production industrielle baisse, la croissance est faible et le déficit commercial a quintuplé, en grande partie à cause de la facture pétrolière qui a plus que doublé. La France compte désormais , soit 7,3 % de sa population active, quatre fois plus que sept ans auparavant. À quelques mois de l'élection, le bilan du président est sérieusement entaché par un septennat de crise économique. Société Au cours des années 1970, la mutation socioculturelle de la France se poursuit. Pour le sociologue Henri Mendras, la période entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1980 est celle d'une « Seconde Révolution française ». La pratique religieuse a nettement reculé, de même que l'influence des régions rurales. Le salariat a progressé et la France s'est urbanisée. Autant d'évolutions qui sont interprétées comme des facteurs explicatifs de la progression de la gauche au cours des années 1970. Au fil des élections, cela est particulièrement visible en Bretagne et dans les agglomérations du Grand Ouest par exemple. Toutefois, ce type de constat doit être relativisé, car ces transformations de la société française étaient déjà enclenchées du temps de la présidence de Charles de Gaulle. Tenant compte des évolutions structurelles de la société française, et conformément à son appartenance au courant libéral de la droite, Valéry Giscard d'Estaing, une fois élu président de la République, s'attache à mettre l'accent sur les réformes sociétales plus que sur les réformes économiques. Ainsi, en 1974, l'âge de la majorité civile a été abaissé à . La même année, l'avortement a été légalisé par la loi Veil, grâce à une coalition de députés de droite et de gauche, et malgré l'opposition particulièrement virulente de députés appartenant à la majorité. En 1975, une loi facilitant la procédure de divorce est adoptée. Malgré la réforme de l'ORTF en 1974, l'audiovisuel est toujours sous la coupe de l'État, et l'expression de la parole du gouvernement y est toujours prioritaire. Vis-à-vis de la jeunesse, le président doit faire face à une agitation étudiante incessante jusqu'en 1978, animée entre autres par les situationnistes. Le ministre de l'Éducation René Haby, qui promulgue en 1975 une loi instaurant le collège unique, a des projets ambitieux, mais devant l'opposition des syndicats, toute velléité réformatrice du système scolaire est abandonnée à partir de 1978. Dans l'enseignement supérieur, par contre, à la fin du septennat, la ministre des Universités, Alice Saunier-Seïté, ne craint pas d'exercer une gestion autoritaire, cherche à remettre en cause l'héritage de Mai 68 (notamment la réforme de la loi Faure) et n'hésite pas à faire raser, en 1980, le symbole de la contestation qu'était l'université de Vincennes, déplacée à Saint-Denis. Dans le domaine des réformes économiques et sociales, le bilan de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing est très faible. Le projet de taxation des plus-values des transactions immobilières, critiqué par la gauche et la droite gaulliste, n'est plus qu'une coquille vide lorsqu'il est adopté en 1976. Le projet de grande réforme de l'entreprise visant à améliorer les rapports entre patrons et salariés est quant à lui abandonné, après avoir suscité des réactions hostiles, mitigées ou indifférentes. Politique Majorité de droite déchirée De l'alliance Giscard-Chirac à la création du RPR et de l'UDF Lorsqu'il a remporté l'élection présidentielle de 1974, Valéry Giscard d'Estaing a nommé comme Premier ministre le gaulliste Jacques Chirac, ministre de Pompidou qui avait apporté son soutien au premier tour, avec celui de et ministres, aux dépens du candidat de l'UDR Jacques Chaban-Delmas, pourtant du même parti. Les gaullistes dominent la majorité de droite à l'Assemblée nationale, alors que le nouveau président est issu d'un groupe minoritaire, les Républicains indépendants. Jacques Chirac est jugé moins susceptible que les barons du gaullisme de faire de l'ombre au président et de permettre à ce dernier d'envisager l'allégeance progressive de l'UDR. Néanmoins, la rupture est consommée le 25 août 1976, lorsque Jacques Chirac remet sa démission, déclarant ne pas avoir les moyens nécessaires pour assumer ses fonctions. Durant les deux années précédentes, le rôle du Premier ministre a été minimisé par le chef de l'État, qui a eu tendance à le court-circuiter en s'adressant directement aux ministres, y compris dans les domaines de la politique économique et sociale. En 1976, Valéry Giscard d'Estaing formule son projet politique dans un livre intitulé Démocratie française, une première pour un président de la République en exercice. On y retrouve son désir de dépassionner la politique et de gommer les conflits internes de la société française (autrement dit la lutte des classes) en s'appuyant sur les classes moyennes, une philosophie assez éloignée de la conception combative des gaullistes qui dénoncent une dérive « libérale, centriste et européenne ». Les divergences de fond avec l'UDR sont autant de bâtons dans les roues de la politique gouvernementale, d'autant plus que Jacques Chirac a pris la tête de l'UDR dès décembre 1974 (là aussi une première pour un Premier ministre en exercice). Raymond Barre, nommé à la tête du gouvernement en 1976, n'a pas d'attaches politiques marquées et exprime une stricte loyauté envers le Président, ce qui l'aide à devenir l'un des Premiers ministres les plus endurants puisqu'il ne quitte sa fonction qu'au terme du septennat de Valéry Giscard d'Estaing en 1981. Redevenu député de Corrèze, Jacques Chirac, guidé par Pierre Juillet et Marie-France Garaud (anciens conseillers du président Pompidou), entend redonner un souffle nouveau au mouvement gaulliste. Le 3 octobre 1976, il lance un appel à Égletons pour un rassemblement de la majorité et des Français autour de sa personne. Sa concrétisation sera la réunion, le 5 décembre à Paris, de , qui assisteront à la création du Rassemblement pour la République (RPR), successeur de l'UDR. En réaction, Valéry Giscard d'Estaing décide de se doter de sa propre formation politique de masse. Jusqu'à présent sa base politique reposait sur le groupe parlementaire des Républicains indépendants, simple force d'appoint pour la droite, et sur un réseau de clubs politiques qui avaient appuyé sa candidature en 1974. En avril 1977, le Parti républicain (PR) est créé pour soutenir l'action du Président, avec à sa tête Jean-Pierre Soisson. Des relations sont établies avec le Centre des démocrates sociaux (CDS), parti centriste de Jean Lecanuet, et avec le Parti radical (dit valoisien) de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Elles aboutissent à la création le février 1978 de l'Union pour la démocratie française (UDF), coalition qui reprend le titre de l'ouvrage de Valéry Giscard d'Estaing et devient un véritable parti politique à structure fédérale après les élections législatives de cette année-là. De la bataille de Paris à l'appel de Cochin L'opposition entre le président Valéry Giscard d'Estaing et son ancien Premier ministre Jacques Chirac déchire la droite lors des élections municipales de 1977, particulièrement au cours de ce que l'on a appelé la « bataille de Paris ». Cette année-là, pour la première fois depuis 1871, les Parisiens élisent leur maire. Cette fonction avait été supprimée pour ne pas donner à son détenteur un poids disproportionné dans la politique nationale, étant donné l'importance de la capitale dans un pays centralisé comme la France. Michel d'Ornano, ministre de l'Industrie, se porte candidat, adoubé par le Président. Jacques Chirac, bien qu'élu en Corrèze, se présente également au nom du RPR. Le combat électoral parisien entre les deux composantes de la droite est féroce et éclipse les autres élections municipales qui voient une progression de la gauche. Jacques Chirac l'emporte nettement au second tour. La virulence de la campagne au sein de la droite laisse envisager une rupture irrévocable : néanmoins, les élus des listes d'Ornano votent pour Jacques Chirac au conseil municipal. En devenant maire de Paris, ce dernier s'empare d'un bastion renforçant sa stature nationale et servant ses plus hautes ambitions politiques. Les dissensions de la droite sont mises de côté pour les élections législatives de 1978. Une série de réunions, à l'été 1977, entre les dirigeants du RPR, du CDS et du PR, aboutit à un accord sur les procédures de désignation de candidatures uniques ou au minimum de désistement au second tour. La création de l'UDF en février 1978, le mois précédant le scrutin, tend cependant encore un peu plus les relations entre le président et Jacques Chirac, car, en regroupant les autres composantes de la majorité, elle tend à diminuer le résultat du RPR. L'union de la majorité apparait d'autant plus clairement comme une alliance de circonstance. Ces élections confirment l'existence au sein de la droite de deux forces à peu près équivalentes, avec un léger avantage pour le RPR, au moins en nombre de députés, mais la perte de son hégémonie à droite ressemble plutôt à un revers. Elles réussissent à suffisamment s'entendre pour ne pas perdre ces élections, remportant sur 491 à l'Assemblée nationale. Ce succès est tempéré par le constat, via une série de sondages, que les divergences au sein de la majorité sont globalement perçues par l'opinion publique comme des querelles d'ambitions personnelles, ne reposant pas sur des différences de fond, et laissent une très mauvaise impression, à plus forte raison en temps de crise. Le plus souvent, le vote de droite n'est pas un vote d'adhésion au programme, mais un vote de rejet de la gauche. Les élections européennes de 1979 sont de nouveau l'occasion de révéler la ligne de fracture à l'intérieur de la majorité. Le 6 décembre 1978, depuis l'hôpital Cochin où il a été admis à la suite d'un accident de voiture, Jacques Chirac lance un appel aux accents nationalistes, implicitement très critique envers le Président, baptisé « appel de Cochin ». Dans ce texte, rédigé par son conseiller Pierre Juillet, le président du RPR met en garde contre « l'asservissement » et « l'effacement » de la France, et contre « le parti de l'étranger ». En juin 1979, la liste UDF menée par Simone Veil (27,61 %) devance largement la liste RPR conduite par Jacques Chirac (16,31 %). Prenant acte de l'inefficacité voire de l'effet contre-productif de l'appel de Cochin, le maire de Paris se sépare alors de ses conseillers et mentors Pierre Juillet et Marie-France Garaud. Il s'entoure d'une nouvelle équipe, comprenant notamment Alain Juppé et Jean Tiberi. Jusqu'à l'élection présidentielle, le RPR maintient une ligne hostile vis-à-vis du président sans pour autant se désolidariser complètement de l'action de son gouvernement. Quant à l'UDF, l'organisation de sa structure est un succès, mais manque de contenu politique clair. L'adoption du budget de l'État pour 1980 est un autre point de tensions très important au sein de la majorité présidentielle. Opposition de gauche unie puis désunie Du succès de la stratégie mitterrandienne à la rupture de l'Union de la gauche Au Parti socialiste, la position de François Mitterrand, premier secrétaire depuis 1971, a été relativement affaiblie par la double défaite de la gauche, à l'élection présidentielle en 1974, et aux élections législatives de 1978, perdues les deux fois d'extrême justesse. Il est surtout contesté en interne, en particulier par Michel Rocard, qui obtient des sondages beaucoup plus favorable dès le printemps 1980, en vue de l'élection présidentielle. François Mitterrand conserve cependant la maîtrise du parti, bien qu'il puisse sembler, à bien des égards, être un « homme du passé », comme le lui avait cruellement reproché Valéry Giscard d'Estaing lors du débat télévisé de la présidentielle en 1974. Candidat battu en 1965 et en 1974, plusieurs fois ministre important sous la République, qualifié de manipulateur « florentin » par ses adversaires, sa carrière politique a failli être définitivement compromise lors de l'affaire de l'Observatoire en 1959, et par sa déclaration de candidature prématurée lors des événements de mai 1968. À force d'opiniâtreté et grâce à son habileté de stratège, il a néanmoins réussi à s'imposer comme chef de file de la gauche. D'abord en s'affirmant comme principal opposant au général De Gaulle en 1965. Ensuite, en prenant le contrôle du Parti socialiste, au cours du congrès d'Épinay en 1971, en s'appuyant à la fois sur l'aile droite (motion Mauroy/Gaston Defferre) et l'aile gauche (motion Chevènement) du parti. L'année suivante, l'Union de la gauche, stratégie poursuivie par Mitterrand depuis le début des années 1960, se concrétise avec l'adoption d'un programme commun de gouvernement par le Parti socialiste, le Parti communiste français, et le Mouvement des radicaux de gauche, portant notamment sur les nationalisations, la réduction du temps de travail et le désarmement nucléaire. Après la défaite de justesse de François Mitterrand à l'Élection présidentielle française de 1974, la dynamique électorale du PS lui permet de devancer, de très peu aussi, les communistes lors des législatives de 1978, alors que le PCF était encore devant le PS en nombre d'électeurs lors des législatives de 1973. La percée du Parti socialiste est spectaculaire lors des élections municipales de 1977. Tandis que le PS progresse, le PCF stagne et dès 1977, lors de la rupture de l'Union, il craint de devenir une force d'appoint. La qualité des relations entre les deux principaux partis de l'Union de la gauche est alors fortement tributaire du contexte international. La tentative avortée de prendre le pouvoir par la force des communistes au Portugal en 1975, après la Révolution des Œillets, alors que ce sont les socialistes qui sont au pouvoir, ne contribue pas, solidarité entre « partis frères » oblige, à créer un climat serein. Cependant, vis-à-vis du « grand frère » soviétique, le secrétaire général du PCF Georges Marchais prend ses distances, dans le sillage du courant eurocommuniste, principe d'autonomie par rapport à Moscou, développé en premier lieu par les communistes italiens et espagnols. Ainsi, des dirigeants communistes français dénoncent les atteintes aux droits de l'homme en URSS ou se désolidarisent de la politique internationale menée par le Kremlin. Georges Marchais ne peut cependant ignorer le recadrage des dirigeants de l'Union soviétique, qui jouit encore d'une grande popularité parmi les militants et les cadres du PCF, et rentre dans le rang en 1977. Sans oublier que le Parti communiste français bénéficie d'un soutien financier de la part du PCUS, estimé à deux millions de dollars par an du temps de Brejnev. La rupture entre les deux partis est consommée lors de la renégociation du programme commun en 1977. Celle-ci a été réclamée, en avril, par Georges Marchais, qui souhaite diminuer les attributions du président de la République et aller plus loin dans les nationalisations, tout en renforçant le rôle des syndicats dans les entreprises publiques. Cela reviendrait, en cas d'arrivée au pouvoir de la gauche, à un amoindrissement du pouvoir politique des socialistes (seuls à pouvoir prétendre parvenir à la tête de l'État), et à la création d'un moyen de contrôle économique pour les communistes (via la CGT procommuniste). Les socialistes, a contrario, estiment nécessaire de limiter les ambitions en temps de crise, et souhaitent élargir leur électorat vers le centre. Dans le courant de l'été, des représentants du PS, du PCF et du MRG tentent, au cours de négociations très pointilleuses, de parvenir à un compromis. Ils finissent par trouver un accord, mais, le 3 août, revenant de ses vacances en Corse, Georges Marchais le rejette brusquement, ce qui lui vaudra, au cours d'une explication à la télévision sur les raisons de son revirement sous un prétexte accessoire, de lancer sa fameuse expression théâtrale : « J'ai dit à ma femme : Fais les valises, on rentre à Paris ! » L'Union de la gauche s'achève en septembre, ce que confirment les reproches aigres que s'échangent les alliés de la veille, les communistes accusant les socialistes d'opérer un virage à droite, et les socialistes reprochant aux communistes d'être responsables d'une éventuelle défaite de la gauche. De la déception de 1978 aux grandes manœuvres du PS Lors des élections législatives de 1978, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale dans une élection de ce type, les socialistes (22,79 %) font mieux que les communistes (20,61 %) au premier tour. Le PS progresse de par rapport aux précédentes législatives et se classe premier parti de France. Jusqu'alors, la somme des voix de la gauche parlementaire n'a jamais été aussi élevée depuis la fondation de la République. Cependant, malgré les prédictions des sondages, ce n'est pas suffisant pour faire gagner la gauche, qui ne recueille que 48,57 % des voix au second tour, alors que 50,2 % des voix exprimées au premier tour s'étaient portées sur un parti de ce bord. Georges Marchais a rechigné sur le principe de désistement au second tour au profit du candidat de gauche le mieux placé, moquant la « discipline républicaine » prônée par François Mitterrand. De plus, malgré la rupture de l'Union de la gauche, cette alliance était toujours revendiquée par le PS, et les analyses électorales reflètent clairement que nombre d'électeurs modérés ont renoncé à voter pour les candidats socialistes, de crainte de voir les communistes parvenir au pouvoir. Le report des voix de gauche en faveur des candidats communistes restés en lice au second tour est loin d'avoir été systématique. Quoi qu'il en soit, la gauche parlementaire gagne supplémentaires, et plus que jamais, l'électorat est divisé entre quatre forces, (RPR, UDF, PS, PCF) qui se tiennent dans un mouchoir de poche, entre 20 et 24 %, de ce fait la prochaine élection présidentielle paraît particulièrement ouverte. Bien que certains intellectuels libéraux comme Raymond Aron ou Jean-François Revel craignent toujours que l'arrivée de la gauche au pouvoir permette aux communistes de transformer la France en une démocratie populaire telle qu'il en existe dans les pays de l'Est, le PCF subit une crise profonde qui ne cesse de s'amplifier. En cela, il ne se démarque pas du déclin généralisé du communisme en Europe occidentale. L'image de l'Union soviétique, à laquelle il est associé, s'est considérablement dégradée au cours des années 1970, avec la diffusion des témoignages sur le système concentrationnaire des goulags, le plus retentissant étant L'Archipel du Goulag du dissident Alexandre Soljenitsyne paru en 1974. Les stratégies politiques et les discours idéologiques du PCF manquent de cohérence. Les militants les plus jeunes sont moins enclins à respecter la discipline du parti ; les contestations internes se multiplient, remettant en cause les choix de la direction, sans que celle-ci puisse l'exclure brutalement comme auparavant. Face à cette crise, la direction du PCF fait le choix d'une radicalisation et d'un retour à l'orthodoxie communiste, plus hostile aux socialistes, plus conflictuelle dans sa défense doctrinale des intérêts des ouvriers. En février 1979, Georges Marchais déclare que le bilan des pays du Bloc de l'Est est « globalement positif », et en janvier 1980, il soutient officiellement l'invasion soviétique de l'Afghanistan, autant d'interventions qui susciteront de vives polémiques et se révéleront désastreuses pour l'image du parti. Le Parti socialiste avait veillé dans son programme, pour désarmer les critiques, à se démarquer du communisme, du stalinisme, de l'URSS en prônant le retrait des troupes soviétiques en Afghanistan (première des 110 propositions) et le soutien à Solidarność (troisième proposition). Lors du congrès de Metz en avril 1979, rendez-vous important des socialistes après l'échec des législatives, François Mitterrand est contesté par Michel Rocard. À partir de l'automne 1978, ces deux candidatures potentielles émergent au PS. Transfuge du PSU qui a rejoint le PS en 1974, fils spirituel de Pierre Mendès France, il représente la Deuxième gauche, défavorable à une présence trop forte de l'État et de la bureaucratie dans l'économie, favorable à la décentralisation et à l'autogestion. Michel Rocard, qui a fait une déclaration remarquée dans ce sens le soir du second tour des législatives, prétend incarner la modernité, opposée à l'archaïsme, qui doit mettre fin à une longue succession de défaites de la gauche depuis l'instauration de la République. Il est conforté dans cette idée par les sondages reflétant le désir de renouveau des sympathisants socialistes. Cela ne l'empêche pas d'être allié à Pierre Mauroy, représentant la tradition sociale-démocrate du Nord et la vieille SFIO. Mitterrand parvient à résister à cette contestation interne en s'alliant au CERES de Jean-Pierre Chevènement. Le CERES était pourtant opposé à Mitterrand lors des trois précédents congrès, à Grenoble, Pau et Nantes, recueillant près de 25 % des mandats face à la motion majoritaire (à laquelle appartenaient jusqu'alors Rocard et Mauroy). Représentant la gauche du parti, ce courant est le plus favorable à l'alliance avec les communistes et entretient une rhétorique révolutionnaire. Grâce à ce renversement d'alliance, François Mitterrand obtient une nouvelle majorité et garde les rênes du Parti socialiste. Ce congrès a vu émerger une nouvelle génération de cadres, qui se sont opposés à Rocard et sont appelés à poursuivre leur ascension politique, parmi lesquels Paul Quilès, Lionel Jospin et Laurent Fabius. « Affaires » et polémiques La fin du septennat de Valéry Giscard d'Estaing est marquée par plusieurs affaires qui contribuent à entretenir un climat délétère. Au cours de son mandat, trois hommes politiques importants trouvent la mort brutalement. Le 24 décembre 1976, Jean de Broglie, ancien négociateur des accords d'Évian et ancien secrétaire d'État, est abattu dans une rue de Paris. Le 30 octobre 1979, Robert Boulin, vétéran des gouvernements depuis De Gaulle, ministre du Travail en exercice de plus en plus cité comme un Premier ministre potentiel, est retrouvé inanimé dans un étang. Officiellement, il s'est suicidé, ne supportant pas de voir son intégrité remise en question par une transaction immobilière irrégulière, mais les circonstances exactes entourant ce drame sont très troubles. Le février 1980, l'ancien ministre Joseph Fontanet est assassiné, un crime resté non élucidé à ce jour. Ces événements feront dire au sénateur de droite Pierre Marcilhacy, dans Le Matin de Paris du 29 octobre 1980 : « On meurt beaucoup et beaucoup trop mystérieusement sous la République, et je n'aime pas ça. ». Le 3 octobre 1980, l'attentat de la rue Copernic, devant une synagogue de Paris, coûte la vie à quatre personnes. Tout d'abord revendiqué par un groupuscule d'extrême droite, il suscite le défilé, quatre jours plus tard, de à Paris, protestant contre la résurgence de l'antisémitisme. L'enquête déterminera plus tard que l'attentat était en fait d'origine moyen-orientale. La première impression d'un climat d'intolérance antisémite demeure néanmoins, d'autant plus que le Premier ministre a employé une phrase très maladroite lorsqu'il s'est exprimé au sujet de l'attentat, déplorant la mort de « Français innocents », semblant implicitement signifier que les juifs tués ne l'étaient pas. L'affaire impliquant le plus directement le président est l'affaire des diamants. Elle découle de l'intervention à Bangui des parachutistes de l'armée française le 21 septembre 1979, qui s'est conclue par la déposition du président de la République centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa, nécessitée par les frasques dispendieuses et sanglantes du dictateur et son rapprochement avec la Libye de Khadafi. Le 10 octobre 1979, Le Canard enchaîné publie un document prouvant que Bokassa a offert une plaquette de diamants à Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre des Finances. L'authenticité du document demeure douteuse, et l'évident désir de vengeance de Bokassa n'y est pas pour rien, il n'en demeure pas moins que ce scandale révèle une complicité passée bien réelle entre les deux hommes, et les liens troubles entre la présidence et les pays africains dans la zone d'influence française. Le président décide de répondre par le mépris et le silence, mais cette affaire le suivra durant la campagne présidentielle de 1981, et l'affiche collée par le Parti socialiste, sur laquelle figure le président avec des diamants incrustés dans les yeux, aura un effet redoutable. Précampagne Candidature de Coluche L'humoriste Michel Colucci, alias Coluche, déclare, le 30 octobre 1980, qu'il va se présenter à l'élection présidentielle. Il n'est pas le premier humoriste à faire cette démarche. En 1965, Pierre Dac avait annoncé sa candidature, ce qui lui avait donné l'occasion de pasticher les discours des hommes politiques de son temps, avant de se retirer, à la demande d'un conseiller du général de Gaulle. Accompagné par sa bande du Café de la Gare, l'équipe de Hara-Kiri Hebdo et Maurice Najman, ami de jeunesse de sa femme Véronique en Mai 68 et journaliste à Libération, Coluche anime, d'octobre à la mi-mars, une précampagne très particulière en raison de la rivalité Rocard-Mitterrand au PS. Il détonne avec des slogans tels que : « Avant moi, la France était coupée en deux. Maintenant elle sera pliée en quatre », ou encore « Tous ensemble pour leur foutre au cul avec Coluche. Le seul candidat qui n'a aucune raison de vous mentir ! ». Coluche est soutenu dès le 13 novembre par Gérard Nicoud, de la CIDUNATI (syndicat de commerçants et d'artisans) et des intellectuels tels que Gilles Deleuze, Pierre Bourdieu, Félix Guattari, Maurice Nadeau, et Jean-Pierre Faye. Il est crédité de 10 à 12,5 % d'intentions de vote fin novembre. Les intentions de vote culminent jusqu'à un potentiel de 16 % d'après un sondage paru dans le Journal du dimanche début décembre puis retombent à 6 % en janvier-février. À gauche, les deux candidats les plus importants, hormis Georges Marchais, entrent en lice entre le 19 octobre et le 8 novembre. Rocard retire sa candidature dès que Mitterrand annonce la sienne et met plusieurs semaines à se rallier entièrement, tant leur rivalité est forte depuis les élections législatives de 1978, perdues de justesse par la gauche malgré des sondages favorables. La candidature de l'humoriste est annoncée en plein dans cette période agitée et François Mitterrand craint qu'elle ne lui casse sa « dynamique du premier tour », déjà affaiblie par la rivalité de Rocard, sans report de voix au second tour. Plusieurs cas de censures à la radio et à la télévision sont recensés. Ainsi, en décembre, un sketch de Coluche dans l'émission de Stéphane Collaro, le Collaro-Show, sur la chaîne de télévision publique Antenne 2, est déprogrammé, la direction menaçant d'annuler toute l'émission en cas de refus. Plus tard, le présentateur du journal télévisé de la chaîne, Patrick Poivre d'Arvor, affirmera avoir reçu pour consigne de ne pas parler de Coluche, même si l'humoriste avait été longuement interrogé au journal télévisé le jour de l'annonce de sa candidature. Alors qu'il a chuté dans les sondages, il annonce en mars une grève de la faim pour protester contre cette censure selon lui officieuse. L'Élysée envoie une circulaire aux maires pour les dissuader de lui donner leurs signatures. Une cellule spéciale lui est consacrée au ministère de l'Intérieur. Un groupe autonome de la police (le mystérieux Honneur de la Police, qui a déjà revendiqué en 1979 l'assassinat du militant d'extrême gauche Pierre Goldman, accusé de l'assassinat de deux pharmaciennes), lui adresse des menaces de mort. Le meurtre de son régisseur, René Gorlin, l'inquiète sérieusement. Coluche ne parvient pas non plus à réunir les signatures de maires de gauche. Son ami Jacques Attali essaie de le persuader de se retirer au profit de Mitterrand. Coluche ne cesse de baisser dans les sondages, jusqu'à ce qu'il annonce son retrait le 7 avril 1981, en se déclarant pour Mitterrand, la fin d'une plaisanterie qu'il avait fini par prendre très au sérieux. Opposition Mitterrand / Rocard Depuis le congrès du Parti socialiste à Metz d'avril 1979, Michel Rocard a manifesté son désir d'être candidat à la prochaine élection présidentielle, tout en concédant qu'il se retirerait si François Mitterrand était lui-même candidat. Au début de l'année 1980, les sondages indiquent que les Français estiment que Michel Rocard serait un meilleur candidat que François Mitterrand. En avril 1980, un sondage publié dans l'hebdomadaire Le Point donne le président sortant vainqueur au second tour avec 57 % des voix face au premier, mais il ferait encore mieux face au second avec 61 %. En août 1980, une étude de l'IFOP indique que Michel Rocard recueille 54 % d'avis favorables parmi les sympathisants socialistes, tandis que François Mitterrand n'atteint que 37 %. À ce moment-là, Mitterrand, qui reste sur deux échecs en 1974 et 1978, reste très évasif sur son éventuelle participation à la prochaine élection, tandis que Rocard, qui veut persuader qu'il est le seul à pouvoir mener les socialistes à la victoire, se montre bien plus déterminé. L'objectif implicite de Michel Rocard est de se faire passer pour le champion de la modernité, et de faire passer François Mitterrand pour l'emblème d'un certain « archaïsme politique », d'autant plus qu'ils ont quatorze ans d'écart. Il explique que François Mitterrand représente le courant socialiste qui compte sur l'État pour transformer la société, alors que lui se réclame du courant socialiste davantage méfiant vis-à-vis de la bureaucratie, partisan de la décentralisation et d'une limitation du rôle de l'État. Il ne cesse de parler de la nécessité de « parler plus vrai ». Un antagonisme violent a commencé à se développer entre les deux concurrents, en se nourrissant des rancunes personnelles et des incompatibilités de caractère. Le , Michel Rocard prononce une allocution à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine. Maladroite et compliquée, prétendant se situer au-delà de la mêlée tout en cherchant la légitimation du Parti socialiste, sans pour autant s’opposer frontalement au premier secrétaire, sa déclaration rencontre peu d’échos favorables. Pris par le trac, il fixe son attention sur l'une des trois caméras présentes (TF1, Antenne 2 et FR3). La caméra de FR3 saisit l'instant, mais seuls 10 % des téléspectateurs verront Michel Rocard bafouiller. De plus, il annonce qu'il se retirerait si François Mitterrand déclarait sa candidature. Le 8 novembre, François Mitterrand annonce qu'il « soumet sa candidature aux votes des membres du parti ». Après une longue hésitation, il coupe ainsi l'herbe sous le pied de Michel Rocard, qui fait le choix de retirer sa candidature. Communistes contre socialistes Rupture de l'Union de la gauche oblige, les communistes présentent leur propre candidat à l'élection présidentielle, ce qu'ils n'avaient plus fait depuis la campagne de Jacques Duclos, qui était arrivé en tête de la gauche en 1969, avec 21,27 % des voix. Désigné pour la forme par une conférence nationale du PCF le 12 octobre 1980, Georges Marchais est le premier candidat important à se présenter officiellement à la présidentielle. « Si Mitterrand est élu à la tête de l'État, il ferait la même politique de droite que Valéry Giscard d'Estaing », déclare Georges Marchais le 13 septembre 1980, à la Fête de l'Humanité, un mois avant d'être désigné candidat. Le candidat communiste pousse la virulence vis-à-vis de François Mitterrand jusqu'à affirmer qu'il ne se désisterait pas automatiquement en sa faveur au second tour, continuant à considérer la « discipline républicaine » comme une formule « périmée », formule déjà utilisée en 1978. Georges Marchais continue par la suite à dénoncer des « convergences », selon lui, entre le PS et l'Élysée. En janvier 1981, il va encore plus loin en prétendant révéler qu'une « vaste opération politique » est en cours ; selon lui, Michel Debré et Jacques Chirac prendraient contact avec François Mitterrand pour constituer « une sorte de trait d'union entre le Parti socialiste et la majorité actuelle », ce qu'il appelle « le consensus à trois ». Il accuse ainsi les socialistes d'être opposés à une politique de relance par la consommation, d'être complices d'un plan européen de démantèlement de l'industrie, et de vouloir exercer une répression contre les travailleurs. Le même mois, le 20 janvier, lors d'une conférence de presse, il fustige le « président de l'injustice » par ces mots : « Assez de la République des châteaux et des cadeaux, de l’État des cousins et des copains, du clan des chers parents et des princes ! », et il dénonce « ce monde de l’argent auquel nulle particule d’emprunt ne donnera jamais la noblesse de l’esprit ou de cœur ». Le durcissement communiste de janvier est interprété par les commentateurs comme une réponse à l'annulation par le tribunal administratif de la révision des listes électorales dans vingt communes communistes où avait été entreprise une campagne de démarchage pour inciter les habitants à s'inscrire. Il fait suite, aussi, à une contre-offensive des socialistes. Dans les jours précédents, François Mitterrand avait dit de Georges Marchais et de Valéry Giscard d'Estaing qu'ils étaient « copains comme cochons », et Claude Estier avait décrit le PCF comme étant le « seul allié » du Président. Fin janvier, Georges Marchais réclame une présence communiste au gouvernement en cas de victoire, ce qui préfigure une consigne de vote en faveur du candidat de gauche le mieux placé, selon les observateurs. Pour ne pas être accusé, par ses attaques contre le candidat socialiste, d'avoir fait le jeu du président sortant, le slogan « candidat anti-Giscard », figure ensuite sur les affiches de campagne du PCF. La suite de la campagne, moins virulente à gauche, coïncide avec des sondages où Mitterrand fait jeu égal avec Giscard au second tour. Le 16 mars, ce dernier précise qu'il n'y aura avec le PCF et le 25 mars Marchais précise que le désistement relève d'une décision de son comité central. Candidatures gaullistes L'ancien Premier ministre Michel Debré lance sa candidature le 30 juin 1980, mais celle-ci ne suscite pas beaucoup d'enthousiasme. Il prétend se situer dans la logique gaulliste du candidat qui s'adresse directement aux Français sans passer par l'investiture d'un parti. En janvier 1981, il essaie encore de s'imposer comme l'unique candidat gaulliste, appuyé par et quatre sénateurs du RPR. Soutenu par les « barons » Jacques Chaban-Delmas, Maurice Druon, Jean Foyer, Olivier Guichard et Yves Guéna, il affirme que la France a besoin d'un « gouvernement de salut public dépassant les combinaisons partisanes », suggérant qu'il pourrait s'étendre de certains giscardiens à certains socialistes comme Michel Rocard et Jean-Pierre Chevènement. Quoi qu'il en soit, sa candidature, qui gêne celle de Jacques Chirac, n'est pas pour déplaire à Valéry Giscard d'Estaing. Marie-France Garaud, ancienne conseillère de Georges Pompidou puis de Jacques Chirac, présente également sa candidature en indépendante le 3 février 1981. Faisant preuve d'une assurance et d'une éloquence remarquée, elle dénonce le « danger soviétique », et affirme à propos de Valéry Giscard d'Estaing qu'il a « trompé ses électeurs » et qu'il « se croit plus intelligent que la France ». Mais c'est la candidature du président du RPR Jacques Chirac qui est la plus attendue. Depuis sa démission du gouvernement en 1976, il n'a cessé de manifester son hostilité à Valéry Giscard d'Estaing, d'une façon particulièrement flagrante lors de sa conquête de la mairie de Paris en 1977, et avec l'« appel de Cochin » lors de l'élection européenne de 1979. Son entrée dans la compétition présidentielle semble donc tout à fait logique, mais il ne parvient pas à faire renoncer Michel Debré. Daniel Vaillant raconte que François Mitterrand l'a chargé en mars 1981 de collecter des signatures de maires pour Marie-France Garaud afin d’empêcher Jacques Chirac de devancer Valéry Giscard d’Estaing, considéré comme un adversaire moins redoutable. Autres candidats La loi électorale du 18 juin 1976 a modifié les conditions d'enregistrement des candidatures à l'élection présidentielle. Il faut désormais 500 parrainages d'élus (parlementaires, maires, conseillers généraux) pour pouvoir se présenter. Ainsi, dix candidats sont finalement en lice, alors que ont manifesté leur volonté d'être candidat. Jean-Marie Le Pen, qui avait concouru pour le Front national en 1974, est de ceux qui ne peuvent entrer dans la compétition électorale faute d'un nombre suffisant de signatures d'élus. Pascal Gauchon, qui lui fait alors concurrence au sein de l'extrême-droite en tant que candidat du Parti des forces nouvelles, doit également renoncer. La Ligue communiste révolutionnaire, qui a été représentée en 1969 et 1974 par Alain Krivine, n'arrive pas non plus à franchir cette étape. D'autres « petits » candidats parviennent à se présenter, parfois aidés par les grands partis, qui leur procurent des parrainages pour des raisons tactiques, afin d'amoindrir le score de leurs adversaires. À l'extrême gauche, Arlette Laguiller, employée de banque, se présente pour la deuxième fois au nom de Lutte ouvrière, qui s'est fait remarquer dans les régions les plus durement touchées par la crise en participant à plusieurs conflits sociaux. Huguette Bouchardeau, universitaire agrégée de philosophie, représente le Parti socialiste unifié (PSU), soutenu par quelques groupes trotskistes. Michel Crépeau, maire de La Rochelle, est le candidat du MRG (radicaux de gauche), allié du Parti socialiste. D'ailleurs, tout le long de la campagne, il ne fait pas mystère de ses intentions d'appeler à voter pour François Mitterrand au second tour. Lors du congrès extraordinaire du MRG le 28 mars 1981, Michel Crépeau prétend défendre la « gauche réaliste ». Sa candidature n'a cependant pas fait l'unanimité au sein de sa propre formation. Soutenu par les députés Jean-Michel Baylet et Maurice Faure, il a dû affronter l'opposition du sénateur René Billères et du maire de Lourdes François Abadie, lesquels contestent l'utilité d'une candidature, qui selon eux atteindra à peine 1 %, et appellent à soutenir Mitterrand dès le premier tour. Enfin, Brice Lalonde, journaliste et responsable de l'association Les Amis de la Terre, a été désigné comme candidat des écologistes le 15 juin 1980, à la suite d'une élection primaire au sein du mouvement, essentiellement constitué de réseaux associatifs. Sa candidature est contestée par d'autres composantes du mouvement écologiste, notamment SOS-Environnement, dont le principal animateur, Jean-Claude Delarue, estime que Brice Lalonde n'est pas assez représentatif. Le commandant Jacques-Yves Cousteau sera un temps envisagé comme candidat de substitution, avec le soutien de René Dumont, candidat écologiste de 1974, mais l'intéressé annonce le 19 février 1981 qu'il ne compte pas être candidat. Brice Lalonde a également des difficultés à recueillir les d'élus, mais en mars, l'UDF, estimant que ce candidat peut gêner François Mitterrand, lui fait parvenir les parrainages manquant. Il peut ainsi faire entrer dans la campagne des thèmes tels que l'énergie nucléaire et la pollution (l'Amoco Cadiz s'est échoué sur les côtes bretonnes trois ans plus tôt). Attitude du Président Valéry Giscard d'Estaing retarde le plus possible sa déclaration de candidature, pour conserver la dignité que lui confère son statut de président, mais personne n'est dupe de sa volonté de briguer un second mandat. Son bilan fait l'objet de deux critiques répétitives de la part de ses adversaires. D'abord, sa gestion de la crise économique est jugée mauvaise. Les chiffres récents de l'Insee ne plaident pas en sa faveur. La production industrielle a chuté de 4,5 % en un an, la consommation des ménages baisse, le déficit commercial a été multiplié par quatre depuis 1979. Ensuite, sa politique étrangère apparaît confuse. La gauche socialiste aussi bien que la droite gaulliste lui reprochent sa bienveillance vis-à-vis de l'Union soviétique. Le 10 mai 1980, soit un an avant l'élection, dans un entretien accordé à l'hebdomadaire L'Express, Valéry Giscard d'Estaing avait déjà estimé avoir fait les trois quarts de ce qu'il avait l'intention de réaliser au cours de son mandat. Le 31 décembre 1980, le président sortant adresse, comme de coutume, ses vœux à la nation. Selon lui, la France est sur la voie du progrès, notamment en matière d'indépendance énergétique, soulignant le rôle croissant du nucléaire. Le 27 janvier, sur Antenne 2, tout en devant se justifier par rapport à l'affaire des diamants de Bokassa, il défend sa politique étrangère, affirmant son objectif de maintenir la paix, excluant le « retour du colonialisme » et le « retour de la France dans l'OTAN ». Campagne en vue du premier tour L'élection présidentielle voit s'affronter dix candidatures officiellement retenues par le Conseil constitutionnel le 9 avril 1981 : cinq de gauche (Mitterrand, Marchais, Crépeau, Bouchardeau, Laguiller), quatre de droite (Giscard d'Estaing, Chirac, Debré, Garaud), et une écologiste (Lalonde). Mais quatre d'entre eux seulement sont réellement en mesure de réaliser des scores importants : le communiste Marchais, le socialiste Mitterrand, le libéral centriste Giscard d'Estaing et le gaulliste néolibéral Chirac. La campagne de cette élection atteint une virulence verbale rarement atteinte jusqu'alors. Les différents candidats s'en prennent au président sortant, sans s'épargner pour autant entre eux. Le thème le plus abordé durant cette campagne est tout naturellement, en ces temps de crise, l'emploi, le nombre de chômeurs ayant augmenté de plus d'un million depuis que Valéry Giscard d'Estaing est entré à l'Élysée. Entre les candidats, c'est à qui fera la meilleure promesse, qu'ils n'hésitent pas à chiffrer. La question des reports au second tour, compte tenu des divergences dans la majorité et au sein de la gauche, est également un sujet important, ainsi que l'éventuelle présence de ministres communistes en cas de victoire de François Mitterrand, à qui les candidats de droite demandent des comptes à ce propos. Georges Marchais Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français, est officiellement désigné le à Nanterre à l'unanimité. Charles Fiterman, qui a annoncé la nouvelle, déclare à la tribune : Inutile de présenter Georges Marchais. Les hommes et les femmes, les jeunes de chez nous qui ont du mal à vivre, qui travaillent dur ou qui souffrent du chômage, qui ne peuvent exercer l'activité de leur choix, épanouir leurs capacités, vivre là où ils le souhaitent, qui pensent que ça ne peut plus durer comme ça, le connaissent bien. Ils savent qu'il est l'un des leurs, l'animateur du combat résolu des communistes pour la justice, la liberté, la paix, le socialisme. Ils savent la part primordiale qu'il a prise dans le développement créateur de la politique du parti communiste et de sa vie démocratique. Ils savent avec quelle passion il a voulu l'union, lutté pour la réaliser, pour qu'elle se maintienne, et lutte maintenant pour construire une union nouvelle, plus solide, plus durable. Ils savent qu'à l'image de son parti, qui a pour habitude de dire ce qu'il fait et de faire ce qu'il dit, il parle le langage de la sincérité, du courage et de la vérité. Dès le départ, Marchais vise au moins 20 % des suffrages et la première place à gauche. Pourtant, un sondage confidentiel commandé à la Sofres allait doucher les ambitions du parti. Georges Marchais n'obtiendrait que 11,5 à 12 % des suffrages. Même chez les classes populaires, il semble minoritaire. Depuis le début de la guerre d'Afghanistan, Georges Marchais a beaucoup perdu en popularité. Au nom de la défense de l'intérêt des ouvriers et des habitants des quartiers populaires, le PCF mène une campagne sur l'immigration qui suscite de vives polémiques. Elle commence le 5 novembre 1980, lorsque le bureau politique du PCF réclame l'arrêt de l'immigration. Plus tard en novembre, plus de intellectuels lancent un appel dans L'Humanité en faveur de Georges Marchais. Le 23 décembre, une troupe dirigée par le maire communiste de Vitry-sur-Seine dévaste un foyer pour immigrés dans lequel devaient être logés des travailleurs maliens. La fédération du Val-de-Marne du PCF déclare : . Georges Marchais approuve cette action, et participe à une le 10 janvier 1981 dont les mots d'ordre sont : et ). Les communistes veulent faire valoir que les foyers d'immigrés sont pour la plupart situés dans des communes de gauche, et que leur répartition n'est donc pas équitable. Des initiatives de la même teneur se multiplient dans les rangs du PCF. La fédération d'Ille-et-Vilaine proteste, au nom de la laïcité, contre la construction d'un centre islamique à Rennes. Le quotidien Libération révèle que les municipalités communistes de Nanterre et Saint-Denis, tout comme celle d'Amiens, cherchent à limiter la proportion d'immigrés dans les HLM. Le maire communiste d'Ivry-sur-Seine est accusé d'en faire autant avec les colonies de vacances. La plupart des organisations de la gauche non communiste s'indignent de ces positions qu'elles comparent à celles de l'extrême droite. La polémique bat son plein en février, le maire communiste de Nanterre rappelle la transformation de la ville et celui de Gennevilliers invite Giscard à visiter son ghetto. Le député d'Ivry-Vitry fait signer dix mille cartes-pétitions et demande à Raymond Barre de le recevoir, où le bulletin municipal du 15 février 1981 réclame la destruction des cités de transit du Lion d'Or et du quartier Balzac, gérées par la Sonacotra en vue d'un relogement. Le maire PCF de Dammarie-les-Lys demande lui aussi la transformation d'un foyer Sonacotra en logements pour jeunes couples. Des intellectuels, tels qu'Alain Badiou, qui est alors militant de l'Union des communistes de France marxiste-léniniste, accusent le PCF de racisme. Hassan Bouakra, membre du comité fédéral de Paris du parti, démissionne. Certains maires s'opposent également à la libéralisation des drogues douces, ainsi qu'à la dépénalisation des relations homosexuelles avec des mineurs. La campagne antidrogue du maire communiste de Montigny-lès-Cormeilles, Robert Hue, suscite une nouvelle polémique à partir du 7 février 1981, en critiquant des immigrés selon certaines sources. Une manifestation a en effet été organisée devant le domicile d'une famille marocaine accusée de vendre de la drogue à des enfants. Un représentant diplomatique de l'ambassadeur du Maroc à Paris s'insurge et Lionel Stoléru, secrétaire d'État, dénonce , tandis que plusieurs syndicats de policiers s'insurgent contre les accusations de Georges Marchais sur la passivité de la police contre les trafiquants de drogue. Dans cette affaire, le PCF fait l'unanimité parmi les autres candidats, de droite comme de gauche, contre lui. Pire, Henri Fiszbin, qui avait démissionné du PCF en janvier 1979 après avoir perdu municipales à Paris, refuse de le soutenir. Georges Marchais, en conférence de presse, soutient le maire de Montigny, en réfutant les accusations de délation et en estimant qu'il vient en aide à la jeunesse. Plus tard, Georges Marchais s'emporte contre Pierre Blotin, déclarant : . Étienne Balibar énumère les erreurs des directions successives du PCF dans une lettre d'adieu De Charonne à Vitry, publiée par Le Nouvel Observateur du 9 mars 1981. Il est exclu du PCF le lendemain par le comité fédéral de Paris. Malgré les relations houleuses entre le PS et le PCF, les communistes, de plus en plus isolés, n'en continuent pas moins à réclamer vigoureusement des ministères en cas de victoire de François Mitterrand. Georges Marchais affirme ainsi, le 3 février 1981, que c'est une condition indispensable pour mettre en place une , car seuls les communistes seraient réellement pour le changement. À cette question plusieurs fois renouvelée, François Mitterrand se contente de réponses évasives quand il ne renvoie pas la balle aux communistes en déclarant que cela dépendra de leur comportement. Pour autant, les attaques contre le PS continuent. Les dirigeants du parti persistent à affirmer que les socialistes ménagent une alliance avec la droite. Début mars, le comité central adopte une résolution affirmant que les positions de François Mitterrand , et que son véritable objectif est . Il tenait ce discours depuis le printemps 1980, espérant inciter à un réflexe de vote utile en sa faveur. Charles Fiterman, bras droit de Georges Marchais, accuse les socialistes d'ingérence dans les affaires internes du PCF et parle de , après une interview de Lionel Jospin évoquant l'opposition bien réelle de militants communistes, tels Jean Elleinstein, contre la ligne anti-unitaire de leurs dirigeants. Préférant ne pas se mêler directement à la polémique, François Mitterrand charge ses lieutenants de répondre. Jean-Pierre Chevènement déclare, le 6 mars : Le PCF et les médias audiovisuels entretiennent des relations quelque peu hostiles durant la campagne. Les communistes accusent la radio et la télévision de partialité et de ne pas suffisamment leur donner la parole. Ainsi, le 16 février, une émission sur la jeunesse présentée par Jean-Pierre Elkabbach retransmise simultanément sur Europe 1 et Antenne 2 est interrompue par l'intervention de militants de la CGT et des Jeunesses communistes. Comme le PS, le Parti communiste a quantifié le nombre de ses promesses ; il y en a 131 (le PS s'est même inspiré du programme communiste pour réaliser le sien, en tout cas sur le nom du projet). Sur l'emploi, Georges Marchais est le candidat qui se veut le plus ambitieux. Affirmant : , il promet la création de , dont dans les services publics et grâce à la réduction du temps de travail. Il propose également d'augmenter le SMIC à hauteur de francs, ainsi que la construction de HLM chaque année. s'avère finalement être le slogan qui a plus de succès en meeting, et Marchais ne cesse de le marteler. Cependant, l'éventuelle participation à un éventuel gouvernement socialiste reste une antienne jusqu'à la veille du scrutin. Le 4 avril, Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, en trace les grandes lignes : semaine de sans baisse de salaire, cinquième semaine de congés payés, abaissement de l'âge de la retraite. Le surlendemain, Georges Marchais annonce une réforme fiscale avec un impôt sur la fortune, un prélèvement sur les hauts salaires (au-delà de francs) et la suppression du versement des dividendes. Il compte faire le plein de voix au premier tour pour dicter à François Mitterrand les conditions de l'Union de la gauche. Les attaques contre le leader socialiste se poursuivent jusqu'à la fin de la campagne, et le candidat communiste ne dit rien sur un éventuel désistement au second tour. Il ne s'y soustrait finalement que le à Cartes sur table. Le candidat enchaîne les meetings. À Marseille, le stade Vélodrome est plein pour accueillir le candidat. À Plogoff, il est contesté par des écologistes qui protestent contre le futur projet de centrale nucléaire alors que Marchais est lui-même pro-nucléaire. Malgré tout, il ne parvient pas à décoller dans les intentions de vote. Lors de son dernier meeting, à Lille, il déclare : Dites ce que vous avez sur le cœur. Dites que vous voulez le changement. Dites que vous voulez le rassemblement de toutes les forces populaires. Dites que vous voulez un gouvernement d'union socialo-communiste. Il sortit d'ailleurs épuisé de son dernier meeting de campagne, les ayant enchaîné durant six mois. François Mitterrand François Mitterrand est officiellement désigné comme candidat du Parti socialiste le 24 janvier 1981 lors du congrès de Créteil, après un vote lors duquel 83,64 % des adhérents s'expriment en sa faveur. Sa fonction de premier secrétaire du parti, laissée vacante, est dès lors occupée par Lionel Jospin. À cette occasion, le PS fait la démonstration de son unité, tous les courants, y compris ceux de ses anciens adversaires comme Michel Rocard, se rangent derrière Mitterrand. Au cours du même congrès, Le PS adopte un manifeste dessinant un programme de gouvernement en 110 propositions. D'après Michel Charasse, dans un livre qu'il a publié en 1996, c'est lui que Mitterrand aurait chargé, peu de temps avant le Congrès, de rédiger un programme clair en plusieurs points, comme celui que les communistes venaient d'élaborer pour la candidature de Georges Marchais. Toutefois, ce programme ne sera vraiment mis en avant qu'après l'élection, et est éclipsé, durant la campagne par le simple slogan politique « Changer la vie ». En septembre 1980, il avait demandé une enquête à Jacques Séguéla, qui lui avait proposé ses services, sur les flux socioculturels de la population. Cette enquête inspirera en partie le slogan de la (exemple de nominalisation, figure de base de la rhétorique politique). Dès le mois de novembre 1980, divers articles de presse et de magazines donnent la parole à des proches de François Mitterrand pour redorer son image auprès de l'opinion. Parmi les personnes interrogées figurent le géologue Haroun Tazieff, l'ancien chancelier allemand Willy Brandt ou Léopold Sédar Senghor, Guy Ligier et Françoise Sagan. Senghor déclare : Ce qui frappe, chez François Mitterrand, ce sont les qualités, en équilibre, de l'homme de culture et de l'écrivain. Des qualités françaises qui ont pour noms raison et cœur, rigueur de l'esprit et sensibilité de l'imagination, ardeur à combattre l'adversaire, mais faculté à le comprendre. Sa stratégie est de jouer de son absence et sur une entrée en campagne tardive pour ne pas paraître impliqué dans des luttes partisanes. Jusqu'à la mi-février, plusieurs voyages à l'étranger ont été programmés, notamment aux États-Unis et en Chine pour promouvoir sa stature internationale. Au cours de la campagne, il reçoit le soutien d'hommes d'États socialistes, comme l'ex-chancelier d'Allemagne de l'Ouest Willy Brandt, le chancelier autrichien Bruno Kreisky ou le président de la République italien Sandro Pertini. Sa campagne démarre officiellement le 7 mars 1981 à Beauvais. Le directeur de campagne de François Mitterrand est le député Paul Quilès. Les autres membres importants de son dispositif sont Jacques Attali, Jean Glavany, Pierre Bérégovoy et Pierre Joxe. Par rapport à 1974, il dispose d'un pôle communication beaucoup plus important. Par rapport à la campagne du candidat socialiste en 1974, celle de 1981 est beaucoup plus minutieusement préparée. François Mitterrand intervient dans 28 meetings régionaux, qui s'achèvent invariablement par la montée, sur l'estrade des élus et responsables du parti, une rose à la main, et au son de L'Internationale. Ces réunions, parfois qualifiées de « show à l'américaine », rassemblent en moyenne . L'attention portée aux techniques de communication prend une ampleur inédite pour un candidat de gauche. Malgré les réticences de son entourage, François Mitterrand décide de donner un rôle prépondérant dans ce domaine au publicitaire Jacques Séguéla. L'équipe de ce dernier (dont fait partie Jacques Pilhan, le futur conseiller en communication des présidents Mitterrand et Chirac) produit le slogan « La force tranquille », imprimé sur les affiches du candidat sur fond paysage typique de la campagne française comprenant la petite église de Sermages dans le Morvan. Plus de manifestations publiques sont organisées localement, avec le concours des militants et sous la direction du premier secrétaire Lionel Jospin, pour soutenir le candidat socialiste. Dans le même registre, Mitterrand se déplaça pour la première fois au salon de l'agriculture le 12 mars, chose exceptionnelle, c'est la seule fois qu'il s'y est déplacé, étant à ce jour le seul président de la république à ne pas faire ce geste. Cette campagne a eu un coût total de de francs, soit 3,5 fois moins que celle de Valéry Giscard d'Estaing, selon Jean Glavany, qui admet que, pour autant, les sources de financement, à l'instar de celles des partis de droite (il n'y avait alors pas de législation sur le financement des partis politiques), n'étaient pas tout à fait transparentes. Trente ans plus tard, André Rousselet, un proche de Mitterrand, raconte d'ailleurs comment il a recueilli, pour la campagne de 1981, des fonds auprès des principales grandes entreprises françaises, dont la Compagnie générale des eaux (futurs Vivendi et Veolia). Lors d'une interview à Cartes sur table sur Antenne 2 le 16 mars, François Mitterrand affirme en ces termes son intention d'abolir la peine de mort : Je n'ai pas du tout l'intention de mener ce combat à la face du pays en faisant semblant d'être ce que je ne suis pas. Dans ma conscience profonde, qui rejoint celle des églises, l'Église catholique, les églises réformées, la religion juive, la totalité des grandes associations humanitaires, internationales et nationales, dans ma conscience, dans le for de ma conscience, je suis contre la peine de mort. Et je n'ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français et je ne la demande pas dans le secret de ma pensée. Je dis ce que je pense, ce à quoi j'adhère, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation, je ne suis pas favorable à la peine de mort. Je sais ce que j'aurai à faire. Dans le studio, les spectateurs applaudissent la déclaration du candidat socialiste. Le débat étant ainsi lancé, huit jours plus tard, Jacques Chirac se prononce à son tour contre la peine de mort. En ce qui concerne les autres questions de société, François Mitterrand, tout en disant vouloir instaurer d'une façon générale plus de démocratie et plus de liberté, reste sur des positions modérées, et se garde bien de reprendre à son compte les propositions audacieuses héritées de Mai 68. François Mitterrand se situe directement dans le combat du second tour, et dresse un bilan très critique de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, citation de chiffres à l'appui : « Quand j'entends dire que le désordre, ce sont les socialistes... Qu'appelle-t-on désordre, sinon chômeurs, entreprises industrielles et commerciales détruites, exploitations agricoles disparues ? ». Sur l'emploi, le candidat socialiste s'engage : « C'est la première de nos obligations, j'y consacrerai toute ma volonté. » Il avance le chiffre de créés par an, dont dans les services publics. Les propositions de François Mitterrand pour venir à bout de la crise économique ne s'éloignent guère des recettes classiques de la gauche de l'époque : relance par la consommation, réduction du temps de travail, grands travaux, nationalisations, emprunt national pour investir dans l'industrie, etc. Il propose également un ensemble de réformes fiscales pour améliorer la justice sociale, notamment un impôt sur les grandes fortunes , des modifications des barèmes en fonction des revenus ou la suppression de la TVA pour les produits de première nécessité. Vers la fin de la campagne du premier tour, le ton de François Mitterrand est de plus en plus incisif vis-à-vis du président sortant. Le 6 avril, il déclare à propos de Valéry Giscard d'Estaing : « il a eu de bonnes idées, mais il y a si peu cru qu'il ne les a jamais suivies ». Le lendemain, il parle d'un président « en fin de course », et résume son bilan en « quatre D » : déclin, décadence, destruction, désarroi. Par ailleurs, refusant de répondre en personne aux attaques de Georges Marchais et des communistes, il pose en grand rassembleur de la gauche, et en soulignant qu'il est le seul à pouvoir la porter au pouvoir, appelle implicitement au vote utile. Juste avant le scrutin, il se dit persuadé qu'après avoir rassemblé les socialistes, il rassemblera la gauche, puis les Français. Jacques Chirac Jacques Chirac annonce sa candidature le 3 février 1981, et sa campagne démarre officiellement le 7 février, à l'occasion du congrès extraordinaire du RPR, où il recueille 95 % des votes. D'entrée il annonce que son combat est celui de l'arrêt du « processus de dégradation » de la France et se présente comme un opposant au président sortant depuis sa démission en 1976. Il critique l'attitude du chef de l'État vis-à-vis des Soviétiques et son attitude ambiguë par rapport à l'invasion de l'Afghanistan. Pour lui, durant le septennat du président sortant, s'est développé un « collectivisme rampant », et il dénonce « l'emprise de l'État et de l'administration sur la vie des individus, comme sur l'activité des entreprises ». C'est un programme économique très libéral que propose donc le candidat du RPR. Sa campagne est orchestrée par Charles Pasqua. Affirmant son assurance d'être présent au second tour, Jacques Chirac n'oublie pas d'attaquer les « socialo-communistes ». Cependant, il déclare ne pas vouloir se prononcer pour le second tour au cas où il ne se qualifierait pas, marquant ainsi encore plus nettement sa distance avec Valéry Giscard d'Estaing. Il déclare par exemple le 10 février que le bilan du président sortant « ne conduit pas spontanément et de gaité de cœur la majorité d’entre nous à souhaiter lui donner un nouveau bail de sept ans ». Bien que l'ensemble de son parti se range derrière lui, Jacques Chirac doit faire face à des oppositions internes. Outre Michel Debré, toujours candidat, qui affirme que Chirac n'est pas gaulliste et que son programme n'est qu'une « addition de propositions catégorielles », les ministres RPR du gouvernement (dont Alain Peyrefitte et Robert Galley) font part de leur intention de voter pour le président sortant dès le premier tour, et sont par conséquent exclus du parti. De tous les candidats, Jacques Chirac, alors âgé de , est celui qui impressionne le plus par sa capacité physique à enchaîner les déplacements, dans toutes les régions de France y compris dans les Antilles. Les intentions de vote s'en ressentent ; il distance très rapidement son rival gaulliste Michel Debré, dont la campagne est plutôt terne. Le programme électoral et la façon de faire campagne de Jacques Chirac le font comparer à Ronald Reagan, qui a brillamment remporté l’élection présidentielle américaine quelques mois plus tôt. Le matériel publicitaire, les tracts, les affiches, les badges, les autocollants, sont très similaires, et même le slogan, « Chirac maintenant », est décalqué de celui de Reagan (« Reagan now »). Il propose un débat public face à Valéry Giscard d'Estaing, mais ce dernier refuse. Le 11 avril, il rassemble lors d'un meeting au Parc des Princes. Ce n'est que rétrospectivement que la question du financement de cette campagne a suscité un début de polémique, au moment du décès du président du Gabon Omar Bongo, qui réanime une rancune inextinguible au sein de la droite, Valéry Giscard d'Estaing affirmant avoir découvert lors de la campagne de l'élection présidentielle de 1981 que le chef d'État africain alimentait la trésorerie du candidat Jacques Chirac. Issu du gaullisme pompidolien, c'est-à-dire de l'aile droite de ce mouvement, qui s'est progressivement éloignée du gaullisme traditionnel planificateur et indépendantiste, Jacques Chirac s'aligne sur les principes économiques portés au pouvoir ailleurs par Reagan et Thatcher, et met en exergue un atlantisme dirigé contre l'URSS et ses alliés réels ou supposés. Ancien ministre de l'Agriculture, il soigne son électorat rural en s'érigeant en défenseur de ses intérêts face à la Commission européenne. Favorable à une liberté d'entreprendre plus approfondie, il remporte également un certain succès parmi les chefs d'entreprises. Sur les problèmes de la crise et du chômage, il déclare : « Je m’engage à relancer la croissance pour créer des emplois nouveaux ». Jusqu'à la fin de la campagne du premier tour, il veut convaincre les Français qu'il est un homme neuf comparé à Mitterrand et Giscard, et qu'il est le seul à pouvoir proposer le changement en dehors du choix « risqué » de la gauche. Valéry Giscard d'Estaing Dernier des quatre « grands » candidats à entrer en piste, Valéry Giscard d'Estaing annonce officiellement sa candidature le 2 mars 1981, dans un discours radiotélévisé prononcé en début de soirée à l'Élysée, où il apparait déjà dans l'optique d'une campagne de second tour face à François Mitterrand, négligeant ainsi Jacques Chirac. Son équipe de campagne est aussitôt constituée des secrétaires d'État Monique Pelletier, Jean-François Deniau et Jean-Philippe Lecat, qui démissionnent de leurs fonctions ministérielles. Le jeune Jean-Pierre Raffarin est chargé de coordonner sa communication, tandis que Jacques Hintzy s'occupe des affiches du candidat. Le président sortant admet lors d'une interview son échec concernant la montée du chômage, en particulier chez les jeunes à qui il promet un plan pour le plein emploi. Mais il contrebalance ce constat par ce qu'il présente comme ses succès : l'amélioration de la situation des personnes âgées, le développement du programme nucléaire, la stabilité se traduisant notamment par un nombre de grèves plus limité durant son mandat malgré la crise, et la défense de la paix. Des questions sur l'affaire des diamants ne tardent pas à lui être posées. Le 10 mars, il répond aux accusations en déclarant que le montant des pierres précieuses reçues entre 1973 et 1975, estimé à francs, a été intégralement remis à des organisations caritatives comme la Croix-Rouge centrafricaine. Néanmoins, les critiques sur l'affaire, comme, plus globalement, sur son bilan, le poursuivent jusqu'à la fin de la campagne. Le 13 mars, d'après le correspondant du Monde Daniel Vernet, Valéry Giscard d'Estaing reçoit indirectement le soutien de la Pravda. Selon lui, l'auteur d'un article sur la présidentielle française paru dans le quotidien officiel de l'Union soviétique dresse un bilan « plutôt favorable » de la politique étrangère du président sortant, tout en critiquant François Mitterrand et Jacques Chirac. Cette position suscite une vive polémique dans la classe politique française. Le RPR, par la voix de Bernard Pons, perçoit dans cet épisode la confirmation que l'URSS préférerait un président français faible comme l'aurait été Valéry Giscard d'Estaing. François Mitterrand qualifie l'article de « salaire de Varsovie », en faisant référence à l'entretien avec Léonid Brejnev dans la capitale polonaise le 19 mai 1980, qui pour de nombreux commentateurs valait caution du chef d'État français pour l'agression soviétique en Afghanistan. Le candidat socialiste suggère par là que l'article de la Pravda, qui pourrait valoir à Giscard d'Estaing la bienveillance d'électeurs communistes, est la récompense du Kremlin pour l'attitude conciliante de la diplomatie française. Et il enfonce le clou en affublant son adversaire d'un sobriquet : « le petit télégraphiste de Moscou ». À propos de ce voyage en Pologne, le président déclare : « Ce que certains me reprochent, ce sont mes efforts pour la paix et la sécurité ». Le 16 mars, à la télévision, il soutient que lors du sommet international de Venise du 23 juin 1980, Brejnev lui a assuré qu'il retirerait bientôt ses troupes d'Afghanistan. Cette affirmation, fausse et invérifiable, lui fait prêter le flanc aux moqueries de ses adversaires. . Michel Poniatowski joue par contre sur la peur du communisme, comme en 1974, en déclarant que . Il fait référence au coup de Prague et aux répressions armées en Hongrie (1956) et en Tchécoslovaquie (1968). Début avril, Valéry Giscard d'Estaing publie un livre, État de la France, dans lequel son bilan est présenté sous un jour favorable. Jouant sur l'image de simplicité et de proximité malgré sa fonction, il se qualifie de « citoyen-candidat ». Accompagné de son épouse, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, discrète mais bien visible, il participe à plusieurs meetings soigneusement formatés, où son intervention est précédée d'un spectacle audiovisuel. Il fait référence aux valeurs gaulliennes et présente dix propositions thématiques phares qui deviennent la trame de ses discours : préserver les libertés ; garantir la sécurité intérieure et extérieure ; défendre la paix et la place de la France dans le monde ; assurer l'emploi ; améliorer la formation et accroître la recherche scientifique ; développer une industrie compétitive ; développer l'agriculture ; réduire les inégalités excessives ; continuer à rénover la vie républicaine ; simplifier et alléger la vie quotidienne des Français. Plus précisément, il soutient la nécessité d'une réforme fiscale (concernant le barème d'impôts, la taxe professionnelle), influencé en cela par la campagne de Jacques Chirac. Constatant qu'il a en face de lui « neuf candidats anti-Giscard », il fustige « les professionnels du scepticisme ». Bien qu'il ait souhaité se présenter en tant que candidat ayant un projet, il doit se résoudre face aux attaques venant de toutes parts, à défendre son action de président ayant un bilan. Il fait le lien entre les deux en proposant d'exercer un second septennat dans la continuité du premier. Néanmoins, tout au long de la campagne, Valéry Giscard d'Estaing évite de s'afficher avec Raymond Barre, ou de le mettre en avant, la politique économique du Premier ministre était globalement impopulaire. Il promet de créer un nombre d'emplois () qui correspond à peu près au nombre de nouveaux chômeurs durant son mandat. Malgré tout, il paraît assez distant durant la campagne selon l’historien Christian Delporte. Des commentateurs politiques trouvent en outre que ses affiches de campagne, conçues par le publicitaire Philippe Michel, sont accompagnées d’un slogan trop ambigu, à savoir . Sondages Les sondages de la présidentielle de 1981 sont aux prises avec de nouvelles difficultés par rapport aux élections présidentielles précédentes : C'est la première campagne « longue » depuis 1965, les élections de 1969 et 1974 ayant été précipitées par la démission et la mort des présidents sortants ; François Mitterrand n'est plus soutenu par l’union de la gauche comme en 1965 et 1974 ; ainsi, d’août à novembre 1980, sa candidature reste peu probable car il est derrière Michel Rocard dans les intentions de vote. le candidature impromptue de l'humoriste Coluche, qui fait un temps figure de troisième homme dans les sondages. François Mitterrand semble hésiter à se présenter jusqu’à l'automne 1980, alors qu'un sondage indique que 63 % des sympathisants socialistes préfèrent une candidature Rocard. Après ses échecs de 1965 et 1974, des critiques sur son âge et sa longévité en politique sont reprises, notamment par Coluche. Michel Rocard se déclare dès le premier jour d'ouverture des candidatures, le 19 octobre. Au surlendemain de sa publication de son livre Ici et maintenant, avancée au 5 novembre, Mitterrand annonce sa candidature. Jean-Pierre Chevènement se déclare également. Mais Michel Rocard se retire le lendemain de l'entrée en lice du premier secrétaire du PS, et Chevènement fait de même, ayant promis de se retirer si Rocard le faisait. La surprise est d'autant plus grande que L'Express des 8-14 novembre a publié un sondage Louis Harris-France montrant un écart de six points entre Mitterrand et Rocard au premier tour et de huit points au second tour : Rocard rivalisait ainsi avec Giscard (49-51 %) alors que Mitterrand était donné loin derrière le président sortant (59-41 %). Dans le même temps, lors de l’élection présidentielle américaine, Ronald Reagan l’emporte avant tout par rejet du président sortant, Jimmy Carter : un sondage post-élection New York Times-CBS montre que les qualités ou les idées de Reagan n'ont été citées que par un nombre réduit de ses électeurs. L'impact du deuxième choc pétrolier est également visible en France mais ne se semble alors pas, contrairement aux États-Unis, pouvoir se traduire par une alternance, Mitterrand restant bas dans les sondages. Le président sortant, dont le bilan est jugé négatif et positif par un nombre équivalent de sondés, l'emporterait avec 60 % des suffrages contre Mitterrand d’après une enquête réalisée du 13 au 15 novembre par Louis Harris, juste après l'abandon de Rocard et la pétition en faveur de Coluche. Les sondages de la première quinzaine de décembre 1980 montrent que l'« effet Coluche » vient parasiter le ralliement de Rocard à Mitterrand, qui se montre plus ferme qu'à la fin novembre. Selon un sondage réalisé entre les 4-10 décembre et publié par Le Figaro, Giscard d'Estaing l'emporterait au second tour par 56 % des suffrages exprimés, contre 44 % à Mitterrand, ce qui traduit un léger resserrement Paris Match publie un sondage Public SA, réalisé les 8-10 décembre, qui montre que Giscard d'Estaing ne serait plus réélu au second tour que par 52 % des voix, contre 57 % en novembre. Le Premier ministre Raymond Barre n'obtiendrait lui que 12 % au premier tour et 34 % au second, face à Mitterrand, selon Public S.A, qui teste pour la première fois cette hypothèse, ce qui montre forte impopularité de la politique de rigueur découlant des « plans Barre » Le progrès de François Mitterrand est encore plus fort au premier tour, où il s’établit entre 23 et 27 %, quasiment à égalité avec Giscard, alors que Louis Harris ne lui donnait que 18 % le 17 novembre. Du côté de l'IFOP, Mitterrand ne remonte un peu la pente que fin décembre, avec un sondage des 18 décembre 1980-2 janvier 1981 dans lequel Valéry Giscard d'Estaing ne recueille plus que 54 % des intentions de vote, contre 60 % en novembre 1980. Ce sondage donne à Coluche 11 % des intentions de vote dans le cas où il serait présent, ce qui ferait perdre, selon les cas, de aussi bien au chef de l'État qu'au candidat socialiste. Deux sondages, réalisé par la Sofres du 9 au 15 janvier, et par Louis Harris du 12 au 16 janvier, donnent tous les deux un résultat serré (51-49 %) en faveur de Giscard, qui perd de nombreux points, alors que pour la première fois, la Sofres prend en compte la candidature de Coluche, créditée de 7 %. Coluche perd entre dux et pour revenir entre 8 et 9 % (contre 10 à 12,5 % en novembre) dans le sondage réalisé par le département Indice-Opinion et publié par Le Quotidien de Paris du 5 janvier. Cette étude montre surtout un énorme bond au second tour de Mitterrand (51 %, contre 42 % en novembre), désormais débarrassé de l'hypothèse Rocard. Premier tour Second tour Campagne d’entre-deux-tours Le 26 avril, se rendent aux urnes. Le taux d'abstention atteint 18,91 %, grosso modo dans la moyenne de l'ensemble des élections présidentielles et législatives précédentes sous la République, mais il est tout de même nettement supérieur à celui du premier tour de 1974 (15,08 %). Cette augmentation de l'abstention, qui va de pair avec un plus grand nombre de bulletins blancs ou nuls, est mise sur le compte de l'abaissement de l'âge du droit de vote (les jeunes étant censés être moins intéressés par la politique), de la relative insipidité de la campagne, ou encore de l'attente du second tour qui cristallise l'enjeu essentiel. Les deux qualifiés pour le second tour sont Valéry Giscard d'Estaing, en première position avec 28,32 %, et François Mitterrand, deuxième avec 25,85 %. Le président sortant a perdu quatre points par rapport à 1974, certainement rognés par Jacques Chirac. Son avance est faible et il apparaît fragilisé. Le résultat de Mitterrand n'est pas comparable à celui qu'il a réalisé sept ans plus tôt, en l'absence d'une union de la gauche. La plupart des commentateurs constatent que le fait le plus marquant de ce premier tour est le résultat médiocre du candidat du Parti communiste. Arrivant en quatrième position, Georges Marchais ne recueille que 15,34 % des suffrages exprimés. Accusant un net recul de près de , près d'un million et demi de voix en moins par rapport aux dernières législatives, c'est la première fois depuis 1958 que le vote communiste descend en dessous de 20 %. . Il semblerait donc que, par ricochet, le candidat socialiste a bénéficié du vote utile. Le parti se réfugie derrière la thèse d'un « accident électoral ». Le troisième homme, Jacques Chirac, échoue à atteindre son objectif : être présent au second tour. Néanmoins, son résultat (18,00 %), supérieur à ce que laissaient envisager les sondages d'intentions de vote, est plus qu'honorable, d'autant plus qu'en cumulant les voix de Marie-France Garaud (1,33 %) et Michel Debré (1,66 %) la droite gaulliste atteint 20,99 %. Le report de ses voix sera indispensable à un candidat-président qu'il n'a cessé de critiquer. Les six petits candidats se partagent 12,48 %. Brice Lalonde, avec 3,88 %, obtient un résultat élevé pour la famille de l'écologie politique. Il est suivi par Arlette Laguiller (2,30 %), qui confirme son résultat de 1974. Le radical de gauche Michel Crépeau obtient un résultat modeste (2,21 %), proche de l'audience de son parti auprès de la population. Devancée par Debré et Garaud, Huguette Bouchardeau (1,10 %) arrive en dernière position. Les candidats de gauche totalisent 46,81 %, ceux de droite 49,31 %. La balance pourrait donc sembler pencher pour cette dernière, mais , et la faiblesse des communistes amoindrit la crainte d'une gauche au pouvoir notamment pour une partie de l'électorat centriste, le thème de la y jouant pour beaucoup. Quoi qu'il en soit, la question des ralliements du second tour est déterminante. Reports et ralliements Dès le lendemain du premier tour, Jacques Chirac déclare à la presse : « Chacun devra voter selon sa conscience. À titre personnel, je ne puis que voter pour M. Giscard d'Estaing. » Son refus d'appeler ses partisans à soutenir Valéry Giscard d'Estaing pour le second tour lui vaut d'être accusé, par les partisans du président sortant, de faciliter l'élection du candidat socialiste en ne se prononçant qu'à titre personnel de cette façon ambiguë, mais peu étonnante compte tenu de ses précédentes attaques contre le chef de l'État. Giscard d'Estaing obtient néanmoins le soutien sans réserve de Michel Debré, mais Marie-France Garaud dit qu'elle votera blanc. Le groupe parlementaire des députés RPR apporte aussi son soutien, avec un manque d'enthousiasme patent, affirmant que le septennat de Giscard d'Estaing a été un échec, mais que l'« alternative collectiviste » de la gauche serait pire. Le 29 avril, au comité central du RPR, la tension est palpable entre ceux qui soutiennent le président de la République et ceux qui lui sont franchement hostiles. Alain Juppé va jusqu'à renvoyer les deux qualifiés du second tour dos à dos : « Ni M. Giscard d'Estaing ni M. Mitterrand ne veulent changer la société. » Valéry Giscard d'Estaing a écrit dans le dernier tome de ses mémoires, en 2006, que François Mitterrand, sur le point de mourir, lui avait avoué, lors d'un entretien le , que Jacques Chirac et le candidat socialiste s'étaient rencontrés au domicile d'Édith Cresson dans le but de conclure un pacte électoral, quelques jours avant l'élection. À cette occasion, François Mitterrand lui aurait confié : . L'ancien ministre socialiste Pierre Joxe a révélé en 2011 que le RPR, via Charles Pasqua, a mis à disposition le fichier de ses adhérents pour leur envoyer, entre les deux tours, un appel à voter pour François Mitterrand. Si Jacques Chirac, y compris dans ses mémoires, nia tout accord de ce type, Édith Cresson, Roselyne Bachelot et plusieurs journalistes ont confirmé ce qui est appelé comme une trahison. À gauche, Arlette Laguiller (elle précise néanmoins « sans illusions »), Huguette Bouchardeau et Michel Crépeau se rallient rapidement à François Mitterrand, entre le soir et le surlendemain du premier tour. C'est le cas de plusieurs leaders syndicaux, tels que Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT. Seul Force ouvrière renonça à donner une consigne de vote. Le 28 avril, le comité central du PCF se réunit. Charles Fiterman tance les sympathisants qui ont voté utile dès le premier tour : « Vous n'avez pas mesuré le risque que vous avez pris en contribuant à diminuer l'influence de notre parti. » Les dirigeants communistes se résolvent à soutenir le candidat socialiste, ne pouvant pas vraiment faire autrement, risquant soit de ne pas être suivis dans le cas contraire, soit d'être accusés de faciliter la victoire de la droite. Le même jour, Georges Marchais appelle donc à voter pour Mitterrand. À la télévision, il déclare avoir obtenu certaines garanties en vue de l'adoption de certaines parties du programme communiste, et ajoute : « M'avez-vous déjà vu rouler gratuitement ? » Certaines sources laissent néanmoins penser que les militants les plus fidèles du Parti communiste auraient été appelés par des cadres du parti pour voter Giscard d'Estaing, ce qui n'aurait de toute façon pas pu significativement peser sur le scrutin national, tout au plus sur des considérations politiciennes au niveau local, dans certaines circonscriptions législatives disputées. En 1988, Pierre Juquin déclare dans un entretien accordé à Libération que Georges Marchais lui aurait demandé de voter en faveur de Valéry Giscard d'Estaing. La revendication incessante, via le quotidien du parti L'Humanité, de ministères communistes a sans doute été davantage de nature à gêner François Mitterrand à cause de son effet repoussoir pour les électeurs indécis. Reste le cas de Brice Lalonde. En 1981, les écologistes, qui sont l'agrégation de courants aux traditions différentes, ne sont officiellement ni de droite ni de gauche. Néanmoins, la déclaration, entre les deux tours, de leur candidat, qui explique qu'il ne peut pas appeler à voter pour Giscard d'Estaing ou pour Mitterrand, est tout de même, entre les lignes, beaucoup plus favorable à ce dernier. Michel Winock analyse que Jacques Chirac et Georges Marchais voulaient tous deux mettre en échec leurs concurrents directs, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Duel entre Giscard et Mitterrand Au lendemain du premier tour, le report des voix semble plus favorable à François Mitterrand qu'à Valéry Giscard d'Estaing. Dès le 28 avril, Georges Marchais indique qu'il appelle à voter en faveur de François Mitterrand. Le journaliste demande au secrétaire général du PCF s'il pour le candidat socialiste. Visiblement agacé, Marchais déclare : . Mais le score du candidat socialiste, supérieur de plus de dix points au score du candidat communiste défait, rend difficile pour le parti et son représentant de mener une stratégie contre Mitterrand. L'échec de Georges Marchais donne même un avantage à Mitterrand puisqu'une partie de l'électorat centriste ne redoute plus un PCF affaibli et peut dès lors envisager de voter pour le candidat socialiste. Le duel s'avère plus compliqué pour Valéry Giscard d'Estaing. Ses adversaires au sein de la majorité de droite, Michel Debré, Marie-France Garaud et Jacques Chirac, se sont montrés si critiques de son bilan durant la campagne du premier tour qu'il semble difficile pour le président sortant de rallier l'ensemble de leurs électeurs pour faire barrage à Mitterrand. C’est d'autant plus le cas que Garaud fait savoir qu'elle votera « blanc », que Debré le soutient sans réel enthousiasme et que Chirac se prononce en sa faveur « à titre personnel » le 27 avril, puis avec plus de hardiesse le 6 mai, mais non sans réserves. Entre les deux tours, la campagne prend un tour plus agressif. Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, qui se lancent dans un nouveau tour de France des meetings, n'hésitent plus à se lancer mutuellement des attaques personnelles. Le premier sent qu'il peut perdre, le second qu'il peut gagner. Giscard d'Estaing essaie non sans mal de rallier les voix des gaullistes et le soutien du RPR, plus généralement de ceux qui sont contre la gauche. Il reprend une partie du programme de Jacques Chirac, notamment sur la fiscalité, proposant de supprimer la taxe professionnelle, et contre la bureaucratie. Il réussit à recueillir le soutien de nombreux députés du RPR, inquiets pour leur réélection en cas de défaite de la droite. Le 3 mai, une « fête de la liberté » est organisée porte de Pantin à Paris. Des célébrités, dont Mireille Mathieu, Alain Delon et Louis de Funès, participent à ce rassemblement, qui réunit plusieurs dizaines de milliers de personnes. Valéry Giscard d'Estaing lance un appel à « Madame la France ». Il met également en garde contre Mitterrand, indiquant que la bureaucratie, l'étatisme et la fiscalité s'alourdiront, et déclare que les socialistes devront dissoudre l'Assemblée nationale pour gouverner, avec un risque de blocage. Ce même jour, François Mitterrand participe à Paris à une réunion consacrée aux problèmes économiques, réunissant 200 experts, économistes et politiques, dont Jacques Attali et Jacques Delors, sous la présidence de Pierre Mendès France : le candidat socialiste dénonce une instrumentalisation de la peur par le président sortant : « parler de valse avec la mort, de Pologne de l'occident, c'est perdre tout sens commun […] ; en appeler à la peur, c'est proprement battre en retraite ». À une semaine du vote, les sondages donnent François Mitterrand vainqueur. Comme en 1974 et avec les mêmes protagonistes, un débat télévisé est organisé entre les deux candidats, le 5 mai. Alors que Valéry Giscard d'Estaing estime que son aisance devant les caméras peut lui donner un avantage décisif dans la compétition électorale, François Mitterrand se méfie de cet exercice depuis qu'il lui a été défavorable sept ans plus tôt, quand son adversaire lui lança des piques remarquées (« Vous n'avez pas le monopole du cœur » ; « Vous êtes un homme du passé »). Cette fois, le candidat socialiste, conseillé par Robert Badinter, Laurent Fabius et Serge Moati, fait savoir qu'il souhaite établir un certain nombre de conditions pour ne pas être lésé (21 au total), sur le nombre d'invités, la disposition des lieux, la distance entre les deux débatteurs, les types de plans, la place des caméras, les éclairages, etc. Dans un premier temps, François Mitterrand hésite à participer à ce débat. Les deux candidats s'accordent sur le nom des journalistes qui doivent arbitrer la confrontation : Michèle Cotta et Jean Boissonnat. Valéry Giscard d'Estaing avait écarté Jean-François Kahn et Guy Thomas. De son côté, François Mitterrand avait refusé la présence de Jean-Pierre Elkabbach. La veille du débat, François Mitterrand rend publique la lettre qu'il a envoyée à Valéry Giscard d'Estaing dans laquelle il justifie les conditions qu'il a exigées pour participer au débat. Contrairement à 1974, les deux journalistes peuvent intervenir durant l’émission. Lors du débat, François Mitterrand qualifie Valéry Giscard d'Estaing d'« homme du passif », en réaction à l'expression l'« homme du passé » dont Giscard l'avait affublé sept ans plus tôt. Il s’oppose également à Giscard d'Estaing lors d'une discussion sur le système monétaire européen et le cours du Deutsche Mark, déclarant : « je ne suis pas votre élève et vous n'êtes pas le président de la République ici ». Michèle Cotta considère ultérieurement que c'est à partir de là que Valéry Giscard d'Estaing a été moins incisif lors du débat. À l'issue de cette confrontation, selon l'institut de sondages Sofres, la comparaison entre les points forts et les points faibles des deux candidats est plutôt favorable au président sortant. Mais André Rousselet, proche de Mitterrand, fait savoir à Michèle Cotta que d'après les sondages qu'ils viennent de réaliser « c'est gagné ». Cette confrontation, soigneusement préparée par les deux adversaires, ne semble avoir eu qu'une très faible influence sur les deux tiers des Français qui l'ont suivie. Le 6 mai, à quatre jours du deuxième tour, Le Canard enchaîné (dont l'un des avocats est le socialiste Roland Dumas) publie des documents montrant, pour la première fois, que le ministre du Budget, Maurice Papon (RPR), a été, sous le régime de Vichy, responsable de la déportation de Juifs à Bordeaux. Le journal titre en une : « Papon, aide de camp : quand un ami de Giscard faisait déporter des Juifs ». Valéry Giscard d'Estaing dénonce une manipulation politique et nie avoir connu le passé de Papon. Selon Michel Slitinsky, historien, ancien résistant et enfant de déportés à l'origine de la découverte des documents, le journaliste Nicolas Brimo, auteur de l'article et proche de Mitterrand, aurait pris connaissance de cette histoire dès mars 1981, et a assumé le timing électoral de la révélation, estimant qu'elle pouvait « déplacer juives et de pieds-noirs ». Valéry Giscard d'Estaing, dans ses derniers rassemblements de campagne, évoque les menaces qui pèsent selon lui, en cas de victoire de la gauche, sur l'emploi, la famille, les jeunes et la médecine, sans oublier de critiquer les nationalisations et le montant jugé très onéreux du programme socialiste. Le 7 mai, François Mitterrand accuse le président sortant de brandir « le mensonge et la peur » et de déformer ses propositions. « Douze mensonges en vingt minutes », dit-il lors de ce meeting, « je sais bien qu'il n'a pas battu son record ». Il ajoute que le président candidat l'a attaqué une fois qu'il avait « le dos tourné » : « Ça a marché une fois avec De Gaulle en 1969 ! [Référence à la position de Giscard d'Estaing lors du référendum perdu qui suscita la démission du Général.] Tirer dans le dos, c'est sa spécialité ! Il l'a fait avec moi, mais il ratera son coup ! » Le lendemain, Giscard d'Estaing réplique en déclarant que Mitterrand « a perdu son sang-froid et en est venu aux insultes ». C'est le dernier échange entre les deux hommes avant le vote. Dans un documentaire diffusé à la télévision en 2017, Valéry Giscard d’Estaing confie qu'au début de la campagne électorale, négligeant les avis de ses conseillers, il s'est refusé d'utiliser contre Mitterrand une photo où celui-ci apparaît reçu en audience par le maréchal Pétain à la fin de l’année 1942. L'ancien président déclare : « Je n'ai utilisé aucun des arguments hors de la politique contre Mitterrand. J'avais cette photo […] et je n'ai pas voulu que la campagne qui portait sur des enjeux nationaux, porte sur des informations personnelles, qui après tout n'était pas directement en cause. ». Par ailleurs, il est notoire que durant la période d'occupation la famille Giscard est Pétainiste, le père du président Valérie Giscard d'Estaing, Edmond Giscard d'Estaing, fut, comme François Mitterrand, décoré de l'Ordre de la Francisque. Résultats Au niveau national Par département Victoire de François Mitterrand Le 10 mai, en fin d'après-midi, si des chiffres circulant dans les rédactions des journaux et aux sièges des partis donnent dès 18 h 30 le candidat socialiste gagnant, l'incertitude est en revanche totale dans la population. Le suspense prend fin à , lorsque les radios et la télévision annoncent officiellement le résultat : François Mitterrand remporte ce second tour et devient le quatrième président de la République (et le premier de gauche). L'annonce télévisuelle fait planer un suspense de quelques instants, le haut d'un crâne dégarni (point commun aux deux candidats) s'affichant pixel par pixel sur les écrans avant qu'apparaisse la tête entière du vainqueur. Un peu plus tard, les résultats seront affinés : Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprimées, choisi par , soit de plus que son adversaire, et de mieux que son résultat du premier tour, quand Valéry Giscard d'Estaing n'a rallié que nouveaux électeurs. Analyse et sociologie Plusieurs politologues ont analysé la victoire de François Mitterrand comme étant davantage le résultat d'un rejet de la droite au pouvoir que d'une adhésion au programme de la gauche. La gauche électorale ne serait pas, pour autant, devenue majoritaire dans le pays en 1981. « Les Français ont donné aux socialistes la possibilité de transformer profondément la société française, mais ils ne leur ont pas réellement donné le mandat », écrira François Goguel dans Le Monde en novembre 1981. D'autres analyses soulignent au contraire que la France est devenue progressivement et structurellement de gauche dans le sillage des transformations de la société dans les années 1970 (urbanisation, développement des classes moyennes salariées, arrivée à maturité des générations du baby-boom, féminisme, recul des valeurs conservatrices, etc.). D'un point de vue plus strictement politique, la bipolarisation induite par les institutions de la République impliquait obligatoirement une alternance tôt ou tard. Celle-ci est d'ailleurs venue tardivement, après de pouvoir de droite. La gauche avait déjà été sur le point de gagner à l'occasion des élections législatives de 1978, et en a été empêchée principalement par sa désunion, et l'incertitude sur la nature d'une éventuelle cohabitation a retenu nombre d'électeurs de choisir l'alternance. En revanche, en 1981, les effets négatifs de la désunion de la gauche sont atténués par l'affaiblissement du PCF, tandis que la division est plus forte que jamais à droite, sans compter que la considérable dégradation de l'économie française à la fin du mandat de Valéry Giscard d'Estaing a amplifié le phénomène de rejet du pouvoir en place. Par rapport au second tour de 1974, le score du candidat socialiste s'est amélioré de . Le taux d'abstention (14,13 %) a été faible : par rapport au premier tour, supplémentaires se sont déplacés. Les votes blancs et nuls ont doublé entre les deux tours. François Mitterrand a avant tout bénéficié d'un bon report de voix : 92 % des communistes, 53 % des écologistes, et 16 % des gaullistes selon la Sofres. François Mitterrand a remporté la majorité dans 65 départements de la France métropolitaine ; il en a conquis 25 de plus qu'en 1974. Par ailleurs, vingt-et-un départements basculent de droite à gauche, tandis que seul le Var bascule en faveur de Valéry Giscard d'Estaing. Les différences catégorielles entre l'électorat de Mitterrand et celui de Giscard d'Estaing ne sont pas très marquées. On peut néanmoins noter que, en moyenne, l'électeur de gauche est légèrement plus masculin, jeune et salarié que l'électeur moyen de droite. Selon un sondage, François Mitterrand reçoit le soutien de 72 % des ouvriers et de 62 % des employés. Entre les législatives de 1978 et 1981, le PS a connu une progression importante dans de nombreux départements. Dans sept départements, la progression en proportion des suffrages exprimés est supérieure à 10 %. Du fait de la division de la majorité présidentielle, le PS connait une baisse dans le Limousin, le Massif central, le Nord-Est et dans le Nord-Pas-de-Calais. Quant au Parti communiste, il perd un quart de son électorat durant cette période. Il n'y a qu'en Lozère, en Corse-du-Sud et en Haute-Corse que le parti résiste ou gagne du terrain sur le PS. Dans quatorze départements, le PC perd plus de 10 % par rapport à 1978. Pour Emmanuel Todd, cet effondrement du PC ne peut s'expliquer sans mettre en avant la fin des Trente Glorieuses et la désindustrialisation qui a commencé à partir de 1975. Après cette élection, le PS s'était définitivement implanté dans les zones catholiques traditionnelles et dans le Bassin parisien, tandis que le PC perdait une bonne partie de ses bases électorales. Georges Marchais obtient un score semblable à celui par le PC lors des législatives en 1936, et avait perdu environ par rapport à 1978. Au premier tour, la droite regroupait 48,82 % des suffrages exprimés contre 47,24 % pour la gauche. Au second tour, 80 % des catholiques réguliers ont voté en faveur de Valéry Giscard d'Estaing contre 20 % à François Mitterrand. François Goguel analyse la hausse de l'abstention par l'abaissement de la majorité à . Célébrations de la gauche Aussitôt après l'annonce du résultat, la place de la Bastille à Paris est remplie par une foule euphorique qui improvise une gigantesque fête sur place, malgré l'orage qui vient d'éclater. Valéry Giscard d'Estaing, qui est le premier président de la République (toutes républiques confondues) à être battu en briguant un nouveau mandat, fait une brève déclaration dans laquelle il adresse ses vœux à son successeur et annonce qu'il continuera « à défendre les intérêts essentiels de notre pays ». François Mitterrand fait sa déclaration depuis l'hôtel du Vieux-Morvan, à Château-Chinon, dans la circonscription dont il est le député. Il y déclare devant les caméras : Cette victoire est d'abord celle des forces de la jeunesse, des forces du travail, des forces de création, des forces du renouveau qui se sont rassemblées dans un grand élan national pour l'emploi, la paix, la liberté, thèmes qui furent ceux de ma campagne présidentielle et qui demeureront ceux de mon septennat. Elle est aussi celle de ces femmes, de ces hommes, humbles militants pénétrés d'idéal, qui, dans chaque commune de France, dans chaque ville, chaque village, toute leur vie, ont espéré ce jour où leur pays viendrait enfin à leur rencontre. À tous je dois et l'honneur et la charge des responsabilités qui désormais m'incombent. Je ne distingue pas entre eux. Ils sont notre peuple et rien d'autre. Je n'aurai pas d'autre ambition que de justifier leur confiance. Ma pensée va en cet instant vers les miens, aujourd'hui disparus, dont je tiens le simple amour de ma patrie et la volonté sans faille de servir. Je mesure le poids de l'histoire, sa rigueur, sa grandeur. Seule la communauté nationale entière doit répondre aux exigences du temps présent. J'agirai avec résolution pour que, dans la fidélité à mes engagements, elles trouvent le chemin des réconciliations nécessaires. Nous avons tant à faire ensemble et tant à dire aussi. Des centaines de millions d'hommes sur la terre sauront ce soir que la France est prête à leur parler le langage qu'ils ont appris à aimer d'elle. Mesdames et messieurs, j'ai une autre déclaration brève à faire. À M. Giscard d'Estaing, que je remercie de son message, j'adresse les vœux que je dois à l'homme qui, pendant sept ans, a dirigé la France. Au-delà des luttes politiques, des contradictions, c'est à l'histoire qu'il appartient maintenant de juger chacun de nos actes Conséquences et suites Le , le Premier ministre, Raymond Barre, remet la démission de son gouvernement et les ministères se vident. Valéry Giscard d'Estaing s'adresse une dernière fois aux Français en tant que président de la République le , lors d'une déclaration télévisée dans son bureau de l'Élysée, prononçant son fameux « Au revoir », avant de se lever et de quitter la pièce, la caméra continuant de cadrer sa chaise vide durant plusieurs secondes. La cérémonie de passation de pouvoir entre le président sortant et François Mitterrand a lieu le . En quittant, à pied, l'Élysée, Valéry Giscard d'Estaing est hué et sifflé par une partie de la foule. Le même jour, le nouveau président se rend à l'hôtel de ville où il prononce un discours, puis au Panthéon, où se déroule une cérémonie retransmise à la télévision mise en scène par Serge Moati. François Mitterrand, s'extrayant d'une foule compacte, pénètre, seul et solennel dans le bâtiment, se recueille devant les tombes de Victor Schœlcher, Jean Jaurès et Jean Moulin, sur lesquelles il dépose une rose. Cette victoire socialiste se traduit sur le marché financier par des mouvements de grande ampleur. La Bourse de Paris chute de 17 % entre le 11 et le et les cotations doivent être suspendues. Sur le marché des changes, le franc est attaqué, si bien que les douaniers doivent renforcer leurs contrôles aux frontières pour éviter la fuite des capitaux. Le soir du 21 mai, comme prévu, Pierre Mauroy est nommé Premier ministre. La composition du nouveau gouvernement, comptant mais aucun communiste, est donnée le lendemain, avec des personnalités telles que Gaston Defferre (Intérieur), Jacques Delors (Économie), Michel Rocard (Plan et Aménagement du Territoire), Jean-Pierre Chevènement (Recherche et Technologie), Charles Hernu (Défense), Édith Cresson (Agriculture), Claude Cheysson (Relations extérieures), Jack Lang (Culture), Laurent Fabius (Budget), Jean Auroux (Travail), Alain Savary (Éducation), Michel Crépeau (Environnement), Michel Jobert (Commerce extérieur), etc. Le même jour, comme annoncé pendant la campagne et pour éviter l'expérimentation institutionnelle d'une cohabitation, François Mitterrand fait usage de l'article 12 de la Constitution et dissout l'Assemblée nationale. Les élections législatives des 14 et 21 juin donnent une large majorité à la gauche, donnant au nouveau président les moyens de son action politique. Avec 37,77 % des suffrages et sur 491 (on parle de « vague rose »), le Parti socialiste obtient à lui seul la majorité absolue, sans besoin de l'appoint des du PCF. Sa position de parti hégémonique de la gauche est ainsi confirmée. Néanmoins, après les élections, quatre communistes (Charles Fiterman, Anicet Le Pors, Jack Ralite, Marcel Rigout) obtiennent des ministères (de second ordre) dans le deuxième gouvernement Mauroy, qui voit aussi entrer Robert Badinter à la Justice. Relégués dans l'opposition, le RPR et l'UDF se rapprochent et définissent des accords électoraux et un programme commun. Par la même occasion, Jacques Chirac renforce sa position à droite. Entre la présidentielle et les législatives, dans les jours suivant sa nomination, le gouvernement de Pierre Mauroy prend plusieurs mesures : grâces accordées aux condamnés à mort, suppression de la Cour de sûreté de l'État, suspension de l'expulsion d'immigrés clandestins, arrêt de la construction de certaines centrales nucléaires dont celle de Plogoff, annulation du projet d'agrandissement du camp militaire du Larzac. Il annonce en outre la hausse du Smic de 10 %, des allocations familiales et des allocations logement de 25 %, du minimum vieillesse de 20 %, et la création de publics. Le gouvernement renforce également le contrôle des changes pour essayer d'enrayer la fuite des capitaux qu'a instantanément provoquée la victoire du candidat socialiste. Celle-ci a suscité une profonde consternation parmi les patrons français inquiétés par les nationalisations et l'éventualité de communistes au pouvoir, et certains d'entre eux abreuvés par diverses rumeurs prévoient un désordre généralisé. Entre les deux tours de la présidentielle, le patron des patrons François Ceyrac, président du CNPF, avait appelé à voter pour Giscard d'Estaing. Sous l'effet de l'afflux de capitaux, le franc suisse atteint des niveaux records, et la CFDT accuse le patronat de sabotage économique. Pour soutenir la monnaie nationale malmenée sur le marché des changes, la Banque de France est obligée d'y injecter de francs, renforçant la perspective d'une dévaluation et d'une augmentation de l'inflation. Deux ans plus tard, le ministre des Finances Jacques Delors met en place un changement de politique économique, qualifié de « tournant de la rigueur », provoqué tant par ces attaques contre le franc que par le coût des programmes économiques et sociaux instaurés entre-temps par le nouveau pouvoir socialiste. L'alternance permet de mettre en œuvre des actions politiques allant dans le sens du « changement » selon le programme de la gauche, non sans de vives oppositions de la droite. Certains dirigeants socialistes vont jusqu'à évoquer la Révolution française, tel Paul Quilès, qui déclare, en octobre 1981, lors du congrès de Valence : . (Le journaliste Jean-Pierre Elkabbach, souvent cité comme victime de cette volonté métaphorique de faire tomber des têtes, avait déjà été renvoyé, en juin, officieusement pour giscardisme, de la direction de l'information d'Antenne 2). Le nouveau ministre de la Culture, Jack Lang, avait quant à lui dit que l'élection de Mitterrand était un . Durant son « état de grâce », le gouvernement socialiste réalise les nationalisations des principales banques (Société générale, Crédit lyonnais, CIC, Paribas, Crédit du Nord, etc.) et de certaines des principales entreprises industrielles (Thomson, Rhône-Poulenc, Pechiney, Saint-Gobain, Usinor, Compagnie générale des eaux, Matra). Marcel Dassault échappe aux nationalisations en faisant don de 26 % des actions des Avions Marcel Dassault à l'État. Le gouvernement abolit la peine de mort ; instaure une cinquième semaine de congés payés, la semaine de et la retraite à ; accorde des aides aux entreprises qui embauchent ; accroît les droits des salariés avec les lois Auroux ; promulgue la première loi de décentralisation ; réorganise administrativement les trois premières communes françaises avec la loi PLM ; légalise les radios libres et créé une autorité de régulation de l'audiovisuel (la Haute Autorité de la communication audiovisuelle) ; et met en place d'autres réformes concernant le logement, l'enseignement supérieur, l'immigration et la santé. Le coût important de la politique sociale et économique (estimé à de francs pour la politique d'emploi, pour les nationalisations) doit être financé par de nouveaux impôts et taxes sur les hauts revenus, les sociétés et les bénéfices des grandes entreprises. Environ un an plus tard, l'élan qui a porté la gauche au pouvoir est retombé. Si les réformes sociales du gouvernement socialiste sont reconnues, son bilan économique, alors que le chômage continue d'augmenter, est rapidement considéré comme un échec. Les conséquences seront l'adoption du tournant de la rigueur, qui marque à la fois une mutation idéologique de la gauche française, son adaptation à une certaine culture de gouvernement et une désillusion chez une grande partie de ses électeurs, qui profite à moyen terme à la droite, qui revient au pouvoir pour expérimenter la première cohabitation en 1986. François Mitterrand parvient néanmoins à se faire réélire en 1988. Il est le président de la République resté le plus longtemps en fonctions (). Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie . . Articles connexes Président de la République française Liste des élections présidentielles françaises (Cinquième République) Candidature de Coluche lors de l'élection présidentielle française de 1981 Liens externes Journal télévisé du 26 avril 1981 relatant le tour (archive INA) Journal télévisé du 10 mai 1981 relatant le tour (archive INA) Vidéo de l'estimation du premier tour Annonce à 20 heures par Jean-Pierre Elkabbach et Étienne Mougeotte des résultats : Mitterrand élu (archive INA)
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Élection présidentielle française de 1988
L'élection présidentielle française de 1988, qui est la sixième élection présidentielle sous la Cinquième République et la cinquième au suffrage universel direct depuis la réforme constitutionnelle de 1962, se déroule les et . Le président sortant, François Mitterrand, brigue un second mandat, se présentant pour la quatrième fois. Durant son septennat, la gauche a réussi à gouverner sur la durée alors qu'elle avait échoué par le passé, notamment du temps du Cartel des gauches et du Front populaire. Son mandat a néanmoins été marqué par le « tournant de la rigueur », avant que la droite ne remporte les élections législatives de 1986. Pour la première fois depuis 1965, le Premier ministre en exercice, à savoir le gaulliste Jacques Chirac, est candidat à l'élection présidentielle. Il est défait au second tour par François Mitterrand, après avoir été concurrencé au premier tour par l’ancien Premier ministre centriste Raymond Barre. Le scrutin est également marqué par le score élevé du candidat d’extrême droite Jean-Marie Le Pen, qui frôle les 15 % avec un discours anti-immigration. Comme en 1974, Arlette Laguiller est la seule femme candidate. Modalités du scrutin Lors de l’élection présidentielle de 1988, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés. L’élection présidentielle se tient les (premier tour) et (second tour) 1988 Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : être de nationalité française et ne pas être privé de ses droits civiques concernant l'éligibilité ; avoir au minimum ; être inscrit sur une liste électorale ; recueillir 500 de parlementaires ou d'élus locaux : ces parrainages doivent provenir d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents et pas plus d'un dixième des élus signataires ne doit provenir du même département ou de la même collectivité d'outre-mer. La Constitution prévoit que : en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales. Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Déroulement Les dates du scrutin ont été fixées lors d'un Conseil des ministres, le . Le scrutin est organisé selon les règles fixées par le décret de convocation des électeurs, et se déroule aux dates suivantes : dimanche : premier tour de à dimanche : second tour de à Premier tour Le , au cours d'une conférence de presse commune à l'Hôtel de Matignon, Raymond Barre annonce son ralliement à la candidature de Jacques Chirac. De nombreux bulletins de vote ne furent pas comptabilisés par le Conseil constitutionnel dans sa proclamation des résultats officiels, en raison de certaines irrégularités. Les bureaux de vote concernés sont : Bar-sur-Aube (1 bureau de vote), Troyes ( bureau), Calais ( et bureaux), plusieurs communes du Val-de-Marne : Fontenay-sous-Bois ( bureau), Gentilly ( bureau), Vitry-sur-Seine ( et bureaux), et Lamentin (Guadeloupe). Certains bureaux de vote en Nouvelle-Calédonie n'ont pas pu ouvrir. Débat télévisé Le débat d'entre-deux-tours eut lieu le . Il fut animé par Elie Vannier et Michèle Cotta et fut extrêmement tendu. Malgré sa préparation, Jacques Chirac ne parvint pas à l'emporter face à François Mitterrand, un sondage indiquant que 33 % des téléspectateurs ont été convaincus par sa prestation, contre 42 % à son contradicteur ; une autre enquête, publiée par l'Institut CSA, montre que François Mitterrand a été jugé plus convaincant par 32 %, contre 24 %. Cherchant à se mettre sur un pied d'égalité avec François Mitterrand , le Premier ministre suggéra que les deux adversaires n'étaient que « deux candidats se présentant au jugement des Français », mais il se heurta à la réponse du Président, qui de plus l'appellera « Monsieur le Premier ministre » durant tout le débat. François Mitterrand se permettra même de réutiliser la formule « vous n'avez pas le monopole du cœur ». Dès le départ, le président sortant cherche à s'affirmer comme le seul garant de l'unité nationale, et sa tactique de mise à distance vis-à-vis de Jacques Chirac met ce dernier en porte-à-faux. Lorsqu'il évoque la loi Pasqua, François Mitterrand parvient à le prendre à défaut. Interloqué, il répond . Chirac ne prendra jamais l'avantage dans le débat, étant toujours sur la défensive. L'échange sur l'affaire Gordji fut très tendu. Un certain nombre de conditions furent posées par les deux candidats pour participer au débat. François Mitterrand demanda notamment à ce que le plateau fut exactement de la taille de la grande table dans le salon Murat pour le Conseil des ministres. Le choix de la couleur du décor fut également âprement discuté. Jusqu'au dernier moment, les équipes des deux candidats inspectent le plateau. In extremis, Serge Moati fait changer le siège de François Mitterrand, qui d'après lui le ferait apparaître comme à la télévision. François Mitterrand a refusé la présence de Patrick Poivre d'Arvor et de Catherine Nay, tandis que Jacques Chirac a refusé celle d'Alain Duhamel et d'Anne Sinclair. Michèle Cotta fut nommée par François Mitterrand à la tête de la Haute autorité de la communication audiovisuelle, qui la dirigea jusqu'à la dissolution de l'institut en 1986. Campagne du second tour Une entrevue fut organisée par le général Pierre de Bénouville entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, mais ne déboucha pas sur un soutien concret du candidat FN à Jacques Chirac. À la fin de la campagne du second tour, Jacques Chirac parvint à faire libérer les derniers otages au Liban, pensant ainsi marquer des points et rattraper son retard. Néanmoins, quasiment au même moment, la prise d'otages d'Ouvéa se termina de façon tragique lorsque la gendarmerie, sous l'égide du Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale, tenta une opération pour libérer les otages au cours de laquelle furent tuées. Lors du défilé du mai du Front national, Jean-Marie Le Pen déclare qu'aucune voix ne devait aller en faveur de François Mitterrand, mais refusa de choisir entre Mitterrand le candidat du « pire » et Chirac le candidat du « mal ». Le , une manifestation eut lieu pour « la défense de la V République » sur la place de la Concorde, le jour même des meetings de Jacques Chirac et de François Mitterrand. Second tour Le , Raymond Barre annonce qu'il ne mènera pas une opposition systématique à la politique de François Mitterrand et qu'il était prêt à travailler avec lui sur certains dossiers . De son côté, Jacques Chirac concède sa défaite et annonce implicitement qu'il compte préparer au plus vite la campagne pour les élections législatives. Quant à Jean-Marie Le Pen, il critiqua la stratégie de Jacques Chirac pendant la campagne, notamment sur la stratégie de second tour. De nombreux bulletins de vote n'ont pas été comptabilisés par le Conseil constitutionnel dans sa proclamation des résultats officiels, en raison de certaines irrégularités. Les bureaux de vote concernés sont : Quimperlé (Finistère) (1 bureau de vote), Tarare (Rhône) (1 bureau de vote), Loudéac (Côtes-du-Nord) (du au bureau), Montreuil (Seine-Saint-Denis) ( bureau), Villejuif (Val-de-Marne) ( bureau). Six bureaux de vote n'ont pas pu ouvrir en Nouvelle-Calédonie. Contexte L'élection présidentielle se déroule en pleine première cohabitation. Les rapports entre Jacques Chirac et François Mitterrand sont tendus, ce qui semble pousser le second à se présenter une quatrième fois. Entre-temps, l'ancien Premier ministre et député du Rhône Raymond Barre est de plus en plus populaire dans l'opinion et sa candidature est de plus en plus envisagée. Jacques Chirac veut quant à lui prouver qu'il est capable de gouverner avec un président n'ayant pas la même appartenance politique pour prouver ses qualités d'homme d'État. Montée de l'extrême droite Durant le premier septennat, l'extrême droite va connaître une progression importante. En 1982, Jean-Marie Le Pen, qui n'avait pas obtenu les 500 parrainages en 1981, écrit une lettre à François Mitterrand pour obtenir un traitement médiatique plus équitable. Lors des municipales de 1983, le FN réalise une percée, notamment à Dreux où la liste FN fusionne avec la liste RPR pour se maintenir au second tour. La droite remporte la ville et le FN la co-dirige pendant six ans. La montée se poursuit l'année suivante où le FN talonne le Parti communiste français lors des européennes de 1984. Dans son livre Les Français d'abord, Jean-Marie Le Pen écrit: « Nous croyons à la supériorité de la civilisation occidentale. ». À partir de 1984, il est de plus en plus invité à L'Heure de vérité. L'émission contribue à sa médiatisation et à accroître sa popularité. Lors des législatives de 1986, le FN obtient et parvient à constituer un groupe parlementaire. Cette montée du FN va être très mal vue par Jacques Chirac, qui y vit la main de François Mitterrand. Le sur RTL dans l'émission Le Grand Jury, Jean-Marie Le Pen déclenche une polémique à propos de la Shoah en déclarant: « Je suis passionné par l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. ». Le précédent, il avait déjà provoqué une polémique à propos des immigrés et du sida dans L'Heure de vérité, souhaitant l'expulsion des immigrés pour réduire le chômage et l'isolement des séropositifs, parlant même de « sidaïques ». Divisions à droite Dès 1982, Valéry Giscard d'Estaing prépare son retour en politique. Lors des élections cantonales, il est triomphalement élu à Chamalières. Il espère pouvoir affronter à nouveau François Mitterrand, mais doit faire face à la montée de Raymond Barre dans les sondages ainsi qu'à la présence sur sa droite de Jacques Chirac. Il reproche à ce dernier sa défaite, mais va préférer se rapprocher de lui plutôt que son ancien Premier ministre. À partir de 1983 et la mise en place du plan de rigueur, Valéry Giscard d'Estaing se réconcilie avec Jacques Chirac qui sort renforcé des municipales après son triomphe à Paris, alors même que Raymond Barre approuvait les mesures prises par le second plan de rigueur. Au même moment, des chefs d'entreprises et les milieux d'affaires interrogent Raymond Barre sur l'hypothèse d'une candidature présidentielle. Lorsque le scrutin proportionnel est instauré pour les législatives de 1986, Raymond Barre se démarque de Valéry Giscard d'Estaing et de Jacques Chirac en refusant l'hypothèse d'une « cohabitation » avec François Mitterrand. Au cours de la première cohabitation, Jacques Chirac devient rapidement impopulaire et ne parvient pas à appliquer tout son programme car il doit à la fois ménager son électorat et sa majorité tout en préservant ses chances pour la présidentielle. François Mitterrand va même favoriser cette perspective, persuadé qu'il va affronter son Premier ministre. La montée en puissance de Jean-Marie Le Pen ne fait qu'accentuer les divisions à droite, notamment entre ceux qui souhaitent se rapprocher du Front national comme Charles Pasqua, et ceux qui refusent, comme Raymond Barre ou Jacques Chirac. Déclin du Parti communiste français À partir de 1979, le Parti communiste français perd de plus en plus de terrain sur le Parti socialiste à gauche. L'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique en décembre 1979 est très mal défendue par Georges Marchais lors de sa conférence de presse à Moscou le , alors qu'il voulait sceller la fin de l'inimitié avec Léonid Brejnev pas plus que dix jours plus tard à Cartes sur table. Lorsque François Mitterrand est élu en 1981, aucun communiste n'est intégré au premier gouvernement socialiste. Il attendit les élections législatives pour mesurer le rapport de force. Ayant obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, il accepte que quatre ministres, dont le du parti Charles Fiterman, entrent au gouvernement. Aucun d'eux n'occupent de poste régalien, contrairement à ce qui s'est passé après la Libération. Le , François Mitterrand confirme au vice-président américain George H. W. Bush qu'il souhaite affaiblir le Parti communiste français, chose qu'il révélera également au du parti Charles Fiterman par la suite. Le PCF soutient le gouvernement jusqu'en juillet 1984, y compris lorsque le gouvernement a proposé la loi d'amnistie en octobre 1982 pour réintégrer les généraux putschistes de 1961, et lorsque Jacques Delors annonça les deux plans du tournant de la rigueur le et le . Lors des européennes de 1984, le PCF atteint un niveau historiquement bas, le Front national faisant jeu égal avec lui avec moins de 10 % des voix. Le résultat des législatives de 1986 constitue un trompe l'œil pour le Parti communiste français, qui mena campagne seul et qui obtient à peu près le même nombre de députés qu'en 1981. À partir de l'automne 1984, le Parti communiste français est tiraillé en interne, du fait de l'émergence des « réformateurs » qui souhaitent moderniser le parti, et qui critiquent sa gestion depuis la fin des années 1960. Georges Marchais s'oppose aux réformateurs, rappelant à plusieurs reprises que le parti a abandonné l'idée de la lutte des classes. En 1985, le meneur des réformateurs Pierre Juquin est écarté du bureau politique du parti, puis exclu du parti le . Crise en Nouvelle-Calédonie Le , des incidents violents éclatent en Nouvelle-Calédonie. Les indépendantistes kanaks s'en prennent à des caldoches qui répliquent, entraînant trois morts dont deux kanaks. L'ancien commissaire européen Edgard Pisani fut dépêché en urgence pour tenter de trouver une issue au conflit. Le , des indépendantistes tombent dans une embuscade alors que les négociations n'ont pas encore commencé. En janvier 1985, un jeune européen est assassiné. Les caldoches se révoltent, ce qui rend la situation dans l'île très critique, au point que François Mitterrand est interrogé le 16. Malgré sa visite sur l'île, la tension ne diminue pas, et ce au gré des tentatives de dialogue avec Edgard Pisani. L'arrivée de Jacques Chirac à Matignon rend la situation plus difficile, notamment à cause de la proximité des caldoches avec le RPR. Un plan dit d' proposé par Edgard Pisani est rejeté par les caldoches, qui renforcent leur prépondérance sur l'île lors des élections régionales en . Deux ans plus tard, un référendum d’autodétermination est rejeté par 98,30 % des suffrages, avec néanmoins une abstention de 40 %, principalement chez les kanaks. L'annonce d'élections le n'arrange rien, les caldoches proches du RPR considérant cette annonce comme un pied de nez du gouvernement. Campagne des principaux candidats François Mitterrand Lorsque la Première cohabitation démarre en mars 1986, François Mitterrand ignore encore s'il va se représenter devant les électeurs une quatrième fois. Son cancer de la prostate, dont il doit supporter le poids depuis le , s'est miraculeusement stabilisé, au point que le président se croit définitivement guéri. Lors du congrès de Lille en avril 1987, le PS prépare le terrain et les militants pour une nouvelle candidature. Le , interrogé par le politologue Olivier Duhamel sur une éventuelle candidature, François Mitterrand lui répond : « Si je me présente, je serai réélu ». En septembre 1987, François Mitterrand demande à Jacques Séguéla de préparer la campagne avec le slogan Génération Mitterrand, chose qui avait commencé au cours d'une réunion chez le président à sa résidence de Latche le 11 juillet précédent. Celui-ci lui recommanda d'ailleurs de concentrer ses efforts contre Jacques Chirac. Le au Club de la presse d'Europe 1, le premier secrétaire Lionel Jospin affirme qu'« une candidature de François Mitterrand aurait la priorité sur toute autre ». François Mitterrand espérait surtout contrer Michel Rocard qui était bien placé dans les sondages d'opinion face à Jacques Chirac, bien que ce semblant de compétition fût d'ordre purement tactique. Dix jours après la déclaration de Lionel Jospin, une association « Avec François Mitterrand » regroupant artistes, journalistes et intellectuels est fondée par Paul Quilès et Maurice Benassayag, coordonnée par Jack Lang. Le , dans l’article publié dans le magazine Globe, plusieurs personnalités affichent leur soutien à François Mitterrand : des personnalités proches de la gauche, comme Pierre Bergé, Barbara, Pierre Arditi, ou plus surprenant, Dominique Jamet, l'ancien rédacteur en chef du Quotidien de Paris qui avait été licencié du journal en 1981. Une semaine plus tard, Renaud publie une tribune dans le quotidien Le Matin avec pour titre . Après lui, Gérard Depardieu écrit dans Le Parisien , ou encore . Entre-temps, 350 maires et conseillers généraux signent une pétition sous le titre . Le , les premières affiches de campagne sont placardées. En tout, grandes affiches sont diffusées dans toute la France pour promouvoir la candidature de François Mitterrand, hypothétique encore à cette date. Quelques jours plus tard, il se confiait sur ses intentions à son ami Maurice Faure, au retour d'un voyage. Dès le mois de novembre, il réunit ses principaux fidèles pour mettre en forme sa campagne. Jean-Louis Bianco fut notamment chargé d'établir le lien avec certaines personnalités centristes, notamment Jacques Barrot ou Pierre Méhaignerie. À partir de janvier 1988, sa candidature devient de plus en plus probable à la suite d'une interview de Michel Rocard à la radio. Ce dernier avait appris que François Mitterrand allait se présenter le mois précédent. Le président annonce tardivement sa candidature même si le secret est éventé, Daniel Bilalian, le , parle . Finalement, le président annonce sa candidature à l'élection présidentielle le , grâce à une communication et une stratégie de campagne parfaitement rodées, malgré quelques couacs. Sa déclaration de candidature est précipitée, d'un jour seulement. Au départ, Gérard Colé souhaitait qu'il annonce sa candidature à 7 sur 7. François Mitterrand apprécie Anne Sinclair et TF1 offrirait une plus grande audience à la déclaration de candidature de Mitterrand. Le souci est qu'Alain Juppé était invité le soir où Colé voulait caser l'entretien de Mitterrand avec Anne Sinclair dans un 7 sur 7 spécial, de l'émission Questions à domicile. De plus, Colé demande à Anne Sinclair d'écarter Jean-Marie Colombani, sans savoir que le rédacteur en chef du journal Le Monde a accordé un entretien à François Mitterrand. À cette occasion, il s'est réconcilié avec le journaliste, dont le journal avait révélé le scandale du Rainbow Warrior. François Mitterrand prend les choses en main le 22 au matin. Le journal de d'Antenne 2 est finalement privilégié. Comme en 1981, Pierre Bérégovoy est son directeur de campagne, tandis qu'Henri Nallet en est le trésorier. Il reçoit le soutien de nombreux artistes, notamment Barbara, Daniel Auteuil, Catherine Lara, Charles Trenet, France Gall, Michel Berger, Claude Brasseur, Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Gérard Depardieu et Renaud, ainsi que de sportifs comme Dominique Rocheteau et d'intellectuels comme Marguerite Duras ou l'écrivain Claude Simon. Le , sa Lettre à tous les Français est diffusée dans de nombreux journaux, comme Le Figaro ou Libération, tirée à d'exemplaires. Cette lettre servit de programme de campagne, qui se fit sur le slogan de la « France unie ». Le slogan fait de lui un candidat à part, comme entré dans l'Histoire. Le programme de campagne, organisé par Pierre Bérégovoy, Pierre Joxe et Louis Mermaz, limite au maximum la présence médiatique de François Mitterrand. Quatre grands meetings sont organisés en avril, le 8 à Rennes où il développa le thème de la « France unie » et où Barbara chanta L'Homme à la rose, le 15 à Lyon, le 19 à Montpellier où il fit applaudir chaleureusement Michel Rocard, et le 22 au Bourget. Ses interventions à la télévision sont rares, Questions à domicile le et deux émissions de radio programmées jusqu'au . L'affaire du Carrefour du développement fut dévoilée durant la campagne, mais elle n'a pas eu beaucoup d'impact sur celle du président sortant. À quelques jours du premier tour, la situation en Nouvelle-Calédonie se dégrade à nouveau, avec 4 gendarmes assassinés sur l'île d'Ouvéa et prises en otage par les indépendantistes kanaks. Comme prévu par son équipe de campagne et son ami Charles Salzmann, François Mitterrand arrive largement en tête le avec 34,1 % des suffrages exprimés. Pour la campagne du second tour, trois meetings sont organisés, à Lille le , à Strasbourg le , et à Toulouse le 6. Son slogan du premier tour est amélioré, devenant « La France unie est en marche ». Lors du débat télévisé, il parvient à maîtriser l'agressivité de Jacques Chirac, notamment en l'appelant « monsieur le Premier ministre » durant toute l'émission et en lui tenant tête sur l'affaire Gordji. Par ailleurs, il avait déclaré à Jean-Pierre Elkabbach, à propos de son Premier ministre le : Considéré comme le perdant du débat, Jacques Chirac fait tout pour rattraper son retard dans les sondages, notamment en accélérant la procédure pour tenter de libérer les otages d'Ouvéa et les derniers otages au Liban. Au soir du second tour, François Mitterrand est réélu avec 54,02 % des suffrages exprimés. Jacques Chirac Le depuis l'Hôtel de Matignon, Jacques Chirac annonce sa candidature à l'élection présidentielle. Il avait un temps envisagé d'attendre l'annonce de François Mitterrand pour se déclarer, mais change de stratégie en raison de son retard dans les sondages face à François Mitterrand et Raymond Barre. Ce dernier, soutenu par l'UDF, n'hésite pas à critiquer le Premier ministre, dont il fait pourtant partie de la majorité. Son attitude agressive durant la cohabitation lui coûte, de l'avis de spécialistes, des points dans les enquêtes d'opinion, tout comme certains couacs de communication dès le début de sa campagne (notamment l'intervention hasardeuse d'Albin Chalandon). Jacques Chirac fait de Charles Pasqua son directeur de campagne et d'Alain Juppé son porte-parole, le siège de campagne se trouvant rue de Babylone à Paris. Il met en avant de nouveaux visages, comme Nicolas Sarkozy, Jacques Toubon, Philippe Séguin ou Michèle Alliot-Marie, qui organisaient de nombreuses réunions publiques ainsi que ses meetings en relation avec Charles Pasqua. Sa fille Claude Chirac est chargée de sa communication de campagne. Bien que handicapé par sa position de candidat sortant, il bénéficie d'une certaine légitimité à droite du fait de sa fonction de chef du gouvernement, ainsi que du soutien actif du RPR, qui a d'importantes ressources financières et militantes. Un sondage publié par la Sofres en montre que son image auprès de l'opinion est assez mitigée. Si 38 % des personnes interrogées le trouvent courageux, 30 % seulement le trouvent compétent et 29 % moderne. Pire, 26 % le jugent trop agressif, et seuls 21 % des Français interrogés le jugent apte à remplir les fonctions de Président. Il tente d'apparaître plus décontracté et affiche comme à son habitude une grande vitalité : il enchaîne les réunions publiques, ce qui lui permet de rattraper et dépasser Raymond Barre dans les sondages, mais pas le président sortant. Le , son équipe de campagne organise un grand rassemblement électoral avec à l'hippodrome de Vincennes au cours duquel il raille l'absence de candidature socialiste officiellement déclarée. Il reçoit le soutien de Johnny Hallyday, qui est présent et chante lors du meeting à Vincennes. Le soir du premier tour, il arrive en deuxième position avec 19,94 % des suffrages exprimés. Ce faible score s'explique notamment par sa popularité assez moyenne, mais également par une surexposition médiatique. L'écart avec François Mitterrand est pratiquement impossible à remonter, malgré le ralliement de Raymond Barre, comme l'avait analysé Édouard Balladur durant la précampagne. Malgré sa prestation médiocre et la libération des otages au Liban et en Nouvelle-Calédonie, il ne parvient pas à remonter son retard dans les sondages. Serge Berstein et Pierre Milza analysent qu'en raison de sa « fiévreuse ambition qui ne recule devant rien », sa tentative de faire ces coups d'éclats pendant la campagne du second tour lui a peu rapporté. Durant la campagne du second tour, une entrevue est organisée par le général Pierre de Bénouville avec Jean-Marie Le Pen, en présence de Charles Pasqua et Édouard Balladur. Néanmoins, cette rencontre ne permet pas d'aboutir au soutien du candidat FN qui ne donnera pas de consigne de vote en sa faveur. Le soir du second tour, il est battu par François Mitterrand, recueillant seulement 45,98 % des suffrages exprimés. Raymond Barre À partir de 1985, l'ancien Premier ministre envisage de plus en plus une candidature. Son refus de la cohabitation comme sa volonté d'indépendance vis-à-vis des partis contribue à renforcer sa popularité, au point même de parler d'incohérence institutionnelle. Du côte de l'UDF dont il est proche depuis 1978, certains appuient l'hypothèse de sa candidature, notamment le CDS. Néanmoins, dès , Valéry Giscard d'Estaing se rapprocha de Jacques Chirac. Durant le premier septennat, il figura toujours parmi les personnalités les plus appréciées dans les sondages d'opinion. En , Alain Duhamel faisait l'analyse suivante sur l'ancien Premier ministre : À partir de 1986, certaines enquêtes d'opinion le placent au second tour de la présidentielle et le voient potentiellement comme vainqueur face à François Mitterrand. Le sur Europe 1, il évoque pour la première fois la possibilité d'une candidature. Le , Valéry Giscard d'Estaing annonce qu'il renonce à concourir à l'élection présidentielle au journal de sur Antenne 2. Au cours de l'été 1987, l'ancien Premier ministre est de plus en plus talonné dans les sondages par Jacques Chirac tandis que François Mitterrand est toujours placé en tête. Certains parmi ses proches l'incitent à présenter rapidement sa candidature. Il déclare sa candidature le depuis le Centre de congrès de Lyon. Cette déclaration fut jugée trop courte, voire froide dans la presse nationale. Il nomme son ancien chef de cabinet et député de la Vendée Philippe Mestre comme directeur de campagne, avec la double fonction de porte-parole. Il reçoit le soutien de l'UDF cinq jours après sa déclaration de candidature. Il bénéficie du soutien de Jean-Claude Casanova, le directeur de la revue Commentaire. L'ancien Premier ministre essaie de développer une certaine proximité avec les électeurs, notamment à travers ses meetings où il essaie de faire preuve de répartie et d'humour notamment avec la phrase « Bonne nuit les petits » inspirée du dessin animé du même nom, pour contraster la vision d'homme de rigueur qui s'est développée à Matignon à partir de septembre 1976. Malheureusement pour lui, son slogan de campagne et quelques couacs de communication font baisser les intentions de vote en faveur du député du Rhône qui ne repassera pas devant Jacques Chirac dans les sondages après janvier 1988. Charles Millon fut le coordinateur de la campagne au niveau national. Il dut également affronter une polémique sur la prétendue appartenance de sa femme au Parti communiste hongrois, alors même que celle-ci avait quitté le pays très tôt après la guerre. Il souhaite mener une campagne sobre, telle qu'il l'avait imaginée le : Il axe principalement sa campagne sur la réduction des déficits, un recentrage de la politique étrangère et la mise en place d'une politique de formation efficace pour former notamment les jeunes arrivant sur le marché du travail. Néanmoins, sa stratégie de campagne ne permet pas d'être suffisamment réceptif auprès des électeurs centristes, et certains se reportent sur François Mitterrand, qui fit tout pour affronter Jacques Chirac au second tour. Parmi les soutiens de Raymond Barre, on compte notamment Valéry Giscard d'Estaing (même si en secret, il va tout faire pour contrer cette tentative de candidature et refusa de favoriser un des deux candidats de droite) et Alain Delon, l'acteur comparant l'ancien Premier ministre au général de Gaulle dans un clip de campagne. Delon participa d'ailleurs à son meeting à Marseille. Il a également reçu le soutien de la jeune garde centriste du CDS et du Parti républicain, comme Jacques Barrot, Bernard Stasi, Bernard Bosson, Edmond Alphandéry, le président du groupe UDF Jean-Claude Gaudin, Charles Millon, François d'Aubert ou Pascal Clément. Plusieurs personnalités, comme le président du CNPF Yvon Gattaz et Hélène Carrère d'Encausse, ainsi que l'ancien gaulliste Jean Charbonnel, lui apportent leur soutien. Au soir du premier tour, Raymond Barre arrive troisième avec 16,55 % des suffrages exprimés (un score à peine plus élevé que Jean Lecanuet en 1965). Jean-Marie Le Pen Au cours de l'année 1987, Jean-Marie Le Pen tente d'adoucir son image auprès de l'opinion, parvient à rencontrer Ronald Reagan ainsi qu'à participer au Congrès juif mondial. Il déclare officiellement sa candidature le . Pendant plus d'un mois durant l'été, il réalise une « tournée des plages » qui le mène d'Ajaccio à Dunkerque. Néanmoins, son image modérée s'effrite après ses déclarations controversées au sujet de la Shoah et des chambres à gaz lors de la Seconde Guerre mondiale sur RTL le . Son programme est assez différent des autres principaux candidats. Il met l'accent sur la sécurité, qu'il considère comme le droit premier du citoyen. Ses attaques portent principalement sur François Mitterrand, même si celles portées contre Jacques Chirac sont relativement importantes. Son équipe de campagne organise de nombreux meetings et rassemblements, et parvient notamment à réunir plus de lors d'un meeting au Stade Vélodrome à Marseille le . Avec 14,39 % des suffrages exprimés au soir du premier tour, bien qu'il ne fut crédité que de 10 à 12 % d'intentions de vote dans les sondages, son score symbolise la percée de l'extrême-droite en France dans les années 1980. André Lajoinie Georges Marchais annonce à la télévision le lors du Journal de que le député de l'Allier sera probablement candidat lors de l'élection présidentielle. Dès le printemps 1986, le secrétaire général du parti avait annoncé son refus de se présenter une seconde fois. Le comité central du parti approuve la candidature du candidat le , alors que les sondages sont peu favorables. Au cours de la campagne, André Lajoinie défend les thèmes traditionnels du parti, comme la défense de la classe ouvrière et la lutte contre le capitalisme mais sa campagne ne décollera jamais. De plus, il fut victime de sa mauvaise prestation lors d'un débat contre Jean-Marie Le Pen le et les sondages les plus optimistes ne le créditaient que de 7 % en toute fin de campagne. En interne, les tensions deviennent de plus en plus fortes entre l'appareil du parti et les « rénovateurs ». Le , Pierre Juquin, qui avait démissionné en juin pour protester contre la candidature Lajoinie, est exclu du parti. De plus, le reçoit le soutien de Marcel Rigout, l'un des quatre ministres communistes de 1981. Son slogan de campagne fut « Pas question de se laisser faire ». La campagne du candidat communiste fut en partie financée par l'Union soviétique, le parti ayant reçu un million de dollars. Au soir du premier tour, André Lajoinie n'obtient que 6,76 % des suffrages et réalise le plus mauvais score réalisé par le Parti communiste français depuis les législatives de 1924 (à l'époque, le parti avait obtenu 5,15 % des suffrages), perdant par rapport à Georges Marchais en 1981. Faits de campagne Le , cinq jours après la déclaration de candidature de Jacques Chirac, le ministre de la Justice Albin Chalandon se livre à une comparaison hasardeuse, voire désastreuse, de François Mitterrand, en considérant que les relations qu'entretient le président avec les Français sont semblables à celles entretenues par le maréchal Pétain avec les Français durant le régime de Vichy. Sondages Entre janvier et mai 1988, 153 sondages ont été réalisés, soit 42 de plus qu'en 1981. En vue du premier tour En vue du second tour Mitterrand - Chirac Mitterrand - Barre Résultats nationaux Analyse Pour le journaliste Alain Duhamel, la campagne électorale a été la plus âpre et la plus violente de l'histoire de la Cinquième République, notamment en raison du duel à distance entre Jacques Chirac et François Mitterrand. Le résultat de cette élection était attendu, du fait de la configuration de la cohabitation, de l'impopularité croissante du gouvernement Chirac et grâce à la stratégie de campagne de François Mitterrand. 70 % des personnes interrogées par la Sofres ont jugé que le résultat de l'élection était attendu après le second tour. Certains politologues ont considéré que le vote du second tour correspondait à un vote « légitimiste » ou « régalien » (Jérôme Jaffré) en faveur de François Mitterrand alors que la France restait un pays conservateur. Dans François Mitterrand : un dessein, un destin, Hubert Védrine dresse le constat suivant : Très bien réélu, avec 54 % des suffrages, ayant perdu 10 % de ses voix de gauche de 1981 mais en ayant gagné 15 % à droite, François Mitterrand retrouve après deux années de cohabitation la plénitude de ses fonctions. Il dit désirer « l’ouverture » au début de son second mandat. Mais il ne veut pas pour autant se soumettre aux exigences excessives des centristes, indispensables pour retrouver une majorité dans l’Assemblée élue en 1986. Il doit donc dissoudre. De son côté, Hugues Portelli explique : Ceux-ci n'ont pas perçu la nature exacte du président. Désireux d'éviter l'écueil dans lequel avait failli tomber Charles de Gaulle en 1965, en confondant, au premier tour, élection et référendum, et qui avait été fatal à Valéry Giscard d'Estaing en 1981, de trouver une démarche originale, François Mitterrand est allé au plus simple, faire une campagne de « sortant », mais à la manière d'un notable dont la circonscription serait la France entière. Ainsi, tout au long de l'année 1987, tirant profit des espaces de liberté offerts par la cohabitation, François Mitterrand sillonne la « France profonde », inaugurant ici, décorant là, distillant telle réflexion à la seule presse locale. Le jour où la campagne officielle s'ouvre, « sa » campagne de premier tour est terminée. Analyse géographique Premier tour Lors du premier tour, Jacques Chirac n'est arrivé en tête que dans cinq départements, dans son fief de Corrèze (où il recueille son meilleur score, avec 39 % des voix), à Paris, en Lozère ainsi qu'en Corse-du-Sud et dans le Cantal, terres électorales de la droite. De son côté, Raymond Barre n'arrive en tête dans aucun département, et ne termine second que dans une petite poignée notamment en Normandie et en Rhône-Alpes. Il réalise ses meilleurs résultats en région Rhône-Alpes et son meilleur score dans son département du Rhône avec près de 25 % des voix. Jean-Marie Le Pen fait quant à lui une percée avec plus de 14 % des voix, arrivant en seconde position dans onze départements dont la plupart en Provence-Alpes-Côte d'Azur, ainsi qu'en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d'Oise et en Alsace-Moselle. Le président du FN arrive en deuxième position dans trois régions, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon mais également en Alsace. Entre 1986 et 1988, près de supplémentaires ont porté leurs suffrages sur le candidat du FN. François Mitterrand parvient à remporter la quasi-totalité des départements, arrivant second seulement là où Jacques Chirac le devançait. Il n'obtint aucun score en dessous de 24 %. Quant à André Lajoinie, il ne parvint à réaliser un score de plus de 10 % que dans un nombre réduit de départements, n'arrivant troisième que dans cinq départements, ceux du Limousin, l'Ariège et son fief de l'Allier où il réalise son meilleur score avec 18,12 % des voix. Le PCF, signe de son déclin, arrive seulement quatrième, derrière Mitterrand, Le Pen et Chirac, en Seine-Saint-Denis, où il est particulièrement bien implanté. Pire, il ne dépasse pas les 10 % dans 81 départements, et même les 5 % dans 30 départements. Antoine Waechter réalise ses meilleurs résultats en Alsace et dans les régions de montagne mais globalement, sa performance est moins bonne que celle de Brice Lalonde en 1981. Au soir du premier tour, François Mitterrand disposait d'une marge confortable, avec de plus que Jacques Chirac, une marge qui était quasiment impossible à remonter, comme pour Alain Poher en 1969 face à Georges Pompidou. Second tour Au second tour, François Mitterrand bénéficia du report des voix de gauche grâce à l'appui d'André Lajoinie, mais également d'un bon report des voix de Raymond Barre. Il parvint à dépasser les 60 % dans 11 départements comme Georges Pompidou en 1969, avec des succès notables comme dans le Haut-Rhin où le vote fut quasiment identique à celui des Bouches-du-Rhône (50,2 % contre 50,5 %) qui était un département plus à gauche. Jacques Chirac n’obtient une majorité de suffrages exprimés que dans les départements ayant la pratique religieuse la plus importante et les plus ancrés à droite, ainsi que dans les grandes villes. Il réalise ses meilleurs scores dans les Alpes-Maritimes et en Nouvelle-Calédonie mais échoue à l'emporter dans son département de la Corrèze. Analyse sociologique Abstention L'abstention est de 18,62 % au premier tour et de 15,94 % au second. Ces chiffres confirment que l'élection présidentielle était celle pour laquelle les électeurs français se mobilisaient le plus. L'abstention fut plus importante dans les villes, notamment dans le Sud-Est. Ce sont surtout les plus jeunes qui ne se sont pas déplacés pour voter (12 % au premier tour, 10 % au second tour) d'après la Sofres, tout comme les employés, ouvriers, inactifs et retraités qui se sont moins déplacés au bureau de vote (de 10 à 13% au premier tour, de 6 à 9 % au second tour). Du côté des électorats, ce sont surtout les écologistes qui ne se sont pas déplacés (13 % au premier tour, 12 % au second tour), tout comme les personnes non affiliées à un parti politique (17 % au premier tour, 15 % au second). Premier tour Au soir du premier tour, la droite rassemblait 50,9 % des suffrages exprimés contre 49,1 % à la gauche, en comptant les écologistes. Malgré cela, François Mitterrand était assuré d'être réélu. La droite modérée ne rassemblait que 36,5 %, marquant un recul assez net depuis les élections européennes de 1984. Quant à Jacques Chirac, il n'atteignait même pas le score des trois candidats gaullistes en 1981 qui avaient fait au total 21 % des suffrages exprimés. L'électorat de Jean-Marie Le Pen est extrêmement divers, venant en grande partie de la droite traditionnelle mais aussi de déçus de la gauche : près de 27 % de son électorat avait voté en faveur de François Mitterrand en 1981, soit un peu plus de . Malgré tout, le vote Le Pen reste largement un choix de vote contestataire. Pour son premier résultat élevé lors d’une élection présidentielle, le score de 1988 du président du FN est clivé selon le niveau de diplôme des électeurs, caractéristique qui se renforcera au gré des élections présidentielles suivantes, le sondeur Jérôme Fourquet relevant : . Par ailleurs, le résultat de Jean-Marie Le Pen est quasiment identique dans tous les milieux professionnels. Pour André Lajoinie, l'électorat est très réduit, notamment chez les 18- avec une baisse de entre les législatives de 1978 (28 %) et la présidentielle (6 %) ainsi que pour les ouvriers avec seulement 15 % de l'électorat ouvrier. Il est par ailleurs particulièrement malmené dans les départements de la « ceinture rouge » autour de Paris. Le vote catholique reste relativement important à droite, notamment dans les départements où la pratique religieuse reste conséquente. Près de 82 % des pratiquants réguliers ont voté à droite, dont 40 % en faveur de Jacques Chirac, 30 % pour Raymond Barre et 12 % pour Jean-Marie Le Pen, et 54 % des étudiants. Second tour François Mitterrand obtient quelque 87 % du vote communiste par rapport au premier tour, ainsi que 80 % du vote d'extrême gauche non-communiste, mais également les deux tiers du vote écologiste et près de 15 % du vote centriste. Environ 50 % des jeunes ouvriers et chômeurs ayant voté pour le Front national au premier tour ont voté pour lui au second tour, ainsi que 40 % des employés. De son côté, Jacques Chirac voit 65 % des électeurs du Front national se reporter sur lui. Dans la culture L'affaire Gordji, qui fut un moment très tendu du débat présidentiel, fut l'objet d'un téléfilm intitulé L'Affaire Gordji : Histoire d'une cohabitation sorti en 2012, racontant les coulisses de la Première cohabitation. Sans doute le débat le plus connu des débats présidentiels du second tour, il fut adapté au théâtre, avec François Morel et Jacques Weber dans les rôles de Jacques Chirac et de François Mitterrand, et joué durant toute la semaine qui précède le second tour de l'élection présidentielle française de 2017. Chronologie : Georges Marchais annonce qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle. : Georges Marchais avance l'hypothèse d'une candidature d'André Lajoinie au journal de d'Antenne 2. 3- : Congrès de Lille (PS). : Jean-Marie Le Pen déclare sa candidature à La Trinité-sur-Mer. : le comité central du PCF valide la candidature d'André Lajoinie. : François Mitterrand réunit ses troupes à sa résidence de Latche (Landes), qui commencent à travailler sur sa candidature. : au Grand Jury d'RTL, Jean-Marie Le Pen parle du « détail ». : débat télévisé entre André Lajoinie et Jean-Marie Le Pen sur La Cinq. : première pose d'affiches « Génération Mitterrand ». : Pierre Juquin déclare sa candidature en dissidence de celle d'André Lajoinie. : Pierre Juquin est exclu du Parti communiste français. : libération de deux otages retenus au Liban (Roger Auque et Jean-Louis Normandin). : François Mitterrand informe Michel Rocard qu'il va être candidat. : dans une interview à Libération, Pierre Juquin affirme qu'une partie du bureau politique du Parti communiste français s'était prononcée contre l'élection de François Mitterrand en 1981. : Jacques Chirac déclare sa candidature depuis l'hôtel de Matignon. : les dates de l'élection présidentielle sont arrêtées en Conseil des ministres. : Raymond Barre déclare sa candidature à Lyon. : Arlette Laguiller lance un appel aux électeurs communistes. : dans Le Monde, Édouard Balladur se prononce en faveur d'une confédération UDF-RPR. : François Mitterrand déclare sa candidature au journal de d'Antenne 2. : mort d'Edgar Faure. 22 avril- : Prise d'otages d'Ouvéa. : premier tour de l'élection présidentielle. : Débat télévisé entre François Mitterrand et Jacques Chirac sur TF1 et Antenne 2. : défilé du Front national. Jean-Marie Le Pen déclare « Pas une voix à Mitterrand ! » : les derniers otages détenus au Liban sont libérés. : manifestation place de la Concorde pour « la défense de la V République ». : réélection de François Mitterrand au second tour de l'élection présidentielle. : Michel Rocard est nommé Premier ministre. Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie . Filmographie 2012 : L'Affaire Gordji : Histoire d'une cohabitation de Guillaume Nicloux Articles connexes Structure départementale des votes à la présidentielle de 1988 Liens externes Vidéo de l'estimation du premier tour (ina.fr) Vidéo de l'estimation du second tour (ina.fr) Cartes des résultats de l'élection présidentielle de 1988 (france-politique.fr) (site de Laurent de Boissieu) Archives nationales à propos de l'élection présidentielle de 1988 (ladocumentationfrancaise.fr)
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https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection%20pr%C3%A9sidentielle%20fran%C3%A7aise%20de%201995
Élection présidentielle française de 1995
L'élection présidentielle française de 1995 est la septième élection présidentielle à se tenir sous le régime de la Cinquième République, et la sixième au suffrage universel direct depuis la réforme constitutionnelle de 1962. Les premier et second tours sont respectivement organisés les 23 avril et . Après avoir congédié Michel Rocard, le président François Mitterrand et les gouvernements socialistes d'Édith Cresson et de Pierre Bérégovoy sont impuissants à résoudre la crise des années 1991-1993, ce qui conduit la droite à revenir aux affaires et à la deuxième cohabitation. Jacques Chirac est candidat pour la troisième fois. Durant le second septennat de François Mitterrand, son autorité sur le RPR est remise en cause jusqu'aux législatives de 1993, notamment par Charles Pasqua et Philippe Séguin. À droite, longtemps donné grand favori par les sondages, le Premier ministre, Édouard Balladur, se présente également. Du côté du PS, Lionel Jospin s'impose comme candidat grâce à une stratégie de mise en retrait entamée après les cantonales de 1992. Les trois principaux candidats potentiels, Laurent Fabius, Michel Rocard et Jacques Delors, renoncent à se présenter. Après avoir légèrement devancé Édouard Balladur au premier tour, Jacques Chirac l'emporte avec 52,6 % des suffrages exprimés au second tour face à Lionel Jospin. La sincérité des comptes de campagne de Jacques Chirac et Édouard Balladur est remise en cause plusieurs années plus tard. Des soupçons de financement occulte, lié à l'affaire des frégates d'Arabie saoudite et des sous-marins du Pakistan, pèsent notamment sur celle du Premier ministre de l’époque. Modalités du scrutin Lors de l’élection présidentielle de 1995, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés. L’élection présidentielle se tient les (premier tour) et (second tour) 1995. Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : être de nationalité française et ne pas être privé de ses droits civiques concernant l'éligibilité ; avoir au minimum ; être inscrit sur une liste électorale ; recueillir 500 de parlementaires ou d'élus locaux : ces parrainages doivent provenir d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents et pas plus d'un dixième des élus signataires ne doit provenir du même département ou de la même collectivité d'outre-mer. La Constitution prévoit que : en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales. Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats. Candidats Dépôt des candidatures Le Conseil constitutionnel a rendu publique la liste des candidats deux semaines avant le premier tour, conformément à l'article 58 de la Constitution. Antoine Waechter et Brice Lalonde ont échoué à recueillir les 500 parrainages nécessaires, tout comme le régionaliste Max Simeoni. Candidatures retirées ou n'ayant pas abouti Raymond Barre Jacques Delors Laurent Fabius Valéry Giscard d'Estaing Jean-François Hory Brice Lalonde Marlène Mourreau Michel Rocard Max Simeoni Antoine Waechter Déroulement Le scrutin est organisé selon les règles fixées par le décret de convocation des électeurs, et se déroule aux dates suivantes : dimanche : premier tour de à dimanche : second tour de à Premier tour Le , Édouard Balladur et Philippe de Villiers appellent leurs électeurs à voter en faveur de Jacques Chirac. De son côté, Robert Hue et Dominique Voynet appellent à voter pour Lionel Jospin tandis qu'Arlette Laguiller ne donna aucune consigne de vote, conformément à ce qu'elle avait indiqué en janvier 1995. Campagne du second tour Voyant son succès quasi assuré, Jacques Chirac réorienta son discours avec une ligne nettement plus libérale qu'au premier tour . Son discours devint davantage inspiré par Alain Juppé que par Philippe Séguin. Les politologues ne manquèrent pas de le faire remarquer, tout comme Lionel Jospin lors d'un meeting au lendemain du débat télévisé. Lors du défilé du mai du Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc, Jean-Marie Le Pen ne donna aucune consigne de vote. Débat télévisé Le débat a lieu le 2 mai 1995. Animé par Alain Duhamel et Guillaume Durand, il dure 2 h 21. Les thèmes suivants sont successivement abordés : politique et institution ; finances ; société ; Europe et monde. Bien plus décontracté que les précédents, le débat fut assez courtois et aucune tension ne fut observée. Le seul moment marquant de l'émission fut lorsque Lionel Jospin prononça sa phrase sur une éventuelle victoire de Jacques Chirac : Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac. Ça serait bien long. Second tour Lionel Jospin concède sa défaite de manière respectueuse envers Jacques Chirac, jugeant qu'une victoire était quasiment impossible après les de : Les citoyens se sont exprimés ce dimanche 7 mai pour élire le président de la République. La décision était grave et, sans doute, difficile à prendre pour beaucoup de Françaises et de Français en un temps où nombre d'entre vous doivent affronter de sérieux problèmes et s'interrogent sur l'avenir de notre pays. Une majorité a voté pour Jacques Chirac. Je le félicite pour son élection à la présidence de la République et je lui souhaite bonne chance. Je salue François Mitterrand au moment où s'achève son second septennat. Je remercie chaleureusement les quinze millions de Françaises et de Français qui m'ont apporté leurs suffrages. Dans ce grand moment de confrontation démocratique qu'est une campagne présidentielle, j'ai senti se créer autour de ma candidature et de mes propositions, un profond mouvement de renouveau. Il n'a pas permis, aujourd'hui, la victoire, mais il ne s'arrêtera pas car il est porteur d'espérance. J'invite toutes celles et tous ceux qui croient aux valeurs de justice et de progrès à se rassembler pour prolonger cette espérance et préparer les succès de demain". Contexte Retour de la droite au pouvoir La droite prépare activement la reconquête du pouvoir. En , Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing fondent l'Union pour la France. L'UPF souhaite gagner les élections législatives de 1993 et présenter un candidat commun à la présidentielle de 1995 à la suite d'une éventuelle primaire. La droite est divisée sur la question européenne à l'occasion du référendum sur le Traité de Maastricht. Jacques Chirac, Alain Juppé, Valéry Giscard d'Estaing ou encore Raymond Barre font campagne en faveur du . Philippe Séguin, Charles Pasqua et Philippe de Villiers portant la campagne du . Le , le l'emporte de justesse. Après une campagne sans grand suspense, l'union UDF-RPR remporte un succès considérable aux élections législatives de mars 1993, avec sur 577. Le RPR obtient , l'UDF 215 et les divers droite 23. Le , François Mitterrand nomme Edouard Balladur Premier ministre. C'est la deuxième cohabitation. L'accord entre Jacques Chirac et Édouard Balladur semble clair : le président du RPR se mettant en retrait pour préparer sa campagne présidentielle de 1995 et le Premier ministre installant simplement la droite au pouvoir en attendant le départ de François Mitterrand. Affaiblissement de la gauche Empêtré dans les affaires et les révélations sur le passé de François Mitterrand, le PS se présente dans un bien mauvais état à la fin de l'année 1994. Incarnation d'une alternative de gauche à François Mitterrand, Michel Rocard apparaît comme le candidat naturel du PS. Néanmoins, le parti essuie de violents revers aux élections régionales et cantonales de 1992, et subit la plus lourde défaite de son histoire aux élections législatives de 1993 : seuls socialistes ou apparentés sont élus. Laurent Fabius, premier secrétaire du PS, démissionne au congrès du Bourget. Il est remplacé par Michel Rocard. Celui-ci dirige la liste socialiste aux élections européennes de 1994 : avec seulement 14,49% des voix, c'est un échec. Il est même talonné par la liste du Mouvement Radical de Gauche, emmenée par Bernard Tapie (12,03% des voix). Après le retournement des jospiniens, il démissionne de la tête du parti. Le , François Mitterrand annonça qu'il renonçait à se représenter. L'émergence de Bernard Tapie est évidemment en mesure d'affaiblir le PS à gauche. Fort de son bon score aux élections européennes, sa candidature est envisagée par le MRG. Mais, rattrapé par les scandales financiers (en particulier l'affaire VA/OM), la carrière politique de Bernard Tapie s'arrête. C'est alors que l'ancien ministre Jacques Delors, président de la Commission européenne depuis 1985, est perçu comme le dernier recours à gauche. En tête dans tous les sondages, quelle que soit la configuration, il renonce pourtant à se présenter le . Pour justifier sa décision, il explique que . Son renoncement fut assez mal vécu à gauche, mais également par l'équipe d'Édouard Balladur. Au congrès de Liévin de , Henri Emmanuelli devient Premier secrétaire du PS. Il annonce l'organisation d'une primaire interne pour désigner le candidat du Parti socialiste, dans l'hypothèse où Jacques Delors ne se présenterait pas. Celle-ci se tient le 5 février 1995, et désigne Lionel Jospin. Celui-ci fait campagne sur le thème du , qui marque une prise de distance avec François Mitterrand. De son côté, le Parti communiste français poursuit son effondrement, entamé en 1981. Robert Hue, secrétaire général depuis 1994, semble toutefois bénéficier d'une bonne image dans l'opinion. Il présente sa candidature. Campagne des principaux candidats Jacques Chirac Le président du RPR avait passé un accord avec Édouard Balladur après les législatives de 1993 pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle. Néanmoins, il fut confronté à la forte popularité d'Édouard Balladur ainsi qu'à la bonne entente entre François Mitterrand et son Premier ministre, alors même qu'il avait refusé de redevenir Premier ministre de François Mitterrand car cela lui avait beaucoup coûté lors de la présidentielle de 1988. Le , il déclare sa candidature dans un entretien à La Voix du Nord, prenant de cours l'ensemble de la majorité, y compris du côté de l'UDF. Le 12, il démissionne de la présidence du RPR, pour se consacrer exclusivement à la campagne, contrairement à 1981 et 1988 où il avait gardé sa fonction. Il s'entoure de Jacques Pilhan, un ancien conseiller de François Mitterrand pour travailler sur son image et sur sa communication avec sa fille Claude Chirac. Il choisit Patrick Stefanini pour diriger sa campagne, tandis que le jeune François Baroin fut désigné comme porte-parole. Il réalise un coup d'éclat lors de son intervention médiatisée le sur la question des SDF en France, demandant l'application de l'ordonnance du pour réquisitionner des logements. En janvier 1995, son livre programme La France pour tous sort en librairie et inspire en partie son slogan de campagne. Le 18 janvier, Édouard Balladur déclare sa candidature et reçoit le soutien de la quasi-totalité du gouvernement, notamment des membres RPR, exceptés Alain Juppé et Jacques Toubon tout comme Philippe Douste-Blazy et Alain Madelin qui préfèrent aller à l'encontre du soutien de son parti. Jean-Louis Debré et Philippe Séguin se rallient également à sa candidature. Il mène campagne notamment sur la « fracture sociale », théorisée en partie par le sociologue Emmanuel Todd. Sa campagne met du temps à décoller, au point que la journaliste Arlette Chabot l'interroge sur la pertinence de sa candidature. Nicolas Sarkozy va même jusqu'à suggérer que s'il se retirait, Édouard Balladur serait élu dès le premier tour. À partir du mois de février, sa campagne décolle tandis que celle d'Édouard Balladur commence à patiner, les sondages passant de 17% à 21% en sa faveur tandis Balladur connaît une chute de (de 33% à 24%). Il bénéficie notamment de l'image positive renvoyée par Les Guignols de l'info, de l'effet de sa phrase « Mangez des pommes » mais aussi du côté austère d'Édouard Balladur. De plus, à la suite de propos mal placés sur son état de santé, François Mitterrand va favoriser sa candidature au détriment de celle de son rival RPR. Après le mois de février, les courbes s'inversent et Édouard Balladur ne rattrapa jamais son retard. Il reçoit divers soutiens, notamment Johnny Hallyday, Michel Galabru, Line Renaud ou Frédéric Mitterrand, neveu du président sortant. Il bénéficie également du soutien de Valéry Giscard d'Estaing, avec qui il s’est rapproché après leur brouille de la présidentielle de 1981. À la surprise générale, il n'arrive qu'en deuxième position lors du premier tour avec 20,84 % et n'améliore que très légèrement son score de 1988. Cependant, il remporte assez nettement le scrutin lors du second tour, avec 52,64 % des suffrages, bénéficiant d'un très bon report des voix des électeurs d'Édouard Balladur. Pour le second tour, il bénéficie du soutien de Brice Lalonde, qui lui apporta son soutien le . L'opinion était sans doute lassée des de . Lionel Jospin L'ancien premier secrétaire du PS avait pris du recul après la défaite de la gauche lors des législatives de 1993. Ses rapports avec François Mitterrand s'étaient tendus depuis le congrès de Rennes, et il se tint à l'écart des instances du parti. Lors du congrès du Bourget, Michel Rocard le charge d'organiser les « Assises de transformation sociale », censées rassembler la gauche autour d'un nouveau projet. Au congrès de Liévin, il présenta une contribution comme un simple militant. Il reçoit la bénédiction de Pierre Mauroy, que François Mitterrand avait tenté de convaincre de concourir. Lorsque Jacques Delors renonce à concourir le à l'émission 7 sur 7, il commence à réfléchir à une éventuelle candidature. Daniel Vaillant, proche de Lionel Jospin depuis les années 1970, lui fait l'analyse suivante : Il parvient à ramener vers lui les soutiens de Jacques Delors, notamment François Hollande. Le , il annonce devant le bureau national du PS qu'il est prêt à se présenter à l'élection présidentielle. Le soir même de son annonce de candidature, il reçoit le soutien du bureau politique du Mouvement des citoyens, fondé par les anciens du CERES. En coulisses, la Gauche socialiste tente de se rapprocher du mouvement Radical pour empêcher une candidature Jospin. La fédération socialiste de Haute-Garonne se mêle également à ces intrigues contre l'ancien ministre. Un mois plus tard, Lionel Jospin remporte la primaire face au premier secrétaire, Henri Emmanuelli. Il reçoit également le soutien du mouvement Radical, après le retrait de son président Jean-François Hory le . Il constitue rapidement son équipe de campagne. Originalité par rapport aux précédents scrutins, il innove en nommant cinq porte-parole : Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Dominique Strauss-Kahn, George Pau-Langevin et Daniel Percheron. Jacques Delors préside le comité de soutien, tandis que Jean Glavany dirige la campagne. Rapidement, il réclame un « droit d'inventaire » sur l'action de François Mitterrand. Il mène campagne principalement sur le passage au , ainsi que pour la création d'« emplois jeunes », de la réduction du mandat présidentiel et l'adoption du quinquennat. Il propose également de taxer l'argent de la spéculation qui n'est pas réinvesti dans l'économie. Malgré leurs relations difficiles depuis 1990, François Mitterrand lui apporte son soutien le . Il reçoit le soutien du parti Radical le . Son début de campagne fut fortement amputée du duel entre Édouard Balladur et Jacques Chirac, et ne décolla véritablement qu'au mois de février, les sondages ne le créditant que de 17% à 20% d'intentions de vote. Par ailleurs, il ne tient son premier meeting de campagne que le . Sa campagne permit au Parti socialiste de redresser son image. En février 1995, un sondage indiquait que 60 % des Français avaient une mauvaise image du PS, contre 26 % d'opinion favorable. Le mois suivant, la courbe s'était inversée avec 47 % d'opinions favorables contre 44 % de désapprobation. À la surprise générale, il arrive en tête lors du premier tour avec 23,30 %, mais il est nettement défait lors du second tour par Jacques Chirac. Il reçut le soutien de nombreuses personnalités, dont Pierre Arditi, Yves Robert, Barbara, Pierre Perret, Erik Orsenna ou Alain Decaux. Édouard Balladur Durant ses deux années à l'hôtel de Matignon, le Premier ministre bénéficie d'une forte popularité. L'épisode de la prise d'otages du vol Air France 8969 contribuera d'après les politologues à renforcer sa stature de candidat présidentiable dans l'opinion. Au début de l'année 1994, une enquête de l'Ifop sur le meilleur candidat pour la droite plaçait largement le Premier ministre en tête, devant Raymond Barre et Jacques Chirac. Il était plébiscité par 53 % des sondés contre 18 % à Jacques Chirac, et même 59 % pour les sympathisants de droite. Il annonce sa candidature le depuis son bureau de Matignon. Sa déclaration de candidature fut assez bien reçue dans l'opinion. Il bénéficie du soutien de la quasi-totalité du gouvernement ainsi que de l'Union pour la démocratie française qui lui apporte son soutien. Il fait de Nicolas Bazire son directeur de campagne. Sa campagne est amputée par des couacs dans sa communication, notamment l'épisode du métro qui est ressorti pendant la campagne. Il ne parvient pas à donner une image proche du peuple comme Jacques Chirac le faisait, et son passage au salon de l'Agriculture ne fut pas des plus réussis. Son programme est jugé bien trop libéral pour une bonne partie de l'opinion et des experts. L'affaire Schuller-Maréchal contribue à faire chuter les intentions de vote en sa faveur durant la campagne. Par ailleurs, comme Jacques Chaban-Delmas en 1974, il fut victime de révélations du Canard enchaîné sur sa feuille d'impôts. Le Premier ministre reçoit le soutien du maire de Marseille Robert Vigouroux. Le soir du premier tour, il n'obtient que 18,58 % des suffrages exprimés. Invitant ses électeurs à voter pour Jacques Chirac lors du second tour, ses partisans conspuent le candidat. Il réplique alors sèchement à ses partisans « Je vous demande de vous arrêter ! », une phrase qui deviendra l'une des phrases cultes des élections présidentielles. Jean-Marie Le Pen Dans les années 1980, Jean-Marie Le Pen est parvenu à faire de son parti, le Front national (FN), la quatrième force électorale du pays. Il souffre cependant de la candidature de Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF). Au début de la campagne, il est crédité d’environ 8 % d'intentions de vote, contre 5 % pour ce dernier. Il déclare sa candidature le , et fut officiellement investi par son parti le . Sous le slogan , le président du FN espère profiter des divisions de la droite parlementaire pour se qualifier au second tour. Il met en avant les thèmes de l'immigration, de la souveraineté et le rejet des partis de gouvernement. Il fit également campagne sur l'idée d'une Sixième République. Sa candidature obtient le soutien d’une part importante des ouvriers, ce qui fait naître l’expression de « gaucho-lepénisme ». Crédité de 8 % des voix fin 1994, il passe à 12 % à la mi-. À la différence de l’élection présidentielle de 1988, ses adversaires de l'aile gauche s'attendent à ce qu’il obtienne un score significatif, ce qui lui attire des attaques de toute part. Il est le seul candidat à avoir refusé de répondre à une enquête du journal Le Monde sur ses revenus. Au soir du premier tour, il obtient, comme en 1988, la quatrième place. Avec 15,00 % des suffrages, il augmente son score de par rapport au scrutin présidentiel précédent. Après avoir affiché sa forte opposition envers Jacques Chirac pendant la campagne, il ne donne pas de consigne de vote pour le second tour. Robert Hue Le Parti communiste français (PCF), qui a subi une déroute à l’élection présidentielle de 1988 avec la candidature d’André Lajoinie, aborde l'élection présidentielle en position de faiblesse. Le parti n'a plus le monopole de la protestation, ni le rôle pivot comme au début de la Cinquième République. Robert Hue, qui a succédé à Georges Marchais au poste de secrétaire général, entend entamer une politique de mutation du parti dont il vient de prendre la tête en l’ouvrant vers d’autres mouvements à gauche. Investi candidat à l'unanimité par le comité central du parti le , il ne subit pas de dissidence, contrairement à ce qui s’était passé pour André Lajoinie en 1988. Sous le slogan , Robert Hue axe sa campagne contre l'« argent roi » et entend faire des précaires des emplois stables, tout en réduisant le temps de travail à sans réduction de salaires. Plus feutré que Georges Marchais, il bénéficie d'une image plutôt sympathique. Malgré la concurrence à gauche de Dominique Voynet et d’Arlette Laguiller, il passe, entre et le premier tour, de 3,5 %, à 9,5 %. Il obtient finalement 8,64 % des voix, ce qui le place en cinquième position et constitue une progression de par rapport à 1988. Il appelle à voter pour Lionel Jospin au second tour. Sondages Les sondages ont longtemps indiqué que le duel pour le second tour serait entre Édouard Balladur ou Jacques Chirac contre le candidat du Parti socialiste. Comme en 1988, ils n'ont pas anticipé suffisamment un score élevé pour Jean-Marie Le Pen car certains électeurs se refusent à avouer cette option aux instituts. De fait, cette élection constitue une surprise. Premier tour En 1995 En 1993 et 1994 Second tour Balladur - Chirac Balladur - Jospin Chirac - Jospin Chirac - Delors Résultats Analyse Pour la première fois, le vote contestataire (37 %) dépasse les 30 %, alors que jusqu'à présent, ce phénomène n'était limité qu'aux scrutins locaux. Par ailleurs, le vote écologiste connaît un certain essoufflement après la percée des législatives de 1993, notamment en raison de l’incapacité des Verts à profiter de la situation délicate du Parti socialiste. Analyse géographique Premier tour Lionel Jospin est arrivé en tête dans soixante-huit départements de France métropolitaine et en Martinique. Il obtient son meilleur score dans l'Ariège avec 33,81 %. Il arrive en seconde position dans seize départements. Il réalise ses meilleurs scores dans les départements les plus à gauche et parvient en deuxième position à Paris. Il réalise quelques bonnes surprises, comme en Vendée où il termine troisième devant Jacques Chirac et en Corse-du-Sud où il termine troisième devant Jean-Marie Le Pen. Jacques Chirac est arrivé en tête dix-sept départements de France métropolitaine et en France d'outre-mer, excepté en Martinique. Il obtient son meilleur score en Corrèze avec 49,30 %. Il arrive en seconde position dans cinquante départements. Sa campagne de premier tour lui a permis de réaliser de bons scores dans des terres traditionnellement à gauche, notamment dans le Sud-Ouest. En revanche, il n'arrive qu'en troisième position en Vendée, en Alsace et en Haute-Marne où Charles de Gaulle réalisait des scores très élevés dans les années 1960. Édouard Balladur est arrivé en tête dans six départements. Il obtient son meilleur score en Mayenne avec 26,76 %. Il arrive en seconde position dans vingt-deux départements. Globalement, il obtient ses meilleurs résultats dans des terres plutôt ancrées à droite. La cartographie de son électorat est semblable à celles de Valéry Giscard d'Estaing et de Raymond Barre avant lui. Jean-Marie Le Pen est arrivé en tête dans sept départements. Il arrive en seconde position dans douze départements. Il réalise une forte progression dans le Midi, dans le Nord industriel et réalise une percée dans l'Est. Ses moins bons scores sont principalement à l'Ouest, mais également à Paris. Il a bénéficié de la montée du régionalisme en Alsace, ce qui peut expliquer en partie pourquoi il est arrivée en tête dans la région. Philippe de Villiers est arrivé en tête dans son département de la Vendée avec 22,02 %. Comme Jean Royer en 1974, il réalise ses meilleurs scores dans les départements limitrophes avec 9,1 % dans les Deux-Sèvres, 9 % dans le Maine-et-Loire et 7,8 % en Charente-Maritime. Robert Hue arrive en troisième position dans quatre départements, en Dordogne et dans les départements du Limousin. Il obtient son meilleur score dans l'Allier avec 15,66 %, comme André Lajoinie sept ans plus tôt. Arlette Laguiller réalise son meilleur score dans le Puy-de-Dôme avec 6,92 %. Dominique Voynet obtient son meilleur score dans son département du Jura avec 5,87 %. Jacques Cheminade ne parvient pas à dépasser les 1 % dans le moindre département. Second tour Lionel Jospin n'arrive en tête que dans vingt-six départements de France métropolitaine et dans la France d'outre-mer, hormis en Guyane. Jacques Chirac arrive en tête dans soixante-dix départements, et dépasse les 60 % dans 10 départements. Il obtient son meilleur score dans les Alpes-Maritimes avec 65,48 % tandis que Lionel Jospin réalise son meilleur score dans l'Ariège avec 59,83 %. Analyse sociologique Abstention L'abstention a été très forte lors des deux tours de scrutin, sans doute favorisée par les vacances scolaires. Lors du second tour, l'abstention a dépassé les 20 %, mais en prenant compte les 6 % de bulletins blancs ou nuls, près d'un quart des électeurs inscrits ne se sont pas prononcés. 30 % de l'électorat de Jean-Marie Le Pen s'est abstenu, et 13 % d'entre eux ont voté blanc ou nul. Premier tour Les trois principaux candidats n'ont recueilli que 62,7 % des suffrages exprimés, soit à peine 48,05 % des inscrits. La droite représente 58 % des électeurs tandis que la gauche ne pèse que 42 % si l'on inclut l'électorat écologiste. Le succès inattendu de Lionel Jospin s'explique en partie par la double candidature au sein de la droite. Jacques Chirac a surtout bénéficié de son électorat traditionnel. Le vote utile a défavorisé en partie Robert Hue, tandis que l'écologie politique montrait ses faiblesses. Dominique Voynet a perdu par rapport à Antoine Waechter en 1988, tandis que Robert Hue enregistrait une progression de , même si son score était semblable aux deux candidats communistes en 1988. Arlette Laguiller fut la seule à tirer profit des sondages, et obtint pour la première fois plus de 5 % des suffrages. Seulement séparaient Jacques Chirac et Édouard Balladur. Jean-Marie Le Pen a encore progressé par rapport au scrutin précédent, notamment chez les ouvriers et les chômeurs. Certains historiens et politologues considèrent également que Jacques Chirac a été victime du vote utile en raison de l'orientation de son discours de campagne. Second tour 51 % des électeurs de Jean-Marie Le Pen ont voté en faveur de Jacques Chirac, contre 28 % pour Lionel Jospin. Lors du second tour, Jacques Chirac n'a été élu qu'avec 39,5 % des électeurs inscrits. Le score de Jacques Chirac se situe entre les scores réalisés par François Mitterrand en 1981 et 1988, ce qui tend à montrer qu'une partie de l'électorat centriste qui avait voté pour ce dernier est revenu vers un vote à droite. Avec près de 6 % de votes blancs ou nuls, ce scrutin marque un certain rejet d'une partie des électeurs des partis traditionnels. Comptes de campagne C'est la première élection présidentielle française où les comptes de campagnes sont vérifiés. Les comptes de tous les candidats sont validés sauf ceux de Jacques Cheminade. Les comptes de campagne d'Édouard Balladur sont mis en doute à partir de 2010 pour avoir intégré d'importantes sommes en liquide qui pourraient émaner de possibles rétrocommissions d'un contrat militaire avec le Pakistan. Selon le président d'alors du Conseil constitutionnel, Roland Dumas, les comptes n'ont été validés qu'après de houleux débats en passant outre des anomalies dans les comptes de campagne d'Édouard Balladur mais aussi de Jacques Chirac. Selon Jacques Robert, qui siégeait à l'époque au Conseil constitutionnel et a été le premier à évoquer ces irrégularités en 2002, les comptes de campagne des deux candidats, , ont été ajustés à la demande de Roland Dumas. En , le quotidien Libération fait le lien entre le déblocage de commissions destinées au Pakistan et un versement de de francs effectué à la même époque et en espèces sur le compte de l'Association pour le financement de la campagne d'Édouard Balladur (Aficeb). Le , Édouard Balladur est mis en examen par la Cour de justice de la République dans le volet ministériel de cette affaire pour complicité de détournement de fonds publics dans l'affaire Karachi. Parallèlement, Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne d'Édouard Balladur devenu dirigeant du groupe de luxe LVMH ; Renaud Donnedieu de Vabres, ex-conseiller du ministre de la Défense François Léotard ; Thierry Gaubert, alors membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy ; Dominique Castellan, ancien patron de la branche internationale de la DCN et l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine ont eux renvoyés en correctionnelle. En 2020, après avoir eu accès aux archives de l’institution, la cellule investigation de Radio France fait état de la « fermeté » du Conseil constitutionnel concernant le compte de Jacques Cheminade « qui tranche étrangement avec les circonvolutions juridiques qui se font jour autour des comptes de Jacques Chirac et Édouard Balladur » Après l'élection Au lendemain du second tour, la France célèbre le cinquantième anniversaire du et est représentée par deux présidents, puisque Jacques Chirac est élu mais pas encore investi et François Mitterrand n'a pas encore quitté ses fonctions. Après quatorze ans de présidence socialiste, Jacques Chirac est investi dans ses fonctions le . Il nomme Alain Juppé, son adjoint à la mairie de Paris et ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Édouard Balladur, au poste de Premier ministre. Quelques semaines après son élection, Jacques Chirac explique aux Français qu'il doit renoncer à son programme de réduction de la « fracture sociale » ayant « sous-estimé l'ampleur des déficits ». Il annonce vouloir réduire les déficits « pour qualifier la France pour la monnaie unique européenne ». Ce changement de cap radical par rapport à ses promesses électorales suivi de près par le « plan Juppé » provoque de vastes mouvements de grève dans les transports en . Devenu rapidement impopulaire, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale le , pensant prendre de vitesse la gauche avant les législatives prévues pour 1998 et conserver ainsi la majorité. Après le second tour du scrutin, l'union RPR-UDF, qui comptait alors sur 577, n'en garde plus que 253, tandis que la gauche plurielle de Lionel Jospin (socialistes, radicaux, communistes, Verts) en remporte 319. Jacques Chirac nomme Lionel Jospin Premier ministre le , pour former la troisième cohabitation, qui durera cinq ans. Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie Articles connexes Affaire Schuller-Maréchal Structure départementale des votes à la présidentielle de 1995 Liste des élections présidentielles françaises (Cinquième République) Liens externes Contexte et résultats détaillés par La Documentation française. Résultats détaillés par France-politique.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection%20pr%C3%A9sidentielle%20fran%C3%A7aise%20de%202002
Élection présidentielle française de 2002
L'élection présidentielle française de 2002 a pourvu à l'élection, au suffrage universel et au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, du président de la République française pour le premier mandat quinquennal de l'histoire. C'est la huitième élection présidentielle de la et la septième au suffrage universel direct. Le scrutin se tient les et . Cette élection intervient après cinq ans de cohabitation entre le Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, et le président de la République, issu du RPR, Jacques Chirac. Tous deux sont donnés favoris tout au long de la campagne, mais souffrent de leur grande proximité programmatique, notamment sur les sujets européens. Lionel Jospin affirme que son programme est « moderne, mais pas socialiste », ce qui continue de brouiller les lignes. Jacques Chirac axe sa campagne sur sa critique des prélèvements obligatoires et de l'insécurité. Le « troisième homme » est un temps Jean-Pierre Chevènement, avant que la fin de campagne n'avantage le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, qui présente un programme nationaliste en seize points. Cette élection marque durablement la vie politique française. Le premier tour place en tête Jacques Chirac (19,88 %) et, à la surprise générale, Jean-Marie Le Pen (16,86 %). Lionel Jospin arrive en troisième position avec 16,18 % des voix. Ce résultat s'explique en partie par la division de la gauche plurielle et par les scores réalisés par l'extrême gauche. C'est la deuxième fois (avec celle de 1969) qu'un candidat de gauche n'est pas présent au second tour d'une élection présidentielle sous la et la première fois qu'un candidat d'extrême droite y figure. Enfin, et pour la première fois sous la République, aucun candidat ne franchit le seuil de 20 % au premier tour. Au second tour, Jacques Chirac l'emporte avec 82,21 % des suffrages, grâce au soutien massif de la gauche, qui applique ce concept du front républicain face au candidat du Front national. La quasi-totalité des candidats éliminés au premier tour, de la société civile et des médias de masse avait appelé à voter Jacques Chirac, explicitement ou non. Au soir de sa défaite, Lionel Jospin annonce son retrait de la vie politique, puis présente la démission de son gouvernement. Après sa réélection, Jacques Chirac nomme un gouvernement dont les ministres proviennent de partis appelés à former un parti recentré : l'UMP. Ce scrutin a par la suite favorisé le concept de vote utile, tandis que l'expression de « 21 avril », en référence aux résultats du premier tour de cette élection, s'est imposée. Contexte En 1997, après la victoire de la gauche plurielle aux élections législatives, le président Jacques Chirac nomme le premier secrétaire du Parti socialiste, Lionel Jospin, à la tête du gouvernement. C'est le début de la troisième cohabitation. Le climat politique est, d'après les descriptions du moment, particulièrement négatif, sans enjeu réel, sujet à la contestation, sur fond d'affaires judiciaires et dans un paysage politique très éclaté. À la suite du référendum de 2000, le mandat du président de la République française passe de sept à cinq ans. Le gouvernement Jospin choisit ensuite de placer la présidentielle avant les législatives, afin de redonner la primauté au Président et de limiter les risques de cohabitation. Les deux camps politiques vont dès lors se marquer de près, au point que leurs slogans se parasitent. Le Parti socialiste, dans sa pré-campagne, propose « la France en mieux, la France ensemble », alors que le candidat Chirac répond par le slogan « la France en grand, la France ensemble » (exemples de nominalisation anaphorique, figure de base de la rhétorique politique). Candidats Évoquant la quête des parrainages par les candidats, l'universitaire Patrick Grosieux souligne que . Le Conseil constitutionnel présente, le , la liste des candidats dans un ordre tiré au sort. Un record de seize personnalités parviennent à réunir les nécessaires pour se présenter à cette huitième élection présidentielle sous la . Charles Pasqua, Nicolas Miguet, Jacques Cheminade, Antoine Waechter, Brice Lalonde, Pierre Larrouturou, Pierre Rabhi, Dieudonné ou encore Renaud Camus font partie des candidats n'étant pas parvenus à recueillir les . Extrême gauche Gauche Alain Lipietz se voit désigné candidat des Verts après avoir gagné la primaire écologiste mais il doit renoncer en raison de la polémique suscitée par son appel à amnistier les auteurs de crimes de sang en Corse, y compris les assassins du Préfet Erignac : il est remplacé par Noël Mamère, qui avait échoué face à lui au second tour et dont la candidature est . Centre Droite Extrême droite Les tensions présentes depuis plusieurs années au sein du Front national aboutissent à une scission à la fin des années 1990. Lors du conseil national de , les partisans du délégué général du FN, Bruno Mégret, conspuent le président du parti depuis sa création, Jean-Marie Le Pen. Celui-ci fait exclure Bruno Mégret, qui cherchait à transformer le FN en parti de gouvernement en nouant des alliances avec la droite parlementaire. En , Mégret fonde le Front national-Mouvement national, qui devient ensuite le Mouvement national républicain (MNR). Une majorité de cadres et d'élus du Front national décident alors de le suivre. L'extrême droite se trouve fragilisée par ces divisions. Aux élections européennes de 1999, le FN arrive en huitième position avec 5,7 % des voix, contre 3,3 % à la liste conduite par Bruno Mégret. Jean-Marie Le Pen peine à réunir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, handicapé par la quête parallèle de Bruno Mégret et par les pressions de certains proches de Jacques Chirac sur certains élus de droite modérée. Sondages Premier tour Le est inédit dans la vie politique française, puisqu'un candidat d'un parti classé à l'extrême droite de l'échiquier politique se trouve qualifié pour le second tour d'une élection présidentielle. Pour la deuxième fois sous la Cinquième République, la gauche n'est pas représentée au second tour d'une élection présidentielle (le second tour de l'élection de 1969 avait vu s'opposer également deux candidats de droite, en l'occurrence Georges Pompidou et Alain Poher). C'est également le plus fort taux d'abstention observé au premier tour d'une élection présidentielle, et ce depuis le passage en 1962 au suffrage universel, avec 28,4 %. Pour la deuxième fois consécutive, les deux candidats présents au second tour totalisent moins de 50 % des suffrages exprimés (36,74 % en 2002, 44,14 % en 1995), ce qui oblige près des deux tiers des électeurs à faire un autre choix que celui qu'ils avaient fait au premier tour. À , les estimations donnent Jacques Chirac en tête avec 20 % des voix, contre 17 % à Jean-Marie Le Pen, lequel élimine Lionel Jospin, donné à 16 % des suffrages. Ce dernier annonce le soir même son retrait de la vie politique. Si le premier tour a connu un nombre record de candidats, seuls 3 sur 16 n'ont pas dépassé 2 % des suffrages exprimés (Corinne Lepage, Christine Boutin et Daniel Gluckstein), contre 7 sur 12 en lice lors de l'élection présidentielle de 1974. Entre-deux-tours À l'exception de Bruno Mégret, qui appelle au soutien du candidat Jean-Marie Le Pen, ainsi que d'Arlette Laguiller et Daniel Gluckstein, qui refusent de soutenir un candidat ou un autre, tous les candidats du premier tour appellent à voter pour Jacques Chirac. Des manifestations se déroulent dans la nuit du au , puis les et , dans les grandes villes françaises, pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour. Ces manifestations se sont poursuivies durant tout l'entre-deux-tours atteignant leur apogée pour le . Mercredi : dans les rues des grandes villes. Jeudi : dans les rues des grandes villes. Samedi : dans les rues des grandes villes, dont à Paris. Mercredi : de (chiffres du ministère de l'Intérieur) à (selon les organisateurs) manifestants dans une centaine de villes (dont à Paris, toujours selon le ministère de l'Intérieur). De son côté, le Front national mobilise, le , entre (selon la police) et (selon les organisateurs) personnes au défilé annuel du parti à Paris en l'honneur de Jeanne d'Arc et pour soutenir Jean-Marie Le Pen. Jacques Chirac refuse de débattre à la télévision avec Jean-Marie Le Pen. Un mouvement, lancé par des militants de gauche et d'extrême gauche sur internet, invite les électeurs de gauche à aller voter pour Jacques Chirac « avec des gants ou une pince à linge sur le nez ». Lors de son grand meeting de l'entre-deux-tours, Jean-Marie Le Pen a suggéré à ces électeurs de voter avec . Second tour Jacques Chirac est réélu président de la République avec 82,21 % ; Jean-Marie Le Pen obtient 17,79 % des suffrages exprimés, avec supplémentaires par rapport au premier tour, soit une progression de 15 %. Avec supplémentaires par rapport au premier tour, Jacques Chirac réalise une progression de 350 %. Les consignes de vote des candidats éliminés au premier tour et l'alliance de la quasi-totalité de la classe politique pour faire barrage au président du Front national permettent à Jacques Chirac d'obtenir ce résultat. Il s'agit en effet du plus important score réalisé en France dans une élection présidentielle au suffrage universel direct, Louis-Napoléon Bonaparte n'avait pas obtenu autant lors du vote au suffrage universel masculin direct de 1848 (74,2 %). Le au matin, Lionel Jospin présente sa démission. Quelques heures plus tard, Jacques Chirac nomme Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier ministre. Résultats Résultats détaillés Analyse générale Le premier tour de l’élection présidentielle marque plusieurs succès pour Jean-Marie Le Pen : Le candidat du FN est bien concurrencé à sa droite par Bruno Mégret, n’ayant pas reçu le soutien du Mouvement national républicain ; cependant, son score de 16,86 % des suffrages est bien supérieur à ce que prévoyaient les sondages : 11,5 % à 14,5 % en mars, et enfin 15 % à la veille du premier tour, tandis que Mégret était crédité de 4,5 %. Un réflexe de vote utile aurait donc joué parmi les électeurs d'extrême droite, et aurait rajouté au candidat du FN. Il se trouve qualifié pour le second tour et distance largement le candidat du MNR (qui ne recueille que 2,4 %) sur l’ensemble du territoire. Il est surtout arrivé en tête dans 35 départements, où il se hisse au-delà de 20 % dans plusieurs d'entre eux, comme en Alsace, où, dans le Bas-Rhin, il obtient 23,3 %, ou en Lorraine, le Nord-Pas-de-Calais, dans les Alpes-Maritimes, dans le Gard, le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, l'Hérault, les Pyrénées-Orientales, l'Eure, la Franche-Comté, ainsi qu'en Lot-et-Garonne et Tarn-et-Garonne, dans la Loire, le Rhône, l'Ain, la Haute-Savoie, la Savoie, la Drôme et l'Isère. Ce bon résultat de Jean-Marie Le Pen doit toutefois être resitué dans un contexte de forte fragmentation de l'offre politique (16 candidats), et de fort émiettement électoral. Le candidat du FN ne gagne en effet que par rapport au résultat qu'il avait obtenu au premier tour de l'élection présidentielle de 1995. Les faibles résultats obtenus par les candidats du PS et du RPR ont indirectement favorisé le succès de Jean-Marie Le Pen, dont le socle électoral s'est avéré être beaucoup plus stable entre deux élections. En ce qui concerne les deux « candidats sortants », leurs scores sont médiocres : Jacques Chirac ne réalise que 19,88 %, soit près d'un point de moins que son score de 1995 mais aussi le score de premier tour le plus faible pour un président sortant ; quant au Premier ministre du gouvernement de la Gauche plurielle, il essuie un fort recul par rapport à 1995, et de ce fait ne se trouve pas qualifié pour le second tour, et n'arrive en tête qu'en Seine-Saint-Denis, en Ariège, dans la Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées, dans l'Aude, dans le Gers, dans le Tarn, dans les Landes et dans la Nièvre. En conséquence, Lionel Jospin annonce le même son retrait de la vie politique. Le score décevant du candidat socialiste a d'une certaine manière mis le voile sur la bonne tenue de la Gauche plurielle dans son ensemble, les candidats des Verts, du PRG, du PCF et du MDC cumulant plus de 15 % des suffrages exprimés. Arrivé quatrième au premier tour, François Bayrou obtient 6,84 % des suffrages exprimés, un score se situant dans la fourchette haute de ce que pouvaient lui laisser espérer les instituts de sondages avant l'élection, avec des intentions de vote plus proches des 5 %. Le candidat de l'UDF fait ainsi mieux qu'Arlette Laguiller et Jean-Pierre Chevènement, qui étaient crédités de scores supérieurs au cours de la campagne. Son score, le plus faible jamais atteint par l'UDF, s'explique notamment par la concurrence à la droite de Bayrou d'Alain Madelin, ex-UDF libéral qui recueille de son côté 3,91 % des suffrages exprimés. L'élection présidentielle de 2002 a également été marquée par une forte poussée de l'extrême gauche trotskyste : la candidate de LO et le candidat de la LCR obtiennent chacun le meilleur score de leur parti : d’une part, Arlette Laguiller, à sa cinquième candidature, réalise le score le plus haut de Lutte ouvrière depuis l’élection de 1974, et s'impose comme la candidate la mieux placée à la gauche du Parti socialiste et de Lionel Jospin ; Olivier Besancenot obtient également un très bon score pour son parti : 4,25 % des voix, faisant ainsi mieux qu’Alain Krivine en 1969 (1,06 %) et 1974 (0,36 %). Robert Hue, avec 3,4 % des suffrages, obtient un résultat historiquement mauvais pour le PCF, très éloigné du score qu'il avait obtenu à l'élection présidentielle de 1995 lors de laquelle il avait obtenu près de 9 % des suffrages. Il est outre devancé tant par Arlette Laguiller que par Olivier Besancenot, ce qui constitue une inversion de tendance historique dans la famille de l'extrême gauche en France. Noël Mamère fait, quant à lui, le meilleur score historique en France pour un candidat écologiste, surpassant même les 5 %. Ce relatif bon score lui permet d'être le seul écologiste à avoir sa campagne remboursée. Celui qui avait fait le meilleur score écologiste, en 1988, Antoine Waechter, est surpassé de presque 1,5 %. Comptes de campagne Les comptes de tous les candidats sont validés, sauf ceux de Bruno Mégret qui a bénéficié, de la part d’une personne morale autre qu’un parti politique (la commune de Vitrolles), d’avantages en nature. Conséquences Politiques De nombreux médias ayant appelé à voter Chirac à contre-cœur emploient les termes de ou de pour qualifier le . Ce jour marquerait la naissance de la conscience politique d'une partie de la génération née dans les années 1980 et 1990, tout comme le 10 mai 1981, fêté par la classe ouvrière et plus tard symbole de l'écart avec les gouvernés. Ce résultat provoque une recomposition du paysage politique. Après la démission du gouvernement Jospin, Jean-Pierre Raffarin est nommé Premier ministre par Jacques Chirac. La droite parlementaire entreprend alors de se réunir dans un mouvement d'abord appelé Union pour la majorité présidentielle, qui deviendra ensuite l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Aux élections législatives de juin 2002, la droite l'emporte largement, tandis que le Parti socialiste obtient un mauvais score. Vote utile La présence du Front national au second tour renforce le débat sur le vote utile pour les élections suivantes. Celui-ci est considéré par certains comme anti-démocratique, le premier tour devant représenter fidèlement les sensibilités politiques de l'ensemble des votants, et par d'autres comme une nécessité pour contrer la présence au second tour de tel ou tel candidat/parti jugés dangereux selon leurs critères. Pendant la campagne pour l'élection présidentielle de 2007, le souvenir du « 21 avril » fut largement rappelé afin d'appeler à voter « utile », c'est-à-dire pour l'un des deux candidats favoris. L'élection présidentielle de 2017 met à nouveau au second tour un candidat du Front national (Marine Le Pen, fille de Jean-Marie Le Pen) aux prises avec un candidat soutenu par les partis de gouvernement : Emmanuel Macron (En marche), ancien ministre du président sortant François Hollande. Le souvenir du « 21 avril » est évoqué. Le principe de l'élection primaire se diffusa en conséquence : il permet de mettre en compétition les candidats d'une même famille politique sans risque d'élimination par les Le Pen. Elle fut d'abord chez les socialistes fermée (2006) puis ouverte (2011), et est mise en place à droite en 2016. Ainsi, en 2007 et 2012, les candidats des deux écuries ont réalisé de bien meilleurs scores et, à l'exception de François Bayrou qui réussit une campagne de 2007 contre le vote utile, tous les petits partis ont perdu des voix. Seul le Front national est revenu au niveau de 2002. Pendant la campagne de 2012, plusieurs sondages ont prévu un « 21 avril à l'envers ». Débat sur les sondages Il s'ensuit un débat concernant les techniques de sondages, leurs résultats et leurs interprétations. Si les résultats des derniers sondages étaient relativement fiables pour la majorité des candidats, les instituts réalisant les enquêtes ainsi que les journalistes et les personnalités politiques n'avaient pas anticipé la possible présence du Front national au second tour. Un duel RPR/PS semblant acquis, des bulletins de vote au nom de Lionel Jospin ont même été imprimés par l'équipe de celui-ci avant le premier tour. Dans Le Monde du , Jean-Marie Le Pen se montre confiant dans sa capacité à accéder au second tour ; son équipe de campagne a réservé à cette date des chapiteaux pour six réunions entre les deux tours. Engagement d'artistes Durant la nuit du premier tour, Damien Saez compose et enregistre un titre en téléchargement gratuit, Fils de France. Sur l'album Révolution.com, No One Is Innocent dénonce l'abstentionnisme dans la chanson Où étions-nous ?. Notes et références Voir aussi Bibliographie Articles . Fiction Bande dessinée : cycle en cours de parution Dantès (6 volumes). Dans les milieux de la Bourse Christophe Dantès -inspiré d'Edmond Dantès, comte de Monte-Cristo- dans sa lutte vengeresse, attaque un de ses trois ennemis, qui arrive contre toute attente en tête au premier tour de l'élection présidentielle du . Il s'appelle Charles de Salers, et est président de Nation française, dont le siège se trouve à Saint-Cloud. À l'instar de son modèle, il a une fille, Justine, engagée dans son combat. Articles connexes Liste des élections présidentielles françaises (Cinquième République) Financement des campagnes présidentielles en France Affaire Paul Voise Front républicain ( République) 21 avril (expression politique) Débat sur l'énergie nucléaire Liens externes Vidéo : Résultats du premier tour sur France 2 Vidéo : Résultats du second tour sur France 2 Le cauchemar de Paul Voise, du fait divers à l’incendie médiatique
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Élections législatives en France
Les élections législatives en France déterminent les représentants siégeant à la chambre basse du Parlement. Cette chambre a eu plusieurs dénominations au cours de l'histoire, notamment : Assemblée législative sous la Révolution, Chambre des députés sous la Restauration, la monarchie de Juillet et la République, puis enfin Assemblée nationale sous les et Républiques. Sous la Cinquième République, toutes les élections législatives ont eu lieu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours sauf les élections de 1986. Les dernières élections législatives ont eu lieu les et . Mode de scrutin Actuel À la différence de l'élection présidentielle, le mode de scrutin pour les élections législatives n'est pas fixé par la Constitution. L'article 25 de la constitution précise seulement qu'une loi organique fixe la durée des pouvoirs de chaque assemblée, le nombre de ses membres, leur indemnité, les conditions d'éligibilité, le régime des inéligibilités et des incompatibilités. Il limite par ailleurs le nombre de députés à 577 depuis la révision constitutionnelle de juillet 2008. Les modalités du scrutin sont fixées par le code électoral qui prescrit un scrutin uninominal majoritaire à deux tours : un député est élu dans chacune des 577 circonscriptions législatives. Chaque électeur dispose d'une voix : au premier tour de scrutin, un candidat doit pour être élu recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés représentant au moins 25 % des électeurs inscrits (et non seulement des suffrages exprimés). Si aucun candidat n'est élu, un second tour a lieu et il est organisé comme suit : se présentent les candidats ayant obtenu un nombre de suffrages égal à au moins 12,5 % des électeurs inscrits s'il y a au moins deux de tels candidats sinon, si un seul candidat ou aucun candidat ne remplit cette condition, peuvent se présenter les deux candidats ayant obtenu le plus de voix au premier tour Au second tour, le candidat obtenant le plus de suffrages exprimés est élu, même s'il ne s'agit pas de la majorité absolue. En cas d'égalité, le candidat le plus âgé est élu. En même temps que chaque député et sur le même bulletin de vote est élu un suppléant amené à remplacer le député si son mandat prend fin dans certaines circonstances. Historique Depuis l'instauration du suffrage universel (seulement masculin jusqu'en 1945) pour les élections législatives, celles-ci se sont déroulées selon différents modes de scrutin. Les règles fixant les conditions d'accès des candidats au second tour dans le cadre du scrutin uninominal majoritaire à deux tours ont évolué au fil du temps. À partir de 1958, il faut avoir recueilli au moins des suffrages exprimés. Cette disposition, qui avait été prise par ordonnance, est introduite en octobre 1964 dans le code électoral à l'article L162. La loi du 29 décembre 1966 modifie cet article en fixant le seuil d'accès au second tour à du nombre d'électeurs inscrits. Cette disposition est à nouveau modifiée par la loi du 19 juillet 1976 qui augmente le seuil à du nombre d'électeurs inscrits. Dates du scrutin Le mandat de l'Assemblée nationale est de cinq ans. La loi organique 2001-419 du fixe au du mois de juin la fin des pouvoirs de l'Assemblée nationale, cinq ans après son élection. Cette loi a allongé le mandat de la législature afin que les élections législatives aient lieu après l'élection présidentielle. Comme le mandat présidentiel a également été fixé à cinq ans en 2000, les élections législatives ont lieu tous les cinq ans quelques semaines après l'élection présidentielle. Ce changement de calendrier permet au président nouvellement élu ou réélu de disposer d'une majorité à l'Assemblée nationale et de diminuer les risques d'une cohabitation. Néanmoins, plusieurs évènements peuvent modifier ce rapprochement électoral, notamment lors d'une démission ou d'un décès du Président de la République et également lors de la dissolution de l'Assemblée nationale. Les élections doivent se tenir dans les soixante jours qui précèdent l'expiration des pouvoirs de l'Assemblée sortante. La date exacte du scrutin est fixée par le gouvernement. Électeurs Le scrutin législatif est ouvert à tous les électeurs des scrutins nationaux inscrits sur les listes électorales, c’est-à-dire à toute personne : âgée de 18 ans au moins à la date du premier tour n'étant pas déchue de ses droits civiques de nationalité française jouissant de ses droits civils et politiques inscrite sur une liste électorale. Candidats Pour se présenter, un candidat doit être électeur. Il n'est pas obligé de se présenter dans la circonscription où il est inscrit mais il est en revanche interdit de se présenter dans plusieurs circonscriptions (ce qui était autorisé sous la République jusqu'à une loi de 1889 à la suite du parcours de Georges Boulanger). L'inscription sur les listes électorales n'est pas une obligation, seule la qualité d'électeur l'est. Le cumul du mandat de député avec certains autres mandats est interdit. Ainsi, un député ne peut être : sénateur ; député européen. De manière générale, il est interdit d'exercer plus de deux mandats électifs simultanément (sauf un mandat municipal d'une commune de moins de 3 500 habitants). En outre, le cumul de la fonction de député sera interdit à compter des élections de 2017 avec les fonctions de : maire, maire d'arrondissement, maire délégué ou adjoint au maire ; président ou vice-président d'un établissement public de coopération intercommunale ou d'un syndicat mixte ; président ou vice-président d'un conseil départemental, conseil régional ou d'une autre assemblée délibérante de collectivité territoriale ; président ou membre du conseil exécutif de Corse ou de Martinique ; président ou membre du bureau de l'Assemblée des Français de l'étranger et de vice-président de conseil consulaire. Enfin, un député ne peut pas être ministre : si un député est nommé au gouvernement, il est provisoirement remplacé par son suppléant. Financement des partis Une partie du financement public des partis politiques est déterminée par les résultats des élections législatives. Chaque parti ayant présenté des candidats ayant obtenu chacun au moins 1 % des suffrages exprimés dans au moins cinquante circonscriptions se voit attribuer une fraction de l'aide publique prévue, au prorata du nombre de suffrages de ses candidats. Des dispositions particulières sont applicables pour les partis des collectivités d'outre-mer. Ce financement est modulé par l'application de la parité (proportion d'hommes et de femmes présentés aux élections législatives), conformément à la loi n°88-227 du relative à la transparence financière de la vie politique modifiée par la loi n°2000-493 du . Une autre partie de l'aide publique est attribuée aux partis proportionnellement au nombre de députés et sénateurs qui y sont inscrits ou rattachés. Lors de la législature 2007-2012, chaque suffrage rapportait environ 1,70 euro par an et chaque parlementaire environ par an. Majorité parlementaire Sous la République, toutes les élections législatives ont eu lieu selon le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, sauf celle de 1986 qui eut lieu à la proportionnelle au scrutin de liste. Neuf ont résulté de la fin d'une législature, les cinq autres d'une dissolution de l'Assemblée nationale par décret du président de la République. Conséquences sur la direction du pays La Constitution voulue par le général de Gaulle visait à renforcer les prérogatives du chef de l'État et du gouvernement au détriment du Parlement. Au cours de la République, la hiérarchisation au profit du président élu au suffrage universel et non en faveur du chef du gouvernement responsable devant le Parlement, a montré qu'il n'existait pas toujours de réelle prééminence, en particulier lors des périodes de cohabitation. Le « phénomène majoritaire » de l'Assemblée nationale est une des clefs de voûte du système institutionnel. En 1958, Michel Debré l'évoquait en s'exclamant : . Paradoxalement, malgré la volonté initiale de supprimer le « régime des partis », la République a renforcé, législature après législature, un système partisan fondé sur les grands groupes parlementaires. Ainsi, et même si la décision appartient au seul chef de l'État, tous les premiers ministres sont nommés en fonction de la majorité qui se dégage à l'Assemblée nationale à l'issue des élections législatives, rappelant, sans pour autant que ce mécanisme soit formalisé par la Constitution, les régimes parlementaires étrangers qui portent systématiquement à la tête du gouvernement le chef de la coalition victorieuse aux élections. Notes et références Voir aussi Articles connexes Liste des élections législatives françaises (Cinquième République), Liste des législatures françaises Assemblée nationale (France) Composition de l'Assemblée nationale française par législature Démission des ministres battus aux élections législatives Liens externes Le site du ministère de l'Intérieur : candidatures et résultats des élections législatives 2017 Le site du gouvernement Les professions de foi et bulletins de vote des élections législatives de la Ve république conservés au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) ont été numérisés en partenariat avec la bibliothèque de Sciences Po et sont disponibles en ligne.
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Géométrie
La géométrie est à l'origine la branche des mathématiques étudiant les figures du plan et de l'espace (géométrie euclidienne). Depuis la fin du , la géométrie étudie également les figures appartenant à d'autres types d'espaces (géométrie projective, géométrie non euclidienne, par exemple). Depuis le début du , certaines méthodes d'étude de figures de ces espaces se sont transformées en branches autonomes des mathématiques : topologie, géométrie différentielle et géométrie algébrique, par exemple. Si l'on veut englober toutes ces acceptions, il est difficile de définir ce qu'est, aujourd'hui, la géométrie. C'est que l'unité des diverses branches de la « géométrie contemporaine » réside plus dans des origines historiques que dans une communauté de méthodes ou d'objets. Étymologie Le terme géométrie dérive du grec de γεωμέτρης (geômetrês) qui signifie « géomètre, arpenteur » et vient de γῆ (gê) « terre » et μέτρον (métron) « mesure ». Ce serait donc « la science de la mesure du terrain ». Grandes divisions de la géométrie Géométrie classique Sans qualificatif particulier et sans référence à un contexte particulier (par opposition à la géométrie différentielle ou la géométrie algébrique), la géométrie ou encore géométrie classique englobe principalement : La géométrie euclidienne, qui est l'étude de l'espace usuel avec les notions de distance et d'angle ; La géométrie affine, qui est l'étude des points et des droites, mais sans les notions de distance et d'angle ; La géométrie projective, qui ajoute aux espaces de la géométrie affine des points à l'infini ; La géométrie non euclidienne, qui est une variante de la géométrie euclidienne et n'en diffère que par la modification de l'énoncé du cinquième postulat d'Euclide. Cette géométrie est contraire à l'intuition usuelle. Elle comprend la géométrie hyperbolique, la géométrie elliptique et la géométrie sphérique. Les géométries ci-dessus peuvent être généralisées en faisant varier la dimension des espaces, en changeant le corps des scalaires (utiliser des droites différentes de la droite réelle) ou en donnant une courbure à l'espace. Ces géométries sont encore dites classiques. Par ailleurs, la géométrie classique peut être axiomatisée ou étudiée de différentes façons. La géométrie d'incidence et la géométrie synthétique (ou géométrie pure), qui utilisent une approche axiomatique ayant généralement comme données premières les points, les droites, les plans, ainsi que les relations qui les gouvernent et les grandeurs qui leur sont associées. La géométrie analytique, qui utilise les coordonnées et qui associe à chaque point des triplets (ou une suite de longueur donnée) d'éléments d'un corps. L'algèbre linéaire, qui généralise la géométrie analytique en remplaçant l'utilisation des coordonnées par celle des espaces vectoriels abstraits. La géométrie des groupes, qui étudie les actions de groupe et leurs invariants. C'est là le programme d'Erlangen de Felix Klein. On s'intéresse particulièrement aux groupes (abstraits, algébriques ou de Lie) classiques, c'est-à-dire aux groupes liés aux groupes linéaires, orthogonaux, unitaires ou symplectiques, et a leurs espaces homogènes classiques (espaces symétriques, variétés de drapeaux, par exemple). La théorie des invariants est intimement liée à cet aspect de la géométrie : elle permet d'associer à des configurations des quantités (birapports, distances, angles, etc.) qui permettent de classer les orbites. On peut aussi étendre cette approche à la géométrie des groupes exceptionnels (algébriques ou de Lie). La théorie des immeubles de Tits, qui est liée à la géométrie des groupes classiques et exceptionnels (algébriques ou non), et qui étudie des structures combinatoires liés aux diagrammes de Coxeter. Par exemple, l'ensemble de toutes les chaînes de sous-espaces vectoriels d'un espace vectoriel de dimension finie sur un corps est un immeuble, et l'ensemble de toutes les chaînes de sous-espaces projectifs d'un espace projectif P de dimension finie sur corps commutatif qui sont inclus dans une même quadrique projective de P est un immeuble. Il est remarquable que l'algèbre linéaire (espaces vectoriels, formes quadratiques, formes bilinéaires alternées, formes hermitiennes et antihermitiennes, etc.) permette de construire des modèles explicites de la plupart des structures rencontrées dans ces géométries. Cela confère donc à la géométrie classique une certaine unité. Autres types de géométries Il y a des branches des mathématiques qui sont issues de l'étude des figures des espaces euclidiens, mais qui se sont constituées en branches autonomes des mathématiques et qui étudient des espaces qui ne sont pas nécessairement plongés dans des espaces euclidiens : la topologie ; la géométrie différentielle, qui utilise l'analyse, la topologie et l'algèbre linéaire, et qui étudie des espaces qui, localement, sont des espaces euclidiens, et sur lesquels on peut faire du calcul différentiel et du calcul intégral. La géométrie différentielle englobe la géométrie riemannienne et la géométrie symplectique ; la géométrie algébrique, qui utilise l'algèbre abstraite et la topologie et qui étudie des espaces qui, localement, sont des ensembles de points définis par des équations algébriques, tels les sous-espaces affines, les coniques et les quadriques ; la géométrie non commutative. Les différents espaces de la géométrie classique peuvent être étudiés par la topologie, la géométrie différentielle et la géométrie algébrique. Conception de la géométrie La géométrie admet de nombreuses acceptions selon les auteurs. Dans un sens strict, la géométrie est « l'étude des formes et des grandeurs de figures ». Cette définition est conforme à l'émergence de la géométrie en tant que science sous la civilisation grecque durant l'époque classique. Selon un rapport de Jean-Pierre Kahane, cette définition coïncide avec l'idée que se font les gens de la géométrie comme matière enseignée : c'est « le lieu où on apprend à appréhender l'espace ». En 1739, Leonhard Euler étudie le problème des sept ponts de Königsberg ; ses travaux sont considérés comme l'un des premiers résultats de géométrie ne dépendant d'aucune mesure, des résultats qu'on qualifiera de topologiques. Les questions posées durant le ont conduit à repenser les notions de forme et d'espace, en écartant la rigidité des distances euclidiennes. Il a été envisagé la possibilité de déformer continûment une surface sans préserver la métrique induite, par exemple de déformer une sphère en un ellipsoïde. : ses objets d'étude sont des ensembles, les espaces topologiques, dont la notion de proximité et de continuité est définie ensemblistement par la notion de voisinage. Selon certains mathématiciens, la topologie fait pleinement partie de la géométrie, voire en est une branche fondamentale. Cette classification peut être remise en cause par d'autres. Selon le point de vue de Felix Klein (1849-1925), la géométrie analytique « synthétisait en fait deux caractères ultérieurement dissociés : son caractère fondamentalement métrique, et l'homogénéité ». Le premier caractère se retrouve dans la géométrie métrique, qui étudie les propriétés géométriques des distances. Le second est au fondement du programme d'Erlangen, qui définit la géométrie comme l'étude des invariants d'actions de groupe. Les travaux actuels, dans des domaines de recherche portant le nom de géométrie, tendent à remettre en cause la première définition donnée. Selon Jean-Jacques Szczeciniarcz, la géométrie ne se construit pas sur « la simple référence à l'espace, ni même [sur] la figuration ou [sur] la visualisation » mais se comprend à travers son développement : « la géométrie est absorbée mais en même temps nous parait attribuer un sens aux concepts en donnant par ailleurs l'impression d'un retour au sens initial ». Jean-Jacques Sczeciniarcz relève deux mouvements dans la recherche mathématique qui a conduit à un élargissement ou à un morcellement de la géométrie : la procédure d'idéalisation consistant à montrer l'importance d'une structure en l'ajoutant aux objets mathématiques déjà étudiés ; au contraire, la procédure de thématisation consistant à dégager une nouvelle structure sous-jacente à des objets géométriques déjà étudiés. Dans le prolongement, la géométrie peut être abordée non plus comme une discipline unifiée mais comme une vision des mathématiques ou une approche des objets. Selon Gerhard Heinzmann, la géométrie se caractérise par « un usage de termes et de contenus géométriques, comme « points », « distance » ou « dimension » en tant que cadre langagier dans les domaines les plus divers », accompagné par un équilibre entre une approche empirique et une approche théorique. Histoire L'invention de la géométrie remonte à l'Égypte antique. Géométrie classique Pour Henri Poincaré, l’espace géométrique possède les propriétés suivantes : Les géométries euclidienne et non euclidienne correspondent à cette définition stricto sensu de l'espace. Construire une telle géométrie consiste à énoncer les règles d'agencement des quatre objets fondamentaux : le point, la droite, le plan et l'espace. Ce travail reste l'apanage de la géométrie pure qui est la seule à travailler ex nihilo. Géométrie plane La géométrie plane repose d'abord sur une axiomatique qui définit l'espace ; puis sur des méthodes d'intersections, de transformations et de constructions de figures (triangle, parallélogramme, cercle, sphère, etc.). La géométrie projective est la plus minimaliste, ce qui en fait un tronc commun pour les autres géométries. Elle est fondée sur des axiomes : d'incidence (ou d'appartenance) dont la caractéristique la plus notable (et la plus singulière) est : « Deux droites distinctes coplanaires possèdent un unique point commun. » ; d'ordre : permet notamment d'ordonner les points d'une droite. De ce point de vue, une droite projective s'apparente à un cercle car deux points définissent deux segments ; de continuité : ainsi, dans tout espace géométrique, l'on peut joindre un point à un autre par un cheminement continu. En géométrie euclidienne, cet axiome est l'axiome d'Archimède. Parallélisme Distinguer dans la géométrie projective des éléments impropres caractérise la géométrie arguésienne. Puis la géométrie affine naît de l'élimination de ces éléments impropres. Cette suppression de points crée la notion de parallélisme puisque désormais certaines paires de droites coplanaires cessent d'intersecter. Le point impropre supprimé est assimilable à la direction de ces droites. De plus, deux points ne définissent plus qu'un segment (celui des deux qui ne contient pas le point impropre) et rend familière la notion de sens ou orientation (c'est-à-dire, cela permet de distinguer de ). Congruence Géométries euclidienne et non euclidiennes Le cinquième axiome ou « postulat de parallèles » de la géométrie d'Euclide fonde la géométrie euclidienne : Voir l'axiomatique de Hilbert ou les Éléments d'Euclide pour des énoncés plus complet de la géométrie euclidienne. La réfutation de ce postulat a conduit à l'élaboration de deux géométries non euclidiennes : la géométrie hyperbolique par Gauss, Lobatchevski, Bolyai et la géométrie elliptique par Riemann. Programme d'Erlangen Dans la conception de Felix Klein (auteur du programme d'Erlangen), la géométrie est l'étude des espaces de points sur lesquels opèrent des groupes de transformations (appelées aussi symétries) et des quantités et des propriétés qui sont invariantes pour ces groupes. Le plan et la sphère, par exemple, sont l'un comme l'autre des espaces de dimension 2, homogènes (pas de point privilégié) et isotropes (pas de direction privilégiée), mais ils diffèrent par leurs groupes de symétrie (le groupe euclidien pour l'un, le groupe des rotations pour l'autre). Parmi les transformations les plus connues, on retrouve les isométries, les similitudes, les rotations, les réflexions, les translations et les homothéties. Il ne s'agit donc pas d'une discipline mais d'un important travail de synthèse qui a permis une vision claire des particularités de chaque géométrie. Ce programme caractérise donc plus la géométrie qu'il ne la fonde. Il eut un rôle médiateur dans le débat sur la nature des géométries non-euclidiennes et la controverse entre géométries analytique et synthétique. Géométrie des groupes classiques Il y a en géométrie différentielle et en géométrie algébrique des groupes de Lie et des groupes algébriques, qui eux ont des espaces homogènes, et la géométrie classique se ramène souvent à l'étude de ces espaces homogènes. Les géométries affine et projective sont liées aux groupes linéaires, et les géométries euclidienne, sphérique, elliptique et hyperbolique sont liées aux groupes orthogonaux. Lorsqu'il y a des classifications explicites des groupes de Lie ou algébriques ou des leurs espaces homogènes vérifiant certaines hypothèses (groupes de Lie ou algébriques simples, espaces symétriques, variétés de drapeaux généralisées, espaces de courbure constante, par exemple), les principaux éléments de ces classifications sont parfois issus de la géométrie classique, et les groupes auxquels sont associés ces géométries classiques sont liés aux groupes dits classiques (groupes linéaires, orthogonaux, symplectiques, par exemple). La plupart des géométries classiques sont liées aux groupes de Lie ou algébriques simples, dit classiques (ils sont issus de l'algèbre linéaire). Il y a d'autres groupes de Lie ou algébriques simples, et ils sont dits « exceptionnels » et ils donnent lieu à la géométrie exceptionnelle, avec certaines analogies avec la géométrie classique. Cette distinction est due au fait que les groupes simples sont (sous certaines hypothèses) classés en plusieurs séries infinies (souvent quatre) et en un nombre fini d'autres groupes (souvent cinq), et ce sont ces derniers groupes qui sont exceptionnels, et ils ne relèvent pas de l'algèbre linéaire (du moins pas de la même manière) : ils sont souvent liés à des structures algébriques non associatives (algèbres d'octonions, algèbres de Jordan exceptionnelles, par exemple). Aux groupes de Lie ou algébriques simples sont associés des diagrammes de Dynkin (des sortes de graphes), et certaines propriétés de ces géométries peuvent se lire dans ces diagrammes. Domaines de recherche relevant de la géométrie Géométrie riemannienne La géométrie riemannienne peut être vue comme une extension de la géométrie euclidienne. Son étude porte sur les propriétés géométriques d'espaces (variétés) présentant une notion de vecteurs tangents, et équipés d'une métrique (métrique riemannienne) permettant de mesurer ces vecteurs. Les premiers exemples rencontrés sont les surfaces de l'espace euclidien de dont les propriétés métriques ont été étudiées par Gauss dans les années 1820. Le produit euclidien induit une métrique sur la surface étudiée par restriction aux différents plans tangents. La définition intrinsèque de métrique fut formalisée en dimension supérieure par Riemann. La notion de transport parallèle autorise la comparaison des espaces tangents en deux points distincts de la variété : elle vise à transporter de manière cohérente un vecteur le long d'une courbe tracée sur la variété riemannienne. La courbure d'une variété riemannienne mesure par définition la dépendance éventuelle du transport parallèle d'un point à un autre par rapport à la courbe les reliant. La métrique donne lieu à la définition de la longueur des courbes, d'où dérive la définition de la distance riemannienne. Mais les propriétés métriques des triangles peuvent différer de la trigonométrie euclidienne. Cette différence est en partie étudiée à travers le théorème de Toponogov, qui permet de comparer du moins localement la variété riemannienne étudiée à des espaces modèles, selon des inégalités supposées connues sur la courbure sectionnelle. Parmi les espaces modèles : l'espace euclidien est une variété riemannienne de courbure nulle ; la sphère de dimension n est une variété riemannienne de courbure positive constante 1 ; l' de dimension n est une variété riemannienne de courbure négative -1. Géométrie complexe La géométrie complexe porte sur les propriétés d'espaces pouvant localement s'identifier à . Ces objets (variété complexe) présentent une certaine rigidité, découlant de l'unicité d'un prolongement analytique d'une fonction à plusieurs variables. Géométries symplectique et de contact La géométrie symplectique est une branche de la géométrie différentielle et peut être introduite comme une généralisation en dimension supérieure de la notion d'aire orientées rencontrée en dimension 2. Elle est liée aux formes bilinéaires alternées. Les objets de cette géométrie sont les variétés symplectiques, qui sont des variétés différentielles munie d'un champ de formes bilinéaires alternées. Par exemple, un espace affine attaché à un espace vectoriel muni d'une forme bilinéaire alternée non dégénérée est une variété symplectique. La géométrie de contact est une branche de la géométrie différentielle qui étudie les variétés de contact, qui sont des variétés différentielles munies d'un champ d'hyperplans des espaces tangents vérifiant certaines propriétés. Par exemple, l'espace projectif déduit un espace vectoriel muni d'une forme bilinéaire alternée non dégénérée est une variété de contact. Géométries discrète et convexe Géométries algébrique et arithmétique Géométrie non commutative Applications de la géométrie Longtemps, géométrie et astronomie ont été liées. À un niveau élémentaire, le calcul des tailles de la lune, du Soleil et de leurs distances respectives à la Terre fait appel au théorème de Thalès. Dans les premiers modèles du système solaire, à chaque planète était associé un solide platonicien. Depuis les observations astronomiques de Kepler, confirmées par les travaux de Newton, il est prouvé que les planètes suivent une orbite elliptique dont le Soleil constitue un des foyers. De telles considérations de nature géométrique peuvent intervenir couramment en mécanique classique pour décrire qualitativement les trajectoires. En ce sens, la géométrie intervient en ingénierie dans l'étude de la stabilité d'un système mécanique. Mais elle intervient encore plus naturellement dans le dessin industriel. Le dessin industriel montre les coupes ou les projections d'un objet tridimensionnel, et est annoté des longueurs et angles. C'est la première étape de la mise en place d'un projet de conception industrielle. Récemment, le mariage de la géométrie avec l'informatique a permis l'arrivée de la conception assistée par ordinateur (CAO), des calculs par éléments finis et de l'infographie. La trigonométrie euclidienne intervient en optique pour traiter par exemple de la diffraction de la lumière. Elle est également à l'origine du développement de la navigation : navigation maritime aux étoiles (avec les sextants), cartographie, navigation aérienne (pilotage aux instruments à partir des signaux des balises). Les nouvelles avancées en géométrie au trouvent des échos en physique. Il est souvent dit que la géométrie riemannienne a été initialement motivée par les interrogations de Gauss sur la cartographie de la Terre. Elle rend compte en particulier de la géométrie des surfaces dans l'espace. Une de ses extensions, la géométrie lorentzienne, a fourni le formalisme idéal pour formuler les lois de la relativité générale. La géométrie différentielle trouve de nouvelles applications dans la physique post-newtonienne avec la théorie des cordes ou des membranes. La géométrie non commutative, inventée par Alain Connes, tend à s'imposer pour présenter les bonnes structures mathématiques avec lesquelles travailler pour mettre en place de nouvelles théories physiques. Enseignement de la géométrie La géométrie occupe une place privilégiée dans l'enseignement des mathématiques. : elle permet aux élèves de développer une réflexion sur des problèmes, de visualiser des figures du plan et de l'espace, de rédiger des démonstrations, de déduire des résultats d'hypothèses énoncées. Mais plus encore, « le raisonnement géométrique est beaucoup plus riche que la simple déduction formelle », car il s'appuie sur l'intuition née de l'« observation des figures ». Dans les années 1960, l'enseignement des mathématiques en France insistait sur la mise en pratique des problèmes relevant de la géométrie dans la vie courante. En particulier, le théorème de Pythagore était illustré par la règle du 3, 4, 5 et son utilisation en charpenterie. Les involutions, les divisions harmoniques, et les birapports étaient au programme du secondaire. Mais la réforme des mathématiques modernes, née aux États-Unis et adaptée en Europe, a conduit à réduire considérablement les connaissances enseignées en géométrie pour introduire de l'algèbre linéaire dans le second degré. Dans de nombreux pays, . Un rapport de Jean-Pierre Kahane dénonce le manque d'« une véritable réflexion didactique préalable » sur l'apport de la géométrie : en particulier, une « pratique de la géométrie vectorielle » prépare l'élève à une meilleure assimilation des notions formelles d'espace vectoriel, de forme bilinéaire… . Notes et références Voir aussi Bibliographie . Nikolai I. Lobachevsky, Pangeometry, traduction et édition: A. Papadopoulos, , Vol. 4, European Mathematical Society, 2010. Liens externes Advances in Geometry
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe
Groupe
Un groupe est un ensemble d'individus ou d'objets possédant des caractéristiques communes ou rassemblés dans le même objectif. Selon les domaines, il peut faire référence à : Armée Groupe, à l'armée : corps de troupe Arts Groupe, en arts plastiques ou visuels Groupe, en musique Économie Un groupe est une relation plus ou moins étroite entre différentes entreprises : soit une relation essentiellement financière, groupe d'entreprises ; soit une relation motivée par un intérêt commun : le GIE (groupement d'intérêt économique) ou le groupement d'achat. Sciences exactes Groupe, en mathématiques : structure algébrique abstraite Groupe, en chimie : éléments chimiques d'une même colonne du tableau périodique Groupe, en chimie organique : partie de molécule pouvant lui conférer une fonction Groupe, en informatique, pointe une collection d'utilisateurs ou d'autres objets Groupe (Unix) Sciences humaines En sociologie, en psychologie sociale : groupe, ensemble de personnes réunies en raison d'une certaine relation Dynamique de groupe : ensemble des phénomènes psycho-sociologiques qui émergent et se développent dans les petits groupes sociaux Pensée de groupe : processus selon lequel les individus d'un groupe ont tendance à rechercher le consensus plutôt qu'à appréhender de manière réaliste la situation Groupe de travail est un regroupement dont l'objet est la réalisation d'un travail en médecine, un groupe à risque commence à partir de trois personnes prédisposées à une pathologie ou dont le comportement inclut des conduites à risque En linguistique : groupe, unité syntaxique contingente plus ou moins complexe équivalant à « syntagme » Sciences naturelles En botanique : un Groupe (avec un majuscule, ou groupe de cultivars), est un rang de la classification horticole, regroupant des plantes cultivées, dans le cadre du Code international pour la nomenclature des plantes cultivées En géologie : groupe en stratigraphie, unité stratigraphique faisant partie d'une strate géologique. Sport Groupe, dans le cadre d'une compétition intégrant une phase de poules : les équipes se rencontrent d'abord au sein d'un groupe, généralement désigné par une lettre. Technologie Groupe : ensemble des éléments d'un vélo qui permettent la transmission de la puissance de pédalage aux roues, composé notamment des dérailleurs, des pignons, de la chaine, des commandes des vitesses, etc. Groupe, dans le règlement de la Fédération internationale de l'automobile1 (FIA) Groupe A : catégorie relative aux voitures de tourisme modifiées, Groupe B : catégorie relative aux voitures de grand tourisme modifiées produites à 200 exemplaires (créée en 1982) Groupe N : catégorie relative aux voitures de production Voir aussi Groupe 47 : association d'écrivains de langue allemande créé en 1947 et dissous en 1967 Groupe de recherches musicales : centre de recherche musicale créé par Pierre Schaeffer en 1958 Groupe du musée de l'Homme : mouvement de la Résistance française à l'occupation nazie, lors de la Seconde Guerre mondiale 1939-1944 Groupe L'Avenir : groupe de presse de la République démocratique du Congo Groupe parlementaire : association de députés ou de sénateurs en fonction de leurs choix politiques Groupe µ : Centre d'Études poétiques de l'Université de Liège (Belgique) créé en 1967
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https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9om%C3%A9trie%20non%20commutative
Géométrie non commutative
La géométrie non commutative, développée par Alain Connes, est une branche des mathématiques, et plus précisément un type de géométrie algébrique distincte de la géométrie algébrique telle qu'on l'entend habituellement (celle développée par Alexandre Grothendieck), car s'intéressant à des objets définis à partir de structures algébriques non commutatives. L'idée principale est qu'un espace au sens de la géométrie usuelle peut être décrit par l'ensemble des fonctions numériques définies sur cet espace. Cet ensemble de fonctions forme une algèbre associative sur un corps, qui est aussi commutative : le produit de deux fonctions ne dépend pas du choix d'un ordre. On peut alors songer à voir les algèbres associatives non commutatives comme des « algèbres de fonctions » sur des « espaces non commutatifs », comme le tore non commutatif. Motivations L'approche moderne de nombreuses questions géométriques est de s'intéresser à des fonctions définies sur l'espace qu'on veut étudier. Par exemple, l'étude de la géométrie des variétés riemanniennes passe par celle des fonctions méromorphes définies sur la variété, avec comme outil central le théorème de Riemann-Roch et ses généralisations ; la géométrie algébrique, dans sa version refondue par Grothendieck, est tout entière consacrée à l'étude de fonctions généralisées (les schémas). Ces ensembles de fonctions forment, pour l'addition et la multiplication, des anneaux commutatifs, qui caractérisent dans de nombreux cas l'espace correspondant ; on peut dire ainsi que ces espaces ont, en un certain sens, une topologie commutative. Le « rêve » d'une géométrie non commutative est d'associer de même à des anneaux non commutatifs des « espaces » qu'on pourrait interpréter comme le support des éléments de l'anneau, considérés comme des « fonctions ». Les généralisations correspondantes, hautement non triviales, sont appelées des espaces non commutatifs, munis de topologies non commutatives. Motivations venant de la théorie ergodique D'un point de vue technique, une partie de la théorie développée par Alain Connes prend ses racines dans des approches plus anciennes, venant en particulier de la théorie ergodique. Vers 1970, George Mackey avait ainsi créé une théorie des sous-groupes virtuels, qui seraient des espaces homogènes (en un sens étendu) pour les actions de groupe ergodiques ; cette théorie est désormais interprétée comme un cas particulier de géométrie non commutative. Applications en physique En 1997, Alain Connes découvrit des applications de la géométrie non commutative à la théorie M, ce qui amena des physiciens à s'y intéresser ; des applications variées et inattendues en résultèrent, en particulier en théorie quantique des champs. C*-algèbres non commutatives et algèbres de von Neumann La associe à une C*-algèbre commutative (par dualité) un espace séparé localement compact ; même dans le cas non commutatif, on peut associer à une C*-algèbre S un espace topologique Ŝ appelé son spectre ; on dit souvent alors que Ŝ est un espace non commutatif. Il y a également une dualité entre les espaces mesurés σ-finis et les algèbres de Von Neumann commutatives, on associe de même aux algèbres de Von Neumann non commutatives des objets appelé pour cette raison espaces mesurés non-commutatifs. Variétés riemanniennes non commutatives Une variété riemannienne M est un espace topologique muni de structures additionnelles ; l'algèbre C(M) des fonctions continues sur M ne permet de reconstituer que la topologie. Un invariant algébrique permettant de reconstituer la structure riemannienne a été introduit par Alain Connes sous le nom de , en s'inspirant du théorème de l'indice d'Atiyah-Singer. Il est construit à partir d'un fibré vectoriel lisse E au-dessus de M, le fibré de l'algèbre extérieure. L'espace de Hilbert L2(M, E) des sections de E de carré intégrable représente C(M) (par les opérateurs de multiplication) ; on peut définir un opérateur non borné D sur L2(M, E) d'ensemble résolvant compact tel que les commutateurs [D, f] sont bornés quand f est différentiable. En 2008, Alain Connes a démontré que M, en tant que variété riemannienne, est caractérisée par ce triplet. Cela conduit à définir une variété riemannienne non commutative comme un triplet (A, H, D) formé d'une représentation d'une C*-algèbre A (non commutative) sur un espace de Hilbert H, et d'un opérateur non borné D sur H, d'ensemble résolvant compact, tel que [D, a] est borné pour tous les a d'une certaine sous-algèbre dense de A. La recherche à ce sujet est très active, et de nombreux exemples de variétés riemanniennes non commutatives ont été construits. Schémas non commutatifs affines et projectifs La dualité entre schémas affines et anneaux commutatifs conduit à définir par analogie une catégorie des schémas affines non commutatifs comme le dual de la catégorie des anneaux unitaires. Dans ce contexte, certaines généralisations de la topologie de Zariski permettent d'associer ces schémas affines à des objets plus généraux. La sur un anneau commutatif gradué peut aussi être étendue au cas non commutatif, en suivant les lignes d'un théorème de Serre sur la catégorie des faisceaux cohérents. Cette extension est prise comme définition de la géométrie projective non commutative par Michael Artin et J. J. Zhang. Invariants d'espaces non commutatifs Une des questions motivant la théorie est la possibilité d'étendre des invariants topologiques classiques, comme l'homologie, au cas non commutatif, et plus précisément à les définir par dualité à partir d'algèbres d'opérateurs non commutatives. L'un des points de départ d'Alain Connes dans cette direction est sa découverte d'une nouvelle théorie cohomologique, la cohomologie cyclique, ainsi que sa relation avec la K-théorie algébrique (par l'intermédiaire des caractères de Connes–Chern). La théorie des classes caractéristiques des variétés différentiables peut s'étendre aux triplets spectraux à l'aide des outils de la ,cohomologie cyclique ; ainsi, la classe caractéristique fondamentale dans cette extension, le , généralise le caractère de Chern. Plusieurs généralisations du théorème de l'indice permettent l'extraction effective d'invariants numériques à partir des triplets. Exemples d'espaces non commutatifs Le tore non commutatif est une de l'algèbre des fonctions sur le tore ordinaire, qui peut être interprété comme un triplet spectral. Cet exemple a été étudié intensivement, et sert souvent de modèle pour des situations plus complexes. Partant de la formalisation de la mécanique quantique en termes d'espace des phases, cet espace symplectique peut être , obtenant un espace de phase non commutatif engendré par les opérateurs de position et d'impulsion. Notes et références Voir aussi Articles connexes Groupe quantique Algèbre de Banach C*-algèbre Espace de Hilbert Théorie des supercordes Conjecture de Baum-Connes Tore non commutatif Bibliographie Liens externes Alain Connes, Non-commutative geometry (livre gratuit à télécharger) Conférence d'Alain Connes Alain Connes - Géométrie non commutative An informal introduction to the ideas and concepts of noncommutative geometry par T. Masson du Laboratoire de Physique Théorique (UMR 8627) à Orsay.
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Grèce
La Grèce, aussi appelée Hellas ou francisé en Hellade, en forme longue la République hellénique (en grec : , , ou officiellement , [Démocratie hellénique] ; en grec ancien et en katharévousa ), est un pays d’Europe du Sud et des Balkans. D'une superficie de pour un peu moins de onze millions d'habitants, le pays partage des frontières terrestres avec l’Albanie, la Macédoine du Nord, la Bulgarie et la Turquie et des frontières maritimes avec Chypre, l'Albanie, l'Italie, la Libye, l'Égypte et la Turquie (cette dernière est la source du contentieux gréco-turc en mer Égée). La mer Ionienne à l'ouest et la mer Égée à l'est, parties de la mer Méditerranée, encadrent le pays dont le cinquième du territoire est constitué de plus de et îlots dont près de 200 sont habités. De plus, 80 % de son territoire est constitué de montagnes dont la plus haute est le mont Olympe, dont le sommet culmine à . La Grèce est considérée comme le berceau de la civilisation occidentale, patrie des arts (théâtre, architecture), de la politique (Athènes est le berceau de la démocratie), de la philosophie (stoïcisme, épicurisme, aristotélisme) et des sciences (mathématiques, physiques, médecine). La Grèce antique a légué à l'Europe un patrimoine culturel et linguistique colossal. La Grèce est l'héritière d'une longue histoire riche et non moins mouvementée. La Grèce antique étend son influence sur tout le bassin méditerranéen, des cités-États à la Grèce romaine. Durant l'Antiquité tardive, l'Empire byzantin survit à la chute de Rome. Les croisades et les incessantes guerres conduisent à la chute de Constantinople en 1453. La Grèce passe sous influence ottomane pendant près de quatre siècles. La conquête ottomane n'a pas pour autant éteint l'influence grecque dans le domaine du commerce et de la culture. Les Grecs participent activement au siècle des Lumières avec le mouvement des Lumières néohellènes. Au même moment, l'Europe occidentale redécouvre la culture grecque et un fort engouement pour « tout ce qui touche à la Grèce » se développe : le philhellénisme. Les idéaux de la Révolution française puis la période napoléonienne contribuent à nourrir l'esprit national. Le du calendrier julien, les élites Helléniques réunies en assemblée nationale à Épidaure proclament l'indépendance de la Grèce vis-à-vis de la Sublime Porte. Neuf ans plus tard, après une guerre d'indépendance, le Royaume de Grèce est reconnu par le Protocole de Londres (1830). Le Royaume de Grèce s'est construit en un État moderne grâce aux politiques menées par Ioánnis Kapodístrias. Toutefois, la Grèce indépendante de 1830 est limitée au Péloponnèse et à l'Attique. Le pays cherche alors tout au long du et au à unifier le monde grec : c'est la Grande Idée. Othon et la reine Amélie en sont les premiers souverains. Ils œuvrent pour la création d'une université nationale en 1835 à Athènes, embellissent la capitale en construisant de nouveaux bâtiments de style néoclassique (Académie d'Athènes, Bibliothèque Nationale, Palais Royal). Les évènements de 1843 font du pays une monarchie constitutionnelle. Dans la seconde moitié du , la Grèce entre véritablement dans la Révolution industrielle. En 1869, la première ligne de chemin de fer est construite entre le port du Pirée et le centre d'Athènes puis se développe à travers tout le Péloponnèse et la Thessalie. En 1896, sous l'impulsion de Pierre de Coubertin et dans la continuité des Olympiades de 1859 d'Evangelos Zappas, les premières compétitions olympiques ont lieu en 1896. À cette occasion, la capitale athénienne s'est dotée de nouvelles infrastructures : Zappéion, Stade Panathénaïque. La première moitié du est particulièrement mouvementée : coup de Goudi de 1909 pour mettre fin à l'instabilité politique chronique, guerres balkaniques au cours desquelles le pays s'agrandit considérablement, participation de la Grèce au côté des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, Deuxième République entre 1924 et 1935, et dictature de Ioannis Metaxas. La Seconde Guerre mondiale ravage le pays, qui connaît, en outre, une fratricide guerre civile entre communistes et royalistes jusqu'en 1949. La reconstruction permet à la Grèce de rattraper son important retard économique : c'est le miracle économique grec, avec le développement du tourisme de masse. La trop forte bipolarité qui subsiste dans la vie politique hellénique dans un monde en pleine Guerre Froide entraîne le coup d'État du 21 avril 1967 fomenté par une partie de l'État-Major. C'est la dictature des Colonels, régime anticommuniste et soutenu par les États-Unis. En 1974, les évènements à Chypre et l'insurrection estudiantine de l'École polytechnique participent à faire tomber le régime militaire. La démocratie est restaurée. La Grèce devient formellement une République et adhère à la Communauté européenne en 1981. En 2004, le pays accueille, pour la troisième fois dans son histoire, les Jeux olympiques modernes. Dix-septième économie européenne et forte d'un PIB de de dollars USD au début de l'année 2020, la Grèce est de surcroît la économie mondiale. En termes de PIB nominal par habitant, la Grèce dépasse la Turquie. C'est aujourd'hui une puissance moyenne, dont le soft power s'articule autour de sa culture classique (héritage hellénique : Aristote, Sappho, Hypatie) et moderne (littérature grecque contemporaine dont les chantres sont Maria Polydouri et Nikos Kazantzakis, cinéma avec Theos Angelopoulos, Melina Mercouri et Irène Papas, cuisine riche et variée) ainsi que de son héritage architectural incommensurable (Parthénon, Temple de Poséidon, Cyclades, Sanctuaire d'Épidaure, Achilleion). Le pays est membre des Nations Unies, de l'Union Européenne, de l'OCDE et de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord). Géographie La Grèce est située à l'extrémité des Balkans, approximativement entre 34°48′ à 41°45′ de latitude nord et de 19°00′ à 28°30′ de longitude est. Elle a une superficie de (3,3 % de la superficie de l'Union européenne). Ses côtes sont longues de . Son territoire comprend trois unités géographiques : la Grèce continentale, la presqu'île du Péloponnèse et les îles qui représentent un cinquième de la superficie totale du pays. Les côtes grecques sont bordées à l'ouest par la mer Ionienne et à l'est par la mer Égée où se trouvent la majorité des îles grecques. Les seules îles de l'Égée à ne pas être grecques sont Imbros et Ténédos. Le nombre d'îles en Grèce varie selon la définition choisie : selon l'ambassade de Grèce en France ou dont 777 dignes d'intérêt selon certains guides. Au recensement de 2001, étaient habitées, mais un tiers d'entre elles comptaient moins de cinquante habitants. La taille de ces îles habitées va de pour la plus petite Délos (qui jouit d'un statut particulier) à pour la Crète. Aucun point de la Grèce n’est éloigné de plus de cent kilomètres de la mer, dans le Péloponnèse cette distance n'est même que d'une cinquantaine de kilomètres tandis qu'en Grèce centrale elle peut atteindre soixante kilomètres. La Grèce a des frontières terrestres avec l’Albanie () au nord-ouest, la Macédoine du Nord () au nord, la Bulgarie () et la Turquie européenne () au nord-est. Le pays a des frontières maritimes avec l'Albanie, l'Italie, la Libye, l'Égypte et la Turquie (cette dernière est la source du contentieux gréco-turc en mer Égée). Relief La Grèce est située à la rencontre des plaques tectoniques africaine et eurasiatique. Durant le Mésozoïque, elle était recouverte par l'océan Téthys dont la mer Méditerranée est un vestige. Le rapprochement entre les plaques a créé le mouvement alpin dont les montagnes de Grèce font partie. Ce mouvement a entraîné la fracture de la plaque eurasiatique créant la plaque de la mer Égée. Il a aussi créé d'immenses nappes de charriage qui font que l'ouest de la Grèce est constitué de calcaire et flysch plissés et l'est de massifs cristallins et métamorphiques. Le mouvement tectonique se poursuit ( par an) et est cause de tremblements de terre réguliers : la moitié des secousses annuelles en Europe ont lieu en Grèce. Les Cyclades (excepté le volcanisme de Santorin) sont les moins menacées par les séismes. Deux failles sont très actives : la première parcourt l'Égée d'est en ouest (de Rhodes à l'ouest de la Crète) puis remonte le long du Péloponnèse jusqu'à Corfou ; la seconde va des Dardanelles aux Sporades puis rejoint le golfe de Corinthe. Le tremblement de terre de Céphalonie et Zante du atteignit 7,2 sur l'échelle de Richter et fit . Trois ans plus tard, Amorgós fut touchée par un séisme de magnitude 7,5 et eut à déplorer . Le mouvement alpin et les charriages se sont accompagnés durant les trois derniers millions d'années de la création de nombreuses failles ainsi que de fossés d'effondrement envahis principalement par la mer, mais entraînant aussi la mise en place du réseau hydrographique actuel. À la fin de la glaciation de Würm, la remontée des eaux d'une centaine de mètres a dessiné les côtes actuelles, ainsi que les plaines littorales et les deltas des fleuves. Entre 70 % et 80 % du territoire grec est montagneux, ce qui fait du pays le sixième le plus montagneux d'Europe. Cependant, ces montagnes, plutôt massives aux pentes abruptes, sont considérées comme d'altitude « moyenne ». 43 % des communes grecques sont situées au-dessus des d'altitude, donc en « montagne » et 27 % sont en « semi-montagne » (entre et d'altitude). Vingt-neuf sommets dépassent les d'altitude. Le mont Olympe est le point culminant de Grèce avec ses au-dessus du niveau de la mer. Les monts du Pinde forment la chaîne centrale du pays, avec une hauteur moyenne de . Seul le col de Qatara (« malédiction » en français) permet de les franchir, à d'altitude. Ils sont, avec les massifs du Parnon et du Taygète dans le Péloponnèse et des Lefká Óri en Crète, puis les îles de Karpathos et Rhodes une prolongation de l'arc alpin et des Alpes dinariques. Le nord de la Grèce présente une autre chaîne de montagnes, les monts du Rhodope, entre d'altitude, à cheval sur la Macédoine-Orientale-et-Thrace. On trouve en Grèce de nombreux canyons et autres paysages karstiques, dont les Météores et les gorges de Vikos. Les zones de plaine ou de faible pente sont relativement peu répandues en Grèce (20 à 30 % de la superficie). Les grandes plaines alluviales se trouvent principalement en Thessalie, en Macédoine et en Thrace et le long de la côte orientale du Péloponnèse. En raison des mouvements tectoniques du Pliocène et du Quaternaire, elles sont généralement peu étendues : la largeur de la plaine de Macédoine n'excède jamais les . Dans les plaines, l'eau a longtemps posé problème. Dans les poljés (bassins du Stymphale, de Tripoli ou du lac Copaïs par exemple), les ponors étaient (avant les travaux du ) incapables d'évacuer les pluies d'hiver qui créaient des lacs saisonniers et des marais. Les grandes plaines (Thessalie, Macédoine et Thrace) sont coupées par de petits reliefs montagneux qui obligent les eaux de pluie d'hiver à s'écouler dans d'étroites gorges. Avant les travaux d'aménagement, elles étaient retenues en amont des gorges, créant aussi des lacs saisonniers. D'importants travaux de drainage et d'irrigation ont été menés depuis le milieu du et se sont accélérés d'abord dans les puis les afin de rendre les plaines grecques utilisables pour la culture et non plus seulement pour l'élevage comme c'était traditionnellement le cas. Climat La Grèce a un climat typiquement méditerranéen (hivers doux et humides et étés chauds et secs). Cependant, on trouve une variété de sous-climats liés au relief ; les chaînes du Pinde, Taygète, Parnon et Lefká Óri bloquant les influences venues de l'ouest et plus chargées en précipitations. Les hivers sont plus froids sur le nord du pays : isotherme de janvier à sur les Rhodopes, sur l'ensemble des plaines du nord, en Thessalie, pour la Grèce centrale et la région d'Athènes et isotherme de janvier à pour la Crète et les Cyclades. Cette situation est liée à l'influence des Balkans au nord et de l'Afrique au sud. Le relief joue à nouveau un rôle pour les différences de température l'été. Le nord-est reste le plus frais (isotherme de juillet à pour la Thrace) mais aussi le nord-ouest (isotherme à pour l'Épire et toute la côte ionienne). La Thessalie (et jusqu'à Thessalonique au nord), la Grèce centrale, l'Attique et tout le Péloponnèse sont dans l'isotherme à , avec une bulle à pour la Laconie. Les vents du nord rafraîchissent les températures pour l'Égée. Comme dans toutes les régions méditerranéennes, la Grèce est balayée par des vents périodiques violents. Le meltémi souffle du nord vers la mer Méditerranée. Il naît lorsqu'un anticyclone se forme sur les Balkans et une dépression au-dessus de la Turquie. Il rafraîchit l'atmosphère et dégage le ciel. Il peut souffler par rafales entre . Le vent de secteur sud, nommé Sirocco, provient du désert africain et apporte de fortes chaleurs sur le pays. Les precipitations se produisent durant l'automne et l'hiver, le printemps et l'été sont secs. Le versant ouest ionien (Épire, Étolie-Acarnanie, ouest du Péloponnèse et ouest de la Crète) est le plus arrosé, avec une pluviométrie entre de pluie par an. Le nord-est du pays (Thrace, Chalcidique, est de l'Eubée parfois jusqu'à Tinos et Andros) reçoit des dépressions lui assurant une pluviométrie de de pluie par an, en fonction de l'altitude. La région la plus sèche va donc de l'Attique aux Cyclades ( de pluie par an). Fleuves et lacs La Grèce souffre du manque d'eau alors qu'elle reçoit en moyenne le double de précipitations des autres pays méditerranéens. En effet, la population et l'activité touristique se concentrent dans la zone la plus sèche : Attique et Cyclades. De plus, les activités humaines ont accentué les phénomènes : déforestation et bétonnage empêchent l'absorption et accentuent les risques d'inondations ; l'irrigation massive (maïs et coton), mais souvent avec des installations anciennes qui fuient, les terrains de golf, les piscines ainsi que le tourisme prélèvent une part importante de l'eau ; la gestion de l'eau au (assèchement des zones humides, barrages, pompage de nappes phréatiques trop près de la mer entraînant des remontées d'eau saline ou utilisation massive d'engrais polluant la ressource) a obéré l'approvisionnement au début du . Cependant, la situation semble s'améliorer : retraitement et meilleure gestion agricole et humaine. La formation de fleuves est limitée par la rareté de précipitations et le morcellement du relief. Les grands fleuves sont ainsi assez peu nombreux et certains trouvent parfois leur source à l'extérieur du territoire grec. Il y a cinq grands fleuves au nord : l'Axios (source en Macédoine du Nord, en Grèce et se jette dans le golfe Thermaïque), l'Évros (source en Bulgarie, en Grèce et se jette en mer de Thrace), le Nestos (source en Bulgarie, en Grèce et se jette en mer de Thrace) et le Strymon (source en Bulgarie, en Grèce et se jette dans le golfe Strymonique) ; l'Aliakmon coule intégralement en Grèce : il est le plus long du pays avec et se jette dans le golfe Thermaïque. L'Achéloos, long de coule intégralement en Grèce-Occidentale et se jette dans le golfe de Patras près de Missolonghi. Le Pénée en Thessalie est le dernier fleuve qui dépasse les de longueur. Tous sont utilisés pour l'irrigation et l'hydroélectricité et leur cours est émaillé de barrages. Il y a en Grèce vingt et un lacs, dont quatorze artificiels, qui recouvrent une superficie de . Ils se trouvent dans une grande moitié nord du pays. Faune et flore Les forêts couvrent un cinquième du territoire du pays. Parmi les d'arbres, les principaux sont le pin, l'olivier, le peuplier argenté, le cyprès, le châtaignier et le sapin. Ses sont largement inférieurs aux surfaces des autres pays européens et constamment menacés par la pression immobilière et les incendies de forêts (tels ceux de 2007). Huit mille hectares sont encore une forêt primaire, principalement dans les Rhodopes. La Grèce est un des pays méditerranéens qui a le mieux conservé sa biodiversité. Plus de sont recensés dont sauvages, 800 d’entre elles sont protégées. On compte aussi animales dont deux cents protégées. Certaines sont endémiques ou dont les derniers représentants sont en Grèce (Phoque moine de Méditerranée, tortue carette) ; 28 des d'aigles européens vivent dans le ciel de Grèce. De nombreuses espèces animales ou végétales découvertes ou décrites en Grèce ont reçu pour épithète spécifique (« grec/grecque » en latin). La protection de la nature est un phénomène ancien (1932 : premières lois de protection ; 1937 : premiers parcs nationaux). En 2009, le pays compte neuf parcs nationaux et dix réserves aquatiques. Quatre cents zones supplémentaires ont été protégées dans le cadre du plan européen . Cependant, la réalité est différente : les activités humaines (chasse, agriculture, urbanisation, tourisme) empiètent sans grande crainte de représailles légales sur les zones protégées. Réseau européen Natura 2000 Le réseau Natura 2000 rassemble des sites naturels ou semi-naturels de l'Union européenne ayant une grande valeur patrimoniale, par la faune et la flore exceptionnelles qu'ils contiennent. En , la Grèce comptait dont : 207 zones de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux sur une superficie de ; 265 zones spéciales de conservation (ZSC) (dont les pSIC, SIC) pour les habitats et les espèces sur une superficie de . La superficie totale est de , ce qui représente 27,3 % de la surface terrestre et marine du territoire de la Grèce. Transports La Grèce contient plus de d'autoroutes qui couvrent la majorité de la Grèce continentale ainsi qu'une partie de la Crète. En plus des autoroutes, elle a aussi plusieurs milliers de kilomètres de routes nationales ainsi que des routes provinciales. Le plus grand pont routier en Grèce est le pont Rion-Antirion près de la ville de Patras à l'ouest de la Grèce. Le pont a une longueur totale de et relie la péninsule du Péloponnèse avec l'ouest de la Gréce continentale. Le plus grand tunnel autoroutier est le tunnel de Tempi reliant la Thessalie avec la Macédoine-Centrale ayant une longueur de . Ce tunnel fait partie de l'autoroute A1 reliant Athènes à Thessalonique et a été complété en 2017. La Grèce a aussi un réseau ferroviaire ayant une longueur totale d'à peu près , dont plus de faisant partie du système métrique du Péloponnèse. La majorité des voies ferrées en Grèce sont construites en une seule voie sans électrification, sauf pour la ligne reliant Athènes à Thessalonique (qui est en cours d'amélioration) et les chemins de fer urbains d'Athènes (Proastiakós). La seule compagnie opératrice du système ferroviaire est Organismós Sidirodrómon Elládos (OSE). L'infrastructure ferroviaire fait partie de la compagnie OSE. La Grèce est un grand pays maritime avec un des plus longs littoraux du monde et les ports ont joué un rôle très important dans son développement. Le plus grand port de commerce grec est le port autonome du Pirée qui en 2015 est placé comme le huitième plus grand en Europe avec de EVP transportés. Le port du Pirée est aussi le plus grand port de passagers en Europe avec de passagers transportés en 2015. Les autres grands ports grecs sont le port de Thessalonique et le port de Patras (port principal de transport de camions de/vers l'Europe de l'Ouest). La Grèce a plusieurs aéroports et presque toutes les grandes îles sont reliées avec l'aéroport d'Athènes et avec d'autres destinations internationales. Le plus grand aéroport grec est l'aéroport international d'Athènes Elefthérios-Venizélos (inauguré en 2001) situé à vingt kilomètres du centre d'Athènes. L'aéroport a reçu de passagers en 2017, ayant une augmentation de 8,6 % comparé à 2016. La plus grande compagnie aérienne grecque est suivie de sa filiale . Histoire Sur l'actuel territoire de la Grèce, le climat a permis une bonne conservation des vestiges même très anciens, et l’écriture est apparue tôt : l’histoire du pays est donc très bien connue, de la Grèce antique à la Grèce actuelle en passant par les périodes hellénistique, romaine, byzantine, ottomane, de l’indépendance, de la monarchie, de la guerre civile et de la dictature des colonels. Depuis le , deux écoles s’affrontent pour l’écriture de l’histoire de la Grèce : celle d’une continuité de l’hellénisme entre l’antiquité et nos jours, qui prend en compte surtout l’évolution de la langue, et celle d’une différence profonde entre la Grèce classique et la Grèce contemporaine, introduite au travers des Empires byzantin puis ottoman, dont les religions monothéistes sont analysées comme une rupture culturelle fondamentale. Les états-nations comme la Grèce se voient souvent comme d'anciennes sociétés pastorales, avec des hommes sauvages qui se seraient peu à peu civilisés et auraient créé les villes. Déjà les athéniens de l'antiquité se voyaient comme descendants de tribus de patres. Et, de fait, encore au , en Épire, de nombreuses familles valaques bergères ont vécu ce modèle, descendant à la ville depuis leur village, réussissant dans leurs affaires, allant jusqu'à fonder des dynasties capitalistes dans les capitales européennes. Les Saracatsanes, une confrérie de bergers qui vivaient jusqu'au début du dans les Balkans, fournissent à la bourgeoisie grecque le modèle idéal pour se réclamer de cette histoire. En Macédoine, le valaque est considéré comme le cœur de l'identité moderne. Et l'image du berger rapelle aux citadins, qui n'ont pas forcément un ancien passé urbain, le souvenir d'une famille des campagnes avec laquelle ils ont toujours des attachements. De plus, ils s'opposent en cela à une bourgeoisie plus ancienne, qui a ses repères plutôt du côté de Constantinople et des villes-comptoirs cosmopolites de la Méditérannée. Le berger donne l'idée d'un attachement à la terre, image qui favorise la constitution de l'état-nation grec. Préhistoire Quelques sites datant du Paléolithique sont aujourd'hui connus en Grèce. Les traces de présence humaine les plus anciennes ont été découvertes dans une grotte de Petrálona () en Chalcidique. L'analyse du crâne de l’Archanthropus europaeus petraloniensis qui y a été découvert a permis d'envisager une datation large allant de avant le présent (pour un homo erectus petralonensis) à avant le présent (pour un homo sapiens petralonensis proche de l’homo rhodesiensis). Cependant, l'hypothèse d'une datation de avant le présent ne serait pas à exclure. Des traces datant du ont été retrouvées dans trois grottes de la vallée du Louros qui furent occupées durant le Moustérien. C'est dans la grotte d'Apidima, située dans le Magne, une péninsule du sud du Péloponnèse, que l'on retrouve les plus vieux restes d’Homo sapiens connu hors d'Afrique, datés de . Ces Homo sapiens ont disparu sans laisser de descendants. La grotte de Fránchthi en Argolide a été occupée sans interruption au moins du quand l'entrée fut obstruée par un éboulement. Elle permet de suivre le passage d'une « société » de chasseurs-cueilleurs nomades à des sédentaires pratiquant l'agriculture (restes d'animaux et de céréales domestiqués). Cette transition semble s'être faite vers le pour l'ensemble de la Grèce actuelle : Épire, Macédoine, Égée et Crète. Partout, des éléments aux caractéristiques similaires (poteries à figures noires sur fond rouge et formes architecturales arrondies) ont été retrouvés. L'agriculture et l'élevage caractéristiques du Néolithique ont été apportés en Europe par des populations venues d'Anatolie voisine, qui se sont établies en Grèce et dans les Balkans à partir d'environ , avant de s'étendre progressivement vers l'Ouest. Le courant Impressa ou culture de la céramique imprimée apparait ensuite dans différentes parties de la mer Égée. On la retrouve sur le site de Sidari, sur l'ile de Corfou, à l'Ouest de la Grèce, en , puis en Italie Les sites sont très dispersés et cette époque se caractérise par la sédentarisation des populations. Il est difficile de mesurer l'évolution sociale de ces périodes anciennes; mais la diversification des outils et des armes semblent indiquer un début de spécialisation dans les activités humaines. L'usage des métaux se développa à partir du entraînant l'entrée de la région dans la protohistoire. Protohistoire L'âge du bronze commence vers 3000 À cette époque, la Grèce ne connait pas une structure et un développement semblables aux grandes civilisations égyptiennes ou mésopotamiennes. Mais il faut distinguer des régions comme les Cyclades ou la Crète qui se démarquent par une civilisation originale. La culture des Cyclades englobe les Cyclades dans une unité culturelle au pendant l'âge du bronze. Elle est célèbre pour ses idoles de marbre, retrouvées jusqu'au Portugal et à l'embouchure du Danube. Son influence dans l'espace grec s'est étendue de la Crète à l'Attique. Son organisation en petites entités politiques, sans pouvoir central étatique, portait en germe celle de la Grèce des siècles suivants. La civilisation des Cyclades est un peu plus ancienne que la civilisation minoenne de la Crète qui se développe du , avec un apogée dans la première moitié du Tirant son nom du nom du roi légendaire Minos, elle a été révélée par l'archéologue anglais Arthur John Evans au début du . Elle est célèbre pour ses palais comme Cnossos, Phaistos et Malia. Ils sont situés dans les plaines les plus fertiles de l'île, permettant à leurs propriétaires l'accumulation de richesses, notamment agricoles, comme le prouvent les grands magasins de produits agricoles. Construits avec des briques cuites (innovation), ils n'étaient pas fortifiés car la puissance maritime de cette civilisation semble l'avoir mise à l'abri de la plupart des dangers extérieurs. Ses échanges marchands englobaient la Sicile, Chypre, l'Égypte, l'Asie mineure et la Grèce continentale. D'abord organisée en clans, cette société évolua avec le développement d'une classe marchande. Elle resta cependant très hiérarchisée et centrée sur les palais dominant des agglomérations quasi-urbaines. L'architecture et le décor des palais, ainsi que la qualité de la céramique sont considérés comme sans précédent artistique. La plupart des hypothèses lient le déclin de la civilisation minoenne et son remplacement par la civilisation mycénienne à l'explosion de Santorin. La civilisation mycénienne s'étend de 1550 à 1100 environ (Helladique récent, fin de l'âge du bronze). Son apogée se situe environ entre 1400 et 1200 Le terme « mycénien » a été choisi par l'archéologue Heinrich Schliemann pour qualifier cette civilisation dans la seconde moitié du . Ce nom est repris de celui de la ville péloponnésienne de Mycènes, à la fois parce qu'il s'agit du premier site fouillé à révéler l'importance de cette civilisation et du fait de l'importance que revêtait la cité dans la mémoire des auteurs grecs antiques, en premier lieu Homère, qui faisait du roi de Mycènes le chef des « Achéens ». Par la suite, Mycènes s'est révélée n'être qu'un pôle de cette civilisation parmi d'autres, mais le terme de « mycénien » est resté utilisé par convention. Elle se répandit progressivement à partir du sud de la Grèce continentale sur le monde égéen dans son ensemble, qui connut pour la première fois une certaine unité culturelle. Cette civilisation est notamment caractérisée par ses palais-forteresses, ses différents types de poterie peinte que l'on retrouve tout autour de la mer Égée, ainsi que son écriture, le , la plus ancienne écriture connue transcrivant du grec. Depuis son déchiffrement en 1952, la civilisation mycénienne est la seule civilisation égéenne pré-hellénique connue à la fois par des sources littéraires, des traces archéologiques et des documents épigraphiques. À la fin du millénaire, de nouvelles populations, parlant une langue différente qui se rattache aux langues indo-européennes, arrivent dans la région. Ces peuples sont les Hellènes, ou Grecs, selon le nom que leur ont donné les Latins. Par convention, les habitants qui les ont précédés sont appelés les populations « pré-helléniques ». Antiquité Siècles obscurs et période géométrique L'historiographie moderne appelle siècles obscurs (, « Âges sombres » suivant l'expression anglo-saxonne d'origine) ou « Moyen Âge grec », en Grèce antique, l'époque qui va du au Les invasions qui aboutissent à la destruction de la civilisation mycénienne marquent le début de la période. Le submycénien commence en 1200 au maximum et s'étend jusque vers 1015. Il est suivi par le proto-géométrique. Celui-ci se termine avec l'émergence d'Athènes comme foyer culturel, vers 875, caractérisée par le succès d'une nouvelle forme de céramique dite géométrique, et l'avènement de l'âge des cités. À la période proto-géométrique (), les éléments de continuité sont aussi nombreux que ceux de rupture avec les siècles précédents : un dépeuplement sévère mais une continuité culturelle. Certains historiens avancent l'hypothèse d'une transformation du mode de vie vers le pastoralisme comme explication de ces changements. Les sont souvent appelés période géométrique du nom du style de céramique qui se développe alors. Si l'on se réfère au nombre de tombes dans les nécropoles du , la tendance démographique s'inverse ; mais cette interprétation est toujours l'objet de débats. Ces quatre siècles portent les prémisses des techniques, pratiques sociales et modes de pensée qui définissent ensuite la Grèce archaïque. Ils sont aussi l'époque de rédaction de documents écrits dont certains d'une importance capitale dans la culture grecque : les poèmes homériques, l’Iliade et l’Odyssée attribués à Homère. Grèce archaïque On désigne du terme « époque archaïque » une des cinq époques de l'histoire grecque, définie sur la base des styles de poterie. Elle commence vers 620 et se termine en 480. L'expression est parfois utilisée dans un sens plus large pour la période qui s'étale entre 750 et 480. Âge des cités En ce qui concerne la Grèce antique, l'époque classique correspond à la majeure partie des , c'est-à-dire depuis la chute de la tyrannie à Athènes en 510 jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand en 323. L'expression d'« époque classique » est une dénomination postérieure à la période chronologique à laquelle elle renvoie. Les Grecs ont eu conscience que le monde qui existait avant l'épopée d'Alexandre le Grand et la dilatation du monde grec, pouvait être considéré comme un « âge d'or ». De manière plus contemporaine, l'époque classique sert à désigner la période durant laquelle les valeurs et les institutions fondamentales du monde grec trouvèrent leur pleine expression et arrivèrent à maturité. Considérée comme la période de référence, il n'y a pas de rupture entre les différentes époques. « Époque classique » est une expression historique commode pour les historiens de ces périodes. Grèce hellénistique L’époque hellénistique (), marquée par les figures d’Alexandre le Grand et de Cléopâtre, est souvent considérée comme une période de transition, parfois de déclin ou de décadence, entre l’éclat supposé de l’époque classique et la domination par de l’Empire romain. Cependant la splendeur des villes, telles Alexandrie, Antioche, Pergame, l’importance des échanges économiques, des métissages culturels, le rôle dominant de la langue grecque et sa diffusion ont profondément modifié le visage du Moyen-Orient antique y compris plus tard sous la domination romaine. L’époque hellénistique a été définie par les historiens du (le terme « hellénistique » est employé pour la première fois par l’historien allemand Johann Gustav Droysen dans (1836 et 1843), à partir d’un critère linguistique et culturel à savoir l’accroissement spectaculaire des régions où l’on parle le grec ( / ) et donc du phénomène d’expansion de l’hellénisme. Cependant ce phénomène d’hellénisation des populations et de rencontre entre les anciennes civilisations orientales et grecques se poursuit y compris sous l’« Empire gréco-romain », selon l’expression de Paul Veyne. Les limites chronologiques de la période hellénistique sont donc conventionnelles et politiques : elles débutent avec les conquêtes d’Alexandre le Grand et se terminent quand le suicide du dernier grand souverain hellénistique, la reine d’Égypte , fait place à la domination romaine définitive. Les travaux archéologiques et historiques conduisent à réévaluer cette période et en particulier deux aspects caractéristiques de l’époque, l’existence et le poids des grands royaumes dirigés par des dynasties d’origine grecque ou macédonienne (Lagides, Séleucides, Antigonides, Attalides) mais aussi le rôle déterminant des centaines de cités dont l’importance, contrairement à une idée longtemps répandue, est loin de décliner. Période romaine La période de domination romaine en Grèce s'étend conventionnellement de 146 après le sac de Corinthe jusqu'à la reconstruction de Byzance par et sa proclamation en tant que seconde capitale de l'Empire romain en 330 apr. J.-C. Durant cette période la Grèce était alors divisée en plusieurs provinces romaines distinctes. Marc Aurèle était un admirateur de la philosophie stoïcienne et a d'ailleurs beaucoup contribué à la diffusion du stoïcisme dans l'Empire romain. Empire byzantin En 395, à la mort de , l’Empire romain est partagé en deux parties : l’Empire romain d'Occident qui disparaît en 476, et l’Empire romain d’Orient qui dura jusqu'en 1453 à Constantinople, jusqu’en 1461 à Trébizonde et Mistra et jusqu’en 1475 en Crimée grecque. La disparition de la partie occidentale de l’Empire romain et la fin du système des légions, ainsi que les menaces permanentes sur leurs frontières amenèrent les Byzantins à se doter d’une armée puissante dont la tactique a évolué et commencé à s’élaborer de manière autonome dès le . Le terme « byzantin » vient de Byzance, l’ancien nom de la capitale Constantinople, mais l’appellation « Empire byzantin » apparaît seulement au , en 1557, sous la plume de l’historien allemand Hieronymus Wolf, pour définir l’histoire de l’Empire romain d’Orient considérée comme une histoire grecque, distincte de celle de l’Empire romain d'Occident. En effet, bien que les citoyens de l’Empire d’Orient nommaient leur État en grec ( : « Empire des Romains »), qu’ils se considéraient comme Romains (), et qu’ils ne se soient jamais désignés comme « Byzantins », il n’en reste pas moins que la langue de communication, la culture et la liturgie de l’Empire romain d’Orient étaient essentiellement grecques : d’ailleurs, si certains chroniqueurs désignent l’empire comme « Terre de Romanie » (Geoffroi de Villehardouin), la plupart utilisent plutôt « Imperium Graecorum », « Græcia » ou « Terra Græcorum » et « Grecs » pour ses citoyens. Au cours des mille ans séparant l’an 395 de l’an 1453, un certain nombre de valeurs et de savoirs furent conservés par les Grecs byzantins : État de droit écrit gouverné par le Code Justinien, Empereur responsable devant le Sénat, absence de servage, collectivités agricoles libres, techniques agricoles élaborées (irrigation), architecture romane, aqueducs, eau courante, tout-à-l’égout et éclairage dans les villes, usage de bains, sémaphores et phares, transmission des savoirs antiques, de la philosophie grecque classique et de la médecine hippocratique dans les universités de Constantinople, Trébizonde et Mistra. Ces savoirs ont d'abord été transmis à tout le monde chrétien et ensuite aux Arabes qui à leur tour les ont communiqués au sein de leurs conquêtes : L'empereur Lécapène () envoie bibliothèques et traducteurs en Espagne musulmane, à Hasday ibn-Chaprut (), ministre du calife de Cordoue, Abd al-Rahman III. L'empereur Justinien (527-565) a marqué son époque dans plusieurs domaines : la politique, les conquêtes militaires, la codification du droit romain et une série de nouvelles lois dont certaines concernent l'Église et la théologie. C'est dans l'Empire Byzantin que fut fondé la première université au monde : l'Université de Constantinople, en 425. De surcroît, les premiers hôpitaux modernes s'y développent au cours des sous l'impulsion de Basile de Césarée. À partir de la seconde moitié du , sous l'impulsion de grands empereurs-soldats, Nicéphore II Phocas (963-969) et Basile II (976-1025), les armées byzantines étendirent la frontière de l'Empire vers l'Orient. Elles s'emparèrent d'Antioche et du nord de la Syrie. L’instabilité politique caractérise cependant l’empire. Après une période de troubles, la dynastie des Comnènes reste au pouvoir pendant un siècle (1081-1185) : le règne d'Alexis Comnène est marqué par un regain de la puissance byzantine et une lutte acharnée contre les Croisés et les Seldjoukides. La puissance byzantine se caractérise par une véritable domination des mers, que cela fût économique ou militaire. L'Empire byzantin est une véritable thalassocratie, héritage de la Grèce hellénistique. La société byzantine est une société hellénisée, profondément cosmopolite. Les byzantins se considèrent à la fois comme les héritiers des Romains et des Grecs, influencés par leurs voisins perses, arméniens et arabes. Constantinople en est le symbole : c'est une ville multi-ethnique et multi-confessionnelle. Les taxes étaient les mêmes pour tous les habitants, ce qui est un cas assez unique pour l'époque, a contrario de ce que fait plus tard l'Empire ottoman. Les marchands byzantins occupent une place prédominante dans la société : le commerce maritime représente la principale source de revenus pour l'Empire, qui a une influence non seulement dans le bassin levantin (Hellespont), mais aussi en Mer Noire (avec les ports grecs d'Odessa, Trébizonde et de Théodosie) et en Méditerranée (Syracuse en Sicile, Leptis Magna en Cyrénaïque, Alexandrie en Égypte). La culture byzantine s'articule essentiellement autour de l'orthodoxie, et la religion est une partie centrale de la société de l'époque. La famille a une place importante : les mères représentent l'unité familiale et ont une place influente. Les filles, comme les garçons, peuvent recevoir une éducation, bien que celle-ci ne fût pas mixte. De surcroît, les femmes sont admises à l'Université de Constantinople et peuvent devenir médecins. La présence de femmes médecins n'est pas une innovation de l'époque byzantine, puisqu'elle remonte à la Grèce et la Rome antiques. Les études et la formation des femmes médecins étaient équivalentes à celles de leurs collègues masculins. Les principales spécialités médicales des femmes médecins étaient la gynécologie et la profession de sage-femme. La législation byzantine traitait de manière relativement égale les médecins femmes et hommes. Cependant, elles restent considérées comme mineures sur le plan juridique. Malgré certaines restrictions, de nombreuses femmes ont un rôle dans la vie publique et exercent des activités commerciales. Les femmes ont joué un rôle prééminent dans la culture byzantine : Anne Comnène en littérature, les impératrices Théodora, Irène et Zoé en politique. L'art byzantin est un art impérial, qui reprend la tradition romaine. Entre 395 et 1453, l'architecture fut très prolifique et beaucoup de vestiges nous sont parvenus : monastères du Mont Athos, Tour Blanche de Thessalonique. La ville contemporaine d'Istanbul garde encore des traces de cet héritage byzantin : murailles de la ville, Palais de Boucoléon, basilique Sainte-Sophie. L'influence byzantine est considérable, s'étendant de l'Égypte jusqu'en Russie, en passant par la Sicile : basilique de Ravenne, monastère de Djvari en Géorgie, monastère de la Transfiguration dans le désert du Sinaï, Chapelle palatine de Palerme, cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod. Nonobstant la chute de Constantinople en 1453, l'influence byzantine ne disparaîtra par pour autant : elle se retrouve au avec la construction de la mosquée des Omeyyades de Damas. Comme l'Empire romain, l’Empire byzantin fut un État chrétien qui, après le schisme de 1054, resta fidèle à l’orthodoxie et aux dogmes du christianisme de l’église du premier millénaire. Un de ces dogmes est que le Saint-Esprit ne procède que de Dieu lui-même et non du Christ, ce qui fait que toute âme même non-chrétienne peut être sauvée : pour cette raison, l’empire byzantin refuse de participer aux croisades du au et considère les Latins comme un danger aussi grave que celui des Turcs, ce que confirme le sac de Constantinople par les Croisés en 1204, qui morcelle et affaiblit définitivement l’empire. Période ottomane La Grèce ottomane est le terme utilisé pour désigner la période de domination ottomane, dès avant la prise de Constantinople en 1453 (puisque les Ottomans s’emparent des Balkans dès le ) et jusqu’à la fin de la guerre d'indépendance grecque au début des . La majeure partie de la Grèce fait alors partie de l’Empire ottoman, dont les conquêtes durent plusieurs siècles (la dernière île grecque prise est Tinos en 1715 : une partie non négligeable de l’actuel territoire restant jusqu’à très tardivement sous la souveraineté vénitienne). Corfou, Ithaque et l’archipel ionien n’ont jamais fait partie de l’Empire ottoman. La Crète demeura vénitienne jusqu’à la moitié du ; le Péloponnèse fut reconquis et occupé pendant trente ans par les Vénitiens, jusqu'en 1715. Les Grecs connaissaient alors des situations sociales contrastées. Alors que les aristocrates grecs des îles Ioniennes et de Constantinople (Phanariotes) vivaient dans la prospérité, certains obtenant même des postes à responsabilité au sein de l'administration ottomane, une importante partie de la population de Grèce continentale souffre des conséquences économiques et sociales de la conquête. Dans les dernières années, les autorités ottomanes lancèrent une politique de création de domaines héréditaires, qui transforma les ruraux grecs en véritables serfs (système des Timars). Depuis la chute des Empereurs de Constantinople, l’Église grecque orthodoxe était considérée par le gouvernement ottoman comme l’autorité dirigeant toute la population chrétienne orthodoxe de l’Empire ottoman, qu’elle soit de langue grecque ou non. Bien que l’État ottoman n’obligeât pas les non-musulmans à se convertir à l’Islam, les chrétiens étaient confrontés à différents types de discriminations liées à leur statut inférieur dans l’Empire (dont la pédomazoma () : enlèvement des garçons pour les enrôler dans les janissaires, et la double-capitation sur les non-musulmans). Les discriminations contre les chrétiens, surtout lorsqu’elles étaient associées à des mauvais traitements de la part des autorités ottomanes locales, décidaient la conversion, réelle et définitive, ou apparente et provisoire. Au cours du , avec l’émergence du nationalisme grec moderne, certains « crypto-chrétiens » retournèrent à leur ancienne obédience religieuse… surtout lorsque les territoires où ils vivaient, furent enlevés à l’Empire ottoman par les nouveaux états chrétiens. La nature de l’administration ottomane de la Grèce diffère selon les régions et les époques. Certaines villes étaient dirigées par des gouverneurs nommés par le Sultan tandis que d’autres étaient des municipalités qui s’autogouvernaient. Certaines régions montagneuses et de nombreuses îles restèrent à l’écart du pouvoir central ottoman pendant de nombreux siècles. Quand des conflits militaires se déclenchaient entre l’Empire ottoman et des États chrétiens (Autriche, Venise), les Grecs, à quelques exceptions près, prenaient généralement les armes contre l’Empire, surtout si ses adversaires étaient orthodoxes (Empire russe, Principautés danubiennes). Avant la guerre d'indépendance, il y eut une série de guerres où l’on vit des Grecs combattre les Ottomans : la participation grecque à la bataille de Lépante en 1571, la révolte des paysans épirotes de 1600-1601 en même temps que celle de Michel de Valachie dans les Principautés danubiennes, la guerre de Morée de 1684-1699 et la Révolution d'Orloff de 1770 qui cherchait à démanteler l’Empire ottoman en faveur des intérêts russes. Ces insurrections furent noyées dans le sang. Les sont vus comme un « âge obscur » de l’histoire grecque, la perspective de renverser la domination ottomane apparaissant éloignée. Au cours du , cependant, cette perspective se concrétisa grâce à la richesse de la classe marchande. Ces marchands commencèrent à dominer le commerce à l’intérieur de l’Empire grâce aux communautés dans les Balkans, en Europe occidentale et sur les pourtours de la Méditerranée. Les idées des Lumières combinées aux idéaux de la Révolution française et du sentiment national romantique commencèrent à pénétrer le monde grec par l’intermédiaire de cette diaspora marchande. À la fin du , Rigas, le premier à envisager un État grec indépendant, publia une série de documents sur l’indépendance grecque, incluant notamment la première carte détaillée de la Grèce, à Vienne. À cette époque, la notion de « Grec » se confondait encore avec celle d’ancien citoyen de l’Empire grec (Rômaios / , pas forcément hellénophone, mais grec orthodoxe selon le système ottoman des milliyets) et la « Nouvelle Grèce libre » alors envisagée par les « philhellènes » était plutôt philosophique que nationale, débordant largement la Grèce moderne et se référant plutôt à l’antique aire d’expansion de l’hellénisme ( / ), incluant la majeure partie des Balkans, l’Anatolie occidentale et la région du Pont. Un mouvement philhellène soutenu par les Tsars se développe à ce moment dans l'Empire russe et se traduit par la mise en place, au nord de la Mer Noire, dans les territoires alors pris à l’Empire ottoman, d’une « Nouvelle Russie » multinationale, mais orthodoxe, où de nombreux colons grecs sont invités et dont les villes nouvelles reprennent les noms des antiques colonies grecques de la région ou bien reçoivent des noms grecs : Odessa, Tyraspolis, Nicopolis, Chersonèse, Théodosia, Eupatoria, Sébastopol, Simferopol, Melitopol, Stavropol et d'autres, tandis que les études archéologiques se multiplient. Puis, au début du , la notion de « Grec » prend de plus en plus une signification ethnique au sens moderne du terme, et se confond dès lors avec l’ensemble des locuteurs natifs de la langue grecque, et eux seuls. Guerre d’indépendance En 1814, une organisation secrète, la Filikí Etería, fut fondée avec pour but la libération de la Grèce. Cette organisation est en contact avec les élites des salons de Paris, Londres, Moscou ou encore Vienne : la cause grecque séduit rapidement ces milieux intellectuels et politiques. Le 25 mars 1821, jour de l'Annonciation ô combien symbolique pour les Grecs fervents orthodoxes, les indépendantistes se réunissent en Assemblée Nationale à Épidaure pour y proclamer solennellement leur indépendance. Cette proclamation, signée par Pierre Mavromichális qui est alors le chef des armées indépendantistes, marque le début de la guerre d'indépendance grecque : Les insurgés avaient prévu de lancer le mouvement dans le Péloponnèse, et les Principautés danubiennes alors gouvernées par des Phanariotes. Le Péloponnèse entra en révolte ouverte à partir de la fin mars et, en , les Grecs capturèrent Tripolizza. La révolte péloponnésienne fut suivie par des révoltes en Crète, en Macédoine et en Grèce centrale. Pendant ce temps, les navires grecs avaient remporté des succès contre la marine ottomane dans la mer Égée, ce qui gêna l’envoi de renforts ottomans par la mer. Toutefois, en 1822, les Turcs ravagèrent Chios, ce qui galvanisa l’opinion publique occidentale en faveur des Grecs. Dans un premier temps, cependant, aucun pays ne bougea à cause du poids politique et diplomatique de la Sainte-Alliance, à l'exception de la jeune République d'Haïti, premier pays à reconnaître l'indépendance de la Grèce le . Par l'entremise de l'abbé Grégoire, le président Boyer décide d'envoyer une aide aux indépendantistes, proportionnelle à ses moyens, avec 25 tonnes de café et 100 soldats haïtiens. Ces derniers n'arrivent jamais, sûrement victimes de piraterie. Pendant deux ans, les Grecs multiplièrent les victoires. Cependant, ils commencèrent à se déchirer. Pendant ce temps, le Sultan négocia avec Méhémet Ali d’Égypte, qui accepta d’envoyer son fils Ibrahim Pacha en Grèce avec une armée pour supprimer la révolte en échange d’un gain territorial. Ibrahim accosta dans le Péloponnèse en et conquit rapidement la majeure partie de la région. Missolonghi, assiégée par les Ottomans depuis le mois d’, tomba en 1826. Athènes tomba à son tour en . Après des années de négociation, les trois grandes puissances, la Russie, le Royaume-Uni et la France, décidèrent d’intervenir dans le conflit, chaque nation envoyant une flotte en Grèce. La Russie, intéressée entre autres au sort des Orthodoxes grecs, souhaitait de plus en plus ardemment intervenir. Les Britanniques, quant à eux, désiraient limiter l'influence russe dans la région. D’après des informations selon lesquelles une flotte combinée turco-égyptienne devait attaquer l’île grecque d’Hydra, la flotte alliée intercepta la flotte turco-égyptienne à Navarin. Après un long bras de fer d’une semaine, la bataille commença et eut pour résultat la destruction de la flotte turco-égyptienne. Une expédition française fut ensuite envoyée dans le Péloponnèse pour superviser son évacuation par l'armée égyptienne en 1828, tandis que les Grecs obtenaient des succès contre les Ottomans en Grèce Centrale. La Russie déclara la guerre aux Turcs la même année. Sa victoire fut entérinée par le traité d'Andrinopole, en 1829. Ces interventions européennes précipitèrent la création de l'État grec. Le protocole de Londres (1830), signé par des représentants britanniques, français et russes, permit en effet l'affirmation de l'indépendance grecque que la Prusse et l'Autriche autorisèrent. La France, la Russie et le Royaume-Uni, appelées « puissances protectrices », gardèrent ensuite une influence notable sur le jeune royaume (sorte de protectorat, la Grèce étant endettée à la suite de différents emprunts contractés pendant la guerre et au début de la naissance de l'État). Lors du protocole de Londres, la Grèce indépendante ne représente qu'une portion congrue du monde hellénique : Attique, Péloponnèse et Cyclades. Ce n'est qu'une partie infime de ce que représente en réalité cette influence hellénique, qui s'étendent aux Îles Ioniennes, en Épire, en Macédoine, Dodécanèse, dans l'Hellespont, en Crète, à Chypre et en Asie Mineure. Le refus de Paris, Londres, Moscou et Vienne de constituer une « Grande Grèce » s'explique par la volonté de ne pas voir se démanteler l'Empire Ottoman qui est considéré comme un élément de stabilité au Levant et favorables aux intérêts stratégiques et économiques occidentaux. Le Royaume-Uni, notamment, ne veut pas perdre ses avantages économiques dans les Détroits tandis que la Russie craint qu'une Grande Grèce, avec Constantinople pour capitale, ne puisse être sa rivale orthodoxe et être trop sous l'influence de Londres ou de Paris. Cela va engendrer un sentiment de frustration chez les Grecs, qui rêvent alors de reconquérir ces « territoires séparés » et de les réunir enfin dans un même État. C'est la Grande Idée (Μεγάλη Ιδέα). En 1827, l'Assemblée nationale réunie à Trézène dans le Péloponnèse, élit à l'unanimité le comte Ioannis Kapodístrias comme chef de l'État. Celui-ci est alors un ancien administrateur des îles Ioniennes pendant la période française de la République des Sept-Îles, ainsi qu'un influent diplomate à la cour de Russie. C'est d'ailleurs en cette qualité qu'il participe, avec le ministre plénipotentiaire des Affaires Étrangères Charles de Nesselrode aux négociations au Congrès de Vienne. Il peut être ainsi considéré comme le premier véritable chef d'État de la Grèce contemporaine, bien que le pays fût toujours en guerre. En tant que chef de l'État grec, Kapodistrias a modernisé le pays, initiant des réformes de toutes sortes. Il a maîtrisé les principales maladies en introduisant le premier système de quarantaine moderne dans le pays, a négocié les frontières du nouvel État avec l'Empire ottoman et les grandes puissances, réorganisé l'armée, ce qui lui a permis de reprendre le territoire perdu aux Turcs pendant les guerres civiles. Au cours de ses premiers mois au pouvoir, il s'attelle à réorganiser les administrations locales et régionales. Il crée une banque financière locale ainsi qu'une monnaie qui émettait des pièces avec le symbole du phénix. Le symbole fut soigneusement choisi : tel le phénix, la Grèce renaissait de ses cendres, elle qui n'avait jamais vraiment disparue. C'est également grâce à lui que la culture de la pomme de terre a été introduite en Grèce, afin de mettre fin aux famines récurrentes. Il développera l'Académie Ionienne pour faire revivre sur le plan culturel les lettres grecques. Les réformes de Ioannis Kapodístrias, cependant, ne font pas l'unanimité dans les rangs grecs (la puissante famille des Mavromichalis est son principal adversaire) ni dans les chancelleries étrangères (il est particulièrement détesté par Metternich qui n'apprécie pas ses idées libérales). Face à la situation financière précaire du jeune État grec, Kapodístrias refusera de percevoir un traitement. En 1831, il est assassiné à Nauplie alors qu'il sortait de l'église par les deux fils de Pierre Mavromichális. Grèce ottonienne (1832-1862) On appelle « Grèce ottonienne » la période comprise entre 1832, date du début du règne d'Otton , et 1862, date de son abdication. La guerre d'indépendance terminée, il convient de trouver un nouveau chef d'État à la Grèce ressuscitée. Dans l'Europe de la Sainte-Alliance, il est évident que le pays sera une monarchie, malgré les volontés de l'Assemblée nationale d'Épidaure et du gouvernement provisoire hellénique d'établir une république. Plusieurs candidats sont proposés. Le duc de Nemours proposé par Louis-Philippe ; le prince Charles de Bavière ; le prince de Saxe-Cobourg Léopold. Mais alors que Léopold de Saxe-Cobourg accepte le trône le 28 février 1830, il se décide de renoncer face à l'intransigeance des chancelleries européennes quant à une modification des frontières et l'inclusion de la Crète dans le nouveau royaume. Léopold devient plus tard roi de Belgique, et regrette un temps de ne pas avoir ceint la couronne hellénique. Finalement, après deux ans de tergiversations, les Grandes Puissances s'accordent autour de la candidature d'Otton de Bavière, fils de l'influent Louis de Bavière qui pèse de tout son poids dans ce choix. En janvier 1832, Otton est déclaré roi des Hellènes. Ce dernier obtient de la part des Grandes Puissances une renégociation des frontières par le traité de Constantinople. Le 6 février 1833, le nouveau monarque débarque à Nauplie, dans le Péloponnèse, où il reçoit un accueil très chaleureux de la part des officiels helléniques et de la population en liesse. Il y prononce quelques mots : Dans ce discours, la référence à la Grèce antique est loin d'être anodine. La Grèce ottonienne a d'ailleurs comme principale préoccupation le « retour aux sources » à une Grèce classique et l'effacement de la période ottomane. Athènes est déclarée en 1834 capitale du nouveau royaume : le roi charge ses architectes de reconstruire la ville et de la moderniser selon les règles de l'architecture néoclassique. Les principaux édifices qui témoignent de cette politique néoclassique sont les bâtiments de la Bibliothèque Nationale, de l'École Polytechnique et de l'Université Nationale. Othon et son épouse Amélie d'Oldenbourg s'investissent beaucoup dans la construction de la nation grecque moderne : mise en place d'une administration efficace, dans la continuité des réformes de Ioannis Kapodístrias, fondation de l'Université Nationale d'Athènes, de l'Observatoire National, construction du Palais Royal, loi sur l'instruction publique obligatoire. L'identité nationale hellénique se construit autour de la guerre d'indépendance : en 1838, Othon déclare le 25 mars fête nationale. Il inaugure, avec la reine Amélie, un jardin des Héros à Missolonghi où reposent d'illustres figures du conflit contre la Sublime Porte, comme Márkos Bótzaris. La Grèce d'Otton souffre du jeu des chancelleries européennes : le Royaume-Uni refuse de rétrocéder les îles Ioniennes et l'ambassadeur britannique Edmund Lyons fait tout pour humilier le jeune monarque qu'il n'hésite d'ailleurs pas à qualifier publiquement d'imbécile, l'accusant de se comporter en tyran. Également, il ne manque jamais une occasion de lui rappeler la question délicate de la dette que la Grèce a contractée auprès des puissances occidentales. Durant la guerre de Crimée, les Français et les Britanniques empêchent toute intervention grecque et occupent même le port du Pirée. Exclue de la conférence de Paris de 1856, Athènes n'obtient pas la moindre concession territoriale. Surtout, les grandes puissances profitent de leur nouvel ascendant pour exiger le recouvrement des dettes helléniques et imposer à la Grèce la tutelle d'une commission financière. De surcroît, le monarque gouverne de façon autoritaire : il est contraint de donner au pays une Constitution après le coup d'État du 3 septembre 1843. La Constitution déclare tous les citoyens égaux devant la loi, garantit la liberté de la presse et d'association. Elle confie le pouvoir législatif à une Chambre et à un Sénat. Le pouvoir exécutif reste détenu par le roi qui nomme les ministres sans consultation du Parlement. Toutefois, Othon n'est pas disposé à accepter que le Parlement outrepasse son simple rôle de « chambre d'enregistrement » et entre régulièrement en conflit avec ses ministres. Au début des années 1860, le monarque devient de plus en plus impopulaire : échec de la Grande Idée, pas d'héritier, politique centralisé et autoritaire. En 1861, un attentat organisé par l'étudiant Aristídis Dósios manque de peu la reine Amélie. Un an plus tard, le soulèvement de la population conduit la famille royale à quitter précipitamment le pays pour s'exiler à la Neue Rezidenz de Bamberg, en Bavière. Jusqu'à la fin de sa vie, Othon reste persuadé de son retour en Grèce. Il finance d'ailleurs généreusement la révolution crétoise de 1866. Affaibli, il meurt en 1867, prononçant ses derniers mots pour sa patrie d'adoption : « Grèce, ma chère Grèce... » Le prince Georges de Danemark est choisi pour lui succéder et monte sur le trône en 1863. De la Révolution industrielle en Grèce jusqu'aux guerres balkaniques Essor économique et industriel À partir des années 1850, la Grèce entre dans une période d'essor industriel et économique considérable : la marine marchande joue un rôle prééminent dans le dynamisme économique de cette période. En 1850, la Compagnie Hellénique de Navigation voit le jour. L'entreprise prend sérieusement son envol à partir de 1857. Ses bateaux à vapeur, Hydra, Reine Amélie et Panhellénion sillonnent non seulement les côtes grecques mais aussi étrangères. Les premiers itinéraires sont nationaux, notamment du Pirée au Péloponnèse. En 1858, la flotte compte cinq navires et les routes ont été étendues à Thessalonique et la Crète. En 1862, il y avait onze navires effectuant des voyages réguliers entre Smyrne, Constantinople et d'autres ports de l'Asie mineure. Par le traité de Paris de 1856, le Danube est déclaré ouvert au commerce international : la marine marchande grecque en profite pour se développer dans tout le monde balkanique. En 1875, la Compagnie Maritime de Samos est créée et vient dynamiser la marine marchande grecque. Le commerce maritime est l'une des plus grandes forces de la Grèce depuis l'Antiquité. Le début du marque la transition de la voile à la vapeur. La dynamique du développement de la navigation à vapeur a considérablement amélioré l'économie de nombreuses îles grecques, principalement Syros, Céphalonie, Ithaque et Andros. Outre ces îles, le port du Pirée a énormément profité de l'activité des bateaux à vapeur. Au cours des deux dernières décennies du , celui-ci est devenu le centre industriel et commercial le plus important de Grèce. Le développement rapide du Pirée a donné une impulsion inattendue à la croissance d'Athènes. À cette époque, les réseaux routiers et ferroviaires étaient encore en construction, l'État accordant plus d'importance aux routes de navigation. Le chemin de fer fait progressivement son apparition dans le pays sous l'impulsion du Premier ministre Charilaos Trikoupis : la première ligne de chemin de fer est ouverte en 1869 entre le Pirée et le centre d'Athènes. Après 1883 et jusqu’en 1905, de nombreuses nouvelles voies ont lié la capitale à des villes importantes comme Larissa, Corinthe, Patras et Chalcis. Des voies ont été créées pour relier par ailleurs certaines villes grecques entre elles. Le réseau ferroviaire grec n’a pas favorisé les grands trajets en train mais a plutôt aidé des régions voisines à s’ouvrir les unes aux autres et donc la plupart des habitants se servaient du réseau pour des petits trajets. À la fin du , la ligne Parthénon - Brindisi - Rome - Paris avec une correspondance maritime à Patras permet de connecter le monde hellénique à l'Europe occidentale. En outre, l'Orient-Express permettait de relier Londres, Paris, Munich et Budapest à Athènes via Sofia et Thessalonique. À partir de 1919, une liaison directe connecte Londres à Athènes par Calais, Paris, Strasbourg, Vienne et Belgrade. Cette période est une période d'essor économique, mais aussi intellectuel et culturel. En 1859, une première tentative d'organisation des Jeux Olympiques a lieu à Athènes au Zappéion grâce au financement du philanthrope Evangelos Zappas. Ces jeux, au succès certes modeste, sont les prémices des Jeux Olympiques modernes. En 1880, sous l'impulsion du roi Georges , un Théâtre National est fondé, de même que le Conservatoire Municipal d'Athènes. Les frères Yannakis et Miltos Manákis œuvrent activement au développement de l'activité cinématographique hellénique. En 1896, les premières véritables olympiades de l'ère moderne sont ouvertes à Athènes, grâce à l'action du Français Pierre de Coubertin. Ce dernier est un philhellène convaincu : le choix d'Athènes pour organiser la première olympiade contemporaine lui apparaît comme une évidence. Il rapporte plus tard, dans ses écrits : Après des négociations entre Coubertin et Constantin, duc de Sparte et diadoque, leur organisation est décidée. À cette occasion, Athènes a rénové intégralement le stade Panathénaïque vieux du et qui fut même utilisé sous l'empereur Hadrien. Durant dix jours, des événements artistiques sont organisés en marge des compétitions sportives. La ville d'Athènes est illuminée à profusion pour l'occasion. Diverses parades aux flambeaux, concerts et autres réceptions composent le programme des festivités. Des tragédies antiques telles Médée ou Antigone sont données en représentation. L'athlète grec Spyrídon Loúis se distingue tout particulièrement en remportant le marathon, ce qui ravit la population et flatte l'ego national. Grèce venizéliste et coup de Goudi (1909) Néanmoins, la Grèce vit au rythme des valses gouvernementales, élément caractéristique de la vie politique hellénique depuis l'avènement de la monarchie constitutionnelle en 1844. De plus, l'esprit de la Grande Idée est loin d'avoir disparu : en 1897, la Grèce se lance, mal préparée et trop sûre d'elle-même, dans une guerre contre l'Empire Ottoman qui se solde par une débâcle grecque. La Grèce déclencha le conflit en envoyant pour soutenir l'insurrection crétoise qui avait proclamé lEnosis. L'armée hellénique lance alors des attaques dans l'Épire et en Macédoine qu'elle revendique. Elle subit deux défaites et les armées ottomanes progressent en territoire grec. Grâce à l'intervention de la Russie, de l'Autriche-Hongrie et des autres puissances, un cessez-le-feu est signé. La paix se solde par quelques légères pertes territoriales pour la Grèce et une indemnité à payer. La défaite est surtout intellectuelle et plonge le pays, en ce début du , dans une profonde crise politique. En 1909, une partie de l'armée hellénique, menée par le colonel Nikólaos Zorbás, fomente un coup d'État contre Georges et son Premier Ministre Dimítrios Rállis : c'est le coup de Goudi. Ces insurgés demandent des réformes et la nomination du libéral Elefthérios Venizélos comme chef du gouvernement. Le roi cède et Venizélos devient Premier ministre. Diplomate hors pair, il joue un rôle politique prééminent pendant les décennies suivantes. Entre 1909 et 1913, il mène des réformes politiques et sociales en profondeur : une cinquantaine d'amendements à la constitution de 1864 ont été adoptés, une réforme agraire est mise sur pied (création d'un ministère de l'Agriculture) et des innovations ont été apportées au système éducatif. L'armée est modernisée grâce à l'aide de la mission militaire française. L'impôt sur le revenu est mis en place, les fonctionnaires sont titularisés. Sur le plan social, Venizélos légalise les syndicats et le droit de grève, pose les bases d'une protection sociale en rendant obligatoire les assurances pour les entreprises. L'interdiction du travail dominical est réaffirmée, le travail des enfants est interdit et réprimé. Les magistrats furent désormais protégés par un Conseil supérieur de la magistrature. Guerres balkaniques : les prémices d'un conflit global En 1913, l'Europe se divise progressivement en deux camps. La Grèce est partagée : la famille royale est liée à l'Allemagne wilhlemienne par la reine Sophie de Prusse mais Venizélos est ouvertement francophile. Au cours de la décennie 1910, le Premier ministre se rapproche de la Serbie de Pierre et de la Roumanie de Dimitri Ionescu duquel il est très proche. À Constantinople, le régime ouvertement autoritaire et nationaliste suscite les inquiétudes des pays balkaniques. De surcroît, chacun d'entre eux veut profiter de l'affaiblissement de la Sublime Porte, désormais « l'homme malade de l'Europe » pour s'agrandir territorialement. Le 12 mai 1912, est constitué la Ligue Balkanique : elle rassemble la Grèce, la Serbie, le Monténégro et la Bulgarie autour de cet ennemi commun. Le 17 octobre 1912, la Ligue déclare la guerre à l'Empire ottoman malgré les réticences françaises, britanniques et russes qui craignent une potentielle intervention allemande et austro-hongroise. La première guerre balkanique se solde par une victoire totale des coalisés : la marine grecque s'illustre notamment au cours de la bataille d'Elli en décembre 1912. La bataille de Lemnos, le 18 janvier 1913, lui fait acquérir définitivement la maîtrise de la mer Égée. La force de la marine hellénique a convaincu les autres membres de la Ligue de s'allier à la Grèce. Le 31 octobre 1912 (ou 18 novembre dans le calendrier grégorien), l'armée hellénique entre dans Thessalonique, jour du saint-patron de la ville Démétrios. Commandant l'armée de terre, le diadoque Constantin fait une entrée triomphale dans la ville. Le 30 mai 1913, le traité de Londres met fin à la guerre. Il entérine les victoires coalisées mais ne fixe aucune frontière : La Grèce sort grande gagnante de ces négociations. Elle peut annexer officiellement le sud de l'Épire, les montagnes du Pinde, la Thessalie et la Macédoine orientale avec Thessalonique. Cependant, les négociations à Londres n'ont pas abouti à un règlement précis des frontières : aussi, la question macédonienne n'est pas réglée, revendiquée en même temps par les Bulgares et les Grecs, les deux argumentant que la Macédoine est historiquement à eux. Les Grecs en appellent à l'héritage d'Alexandre le Grand tandis que les Bulgares affirment que les Macédoniens sont Slaves. Ces divisions entraînent le déclenchement de la seconde guerre balkanique : la Bulgarie attaque par surprise ses anciens alliés serbes et grecs dans la perspective d'occuper Thessalonique et d'avoir ainsi un accès sur la mer Égée. Les Bulgares, inférieurs en nombre aux Grecs subirent une contre-attaque générale sur l'ensemble du front dès le 19 juin et durent se replier sur la rivière Strymon. L'objectif initial de détruire rapidement l'armée serbe se révéla rapidement irréalisable et l'armée bulgare dut commencer à se replier avant même l'intervention roumaine et ottomane, et avant l'avancée grecque. Le conflit se généralisa en juillet 1913 avec l'intervention des Roumains et des Ottomans qui cherchèrent à reprendre Andrinople. Finalement, les Bulgares dépassés capitulent. Le traité de Bucarest du 10 août 1913 humilie la Bulgarie, qui est mise au ban des pays balkaniques. Ses gains territoriaux au cours de la première guerre balkanique lui sont retirés. La Grèce, soutenue par la diplomatie allemande, obtient le port de Kavala en Thrace. Les guerres balkaniques préparent le jeu géopolitique de la Première Guerre mondiale : la Bulgarie ainsi humiliée nourrit un fort esprit de revanche et se rapproche de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de l'Empire ottoman. De l'autre côté, la Roumanie et la Serbie, deux pays historiquement francophiles (le roi des Serbes a fait ses classes à Paris et les élites roumaines sont étroitement liées à la culture française) se rangent du côté de la Triple-Entente. La Grèce reste toujours divisée sur la politique étrangère à suivre : Berlin, Paris, Londres et Moscou sont des alliés historiques. Les deux conflits n'ont pas résolu tous les problèmes régionaux, bien au contraire : ils n'ont fait que les exacerber. Première Guerre mondiale : de la « Grande Idée » à la « Grande Catastrophe » Un pays divisé politiquement et idéologiquement En 1914, alors que l'Europe se prépare à la guerre, la Grèce est partagée et tergiverse sur la politique étrangère à mener. Elefthérios Venizélos mène une politique de prudence et louvoyante. Il existe dans le pays deux grands courants : les venizélistes sont pro-Entente et réclament l'entrée en guerre du Royaume aux côtés des Français, Britanniques et Russes ; les royalistes sont neutres, préférant ne pas prendre parti dans un conflit qui serait dévastateur pour le pays qui sort déjà de deux guerres difficiles. Constantin est poussé par son beau-frère, le Kaiser Guillaume II, à intervenir mais résiste et réaffirme la neutralité du pays. En Grèce, une lutte de légitimité prend forme avec d’un côté les partisans de Constantin et de l’autre ceux de Venizélos, les prémices d’une « guerre civile » se font, déjà, ressentir. Malgré la pression des venizélistes, le monarque refuse de participer à l'expédition des Dardanelles avec les Britanniques, qui se solde par une douloureuse défaite alliée. L’intérêt pour la Grèce est devenu particulièrement soutenu après le débarquement des troupes alliées à Thessalonique, le 5 octobre 1915, et à la suite de la deuxième démission de Venizélos, le même jour, face au refus du roi de donner son accord à la participation de son pays aux opérations alliées. Cette démission a été accueillie avec beaucoup d’émotion en France, et elle a été présentée à la Une des journaux comme « un coup d’État du roi », ou comme « un acte de révolte contre le Parlement et la nation » selon L'Humanité. C’est d’ailleurs à ce moment que l’image de la Grèce bascula : le pays apparut alors comme traître à l’égard de la cause de l’Entente. Dans ce sens, Gustave Hervé écrivait dans son éditorial de La Guerre sociale du 8 octobre 1915 : À la fin de l’été 1916, les Français, en première ligne, pressent le pouvoir grec de soutenir l’Entente et déplorent l’attitude passive du roi envers les troupes bulgares stationnées en Macédoine. En octobre, Venizélos établit un gouvernement de Défense nationale à Thessalonique en concurrence frontale avec l’autorité du roi, demeuré à Athènes : c'est le Schisme National (Εθνικός Διχασμός). L’épisode des Vêpres grecques symbolise alors les tensions dominantes entre les gouvernements de Thessalonique, d'Athènes et les forces alliées. Ces dernières réclament la restitution d’armes et de matériel militaire de l’armée hellénique alors que le roi s’y oppose. Le , des troupes françaises et anglaises débarquent à Athènes par le Pirée et affrontent les fidèles du pouvoir monarchiste. Cette opération se termine par un échec pour les Alliés obligés d’évacuer la ville le lendemain. Participation grecque aux côtés de l'Entente Au printemps 1917, l'Entente voit la Russie impériale s'écrouler et s'attend à une attaque allemande dans les Balkans, pour soutenir la Bulgarie. Or, le Royaume-Uni désire retirer ses troupes de Thessalonique pour les utiliser en Palestine. L'Italie désire faire de même pour mieux occuper l'Épire du Nord. En juin 1917, les Alliés de l'Entente évincèrent le souverain et installèrent Venizélos comme premier ministre d'une Grèce formellement unie mais amèrement divisée. Constantin est contraint à l'exil et c'est son fils Alexandre qui lui succède. Venizélos fit entrer la Grèce, jusque-là neutre, dans la guerre du côté de l'Entente. L'armée grecque s'engage donc aux côtés des Français et Britanniques au cours des batailles de Doiran et de Skra-di-Legen. Durant cette bataille contre les Bulgares les Grecs se distinguent par leur courage et leur pugnacité et remontent dans l'estime des Alliés. Le général anglais George Milne écrivit au général Danglis : « Sans l'aide des forces grecques, il n'aurait pas été possible de remporter cette victoire. ». Le général Guillaumat, général en chef des forces alliées, reconnut publiquement l'importance de la contribution des forces grecques dans cette victoire, affirmant : « La victoire de Skra est aussi glorieuse que la prise de Mort-Homme avant Verdun. ». Du traité de Sèvres à la Grande Catastrophe C'est donc en pays allié et vainqueur que la Grèce participe à la Conférence de Paris et à la signature du Traité de Versailles. Elefthérios Venizélos y présente les revendications grecques et obtient sur à peu près tous les sujets gain de cause. Le pays obtient l'Asie mineure, la Thrace mais se heurte aux prétentions italiennes sur le Dodécanèse et l'Épire du Nord malgré le soutien français. En mai 1919, la Grèce a été autorisée à débarquer des troupes à Smyrne, la principale ville portuaire d'Asie mineure où vit une importante population grecque. La Grèce est la grande gagnante du traité de Sèvres d'août 1920 qui lui reconnaît formellement l'annexion de l'Asie mineure. Cependant, pour les nationalistes turcs, dirigés par le général Mustafa Kemal, ce traité n'a aucune valeur juridique et il s'oppose fermement aux prétentions grecques. Le président français Alexandre Millerand prévient Venizélos que son pays n'est pas prêt à se lancer dans une nouvelle guerre pour imposer de force les conditions du traité de Sèvres aux Turcs, mais autorise celui-ci à y envoyer l'armée grecque pour maintenir l'ordre. La guerre gréco-turque qui s'ensuit aboutit à une défaite des armées grecques et la conclusion d'un nouveau traité nettement moins favorable en 1923 : le traité de Lausanne. La Grèce est obligée de se retirer d'Asie mineure et de Thrace orientale. Lorsqu'ils prennent la ville de Smyrne, les nationalistes turcs commettent des exactions terribles sur la population civile (génocide des Grecs pontiques) qui est contrainte à l'exil : c'est la Grande Catastrophe. Cet épisode marque profondément et durablement les mentalités grecques, contribue à tendre encore un peu plus les relations turco-helléniques. Entre-deux-guerres (1923-1939) La grande durée de la Première Guerre mondiale causa une profonde crise de conscience en Grèce. C'était avant tout une guerre que l’ensemble de l’opinion grecque, restée un peu perplexe, ne soutenait pas, parce qu’elle suscita la division du pays en laissant la Grèce seule, après la fin des hostilités internationales, à affronter la Turquie, ce qui provoqua la catastrophe de l’Asie mineure et la fin des revendications nationales. Elle essaya de répondre aux nouveaux besoins, très pressants de la Grande Catastrophe. La République est proclamée le , à la suite des élections ayant donné la majorité au parti républicain. Le roi est destitué. Cette République dure douze ans, douze années agitées, ponctuées par des coups d'État militaires et des conflits frontaliers avec ses voisins, comme l'incident de Pétritch en 1925, résolu par l'intervention de la Société des Nations. Dans les premières années de la République, le gouvernement d'Alexandros Zaimis contracta un prêt auprès des banques britanniques d'un montant total de de livres sterling destiné à la mise en valeur et à l'amélioration des terres (principalement dans les régions du nord). Les conditions de ce prêt stipulaient toutefois que la Grèce devait stabiliser sa monnaie en revenant à l'étalon-or. Un autre prêt de de livres sterling destiné à la réalisation de travaux publics a été contracté en 1928. En mai 1928, la Banque de Grèce fut créée. L'économie du pays est majoritairement concentrée sur le secteur primaire : en 1933, plus de 85% des exportations grecques en termes de valeur étaient agricoles, la plus grande part des exportations étant le tabac brut ( de drachmes). La Grande Dépression a eu un impact considérable sur les prix des produits de luxe tels que le tabac et les raisins secs, qui constituaient la majeure partie des exportations agricoles de la Grèce. Avant la crise, le pays exportait pour une valeur de . Ce n'était plus que de tabac pour une valeur de de drachmes en 1933. La décennie 1930 est marquée par la présence de Venizélos aux affaires politiques. Ce dernier mène des grandes réformes politiques (passage d'un régime monarchique à un régime républicain) et sociales (mise en place progressive d'un régime assurantiel pour les travailleurs). La République hellénique de l'entre-deux-guerres se caractérise par une instabilité gouvernementale chronique : quatorze gouvernements en onze ans. Le 10 octobre 1935, les généraux Geórgios Kondýlis et Aléxandros Papágos renversent la République et restaurent la monarchie au terme d'un référendum. La Grèce redevient formellement une monarchie et le roi Georges II est rappelé de son exil à Londres. Régime du 4 août En 1936, le général Ioannis Metaxás, devenu Premier ministre, abolit la Constitution pour et instaure un régime autoritaire, inspiré du fascisme italien de Benito Mussolini (Mouvement de la jeunesse nationale, salut fasciste, emprisonnement ou déportation des communistes). Ioannis Metaxás est un ancien militaire qui combattit durant les guerres balkaniques et qui s'y distingua ; il est hostile à la République et quitte le pays entre 1922 et 1935 avec la famille royale. Il revient à Athènes lorsque la monarchie est rétablie. Toutefois, la politique de Ioannis Metaxás est sensiblement différente de celle menée par l'Italie fasciste et l'Allemagne hitlérienne. La Grèce est un allié de la France et du Royaume-Uni, et n'a jamais cherché à mener une politique expansionniste. On peut expliquer cette absence de politique belliciste par un certain nombre de raisons : La défaite grecque durant la guerre de 1922 contre la Turquie. Les conséquences dramatiques du traité de Lausanne ont écarté l'idée de l'union de l'Asie mineure et de Constantinople au Royaume de Grèce. La défaite grecque s'est soldée par un échange catastrophique de populations entre la Turquie et la Grèce (plus d'un million de déplacés). Cette Grande Catastrophe a traumatisé l'opinion publique. Les nouvelles relations bilatérales avec la Turquie d'Attatürk. Dans les années 1930, Elefthérios Venizélos signe un pacte d'amitié et de coopération avec le président turc. La guerre n'est donc pas envisagée, tant s'en faut. De surcroît, Metaxás est un admirateur du kémalisme, auquel il s'identifie pleinement. La perte de vitesse de la Grande Idée. Les préoccupations politiques sont, dans les années 1930, plus préoccupées par l'avenir de la Grèce en tant que telle que du projet de réunir toutes les populations hellénophones. Dans l'entre-deux-guerres, le pays doit faire face à une crise politique, sociale et économique qui monopolisent le débat politique. Le régime du 4 août entend s’appuyer sur un idéal mobilisateur, celui d’une Grèce « régénérée » : la construction d’une « Troisième civilisation hellénique » est érigée en slogan. Les deux civilisations précédentes, racines du renouveau national sont d’une part la Grèce ancienne classique – l’accent est moins placé sur Athènes que sur Sparte, cité réputée guerrière et disciplinée – et d’autre part, la civilisation « médiévale grecque byzantine », marquée par la religion et la culture chrétiennes orthodoxes. Le régime exalte la patrie, la communauté biologique, l’unité sociale, la jeunesse, la famille, la religion, le modèle du soldat, les vertus viriles, le culte du chef, l’idée de régénération. Monarchiste, il condamne le système parlementaire et partisan. L’orthodoxie est posée en gardienne de l’âme grecque. Les revues du régime articulent étroitement nation et christianisme orthodoxe, dans une logique d’exaltation patriotique. Le régime du 4 août, régime politique antiparlementaire, anticommuniste et étatiste, ne peut se comprendre que dans le contexte historique de l'époque. L'entre-deux-guerres voit la montée de régimes politiques « forts » dans une atmosphère marquée par la progression du communisme en Europe et soutenue par l'Union soviétique. La Grèce n'a pas évolué en un régime mussolinien ou hitlérien. Ce fut plutôt un régime étatiste, corporatiste et socialiste. Seconde Guerre mondiale (1940-1945) Guerre contre l'Italie (1940) et Bataille de Grèce (1941) En 1939, Mussolini envahit l'Albanie du roi Zog, et ne cache pas ses ambitions en Grèce. Athènes se rapproche donc de Londres et de Paris pour garantir la souveraineté hellénique. Mais avec l'effondrement des Pays-Bas, de la Belgique et de la France, ainsi que le retrait de la Grande-Bretagne à Dunkerque au cours du printemps 1940, la Grèce perd deux de ses alliés les plus influents. Metaxás mène alors une politique de prudence, proclamant la neutralité de la Grèce. Le pays n'a, de toute façon, pas les moyens techniques de s'opposer militairement à l'Allemagne hitlérienne. Le 15 août 1940, la marine italienne torpille le sous-marin grec Elli dans le port de l'île de Tinos, alors en pleine célébration de l'Assomption. La responsabilité italienne était évidente, et Rome cherchait d'ailleurs par tous les moyens à provoquer la Grèce. Pour autant, Metaxás se garda bien de toute offensive afin de ne pas donner une raison aux Italiens de déclencher une guerre contre le pays. Dans le même temps, l'armement du pays s'intensifie. Dès 1936, deux lignes de défense, similaires à celle de la Ligne Maginot en France, furent construites : à la frontière bulgare, la ligne Metaxás, et à la frontière yougoslave la ligne Alikamon. Le 28 octobre 1940, l'ambassadeur italien à Athènes Emanuele Grazzi remet un ultimatum au gouvernement grec, le sommant de laisser l'armée italienne de pénétrer sur le territoire grec et d'occuper certaines places stratégiques, faute de quoi la guerre serait inévitable. Ioannis Metaxás lui aurait alors répondu par la négative en grec (Όχι) et aurait ensuite ajouté en français : « Alors, c'est la guerre. » Le 28 octobre est donc resté dans les mémoires collectives comme le jour où la Grèce s'éleva contre l'impérialisme italien. C'est un jour férié, appelé «Επέτειος του 'Οχι » (Jour du Non). Tous les rapports semblaient donner une victoire rapide à l’armée italienne. Mais c’était ne pas tenir compte de la réalité : il s’agissait d’attaquer, par l’Albanie, des troupes grecques solides et motivées dans un terrain montagneux difficile et dans une saison où pluie puis neige allaient donner bien du fil à retordre à un adversaire italien mal préparé. L’offensive italienne, en infériorité numérique, se solda par un échec cinglant qui permit même aux troupes grecques de contre attaquer et d’entrer en Albanie. Malgré la disproportion des forces aériennes, les Grecs parviennent à repousser les Italiens à l’intérieur du territoire albanais et conservent un excellent moral même s’ils manquent d’entraînement. Les chasseurs grecs défendent les aérodromes et les ports quand les bombardiers attaquent les lignes de ravitaillement, notamment en Albanie. Le 6 avril 1941, venant en aide à son allié italien au sein de l'Axe, l'Allemagne nazie envahit la Yougoslavie et la Grèce. L'armée grecque est aidée par des renforts britanniques, mais peu nombreux. Les premiers jours sont assez favorables à l'armée hellénique, grâce aux lignes fortifiées Metaxás et Alikamon. Cependant, la supériorité allemande va avoir raison de l'armé hellénique certes déterminée mais moins nombreuse et en manque d'équipement. Les grecs résistent avec une ténacité qui surprend jusqu'à l'État-Major allemand. Le 20 avril 1940, le général Tsolakoglu offre sa reddition aux allemands. Cette reddition n'inclut pas l'armée italienne. Outragé par cette situation, Mussolini ordonne une contre-attaque contre les Grecs qui viennent pourtant de se rendre. Elle est repoussée pour le plus grand embarras de Mussolini. Ce dernier obtient d'Hitler la signature d'une nouvelle reddition, ce qui est fait le 23 avril. Toutefois, cela n'est accepté par le commandant en chef des armées helléniques, Alexandros Papágos. Mais Athènes tombe le 27 avril. Le roi s'enfuit d'abord en Crète, puis à Alexandrie pour y organiser un gouvernement en exil. Le matin du 20 mai 1941, le Reich lance une invasion aérienne en Crète, sous le nom d'''opération Merkur. Les parachutistes allemands sous les ordres du général Kurt Student sont largués sur trois points : Máleme, Héraklion, et Réthymnon. Les troupes britanniques et néo-zélandaises du général Bernard Freyberg comptent , , alors qu’une grande partie des troupes sera capturée (environ ). Malgré la victoire, aucune opération aérienne d'envergure ne sera plus lancée par les Allemands jusqu'à la fin de la guerre. Contrairement à ce que l'on pouvait s'attendre, la Grèce offrit une résistance bien plus organisée et bien plus virulente aux envahisseurs italiens et allemands. Ni Mussolini, ni Hitler n'avait jusqu'alors rencontré de véritable résistance dans leur projet expansionniste., et l'armistice signé ne fut pas reconnu par l'état-major hellénique. La Grèce a permis de retarder d'au moins six semaines l'invasion de l'Union soviétique. Hitler lui-même le reconnut : « si les Italiens n'avaient pas envahi la Grèce et demandé notre aide, la guerre aurait pu prendre un cours différent. Nous aurions devancé le froid russe de plusieurs semaines et conquis Leningrad et Moscou. Il n'y aurait eu aucun Stalingrad. ». La résistance héroïque grecque fit l'admiration tant de la part des Alliés que des allemands. Lors d'un discours devant le Reichstag, en 1941, Hitler s'inclina devant leur lutte acharnée : « il doit être dit, pour le respect de la vérité historique, que parmi tous nos opposants, seuls les Grecs se sont battus avec autant de courage et de défiance envers la mort. » Joseph Staline en fit l'éloge : « le peuple russe sera éternellement reconnaissant envers les Grecs pour avoir retardé l'armée allemande ainsi longtemps pour que l'hiver s'installe, et de ce fait nous donnant le temps précieux dont nous avions besoin pour nous préparer. Nous n'oublierons jamais. » Winston Churchill fut impressionné : « Nous ne dirons pas que les Grecs combattent tels des héros, mais que les héros combattent tels des Grecs. ». Occupation La Grèce est occupée par l'Allemagne nazie, la Bulgarie et l'Italie fasciste. Après la capitulation des Grecs, l'Allemagne, l'Italie et la Bulgarie divisèrent le pays en zones d'occupation. L'Allemagne occupa la Macédoine occidentale (y compris Salonique), la Thrace orientale le long de la frontière gréco-turque, les environs d'Athènes, la Crète occidentale et les îles grecques situées à proximité de la Turquie dans le nord de la Mer Egée. La Bulgarie occupa la Thrace occidentale. L'Italie prit le contrôle du reste de la Grèce continentale, de la Crète orientale et des îles grecques du sud de la Mer Egée, de la partie orientale de la Méditerranée et des mers Ionienne et Adriatique. L'Allemagne et l'Italie occupèrent conjointement Athènes. L'occupation est particulièrement dure (famine, fusillades, destructions), et atteint son paroxysme durant la famine de l'hiver 1941-1942. Un gouvernement collaborationniste est mis en place, mais ne dispose d'aucune assise populaire et n'a guère de pouvoir. Dans les faits, ce sont les forces d'occupation qui ont tout pouvoir exécutif. La résistance s'organise autour des démocrates et libéraux (dont la figure de proue est Dimítrios Psarrós) et les communistes (avec Thanassis Klarás notamment). En novembre 1942, les résistants communistes et libéraux s'unissent et fondent l'Armée de Libération Nationale. Ils font sauter le viaduc du Gorgopotamos, ce qui a pour effet de couper le chemin de fer de Thessalonique au Pirée qui approvisionne l’Afrikakorps. La répression est particulièrement féroce : après la Pologne et l’URSS, la Grèce connaîtra les pertes humaines et matérielles les plus considérables en Europe (8 % à 9 % de morts dans la population, à mettre en comparaison avec les 1,5 % en France) sans compter la famine de 1941 qui tuera entre et des de Grecs. Après le 8 septembre 1943 et la capitulation de l'Italie, l'Allemagne occupa l'ensemble du territoire de la Grèce. Pendant l'année 1944, des unités de l'armée et de la marine allemande concentrèrent les Juifs qui résidaient dans l'ancienne zone d'occupation italienne dans des points de rassemblement. Ils furent ensuite déportés à Auschwitz-Birkenau. Ainsi 800 Juifs d'Athènes, près de Juifs de l'île de Corfou et près de Juifs de l'île de Rhodes furent déportés et dans leur grande majorité assassinés à leur arrivée par les SS. Dès fin 1943, de larges zones sont libérées en province puis auto-administrées par la population et les communistes de l'ELAS, menés par Thanassis Klarás. La Grèce continentale est libérée en octobre 1944, mais des garnisons allemandes continuent à occuper les îles de la mer Egée jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale. Des troupes britanniques débarquent à Athènes à la demande de Churchill, dirigé par le général Ronald Scobie, pour assurer que la Grèce ne tombe pas aux mains des communistes. Cela a été négocié à Moscou le 9 octobre 1944 entre Churchill lui-même et Staline : cet accord impose des zones d'influence entre britanniques, américains et soviétiques en Europe (aussi appelé ). La Conférence interalliée de Paris conclut le que l'Allemagne doit de dollars de réparations à la Grèce en raison du pillage organisé du pays par la de la . L'Allemagne ne paie effectivement qu'1/ de cette somme. Guerre civile (1946-1949) La fin de la Seconde Guerre mondiale ouvre directement sur la guerre civile, en raison des divergences d'intérêts et d'opinions qui traversent la Grèce, région stratégique à l'orée de la guerre froide. D'un côté, les modérés et royalistes aidés des Britanniques ne peuvent imaginer la Grèce dépourvue de son roi ; de l'autre côté, l'organisation résistante communiste EAM-ELAS, qui souhaite un gouvernement démocratique d'union nationale, et qui apparaît comme « rouge » aux yeux de et de Churchill. Le Premier Ministre britannique exige le désarmement et la dissolution d’ELAS, mais la résistance communiste lutte contre les Britanniques et prend rapidement le contrôle de la Grèce continentale, à l'exception d'Athènes et de Thessalonique. Au nom de la lutte contre le communisme, les Britanniques libèrent et arment les miliciens collaborateurs et les bandes royalistes. Les communistes évitent le conflit direct, soucieux de participer à la vie politique après la guerre. Malgré leur supériorité en nombre, les forces de l'ELAS sont envoyées dans le nord, ce qui condamne définitivement toute perspective d’une victoire par les armes. Les 3 et 4 décembre 1944, le général britannique Scobie a tiré sur une grande manifestation pacifique, place Syntagma, faisant plus de . C’est le début des combats de décembre : la loi martiale est instaurée à Athènes. Les quartiers populaires en armes sont bombardés par les avions britanniques sur ordre de Churchill. Pour épargner ses hommes épuisés et affamés, l’EAM accepte un accord, signé à Várkiza, le 12 février 1945. Les soldats de l’EAM-ELAS seront désarmés contre la promesse d’une amnistie et d’une épuration de l’État. Le même jour, l’accord de Yalta entre Staline, Roosevelt et Churchill entérine la partition de l’Europe. Les anciens collaborateurs et miliciens monarchistes imposent la « terreur blanche », commettant de nombreux viols, arrestations et meurtres, sans réaction de la police. La guerre civile commence véritablement en octobre 1946, lorsque l'EAM reprend ses activités de guérilla, prenant dès lors le nom d'Armée démocratique. Ce conflit est le premier exemple d'une insurrection communiste après la Seconde Guerre mondiale dans un contexte de guerre froide naissante. L'Armée démocratique contrôle en partie le nord de la Grèce et bénéficie au départ du soutien de la Yougoslavie (l'URSS en revanche, qui tentait de se concilier les faveurs alliées, presse les communistes grecs de rendre les armes). Les femmes constituent 30 % des combattants rebelles. En face, l’aviation et les troupes britanniques puis américaines (à partir de 1947, Harry S. Truman marqua sa volonté d'« aider la Grèce à sauvegarder son régime démocratique ». Les Américains prennent ainsi le relais des Britanniques qui ne pouvaient plus soutenir les forces royalistes grecques par manque d'argent) forment et ravitaillent l’armée royaliste. L’intervention de troupes spéciales formées par les États-Unis provoque l’écrasement d'une Armée démocratique affaiblie militairement et isolée diplomatiquement. En 1949, on dénombre plus de (voire ) des deux côtés. La guerre civile prend officiellement fin le 16 octobre 1949. Mais les exécutions se poursuivront jusqu’en mai 1955. Reconstruction et miracle économique (1949-1967) La reconstruction est difficile ; le pays reste divisé, la priorité est donnée à la lutte anticommuniste. Les effets à long terme des fonds du Plan Marshall se sont avérés avoir des effets bénéfiques substantiels. Entre 1947 et 1949, l'aide américaine a constitué environ 25 % du produit national brut de la Grèce et a financé 67 % de toutes les importations grecques. Depuis le début de la guerre froide, la Grèce est considérée par l'Occident comme un rempart contre le bloc communiste menaçant. Le premier gouvernement de la Grèce aux lendemains de la guerre civile est un gouvernement conservateur et farouchement anticommuniste, dirigé par Alexandros Papagós. Les gouvernements suivants sont aussi conservateurs : Sophoklis Venizélos, Nikolaos Plastiras. Des réformes sociales sont cependant menées : en 1951, l'Institut de l'Assurance Sociale, qui avait été fondée par Venizélos en 1931 et développé par Ioannis Metaxás, est réformé en profondeur pour devenir un programme assurantiel universel. La période des années 1950 et 1960 est marquée par une bipolarisation très forte de la vie politique, où le parti communiste est toujours illégal. C'est également une période de stabilité, durant laquelle la Grèce s'engage dans le développement économique : urbanisation et exode rural, développement du tourisme, de la marine marchande, normalisation des relations internationales (entrée dans l'OTAN en 1952, traité d'association avec la CEE en 1961). Le pays prend peu à peu sa place dans le bloc occidental. Premier ministre de 1955 à 1963, Konstantinos Karamanlís a pour mot d’ordre la prospérité : la Grèce affiche alors un taux de croissance de 6 % à 7 % par an, un des plus élevés au monde : seul le Japon devance le pays. Cette croissance se fait dans la stabilité monétaire, avec le taux d’inflation (2 %) le plus bas d’Europe et un très faible endettement. Les capitaux étrangers représentent alors 50 % des investissements industriels et contrôlent, en 1970, le tiers des actifs industriels, cette proportion étant encore plus élevée dans les secteurs de pointe. La croissance économique fut accompagnée de changements sociaux et géographiques spectaculaires. La population s’est concentrée dans quelques grandes villes, et surtout à Athènes ; la montagne et les îles ont été abandonnées par leurs habitants en faveur des plaines, des villes et de l’étranger ; enfin une classe moyenne a commencé à voir le jour. La démocratisation de l’éducation a fait émerger une jeunesse étudiante dynamique et revendicative. Un effort d'investissement plus intensif dans les industries manufacturières et en particulier dans les industries manufacturières lourdes devrait apporter une nouvelle croissance de la production industrielle. Un autre facteur important à cet égard fut la poursuite des investissements publics dans l'alimentation électrique, la route et le rail afin de compléter les infrastructures et d'améliorer les économies extérieures du pays. Le développement des structures d'enseignement et de formation adaptées aux besoins futurs de l'économie grecque contribuèrent également à améliorer le taux de croissance économique. En 1964, la première université dédiée uniquement aux technologies et à la recherche scientifique fut fondée à Patras. Le « miracle économique grec » est aussi culturel : Les années 1950 et 1960 sont considérées par beaucoup comme l'« âge d'or » du cinéma grec. Les réalisateurs et les acteurs de cette époque ont été reconnus comme des figures historiques importantes en Grèce et certains d'entre eux ont acquis une renommée internationale : Mihalis Kakogiannis, Alekos Sakellarios, Melina Mercouri ou encore Irène Papas. Plus de soixante films par an ont été réalisés. Le film le plus marquant de cette époque est l'adaptation cinématographique du roman Alexis Zorba de Níkos Kazantákis : sort en 1964 Zorba le Grec. Ce film popularise aux yeux du monde entier le sirtaki qui devient l'un des clichés sur la Grèce. Dans les années 1955-1960, les premières excursions touristiques organisées se développent et de petits groupes arrivent par voie ferrée ou maritime via Brindisi ou Venise. La société des loisirs alors en pleine expansion en Europe – et au-delà aux États-Unis – est en quête de destinations touristiques et la Grèce, par ses nombreux attraits, en devient un haut-lieu. L’épanouissement personnel, la redécouverte de la nature, la pratique du sport sont mis en avant et le voyage se fait injonction de plus en plus pressante dans une société où l’hédonisme se développe. Un modèle de tourisme estival caractérisé par la demande des quatre « S » (Sun, Sand, Sex and Sea) s’impose alors. Au début des , le climat politique se tend ; les critiques sont de plus en plus vives à l'égard du gouvernement. En 1963, un député de l'EDA, Grigoris Lambrakis, est assassiné par une milice paramilitaire. Cet évènement, qui inspire Costa-Gavras pour son film Z, contraint Karamanlis, discrédité, à s'exiler à Paris après avoir perdu les élections. La victoire de Georgios Papandréou aux élections, en 1964, annonce une période d'embellie démocratique. Cependant, la famille royale et les militaires vivent mal l'ombre dans laquelle ils sont rejetés. Ils s'irritent d'un prétendu complot « communiste », ourdi par le propre fils du Premier ministre, Andréas. Les relations entre le nouveau roi Constantin II et Papandréou deviennent si tendues que ce dernier démissionne, en . De nouvelles élections sont donc prévues, dont le résultat s'annonce évident : une nouvelle victoire du parti centriste de Papandréou. Le , un coup d'État de l'armée vient interrompre tout processus démocratique, ajournant définitivement les élections. Le groupe d'officiers à l'origine du putsch est secrètement soutenu par la CIA ; il inaugure la « dictature des colonels ». Dictature des colonels (1967-1974) La « dictature des colonels » est le nom donné au pouvoir politique en place en Grèce de 1967 à 1974, qui provoqua en outre l'exil du roi monté sur le trône en 1964. Le roi avait en effet tenté un coup d'État, en , contre les colonels. Son exil, consécutif à cet échec, laisse le colonel Geórgios Papadópoulos, à la tête des officiers, imposer une constitution dictatoriale lui attribuant les pleins pouvoirs. La dictature des colonels s’est instaurée et déroulée dans un contexte de guerre froide. Membre de l’OTAN depuis 1951, la Grèce appartenait au « bloc de l’Ouest » et se situait à proximité des voisins de « l’Est » : Bulgarie, Albanie et Yougoslavie. Durant la dictature, la Méditerranée orientale connut différentes tensions et conflits, dont la guerre des Six Jours en 1967, tandis que l’île de Chypre, République indépendante depuis 1960 — mais qui accueillait des bases militaires britanniques et des troupes grecques, turques et onusiennes — suscitait des convoitises diverses et notamment celle des Grecs favorables à l’Enosis (le rattachement de l’île à la Grèce). Les colonels n'ont pas de véritable programme ; ils se contentent de proclamer « l'ordre moral » de se présenter en champions de l'orthodoxie, avec pour mot d'ordre « la Grèce des Grecs chrétiens ». Le régime policier pourchasse les opposants, supprime les partis, remplit les prisons, bannit la gauche. Cependant, les États-Unis accordent leur aide financière, car ces militaires grecs occupent un emplacement stratégique dans la guerre froide, sur le flanc sud-est de l'OTAN. Le roi Constantin tente un contre coup d’État le avec le soutien d’une partie de l’armée. Il échoue et est obligé de s’exiler avec toute la famille royale à Rome puis à Londres. Les colonels ont désormais le champ libre : Georgios Papadopoulos devient chef du gouvernement. Les colonels, pour donner une légitimité démocratique au régime, laisse des gouvernements fantoches se mettre en place, alors que seule la junte militaire est aux commandes. Le régime prend des mesures dans tous les domaines de la société, relayé en cela par une administration dont l’intégralité des dirigeants a été changée aussitôt après le coup d’État. La minijupe et les cheveux longs sont interdits. Les partis politiques et les organisations syndicales sont interdits. Des tribunaux d’exception voient le jour : on peut arrêter les citoyens sans mandat, les juger sans avocat et les déporter. Une île-rocher de la mer Égée est réquisitionnée : Yaros. Des milliers de personne y sont déportées et doivent y construire leur propre prison. Les conditions de détentions sur ce caillou de l’Égée sans ombre ni eau potable battu par le vent sont régulièrement dénoncés par les organisations humanitaires. Des organisations clandestines se mettent en place et combattent la dictature. Des moyens radicaux tels que les bombes sont employées contre les Colonels. Ainsi, le , Alexandros Panagoulis tente de faire exploser la voiture du chef de la junte. Celui-ci échappe de peu à cet attentat. Panagoulis est immédiatement condamné à mort. Devant la pression de la communauté internationale, sa peine est convertie à la perpétuité. Beaucoup d'intellectuels poursuivent la lutte depuis l'étranger : c'est le cas de l'ancien Premier Ministre Konstantinos Karamanlís, réfugié à Paris. La France notamment est un des pays qui accueille un grand nombre des exilés. La capitale française devient un haut lieu de résistance contre la dictature grecque. Des comités de solidarité composés notamment de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, ou encore Michel Leiris se mettent en place. La situation économique difficile de la Grèce compte tenu du ralentissement économique mondial (premier choc pétrolier) alimente un mécontentement croissant à l'endroit du régime des colonels. En mai 1973, un complot organisé par des officiers de marine échoue. En réaction, Georgios Papadopoulos fait proclamer la République par référendum, le juin 1973. Il destitue le roi Constantin II, en exil à Rome, que l'on accuse d'avoir trempé dans le complot. Les étudiants déclenchent le processus de désintégration de la dictature, en 1973, par l'occupation de l'École polytechnique d'Athènes ; la répression est brutale : les chars sont lancés à l'assaut de l'université, faisant et une centaine de blessés. La crise chypriote de juillet 1974 révèle l'impuissance du régime militaire qui est évincé au profit d'un gouvernement formé de civils. Le coup définitif vient de Chypre, en 1974. L'île, indépendante depuis 1960 (après avoir été colonie britannique), peuplée d'une majorité de Grecs et d'une minorité turque, est alors gouvernée par le président et archevêque . Le président cherche à se débarrasser des officiers grecs de sa garde nationale, attirant la réaction de l'ultra-nationaliste Ioannídis qui tente d'assassiner l'archevêque et de prendre le pouvoir sur l'île. La Grèce et la Turquie, toutes deux puissances garantes, s'apprêtent à intervenir ; les Turcs débarquent, et la junte des colonels s'enfonce dans le chaos. Metapolítefsi Metapolítefsi, qui signifie « changement de régime » (), commence juste après la chute de la dictature militaire, le 24 juillet 1974, et se poursuit jusqu'aux années 1980. La dictature des colonels tombe le 24 juillet 1974. L'ex-premier ministre Konstantinos Karamanlís revient d'exil et reprend ses anciennes fonctions à la tête d'un gouvernement provisoire d'union nationale. Des élections se déroulant le 17 novembre 1974 sont remportées avec sur 300 par le Parti Nouvelle démocratie, formation de Karamanlís qui est confirmé à la tête du gouvernement. Le 8 décembre, un référendum permet à la population de se prononcer sur la monarchie. Les Grecs se prononcent contre à 69 %, mettant fin aux espoirs de retour sur le trône du roi Constantin II. La Grèce devient une république parlementaire et entame sa marche vers la démocratie et l'Union européenne. La République rétablit les libertés civiles. Le janvier 1981, la Grèce devient officiellement membre de la Communauté économique européenne. Son adhésion a été soutenue par la France de Valéry Giscard d'Estaing, ami personnel de Karamanlís. Histoire récente Après la dictature, la Grèce connaît une forte croissance économique, et des niveaux de vie jamais atteints auparavant, notamment grâce à la hausse du tourisme étranger en Grèce. Le pays adopte la monnaie européenne en 2001. Le pays, qui est à l'origine des Jeux olympiques, accueille la compétition en 2004 à Athènes. À partir de 2007, le pays est touché par la crise économique mondiale venue des États-Unis, et connaît en 2009 une grave crise budgétaire qui le force à demander l'aide de l'Union européenne. Au milieu des , le pays figure en première ligne de la crise migratoire en Europe, qui fait suite à la guerre civile syrienne. Politique Pouvoir central La Grèce est une république parlementaire depuis la constitution de 1975. Cette dernière garantit de façon détaillée les libertés civiles. Cependant le poids de l'Église orthodoxe y est resté très important : il n'y a pas de séparation entre l'Église et l'État en Grèce (ainsi l' de la constitution règle les rapports entre les deux autorités). Le pouvoir exécutif est assuré par le président de la République, élu par le parlement à la majorité des deux tiers, et un Premier ministre issu de la majorité parlementaire. Le président de la République a un rôle essentiellement représentatif ; ses pouvoirs politiques sont extrêmement limités. Cependant, compte tenu de son expérience, il incarne une certaine autorité morale qui lui est reconnue par la société grecque. L’organe du pouvoir législatif est un parlement à chambre unique, la (Chambre des Grecs). Le Parlement siège dans l'ancien palais royal d'Athènes. L' (Aréopage) est le nom porté par la Cour de cassation. Une Cour suprême spéciale est composée du président et de quatre membres de la Cour de cassation, du président et de quatre membres du Conseil d'État, ainsi que du président de la Cour des comptes, assistés dans certains cas de deux professeurs de droit. La politique étrangère de la Grèce est conduite par le gouvernement et le président n'a constitutionnellement aucun pouvoir. Le , la Grèce entre dans l’OTAN, en même temps que la Turquie, mais retire ses forces de la structure militaire intégrée le en protestation contre l'invasion turque au nord de Chypre. Puis elle réintégre l'OTAN en 1980. En 1981, la Grèce intègre la Communauté économique européenne. Forces armées Échelon local La première organisation administrative de la Grèce fut l'œuvre de Ioánnis Kapodístrias entre 1828 et 1831 puis des ministres bavarois du roi (début des ). Furent alors mis en place une dizaine de nomes () et . La croissance du pays et l'explosion de sa capitale obligea à en multiplier le nombre. Dans les , la Grèce était divisée en , et . Une réforme dite Kapodístrias modifia cette structure à partir de 1985 pour permettre à la Grèce de se conformer à la charte européenne de l'autonomie locale (1997 : 13 régions ou périphéries (), , , et ). En 2009, un nouveau programme de réforme de l'administration locale est lancé. D'abord appelé , il finit par prendre le nom d'un des architectes du Parthénon : Callicratès. Il aboutit en à une réduction radicale du nombre de subdivisions et d'élus de celles-ci. Un des objectifs principaux est de faire des économies budgétaires et de diminuer la bureaucratie locale. L'échelon des périphéries est conservé tandis que les nomes et leurs subdivisions s'y dissolvent. Les élus des nomes (qui étaient un peu moins de ) deviennent élus de l'échelon régional et ne sont plus que 700 sur l'ensemble du territoire. Les et , quant à eux, sont réduits à . Les élus municipaux sont réduits de moitié, passant d'un peu plus de à un peu plus de . Une économie budgétaire d'un milliard et demi d'euros est alors espérée sur trois ans. Les nouveaux conseillers municipaux et régionaux sont élus pour cinq ans. Cependant, les premières élections locales ont eu lieu en et les suivantes sont prévues pour 2014, en même temps que les élections européennes, dans un but d'économie. Sont éligibles les Grecs de plus de (comme pour le droit de vote), sauf pour le poste de maire où l'âge reste fixé à . Le scrutin est proportionnel plurinominal avec panachage. Partis politiques Les deux principaux partis politiques grecs sont les conservateurs de Nouvelle Démocratie et la gauche radicale de SYRIZA. Historiquement, la vie politique est divisée entre les formations conservatrices (Nouvelle Démocratie) et les libéraux progressistes (PASOK). En 1920, le Parti communiste de Grèce est fondé : il jouera un rôle prééminent dans la résistance durant l'Occupation allemande. À titre d'exemple, ce seront les deux résistants communistes Manólis Glézos et Apóstolos Sántas qui défieront ouvertement les occupants en enlevant le drapeau nazi de l'Acropole. Le communisme deviendra illégal en Grèce après la guerre civile, achevée en 1949. Une des particularités grecques est la construction de « dynasties » politiques : À droite de l'échiquier politique, la famille Karamanlís : Konstantínos Karamanlís, Ánna Karamanlí, Kóstas Karamanlís. La famille Mitsotákis, proche des Karamanlís : Konstantínos Mitsotákis, Kyriákos Mitsotákis, Dóra Bakoyánni. Au centre de l'échiquier politique, la famille Venizélos : Elefthérios Venizélos (bien qu'étant politiquement inclassable : ce fut un libéral au sens propre du terme, pas seulement économique) et Sophoklís Venizélos. À gauche de l'échiquier politique, la famille Papandréou : Geórgios Papandréou, Andréas Papandréou, Giórgos Papandréou. Le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) et Nouvelle Démocratie (ND) dominent la vie politique jusqu'en 2012, discrédités par la crise économique. Le parti de gauche socialiste et humaniste SYRIZA, est au pouvoir entre 2015 et 2019. Ils adoptent respectivement le vert et le bleu comme couleur emblématique. Ce choix propre à la Grèce rappelle les couleurs des deux groupes de partisans qui s'affrontaient à l'hippodrome de Constantinople à l'époque de l'empereur Justinien. La droite souverainiste est représentée jusqu'en 2004, par le mouvement Printemps politique avant que le parti Alerte populaire orthodoxe (LAOS) ne prenne la relève. Lors élections législatives de , LAOS perd tous ses députés mais Aube dorée (XA), un autre parti d'extrême droite ouvertement néonazi, sort de la marginalité en recueillant 7 % des voix. Ce succès ne dure que quelques années, le parti obtenant moins de 3 % lors élections législatives de 2019, et perdant ainsi sa représentation parlementaire. L'élection présidentielle anticipée de 2014 est entachée d'une tentative de corruption mais qui n'a finalement pas de conséquence sur l'issue du scrutin. Droits de l’homme secrètement largué au moins d'asile des frontières de l'Europe, dans la mer Méditerranée, lors d'au moins distinctes. Les migrants ont souvent été contraints de monter à bord de radeaux qui fuyaient, laissés à la dérive dans leurs propres bateaux après que les autorités grecques avaient désactivé leurs moteurs, ou ont été abandonnés sur une île inhabitée, Ciplak. Les demandeurs d'asile ont été transférés d'une île à Athènes, avant d'être immergés à la frontière maritime turque. Politique étrangère La Grèce, puissance moyenne globale, entretient des relations diplomatiques sur tous les continents. Le pays est membre de plusieurs organisations internationales : Nations Unies, OCDE, Conseil Économique de la Mer Noire, Union Européenne, Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, entre autres. Représentation diplomatique Ambassade – Ambassade grecque dans un autre pays Consulat général – Pas de relations – Grèce Relations avec la Turquie Compte tenu de l'Histoire complexe entre ces deux pays, les relations actuelles de la Grèce avec la Turquie sont ponctués d'échanges tendus et de réconciliation. Les deux pays sont aujourd'hui membres de l'OTAN et des Nations Unies et sont alliés. La Grèce est devenue indépendante vis-à-vis de l'Empire Ottoman, dont la République de Turquie contemporaine est l'État héritier. En outre, la Grèce affronte l'Empire Ottoman durant les Guerres Balkaniques et la Première Guerre mondiale ainsi que les Turcs dirigés par Mustafa Kemal entre 1921 et 1923, se soldant par des conséquences humaines désastreuses de part et d'autre des belligérants. Toutefois, le Premier ministre hellénique Elefthérios Venizélos signe un traité d'amitié avec la Turquie d'Atatürk en 1930 et se rend même à Istanbul pour une visite d'État, contribuant à normaliser les relations diplomatiques. En 1934, les deux pays deviennent membres de la Ligue Balkanique, qui se constitue avec la Yougoslavie et la Roumanie : il s'agit d'un pacte d'entente, d'assistance mutuelle et de coopération, que l'on peut comparer à la Petite-Entente signée en Europe centrale. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Turquie, restée neutre, envoie des navires de ravitaillement pour soulager la grande famine de l'hiver 1941-42. L'après-guerre est marquée par les pogroms anti-grecs de 1955 dans la ville d'Istanbul et l'épineuse question chypriote. En 1974, l'invasion de Chypre par l'armée turque provoque un coup d'État fomenté par le général Nikos Sampson pour précipiter le rattachement de l'île de Chypre à la Grèce, ce qui finalement avorte. Malgré l'intervention des Nations Unies et l'engagement de son Secrétaire Général Kofi Annan, Chypre se divise en deux : au sud, la République de Chypre ; au nord, la République turque de Chypre du Nord, qui n'est pas reconnu internationalement à l'exception de la Turquie. La République de Chypre est considérée par les Nations unies et par la communauté internationale comme le seul État légitime de l'île. Chypre n'est pas la seule pierre d'achoppement entre les deux États. Le 7 décembre 2017, le président turc Recep Tayyip Erdogan, alors en visite officielle à Athènes, annonce vouloir réviser le traité de Lausanne, estimant que son pays n'a pas pu faire valoir ses revendications en mer Égée : La réponse grecque, formulée par le président Prokópis Pavlópoulos a été directe : De surcroît, la crise migratoire que traverse l'Europe a contribué à tendre encore un peu plus les relations bilatérales. En février 2020, Erdogan a annoncé qu'il ne respecterait plus l’accord prévoyant que les migrants restent dans son pays en échange d'une aide financière européenne et qu'il laisserait par conséquent les réfugiés traverser la frontière gréco-turque. Le Premier Ministre grec Kyriakos Mitsotakis a réagi très fermement en annonçant la fermeture de la frontière et le renvoi systématique des réfugiés vers la Turquie. « Le chantage du président turc, Erdogan, ne marchera pas. Nous ne tolérerons aucune entrée illégale », a, en outre, déclaré le vice-ministre des Affaires Etrangères Miltiadis Varvitsiotis. La chancelière allemande Angela Merkel a jugé « inacceptable » que la Turquie fasse pression sur l'Union européenne « sur le dos des réfugiés. » De son côté, l'Union Européenne a déploré ce « chantage » et a appelé à une résolution pacifique de la situation par les voix de la Présidente de la Commission Ursula von der Leyen et le Commissaire aux Affaires Étrangères Charles Michel. Néanmoins, il faut souligner que la Grèce et la Turquie ont aussi su s'entraider et être solidaires l'une de l'autre lorsque les évènements l'exigeaient. En 1999, les deux pays sont touchés par deux séismes à Izmit en août, puis à Athènes un mois plus tard. La Grèce est le premier pays à dépêcher une aide humanitaire auprès des victimes, tandis que la Turquie se distingue par son dévouement après le séisme qui toucha Athènes quelque temps après L'amitié entre le ministre grec des Affaires Étrangères Georgios Papandréou et son homologue turc permettent de réchauffer les relations bilatérales. Également, la Grèce soutient l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. En 2006, deux avions respectivement de l'armée grecque et de l'armée turque entrent en collision, ce qui provoque la mort du pilote grec. Pour autant, Athènes et Ankara ont assuré que cela n'affecterait pas leurs relations.. Relations avec Chypre Chypre est le partenaire privilégié de la Grèce. La langue officielle de la République de Chypre est le grec, son hymne national, sa fête nationale (25 mars) ainsi que sa devise nationale sont les mêmes. Historiquement, Chypre a des liens très étroits avec la Grèce qui a longtemps cherché à rattacher l'île (Enosis). Les Chypriotes partagent une culture commune avec les Grecs (orthodoxie, mode de vie méridional, langue). Les deux pays sont représentés par leurs ambassades respectives. Chypre dispose d’un Consulat général à Thessalonique. Les relations diplomatiques entre la Grèce et Chypre remontent à 1960, date de la fondation officielle de la République de Chypre. Le ministère grec des Affaires Étrangères note à ce sujet : Relations avec la France La France et la Grèce ont des relations très étroites et ce, depuis longtemps. L'influence culturelle grecque a considérablement marqué les élites françaises des : la France de Louis XIV s'inspire largement de l'architecture classique antique dans la construction de ses monuments (Château de Versailles, Château de Vaux-le-Vicomte). Les philosophes des Lumières ne sont pas indifférents face à l'héritage hellénique : Montesquieu s'inspire de la « cité idéale » de Platon lorsqu'il rédige De l'Esprit des Lois, Diderot appréciait les Lettres grecques tandis que l'abbé Barthélémy faisait l'éloge de l'Hellade classique dans son Voyage du Jeune Anacharsis paru en 1788. Durant la guerre d'indépendance grecque, les milieux littéraires soutiennent activement les insurgés, à l'image de Chateaubriand, Berlioz ou Rossini. Dans son poème « L'Enfant », Victor Hugo célèbre la civilisation grecque qui se perd sous la domination ottomane. L'École française d'Athènes est fondée en 1846 et contribue à nouer des liens importants entre les deux États. En 1981, la Grèce rejoint la Communauté Économique Européenne grâce à l'appui de la France et aux très bonnes relations qu'entretiennent le Président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing, et le Premier ministre grec Konstantínos Karamanlís. La France compte deux établissements scolaires en Grèce, un à Athènes (lycée franco-hellénique Eugène Delacroix) et un à Thessalonique, ouvert en 1906. L'ambassade de France est située à côté du Parlement, de la place Sýntagma et de la présidence de la République. En 2019, le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire réaffirme la vigueur des relations franco-helléniques : Relations avec la Serbie Grèce et Serbie sont des partenaires historiquement très proches. Les deux pays ont tous deux gagnés leur indépendance vis-à-vis de la Sublime Porte et des échanges culturels et diplomatiques existaient déjà du temps où la Serbie était une principauté sous influence byzantine. Aux , les deux pays se sont battus contre les Ottomans ensemble à la bataille de Gallipoli en 1312. L'orthodoxie participe à renforcer ce lien culturel. Au , Pierre de Serbie et Georges de Grèce sont les architectes de la Ligue balkanique qui vise respectivement à créer un grand Royaume de Serbie et à réaliser la Grande Idée pour Athènes. Les deux pays sont tous les deux signataires d'un pacte quadripartite d'assistance mutuelle avec la Roumanie et la Turquie en 1934. La position non-aligné de Tito permet, dans l'après-guerre, la pérennité des relations diplomatiques et culturelles. Durant la guerre de Bosnie, Athènes propose sa médiation, qui n'aboutissent cependant pas. En outre, cette dernière refuse de participer au bombardement de l'OTAN contre les positions serbes et proteste vigoureusement. Aujourd'hui, la Serbie est un partenaire de la Grèce qui soutient d'ailleurs son adhésion à l'Union Européenne. De surcroît, le pays n'a pas reconnu l'indépendance du Kosovo. Il existe un musée serbe à Corfou, et une statue de l'ancien influent homme politique grec Elefthérios Venizélos a été inauguré à Belgrade. Relations avec les États-Unis Les États-Unis sont un partenaire économique important pour la Grèce, qui entretient une relation cordiale avec Washington. Les deux pays partagent des idéaux communs, comme l'a rappelé Alexis Tsipras en 2017, alors en visite à la Maison Blanche : « N'oublions pas que sont nées en Grèce les valeurs que vous défendez aujourd'hui, la Liberté et la Démocratie. » Les États-Unis ont soutenu les Grecs dans leur lutte pour l'indépendance, et ont aidé financièrement le pays après la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale. La Grèce a pu bénéficier du plan Marshall. À l'heure du containment et de la lutte contre le communisme, les États-Unis supportent activement avec les Britanniques les royalistes dans leur combat contre les communistes entre 1946 et 1949, ainsi que la dictature des Colonels par l'action du vice-président américain Spiro-Agnew. Aujourd'hui, les deux pays entretiennent des relations amicales. En 2017, Alexis Tsipras s'y rend pour rencontrer le nouveau président américain Donald Trump. En 2019, Kyriakos Mitsotakis fait de même. Il existe une importante communauté grecque en Amérique. Relations avec la Russie Moscou a toujours été très proche d'Athènes. Dès le , la cause grecque trouve un écho tout particulier à Saint-Pétersbourg auprès de Catherine II, qui envisage la création d'un grand royaume de Grèce orthodoxe. Toutefois, ce projet n'aboutit pas mais ne fait pas disparaître pour autant le soutien russe aux indépendantistes grecs. Le diplomate Ioannis Kappodistrias ainsi que le général Ypsilantis ont servi à la cour de Russie. En 1828, la première légation russe est ouverte à Athènes. La petite-nièce du tsar Nicolas , la grande-duchesse Olga, devient reine consort des Hellènes par son mariage avec Georges de Grèce. Les deux pays sont alliés durant la Première Guerre mondiale. En 1920, le soutien bolchévique aux soldats kémalistes participe à la défaite grecque et à la Grande Catastrophe et rompt cette alliance. Les relations diplomatiques sont rétablies en 1924 mais se tendent avec la politique anti-communiste du régime de Ioannis Metaxas. Le , signé secrètement entre Churchill et Staline, laisse la Grèce dans la zone d'influence britannique. L'Union soviétique renonce donc à tout soutien aux communistes locaux, qui sont pourtant bien plus nombreux et influents. Cet accord va aboutir à la sanglante guerre civile qui ne s'achèvera qu'en 1949 et aux conséquences fratricides. Entre 1967 et 1974, la dictature des Colonels, régime autoritaire anti-communiste soutenu par les Américains dans le cadre de la doctrine Truman, suspend les relations diplomatiques. En 1993, un traité d'amitié et de coopération est signé. De nos jours, la Russie et la Grèce entretiennent de bonnes relations diplomatiques et politiques. Économie Thalassocratie Selon les chiffres de l'OCDE et d'Eurostat, la Grèce est la cinquante-et-unième économie mondiale, dix-septième économie de l'Union européenne et première marine marchande de la planète, puisque sa flotte marchande dispose de pour de poids en lourd au (15,17 % du tonnage total mondial). L'activité maritime et le tourisme sont les principaux secteurs de revenus. Le tourisme contribue directement pour 7 % du produit intérieur brut (PIB) et 9 % de la main d'œuvre (). En ajoutant la contribution indirecte, ces chiffres passent à 17 % du PIB et 19 % de la main d'œuvre (). Le port autonome du Pirée est le plus grand port de la Grèce, mais la plupart des installations appartient désormais à des consortiums chinois. Globalement en 2010 les terminaux à conteneurs du port du Pirée ont traité un trafic de . D’ailleurs, le port du Pirée est devenu la plus grande concentration urbaine du pays après Athènes, Thessalonique et Patras. Les deux-tiers du territoire grec peuvent être exploités par l'agriculture (40 % des terres sont en prairies ou pâturages et un peu plus de 20 % en terres arables) Si l'on veut prendre une mesure rapide de l'essor et des transformations de l'économie grecque, il faut considérer l'évolution de la structure des caractéristiques macro-économiques. En 1962, les exportations sont encore celles d'une nation peu développée : les produits agricoles représentent 56 % des secteurs d'activité, les matières premières 30 %, les produits industriels moins de 9 %. Au début des années 1980, les proportions respectives sont passées à 25 %, 8 % et 44 %. Trois décennies plus tard, en 2007, l'agriculture, l'élevage et la pêche ne contribuent que 4 % à la richesse nationale, l'industrie et la construction à hauteur de 20 %, le secteur tertiaire à 76 %. En moins d'un demi-siècle, la Grèce est devenue un pays développé, échangeant avec l'étranger, notamment l'Union Européenne (près des deux tiers des importations comme des exportations hors hydrocarbures), des produits manufacturés et des services, et satisfaisant une partie de son marché intérieur, dont la demande s'est considérablement accrue en quantité et en qualité. La mutation est particulièrement nette dans le domaine industriel, où l'on assiste à une profonde transformation des systèmes de production et à des remaniements importants des localisations. Les bouleversements pourraient s'ordonner sous le double signe d'une périodisation banale qui fait se succéder les phases d'industrialisation (années 1960), de diffusion (années 1970) et de restructuration (depuis les années 1980) et d'une exceptionnelle flexibilité des acteurs économiques. Aux activités classiques fondées à l'origine sur la production agricole (alimentation, tabac, textile), se sont ajoutés des secteurs plus modernes et concurrentiels (métallurgie, chimie, chantiers navals ou cimenteries). Crise économique La Grèce a fait face, ces dernières années, à une violente crise économique intérieure, accentuée par la crise des dettes souveraines de la zone euro et de la crise mondiale de 2008. Les causes de la crise grecque, attribuées dans un premier temps à la Grèce seule, sont en fait beaucoup plus complexes. Outre les effets de la crise mondiale, et les fautes de gestion des gouvernements grecs successifs, beaucoup de fonds d'investissements ont spéculé sur la dette. Entre 2008 et 2016, le PIB de la Grèce a chuté de près de 25 %. La dette publique est passée de 103,1 % du PIB en 2007 à 181,2 % en 2018. Les projections du FMI estiment qu'elle atteindra 293,6 % du PIB en 2060. Le pays a diminué de 32,4 % ses dépenses publiques pendant la crise. Ces mesures d'austérité budgétaire ont été accompagnées de réformes structurelles, comme l’affaiblissement du droit du travail, la suspension du droit de négociation collective ou l’abaissement du salaire minimum. Les retraités ont également vu leurs pensions amputées de 14 à 40 %. Le nombre de personnes sans-abri a augmenté de 20 à 25 %. Le Premier ministre conservateur Kyriákos Mitsotákis lance en 2019 une vague de privatisations, dont notamment celles d’infrastructures touristiques, de terres côtières, et des parts détenus par l’État dans les entreprises de gaz et d’électricité et de l’aéroport d’Athènes. La brigade antifraude du fisc est supprimée, et ses employés intégrés au ministère des Finances. Le gouvernement fait par ailleurs adopter une réforme du droit du travail permettant à un employeur de licencier ses salariés sans avoir à motiver sa décision, ni à prévenir les personnes licenciées. Enfin, une réforme fiscale visant à faire du pays « une terre d’accueil pour les milliardaires et les citoyens les plus fortunés », relève le Financial Times, est mise sur pied. Il s'agit d'attirer les investissements en proposant de faibles taux d'imposition. En outre, une clause protégera les bénéficiaires de cette politique fiscale contre les éventuels changements de politique mis en place par de futurs gouvernements. En 2019, un salarié grec sur trois travaille à temps partiel pour un salaire net de et 34,8 % de la population est exposée au risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. Les inégalités se sont également creusées. La fraude fiscale représente en 2019 un manque à gagner pour l'État grec de d'euros. L'OCDE note en novembre 2019 dans son rapport annuel : La pandémie mondiale du Covid-19 aura des conséquences non négligeables sur la croissance du pays. Si la gestion de la crise apparaît comme exemplaire à bien des égards par le gouvernement, la relance économique fragile risque fortement d'être impactée. Tourisme Le nombre de touristes en Grèce a augmenté de 8,5 % en 2008 par rapport à 2007. Les trois quarts proviennent de l'Union européenne (principalement du Royaume-Uni pour 15 % et d'Allemagne pour 13 %). En 2010, le nombre de touristes étrangers en Grèce était approximativement de de personnes. Une étude de la Fondation grecque pour la recherche économique a montré que les dépenses des touristes (étrangers et grecs) en 2010 ont généré d'euros, soit 15,1 % du PNB. Les deux-tiers sont liés à l'hébergement et à la restauration ; les transports génèrent quant à eux d'euros. De plus, l'étude a montré que pour dépensés, l'impact total sur le PNB était de . Directement ou indirectement, le tourisme génère . Au total, 16 % de la population active () dépend du développement touristique. Selon le conseil du tourisme basé à Londres, 16 % du produit intérieur brut est issu du tourisme. En 2010, la région la plus visitée de la Grèce était la Macédoine centrale, avec 18 % du flux touristique total du pays (soit de touristes), suivie de l'Attique avec et le Péloponnèse avec . Le nord de la Grèce est la région la plus visitée du pays, avec de touristes, le centre grec attire de touristes, et se classe deuxième région la plus visitée de la Grèce. Santé Régime universel La Constitution hellénique fait de la Grèce une République sociale : Le système de santé hellénique est un système universel et gratuit, divisé entre une branche assurantielle et une branche assistancielle. L'État couvre une partie des frais médicaux et le reste à payer est à la charge des patients. Le ministère de la Santé, de la Solidarité et des Affaires Sociales est chargé de la gestion du système national de santé et de la santé publique. Les assurances sont rendues obligatoires par le gouvernement d'Elefthérios Venizélos en 1914 et 1922, et aboutissent à la création d'un système national de protection sociale en 1934 : l'Institut Nationale d'Assurance Sociale est créé (Iδρυμα Κοινωνικών Ασφαλίσεω, abrégé I. K. A.). Bien que loin d'être aussi efficace qu'aujourd'hui, l'Institut pose les bases de la protection sociale en Grèce. Le régime autoritaire établi par Ioánnis Metaxás entre 1935 et 1941 va développer l'I. K. A., dans le cadre de sa politique sociale. Le temps de travail quotidien est abaissé à , le dimanche est obligatoirement chômé, les accidents du travail pris en charge sont élargis, les chômeurs reçoivent une aide alimentaire régulière. Des livrets de santé individuels pour les travailleurs sont mis en place. Des cliniques sont construites pour assurer gratuitement les services de maternité et lutter ainsi de manière plus efficace contre les conditions parfois très précaires d'accouchement. Les naissances sont contrôlées par l'État. Les inspections du travail et la médecine du travail veillent au respect des mesures ainsi qu'à la surveillance de la santé des travailleurs. Les congés payés sont institués, les travailleurs disposant de deux semaines de vacances. L'interdiction du travail des mineurs est affirmé et des mesures de répression sont mis en place contre les entreprises ne respectant pas la loi. En 1951, l'Institut Nationale d'Assurance Sociale est modernisée et réformée en profondeur. Tout au long des années 1950 et 1960, le gouvernement fera adopter des mesures de protection pour les personnes vulnérables (aveugles, enfants malades, orphelins de guerre, maladies incurables). La Grèce doit ces réformes grâce à l'impulsion de Konstantínos Karamanlís et Georgios Papandréou. La loi de 1983, porter par le cabinet d'Andréas Papandréou, va moderniser les équipements hospitaliers et compléter le système assitanciel par un système assurantiel. Un système national d'urgence est mis en place : l'Εθνικό Κέντρο Άμεσης Βοήθειας dont les missions sont équivalentes à celles du S.A.M.U. en France. Il permet d'envoyer du personnel spécialisé sur les lieux d'une situation d'urgence, afin de fournir une assistance immédiate aux victimes et de les transférer vers les établissements de soins les plus proches. Son numéro joignable en permanence est le 166. Depuis la mise en place du numéro d'urgence européen, le 112 permet également de joindre l'aide médicale d'urgence. Politiques d'austérité Entre 2009 et 2015, les dépenses publiques de santé par habitant ont chuté de 37,7 % et le système de santé public a perdu les trois cinquièmes de ses effectifs. Dès 2010, le système national de santé ESY a réduit de 60 % ses dépenses. Afin de gagner en rentabilité, les répartis sur le territoire se sont trouvés contraints de fusionner, pour laisser place à un réseau de seulement 83 hôpitaux, avec, au passage, des milliers de suppressions de postes et la fermeture de lits. Au total, 25 % à 30 % des unités de soins intensifs et des unités de soins spécialisés ont disparu. Après son arrivée au pouvoir, le gouvernement issu de SYRIZA a rétabli la gratuité des soins hospitaliers pour les citoyens les plus modestes. Les accouchements dans le secteur public sont théoriquement gratuits. Pourtant, face aux coupes budgétaires, la pratique des pots-de-vin s'est généralisée. Il convient de payer pour bénéficier d'une anesthésie péridurale, de médicaments et matériels médicaux et d'une chambre. Un accouchement dans le public coûte ainsi entre 800 et , contre environ dans le secteur privé. Une étude d’Amnesty International publiée en avril 2020 établit que les trois « programmes économiques » imposés par les créanciers en contrepartie de nouveaux prêts ont « entraîné des violations du droit à la santé ». Avec un impact significatif sur les personnes les plus vulnérables : personnes handicapées, migrants, personnes âgées, porteurs de maladies chroniques, chômeurs, précaires, sans-abri. Les soignants interrogés, eux-mêmes affectés par des pertes de revenus et par la surcharge de travail créée par les suppressions de postes, décrivent « une situation désespérée » avec, dans les hôpitaux publics, des suppressions massives de lits, jusque dans les unités de soins intensifs, mais aussi des pénuries de médicaments, de vaccins et de fournitures de base (cathéters, bandages, seringues). Démographie Chiffres et tendance La population du pays est estimée à , dont 8,4 % d'étrangers, en (49,04 % d'hommes et 50,96 % de femmes). Par rapport à son maximum de en 2001, la population a baissé de 1 %. Cette baisse est un phénomène récent : en 2008, la Grèce présentait encore un accroissement de () habitants par rapport à l'année précédente, dont seulement dus au solde naturel, le reste provenant de l'immigration. Depuis 1996 en moyenne, le solde migratoire positif avait empêché la population grecque de diminuer. En 2011, le pays a enregistré pour . En 2012, le nombre de naissances a encore baissé, d'environ . Cette année-là, la population a diminué de . En 2013, d'après Eurostat, il y a eu en Grèce contre . En 2014, la baisse de la natalité s'est poursuivie : 2,1 % pour un nombre de naissances de ; par contre, le taux de mortalité a augmenté de 1,7 % pour atteindre . Ces dernières statistiques montrent que 40 % de la population grecque devrait avoir plus de en 2050.Au recensement de 2011, 50,3 % des Grecs sont mariés. Un foyer moyen comprend . Les taux de fécondité et de natalité sont parmi les plus faibles d'Europe. Le déclin de la fécondité a atteint un premier étiage au début des ( de taux de natalité et par femme en 1961 ; de taux de natalité avec par femme en 2001) pour remonter un peu ensuite : de taux de natalité et par femme en 2009. Entre 2009 et 2012, la natalité a recommencé à baisser, d'environ 10 %, passant de . En 2012, le taux de natalité est de . Ces chiffres sont expliqués par le coût important d'élever un enfant en Grèce : pas ou peu de crèches et éducation très chère en raison du recours aux cours privés. Il existe une relative homogénéité de ces phénomènes sur l'ensemble du territoire, avec deux petites nuances : les taux sont plus élevés dans les grandes villes car elles sont souvent le lieu de résidence des jeunes couples ; il en est de même en Thrace où se concentre la majorité de la population musulmane dont le comportement démographique est encore différent de celui du reste du pays, même s'il tend de plus en plus à s'en rapprocher. La Grèce a par ailleurs un des plus faibles taux européens de naissances hors mariage : 6 % des naissances, contre 53 % en France. Cependant, ce taux a augmenté de 40 % entre 2004 et 2009. Par contre, la Grèce est le pays d'Europe où la proportion d'avortements est la plus élevée : sont pratiquées tous les ans, soit le double du nombre de naissances, toujours en raison du coût de l'éducation et de la contraception, mais aussi en raison du regard moralisateur, imprégné par le christianisme orthodoxe ou par l'islam, de la société sur les grossesses hors-mariage. Une adolescente sur quatre y a au moins eu recours une fois et un cinquième des interruptions concernent des mineures. Le taux de mortalité a longtemps baissé pour atteindre un minimum de en 1961. Depuis, il est lentement remonté : en 2004 et en 2009. Cette remontée du taux est due à plusieurs facteurs : un vieillissement de la population (19,2 % des Grecs ont plus de et 14,3 % ont moins de en 2009), mais aussi une dégradation des conditions de vie : tabagisme, alcool et obésité. L'espérance de vie en 2009 est de pour les hommes et pour les femmes. Comme tous les phénomènes démographiques grecs, l'exode rural est relativement récent. La population rurale, encore majoritaire en 1961 (54,8 %), est tombée à moins du quart (24,9 %) de la population totale en 2001. Les zones montagneuses se sont principalement dépeuplées tandis que les zones rurales et les grandes villes croissaient. La principale zone de peuplement est au début du l'axe Patras-Athènes-Vólos-Larissa-Thessalonique : les douze nomes le long de cet axe concentrent en 2001 d'habitants, soit plus de la moitié de la population du pays. La tendance à l'hypertrophie de la capitale s'est ralentie. Après une explosion dans les , Athènes (hors de ses limites administratives, en englobant son immense banlieue) a crû plus lentement dans les . Elle concentre cependant encore 36 % de la population (soit plus de de personnes). En Attique, dans les centres-villes d'Athènes et du Pirée, comme ailleurs dans le monde, la population a diminué tandis que celle des banlieues résidentielles a augmenté, surtout à l'est : la population de la moitié des communes de l'Attique orientale a crû de 50 % à 128 % entre 1991 et 2001. Les villes principales des subdivisions de la Grèce connaissent elles aussi une forte augmentation tandis que 97 % des communes grecques ont moins de . Dernier phénomène : la population des îles, longtemps lieu d'émigration, augmente entre 1991 et 2001 : de 56 % à Mykonos, à Paros, Naxos, mais aussi Schinoussa. Il en est de même dans le Dodécanèse et sur la côte nord de la Crète. Le recensement de 2011 confirme ces tendances. L'Attique continue à concentrer plus du tiers de la population (record de densité à Kallithéa : ), suivie de la région de Thessalonique avec 18 %. La Grèce de l'ouest a perdu le plus d'habitants entre 2001 et 2011 (de ) tandis que le sud de l'Égée est la seule région en croissance (de ). La Grèce a longtemps été un pays d'émigration : de Grecs ont quitté leur pays entre 1950 et 1977 (pour une population de en 1951 et un peu moins de en 1975) principalement vers les États-Unis, l'Australie, l'Allemagne fédérale et la France, mais aussi l'URSS pendant la dictature des colonels. Après cette date (fin de la dictature en Grèce, fin des contrats de travail, âge de la retraite puis ouverture du bloc communiste), de nombreux retours définitifs (autour de entre 1976 et 1990) ont eu lieu. En parallèle, la Grèce est devenue un pays d'immigration : d'entrées entre 1976 et 2000 dont rien qu'entre 1996 et 2000. On comptait en Grèce en 1991 et en 2001. En 2013, le phénomène migratoire est à nouveau inversé, avec les départs en excédent de par rapport aux entrées. Communautés linguistiques et religieuses Citoyens grecs Dans la population disposant de la nationalité grecque, 97 % parlent le grec et sont considérés comme orthodoxes par tradition, sinon par conviction. Les 3 % restant appartiennent à diverses minorités linguistiques comme les aroumains, les arvanites, les slavophones et les tsakones, ou religieuses comme les grecs catholiques et les musulmans. Parmi les communautés ethniques, il y a, notamment les Juifs grecs. Pendant très longtemps, « être Grec » (« de souche ») supposait être locuteur usuel du grec et être orthodoxe : la place prépondérante de l'Église et le jacobinisme de l'État empêchaient la prise en compte des particularismes. Au l'intégration des orthodoxes non-hellénophones, puis l'immigration et la laïcisation de la fin du et du début du , ont fait évoluer ces perceptions : seuls les musulmans, considérés indistinctement comme « Turcs » par les dispositions du traité de Lausanne, sont décomptés à part. Pour le reste, la loi et l'état civil ignorent l'origine ethnique des citoyens et considèrent que les libertés reconnues à tous les citoyens par la constitution sont suffisantes, et évitent des tensions nationalistes comme celles qui ont abouti à la dislocation de la Yougoslavie. Étrangers En 2009, vivaient en Grèce, soit 8,1 % de la population. Près des deux tiers de ces étrangers étaient d'origine albanaise. Au recensement de 2011, les étrangers constituent 8,4 % de la population du pays et 52,7 % d'entre eux sont d'origine albanaise. La plupart des étrangers viennent des Balkans et principalement des pays proches (Albanie, Bulgarie et Roumanie) dont la culture, les habitudes alimentaires et/ou la religion sont proches celles des Grecs (une partie d'entre eux ont d'ailleurs des ascendances grecques, mais pas assez pour bénéficier de la « loi du retour » permettant d'acquérir la citoyenneté). Leur arrivée a suivi la chute du bloc communiste et l'ouverture du rideau de fer. Les populations issues de l'immigration ont diversifié la mosaïque ethnique et confessionnelle préexistante. Si les premiers migrants (des ) arrivaient de loin (Philippines, Pakistan et Afrique de l'Est), ils sont moins nombreux au début du et principalement concentrés à Athènes et Thessalonique. La population étrangère est répartie sur l'ensemble du pays évitant localement la désertification. Ainsi, entre 1991 et 2001, tous les nomes du Péloponnèse ont perdu des habitants « grecs » sans que leur population totale diminue. Les immigrés travaillent principalement dans l'agriculture et le bâtiment pour les hommes ; dans le tourisme et les services à domicile pour les femmes. Ils représentent 20 % de la population active. La Grèce est, dans les , touchée par une vague d'immigration « de transit » venue du Moyen-Orient et d'Asie centrale qui cherche à gagner la France et surtout le Royaume-Uni. En 2010, 82 % des migrants entrés illégalement dans l'Union européenne passent par la Grèce. Les points d'entrée sont le Dodécanèse et l'Évros. Les migrants se concentrent ensuite à Patras en espérant embarquer à bord d'un ferry. La crise financière des , due à la dérégulation mondiale et aux endettements de la Grèce, en partie consécutifs aux Jeux olympiques de 2004, a créé des tensions entre ces communautés et celle des citoyens grecs les plus touchés par la crise, qui se retrouvent parfois en concurrence pour les emplois les moins qualifiés. Langues et identités ethniques Les statistiques grecques ne reconnaissant pas les identités ethniques, c'est un usage informel qui identifie les diverses communautés présentes principalement dans le nord du pays. Ainsi, autour de Flórina, près de la frontière entre la Grèce et la Macédoine du Nord, vivent quelques dizaines de milliers de roumanophones qui se disent « Aroumains » et de slavophones qui se disent pour certains « Slaves » ou « Helléno-slaves », et pour d'autres « Macédoniens ». Les slavophones sont représentés par le parti politique Vinozhito (Arc-en-ciel) qui recueille autour de et qui réclame un statut équivalent à celui des musulmans de Thrace mais se refuse au séparatisme. Vers les , des populations chrétiennes d'Albanais et d'Épirotes se sont installées dans une vaste région regroupant Attique, Béotie, sud de l'Eubée, nord-ouest du Péloponnèse et îles du golfe Saronique. Ces populations ont apporté avec elles la fustanelle et le fez rouge devenus ensuite emblématiques de la Grèce. Cette communauté estimée entre parlait l'arvanite, langue albanaise encore parlée par les plus âgés des membres de la communauté. Présents à tous les niveaux de la société grecque depuis les origines du pays, ils se considèrent comme grecs et leur engagement historique pour la « grécité » est fort ancien. Leurs associations ne visent que des buts exclusivement culturels ; il en est de même pour les Aroumains romanophones (dits valaques) et pour les locuteurs du tsakonien (une langue hellénique) qui, tous, se réclament de la communauté nationale hellénique (). En revanche, parmi les groupes linguistiques minoritaires, se trouvent aussi des citoyens grecs mais ne se réclamant pas de la communauté nationale hellénique : Albanais musulmans (appelés « Tsamides »), Aroumains revendiquant une identité roumaine et Slaves revendiquant une identité bulgare ou slavo-macédonienne non reconnues par le gouvernement grec, Bulgares musulmans (appelés « Pomaques »), Turcs, Roms (dits Tziganes), Arméniens et Juifs. Ces groupes linguistiques minoritaires parlent le bulgare, le slavo-macédonien (deux langues très proches l'une de l'autre), l'albanais, l'aroumain, le turc, le yévanique (judéo-grec) et le « ladino » (judéo-espagnol). Culture Berceau de la civilisation occidentale La culture de la Grèce s'articule autour de l'héritage classique (Antiquité), de la période byzantine (Époque médiévale) et de la période contemporaine depuis l'accession à l'indépendance (depuis 1830). La Grèce est le berceau de la civilisation occidentale par son héritage philosophique (la dialectique avec Platon, la philosophie morale avec Socrate, le cynisme avec Diogène, l'épicurisme avec Épicure et le stoïcisme avec Héraclite), mais aussi scientifique (mathématiques avec Pythagore, Thalès et Hypatie ; physique avec Archimède ; sciences naturelles avec Hippocrate et Théophraste), historiographique (Thucydide et Hérodote sont considérés comme les pères de l'historiographie occidentale), politique (Périclès à Athènes et la démocratie), littéraire (Sappho, Sophocle, Homère) et culturelle (mythologie, architecture). Les langues indo-européennes tirent leurs racines du grec : le français en est l'exemple type. Tout cet héritage considérable n'a pas laissé indifférent la Rome antique qui puise ouvertement ses racines dans la culture hellénistique : Néron admirait les tragédies grecques, Marc Aurèle était stoïciste et l'empereur Hadrien en était un fervent admirateur, et son histoire personnelle le montre (cf. Les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar). Les Romains ont d'ailleurs relié la fondation de Rome par le mythique Énée afin de se donner une origine presque mystique. La culture hellénistique a nourri un sentiment particulier d'admiration chez les étrangers : le philhellénisme. La Grèce devint la « patrie des arts » et « l’éducatrice du goût ». À partir du Siècle des Lumières, le philhellénisme va prendre une acception sensiblement différente d'alors : être philhellène au puis au , c'est soutenir la cause des indépendantistes helléniques. Les plus illustres sont en France Chateaubriand (qui prend fait et cause pour les insurgés grecs dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem et sa Note sur la Grèce), Victor Hugo (dans ses Orientales et son poème L'Enfant), Hector Berlioz (il écrivit une Scène héroïque en leur honneur) Rossini (qui fait donner un concert à l'Opéra Comique en leur faveur), ainsi que les peintres Eugène Delacroix et Louis Dupré (connu pour ses peintures orientalistes). Le général Fabvier et le colonel Auguste Touret s'engagent militairement aux côtés des révolutionnaires. En Grande-Bretagne, les chantres de ce mouvement sont l'écrivain Lord Byron (qui mourut durant le second siège de Missolonghi), Percy Bysshe Shelley (auteur du drame ) ou encore le Premier Ministre George Canning. Les Allemands ne sont pas en reste : Goethe, Winckelmann (premier à définir les périodes de l'art antique, classant les œuvres de façon chronologique et stylistique), Humbolt (« Notre histoire commence avec les Grecs ») et Hölderlin (dans son poème Hyperion) sur le plan littéraire, et le roi Louis de Bavière en personne sur le plan politique. Des comités philhellènes se créent aux États-Unis ainsi qu'en Suisse sous l'impulsion du banquier Jean-Gabriel Eynard, ami proche du diplomate grec Ioannis Kappodistrias. En Russie, Catherine II fit renommer des villes pour leur donner une toponymie plus « hellénique » : Odessa, Nicopol, Sébastopol. La diplomatie russe soutint les révolutionnaires par l'action de Nesselrode. En outre, certains indépendantistes helléniques servirent à Saint-Pétersbourg : Dimítrios Ypsilántis et son frère Alexandre, par exemple. Tout au long du et du , les élites occidentales sont imprégnées des Belles-Lettres grecques. Une sorte de « relation spéciale » relie l'Europe à la Grèce : parler le grec est vu comme le nec plus ultra et connaître les auteurs classiques est un signe de raffinement. Les penseurs, les philosophes, les poètes et les écrivains n'ont cessé de revenir inlassablement aux sources grecques, pour nourrir leurs réflexions et leurs écrits. Les mythes grecs, la poésie grecque (celle d'Homère et d'Hésiode, en premier lieu), le théâtre grec, la philosophie grecque sont des références incontournables et inoubliables, et les textes grecs sont véritablement des œuvres fondamentales pour nos sociétés occidentales, et en particulier pour toute la littérature et les idées de notre civilisation européenne. La peinture occidentale s'épand dans la seconde moitié du pour le mode de vie oriental et levantin (c'est l'orientalisme) : les peintres Théodore Chassériau, Matisse, Kandinsky en France, John William Waterhouse et Lawrence Alma-Tadéma en Angleterre et Jean-Baptiste Huysmans en Belgique. En 1896, le combat de Pierre de Coubertin pour la renaissance des Jeux Olympiques portera ses fruits avec l'organisation des Olympiades d'Athènes. Alfred Jarry s'inspire de Sophocle pour écrire Ubu Roi tout comme le réalisateur italien Pasolini pour son film Œdipe roi. Jacques Lacarrière avec son roman L'Été grec et son Dictionnaire Amoureux de la Grèce et l'historienne, helléniste, académicienne et traductrice Jacqueline de Romilly (qui sera d'ailleurs honorée de la nationalité grecque) sont les philhellénistes contemporains les plus illustres. Durant la guerre civile grecque, les intellectuels français tels que Louis Aragon ou Picasso ou soutiennent activement les communistes grecs dans leur combat contre les royalistes épaulés des Britanniques. Paul Éluard passera d'ailleurs quelques jours auprès des partisans grecs retranchés sur les monts Gramos. André Malraux résume parfaitement la relation qui existe entre monde hellénique et Europe occidentale : « Une Grèce secrète repose au cœur de tous les hommes d'Occident. » Culture littéraire La Grèce compte un patrimoine littéraire riche et dense : littérature classique, littérature byzantine complétée par une abondante littérature contemporaine. Littérature de l'Hellade archaïque et classique La littérature classique qui nous est parvenue est loin d'être complète. Les textes qui nous sont parvenus ont traversé les époques grâce à des copies. Les Romains ont contribué à la diffusion de ces œuvres. L'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, qui contenait des ouvrages inestimables, n'a pas aidé à leur préservation. Les œuvres littéraires de l'ancienne Grèce, lues dans l'ordre où elles ont été composées, offrent un tableau des doctrines religieuses et philosophiques, des conditions de la vie sociale et de la vie privée, des relations politiques des cités entre elles, de l'histoire, des arts, des éléments de la civilisation hellénistique. La littérature classique s'étend sur pas moins de dix siècles. Après l'introduction du christianisme en Occident, la littérature grecque renaît au souffle de cette religion nouvelle et produit les œuvres des Pères de l'Église d'Orient. Au commencement, il y eut Homère : tel fut longtemps l'avis général prédominant. Grâce à une série de recoupements, on s'accorde à dire qu'Homère, loin d'être le premier, serait, sinon le dernier, du moins le plus illustre représentant d'une lignée d'aèdes itinérants. Il est universellement connu pour ses deux œuvres L'Illiade et L'Odyssée. La guerre de Troie a nourri non seulement l'imaginaire classique mais aussi contemporain. Le « vocabulaire homérique » est passé dans notre langage courant. De plus, la récurrence dans l'œuvre homérique de formules stéréotypées, composées en une langue différente, la matière même des récits et les éléments de civilisation de loin antérieurs à l'époque de la rédaction des poèmes, tout cela prouve que l'auteur disposait d'un stock de sujets et d'expressions légué par une longue tradition orale. Enfin, l'étude de la civilisation mycénienne a révélé la langue et le moment de civilisation où avaient pris naissance les récits qui allaient aboutir à L'Iliade et à L'Odyssée. Ainsi, la littérature grecque prend sa source non plus au où vécut Homère, mais dès le milieu du millénaire avant notre ère. Le siècle de Périclès est l'un des plus prolifiques : Athènes est le berceau d'une littérature profuse avec Gorgias, Isocrate, Euripide ou encore Aristophane. À la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand au avant notre ère, Athènes perd son monopole intellectuel. La cité attique n'est pas dépossédée de son prestige : les auteurs comiques, comme Ménandre, y demeurent et les écoles philosophiques n'en sont pas moins importantes – Académie platonicienne, le Lycée aristotélicien ou le Jardin d'Épicure. Cependant, la ville d'Alexandrie prend une place influente. La dynastie grecque des Ptolémée y développe une abondante bibliothèque, où furent rassemblées toutes les œuvres écrites en grec. L'activité culturelle d'Alexandrie, l'alexandrinisme, se place sous le signe de l'érudition. Pendant la période romaine, la culture grecque reste un modèle : c'est dans les écoles grecques que les élites romaines (à l'instar de Cicéron) apprennent à réfléchir et à s'exprimer. La Grèce fournit à Rome l'essentiel de son bagage philosophique, ses réflexions sur l'éloquence civique, ses références poétiques et ses débats sur le style. Les premiers textes chrétiens, le Nouveau Testament, les Lettres de Paul ou l'Apocalypse de Jean sont également grecs. Littérature byzantine Le monde byzantin (330-1453) a donné lieu à une abondante production littéraire en grec. Les textes byzantins appartiennent à divers genres littéraires (historiographie, philosophie, poésie, théologie, roman, etc.) et illustrent différents niveaux de la langue, soit proches des modèles classiques, soit influencés par la langue parlée et les formes populaires. Ces textes sont aussi le reflet d'une société, avec ses conceptions culturelles, religieuses et politiques. La littérature byzantine est l'héritière de la tradition grecque antique. L'empire de Constantinople, s'il est politiquement issu de Rome, est intellectuellement grec. La continuité de la langue donne aux Byzantins accès aux œuvres anciennes, qui va nourrir le nouvel Empire : les traités d'Hippocrate et de Galien sont repris par la médecine byzantine. L'activité créatrice s'ordonne selon une certaine hiérarchie, au sommet de laquelle se situent les genres qui traitent des concepts théologiques et philosophiques. La pensée païenne cède définitivement devant le christianisme, qui est devenue religion d'État depuis Constantin . En 529, la fermeture par Justinien des écoles philosophiques d'Athènes marque une rupture avec la période antique : désormais, Constantinople s'affirme comme un centre névralgique de la pensée chrétienne. La vie intellectuelle se concentre dans la capitale : Théodose II fonde en 425 l'Université de la Magnaure, qui est la première université au monde. La production se manifeste d'abord avec éclat, se stabilise pendant deux siècles, pour connaître une nouvelle renaissance à la fin de la période. L'œuvre prolifique d'Anne Comnène peut être considérée comme l'archétype de la littérature byzantine : au , Anne Comnène (1083 - 1148), fille de l'empereur Alexis , se consacre à l'historiographie du règne de son père. Son livre, lAlexiade, a pour objectif de raconter ses hauts faits. Malgré des erreurs d'ordre chronologique, l'ouvrage constitue sur ce règne une source historique de premier ordre, en raison des qualités et du rang de son auteur. Anne Comnène livre notamment de précieux renseignements sur la psychologie d'Alexis et de son entourage. Elle montre de manière suggestive le fossé séparant les Byzantins des Croisés, qui arrivèrent dans l'Empire à partir de 1096. Pour Anne Comnène, l'idée d'une croisade déclenchée par le Pape et l'Église était incompréhensible, car la guerre était le fait du seul Empereur. L'Alexiade dépeint ainsi les Latins comme des êtres courageux, mais incultes et orgueilleux, et se montre très critique à l'égard des Papes. Dans le domaine romanesque, les plus remarquables textes sont Daphnis et Chloé, attribué à un certain Longus dont on ne sait que peu de choses ; Théagène et Chariclée, peut-être le plus ancien texte complet du genre, par Héliodore ; Leucippe et Clitophon, d'Achille Tatius ; et Les Amours d'Abrocome et Anthia, de Xénophon d'Éphèse. Grèce des Lumières La chute de Constantinople en 1453 plonge la Grèce dans une relative période obscure : les Lettres grecques ne renaissent véritablement qu'avec le Siècle des Lumières. Des écrivains, tels que Rigas Feraïos, Iósipos Misiódax et Adamantinos Koraïs contribuent au à enrichir la littérature hellénique. Les Grecs occupent, dans l'Empire ottoman, une place influente : ce sont des négociants et des commerçants cosmopolites qui ont un certain bagage culturel. Tout au long du , les intellectuels grecs évoquent sous leur plume la renaissance politique de la Grèce et sont à l'origine du mouvement indépendantiste grec. En 1814, se fonde à Odessa une société secrète indépendantiste autour des intellectuels comme Eugène Voulgaris, Alexandre Ypsilántis, Theóphilos Kaíris ou encore le poète Dionýsios Solomós. La vie intellectuelle et culturelle grecque est étroitement liée autour de la guerre d'indépendance.La Femme de Zante de Dionýsios Solomós est le roman le plus important écrit en grec dans la première moitié du . Sa rédaction en a débuté après avril 1826, au cours du célèbre siège de Missolonghi par l’armée ottomane, et elle s’est inspirée pour partie de scènes réelles, auxquelles Solomos avait pu assister dans les rues de Zante. Dans son roman (la seule œuvre de Solomós à être écrite en prose), l'auteur traite directement de la question de l'indépendance : mais loin d'être un essai purement patriotique ou nationaliste, il met en lumière la brutalité et la violence des combats en se demandant finalement si tout cela n'est pas vain. et première moitié du : le questionnement de l'identité grecque Constantin Cavafy (1869 - 1933) fait partie des auteurs grecs emblématiques du . Il puise aux sources de la culture méditerranéenne. Son œuvre est à la fois sociale (il aborde le thème de l'homosexualité) et historiographique (ses écrits explorent l'identité hellénique et ses vicissitudes, depuis les conquêtes d'Alexandre le Grand). Ses questionnements et les problématiques qu'il soulève en font l'un des plus représentatifs de son époque : la Grèce vit alors au rythme de la Grande Idée et d'un essor économique considérable. Cavafy est né à Alexandrie : son rapport à l'identité grecque, au sens que revêt ce mot pour lui, est singulier. Tout comme le cinéma, la littérature grecque est profondément marquée par cette question identitaire. Cela s'accentue durant l'entre-deux-guerres, où le pays reste traumatisé par la Grande Catastrophe. Il est possible, à bien des égards, de faire un parallèle entre la génération des écrivains de ces années 1930 en Grèce influencée par les surréalistes français et la « génération perdue » aux États-Unis, incarnée par Francis Scott Fitzgerald et John Steinbeck. Les intellectuels grecs, que ce soit au cinéma ou en littérature, sont profondément marqués par ce désarroi propre à leur génération. Georges Séféris, Níkos Katzantákis et Maria Polydoúri sont les principales figures de la vie littéraire hellénique de l'entre-deux-guerres. Séféris est terriblement marqué par les évènements de 1922 qui ont entraîné pour la Grèce la perte de l’Asie mineure (et donc de son pays natal). Toute son œuvre poétique est une méditation sur cette perte aussi bien que sur celle du prestigieux passé d’un pays aux statues brisées dont les habitants sont condamnés à un douloureux exil. Les poèmes de Maria Polydouri sont teintés de néo-romantisme et de cette « douleur du siècle ». Les écrits de Nikos Kazantzakis (1883 - 1957) reflètent son cosmopolitisme et son goût des voyages, entre la France, la Russie et sa Crète natale. Il fait paraître des essais philosophiques, des traductions, des poèmes, des drames et des romans dont l'un des plus connus est Alexis Zorba, publié en 1946 et qui a fait l'objet d'une adaptation au cinéma. Kazantzakis s'engage aussi politiquement, couvrant la Guerre d'Espagne comme journaliste. Ses romans soulèvent la question du modèle christique et de la religion de manière générale, ainsi que du marxisme. Son livre La dernière tentation du Christ (1955) est d'ailleurs mis à l'index par la papauté. Littérature contemporaine La première génération d’écrivains après 1945 a été fortement marquée par la Seconde Guerre mondiale, la résistance, la guerre civile (1945 - 1949) et les problèmes socio-économiques du pays. La poésie est caractérisée par l’expression de la perte, de la dépression et de la peur, les poèmes traitant surtout des sujets de la lutte, de la résistance et de l’exil. Dans la poésie sociale ou de résistance, les auteurs sont attachés à l’idéologie de la gauche : (, Titos Patrikios). Dans la poésie existentielle ou métaphysique, les poètes décrivent l’angoisse de l’homme face à la mort : (). Il y a enfin la poésie néo-surréaliste : (Nanos Valaoritis, , ). La prose de cette époque se distingue également par son caractère politique et les sentiments de doute et d’angoisse. Kikki Dimoula (1931 - 2020) faisait partie des chantres de la poésie grecque moderne. Elle était une des plus importantes poétesses contemporaines grecques qui s’est imposée sur la scène poétique de son pays après les années 1980. Kiki Dimoula a publié son premier recueil en 1952 à l’âge de vingt-et-un ans, sous le titre Poèmes. Ses recueils les plus connus, Le peu du monde (1971) et Je te salue Jamais (1988) ont été traduits en plusieurs langues étrangères. Le temps, l'absence, la mort, le néant sont les constances d'une thématique très noire, mais incarnée dans des scènes quotidiennes inattendues, éclairées par l'art de la métaphore et l'invention verbale. Les vicissitudes des dernières décennies, marquées par la récession économique et la défiance politique, se retrouvent dans les romans contemporains, notamment ceux de l'essayiste Rhéa Galanaki (L’Ultime Humiliation, paru en 2016) et Vassilis Alexakis (Les mots étrangers, paru en 2002). Langues internationales L'anglais est parlé et compris par 17 % des Grecs (2009), et est la langue de nombreux migrants (Érythréens, Nigérians, Éthiopiens, Pakistanais, Soudanais) L'allemand est parlé par plus de retraités, rentrés au pays, et qui travaillaient en Allemagne ou en Autriche, et est aussi parlé par plus jeunes, qui travaillent surtout dans le secteur du tourisme. On trouve des Grecs francophones surtout dans les classes aisées, l'élite, et aussi dans le secteur du tourisme. L'italien est aussi fréquemment parlé, notamment dans les îles de la mer Egée ayant un passé italien lié aux anciennes thalassocraties de Gênes et Venise, ou qui furent des colonies italiennes entre 1912 et 1947. L'Organisation internationale de la francophonie établie à environ le nombre de locuteurs francophones en Grèce qui est membre de l'Organisation internationale de la francophonie et de l'Assemblée parlementaire de la francophonie. Confessions religieuses Église de Grèce Les Grecs sont en très grande majorité de confession chrétienne orthodoxe (97 % de la population). Le poids des deux Églises orthodoxes autocéphales qui se partagent le territoire grec (Constantinople dans le nord, les îles Égéennes orientales et la Crète et Athènes dans le centre, le sud, les Cyclades et les îles ioniennes), a toujours été très important dans la société et l'économie hellénique. Il n'y a pas de séparation nette entre l'Église et l'État, l'église possède de très nombreuses et importantes propriétés foncières et immobilières, est exemptée d'impôts, et même le gouvernement de gauche d'Aléxis Tsípras n'ose remettre en question ces avantages. L' de la Constitution règle les rapports entre les deux autorités, dont la plus influente n'est pas l'État. Il faut néanmoins souligner que la Constitution de la Grèce garantit la liberté religieuse dans l'. Communauté musulmane de Grèce Légalement, le traité de Lausanne de 1923 considère comme « turque » l'ensemble de la communauté musulmane ancienne de Grèce présente depuis la période ottomane et issue soit de migrations, soit de conversions. Cette communauté comprend les musulmans de Thrace (non englobés dans l'échange de populations entre la Grèce et la Turquie), estimés en 2011 à environ, soit presque un tiers des habitants de la région, principalement dans l'ancien nome du Rhodope, mais aussi les quelques milliers de musulmans du Dodécanèse intégrés avec leur région à la Grèce en 1946. Cette communauté est dans sa grande majorité sunnite, mais inclut aussi des bektachis. Depuis 1923, le droit reconnu dans le traité de Lausanne à un enseignement en turc a fait progresser la langue turque au détriment des autres : en 2011 les deux tiers de ces musulmans parlent turc, le dernier tiers est composé de Pomaques (musulmans bulgarophones, autour de ) et de Roms islamisés. Les musulmans de Thrace qui ont souffert des relations entre la Grèce et la Turquie, parfois tendues, ont vu leur sort s'améliorer depuis les dernières décennies du : plus grande tolérance, discrimination positive et élus aux niveaux local et national. Aux « musulmans anciens » de Thrace et du Dodécanèse, s'ajoutent environ un demi-million de « musulmans récents » venus des Balkans (Albanais), d'Afrique et d'Asie (Pakistan). Leur situation diffère de celle des Grecs musulmans : ils n'ont pas de lieux de culte publics, se réunissent dans les appartements ou des entrepôts, sont en butte à l'hostilité d'une partie de l'opinion et des administrations, ainsi qu'à l'islamophobie en relation avec les tensions internationales et à l'afflux de migrants clandestins. estime le nombre de musulmans en Grèce en 2010 à soit 4,7 % de la population. Autres communautés religieuses minoritaires Les catholiques de nationalité grecque sont autour de . Ils vivent principalement à Athènes et dans les Cyclades (Syros et Tinos surtout, héritage de la présence latine à la suite de la Quatrième croisade). Ils constituent ainsi encore la moitié de la population de l'île de Syros. Il s'agit ici de la minorité religieuse la mieux intégrée, même si cette confession n'est toujours que « tolérée » et que certains de ses membres continuent à être parfois mal considérés, surtout en lien avec l'actualité internationale (guerres de Yougoslavie par exemple). À côté des grecs, on en compte plus de , provenant principalement de Pologne et des Philippines. D'autres chrétiens non-orthodoxes, moins nombreux, sont les membres des diverses Églises évangéliques venues en missions prosélytes depuis le début du . Le premier établissement d'enseignement secondaire à Athènes était le Collège évangélique fondé en 1831 par Jonas King. Une cathédrale évangélique fut construite en 1871 à Athènes. Les chrétiens évangéliques sont autour de , surtout présents à Athènes, Patras et Kateríni. Les Témoins de Jéhovah sont considérés depuis 1983 comme membres d'une secte. Ils sont assez mal vus, en raison de leur refus du service militaire. Des aménagements leur ont été concédés avec un service civil renforcé. Il existe aussi des minorités orthodoxes. Ainsi, les Arméniens, descendants des réfugiés du génocide arménien ainsi que de l'échange de populations de 1923. Nombreux jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, ils sont aujourd'hui en nombre très limité en raison des retours vers la république d'Arménie. La communauté juive grecque, présente en Grèce depuis le et encore très importante au début du (principalement à Salonique), a peu à peu diminué (déportation qui extermina 87 % de la population juive de Grèce, puis émigration vers Israël). Elle ne compte plus que quelques milliers de membres, principalement à Athènes et Thessalonique. Ils restent victimes d'antisémitisme, le plus souvent du fait de groupes d'extrême droite tel aube dorée, et de l'antisémitisme de l'Église orthodoxe grecque. Les dodécathéistes olympiens sont considérés par l'église orthodoxe comme une secte d'apostats revenus au paganisme, alors qu'eux-mêmes se réclament comme héritiers de la religion grecque antique. Ils sont regroupés dans le mouvement Ellinaïs''. Universités Université nationale et capodistrienne d'Athènes Université Aristote de Thessalonique Université du Pirée Jours fériés Sport La Grèce est avec la Grande-Bretagne la seule nation à avoir participé à tous les Jeux olympiques d'été depuis leur création en 1896. En tout, la Grèce a remporté (30 en or, 42 en argent et 39 en bronze). Elle n'a remporté aucune médaille aux Jeux olympiques d'hiver. En tant que nation berceau des Jeux olympiques, la Grèce ouvre toujours le défilé des nations lors des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques. L'équipe nationale de football grecque a gagné l'Euro 2004. La Grèce a été en même temps championne d’Europe en football et en basket-ball, exploit que seules l’URSS et l'Espagne ont réalisé. Médias Radios Athena 98.4 FM TV ERT1 ERT2 ERT3 ANT1 Star Channel Mega Channel Alter Alpha Skai Codes La Grèce a pour codes : GR, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code alpha-2, GR, selon la liste des codes internationaux des plaques minéralogiques, GR, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, code alpha-2, GRC, selon la norme ISO 3166-1 alpha-3 (liste des codes pays), GRC, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, code alpha-3, GRE, selon la liste des codes pays du CIO, EL, dans le Code de rédaction institutionnel de l'Union européenne, LG, selon la liste des préfixes des codes OACI des aéroports, SX, selon la liste des préfixes OACI d'immatriculation des aéronefs, Annexes Bibliographie Généralités . . . . Géographie . . . Histoire . . . . . . . Culture et Société . . Administration . . Articles connexes Gentilés de Grèce Noms des Grecs Plaque d'immatriculation grecque Hymne national grec Liste de villes de Grèce Histoire de la Crète Folklore grec Philhellénisme Liens externes Site officiel du Parlement Site officiel de la Présidence de la République Site officiel du Premier ministre Autorité hellénique de la Statistique Notes et références Notes Références Éponyme d'une épithète spécifique
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https://fr.wikipedia.org/wiki/GNU
GNU
GNU est un système d’exploitation libre créé en 1983 par Richard Stallman, maintenu par le projet GNU. Il reprend les concepts et le fonctionnement d’UNIX. Les logiciels qui composent GNU sont généralement utilisés en association avec des logiciels libres issus d'autres projets tels que le noyau Linux. Son symbole est un gnou, bovidé vivant en Afrique. Historique Le , Richard Stallman dévoile dans la pure tradition hacker son projet de développer un système d’exploitation compatible UNIX appelé GNU , en invitant la communauté hacker à le rejoindre et participer à son développement. Cette annonce succède à la « guerre » déclarée par Symbolics au laboratoire d’intelligence artificielle du MIT et à la disparition de la communauté hacker Lisp. Il annonce que le système pourra être utilisé et partagé librement par tous comme ce fut le cas avec Emacs. Concrètement il relate l’effort à accomplir, dont on distingue déjà en 1985 certaines pièces maîtresses : le compilateur GCC finalisé dès , une version emacs compatible UNIX, etc. L’effort sera opiniâtrement poursuivi, et au début des années 1990, le projet GNU possède une version utilisable de tous les éléments nécessaires à la construction d’un système d’exploitation (outre ceux cités précédemment : un shell, des bibliothèques, les composants de base, les outils de développement…) à l’exception du plus central : le noyau. Le projet GNU initie alors en 1990 le projet de production d'un noyau nommé Hurd. Selon Thomas Bushnell, l’architecte initial du projet Hurd, l’idée initiale était d’adapter le noyau BSD 4.4-lite, et avec le recul . Stallman confirmera plus tard que l’université de Californie travaillait à combler les parties manquantes pour transformer BSD en un système d’exploitation complet et librement redistribuable. Malgré une collaboration étroite avec les hackers de Berkeley et leur meneur Keith Bostic, le code propriétaire d’AT&T mélangé au code BSD n’est pas supprimé, si bien que Stallman décide, à la place, d’utiliser le micro-noyau Mach, qui s’avérera extrêmement pénible à faire progresser. Hurd ne dépassera jamais réellement le stade de curiosité de laboratoire de recherche, en revanche, le travail réalisé a permis de finaliser une variante du système GNU basée sur le noyau Linux. Une querelle sémantique a, pour cette raison, éclaté ces dernières années concernant l’appellation GNU/Linux afin de faire référence au système dans son intégralité. GNU a fêté son trentième anniversaire au MIT de Cambridge (Massachusetts) en . Influence grandissante Alors que la réputation de GNU grandissait, des entreprises intéressées ont commencé soit à contribuer au développement, soit à revendre les logiciels du projet GNU et à offrir de l'assistance technique. La principale de ces sociétés est Cygnus Solutions, qui fait maintenant partie de Red Hat. À partir de 1990, le système GNU dispose de son propre éditeur de texte (Emacs), d’un compilateur très performant (GCC), d’un Débogueur (GDB) d’un langage de script (Bash), et de la plupart des bibliothèques système (comme glibc) d’une distribution Unix standard, le principal composant encore manquant étant le noyau, qui sera finalement amené de l’extérieur par le projet linux. GNU est toujours incomplet, notamment parce que son noyau GNU Hurd, une pièce essentielle du système d'exploitation reste immature et certains des composants GNU sont même incompatibles avec ce dernier. Les logiciels du GNU sont utilisés depuis longtemps, mais habituellement avec le noyau tiers Linux. Philosophie Esprit hacker et projet GNU Ce système est né du besoin de maintenir intactes les traditions hacker de partage dans un monde de plus en plus marqué par l’empreinte du droit d'auteur. Stallman travaillait encore au laboratoire d’intelligence artificielle du MIT au lancement du projet. Il démissionnera en 1984 pour se consacrer entièrement à la création de ce système et, d’après ses mots, . Il n’était pas question alors de « propriété intellectuelle », et tous les codes sources, distincts, s’échangeaient librement. Cette pratique était la règle dans les premiers temps des mainframes, dont les sources étaient fournies sur simple demande et librement modifiables par les clients jusqu’au début des années 1980. On ne peut pas réellement comprendre la nature de ce projet sans en saisir les motivations, qui relèvent de l’éthique et de la philosophie politique. Il vise en effet à ne laisser l’homme devenir ni l’esclave de la machine et de ceux qui auraient l’exclusivité de sa programmation, ni de cartels monopolisant des connaissances en fonction de leurs seuls intérêts. Le projet GNU œuvre pour une libre diffusion des connaissances, ce qui n’est pas sans implications politiques, éthiques, philosophiques et sociales, ou sociétales. Il s’agit d’ailleurs du modèle de coopération qui a toujours été celui des universités. Philosophie du logiciel libre et FSF Stallman introduit alors la notion de copyleft, et formalise ainsi celle de logiciel libre. Il crée la Free Software Foundation en 1985 pour assurer la protection légale du projet, dont la mission, plus générale, représente un projet proprement politique. La FSF commence par financer des programmeurs pour accélérer les premiers développements, mais la construction communautaire se nourrit de contributions bénévoles. À ce titre, des communautés universitaires ou scientifiques, américaines et internationales, contribuent énormément à la viabilité de ces projets. En janvier 2004, l’UNESCO élève le logiciel libre au rang de patrimoine mondial de l’humanité et confère à GNU la valeur symbolique de « Trésor du monde ». Caractéristiques Au début de la création de GNU, le système d’exploitation UNIX était déjà largement répandu et son architecture considérée comme suffisamment robuste par les universitaires et les ingénieurs. GNU fut donc conçu pour être compatible avec ce système, par l’implémentation du code source UNIX en logiciel libre et l’écriture de nouveaux composants, afin d’obtenir un équivalent libre. GNU se définit dès l’origine comme une plate-forme universelle dédiée à tous les logiciels libres, pas seulement ceux maintenus par le projet GNU. Le système GNU comprend des programmes qui ne sont pas des logiciels GNU, ce sont des programmes qui ont été développés par d’autres, dans le cadre d’autres projets, pour leurs buts propres, mais qu’on peut réutiliser, car ce sont des logiciels libres. Le système GNU avec le noyau Hurd reste cependant à l’état de projet (bien que la plupart du système soit fonctionnel pour les développeurs et utilisateurs). On peut pourtant le découvrir en symbiose avec des projets connexes (comme Debian), ou concurrents d’une partie (comme Linux). Différences avec UNIX GNU Guile est le langage d’extension officiel du système. GNU est en effet orienté Lisp depuis son annonce en 1983. Le système est toutefois construit et compilé en C pour assurer sa compatibilité avec UNIX. Texinfo est le format de documentation officiel du projet. On peut citer aussi des améliorations faites à plusieurs logiciels libres alternatifs à ceux d’UNIX : bash, coreutils, bibliothèque C, compilateurs Enfin, l’architecture du noyau, Le Hurd, constitué d’un réseau de serveurs distribués fonctionnant sur un GNU Mach. Toutes les commandes UNIX ont par ailleurs été ré-implémentées et sont maintenues dans le cadre du projet. On lui doit également divers standards innovants, tels que les options longues. Les développements répondent enfin aux normes de codage GNU. Les distributions UNIX étaient pour la plupart propriétaires. GNU est un système libre. La licence publique générale GNU a été créée à cet effet. La nature même du logiciel libre a favorisé une plus large diffusion des programmes. Composants du système Le système GNU est composé exclusivement de logiciels libres. Ces composants se présentent sous la forme de paquets logiciels maintenus et distribués par le projet GNU. Parmi la liste des paquets GNU, on retrouve la collection de compilateurs GNU, le débogueur GDB, les outils binaires GNU, le shell Bash, la bibliothèque C GNU, les outils de base GNU, l’assembleur GNU ou le noyau Hurd. Distribution Distributions utilisant Hurd Il existe à ce jour deux distributions du système d’exploitation GNU : Arch Hurd ; Debian GNU/Hurd. GNU est aujourd’hui utilisé par des millions de personnes avec GNU/Linux. On retrouve aussi quelques-unes de ses composantes dans les systèmes FreeBSD, NetBSD et OpenBSD. Variantes du système GNU/Linux GNU/Linux (souvent appelé Linux) est une variante du système d'exploitation GNU fonctionnant avec le noyau Linux. Le projet GNU avait originellement prévu le développement du noyau Hurd pour compléter le système, mais au début des années 1990, Hurd ne fonctionnait pas encore et son développement rencontrait encore des difficultés. L’arrivée du noyau Linux permit l’utilisation du système GNU sur les ordinateurs animés par des microprocesseurs de la famille Intel x86, en favorisant sa large diffusion par la complémentarité des projets. Distributions soutenues par la FSF Les distributions du système d’exploitation GNU/Linux constituées exclusivement de logiciels libres sont peu nombreuses. Le fait de n’offrir aucun logiciel propriétaire dans la distribution standard n’est pas suffisant, la FSF demande également de ne pas faciliter leur installation. Les dépôts liés à la distribution ne doivent pas en contenir et la documentation diffusée par la distribution ne doit pas inciter à l’installation de tels logiciels. Ces distributions sont soutenues par la FSF lorsque ces critères sont respectés, parmi elles on retrouve PureOS, GNU Guix,gNewSense, Trisquel, Ututo, Venenux, BLAG, Musix GNU+Linux, Dragora, Dynebolic et Parabola. Toutes ces variantes utilisent aujourd’hui le noyau GNU Linux-libre. GNU avec un noyau BSD Notes et références Notes Références Voir aussi Articles connexes Projet GNU : Logiciel libre Richard Stallman Distribution GNU/Linux (liste) Liens externes . Entrée « GNU » dans le Répertoire du logiciel libre. Sigle de 3 caractères
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https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie
Géographie
La géographie (du grec ancien – geographia, composé de « η γη » (hê gê) (la Terre) et « γραφειν » (graphein) décrire, puis du latin , littéralement traduit par « dessin de la Terre ») est une science centrée sur le présent, ayant pour objet la description de la Terre et en particulier l'étude des phénomènes physiques, biologiques et humains qui se produisent sur le globe terrestre, à un certain niveau d'abstraction relative qui s'y prête, pluridisciplinarité comprise voire transdisciplinarité en un certain sens. Le portail de l'information géographique du gouvernement du Québec définit la géographie comme « une science de la connaissance de l'aspect actuel, naturel et humain de la surface terrestre. Elle permet de comprendre l'organisation spatiale de phénomènes (physiques ou humains) qui se manifestent dans notre environnement et façonnent notre monde ». Elle se divise en trois branches principales : géographie mathématique qui est la première à être apparue avec « l'étude des formes et des dimensions de la Terre » à travers la géodésie ; géographie physique qui comprend des disciplines scientifiques intégrant les sciences naturelles ; géographie humaine qui comprend des disciplines scientifiques intégrant les sciences sociales. Grâce aux progrès de l'astronomie et de l'astronautique, des formations sont maintenant connues ailleurs que sur cette planète, le terme est utilisé pour tous les objets célestes. Évolution et étendue de la notion de géographie La première personne à utiliser le mot « géographie » était Ératosthène (276-194 ) pour un ouvrage aujourd'hui perdu mais l'arrivée de la géographie est attribuée à Hérodote (484-420 ) ; aussi considéré comme étant le premier historien. Pour les Grecs, c'est la description rationnelle de la Terre en comprenant principalement la géographie physique. Il s'agit d'une science qui répond à une curiosité nouvelle, et qui va déterminer la géopolitique en définissant les territoires à conquérir et à tenir, ce qui implique la réalisation de cartes. Pour Strabon, la géographie est la base de la formation de celui qui voulait décider. Quatre traditions historiques dans la recherche géographique sont l'analyse spatiale des phénomènes naturels et humains (la géographie comme une étude de la répartition des êtres vivants), des études territoriales (lieux et régions), l'étude des relations entre l'Homme et son environnement, et la recherche en sciences de la terre. Avec l'évolution de la recherche scientifique, plusieurs domaines de la géographie ont évolué vers un statut de science à part entière. On peut citer la climatologie, l'océanographie, la cartographie, etc. ce qui a eu pour effet de principalement recentrer les activités du géographe sur les interactions humaines (aspect social) et de son rapport à son environnement (aspect spatial). Les géographie physique et mathématique sont les branches de la géographie qui ont le plus subit cette évolution des sciences alors que la géographie humaine a profité de ce changement pour passer de la géopolitique à une étude plus rationnelle et enrichie des rapports humains et des relations qu'ils entretiennent avec leurs environnements à travers des disciplines nouvelles. Néanmoins, la géographie moderne est une discipline englobante qui cherche avant tout à mieux comprendre notre planète et toutes ses complexités humaines et naturelles, non seulement où les objets sont, via l'élaboration de cartes, mais comment ils ont changé et viennent à l'être. Longtemps les géographes ont perçu leur discipline comme une discipline carrefour (Jacqueline Bonnamour), « pont entre les sciences humaines et physiques ». L'approche géographique d'un phénomène ne se limite pas uniquement à l'utilisation de la cartographie (l'étude des cartes). La grille de questionnement, associée à la cartographie, permet d'ajuster l'analyse de l'objet — l'espace — et d'expliquer pourquoi on trouve tel ou tel phénomène ici et pas ailleurs. La géographie s'applique donc à déterminer les causes, aussi bien naturelles qu'humaines ; et lorsqu'ils observent des différences, leurs conséquences. Aujourd'hui, une division de la géographie en deux branches principales s'est imposée à l'usage, la géographie humaine et la géographie physique. Cependant la géographie reste par excellence une discipline de synthèse qui interroge à la fois « les traces » laissées par les sociétés (mise en valeur des espaces ou impacts) ou la nature (orogenèse des montagnes, impact du climat…) et les dynamiques en œuvre aussi bien dans les sociétés (émergence socio-économique de la façade asiatique pacifique, désindustrialisation progressive des pays développés à économie de marché) qu'au sein de l'environnement physique (« Changement global », montée du niveau marin…). La géographie s'intéresse donc à la fois aux héritages (physiques ou humains) et aux dynamiques (démographiques, socioéconomiques, culturelles, climatiques, etc.) présents dans les espaces. Par ailleurs cette discipline tend à intégrer divers champs culturels tels que la peinture paysagiste, le roman ou encore le cinéma. Histoire Géographie antique Dans le bassin méditerranéen, la géographie est à l'origine composée de mesures expérimentales et de récits sur des voyages et des lieux pour répertorier l'univers connu. Les cartes et l'exploration sont surtout le fait des savants du monde grec. Ainsi, Claude Ptolémée répertorie tout l'univers connu dans son ouvrage Géographie. Anaximandre réalise l'une des premières cartes du monde connu. Les Grecs sont la première civilisation connue pour avoir étudié la géographie, à la fois comme science et comme philosophie. Thalès de Milet, Hérodote (auteur de la première chorographie), Ératosthène (première carte du monde connu – l'écoumène –, calcul de la circonférence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptolémée ont apporté des contributions majeures à la discipline. Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions. Ces précurseurs développent quatre branches de la géographie qui vont perdurer jusqu'à la Renaissance : découvrir et explorer les continents ; mesurer l'espace terrestre (géodésie) ; situer la Terre dans les systèmes astronomiques (cosmographie) ; représenter l'espace terrestre (cartographie). Époque moderne Après la Renaissance et les grandes découvertes, la géographie s'impose comme une discipline à part entière dans le domaine scientifique. Nicolas Copernic développe la théorie de l'héliocentrisme selon laquelle le Soleil est au centre de l'Univers et que la Terre tourne autour du Soleil. Gérard Mercator publie en 1569 une mappemonde en dix-huit feuillets appelée « projection Mercator » qui fournit aux navigateurs une réelle description des contours des terres. Époque contemporaine Entre le , plusieurs courants se développent tentant de démontrer l'interaction entre l'homme et la nature, avec plus ou moins de succès et de rigueur d'approche : le courant déterministe, emmené par le géographe allemand Carl Ritter. Le déterminisme considère qu'une cause naturelle produit une conséquence sociale ; le courant environnementaliste, développé par le géographe allemand Friedrich Ratzel. Tout être vivant est le produit du milieu dans lequel il vit ; le courant possibiliste de Vidal de La Blache qui cherche à nuancer les approches précédentes. Il n'y a pas de déterminants géographiques, mais des possibilités que l'homme choisit, ou non, d'utiliser. La nature propose, l'homme dispose. L'École française de géographie, créée par Paul Vidal de La Blache, développe aussi une spécificité : la géographie régionale. Il s'agit de traiter de l'unique, de la région (« idiographie » ou travail sur les spécificités), évitant ainsi les dérives nomothétiques, mais tombant dans une connaissance encyclopédique. Élisée Reclus est l'auteur d'une encyclopédie (la Nouvelle Géographie universelle, en 19 tomes). Son regard géographique fut influencé par ses convictions anarchistes. Les Grandes Mutations du La nouvelle géographie se développe à partir des années 1960 aux États-Unis et gagne la France, la Suisse et surtout l'Allemagne dans les années 1970. Elle est directement influencée par les géographies anglo-saxonnes et scandinaves. Inspirée par les mathématiques (statistiques) et les règles de l'économie, cette géographie tente d'établir des « lois » universelles (science nomothétique). En créant des connaissances multidisciplinaires, la géographie donne des clés de lecture et d’analyse des grands enjeux contemporains liant espaces et sociétés. Elle s’adresse à divers publics : les politiques, les médias, les scientifiques, ainsi que la société dans son ensemble. Dans notre monde de plus en plus globalisé, cette discipline permet notamment d'appréhender de manière multiscalaire et critique les flux de biens, d'informations et de personnes afin de résoudre les défis posés par les changements climatiques, l'urbanisation, ou encore les migrations et les conflits armés. La géographie constitue ainsi un outil d'expertise et d’éducation de ces enjeux, permettant d'agir sur un plan local, national et global. Branches scientifiques Géographie mathématique La géographie mathématique se concentre sur la surface de la Terre, l'étude de sa représentation mathématique et sa relation à la Lune et au Soleil. Elle est la première forme de science géographique apparue pendant l'antiquité grecque et comprend aujourd'hui les disciplines scientifiques et techniques suivantes : la géodésie, science ayant pour objet l'étude de la forme et la mesure des dimensions de la Terre ; la cartographie, la réalisation et l'étude des cartes. Le principe majeur de la cartographie est la représentation de données sur un support réduit représentant un espace réel ; la géographie astronomique ; la géomatique, développée récemment, une branche de la géographie qui se distingue des précédentes par le recours à l'outil l'informatique pour analyser le territoire. Elle complète les systèmes d'information développés par ailleurs dans d'autres disciplines par une référence spatiale : la localisation géographique, couramment définie par un système de coordonnées géographiques (X, Y, Z). On distingue ainsi les systèmes d'information géographique (SIG) et la télédétection satellite ; l'analyse spatiale, qui recouvre un ensemble d'outils mais aussi de concepts permettant de modéliser les structures spatiales et d'analyser les dimensions spatiales de la vie en société ; la photogrammétrie, permettant de déterminer les dimensions et les volumes des objets à partir de mesures effectuées sur des photographies montrant les perspectives de ces objets ; la topographie. Géographie physique La géographie physique est une discipline qui a pour but de . Elle s'organise en plusieurs spécialités : la géomorphologie (structurale et dynamique), la climatologie, l'hydrologie, la biogéographie et la paléogéographie. Ces disciplines concourent à l'analyse du milieu naturel, on dit plus communément aujourd'hui, des paysages, qui est un géosystème : ensemble géographique doté d'une structure et d'un fonctionnement propres, qui s'inscrit dans l'espace et dans le temps (échelles spatio-temporelles). Le géosystème comporte des composants abiotiques, biotiques et anthropiques qui sont en interaction : les composants abiotiques (« sans vie », les facteurs du milieu autres que ceux du vivant) relèvent : de la lithosphère (les roches) ; et de l'atmosphère, déterminant le climat. Le climat se manifeste dans le déplacement des masses d'air mais aussi au niveau des milieux rocheux via des agents météoriques qui participent au climat du sol, aux processus de météorisation (modifications intervenant dans les roches sous l'effet des phénomènes atmosphériques) ; et enfin, de l'hydrosphère (les eaux) dont l'étude générale est le domaine de l'hydrologie qui se subdivise en hydrologie continentale et en hydrologie marine (ou océanographie). L'hydrographie concerne l'étude de la répartition des eaux (voir réseau hydrographique). Dans le milieu naturel, l'eau ne concerne pas seulement l'eau atmosphérique, les rivières, les lacs, les mers et océans et, les glaciers — l'eau doit être envisagée sous ses trois formes — mais aussi l'eau contenue dans la lithosphère. les composants biotiques (bios, la vie) représentés par la biosphère (végétaux à travers la phytogéographie et animaux y compris la faune du sol dans la pédofaune) ; les composants anthropiques (anthrôpos, l'homme). L'étude actuelle des géosystèmes est caractérisée par une prise en compte plus grande de l'anthropisation, de même que l'accent est mis sur l'évolution dans le temps. Ainsi par exemple, la géomorphologie analyse l'une des composantes du milieu naturel, en relation étroite avec les autres disciplines de la géographie physique et des sciences de la Terre (géologie). On distingue une géomorphologie structurale qui correspond dans le relief à l’expression directe de la structure, d’une géomorphologie dynamique (voire climatique) dont les formes sont liées à l’action d’un climat particulier. Cette discipline s'associe également à l'analyse du milieu dans son ensemble dans le cadre de projets d'aménagements ou de conservation des milieux naturels La géographie physique a initialement pour objet principal le milieu. C'est la branche de la géographie qui a dominé jusque dans les années 1950-1970 par le biais de la géomorphologie, en particulier structurale, et donc l'ensemble de la discipline. L'étude de géographie physique et du paysage était la base de l'étude de la géographie pour le père de la géographie française, Paul Vidal de La Blache. Pour comprendre l'organisation des sociétés humaines, il fallait analyser le milieu dans lequel vivaient les hommes. L'historien Lucien Febvre a qualifié cette démarche possibiliste, « la nature distribue les cartes, l'homme joue la partie » (J.-P. Alix, L'Espace humain) (possibilisme). Les évolutions épistémologiques des années 1960 ont fortement affaibli la géographie physique, des géographes tel qu'Yves Lacoste ont fortement critiqué une emprise trop forte de la géographie physique comme élément explicatif de l'organisation des sociétés humaines (déterminisme). La géographie physique a aujourd'hui profondément changé. Elle s'intéresse de plus en plus au rôle de l'homme dans la transformation de son environnement physique. Parmi les concepts les plus utilisés, on trouve l'anthropisation (voir par exemple les atouts et les contraintes dans les travaux de J.-P. Marchand, université de Bretagne, sur le climat de l'Irlande). La place de la géographie physique fait débat au sein même de la géographie. Certains voient en la géographie physique une science de la nature, d'autres comme J.-P. Marchand affirme : « géographie physique, science sociale ». L'unité de la discipline est souvent remise en question pour deux raisons. Certains géographes physiciens se sont fortement rapprochés des unités de recherches des sciences de l'environnement. Certains géographes humanistes rejettent au nom du déterminisme une explication physique de l'organisation des espaces humains. Certains géographes physiciens intègrent les concepts de la géographie humaine et des sciences sociales. Ils plaident pour un renouveau de la géographie physique parfois appelée, géographie de l'environnement. Les études dans le domaine du développement durable en sont des exemples. Yvette Veyret en géomorphologie, Martine Tabaud en climatologie ou encore Paul Arnoud en biogéographie tentent de réconcilier géographie physique et géographie humaine en alliant études environnementales, prise en compte des acteurs géopolitiques et des aménagements. Géographie humaine Géographie générale La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme. L'analyse de géographie humaine se fait à cette époque par le prisme de densités : on cherche à comprendre les préférences qui guident les hommes dans le choix du lieu où ils vont habiter. La géographie universitaire du début du insiste sur le poids de l'histoire. Dans cette approche, l'interaction entre les hommes et la nature au moyen de leurs connaissances et de leur histoire propre conduit à distinguer les sociétés et les régions en fonction de leur genre de vie. La géographie humaine était au début du le parent pauvre de la discipline. Comme la géographie physique, c'était avant tout une discipline très descriptive et peu analytique. Dans les années 1920-1930, une approche économique de la géographie humaine se développe autour d'Albert Demangeon proche de l'école des Annales. Mais, c'est toujours la géographie régionale qui domine lors de cette période. Dans les années 1960 se développe la nouvelle géographie, ou analyse spatiale, qui a l'ambition de dégager des lois universelles à l'organisation de l'espace par l'homme. Cette approche positiviste occupera longtemps une place de choix au sein des courants géographiques. La géographie humaine est renouvelée à la fin des années 1970 par Yves Lacoste, créateur et fondateur de la revue Hérodote en 1976 (intitulée d'abord Stratégies géographies idéologies, puis en 1983 Revue de géographie et de géopolitique) et auteur de l'essai La Géographie, ça sert d'abord à faire la guerre. Il réhabilite alors une approche politique de la géographie, science dont il pense qu'elle peut être utilisée pour servir la cause des opprimés. Une certaine partie des géographes rejettent entièrement la géographie physique en affirmant la géographie comme une science sociale, cette vision est notamment relayée dans la revue Espace-Temps fondée en 1975 par Jacques Lévy et Christian Grataloup Aujourd'hui, la géopolitique tend à analyser les conséquences de la mondialisation (géoéconomie) et la gestion des ressources naturelles (l'or ; l'or bleu - l'eau ; l'or noir - le pétrole ; l'or vert - la forêt) sont les objets les plus étudiés par la géographie humaine. La géographie humaine s'est aussi enrichie d'une approche culturelle (la géographie culturelle étudie les pratiques et les modes de vie des populations. La géographie du Genre héritière du postmodernisme et sous-branche de la géographie culturelle se développe en France depuis la fin des années 1990. Géographie régionale La géographie régionale est un courant géographique qui recherche à diviser l'espace en régions. La première étape de cette démarche consiste donc à regrouper sous cette appellation des lieux auxquels on attribue une certaine homogénéité. Ensuite, on pourra dire en quoi cette région est un individu géographique, en quoi elle se distingue des autres régions. Dès les années 1950 dans le monde anglo-saxon, puis avec un retard d'une dizaine, voire une vingtaine d'années en France, le paradigme de la région est vivement critiqué, notamment autour de la revue L'Espace géographique. Si l'approche régionale est considérée obsolète, c'est en vertu de bouleversements mondiaux comme la révolution des transports ou la mondialisation. Ces critiques vont favoriser l’émergence d'un courant qui se veut plus scientifique et objectif : l'école de l'analyse spatiale. Depuis les années 1970 et 1980, la géographie a vu se développer de nouvelles branches de sa discipline en accord avec une approche pluridisciplinaire (notamment l'utilisation des outils en provenance des disciplines économiques, mathématiques, sciences politiques, sociologiques, et informatiques), inspirée par les géographies scandinave, nord-américaine et anglaise, notamment à travers les approches variées de : Champs relatifs L'économie spatiale est un domaine aux confins de la géographie économique et de la microéconomie. Elle étudie les questions de localisation économique, et les relations économiques entre le mondial (mondialisation) et le local (aménagement du territoire, pôle de compétence, délocalisation, etc.). La notion d'échelle – ou approche multiscalaire – est essentielle en géographie : suivant que le géographe étudie toute la planète (petite échelle) ou seulement une partie de celle-ci (grande échelle), on parle de géographie générale ou de géographie régionale. De nos jours, on préfère toutefois parler de géographie thématique à la place de géographie générale et de géographie des territoires à la place de géographie régionale. Autres planètes Avant les années 1970, l'astronomie était une tout autre science. Depuis l'exploration spatiale, la géographie est aussi l'étude des caractéristiques physiques de tous les corps célestes ; aucun mot spécifique n'a été créé pour chacun. Depuis que leurs surfaces commencent à être connues, une même approche guide les études. Exception Seul sélénographie semble utilisé. Le terme aréographie pour Mars, par exemple, a bien été proposé, mais n'a rencontré que très peu de succès. Méthodes et techniques La géographie nécessite d'être capable de situer les différentes parties de la Terre les unes par rapport aux autres. Pour ce faire, de nombreuses techniques ont été développées à travers l'histoire. Longtemps les géographes se sont posé quatre questions majeures lorsqu'ils regardaient la Terre, s'inscrivant en cela dans une démarche descriptive et analytique : Qui : les individus et les sociétés produisent leur espace avec leurs valeurs et leurs modes de vie ; Quoi : l'impact de ces hommes, qu'il soit économique, social, ou environnemental, produit de leurs institutions, de la recherche, des techniques, des échanges ou encore de l'exploitation des ressources naturelles ; Où : le lieu de ces activités humaines ; plus généralement la raison des localisations ; Quand : la période historique où les individus ou les sociétés produisent des espaces qui s'ajoutent ou concurrencent les précédents. Comme les interrelations spatiales sont la clé de cette science synoptique, les cartes sont un outil clé. La cartographie classique a été rejointe par une approche plus moderne de l'analyse géographique, les systèmes d'information géographique (SIG) informatisés. Dans leur étude, les géographes utilisent quatre approches interdépendantes : Systématique - Regroupe les connaissances géographiques en catégories pouvant être explorées globalement. Régional - Examine les relations systématiques entre catégories pour une région ou un endroit spécifique de la planète. Descriptif - Indique simplement l'emplacement des entités et des populations. Analytique - Demande pourquoi nous trouvons des caractéristiques et des populations dans une zone géographique spécifique. Cartographie La cartographie étudie la représentation de la surface de la Terre et des activités humaines. Bien que d'autres sous-disciplines de la géographie s'appuient sur des cartes pour présenter leurs analyses, la réalisation de cartes est assez abstraite pour être considérée séparément. Les cartographes doivent apprendre la psychologie cognitive et l'ergonomie pour comprendre quels symboles véhiculent les informations sur la Terre le plus efficacement, et la psychologie comportementale pour inciter les lecteurs de leurs cartes à agir sur l'information. Ils doivent apprendre la géodésie et les mathématiques assez avancées pour comprendre comment la forme de la Terre affecte la distorsion des symboles de carte projetés sur une surface plane pour la visualisation. On peut dire, sans trop de controverse, que la cartographie est la graine à partir de laquelle le plus grand domaine de la géographie a grandi. Systèmes d'information géographique Un système d'information géographique (SIG) est un système d'information capable d'organiser et de présenter des données alphanumériques spatialement référencées, ainsi que de produire des plans et des cartes. Ses usages couvrent les activités géomatiques de traitement et diffusion de l'information géographique. La représentation est généralement en deux dimensions, mais un rendu 3D ou une animation présentant des variations temporelles sur un territoire sont possibles, incluant le matériel, l’immatériel et l’idéel, les acteurs, les objets et l’environnement, l’espace et la spatialité. L'usage courant du système d'information géographique est la représentation plus ou moins réaliste de l'environnement spatial en se basant sur des primitives géométriques : points, des vecteurs (arcs), des polygones ou des maillages (raster). À ces primitives sont associées des informations attributaires telles que la nature (route, voie ferrée, forêt, etc.) ou toute autre information contextuelle (nombre d'habitants, type ou superficie d'une commune par ex.). Le domaine d'appartenance de ces types de systèmes d'information est celui des sciences de l'information géographique. Cet usage se vulgarise par la possibilité d'insérer facilement dans les pages d'un site Internet des cartes superposant des données à un fond cartographique, au moyen d'interfaces de programmation (API, pour Application Programming Interface). Les exemples les plus connus en sont Google Maps API, Microsoft®Bing Maps, etc. Pour les développeurs désireux d'intégrer les standards majeurs de l'information géographique, la bibliothèque libre JavaScript Leaflet réunit une large communauté d'organismes officiels et de spécialistes. Télédétection La télédétection désigne, dans son acception la plus large, la mesure ou l'acquisition d'informations sur un objet ou un phénomène, par l'intermédiaire d'un instrument de mesure n'ayant pas de contact avec l'objet étudié. C'est l'utilisation à distance de n'importe quel type d'instrument (par exemple, d'un avion, d'un engin spatial, d'un satellite ou encore d'un bateau) permettant l'acquisition d'informations sur l'environnement. On fait souvent appel à des instruments tels qu'appareils photographiques, lasers, radars, sonars, sismographes ou gravimètres. La télédétection moderne intègre normalement des traitements numériques mais peut tout aussi bien utiliser des méthodes non numériques. Méthodes de géographie quantitative La géostatistique est une discipline à la frontière entre les mathématiques et les sciences de la Terre. Son principal domaine d'utilisation a historiquement été l'estimation des gisements miniers, mais son domaine d'application actuel est beaucoup plus large et tout phénomène spatialisé peut être étudié en utilisant la géostatistique. L'analyse des données géographiques : géographes, urbanistes et aménageurs utilisent de plus en plus de vastes tables de données fournies par les recensements ou par des enquêtes. Ces tables contiennent tant de données détaillées qu'une méthode est nécessaire pour en extraire les principales informations. C'est le rôle de l'analyse multivariée (appelée aussi, sous ses diverses formes : analyse des données, analyse factorielle ou analyse des correspondances ou Statistique multivariée). Il s'agit de transformer la table des données en matrice des corrélations des variables pour en extraire les vecteurs propres (ou facteurs ou composantes principales) et produire un changement de variables. Premier avantage : certaines variables du recensement (prix du sol, revenus, loyers, etc) seront remplacées par un facteur unique qui les résumera en opposant ménages riches/ménages pauvres dans la ville. Au lieu de dessiner plusieurs cartes redondantes, une carte du facteur représentant la structure sociale apportera une information synthétique. Deuxième avantage, l'expérience montre que l'opposition riches/pauvres constitue l'information fondamentale fournie par les recensements dans toutes les grandes villes analysées dans le monde. Toutes les cartes représentant des données socio-économiques répéteront cette structure. Mais il existe d'ordinaire d'autres phénomènes intéressants (opposition jeunes/vieux, retraités/actifs, quartiers récents/quartiers de peuplement ancien, quartiers ethniques, etc) qui seront cachés par ce phénomène dominant. L'analyse multivariée produit de nouvelles variables orthogonales par construction, c'est-à-dire, indépendantes. Ainsi, chaque facteur représentera un phénomène social différent. L'analyse permettra de reconnaître la structure cachée qui sous-tend les variables. Ces méthodes sont très puissantes, indispensables mais offrent aussi de nombreux pièges. Différentes formes d'analyse multivariées sont utilisées, selon la métrique choisie (en général, métrique euclidienne usuelle ou Chi-deux, voir Test du χ²), selon la présence ou absence de rotations, selon l'utilisation de « communalités », etc. Aujourd'hui, l'utilisation d'ordinateurs puissants et de logiciels statistiques largement répandus rend ce type d'analyse tout à fait banal, ce qui multiplie les risques d'erreur. L’ethnographie est la science de l'anthropologie dont l'objet est l'étude descriptive et analytique, sur le terrain, des mœurs et des coutumes de populations déterminées. Cette étude était autrefois cantonnée aux populations dites alors « primitives ». Métiers contemporains de la géographie Le Géographe de l'enseignement et de la recherche qui intervient essentiellement en tant que chercheur, Maître de conférences, expert ou professeur. Le Géographe « professionnel » qui intervient dans des domaines techniques et spécifiques de la géographie en tant que technicien (expert, généraliste, spécialiste) ou conseil. Géographie humaine Aménageur : spécialiste en aménagement du territoire (urbanisme, développement économique, transport, environnement, paysage, etc.). Géopolitologue : spécialiste de l'étude de la géopolitique. Urbaniste : spécialiste en urbanisme (espaces urbains, planification territoriale). Géographie physique Climatologue : spécialiste de la climatologie. Glaciologue : spécialiste de glaciologie. Hydrologue : spécialiste d'hydrologie. Océanographe : spécialiste d'océanographie. Pédologue : spécialiste de pédologie. Géographie mathématique Cartographe Géomaticien Topographe : spécialiste de la topographie. Le Géographe de l'armée est un professionnel chargé de réaliser la topographie et la cartographie militaire. L'urbaniste Pierre Merlin précise que « les géographes ont souvent eu tendance à considérer, en France notamment, l'aménagement (et en particulier l'aménagement urbain, voire l'urbanisme) comme un prolongement naturel de leur discipline. Il s'agit en fait de champs d'action pluridisciplinaires par nature qui ne sauraient être l'apanage d'une seule discipline quelle qu'elle soit. Mais la géographie, discipline de l'espace à différentes échelles, est concernée au premier chef ». Il convient par ailleurs de préciser que dans cette partie, les géographes dits « professionnels » et par conséquent spécialisés dans une science particulière ne sont pas ou ne se sentent pas toujours considérés comme des géographes selon la nature de leur formation et du rapprochement que l'on peut faire avec la géographie. En effet, la plupart de ces professions (et notamment celles de géographie physique et mathématique) ont été tellement approfondies pour devenir des sciences à part entière allant au-delà de la simple analyse spatiale, que l'on emploie des termes plus précis comme climatologue, océanographe, etc. Organisation et diffusion du savoir Institutions, sociétés et centres de recherche Institutions, sociétés et centre du recherche du monde francophone Société géographique royale du Canada (Canada) Société de géographie (France) qui est la plus ancienne au monde. Société de géographie de Genève (Suisse) Autres institutions, sociétés et centre du recherche Société géographique royale du Canada (Canada) Société américaine de géographie (États-Unis) National Geographic Society (États-Unis) Société hongroise de Géographie (Hongrie) Société géographique italienne (Italie) Société géographique royale d'Angleterre (Royaume-Uni) Publications Revues de géographie Si les revues géographiques ont parfois des origines anciennes, bon nombre d'entre elles publient maintenant des versions électroniques. Annales de géographie Bulletin de l'Association des géographes français Cahiers d'Outre-Mer Cybergeo EchoGéo L'Espace géographique Espace populations sociétés Géocarrefour La GéoGraphie Hérodote L'Information géographique Journal de la Société des océanistes Mappemonde Méditerranée Mosella Norois Revue de géographie alpine Revue géographique de l'Est Sud-Ouest européen Territoire en mouvement (remplace Hommes et Terres du Nord à partir de 2006) VertigO Revues internationales The Geographical Journal (en anglais) Bases de données Persée Enseignement scolaire L'enseignement de la géographie a fait l'objet de plusieurs études, notamment de la part de Jacques Scheibling ou d'Isabelle Lefort, montrant, depuis son apparition en tant que véritable discipline scolaire en France dans les années 1870 jusqu'à nos jours, son évolution en parallèle avec celle de la géographie savante, son utilisation à des fins politiques et idéologiques ( selon Jacques Scheibling), surtout après la défaite contre la Prusse en 1870 (il s'agissait alors de faire prendre conscience aux élèves de l'unité de leur pays, de leur identité nationale et de préparer à la Revanche) et pendant les conquêtes coloniales, et ses tentatives pour se sortir du rôle d'auxiliaire de la discipline historique. De 1870 à nos jours, de nombreuses réformes ont été mises en place faisant évoluer la discipline géographie dans l'enseignement secondaire et aussi à l'université. Ces réformes portent autant sur le contenu des programmes, qui évoluent en fonction des avancées de la géographie savante et du contexte social et historique (avec par exemple une domination de l'enseignement de la géographie régionale au début du , sous l'ère vidalienne), que sur les méthodes d'enseignement, l'aspect pédagogique, comme l'introduction dans les années 1960-1970 de manuels plus lisibles, avec de nombreuses photographies en couleurs. Aujourd'hui, l'enseignement de la géographie se définit plus en fonction de contraintes matérielles, comme les classes surchargées, la diminution du nombre d'heures, etc. Géographes notoires Anaximandre (610 av. J.-C. - 546 av. J.-C.) : réalise l'une des premières cartes du monde connu. Hérodote (480 av. J.-C. - 425 av. J.-C.). Ératosthène (276 av. J.-C. - 194 av. J.-C.) : calcul de latitudes et longitudes, calcul de la circonférence terrestre. Strabon ( 60 av. J.-C. - 20 ap. J.-C.). Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie Dictionnaires Antoine Bailly, Robert Ferras, Denise Pumain (dir.), Encyclopédie de Géographie, Economica, Paris, 1992. Antoine Bailly & al., Les Concepts de la géographie, A. Colin, Paris, 1998. Roger Brunet & al., Les Mots de la géographie. Dictionnaire critique, éd., Reclus-Doc. française, 2001 . Jean-Paul Charvet & al., Dictionnaire de géographie humaine, Paris, Liris, 2000. Pierre George, Dictionnaire de géographie, Presses universitaires de France, Paris, 1990. Jacques Lévy, Michel Lussault, Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés, Belin, 2003. Yves Lacoste, De la géopolitique aux paysages. Dictionnaire de la géographie, Collin, 2003. Antonio Da Cunha, Objet, démarches et méthodes : les paradigmes de la géographie, université de Lausanne, octobre 2006, avec la collaboration d'Olivier Schmid. Histoire Philippe Pinchemel, Marie-Claire Robic, Jean-Louis Tissier (sous la direction de), Deux siècles de géographie française, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1984, 380 p. Paul Claval, Histoire de la géographie, Paris, PUF, Que-sais-je ? , 1995, 126 p. Marie-Claire Robic, Anne-Marie Briend, Mechtild Rössler (sous la direction de), Géographes face au monde. L’Union géographique internationale et les Congrès internationaux de géographie, Paris, L'Harmattan, 1996, 464 p. Paul Claval, Histoire de la Géographie française de 1870 à nos jours, Paris, Fernand Nathan, 1998, 544 p. Jean-François Deneux, Histoire de la pensée géographique, Belin, 2006 . Marie-Claire Robic (coordinatrice), Cyril Gosme, Didier Mendibil, Olivier Orain, Jean-Louis Tissier, Couvrir le monde. Un grand de géographie française, Paris, ADPF (Association pour la diffusion de la pensée française) - Ministère des Affaires étrangères, 2006, 232 p. Pierre Singaravélou (dir.), L'Empire des géographes. Géographie, exploration et colonisation (- s.), Paris, Belin, 2008. Essai Eudes Girard et Thomas Daum, La géographie n'est plus ce que vous croyez, Talmont-Saint-Hilaire, Codex, 2010. Épistémologie Jacques Scheibling, Qu'est-ce que la géographie?, Paris, Hachette, 1994, 200 p. ; édition revue et augmentée, Hachette Supérieur, 2011, 256 p. Anne-Marie Gérin-Grataloup, Précis de géographie, Paris, Fernand Nathan, 1995 (réédité). Robert Marconis, Introduction à la géographie, Paris, Armand Colin, 1996, 222 p. Paul Claval, Épistémologie de la géographie, Paris, Fernand Nathan, 2001, 266 p. Jean-Jacques Bavoux, La Géographie : objets, méthodes, débats, Paris, Armand Colin, 2002, 240 p. Alain Barré, Philippe Deboudt, Patrick Picouet, Réussir ses études en géographie. Méthodologie du travail universitaire, Paris, Belin, 2004, 223 p. Armand Frémont, Aimez-vous la géographie ?, Paris, Flammarion, 2005, 358 p. Enseignement de la géographie Jacques Scheibling, Qu'est-ce que la géographie ?, Paris, Hachette, 1994, 200 p. Isabelle Lefort, La Lettre et l’esprit, géographie scolaire et géographie savante en France, Paris, Éditions du CNRS, 1992, 257 p. Bernadette Mérenne-Schoumaker, Didactique de la géographie, organiser les apprentissages, Bruxelles, éditions De Boeck, 2012 ( éd.), 301 p. . Articles connexes Liste de géographes Liste de journaux et revues de géographie Liste des sociétés de géographie Glossaire de géographie Festival international de géographie Système d'information géographique Aménagement du territoire Géostratégie Géographie militaire Continent Démographie Drapeau Géographie historique Géographie physique Géographie politique Géographie des télécommunications Géoïde Ingénieur géographe Population Géomatique Liens externes Sites et revues scientifiques consacrés à la géographie de façon globale Hypergéo : encyclopédie en ligne consacrée à l'épistémologie de la géographie. Cybergeo, revue électronique de géographie (fondée en 1996). (collection de la Documentation française fondée en 1949). Festival international de la géographie - Saint-Dié-des-Vosges. Geogir.fr, le site internet consacré à la géographie, à l'environnement et au tourisme. M@ppemonde, revue gratuite disponible uniquement en ligne, se présentant comme une « revue trimestrielle sur l'image géographique et les formes du territoire ». Discipline académique Sciences de la Terre
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https://fr.wikipedia.org/wiki/GNU%20Compiler%20Collection
GNU Compiler Collection
, abrégé en GCC, est un ensemble de compilateurs créés par le projet GNU. GCC est un logiciel libre capable de compiler divers langages de programmation, dont C, C++, Objective-C, Java, Ada, Fortran et Go. GCC est utilisé pour le développement de la plupart des logiciels libres. Le noyau Linux dépend notamment étroitement des fonctionnalités de GCC. Présentation GCC a été conçu pour remplacer le compilateur C fourni en standard sur le système d'exploitation Unix, qui s'appelle CC. GCC signifiait à l'origine GNU C Compiler, soit le « compilateur C de GNU ». Comme GCC est très extensible, la prise en charge de nombreux autres langages a été ajoutée et le nom officiel a été changé en GNU Compiler Collection. En pratique, l'abréviation GCC est utilisée pour nommer trois entités légèrement différentes : la collection complète de compilateurs (le « projet GCC ») ; la partie commune à tous les compilateurs (« GCC ») ; le compilateur C lui-même (le frontend « gcc », écrit en minuscule). Pour faire référence précisément aux compilateurs de chaque langage, on parle de : gcc pour C ; G++ pour C++ ; GobjC pour Objective-C ; GobjC++ pour Objective C++ ; GCJ pour Java ; GNAT pour Ada ; GFortran pour Fortran ; gccgo pour Go ; gdc pour D. Il existe de nombreux autres compilateurs basés sur GCC qui ne font pas partie de la distribution standard du projet GCC. Extensibilité par des greffons Depuis la version 4.5 (et surtout 4.6), les compilateurs GCC sont extensibles par des greffons (« plugins »). Ceux-ci doivent être du logiciel libre et peuvent ajouter des passes d'optimisations, des pragmas, builtins ou attributs (mais ne peuvent pas étendre la syntaxe acceptée par GCC). Il existe quelques greffons pour GCC : Mozilla avait développé Tree Hydra (abandonné). gcc python plugin permet d'étendre GCC avec des scripts Python, notamment pour vérifier du code C pour Python. MELT est un langage spécifique, inspiré de Lisp pour étendre GCC. Débogage GCC dispose également d'un outil de débogage, GNU Debugger (gdb). Bien que ne faisant pas partie de GCC, Valgrind est cependant préféré pour des tests plus en profondeur, notamment pour rechercher les fuites de mémoire. Portabilité GCC a été porté sur un nombre considérable de systèmes d'exploitation (pratiquement toutes les variantes d'Unix, VMS, Windows et MS-DOS via DJGPP) et de microprocesseurs (AMD64, ARM, AVR, DEC Alpha, M68k, MIPS, PowerPC, SPARC, x86, Hitachi H8). Limitations GCC, pour le langage C, ne prend pas en charge les identificateurs Unicode. Histoire Richard Stallman débute ses développements avec le langage de programmation Pastel, un « dialecte » non portable de Pascal. Une première version est ainsi utilisable dès . Ce langage s'inspire en partie du compilateur Pastel, mais aussi du compilateur portable de l'université d'Arizona. Il écrit un nouveau compilateur C ANSI à partir du printemps 1986, puis, avec l'aide de Len Tower et sous l'égide de la Free Software Foundation, il distribue une première version bêta le , et la première version stable deux mois plus tard. À la fin des années 1980, GCC supporte déjà près d'une douzaine d'architectures ; Michael Tiemann apparaît alors comme le plus actif avec six ports réalisés à lui seul. Il est même crédité du support natif du langage C++ dès la fin 1987, faisant du compilateur GNU le premier à supporter ce langage. Michael Tiemann délaisse progressivement le projet au début des années 1990 par manque de temps dû à ses activités au sein de la société Cygnus Solutions. En 1992, la version 2.0 apporte en plus des nombreuses optimisations, un support stable du langage C++. Le projet semble alors entrer dans une nouvelle ère communément appelée « les années Cygnus ». Cette période débute par un processus de transition de la version 1.42 vers la nouvelle mouture. En 1997, un groupe de développeurs trouve le modèle de développement lent et peu propice aux améliorations, ils décident alors de faire un fork du projet et le nomment EGCS (pour « Experimental/Enhanced GNU Compiler System »). À la suite des nombreuses améliorations réalisées, EGCS et GCC sont réunis en avril 1999, la première version publiée est la 2.95. GCC suit de près l'évolution de la normalisation des langages, et parfois même la précède ; ainsi certaines des fonctionnalités de la norme C99 étaient déjà présentes avant la publication officielle. GCC est aujourd'hui le compilateur le plus utilisé dans la communauté des logiciels libres et est le compilateur de nombre de systèmes d'exploitation, comme GNU/Linux, NetBSD, OpenBSD, NeXTSTEP ou encore BeOS/Haiku. A noter que FreeBSD utilise exclusivement Clang/LLVM depuis la version 13.0 et macOS depuis Xcode 5.0 pour des problèmes de licence. Versions Les versions sont fixées par le GCC Steering Committee. Voici les dates de sortie des dernières versions principales : Syntaxe La syntaxe de base utilisée par les compilateurs de GCC est : gcc fichierSource.c -o binaire Pour utiliser des bibliothèques, la syntaxe est la suivante : gcc fichierSource.c -o binaire -l''bibliothèque'' De nombreuses options (passées en paramètre) permettent d'agir sur la compilation. GCC est souvent utilisé dans les makefile par le programme make. Des options particulièrement utiles sont -O1 ou -O2 pour demander au compilateur d'optimiser, -Wall pour lui demander presque tous les messages d'avertissements, -g pour la génération d'information de déboguage, -c pour la génération d'un fichier objet (sans édition de liens). Compilateurs inclus GFortran Suite à la demande de très nombreux utilisateurs scientifiques, à partir de sa version 4, GCC compile le Fortran. ; et Linux est très présent dans les laboratoires. Depuis la version 5, via OpenACC, la compatibilité avec le langage Fortran a été améliorée et la version 6 a été considérablement améliorée. En juillet 2020, GFortran implémentait presque intégralement la norme Fortran 2008 et environ 20 % de la norme Fortran 2018. GFortran ne gère pas de façon native la programmation parallèle avec les co-tableaux (coarrays) mais nécessite l'installation de la bibliothèque OpenCoarrays. Notes et références Voir aussi Articles connexes GNU Assembler Pastel GNU Pascal Clang Liens externes GCC sur le répertoire du logiciel libre Compiler Collection Compilateur Compilateur C Compilateur C++ Logiciel libre sous licence GPL Logiciel pour Unix
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Gard
Gard
Le Gard () est un département français situé dans la région Occitanie (anciennement en Languedoc-Roussillon). Il tient son nom de la rivière le Gard (Gard en occitan), localement appelé le Gardon, qui le traverse. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 30. Sa préfecture est Nîmes. Le Gard fait partie du Sud-est de la France. Géographie Situation Le Gard fait partie de la région Occitanie qui a intégré l'ancienne région du Languedoc-Roussillon. Départements limitrophes : Bouches-du-Rhône, Ardèche, Vaucluse, Hérault, Aveyron, Lozère. Son point culminant est le mont Aigoual dans les Cévennes à d'altitude. Points extrêmes du département du Gard : Nord : Malons-et-Elze Sud : Le Grau-du-Roi Est : Villeneuve-lès-Avignon Ouest : Revens Population Commune la plus peuplée : Nîmes ( en ) Commune la moins peuplée : Causse-Bégon ( en ) Superficie Commune la plus étendue : Nîmes () Commune la moins étendue : Massanes () Classement Liste des communes les plus étendues du département : Géologie Le département possède une grande variété géologique qui a structuré ses paysages et qui est à l'origine d'une importante palette d'activités liées à son sol et à son sous-sol : ressources minières (or, argent, plomb, zinc, antimoine, fer, charbon, lignite, asphalte, uranium), ressources minérales (pierre à chaux ou à ciment, pierre de taille ou marbrière, ocres, craie de tailleur, argiles, sel marin ou sel gemme, sources minérales ou thermales). Sur le plan géologique, le sous-sol est constitué de formations allant de l'antécambrien au quaternaire récent. Il se divise en quatre grandes zones : la zone cévenole au nord-ouest, les Garrigues au centre, les Costières au sud-est, le « bas-pays », constitué par la plaine rhodanienne, la plaine littorale et la Petite Camargue. Climat Le climat du Gard est de type méditerranéen. Lors de la canicule de juin 2019, le , alors que le département était placé en alerte rouge par Météo France, un record national de a été enregistré dans la commune de Gallargues-le-Montueux. Le précédent record de ce département datait du , avec à Saint-Christol-lès-Alès et Conqueyrac. Histoire Le département a été créé à la Révolution française, le en application de la loi du , à partir d'une partie de l'ancienne province de Languedoc. À noter que le canton de Ganges, , fut échangé avec celui d'Aigues-Mortes attribué à l'Hérault afin que le département possède un débouché sur le golfe du Lion. Néanmoins, cette affirmation n'a jamais pu être vérifiée, notamment aux archives départementales ; de plus, Ganges a toujours appartenu au diocèse de Montpellier. La confusion semble plutôt venir des années 1830 alors que cette localité, pour des raisons de , demanda à être rattachée au Gard : la proposition fut rejetée. Lors du découpage des départements, les diocèses d'Alès et d'Uzès furent amputés d'une petite partie, autour des Vans, qui fut rattachée au sud de l'Ardèche, tout comme Meyrueis au nord du massif de l'Aigoual. Marsillargues, proche de Lunel mais comprise dans le diocèse de Nîmes, passa dans l'Hérault alors que Beaucaire et la Terre d'Argence, suffrageant d'Arles, revint au Gard. Le département du Gard est riche culturellement. S'il a au travers de l'histoire toujours fait partie du Languedoc, la Provence a aussi influencé sa culture dans sa partie Est. Ce pays fut, dit-on, occupé primitivement par les Ibères. Ceux-ci furent chassés par le peuple celte des Volques qui prirent, en s'établissant dans cette contrée, le surnom d'Arécomiques, c'est-à-dire Volques du pays plat, pour se distinguer des Volques Tectosages, qui occupaient les montagnes du côté de Toulouse. La civilisation orientale fut apportée sur ces rivages par les Phéniciens, qui, du au , y fondèrent de nombreux comptoirs ; par les Rhodiens, qui, vers - 900, fondèrent Rhoda à l'embouchure du Rhône ; enfin, par les Phocéens, fondateurs de Marseille. On se rappelle les expéditions lointaines auxquelles s'associèrent les Arécomiques, sous Sigovèse, Bellovèse, Brennus. Entraînés sans doute par les Massaliotes dans le parti de Rome, les Arécomiques s'opposèrent au passage d'Hannibal (ou Annibal) et tentèrent de l'arrêter sur les bords du Rhône. Il les vainquit et passa (- 218). Vers - 154, les Arvernes soumirent tout le pays des Arécomiques ; mais leur séjour fut de peu de durée, et déjà ils avaient disparu quand les Romains se montrèrent. L'influence de Marseille décida les Arécomiques à se soumettre volontairement (- 121) au proconsul En. Domitius ; en récompense, le sénat permit à Nîmes et aux vingt-quatre bourgs placés dans sa dépendance de conserver leurs lois, leur religion et leurs usages. Rome trouva depuis dans les Arécomiques des sujets toujours fidèles et toujours étrangers aux mouvements qui agitèrent la Gaule. Quelques années après, les Cimbres et les Teutons traversèrent, avec l'impétuosité et les ravages d'une tempête, tout le pays entre le Rhône, les Cévennes et les Pyrénées, et fondirent sur l'Espagne pour revenir ensuite se faire battre par Marius. L'attachement que les Arécomiques vouèrent dès lors au vainqueur des barbares du Nord et à son héritier Sertorius leur valut la haine de Sylla et de Pompée, qui donna une partie de leurs terres aux Marseillais. Par la même raison, ils furent favorablement traités par Jules César et par Auguste. Leur pays fut compris dans la Narbonnaise, plus tard, dans la Narbonnaise première, et se couvrit de monuments romains qui font du Gard le département le plus riche en antiquités de cette époque. Les invasions barbares, arrêtées depuis Marius par la puissance romaine, recommencèrent en 407. Crocus, roi des Vandales, dévasta la Narbonnaise et renversa plusieurs monuments romains. Il fut vaincu par le second Marius. Aux Vandales succédèrent les Wisigoths auxquels fut soumis le pays de Nîmes. Clovis le leur enleva un instant. Mais la victoire d'Ibbas, général ostrogoth, le leur rendit, et leur domination n'y fut plus troublée que par la révolte du duc Paul sous Wamba (672). En 720, les Sarrasins, sous l'émir Zama, se répandent jusqu'au Rhône ; ils sont vaincus deux ans après par Eudes. Iousouf prend le même chemin en 737 ; Charles Martel le bat à son tour. Pour la troisième fois le pays de Nîmes est envahi par les Sarrasins en 752 ; mais il se révolte, forme une ligue et chasse les étrangers. Le chef qui avait été porté à la tête de cette sorte de république, Ansemond, ne se sentant pas assez de forces pour résister longtemps aux Maures, se mit sous la protection de Pépin le Bref et lui livra Nîmes en 752. Pépin donna le gouvernement de Nîmes et d'Uzès à Radulfe, qui fut le premier comte (753). Moyen Âge Les comtes de Nîmes devinrent héréditaires après Charlemagne, dans ces temps de trouble où les Normands se rendirent si redoutables. Ces pirates débarquèrent en 858 dans la contrée qui nous occupe ; les Hongrois y parurent à leur tour en 924 et y commirent d'affreux ravages. Mais bientôt le Nemosez eut des seigneurs capables de le défendre ; ce fut en 956, lorsque l'héritière Cécile épousa Bernard II, vicomte d'Albi, dont les descendants, devenus maîtres de Béziers et de Carcassonne, furent si puissants et si célèbres sous le nom de Trencavel. La vicomté de Nîmes fut pourtant détachée des domaines des Trencavel, en 1130, pour devenir l'apanage de Bernard, fils cadet de Bernard-Athon IV. Elle fut vendue dans le même siècle (1185) par Bernard-Athon VI à Raymond V, comte de Toulouse, déjà maître de cette partie de la contrée que l'on appelait le comté de Saint-Gilles. Au commencement du siècle suivant, Simon de Montfort se la fit adjuger, et son successeur la remit à saint Louis, qui la réunit enfin à la couronne de France. Depuis ce temps, le Nemosez, directement soumis aux officiers royaux, n'a plus changé de maîtres. Le fief d'Alais (Alès) appartenait, au Moyen Âge, à la maison de Pelet, descendante des anciens comtes de Melgueil, qui avaient eux-mêmes pour auteurs les premiers vicomtes de Narbonne. Les Pelet, qui ont toujours réclamé en vain le comté de Melgueil et la vicomté de Narbonne, furent même obligés de se contenter de la moitié d'Alais lorsque Simon de Montfort se fut emparé de l'autre. Ils gardèrent cette moitié, sous le titre de baronnie, jusqu'au milieu du . L'autre moitié, devenue partie du domaine de la couronne par la cession d'Amaury de Montfort, fut érigée en comté et passa successivement par mariage ou par vente aux Beaufort, aux Montmorency et aux Conti. La vicomté d'Uzès, au commencement du , fut acquise par un mariage au baron de Crussol ; le petit-fils de ce seigneur la fit ériger en duché (1556), puis en pairie, et, au , le duc d'Uzès était déjà le plus ancien pair du royaume, toutes les autres pairies s'étant éteintes auparavant. Au et au , les diocèses de Nîmes, d'Alais et d'Uzès furent agités par les guerres religieuses. Bien que sans cesse persécutés (dès 1660 avec les dragonnades), les protestants y étaient très nombreux, quand la révocation de l'édit de Nantes (18 octobre 1685) vint les frapper d'une proscription générale. Alors, en effet, on leur envoya des missionnaires et des soldats, qui en convertirent quelques-uns ; mais le plus grand nombre aima mieux s'expatrier ou souffrir pour ses croyances. Ce n'était que temples renversés, pasteurs mis à mort ou envoyés aux galères, vieillards, femmes, enfants jetés en prison (comme à la tour de Constance à Aigues-Mortes où cette protestante avait gravé sur les murs Résistez !). Beaucoup se réfugièrent dans les Cévennes au nord du département ; mais, là encore, l'inquisition les poursuivit, et des milliers y périrent sur le bûcher ou sur la roue. Désespérés, quelques montagnards cévenols s'armèrent, les uns de faux, les autres de fourches, d'autres d'épées ou de fusils ; et, des montagnes du Gard, de la Lozère et du Vivarais, la révolte se propagea dans le pays d'Alais. Ainsi commença la guerre des Camisards (1702). On sait que cette guerre dura trois ans. Mais la répression dura jusqu'à 1744, voire 1787 (date de l'édit de Tolérance) et même la Révolution française (1789) avec la déclaration des droits et son article sur la liberté de religion (rédigé par un Gardois protestant). Les Camisards marchaient jour et nuit, et par bandes ; ils appelaient frères leurs chefs. Jean Cavalier, qui commandait les bandes de la plaine ou du pays d'Alais, était un garçon boucher à peine âgé de vingt ans. Ardent et courageux, il passait pour un prophète et avait sur ses compagnons un pouvoir absolu. Il eut à combattre le maréchal de Montrevel, ce qu'il fit avec succès ; mais il se rendit à Villars. On dit que le grand roi s'étant fait présenter, le jeune héros, à la vue de son air chétif et de sa petite taille, il haussa les épaules et lui tourna le dos. Après ces sanglantes guerres, le pays de Nîmes, d'Alais et d'Uzès jouit d'un long repos ; le temps du "prophétisme" en tous genres est venu animer par les idées des Lumières, il a même conduit à la création d'une communauté quaker dans le village de Congénies. Des communautés méthodistes vont également se développer à partir des années 1820… Mais la Révolution vint réveiller les anciennes passions : l'histoire du département compte à cette époque de tristes pages… À la Renaissance, et surtout aux , le Gard connaît un impressionnant essor. Notamment, de grandes manufactures de tissus se développent notamment en Cévennes — ainsi, et ce n'est pas une légende, les premiers jeans (Levi's) furent réalisés à Nîmes avec une toile résistante, d'abord conçus pour les bergers cévenols et pour les marins génois, ensuite pour les colons de l'Ouest américain, chercheurs d'or et "cow-boys". D'où les termes « Jean (Gênes) Denim (De Nîmes)». Des métiers à tisser cette toile sont visibles au Musée du Vieux-Nîmes. Bientôt la production d'étoffes et du bas de soie s'exporte en Europe et aux Indes espagnoles. Les deux tiers de la population active de Nîmes sont employés dans le textile. La ville et le département s'enrichissent. Le Gard change. La capitale du département, cité manufacturière vouée au textile et place commerciale importante, devient de plus une plaque tournante ferroviaire essentielle lors de la mise en place du réseau de chemin de fer dans les années 1830-1840 le plus long alors en France. Voilà qu'apparaissent de superbes hôtels particuliers dans les villes et villages, voilà que se dessine un renouveau urbain (notamment le monumental quartier de la gare). À Nîmes, par hasard, au siècle des Lumières, on redécouvre le sanctuaire romain de la Source. On en fait un grand projet d'urbanisme. L'industrie de la soie se reconvertit dans la confection de châles grâce aux premiers métiers Jacquard initiés par Turion, un ouvrier nîmois. Trente années de réussite fulgurante placent le Gard et Nîmes l'industrielle à un rang européen. Fin Mais la concurrence lyonnaise est rude en cette deuxième moitié du (maladie du ver à soie, du châtaignier, etc.). Très vite, avant de perdre de l'argent, on réinvestit les capitaux du textile dans le vignoble. Celui des Costières, dans la partie sud du département, connaît alors la prospérité. La culture de la vigne est facilitée par la construction du canal du Midi, le transport du vin par celle du chemin de fer, très développé dans le Gard dès la moitié du (notamment grâce à l'industriel Paulin Talabot et à l'ingénieur Charles Dombre). Mais hélas, la crise du phylloxéra durant les années 1870 marque un coup d'arrêt terrible à cette nouvelle économie jusqu'ici florissante. La gare centrale du Gard à Nîmes devient cependant le centre de transit du charbon cévenol vers Beaucaire, le Rhône et Marseille. Il est à souligner que ce département a toujours été inspiré par de multiples cultures, ceci étant notamment dû à sa situation géographique exceptionnelle : la culture latine (notamment à mi-chemin entre l'Italie et l'Espagne), languedocienne, provençale, protestante, cévenole, camarguaise - et en particulier la tauromachie languedocienne et provençale présente depuis le comme en attestent les archives. La corrida espagnole, quant à elle, ne fut importée qu'au milieu du . Le Gard se remodèle. Dans un élan délibéré, sa capitale, Nîmes, allie la pointe de l'art contemporain aux richesses du passé. Elle réhabilite ses quartiers anciens et s'étend vers le sud. Elle confie ses projets d'urbanisme et d'architecture aux plus grands créateurs internationaux : Norman Foster, Vittorio Gregotti, Kisho Kurokawa, Jean Nouvel, Martial Raysse, Philippe Starck, Jean-Michel Wilmotte… Prouesse technique entre toutes, Finn Geipel et Nicolas Michelin offrent aux arènes nîmoises une couverture de toile gonflable, amovible aux beaux jours. Hiver comme été, Nîmes organise des spectacles dans les arènes. Aujourd'hui, pour des raisons de coûts mais surtout de sécurité du bâtiment et des personnes, la bulle a été supprimée cet hiver et ne couvrira désormais plus les arènes pour les hivers à venir. La viticulture y joue toujours un rôle important. La vie culturelle y est dense et de nombreux festivals ont lieu dans le département durant toute l'année. Des personnages historiques ou célèbres jalonnent l'histoire du département (cf. Personnages célèbres). L'héliotropisme et l'arrivée en 2001 de la LGV Méditerranée, mettant le Gard à 2 h 52 de Paris, donnent un dynamisme nouveau au département et contribuent pour une bonne part à son important essor démographique et économique. Le tourisme est aujourd'hui une des toutes premières activités du Gard. C'est au sein du département qu'est né le label national « Tourisme et Handicap », qui promeut l'accessibilité dans 160 équipements touristiques gardois. Au la région Languedoc-Roussillon, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Midi-Pyrénées pour devenir la nouvelle région administrative Occitanie. Politique Liste des députés du Gard Liste des sénateurs du Gard Liste des conseillers départementaux du Gard Liste des conseillers régionaux du Gard Liste des préfets du Gard Liste des communes du Gard Liste des anciennes communes du Gard Économie Agriculture Le Gard présente une surface boisée de soit plus de 40 % de la surface du territoire et plus de 22 % de celle du Languedoc-Roussillon. Les surfaces non cultivées comme les landes ou garrigues représentent soit plus de 17 % du département. Les surfaces agricoles utilisées représentent plus de 27 % du département avec . Les grandes cultures sont la vigne avec soit 34 % des terres agricoles. Puis la culture des céréales avec soit plus de 18 % de la surface agricole, les prairies artificielles avec soit 5,5 % des terres, la culture fruitière (y compris châtaignes) avec soit 5,2 %, les jachères avec soit 2,6 %, les légumes avec soit moins de 3 %, les surfaces enherbées représentent soit 22 % des terres agricoles utilisées. Le cheptel bovin est à . On compte Bio soit 10,8 % des exploitations du département. La part dans la surface agricole utile est de 11,3 % avec , positionnant le Gard derrière l'Aude avec . La surface moyenne des exploitations est de 40 hectares contre 75 hectares au niveau national. Un millier d'exploitation sont biologiques en 2020. Industrie En 2010 l'industrie emploie . Entreprises et commerces Le Gard accueille des entreprises d'envergure nationale, dont Eminence et Royal Canin (leurs sièges sociaux sont situés à Aimargues) mais aussi le Groupe Capelle à Vézénobres ou Bastide le Confort Médical à Caissargues. Transports Routes et autoroutes A9 : Orange direction Nîmes puis direction Montpellier qui permet de relier Toulouse, Perpignan… A54 : Nîmes puis Arles puis direction Marseille qui permet de relier Toulon, Nice… N 106 : Nîmes direction Alès puis direction Florac qui permet de relier A75 et Mende N 113 : Nîmes direction Lunel (Hérault) puis direction Vendargues qui permet de relier Montpellier N 100 : Remoulins puis Les Angles qui permet de relier Avignon N 580 : Bagnols-sur-Cèze puis Laudun-l'Ardoise qui permet de relier A9 N 86 : Bagnols-sur-Cèze puis Pont-Saint-Esprit qui permet de relier Bollène, A7, N7, Montélimar D 6 : Alès puis Bagnols-sur-Cèze qui permet de relier Pont-Saint-Esprit, A7, Montélimar, Valence, Lyon… D 6110 : Alès puis Sommières qui permet de relier Montpellier D 981 : Alès puis Uzès qui permet de relier Avignon D 904 : Alès puis Saint-Ambroix qui permet de relier Aubenas D 999 : Nîmes puis Quissac qui permet de relier Sauve, Saint-Hippolyte-du-Fort, Le Vigan, Lodève… D 6113 : Nîmes puis Bellegarde qui permet de relier Arles, Salon-de-Provence, Marseille… D 999 : Nîmes puis Beaucaire qui permet de relier Tarascon, Cavaillon… D 6086 : Nîmes puis Remoulins qui permet de relier Bagnols-sur-Cèze, Avignon, Roquemaure… D 6580 : Les Angles, Pujaut qui permet de relier A9 D 6572 : Aimargues puis Vauvert puis Saint-Gilles qui permet de relier Arles, Salon-de-Provence… D 979 : Aimargues puis Saint-Laurent-d'Aigouze qui permet de relier Aigues-Mortes, La Grande-Motte, Le Grau-du-Roi Périphérique de Nîmes : N 106 et N 113 : Rocade d'Alès : D 60 : Rocade de Beaucaire : D 90 : Chemins de fer Plusieurs lignes de chemin de fer traversent le département : Le Cévenol Ligne de Tarascon à Sète-Ville. Ligne Nîmes - Le Grau-du-Roi. Beaucoup de lignes ne sont plus en service dans le département. Revenus et fiscalité Les revenus disponibles moyens sont de , il est de pour une commune rurale, et de pour une commune urbaine. Le niveau de vie médian moyen est de , dans une commune rurale celui-ci atteint tandis qu'il est de dans une commune urbaine. le salaire moyen horaire , il est de pour les ouvriers non qualifiés, de pour les ouvriers qualifiés, de pour les employés, de pour les professions intermédiaires, de pour les cadres. L'intensité de pauvreté est de 22, le niveau de vie moyen des personnes sous le seuil de pauvreté est de . Les familles monoparentales sont les plus touchées avec un taux de pauvreté de 40,9 %, la moyenne nationale étant de 31,5 %, celle du Languedoc-Roussillon 39,9 %. Les tranches d'âges les plus exposées sont celles en dessous de 30 ans avec un taux de 27,9%. Emplois Les actifs ayant un emploi sont 58,2 %, le taux de chômage est de 14 % de la population active. Les secteurs du commerce, transport et services représentent 42 % des emplois, l'administration publique, la santé, l'enseignement représentent 33 %, l'industrie 11 %, la construction 8 %, l'agriculture un peu plus de 3 %. Démographie Les habitants du Gard sont les Gardois. Évolution démographique Communes les plus peuplées Culture Gastronomie Tourisme Les résidences secondaires Selon le recensement général de la population du janvier 2008, 12,9 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes du Gard dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Source INSEE, chiffres au 01/01/2008. Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie Armand Cosson, Nîmes et le Gard dans la guerre, Le Coteau, Horvath, coll. « La Vie quotidienne sous l'Occupation », 1988 . Articles connexes Département français Liste de ponts du Gard Liste des communes du Gard Liste des églises du Gard Liste de films tournés dans le Gard Volontaires nationaux du Gard pendant la Révolution Liens externes Conseil départemental du Gard Préfecture du Gard
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Gers (département)
Le Gers ( ou ) est un département français de Gascogne en région Occitanie. Sa préfecture est la ville d'Auch. Il tire son nom de la rivière Gers, affluent de la Garonne. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 32. Histoire Le département a été créé à la Révolution française, le en application de la loi du , à partir d’une partie de l’ancienne province de Gascogne. Il porte initialement le nom de département d’Armagnac. Le département est divisé en six districts, dont les chefs-lieux sont Auch, Condom, Lectoure, L’IsIe-Jourdain, Mirande et Nogaro. Le décret du 28 janvier 1790 prévoit la possibilité de créer un septième district en faveur de Vic-Fezensac mais les trois commissaires chargés de la formation du département décident d’y renoncer. En 1808, le département a été amputé du canton de Lavit, situé au nord-est, pour créer le département de Tarn-et-Garonne. Au , la région Midi-Pyrénées, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Languedoc-Roussillon pour devenir la nouvelle région administrative Occitanie. Politique Conseil départemental du Gers Liste des conseillers départementaux du Gers Liste des députés du Gers Liste des préfets du Gers Liste des sénateurs du Gers Géographie Le Gers fait partie de la région Occitanie. Il est limitrophe des départements des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de Tarn-et-Garonne, de Lot-et-Garonne, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques. Les extrémités départementales sont au Nord Pergain-Taillac, à l'Est Pujaudran, au Sud Mont-d'Astarac et à l'Ouest Ségos. Au lieu-dit "Tuco" sur la commune de Mont-d'Astarac se trouve le point culminant du département du Gers à l'altitude de 386 m. Le Gers est connu pour ses paysages vallonnés. Les collines mouvantes sont entrecoupées de vallons où se dissimulent souvent des lacs artificiels voués à l'agriculture. Climat Les précipitations annuelles varient de plus de au sud-ouest du département, à moins de au nord-est (Auch, Condom, Lectoure). Les étés sont très chauds et faiblement pluvieux. Les hivers varient, avec souvent des températures négatives, des gelées nocturnes et souvent de la neige dans le sud du département où les altitudes avoisinent les 300 mètres, mais le climat reste tout de même relativement doux et clément. Économie L'économie dans le Gers tourne principalement autour de l'agriculture et du tourisme culinaire. Le département est producteur de maïs, de blé, de colza, de tournesol servant pour l'élevage de canards gras. Ceux-ci sont transformés en mets de luxe dans les fermes locales ou usines (Comtesse du Barry, Ducs de Gascogne...) comme le foie gras, le confit ou les cous farcis. On y produit aussi de l'alcool et du vin (armagnac, côtes-de-gascogne, floc de Gascogne, madiran, pacherenc, pousse-rapière, Côtes de Saint-Mont, AOC Tursan), ainsi que du pop-corn (Nataïs). D'autres entreprises ont vu le jour autour de l'aéroport Auch-Gers, dont JCB Aéro, premier employeur privé d’Auch avec 150 salariés. Démographie Les habitants du Gers sont les Gersois. Évolution démographique Communes les plus peuplées Culture Langues Le français, langue officielle nationale, est parlé et compris par l'ensemble de la population. La langue régionale parlée est le gascon. Sports Basketball Le BAC Mirande a été trois fois champion de France en Nationale féminine 1A, de 1988 à 1990. Le club a disparu en 1997. Le VCGB (Valence-sur-Baïse et Condom) évolue en Nationale 3 basé à Valence-sur-Baïse. Le club a évolué près de 20 ans en Nationale 1. Le Auch Basket Club évolue dans le championnat Nationale 2. Football L'Auch Football Club (Auch) évolue dans le championnat Nationale 3. Eric Carrière a été formé au CS Auch, l’ancêtre du Auch Football club. L'ASFLS (Fleurance et La Sauvetat) évolue dans le championnat Régional 2. Handball Le HBCL (L'Isle Jourdain) L'équipe féminine a évolué à la fin des années 1990 plusieurs saisons en Nationale 2. Le HBCLS (Lombez-Samatan) L'équipe féminine évolue en Nationale 3 Kayak-polo Tarbes Auch Midi-Pyrénées : équipe féminine de kayak-polo. Rugby Le Rugby club Auch évolue en Fédérale 1. Le FC Auch, l’ancien club de rugby de la ville a quant à lui longtemps évolué en première division et a remporté le Bouclier européen en 2005. Le Lombez Samatan club évolue en Fédérale 1. Il a évolué dans l’élite du rugby français lors des saisons 1972 et 1986. L'Association sportive fleurantine évolue en Fédérale 1. L'Union sportive l'isloise évolue en Fédérale 2. L'Entente Astarac Bigorre XV évolue en Fédérale 2. La Société athlétique condomoise évolue en Fédérale 3. Le club a évolué dans l’élite en 1965, 1966 puis entre 1968 et 1973. La Jeunesse sportive riscloise évolue en Fédérale 3. L'Union Athlétique Vicoise (Vic-Fezensac) évolue en Fédérale 3. L'ES Gimont évolue en Fédérale 3. Le club a évolué dans l’élite en 1969. L'Association Athlétique Nogarolienne (Nogaro) évolue en Fédérale 3. L'Union Sportive Lectouroise (Lectoure) évolue en championnat Honneur. Internationaux français originaires du Gers Tennis de table Le Cercle pongiste auscitain est champion de France de Nationale 1 en 2009. Il joue depuis en Pro B. Justice Contrairement à la quasi-totalité des départements français qui comportent au moins une maison d'arrêt sur son territoire ; le Gers n'en possède aucune. La dernière prison, située à Auch, a fermé ses portes en 1966 pour être démolie dix ans plus tard. Les détenus gersois sont depuis incarcérés à Agen, siège de la cour d'appel. Tourisme Économie du tourisme L'économie du tourisme dans le Gers représente (données 2018 du Comité Départemental du Tourisme Destination Gers) : 1 700 000 visiteurs : 1 100 000 touristes / 600 000 excursionnistes ; 7 700 000 nuitées ; 72 100 lits ; 260 000 000 € de dépenses des touristes dans le Gers, soit 7 % du PIB du département ; 2 700 emplois salariés liés au tourisme, 3 500 emplois en juillet/août ; 79 % de clientèle française en séjour dont 45 % de touristes de proximité ; 21 % de clientèle étrangère en séjour ; 39 € de dépense moyenne journalière en séjour vacances ; Fréquentation : Thermalisme : 17 000 curistes / 5 000 accompagnants, Évènementiel : 522 000 visiteurs / 295 000 entrées payantes, Œnotourisme : 150 000 visiteurs, Patrimoine : 427 200 visiteurs, Baignade : 350 120 entrées, Offices de Tourisme : 97 000 demandes d'informations comptoir, E-tourisme : 850 000 visites / 6 000 000 pages vues. Résidences secondaires résidences secondaires : soit lits. On estime à environ les résidences secondaires appartenant à des étrangers. 65 % sont situées sur les parties nord et est du département. Les Britanniques possèdent 49,4 % de ces résidences, suivis par les Néerlandais (19,4 %), Belges (10,2 %) et Allemands (8,7 %). Communes ayant plus de 10 % de résidences secondaires Selon le recensement général de la population du , 9,5 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes du Gers dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Personnalités Notes et références Notes Références Voir aussi Bibliographie . . . . . . . Articles connexes Département français Arrondissements du Gers Liste des communes du Gers Liste des églises du Gers Liste des anciennes communes du Gers Ail blanc de Lomagne Liste de films tournés dans le Gers Volontaires nationaux du Gers pendant la Révolution Liens externes Préfecture du Gers Conseil départemental du Gers
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Gironde (département)
La Gironde ( ) est un département français situé dans le Sud-Ouest de la France, en région Nouvelle-Aquitaine. Ce département doit son nom à l'estuaire de la Gironde qui prend naissance après la confluence de la Dordogne et de la Garonne au bec d'Ambès, en aval de Bordeaux. De 1793 à 1795 il s'appelait département du Bec-d'Ambès. La Gironde est le plus vaste département de France métropolitaine () et le vaste après la Guyane (). L'Insee et la Poste lui attribuent le code 33. Histoire Le décret décidant la division de la France en 83 départements est voté par l'Assemblée constituante le et précisé par le décret du . Le département de la Gironde, créé à partir d'une partie des anciennes provinces de Guyenne et Gascogne, d'abord sous le nom de département du Bordelais dans le décret du puis avec son nom définitif dans le décret de l'Assemblée nationale du , en position des . Il est composé de sept districts, dont les chefs-lieux sont Bazas, Blaye, Bordeaux, Cadillac, Lesparre, Libourne et La Réole, et son assemblée se tient à Bordeaux. Il s'appela aussi Bec-d'Ambès, de 1793 à 1795, à l'époque où le terme Gironde désignait l'origine du groupe parlementaire des Girondins qui furent alors tous arrêtés. La Gironde est composée de trois entités distinctes, avec un héritage historique qui leur est propre : Bordeaux et sa proche région ; une partie des Landes de Gascogne (Médoc, Pays de Buch, Landes de Bordeaux, le Bazadais et la Haute-Lande-Girondine) ; la Guyenne girondine (Libournais, Entre-deux-Mers). Entre 1789 et 1850, la partie occidentale du département était couverte de landes mal drainées (sur environ 60 % à 70 % de l'espace). Cette lande était entretenue par écobuage afin de pourvoir en nourriture les grands troupeaux de moutons, surveillés par des bergers montés sur des échasses ; l'usage de ces dernières permettait d'accomplir plus facilement de grandes distances (15 à par jour), tout en surveillant le troupeau. Avant 1857, date de la loi d'assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne, le régime agropastoral est généralisé : il puise sa force dans le libre usage des communaux majoritaires. Puis la systématisation des plantations de pins exploités pour leur résine (gemmage) et leur bois, accompagnée de la vente des communaux durant la deuxième moitié du , a complètement modifié le paysage et l'économie de la moitié du département. Après le coup d'État du 2 décembre 1851 de Napoléon III, la Gironde fait partie des départements placés en état de siège afin de parer à tout soulèvement massif, mais moins d'une centaine d'opposants sont finalement arrêtés. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les FFI du département comptent . Jusqu'au la Gironde faisait partie de l'ancienne région Aquitaine. Héraldique Politique De longue date, le département de la Gironde a été marqué par la confrontation, plus ou moins équilibrée, entre la gauche (singulièrement le PS), et la droite, et surtout le courant gaulliste depuis les débuts de la Cinquième République. Cette confrontation est fondée en particulier sur l'organisation politique de chaque courant, le Parti socialiste ayant tendance à rassembler autour de lui les couches intermédiaires, les milieux ouvriers et certains des milieux ruraux, tandis que la droite dispose de positions fortes au sein de la bourgeoisie d'affaires de Bordeaux, dans le milieu de la viticulture sur le Libournais, des couches retraitées aisées très présentes sur le bassin d'Arcachon. Une forme de partage des pouvoirs locaux s'est ainsi organisée : jusqu'à sa défaite historique de 2020, la droite gère pendant soixante ans la ville de Bordeaux, et dispose durablement des sièges de député du centre-ville de Bordeaux, malgré quelques défaites surprises à l'occasion, de ses banlieues aisées et d'Arcachon, tandis que la gauche obtient la prédominance dans tout le reste du département, exerçant par là même la présidence du conseil général, celle de la communauté urbaine de Bordeaux devenue Métropole et détient durablement la majorité des élus au conseil régional d'Aquitaine. Lors des consultations nationales, la gauche obtient en général la majorité des suffrages. Le département a voté majoritairement pour François Mitterrand en 1974, en 1981 et en 1988, pour Lionel Jospin en 1995, pour Ségolène Royal en 2007, pour François Hollande en 2012, et pour Emmanuel Macron en 2017. Conseil départemental Élections départementales 2015 : Géographie Données géographiques générales La Gironde fait partie de la région Nouvelle-Aquitaine. Elle est limitrophe des départements des Landes, de Lot-et-Garonne, de la Dordogne et de la Charente-Maritime. Limites départementales Les limites du département sont définies par la courbe enveloppe des limites des communes qui le composent. Mais devant les nombreuses imprécisions de ces limites communales, un grand chantier d'élaboration d'un cadastre général de la France est engagé sous le Premier Empire. La loi du , relative au budget de l'État et rendue sur l'initiative de Martin Michel Charles Gaudin, ministre des Finances, est considérée comme fondatrice du cadastre parcellaire français. Une campagne d'arpentage systématique de tout le territoire français est ainsi lancée en 1808 et s'achève en 1850. La ville de Bordeaux est en particulier cadastrée en 1820. Aucune modification n'est venue affecter les limites du département depuis la création du code officiel géographique en 1943. Superficie Avec près de de superficie, La Gironde est le plus vaste département de la France métropolitaine et le deuxième de la France entière. Fixée à par l'Insee, la valeur de cette superficie peut varier selon le mode de mesure adopté. La superficie d'une division administrative est l'aire de l’ensemble des surfaces cadastrées ou non cadastrées situées à l’intérieur des limites de la division, l'unité élémentaire de division étant la commune. Cette superficie varie donc selon le niveau de précision de ces limites communales (et donc du niveau de précision du cadastre) et selon le mode de calcul ou de projection cartographique, mais aussi selon le produit cartographique numérique utilisé puisque deux produits cadastraux numériques officiels existent : celui établi par la DGI (opérateur historique pour établir le cadastre) et celui diffusé par l'IGN (opérateur nouveau qui a vu son rôle d'intégrateur de données géographiques renforcé depuis 2001). Jusqu'en 2016, la référence en matière de données liées aux divisions administratives françaises était le répertoire géographique des communes (RGC), produit par l'IGN, contenant en particulier la superficie de chaque commune. Cette donnée, fournie annuellement par l'Insee, correspond à la superficie évaluée en 1975 par le service du cadastre de la Direction générale des impôts, corrigée des modifications communales intervenues depuis 1975. Cette surface « fiscale » ne correspond pas forcément à la superficie géographique de la commune. Dans ce cadre, la superficie du département s'établit, selon l'Insee, en 2018 à . Par contre la somme des superficies des différentes communes du département, figurant dans le RGC, s'établissait en 2015 à . Depuis 2016, le RGC a été remplacé par les bases de données en licence ouverte Geofla® et Admin Express, des bases de données à petite échelle dédiées à des cartographies statistiques et thématiques à la granularité de la commune, à savoir à des échelles voisines du 1 : . En , la superficie du département de la Gironde, calculée par SIG sur la base des données Admin Express projetées dans le système Lambert 93, s'établit à . L'utilisation du découpage administratif au niveau communal issu d'OpenStreetMap, produit dans sa grande majorité à partir du cadastre, à une échelle plus grande que celle de Géofla ou Admin Express, aboutit à une superficie de . Données géophysiques Hydrographie Le département de la Gironde est traversé par la Dordogne et la Garonne qui se rejoignent au bec d'Ambès pour former l'estuaire de la Gironde. Long de et large de à son embouchure, c'est le plus vaste estuaire d'Europe, couvrant une superficie de . La Gironde est fortement soumise aux marées qui remontent très en amont dans l'estuaire (jusqu'à de l'embouchure) : Casseuil sur la Garonne, Castillon-la-Bataille sur la Dordogne. Lors des grandes marées, le phénomène du mascaret peut survenir. Entités paysagères Le territoire se structure en quatre entités distinctes : le littoral, où sont dispersées quelques stations balnéaires très animées en été. Les dunes du littoral ont été fixées par l'homme au . La Côte d'Argent est réputée pour le surf ; la forêt, couvrant la moitié ouest du département. Cette forêt a été en partie plantée au afin d'assécher les terres marécageuses, ce qui marqua la fin du système agro-pastoral, largement répandu dans les Landes à cette époque. On y pratiquera le gemmage jusqu'à la fin du ; le Bordelais est une région viticole où l'on retrouve les grandes exploitations qui font la renommée mondiale des vins de Bordeaux ; le Bazadais, structuré autour de la ville de Bazas. Sans réelle production viticole, c'est un pays de polyculture ; production de maïs, tabac, tomates, asperges et élevage de la race bazadaise, ainsi que des plantations de bois. Les traditions gasconnes y sont bien ancrées. C'est le pays de Clément V, pape gascon par excellence. C'est dans ce pays que l'on trouve le plus grand nombre de monuments historiques de la Gironde : la cathédrale de Bazas (patrimoine mondial de l'Unesco), les châteaux de Roquetaillade, de Malle, de Cazeneuve, de Budos, de Fargues, de Villandraut, la collégiale d'Uzeste. Une majorité ouest et sud du département fait partie de la Gascogne et abrite une grande partie de la forêt des Landes de Gascogne. La Gironde bénéficie d'une très longue façade côtière de sur l'océan Atlantique, de la pointe de Grave au sud du bassin d'Arcachon. Le littoral girondin s'est ouvert au tourisme balnéaire, notamment autour du bassin d'Arcachon. Les principales stations balnéaires sont du nord au sud : Soulac ; Montalivet ; Hourtin ; Carcans ; Lacanau ; Le Porge ; Andernos-les-Bains ; Lège-Cap-Ferret ; Arcachon ; Pyla-sur-Mer. La dune du Pilat est une des principales attractions touristiques du littoral girondin. Plus haute dune d'Europe, elle appartient au réseau des Grands Sites de France. Climat Le climat de la Gironde est un climat tempéré de type océanique, avec des hivers relativement doux et des étés chauds. Les précipitations sont bien réparties sur les saisons avec un maximum en novembre et décembre. L'été, elles sont dues généralement à des averses orageuses. Le littoral girondin bénéficie de l'influence de l'océan Atlantique ce qui adoucit les hivers et rafraîchit les étés. Ainsi, les côtes ne connaissent que rarement des températures en dessous de 0 comme au-dessus de 30 degrés Celsius. La présence de l'estuaire de la Gironde protège les vignobles du Médoc et du Blayais de la canicule et du gel. Le département a connu des températures extrêmes avec comme records à Bordeaux -16,4 le et 41,2 le . Les relevés de la station météorologique de Bordeaux-Mérignac (à d'altitude) sont représentatifs du climat de la Gironde. Économie Démographie Les habitants de la Gironde sont les Girondins. La démographie de la Gironde est caractérisée par une forte densité et une population en croissance continue depuis les premiers recensements. En quatorze ans, de 1999 à 2013, la population de la Gironde s'est accrue de plus de , soit environ . Mais ce rythme de croissance varie beaucoup, de l'une à l'autre des du département. La densité de population de la Gironde, en , dépasse celle de la France (). Communes les plus peuplées Culture Sport Les Girondins de Bordeaux évoluent en ligue 1 de football Le Football Club Libourne évolue en Régional 1, Poule C de la Ligue de football Nouvelle-Aquitaine Le club de Villa Primrose évolue en de tennis L'Union Bordeaux Bègles évolue en Championnat de France de rugby Top 14 Le Mérignac Handball évolue en D2 de handball Le Club athlétique béglais handball évolue en Nationale 1 de handball Le SA Mérignac évolue en féminine de hockey sur gazon et en Nationale 1 féminine et masculine de rink hockey L'Union sportive Coutras évolue en Nationale 1 féminine et masculine de rink hockey Le Stade bordelais ASPTT (rugby à XV) évolue en de rugby féminin L'Entente sportive Bruges Blanquefort évolue en D2 de rugby féminin Le Jeunes de Saint-Augustin Bordeaux Métropole évolue en Championnat de France de basket-ball de Nationale masculine 1 Le Girondins de Bordeaux HBC évolue en Championnat de France de handball masculin de Pro D2 Les Bordeaux Bombers évoluent en de football australien Les Boxers de Bordeaux évoluent en D1 de hockey sur glace masculin Le Club athlétique Bordeaux Bègles Gironde évolue en D1 de rugby masculin. Les Devils de Cenon évoluent en D4 de football américain Les Kangourous de Pessac évoluent en D2 de football américain Les Panthères de Pessac évoluent en Élite (D1) de baseball et en de softball Les Pitcher's de Pineuilh évoluent en division 2 de baseball Les Lions de bordeaux évoluent en D2 de football américain Événements sportifs Le Jumping international de Blaye Le Lacanau Pro, compétition de surf Le Decastar, compétition d'athlétisme (décathlon) Le Jumping international de Bordeaux Les Championnats du monde de cyclisme sur piste 2006 Les Championnats du monde de cyclisme sur piste 1998 Le Grand Prix du Sud-Ouest Le Marathon du Médoc Le Trans Aq' Le Tour de Gironde Le Marathon de Bordeaux Métropole Langues La Gironde (Gironda en occitan) connaît deux langues traditionnelles : l'occitan est la langue traditionnelle de presque toute la Gironde. Il y est parlé sous trois formes dialectales : le gascon parlé sur la plus grande partie du territoire : Bazadais, Haute Lande Girondine, Pays de Buch, Médoc, Bordelais, Entre-deux-Mers ; le languedocien dans le Nord-Est de l'Entre-deux-Mers et l'Est du Libournais ; enfin le limousin à Puynormand.Le gascon, en Gironde, comprend plusieurs variantes locales : Bordelais : gascon caractérisé par un -b- intervocalique, un subjonctif en -e, assez francisé… ; on peut y rattacher les parlers du Bourgeais, Cubzagais, Fronsadais, Libournais… Sud-Médoc, Bassin : gascon caractérisé par un -d- intervocalique, un imparfait en -è et un -w- intervocalique… Bazadais et région de Saint-Macaire : gascon caractérisé par les conjugaisons en -o- (prétérit/subj. passé), le a- prosthétique, -s- intervocalique, -w- intervocalique, absence de -n- intervocalique… Bordelais : Lo dròlle li fedèva/hadèva beure la harina/farina avant qu'i angusse (Lou drolle li fédèbe/adèbe béwre la harine/farine abann qu'i angusse) ; Pays de Buch : Lo dròlle li hadè búver la harina avant qu'i angussi (Lou drolle li hadè buwe la harine awann qu'i angussi) ; Bazadais : Lo dròlle li hasèva béver la haria avant qu'i angossi (Lou drolle li hasèwe béwe la hariye awann qu'i angoussi). le poitevin-saintongeais dans sa variante saintongeaise, qui fait partie du groupe d'oïl, est parlé dans trois territoires plus petits : dans une frange au nord-est du département qu'on appelle le pays Gabay ou la Grande Gavacherie. Elle comprend Blaye, Guîtres et Coutras, dans une enclave en domaine gascon qu'on appelle la Petite Gavacherie ou Gavacherie de Monségur, constituée d'une quinzaine de communes autour du bourg de Monségur, dans l'Entre-deux-Mers et la vallée du Dropt. au bout de la pointe de Grave, au Verdon. Le français, langue officielle nationale, est parlé par l'ensemble de la population. Utilisé par les élites depuis le Moyen Âge, il s'est imposé avec l'unification linguistique de la France promue par la . Il est désormais la langue de communication de l'ensemble de la population girondine. est un journal en langue occitane qui traite de l'actualité en Gironde. Gastronomie Patrimoine Châteaux Le « verrou de l'estuaire » constitué par Vauban : citadelle de Blaye, fort Médoc et fort Paté. Château de Roquetaillade, de La Brède, de Langoiran, de Rauzan, de Vayres, de Cadillac, dit « des Ducs d'Epernon », de Cazeneuve, du Bouilh, Guiraud, de La Rivière, de Villandraut, Margaux, Beychevelle, du Cos d'Estournel, de Guilleragues, de Monbadon, de Fargues, de Blanquefort, de Sémignan, du Taillan, de Mongenan, de Malle, des Jaubertes, du Hamel, de Tastes, de Cadillac-en-Fronsadais, de Vertheuil, de Lamarque, de Lugaignac, de Boirac-Ségur, de Génissac, du Puch de Gensac, castrum de Pommiers Tour de l'Honneur (Lesparre-Médoc), tour du Roy (Saint-Emilion). Phares Phare de Cordouan Phare de Grave Phare de Richard Phare de Patiras Phare d'Hourtin Phare du cap Ferret Villes La ville de Bordeaux, plus vaste ensemble urbain classé sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO La ville de Saint-Émilion, patrimoine de l'Unesco depuis 1999. La ville de Pauillac, plus longue façade fluviale sur l'estuaire de la Gironde. Saint-Macaire, Rions, La Réole, Bazas, Gensac, Pujols, Castelmoron-d'Albret, Castillon-la-Bataille, Bourg, Soulac-sur-Mer. Bastides de Blasimon, Cadillac, Créon, Libourne, Monségur, Pellegrue, Sauveterre-de-Guyenne, Sainte-Foy-la-Grande. Abbayes et prieurés Abbayes de Vertheuil, La Sauve-Majeure, Guîtres, Saint-Ferme, Saint-Pierre-de-l'Isle, Sainte-Croix de Bordeaux, Blasimon, Fontguilhem, Faizé, le Rivet, Bonlieu, Cornemps, Pleine-Selve. Prieuré de La Réole, prieuré de Cayac à Gradignan. Basiliques de Verdelais, Soulac-sur-Mer, Arcachon. Pèlerinage à Montuzet. Commanderies de Benon, Roquebrune, Sallebruneau, Montarouch, Villemartin Églises remarquables Bordeaux : cathédrale Saint-André, basilique Saint-Michel, basilique Saint-Seurin, abbatiale Sainte-Croix, église Saint-Paul, Église Saint-Pierre de Bordeaux, Église Saint-Ferdinand de Bordeaux, Église Saint-Louis-des-Chartrons, Église du Sacré-Cœur, Église Notre-Dame de Bordeaux, Église Saint-Éloi de Bordeaux. Cathédrale de Bazas. Église monolithe de Saint-Emilion. Prieuré de Saint-Macaire. Les trois églises de la commune de Montagne. Les églises de Bayon-sur-Gironde, Saint-Estèphe, Petit-Palais-et-Cornemps, Vieux Lugo, Saint-Vivien-de-Médoc, Lamarque, Cars, Saint-André-de-Cubzac, Barsac, Pondaurat, Notre-Dame-des-Passes d'Arcachon. Ermitage de Lormont. Chapelle de Condat à Libourne et Chapelle Sainte-Marie-du-Cap à Lège-Cap-Ferret Autres La stèle du sur le coteau de Montalon à Saint-André-de-Cubzac. Point d'intersection entre le méridien de Greenwich et le nord (longitude 0°, latitude 45°N), à égale distance du pôle Nord et de l'équateur. Cité Frugès de Pessac. Pont médiéval de Pondaurat sur la Bassanne. Événements culturels Plusieurs manifestations culturelles se déroulent en Gironde : Festival international du cinéma au féminin de Bordeaux, Festival de court métrage Coupé Court de Bordeaux, Festival européen du court métrage de Bordeaux, Escale du livre, Fest'arts, Festival international de cinéma Cinémascience de Bordeaux, Festival du film d'animation de Bègles, Festival international du film d'histoire de Pessac, Festival international du film indépendant de Bordeaux, Festival du film de Pauillac, Festival des Hauts de Garonne, Lire en Poche, Festival Musicacité, Musik à Pile, Nuits atypiques, Ouvre la Voix, La Part des anges (festival), Reggae Sun Ska Festival, Les Rendez-vous de Terres Neuves, Les Riches Heures de La Réole, Festival VivaCité, Festival ODP, etc. Patrimoine naturel Dune du Pilat Bassin d'Arcachon, Banc d'Arguin Marais du Verdon Etang de Cousseau Lagune de Contaut Marais de Soussans Domaine de Certes Les lacs médocains (Hourtin-Carcans, Lacanau) Parc ornithologique du Teich Réserve géologique de Saucats Marais de Bruges Bec d'Ambès Lagunes du Gat-Mort Vallées du Ciron et de la Leyre Corniche de l'estuaire Roselières de l'estuaire Pointe de Grave Dune de l'Amélie Iles de l'Estuaire Musées Musées de Bordeaux Écomusée de Vertheuil Écomusée du Libournais Musée municipal de Bazas Musée d'Art religieux de Verdelais Jardin de la Lamproie Centre François-Mauriac Maison Lillet Symbole Tourisme Résidences secondaires Selon le recensement général de la population du , 8,8 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes de Gironde dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Source INSEE, chiffres au . Girondins célèbres Nés en Gironde Marcel Amont (1929-), chanteur et acteur, né à Bordeaux. Jean Anouilh (1910-1987), auteur dramatique, né à Bordeaux. Alain Aslan (1930-2014), sculpteur, né à Lormont. Denis Barthe (1963-), batteur du groupe Noir Désir, né à Talence. Pey Berland (1370-1458), homme d'Église français et archevêque de Bordeaux. Arnaud Berquin (1747-1791), est un écrivain, dramaturge et pédagogue, né à Bordeaux. Robert Boulin (1920-1979), homme politique, né à Villandraut. José Bové (1953-), homme politique et altermondialiste, né à Talence Fernand de Brinon (1885-1947), avocat, journaliste et homme politique, né à Libourne. Matthieu Chalmé (1980-), footballeur né à Bruges. Clément V (-1314), pape, né près de Villandraut. René Clément (1913-1996), cinéaste, né à Bordeaux. Georges Coulonges (1923-2003), écrivain et scénariste, né à Lacanau. Julien Courbet (1965-), journaliste, animateur-producteur de télévision et de radio, né à Eysines. Jacques-Yves Cousteau (1910-1997), explorateur océanographique, né à Saint-André-de-Cubzac où il repose depuis 1997. Boris Cyrulnik, psychanalyste, psychologue et écrivain, né le à Bordeaux. Danielle Darrieux (1917-2017), actrice, née à Bordeaux. Danielle Bonel, (1919-2012), actrice française, secrétaire et confidente de la chanteuse Édith Piaf, née à Arcachon. Sophie Davant (1963-) est une animatrice de télévision née à Bordeaux. Bob Denard (1929-2007), mercenaire français souvent au service de la France. Maurice Dubois (1869-1944), peintre, né à Bordeaux et mort à Preignac. Louis Ducos du Hauron (1837-1920), inventeur dans le domaine de la photographie, né à Langon. Lilly Daché (1898-1989), modiste française installée aux États-Unis né à Bègles. Christophe Dugarry (1972-), footballeur, né à Lormont. Jacques Duvigneau (1833-1902), homme politique, président du conseil général de la Gironde de 1893 à 1901, député de la Gironde de 1892 à 1898, né et mort à Audenge. Jacques Ellul (1912-1994), professeur d'histoire du droit, sociologue, théologien protestant, né à Bordeaux et mort à Pessac. Robert Escarpit (1918-2000), universitaire, écrivain, journaliste, né à Saint-Macaire et mort à Langon. Jean Eustache (1938-1981), réalisateur, né à Pessac. Jean-Marc Furlan (1957-), footballeur et entraîneur de football, né à Sainte-Foy-la-Grande. Pierre Garmendia, (1924-2016), homme politique français né à Bordeaux. Alain Giresse (1952-), footballeur international et entraîneur de football, né à Langoiran. Marie Laforêt (1939-2019), chanteuse et actrice née à Soulac-sur-Mer. Serge Lama (1943-), chanteur, né à Bordeaux. Pierre Larquey (1884-1962), acteur né à Cénac. William Leymergie (1947-), animateur et journaliste né à Libourne. Max Linder né Gabriel Leuvielle (1883-1925), acteur réalisateur de burlesque, né à Saint-Loubès. Philippe Madrelle (1937-2019), homme politique, né à Saint-Seurin-de-Cursac. Noël Mamère (1948-), né à Libourne et maire de Bègles. Adrien Marquet (1884-1955), homme politique, né et mort à Bordeaux dont il fut le maire (1925-1944). François Mauriac (1885-1970), écrivain et journaliste, né à Bordeaux. Benjamin Millepied (1977-), danseur et chorégraphe né à Bordeaux. Ugo Mola (1973-), joueur et entraîneur de rugby à XV, né à Sainte-Foy-la-Grande. Édouard Molinaro (1928-2013), cinéaste, né à Bordeaux. Charles de Secondat, baron de Montesquieu (1689-1755), penseur politique, philosophe et écrivain, né à La Brède. Christian Morin (1945-), clarinettiste, homme de radio, de télévision et acteur, né à Bordeaux. Pierre Palmade (1968-), humoriste, né à Bordeaux. les frères Pereire : Émile (1800-1875) et Isaac (1806-1880), financiers, entrepreneurs et hommes politiques, nés à Bordeaux. Michèle Perrein (1929-2010), romancière née et morte à La Réole. Élisée Reclus (1830-1905), géographe,membre de l'Internationale socialiste, né à Sainte-Foy-la-Grande. Odilon Redon (1840-1916), peintre, dessinateur et graveur, né à Bordeaux. Henri Sauguet, (1901-1989), compositeur français né à Bordeaux. Hortense Schneider (1833-1920), cantatrice, née à Bordeaux. Barbara Schulz (1972-), actrice, née à Talence. Jean-Joseph Sanfourche (1929-2010), peintre né à Bordeaux. Jean-Baptiste Sanfourche (1831-), architecte français né à Cénac (Gironde) Jean-Jacques Sempé (1932-), dessinateur, né à Bordeaux. Michel Slitinsky (1925-2012), écrivain, historien de la Résistance, né à Bordeaux. Yvette Roudy, ministre socialiste (1929-), né à Pessac. Jacques Valade (1930-), homme politique, né à Bordeaux. Mathieu Valbuena (1984-), footballeur, né à Bruges. Antoine Verdié (1779-1820), poète occitan prolifique, né et mort à Bordeaux. Henri-Pierre Vermis (1980-), joueur de rugby à XV, né à Langon). Ayant un rapport avec la Gironde Aliénor d'Aquitaine (1122 ou 1124-1204), reine de France, puis reine consort d'Angleterre. Bertrand Cantat (1964-), chanteur du groupe Noir Désir, groupe de rock originaire de Bordeaux. Jacques Chaban-Delmas (1915-2000), député-maire de Bordeaux (1947-1995), Premier ministre (1969-1972), président de l'Assemblée nationale (1958-1969, 1978-1981 puis 1986-1988). Xavier Darcos, ancien maire de Périgueux, ministre de l'Éducation nationale de à Xavier de Gaulle (1887-1955), résistant, ingénieur civil des Mines, consul à Genève, mort à Bordeaux. Alain Juppé (1945-), homme d'État, maire de Bordeaux de 1995 à 2004 et de 2006 à 2019, membre du Conseil constitutionnel. Étienne de La Boétie (1530-1563), écrivain humaniste et poète, mort à Germignan (commune du Taillan-Médoc). Gaston Marchou, historien, journaliste et écrivain d'origine bordelaise, a vécu à Cambes en Gironde dont il fut le maire. Albert Fossey-François (1909-1958), Compagnon de la Libération lieutenant-colonel français mort à Villenave-d'Ornon. Gilbert Mitterrand (1949-), homme politique, maire de Libourne de 1989 à 2011. Pierre Molinier (1900-1976), peintre et photographe, décédé par suicide à Bordeaux. Michel de Montaigne (1533-1592), né et mort en Dordogne, penseur et homme politique de la Renaissance fut maire de Bordeaux. Alain Rousset (1951-), homme politique, ex-candidat socialiste à la mairie de Bordeaux en 2008, président de la région Aquitaine depuis 2004. Antonin Magne, (1904-1983), cycliste sur route français est décédé à Arcachon. Toulouse-Lautrec, (1864-1901), peintre né à Albi, repose à Verdelais où il est décédé au Châreau Malromé. Peter Warr (1938-2010), ancien directeur sportif de l'écurie de Formule 1 Team Lotus, y vécut avant sa mort en 2010. Virginie Hériot (1890-1932), vicomtesse et navigatrice française est décédée à Arcachon. Notes et références Notes Références Voir aussi Articles connexes Département français Conseil départemental de la Gironde Liste de ponts de la Gironde Landes de Gascogne Liste des intercommunalités de la Gironde Liste des députés de la Gironde Liste des sénateurs de la Gironde Liste des préfets de la Gironde Arrondissements de la Gironde Liste des communes de la Gironde Liste des anciennes communes de la Gironde Liste de films tournés dans le département de la Gironde Volontaires nationaux de la Gironde pendant la Révolution Transports en commun en Gironde Sources Site du recensement de l'INSEE, chiffres au . Estimations du recensement intermédiaire de l'INSEE, chiffres au . ; tome I : livre I - Topographie, II - Météorologie, III - Produits naturels, IV - Population, V - Histoire ; 1837, 429 p. ; ; tome II, partie : livre V - Divisions administratives, VI - Agriculture ; 1839, 411 p. ; ; tome II, partie : livre VII - Instruction publique, VIII - Établissements de charité, IX - Administration ; 1843, 458 p. ; ; tome « essai complémentaire », par Pierre Gustave Brunet et Léonce de Lamothe, 1847, 164 p. Bibliographie Collectif, La Gironde, éditions du Bastion, 1989. Jean-François Ratonnat, La vie d'autrefois en Gironde, éditions Sud-Ouest, 1994. Serge Legrand-Vall et Jean-Noël Mouret, La Gironde, éditions Ouest-France, collection Itinéraires de découvertes, 2015. Liens externes Préfecture de la Gironde Conseil départemental de la Gironde Statistique générale de la Gironde ; Biographie (tome 3, partie 1) par Édouard Feret, 1889, 628 p.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Grammaire%20japonaise
Grammaire japonaise
La grammaire japonaise est de type agglutinant, avec un alignement nominatif-accusatif, et dont l'ordre des constituants est dépendant-tête et SOV (sujet-objet-verbe). Le marquage des relations entre constituants se fait sur les dépendants, et les rôles syntaxiques des noms dans la phrase sont marqués par des particules s'attachant après eux. Il n'y a pas d'accord en genre, en nombre ou en personne. Phrase Généralités En japonais, le prédicat (constitué par un verbe, un adjectif ou la copule) est placé à la fin de la phrase et tous les autres termes avant. L'ordre des différents termes est en général le suivant : thème : marqué par la particule sujet : marqué par la particule ; autres compléments (objet indirect, lieu, etc.) ; objet : marqué par la particule . Par exemple : Tous les termes de la phrase peuvent être en principe thématisés. Un terme thématisé se place avant les autres : りんごは子供が食べました (ringo wa kodomo ga tabemashita) : l[es/a] pomme(s), c'est un enfant qui les a mangées. En revanche un terme focalisé, par exemple avec la particule , reste en général à sa place habituelle : 彼女は魚も買いました (kanojo wa sakana mo kaimashita) : elle a acheté du poisson aussi. En outre, un terme de la phrase peut rester non exprimé si son référent a déjà été évoqué ou s'il est évident : (Dans un dialogue, il est clair que l'on parle de l'interlocuteur et le sujet est donc absent.) Les particules qui suivent les principales parties de la phrase sont un outil précieux pour comprendre le sens. Cependant, s'ils sont assez facilement identifiables à l'écrit, il en va tout autrement à l'oral. Contrairement au français, les mots d'une phrase japonaise ne sont pas séparés par des espaces. En revanche, le japonais utilise des virgules pour indiquer la respiration d'une phrase complexe. La virgule japonaise est orientée différemment de la virgule occidentale : 、 Quant à l'équivalent du point, il s'agit d'un petit cercle : 。 Par exemple : Le discours rapporté est signalé par des chevrons. 「」 Par exemple : Sujet En réalité, bien que la structure de la phrase japonaise commence par le sujet, celui-ci est rarement marqué comme tel et même souvent absent. Premièrement, dans la majorité des cas, on ne trouvera pas la marque du sujet が (ga), mais bien la marque は (wa) qui, bien qu'elle s'applique souvent au sujet, représente en réalité ce sur quoi le locuteur souhaite attirer l'attention de celui qui l'écoute, c'est-à-dire, un point particulier de son message, supposé connu des deux. Un peu comme si en français, au lieu d'un sujet, on commençait les phrases par à propos de…. Le point important, c'est que la marque は (wa) peut s'appliquer à une autre partie de la phrase que le sujet, et dans ce cas, le sujet sera plutôt marqué par が (ga). La particule は (wa) ne s'applique par contre jamais aux pronoms interrogatifs 何 (nani) (quoi) ou だれ (dare) (qui). La particule は (wa) peut aussi servir à mettre en évidence un contraste : M. A mange, M. B ne boit pas ⇒ Aさんは食べます、Bさんは飲みません。(A san wa tabemasu, B san wa nomimasen). Il est parfois difficile de distinguer si la particule wa est utilisée pour marquer un contraste. Quand on veut mettre l'accent sur un contraste et que cela n'apparait pas dans la structure de la phrase, on peut l'accentuer par l'inflexion vocale. Par exemple, dans la phrase ビールは飲みます (biru wa nomimasu) (« je bois de la bière », mais en mettant l'accent sur le fait que c'est de la bière que je bois, on pourrait dire : « à propos de bière, c'est ça que je bois »), mais si on accentue le wa pour marquer le contraste, alors la phrase signifie plutôt « je bois de la bière (et rien d'autre) ». Ensuite, très souvent, un certain nombre d'éléments de la phrase japonaise sont souvent éludés quand ils peuvent être déduits du contexte. C'est par exemple très souvent le cas du « je » quand il est sujet : je suis étranger 私は外人です。 (watashi wa gaijin desu) devient 外人です。 ☀ éluder (gaijin desu). Enfin, il peut être perturbant de rencontrer les particules が (ga) et は (wa) dans certains contextes où elles signifient tout à fait autre chose : が (ga) peut également servir de conjonction de coordination avec le sens « mais », et は (wa) peut finir une phrase formulée par une femme, comme expression faiblement assertive ou d'un désir. Accord Les verbes et les adjectifs ne s'accordent pas avec le sujet et sont invariables en genre, nombre et personne. Il est habituellement le contraire du français. Pronoms personnels Les mots japonais que l’on considère comme des pronoms personnels se comportent exactement comme des noms. Ils ne sont souvent pas nécessaires à la phrase quand ils peuvent être déduits du contexte, et dans ce cas, leur présence n’a pour résultat que d’accentuer le rôle de la personne ainsi mise en scène, au même titre qu’un « moi » dans un énoncé du type « moi, je mange. » Par ailleurs, ils n’influencent en aucune manière la forme du verbe auxquels éventuellement ils se rapportent. La multiplicité des mots ayant pour sens « moi », « toi », « il », « elle » etc. vient du fait qu’une personne grammaticale en japonais ne s’exprime que dans le cadre de la relation hiérarchique qu’elle entretient avec les autres personnes. Ces mots n’étant rien de plus que des noms, il est courant, et recommandé lorsque la relation hiérarchique entre le locuteur et l’interlocuteur ne permet pas leur usage, d’utiliser à la place le nom (suivi de さん ou d’un dérivé) ou bien le statut de l’interlocuteur ou du référé, dans le cas d’une troisième personne. Dans tous les cas, ces mots sont avant tout à considérer comme des marqueurs indiquant la hauteur relative des personnes en présence sur une échelle hiérarchique. Verbe Le japonais distingue deux aspects : accompli (ou perfectif) et inaccompli (imperfectif). L'accompli est marqué par les formes « た » et dérivées des verbes, adjectifs et copules ; l'inaccompli est la forme non marquée de ces monèmes. Les valeurs « passé », « présent », « futur », etc. seront déterminées par le moment exprimé dans le syntagme central de l’énoncé. Particularités Langage de politesse Grammaticalement, la est marquée en japonais par la forme du verbe et l'utilisation de la forme honorifique des mots. Cependant, la politesse japonaise ne s'arrête pas là et le choix du vocabulaire ou bien même le sujet abordé, sont des éléments autant sinon plus importants. En effet, on peut très bien être impoli en employant une forme grammaticalement polie. Il existe de nombreux niveaux de politesse en japonais, que l'on peut aussi appeler niveaux de hiérarchisation. La société japonaise est segmentée en groupes : les amis, les collègues, l'université, l'entreprise, la chorale, le club de sport, etc. Dans chaque groupe existe une hiérarchie stricte ou implicite basée sur des critères spécifiques à ce groupe. La politesse par rapport à la personne à qui l'on s'adresse se fait en utilisant la forme formelle (en -masu) des verbes. La politesse (ou plutôt, la déférence) par rapport à la personne de qui on parle se fait en choisissant un verbe de déférence (ou de modestie si le verbe a comme sujet le locuteur ou son entourage). Ces deux concepts sont orthogonaux, ce qui donne, du moins en théorie, quatre combinaisons différentes possibles, selon les situations. En résumé, il existe deux types de politesses : haut–bas (groupe) : relation patron–employé, relation professeur–élève, etc. ; intérieur–extérieur (groupe) : société–client, famille–non famille, etc. Dans l'exemple d'un employé qui parle à son chef, il s'adressera à lui en s'abaissant (modestie) lorsqu'il parlera de lui-même et en portant son chef sur une estrade (respect). L'employé fera de même lorsqu'il s'adressera à un client. Dans le cas d'un employé parlant de son chef à un client, c'est le deuxième type de politesse qu'il utilisera ; il l'abaissera (modestie). Exemple : l'employé s'adressant à son chef l'appellera par exemple 田中部長 (chef de département) ; l'employé parlant de son chef à un client, il dira simplement 田中 . Non-dit Le non-dit est très courant en japonais. Il s'exprime par : les sous-entendus : des parties de la phrase (surtout le sujet) sont sous-entendues et déduites à partir du contexte. Ceci est la source de l'une des difficultés que rencontrent les étrangers qui apprennent le japonais. Par exemple, (kaimasu ka), selon le contexte, peut se traduire achètes-tu ?, achetons-nous ?, etc. ; les phrases en suspens : les phrases non finies qui marquent que leurs auteurs expriment un fait relatif et non pas définitif. Le non-dit se déduit à partir du contexte. Les phrases en suspens invitent implicitement l'autre interlocuteur à reprendre la parole. Le mot ga (mais, vocabulaire poli) est très utilisé pour laisser une phrase en suspens. Par exemple, … (Osoi desu ga…) (il est tard, mais…), ... (heya wo yoyakushitai n'desu ga…) (je voudrais réserver une chambre, mais…) Donner et recevoir Le japonais possède plusieurs verbes pour exprimer l'acte de « donner » et de « recevoir », différents selon les participants et la direction du don, c'est-à-dire selon qui donne et qui reçoit. Ils n'ont pas de correspondants exacts dans les langues occidentales. On les appelle les bénéfactifs. Autrement dit, ce sont des verbes utilisés comme auxiliaires qui déterminent les actants du verbe. On peut aisément deviner le sujet et le patient du verbe grâce à ces auxiliaires. Les verbes sont les suivants : って上げる (ageru) et sa forme en keigo 差し上げる (sashiageru) : « je donne à quelqu'un » ; ってくれる (kureru) et sa forme en keigo 下さる (kudasaru) : « quelqu'un donne à quelqu'un (dont moi) » ; ってもらう (morau) et sa forme en keigo いただく (itadaku) : « quelqu'un (dont moi) reçoit de quelqu'un d'autre ». Exemples :  ご飯を作る? (gohan wo tsukuru ?) : selon le contexte, « je prépare à manger ? » ou « tu prépares à manger ? » ;  ご飯を作ってくれる? (gohan wo tsukutte kureru ?) : « tu me prépares à manger ? » ou « il/elle te prépare à manger ? » ;  ご飯を作ってあげる。 (gohan wo tsukutte ageru.) : « je te/lui prépare à manger. » ;  ご飯を作ってもらう。 (gohan wo tsukutte morau.) : selon le contexte, « il/elle me prépare à manger » ou « je demande qu'on me prépare à manger. ». Le verbe くる (« venir ») peut également s'utiliser dans certains cas comme auxiliaire bénéfactif : 手紙を送ってきた (tegami wo okutte kita) littéralement « une lettre a été envoyée et est venue » : « j'ai reçu une lettre ». Adjectifs Il existe deux groupes d'adjectifs : les adjectifs verbaux, qui finissent par un et qui peuvent être modifiés de la même manière que les verbes (antériorité, négation, etc.) ; les adjectifs nominaux, qui se comportent comme des noms et pour lesquels les modifications seront portées sur la copule. Particules Le japonais utilise des particules pour indiquer la fonction des mots (sujet, complément d'objet direct, etc.). Note : La particule de thématisation se prononce wa mais on utilise le hiragana は (ha) ; La particule de complément d'objet direct se prononce o mais on utilise le hiragana を (wo) ; La particule de direction se prononce é mais on utilise le hiragana へ (he). D'autres particules dites finales, sans rôle sémantique propre autre que leur connotation (wa, no, koto, mono, yo) ou marquant l'interjection (ne) sont régulièrement utilisées en fin de phrase pour marquer le genre féminin de la personne qui s'exprime Comptage Compter des objets, des animaux ou des personnes en japonais est assez spécifique. En effet, il est nécessaire d'intercaler entre le nombre et l'objet du comptage un suffixe dépendant de la nature de cet objet. Parfois, la prononciation du nombre peut même en être affectée. Différences majeures avec le français Il existe de fortes différences entre le japonais et le français : la syntaxe est rigide et le verbe se met à la fin de la phrase ; l'énoncé ne comporte aucun élément obligatoire : le sujet est souvent omis et un verbe peut constituer une phrase à lui seul ; le japonais ignore les accords en genre et en nombre grammaticaux : verbes, noms et adjectifs ne varient grammaticalement ni en genre, ni en nombre (la pluralité peut être optionnellement marquée par un suffixe) ; certains adjectifs se comportent comme des verbes ; la flexion verbale ignore la personne (« je », « tu », « il », etc.) ; la politesse fait l'objet d'un marquage grammatical et le système d'honorifiques est plus complexe que le vouvoiement du français ; La langue orale est fortement genrée, avec des constructions grammaticales et vocables différents selon le rôle de genre, et réputés féminins ou masculins. Dans leur Grammaire japonaise fondamentale (Kiso nihongo bunpo, 1995), Masuoka et Takubo consacrent un chapitre au sujet et indiquent que . Références Bibliographie En français Parlons japonais, 2 Tomes avec CD, Tomoko Higashi, Presses Universitaires de Grenoble. Manuel de japonais (2 volumes), de Kunio Kuwae, Langues et Mondes L'Asiathèque (). Grammaire japonaise systématique (2 volumes, ), Reïko Shimamori, Éditions J. Maisonneuve. En anglais , par Seiichi Makino et Michio Tsutsui, aux éditions . / Kyou kara hajimeru nihongo . En japonais Shin nihongo no kiso (2 volumes, ). Méthodes de japonais 40 leçons pour parler japonais, Collection « Langue pour tous » POCKET. Pratiquez le japonais, Hidenobu Aiba, Collection « Langue pour tous » POCKET (). Le Japonais sans peine, Assimil. En 2 volumes de leçons Assimil et un livre de kanji. Les Kanjis dans la tête, de Yves Maniette. Minna no nihongo, en 2 volumes. Pour chaque volume il y a un livre en japonais uniquement avec des exercices, et un livre en français (ou allemand, portugais, etc.) expliquant la grammaire (). , en 3 volumes. Cours pratique de japonais, de Kunio Kuwae. Scolaire, complet, mais difficilement trouvable. Pratique du japonais, de Kunio Kuwae . Articles connexes Fujitani Nariakira Langue japonaise Grammaire Sexe du locuteur en japonais parlé
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Guatemala
Guatemala
Le Guatemala, ou Guatémala, en forme longue la république du Guatemala (en ), est un pays d'Amérique centrale frontalier avec quatre pays: le Mexique, le Belize, le Salvador et le Honduras. Il est bordé au nord-est par la mer des Caraïbes et à l'ouest-sud-ouest par l'océan Pacifique. C'est le troisième pays de l'Amérique centrale par sa superficie mais il en est le plus peuplé. Il fait également partie de l'Amérique latine. Sa monnaie nationale est le quetzal, faisant référence à l’oiseau sacré dont les Mayas utilisaient les longues plumes de la queue comme objets de luxe. Le Guatemala est le quatrième pays le plus inégalitaire d’Amérique latine et le neuvième au niveau mondial. Toponymie Son nom viendrait du nahuatl Cuauhtēmallān, qui peut se traduire par « lieu rempli d'arbres » et signifie peut-être « pays des Quichés ». Histoire La civilisation maya est apparue environ avant l'ère chrétienne. Elle s'est développée dans presque tout le Guatemala actuel, où elle a construit plusieurs villes. Pedro de Alvarado, un conquistador espagnol, détruisit les villes et soumit brutalement les peuples mayas d'Amérique centrale entre 1523 et 1527. Époque maya La civilisation maya a prospéré dans la majorité du territoire qui constitue aujourd'hui le Guatemala et les régions environnantes pendant environ avant l'arrivée des Espagnols. Son histoire est divisée en trois périodes : pré-classique, classique et post-classique, toujours pendant la période classique où la civilisation a ses principales avancées scientifiques et culturelles. La plupart des grandes villes mayas de la région de Peten et les basses terres du Nord du Guatemala ont été abandonnées autour de 1000 Époque coloniale Pendant la période coloniale, qui a duré près de , le Guatemala était une Capitainerie générale (Capitainerie générale du Guatemala). Il s'étend de la région de Soconusco dans le Sud du Mexique (Chiapas) au Costa Rica. Les encomiendas voulaient christianiser les groupes autochtones mayas, qui ont été utilisés comme esclaves. Cet esclavage a été aboli par l'intervention de l'évêque Fray Bartolomé de las Casas dans les années 1550-51 grâce aux controverses de Valladolid. La première capitale espagnole du royaume du Guatemala était Iximché. La guerre contre les indigènes kaqchikels tua de nombreux indigènes. Plus tard, une autre a été fondée dans la vallée de Panchoy, appelée Santiago de los Caballeros (actuellement Antigua Guatemala). Indépendance En 1808, l'Espagne est envahie par . La royauté est retirée à ainsi qu’à son successeur légitime, . Bonaparte confie le pouvoir à son frère, Joseph Bonaparte. Soucieux de continuer de prêter allégeance à leur véritable souverain, , et inquiets devant la menace de Napoléon, qui ne cache pas ses intentions d’étendre son pouvoir sur les colonies espagnoles d’Amérique, une vaste campagne contre l’occupation française voit le jour dans le Royaume. Les colons espagnols d’Amérique décidèrent de destituer les autorités espagnoles en les remplaçant par des gouvernements substituts dans le but de refréner les envies de Bonaparte et d’exercer le pouvoir pendant l’absence du roi légitime. À ce moment-ci, certains parlaient d’indépendance, mais cet avis n’était pas partagé par tous. « Plusieurs se seraient contentés d’une plus grande autonomie à l'intérieur de l'Empire ». Même si l’Espagne se retrouvait sous le contrôle de l'Empire français, une ville au sud du pays y échappait, Cadix. Cette ville était dominée par des libéraux, désireux de mettre un terme à l’absolutisme. Ces dirigeants provoquèrent des élections à Cadix pour former un congrès qui serait constitué de députés en provenance de tous les territoires espagnols, y compris ceux situés en Amérique. « Les députés hispano-américains participèrent activement aux débats, contribuant à rédiger la constitution de 1812 ». La Constitution de Cadix s'inspirait des grands principes de la Révolution française de 1789, tels que la souveraineté nationale, la séparation des pouvoirs, la division administrative du pays en provinces et le droit de propriété ou l’égalité. On voit grâce à cela apparaître la première forme de démocratie en Amérique, où le droit de vote est accordé à tous les hommes, y compris les indigènes. Confrontations entre libéraux et conservateurs La constitution fut acclamée par les patriotes libéraux d’Amérique centrale, mais José de Bustamante y Guerra, gouverneur du Guatemala et président de l’audience, ainsi que Ramon Casaus y Torres, le nouvel évêque, y étaient farouchement opposés. Le gouverneur tenta de l’entraver d’ailleurs du mieux qu’il put. En revanche, lorsqu’en le roi Ferdinand VII récupéra le pouvoir, il décida par la suite d’abolir la constitution qui créa une vague répressive contre les libéraux. Ainsi, les événements de Cadix n’arrêtèrent pas la marche vers l’indépendance. En effet, en 1820, une rébellion libérale, dirigée par le général Rafael del Riego, menaça sérieusement l'absolutisme de Ferdinand VII et le contraignit à annuler l’abolition de la Constitution de 1812. La restauration de la constitution en 1820 permit à la politique centraméricaine d’être plus populaire auprès du peuple et fit émerger différentes factions qui, par la suite, formèrent les bases des pouvoirs libéraux et conservateurs qui se succédèrent au fil de l’histoire de l’Amérique centrale. Le capitaine général Gabino Gaínza devint l’un des atouts majeurs dans l’indépendance. En effet, il agit comme un pont entre les pouvoirs en place et les indépendantistes. C’est lui qui organisa le un séminaire pour parler avec les autorités de la possibilité d’indépendance qui s’offrait à la Capitainerie générale du Guatemala. À force de débats portant sur l’indépendance immédiate ou le statu quo en attendant le résultat de l’indépendance mexicaine, la décision fut prise et concrétisée par la signature de la déclaration d’Indépendance d’Amérique centrale. L’Amérique centrale obtint alors son indépendance. Annexion par le Mexique Par la suite, en 1821, alors que le Mexique vient d’obtenir son indépendance, Gabino Gaínza insiste auprès des autorités pour que les territoires qui formaient la Capitainerie générale du Guatemala avant l’indépendance s’intègrent dans l’empire mexicain d’Iturbide. Il se laisse convaincre par les arguments d'Iturbide, « un général de l’armée espagnole qui devint plus tard empereur du Mexique ». Ces arguments montrent que « l’Amérique centrale n’est pas encore prête à former une république indépendante ». Il y eut consultation des différentes provinces et villes pendant cette opération. Puis, malgré quelques refus de certaines d’entre elles, l’annexion à l’empire mexicain fut décidée. C’est ainsi que, « [moins] de quatre mois plus tard, le , Gainza et un groupe d’aristocrates décrètent de leur propre chef l’annexion de l’Amérique centrale à l’empire mexicain d’Agustín de Iturbide ». Iturbide se révèle être un incapable dans son rôle d’empereur et vide les caisses du Trésor public. En 1823, Iturbide est finalement renversé par Santa Anna et est condamné à l’exil. « [Sous] la pression des libéraux, Fisola [un général mexicain] convoque le Congrès. Le , c’est la proclamation de la seconde indépendance de l’Amérique centrale et c’est ainsi que naît la fédération de l’Amérique centrale. Une charte appelée , qui concerne le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Costa Rica et le Nicaragua, est instaurée le . Elle explique quelques formalités, dont la façon que les différents pouvoirs sont distribués au sein de la Fédération. Selon cette charte, « la Fédération est gouvernée par un président, mais le chef de chaque État conserve une grande liberté d’action ». Désunion de la fédération d'Amérique centrale Du fait que cette fédération présente différentes idéologies politiques, il s'ensuit de nombreux conflits. Il y a d'ailleurs à cet effet plusieurs conflits entre les autorités fédérales et provinciales qui ont eu lieu, prenons par exemple l'emprisonnement du chef d'État du Guatemala, Burrundia, en 1825 par le président Arce, qui amena beaucoup de tensions, suivie de la prise d'armes du Salvador au nom de la légalité. « La Fédération centraméricaine reposait sur une Constitution relativement déséquilibrée qui ne laissait que très peu de moyens financiers et d'autorité à son Président. Surtout, les pouvoirs respectifs des États membres et de la Fédération n’étaient pas clairement définis ». En 1839, une rébellion orchestrée par Rafael Carrera contre le président du Honduras Francisco Morazán renverse le gouvernement en place. C'est à la fin du mandat du président en 1839 et en 1842, à la mort de Morazán, qui fut tué à cause de sa politique autoritaire, que la Fédération se disloqua pour donner lieu à cinq pays bien indépendants, soit le Guatemala, le Honduras, le Salvador, le Nicaragua et le Costa Rica. Durant près d'un siècle, nombre de dictateurs se succédèrent et favorisèrent les immigrants européens et les intérêts nord-américains. Les Amérindiens se virent spoliés de leurs exploitations et durent se réfugier vers les terres arides du Nord. Le Guatemala est alors le premier producteur de bananes et de fruits tropicaux des Caraïbes, son unique ressource, mais l'essentiel de ses terres et de son économie (chemins de fer, courrier postal, etc.) sont aux mains de la United Fruit Company, qui s'installa en 1901 dans le pays. Colonisations belge et allemande La colonisation belge débute avec un navire expéditionnaire envoyé par Léopold de Belgique en 1842. Lorsque les Belges prennent connaissance des ressources naturelles de la région d'Izabal, Léopold décide d'installer à Santo Tomás de Castilla un campement pour construire des infrastructures dans la région ; le gouvernement du Guatemala cède la région en échange d'une rente annuelle de seize mille dollars à lui verser à vie. En 1844, Santo Tomás de Castilla est devenu une colonie de la Communauté de l'Union, société de la Compagnie belge de colonisation. Le gouvernement de l'État du Guatemala, cède la région de Santo Tomas à cette société par décret de l'Assemblée constituante du Guatemala le . Les colons doivent se convertir au catholicisme et prendre la citoyenneté guatémaltèque, mais ils ont le privilège d'un gouvernement autonome. Toutefois, dès 1850, la colonisation belge est mise en échec par l'inhospitalité de la région et la dispersion des colons sur tout le territoire du Guatemala. Les premiers colons allemands arrivent au milieu du . Rapidement, ils acquièrent des terres et exploitent des plantations de café dans l'Alta Verapaz et le Quetzaltenango. Cobán devient un centre important pour les colons allemands. Les Allemands développent aussi la culture du thé, du cacao et de la vanille. La plupart des Allemands s'installent à Cobán, d'autres à San Juan Chamelco et Quetzaltenango. L'Alta Verapaz attire de nouveaux colons pour son « isolation naturelle, son climat doux et son sol fertile, et ses possibilités de développement agricole et commercial. » À la fin de 1890, les deux tiers de la production de café de la région était entre les mains des Allemands. Avec le temps, l'économie de Quetzaltenango est devenue entièrement dirigée par les Allemands, et a formé son propre monde dans Quetzaltenango, organisé dans une communauté très unie et solidaire. Ère libérale Miguel García Granados devient le leader de la révolution libérale contre le gouvernement du général Vicente Cerna. Il fait fonction de président provisoire de 1871 à 1873 après la victoire libérale. Il entreprend de développer les infrastructures du pays et met en place une Assemblée constituante en 1872. Après sa démission, Justo Rufino Barrios est élu président du Guatemala. Celui-ci poursuit la politique de modernisation des infrastructures du pays et mène une politique économique entièrement centrée sur la production de café afin de développer les exportations. Soucieux de favoriser l'instruction, il veut l'école primaire gratuite, obligatoire et sans éducation religieuse. L'école normale est créée, et la vieille université San Carlos est nationalisée. Il proclame par ailleurs la liberté de culte et procède à l'expropriation des biens de l’Église. Il instaure un style de gouvernement très personnel qui conduit à l'apparition d'une dictature de gauche. La liberté d'expression est fortement restreinte. Nombre d'intellectuels progressistes qui le soutenaient au départ, comme José Martí, prennent leurs distances ou s'exilent. En 1875, durant la guerre pour l'indépendance de Cuba, toujours colonie de l'Espagne, il reconnait officiellement l'indépendance de l'ile. Fervent partisan de la réunion des pays d'Amérique centrale en une seule entité, il est tué en 1885 à la bataille de Chalchuapa en tentant d'imposer par la guerre son projet. Entre 1898 et 1920, la dictature de Manuel José Estrada Cabrera censure la presse, persécute l'opposition et favorise les membres des grandes familles du café. Enfin, elle octroie d’énormes avantages aux compagnies étrangères qui investissent dans le pays, en particulier l'United Fruit Company. L’implantation dans le pays des firmes étrangères s'effectue au prix de la dépossession des indigènes, de la destruction de leurs communautés (ayllu), et à la prolétarisation des paysans soumis à l'obligation de travail sur les plantations capitalistes nouvelles et à la misère des salaires de subsistance. En 1933, le président Jorge Ubico Castañeda, à la tête du pays depuis deux ans, fait adopter une nouvelle Constitution qui retire le droit de vote aux illettrés (75 % de la population). Il instaure en 1934 une loi contre le vagabondage, chacun devant avoir un carnet de travail dans lequel il était indiqué les jours et le nombre d'heures par jour pendant lesquelles il travaillait ; en l'absence de celui-ci, les personnes sont réquisitionnés pour effectuer des travaux publics d'intérêt général. Sa présidence profite beaucoup à l’élite agro-exportatrice et, surtout, à la United Fruit, qui se voit offrir un appui infaillible. Lors de la guerre civile espagnole, le régime soutient sans ambiguïté le camp franquiste. Le régime dictatorial de Jorge Ubico est renversé par la révolution de 1944. Révolution des années 1950 En 1945, Juan José Arévalo, le président nouvellement élu, instaure une nouvelle ère d'investissements sociaux, ainsi qu'un code du travail et le droit de grève, et fonde un institut indigéniste. Les tensions sont alors particulièrement fortes entre grands propriétaires d’une part, syndicats et Parti communiste du Guatemala d’autre part. En juin 1954, son successeur Jacobo Árbenz Guzmán instaure une taxe sur les exportations et décide une réforme agraire (le Décret 900) qui oblige entre autres la United Fruit Company à céder une partie importante de ses terres en friche. Un coup d'État est mis sur pied au cours d’une réunion entre le président Dwight D. Eisenhower et les frères Dulles. Allen Dulles est alors le numéro un de la CIA et son frère John Foster Dulles dirige le Département d'État. Par ailleurs, les frères Dulles sont actionnaires de United Fruit et ont travaillé pour un cabinet qui représentait les intérêts de cette société. Ainsi, la CIA renverse Arbenz Guzman et installe à sa place une junte militaire dirigée par le général Carlos Castillo Armas. Plus de du gouvernement de Jacobo Arbenz sont assassinés ou emprisonnés dans les mois qui suivent le coup d’État. La réforme agraire est abrogée et l'United Fruit récupère non seulement les terres dont elle avait été expropriée mais également des dizaines de milliers d'hectares de terres en friche qui avaient été distribués aux paysans. Opération PBSUCCESS L'opération PBSUCCESS (début 1953 – fin 1954) est une opération secrète organisée par la Central Intelligence Agency (CIA) pour renverser le président du Guatemala Jacobo Árbenz Guzmán, démocratiquement élu. Le gouvernement d’Arbenz projetait de nouvelles réformes que les services de renseignement des États-Unis jugeaient de nature communiste. La CIA et l’administration Eisenhower craignaient l’instauration d’une tête de pont soviétique de l’Ouest, dans le contexte du maccarthysme intensément anti-communiste de l’époque. Arbenz a été l’instigateur d'une réforme agraire menaçant notamment la multinationale américaine United Fruit Company, dont Allen Dulles (directeur de la CIA de 1953 à 1961) était actionnaire, qui avait de gros intérêts au Guatemala et faisait pression à des niveaux variés du gouvernement américain pour une action contre Arbenz en réplique à son expropriation. Conflit armé entre 1960 et 1996 Le président Julio César Méndez Montenegro (1966-1970) conduit une brutale répression des organisations de gauche, clandestines depuis le coup d’État. Autour de politiques sont dénombrés entre 1966 et 1968. Arrivé au pouvoir en 1970, le général Carlos Manuel Arana Osorio se déclare déterminé à « transformer, s’il le faut, le pays en cimetière, pour restaurer la paix civile ». Entre 1970 et 1978, sont tuées par le régime militaire. Dès les années 1960, une résistance paysanne se met en place face aux dictatures militaires qui se succèdent. Elle est soutenue par un mouvement de guérilla regroupant des militants de gauche, des officiers rebelles et de nombreux paysans. Marquée par la théologie de la libération et la défense des peuples indigènes, la guérilla s’implante dans des communautés autochtones de la région. Si les liens entre la dictature militaire et les États-Unis sont initialement très forts (les États-Unis contribuent à la formation des officiers de l'armée guatémaltèque et de nombreuses multinationales sont implantées dans le pays), l'administration de Jimmy Carter suspend en 1977 les livraisons d'armes à la dictature (en particulier en raison de la médiatisation du où 150 paysans sont exécutés par l’armée gouvernementale). Israël procure alors au régime des conseillers militaires, des armes et du matériel destiné à la localisation des guérilleros. En 1982, le général Efraín Ríos Montt est à l'origine d'un coup d'État. Peu après son arrivée au pouvoir, il met en place les patrouilles d'autodéfense civiles (PAC), formées de miliciens recrutés de force par l'armée et ayant comme objectif d'éradiquer la guérilla. Le général met en action sa politique de la « terre brûlée » : ainsi, seront complètement rasés, près de seront massacrés ou encore jetés d'hélicoptères dans l'océan Pacifique. fuient vers le Mexique. La guérilla réagit en fondant un mouvement armé, l'URNG (Union révolutionnaire nationale guatémaltèque). Le conflit prend alors des allures de guerre civile (voir conflit armé guatémaltèque) et continue à faire de nombreuses victimes. La Centrale sanitaire suisse, avec bien d'autres ONG internationales, tente d'apporter dans la mesure du possible, une aide médicale. Efraín Ríos Montt est renversé par un autre militaire, Oscar Mejía Víctores, en 1983. En 1985, l'élection du président démocrate-chrétien Vinicio Cerezo remet le pouvoir aux mains des citoyens. Son successeur, Jorge Serrano Elías, fomente un nouveau coup d'État, mais il est finalement destitué peu de temps après et remplacé par Ramiro de León Carpio qui, à ce moment-là, occupait la charge d'ombudsman et qui est nommé par le Parlement pour compléter la période présidentielle de M. Serrano. Cette procédure n'était pas parfaitement constitutionnelle, mais le pays était tombé dans un vide juridique car la Constitution ne prévoyait pas la situation dans laquelle ni le président ni le vice-président (tous les deux s'étant enfuis du pays après l'échec du coup en démissionnant de leurs postes) n'étaient en mesure de prendre en charge la présidence. Rigoberta Menchú reçoit le prix Nobel de la paix en 1992, « en reconnaissance de son travail pour la justice sociale et la réconciliation ethno-culturelle basées sur le respect pour les droits des peuples autochtones ». Accords de paix Le candidat de la droite réformiste Álvaro Arzú devient président en 1996. Le , un accord historique est signé avec la guérilla et le conflit prend fin. L'accord reconnait les Mayas, qui représentent plus de la moitié de la population, comme des citoyens à part entière ; il prévoit une distribution de terres aux petits paysans, une réforme fiscale et la réduction d'un tiers des effectifs des forces armées. La guérilla se transforme en parti politique légal. Malgré une condamnation internationale, les exactions commises par l'armée nationale entre 1960 et 1996 n'ont donné lieu à aucune condamnation des responsables. Des militaires continuent de se livrer à des assassinats de militants d’organisations sociales. L’évêque auxiliaire de la capitale est assassiné en avril 1998, peu après avoir publié un rapport sur le rôle de l'armée dans le conflit. La guerre civile aura fait dont 80 % d'origine indigène et , imputables à la répression policière d’État. La Commission pour l'éclaircissement historique qui entreprend des recherches après la guerre sur les exactions perpétrées attribue 93 % d'entre elles aux troupes gouvernementales et aux paramilitaires qui les appuyaient. Après les accords de paix L’extrême droite retrouve le pouvoir avec l'élection d'Alfonso Portillo (Front républicain guatémaltèque, dirigé par Efraín Ríos Montt). Son mandat débute le . Óscar Berger accède au pouvoir en 2004, à la tête d'un parti conservateur. Son prédécesseur, accusé de détournement de fonds et de blanchiment d'argent au Guatemala, fuit aussitôt le pays. En novembre, à la suite de manifestations d'ex-paramilitaires, le gouvernement accepte de leur verser les indemnisations promises par le régime d'Alfonso Portillo. L'accord de libre-échange du CAFTA entre l'Amérique centrale et les États-Unis entre en vigueur en 2003, suscitant des protestations de la part des organisations paysannes. En 2008, Álvaro Colom prend la tête de l'État face au général Otto Pérez Molina qui sera finalement élu le avec 53,76 % des voix. Affaire de corruption La Línea Le , la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala déclenche une vaste opération anti-corruption et met au jour l'affaire de corruption La Línea, contrebande douanière dans laquelle sont notamment impliqués le président Otto Pérez Molina et la vice-présidente Roxana Baldetti. Le réseau d'entreprises finançant le Parti Patriote a accaparé 450 marchés publics et a déterminé les priorités de plusieurs grandes administrations (tels les ministères des Communications, des Infrastructures et du Logement). Il a ainsi pu mettre en place les programmes et échéances financières qui permettaient d'optimiser la distribution d'argent public aux entreprises qui lui étaient associées. Le président et ses ministres bénéficiant pour leur part de larges rétrocommissions. Ces révélations contribueront à sa démission et au déclenchement de vastes mouvements citoyens de protestation contre la corruption au Guatemala qui s'organisent via les réseaux sociaux et manifestent massivement à partir du . Les manifestants demandent la démission de l'actuel président Otto Pérez Molina et s'opposent à la candidature aux prochaines élections présidentielles de 2015 du candidat Manuel Baldizón soupçonné de corruption et de pratiques totalitaires. Dans les faits, la campagne conduite par le parti qu'il représente s'entache de violences contre ses opposants. La naissance de ces mobilisations grâce aux réseaux sociaux constitue une nouveauté inédite et notable en Amérique latine. Les manifestations s'organisent autour du mot-dièse « Renuncia ya » (démission maintenant) sur Facebook et Twitter qui fédère l'indignation citoyenne. Le , ce sont publics qui sont emprisonnés pour avoir organisé à leur profit le détournement de de dollars au travers de contrats trafiqués avec diverses organisations publiques dont la sécurité sociale du Guatemala. Le , la vice-présidente déchue, Roxana Baldetti, est emprisonnée. Le même jour, le ministère public et la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala accusent le président Otto Pérez Molina d'être le principal responsable du réseau de contrebande. Le , le congrès vote le retrait de l'immunité du président Otto Pérez Molina. Le , celui-ci fait l'objet d'un mandat d'arrêt. Il annonce sa démission dans la nuit du au . Après une première audience, il est placé en détention provisoire dans la prison militaire de Matamoros. En dépit de ces quelques arrestations, le taux d’impunité au Guatemala pour les affaires de corruption s’élèverait à 97 % selon la commission internationale. Politique Le Guatemala est une république présidentielle démocratique. Les élections législatives et présidentielles ont lieu tous les en même temps. Le président est à la fois le chef de l'État et le chef du gouvernement. Le président et les ministres qu'il nomme sont à la tête du pouvoir exécutif. Le pouvoir législatif est monocaméral et est exercé par Congrès de la République comptant . La vie politique est très largement dominée par les partis de droite. En 2013, seuls deux députés sur et cinq maires sur 333 se réclament de gauche. Il peut être difficile de s'exprimer librement. Critiquer le rôle de l’armée ou défendre les droits de l’homme expose souvent à l'accusation de « communisme », qui est considéré très négativement par les institutions et les médias. La Commission internationale sur l’impunité estime que plus de 25 % de l’argent des campagnes électorales provient du crime organisé et du narcotrafic. En 2019, neuf anciens présidents font l'objet de poursuites judiciaires ou de peines d'emprisonnement, principalement en raison du travail de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala. Celle-ci a également fait condamner trois cents hauts responsables politiques et hommes d'affaires. La commission est suspendue en 2019 et son président expulsé lorsqu'elle mit en cause le président en exercice Jimmy Morales. Géographie Le Guatemala est un pays montagneux, sauf le long de côtes où se trouvent des plaines littorales. Le climat est à dominante tropicale, mais davantage tempéré en altitude. La plupart des grandes villes sont situées dans le Sud. Parmi celles-ci, se trouvent Guatemala, Antigua, Quetzaltenango et Escuintla. Le grand lac Izabal est situé près de la côte de la mer des Caraïbes. Données géographiques : Superficie : Densité : Littoral : Altitude minimale : (océans Atlantique et Pacifique) Altitude maximale : (volcan Tajumulco) Les hauts plateaux de l’ouest, qui couvrent quelque 20 % du pays, et contiennent une grande partie des 300 micro-climats du Guatemala. La population est surtout d’ascendance indigène et le mode de vie presque exclusivement agricole. Le taux de malnutrition, qui tourne autour de 65 %, est parmi les plus élevés de l’hémisphère occidental. Frontières terrestres et maritimes Le Guatemala possède de frontières (classé ), dont : au nord-ouest et au nord : avec le Mexique ; au nord-est : avec le Belize. Cette frontière n'est pas encore clairement établie entre les deux pays : elle doit être définie par la Cour internationale de Justice. à l'est: avec le Honduras ; au sud-sud-est : avec le Salvador ; à l'est-nord-est : la mer des Caraïbes ; au sud-sud-ouest : l'océan Pacifique. Subdivisions Le Guatemala est divisé en 22 départements : Alta Verapaz Baja Verapaz Chimaltenango Chiquimula El Petén El Progreso Quiché Escuintla Guatemala Huehuetenango Izabal Jalapa Jutiapa Quetzaltenango Retalhuleu Sacatepéquez San Marcos Santa Rosa Sololá Suchitepéquez Totonicapán Zacapa Villes principales Ciudad de Guatemala Quetzaltenango Escuintla Mazatenango Retalhuleu Puerto Barrios Antigua Cobán Flores Chiquimula Climat Situé entre les et nord, le Guatemala a un régime tropical dans le Petén (à l'ouest du Belize) et dans les plaines côtières, plus larges en bordure de l'Atlantique que le long du Pacifique. Les régions montagneuses couvrent environ la moitié du territoire et bénéficient d'un climat tempéré, variant en fonction de l'altitude. La pluviosité est variable, en raison de la proximité de deux océans, avec une saison sèche bien marquée de novembre à avril. De mai à novembre, des pluies torrentielles s'abattent sur le pays. Milieu naturel Les forêts couvrent en 2019 moins de 30 % du territoire, contre plus de 40 % au début des années 2000. D'après les Nations unies, « la faiblesse des institutions conjuguée à la soif de profits » accroissent « la vulnérabilité socio-environnementale du Guatemala aux impacts du changement climatique et aux catastrophes naturelles ». Le pays doit aussi faire face à la contamination des sols, de l’eau et de l’air, et à la dégradation de la biodiversité. En 2017, la lagune d'Atescatempa disparait, victime du changement climatique. Société Les homosexuels sont sujets à des discriminations et la loi ne leur est pas favorable. En 2018, un projet de loi interdisant spécifiquement le mariage homosexuel est envisagé. Les Églises évangélistes, puissantes dans le pays, promeuvent les thérapies de conversion. Démographie En 2017, la population du Guatemala est de . La majorité des Guatémaltèques vit dans des zones urbaines (56 %) et le reste vit dans des zones rurales. 35,12 % de la population est âgée de 0 à , 58,36 % a entre 15 et et 6,52 % a plus de . La majorité de la population est de sexe féminin (53 %) et 47 % sont des hommes. L'espérance de vie est plus élevée chez les femmes () que chez les hommes (), soit pour l'ensemble de la population, une des plus faibles en Amérique latine. Le taux de pauvreté a augmenté de 53,7 % en 2011 à 60,4 % en 2017. Un peu plus de de personnes vivent dans le département de Guatemala où se trouve la capitale. de Guatémaltèques résident à l'étranger, dont aux États-Unis. Le taux de natalité au Guatemala est le plus élevé en Amérique latine, bien qu'en diminution, étant passé de 30,62 % en 2008 à 20,91 % en 2018. Le taux de mortalité est de 4,8 %. Criminalité Le Guatemala est l'un des pays les plus violents d'Amérique latine, derrière le Mexique et le Venezuela, avec tuées par jour en moyenne. 98 % des meurtres ne font l'objet d'aucune enquête et sont classés « sans suite ». Une composante essentielle de cette violence provient des maras, des gangs qui terrorisent la population et qui ont pour principales activités narcotrafic, rackets, traite des personnes et trafic d'armes. Selon des données de 2020, 90 % de la cocaïne consommée aux États-Unis transite par le Guatemala. Il existe des liens entre le secteur économique et le crime organisé. Celui-ci investit directement dans le pays en achetant des propriétés agricoles, à travers le système bancaire, et en investissant dans toutes sortes d’entreprises. Après la fin de la guerre civile, d'anciens militaires se sont organisés en bandes criminelles pour éviter la mise en place d'une justice transitionnelle effective pour les victimes de crimes de guerre. Menacés par le processus de transition démocratique, ils répondaient par des exécutions de militants politiques ou associatifs. L'exemple le plus notable fut l'assassinat de l’évêque Juan José Gerardi Conedera sur ordre d'un commandant d'une base militaire. Le politiste Edgar Gutierrez souligne que ces groupes « étaient mus par une ambition plus vaste : le contrôle de l’État et de l'économie. La plupart des officiers de renseignement de la dictature militaire sont devenus pendant ces années des infiltrés de la criminalité organisée à proximité ou au sein de l’État. » Groupes ethniques La société guatémaltèque est multiethnique. Historiquement, le pays était habité par les Mayas, mais avec l'arrivée des colonisateurs espagnols, les deux populations ont été mélangées au fil du temps. Un recensement réalisé par les colons espagnols au Guatemala en 1778, révèle qu'à cette époque les trois quarts de la population sont indigènes (où 29 % d'eux parlaient espagnol), suivis par les métis/Mulâtres avec 21 %, une petite minorité de colons espagnols 4 % et 800 marchands anglais et allemands. Au , le Guatemala a été influencé par les immigrants allemands, chinois, arabes et jamaïcaine, de cette façon, la population locale était plus fragmentée dans l'ascendance et marquait plus de différences, en particulier entre des populations auparavant mélangées. Aujourd'hui, Il est difficile de mesurer exactement quel pourcentage de la population est autochtone et qui ne l'est pas. Étant donné que les registres officiels sont basés sur des mesures nationales, où la façon de classer la population maya est de vêtements traditionnels et parlents des langues ethniques, il s'agit clairement d'une position raciste car le gouvernement a poussé la société vers une modernisation obligatoire, où de nombreux autochtones intégrées à la vie urbaine, changeant leurs codes vestimentaires et leurs langues originales, l'identité culturelle indigène est faible, sans tenir compte de la question raciale et génétique de la population autochtones. Sur le plan racial, on estime qu'entre 65 et 70 % de la population guatémaltèque est amérindienne car leur profil génétique et physique est nettement amérindien. Le reste de la population a une plus remarquable composante européenne, africaine ou autre. Bien que la population soit très majoritairement d'origine indigène, la pression culturelle pousse les individus à s'identifier aux « blancs ». Les racines indigènes tendent souvent à être minorées. Métis Métissage avec Allemands Entre le , le Guatemala voit une immigration massive en provenance d'Allemagne. Ces immigrées se mettent à exploiter des terres en fermage, des terres de café, des vignobles, par exemple dans les domaines de Alta Verapaz, Zacapa, Quetzaltenango et Chiquimula. En 1940, il y avait 5 000 Allemands installés au Guatemala, mais la majorité s'était mélangée avec la population locale, en particulier avec les indigènes, mais aussi les métisses et mulâtres, favorisant un nouveau métissage. Bien que la population guatémaltèque soit à 90 % amérindienne ou partiellement amérindienne, on considère que l'ADN allemand est très disséminé dans la population, au point que nombreux habitants de diverses régions (parmi eux aussi des indigènes) peuvent avoir des noms de famille allemands ou un lointain ancêtre allemand. Généralement, les habitants d'origine allemande plus directe bénéficient de privilèges et de statuts, avec une plus grande préférence pour les propriétaires terriens de les placer à des postes de direction. Peuples indigènes La civilisation maya est apparue environ avant l'ère chrétienne. Elle s'est développée dans presque tout le Guatemala. Toutefois, la plupart des villes de l'époque classique de la région de Petén, située dans les plaines du Nord, furent abandonnées vers l'an 1000 après Jésus-Christ. En revanche, les États installés dans les plateaux du centre du pays continuèrent à prospérer jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Les troupes espagnoles menées par Pedro de Alvarado détruisirent et soumirent brutalement ces États entre 1523 et 1524, grâce à leur supériorité technologique et aux antagonismes entre royaumes mayas des Hautes-Terres du Guatemala ; protégé par son relatif isolement dans la jungle du Petén, le dernier État maya, le royaume itzá de Tayasal, ne succomba aux Espagnols qu'après la Deuxième Guerre du Tayasal, en 1697. Les indigènes qui habitaient les hautes terres du Guatemala, comme les Cakchiquesl, les , les Quichés et les Tz'utujils constituent encore une part importante de la population nationale. Langues L'espagnol est la langue officielle, bien qu'elle soit utilisée comme seconde langue par certains groupes ethniques au sein du pays. Il y a vingt langues mayas différentes, elles sont parlées dans les zones rurales. Une langue non-maya amérindienne, le xinca, est également parlé dans le Sud-Est du pays, alors qu'une langue africaine-américaine, le garifuna, est parlé sur la côte de l'Atlantique (Izabal). Les Garifunas, qui descendent d'esclaves importés d'Afrique noire au moment de la colonisation, sont présents le long de la côte atlantique depuis le Sud de la péninsule du Yucatán au Mexique jusqu'au Honduras, en passant par le Guatemala et le Belize. Au Guatemala, l'allemand est aussi parlé par dans certaines parties de Zacapa, et Baja Verapaz ; les Allemands sont arrivés au Guatemala par l'ouverture du président Justo Rufino Barrios en 1885 par le morcellement des lois. Ils ont donné une importance à la culture du café. Ces Allemands sont venus du Sud et certains de l'Ouest de l'Allemagne. Au et au début du , d'autres migrations au Guatemala ont eu lieu : Français, Anglais, Japonais, Italiens. Le Guatemala est le huitième pays d'Amérique latine où est parlé l'anglais. La société suédoise , place le pays à la en Amérique latine dans la connaissance de cette langue. Depuis les accords de paix de décembre 1996, la Constitution est disponible dans les quatre langues les plus parlées après l'espagnol, soit le k'iche', le q'eqchi', le mam et le cakchiquel. De plus, des documents officiels sont traduits dans certaines langues indigènes. Religion La grande majorité de la population est chrétienne. Traditionnellement catholique depuis la colonisation espagnole, le Guatemala a connu comme la plus grande partie de l'Amérique centrale une forte croissance des Églises protestantes, notamment d'origine nord-américaine. Alors que les catholiques étaient 90 % de la population dans les années 1960, ils en sont moins de la moitié au début du . De nombreux éléments des traditions locales ont été introduits dans la pratique catholique pour former ce que l'on appelle maintenant un syncrétisme maya. Avec environ , le Guatemala comprend la plus importante communauté orthodoxe d'Amérique latine. D'autres communautés religieuses comme les musulmans, les Juifs, les mormons, les croyances mayas et les Témoins de Jéhovah sont également présentes. Migrations Émigration Les difficultés d'ordre économique, politique ou climatique ont conduit nombre de Guatémaltèques à émigrer (légalement ou non) vers les pays du Nord, plus riches : Mexique, mais surtout États-Unis et Canada. Ce phénomène a été particulièrement important pendant les années sombres du conflit armé guatémaltèque (1960-1996) mais tend à se stabiliser du fait de la reprise économique du début des années 2010 ainsi que du fait du durcissement des lois sur l'immigration dans des pays tels que le Belize et le Nicaragua. La migration saisonnière pour des raisons économiques des Guatémaltèques vers les zones frontalières du Mexique reste très importante actuellement : à peu près migrent chaque année vers le Yucatán pour prendre des places de domestiques, occuper des emplois dans la construction ou devenir vendeurs d’artisanat. Si les migrations intérieures assurent, en général, la survie, en revanche l’émigration vers l’étranger, en particulier vers les États-Unis, entraîne un saut qualitatif, économique et social, que l’on constate au bout de quelques années de séjour dans le pays. Plus de y résident -surtout en Californie, au Texas, en Floride, à New York, en Arizona et dans l'Illinois- et 60 % sont illégaux. Le chiffre total équivaut à 10 % de la population guatémaltèque et fait des Guatémaltèques le troisième groupe latino-américain aux États-Unis (après les Mexicains et les Honduriens). 94 % des immigrants envoient des fonds pour un montant qui représente 12 % du PIB du Guatemala et dont bénéficie 30 % de la population. Cette immigration est surtout constituée de main d’œuvre peu qualifiée. Immigration Au , il y eut une vague d'immigrants européens, en particulier Allemands, qui possédaient leurs propres exploitations de café et de sucre dans les régions montagneuses du pays, sont également arrivés Espagnols, Français, Italiens, Belges et autres. À la fin du , des immigrants chrétiens orthodoxes de la Terre sainte et du Liban sont arrivés au Guatemala. Au début du , comparée à la vague d'immigrants allemands, une vague, mineure certes mais tout de même présente, d'immigrants russes et grecs est venue au Guatemala. Ces chrétiens orthodoxes se sont imposés avec leurs familles dans leur nouveau pays et ont conservé leur foi et leurs traditions orthodoxe. Dès le début du , on voit arriver des Européens, notamment après la Première Guerre mondiale. Les Allemands constituent alors la majorité des immigrants au Guatemala, et certains sont membres du parti national-socialiste dans les années 1930. Des réfugiés venant de Grèce, de Pologne, de Russie, d'Allemagne et d'autres pays, arrivent après la Seconde Guerre mondiale. Ils s'installent principalement à Cobán et dans les montagnes à la frontière de Chiapas (Mexique). Ils sont à l'origine d'une certaine prospérité économique dans le nord du Guatemala. Les Allemands, qui étaient un millier en 1900, sont environ à la fin la Seconde Guerre mondiale. En 1944, sous la pression des États-Unis, la plupart des descendants allemands sont expropriés et expulsés. Dans le contexte général actuel des migrations, il faut prendre en compte le Guatemala tout à la fois comme un pays d’origine, un pays de transit et un pays d’arrivée ou de destination. En tant que pays de transit, on doit considérer que le Mexique et le Guatemala constituent le corridor de migration le plus grand du monde. On évalue à ou le nombre de personnes qui y transitent, en provenance du Salvador, du Honduras, du Nicaragua, de Colombie, d’Équateur, de Corée et de Chine. Tous sont illégaux et une grande majorité est en transit vers les États-Unis. L'immigration au Guatemala, aujourd'hui, se termine souvent par un retour, qu'il soit choisi ou résulte d'une expulsion. Le retour peut être définitif ou temporaire, selon les expériences vécues et les expectatives futures. Statistiques Lignes de téléphone : (en 2005) Téléphones portables : (en 2005) Postes de radio : (en 2003) Postes de télévision : (en 2003) Utilisateurs d'Internet : (en 2003) Nombre de fournisseurs d'accès internet : 9 (en 2003) Routes : (dont goudronnés) (en 1998) Voies ferrées : Voies navigables : Nombre d'aéroports : 477 (dont 11 avec des pistes goudronnées) (en 2000) Nombre d'homicides : sous la présidence d'Alfonso Portillo (2000-2004) ; en 2004-2007, soit une dizaine par jour, essentiellement par arme à feu. Codes Guatemala a pour codes : GUA, selon la liste des codes pays du CIO ; GCA, selon la liste des codes internationaux des plaques minéralogiques ; GT, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code alpha-2 ; GT, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, code alpha-2 ; GTM, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code alpha-3 ; GTM, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, code alpha-3 ; MG, selon la liste des préfixes des codes OACI des aéroports ; TG, selon la liste des préfixes OACI d'immatriculation des aéronefs. Et aussi : LG, préfixe maintenant inusité, selon la liste des préfixes OACI d'immatriculation des aéronefs. Économie Le Guatemala est la dixième économie en Amérique latine, la première en Amérique centrale et le dans le monde entier. L'agriculture représente un quart du PIB, deux tiers des exportations. Ce secteur occupe aussi la moitié de la population active. Le café, le sucre et les bananes sont les principales exportations du pays. Même si ses récoltes de café ont commencé à décliner au cours de la décennie des années 2010, le Guatemala a confirmé sa place au palmarès des dix plus grands producteurs mondiaux de café. Le secteur s'est renforcé depuis le début des années 2000 grâce à la demande chinoise. L’agrobusiness guatémaltèque est aux mains de quelques dizaines de grandes sociétés nationales ou étrangères. La valeur des produits agricoles exportés chaque année a été multipliée par quatre entre 2000 et 2015 et celle des produits miniers par huit, permettant au Guatemala de bénéficier d'un taux de croissance élevé (3,5 % en 2018). L'agriculture dans le pays est aussi vivrière notamment chez les mayas. Dans les zones rurales moyennes, chaque famille est souvent contrainte d'envoyer un ou plusieurs de ses membres dans les fincas (grandes exploitation agricole comme la United Fruit Company) principalement situés sur les côtes où les terres sont plus fertiles afin de faire survivre la communauté. L'ouragan Mitch, qui frappa le pays en 1998, causa des dégâts, toutefois moins graves que dans les pays voisins. Les biens manufacturés et la construction représentent 20 % du PIB. Le pays est attractif pour les entreprises (notamment de confection) en raison de sa proximité géographique avec les États-Unis, des salaires très bas et des avantages fiscaux considérables. Le secteur des Maquiladoras constitue une part importante du total des exportations du Guatemala. Pourtant, son apport à l’économie de ces pays est contesté ; les matières premières sont importées, les emplois sont précaires et peu rémunérés, et les exonérations d’impôts fragilisent les finances publiques. Elles font aussi l'objet de critiques pour les conditions de travail des employés : insultes et violences physiques, licenciements abusifs (notamment d'ouvrières enceintes), horaires, non-paiement des heures supplémentaires. Selon Lucrecia Bautista, coordinatrice du secteur maquilas du cabinet d'audit Coverco, « les réglementations en matière du droit du travail sont régulièrement violées dans les maquilas et il n'existe aucune volonté politique pour imposer leur application. Face aux infractions, l'inspection du travail fait preuve d'une remarquable mansuétude. Il s'agit de ne pas décourager les investisseurs. » Les syndicalistes sont sujets à des pressions, et parfois à des séquestrations ou assassinats. Dans certains cas, des chefs d'entreprises ont fait appel aux services des maras. Enfin, des listes noires comprenant des noms de syndicalistes ou militants politiques circulent dans les milieux patronaux. La fin de la guerre civile fit disparaitre le plus grand obstacle aux investissements étrangers. Le président Álvaro Arzú mena une politique de modernisation de l'économie et de libéralisation. Le Guatemala est cosignataire, depuis , de l'Accord de libre-échange d'Amérique centrale. Ses principaux fournisseurs sont les États-Unis, loin devant le Mexique, et la Chine. Côté exportations, les premiers partenaires sont les États-Unis, le Salvador et le Honduras. Le tourisme est une industrie forte dans l'économie du Guatemala, et a été de plus en plus depuis 2010, les principaux lieux touristiques étant : Antigua Guatemala, Lac Atitlán, Esquipulas, Tikal, Guatemala Ville, port de San José, Chichicastenango et Quiriguá. En , le pays figure sur la liste française des paradis fiscaux. Le Guatemala présente la fiscalité la plus faible d'Amérique pour les entreprises et les investisseurs étrangers. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), « au Guatemala, le coefficient de Gini – qui mesure les inégalités de revenus – s’élève à 0,63, l'un des plus hauts taux du monde ». Le pays est l'un des seuls du continent américain à ne pas avoir enregistré de diminution de la pauvreté durant la période de cours élevés des matières premières exportées (2000-2015). Au contraire, elle augmente de 7 %, pour atteindre en 2017, 66,7 % des Guatémaltèques, dont 86,6 % des seuls indigènes. Importations et exportations Le Guatemala est l'un des pays exportateurs d'Amérique centrale, environ dans le monde reçoivent les exportations du Guatemala. Les États-Unis sont le principal partenaire commercial du Guatemala, et sont destinataires de 40 % de ses exportations. Les autres grands partenaires commerciaux sont l'Amérique centrale, l'Europe, le Mexique. La part des produits non traditionnels a augmenté, et les produits d'exportation traditionnels (sucre, café, bananes, cardamome, coton, viande) ne représentent plus que le quart du total. À l'inverse, le Guatemala importe principalement du matériel de transport, des appareils ménagers et des produits industriels. Les recettes d'exportation du Guatemala ont atteint de dollars en 2010, les revenus continuent à augmenter à plus de de dollars aujourd'hui. Pauvreté Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, 83 % des Guatémaltèques vivent en 2017 dans la pauvreté ou l’extrême pauvreté. Les premiers à être victimes de la précarité économique sont les enfants. En 2013, d'entre eux souffrent de malnutrition chronique, soit 49,3 % de la classe d’âge, indique l’Unicef. La situation ne s’améliore pas dans les années qui suivent : en 2021, près de 50 % des enfants souffrent de malnutrition chronique, ce qui représente le pire taux d’Amérique latine. Le président conservateur élu en , Otto Pérez Molina, entend restaurer les finances du pays et lutter contre la pauvreté. Pour ce faire, il compte sur l’application d’une des dispositions des accords de paix signés en 1996, au terme de trente-six ans de guerre civile : la justice sociale et la reconnaissance de l’identité des peuples indigènes doivent être encouragées. Otto Pérez Molina souhaite relancer ces accords, en favorisant . Otto Pérez Molina est cependant contraint à la démission pour des faits de corruption en , sans avoir été capable d’améliorer la situation sociale au Guatemala. La vie économique et politique des Guatémaltèques est dominée par les métis et les Blancs. La participation des peuples autochtones dans l'administration et la finance est très minoritaire (moins de 10 %), seulement deux sur dix autochtones reçoivent plus que le salaire minimum, alors que dans la population non autochtone, ce nombre atteint sept personnes. Tourisme Le tourisme est devenu l'un des principaux moteurs de l'économie, il a apporté une valeur de de dollars à l'économie en 2008. Le Guatemala reçoit environ deux millions de touristes annuellement. Au cours des dernières années la hausse du nombre de navires de croisière qui ont visité les ports maritimes guatémaltèques, ont conduit à une augmentation du nombre de visiteurs du pays. Dans son territoire il y a des sites archéologiques mayas fascinants (Tikal dans le Peten, Quiriguá à Izabal, Iximché en Tecpan Chimaltenango et Guatemala) : ainsi, la tombe d'une reine guerrière maya est découverte dans le nord du pays. Le lac Atitlán et Semuc Champey sont des destinations de beautés naturelles. Comme l'est également la ville coloniale d'Antigua Guatemala, qui est reconnu par l'UNESCO comme patrimoine culturel mondial. Il y a un fort intérêt de la communauté internationale pour les sites archéologiques comme la cité de Tikal. Elle fut construite et habitée dans une période où la culture a eu son expression la plus littérale et artistique. Les Mayas de Tikal ont construit beaucoup de temples, un parc de balle, des autels et des stèles en haut et bas relief. Le Guatemala est très populaire pour ses sites archéologiques, villes pré-hispaniques ainsi que des centres touristiques religieux comme la basilique d'Esquipulas et les belles plages de la côtes du Pacifique et de l'Atlantique du Guatemala. Autres destinations touristiques sont les parcs nationaux et autres aires protégées telles que la Réserve de biosphère Maya. Poids et mesures Le Guatemala n'utilise pas le kilo et ses dérivés, mais la livre américaine (environ ). L'essence se mesure en gallons. Culture La culture maya est toujours très présente au Guatemala, tout comme l'influence de la culture des colons espagnols. Ainsi, de nombreuses femmes portent toujours l'habit traditionnel, la , la jupe traditionnelle, et le ouipil, la chemise. Plusieurs ruines mayas sont toujours visibles dans le pays à travers divers sites archéologiques, dont le temple du grand jaguar dans la célèbre cité de Tikal. L'architecture de nombreux bâtiments fut fortement influencée par les Espagnols, notamment dans les villes coloniales telles qu'Antigua. La cuisine guatémaltèque, principalement à base de maïs, est très diversifiée, comprenant des mets, tels que les haricots ou les tamales (papillottes). La découverte et la diffusion de la musique guatémaltèque de la Renaissance et du Baroque par le compositeur et musicologue Dieter Lehnhoff est très importante pour la culture du Guatemala. Danse classique Le principal groupe de danse classique est le , qui a été formé en juillet 1948. Dans les années de la guerre froide, il ne se produisit plus car l'on pensait que ses administrateurs, dont un ressortissant russe, pouvaient être des agents du communisme international. Il a rouvert en 1955 sous la direction de Fabiola Perdomo. De 1962 à 1974 le maître Antonio Crespo a dirigé le Ballet. À ce stade, une génération de danseurs de qualité, comme Christa Mertins, Brenda Arevalo, Ana Elsy Aragon, Richard Devaux, Sonia Juarez, Miguel Cuevas et Gladys Garcia, se lève. L'École nationale de danse et de chorégraphie est la source principale du Ballet national du Guatemala. L'école a vu venir Mayra Rodríguez qui a commencé à danser à un jeune âge et fut découverte par Antonio Crespo. Le Ballet national du Guatemala a été reconnu comme Patrimoine national culturel, en mars 1992. Art Le Guatemala a produit de nombreux artistes indigènes qui suivent des traditions séculaires précolombiennes. Reflétant l'histoire coloniale et post-coloniale du Guatemala, la rencontre avec plusieurs mouvements d'art mondial a produit un bon nombre d'artistes qui ont combiné l'esthétique du primitivisme traditionnel (ou art naïf) avec l'esthétique occidentale, d'Europe ou Amérique du Nord, et d'autres traditions. La Escuela Nacional de Artes Plásticas « Rafael Rodríguez Padilla » est la première école d'art du Guatemala, et plusieurs grands artistes autochtones, également diplômés de cette école, sont dans la collection permanente du Museo Nacional de Arte Moderno de la capitale. Plusieurs artistes guatémaltèques contemporains ont acquis une réputation en dehors du Guatemala : Dagoberto Vásquez, Luis Rolando Ixquiac Xicara, Carlos Mérida, Aníbal López, Roberto González Goyri, et Elmar René Rojas. L’industrie cinématographique est inexistante au Guatemala. Seuls 9 % de la population ont accès aux salles de cinéma. Littérature Le Prix national de littérature du Guatemala est un prix remis une seule fois à un écrivain du pays pour l'ensemble de son travail. Il est décerné chaque année depuis 1988 par le ministère de la Culture et des Sports. Miguel Ángel Asturias a été récompensé par le prix Nobel de littérature en 1967. Parmi ses livres célèbres, l'on peut distinguer Monsieur le Président, roman basé sur le gouvernement de Manuel José Estrada Cabrera. Rigoberta Menchú, récompensée par le prix Nobel de la paix pour la lutte contre l'oppression des peuples indigènes au Guatemala, est célèbre pour ses livres, Rigoberta Menchú et Crossing Borders. Monterrico La ville de est située dans le département de Santa Rosa. Connue pour ses plages de sable volcanique noir et l'afflux annuel de tortues de mer, la ville est aussi une grande station de week-end à la plage pour les habitants de la ville de Guatemala. La ville est de plus en plus populaire auprès des touristes étrangers en grande partie en raison des efforts locaux de conservation des tortues de mer, ainsi que pour l'atmosphère décontractée de la région. Relations internationales Relations russo-guatemaltèques Les premiers contacts au niveau diplomatique entre l'Empire russe et la République du Guatemala se sont produits en 1880, par un échange de lettres entre l'empereur Alexandre II et le président Rufino Barrios. Les relations diplomatiques entre l'URSS et le Guatemala sont établies le , mais ne se développent pas et c'est seulement le que les parties ont échangé des missions diplomatiques. Après l'effondrement de l'Union soviétique, le gouvernement du Guatemala a reconnu le la Russie en tant que successeur légal de l'Union soviétique. En 1995, l'ambassade du Guatemala a été ouverte à Moscou. Depuis 1997, l'ambassadeur de Russie au Costa Rica est également ambassadeur au Guatemala. En , les parties ont signé un accord sur les principes des relations entre la Russie et le Guatemala. En , le vice-président du Guatemala, , a visité la Russie. En , il a signé un accord intergouvernemental sur la coopération commerciale et économique. C'est en qu'a lieu la première visite au Guatemala du président de la Russie. Le président de la fédération de Russie Vladimir Poutine a tenu une série d'entretiens avec le président du Guatemala, Oscar Berger. Le régime sans visas entre la Russie et le Guatemala a commencé à fonctionner le . Relations avec le Mexique Le Guatemala et le Mexique sont deux pays voisins qui partagent une histoire culturelle commune de la civilisation maya et les deux nations ont été colonisées par l'Empire espagnol. En 1821, le Mexique a obtenu son indépendance de l'Espagne et y a administré le Guatemala au cours du premier Empire mexicain. En 1823, l'empire s'est effondré et le Guatemala a rejoint les Provinces-Unies d'Amérique centrale, cependant, la région guatémaltèque de Chiapas a choisi de se séparer du Guatemala et a rejoint le Mexique comme un État. En 1838, l'union s'est dissoute et le Guatemala est devenu une nation indépendante. Les deux pays ont établi des relations diplomatiques en 1838 et les missions diplomatiques furent bientôt ouvertes. En décembre 1958, les deux nations étaient très près de se déclarer la guerre après un incident impliquant la marine guatémaltèque qui a tiré sur des bateaux de pêche au large des côtes mexicaines du Guatemala, tuant trois personnes et en blessant quatorze autres pêcheurs. Peu après les attaques, des relations diplomatiques ont été rompues et les troupes ont été mobilisées à la frontière des deux côtés et des avions de chasse mexicains sont entrés dans l'espace aérien guatémaltèque afin d'attaquer le principal aéroport international du pays. En septembre 1959, par la médiation du Brésil et du Chili, des relations diplomatiques entre le Guatemala et le Mexique ont été rétablies. De 1960 à 1996, le Guatemala est entré dans une guerre civile. Pendant cette période, le Mexique est devenu un refuge pour environ et demandeurs d'asile, la plupart d'entre eux sont des indigènes. Depuis la fin de la guerre civile, les relations entre les deux pays se sont considérablement améliorées et les deux nations travaillent ensemble pour lutter contre le crime, les trafics de stupéfiants, etc. Relations avec Taïwan Taïwan est un des plus grands partenaires du Guatemala, derrière le Honduras, le Mexique, l'Allemagne et les États-Unis. Le Guatemala, avec les autres pays d'Amérique centrale, signe un Accord de complémentarité économique avec Taïwan, le . Pendant une visite du vice-président du Guatemala à Taïwan en , les représentants des deux parties sont convenus d'entamer des négociations sur un accord de libre-échange, en utilisant comme base le texte de l'accord Panama-Taïwan. Les négociations ont eu lieu en quatre rounds. Le , le Guatemala et Taïwan signent un accord de libre-échange. Le traité se compose de six parties : aspects généraux ; le commerce des marchandises ; barrières commerciales ; investissement, les services et les questions connexes ; droits de propriété intellectuelle ; et les dispositions administratives et institutionnelles. Les exportations vers l'île étaient de l'ordre de de dollars, soit une baisse de 5,3 % par rapport au premier semestre 2007. Les principaux produits exportés sont : les déchets et débris métalliques de dollars américains ; café de dollars ; sucre de dollars ; tabac brut de dollars. Dans le même temps, les importations ont augmenté de 15,4 % pour un montant total de de dollars. D'où une balance commerciale déficitaire de de dollars. En 2010, Taïwan a commencé un total de d'investissement au Guatemala avec un total de de dollars investis. Le ministre des Affaires étrangères de la Taïwan, Javier Ho, a déclaré jeudi , que le gouvernement de Taïwan soutenait la coopération économique avec le Guatemala, en fournissant un soutien aux entrepreneurs nationaux dans leurs efforts vers cet objectif. Relations avec Israël Le Guatemala compte parmi les premiers pays a reconnaître l’existence d’un « État juif » en territoire palestinien, le , notamment grâce à l'action du diplomate progressiste Jorge García Granados. Pendant la guerre civile guatémaltèque, Israël apporte son appui à la dictature militaire. L’assistance militaire israélienne au Guatemala commence officiellement en 1971. Dès 1975, sont fournis à la dictature des avions Aravaet et divers types d’armements – canons, armes individuelles –. Effectuant « un travail fantastique », d’après le général Benedicto Lucas, des dizaines de conseillers militaires israéliens épaulent le service de renseignements guatémaltèque, le G-2, et mettent en place un système informatique qui permet le fichage systématique de 80 % de la population. Lors du vote de l'ONU du , concernant l'adhésion de la Palestine comme membre observateur, le Guatemala s'est abstenu. Le , le Guatemala reconnaît la Palestine. Le , le Guatemala s'aligne sur la décision prise dans les semaines précédentes par les États-Unis et annonce qu’il a l'intention de déplacer à Jérusalem son ambassade en Israël. Voir aussi Articles connexes Triangle du Nord Séisme de 1976 au Guatemala Séisme de 2012 au Guatemala Instituto de ciencia y tecnología agrícolas Opération PBFortune Liens externes Site officiel du gouvernement du Guatemala Notes et références The 2000 U.S. Census recorded 480,665 Guatemalan-born respondents ; see Smith (2006). . Capitale et pays au nom identique
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Guido%20van%20Rossum
Guido van Rossum
Guido van Rossum, né le à Haarlem aux Pays-Bas, est un développeur connu pour être le créateur et leader du projet du langage de programmation Python. Au sein de la communauté pythonienne, il est, jusqu’en , un Benevolent Dictator for Life « dictateur bienveillant à vie », ce qui signifie qu'il suit le développement de Python et arbitre lorsque la situation le requiert. Il est également l'auteur du navigateur web Grail entièrement programmé en Python ; il n'a pas été actualisé depuis 1999. Le nom fait référence au film Monty Python and the Holy Grail. Biographie Guido van Rossum a fait ses études au Centre de mathématiques de l’université d'Amsterdam, obtenant son master en 1982. Il fit partie des développeurs du langage ABC. En 2002, il a reçu le prix du logiciel libre 2001 décerné par la FSF, lors de la FOSDEM de Bruxelles, pour récompenser son travail. Fin 2005, il a été engagé par Google pour travailler sur Python. En , il quitte Google pour rejoindre Dropbox à partir du . Le , il annonce son retrait en tant que Benevolent Dictator for Life du projet Python, invoquant les difficultés à faire aboutir la proposition d'amélioration de Python (PEP) 572 et le peu de considération ressentie pour ses décisions. Il restera néanmoins actif en tant que développeur/mentor sur le projet. En , il quitte Dropbox et prend sa retraite. L'entreprise le remercie pour ses travaux par le biais d'un billet où elle explique l'impact de van Rossum sur la culture de l'entreprise et la formation de ses ingénieurs. En , il rejoint Microsoft. Voir aussi Articles connexes Python Zen de Python Liens externes Page personnelle de Guido Blog de Guido Site du navigateur Grail Références Rossum, Guido Van Rossum, Guido Van Personnalité de Google Rossum, Guido Van Personnalité en langages de programmation Naissance en janvier 1956 Naissance à Haarlem Étudiant de l'université d'Amsterdam
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Grammaire
Grammaire
La grammaire est l'étude systématique des éléments constitutifs d'une langue. Par extension, on nomme aussi grammaire un manuel ou un ensemble de documents décrivant des règles grammaticales. Grammaire prescriptive (normative) et descriptive La grammaire étudie les règles qui régissent une langue donnée et permettent de construire des énoncés reconnus corrects par les locuteurs natifs de cette langue. La grammaire descriptive décrit comment la langue est, sans y porter jugement. La grammaire prescriptive juge un énoncé comme correct ou incorrect selon un standard. La grammaire normative est enseignée à l'école primaire et secondaire. Le terme "école de grammaire" se réfère historiquement à une école (attachée à une cathédrale ou un monastère) qui enseigne la grammaire latine aux futurs prêtres et moines. Dans sa forme la plus ancienne, "école de grammaire" faisait référence à une école qui a enseigné aux élèves comment lire, numériser, interpréter et déclamer des poètes grecs et latins (dont Homère, Virgile, Euripide et d'autres). Ceux-ci ne doivent pas être confondus, bien que distinct, avec les écoles britanniques modernes. Une langue standard est le dialecte qui est promu au-dessus des autres dialectes dans l'écriture, l'éducation et, d'une manière générale, dans la sphère publique ; il contraste avec les dialectes vernaculaires, qui peuvent faire l'objet d'études en linguistique descriptive académique, mais qui sont rarement enseignés de façon normative. La "première langue" normalisée enseignée dans l'enseignement primaire peut être sujet à controverse politique, car il peut parfois établir une norme définissant la nationalité ou l'origine ethnique. Depuis les années 2000 et les avancées en linguistique, des efforts ont commencé pour mettre à jour l'enseignement de la grammaire dans le primaire et le secondaire (voir « grammaire rénovée ») . L'objectif principal est d'empêcher l'utilisation de règles prescriptives obsolètes en faveur de l'établissement de normes construites sur des recherches descriptives antérieures et de changer les perceptions concernant la «justesse » relative des formes standard prescrites par rapport aux dialectes non standard. La prééminence du français parisien a largement régné dans l'histoire de la littérature française moderne. L'italien standard n'est pas fondé sur le discours de la capitale, Rome, mais sur le discours de Florence en raison de l'influence florentine sur la première littérature italienne. De même, l'espagnol standard n'est pas fondé sur le discours de Madrid, mais sur celui de locuteurs instruits des régions plus septentrionales telles que la Castille et León (voir Gramática de la lengua castellana). En Argentine et en Uruguay, la norme espagnole repose sur les dialectes locaux de Buenos Aires et de Montevideo (Espagnol Rioplatense). Le portugais a, pour l'instant, deux normes officielles, respectivement le portugais brésilien et le portugais européen. Disciplines La grammaire comporte plusieurs disciplines qui étudient : les sons et leur prononciation : phonétique ; phonologie ; orthophonie. les mots : morphologie ; orthoépie ; orthographe. les phrases et propositions : syntaxe. Grammaire formelle La linguistique et l'informatique utilisent la notion de grammaire formelle, qui précise les règles de syntaxe d'un langage. Grammaire historique La grammaire historique décrit et compare les états d'une même langue à des époques différentes. Elle étudie une langue dans son développement, marqué par une suite de changements et transformations linguistiques. Grammaire comparée La grammaire comparée étudie et compare différentes langues dérivées d'une langue originale commune ou étudie et compare deux ou plusieurs langues non nécessairement issues d'une langue commune. Notons que par exemple, les langues romanes remontent jusqu'au latin, les langues indo-européennes jusqu'au grec et au sanskrit. Par ailleurs, pendant plusieurs décennies, dans de nombreux pays, l'on enseignait une langue étrangère en la comparant avec la langue maternelle des apprenants. Cette méthode a été remplacée par la méthode communicative jugée plus efficace. Grammaire générale La grammaire générale est le nom ancien de la linguistique générale qui étudie les lois les plus générales du langage, éclairées par les lois de la physique, de la physiologie, de la psychologie, de la sociologie. Philologie L'étude de la philologie intègre les différentes formes de grammaires énumérées ci-dessus, et les dépasse dans l'étude plus large des rapports de la langue à l'intelligence humaine. Notes et références Voir aussi Articles connexes Syntaxe Grammaire formelle Grammaire générative et transformationnelle Grammaire universelle Grammaire hors-contexte (linguistique et en informatique) Règles linguistiques Liens externes
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Ghana
Ghana
Le Ghana, en forme longue la république du Ghana (), est un pays d'Afrique occidentale situé au bord du Golfe de Guinée. Les pays limitrophes du Ghana sont la Côte d'Ivoire à l'ouest, le Burkina Faso au nord et le Togo à l'est. Sa capitale est la ville d'Accra et ses habitants sont les Ghanéens. Le pays fait partie de la CEDEAO. La langue officielle est l'anglais et la monnaie est le cedi. Le Ghana est membre associé de l’Organisation internationale de la francophonie depuis 2006 et accorde une place toujours plus importante au français. Le Ghana moderne n'a pas de liens géographiques ou historiques directs avec l'Empire du Ghana. Le Ghana moderne, ancienne Côte-de-l'Or, a été renommé en hommage l'Empire du Ghana par Kwame Nkrumah au moment de l'indépendance. Le nom colonial de Côte-de-l'Or vient des très nombreuses mines d'or du pays qui, avant d'être exploitées par les colons britanniques, allemands, hollandais et français, étaient abondamment utilisées par l'ethnie ashanti, qui garde la tradition de bijoux en or, tradition qui s'est propagée aussi chez l'ethnie voisine abron. L'un des principaux hommes politiques du Ghana fut le panafricaniste Kwame Nkrumah (1909-1972). De 1966 à 1980, de nombreux coups d'État ont rendu le pays particulièrement instable, jusqu'à la prise du pouvoir par Jerry Rawlings qui fit voter une nouvelle constitution en 1992. Élu à deux reprises par la suite, il a pacifiquement cédé le pouvoir à son opposant John Kufuor en 2000. Depuis cette date, les alternances entre les deux principaux partis politiques, le NDC et le NPP, sont régulières et pacifiques, dont celle de 2016, qui voit la victoire de Nana Akufo-Addo contre le président sortant John Dramani Mahama. Histoire L'histoire de la partie de l'Afrique qui deviendra le Ghana d'aujourd'hui est relativement mal connue avant 1500. Les recherches archéologiques ont montré que l'occupation humaine y est très ancienne aussi bien sur la côte qu'à l'intérieur des terres. Des recherches récentes ont mis en évidence, dans la zone forestière, la présence de sites d'habitat entourés de profonds fossés datant d'entre le . Ce type de site, que l'on connaît par ailleurs de la Côte d'Ivoire au Nigeria, témoigne de l'existence d'une civilisation sédentaire maîtrisant la métallurgie du fer, vivant probablement de la culture de l'igname et de l'exploitation du palmier à huile, et particulièrement bien adaptée à l'environnement forestier. Ces sites furent brutalement abandonnés au . La peste noire et ses conséquences dévastatrices sur la démographie, bien connues en Europe et en Afrique du Nord à la même époque et dont l'étude en Afrique subsaharienne reste à réaliser, pourraient être à l'origine de ces bouleversements à grande échelle. Près d'un siècle et demi plus tard, c'est donc une société bien différente, et sans doute encore marquée par le chaos qui a frappé les générations précédentes, qui accueille les premiers navires portugais. Ceux-ci ont atteint cette partie de la côte pour la première fois en 1471. Ils y ont trouvé de l'or à échanger contre des biens manufacturés provenant d'Europe et ont donc baptisé cette portion de côte, Côte de l'Or (Costa do Ouro) ou Côte de la Mine (Costa da Mina). Pour protéger ce commerce de l'or des marchands interlopes venus d'autres nations européennes, ils construisent en 1482 une forteresse imposante, Saint-Georges-de-la-Mine (São Jorge da Mina) dans le village d'Edina (Elmina). Cette forteresse demeura le quartier général des Portugais jusqu'en 1637, date à laquelle les Hollandais les en délogèrent, s'affirmant ainsi comme la puissance européenne dominante sur la Côte. Ils le demeurèrent jusque dans les années 1870, lorsqu'ils cédèrent leurs possessions aux Anglais. Ces derniers se lancèrent alors dans la colonisation de territoires situés à l'intérieur des terres, et notamment de l'Ashanti (Asante). La présence de marchands puis de soldats et de missionnaires européens sur la Côte de l'Or ne doit pas masquer l'histoire complexe des entités politiques africaines, dont ils n'étaient que les hôtes. Du , de nombreuses entités se développent, négocient, s'allient et s'affrontent pour dominer les échanges et assurer leur domination politique. Cette histoire est marquée par une grande diversité et inventivité de constructions sociopolitiques. Le commerce de l'or, puis des esclaves, qui le dépasse en volume à partir du tournant du , ont fait l'objet de nombreuses monographies, dont certaines en français. Le Ghana fut une colonie britannique sous le nom de Gold Coast (Côte de l'Or), avec un vicariat apostolique du même nom confié aux missionnaires de Lyon. Après la Première Guerre mondiale, la Gold Coast s'agrandit d'une partie du Togoland allemand. L'autre partie fut confiée à la France déjà présente au Dahomey (Bénin), et formera le Togo contemporain. Kwame Nkrumah (1909-1972) fut l'homme politique qui mena le Ghana vers l'indépendance. Dans ce but, il appela au boycott et à la désobéissance civile, ce qui lui valut d'être emprisonné par les autorités britanniques de 1948 à 1951. Cette même année, les autorités britanniques organisèrent des élections législatives qui furent remportées par le CPP. Nkrumah, libéré, fut alors nommé Premier ministre et collabora étroitement avec les autorités britanniques. Se basant sur la politique d’« Africanisation de l’administration, de panafricanisme », il décida de développer les infrastructures de son pays grâce aux excédents de l’Office de commercialisation du cacao. Ainsi, le domaine de l’éducation et celui de la santé enregistrèrent de véritables progrès. Après les élections législatives de 1956, le CPP remporta les trois quarts des sièges. Nkrumah, fort de son succès, obligea alors le Royaume-Uni à concéder l’indépendance, qui fut proclamée le . La Côte-de-l'Or devint ainsi la première colonie à obtenir son indépendance après le Soudan (1956). Le jour même de l’indépendance, Nkrumah décida d’abandonner le nom colonial du pays au profit de l'actuel, en référence à l'Empire du Ghana. En outre, contrairement à la Gold Coast (Côte de l'Or), ce nom n'est plus de nature à être traduit différemment en fonction des langues étrangères. Tout en demeurant dans le Commonwealth, le Ghana devint, le , une république. Le pays tente après son indépendance de diversifier son économie et de réduire sa dépendance extérieure avec le développement d'une industrie lourde. Une série de grands projets est lancée, tels que le barrage de la Volta pour produire de l'électricité afin de soutenir les nouvelles industries. Un port en eau profonde est construit à Tema notamment afin de développer un programme d'exportation de l'aluminium. En politique extérieure, le Ghana est à l'initiative de conférences à visées panafricanistes, réunissant tant des délégations d’États indépendants que d'organisations anticolonialistes. Un premier pas vers une réalisation concrète du panafricanisme est tenté en formant à partir de une union avec la Guinée, rejointe en par le Mali. Cette union restera toutefois plus théorique que fonctionnelle : si les trois États tendent à s’entraider économiquement, aucune unité politique n'est réalisée. Le Ghana tente par ailleurs d'envoyer une force militaire soutenir le premier ministre congolais Patrice Lumumba, alors confronté à des tentatives séparatistes soutenues par la Belgique, et qui sera finalement assassiné. Ces initiatives valent à Nkrumah l'hostilité des pays occidentaux (la CIA indique que « Nkrumah faisait plus pour saper nos intérêts qu'aucun autre Noir africain ») mais également de certains dirigeants africains qui l'accusent, à travers ses projets panafricanistes, de vouloir propager le communisme en Afrique. Il est renversé le , alors qu'il est en voyage en Chine, par un coup d’État militaire. Élu en 2000 à la suite de Jerry Rawlings, John Kufuor, membre du Nouveau Parti patriotique avait été réélu pour un second mandat en décembre 2004. Le , au terme d'une élection présidentielle très disputée et unanimement saluée pour son caractère démocratique , le candidat du Congrès démocratique national (Ghana), John Atta Mills, devient le nouveau président du pays. La passation de pouvoir s'est déroulée le . À la suite du décès du président en exercice le , le vice-président John Dramani Mahama lui succède à la tête de l’État. Depuis 2017, Nana Akufo-Addo est président de la République. Politique Le Ghana fait partie du Commonwealth. Subdivisions Le Ghana est divisé en dix régions, elles-mêmes subdivisées en districts (216 au total). Les régions du Ghana sont (chef-lieux entre parenthèses) : la région Ashanti (Kumasi) ; la région de Brong Ahafo (Sunyani) ; la région Centrale (Cape Coast) ; la région du Haut Ghana oriental (Bolgatanga) ; la région du Grand Accra (Accra) ; la région du Nord (Tamale) ; la région Occidentale (Sékondi) ; la région Orientale (Koforidua) la région du Haut Ghana occidental (Wa) ; la région de la Volta (Ho). Géographie Le Ghana est situé sur le golfe de Guinée, juste au nord de l'équateur. Il partage des frontières avec la Côte d'Ivoire à l'ouest, le Togo à l'est et le Burkina Faso au nord. Le pays est constitué de denses forêts tropicales au sud et de savane au nord. Le climat tropical est pluvieux, essentiellement en mai-juin (grande saison des pluies ou hivernage). La Volta Noire, la Volta Blanche ainsi que les rivières Oti (voir Pendjari) et Daka se rencontrent au Ghana pour former le lac Volta. Le Barrage d'Akosombo, situé au sud du lac, produit beaucoup d'énergie pour le pays. Environnement Savane soudanienne occidentale Avec la plateforme Ecosia, le Ghana est engagé dans la plantation d'arbres, notamment les arbres de karité. Économie Comme nombre de pays africains, le Ghana est riche en matières premières, notamment en minerais et en pétrole. Son économie demeure cependant essentiellement basée sur l'agriculture. Le Ghana a longtemps été le premier producteur mondial de cacao (plus de 1,6 million d'hectares de plantations villageoises) avant d'être largement dépassé par son voisin la Côte d'Ivoire, qui représente aujourd'hui une récolte de plus du double. Au cours des six premières années de la décennie des années 2010, ce dernier s'est toujours maintenu comme le deuxième producteur mondial de cacao, derrière la Côte d'Ivoire, le premier d'Afrique et du monde, tous deux restant les deux premiers exportateurs dans le monde. L'industrie y est plus développée que dans le reste des pays de l'Afrique de l'Ouest. Par ailleurs, après la découverte du vaste champ pétrolier du Jubilee (champ pétrolifère), le Ghana s'est lancé en 2010 dans la production de pétrole, qui est devenu en 2012 son second poste d'exportation après l'or, avec une production totale de par jour, attendue en hausse. Environ 10 % de la population ghanéenne dépend de la pêche. Le secteur est cependant menacé : le nombre de poissons pêchés au large du pays a diminué de près de moitié en quinze ans, passant de en 1999 à en 2014. En cause, les pratiques des bateaux-usines étrangers, qui dévastent les fonds marins, et certaines techniques de pêche artisanale, telles qu’illuminer les eaux pendant la nuit pour attirer les poissons et les empoisonner avec des produits chimiques, ou les tuer avec de la dynamite. La réduction continuelle des stocks de poisson menace la sécurité alimentaire du pays et réduit le nombre d'emplois. Monnaie La monnaie officielle du Ghana est le cedi depuis 1965. Un cedi est lui-même décomposé en 100 pesewas. Le , le Ghana change de monnaie. Le nouveau cedi ghanéen vaut alors anciens cedis. Juste après ce changement, 1,4 cedi équivalait à un euro. En 2012, environ 2,4 cedis sont équivalents à un euro. En septembre 2015, il faut environ 4 cedis pour un euro, mais la monnaie n'est plus négociable. En ce taux dépasse 6 contre 1. Éducation L'éducation nationale ghanéenne est dispensée en langue anglaise. Elle est obligatoire et gratuite jusqu'à l'âge de . L'année scolaire dure généralement du mois d'août à celui de mai. Le cycle éducatif ghanéen est divisé en trois parties : l'éducation de base, le cycle secondaire et le cycle tertiaire. L'éducation de base (scolarité obligatoire et gratuite) débute dès l'âge de , et dure . Elle est divisée en maternelle (), primaire (2 modules de ) et "Junior High school" équivalent du collège (). La fin de ce cycle est sanctionné par un examen : le "" (BECE - Examen de certification de l'éducation de base). Il permet d'accéder au cycle secondaire, qui peut être général au sein d'un "Senior High School" (équivalent du lycée) ou professionnel et technique au sein de lycées techniques ("technical Senior High School"), d'instituts de formation professionnelle et technique, ou d'établissements privés. Le cycle secondaire général est sanctionné par un examen : le "" (WASSECE - Examen ouest-africain de certification du cycle d'éducation secondaire). Le cycle tertiaire, ou enseignement supérieur, se divise entre études universitaires (cycle de , sanctionné par un Bachelor, qui peut être suivi d'un master d'une à deux années, puis d'un doctorat) et enseignement Polytechnique, en ce qui concerne la formation professionnelle et technique (cycle de deux à trois ans). Démographie D'après le recensement de 2010, la population du Ghana est estimée à . Environ 51 % de la population réside en milieu urbain. Les principaux groupes ethniques sont les Akans (47,5 %), les Mole-Dagbani (16,6 %), les Ewes (13,9 %) et les Ga-Dangme (7,4 %). Langues Selon le recensement ghanéen de 2010, le Ghana compte 67,1 % d’anglophones dans sa population. Ce chiffre comprend les personnes sachant lire et écrire l'anglais, ce qui montre que la population du Ghana a globalement une bonne connaissance de cette langue occidentale. L'asante twi, l’une des principales langues nationales, est, quant à elle, parlée entre 16 et 47,5 % de la population. Il existe par ailleurs neuf langues nationales ainsi que 81 langues africaines au Ghana selon SIL International. Le Ghana est en outre un État anglophone « enclavé » entre des États francophones (Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Togo) et entretient de ce fait de nombreuses relations avec ceux-ci, d'où la volonté des autorités depuis ces dernières années de faire connaître le français aux Ghanéens. Le Ghana est un État associé de l'Organisation internationale de la francophonie. Religions D'après le recensement de 2010, les chrétiens représentent 71,2 % de la population tandis que les musulmans représentent 17,6 % et les religions traditionnelles africaines 5,2 %. Les personnes n'ayant pas de religion représentent 5,3 % de la population. . Le , lors d’une cérémonie œcuménique et interreligieuse, le Ghana s'est consacré, pour la seconde fois, au Sacré-Cœur de Jésus. Le Saint-Siège et le Ghana ont ainsi célébré les quarante ans de leurs relations. Un consensus autour de la foi semble unir le pays, l’idée d’athéisme semble inacceptable et même inconcevable. Culture L'une des contributions culturelles les plus visibles (et des plus commercialisables) du Ghana moderne est le kente, largement reconnu et apprécié pour ses couleurs et son symbolisme. Le kente est fait par les tisserands ghanéens consommés, et les centres de tissage importants à Kumasi et autour (Bonwire est connu comme l’endroit où l’on fabrique le vrai kente, bien que des secteurs de Région de la Volta prétendent aussi à l’appellation) abondent en tisserands qui lancent ici et là leurs navettes en fabriquant de longues bandes de kente. Ces bandes peuvent être alors cousues ensemble pour former de grandes pièces qui sont portées par quelques Ghanéens (les chefs surtout) et achetées par les touristes à Accra et à Kumasi. Les couleurs et les modèles du kente sont soigneusement choisis par le tisserand et celui qui le portera. Chaque symbole tissé dans le tissu a un sens spécial dans la culture ghanéenne. Le kente est un des symboles du système hiérarchisé du Ghana, qui reste fort dans le sud et les régions centrales du pays, particulièrement dans les zones peuplées par les membres de la tribu Ashanti, culturellement et politiquement dominante. Son roi, l’Asantehene, est peut-être la personne la plus révérée dans la partie centrale du pays. Comme les autres chefs ghanéens, il porte un kente éclatant de couleurs, des bracelets en or, des anneaux et des gris-gris, et il se fait toujours accompagner de nombreux parapluies très ornés (qui sont également un symbole du titre de chef). Le symbole le plus sacré des gens de Ashanti est le trône royal Ashanti, le « tabouret doré », où résident les esprits des ancêtres selon les croyances animistes locales. Il est soigneusement gardé à Kumasi, capitale culturelle des gens d’Ashanti et siège du palais de l’Asantehene. Bien que le titre de chef à travers le Ghana ait été affaibli par des allégations de corruption et de coopération avec l'oppression coloniale, il reste une institution très vivante au Ghana. Les cercueils personnalisés, inventés dans les années 1950, sont également ambassadeurs de la culture ghanéenne contemporaine. Ataa Oko, Paa Joe, Kudjoe Affutu et Eric Adjetey Anang, qui dirige à Teshie l'atelier Kane Kwei (du nom de son grand-père qui le premier présenta ces œuvres en dehors du pays) font partie des artistes ghanéens les plus reconnus à l'étranger. Ils sont auteurs, par exemple, d'un cercueil poule, réalisé par Ataa Oko 2006 dans la Collection du Kunstmuseum Berne, ou d'un cercueil en forme de Centre Pompidou par Kudjoe Affutu 2010 dans la collection de Saâdane Afif, ou d'un autre en forme de réfrigérateur, pour l'exposition La carte d'après nature, NMNM de Monte Carlo dans la collection de Thomas Demand. Un cinéma ghanéen se développe après l'indépendance avec des réalisateurs comme Kwaw Ansah (dont le premier succès est Love Brewed in the African Pot, 1980) ou John Akomfrak. Dans le sud du pays, de nombreux habitants ont des noms d'origine portugaise, car le sud du pays eut de nombreux comptoirs portugais et a connu la colonisation. Cependant, avec l'évolution économique du pays, de nombreux habitants du sud se sont déplacés dans les autres régions du pays, où l'on retrouve donc ces noms. Les pays voisins connaissent la même situation, car ils eurent aussi une période de colonisation portugaise, surtout sur la côte du golfe de Guinée. Santé 70% de la population ghanéenne utilise la médecine traditionnelle pour leurs besoins de santé. Les guérisseurs traditionnels transmettent leur savoir de génération en génération en apprenant des recettes à base de plantes de leurs ancêtres, tandis que leurs collègues de la médecine moderne suivent sept ans de formation pratique et théorique pour maîtriser cette science humaine. Certaines circonstances ont poussé les autorités à dépendre de l'extérieur pour l'approvisionnement en médicaments essentiels, et l'utilisation de la médecine traditionnelle est dû à une pénurie d'agents de santé. En 2020, le gouvernement a lancé des drones autonomes dans les zones rurales du Ghana pour transporter des échantillons de test COVID-19 dans le but de répondre à la pandémie et de sauver des vies plus rapidement. Le mercredi 24 février 2021, Ghana a reçu sa première dose de vaccins gratuits contre le Covid-19 de l'Initiative Covax pour les pauvres. Sport En football le Ghana, lors de la Coupe du monde de football 2010, atteint les quarts de finale ; il est opposé à l'Uruguay qui l'emporte aux tirs au but. Tourisme La côte, dite la Côte de l'Or (en anglais ), possède les plus anciens forts occidentaux du continent, bâtis à partir de la fin du par les Portugais. Le Fort de Cape Coast est devenu l’un des lieux de mémoire importants de la traite négrière, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Le parc national de Mole, au nord, est la plus grande réserve naturelle du pays, pour les amateurs de safaris à pied ou en voiture. La culture ghanéenne est riche en festivals de toutes sortes, particulièrement au moment des Fêtes de l’Indépendance, le , mais aussi tout au long de l’année. Fêtes et jours fériés , jour de l'Indépendance (Independence Day). , fête de la République (Republic Day). , jour des Fondateurs (), anniversaire du premier président du Ghana, Kwame Nkrumah. , Noël (Bronya). Notes et références Voir aussi Bibliographie Pierre Cappelaere, Ghana: les chemins de la démocratie, Paris, L'Harmattan 2007. Kwame Nkrumah, L'Afrique doit s'unir, Présence africaine, Paris, Dakar. Documentaires Business dans la brousse, de Nicolas Cotto, France 5, 2018 Articles connexes Histoire du Ghana Histoire de la Côte-de-l'Or pendant la Seconde Guerre mondiale Politique au Ghana Kofi Annan Forces armées du Ghana Droits LGBT au Ghana Liens externes Portail officiel du gouvernement du Ghana Parlement du Ghana Chiffres clefs et actualités du Ghana sur Afrique Eco , Le Dessous des cartes. Afrique de l'Ouest
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaule
Gaule
La Gaule (en latin : Gallia) était une région de l'Europe de l'Ouest peuplée majoritairement par les Celtes, les Belges, les Aquitains, les Ligures et les Ibères correspondant actuellement à la France, le Luxembourg, la Belgique, la majeure partie de la Suisse, le nord de l'Italie, ainsi que des régions des Pays-Bas et d'Allemagne situées sur la rive ouest du Rhin. Archéologiquement, les Gaulois étaient porteurs des cultures de Hallstatt (en partie) et de la Tène, qui s'étendaient à travers toute la Gaule, ainsi qu'à l'est de la Rhérie, le Norique, la Pannonie et le sud-ouest de la Germanie du au La Gaule tomba sous domination romaine au cours d'une période allant du au : la Gaule Cisalpine fut conquise en -203 et la Gaule narbonnaise en -123. La Gaule fut envahie après -120 par les Cimbres et les Teutons, qui furent à leur tour vaincus par les Romains en -103. Jules César conquit finalement les parties restantes de la Gaule (qu'il considère comme divisée en trois parties : Gallia Celtica, Belgica et Aquitania) dans ses campagnes de -58 à -51. Quant à l'Aquitaine césarienne, elle se différencie du reste de la Gaule par son assise linguistique basque-aquitaine. La Gaule romaine a duré cinq siècles, jusqu'à ce que le dernier État croupion romain, le domaine de Soissons, ne tombe aux mains des Francs en 486. Alors que les Gaulois celtiques avaient perdu leurs identités et leurs langues originelles durant l'Antiquité tardive, devenant amalgamés en une culture gallo-romaine, Gallia est resté le nom conventionnel du territoire tout au long du haut Moyen Âge, jusqu'à ce que la Gaule acquière une nouvelle identité en tant que royaume de France capétien dans la haute période médiévale. Gallia reste un nom de la France dans le grec moderne (Γαλλία) et le latin moderne (à côté des alternatives Francia et Francogallia). Étymologie Les auteurs latins utilisent déjà le nom de Gallia (« Gaule ») et celui de Galli (« Gaulois »), pluriel de Gallus, pour désigner les Celtes installés en Gaule et en Galatie occidentale, « Γαλατία » en grec. Le nom de Gallia est attesté pour la première fois chez Porcius Caton vers 168 av. J.-C., mais son emploi est très probablement beaucoup plus ancien. Il servait d'abord à désigner les peuples celtes qui avaient colonisé la plaine du Pô nommée par la suite Gaule cisalpine. Cependant, c'est seulement avec les Commentaires sur la Guerre des Gaules, de Jules César, que ces concepts vont se diffuser largement, le proconsul romain taillant dans la civilisation celtique une unité géographique arbitraire correspondant aux limites de sa conquête de la Gaule. Au Moyen Âge, l'historien Richer de Reims donne une étymologie pittoresque au nom propre Gaule dans ses Historiae : . On ne connaît pas avec certitude l'étymologie du terme latin Gallia, mais il pourrait être lui-même un emprunt au celtique. Peut-être s'agit-il d'un type *galiā, d'un radical *gal-, qui devait désigner la force, terme restitué d'après le vieil irlandais gal « fureur guerrière », également radical du gallois gallu « pouvoir », breton galloud, de même sens. Les Galli seraient donc « les forts », « les puissants » ou « les furieux ». Le radical *gal- ou *gali- serait en outre à l'origine des mots français jaillir (< bas latin *galire) et gaillard. Ce n'est qu'à la Renaissance que le nom latin Gallus est associé par analogie chez les érudits à son homonyme latin gallus « coq » (latin gallus > ancien français jal, jau « coq », l'étymologie de ce gallus-coq le faisant peut-être remonter à une racine signifiant « faire du bruit, chanter »). C'est pourquoi il est devenu l'animal emblématique de la France lors de la redécouverte de « nos ancêtres les Gaulois ». Si les mots français Gaule et gaulois sont bien les traductions usuelles des mots latins Gallia, Gallus et Gallicus, il existe deux thèses pour leur étymologie. En effet, le passage apparemment évident de Gallia à Gaule présente deux difficultés : le G- initial dans le groupe /ga/ aurait dû subir une palatalisation selon les règles d'évolution du latin à la langue d’oïl (cf. gallus « coq » > ancien français jal « coq », forme régulière). C'est dire que Ga- aurait dû faire place à Ja- (sauf en normanno-picard). Ensuite, la palatalisation en [ʎ] de la latérale [l] (ou [ll]) suivie de yod aurait dû se produire (voir contexte général des consonnes suivies d'un yod), puis [ʎ] aurait dû se muer en [j] à partir du (cf. ALLIU> ail [aj]), d'où *Jail- (cf. jaillir ci-dessus), phénomène d'ailleurs attesté dans la toponymie française pour ces exemples précis, ainsi trouve-t-on : La Jaille-Yvon ([Yvo de] Gallia en 1052 - 1068) et le type toponymique Jailly (Nièvre, Côte-d'Or) de *GAL[L]IACU ou Jallais (Maine-et-Loire, Galiscus vers 1130). Une première explication se base sur le terme par lequel les Germains désignaient des peuples non germaniques situés à l'ouest ou plus au sud, c'est-à-dire des Celtes ou des locuteurs de langue latine, à savoir *Walha « les Celtes » ou « les Romans » (cf. Walh et *walhisk > Waals « wallon » en néerlandais et welsch dans les dialectes allemands du sud et signifiant « roman(ophone), francophone, italien » et les noms anglais pour les territoires celtiques Wales et Cornwall). C'est bien ainsi que le germanique *Walha est à l'origine de wallon et de Wales, Galles, gallois. Mais ceci n'explique pas bien l'ancienne diphtongue [au], qui est un développement régulier de [al] devant une consonne (cf. cheval ~ chevaux et latin alter> autre), car la consonne germanique h tend à disparaître rapidement en français, comme le montre le a conservé dans wallon et Galles, de même que dans le nom de famille Wallois présent dans le Pas-de-Calais, à la limite de la Flandre et de la zone romane, et également issu du francique *Walha. Cependant, *Walha a dû passer au stade *Wahla par métathèse, le h vélaire s'est vocalisé en u, comme dans l'exemple parallèle du mot saule issu de *salha. Il est possible que le toponyme Plaine des Vaulois à Saint-Ouen-le-Mauger (Seine-Maritime) ait cette origine car le w initial ([w]) est régulièrement passé à v ([v]) au en normand septentrional. Cependant Gallia n'a pas forcément été soumis à cette évolution du langage parlé car il a rapidement disparu du langage populaire pour être remplacé par Francia / Francie / France, remplacement initié dès les mérovingiens et bien achevé sous les carolingiens. Gallia n'est alors plus utilisé que dans les ouvrages savants ou littéraires pour faire référence aux temps de l'Empire romain, sous une forme qui finit par être francisée. Un des premiers exemples est celui de Wace à la fin du dans le Roman de Rou et il éclaire bien le processus : Wace explique dans un passage que beaucoup de pays ont changé de nom et en cite une grande liste dans laquelle on trouve la « France » qui s'appelait auparavant « Gale », ainsi que « Gales » (le Pays de Galles) qui s'appelait auparavant « Cambrie » (Wace ne double donc ni le l de Galle, ni celui de Galles, ce qui lui est propre). Mais l'ancien nom de la France n'est pas Gale, mais Gallia, de même que l'ancien nom du Pays de Galles est Cambria et non Cambrie. Wace a donc francisé à sa manière les noms latins originels, sans que cela n'aboutisse à une forme palatalisée. En rétablissant le double l, Gallia est ainsi plus souvent francisé sous la forme Galle au , tandis que Gaule est attesté dans des sources médiévales littéraires et historiques au milieu du , et apparaît issu de Galle, par vocalisation régulière du premier l (-al-> -au- devant une consonne). Dans cette hypothèse, Gaule ne serait pas l'évolution d'un nouveau nom *Walha qui viendrait des Francs et dont on n'a aucune attestation, mais résulterait simplement de la francisation savante de Gallia, sur l'exemple de Wace dans le Roman de Rou. Cette francisation a néanmoins pris la forme Galle et non Gallie (cfr. Cambria > Cambrie, Germania > Germanie, etc.), ce qui est peut-être le résultat d'une influence du germanique *Walha. Il existe d'autres exemples de non-palatalisation concernant des mots voisins, mais les raisons diffèrent. D'une part, l'évolution du latin nux gallica, la noix (dite gauloise), qui a donné l'ancien français nois gauge ; mais il s'agit probablement d'un mot d'origine picarde influencé phonétiquement par le germanique walh- (cf. néerlandais walnoot « noix » littéralement « des Gaules »), puisque l'on trouve également les formes gauke et dérivées gauguier, waukier « noyer ». D'autre part, le mot gaillard, attesté dès le comme adjectif au sens de vigoureux, plein de vie offre un bon exemple de maintien du [g], ainsi que quelques toponymes comme Guilly (Indre) ou Guilly (Loiret, Galliacum en 900). Il serait issu du même radical gaulois *galia « force, bravoure » que le mot latin Gallia (voir ci-dessus). D'après le TLFI cependant « le maintien du g- [pour gaillard] peut s'expliquer par suppression dissimilatrice de la palatalisation au stade *gyalya; une infl. suppl. de gai n'est pas à écarter du point de vue sémantique ». La Gaule avant Jules César Lorsque César arrive en Gaule en -58, une partie du territoire est déjà aux mains des Romains : le sud de la Gaule, des Pyrénées orientales jusqu'au lac Léman, a été conquis entre les années -125 et -121 et transformé en province. Par ailleurs, le reste du territoire, appelé la Gaule chevelue, est déjà fortement romanisé sous l'action des échanges économiques et culturels ; seuls les peuples belges semblent rejeter toute influence romaine. Dans l'incipit de la Guerre des Gaules, César explique que la Gaule est divisée en trois parties : l'Aquitaine, la Celtique et la Belgique. Ce faisant, il présente la Gaule comme une unité, bien qu'il existe des divisions internes. La question de savoir s'il existait chez les Gaulois un sentiment d'appartenance à un ensemble commun fait l'objet de débats historiographiques depuis le . Depuis quelques années, la thèse de Christian Goudineau, selon laquelle César aurait inventé la Gaule qui n'avait à l'époque de l’Indépendance aucune forme d'unité, est remise en question par certains historiens. Ainsi, des travaux récents insistent sur les facteurs d'unité entre les peuples gaulois comme les coalitions face à une menace commune, les assemblées politiques supranationales ou encore l'assemblée des druides de toute la Gaule s'inscrivant toutes dans un système institutionnel normalisé et reconnu par tous les peuples gaulois. Malgré tout, si cet « espace politique commun » semble avéré, il n'en reste pas moins que les cellules de base de l'organisation gauloise restent la tribu et le clan, formé de la famille et de la clientèle d'un chef puissant . Le territoire Vers -475 / -450, les territoires de la Gaule au début de la Tène (deuxième âge du fer), étaient englobés dans un vaste ensemble continental s'étendant de l'Atlantique jusqu'au Danube et étaient nommés « celtiques » par les premiers témoignages écrits dont nous disposons : ceux des Grecs (notamment Herodote). Au milieu du Jules César divise la Gaule transalpine en trois parties : la Gaule celtique, la Gaule aquitaine et la Gaule belgique (cf. carte). Ce découpage schématique correspondait à des considérations géopolitiques propres aux Romains, Strabon qui fournit des délimitations différentes le précise en au moins deux occasions. Si la Gaule proprement dite apparaît sous la plume des Romains, elle trouve sa définition arbitraire actuelle à travers l'histoire de sa conquête par ces derniers. La Gaule est en effet une pure invention de César voulant que sa conquête soit perçue comme un ensemble homogène, doté d'une frontière qualifiée de naturelle mais qui n'a aucun sens, le Rhin, fleuve délimitant un nouveau territoire qu'il nomme Germanie. La conquête des Gaules Schématiquement, la conquête romaine de la Gaule fut réalisée en trois phases : la conquête de la Gaule cisalpine, comprenant la plaine cispadane et la transpadane (fin du ), bientôt nommée « Gaule en toge » (gallia togata) ; la conquête de la Narbonnaise, c'est-à-dire le sud-est de la France et la vallée du Rhône (dernier tiers du ) après la bataille du confluent, nommée « Gaule en braie » (gallia bracata) par opposition à la Gaule cisalpine ; la conquête de la « Gaule chevelue » (gallia comata), c'est-à-dire du reste de la France, de la Belgique et du plateau suisse (milieu du avant l'ère chrétienne). La Cisalpine, intégrée à l'Italie sous la République, devint une extension de Rome, tandis que la Narbonnaise constitua une « province » romaine située hors d'Italie (le mot latin provincia, littéralement « vaincue précédemment », a donné le nom Provença en occitan, « Provence » en français). Les noms « Gaule » et « Gaulois » restèrent quant à eux en usage pour désigner les provinces romaines s'étendant sur le reste de ces territoires (France, Belgique et plateau suisse actuels) et leurs habitants de culture romanisée (que l'archéologie et l'historiographie française désignent sous le néologisme de Gallo-Romains). En -12, Auguste instaura la première « institution » supra-provinciale de l'Empire avec le « conseil des trois Gaules » (concilium trium Galliarum) réunissant chaque année les représentants des cités de la Gaule lyonnaise, de la Gaule aquitaine et de la Gaule belgique à Lugdunum pour célébrer le culte impérial. Il est probable que ce geste ne faisait que confirmer les liens anciens qui existaient entre les habitants de ces territoires. Ce sont ces liens, tissés de proche en proche, qui peuvent expliquer en définitive le caractère unitaire que laisse entrevoir, au-delà des disparités, la description de la Gaule par César près d'un demi-siècle avant. Les Gaulois À l'origine, les proto-Celtes ont pu peupler l'Europe centrale, venant de l'Est, en remontant la vallée du Danube. Pour les Celtes comme pour la plupart des autres populations ayant constitué l'Europe, il n'est pas possible, en l'état actuel des connaissances, de dater précisément le phénomène, faute de trace écrite. Le cas des Grecs, dont les premières traces écrites remontent au , montre que ces phénomènes peuvent être anciens et complexes, avec plusieurs vagues de colonisation successives. Dans le cas des populations proto-celtiques, l'archéologie et la linguistique indiquent qu'elles ont dû commencer à se mettre en place dans le nord des Alpes et en Gaule au . Dès la première moitié du , des populations celtiques devaient constituer une partie importante de la population des différentes régions de la Gaule. Les premières indications directes de présence des Celtes en Gaule sont données par les Grecs de Phocée, qui fondent pacifiquement la colonie Massalia vers -600, en accord avec la tribu locale des Ségobriges, un nom celtique signifiant « les puissants victorieux » (brige = puissant, sego = victoire, victorieux). Les Grecs développent les échanges avec les tribus indigènes et organisent bientôt, à partir de Massalia, un immense trafic commercial avec l'Europe du Nord, ce qui va être déterminant pour l'évolution future des populations de la Gaule. On connaît également, par les témoignages écrits des Grecs et des Romains, d'importantes migrations vers l'Est, vers l'Italie et vers le Danube, au et au , avec notamment le fameux épisode de la prise de Rome par les Gaulois au début du À l'époque de la conquête par Rome de la Gaule chevelue (), des liens anciens et forts existent entre la Gaule et les autres territoires occupés par les Celtes en Europe, de la Norique jusqu'à l'île de Bretagne, comme l'indique la présence de témoignages archéologiques danubiens parmi les guerriers de Vercingétorix, ou encore les liens importants entre les peuples belges du nord de la Gaule et ceux de la Tamise. Ces liens peuvent s'expliquer d'une part par la présence d'une même tribu sur différents territoire en Europe, et d'autre part par l'existence d'un réseau de « clientèles » qui tient de proche en proche certaines tribus, certains peuples dans la dépendance d'autres, plus riches ou plus nombreux et disposant éventuellement d'un territoire plus étendu. L'existence de « fédérations » de peuples est attestée dans l'ensemble du domaine celtique : parmi les peuples transpadans de la Gaule cisalpine au avant l'ère chrétienne, dans le midi de la Gaule au avant l'ère chrétienne (les Salyens) ou encore en Gaule chevelue avant la guerre des Gaules (Arvernes, Éduens, Bituriges et Séquanes). En définitive, des nombreux peuples ou fédérations de peuples présents en Gaule à la veille de la conquête romaine, il reste des contours de « frontières », dont la position exacte fait cependant débat et un « substrat » linguistique longtemps sous-évalué. L'étymologie, enfin, a conservé le nom de populations gauloises, nom qui désigne encore les habitants de régions et de villes françaises actuelles : par exemple, les Auvergnats, les habitants de l'Auvergne qui couvre le territoire arverne (sud est de l'Allier, le puy de Dôme, nord ouest de la Haute-Loire et le Cantal). sur le peuplement protohistorique de l'Europe : voir Celtes. à l'époque gauloise : voir Gaulois (peuples) (population évaluée à plus d'une dizaine de millions d'individus). durant la conquête romaine et à l'époque romaine : voir Gaule romaine. La langue La majorité des habitants de la Gaule protohistorique parlent principalement 3 langues, déclinées en plusieurs dialectes. Jules César mentionne cependant qu'à son époque les trois parties de la Gaule se distinguent par les coutumes, les mœurs, mais aussi par la « langue ». Il semblerait alors qu'en Gaule celtique entre Seine et Garonne, comme en Gaule cisalpine avec le lépontique, les Celtes parlaient une langue appartenant au groupe celtique continental, tandis que les Aquitains au sud de la Garonne jusqu'aux Pyrénées parlaient une langue issue du proto-basque : l'aquitain. Et qu'enfin les Belges se seraient peut-être exprimés pour certains d'entre eux dans un dialecte proto-germanique. Cependant, si les indices toponymiques, les noms des tribus et les anthroponymes, ainsi que les rares inscriptions découvertes (Arras, Bavai) montrent à l'évidence l'origine celtique de la langue parlée, voire aussi d'un autre idiome indo-européen (voir Bloc du nord-ouest), il n'existe en revanche aucune trace, autre que les dires de César (germani cisrhénani), qui permettrait d'affirmer que le germanique ait été parlé avant l'installation progressive et plus tardive des Germains en Gaule du nord. Le gaulois était une langue celtique de la famille des langues indo-européennes, proche du brittonique antique, dont on conserve cependant peu de témoignages, malgré un corpus grandissant d'inscriptions lapidaires ou autres mises au jour par l'archéologie, les nombreux anthroponymes et toponymes qui ont parfois une stricte équivalence en Gaule (ex : *Epiākon > Epiaco , Epfig, Alsace, et Epiacum, Grande-Bretagne ; *Festiniākon > Festiniacus en 853, et Ffestiniog, pays de Galles), ainsi que des évolutions phonétiques communes. Certains chercheurs n'ont pas hésité à évoquer l'existence d'un gallo-brittonique, tel Léon Fleuriot par exemple. Le breton, bien qu'il appartienne au groupe brittonique pour l'essentiel, a pu être influencé par un substrat gaulois et la langue d'oïl est la langue romane la plus imprégnée par un substrat celtique (150 à 180 mots sur les près de 400 contenus dans toutes les langues romanes réunies). L'hypothèse de dialectes gaulois a été reprise par John Rhys qui évoque un dialecte "celtican" (conservation de -qu-, ex: Sequana « la Seine », le mois EQVOS) ou encore Joshua Whatmough, cependant que pour Pierre-Yves Lambert « même si l'idée de dialectes différents en gaulois n'est pas irrationnelle en soi...elle ne s'appuie pas sur des preuves solides à l'heure actuelle ». L'économie L'agriculture et l'alimentation La Gaule, contrairement à l'idée préconçue qui veut qu'elle soit couverte de forêts dans lesquelles les Gaulois pratiquent essentiellement la chasse, était largement défrichée pour constituer des terres agricoles très riches avec de nombreuses fermes. Au , l'exploitation de son sol était activement poussée. Ainsi, des prospections aériennes dans certaines parties de l'Ille-et-Vilaine mettent en évidence un réseau d'enclos aussi dense que celui des fermes actuelles ; au , les analyses palynologiques du couvert végétal dans la plaine de Vaise près de Lugdunum révèlent un sol couvert de champs cultivés et de prairies herbacées destinées à l'élevage, où les forêts représentent moins de 5 % du faciès paysager, ces résultats pouvant être extrapolés à la plupart des régions. En effet, pendant ses campagnes, César trouva toujours sur place le blé nécessaire à la nourriture de ses troupes, et pourtant, le soldat romain était gros consommateur de froment. Agriculteurs productivistes, les Gaulois inventèrent la herse ferrée pour le labourage et la moissonneuse des champs (vallus) pour la récolte des céréales. Les ports fluviaux situés à proximité des régions productrices jouaient le rôle d'entrepôts où étaient concentrées les réserves de blé. Celles-ci pouvaient être ainsi acheminées par voie d'eau à portée des armées : tel est le cas d'Orléans, sur la Loire, d'où l'on peut présumer que la Beauce possédait, dès cette époque, d'importantes emblavures. Tel est le cas aussi de Chalon-sur-Saône et de Mâcon, sur la Saône, et aussi d'Amiens qui servait également de magasin dans le nord de la Gaule. Presque toutes les cités possédaient leurs champs de blé et pouvaient se suffire à elles-mêmes : jusqu'aux abords des Pyrénées, le blé était récolté, même les terres peu fertiles des Flandres, alors couvertes de marécages, en produisaient. Le cas de l'Anjou, où César mentionne expressément le défaut de blé, est isolé. Peut-être cette absence était-elle momentanée ou accidentelle. Parmi les terres à blé renommées de l'époque, il faut citer la région de Toulouse, chez les Volques, chez les Cavares et la basse vallée du Rhône, la Bourgogne (surtout), ainsi que le pays des Bituriges et celui des Carnutes. Dans le nord et dans le nord-est, le Soissonnais et la Champagne étaient également assez riches. La production agricole abondante et de qualité est assurée par l'engraissement des sols grâce à la fumure ou le marnage, par des labours performants à l'aide de la charrue à soc métallique et de puissants attelages. Les études archéobotaniques (notamment la carpologie ou la palynologie) montrent que les Gaulois se nourrissaient surtout de céréales (quatre sortes de blé : engrain, amidonnier, épeautre et froment ; orge à grains nus ou vêtus, avoine, millet commun et millet des oiseaux), de légumes (navets, choux) en proportion variable selon les régions, en moins grande quantité des légumineuses (lentilles appelées ers, haricots, fèves, pois…), des plantes sauvages (renouée, arroche, mauves, chénopode) ou oléagineuses (pavot, lin, caméline). Les céréales, pauvres en gluten (donc peu panifiables), se consommaient sous forme de grains concassés, bouillies, gruaux, soupes à base de farine grillée ou de galettes à pâte non fermentée. . Le blé est la principale nourriture du peuple. L'utilisation de condiments (poivre d'eau, ravanelle, moutarde noire) est rare à l'exception du sel, celle de plantes aromatiques orientales et méditerranéennes (fenouil, origan, sarriette) apparaît à partir du . La consommation de fruits comprend des espèces sauvages (prunelles, merises, framboises, fraises, pommes, noisettes, raisins, glands, baies de sureau), des espèces cultivées gauloises (prune) ou romaines (olive, poire, figue). L'archéozoologie montre que la viande provenait de l'élevage car la chasse (lièvre, cerf, chevreuil ou sanglier servis à la table des aristocrates), sport de noble, était marginale (de 1,3 % au à moins de 1 % aux siècles suivants). Elle était constituée principalement de cochon, mais aussi de bœuf dans le centre de la Gaule, de chèvre et de mouton dans le Midi et de chevaux dans le Nord, plus épisodiquement de chien, de cheval ou de volaille. Des ragoût de chien étaient occasionnellement consommés (traces de cynophagie différentiée). Les salaisons et la charcuterie gauloises étaient réputées à Rome. Les volailles, pourtant elles aussi exploitées, étaient peu consommées. Enfin, les populations côtières pratiquaient la navigation et la pêche en haute mer, ainsi qu'en témoignent des fouilles conduites au centre de l’île d’Ouessant, en Bretagne (mise au jour de restes de divers poissons tels les lieus jaunes, les daurades, les bars, les cabillauds). Le philosophe grec stoïcien Posidonios, dans son Histoire, décrit les boissons gauloises. Le peuple buvait de l'hydromel et surtout de la cervoise, bière à base d'orge, tandis que l'élite consommait du vin pur, à la différence des Grecs et Romains qui le buvaient aromatisé. La culture de la vigne, au temps de la conquête, était peu répandue en Gaule et ne dépassait guère les abords de Marseille. Ce sont en effet les marins commerçants grecs phocéens, qui fondent Marseille en 600 av. J.-C., qui ont fait découvrir cette boisson aux Gaulois. Le vin, boisson rare, était donc importé de Rome et considéré comme un luxe : on échangeait un esclave contre une amphore de vin par exemple. Le commerce avec Rome s'intensifiant (l'archéologie sous-marine l'évalue à un million d'amphores par an), le vin s'est progressivement démocratisé. Au total, ce sont plus d'une dizaine de millions d'hectolitres qui furent importés de République romaine et de la Provincia entre 150 et 50 av. J.-C.. L'élevage du cheval Le cheval a toujours tenu une grande place dans la vie des Gaulois, au point de figurer sur leurs pièces de monnaie. On dit que la cavalerie était un élément essentiel de leur puissance militaire. Lors de la guerre des Gaules, les effectifs engagés étaient énormes, ce qui supposait un élevage de chevaux très actif. L'élevage du cheval contribuait pour beaucoup à la réputation du paysan et on n'oublie pas qu'Epona, une des déesses gauloise intégrée dans le panthéon romain, était représentée en compagnie d'un cheval. Les nobles gaulois (les equites) servaient à cheval dans la cavalerie et l'usage permanent des chariots exigeait un grand nombre de chevaux de trait. Pourtant, dès le , les Gaulois qui combattent à l'étranger découvrent les grands chevaux méditerranéens, différents des chevaux indigènes qui correspondent donc à nos poneys ou doubles-poneys actuels, et s'en prennent de passion, et, nous dit César : . Pourtant, il semble que l'élevage se soit développé davantage sous le pouvoir romain. Le commerce L'abondance de moyens fait soupçonner l'importance du réseau routier, qui a permis le déplacement rapide des légions romaines durant la guerre des Gaules, et des échanges commerciaux. Dans ce domaine encore, les Gaulois bénéficièrent de l'effort soutenu des populations antérieures. La diffusion des matières les plus recherchées, à partir de leurs centres de production, avait entraîné la recherche des itinéraires les plus aisés. Le commerce de l'étain, qui continue à l'âge du fer, eut, sur le développement routier, les plus fortes répercussions. La localisation et la rareté des gisements de ce métal déterminèrent les directions du trafic. Le minerai importé venait, surtout, du Guadalquivir (Tartessos) et de la pointe occidentale de la Bretagne, de Cornouailles et, de là, le métal était apporté sur la côte de la Manche et jusqu'à l'embouchure de la Loire, on suivait les grandes vallées pour pénétrer à l'intérieur du pays. Outre l'étain, Rome importait de Gaule essentiellement du sel, du blé, du fer et beaucoup d'esclaves (prisonniers des peuples voisins). Au premier âge du fer, les échanges ne sont plus limités aux matières premières. De l'Europe centrale, par le Danube, arrivent les modèles des épées de fer qui pénètrent en Gaule par la trouée entre Vosges et Jura et la vallée du Doubs. Parviennent aussi des objets importés d'Italie : seaux cylindriques appelés cistes, ou tronconiques appelés situles, les uns et les autres en bronze battu. Parfois des vases étrusques et grecs les accompagnent dans les tumulus les plus récents de la Gaule de l'Est. C'est par la même voie du Danube que s'effectue ce trafic. Depuis la découverte du cratère de Vix, la question de savoir par où cet énorme vase avait pu être acheminé a été longuement discutée. En plus des itinéraires classiques, on a envisagé le col du Grand Saint-Bernard et surtout, la vallée du Rhône, mais rien de décisif. Si le couloir rhodanien reste alors en dehors du grand mouvement commercial, c'est que le littoral, excepté Marseille, et la basse vallée du Rhône est encore aux mains des Ligures, peu sociables. Ces tribus arriérées forment un écran entre le foyer de civilisation méditerranéen et la Celtique, dont les limites méridionales ne dépassent guère le confluent de Lyon. Par ailleurs, Vix se trouve admirablement placé au point où la voie protohistorique de la Loire inférieure et moyenne à la trouée de Belfort coupait l'itinéraire jalonné par la vallée de la Seine. Il faut attendre la descente des Gaulois sur la côte de Provence pour qu'enfin des relations directes pussent s'établir entre Marseille et la Celtique. Dès lors, un avenir brillant s'ouvre pour la voie la plus expressive que la nature avait inscrit sur le sol de la Gaule. Cette voie emprunte le couloir rhodanien jusqu'au coude de la Saône à Châlon, par les passages de Bourgogne, elle atteint le bassin de la Seine et le carrefour parisien. De là, on peut suivre le fleuve jusqu'à son embouchure ou gagner le Pas-de-Calais. L'essor subi du port fluvial de Chalon-sur-Saône, au , fixe la date à partir de laquelle cette voie fut régulièrement suivie. Elle servit au trafic de l'étain, Diodore nous transmit, d'après la relation d'un auteur plus ancien, des détails précis sur son utilisation : les marchands achetaient le métal aux habitants de l'île de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle), le transportaient sur le continent, puis, cheminant par terre à travers la Gaule pendant trente jours environ, ils conduisaient leur chargement jusqu'à l'embouchure du Rhône. Un autre géographe grec, Strabon, évoque une communication essentiellement fluviale utilisée pour le transport de toutes denrées. On remontait le Rhône et la Saône et après avoir quitté cette rivière, ce qu'on ne pouvait faire qu'à Chalon, il fallait gagner la Seine par voie de terre et, de là, on pouvait atteindre l'océan. Les monnaies Chaque peuple gaulois était indépendant du point de vue du monnayage, certains plus productifs que d'autres, mais il y a tout lieu de supposer que les pièces en métaux précieux circulaient entre peuples voisins. Des statères d'or et de bronze a l'effigie de Vercingétorix sont frappées, au verso on peut observer un croissant, un étalon et une amphore. . Au , la colonie grecque établie à Marseille, frappe des oboles. Progressivement, elle se répand parmi les peuples limitrophes (trésor d'Auriol). Au , le monnayage en argent se développe en moyenne vallée du Rhône, et les peuples ayant des mines d'or, comme les Arvernes, frappent des statères qui sont aussi un moyen d'affirmer leur souveraineté et leur puissance. Au , les Parisii produisent leur célèbre et magnifique statère d'or au cheval. Organisation politique et sociale Conformément au schéma de l'idéologie tripartite des Indo-Européens telle qu'elle a été développée par Georges Dumézil, les Gaulois comme les Celtes sont organisés en trois classes : classe sacerdotale (prêtres, gutuaters, bardes et druides), classe guerrière (les Equites, chevaliers issus de la noblesse ; l'infanterie, peuple et vassaux des chevaliers) et classe productrice (la plebs : commerçants, artisans, agriculteurs et éleveurs). Les peuples de la Gaule étaient dirigés auparavant par une noblesse de type archaïque avec les différentes strates de sa hiérarchie. César nous renseigne dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules sur différents types de magistratures politiques et religieuses : princeps (prince), vergobret (magistrature suprême), arcantodan[nus] (magistrat monétaire), etc.. La noblesse s'était constituée tout au long des temps « héroïques » lors de différentes guerres ou d'expéditions lointaines. Les seigneurs gaulois (rois, princes guerriers, chefs de tribu et riches propriétaires), de type féodal, se réunissant dans des sénats, avaient sous leurs ordres une foule de vassaux et de clients dont la fidélité était absolue. Au bas de la pyramide sociale se trouvaient probablement les esclaves, comme le suggèrent les découvertes archéologiques d'entraves en fer dans des tombes. . Ces velléités de trahison, de « collaboration » avec l'occupant romain ne se passèrent pas toujours très bien pour les nouveaux oligarques celtes puisque tous les membres des sénats des Aulerques, des Lexoviens et des Éburovices furent massacrés jusqu'au dernier par les princes et les nobles de leurs peuples. Il semblerait que la bourgeoisie vénète n'a pas suivi la même démarche car elle avait compris que les Romains voulaient s'emparer de ses marchés et qu'elle avait tout à perdre avec la conquête romaine. Le guerrier gaulois Introduction Durant la période de la protohistoire, l'évolution technique de l'armement a peu évolué. Il s'est surtout adapté à des techniques de combat en fonction des situations. Toutefois, suivant l'époque certaines évolutions technologiques ont vu le jour. Dans cet article sont détaillées les deux grandes périodes que sont Hallstatt (-800 ; -400) et la Tène finale ( avant notre ère à -50). Guerrier de Hallstatt La période de Hallstatt tire son nom du village autrichien où ont été découvertes les traces de civilisation celte les plus anciennes. Appelée aussi civilisation hallstattienne sa période chronologique s'étend de -1100 à environ -400 divisée en deux grandes périodes : La première période de -1100 à -800 ; la seconde période de -800 à -400. Durant cette période les mouvements de troupes sont importants et la renommée des guerriers gaulois (ou celtes) se répand dans toute l'Europe. Ils interviennent en tant que mercenaires n'hésitant pas à changer de camp lorsque l'offre est plus intéressante. L'équipement L'arme principale est la lance. La raison est simple. Peu chère à fabriquer car nécessitant peu de matière noble qu'est le fer, elle est très maniable et cause de nombreux dégâts chez l'adversaire. Pouvant être maniée à une ou à deux mains sa longueur varie de 180 à . Le fer peut avoir une grande variété de formes mais la principale forme est la feuille de saule. L'épée est relativement courte (entre 65 et de lame) et est particulièrement effilée et pointue, permettant ainsi un combat rapproché ou bien un combat de mouvement sur des chars. Fabriquée en fer, la poignée est en bois. Elle est traversée par la soie qui est écrasée afin de créer un rivetage. Le profil de la lame peut être lenticulaire ou posséder un cœur en forme de losange dont les arêtes extérieures sont étirées pour former la lame (voir les graphiques ci-dessous). Le poignard peut être présent dans la panoplie. Le casque celte est non plus en bronze mais en fer plus léger et de forme oblongue, souvent terminé par un cimier. Le visage est protégé par des paragnathides en fer couvrant les joues. Un protège-nuque peut être présent. Le reste du corps est protégé par un linotorax. Cette protection est composée de plusieurs couches de lin collé. Bien que lourde et rigide, cette protection relativement simple à fabriquer est efficace contre les coups de taille et les coups d'estoc. Enfin le bouclier. De forme ovale pour une dimension d'environ 150 à de haut pour une largeur de 50 à de large est en bois. Le détail de sa structure sera vu plus bas. Percé en son centre pour y placer la main, un manipule horizontal placé sur le centre de gravité permet une manipulation aisée d'une main de manière défensive comme offensive. Le plateau est renforcé par une spina en bois qui a aussi un rôle de protection de la main. Le tout est fixé et blindé par le umbo en fer et des rivets. (Voir photos) Le guerrier de la Tène finale Le combattant de cette période contemporaine de la guerre des Gaules est le plus connu. Sa panoplie est la même que son ancêtre du Hallstatt à quelques variations près. Le casque est devenu rond et possède un protège-nuque plus important. Cette forme permet aux armes de glisser dessus et d'éviter les prises. De plus cette forme plus compacte permet d'avoir une protection optimale en limitant l'incidence du poids sur les mouvements. L'épée s'est allongée, bien que des modèles courts existent toujours (voir les techniques et les types de combattants), la longueur moyenne d'une lame est désormais de pour une largeur moyenne de . La pointe effilée a laissé place à une forme d'ogive. Cette arme s'est adaptée à de nouvelles techniques de combat telles que le combat monté où l'on se bat essentiellement à coups de taille. Portée à droite, elle est glissée dans un fourreau en fer composé de trois pièces et est fixée à une ceinture à suspension. Ce système encore mal connu permettrait de donner à l'arme une certaine liberté de mouvement sans gêner le combattant (différentes hypothèses ont été émises quant à son montage). Le bouclier a légèrement évolué et est devenu composite. Lorsque au Hallstatt les boucliers étaient composés de couches de bois croisés, à la Tène finale, des couches de lin vont être insérées entre les couches de bois rendant le bouclier plus résistant aux chocs mais aussi plus souple. La spina s'est sensiblement affinée, voire a complètement disparu sur certains modèles. Le umbo s'est développé et la simple double coque de fer clouée sur la spina a laissé la place à une coque d'un seul tenant avec des ailettes permettant le positionnement de rivets. Les boucliers sans spina, plus légers, ont un umbo circulaire tenu par six rivets. Un nouveau type de protection est apparu au cours du , la cotte de mailles annulaire de type lorica hamata. Cette protection en fer est composée d'anneaux de . Bien que lourde, elle présente l'avantage d'être extrêmement souple et de former une seconde peau protégeant ainsi le combattant des coups de taille. Mais elle est inutile contre les coups d'estoc. Les pointes écartant les anneaux. Il est aussi à supposer que les combattants portaient sous la cotte de maille une protection supplémentaire appelée subermalis permettant d'absorber les chocs. Les textes antiques rapportent quelques cas de combats avec des guerrier gaulois nus ou avec une simple jupette de cuir à lambrequins protégeant leur bas-ventre. Ce choix s'explique pour impressionner l'adversaire ou pour des raisons religieuses (pour eux, la mort au combat faisait directement accéder au paradis), plus que pour des raisons de confort (plus grande liberté de mouvement, chaleur selon les explications rationalistes de Polybe). La structure de l'armée gauloise Contrairement aux idées reçues, l'armée gauloise est particulièrement bien structurée. Bien que l'individu soit au centre, des unités peuvent être créées permettant ainsi de monter des stratégies élaborées et complexes. Il y a trois types de combattants : L'infanterie légère Essentiellement composée de combattants occasionnels et de débutants, elle représente environ 80 % des effectifs. Leur rôle est de surtout « faire du bruit ». Placés à l'arrière leur intervention est un dernier recours. Ces hommes armés essentiellement de lances, de javelines ou de frondes sont surtout des paysans. Leur mobilisation est donc exceptionnelle mais indispensable. L'infanterie lourde Ce sont des combattants de métier, qui ne savent faire que la guerre. Bien souvent au service des aristocrates, ils sont soit des ambactos, soit des mercenaires, soit de jeunes aristocrates faisant leurs armes. Leur armement est plus adapté. Ils savent manier la lance, l'épée et le bouclier. Les ambactos sont équipés par leur maître. Ces hommes, suivant leur fortune ou la fortune de leur maître, peuvent porter la cotte de maille, un casque et manier l'épée. Pour les plus riches, une cavalerie peut être constituée. Lors de victoires, le soldat prélève la tête de son ennemi en trophée qu'il place sur la porte de sa maison, le portique d'un sanctuaire ou dans un coffre en cèdre. Les chefs de guerre C'est la classe aristocratique dirigeante. Ils savent parfaitement manier toutes les armes, du javelot à l'épée en passant par le bouclier et la dague. Généralement cavaliers, surtout durant la guerre des Gaules, ils sont en première ligne. Ils commandent aux hommes durant le tumultus gallicus (« tumulte gaulois », levée en masse d'urgence) et sont considérés comme des demi-dieux par les hommes. Ils possèdent toute la panoplie du guerrier, casque, cotte de maille, épée, bouclier, dague et lance. Ils sont reconnaissables par leurs vêtements hauts en couleur. Un autre type de combattant intervient sur le champ de bataille : le sonneur de carnyx. On ne connait pas exactement son rôle mais l'hypothèse actuelle serait qu'il permettait de transmettre les ordres via des mélodies, de donner des directions suivant son orientation et d'amplifier le tumultus gallicus. Le carnyx est un instrument fabriqué en alliage cuivreux d'environ de haut dont l'embouchure représente souvent une tête de sanglier. À Tintignac, la fouille d'un site votif a permis de mettre au jour une quantité impressionnante de ces instruments et à ce jour le site le plus riche en informations. Deux de ces carnyx sont quasiment complets, l'un représente une tête de sanglier et l'autre un serpent. Têtes-trophées Les auteurs grecs comme Posidonios, Diodore de Sicile et Strabon rapportent un rituel celtique : lorsque les guerriers gaulois tuent leurs ennemis, ils coupent leurs têtes, les attachent à l'encolure de leurs chevaux et remettent à leurs servants d'armes le reste de la dépouille ensanglantée. Une fois rentrés chez eux, ils enclouent ces têtes au linteau de la porte de leur maison ou les exposaient dans un bâtiment public (alvéoles dans des linteaux, des piliers de portiques), suggérant dans ce dernier cas une fonction religieuse mais aussi civile et politique. Les têtes ont pu être peintes et les alvéoles peut-être accueillir des têtes modelées dans de l'argile ou surmodelées sur les crânes réels. Ils embaument les têtes de leurs plus grands ennemis avec de l'huile de cèdre et les gardent soigneusement dans un coffre transmis de génération en génération. Ce trophée précieux qui est une forme d'hommage au vaincu, témoigne aussi de la valeur du guerrier qui n'hésite pas à le montrer régulièrement aux étrangers. Posidonios assimile . Ce rituel de décapitation est confirmé par plusieurs représentations gravées ou sculptées (Entremont, Aulnat), des piliers ou linteaux percés d'alvéoles céphaloïdes pour exposer les têtes ou les crânes momifiés (Glanum, Roquepertuse), et par les découvertes archéologiques qui ne permettent pas de trancher sur le mode de prélèvement des têtes (décapitation, mode d'exécution sur le vivant, ou décollation effectuée sur des cadavres). La religion Les Gaulois avaient des druides, que Diodore De Sicile appelait des « philosophes » qui étaient en quelque sorte leurs prêtres. Ils écrivaient, à l'aide de l'alphabet grec, mais uniquement pour des raisons politiques et administratives. La tenue Loin de la fausse image de « barbares chevelus et mal dégrossis », « colportée dès le début de la conquête de la Gaule par Rome (...) et relayée pendant des millénaires », les peuples gaulois étaient plutôt raffinés. On leur doit par exemple l'invention du savon (sopo) qu'ils fabriquaient à partir de cendres et de suif pour lustrer leur chevelure qu'hommes ou femmes, ils portaient longue. . Le vêtement gaulois est principalement constitué d'une tunique avec des motifs en petits carreaux serrés et teints (teintures végétales donnant surtout du jaune, vert, rouge de garance, voire du brun ou noir grâce à la noix de galle). Cette tunique (généralement courte pour les hommes et une robe allant jusqu'aux chevilles pour les femmes) est serrée à la taille par une ceinture en tissu. Les chausses sont des braies ou des bas en tissu de laine ou de lin. L'hiver, il revêt le sayon, sorte de casaque décorée, parfois multicolore, s'agrafant par une fibule. Les chaussures ou bottines sont en cuir. L'art et la technique chez les Gaulois Architecture L'art architectural est malheureusement difficile à appréhender car il n'a pas survécu aux années, les Gaulois construisant essentiellement en bois et torchis. Néanmoins l'archéologie aérienne initiée par Roger Agache permet de révéler des vestiges architecturaux gaulois à partir des années 1970. Loin du mythe de la hutte ronde de branchage fragile au toit de chaume et de la chasse au sanglier, les Gaulois mènent une existence confortable tournée essentiellement vers l'élevage et l'agriculture. Ils vivent essentiellement dans des fermes, maisons vastes (d'une surface moyenne variant entre une vingtaine et une soixantaine de mètres carrés), carrées ou rectangulaires soutenues par des poteaux en bois, aux parois faites de clayonnage (type branches de noisetier tressées et reliées aux poteaux) recouvert de torchis, charpentées (planches de bois assemblées avec des clous de fer) et couvertes d'un toit de chaume ou roseaux en forte pente. Les fenêtres sont rares et étroites, de façon à conserver la chaleur l'hiver et la fraîcheur l'été. Parfois, les murs sont recouverts par une couche de crépi à base de chaux dont les propriétés hydrofuges assurent une protection contre la pluie et une plus grande durée de vie au torchis (entre trente ans et un siècle). Certains habitats peuvent faire trois à quatre étages avec à chaque niveau des planchers supportant des planches jointives (un platelage) ou assemblées entre elles par rainures et languettes (un parquet traité à l'huile de lin). Un foyer central est équipé de chenets et d'un chaudron suspendu servant à l'éclairage (les maisons n'ont pas de baies), le chauffage et la cuisson à l'origine de fumées qui en se déposant (noir de fumée, goudron) font office d'insecticide. Parfois ces maisons sont précédées par un enclos palissadé (enclos pastoral simple ou système d'enclos emboîtés, constitué d'une levée de terre avec une haie d'arbres doublée d'un fossé), ont un étage muni d'un plancher et qui sert de grenier pour dormir. Ces fermes, isolées en aedificium ou regroupées dans un vicus fortifié ou non voire une ville (ces agglomérations avec des quartiers spécialisés et hiérarchisés se développent à la fin du ), témoignent d'une intense activité agricole : entourées de champs quadrangulaires dits "celtiques", elles comportent plusieurs bâtiments indépendants (granges, étables, greniers sur poteaux pour protéger les céréales stockées de l'humidité du sol et des rongeurs ou silos enterrés) au sein d'une cour. L'élevage mixte (destiné principalement à la viande, au lait et à la laine, mais aussi utilisé comme animaux de trait) à proximité de ces fermes comporte surtout des bovidés (bœufs, capridés) et des suidés. En cas d'attaque, les villageois gaulois se regroupent dans un refuge fortifié public, l'oppidum ou un petit poste militaire, le dun. Un art du décor L'art des Gaulois est très différent des critères esthétiques de la culture romaine. Les Gaulois ne cherchaient pas à représenter le réel. En témoignent les visages succincts et l'absence de détail. Les Gaulois riches portaient des bijoux (bracelets, colliers, bagues, torques, fibules, épingles à chignon, diadèmes, boucles de ceinturon aux motifs variés) en or, les classes inférieures utilisant le bronze qui imite l'or ou des parures en verre coloré, en cuivre ou en fer. Les découvertes archéologique de rasoirs, miroirs, peignes à cheveux et à barbe, cure-oreilles, pince à épiler, mettent en évidence un souci d'hygiène. Matériaux utilisés L'art gaulois s'exprime essentiellement par le travail des métaux (bronze, fer et or). Les Gaulois savaient manipuler avec précision ces métaux, et étaient d'excellents orfèvres. Certaines créations ont pu aussi se faire sur de la céramique. La civilisation romaine en Gaule Les changements apportés par le conquérant ont longtemps éclipsé toute idée d'une permanence de certains traits : d'abord, le syncrétisme religieux romain et l'interdiction du druidisme entraînent assurément la disparition d'une religion celtique dont on peut deviner seulement quelques contours, grâce à l'archéologie, d'une part, et par comparaison avec quelques survivances romaines, d'autre part et surtout par la confrontation avec les sources littéraires insulaires (voir par exemple mythologie celtique irlandaise et littérature celtique galloise). Les cadres du pouvoir , l'économie, l'art, notamment monumental, et la culture littéraire latine, aussi, s'imposent, peut-être d'autant plus facilement que rien de préexistant ne peut les concurrencer. Après la conquête romaine de la Gaule, achevée en -51, la romanisation est rapide chez les élites. On ignore cependant quelle est sa progression exacte et sa profondeur en ce qui concerne le peuple. Elle doit en tout cas demeurer inégale, voire limitée dans nombre de domaines ayant trait à la vie quotidienne, comme l'indiquent plusieurs exemples. Le réemploi du site du sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde, en Gaule Belgique, ou encore les ex-voto des sources de la Seine, montrent comme nombre d'autres lieux sacrés pour les Gaulois de la période de l'indépendance que les lieux de culte romains prolongèrent des usages anciens (voir nemeton). L'abandon des oppida est un fait avéré dès la deuxième moitié du À partir de ce moment, des villes romaines sortent de terre, soit à la place de l'oppidum gaulois, soit sur un espace plus large et adapté à une période de paix (exemple : le site archéologique d'Alba-la-Romaine). Lorsqu'une certaine « barbarisation » de l'Empire a lieu au , des traits de civilisation qui sont demeurés en vigueur depuis la période de l'indépendance s'introduisent à leur tour dans la culture impériale : le manteau gaulois qui donne son surnom à l'Empereur Caracalla n'a pu être remplacé par le mode de vie du conquérant romain. Dans nombre de domaines ayant trait à l'artisanat, où les Gaulois excellent, leurs inventions s'imposent : c'est le cas, notamment, du tonneau qui s'impose face à l'amphore plus fragile et de moindre contenance. La cotte de mailles est adoptée par les Romains dès les premiers siècles de la République, jugée plus pratique que les cuirasses grecques, tandis que le casque impérial gaulois est adopté par les légionnaires au , tout comme les braies ou les braies courtes pour les soldats d'Occident. La Gaule dans l'Antiquité tardive Certains traits caractéristiques de la Gaule antique perdurent après l'Empire romain. Lorsque l'administration impériale romaine s'effondre, la Gaule se « germanise » lentement et partiellement. La présence de toponymes germaniques est d'abord attestée sur ses franges, due au repeuplement, souvent à but défensif et organisé assez tôt par Rome, de régions sinistrées par les crises et par les épidémies. De tels établissements durables de colons « barbares » (les lètes) ont d'ailleurs lieu dans l'Empire romain tout au long du et du . Ainsi des contingents Francs sont installés en Belgique, des Alamans en Alsace et en Suisse, des Burgondes en Savoie. La date symbolique de la disparition de l'Empire romain d'Occident en 476 et celle du baptême du roi des Francs Clovis, vers 496, ne marquent pas non plus, à cet égard, de rupture : ces événements ont lieu à une époque où Francs, Burgondes et Wisigoths ont fait « souche » et détiennent depuis longtemps déjà le monopole des affaires militaires. Aussi, les familles de la noblesse gallo-romaine continuent longtemps à concentrer l'essentiel du véritable pouvoir politique dans les cités épiscopales : les « patrices », comme le marseillais Mauronitus, ou les évêques, sont les véritables représentants des populations. Ainsi, la culture nouvelle qui se développe en Gaule, après la période impériale, est avant tout chrétienne, et à plusieurs égards augustinienne. L'expansion chrétienne en Gaule, qui s'appuie en premier sur la diaspora juive, s'est en effet diffusée, par l'intermédiaire des commerçants et artisans d'Orient ainsi que des armées, dans les villes gauloises par les grands axes (vallées de la Loire, du Rhin, de la Seine) puis, à partir de l'édit de Milan en 313, dans les villages dont l'évangélisateur emblématique est Martin de Tours, Saint Martin étant également à l'origine de l'implantation du monachisme en Gaule. La Gaule compte six évêchés vers 250 (celui d'Arles, de Toulouse, de Narbonne, de Vienne, de Reims, et de Paris), 120 à la fin du , Clovis s'appuyant sur ce maillage épiscopal pour gagner l'appui des populations et du clergé gallo-romains lors de sa conquête de la Gaule. Plus généralement, les permanences observables dans le cadre de vie de l'Antiquité tardive jusqu'au sont nombreuses en Gaule : c'est surtout à partir du milieu du , temps de crise, que les patronymes germaniques se multiplient au sein des élites, indiquant par là que le centre de gravité de l'Europe s'est déplacé vers le nord et que les équilibres du monde antique se sont rompus. En définitive, si la culture latine classique recule, le latin continue à constituer la langue de la culture et surtout, celle exclusive de l'écrit (le premier document écrit en langue vernaculaire étant les serments de Strasbourg, datés de 842). Aussi, l'usage des noms « Gaule » et « Gaulois » se conserve jusqu'à la fin de la période mérovingienne, du moins à l'écrit. Lentement, durant la période carolingienne, le nom de « Francie » (Francia, puis francia occidentalis) se répand pour désigner la réalité politique majeure qu'est devenu le royaume des Francs (regnum francorum). Mais ce nom ne désigne qu'incidemment les territoires correspondant à l'ancienne Gaule romaine, désormais rattachés à un ensemble plus vaste. C'est également la renaissance carolingienne qui pose les fondations d'une culture véritablement nouvelle. Cette « renaissance » veut pourtant, à l'origine, restaurer la culture romaine antique et impériale. Notes et références Notes Références Annexes Bibliographie Introduction aux sources Paul-Marie Duval, avec une préface de André Vernet, La Gaule jusqu'au milieu du , Paris, Picard, 1971, 2 vol. (Les sources de l'histoire de France [sous la dir. de Robert Fawtier], 1) (table des matières en ligne). Sources écrites La Gaule Romaine : 249 textes traduits du grec et du latin, trad. par Lucien Lerat, Paris, Armand Colin, 1975 ; repr. Errance, 1986 (Collection des Hespérides) . Gallikōn syggrafeis Ellīnikoi = Extraits des auteurs grecs concernant la géographie et l'histoire des Gaules, éd. et trad. par Edme Cougny puis par Henri Lebègue, Paris, Renouard, 1878-1892, 6 vol. (Publications pour la Société de l'histoire de France) (en ligne sur archive.org, remacle.org et gallica). . Archéologie et histoire Celtes et Gaulois, l'archéologie face à l'histoire [colloque de synthèse, Paris, Collège de France, du 3 au 7 juillet 2006], sous la dir. de Christian Goudineau, Vincent Guichard, Gilbert Kaenel, Glux-en-Glenne, Centre archéologique européen de Bibracte, 2010 (Collection Bibracte, 12,6) (sommaire, autres conférences) . Ouvrages généraux Jean-Paul Demoule et Jean-Jacques Hatt, « Gaule », dans Encyclopædia Universalis, Paris, 2009 (pour l'archéologie, sinon env. 1970-1990) (avec bibliographie). Jean-Louis Brunaux, Nos ancêtres les Gaulois, Paris, Seuil, 2008 (L'univers historique) (interview vidéo et audio). François Malrain et Matthieu Poux, Qui étaient les Gaulois ?, coédition Universcience éditions/Éditions de la Martinière, 2011, 212 p. Krzysztof Pomian, « Gaulois et Francs », dans Les lieux de mémoire, III. Les France : conflits et partages, sous la dir. de Pierre Nora, et. al., Paris, Gallimard, 1992, . Dominique Garcia, Les Gaulois à l'œil nu, Paris, CNRS, 2021, . Guerre et société Références anciennes Camille Jullian, Histoire de la Gaule, en huit volumes parus entre 1907 et 1921. Articles connexes Celtes, Histoire des Celtes, Langues celtiques, Fortifications celtes Gaulois, Gaulois (langue), Liste des peuples gaulois et aquitains Religion gauloise, Religion des Celtes, Druides Gaule romaine : Gaule celtique, Gaule chevelue, Gaule belgique Gaule narbonnaise, Gaule aquitaine Gaule cisalpine, Gaule transalpine Guerre des Gaules et Commentaires sur la Guerre des Gaules (ou De Bello Gallico), Vercingétorix Culture gallo-romaine, Suisse gallo-romaine Romanisation (histoire) Ville gallo-romaine, Amphithéâtre gallo-romain, Tabletterie gallo-romaine Itinéraire d'Antonin, Liste de voies romaines Liste des noms latins des villes françaises Antiquité tardive Armée romaine tardive, Notitia provinciarum et civitatum Galliae Royaume alaman, Bataille d'Argentoratum (357), Royaumes barbares Mérovingiens, Art mérovingien, Francs saliens Histoire de la France Liens externes Oppidum : villes celtiques lors de la conquête de la Gaule Les Gaulois d'Acy-Romance (Champagne-Ardenne) : site de référence sur la Gaule du Nord Lattes en Languedoc. Les gaulois du Sud Les Gaulois en Provence : l'oppidum d'Entremont
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaulois
Gaulois
Gaulois peut faire référence à : Le coq gaulois est un coq symbolique, emblème national de la France ; Les Gaulois étaient un ensemble de peuples celtes, habitant ce que les Romains appelaient la Gaule ; Le gaulois était une langue celtique, parlée par ces mêmes Celtes et ayant fait place au gallo-roman à partir du ; Astérix le Gaulois est un album de bande dessinée ; Le Gaulois est un quotidien français publié de la fin du au début du ; Le Gaulois était un cuirassé français de la classe Charlemagne, coulé lors de la Première Guerre mondiale ; Landes-le-Gaulois est une commune française, située dans le département de Loir-et-Cher ; Le Gaulois est une marque commerciale appartenant au groupe agroalimentaire LDC ; Les Gaulois (agence) est une agence de communication en France (ex-agence H et agence Leg) ; Le Gaulois est un quotidien wallon ayant paru à Bruxelles de 1944 à 1946 et ensuite avec d'autres périodicités ; Autres
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges%20Bataille
Georges Bataille
Georges Albert Maurice Victor Bataille, né le à Billom (Puy-de-Dôme) et mort le à Paris, est un écrivain, philosophe, romancier, poète, essayiste et bibliothécaire français. Son œuvre se compose d'ouvrages de littérature, mais aussi d'anthropologie, de philosophie, d'économie, de sociologie et d'histoire de l'art. Il ne considère jamais l'écriture comme une fin en soi, mais comme un moyen lui permettant, à travers ses récits, romans, essais philosophiques et revues, de témoigner de ses différentes expériences et fascinations : « Il faut vouloir vivre les grands problèmes, par le corps et par l’esprit. » Ainsi, sa vie et son œuvre se confondent, mêlant mysticisme et érotisme. À la croisée des savoirs et des grands débats idéologiques, philosophiques et anthropologiques, de son temps, son œuvre est à la fois littéraire et philosophique, multiple, hétérogène, marginale et échappe aux étiquetages : . D'autant plus qu'il s'est évertué à brouiller les pistes, ainsi qu'il le déclare lui-même dans son dernier entretien, accordé à Madeleine Chapsal en : « Je dirais volontiers que ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir brouillé les cartes [...], c'est-à-dire d'avoir associé la façon de rire la plus turbulente et la plus choquante, la plus scandaleuse, avec l'esprit religieux le plus profond ». Ce « brouillage » est d'autant plus manifeste en raison des multiples versions, manuscrits et dactylogrammes de ses textes, et aussi parce qu'il a souvent usé de pseudonymes pour signer certains écrits (récits érotiques) : Troppmann, Lord Auch, Pierre Angélique, Louis Trente et Dianus. Biographie Famille et éducation Le père de Georges, Joseph-Aristide Bataille, a épousé Marie-Antoinette Tournadre alors qu'il avait déjà 35 ans. Successivement économe de collège, employé à la maison centrale de Melun puis receveur buraliste, il a quarante-deux ans à la naissance de son deuxième fils : Georges. L'aîné de Georges, Martial, est celui qui va s'opposer à son frère lorsqu'en 1961 Bataille déclare dans une entrevue avec Madeleine Chapsal que son père était fou. Joseph-Aristide est atteint de syphilis, maladie qui s'est déclarée entre la naissance de ses deux enfants et qui progresse rapidement. À la naissance de Georges, il est déjà presque aveugle et ses membres sont paralysés, comme Bataille l'évoquera par le biais de la fiction, dans Histoire de l'œil (son premier récit publié, anonymement, en 1928) : Georges n'a que trois ans lorsqu'il est témoin des effets furieux de la maladie de son père : douleurs atroces, troubles des viscères, des sphincters, . Georges aime néanmoins ce père qui avait tout d'une « bête ». Il l'aime jusqu'à ce que son amour se transforme en haine quand commencent à se manifester les premiers signes de folie, que Georges constate vers 1911, à l'âge de quatorze ans, et qui se développent pendant que son frère Martial part au front. Ce qui explique les témoignages opposés des deux frères sur le père : Martial n'a pas assisté aux dernières années de vie de son père. L'aveugle criait des insanités à caractère sexuel au médecin venu le soigner, ainsi qu'à sa femme qui perdit la raison pendant un temps, selon les réminiscences de son enfance que rapportent indirectement, par allusionset par le biais de la fiction, certains récits de Bataille, en particulier la fin de Histoire de l'œil : . La famille est alors installée à Reims, sans doute parce que le père y a été muté, à une date imprécise (1898,1899, ou 1900). Toutefois, Marie-Antoinette survit à son époux une quinzaine d'années en compagnie de ses enfants et il n'est plus, ensuite, question de sa folie. De l'enfance de Georges, on sait peu de choses à l'exception des souvenirs qu'il livre de ses parents. Tous se rapportent d'abord à l'affliction du père. Bataille écrit qu'il s'est adonné au plaisir de l'auto-mutilation avec son porte plume « pour s'endurcir contre la douleur » dans Le Bleu du ciel, sans qu'il soit possible de distinguer la part autobiographique de ce récit et la part littéraire. Bataille ne l'a jamais écrit ouvertement, mais il a longtemps été convaincu que son père s'était livré sur lui à des attouchements incestueux, pédérastes, il aurait même parlé de viol. Un récit inédit, intitulé Le Rêve, décrit ainsi ce père : On a fini par convaincre Bataille que ces scènes n'avaient pas pu avoir lieu à la cave comme il le raconte, puisque son père était paralysé, mais il reste sans doute possible que certains gestes du père aient pu paraître obscènes à l'enfant. C'est cette atmosphère traumatisante que décrit Bernard Noël dans son récit La Maladie de la chair. Georges étudie au lycée de Reims jusqu'en classe de première, il poursuit ensuite au collège d'Épernay où il est pensionnaire à sa demande, il y obtient son premier baccalauréat en 1914. La foi en Dieu, conversion Beaucoup de choses sont difficiles à comprendre, voire inexplicables, dans la démarche de Bataille. Pour quelle raison affirme-t-il, en 1914, que ? Il a dix-sept ans à cette date, et rien n'explique pourquoi il découvre Dieu à ce moment-là : son père était irréligieux, sa mère indifférente. Il se convertit en à la cathédrale de Reims où il assiste aux offices du cardinal Luçon. Toutefois, il semble qu'il y ait désaccord des biographes sur la date du baptême de Georges Bataille. Dans l'édition de la Bibliothèque de la Pléiade, Marina Galletti mentionne la date du à Reims. Frédéric Aribit, dans André Breton, Georges Bataille : le vif du sujet, indique comme date du baptême 1898. Ce qui laisse supposer que les parents de Georges l'auraient fait baptiser un peu avant l'âge de un an, alors qu'ils étaient irréligieux ou indifférents à la religion. Cependant un autre essayiste donne une autre date : Pierre Prévost indique 17 ans pour l'âge du baptême de Bataille, et l'année 1914. Dès le mois de septembre de la même année, après la déclaration de guerre par l'Allemagne, Georges est évacué, avec sa mère et son frère, en même temps que les populations réfugiées à Reims depuis le début du mois d'août. Ils s'établissent à Riom-ès-Montagnes dans le Cantal, chez les Tournadre. Le père, incapable de se déplacer, a été laissé sur place, confié aux soins ponctuels d'une femme de ménage. Georges vit ce départ comme un abandon, il en ressentit une certaine culpabilité, d'autant qu'il ne reverra jamais son père vivant : Joseph-Aristide meurt le . Dans l'esprit de Bataille, la mort du père revient, par un cheminement de pensée complexe, à « la mort d'un dieu ». Sa conversion, passagère, est alors à assimiler à un rapprochement vers un Dieu de consolation. L'influence du christianisme sur sa pensée n'est pas simple à interpréter. Selon Michel Surya, « Georges Bataille ne fut jamais définitivement athée (jamais du moins au sens où l'athéisme ne fut pas pour lui une question), ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de Dieu, pas davantage parce que Dieu est mort, mais parce qu'il y a plus fort que Dieu : plus fort parce qu'aveugle (« Dieu dans son infirmité est aveugle quand voir est mon infirmité »), aveugle et fou. Joseph-Aristide Bataille, à sa façon, était la “folie” de Dieu. » À Riom, Georges mène une vie pieuse dans la maison de ses grands-parents Tournadre. Il passe son temps en promenades et en études, et il prépare son second baccalauréat. Il n'y a que de rares témoignages sur lui à cette époque : il aime chasser, pêcher les truites à mains nues. Entre dix-sept et vingt trois ans, on le présente plutôt comme un jeune homme modèle, déférent. Le premier texte qu'il écrit en 1918 est un livre pieux, courte plaquette publiée à Saint-Flour : Notre-Dame de Rheims (sic). Il envisage de devenir prêtre, ce dont son oncle Victor le dissuade. Il passe tout de même une année scolaire, d' à au séminaire de Saint-Flour, qu'il quitte à la fin de la guerre pour entrer à Paris à l'École nationale des chartes où il est admis en . Avant d'entrer au séminaire, il est brièvement mobilisé en 1916 et renvoyé en 1917 pour raisons de santé: des problèmes pulmonaires ont été détectés. Notre-Dame de Rheims n'est pas à compter dans l'œuvre littéraire de Bataille : anecdotique, autobiographique, il reste seulement un témoignage précis de la jeunesse de l'auteur. L'image des ruines de Notre-Dame de Reims, encore debout, peut être vue comme le symbole de la foi dressée contre l'irréligion, mais inversement, assimilée à l'image de la mère, ses ruines sont aussi le symbole inconscient du doute et de l'abandon : À Paris, il se plonge dans Le Latin mystique de Remy de Gourmont, qui devient son livre de chevet, et Odon de Cluny. Mais, bien que très pieux et très austère, il ne pousse pas aussi loin le déni de la chair que le préconisent Odon de Cluny et Remy de Gourmont. Évolution du jeune homme Bataille a vingt-deux ans lorsqu'il tombe amoureux de Marie Delteil, fille de Jules Delteil, médecin de sa mère, et dont il va demander la main. Expérience douloureuse pour lui comme pour Marie : la demande est refusée en raison des craintes du père sur l'hérédité de Bataille. Déstabilisé, Georges, qui a déjà un penchant pour les femmes, écrit à sa cousine Marie-Louise Bataille le : En 1920, le jeune homme hésite entre voyager ou vivre en reclus. Il est attiré par l'Orient, mais son premier voyage l'emmène en Angleterre pour un séjour d'étude au British Museum de Londres. À cette occasion, il passe trois jours à l'Abbaye de Quarr dans l'île de Wight, séjour fortuit qui n'a aucune influence sur sa décision : entre l'agitation et la contemplation, c'est l'agitation qui l'emporte, semble-t-il. Lors de son séjour à Londres, il rencontre Henri Bergson, et lit Le Rire qui est une grande déception pour lui. Il revient sur cet événement important à deux reprises, la première fois dans L’Expérience Intérieure : Il y revient plus longuement dans une conférence de 1953 : Non-savoir, rire et larmes : Après son séjour sur l’île de Wight, il abandonne sa vocation monastique, mais selon Michel Surya, l'abandon de la foi semble plus difficile à dater précisément : . Jean-Jacques Roubine précise que c'est peu à peu qu'il va découvrir . Il soutient, en 1922 (30, et février), une thèse sur L'ordre de la chevalerie, conte en vers du , avec introduction et notes. Reçu deuxième de sa promotion, il est nommé archiviste paléographe, et comme tel, il est envoyé à l'École des hautes études hispaniques de Madrid, actuelle Casa de Velázquez. À Madrid, Bataille, toujours croyant, reste isolé ; il continue de rêver de l'Orient qui reste son seul but. Il décrit son projet dans une lettre à Marie-Louise Bataille : aller au Maroc. Il n'a pas encore découvert l'Espagne qu'il verra plus tard « grave et tragique » et son peuple « angoissé ». Enfermé dans sa piété, qu'il efface par la suite en lui superposant l'image d'une danseuse de flamenco, qu'il allait voir chaque soir et dont il dit, en 1946 : Bataille s'ennuie. Deux événements le sortent de sa torpeur : la prestation d'un chanteur de flamenco à Grenade, et une corrida du à Madrid où le matador Manuel Granero est mutilé par le taureau qui lui défonce l'œil droit. Le torero meurt, il a à peine vingt ans. Toutefois cette horrible scène ne déclenche pas l'effroi immédiat chez Bataille qui était placé trop loin pour voir. Il va ensuite recréer cet événement en imagination, d'après les récits qu'on lui fait. Plus tard, dans Histoire de l'œil, il consacre un chapitre à cet épisode sanglant intitulé : L'œil de Granero. À ce moment sans doute, naît en lui ce plaisir mêlé d'angoisse qu'il décrit ainsi : De retour à Paris, en 1923, Bataille se lie d'amitié avec le vaudois Alfred Métraux auquel il expose une forme de morale cynique (Le Joyeux cynique), acquise par les lectures de Gide, Nietzsche et Dostoïevski. Métraux observe chez son ami une forme de « conversion », un éloignement de toute piété. État d'esprit qui s'amplifie avec la fréquentation de Léon Chestov qui le guide dans sa lecture de Nietzsche et de Platon : Ainsi, l'ancien idéaliste qui envisageait de se faire représentant de Dieu devient bientôt le plus violent de ses apostats. Chestov lui communique sa philosophie de la tragédie. Bataille étudie toute l'œuvre de Chestov, son intention de publier cette étude ne sera jamais menée à bien. En revanche, il cosigne avec Teresa Beresovski-Chestov la traduction d'un livre de Léon Chestov intitulé L'Idée de Bien chez Tolstoï et Nietzsche, philosophie et prédication, qui paraît en 1925 aux Éditions du Siècle. Il est probable que Bataille s'est surtout chargé de la mise en français, sa connaissance du russe étant très rudimentaire. C'est de cette année que date sa « conversion à rebours », faisant l'expérience que Nietzsche avait faite avant lui : . Vers le surréalisme et la débauche 1924 est une année-clé dans la carrière et l'évolution politique de Bataille. Breton est alors entouré Ceux-là participent au Bureau de recherches surréalistes du rue de Grenelle. Masson, Leiris, Fraenkel ont une influence considérable sur le futur philosophe, même si Bataille ne se considérait pas comme philosophe et sur sa prise de conscience politique, jusque-là très limitée. Mais le Manifeste du surréalisme lui a semblé illisible, l'écriture automatique, ennuyeuse, Breton prétentieux et conventionnel, Aragon décevant. Nommé bibliothécaire au Département des Médailles de la Bibliothèque nationale cette même année, il rencontre Michel Leiris peu avant son adhésion au surréalisme. Les deux hommes nouent une profonde amitié. Leiris le décrit comme un dandy « très bourgeoisement vêtu », qui « n'avait rien d'un bohème » . Leiris a laissé ses impressions sur sa première rencontre avec Bataille en 1924 : Bataille est alors, comme il l'écrit plus tard, dans une période « décousue ». Il trouve Dada « pas assez idiot », l'idée d'entrer dans le surréalisme comme on entre en religion lui déplaît déjà. Il aime agiter des idées avec Leiris et Jacques Lavaud, et envisage alors de fonder avec ses compagnons « un mouvement Oui, impliquant un perpétuel acquiescement à toutes choses et qui aurait sur le mouvement Non, qu'avait été Dada la supériorité d'échapper à ce qu'a de puéril une négation systématiquement provocante. » Déjà « schismatique en puissance » comme le qualifie André Masson, Bataille n'a que faire de la moralisation de Breton. Le futur « pape du surréalisme » réunissait rue Fontaine un certain nombre d'amis, tandis que Masson et sa joyeuse bande de la rue Blomet, composée notamment de Joan Miró, Antonin Artaud, Georges Limbour, Leiris, formaient déjà un foyer de dissidence, prônant la liberté sexuelle, contrairement à Breton. Une autre annexe dissidente s'est également formée rue du Château, dans un pavillon remis à neuf grâce à Marcel Duhamel, qui s'y installe en compagnie de Jacques Prévert et Yves Tanguy. Bataille fréquente les deux au moment où paraît la revue Surréalisme, dirigée par Yvan Goll, à laquelle participent notamment Antonin Artaud, Robert Delaunay, Guillaume Apollinaire (en annexé), Pierre Reverdy, Joseph Delteil. La revue Surréalisme créée par Yvan Goll dans « l'évident dessein de couper l'herbe sous les pieds de Breton » s'ouvre à chaque parution avec un Manifeste du surréalisme, dont Maurice Martin du Gard écrit dans Les Nouvelles littéraires du qu'ils sont moins discutables que celui de Breton, lequel s'est approprié le néologisme surréalisme forgé par Apollinaire en 1917. Le groupe de la rue Blomet se rallie d'abord à celui de la rue du Château, puis au printemps 1924 à la rue Fontaine. Mais les surréalistes comptent alors plusieurs chapelles qui ne trouvent pas toutes à s'exprimer. Dès 1925, Bataille, qui juge mal Breton tout en l'admirant, est pratiquement le seul à ne pas lui faire allégeance. Sans le savoir, il dispose déjà d'une influence certaine. Il faut tous les efforts de Michel Leiris pour l'amener à collaborer à La Révolution surréaliste à partir d'. Car malgré son admiration pour les surréalistes, Bataille perçoit déjà chez eux un idéalisme ainsi qu'un engourdissement dont il craint qu'il ne le gagne lui-même. Et à travers l'attitude hautaine d'Aragon à son égard, Bataille perçoit déjà la supercherie du surréalisme. En 1925, Bataille écrit des récits historiques : L'Ordre de la chevalerie, qu'il propose à la Société des anciens textes français qui le refuse, ainsi que Bérinus un récit en prose se déroulant au , refusé également par la Société. L'année suivante il commence à donner des articles savants à la revue Aréthuse, en même temps qu'il poursuit son œuvre de fiction avec des textes scandaleux et secrets, dont rien n'est encore publié. Il s'agit notamment d'une nouvelle W.C., texte « violemment opposé à toute dignité » dont il prétend avoir brûlé le manuscrit, mais dont Michel Leiris estime qu'il l'a réutilisé sous d'autres formes, dans une des multiples versions du Bleu du ciel, et qu'il l'a également en partie re-publié en 1945, dans Dirty. Depuis son arrivée à Paris, Bataille s'est peu à peu lancé dans une débauche qui étonne son ami Leiris. Courant de maison close en maison close, il mène une vie dissolue de débauché et buveur. Michel Surya résume cette période en disant qu'alors, pour Bataille, . Dès 1926, il devient le philosophe débauché qui écrit à la première page de lHistoire de l'œil : . À cette époque, Bataille s'adonne aussi à la boisson et au jeu. L'aspect obsessionnel de ses écrits inquiète le docteur Camille Dausse, qui suggère à l'écrivain une psychanalyse auprès du docteur Adrien Borel, psychiatre qui a fondé la Société psychanalytique de Paris et qui reçoit de nombreux artistes parmi lesquels Raymond Queneau, Colette Peignot, Michel Leiris. Cette analyse dure un an, Bataille la déclare peu orthodoxe, mais néanmoins bienfaisante. Le docteur Borel lui montre des photos du supplice de Fou-Tchou Li, découpé vivant. L'image du supplicié rappelle à Bataille le visage torturé de son père, elle jouera un rôle essentiel dans la « méthode de méditation » de l'écrivain. En 1927, il rencontre Sylvia Maklès, juive roumaine née en France, actrice issue de l'académie Charles Dullin, qu'il épouse le de l'année suivante. Il continue à fréquenter les boîtes et les bordels . Il quitte l'appartement où il vivait avec sa mère et son frère 85 rue de Rennes. Le couple s'installe avenue de Ségur, et par la suite rue Vauvenargues puis à Boulogne-sur-Seine avant de s'établir à Issy-les-Moulineaux. Ils ont une fille prénommée Laurence, née le , cinq mois après la mort de sa grand-mère. On sait peu de choses sur la vie privée des deux époux, si ce n'est que Georges Bataille n'était pas de nature fidèle. On sait également qu'il souffrit lorsqu'ils se séparèrent en 1934 et qu'il attendit 1946 pour divorcer : . Il a en effet très peu écrit sur son mariage. Selon Laurence Bataille, le personnage d'Édith dans Le Bleu du ciel est sans aucun doute celui de la femme de Bataille. Michel Surya précise : . Évoquant la mort de sa mère, le , et les scènes du cadavre maternel présentes dans ses textes, Michel Surya interroge : . Il avait vécu avec elle jusqu'à l'âge de 31 ans. Dans un de ses textes, Bataille fait dire crûment à Louis Trente, auteur pseudonyme du récit intitulé Le Petit : , scène qui réapparaît dans Le Bleu du ciel. Elle est plus développée encore dans un court texte des Écrits posthumes : . De l'avis de Michel Surya, n'en est pas moins « un hommage ». Dans Ma Mère (inachevé), qui est une sorte de prolongement de Madame Edwarda, le thème de l'érotisme maternel et incestueux est encore évoqué : . Bataille, qui est dès lors obsédé par la mort (), s'éloigne un temps de ses plus proches amis. Un épisode de la vie de l'auteur inspire en partie deux récits : Madame Edwarda et surtout Sainte, court récit posthume et inachevé, publié aux Éditions Léo Scheer. Bataille s'était épris d'une prostituée, Violette, qu'il voulait sortir de sa condition, mais il ne la revit plus après plusieurs visites car elle avait été déplacée. Cet épisode secret a été livré dans un entretien de Michel Surya avec Diane Bataille (née Diane de Beauharnais Kotchoubey) qui précise que Bataille avait dépensé la presque totalité de l'héritage de sa mère pour faire sortir Violette. L'engagement politique, les revues La revue Documents Dans le but d'élargir le mouvement, accroître ses membres et pallier les exclusions-défections (Roger Vitrac, Antonin Artaud, Max Ernst, Joan Miró entre autres exclus), Breton convoque un symposium auquel Bataille est invité. Invitation qu'il décline avec cette phrase : « Beaucoup trop d'emmerdeurs idéalistes. » L'idéalisme est désormais l'ennemi . En 1929, dans le Second manifeste du surréalisme, Bataille est violemment pris à partie par Breton tout comme Vitrac, Masson, Desnos et l’ensemble du « groupe Bataille », qui réplique en 1930 par un pamphlet très virulent intitulé Un Cadavre. La revue Documents va devenir une machine de guerre en réponse aux attaques de Breton. Bataille en est le secrétaire général, Georges Limbour le secrétaire de rédaction, l'équipe est composée de Michel Leiris et d'autres transfuges dont Vitrac, Robert Desnos. Initialement conçue et créée par Georges Wildenstein, fils du marchand d'art Nathan Wildenstein, au début de l'année 1929, pour concurrencer les Cahiers d'art de Christian Zervos, la revue Documents fait appel à Jean Babelon et Pierre d'Espezel, ex-directeurs de la revue Aréthuse à laquelle Bataille a donné des articles sur la numismatique. Toutefois, ce n’est pas par l’intermédiaire de Babelon et Espezel que Bataille et Leiris sont introduits dans la revue, mais par le muséologue Georges Henri Rivière, qui travaille au Musée d'ethnographie du Trocadéro aux côtés de son directeur Paul Rivet, et les présente à Wildenstein. Leiris et Bataille forment rapidement un groupe composé d’André Schaeffner, Robert Desnos, Jacques Baron, Georges Ribemont-Dessaignes, Roger Vitrac, André Masson, Jacques-André Boiffard, puis plus tard, Jacques Prévert. Parmi les contributeurs à la revue, se trouve aussi le tout jeune Claude Lévi-Strauss qui n'est pas encore ethnologue et qui signe « Georges Monnet, Député de l'Aisne » (dont il était secrétaire) un article sur Picasso, intitulé « Picasso et le cubisme », étonnamment élogieux pour le peintre, que le jeune critique encense, alors même qu'il déteste le cubisme, et par la suite, Picasso. La revue est conçue au départ comme une revue scientifique, revue d'art, d'histoire de l'art, et d'ethnographie, dont Carl Einstein est le coordonnateur, donnant à l'ethnographie une place prépondérante qui justifie un des sous-titres de la revue : « Doctrine, archéologie, beaux-arts, ethnographie. » Les trois articles de Bataille dans les premiers numéros sont les plus prudents. Le premier intitulé « Le cheval académique », paru en , est une critique de l'esthétique liée aux ; le deuxième, paru dans le numéro 2 de , ne fait que remarquer en passant . Le troisième article sur « le langage des fleurs » (numéro 3 de ) est particulièrement « retors ». Mais les précautions des trois premiers numéros vont vite laisser la place à des articles beaucoup plus véhéments ; en particulier l'article compte-rendu de la Revue nègre au Moulin-Rouge, intitulé « Black Birds », est l'occasion pour Bataille de ne plus s'en tenir à aucune réserve : Un des articles les plus véhéments, intitulé « Figure humaine », raille les notions de forme et de ressemblance, qui gouvernent les canons de l'esthétique traditionnelle, établissant une esthétique paradoxale fondée sur ce que Georges Didi-Huberman a nommé « la ressemblance informe » ; « une contre-histoire de l'art » qui, dans « son rapport aux images », « son savoir des images », « son jeu avec les images » met en œuvre une « critique de toute substantialité de l'image ». Dans « Figure humaine », Bataille soutient qu'il y a des hommes, dans leur diversité et leurs « écarts », mais pas de « nature humaine », décrivant l'espèce humaine comme une « juxtaposition de monstres »- ce qu'il énoncera plus tard ainsi : « Ma conception est un anthropomorphisme déchiré ». La révolte commence là. D'autres articles plus violents vont suivre, déplaçant les critères de beauté et de goût vers ceux du désir et de l'intensité, notamment « Le gros orteil », paru dans le numéro 6 de Documents, qui excite « la rage de voir » la vie humaine dans « un mouvement de va-et-vient de l'ordure à l'idéal et de l'idéal à l'ordure » : Documents devient une revue de contre-culture dirigée contre le surréalisme. Tout en utilisant les armes de l’érudition traditionnelle, la revue tend à produire une contre-histoire de l’art, et se présente comme un véritable défi à la critique d'art traditionnelle et à l'ethnographie, dont elle utilise pourtant les méthodes, avec la collaboration de plusieurs ethnographes et anthropologues. Le contenu de la revue est très diversifié, allant de l'étude des peintures pariétales à la peinture contemporaine et, tout en suivant une « méthodologie de méditation en ethnographie », explore aussi des territoires inattendus tels que le jazz, le music-hall, les instruments de musique, les dessins d'enfants, la bande-dessinée, ou « l'ethnologie de l'art ». Carl Einstein entreprend une « étude ethnographique d'André Masson » qui résume assez bien l'orientation « toutes directions » de la revue qui accueille aussi les peintres Pablo Picasso, Fernand Léger, Joan Miró, Salvador Dalí, Jean Arp, Giorgio De Chirico, Chaim Jacob Lipchitz, Georges Braque. À l'époque où le Musée d'ethnographie du Trocadéro est dirigé depuis 1927 par Paul Rivet, les ethnologues de la revue réclament une nouvelle conception du musée, fondée sur un retour au concret qui préfigure ce que Claude Lévi-Strauss appellera « le musée d'anthropologie ». Ayant pour ambition d'embrasser la totalité d'une civilisation, selon le principe de « fait social total » introduit par Marcel Mauss, ils critiquent une esthétique qui privilégie la forme aux dépens de l'usage : selon Marcel Griaule, l'ethnographie doit « se méfier du beau, qui est bien souvent une manifestation rare, c'est-à-dire monstrueuse, d'une civilisation ». Cette nouvelle muséologie consiste à privilégier ce que Bataille appelle « la valeur d'usage », contre « l'art pour l'art » et « la valeur d'échange » ; c'est ainsi qu'il conçoit le musée comme un lieu où l'humanité se déshabille (comme le bordel) : « Un musée est comme le poumon d'une grande ville : la foule afflue chaque dimanche dans le musée comme le sang [...] Le musée est le miroir colossal dans lequel l'homme se contemple enfin sous toutes les faces ». Documents se situe alors au croisement de trois réseaux : les conservateurs, les ethnologues, et les dissidents surréalistes. Carl Einstein est en particulier très attaché à l’ethnologie et à l’histoire de l’art. Bataille appartient statutairement au groupe des « conservateurs » qui n'était rattaché que de loin au « surréalisme dissident » et n'avait aucun lien avec le groupe des ethnologues, ce qui explique quelques frictions avec Carl Einstein, ethnologue avant tout. Il est entouré d'une équipe hétéroclite qui comprend des peintres (Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Salvador Dalí), des poètes, (Vitrac et Desnos) et des fidèles comme Leiris. Avec eux, la revue Documents se fait le chantre d'une contre-culture, incluant les images et le cinéma, encouragée en cela par les apports de Robert Desnos, mais aussi de Marie Elbé qui ouvre la voie, avec son article sur Gustave Courbet, à ce que le peintre appelait « la réhabilitation du laid » : Bataille retourne les concepts d’érudition et d'esthétique en s’intéressant aussi à la culture de masse : Fantômas et Les Pieds nickelés font partie de sujets traités, interrogeant ainsi la nature de l’érudition. Dès le second numéro, les réticences de Carl Einstein semblent avoir fléchi. Il participe activement à l'élaboration d'un « Dictionnaire critique » qui devient une rubrique régulière nourrie par lui, puis presque exclusivement par Bataille, Leiris, Desnos, Marcel Griaule et Jacques Baron. Les initiateurs en sont Bataille et Leiris. Dans le numéro 3 de La Révolution surréaliste, en 1925, Leiris avait commencé un glossaire: « Glossaire j'y serre mes gloses ». Dans le même esprit, il travaille avec Bataille à un dictionnaire de mots « informes » qui se présente comme une enquête ethnographique sur le langage, redéfinissant certaines notions, en les soustrayant aux définitions abstraites, pour les rendre à leurs aspects « concrets ». L'article « Informe » (Documents, , ), un des plus courts de la revue, en est la « véritable clé de voûte », car Bataille y « expose de manière presque théorique, mais aussi ludique, le point nodal de la critique des “formes” culturelles de signification, et éclaire de façon générale les enjeux esthétiques » de sa pensée : « un dictionnaire, écrit-il, commencerait à partir du moment où il ne donnerait plus le sens mais les besognes des mots. ». La civilisation aztèque a toujours hanté l'imaginaire de Bataille, qui est aussi fasciné par les sacrifices humains. Le sujet apparaît explicitement dans la revue Documents, dans le numéro 4 de 1930, avec des illustrations de sacrifices aztèques (« Sacrifices humains du Centre-Amérique », article de Roger Hervé), et quelques années plus tard dans La Part maudite (1949). C'est d'ailleurs à partir de son texte « L'Amérique disparue », paru en 1928 dans L'Art précolombien. L'Amérique avant Christophe Colomb, et ses articles sur la numismatique parus auparavant dans Aréthuse, que Bataille réussit à convaincre Georges Wildenstein de financer la revue Documents. Dans Documents, le combat contre l'idéalisme et le surréalisme se trouve amplifié. Il s'agit de déconstruire le discours officiel de l'histoire de l'art et d'élaborer une forme de marginalité. Dans le numéro 4, le sous-titre « Doctrines, archéologie, beaux-arts et ethnographie » fait aussi l'objet de l'ajout « Variétés, Magazine illustré », et Bataille y écrit trois articles dont le ton revient à nier l'existence d'une nature humaine. Son anti-idéalisme s'y déchaîne : Ainsi naît la « machine de guerre contre le surréalisme », selon l'expression de Michel Leiris, qui est surtout une « machine de guerre » contre Breton. Néanmoins, en quinze numéros, pas une fois le nom de Breton n'est cité. La revue Minotaure La revue Minotaure est fondée à Paris par l'éditeur Suisse Albert Skira. Dirigée à ses débuts par le critique Tériade, elle se présente comme un magazine éclectique qui réserve une place importante aux maîtres de l'art moderne. Mais ce qui la caractérise très rapidement, c'est la place et l'influence grandissante de Breton et de ses amis. Elle paraît en 12 numéros de à . C'est une revue artistique et littéraire qui entend « exprimer les tendances les plus caractéristiques de l'activité contemporaine » selon la formule de présentation, aussi bien dans le domaine des sciences que celui des arts plastiques ou de la poésie. Skira fait appel à Bataille qui a dû renoncer à Documents en 1931. La revue accueille des signatures de surréalistes, alors que, selon André Masson, le premier projet de Skira visait à confier la revue aux « dissidents du surréalisme, à l'exclusion de ceux qui étaient restés fidèles à Breton. » Mais progressivement, la revue est devenue de plus en plus surréaliste, en particulier sous la pression de Picasso, tout en étant très éclectique. Le est ainsi consacré à la mission Dakar-Djibouti à laquelle participent Paul Rivet, Marcel Griaule et Michel Leiris. Le titre lui-même de la revue revient tantôt à Georges Bataille et/ou André Masson, ou bien à Roger Vitrac (qui faisait aussi partie de Documents), comme le pense Jean Starobinski. Selon Michel Surya, À partir du de la revue, le « phagocytage » par les surréalistes commence. Le rapprochement entre les deux « camps », que Skira souhaitait dès le départ pour la revue, mais auquel Éluard s'était farouchement opposé dans une lettre à Valentine Hugo le () sera très étroit par la suite. Il faut attendre le pour trouver la seule contribution de Bataille publiée dans la revue Minotaure : un court texte de trois pages intitulé « Le Bleu du ciel », paru en , et écrit deux ans plus tôt, texte qui sera repris dans son essai L'Expérience intérieure (1943), et en partie dans le roman éponyme paru en 1957. Mais le goût de Bataille pour les monstres et pour les ténèbres finit sans doute par gagner insidieusement Minotaure, y faisant pénétrer cette « fascination angoissée », comme le souligne Michel Surya, citant Starobinski. Ainsi, malgré l'emprise des surréalistes, c'est tout de même sa « méthode » (celle appliquée dans Documents) qui marque Minotaure de son empreinte. José Pierre écrit que l'influence de Bataille demeure repérable « dans tout ce qui trahit une indéniable fascination pour l'horrible, mais également à travers un certain type d'analyse où une apparente rigueur scientifique sert en fait une approche du genre “frénétique” ». . L'ombre de Bataille, qui plane sur la revue et que Breton ne peut cette fois exclure, représente pour Michel Surya le triomphe de Bataille. Malgré cela, certaines encyclopédies présentent Minotaure comme une revue surréaliste. Elle a été publiée en 13 numéros sortis en 11 livraisons, les couvertures illustrées respectivement par Picasso, Derain, Bores, Duchamp, Dalí, Matisse, Magritte, Ernst, Masson. Le sommaire de tous les numéros est accessible en ligne sur le site Revues Littéraires qui présente l'ensemble année par année. Le contenu de cette revue offre au public un très large choix artistique : Man Ray donne ses photos dans chaque numéro. Certains numéros ne sont pas dénués d'humour comme le numéro 8, de , où Dali traite à sa manière des préraphaélites anglais est un monument de « surréalisme spectral de l'éternel féminin préraphaélite ». Il y développe l'idée que « la lenteur de l'esprit moderne est une des causes de l'heureuse incompréhension des préraphaélites ». Cet esprit canulardesque ne peut toucher Bataille qui reste éternellement étranger à un monde qui n'est pas le sien, trop snob, trop affecté. Minotaure ne lui appartient pas, la revue n'appartient pas non plus très vite ni à Skira, ni à son associé Tériade, qui cherchaient surtout à développer une revue d'art luxueuse. Le phagocytage de la revue par André Breton et les surréalistes correspond à une « aubaine ». Il coïncide avec le moment où Le Surréalisme au service de la révolution publie son dernier numéro le , et où les surréalistes n'ont plus d'organe où s'exprimer. Breton signale, dans la présentation d'un programme de conférences Ce que Nadeau traduit par : , puisqu'en effet, aucune revue surréaliste n'a succédé à S.A.S.D.L.R. Les surréalistes, qui collaborent à Minotaure, ont vu dans cette luxueuse revue d'art une publication à leur mesure. Dès l'élimination de son directeur (Tériade), la publication devient un organe surréaliste au service de l'art. Les illustrations en constituent la partie la plus importante. Y participent : Jean Arp, Hans Bellmer, Victor Brauner, Salvador Dalí, Paul Delvaux, Óscar Domínguez, Max Ernst, Alberto Giacometti, René Magritte, Joan Miró, Wolfgang Paalen, Roland Penrose, Man Ray, Remedios Varo, Kurt Seligmann, Yves Tanguy. Le moment où Breton lui-même se range dans la catégorie « artiste », dans les manifestations artistiques, notamment l'Exposition universelle de 1937, marque l'avortement du mouvement surréaliste. Minotaure, dévoré par ce mouvement, le dévore à son tour. L'intermède révolutionnaire : Contre-Attaque Au début des années 1930, Bataille est membre du Cercle communiste démocratique fondé et dirigé par Boris Souvarine qui avait été exclu du parti communiste en 1924, et qui se déclarait « communiste indépendant. » Ce cercle est indissociable du premier « Cercle communiste Marx et Lénine » auquel Souvarine adhère avant de fonder la revue La Critique sociale à laquelle Bataille collabore, toujours en franc-tireur et rapidement désapprouvé par certains membres du « groupe Souvarine ». Ce groupe comprend notamment des figures engagées comme Amédée Dunois ou Pierre Kaan, qui ont collaboré au « Bulletin communiste », ainsi qu'un groupe d'idéologues, d'économistes Bataille est entouré d'autres transfuges du surréalisme, Raymond Queneau, Michel Leiris, qui vont aussi former plus tard le groupe Bataille, soutenant Bataille lorsque Souvarine se montre réservé sur certains sujets, comme c'est le cas pour La Notion de dépense que Souvarine publie sans l'approuver. Une autre figure importante de La Critique sociale est Colette Peignot, compagne de Souvarine. Elle a un rôle déterminant dans l'orientation politique de la revue et elle signe ses articles du pseudonyme de « Claude Araxe ». Elle se détache de cet « hétéroclite rassemblement ». Sous son influence, Souvarine accepte de laisser place aux positions peu homogènes de Bataille. Mais il le considère comme un « hérétique » et à partir de 1941 il l'accable d'accusations lui reprochant d'être un adepte « de ce “nazi fuligineux” qu'était Heidegger. » Souvarine poursuit encore longtemps Bataille de sa hargne avec « d'ignobles médisances » dans le prologue à la réimpression de La Critique sociale en 1983. Jean Piel réserve une réponse cinglante à Souvarine dans le de la revue Critique de mai 1984 dans un article intitulé « Quand le vieil homme trempe sa plume dans le fiel » . À cette époque le Cercle communiste démocratique n'est pas la seule organisation que fréquente Bataille. Il se rend aussi aux réunions de Ordre Nouveau, mouvement anti-capitaliste, anti-bolchevik, anti-parlementariste, pro-ouvrier (il demande l'abolition du prolétariat), corporatif, fondé par Arnaud Dandieu et Robert Aron. Dans le premier cercle se trouvent Alexandre Marc (Lipianski), Gabriel Marcel, Jean Jardin, Claude Chevalley, Daniel-Rops et Jacques Naville. Le premier manifeste de ce groupe est paru en 1930. La revue L'Ordre nouveau créée en est dirigée par Dandieu (qui avait travaillé avec Bataille à la Bibliothèque Nationale) jusqu'à sa mort en août de la même année. Si Bataille n'a jamais rien publié dans cette revue, ni rédigé aucun tract pour le groupe, il a aidé à l'écriture du livre de Dandieu et Aron : La Révolution nécessaire (1933). Michel Surya précise qu'il aurait notamment participé au chapitre « Échanges et crédits » dont les éléments se retrouvent aussi dans La Notion de dépense. Simone Weil conteste la présence de Bataille dans le Cercle communiste démocratique. Elle attend pour y entrer qu'on lui explique comment on peut cohabiter quand on entend par révolution des choses différentes. Elle veut parler de Bataille et d'elle-même. Elle a d'ailleurs écrit une lettre où elle expose très précisément ses griefs dont le plus important est: Bataille donne à La Critique sociale trois articles majeurs dont un sur le cri de mort des émeutes. Souvarine prend soin de dégager la responsabilité de la revue sur cette parution. Bataille reprend le texte en 1949 sous le titre La Part maudite En paraît un autre article important de Bataille : La Notion de dépense suivie de La Structure psychologique du fascisme. Le fascisme est le problème de l'État, il est à proportion de la dégénérescence du monde bourgeois : . André Thirion considère La Notion de dépense comme un texte « majeur de ce siècle » lorsqu'il le relit en 1946, alors que jusque-là, il n'avait pas fait grand cas des écrits théoriques de Bataille. Bataille participe à la « pittoresque et inefficace » manifestation du cours de Vincennes le avec les membres de ce qu'il appelle son organisation (qui pourrait être le groupe Masses auquel Bataille aurait adhéré, selon Marc Richir dans Texture , hypothèse non confirmée). L'orientation politique de Masses est incertaine bien que située à l'ultra-gauche, et ouverte aussi bien aux marxistes qu'aux non-marxistes. L'adhésion de Bataille à Masses pourrait avoir commencé en et pris fin en . Selon lui, la manifestation du cours de Vincennes est un échec. À ses yeux, le mouvement ouvrier européen se trouve engagé dans une impasse. La suite de l'Histoire lui donnera tort avec l'arrivée du Front populaire, puis raison avec l'arrivée d'Hitler. Masses est dirigé par René Lefeuvre, administré par Jacques Soustelle, et soutenu par Simone Weil. Bataille y rencontre Dora Maar. En novembre 1935 alors que la parution de La Critique sociale a cessé l'année précédente, et que Bataille vient d'écrire Le Bleu du ciel, il fonde le mouvement « Contre-Attaque » qu'il dirige avec André Breton, avec lequel il s'est provisoirement réconcilié. Cette réconciliation donne la mesure de l'urgence, comme Bataille l'écrit lui-même dans une lettre à Roger Caillois : . Contre-Attaque. Union de lutte des intellectuels révolutionnaires est signé à la fois par Bataille et André Breton, avant la rupture entre les deux hommes. Contre-Attaque est un mouvement hétéroclite. La première ligne du premier tract indique : « Violemment hostiles à toute tendance, quelque forme qu’elle prenne, captant la Révolution au bénéfice des idées de nation ou de patrie, nous nous adressons à tous ceux qui, par tous les moyens et sans réserve, sont résolus à abattre l’autorité capitaliste et ses institutions politiciennes ». Contre-Attaque pose aussi des problèmes symptomatiquement absents de toute idéologie révolutionnaire pudibonde. Bataille entraîne le groupe avec des appels à la violence. La première réunion publique a lieu le , la première manifestation publique le . Mais le Front populaire et les dissensions internes à Contre-Attaque auront raison de ce qui avait justifié le mouvement. Contre-Attaque disperse ce que Bataille avait réussi à sauver du groupe Souvarine. Le divorce entre Breton et Bataille devient définitif Bataille précise ce qu'est le mouvement hétéroclite « Contre-Attaque » dans plusieurs tracts : Il déclare encore dans « La patrie ou la terre » (article co-écrit avec Pierre Kaan) : Jean Piel avait amicalement surnommé « Contre-Attaque » « le mouvement fana. » La revue Acéphale En 1936, Bataille fonde la revue Acéphale. Quatre numéros sur cinq sont publiés sous la direction de Georges Ambrosino, Pierre Klossowski et Georges Bataille. Le texte préliminaire de Bataille, intitulé « La conjuration sacrée », précise le sens du mot « Acéphale ». Il s'agit d'un être mythologique : Le , daté du , avec une couverture dessinée par André Masson, porte le titre de Conjuration sacrée. Il est édité par Guy Lévis Mano. En décembre de la même année, dans la collection Acéphale, Bataille publie Sacrifices pour accompagner cinq eaux-fortes d'André Masson (achevé trois ans plus tôt) est un ensemble de cinq eaux-fortes d'André Masson, accompagné d'un texte de Bataille. Peu après la parution du premier numéro de la revue, . Le () porte le titre Nietzsche et les fascistes (en couverture), ou Réparation à Nietzsche (sur la page du sommaire). Il dénonce les falsifications de l'œuvre de Nietzsche par les nazis et les fascistes. Les articles sont signés de Bataille, Jean Wahl, Roger Caillois, Jean Rollin, Jules Monnerot, Pierre Klossowski ; le numéro 3-4 (), illustré de quatre dessins par Masson, est consacré à Dionysos et comprend « Dionysos philosophe » par Jules Monnerot, « Les Vertus dionysiaques » par Roger Caillois, « Don Juan selon Kierkegaard » par Pierre Klossowski et « Chronique nietzschéenne » par Georges Bataille La « Note sur la fondation d'un Collège de Sociologie » parait sans la signature de Michel Leiris parmi la liste des participants. Aucun numéro dAcéphale ne paraît en 1938. Michel Leiris et Maurice Heine avaient pourtant rédigé un texte sur l'érotisme qui était censé paraître dans le numéro 4. Cette même année 1938, dans la collection de livres « Acéphale », dirigée par Bataille, parut Miroir de la tauromachie de Michel Leiris aux éditions Guy Lévis Mano. Le numéro 5 (), titré Folie, Guerre et Mort, est anonyme, et comprend « La Folie de Nietzsche », « La Menace de guerre » et « La Pratique de la joie devant la mort », sorte d'exercice spirituel à l'usage d'un mystique athée. Entièrement écrit par Bataille, ce dernier numéro à paraître en 1939 fut préparé, mais finalement ne fut pas publié. . Surya remarque à son propos : Henri Dubief, qui a conservé les textes de Pierre Dugan, indique déjà l'orientation d'Acéphale qui est à la fois le projet d'une communauté et celui d'une religion, assez éloignée de la définition donnée par la suite par Georges Bataille. Cette communauté comprenait les membres suivants : Isabelle Farner, connue plus tard sous le nom de sculpteur Isabelle Waldberg, Georges Ambrosino, Pierre Klossowski, Patrick Waldberg, et peut-être aussi : Jacques Chavy, René Chenon, Henri Dubief, Pierre Dugan, Henri Dussat, Imre Kelemen. D'autres rejoindront le groupe plus tard. Mais une chose est certaine : Acéphale était d'abord un projet de religion, « farouchement religieux », selon la propre expression de Bataille dans « La conjuration sacrée ». La société secrète Acéphale se distingue de la revue homonyme. Les biographes et les critiques ne donnent pas tous les mêmes dates, ni les mêmes noms concernant les membres des trois communautés : Acéphale, Collège de sociologie, et Société de psychologie collective. Le Collège de sociologie était une activité externe à Acéphale, dont le numéro 3/4 (juillet 1937) fait paraître une « Déclaration relative à la fondation d'un “Collège de sociologie” ». L'imbrication des trois communautés n'est pas claire, et Michel Surya insiste sur la part d'inconnu sur laquelle repose la légende d'Acéphale : En réalité, on sait peu de choses sur la société secrète Acéphale, dans laquelle la folie de Georges Bataille s'est déchaînée au point que Michel Leiris lui écrit en : Acéphale (la société secrète) était le projet d'« une communauté », et d'une « religion », comme Bataille l'écrivit lui-même dans ses notes en commençant Le Coupable (projet de préface à La Somme athéologique) : « je me croyais alors, au moins sous une forme paradoxale, amené à fonder une religion », projet qu'il qualifie d'« erreur monstrueuse », ce qui ne l'a pas empêché d'aller jusqu'au bout du possible, dépassant les limites, atteignant « l'illimité possible de la pensée », pour fonder une religion paradoxale : une religion de la mort de dieu. Est en même temps réaffirmée la place majeure que représente Nietzsche dans l'esprit de la communauté, comme de la revue : « La voix orgueilleuse et brisante de Nietzsche reste pour nous annonciatrice de la Révolution morale qui vient, la voix de celui qui a eu le sens de la Terre... Le monde qui naîtra demain sera le monde annoncé par Nietzsche, le monde qui liquidera toute la servitude morale. » En effet, c'est sous la figure tutélaire de Nietzsche, mais aussi Sade, Kierkegaard, Dionysos, Don Juan ou Héraclite, qu'Acéphale célèbre une exaltation tragique et dionysiaque de la vie, jusque dans la cruauté et la mort, comme le résume Michel Surya : « Nietzsche, le seul dans la communauté duquel [Bataille] ait vraiment vécu [...] Acéphale, entreprise convulsive, tragique - “monstrueuse” dira-t-il même après coup [...] mais nommément nietzschéenne. » En 1936, Bataille écrit dans « La conjuration sacrée » : . Cette déclaration n'est pas la présentation de la revue Acéphale, mais celle de la société secrète homonyme dont Acéphale (revue) est le versant profane (exotérique), voire le prétexte, comme l'écrit Surya . , dont les premières réunions, d'après le souvenir de Pierre Prévost, auraient eu lieu dans une brasserie de la rue du Quatre-Septembre, la brasserie Gambrinus . Plus précisément, le au café du Grand Véfour, après un exposé de Caillois, qui développera le thème de « l'agressivité comme valeur », Bataille lit le sien, axé sur « l'angoisse de la violence » et une vision de « l'existence dans son ensemble » : l'homme étant « en proie à l'agressivité - à l'agressivité du dehors comme à la sienne propre [...] tous les comportements de l'homme qui sont en rapport avec l'ensemble de l'existence et non avec les fragments qui se trouvent dans l'activité utile sont des réactions en présence de l'agressivité. » Le groupe avait son journal intérieur, un mémoire, où étaient consignés ses activités et les textes écrits par ses membres. Marina Galletti ajoute dans une note que ce mémoire « révèle également les noms des ». Avant l'exhumation et publication par Marina Galletti de tous les documents, lettres, textes rituels, serments, mémorandums existants, l'histoire d'Acéphale nous est parvenue par le biais des témoignages de Pierre Klossowski et de Patrick Waldberg, qui publia un texte sur son expérience dans la société secrète longtemps après les faits, rapportant notamment les rencontres dans la Forêt de Marly. Depuis, outre ce témoignage, de nombreux documents inédits relatifs à la société secrète (lettres et textes de Bataille surtout), relatant ces réunions nocturnes, leurs interdits, les rituels, ont été découverts, rassemblés et annotés par Marina Galletti sous le titre : L'Apprenti Sorcier, textes, lettres et documents 1932-1939 (La Différence, 1999). Selon Michel Surya, ce livre « fait à peu près toute la lumière possible sur Acéphale », mais « pour décisifs que soient les faits établis par celui-ci, ils ne modifient pas sensiblement l'interprétation que j'en avais proposé. Tout au plus accentuent-ils le caractère de violence aiguë d'Acéphale, lui restituant sa vraie mesure. » Michel Surya précise (mais c'était avant la publication de L'Apprenti Sorcier) que On peut inscrire certains rites d'Acéphale (communauté secrète) dans la mythologie de cérémoniaux initiatiques archaïques. À ce sujet, le témoignage de Pierre Klossowski est un des rares à lever le voile : « Le motif de la méditation suggérait sinon la forme matérielle d'un sacrifice rituel, du moins l'invocation de quelque célébration de celui-ci, sous les espèces d'un spectacle dont seuls les membres de notre société eussent été les témoins. » Michel Leiris a qualifié ces rites de « canulardesques », ainsi qu'il l'a déclaré dans un entretien avec Michel Surya. L'un consistait en un refus de serrer la main aux antisémites, l'autre en la commémoration place de la Concorde de l'exécution de Louis XVI, parce que selon Bataille, D'autres rites étaient culinaires : un repas quotidien dont le vin était proscrit. Un autre rite consistait à prendre le train gare Saint-Lazare pour aller jusqu'à Saint-Nom-la-Bretèche où la communauté allait dans la forêt pour faire brûler du soufre au pied d'un arbre foudroyé, signe de mort brutale. Un des rites les plus réguliers était une réunion nocturne, les jours de pleine lune, dans la forêt de Marly, non loin de Saint-Germain-en-Laye, autour de cet « arbre foudroyé » (qui rappelle le chêne sacré dont Dianus avait la garde dans le bois de Némi) et dans les ruines de l'ancienne forteresse de Montjoie. La notion de « lieu sacré » est au centre de ces rituels et réunions, et selon une mythologie de la forêt, de l'arbre acéphale et du « dieu qui meurt », faisant référence à James George Frazer, « c'est dans ce double lieu saint, comme l'explique Marina Galletti, que - annoncé par le surhomme nietzchéen, par l'homme intégral de Sade et par le rex nemorensis de Frazer - prend forme le mythe de l'homme acéphale, mythe d'une souveraineté qui, associant sa décapitation à celle de Dieu le père, se dessine “comme alternative, mais aussi comme portée extrême du politique”. »Chaque membre recevait un court billet résumant les moyens de s'y rendre. Chacun arrivait en silence et les nouveaux initiés, surnommés « larvae » par Bataille, étaient conduits en silence par Georges Ambrosino au point de réunion. Bernard Noël évoque la cassure des rapports entre Bataille et Leiris à ce moment-là. Longtemps avant Acéphale, Bataille avait souhaité fonder d'autres sociétés secrètes. L'une d'elles avait été envisagée dès 1925 (ou 1926) avec Masson, Leiris et un émigré russe nommé Nicolai Bakhtine (frère de Mikhaïl Bakhtine), et conçue à partir de principes nietzschéens avec une tendance religieuse orphique. « Leiris avait alors proposé de donner à cette société le nom de “Judas” », mais l'idée fut abandonnée. Quelque temps après Acéphale, les discussions et les écrits de la communauté trouvent un écho dans les fragments, non publiés du vivant de Bataille, du Manuel de l'Anti-Chrétien, vision du monde et d'une religion anti-chrétienne, à la fois tragique et mythique, dans la lignée de l'esprit nietzschéen, énoncée notamment dans un texte intitulé « Les onze agressions » : « 1- La chance contre la masse. 2- L'unité communielle contre l'imposture de l'individu. 3- Une communauté élective distincte de la communauté de sang, de sol et d'intérêts. 4- Le pouvoir religieux du don de soi tragique contre le pouvoir militaire fondé sur l'avidité et la contrainte. 5- L'avenir mouvant et destructeur de limites contre la volonté d'immobilité du passé. 6- Le violateur tragique de la loi contre les humbles victimes. 7- L'inexorable cruauté de la nature contre l'image avilissante du dieu bon. 8- Le rire libre et sans limite contre toutes les formes de piété hypocrite. 9- L'“amour de la destinée”, même la plus dure contre les abdications des pessimistes ou des angoissés. 10- L'absence de sol et de tout fondement contre l'apparence de stabilité. 11- La joie devant la mort contre toute immortalité. » Il est arrivé à Bataille de souhaiter l'irrémédiable, un sacrifice humain qui liât les conjurés, mais l'irrémédiable n'a pas eu lieu, surtout parce qu'aucun membre n'était volontaire, et que seul Bataille se présentait pour être sacrifié, ce que les trois autres membres présents ont refusé. C'est Patrick Waldberg qui rapporte les faits : « la dernière rencontre au cœur de la forêt nous n'étions que quatre et Bataille demanda solennellement aux trois autres de bien vouloir le mettre à mort, afin que ce sacrifice, fondant le mythe, assurât la survie de la communauté. cette faveur lui fut refusée. Quelques mois plus tard se déchaînait la vraie guerre qui balaya ce qui pouvait rester d'espoir » ; ajoutant ce commentaire : « Jamais peut-être n'avaient été associés un aussi formidable sérieux à une puérilité aussi énorme en vue de porter la vie à un certain degré d'incandescence et d'obtenir ces “instants privilégiés” auxquels nous aspirions depuis l'enfance. » Roger Caillois était absent, mais c'est pourtant à lui, et à Patrick Waldberg, que l'on doit les premiers témoignages sur Acéphale. En ce qui concerne les membres de la société secrète, Michel Surya tente de distinguer ceux qui y participèrent effectivement, et ceux qui en rapportèrent les faits. D'où une certaine confusion : Caillois raconte lui-même, dans un entretien, que Bataille lui aurait confié le rôle de sacrificateur ; mais ce témoignage paraît aussi douteux que ceux des autres « témoins » sur la question du « sacrifice humain », Michel Surya faisant ce commentaire : « On imagine assez mal Bataille confier à un non-“conjuré” le rôle majeur du sacrificateur dans cette cérémonie extravagante. » Plus tard, Bataille prit conscience de sa « monstrueuse intention », celle de fonder une religion, ce qu'il exprimera ainsi : , qui consistait à « tout mettre en jeu ». Mais Michel Surya lève toute ambiguïté sur cette déclaration de Bataille, précisant qu'il n'a jamais fait allusion à un sacrifice humain : ce que Bataille qualifia plus tard de « monstrueux ce n'est pas ce projet de sacrifice (jamais il n'a avoué l'avoir eu), mais celui de fonder une religion. » Avec l'invocation de la mort, Mais bientôt Bataille n'est plus que chagrin devant la maladie de sa compagne Colette Peignot, connue sous le pseudonyme de Laure. Elle est également surnommée « la Laure de Georges Bataille ». Il est entouré par quelques rares amis pendant l'agonie de la jeune femme : . Bataille avait rencontré Laure en 1931 alors qu'elle vivait avec Boris Souvarine. Il en devient le compagnon en 1935 alors qu'il ne reste à la jeune femme, atteinte de tuberculose, que trois années à vivre. Elle meurt en effet le à huit heures quinze le matin, et son décès met en présence deux clans : d'un côté Bataille et ses amis, de l'autre la famille Peignot, très chrétienne, qui espérait un retour des mécréants dans le giron de l'Église. Lors de son agonie, tous se demandent s'il va faire un signe de croix, les uns avec espoir, les autres avec crainte. Leiris fera un signe de croix à peine esquissé, mais Bataille reste ferme sur ses positions agnostiques, et quand il est interrogé sur la possibilité d'une cérémonie religieuse, affirme que Collège de sociologie et Société de psychologie collective En 1937, Bataille participe aux deux « institutions savantes » : le Collège de sociologie et la Société de psychologie collective. Fondée à partir de groupes d'études d'ethnographie psychologique, la Société de psychologie collective est directement reliée aux deux autres groupes (Acéphale et le Collège). Elle réunit les docteurs René Allendy et Adrien Borel, ainsi que Paul Schiff, Pierre Janet, Michel Leiris et Bataille. Pierre Janet est le membre le plus connu, Bataille est vice-président, Allendy est secrétaire-trésorier. La Société a pour but d' Au programme du Collège de sociologie les trois premiers sujets sont l'étude du pouvoir, celle du sacré et celle de la mort, et ces sujets doivent embrasser « l'activé totale de l'être », position intenable selon Michel Leiris qui expose son opinion dès 1939 dans une lettre adressée à Bataille. Plus tard, Bataille décrit le Collège de sociologie comme une activité extérieure à la revue Acéphale ; néanmoins, le Collège donne des conférences sur des thèmes qui sont au cœur dAcéphale : le sacré, les mythes, Hegel, la tragédie, le chamanisme, la révolution entre autres. Denis Hollier a rassemblé tous les textes des conférences, les documents et discussions relatifs au Collège dans son recueil Le Collège de Sociologie. 1937-1939 (Gallimard, 1979, nouvelle édition augmentée en 1995), comprenant les textes de Georges Bataille, Roger Caillois, Georges Duthuit, René M. Guastalla, Pierre Klossowski, Alexandre Kojève, Michel Leiris, Anatole Lewitzky, Hans Mayer, Jean Paulhan, Denis de Rougemont, Jean Wahl (et autres). Au début de l'année 1937, les réunions préparatoires du Collège de sociologie eurent lieu dans un café, à l'époque poussiéreux, du Palais-Royal, le Grand Véfour. En , Bataille s'exprima sur « l'Apprenti sorcier », Roger Caillois lut une esquisse de son texte « Le vent d'hiver ». Le numéro 3 de Acéphale publia une « Note sur la Fondation d'un Collège de Sociologie », signée de Bataille, Caillois, Ambrosino, Klossowski, Monnerot, Libra. Michel Leiris était très ostensiblement absent de la liste et pour cause : sa première participation ne commencera qu'en , avec une conférence intitulée « Le Sacré dans la vie quotidienne ». La première conférence du Collège de sociologie intitulée : « La sociologie sacrée et les rapports entre “société”, “organisme” et “être”, se tint le , dans l'arrière-boutique d'une librairie (les Galeries du livre) au 15 rue Gay-Lussac. Roger Caillois précise les enjeux : Bataille propose une interprétation de la société comme « être composite dont chaque partie est égale au tout ». Par la suite, Avec Acéphale, Bataille a en vue la fondation d'une sorte d'« église » qui devait fonctionner comme une société secrète, dont les membres se donnaient rendez-vous dans la forêt pour débattre et avaient l'interdiction de parler à quiconque des conversations tenues là. Leiris a été sceptique dès le début, très vite, il prend du recul, la direction du collège de sociologie se réduit alors à deux membres : Caillois et Bataille. En concurrence avec Bataille qui règne sur Acéphale, Caillois entend régner sur le Collège de Sociologie : Puis Bataille reste seul à la tête de cette entreprise Leiris dénonce alors Bataille avec lequel il se brouille, et Caillois l'abandonne. . La Société de psychologie collective compte notamment Michel Leiris, Bataille et Georges Duthuit. Bataille y a donné sa première conférence le intitulée « Attitude devant la mort », indiquant ainsi l'importance du sujet. Elle n'a duré qu'une année, le collège deux années, la revue Acéphale deux ans. La fin du collège de sociologie en 1939 est d'une part due à la guerre : d'autre part à 'abandon de Bataille par les co-initiateurs du projet : Caillois est parti en Argentine, et Michel Leiris s'est retiré, fâché. Bataille prononce donc seul le discours du , devant l'auditoire du collège . La pensée de Bataille, au moment du Collège Postulant qu'il existe au cœur de tout lien social des forces violentes [... ] Pendant la guerre et l'après guerre Les inimitiés et les attaques La première attaque est lancée dans un tract du intitulé Nom de Dieu !, destiné à ridiculiser Bataille par des membres du groupe surréaliste La Main à plume qui l'affublent du titre de « Monsieur le Curé », ou encore le « chanoine Bataille ». Michel Surya juge l'intérêt de ce pamphlet « anecdotique. Faible littérairement autant que confus [...] il ne témoigne que de l'embarras et de la hargne où Bataille continue de jeter un certain nombre de ses contemporains [...] » Selon lui, il s'agit . Ce tract visait surtout la collaboration de Bataille à la revue Messages. Il écrit dans une lettre, de , à son collègue de la Bibliothèque nationale Jean Bruno : « J'ai vu un tract surréaliste qui me met violemment en cause après la publication de mon livre ; je suis traité de curé, de chanoine... Pas d'intérêt sinon comique. » D’autres encore attaquent violemment L’Expérience intérieure, comme le très chrétien Gabriel Marcel : . Mais le plus virulent est Jean-Paul Sartre qui qualifie l’ouvrage « d’essai-martyre ». Il décèle dans l’ouvrage l’influence de Nietzsche, et de Pascal. Bataille est très affecté par l’agressivité de Sartre. Le différend entre les deux hommes ne s’estompa jamais complètement bien que, par la suite, Sartre se fut montré plus attentif aux propos de Bataille, et plus amical. Georges Bataille lui-même reconnaît que s'il a été traité de « nouveau mystique », il en est lui-même responsable : En , Bataille s'installe à Vézelay avec Denise Rollin et son fils âgé de quatre ans. Michel Fardoulis-Lagrange, rencontré deux ans plus tôt et recherché par la police pour présomption de propagande communiste, les rejoint dans leur maison. C'est là qu'il achève son troisième livre, Le Grand Objet Extérieur. Sylvia Bataille et son compagnon (futur mari) Jacques Lacan, pour lesquels Bataille a réservé à quelques pas de chez lui, une grande maison sur la place de la basilique, devaient les y rejoindre, ce qui ne se fit pas. Seule Laurence, fille de Georges et de Sylvia, rejoint son père, et habite avec lui. Elle a alors treize ans. La maison est pauvre et vétuste, Bataille y séjourne de mars à . Celle qu'il a réservée pour Lacan et Sylvia est finalement occupée par Diane Kotchoubey de Beauharnais qui s'y installe avec sa fille. Diane vient d'être libérée d'un camp d'internement près de Besançon. C'est grâce à une invitation lancée par le mari de Denise Rollin, de passage à Vézelay pour voir son fils, que Bataille et Diane se rencontrent et qu'ainsi Bataille se trouve partagé entre deux relations amoureuses : Diane et Denise. Mais dès , de retour à Paris, il se sépare de Denise et se trouve de la sorte sans logement. Grâce à Pierre Klossowski, il trouve refuge dans l'atelier du peintre Balthus qui est le frère de Klossowski. Dans cet atelier, que Jean Piel qualifie de grenier, il vit caché pour échapper à l'ire du mari de Diane qui, bien décidé à tuer l'amant de sa femme, renonce finalement en apprenant que Bataille est malade (il est tuberculeux). Il n'y eut qu'une brève échauffourée dont Bataille ne fait le récit nulle part. En 1944 Bataille rencontre souvent Sartre chez Michel Leiris. Une sorte d'estime mutuelle a remplacé l'agressivité, sans qu'il y ait réelle amitié entre les deux hommes. Il rencontre aussi Henri-François Rey avec lequel il forme le projet d'écrire un scénario de film pour enfin gagner quelque argent. Selon Henri-François : En , Bataille quitte Paris pour s'installer à Samois-sur-Seine, non loin de la maison de Bois-le-Roi où Diane Kotchouny réside. Cela fait maintenant deux ans qu'il est atteint de tuberculose pulmonaire. Il doit se rendre à Fontainebleau pour y recevoir des soins. Diane l'accompagne parfois, mais Bataille est souvent seul. C'est aussi l'époque où il écrit (entre 1942 et 1944) son récit sans doute le plus scandaleux, Le Mort, qui ne sera publié qu’en 1964, après sa mort. Il écrit aussi Julie, curieux livre qui ne sera publié que de manière posthume (dans le tome IV des Œuvres complètes) et dans lequel la guerre est très présente, ce que commente ainsi Michel Surya : Les amitiés et les travaux communs Bataille est en zone libre dès , mais dès le début du mois d'août, il s’installe de nouveau à Paris au 259 rue Saint-Honoré. Il habite tantôt là, tantôt chez Denise Rollin, sa nouvelle compagne depuis 1939, et avec laquelle il vit jusqu’en 1943. Denise habite 3 rue de Lille, c’est dans son appartement que vont avoir lieu à partir de 1941 des réunions d’amis de Bataille autour du projet du Collège d'Études socratiques. À cette époque, Bataille écrit Madame Edwarda, L'Expérience intérieure et Le Coupable. Pierre Prévost présente Maurice Blanchot à Bataille en . Dans les années 1930, Blanchot est un journaliste « plutôt de droite et même très à droite » : il écrit pour le Journal des débats, Le Rempart, Combat, L'Insurgé. Il partage certaines idées de Emmanuel Levinas, son camarade d'études, et c'est à cette époque qu'il publie son premier roman Thomas l'obscur (1941) et travaille à son essai Faux pas. , aux éditions du Solitaire (nom d'éditeur inventé), en décembre 1941. Le pseudonyme de Pierre Angélique renvoie Angèle de Foligno, auteur du Livre des visions et instructions. Michel Surya souligne la complexité des rapports entre Bataille et Blanchot : Bataille a dix ans de plus que Blanchot, il a déjà une carrière derrière lui, Blanchot en est à ses premières publications. C'est aussi aux positions politiques de Bataille que Blanchot le maurrassien se ralliera. mais c'est à un tout autre niveau qu'il est intéressant de situer la rencontre des deux hommes. L'un et l'autre sont seuls, ont perdu tout lien avec leur communauté. Et ce besoin de communauté pourrait être le lien le plus fort : . L'amitié avec Bataille, Blanchot l'évoquera dans son essai L'Amitié (1971), sera indéfectible, jusqu'à la mort de Bataille, avec une exigence commune quant à la littérature, au silence qui lui est lié, et un souci de l'autre marqué du sceau de la discrétion, Blanchot étant très attaché au retrait de l'auteur et à son effacement personnel. Les citations (dans les essais de Bataille ou de Blanchot) de l'un ou de l'autre, comme les dédicaces en sont une illustration éloquente, Blanchot écrivant ainsi dans une de ses dédicaces à Bataille : « le seul proche dans l'extrême lointain ». Bataille avait d'ailleurs un projet d'études, abandonné, intitulé « Les récits de Maurice Blanchot », et envisagea d'inclure dans le deuxième volume de la Somme athéologique un essai intitulé « Maurice Blanchot ». En effet, Bataille admire beaucoup Blanchot et subit même une certaine influence de sa part (dont témoigne L'Expérience intérieure, avec notamment l'idée que l'autorité s'expie). Blanchot est par ailleurs le premier à écrire un compte rendu de L'Expérience intérieure en 1943. Bataille a terminé Madame Edwarda en octobre 1941, se consacrant aussitôt à un petit texte Le Supplice qui deviendra la partie centrale de L'Expérience intérieure, premier livre publié sous son nom réel d'auteur, Georges Bataille (mis à part la plaquette Notre-Dame de Rheims, en 1918). De nombreux projets communs sont prévus. Bien peu verront le jour. Ce qui compte pour Bataille en 1941, ce sont les discussions informelles, les échanges d'idées, la communauté d'idées qu'ils explorent ensemble. Ils décident de créer un groupe : le collège Socratique, dont les deux maximes essentielles pour Bataille sont « connais-toi toi-même » et « Je ne sais qu'une chose: c'est que je ne sais rien » ce qui, ironiquement était à la base de « l'Expérience intérieure » et du « Non-savoir ». Bataille établit un programme de conférences dont les sujets vont de la condition physique à la philosophie, de la religion, à la tradition poétique. Bataille donne aussi des lectures partielles de L'Expérience intérieure qu'il est en train d'écrire. Chaque membre se présente à chaque séance. La première réunion a lieu dans un restaurant rue de Ponthieu, la deuxième dans les locaux de la Jeune France, une association culturelle soutenue par le gouvernement de Vichy, puis finalement dans l'appartement de Denise Rollin. Les lectures-débats organisées par Bataille réunissent deux cercles d’assistants. Le premier comprend Queneau, Leiris, Fardoulis-Lagrange, le deuxième Pierre Prévost, Xavier de Lignac, Petitot. Maurice Blanchot fait partie des deux groupes. Ces réunions semblent, selon les témoignages de Fardoulis et de Prévost, avoir consisté pour l’essentiel en des lectures de passages de L’Expérience intérieure, suivies de débats autour de questions se rattachant à cet ouvrage publié en 1943. Les réunions se poursuivent jusqu’en . Cette communauté d’amis, communauté inavouable, se révèle bientôt un échec, Michel Surya parlant de « la communauté de l'impossible à l'impossible communauté ». Il n'est pas certain que l'amitié avec Blanchot ait été très avouable, au moins à cette époque ; comme le remarque Mathieu Bietlot, Néanmoins, si la correspondance connue et publiée entre les deux hommes est si minime, il convient de mentionner que c'est dû au fait que Blanchot a toujours refusé, sauf exceptions, de rendre publique sa correspondance; Michel Surya précise que « selon Diane Bataille, le plus grand nombre des lettres écrites par Maurice Blanchot à Georges Bataille aurait intentionnellement été détruit par celui-ci avant sa mort. Maurice Blanchot aurait d'ailleurs fait de même (aux termes d'un accord qui les liait ?) des lettres reçues de Bataille dès qu'il apprit la mort de celui-ci. » Cependant c'est encore avec Blanchot que Bataille s’engage dans un nouveau projet en 1944. Il fonde un cahier intitulé Actualité, avec Pierre Prévost, qu'il souhaite au départ développer en une collection d'essais chez Calmann-Lévy, et qui devait donner lieu à plusieurs parutions. Le premier volume intitulé L'Espagne libre couvre les dix ans de l'histoire espagnole qui ont suivi la guerre civile. Le second propose d'étudier sous l'angle international les questions économiques et les sciences sociales, le troisième envisage une étude des rapports entre la littérature et la politique en France. Pierre Calmann-Lévy n'accepte de publier que le premier volume, préfacé par Camus, et qui comporte entre autres les signatures de Bataille, Blanchot, Albert Ollivier, Roger Grenier, Federico García Lorca, W. H. Auden. Blanchot assurant la direction, sa présence est assez importante, comme en témoigne une lettre qu'il envoie à Bataille en 1946 pour lui réclamer un article en retard. Ce cahier traitant de politique, et en particulier de l’Espagne, ne comporte qu’un seul volume qui est édité en 1946 aux éditions Calmann-Lévy. Il est intitulé L’Espagne libre. Albert Camus déclare dans la préface : . La question de l’Espagne est d’ailleurs une blessure faite à toute l’Europe. Elle met en cause la question démocratique. Et selon Jean Cassou qui laisse éclater sa rage, c’est en Espagne qu’a commencé la tragédie européenne. La présence de Maurice Blanchot à la direction d' Actualité témoigne du retournement politique qu'il a opéré pendant la guerre. En 1937, il s'était montré violemment antirépublicain, très hostile à Léon Blum et à la politique d'aide aux « rouges » espagnols. La Revue Critique En 1946, Bataille est présenté à Maurice Girodias à l'automne 1945 par Pierre Prévost. Girodias accepte de fonder avec Bataille la revue Critique que Sylvie Patron décrit comme « une encyclopédie de l'esprit moderne ». Elle porte en sous-titre Revue générale des publications françaises et étrangères et paraît en . L'objectif est de publier des études sur tous les livres considérés comme importants en France comme à l'étranger afin de constituer un « condensé de la production imprimée du monde entier ». Sous la direction de Bataille, le comité de rédaction comprend Maurice Blanchot, Jules Monnerot, Pierre Josserand, Albert Ollivier et Éric Weil. Critique est une somme, les études publiées sont beaucoup plus longues et plus complètes que de simples comptes-rendus critiques. Maurice Girodias, directeur des Éditions du Chêne, a d'abord proposé à Pierre Prévost la création de cette revue. La proposition a rebondi de Prévost à Blanchot et à Bataille, qui forme le projet d'une mise en débat des idées. Mais Critique, dont le titre initial donné par Bataille était Critica, ne devait pas être une revue d'idées pures, mais de commentaires critiques de livres d'idées, d'où le titre finalement choisi. Lors d'un entretien que Bataille donne le au Figaro littéraire, qui fait suite au prix de la meilleure revue décerné à Critique par les journalistes, la notion d'engagement politique est écartée a priori. Dans ce même entretien, Bataille précise qu'il s'agit de chercher « les rapports qu'il peut y avoir entre l'économie politique et la littérature, entre la philosophie et la politique », et déclare avoir emprunté à l'une des plus anciennes revues françaises le Journal des savants, l'idée d'une Critique paraît à un moment où la compétition est dure dans le monde de la presse. Des journaux comme Combat (de gauche) et la revue Esprit (tendance catholique) sont bien établis. À cette époque, la revue de Sartre, Les Temps modernes, est prédominante dans les milieux intellectuels, car elle défend la « littérature engagée », avec des plumes prestigieuses. Critique n'a aucune ligne précise : Pierre Prévost et Albert Ollivier y rejettent le communisme tandis que Éric Weil le défend, Blanchot est au centre, rejetant le rejet du communisme, tout comme Bataille qui tient la même position centriste. Les querelles sont vives au sein de la rédaction ; par exemple Éric Weil s'oppose aux publications des ouvrages du marquis de Sade, alors que Bataille s'en fait le défenseur. À partir de 1950, la revue est éditée par Les Éditions de Minuit. Bataille y publie de très nombreux articles dont certains sont ensuite rassemblés, remaniés ou augmentés, dans des essais à part entière. En 1947, Bataille se trouve au plus près de l'analyse rationnelle de la situation économique. Il soutient le plan Marshall de Truman. 16 pays étaient alors réunis à Paris. De cette réunion naît en l'OCDE, d' à les États-Unis ont fourni à l'Europe douze milliards de dollars pour 5/ sous forme de don, et 1/6 sous forme de prêt. Dans le numéro 8-9 de janvier-février de Critique, il formule de manière prémonitoire l'ébauche d'un projet d'aide que Marshall rend public le . Ainsi le mouvement normal et nécessaire de l'activité américaine devrait aboutir à l'équipement du globe entier, sans contrepartie selon Bataille. Mais tout en encourageant le plan Marshall, il « défend » tout à coup l'Union soviétique, cherchant à comprendre la partition du monde en deux blocs. Bataille est désemparé, de nouveau désespéré. Il hait la bourgeoisie. Mais que valent les communistes ? Bataille les définit ainsi : ils offrent « le saut dans la mort », mais quiconque ne le fait pas est assimilable à un bourgeois. Bataille lui-même refuse de se rallier à la bourgeoisie, mais refuse aussi de faire le saut dans la mort ; il cherche à « comprendre comment le monde soviétique, lourd, exténué, coercitif, est un monde de servitude ; un monde où il n’y a d’autre possible que le travail ». Mais il s’insurge contre la plate protestation morale, inefficace avant guerre, inefficace aujourd'hui. Si le Kremlin cherche une domination mondiale, il ne suffit pas de s'en indigner, il faut agir : la paix n’est possible qu’armée. Bataille ne sera jamais pacifiste. « On mesure mal à quel point il est vain de proposer ce monde-ci au repos. Repos, sommeil ne pourraient être à la rigueur que prodromes de la guerre. » C’est finalement une chance pour l’Occident que l’Union soviétique fasse peser sur lui la crainte d’une menace, cela le fait échapper à la paralysie. La menace se résume en trois points : la « police secrète » ; le « bâillonnement de la pensée », les « camps de concentration ». À partir de là, Bataille abandonne l’ethnologie et la politique pour se consacrer davantage à l’économie, dans une approche anthropologique, ce qu'il nomme « l'économie générale », avec le projet sous-jacent, qu'il caressa toute sa vie, d'écrire une histoire universelle. Ainsi, à l'encontre de l'économie classique, mêlant réflexions sur le pouvoir, la politique, la religion, l'économie, la métaphysique, la physique et la biologie, La Part maudite (publiée aux Éditions de Minuit en 1949) apparaît comme un vaste projet de repenser le monde et l'humanité à partir de « la notion de dépense ». C'est ainsi que Bataille conclut son essai par des propos iconoclastes, car « il s'agit, selon lui, d'en arriver au moment où la conscience cessera d'être conscience de quelque chose. En d'autres termes, prendre conscience du sens décisif d'un instant où la croissance (l'acquisition de quelque chose) se résoudra en dépense, est exactement la conscience de soi, c'est-à-dire une conscience qui n'a plus rien pour objet. [...] Il s’agit pour un homme de ne pas être seulement une chose, mais d’être souverainement. ». Michel Surya y voit « la première tentative d'une métaphysique de la marchandise », qui inspirera par la suite de nombreux penseurs des sciences humaines, économistes, philosophes, anthropologues ou sociologues. Et il fait le commentaire suivant : De Vézelay à Orléans Si, pendant l'année 1944 l'activité littéraire de Bataille à Samois a été intense (il a écrit de nombreux poèmes dont L'Alleluiah, poème d'amour destiné à Diane, publié en 1947) à Vézelay, où il s'établit de 1945 à 1949, sa création littéraire est faible. Il écrit beaucoup pour Critique. En 1947, il publie notamment Méthode de méditation, L'Alleluiah, catéchisme de Dianus, Histoire de rats (Journal de Dianus), Haine de la poésie (qui sera rééditée en 1962 sous le titre L'Impossible, suivi de Dianus et de L'Orestie). Il écrit en 1948 une Théorie de la religion qui est annoncée pour 1949, mais ne paraîtra pas de son vivant. L'essentiel de son travail consiste à remanier, augmenter et rassembler certains textes en une somme cohérente pour donner suite à deux grands projets : d'une part prolonger La Part maudite, avec L'Histoire de l'érotisme (1950-1951, première version de L'Érotisme) et La Souveraineté (1953-1954), dont ne parurent que quelques chapitres donnés à des revues ; et d'autre part réunir ses grands essais « philosophiques » écrits pendant la guerre. C'est ainsi qu'il rassemble L'Expérience intérieure, Le Coupable, Méthode de méditation et Sur Nietzsche sous le titre La Somme athéologique. Bataille reste alors un certain temps sans écrire, mais forme un grand nombre de projets dont celui d'une Histoire universelle, à laquelle il songe depuis 1934, et dont il compte faire une histoire de l'art. De ce projet naîtront La Peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l'art et Manet en 1955, L'Érotisme en 1957 et Les Larmes d'Éros en 1961. Dès , Bataille écrit à Albert Camus pour lui dire qu'il souhaite rassembler les articles qu'il a publiés sur lui dans Critique, sous le titre Albert Camus : moralité et politique. Il se propose de situer Camus par rapport à Nietzsche et Sade, entre surréalisme et existentialisme, entre le stalinisme et le plan Marshall. Camus est parmi les visiteurs de Carpentras à partir de 1949. Et en 1951, Bataille fait paraître un article dans le numéro 55 de décembre de Critique pour défendre L'Homme révolté contre les attaques de Breton, ainsi que dans le numéro 56 de janvier. Mais pendant toute la période de Vézelay, il est isolé et se débat dans des problèmes d'argent. Selon Jean-Jacques Pauvert, Bataille était alors au bord de la mendicité, ayant brûlé le patrimoine que sa mère lui avait laissé en 1930, ce qui le pousse à reprendre son emploi de bibliothécaire. Chaque fois qu'il parle de cette nouvelle situation, il en souligne le caractère d'obligation, répétant qu'il a dû se faire bibliothécaire, regrettant de ne pouvoir se consacrer à sa revue Critique. En 1949, Bataille reçoit sa nomination de conservateur à la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras où il s'installe de 1950 à 1951. Le chartiste, qui a fait toute sa carrière à la Bibliothèque nationale, est en disponibilité depuis sept ans à cause d’une tuberculose. Il arrive à Carpentras avec Diane Kotchoubey de Beauharnais, qu'il épouse en 1951. Là, il invite ses amis Albert Camus et René Char, directeurs de la revue Empédocle, ainsi qu'Albert Béguin, cofondateur de la revue et Jacques Dupin, secrétaire de rédaction, avec lequel il se lie d’amitié. Il y publie Comment dire ? La période de Carpentras est l'une des plus difficiles dans la vie de Bataille. Ni Diane Kotchoubey ni lui-même ne s'y plaisaient vraiment. L'éloignement de Paris et de ses amis lui était pénible bien qu'il assistât aux corridas de Nîmes en compagnie de René Char, Pablo Picasso, Claude Lefort, et Michel Leiris, qui avait été le témoin de mariage de Georges Bataille avec Sylvia Maklès en 1928. Lorsqu'il était conservateur de la Bibliothèque Inguimbertine, Bataille aurait réuni une importante collection d’ex-votos, en particulier ceux de Saint Gens. Son fonds aurait servi de support au court-métrage du CNRS intitulé : Saint Gens, patron des fiévreux et fidèle intercesseur de la pluie et du beau temps, tourné par Jean Arlaud à Monteux et au Beaucet. Des lettres de cette période témoignent d'une grande dépression : « Je sors d'une période d'une grande apathie » ; La solitude de Bataille entre 1949 et 1951 est celle d'un homme contraint de reprendre un emploi à regret, dans une ville qu'il n'aimait pas. La suspension de Critique le jette dans une vacuité intellectuelle. Aussi demande-t-il sa mutation pour Orléans, qu'il obtient à l'été 1951. Au cours de l’année 1950, ses rencontres avec René Char, son voisin de l'Isle-sur-la-Sorgue, débouchent sur une estime et une amitié sincères. Peu après le lancement de la revue Critique que dirige Bataille, le poète lui avait écrit : « Toute une région majeure de l’homme dépend aujourd’hui de vous ». René Char a posé, en mai de cette année-là, dans sa revue Empédocle, cette question à tous les écrivains : « Y a-t-il des incompatibilités ? » Il s’adresse ainsi à ses « compagnons d’écriture » : . Bataille, qui lui avait envoyé depuis 1946 une grande quantité d’aphorismes, répond à son enquête par un long texte, intitulé Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, dans lequel il défend une conception insubordonnée de la littérature, à l'opposé de l'engagement sartrien. Bataille assiste à plusieurs corridas à Nîmes lors de son séjour à Carpentras ; l’épisode du matador Manuel Granero et de sa blessure mortelle avaient déjà été évoqués dans Histoire de l’œil : . Bataille s'y expose avec tous ses fantasmes, depuis la frénésie sexuelle, les références à l'urine, l'orgasme, l'œuf, l'œil, toutes images cristallisant ses fantasmes, dont le seul rapport avec la tauromachie, selon Berman est que Bataille se livre comme le torero au milieu de l'arène. Toutefois, la plupart des écrits sur le rôle sacrificiel de la tauromachie et son lien avec les mythes antiques est à mettre au crédit d’une école fondée par Leiris, Montherlant et d’autres écrivains aficionados. Cette théorie rattache la tauromachie à l’Antiquité grecque en s’inspirant des mythes de Mithra, du Minotaure et du sacrificiel. Sans doute à cause de sa proximité avec Michel Leiris, inventeur de la « révélation d’un culte du taureau » en 1926, en compagnie de Picasso, « lors d’une corrida médiocre à Fréjus », on a assimilé Bataille à un fervent amateur de tauromachie. Mais sa présence dans les arènes, initiée en Espagne en 1922, ne reprend qu'à partir de 1950, date à laquelle il est muté à Carpentras. Dans le de la revue Documents, entièrement consacré à un hommage à Picasso, en 1930, Bataille évoque le culte mithriaque dans son article « Soleil pourri ». Il n'y rattache aucunement la corrida au culte du taureau, mais fait un rapprochement entre le soleil, Mithra et Prométhée : « Mythologiquement, le soleil regardé s’identifie avec un homme qui égorge un taureau (Mithra), avec un vautour qui mange le foie (Prométhée) ; celui qui regarde avec le taureau égorgé ou avec le foie mangé. » Il développe la notion de culte mithriaque en rappelant que dans l'Antiquité, ce culte du soleil se faisait dans une fosse. Des hommes s'y tenaient nus, tandis qu'un prêtre sur un clayonnage au-dessus d'eux égorgeait un taureau : « le taureau lui-même est aussi pour sa part une image du soleil, mais seulement égorgé. » Bataille est nommé conservateur de la Bibliothèque municipale d’Orléans, où il s’installe avec son épouse et leur fille en 1951. C'est d'ailleurs à Orléans que certains de ses livres « les plus lourds, les plus pénibles - et les plus “scandaleux” » ont été écrits : Histoire de l'érotisme, La Souveraineté, « textes où la dimension tragique et éveillante de la mort est la plus considérable », mais aussi Ma mère. Les dernières années Lascaux et Manet En , Bataille se rend à Montignac pour visiter la grotte de Lascaux, mise au jour en , avec son ami Albert Skira. Cette visite est surtout destinée à convaincre l'éditeur de publier un volume sur la préhistoire de l'art dans sa collection « Les grands siècles de la peinture ». Bataille a déjà visité la grotte de Lascaux dès la fin de l'année 1952. Il écrit : En il a donné à Orléans une conférence sur Lascaux. Bataille a travaillé sur le sujet à la fois comme archéologue, anthropologue, spécialiste de la préhistoire, en s'appuyant sur l'avis d'experts, surtout l'abbé Breuil, avec lequel il a de fréquentes discussions, l'abbé André Glory, qui s'occupe des relevés, études des objets et peintures de Lascaux, et les ouvrages de Fernand Windels, Johannes Maringer ou Horst Kirchner. La préhistoire fascine Bataille depuis 1920, et dans la revue Documents (1930, ), il avait déjà publié un article intitulé « L'art primitif ». Dans les années 1952-1953 il a déjà écrit plusieurs articles, sur la préhistoire et l'art pariétal, notamment « Le passage de l'animal à l'homme et la naissance de l'art », ou « Au rendez-vous de Lascaux, l'homme civilisé se retrouve homme de désir ». Son livre porte le titre La Peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l'art, et paraît chez Skira en 1955. Peu après avoir terminé Lascaux, l'écrivain s'attache à écrire une «  étude complémentaire  de la modernité » telle qu'elle est révélée par la peinture d' Édouard Manet, auquel il s'est intéressé très tôt, à l'époque où sa cousine, Marie-Louise Bataille, écrivait sur ce sujet, en collaboration avec Georges Wildenstein et Paul Jamot, et dont les travaux ont servi de source à Bataille pour son propre livre. Skira a publié les deux livres Lascaux ou la naissance de l'art et Manet à la fois en français et en anglais. Pour Bataille, l'ère moderne de la peinture moderne commence avec Manet. Avec Olympia, Manet renverse la rhétorique de la représentation, l'indifférence dans le regard de cette femme nue, rappelle à Bataille celle de Madame Edwarda, cette même provocation, cette même nudité : le Manet de Bataille peut être lu comme une biographie à peine voilée, une description de ses propres motivations, et la description de Manet, une auto-description de Georges Bataille. Dès l'introduction, il s'identifie à Manet en brossant de lui un portrait « d'homme élégant » : , avec un souci du vêtement qu'il avait lui-même, reprenant les descriptions d'Antonin Proust. . Les historiens d'art de la fin du et du notent que Bataille a évité de parler de ses peintures religieuses, suivant en cela les historiens d'art de l'époque. ? En décrivant le style de Manet, Bataille use souvent du mot « indifférence », avec lequel il qualifie non seulement le portrait de Olympia comme facteur érotique, mais aussi tout l'œuvre de Manet : Ce commentaire ramène davantage à Madame Edwarda qu'à la peinture de Manet. Bataille plaque sur le peintre ses propres fantasmes érotiques, voire pornographiques. Une attitude que ne manque pas de remarquer Philippe Sollers, lors de l'exposition Manet au musée d'Orsay en 2011 : S'il est vrai que le Manet de Bataille s'appuie beaucoup sur les critiques qui l'ont précédé, qu'il cite abondamment (Paul Valéry, Jules Claretie ,Antonin Proust), et qu'il a été probablement inspiré par Les Voix du silence d'André Malraux, en particulier pour les références de Manet à Goya , et si de manière autobiographique, il s'attache beaucoup aux œuvres scandaleuses ou subversives, il n'en reste pas moins qu'il est le seul à comprendre l'exceptionnelle qualité et nouveauté de certains portraits de Manet : Portrait de Stéphane Mallarmé (Manet), et la façon dont il a renouvelé le genre des natures mortes: ou encore à propos des Deux roses sur une nappe 1882-1883 Bataille critique littéraire : le cas Jean Genet Les critiques ou historiens de la littérature n'ont pas encore accordé beaucoup de place à l'attitude de Bataille vis-à-vis de Jean Genet, ni aux critiques, parfois contradictoires, qu'il a faites de l'œuvre de ce chouchou de Saint-Germain-des-Prés et des existentialistes. Gilles Ernst prend le temps de s'y arrêter en examinant l'attitude de Bataille sous plusieurs angles. D'abord, le bref article que Bataille consacre à la pièce : Haute Surveillance, représentée pour la première fois à Paris, au Théâtre des Mathurins, le 26 février 1949 dans une mise en scène de Jean Marchat. L'article, publié en 1949 dans le numéro 35 de la revue Critique, est particulièrement élogieux ; il tranche avec le contenu du second article publié dans les numéros 65 et 66 de Critique où Bataille se montre beaucoup plus dur. Mais dès le compte rendu de Haute surveillance, Bataille insiste sur le fait que la rhétorique du Genet de Haute Surveillance« n'a rien de la rhétorique épurée propre aux tragédies classiques » : Bataille va s'acharner à souligner les faiblesses de Genet, alors que Jacques Derrida en soulignera plus tard la force en mettant en regard Hegel et Genet, dans son ouvrage Glas, donnant ainsi une magistrale réfutation des vues de Bataille sur Genet. Bataille livre finalement ce jugement sans appel : « l'œuvre de Genet est un échec ». L'agacement de Bataille devant Genet tient pour l'essentiel à deux causes : la réelle aversion de Bataille pour l'homosexualité, attitude qui n'a pas souvent été rapportée et qui surprend de la part d'un auteur adepte de toutes les transgressions. Cet agacement déjà inscrit dans l'article sur Haute surveillance n'est pas dû à un mouvement d'humeur mais à des goûts esthétiques : Tout en soulignant la force de la prose de Genet qu'il compare à la tragédie grecque et dont il met en lumière la « monstruosité noire », il ignore sa poésie. Bataille qualitifie ces écrits de littérature strass, sans doute une manière de s'en prendre aux admirateurs de Genet parmi lesquels on trouve au premier plan Sartre et Cocteau. En réalité, selon Gilles Ernst, De l'aversion de Bataille pour Genet et pour ses personnages, on pourrait dire comme Didier Eribon que . La haine de l'homosexualité de Bataille n'est pas nouvelle. Alors que Le Bleu du ciel n'était pas encore entièrement rédigé, on trouve déjà une description de Troppmann travesti en femme pour aller à La Criolla (cabaret travestis de Barcelone) où on voit « le spectacle scandaleux de garçons vêtus en filles ». Il a déjà employé le mot pédéraste, dans un sens péjoratif, dans le passage où il évoque la visite du commandeur de Don Juan , il vit danser « deux vieillards pédérastes ». Le principe de l'homosexualité jugée comme perverse est ce qui guide le jugement de Bataille sur Genet, pratiquant une forme de confusion entre l'auteur et ses personnages. Le problème étant de savoir où commence la nature où commence la contre nature comme celle où Simone aime qu'on urine sur ses fesses dans Histoire de l'œil. En 1957, Bataille revient en arrière sur ses attaques vis-à-vis de Genet, et de nouveau en 1959 où il confie à Joseph-Marie Lo Duca qu'il souhaite qu'on introduise un article rédigé par Patrick Walberg sur Genet dans le Nouveau dictionnaire de sexologie dont Pauvert a le projet. Bataille s'est ravisé par la suite, et Patrick Walberg a confié à Edmund White en 1986 que Bataille avait voulu introduire Genet dans une encyclopédie de l'art contemporain. Une autre raison de l'hostilité de Bataille envers Genet apparaît à travers un incident rapporté par Marina Galletti lors d'une communication tenue pendant le Congrès international « Georges Bataille, lecteur de Jean Genet » (dans Jean Genet. La traversée diagonale, colloque organisé par l'université de Rome III du au , chapitre cité en référence par Gilles Ernst, p.164). Elle attire l'attention sur « l'impossible révolte de Jean Genet ». L'hostilité mutuelle entre les deux hommes se serait manifestée dès leur première rencontre, à la brasserie Lipp, bien avant que Bataille n'ait songé à écrire sur Genet. Edmund White rapporte que Bataille avait avec lui un de ses manuscrits qu'il aurait déposé sur un siège, et que Genet l'aurait emporté en quittant les lieux le premier. Ce vol de manuscrit a alimenté le petit monde germanopratin au point qu'il est difficile de démêler le vrai du faux. Dernier groupe politique et « Affaire Sade » En , Dionys Mascolo (époux de Marguerite Duras), Robert Antelme, Marguerite Duras, Edgar Morin et Louis-René des Forêts organisent un comité d'intellectuels opposés à la guerre d'Algérie dont tous les membres sont issus du parti communiste, mais dont le cercle s'agrandit bientôt de non-communistes comme Cocteau, Lévi-Strauss, Breton, Sartre. Bataille se joint à ces nouveaux amis, et à la réunion du comité qui a lieu le à la Salle des Horticulteurs, rue de Grenelle à Paris. Il signe la pétition que l'Abbé Pierre, René Julliard, Jean Rostand, Jean-Louis Barrault, Irène Joliot-Curie et de nombreux autres signent pour une « cessation de la répression du peuple algérien [...] cessation de la discrimination raciale » et dont l'hebdomadaire L'Express se fait l'écho le . Mais à cause de sa santé défaillante, Bataille n'ira pas plus loin dans son soutien à cette initiative, et en 1960, il ne signera pas la déclaration sur le droit à l'insoumission dit Manifeste des 121, initié et rédigé par Mascolo et Blanchot. S'il s'est initialement joint au comité, c'est en grande partie à cause de l'admiration qu'il porte à Dionys Mascolo, qu'il connaît depuis 1942, et dont il est l'ami depuis 1950 ; il s'est aussi rapproché du groupe de dissidents marxistes constitué autour de la revue Arguments, fondée, entre autres, par Mascolo, Kostas Axelos, Edgar Morin. À partir de 1954, Bataille a ressenti de violentes douleurs qui se sont amplifiées au point qu'en 1955, il consent à consulter l'un de ses plus anciens amis, le docteur Théodore Fraenkel à l'hôpital Lariboisière. Fraenkel diagnostique une artériosclérose cérébrale, Bataille se sait condamné à terme. Il a cinquante-huit ans, il lui reste sept années à vivre. En s'enfonçant dans la maladie, l'écrivain connaît des moments à la limite de la folie. Cependant, lui, « l'auteur inavoué de livres clandestins », n'hésite pas à venir témoigner au procès fait à Jean-Jacques Pauvert pour avoir édité quatre livres de Sade : La Philosophie dans le boudoir, La Nouvelle Justine, Juliette, Les Cent vingt journées de Sodome. Parmi les témoins cités se trouvaient Cocteau, Breton, et Paulhan. Seuls Bataille et Jean Paulhan viennent témoigner le . Bataille s'est adressé au juge non pas en tant qu'écrivain et ami de Pauvert, mais en tant que bibliothécaire et « philosophe ». Son témoignage contribue autant à la reconnaissance de la valeur philosophique et éthique de l'œuvre de Sade qu'à celle du travail d'éditeur de Pauvert, qui finit par obtenir un sursis en appel l'année suivante : « c'est ici la philosophie que je représente [...] j'estime que pour quelqu'un qui veut aller jusqu'au fond de ce que signifie l'homme, la lecture de Sade est non seulement recommandable, mais parfaitement nécessaire. » Cette « Affaire Sade »ainsi que les lectures que Bataille fait de Sade, trouvent un écho dans plusieurs de ses articles, et surtout dans un chapitre de La Littérature et le mal, essai publié l'année suivante. À la même époque, Bataille se penche sur la « philosophie traditionnelle », et sur le concept de l'histoire universelle, sur la Fin de l'histoire, il écrit plusieurs articles sur Hegel pour lequel son intérêt remonte aux années 1920-1930. Entre autres : « Hegel, la mort et le sacrifice » (paru dans un numéro de Deucalion sur les « Études hégéliennes », ), « Hegel, l'homme et l'histoire » dans Monde nouveau-Paru (), et « Qu'est-ce que l'histoire universelle ? », paru dans Critique (août-). Après avoir vainement tenté d'intéresser Queneau, il reprend le sujet vingt ans après, avec un projet intitulé La Bouteille à la mer ou Histoire universelle des origines à nos jours avant un éventuel désastre. Puis en , par le biais de Dionys Mascolo, il propose un ensemble d'articles sur la littérature qu'il avait d'abord publiés pour une grande partie dans Critique, entre 1946 et 1952, et qui sont réunis sous le titre La Littérature et le mal. Une reconnaissance tardive Trois livres de Bataille paraissent simultanément chez trois éditeurs différents en 1957 : chez Gallimard La Littérature et le mal, aux Éditions de Minuit L'Érotisme, chez Pauvert Le Bleu du ciel. L'auteur connaît alors une brève notoriété, ce qui lui vaut un entretien avec Marguerite Duras au cours duquel il fait preuve d'un singulière ironie : à la question « s'il pourrait exister une “apparence extérieure” » il répond : la « vache dans un pré. » Lorsque Duras insiste pour lui faire dire qu'il est communiste, Bataille répond seulement « même pas », indiquant ainsi qu'il n'est pas non plus anti-communiste, qu'il ne fait que se soustraire aux exigences d'une idéologie comme il s'est soustrait à toute exigence « engageant quelque responsabilité que ce soit. L'entretien avec Duras est publié dans France observateur du ; il est suivi en d'un entretien télévisé avec Pierre Dumayet dans l'émission Lectures pour tous. En 1958, le premier numéro de La Cigüe, titré « Hommage à Georges Bataille », lui est entièrement consacré, avec des contributions de René Char, Jean Fautrier, Michel Leiris, Jean Wahl, Marguerite Duras, et bien d'autres. Les écrits de Bataille commencent à être reconnus non seulement par ses pairs, mais aussi par une jeune génération d'intellectuels et d'écrivains. Bataille est cependant très las, mais malgré son état de santé, il se lance pendant un an dans l'élaboration d'un projet que lui propose Maurice Girodias : la création d'une revue sur l'érotisme. Ce projet avorté portait le titre de Genèse, et sa parution devait être trimestrielle, simultanément en français et en anglais ; Bataille travaille au sommaire avec Patrick Waldberg. Mais les différends entre Bataille et Girodias s'aggravent au cours de l'élaboration du projet, notamment sur les questions de financement, mais aussi parce que Girodias souhaite, comme il l'écrit dans une lettre à Bataille du , que Genèse s'adresse davantage au « lecteur moyen ». Auprès de Waldberg, il précise davantage son objectif : que la revue comporte davantage d'« images véhémentes » et séduise « la clientèle des pervers », ce à quoi ni Bataille ni Waldberg ne consentent. Bataille et Waldberg ont l'intention de faire appel à leurs amis : Leiris, Métraux, Pia, René Leibowitz ainsi qu'à Man Ray, Gilbert Lely, Robert Lebel. Ils conçoivent cette publication comme une nouvelle version de Documents et hésitent d'abord entre plusieurs titres : Genèse, Transgression, Innocence, Confession, L'Espèce humaine (titre du livre de Robert Antelme). Finalement, Girodias se retire en , et le projet avorte. Alors qu’il a de plus en plus de difficultés à travailler, il publie en 1959 Le Procès de Gilles de Rais, ouvrage dont se servira son neveu Michel Bataille pour établir une biographie de Gilles de Rais. Le , sa fille aînée, Laurence Bataille, est arrêtée pour son aide au Front de Libération National (FLN) algérien, ce qui ajoute encore aux difficultés du père ; elle est libérée en juillet. Malgré ses souffrances permanentes, grâce à sa collaboration avec Joseph-Marie Lo Duca, qui dirige la « Bibliothèque Internationale d'Érotologie » chez Pauvert, et l'aide de son secrétaire Jacques Pimpaneau, il parvient à finir en 1961 Les Larmes d’Éros, le dernier livre, abondamment illustré (surtout de reproductions d'œuvres d'art), qui sera édité de son vivant, au terme de deux ans et demi de travail. Néanmoins, malgré le désir de Bataille d'« en faire un livre plus remarquable qu'aucun de ceux qu'[il a] déjà publiés », selon ce qu'il écrit à J.M. Lo Duca le , l'ouvrage souffre d'une certaine précipitation éditoriale, car il est celui d'un homme malade, épuisé, proche de la mort, et dans une certaine mesure, l'état définitif du livre, en particulier en ce qui concerne la constitution de l'iconographie, lui a échappé. Ce que commente ainsi Michel Surya : « son érudition - remarquable - dissimule mal ce qu'a ce livre de contraint et, à la fin, d'empêché », parlant d'« un livre trop caricaturalement récapitulatif pour être tenu davantage qu'un assortiment d'images (au demeurant, magnifiques) ». La même année, il accorde un long entretien à Madeleine Chapsal, dans lequel il esquisse un bilan de sa vie. Bataille confie : « Ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir brouillé les cartes [...], c'est-à-dire d'avoir associé la façon de rire la plus turbulente et la plus choquante, la plus scandaleuse, avec l'esprit religieux le plus profond. ». Selon Michel Surya, Surya cite à ce propos un autre extrait de l'entretien de : En 1961 paraît aux éditions Gallimard la réédition de Le Coupable augmenté de la version définitive de L'Alleluiah. Alors qu'il a toujours connu des problèmes d'argent, , une vente de solidarité est organisée à son profit à l'hôtel Drouot, le . Les œuvres d'amis artistes, notamment celles de Arp, Ernst, Giacometti, Fautrier, Masson, Picasso, Miró, sont vendues par Maître Maurice Rheims, ce qui lui permet d'acheter un appartement à Paris, au de la rue Saint-Sulpice, où il vécut du à sa mort, le de la même année. Muté à sa demande à la Bibliothèque nationale, il quitte Orléans, mais ne peut prendre ses fonctions. Il finit intellectuellement isolé et brouillé avec la plupart de ceux avec qui il a partagé des projets communs. Les biographes ne s'accordent pas sur les circonstances de sa mort. La chronologie établie par Marina Galletti dans le volume de la Pléiade (Romans et récits), qui ne donne pas les mêmes informations que Surya, résume ainsi la fin de Bataille : L'œuvre et la pensée de Georges Bataille L'œuvre de Bataille est singulière. ; il est celui qui ébranle l'ensemble des discours sur l'expérience mystique, artistique, érotique. Son importance se mesure à la capacité qu'il a eu de penser d'une manière neuve : Bataille a connu tous les mouvements intellectuels, littéraires et philosophiques de son temps, et il y a pris une part à la fois occulte et active. Sa pensée, tout en touchant les domaines les plus divers, de la mystique à l'économie, avait pour centre ce qu'il a appelé en 1943 L'Expérience intérieure, donnant lieu à diverses catégories d'expériences : l'excès, la dépense, l'érotisme, la transgression, la souveraineté, notions qui ont exercé une influence considérable après sa mort sur de jeunes penseurs comme Michel Foucault, Philippe Sollers, ou Jacques Derrida. La philosophie de Bataille Bataille a écrit : Sa pensée est exposée dans une langue généralement claire, relativement classique, dépourvue de pesanteur, et excluant les concepts de l'habituel jargon philosophique, ce qui l'oppose à Sartre. Car, lui, le non-philosophe, semble faire le tour de ce qui lui paraît impossible dans la philosophie sartrienne : la lourdeur du faux savoir et l'embarras prétentieux du concept. Toutefois, dans un court entretien radiophonique du , il fait cette déclaration qui contredit la première : « Je préfère dire que je suis un philosophe heureux. » Il écrit dans Méthode de méditation : « ce que j'enseigne (s'il est vrai que...) est une ivresse, ce n'est pas une philosophie : je ne suis pas un philosophe mais un saint, peut-être un fou. » Ceci autorise à s'interroger sur la nature de cette philosophie, que Bataille apparente à « une anti-philosophie », du moins un discours philosophique paradoxal et hétérodoxe qui, dans le sillage de Nietzsche, trouble l'histoire de la philosophie traditionnelle, interroge sa part de non-dit, de refoulé, « sa part maudite ». « Bataille ne peut pas ne pas songer à Hegel davantage qu'à Nietzsche ». En 1932, il décide de penser à la fois à partir de Hegel tel que présenté par Kojève, à partir de Marx (de la doctrine de la lutte des classes enracinée dans la révolution russe), mais aussi avec D'autre part, Bataille se tourne vers la sociologie de Durkheim et vers l'anthropologie de Mauss sur un mode qui implique Enfin, il se réfère à Sade qui vient inscrire Bataille, en tant que penseur, s'inscrit dans un espace à cinq pôles. Penseur hérétique, face à la vague surréaliste, il est d'emblée un franc-tireur philosophique et politique, se réclamant d'un matérialisme qui pose violemment la question de l'athéisme plus largement que Sartre ne le fera par la suite. . Bien que pour Sartre, ses prétentions philosophiques se bornent à un mysticisme athée : . Deux articles de Bataille parus en 1933 dans La Critique sociale précisent ce qui s'énonce philosophiquement comme matérialisme hétérodoxe. Le premier « Le problème de l'État », fait état de la crise du mouvement communiste ; le second : « La structure psychologique du fascisme », se veut une intervention théorique en même temps que politique. Il vise à combler une lacune de la théorie marxiste. Le matérialisme de Bataille ou hétérologie conçoit, d'une part les forces homogènes de stabilité et de liaison (travail argent, capital) et, d'autre part, les forces hétérogènes de déliaison parmi lesquelles il compte « le sacré », « la dépense improductive », la violence, la démesure, le délire, la folie. L'essentiel du raisonnement expose les deux potentialités révolutionnaires opposées de nos sociétés démocratiques. « La Structure psychologique du fascisme » fait écho à « La notion de dépense », paru quelques mois plus tôt la même année. En 1933, Pour l'analyser, Bataille reprend les notions d'« utile » et d'« inutile ». La société homogène est la société productive, que l'État bourgeois régule et homogénéise. Bataille souligne l'incapacité de l'analyse marxiste à comprendre comment se forme une superstructure sociale, religieuse ou politique. Tous les phénomènes sociaux caractérisés par la violence sont hétérogènes : À ce point de son étude, Bataille compare le monde plat des politiciens démocrates et celui des leaders fascistes : le monde bourgeois, mais veule, se trouve confronté à un monde violent, avec des chefs surgis d'un monde hétérogène. En 1934, la recherche de Bataille va du sacré à l’extase et à la quête de l’impossible. Il écrit : , et deux ans plus tard il précise que les « états mystiques lui restent fermés ». C'est dans L'Expérience intérieure qu'il développe ce qu'il entend par mystique : il s'agit non pas d'une expérience confessionnelle, mais d'une expérience détachée de tout lien religieux, l'expérience du non savoir. C'est pourquoi il préfère au mot mystique le mot expérience ; l'expérience étant une mise en question qui ne trouve pas de réponse. Le principe de l'Expérience intérieure est qu'on n'atteint l'état d'extase ou de ravissement qu'en dramatisant l'existence, La dramatisation, nécessaire à toute religion (il cite Saint Jean de la Croix) aboutit au non savoir, touche à l’extrême du possible. La différence entre philosophie et mystique réside principalement en ce que dans l'expérience, l'énoncé est rien. Seule l'expérience mène l'être à la limite, dans l'abîme de ses possibilités, le précipitant vers un point où le possible est en fait l'impossible-même, ouvrant chaque fois sur Dieu. Faisant appel à Descartes, il réduit la certitude divine à l’argument de Saint Anselme, puis il passe à Hegel pour aborder le problème de la connaissance. Partant de la dialectique hégélienne, il pose la question de la nature du savoir et de la connaissance directe (l’extase étant l’un des aspects), et de la connaissance indirecte, ce qui l’amène à insérer dans l’ouvrage un autre texte intitulé l’Extase où en vingt pages, il expose plusieurs expériences extatiques. Les explications de Bataille sont loin d’être toujours compréhensibles, remarque Pierre Prévost, souvent même contradictoires. Ainsi, lorsqu’en 1937, il commence à écrire Le Coupable, il annonce : , expérience qui se conclut avec le constat que Dieu est absent, Dieu est l’impossible. C’est donc dans les bordels qu’il va chercher l’image de Dieu qui a pour nom Edwarda, . Si Bataille se refuse avec une telle énergie à l'appellation de « philosophe » que lui donne Roger Caillois, s'il tient plutôt à être nommé « intellectuel », c'est parce qu'il est d'abord écrivain. Sa pensée est inséparable d'une écriture, d'un style. Sichère considère que la démonstration d'Alain Badiou sur les quatre procédures de vérité, dont le philosophe aurait à penser le dispositif, ne s'applique pas à Bataille. « Je ne suis pas un philosophe mais un saint, peut-être un fou », cet énoncé capital montre qu'à la différence de Heidegger, Bataille est parti du rire et non de l'angoisse (moment souverain mais se fuyant lui-même). La pensée politique La pensée politique de Bataille regroupe un ensemble de positions qui ont été mal interprétées par son entourage, lui ont valu des accusations de toute sorte et un éloignement de la part d'un certain nombre d'amis : Michel Leiris, Roger Caillois, Klossowski et Raymond Queneau prennent quelque distance par rapport à lui à partir de 1937, même s'ils restent très liés. Dès 1933, avec La Notion de dépense, il invite à une véritable révolution conceptuelle sur l'économie générale, soulignant l'importance de la « dépense improductive ». Il entend témoigner d'une possibilité révolutionnaire que les communistes ont trahi par leur mépris du peuple et par une dérive aussi autoritaire que nationaliste. Position dénoncée par Breton et les surréalistes qui ont quitté Contre-Attaque dès 1936 : Bataille est accusé de sur-fascisme, alors qu'il appelait à la mobilisation ouvrière en dehors de l'appareil communiste et même contre lui. Il a même rédigé seul, en , sans l'avis de Breton, un tract intitulé « Travailleurs, vous êtes trahis », y apposant la signature de Breton et des surréalistes, joignant au tract un bulletin de souscription au Comité contre l'Union sacrée ce qui consomme la rupture avec le groupe en avril de la même année. Son ascendant politique sur Breton explique l'agressivité des surréalistes qui l'accusent de surfascisme souvarinien. C'est d'ailleurs ses écrits sur le fascisme qui ont entraîné le plus de malentendus et d'accusations. Bataille n'est pas seulement le premier à avoir dénoncé le fascisme, mais encore le premier à l'avoir pensé. Il y a dans La Structure psychologique du fascisme une revendication clairement antagoniste à la revendication fasciste. Mais plus encore, Bataille souhaite « arracher Nietzsche aux fascistes » ; . Bataille tente aussi de démontrer que « l'aspect antichrétien de la pensée nietzschéenne ne compte pratiquement pas dans l'idéologie nazie ». Toutefois Bataille reconnaît finalement que . En 1934, il a le projet d'un livre sur Le fascisme en France, mais de cette entreprise il ne reste que des pages préparatoires et des ébauches lisibles dans son article de La Critique sociale: En lieu et place de cette étude, Bataille publiera dans « un sursaut de rage » Le Bleu du ciel qui célèbre l'envers refoulé de l'optimisme politique. En sociologue qu'il est aussi, Bataille a cette intuition que le fascisme et le communisme sont des religions (...) : De 1940 à 1944, Bataille a gardé le silence parce que pour lui la guerre n'est plus la politique, mais sa consumation tragique, qu'à défaut de combattre, on ne peut que regarder. Pourtant, parmi ses plus grands livres de l'après-guerre, on compte La Part maudite et La Souveraineté qui sont essentiellement politiques, d'une politique à différencier de son engagement d'avant-guerre. Mais, de son silence, son entourage déduit une « fascination » pour le fascisme, avec un glissement d'interprétation que Surya qualifie de « demi-savoir. » Et que Raymond Queneau consigne ainsi dans son journal : . Sans être réellement accusatoires, les propos de l'entourage de Bataille sèment le trouble, notamment ceux que rapporte Jean Piel sur sa rencontre avec Bataille en 1941, ou encore la déclaration à double sens de Klossowski tirée d'un entretien avec Jean-Maurice Monnoyer . Et parce que pathologique, il est nécessairement dérouté politiquement, voire douteux. Fardoulis-Lagrange à son tour voit une analogie avec Kojève qui annonçait Staline comme incarnant la fin de l'histoire. Mais le plus virulent accusateur est sans doute Souvarine qui déverse sur l'auteur un monceau d'insultes, l'accusant d'être « détraqué sexuellement », « libidineux », voire intellectuellement pervers, d'avoir prêté à Simone Weil les traits de Lazare dans Le Bleu du ciel parce qu'elle est juive, ajoutant qu'on devine le mot qu'il n'ose pas prononcer, en pensant à la mère de sa fille (Sylvia Bataille est juive). Ainsi le détraqué devient antisémite. Sichère a pu voir dans la description du fascisme que donne Bataille une certaine fascination pour le « pouvoir militaire », bien que Bataille « dénonce en même temps le nationalisme allemand, fauteur de guerre, et la dérive nationaliste des communistes. » Sichère voit aussi, dans la position de Bataille une : Poussée libertaire sans doute due à une poussée de romantisme révolutionnaire, dès 1933 avec La Condition humaine de Malraux, mais aussi, à partir de 1944, à son engagement dans le cahier Actualité qu'il dirige à partir de 1944 avec Camus et Jean Cassou à ses côtés. Cette thèse, Sichère précise qu'elle En 1946, dans un cahier de Actualité intitulé « L'Espagne libre », Bataille écrit deux textes, dont l’un est un hommage à Picasso (« Les peintures politiques de Picasso »), l’autre une invitation à aller prendre une leçon de liberté auprès des Espagnols, peuple anarchiste, et dans leur pays. Dans le second, intitulé « À propos de Pour qui sonne le glas » de Hemingway, il écrit : Populiste parce que Bataille en appelle à la constitution d'un mouvement organique, distinct des formes parlementaires : un mouvement de masse antifasciste, qui appelle à la prise de conscience de ce que les modèles révolutionnaires communistes sont déjà caducs. Dès 1937, Denis de Rougemont avait déjà devancé les mésinterprétations de l'enjeu dAcéphale qu'il considérait comme le signe de l'anti-étatisme radical, c'est-à-dire du seul anti fascisme digne de ce nom. Mais Bataille reste sur sa difficile position, à savoir : il est convaincu que le fascisme a réussi à se hisser à une vérité de parade. Bataille voyait que ces moyens de séduction étaient aussi redoutables qu'efficaces car ils menaient à des fins qui avaient d'avance l'assentiment de foules qui cherchaient à retrouver un sacré perdu. Plus tard André Masson rappelle que les numéros 4 et 5 d'Acéphale ont été écrits et dessinés en Espagne en pleine guerre civile espagnole. Hans Mayer dira en 1988 : À propos de la supposée tentation fasciste de Bataille, évoquée notamment par Klossowski, Leiris dit dans sa dernière interview accordée à Bernard-Henri Lévy en 1989, publiée dans Les Aventures de la liberté : Une histoire subjective des intellectuels : Jusque dans les années 1950, Bataille, que Sichère qualifie de « libertaire », a balancé autour de cette formule « Nietzsche ou le communisme » affirmant que la position de Nietzsche est la seule en dehors du communisme. Du mysticisme à l'impossible, de l'érotisme à la mort Histoire de l'œil est publié en 1928 sous le pseudonyme « Lord Auch », sans nom d'éditeur, la première édition signée Georges Bataille n'est parue qu'en 1967, soit après la mort de Bataille et quarante ans après que le livre a été écrit. Ce texte témoigne de la place importante que l'érotisme tient dans la recherche mystique de Bataille, ainsi qu'il le développe par la suite avec Madame Edwarda, qui est le plus marquant de ses livres érotiques (1941) selon Pierre Prévost. Histoire de l'œil est un ouvrage sulfureux qui développe une auto-analyse en vue de « se débarrasser de son christianisme et de ses intentions passées de se faire prêtre. » C'est aussi un texte composite qui n'est pas seulement érotique, mais aussi politique, présentant plusieurs niveaux d'expériences biographiques et de lectures. Histoire de l'œil a fait l'objet de nombreuses études, notamment celle de Roland Barthes intitulée « La métaphore de l'œil », parue en 1963 dans le numéro hommage de Critique qui propose d'étudier l'œil comme un objet. La frénésie sexuelle qui se déchaîne à partir d'images comme l'œil, l'œuf, le lait, l'urine, les couilles de taureau cristallise les fantasmes de Bataille, non pour en faire le point de départ de l'œuvre, mais son sujet-même. Dans une post-face intitulée « Réminiscences », Histoire de l'œil est présentée comme une transposition de certaines images obsessionnelles venues de l'enfance. L'auteur profane la parole, le livre devient excès, dit alors ce que le mysticisme n'a jamais pu dire et chaque excès de chaque scène est une étape à franchir pour aller vers l'impossible, recherche éternellement recommencée de Bataille. La dernière scène a lieu dans l'église de l'hôpital Santa Caridad de Séville, sous deux tableaux de Juan de Valdés Leal représentant des cadavres en décomposition. L'un est intitulé Triunfo de la muerte et l'autre Finis gloria mundis. Ils pourraient venir en sous-titre dHistoire de l'œil selon Michel Surya . Le narrateur y livre un jeune ecclésiastique blond aux sévices de Simone, dans un paroxysme de « délire sexuel, déchaînement blasphématoire et fureur meurtrière» .  Histoire de l'œil peut être légitimement regardé comme le premier livre de Bataille : roman d'initiation à la mort pour les raisons mêmes qui en font un roman. Toutefois, qualifier l'œuvre de Bataille de littérature érotique, transgressive, perverse, ne doit pas faire oublier la problématique mystique d'un écrivain d'abord lié au christianisme par sa foi, puis par son athéisme paradoxal. Car dans la rupture se dessine aussi une forme de continuité dont Ernest Renan dit Si elle devait survivre dans l'œuvre de Bataille, ce serait dans sa volonté de construire une athéologie, mot constitué de la fusion de théologie accouplée avec un « a » privatif qui pourrait bien souligner un manque. La question mystique n'est certainement pas à bannir, mais il s'agit plus d'un détournement : au lieu de tendre vers Dieu, Bataille tendrait vers le Mal. Ainsi, à propos du jugement de Sartre, qui l'avait traité de « nouveau mystique » dans son compte rendu de L'Expérience intérieure, Bataille considère . La mystique de Bataille est une posture, une manière de se représenter en tant « qu'écrivain poussé par Dieu ». Il se construit un « je » mystique fondé sur la réinterprétation de figures comme celle l'idiot ou du fou, du martyr ou de l'hérétique, particulièrement nets dans L'Expérience intérieure : Bataille se représente en personnage de mystique ou de martyr, sorte de théâtralisation de l'écrivain. Michel Surya a publié un essai significativement intitulé Sainteté de Bataille. Il met en garde, lors de l'entretien avec Madeline Chalon : Un ou un ? contre toute simplification qui consisterait à « rabattre » Bataille sur le christianisme, même s'il s'est lui-même parfois dépeint comme un saint. Madame Edwarda correspond à une époque « mystique  » de l'auteur. Écrit en 1937, publié clandestinement en 1941, officiellement en 1956, ce texte n'a cessé de préoccuper Bataille jusqu'à sa mort. Il devait figurer dans une tétralogie comprenant Ma Mère, Divinus Deus (jamais écrit entièrement, inséré dans le récit de Madame Edwarda), et Charlotte d'Ingerville dont seules trois pages ont été rédigées. Le personnage central du roman est en partie inspiré par la rencontre que l'auteur aurait faite pendant une de ses périodes de débauche et de fréquentation des maisons closes (1930 ?). Il y avait rencontré Violette, une prostituée pour laquelle il s'est ruiné en essayant de la sauver, selon le témoignage de Diane Bataille. Bataille y développe une pensée commune avec Freud, qu'il a présenté dans un article, comme « un novateur aussi important que Hegel. » Avec Freud, Bataille voit dans le sacré « l'intouchable, ce qui est frappé d'interdit, parce que trop bas ou trop haut ». Madame Edwarda est une putain « trop basse », mais elle représente aussi l'image de Dieu, le « Très Haut ». L'érotisme de Bataille est toujours décrit de manière très angoissante, voire tragique. « À l'exception de la première version de lHistoire de l'œil, il n'y a pas un récit où les amants se rencontrent autrement que comme dans un rituel mortuaire ». Madame Edwarda ne fait pas exception : la gêne, la douleur, l'accablement et la mort font partie du plaisir sexuel. Edwarda se révèle pour ce qu'elle est : Dieu. Le narrateur (Bataille ?) n'est pas celui qui a besoin de la mort comme dans Histoire de l'œil, il est la mort-même. Edwarda, vérité abjecte (un porc) est une vérité tendre, comme le livre qui se veut abject et tendre. Edwarda est Dieu révélé mort. C'est en 1950 que Georges Bataille publie L'Abbé C. à partir duquel se sont établis de multiples parallèles, bien qu'il Jean-Louis Cornille le rapproche de La Dame de pique, nouvelle fantastique de Pouchkine dans laquelle deux frères, dont l'un, religieux, se prénomme Robert, et dont la publication en français coïncide avec l'écriture de lAbbé C. L'abbé Robert C. est peut-être aussi une allusion au traître Robert Alesch qui a été fusillé en 1949 pour avoir dénoncé un réseau de résistants dont Samuel Beckett faisait partie, tout comme le fait l'abbé C. dans le livre de Bataille, à la différence qu'il ne dénonce pas les résistants mais uniquement ceux qu'il aime. Dans une lettre à Georges Lambrichs, Bataille se défend Bataille ajoute Réception Après avoir été rejeté, violemment attaqué de son vivant, puis soutenu vers la fin de sa vie par un petit groupe d'intellectuels, Bataille est désormais un penseur reconnu dans le monde entier. L'importance de la bibliographie le concernant donne une idée du nombre d'universitaires, d'exégètes, de penseurs et écrivains qui se sont penchés sur son œuvre - Selon Pierre Prévost : En 1997, à l'occasion de la célébration des cent ans de la naissance de Bataille, Eric Loret, dans Libération, souligne encore la . C'est aussi l'avis de ses exégètes comme Michel Surya, que Michel Leiris critique, relativement, encore dans un entretien donné en 1989 à Bernard-Henri Lévy, ou Francis Marmande. En France Les premières critiques négatives de l'œuvre de Bataille commencent avec les querelles entre les surréalistes et les « excommuniés » d'André Breton qui, dans le Second manifeste du surréalisme malmène pratiquement tous ses « excommuniés ». Outre des divergences quant à l'interprétation de l'œuvre de Sade, Breton reproche à Georges Bataille, entre autres, une phobie pathologique de ce que « l'idée » puisse prendre une « tournure idéologique », ou encore un abus d'adjectifs comme « souillé », « sénile », « rance », « sordide », « égrillard », « gâteux », et d'une manière générale sa malhonnêteté qu'il illustre par l'exemple de l'article « L'Apocalypse de Saint-Sever » paru dans le de la revue Documents et qui serait « le type parfait de faux témoignage [...] car prêter une apparence humaine à des éléments architecturaux [...] est encore, et rien de plus, un signe classique de psychasthénie ». Bataille réplique en attaquant violemment Breton avec un article, « Le Lion châtré », paru dans un brûlot collectif intitulé Un Cadavre (1930), dans lequel Bataille traite Breton de « vieille vessie religieuse », l'idée du « lion châtré » étant de présenter Breton comme un « futur mort », le « mort en puissance » qu’il est. Ce pamphlet est d'un extrême violence selon Maurice Nadeau : Il marque aussi la venue de nouvelles forces dans le camp de Breton, parmi lesquels Salvador Dalí qui répond à Bataille avec un article, « L'âne pourri », paru dans Le Surréalisme au service de la révolution. Il y met en cause entre autres D'autres critiques négatives vont suivre. Quelques années plus tard, Bataille subira le « feu roulant » de ses anciens compagnons de route, lors de la publication en de son texte « La Structure psychologique du fascisme », paru dans La Critique Sociale , qui fait écho à « La Notion de dépense », article paru quelques mois plus tôt dans la même revue , puis lors de la parution de Madame Edwarda et ensuite de son roman Le Bleu du ciel. Ces deux derniers sont l'occasion pour ses détracteurs de mettre en cause sa position intellectuelle et politique, à divers degrés et diverses époques, ce qui le laisse désemparé. Boris Souvarine l'accuse d'être « détraqué sexuellement », « libidineux », et antisémite. Pierre Klossowski le tient pour un « pornogaphe. » Le critique le plus virulent est sans doute Jean-Paul Sartre qui rédige, à la parution de L'Expérience intérieure en 1943, une critique cinglante en trois volets. Il déclare ironiquement que Bataille a inventé une forme neuve : l'« essai-martyre », il tourne en dérision « l'invitation à se perdre » dans L'Expérience intérieure : Chez Bataille, il y a selon Sartre une tentative d'exprimer par un discours rationnel, percé d'extases lyriques, une expérience qui se refuse par essence à la logique. Bataille est encore accusé de n'être ni philosophe, ni savant. Toujours selon Sartre, le « scientisme » de Bataille, c'est-à-dire le cas que celui-ci fait des vérités de la science (l'homme est un amas de molécules vouée à la mort...), le fait sans cesse sortir de son « expérience intérieure », ce qui provoque des contradictions que Bataille attribue à la nature humaine. Sur le rire de Bataille, Sartre écrit : « Ce rire de Bataille, nous le reconnaissons : ce n'est pas le rire blanc et inoffensif de Bergson. C'est un rire jaune [...], amer et appliqué » En résumé, Sartre considère Bataille comme un fou et un malade : , reprenant ainsi les arguments déjà émis par Breton. À cela Bataille répond dans un appendice intitulé « Défense de L’Expérience intérieure » qu'il publie dans son livre suivant intitulé Sur Nietzsche (1945). Après la mort de Georges Bataille en 1962, la connaissance de ses œuvres reste longtemps limitée à un cercle restreint d'intellectuels, cet auteur n'étant que très peu lu dans le grand public. Il est aussi très peu reconnu par la critique littéraire comme le souligne Marguerite Duras qui lui a rendu hommage en 1958 dans un article « À propos de Georges Bataille » : Malgré l'hommage rendu par un petit groupe d'intellectuels dans la revue bimestrielle La Ciguë, en , entièrement consacrée à Bataille, avec les signatures de nombreux auteurs dont René Char, Marguerite Duras, Jean Fautrier, Michel Leiris, André Malraux, André Masson, Jean Wahl, et celui du numéro spécial de la revue Critique en 1963, qui fait date puisqu'il réunit les signatures de Roland Barthes, Maurice Blanchot, Jean Bruno, Michel Foucault, Pierre Klossowski, Michel Leiris, André Masson, Alfred Métraux, Jean Piel, Raymond Queneau, Philippe Sollers, Jean Wahl, il faut encore attendre 1972 pour que Bataille soit plus largement reconnu grâce au groupe Tel Quel, et notamment grâce à Philippe Sollers qui dirige le Colloque de Cerisy autour de Bataille et Antonin Artaud, dont les actes sont publiés l'année suivante en 10/18. Il est alors tenu en haute estime dans les milieux avant-gardistes et underground dont fait partie Susan Sontag, qui lit attentivement l'œuvre de Georges Bataille et fait l'éloge de Madame Edwarda et de Histoire de l'œil (qu'elle est une des premières à rapprocher du livre de Pauline Réage, Histoire d'O). Dans les années 1970, le rayonnement de Bataille dans les cercles intellectuels coïncide avec deux phénomènes. Le premier est lié à ce que l'on a appelé la « révolution sexuelle post Mai 68 » et à un regain d'intérêt pour l'érotisme, dû en partie aux thèses de Wilhelm Reich sur la sexualité déculpabilisée ou à celles de Herbert Marcuse dont le livre Éros et civilisation sous-titré contribution à Freud, rejette la pulsion de mort liée à la sexualité. Le deuxième phénomène est lié au changement des mentalités qui s'est accentué avec la laïcisation et la réduction des rituels religieux de la mort conçus comme facteurs de socialisation. S'il est encore contesté malgré tout par les « libérateurs du sexe », parmi lesquels Gérard Zwang dans La Fonction érotique, qui ont pris ses textes au pied de la lettre, il reste que Bataille est lu au bon moment, en particulier Histoire de l'œil, par les intellectuels influencés par ceux de la Beat Generation. Toutefois, la réception décisive de Bataille ne commence vraiment que dans les années 1970-1980, dans le contexte du poststructuralisme et dans la foulée notamment de Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Julia Kristeva, Michel Foucault, Jean-François Lyotard en France. À la même époque, ce sont surtout les essais de Michel Surya, qui signe en 1987 la première biographie de Bataille (Georges Bataille, la mort à l'œuvre), Denis Hollier (La Prise de la Concorde. Essais sur Georges Bataille, 1974), Francis Marmande (Georges Bataille politique, 1985) entre autres, qui offrent les premières véritables analyses de l'œuvre et inaugurent de nouvelles recherches qui ont rendu sa compréhension et sa lecture plus aisées. Au-delà de ce champ plus ou moins universitaire, la réception de Bataille doit évidemment beaucoup aux écrits de certains de ses plus proches amis, notamment Maurice Blanchot (Faux pas, 1943 ; L'Entretien infini, 1969 ; L'Amitié, 1971 ; La Communauté inavouable, 1983), Michel Leiris (À propos de Georges Bataille, 1988) ou Michel Fardoulis-Lagrange (G.B. ou un ami présomptueux, 1969). La publication chez Gallimard des Œuvres complètes de Bataille en douze volumes a commencé en 1970, avec une préface de Michel Foucault qui écrit : Dans les autres pays La réception de Bataille « en Angleterre » en 1953 aurait pu être considérée comme la première si elle avait réellement eu lieu en Angleterre. Vincent Teixeira, évoque la traduction de L'Abbé C. en japonais par Shin Wakabayashi (1957) comme une des premières traductions de Bataille à l'étranger, . En réalité, il ne s'agit pas d'une parution en Angleterre mais en France et en Suisse, en langue anglaise. Histoire de l'œil, publiée sous le titre A Tale of satisfied desire est une commande passée à l'écrivain américain Austryn Wainhouse par Maurice Girodias, propriétaire de Olympia Press, Paris. La version « anglaise » est éditée en France par Olympia press, sous le pseudonyme de Pierre Angélique, parce que Girodias voulait brouiller les pistes, redoutant les poursuites comme celles qu'avait subies Jean-Jacques Pauvert pour quatre éditions de DAF de Sade. Le traducteur avait lui-même pris un pseudonyme pour écarter les soupçons (Audiart) ; en 1955, c'était Skira qui proposait une version anglaise des études de Bataille sur Manet et Lascaux. L'année suivante, Madame Edwarda paraissait encore en anglais chez Olympia press (Paris), sous le titre The Naked Beast at Heaven's Gate, avec la préface de Georges Bataille parue la même année chez Pauvert. Aucune de ces parutions ne fit connaître Bataille dans le monde anglophone. Il fallut attendre la traduction américaine de 1977 pour que Story of the eye (traduction de Joachim Neugroschel) retrouve son œil dans le titre. Michel Leiris s'était élevé contre sa disparition en anglais, déplorant que, dans A Tale of satisfied desire, Histoire de l'œil, Au Japon, L'Abbé C. est traduit en 1957 sous le titre La Nuit de fascination, par Shin Wakabayashi (né en 1929), préfacée par Tarō Okamoto. D'autres traductions vont suivre : La Littérature et le Mal, L'Érotisme (1959), Les Larmes d'Eros (1964). Bataille est particulièrement admiré par Yukio Mishima qui rédige, après la traduction de L'Érotisme (1959) par Junsuké Muro, un article intitulé L'Érotisme (Erochishizuma). L'écrivain japonais est surtout fasciné par le rapport entre l'éros et la mort, thème qui se retrouve ensuite tout au long de son œuvre. Toutefois sa nouvelle Patriotisme (1966), dont il explique le motif dans l'article L'incident du et moi en se référant à Bataille, révèle un écart entre le monde du « samouraï » et celui de Bataille. De 1969 à 1975, la maison d'édition Futami shobô fait paraître « les Œuvres de Bataille en quinze volumes », publication qui, selon Yoshikazu Nakaji, est accélérée au Japon par celle des œuvres complètes chez Gallimard, en même temps que des traductions de Foucault, Derrida, Deleuze. En 1973, la deuxième traduction de L'Érotisme par Tatsuhiko Shibusawa, grand spécialiste de l'érotisme et de Sade, Selon Tatsuo Satomi « c'est surtout vers la fin des années 1960, marquée ici [au Japon] par les révoltes étudiantes, qu'il est devenu un des maîtres à penser des contestataires japonais. » Si entre 1975 et 1985, Bataille n'a plus été considéré comme le plus frappant et le plus novateur des penseurs contemporains au Japon, il a connu un regain d'intérêt à partir de 1986, avec la traduction par Osamu Nishitani de quatre conférences prononcées par Bataille entre 1951 et 1953 sur la question du non-savoir, et surtout à partir de 1996, à la suite de la parution de La Tentation de Nietzsche : comment Bataille a-t-il lu Nietzsche ? par Hiroshi Yoshida. La jeune génération de chercheurs s'est attachée en particulier à des écrits épars, des articles, des œuvres inachevées. Yoshikazu Nakaji précise : « la réception scientifique de Bataille au Japon est récente : son œuvre est entrée dans la phase d'une vraie recherche qui, sans nier toute charge émotive, s'assigne pour but de cerner patiemment le fondement et la portée de cette pensée sans pareille. » Aux États-Unis, après la traduction de Histoire de l'œil par Joachim Neugroschel en 1977, l'hommage des intellectuels de langue anglaise n'a pas été immédiat, malgré les deux essais de Susan Sontag sur le thème The Pornographic imagination, et d'un autre de Roland Barthes : The Metaphor of the eye publié par Marion Boyars Publishers à Londres. Il a fallu attendre l'édition Penguin Books en 1982 pour que Bataille cesse d'être un écrivain confidentiel. À compter de ce moment, les traductions de Bataille ont été faites selon un rythme soutenu autant que celles de Breton, Camus ou Sartre. Michael Richardson a aussi contribué à le faire connaître avec une biographie et une compilation de textes Georges Bataille Essential Writings, 1998. Dès 1979, Bataille faisait l'objet d'un culte chez l'écrivaine Kathy Acker (1947-1997), féministe, pro-sexe, et icône de la sous culture punk. Elle s'est en particulier intéressée à Colette Peignot dont elle a fait un personnage de son roman Don Quichotte. Ce qui était un rêve (1986), s'inspirant du récit posthume Ma Mère (1966), disponible en anglais (traduit par Austryn Wainhouse, chez l'éditeur londonien Jonathan Cape). Kathy Acker dont le principal éditeur américain est Grove Press où est parue la traduction de Madame Edwarda, en arrive à s'identifier à Laure. Sa référence la plus évidente à Bataille se trouve dans la reprise du titre Ma Mère : elle publie en 1994 My Mother, Démonology ?, avec un recours très fréquent à la scatologie et à l'obscénité, dont il paraît impossible de donner un résumé conventionnel, puisque même la présentation en quatrième de couverture ne reflète pas le contenu. Ce n'est pas par son titre, mais par son contenu que ce livre se rapproche de Bataille, faisant comme lui Partick Bergeron dans Bataille 50 ans après montre l'importance que l'œuvre de Bataille a eu pour Kathy Acker, et l'influence qu'il a eu en général chez les écrivains du Mouvement punk. En Italie, où la première traduction fut celle de L'Érotisme en 1962, Bataille est également reconnu dans les milieux intellectuels, en particulier grâce à Mario Perniola, qui a publié en 1977 Georges Bataille e il negativo (Georges Bataille et le négatif), puis en 1982 L'Instant éternel, Bataille et la pensée de la marginalité ; également grâce à Marina Galletti, professeure de philosophie à l'Université de Rome III, auteur de La comunità impossibile di Georges Bataille. Da Masses ai difensori del malequi (2008), qui a mis au jour de nombreux documents des années 1930, textes et lettres pour la plupart inédits, dans L'Apprenti sorcier, et aussi grâce à Jacqueline Risset, qui a dirigé en 1987 l'ouvrage collectif Georges Bataille: il politico e il sacro. Plusieurs autres pays ont accueilli les écrits de Georges Bataille, par la publication de traductions et essais critiques, dont rend compte un numéro spécial de la revue Critique (, janvier-, Les Éditions de Minuit), intitulé « Georges Bataille. D'un monde l'autre », au sommaire duquel sont annoncées les contributions de : Si elle a influencé plusieurs écrivains, et est devenue un sujet de recherches pour les universitaires, pour autant, l'œuvre de Bataille reste peu lue du grand public, ainsi que l'indique la quatrième de couverture de la réédition de l'essai Georges Bataille, la mort à l'œuvre de Michel Surya : Œuvre Principaux ouvrages Bataille a usé de nombreux pseudonymes pour signer ses ouvrages : Troppmann (W.-C.), Lord Auch pour Histoire de l'œil, Pierre Angélique pour Madame Edwarda, Louis Trente pour Le Petit, et Dianus pour un texte intitulé « La Nuit », intégré par la suite dans Le Coupable et Julie. Ceci est une manière à la fois de contourner la censure et d'être « hors de soi », d'échapper au moi et à la généalogie familiale : « J'écris pour oublier mon nom », dira-t-il. Les Œuvres complètes de Bataille ont été publiées en 12 tomes, de 1970 ( avec une présentation de Michel Foucault) à 1988, Paris, Gallimard, coll. « nrf ». Les récits et romans ont été réunis dans Georges Bataille. Romans et récits, préface de Denis Hollier, édition publiée sous la direction de Jean-François Louette, avec la collaboration de Gilles Ernst, Marina Galletti, Cécile Moscovitz, Gilles Philippe et Emmanuel Tibloux, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2004, 1407 p. Livres Histoire de l'œil, sous le pseudonyme de Lord Auch, avec huit lithographies anonymes (André Masson), sans nom d'éditeur (René Bonnel), 1928 ; nouvelle version, dite de « Séville 1940 », illustrée par six gravures à l'eau-forte et au burin par Hans Bellmer, sans nom d'éditeur (K. éditeur), 1947 ; troisième édition, datée de 1941 et dite de « Burgos » (lieu d'édition présumé), sans mention de nom d'éditeur (Jean-Jacques Pauvert), 1951 ; réédition Paris, J.-J. Pauvert, 1967 (Rééd. U.G.E., Coll. « 10/18 ») L'Anus solaire, illustré de pointes sèches d'André Masson, Paris, Éditions de la Galerie Simon, 1931 ; réédition, suivi de Sacrifices, Paris, Lignes, 2011 Sacrifices, accompagnant cinq eaux-fortes d'André Masson, Paris, G.L.M., 1936 ; réédité avec L'Anus solaire, Paris, Lignes, 2011 Madame Edwarda, sous le pseudonyme de Pierre Angélique, éditions du Solitaire (Robert et Élisabeth Godet), 1941 (édition dite de 1937) ; version revue par l'auteur et enrichie de trente gravures de Jean Perdu (Jean Fautrier), éditions du Solitaire, 1945 (édition dite de 1942) ; réédition sous le même nom, avec une préface de Georges Bataille, Paris, J.-J. Pauvert, 1956 ; nouvelle édition sous le nom de Georges Bataille, avec douze planches gravées à la pointe et au burin par Hans Bellmer, Paris, éditions Georges Visat, 1965 Le Petit, sous le pseudonyme de Louis Trente, s.l., s.e. (Georges Hugnet), 1943 (édition dite de 1934) ; réédition Paris, J.-J. Pauvert, 1963 L'Expérience intérieure, Paris, Gallimard coll. « Les Essais », 1943 Le Coupable, Paris, Gallimard, coll. « Les Essais », 1944 L'Archangélique, Paris, Messages, 1944 ; réédition sous le titre L'Archangélique et autres poèmes, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2008 Sur Nietzsche, Volonté de chance, Paris, Gallimard, 1945 L'Orestie, Paris, Éditions des Quatre-Vents, 1945 Dirty, Paris, Fontaine, coll. « L'âge d'or », 1945 L'Alleluiah, Catéchisme de Dianus, avec trois dessins originaux de Jean Fautrier, Paris, Librairie Auguste Blaizot, ; réédition Paris, K. Éditeur, (première édition publique) ; réédition Paris, Nouvelles Éditions Lignes, 2012 Méthode de méditation, Paris, Éditions Fontaine, 1947 ; repris dans la réédition de L'Expérience intérieure, Paris, Gallimard, 1954 Histoire de rats, Journal de Dianus, avec trois eaux-fortes de Alberto Giacometti, Paris, Éditions de Minuit, 1947 La Haine de la poésie (L'Orestie suivi de Histoire de rats et de Dianus), Paris, Éditions de Minuit, coll. « Propositions », 1947 La Part maudite, précédé de La notion de dépense (1933), avec une introduction de Jean Piel, Paris, Éditions de Minuit, coll. « L'Usage des richesses », 1949 ; réédition Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1967 Éponine, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Nouvelles originales », 1949 La Scissiparité, Paris, Gallimard, coll. « Les Cahiers de la Pléiade », 1949 ; réédition Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, avec des dessins de Jean-Gilles Badaire, 2012 L'Abbé C., Paris, Éditions de Minuit, 1950 La Peinture préhistorique. Lascaux, ou la Naissance de l'art, Genève, Skira, 1955 Manet, Genève, Skira, coll. « Le goût de notre temps », 1955 Le Bleu du ciel, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1957 (écrit en 1935) L'Érotisme, Paris, Éditions de Minuit, 1957 La Littérature et le Mal, Paris, Gallimard, 1957 Le Procès de Gilles de Rais, plumitif latin traduit par Pierre Klossowski, introduction de Bataille, Paris, Club Français du Livre, 1959 ; réédition Paris, Pauvert, 1965 Les Larmes d'Éros, Jean-Jacques Pauvert, Paris, coll. « Bibliothèque internationale d'érotologie », 1961 L'Impossible, Paris, Éditions de Minuit, 1962 (Histoire de rats suivi de Dianus et de L'Orestie - première parution en 1947 sous le titre La Haine de la poésie) Livres éditions posthumes Le Mort, édition de luxe, Paris, Au Vent d'Arles, avec neuf gravures d'André Masson, 1964 ; réédition Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1967 (écrit entre 1942 et 1944, posthume) Ma mère, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1966 (posthume et inachevé) ; réédition 1973, réédition 2004 10/18, réédition 2012, 128 pages Théorie de la religion, édition présentée par Thadée Klossowski, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1973 (écrit en 1948) Le Dictionnaire critique, note de Bernard Noël, l'Écarlate, 1993 Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, dessins de Pierre Alechinsky, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 2005 Charlotte d'Ingerville suivi de Sainte (éditions posthumes), préface de Michel Surya, Paris, Lignes-Léo Scheer, 2006 William Blake, illustrations d'André Masson, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 2008 La Souveraineté (1953-1954, inachevé), Paris, Lignes, 2012 Par-delà la colline ou l'instant (extrait de Le Coupable), dessins de Claude Stassart-Springer, Vézelay, Éditions de la Goulotte, 2012 L'Histoire de l'érotisme (1950-1951, inachevé), Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2015 La Limite de l'utile, préface de Mathilde Girard, Paris, Éditions Lignes, 2016 (première version abandonnée de La Part maudite) Articles et conférences (réédités à part) La Sociologie sacrée du monde contemporain (conférence au Collège de sociologie, le ), présentation de Simonetta Falasca Zamponi, Paris, Lignes-Léo Scheer, 2005 La Mutilation sacrificielle et l’oreille coupée de Vincent van Gogh, Paris, Allia, 2006 La Structure psychologique du fascisme (La Critique sociale, , 1933 lire en ligne), republié dans Hermès, , 1989 ; réédition, présentation de Michel Surya, Paris, Lignes, 2009 Discussion sur le péché (conférence et discussion du ), présentation de Michel Surya, Paris, Lignes, 2010 Le Souverain (regroupant trois articles publiés dans Botteghe Oscure : « Le souverain », « Le non-savoir », « Le pur bonheur »), dessins de Vladimir Veličković, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 2010 La Notion de dépense (), présentation de Francis Marmande, Paris, Lignes, 2011 L'Amour d'un être mortel (paru dans Botteghe Oscure, , Rome, ), Paris, Éditions Rue des Cascades, 2013 La Valeur d'usage de D.A.F. de Sade, postface de Mathilde Girard, Paris, Nouvelles Éditions Lignes, 2015 Courts écrits sur l'art, préface de Georges Didi-Huberman, Paris, Éditions Lignes, 2017 Documents inédits Le Collège de Sociologie. 1937-1939, textes et documents réunis, présentés et annotés par Denis Hollier, Paris, Gallimard, 1979 ; nouvelle édition augmentée, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1995 L'Apprenti Sorcier, textes, lettres et documents (1932-1939) rassemblés, présentés et annotés par Marina Galletti, Paris, Éditions de la Différence, coll. « Les Essais », 1999 Georges Bataille. Une Liberté souveraine, textes et entretiens réunis et présentés par Michel Surya, Paris, Farrago, 2000 (partiellement édité dans le catalogue de l’exposition du centième anniversaire de la naissance de Georges Bataille à la médiathèque d'Orléans, Paris, Fourbis, 1997) Georges Bataille et André Breton, « Contre-Attaque ». Union de lutte des intellectuels révolutionnaires : « Les Cahiers » et les autres documents, -, préface de Michel Surya, Paris, Ypsilon Éditeur, coll. « Contre-attaque », 2013 Correspondance Georges Bataille, Lettres à Roger Caillois. -, présentées et annotées par Jean-Pierre Le Bouler, préface de Francis Marmande, Rennes, Éditions Folle Avoine, 1987 Georges Bataille - Pierre Kaan, Contre-attaques : gli anni della militanza antifascita 1932-39, corrispondenza inedita con Pierre Kaan e Jean Rollin et altre lettere e documenti, édition établie par Marina Galletti, Roma, Edizioni Associate, 1995 (avec les textes originaux en français) Georges Bataille, Choix de lettres (1917-1962), éditions Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », édition établie, présentée et annotée par Michel Surya, 1997, XIX-610 p. Georges Bataille - Éric Weil, À en tête de Critique. Correspondance 1946-1951, édition établie, présentée et annotée par Sylvie Patron, Paris, Lignes, 2014 Lettres à Joseph Roche (1919-1922), in Cahiers Bataille , Meurcourt, Éditions les Cahiers, Lettres à Joseph Roche (1919-1921), in Cahiers Bataille , Meurcourt, Éditions les Cahiers, Georges Bataille - Georges Ambrosino, L'Expérience à l'épreuve, correspondance et inédits (1943-1960), édition établie, annotée et présentée par Claudine Frank, Meurcourt, Éditions les Cahiers, « Hors-Cahiers », , 432 p. Filmographie et autres adaptations artistiques Comme acteur 1936 : Partie de campagne (sorti en 1946) de Jean Renoir - un étudiant séminariste (figuration) Adaptations cinématographiques Une première adaptation cinématographique, confidentielle, de Histoire de l'œil fut réalisée par un couple de sexologues américains, les Kunhausen. Et juste avant sa mort, le , Georges Bataille, convie chez lui, Jacques Pimpaneau à son visionnage. 1974 : Simona, film italo-belge réalisé par Patrick Longchamps, d'après Histoire de l'œil. 2004 : George Bataille's Story of the Eye, écrit et réalisé par Andrew Repasky McElhinney, librement inspiré par Histoire de l'œil. 2004 : Ma mère par Christophe Honoré, adapté du roman éponyme de Bataille. 2010 : Madame Edwarda, court métrage britannique, réalisé par Alexandra Jasper et Eveline Rachow, adapté du roman éponyme de Bataille. 2013 : A História do Olho, court-métrage brésilien de . Documentaires 1997 : « Georges Bataille, à perte de vue », documentaire télé d’André S. Labarthe, produit par Vincent Roget/Les films du Bief, collection Un siècle d'écrivains. Expositions La Traversée des inquiétudes, cycle de trois expositions, librement adapté de la pensée de Georges Bataille, conçu par Léa Bismuth, présenté à Labanque de Béthune : « Dépenses » (8 octobre 2016 – 26 février 2017), « Intériorités » (9 septembre 2017 – 18 février 2018) et « Vertiges » (8 septembre 2018 – 10 février 2019). Bibliographie Ouvrages sur Georges Bataille Georges Didi-Huberman, La Ressemblance informe ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille, Paris, Macula, 1995, 399 p. , Revue sur Georges Bataille Cahiers Bataille n°1, Meurcourt, Éditions les Cahiers, , 280 p. . Cahiers Bataille n°2, Meurcourt, Éditions les Cahiers, , 280 p. . Cahiers Bataille n°3, Meurcourt, Éditions les Cahiers, , 272 p. . Cahiers Bataille n°4, Meurcourt, Éditions les Cahiers, , 312 p. . Cahiers Bataille n°5, Meurcourt, Éditions les Cahiers, , 398 p. . Autres ouvrages de référence Notes et références Notes Références Voir aussi Articles connexes Histoire de l'œil, Madame Edwarda, Le Petit, L'Expérience intérieure, La Part maudite, L'Abbé C., Le Bleu du ciel, Le Mort, La Littérature et le Mal, L'Impossible, Documents, Acéphale, Collège de sociologie, Critique, La Somme athéologique Ma mère (film) Littérature et sexualité Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras Colette Peignot Sylvia Bataille Liens externes Écrivain français du XXe siècle Philosophe français du XXe siècle Auteur ayant écrit sur Martin Heidegger Bibliothécaire français Philosophe athée Collège de sociologie Poète français du XXe siècle Auteur français de roman érotique Écrivain auvergnat Artiste surréaliste Archiviste paléographe Personnalité du Cercle communiste démocratique Membre du groupe de la rue Saint-Benoît Naissance en septembre 1897 Décès en juillet 1962 Naissance dans le Puy-de-Dôme Personnalité liée au Cantal Conservateur à la Bibliothèque nationale de France Décès dans le 7e arrondissement de Paris Décès à 64 ans Personnalité inhumée à Vézelay
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https://fr.wikipedia.org/wiki/GPL
GPL
GPL est un sigle qui peut désigner : en français : gaz de pétrole liquéfié ; glycérophospholipide ; en anglais : GNU General Public License (en français la Licence publique générale GNU), une licence de logiciel libre provenant du projet GNU signifiant au sens large (garanti public à vie) ; , la ligue professionnelle de League of Legends basée en Asie de l'Est, ne comportant pas la Corée, l'une des plus actives.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Game%20Boy
Game Boy
La (ou le) est une console portable de jeu vidéo 8-bits de quatrième génération développée et fabriquée par Nintendo. Mise en vente au Japon le 21 avril 1989, puis en Amérique du Nord en octobre 1989, et enfin en Europe le 28 septembre 1990, elle est la première console portable de la gamme des Game Boy. Elle fut conçue par Gunpei Yokoi et Nintendo Research & Development 1 — la même équipe ayant conçu la série des Game and Watch ainsi que de nombreux jeux à succès sur Nintendo Entertainment System. Malgré la sortie de consoles portables techniquement plus avancées, la Game Boy connaît un franc succès. Les modèles Game Boy et Game Boy Color totalisent 118,6 millions d'exemplaires vendus à travers le monde. Dès sa sortie aux États-Unis, plus d'un million d'exemplaires sont vendus en quelques semaines. La production de la console portable s'est achevée en 2003. Historique Gunpei Yokoi, employé de Nintendo, accompagné des membres de la division Nintendo Research & Development 1, dont Satoru Okada, conçoit une console de jeux vidéo portable dont la puissance est quasiment comparable à celle de la NES (Famicom au Japon), mais dont l'écran est monochrome afin de permettre un prix de vente bas et une consommation de piles réduite. Ce choix fut souvent décrié mais personne ne revint sur cette décision car elle provenait d'une expérience de Gunpei Yokoi : La Game Boy sort en France le 28 septembre 1990 dans un paquetage comprenant la console, un câble de liaison pour jouer à deux, des écouteurs stéréos, quatre piles R6, pour pouvoir jouer immédiatement, et le jeu Tetris, le tout pour (environ en conversion simple, ou actualisés en 2019). Les jeux vendus séparément sont, au moment du lancement, généralement au prix de (environ , ou actualisés en 2019). Il se vend 1,4 million de Game Boy la première année en France, un record à l'époque. L'incroyable succès de cette console tient en toute une série de jeux commercialisés tout au long du cycle de vie de la console. Et en premier lieu, le célèbre Tetris, créé par le soviétique Alexey Pajitnov (malgré le grand succès du jeu auprès des utilisateurs, la presse spécialisée a critiqué ce choix en qualifiant le jeu de "dépassé"). Vendu avec la console, ce jeu connaît de nouveau un immense succès (après avoir été commercialisé sur micro-ordinateurs, bornes d'arcade et PC). Il se vend à plus de 30 millions d'exemplaires. À partir de 1996 sort la série de jeux vidéo Pokémon, franchise créée par Satoshi Tajiri, dont le succès phénoménal, avec 31,37 millions de jeux vendus, relance les ventes de la portable de Nintendo, qui atteint alors la troisième place parmi les consoles les plus vendues de l'histoire, avec d'exemplaires vendus, derrière la PlayStation 2 de Sony et la Nintendo DS. Malgré une qualité graphique minimaliste, la Game Boy a su s'imposer grâce à de nombreux atouts : petite taille (notamment par rapport à la Game Gear ou à la Lynx), prix bas, grande autonomie et catalogue de jeux aussi riche que varié. Le succès de la machine conduira Nintendo à utiliser la marque Game Boy pour plusieurs de ses successeurs, dont la Game Boy Color, en 1998, et la Game Boy Advance, en 2001. Fondées sur les mêmes principes de simplicité et de faible consommation, ces deux consoles sont compatibles avec les jeux de la Game Boy originale. Des consoles de récupération sont notamment recyclées pour fabriquer des électrocardiographes à destination de Madagascar dans la lutte contre le paludisme : la cartouche de jeu avec cette nouvelle fonctionnalité engendre un coût de fabrication de seulement . Elle est également utilisée par certaines personnes pour faire de la musique électronique ou encore comme interface pour certaines machines à coudre. Description La Game Boy possède quatre boutons — « A », « B », « SELECT » et « START », ainsi qu'une croix directionnelle, tout comme la Nintendo Entertainment System. Un bouton « on/off » (marche-arrêt), accompagné par une troisième position « Light » sur les Game Boy Light, ainsi qu'une fente pour insérer les cartouches, sont situés sur le haut de la console portable. Nintendo recommande aux utilisateurs de laisser insérée leur cartouche afin d'éviter que la saleté ne pénètre dans la console. Bien qu'elle soit dotée d'un écran monochrome de 23 040 pixels, la Game Boy est légèrement plus puissante qu'une Nintendo Entertainment System (NES). La Game Boy a un processeur graphique très puissant pour l'époque. Le processeur graphique de la NES est moins récent que celui de la Game Boy (la NES est commercialisée dès 1983) qui est un Zilog Z80 (produit à partir de juillet 1976) qui gère la 8-Bit (commercialisée en 1983). La puissance de calcul sonore est la même que la NES. Les bruitages sont similaires à la NES mais peu de jeux utilisent la totalité de la puissance de calcul sonore de la console contrairement à la NES. La Game Boy est considérée comme mauvaise au niveau sonore (ce qui n'a pas altéré son succès mondial), à l'exception de quelques jeux comme Super Mario Land, The Legend of Zelda: Link's Awakening. La Game Boy connaît plusieurs variations de prix, dont une hausse liée à son succès. En mars 1992, le prix du pack contenant la console et le jeu Tetris passe officiellement de à . Il se vend ensuite à partir de décembre 1992, et la console sans jeu passe sous la barre des à l'automne 1993. Caractéristiques Processeur principal : custom 8-bit Sharp z80 cadencé à Mémoire principale (RAM) : Écran : LCD Capacités graphiques : 160×144 en 4 nuances de gris, jusqu'à 40 sprites simultanément (8×8 ou 8×16) Mémoire vidéo : Capacités sonores : stéréo gauche ou droite. 2 canaux signal carré (PULSE) (12,5 % 25 % 50 % 75 %), 1 canal WAV 4bit programmable, 1 canal bruit blanc (NOISE). Mémoire de masse : cartouches de jeux de à Connecteurs : port série pour mise en réseau des consoles (jusqu'à quatre) Dimensions en mm : 148 × 90 × 32 poids : Contrôle du contraste et du haut parleur Prise casque stéréo Indicateur de niveau de batterie Alimentation : 4 piles AA, Autonomie : théoriquement d'au moins . Jusqu'à pas de rétroéclairage Accessoires Game Boy Camera : 128 × 112 pixels, en 4 niveaux de gris : Jusqu'à 30 photos enregistrées dans la SRAM de Game Boy Printer : cet accessoire permet d'imprimer les photos prises grâce à la Caméra Game Boy. Printer est utilisé dans certains jeux comme Pokémon. Câble link : permet de relier 2 Game Boy (jusqu'à 4 avec la Game Boy Four Player Adapter (DMG-07)) entre eux pour jouer en multijoueur ou s'échanger des données. Light Max : étant donné le manque de lisibilité de l'écran, Nintendo a sorti cette loupe couplée à 2 petites ampoules qui se clipse au-dessus de l'écran. Radio Game Boy : se branche sur le port cartouche de la console. Il utilise les piles de la Game Boy pour permettre l'écoute de la radio grâce à des oreillettes fournies. GB Memory Cartridge : est une cartouche classique vendue seulement au Japon mais de couleur blanche au lieu de grise. Elle permet de charger des jeux sur des bornes spéciales, appelées Nintendo Power. Une même cartouche pouvait donc contenir plusieurs ROMS chargées légalement, qui pouvaient ensuite être effacées pour les remplacer par d'autres. Le même système existait pour la Super Famicom : la SF Memory Cassette. Super Game Boy : adaptateur permettant de jouer aux jeux Game Boy sur la télévision via la Super Nintendo, avec, entre autres, la possibilité d'y mettre un certain choix de couleurs. Les jeux Game Boy s'inséraient dans le Super Game Boy qui s'insérait dans la Super Nintendo. Aussi il existe de nombreux accessoires étranges (pour la plupart sortis seulement au Japon) tels qu'un sonar, un organiseur, un tuner TV et même une machine à coudre commandée via la console (la IZEK de Singer). Un autre accessoire, le Game Boy Player, permet de jouer à des jeux Game Boy sur GameCube. Barcode Boy : c'est un périphérique de la Game Boy uniquement commercialisé au Japon qui permet de scanner des cartes. Évolutions Game Boy Pocket En 1995, alors que Nintendo et Gunpei Yokoi essuient l'échec du Virtual Boy, une version relookée de la Game Boy est en préparation. Car la firme, qui vient de connaître l'un de ses plus gros échecs, voit également chuter ses ventes de Game Boy alors qu'elle n'en avait pas préparé la succession, ayant tout misé sur son Virtual Boy. En attendant de trouver une idée, Nintendo lance donc la Game Boy Pocket le au Japon (et quelques mois plus tard en Occident). Cette console diffère très peu de la Game Boy, sauf sa taille réduite de 30 %. L'écran a été très légèrement agrandi et a perdu son aspect verdâtre. L'autonomie est passée à pour 2 piles LR03 (contre 4 LR6 pour la Game Boy originale). Les premiers modèles de Game Boy Pocket étaient dépourvus de voyant indiquant le niveau de batterie de la console. À l’origine, il était prévu d’y ajouter une dragonne, décision prise à l’unanimité par la R&D1 afin de s’adapter à la mode et de rendre la console encore plus facile à utiliser. Toutefois, cet ajout fut annulé car selon Takehiro Izushi « les enfants risquaient plutôt de faire tournicoter en l’air leur Game Boy avec la dragonne ! ». Game Boy Light Commercialisé le au Japon et seulement là-bas, il apporte à la Game Boy Pocket ce qui lui manquait le plus : une bonne lisibilité, grâce à un rétro-éclairage de bonne facture avec lequel il devient possible de jouer dans le noir. Le traditionnel interrupteur « on-off » (marche-arrêt) est doté d'une troisième position, la fameuse position « Light », qui permet d'activer ou couper le rétro-éclairage sans redémarrer la console ; l'autonomie des 2 piles LR06 variant de lumière allumée, jusqu'à lumière éteinte. Pour le reste cette console diffère très peu du Game Boy Pocket, sauf une taille légèrement plus élevée. Il y eut des éditions spéciales, beaucoup plus rares que les versions Silver et Gold : Pokémon Center Tokyo, Astro Boy, Toys R'Us… La Game Boy Light a été rapidement éclipsée par la Game Boy Color, qui fut annoncée seulement six semaines avant la sortie de la Game Boy Light. Non pas que ce fût un échec mais Nintendo lui-même voulait contrecarrer les plans d'une concurrence de plus en plus agressive. Successeurs Game Boy Color Commercialisée le 23 novembre 1998 en Europe, la Game Boy Color (couramment référencée par GBC) propose un écran couleur pour une forme légèrement plus grande que la Game Boy Pocket, et double la cadence du processeur et sa quantité de mémoire pour atteindre les et . Toutes les cartouches de jeux Game Boy sont lues. Les couleurs à utiliser sont sélectionnables, ce qui a permis de raviver la commercialisation de la gamme existante des jeux Game Boy, et ainsi de proposer sensiblement plus de titres que ses concurrents directs. Technologiquement, cette console a été comparée à la NES des années 1980. Game Boy Advance En , Nintendo sort une mise à jour de sa console portable. La Game Boy Advance, possède un processeur ARM cadencé à , couplé avec un processeur Z80 permettant de supporter les cartouches de jeux des premières Game Boy. C'est techniquement une console équivalente à la Super Nintendo. Ce qui permet des améliorations aux jeux anciens comme Super Mario Bros. 2 et aux nouveaux titres comme Mario Kart: Super Circuit, F-Zero: Maximum Velocity et Kuru Kuru Kururin. La version SP de la Game Boy Advance, lancée en , propose un encombrement réduit avec la possibilité de la replier en deux, un éclairage intégré et une batterie rechargeable, tout le reste demeurant identique. C'est la dernière Game Boy à permettre la rétro compatibilité avec les cartouches de jeux Game Boy et Game Boy Color. La Game Boy Micro est une dernière version de la Game Boy Advance. Annoncée à l'E3 2005, elle est sortie en en Amérique du Nord et au Japon, et le en Europe. Cette console portable est incompatible avec les jeux Game Boy et Game Boy Color. La Game Boy Micro a un poids de et une taille de de long sur de large et moins de d'épaisseur. Sa façade est amovible et personnalisable. Sa principale qualité réside dans son petit écran fin et avec une assez bonne luminosité. La console joue aussi sur l'aspect rétrogaming avec sa façade Famicom très appréciée au Japon. Notes et références Annexes Article connexe Liste de jeux Game Boy Microvision Bibliographie . . Liens externes Game Boy sur Nintendo.com Game Boy sur Nintendopedia Console de jeux vidéo Nintendo Console de jeux vidéo de quatrième génération Produit lancé en 1989 Game Boy Produit arrêté en 2003
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https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie%20du%20Japon
Géographie du Japon
Le Japon est un archipel situé au large de la côte de l'Asie (Asie de l'Est), bordé par la mer du Japon à l'ouest et l'océan Pacifique à l'est. Les principales îles sont, en partant du nord : Hokkaidō, Honshū (l'île principale), Shikoku et Kyūshū, prolongée au sud par les îles Ryūkyū dont fait partie l'île d'Okinawa. Plusieurs litiges frontaliers perdurent avec la Russie, la Corée du Sud et la Chine. De par ses nombreuses côtes, le Japon profite d'une des plus grandes zones économiques exclusives au monde. C'est un archipel volcanique et fortement montagneux, ce qui a pour conséquence une répartition inégale de la population sur le territoire, principalement regroupée le long de la mégalopole japonaise. La deuxième conséquence notable est la forte activité sismique, ces îles étant également touchées par les tsunamis. Dans la moitié nord, le climat est continental acadien, et subtropical humide au sud, bien que l'on note de fortes différences selon la côte et le relief. Ces différences de climats et de reliefs ont permis le développement d'une faune et d'une flore variée, avec certaines espèces endémiques rares ou disparues, notamment sur l'archipel d'Ogasawara. Le pays est découpé en , parfois appelés départements, ayant remplacé les anciennes provinces du Japon, puis divisé en près de . Situation et définition Le Japon est un archipel de de long, s’étalant de la Russie au nord à Taïwan au sud, le long de la côte orientale de l’Asie (Chine et Corées). Il est bordé par la mer d'Okhotsk au nord, la mer du Japon (mer de l'Est) et la mer de Chine orientale à l'ouest, l'océan Pacifique à l'est et la mer des Philippines au sud. Sa superficie totale est de , ce qui en fait le pays le plus vaste du monde. Il comporte de plus de , dont 421 sont habitées (430 en 2008). Les cinq îles principales représentent 97 % du territoire, soit du nord au sud : Hokkaidō (), historiquement peuplée par les Aïnous, Honshū () la plus grande et la plus peuplée avec d’habitants, Shikoku (), l’île de la mer intérieure, Kyūshū (), en face de la Corée du Sud. Okinawa () Les îles de Honshū, Shikoku et Kyūshū sont séparées par la Mer intérieure de Seto. Parmi les autres îles, on trouve deux longs archipels situés aux extrémités sud, est et ouest du pays : l'archipel Nansei au sud-ouest (), composé des archipels Satsunan et Ryūkyū (annexé officiellement en 1879) : Naha, sur l’île Okinawa Hontō dans l’archipel Ryūkyū, est située à plus de de Kyūshū, l’archipel Nanpō au sud-est de Tokyo (), composé des archipels d'Izu et d'Ogasawara, qui s’étire sur plus de jusqu’à Iwo-jima. Plusieurs litiges frontaliers historiques perdurent : les îles Kouriles méridionales russes, appelées Minami-Chishima au Japon et revendiquées sous le nom de Territoires du Nord, les rochers Liancourt coréens, appelés Dokdo en Corée, revendiqués par le Japon sous le nom de Take-shima, les îles Senkaku japonaises, revendiquées par la Chine et Taïwan sous le nom de Diàoyútái Qúndǎo, la Zone économique exclusive (), de l'« île » japonaise Okinotori-shima, contestée par la Chine. Sakhaline et les îles Kouriles Sakhaline, en japonais, et les îles Kouriles, en japonais, sont respectivement une île et un archipel situés au nord de Hokkaidō, au large de la Sibérie et au sud du Kamtchatka, entourant la mer d'Okhotsk. Estimant que Sakhaline était une extension à la fois culturelle et géographique de Hokkaidō, les Japonais proclamèrent leur souveraineté sur l'ensemble de l'île ainsi que sur l'archipel des Kouriles en 1845. En 1855, le Japon et la Russie signèrent le traité de Shimoda, déclarant que les deux nations pouvaient occuper l'île, les Russes s'installant au nord et les Japonais au sud, sans qu'une frontière ne soit précisément tracée. Le traité plaça cependant la frontière dans les îles Kouriles au niveau du chenal séparant les îles d'Itouroup et d'Ouroup, l'empire russe reconnaissant la souveraineté du Japon sur les îles méridionales Chikotan, Habomai, Kounachir (Kunashiri) et Iturup (Etorofu), ensemble appelé . En 1875, à la suite de la signature du traité de Saint-Pétersbourg, les Japonais cédèrent le Sud de l'île Sakhaline aux Russes et eurent en échange la souveraineté sur toutes les îles Kouriles. En 1905, à la fin de la guerre russo-japonaise, les Russes et les Japonais signèrent aux États-Unis le traité de Portsmouth. Par cet accord, le Japon récupérait la partie sud de Sakhaline, tandis que la Russie conservait les trois cinquièmes nord de celle-ci. La frontière entre les deux pays était fixée le long du parallèle nord. Sakhaline et les îles Kouriles furent annexée en 1945 par Staline et rattachée à l'URSS. L'Armée rouge débuta l'attaque de Sakhaline le , et celle des îles Kouriles le 18, soit respectivement quatre jours avant et trois jours après la capitulation japonaise. La conquête de Sakhaline se termina le , celle des îles Kouriles le septembre. Il n'y a pas eu de traité de paix entre l’Union soviétique et le Japon à la suite de la Seconde Guerre mondiale, et bien que le Japon ait renoncé à tous ses droits sur les îles Kouriles par le traité de San Francisco, l’Union soviétique a refusé de signer ce traité mettant fin à la période d’occupation américaine et restaurant l’administration japonaise sur son territoire. L'ensemble des Kouriles fait aujourd'hui partie de la Fédération de Russie, plus précisément de l'oblast de Sakhaline. Le Japon réclame les quatre îles Kouriles les plus méridionales, soit un tiers de la surface totale, selon la frontière fixée par le traité de Shimoda, et arguant du fait que le traité de San Francisco de 1951 ne précise pas quelles îles exactement comprend la dénomination d'îles Kouriles et n'a pas été contresigné par l'URSS. Le gouvernement nippon considère que les quatre îles qu'il revendique sont des extensions de Hokkaidō, et les appelle . En revanche, il ne revendique pas la frontière du traité russo-japonais de 1875 incluant les îles du Nord, car ce traité considère l'ensemble des Kouriles comme un territoire unique (alors placé sous administration japonaise). La Russie, comme le faisait auparavant l'URSS, se réfère pour sa part au traité de San Francisco et considère que le renoncement japonais concerne bien l'ensemble de l'archipel. Les rochers Liancourt Les rochers Liancourt, Dokdo () en coréen et en japonais, sont un petit groupe d'îlots situé en mer du Japon (mer de l'Est), possession sud-coréenne mais dont la souveraineté est contestée par le Japon. Ils sont aujourd'hui rattachés administrativement à l'île d'Ulleungdo, distante de , dans la région du Gyeongsang du Nord. Le Japon considère que ce groupe d'îlots, annexé en 1905, fait toujours partie de son territoire, et le rattache au bourg d'Okinoshima dans l'archipel Oki (préfecture de Shimane), distant de . Il s'appuie pour cela sur l’omission des Rochers Liancourt dans le traité de San Francisco signé en 1951, arguant qu'il représente la fixation définitive de son territoire (Jeju-do, Ulleungdo et Geomundo sont ainsi rendus à la Corée du Sud). Selon la Corée du Sud, les îles mentionnées dans le traité ne sont que des exemples et non une liste exhaustive en regard du grand nombre des îles entourant la péninsule coréenne. De plus, les directives du Commandant suprême des forces alliées (SCAPIN) , intitulées « Mémorandum concernant les séparations gouvernementale et administrative de certaines zones du Japon » et datées du , envoyées au gouvernement japonais en application de l’acte de soumission, excluaient les rochers Liancourt du territoire japonais. Les îles Senkaku et Okinotori Les , appelées en chinois îles Diaoyutai (), se situent au nord-est de Taïwan et au sud-ouest d'Okinawa Hontō, dans la mer de Chine orientale. Cet archipel inhabité est contrôlé par le Japon depuis 1895 et le traité de Shimonoseki, mais est revendiqué par la République de Chine (Taïwan), ainsi que par la République populaire de Chine. Après la Seconde Guerre mondiale, à la fin de l'occupation du Japon par les États-Unis (1945-1952), Taïwan est reconnu indépendant par le traité de San Francisco (1951), mais pas les îles Senkaku qui sont occupées jusqu'en 1972, avant d'être rendues au Japon avec les îles Ryūkyū. Administrativement, ces îles dépendent de la ville d'Ishigaki sur l'île éponyme, dans la préfecture d'Okinawa. Géographiquement, elles font partie de l'archipel Sakishima, avec les îles Yaéyama et Miyako (plus au sud), et donc des îles Ryūkyū. L' est un atoll japonais situé à de Tokyo, au milieu de la mer des Philippines. L'atoll est le point le plus au sud du Japon, et fait officiellement partie de l'archipel d'Ogasawara (sous-préfecture d'Ogasawara). Si Okinotorishima est considéré comme une île par le Japon, la Chine considère qu'il s'agit uniquement de rochers, et que le Japon ne peut pas établir autour d'eux une zone économique exclusive (ZEE) selon l'article 121 de la convention des Nations unies sur le droit de la mer. Cette ZEE couvre environ , avec de nombreuses ressources halieutiques et très certainement des gisements minéraux (manganèse, cobalt, lithium). Topographie En 2006, les lacs et rivières représentaient près de 4 % du territoire japonais avec , les zones terrestres totalisant . L’archipel présente une superficie importante d’eau. En France par exemple, l’eau ne représente que 0,26 % du territoire. Le relief, c'est-à-dire l’étroitesse et le caractère montagneux de l’archipel, est générateur de fleuves courts et torrentiels. Ils sont anormalement larges en raison du volume d'eau important qu'ils doivent écouler en peu de temps, et se prêtent peu à la navigation. Le plus long fleuve est le Shinano-gawa avec . Les glaciers susceptibles de constituer des réserves sont rares, conférant aux régimes fluviaux un caractère saccadé reflétant le rythme des périodes pluvieuses. De manière contrôlée par l’homme, l’eau d’irrigation des rizières proviennent des cours d’eau. Le sol nippon recèle de riches réserves en eaux souterraines, et les lacs sont nombreux et souvent d’origine tectonique ou volcanique. Le plus grand est le lac Biwa avec de superficie, situé au centre de Honshū. Il est le troisième plus ancien lac d'eau douce au monde. Les montagnes occupent 63 % du territoire, les collines 12 %, les plateaux 11 % et les plaines seulement 14 % (lacs et rivières exclus). Seul un peu plus du cinquième du territoire est habitable (), près des littoraux. Les massifs montagneux s'étirent du Nord au Sud sur plus de le long de l'archipel, avec principalement les monts Ishikari sur Hokkaidō et les monts , Ōu, , Okuchichibu, , Tanzawa, , , Yatsugatake, Hida, Kiso, Akaishi, Suzuka, Hira, Kii et Chūgoku sur Honshū. Les monts Hida, Kiso et Akaishi forment les Alpes japonaises, le plus important massif du Japon (92 des hautes montagnes du pays). Le point culminant du Japon est le célèbre mont Fuji atteignant d’altitude, et situé entre les monts Okuchichibu, Akaishi, Tanzawa et Hakone. Il s’agit d’un relief volcanique, toujours actif mais peu menaçant. Le point le plus bas est le lagon Hachirō à . La plus grande plaine de l'archipel, celle du Kantō, n'atteint pas , la suivante est la plaine de Hokkaidō. La rareté des plaines, très peuplées (plus de par km sur la côte Est de Honshū), oblige l’exploitation des collines et des montagnes avec le système des cultures en plateaux (les versants sont recouverts de bassins successifs de taille décroissante avec la hauteur, permettant la culture du riz, du soja). En effet, on ne compte que de terres arables (13 % du territoire) et de pâturages (0,2 %) en 2006. Autre conséquence, 69 % du territoire japonais est constitué de zones boisées et de forêts (), et seuls 5 % du territoire est construit, en dehors des routes (). Le relief subit une érosion violente marqué par de nombreux glissements de terrain, fréquents dans une partie du Chūbu où sont présents d’épais horizons argileux imprégnés d’eau à cause du long enneigement hivernal. Ce sont souvent des langues de terre, épaisses de cinq à vingt mètres, larges de 200 à et longues d'un à cinq kilomètres, s’écoulant vers l’aval, qui portent rizières et forêts. Population La population japonaise est ainsi inégalement répartie sur le territoire, principalement le long de la mégalopole japonaise qui rassemble d'habitants sur un total de , avec quatre principales zones, du nord au sud : le Grand Tokyo (Tokyo, Yokohama, Kawasaki, Saitama et Chiba) avec près de d'habitants, la autour de Nagoya avec près de d'habitants le Keihanshin (Osaka-Kyoto-Kobe) et ses d'habitants, la avec plus de d'habitants ( si l'on ajoute Hiroshima). En dehors de la mégalopole, les villes les plus importantes sont Sapporo (Hokkaidō), Sendai et Niigata, plus au Nord. Météorologie Le climat est très varié, du fait de l'étirement du Japon du nord au sud, de la latitude de Québec à celle de Cuba : Hokkaidō et le nord de Honshū (Sapporo, Niigata) ont un climat continental proche du climat acadien avec un été chaud et un hiver long, froid et très neigeux. Le centre et le sud de Honshū (Tokyo, Nagoya, Osaka), avec Shikoku et Kyūshū, ont un climat subtropical humide, avec un hiver relativement doux avec peu ou pas de neige, et un été chaud et humide. Le climat de l'archipel Ryūkyū (Naha), très au sud, est quasi-tropical, les températures hivernales, de en moyenne, ne descendant jamais en dessous de . L'archipel japonais connaît de plus une alternance des vents et des courants marins qui influent sur son climat. Au Japon, on retient ainsi cinq zones climatiques pour le pays (voir carte à droite) : Le climat des côtes de la mer du Japon (en bleu à droite) En hiver, les vents sibériens déferlent et provoquent d'énormes chutes de neige sur la côte occidentale de l'archipel. Le climat des côtes de l'océan Pacifique (en vert) En hiver, la côte orientale est protégée des vents d'ouest par la chaîne des Alpes japonaises et connaît un temps sec et ensoleillé, avec des températures tiédies par l'effet du courant chaud Kuroshio au sud. En été, le courant froid Oyashio abaisse les températures au nord alors que le sud, jusqu'à la baie de Tokyo, est frappé par des vents forts, et touché par les tempêtes tropicales et les typhons, entre les deux saisons des pluies appelées tsuyu en juin et en septembre. Le climat des massifs centraux (située au sud des monts Ōu, en rose) Le climat du pourtour de la mer intérieure de Seto (en jaune) Le climat du sud du pays (archipels Amami et Ryūkyū, et archipel d'Ogasawara) Le climat des massifs centraux est parfois considéré comme élément de celui des côtes de l'océan Pacifique, alors que le climat des côtes du sud-est est parfois différencié de celui des côtes du nord-est de par ses fortes précipitations, tout comme celui de l'ouest de Kyushu. Presque tout le Japon bénéficie d’abondantes précipitations : avec de précipitations en moyenne par an, le Japon est l’un des pays les plus pluvieux de la zone tempérée. Les typhons se forment tout au long de l'année dans le Pacifique sud. De l'hiver au printemps, leur déplacement est limité aux latitudes basses. À partir de l'été, ils progressent vers l'ouest en direction des Philippines (une trentaine s’y forment par an), jusqu'à des latitudes plus élevées : trois ou quatre de ces typhons atteignent le centre du Japon. Ces cyclones constituent d’énormes réservoirs d’eau et peuvent contenir en vapeur jusqu’à cinquante milliards de tonnes d’eau. Les précipitations accompagnant les typhons sont très importantes, elles peuvent facilement atteindre de pluie en vingt-quatre heures. Les typhons les plus violents du au Japon ont dévasté Muroto en 1934 (trois mille morts) et la baie d’Ise en 1959 (cinq mille morts). En 2004, dix cyclones se sont abattus sur le Japon, parmi lesquels Meari qui a fait vingt-deux morts et six disparus, pour un total de de yens ( de dollars ou d’euros) de dégâts. En 2008, les typhons ont touché , soit , pour seulement cinq blessés. En comparaison, la même année, , soit ont été touchés par de fortes pluies, ayant causé la mort ou la disparition de vingt personnes, et , soit , ont subi des vents violents ayant abouti à la mort de sept personnes. Les principales villes de la mégalopole japonaise sont confrontées au phénomène d'îlot de chaleur urbain en été. En , la température a dépassé dans 132 villes, et même à Tokyo. Entre la fin mai et le début du mois d'août, ont été amenées à l'hôpital à la suite de coups de chaleur, dont 118 en sont mortes. De 1967 à 2007, seraient mortes de chaleur au Japon, soit une moyenne de 169 par an. Les régions montagneuses sont quant à elles parfois confrontées à l'effet de foehn. Tectonique Plaques, failles et fosses Le Japon est un archipel volcanique, situé sur la « ceinture de feu du Pacifique » à la rencontre de la plaque eurasienne à l'ouest avec ses sous-plaques de l'Amour, d'Okinawa et du Yangtsé (du nord au sud), de la plaque philippine au sud, de la plaque pacifique à l'est et de la plaque d'Okhotsk au nord. Ces plaques sont à l'origine des fosses des Kouriles, du Japon, d'Izu-Ogasawara , de Nankai, , de Ryūkyū et d'Okinawa. En conséquence plusieurs jonctions triples se trouvent sur le territoire japonais : principalement la jonction triple de Boso à la rencontre des plaques pacifique, philippine et d'Okhotsk, et celle au niveau du mont Fuji au nord de la péninsule d'Izu à la rencontre des plaques philippine, de l'Amour et d'Okhotsk. On observe ainsi plusieurs failles, notamment la ligne tectonique médiane du Japon, celle de Butsuzō, la ligne tectonique Itoigawa-Shizuoka, les lignes tectoniques de Kashiwazaki–Chiba et de Shibata-Koide, et celles de Tanakura et de Hatagawa. On peut diviser l'arc japonais en quatre zones principales selon ces failles : À l’ouest de la faille d'Itoigawa-Shizuoka, on trouve une zone interne dénuée de formes structurales nettes dues à des plissements, et une zone externe où à l’inverse elles apparaissent. Dans son ensemble, l’essentiel de son relief actuel résulte de tout un quadrillage de failles et de gauchissements. Le relief de cette zone est en partie déterminé par les failles qui orientent bassins, crêtes, etc. Le volcanisme récent influe peu sur ce relief. La dépression entre les failles d'Itoigawa-Shizuoka et de Kashiwazaki–Chiba/Shibata-Koide est une dislocation qui marque la zone de contact des arcs sud-ouest et nord-est. Deux des plus vastes plaines du pays, celles du Kantō et de Niigata se situent au pied de cette grande dislocation, respectivement au sud et au nord. Sur la côte orientale se dressent de nombreux volcans, dont le mont Fuji et le mont Asama. Au nord-est, on distingue deux lignes tectoniques courant depuis le nord du Kantō. Elles se rencontrent en formant un angle ouvert dans la plaine de Sendai. Enfin, Hokkaidō est une zone formée principalement de sédiments tertiaires et de deux axes montagneux, l’un amorçant Sakhaline, et l’autre axe surtout volcanique amorce les Kouriles. Leur intersection est recouverte d’une énorme calotte volcanique nommé Daisetsu-zan. Séismes Des milliers de secousses telluriques d’intensité variable (de 4 à 7,3 sur l’échelle de Richter) sont ressenties dans le Japon tout entier chaque année, la plupart ne provoquant pas ou peu de dégâts aux constructions humaines. Par ailleurs, les puissants et ravageurs tremblements du plancher sous-marin génèrent des raz-de-marée appelés tsunamis. 1/5 des séismes d'une magnitude égale ou supérieure à 6 recensés dans le monde surviennent au Japon. Entre 1900 et 2004, sur 796 tsunamis observés dans l'océan Pacifique, 17 % d'entre eux ont eu lieu près du Japon. En 2008, , soit ont été touchées par des tremblements de terre, 22 en sont décédées ou ont disparu. Les récents séismes les plus meurtriers ayant touché le pays sont : : le tremblement de terre de Nobi ou de Mino-Owari, d'une magnitude estimée entre 7,5 et 8 sur l'échelle de Richter, qui fit . : le séisme de Meiji-Sanriku, d'une magnitude de 7,2, qui fit plus de . : le séisme de Kantō, d'une magnitude de 7,9, qui fit plus de et occasionna la destruction par un incendie de la plupart des maisons en bois. : le séisme de Kita-Tango, d'une magnitude de 7,6, qui fit , dont causés par le tsunami ayant suivi. : le séisme de Sanriku, d'une magnitude de 8,4, dont le tsunami qui suivit fit . : le séisme de Tottori, d'une magnitude de 7,4, qui fit . : le séisme de Tonankai, d'une magnitude de 8,1, qui fit . : le séisme de Mikawa, d'une magnitude de 7,1, qui fit . : le séisme de Nankaidō, d'une magnitude de 8,1, qui fit . : le séisme de Fukui, d'une magnitude de 7,3, qui fit . : le séisme de Kōbe, d'une magnitude de 7,2, qui fit et . : le séisme de Tōhoku au large de Sendai, d'une magnitude de 9,0. Volcans et sources chaudes Le volcanisme japonais est un volcanisme de convergence, au contact des plaques de subduction. Cependant, aucun volcan ne se trouve près des dislocations tectoniques majeures et les grandes failles n’ont donné naissance à aucun volcan, si ce n’est les monts Aso, Fuji et Asama. Il y a environ 200 volcans au Japon, dont 77 considérés comme actifs : 10 % des 700 volcans actifs terrestres se situent au Japon. Ils sont surtout localisés à Hokkaidō, le long de la fossa magna ainsi qu’au centre de Kyūshū. Les volcans japonais sont très divers. On trouve des volcans effusifs (ou volcans rouges) et surtout explosifs (ou volcans gris), les plus courants. Les trois plus grands volcans du Japon sont le mont Fuji, le mont Ontake et le mont Norikura. Il semble que les grands phénomènes volcaniques qui ont abouti à la formation des caldeiras (caldeira d'Aira, lacs Tōya et Tazawa…), de même que les émissions de cendres très importantes qui ont notamment constitué le plateau de cendres du Shirasu-Daichi, au sud de Kyūshū, soient le fait d’un volcanisme passé, et que le volcanisme actuel n'en présente plus que des « séquelles ». Il y a au Japon sept grands ensembles de caldeiras. Les émissions de cendre auraient certainement joué un rôle essentiel dans le relief et sur la végétation et la pédocénose japonaises : les sols volcaniques sont généralement très fertiles et la plupart des piémonts de volcans offrent de belles ressources en eau. Les éruptions volcaniques font peu de victimes grâce aux prévisions, les dégâts sont plus d’ordre économique en s’attaquant à certaines zones agricoles. Les sources naturelles d’eau chaude appelées onsen, conséquence agréable de l'activité volcanique de l'archipel, sont nombreuses et très populaires. Elles ont souvent été aménagées en bains publics, hôtels ou stations thermales pour les séjours de villégiature et retraites de santé. On peut par exemple s’y baigner dans des « baignoires » naturelles de . Environnement Ressources naturelles Les côtes du Japon s'étendent officiellement sur , dont pour les quatre principales îles ( avec Okinawa Hontō). La côte pacifique possède de larges interpénétrations terre et mer (comme les baies de Tokyo et de Nagoya). Vers la mer du Japon au contraire, la côte est à peu près rectiligne sur , exception faite de la péninsule de Noto. Les côtes de la mer du Japon sont en général basses, dunaires et marécageuses, tandis que les formes d'accumulation sont moins achevées sur le Pacifique. Le Japon profite avec ces nombreuses côtes ( pour de terres) d'une zone économique exclusive de , la sixième plus importante au monde. À l'exception des produits de la pêche (poissons, crustacés, baleines), auxquels s'ajoutent quelques industries minières et l'exploitation forestière, les ressources naturelles sont faibles. Ainsi, l'eau est la première ressource naturelle de l'archipel nippon. En effet, les eaux marines japonaises sont poissonneuses, grâce à la rencontre des courants marins chauds et froids. Et l'eau douce est abondante au Japon, notamment du fait de ses précipitations annuelles moyennes de . De ce fait, les nappes phréatiques sont bien alimentées et les rivières pérennes. Cette abondance en eau favorise la riziculture. Le manque d'un certain nombre de ressources naturelles sur le sol nippon fait du Japon le premier importateur mondial de charbon et de gaz naturel liquéfié, et le troisième importateur de pétrole. Sols Les sols japonais sont fort variés mais généralement acides, et en majorité peu évolués. Ils se sont généralement développés sous une couverture forestière. Les sols azonaux forment 82 % des sols du Japon. Parmi eux, les sols minéraux bruts des régions en pentes (68 %) sont très présents au vu du relief japonais très montagneux et pentu, et généralement minces à cause du ravinement, alors que les sols alluviaux des plaines, les plus fertiles, couvrent 14 % du territoire nippon (leurs caractéristiques sont très variées puisqu’elles dépendent des conditions locales de l’écoulement de l’eau). Les sols zonaux, peu fertiles, présentent un profil caractéristique d’un milieu végétal et climatique auquel ils ont été longuement exposés. Ils sont peu présents, compte tenu du relief abrupt : ce sont des sols surtout podzolisés, soit gris-brun dans les régions froides, soit rougeâtres dans les régions subtropicales. Enfin, les sols intrazonaux, des sols stationnels, ont des profils développés, et se situent à proximité des volcans, les cendres caractérisant une grande partie d’entre eux. Ils sont sombres et acides et retiennent peu l’humidité, aussi leur fertilité est médiocre. Océan et fond marin La zone économique exclusive du Japon est . Il a beaucoup de vie marine. On estime que de grandes quantités de ressources se trouvent sur les fonds marins. Faune et flore Végétation La grande variété de la végétation japonaise (environ ) est liée au climat et au relief. La végétation du Japon est essentiellement forestière. La forêt couvre 67 % de la surface du pays et elle est composée par une majorité de feuillus et de conifères : chênes, hêtres, érables, thuyas, pins rouges et noirs, associés aux bouleaux et aux frênes. À l'ouest domine une forêt où conifères poussent aux côtés de bambous, magnolias et chênes verts. Les pruniers et abricotiers, les cerisiers à floraison précoce, ainsi que les bambous et les pins sont devenus les symboles traditionnels du pays. Les Japonais respectent et conservent la forêt. Au Japon, on dénombre différentes d’arbres (l’Europe dans son intégralité n’en a que 85, en 1975). Ceci s'explique par les facteurs cités précédemment, l’étendue en latitude de l’archipel japonais ( du nord au sud), ses variations de climat allant de tempéré froid à subtropical, ses reliefs (ses plaines et ses hautes altitudes), ainsi que les différents sols. La grande variété et la luxuriance de la végétation s'expliquent également par la chaleur et l'humidité des étés, et l’abondance d’eau (nappes phréatiques, lacs…). Le Japon n'ayant pas connu les grandes glaciations du Quaternaire, la végétation du Pléistocène (troisième époque du Néogène, fin du Paléolithique) a été épargnée. Elle est caractérisée par un grand nombre d'espèces végétales et 7 % de cette forêt est considérée comme primaire. La forêt est composée de trois types. La première est de type boréal, on la rencontre dans le nord et l’est de Hokkaidō : les conifères y forment la majorité de la couverture végétale, associés au bouleau et au frêne. Le second type de forêt dit tempéré se compose de feuillus et de conifères. On peut la diviser en deux parties : la forêt véritablement tempérée (chênes, hêtres, érables, thuyas, pins) au nord de Honshū, et la forêt de type pénétropical qui s'observe à l'ouest du Japon : on y retrouve conifères, chênes, bambous, magnolias. Enfin à Kyūshū, Shikoku, et dans le sud de Honshū, ce sont les arbres de la végétation subtropicale que l'on rencontre, tels le bambou, le camphrier, le banian. Les variations des types forestiers sont liées principalement aux climats de l’archipel. Faune Tout comme la flore japonaise très riche du fait de grandes différences climatiques et géologiques entre le nord et le sud, le Japon abrite des animaux vivant sous différents climats : animaux des tropiques du sud-est asiatique, animaux de la zone tempérée de la Corée et de la Chine et animaux subarctiques de Sibérie. L’île de Hokkaidō, qui se trouve en majeure partie face à la mer d'Okhotsk dans la région arctique est fréquentée occasionnellement par des animaux originaires de la zone arctique tels que le morse, et sur le plan terrestre de nombreux animaux se trouvent sur cette île puisqu’elle est peu industrialisée. On y trouve surtout des animaux de climat tempéré froid comme l’ours brun, comme au nord de Honshū. La mer au nord de Honshū appartient à la région du Pacifique nord, qui fait partie du royaume du nord, et longe la côte sud des îles Aléoutiennes et la côte ouest des États-Unis jusqu'en Californie. On y trouve des otaries, des lions de mer et des baleines. La mer au sud du Honshū central appartient à la région indopacifique occidentale qui fait partie du royaume tropical. Elle regorge de poissons de coraux colorés, de serpents de mer et de tortues, on y trouve aussi le dugong et le marsouin aptère. Le Japon en comparaison à sa flore, possède une faune réduite, sa faune comporte néanmoins de mammifères, d’oiseaux et de reptiles, de batraciens et de poissons. Le seul primate (hormis l'homme) est le singe à face rouge, le macaque du Japon, que l’on trouve sur tout le territoire de Honshū. Parmi les carnivores, on rencontre encore des ours noirs et des ours bruns. Le renard est très répandu. Le cerf est l’espèce de cervidés la plus commune. Le Japon ayant été de par le passé plusieurs fois détaché et rattaché au continent, de nombreuses espèces animalières que ne l’on ne trouve pas dans les pays voisins ont élu domicile dans l’archipel nippon. De même pour les îles Ryūkyū qui se seraient détachées du continent antérieurement aux îles principales. On trouve notamment parmi les espèces : disparues : le roselin, le pigeon et la grive des Bonin (archipel d'Ogasawara), le pigeon à col d'argent ou pigeon des Ryūkyū, ou encore l'otarie du Japon ; en danger critique d'extinction : lAnoxypristis cuspidata (un poisson-scie), le pic d'Okinawa, la tortue imbriquée ou le tadorne de Corée ; en danger : le fuligule de Baer, le rat des Ryūkyū, le lapin des Ryūkyū, la cigogne orientale, l'ibis nippon, la petite spatule, le bihoreau du Japon, et des amphibiens tels que le Babina holsti, le Babina okinavana, l’Odorrana amamiensis, l’Odorrana ishikawae, ou l’Odorrana narina. Protection L'histoire environnementale du Japon et les politiques actuelles reflètent un équilibre fragile entre le développement économique et la protection de l'environnement. Dans la rapidité de la croissance économique après la Seconde Guerre mondiale, les politiques d'environnement ont été délaissées par le gouvernement et les entreprises industrielles. Conséquence inévitable, la pollution a fortement sévi au Japon dans les années 1950 et 1960 et a entraîné certains fléaux comme la maladie de Minamata. Avec la montée des préoccupations sur le problème, le gouvernement a introduit de nombreuses lois sur la protection de l'environnement en 1970 et a créé le Ministère de l'Environnement en 1971. Le premier choc pétrolier a également encouragé l'utilisation efficace de l'énergie au Japon en raison du manque de ressources naturelles. Les questions environnementales actuellement prioritaires comprennent la pollution de l'air en zones urbaines (les NOx, ou oxydes d'azote, sont des substances toxiques irritantes pour les voies respiratoires), la gestion des déchets, l'eutrophisation de l'eau, la conservation de la nature, la gestion des produits chimiques et la coopération internationale pour la conservation de l'environnement. Le Japon est de plus touché par les pluies acides, en partie provoquées par les rejets industriels chinois. Aujourd'hui, le Japon est l'un des leaders mondiaux dans le développement de nouvelles techniques respectueuses de l'environnement. Les automobiles hybrides de Toyota et Honda ont été désignées comme ayant la plus haute économie de carburant et les plus basses émissions. Ceci est dû à la technique de pointe des systèmes hybrides, aux biocarburants, à l'utilisation de matériel léger et à une meilleure ingénierie. Le Japon prend également en considération les problèmes entourant le changement climatique. En tant que signataire du protocole de Kyoto, et hôte de la conférence de 1997 qui l'a établi, le Japon est dans l'obligation de réduire ses émissions de dioxyde de carbone et de prendre d'autres mesures liées à la lutte contre le changement climatique. La Cool Biz, présentée par l'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi, avait pour cible la réduction de l'utilisation de l'énergie grâce à la réduction de l'utilisation de la climatisation dans les bureaux du gouvernement. Le Japon va forcer l'industrie à faire des réductions d'émissions de gaz à effet de serre, en vertu de ses obligations liées au protocole de Kyoto. Le pays est classé trentième dans le classement des pays en fonction de leur indice de durabilité environnementale. Le Japon est cependant l'un des importateurs majeurs d'espèces animales et végétales en danger : il aurait importé, en 2007, appartenant à en danger différentes sur les animales et en danger répertoriées dans le monde. Il est de plus pêcheur mondial de thon rouge de l'Atlantique avec 9 % des captures, ainsi qu'un fort importateur, aboutissant à une consommation locale estimée de 80 % des thons péchés en Méditerranée. Le thon rouge, en particulier le thon gras, est consommé sous forme de sushis, très recherché au Japon malgré la raréfaction de ce poisson. Le Japon est le pays au monde où l'on trouve le plus de récifs artificiels : vingt millions de mètres cubes de récifs ont été immergés, soit un aménagement de 12 % du plateau continental en 2008 Le Japon est également un des rares pays à pratiquer la chasse à la baleine. La baleine est chassée dans le cadre d'un programme de recherche scientifique, autorisé par la Commission baleinière internationale, et la viande des baleines ainsi pêchée est ensuite vendue dans les restaurants japonais. Le Japon est à ce sujet soupçonné d’acheter les voix de petits pays (Tanzanie, Kiribati, îles Marshall) à la Commission, monnayant leur vote contre des aides au développement. Découpage administratif L'organisation territoriale du Japon est définie par la loi d'autonomie locale de 1947. Elle subdivise le pays en plusieurs échelons hiérarchisés, de la municipalité à la préfecture (ou département). Le Japon étant un État unitaire, les juridictions locales dépendent largement, notamment sur le plan financier, du gouvernement central, et dépendent pour ce qui est de la règlementation de leur fonction publique et de leur administration du ministère des Affaires intérieures et des Communications. Ce système fut ainsi qualifié d'. Le Japon est scindé, d'un point de vue géographique et non politique ou administratif, en huit régions (voire neuf, si la préfecture d'Okinawa n'est pas inclus dans le Kyūshū) qui sont du Nord au Sud : Hokkaidō, Tōhoku, Kantō, Chūbu, Kansai (couramment appelé Kinki), Chūgoku, Shikoku et Kyūshū. La région du Chūbu est parfois décomposée en trois régions : la région de Hokuriku sur la côte nord-ouest, la région de Kōshinetsu à l'est et la région de Tokai au sud. Les limites de ces dernières ne sont cependant pas fixées avec précision. Préfectures Les 47 , ou départements, forment les plus grandes subdivisions administratives japonaises. Elles regroupent quatre réalités différentes : une , ou tout simplement métropole, pour l'élément particulier que constitue la capitale : Tokyo. une , pour symboliser la spécificité administrative qu'a toujours représenté Hokkaidō. deux créées au pour distinguer les deux plus importantes régions urbaines après Tokyo : Osaka et l'ancienne capitale Kyoto. 43 , ou tout simplement préfectures ou départements. Elles ont remplacé les anciennes provinces du Japon à la suite de la restauration de Meiji de 1867. Districts et sous-préfectures Les préfectures peuvent être également subdivisées en deux types de subdivisions qui ne constituent pas des entités politiques (elles n'ont ni exécutif, ni conseil élu, mais gèrent administrativement certains services comme l'état civil, la voirie), mais uniquement administratives et territoriales : les ; les ou districts ruraux : subdivisent les sous-préfectures à Hokkaidō, et directement les préfectures ailleurs, sans pour autant s'étendre sur l'ensemble du territoire préfectoral. En effet, elle ne regroupe que les municipalités rurales, à savoir les bourgs et villages. Municipalités Au , le Japon possédait toujours ou communes, mais ce nombre est appelé à être diminué à selon la loi de fusion des municipalités de 2004. On distingue les municipalités urbaines : villes ou arrondissements spéciaux à Tokyo, et rurales : les bourgs et villages. Les principales villes du Japon classées en ordre décroissant d’habitants sont (chiffres de 2005) : Tokyo : pour la préfecture, dont pour les vingt-trois arrondissements spéciaux. Yokohama : 3,6 millions Osaka : 2,6 millions Nagoya : 2,2 millions Sapporo : 1,9 million Kobe : 1,5 million Kyoto : 1,5 million Fukuoka : 1,4 million Kawasaki : 1,3 million Saitama : 1,2 million Hiroshima : 1,1 million Sendai : 1 million Notes et références Notes Références Voir aussi Articles connexes Liste de points extrêmes du Japon Système japonais d'adresses Terre-pleins littoraux Bibliographie
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Giga
Giga
Giga (symbole G) est le préfixe du Système international d'unités (SI) qui représente 10, soit un milliard de fois l'unité qui suit. Origine Confirmé en 1960, il provient du grec ancien γίγας (gígas), signifiant « géant ». Informatique En informatique, il ne faut pas confondre le gibioctet Gio (en anglais GiB, pour « gibibyte »), qui vaut 2 octets, soit exactement , et le gigaoctet Go (en anglais GB, pour « gigabyte »), qui vaut exactement 10 octets, c'est-à-dire . Dans la pratique commerciale, ce nombre indique davantage un ordre de grandeur. Par exemple, une clé USB vendue comme est détectée par Windows comme ayant une capacité de , dont utilisés pour son formatage en FAT32, (ce qui est donc plus proche de que de ) soit . Mais une personne cherchant à acheter une clé USB par correspondance cherchera des chiffres « ronds » au sens informatique : lors d'une interrogation sur des moteurs de recherche ou le site d'un vendeur. Notes et références Voir aussi Articles connexes préfixes du Système international d'unités Système international d'unités Multiple d'unité de mesure
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https://fr.wikipedia.org/wiki/G
G
Alphabet G est la lettre et la consonne de l'alphabet latin. G est aussi une lettre additionnelle ( ou ) de l'alphabet arabe. Arts et culture Cinéma G est le titre d'un film britannique, réalisé en 1974. G est le titre d'un film suédois de Staffan Hildebrand, sorti en 1983. G est le titre d'un film américain de Christopher Scott Cherot, sorti en 2002. Littérature « G » est le titre d'un roman de John Berger initialement paru en Angleterre en 1972 (Weindenfeld & Nicholson, Londres 1972 ; traduction française d'Élisabeth Motsch, Éditions de l’Olivier, Paris 2002). Il a été récompensé par le Booker Prize 1972, un important prix littéraire de Grande-Bretagne. Musique En musique, la note G correspond à la note sol. Le troisième album du groupe rock Gotthard, sorti en 1996. G est le premier album du groupe de rock belge Malibu Stacy, sorti en 2006. Dans le Hip-Hop américain, la lettre G est le raccourci du mot « Gangster », le plus souvent utilisé dans les années 1990. Les œuvres de Luigi Boccherini sont cataloguées par un G suivi d'un nombre selon le catalogue de Yves Gérard. Télévision G (La série G) est le titre d'une série française diffusée sur la chaîne Lyon TV (1 saison de 18 épisodes). Sciences Astronomie G est une classe de la classification de Harvard des étoiles. Dans la désignation des planètes mineures, le G indique un objet céleste qui a été découvert entre le et le . Biologie Dans la transcription d'une chaîne d'ADN ou d'ARN, G désigne la guanine. Dans la transcription d'une chaîne polypeptidique, G désigne la glycine. Informatique Le langage G est un langage de programmation utilisé par les logiciels de type Labview de National Instruments. Mathématiques G (majuscule, italique) désigne le nombre de Graham. Phonétique [g] est le symbole de l'alphabet phonétique international représentant la consonne occlusive vélaire voisée. [ɢ] est le symbole de l'alphabet phonétique international représentant la consonne occlusive uvulaire voisée. [ɠ] est le symbole de l'alphabet phonétique international représentant la consonne occlusive injective vélaire. [ʛ] est le symboles de l'alphabet phonétique international représentale la consonne occlusive injective uvulaire. Physique et chimie G (majuscule, italique) est un nom de variable ou de constante, couramment employé pour représenter : la constante gravitationnelle : G ≈ (ou m·kg·s car N/kg = m/s) ; l'enthalpie libre, en thermodynamique ; la conductance, en électrocinétique ; le module de cisaillement, en science des matériaux ; le nombre de Görtler, en mécanique des fluides. g (minuscule, italique) est le symbole de : la gravité ou l'accélération de la pesanteur ; une unité d'accélération conventionnelle valant , soit l'accélération de la pesanteur moyenne à la surface de la Terre. g (minuscule, romain) représente : un type d'orbitale atomique, le bloc g est un hypothétique bloc du tableau périodique. Ses éléments, jamais observés, auraient leur orbitale la plus haute (en énergie) occupée de type g ; le symbole du gluon (particule élémentaire). Unités G (majuscule, romain) est : le préfixe du Système international d'unités signifiant giga (10) ; le symbole du gauss, une ancienne unité de mesure du champ magnétique ; le symbole du grave, une ancienne unité de « poids » (de masse), égale à un kilogramme environ. g (minuscule, romain) est : le symbole du gramme, une unité de masse. Société G désigne un groupe réunissant généralement les plus grands représentants : le G7, le G8, le G10, le G14… En franc-maçonnerie, la lettre « G » désigne le dieu god, la Géométrie ou le Grand Architecte de l'Univers. Automobile Infiniti G est une berline de luxe vendue de 1991 à 1996, puis à partir de 1998. Infiniti G Coupé est le coupé basé sur la berline G, vendu depuis 2002. Infiniti G Cabriolet est un coupé-cabriolet basé sur le coupé G, vendu depuis 2009. La Mercedes Classe G est une 4x4 vendue depuis 1979. ERA G est une Formule 1. Navire Le Edna G, remorqueur américain aujourd'hui navire-musée. Expressions courantes Le point G (ou zone de Gräfenberg) est une zone érogène féminine. Le facteur g est l'aptitude générale d'intelligence accordée à un sujet. Vie pratique G désigne la génération d'un matériel, notamment en téléphonie mobile : 3G, 3G+, 3G++ 4G, 4G+ 5G La lettre G est le sigle distinctif des automobiles venant du Gabon. En Irlande, le G figure sur les plaques d'immatriculation des voitures provenant du comté de Galway. En langage SMS francophone, G remplace j'ai. Notes et références ca:G#Significats de G fi:G#G-kirjaimen merkityksiä hu:G#Jelentései ja:G#G の意味 la:G#Abbreviationes simple:G#Meanings for G sl:G#Pomeni sv:G#Betydelser
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Geb
Geb est le dieu de la Terre dans la mythologie égyptienne qui fait partie de la grande Ennéade d'Héliopolis. Il est le fils de Shou (dieu de l'air) et de Tefnout (déesse de l'eau), mais aussi le frère et l'époux de Nout (la déesse du ciel). Geb et Nout furent si proches que rien ne pouvait s'interposer entre eux. Geb fut séparé de Nout par leur père Shou, mais grâce à un stratagème de Nout ils réussirent à s'unir et enfantèrent Osiris, Seth, Isis et Nephtys. Une symbolique veut que Geb et Nout s'unissaient dans le secret de la nuit pour être séparés par Shou au matin. Dieu de la terre, des plantes et des minéraux, Geb donne à la terre ses fruits et son eau, laissant à sa sœur Nout, le royaume des cieux. Il est l'un des quatre éléments qui formèrent le monde. La légende veut que les tremblements de terre aient comme origine les éclats de rire de Geb. Geb est aussi le symbole de la royauté, qu'il aurait enlevée de force à sa mère Tefnout qui se réfugia au sein de l'Ennéade et finit par lui céder le trône. Il devint ainsi le premier roi mythique de l'Égypte et donna son nom au trône de pharaon qu'on appelait le « trône de Geb ». Il est représenté sous forme humaine avec une barbe, une couronne rouge et une perruque en trois parties sur laquelle est posée une oie (l’idéogramme de son nom). Parfois debout avec un bâton dans sa main gauche et le symbole Ânkh de la vie dans sa main droite. L'oie (l’ouette d'Égypte) est devenue un symbole de prospérité, de sorte que la succession d'un nouveau souverain était annoncés par quatre oies sauvages, libérées, comme une bénédiction d'un règne long et prospère. Dans beaucoup de ses représentations, on voit Geb généralement couché sur le dos, portant souvent la couronne de la Basse-Égypte, le corps nu de Nout est arqué au-dessus de lui. Sa peau est souvent verte, indication sur son rôle de Dieu de fertilité et la végétation qui l’associe aux collines, aux vallées et aux montagnes. C'est pourquoi il fut parfois représenté avec des plantes et des fruits. Plus tard, il fut également décrit comme un bélier, un taureau ou un crocodile, ce dernier dans un fragment du Livre des Morts (papyrus de Dame Haroueben - Musée Égyptien du Caire). Dieu de la mémoire et guide de la main des scribes, Geb était honoré à Héliopolis, et son animal sacré était l'oie, qui formait d'ailleurs un des hiéroglyphes de son nom. Les six rois-dieux sont dans l'ordre : Rê, Shou, Geb, Osiris, Horus, Thot (incertain). Liens externes Quelques grands dieux du panthéon égyptien : Geb Geb et Nout Index égyptologique Divinité égyptienne Divinité chthonienne
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Gonfanon
Gonfanon
Le gonfanon ou gonfalon (en ancien français, confenons) est un morceau d'étoffe quadrangulaire, comme la bannière, ou terminé par des pointes. Il était attaché à la hampe ou au fer d'une lance et pouvait y être enroulé. On disait, fermer le gonfanon, pour l'attacher à la hampe. L'orthographe gonfalon — et gonfalonier ou gonfalonnier pour le porteur — est également très fréquente, bien que l'étymologie fasse préférer gonfanon. Étymologie Le terme est attesté pour la première fois vers 1050 sous la forme gunfanun « bannière de guerre » (Alexis, éd. Chr. Storey, 414). Il associe deux racines franciques : gund : bataille ; fano : pièce d'étoffe, terme qui a donné et peut-être . En vieux haut-allemand, gundfano est un étendard de combat. Fano a donné en allemand Fahne, drapeau ou étendard. On trouve dans la Chanson de Roland, au : De cels de France virent les gunfanuns. Histoire Le terme a d'abord été utilisé pour désigner un étendard ou une enseigne réunissant autour de ses plis les vassaux d'un seigneur suzerain. Il pouvait également être utilisé lors du rassemblement de l'ost. L'objet pouvait avoir une signification religieuse et l'étendard que le pape envoie à Guillaume le Conquérant, avant son expédition d'Outre-Manche, est qualifié de gonfanon dans le Roman de Rou de Wace. Les gonfalons (en italien, gonfalone ou confalone) étaient également utilisés très largement dans les communes italiennes du Trecento – à l'instar de Sienne, Milan, Padoue – et par la suite ils furent appliqués aux quartiers (vicinanze à Florence ou piviere), compagnies armées ou d'armes et corporations (Arti) de ses communes. Plus tard et jusqu'au , il vint à désigner, comme à Florence, des subdivisions intermédiaires entre la paroisse et le quartier, aux fonctions fiscales, électorales et administratives. Les gonfaloni étaient leurs représentants et étaient responsables de la surveillance des rues et de leur éclairage mais aussi de rendre la justice. Le gonfalon a été utilisé lors de la cérémonie d’intronisation des papes pour afficher l’emblème de la papauté, du Moyen Âge jusqu’à l’abandon de celui-ci par au , dans l’esprit du concile œcuménique du . De nos jours Gonfanon est souvent synonyme de Bannière de procession. Gonfanons, bannières et héraldique Même si les auteurs des et siècles paraissent employer indifféremment les mots gonfanon (Fig 1. à 6.) et bannière, la caractéristique du gonfanon est que son axe est à l'angle droit de la hampe et ne semble pas avoir été destiné à être porté à l'horizontal mais à la verticale à l'instar de l'oriflamme comme figure de ralliement fixe ou portée à pied au bout d'une lance (Fig 1. & 2.). C'est par commodité que le gonfanon fut porté à l'horizontale par les cavaliers des et siècles. Il ne fallait pas que le gonfanon soit très grand, puisque l'on combattait avec la lance à laquelle il était fixé et que l’étoffe pouvait gêner les mouvements du porteur ou se prendre dans les jambes du cheval. Ainsi une aigle y paraît donc la tête vers la hampe et la queue au large (Fig. 5). Les études sigillographiques ont démontré que la bannière rectangulaire s'est imposée dans le dernier quart du en même temps que les premières figures véritablement héraldiques (Fig. 7.). Un des plus anciens gonfanons subsistants () est conservé au château de Blonay. Cependant, comme l'a démontré dès 1942 D.L. Galbreath dans son Manuel du blason, ce serait commettre une erreur d'affirmer que la bannière héraldique reprenait exactement le(s) meuble(s) et couleurs de l'écu. « Notons que ces bannières, dont nous postulons l'existence, diffèrent entièrement des armoiries [...] Les grandes familles du siècle, propriétaires d'alleux et de fiefs très nombreux, doivent avoir rassemblé un grand nombre d'enseignes, proportionné au nombre de leurs seigneuries, dont sans doute une partie seulement resta en usage et dont une partie moindre encore paraît dans nos sources ». Un cas d'« école » est celui des seigneurs de Monfort(-L'Amaury) dont l'émanché de la bannière (Fig. 9) diffère radicalement de l'écu (Fig. 10). Comme l'avait également souligné André Steyert dès 1860, il est indispensable de conserver un regard critique sur les érudits de la du qui, se recopiant les uns les autres, ou citant des sources antérieures non vérifiables, se sont permis de faire remonter les origines de l'héraldique bien avant le . Ainsi, par exemple, faire remonter le lion de la ville de Lyon dès le siècle n'est pas scientifiquement acceptable. On peut tout au plus proposer à titre d'axe de recherche, quelques suppositions jamais antérieures au siècle, à partir de blasons datant au plus tôt du dernier tiers du siècle en émettant de sérieuses réserves quant aux couleurs proposées (Fig. 8). Le gonfanon est aussi un meuble héraldique, qui peut être frangé, et qui est généralement représenté par trois fanons arrondis. Celui des comtes d'Auvergne (Fig. 11) est le gonfanon primitif de Saint-Géraud d'Aurillac (Fig. 1) utilisé selon la légende lors de la Première croisade. En héraldique il est fréquent de désigner l'agneau pascal par un agneau porte-étendard qui tient par ses pattes de devant (la patte dextre) la bannière du Christ (normalement frappée d'une croix de gueules sur fond d'argent) mais le terme exact devrait être Gonfanon à deux pans (Fig. 12). Références Bibliographie Andrea Zorzi, « Contrôle social, ordre public et répression judiciaire à Florence à l'époque communale : éléments et problèmes », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 1990, v. 45, , . François-Olivier Touati (sous la direction de), Vocabulaire historique du Moyen Âge (Occident, Byzance, Islam), , Boutique de l'Histoire, 2002. Sources Eugène Viollet-le-Duc Giovanni Villani, Cronica, VI, 39. Articles connexes Vexillologie Oriflamme Bannière de procession Gonfalonnier Banneret Étendard, tel qu'introduit au Les gonfalons italiens de procession des grands maîtres. Drapeau de saint Odon Liens externes Agneau portant un gonfanon, Moutonnet d'or de , 1356 Drapeau Vexillologie Glossaire militaire
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Google
Google
Google LLC est une entreprise américaine de services technologiques fondée en dans la Silicon Valley, en Californie, par Larry Page et Sergey Brin, créateurs du moteur de recherche Google. C'est une filiale de la société Alphabet depuis . L'entreprise s'est principalement fait connaître à travers la situation monopolistique de son moteur de recherche, concurrencé historiquement par AltaVista puis par Yahoo! et Bing. Elle a ensuite procédé à de nombreuses acquisitions et développements et détient aujourd'hui de nombreux logiciels et sites web notables parmi lesquels YouTube, le système d'exploitation pour téléphones mobiles Android, ainsi que d'autres services tels que Gmail, Google Earth, Google Maps ou Google Play. Après Larry Page et Eric Schmidt, son DG est, depuis 2015, Pichai Sundararajan. Google est devenu l'une des premières entreprises américaines et mondiales par sa valorisation boursière, quelques années après une entrée en bourse originale. Début 2008, elle valait de dollars à Wall Street. Le , sa capitalisation boursière dépasse celle d'Apple et devient la première des États-Unis, avec un total de 550 milliards de dollars dispersés dans ses différentes catégories d'actions. En 2014, le classement Best Global Brands d'Interbrand positionne la marque Google en seconde position mondiale, derrière la marque Apple, avec une estimation de sa valeur à 107,43 milliards de dollars (+15 % par rapport à 2013), dépassant la barre des cent milliards de dollars pour la première fois depuis la création de ce classement en 1974. En 2016, le classement Brand Z Top 100 place Google en première position devant Apple. La société compte environ . La plupart travaillent au siège mondial : le Googleplex, à Mountain View en Californie. Google est l'une des plus imposantes entreprises du marché d'Internet et fait partie, avec Apple, Facebook, Amazon et Microsoft des géants du Web (aussi appelés GAFAM). En 2011, Google possédait un parc de plus de , contre en 2006, ce qui en fait le parc de serveurs le plus important au monde (2 % du nombre total de machines), avec des appareils répartis sur 32 sites. Parallèlement, le moteur de recherche Google a indexé plus de de pages web en 2008. En , Google représente 6,4 % du trafic Internet mondial et affiche une croissance supérieure à celle du web. En Europe, Google aurait une part de marché de 93 % concernant les moteurs de recherche. Au-delà du moteur de recherche, Google offre gratuitement de nombreux logiciels et services (e-mail, suite bureautique, vidéo, photo, blog) et se finance par la publicité à partir de l'an 2000, principalement avec un principe de lien sponsorisé dans les résultats de recherche et une facturation au « coût par clic » pour les annonceurs. Cependant, la situation croissante de monopole et les questions de vie privée inquiètent de plus en plus, de l'internaute occasionnel jusqu'à certaines grandes organisations. Google a également fait l'objet de plusieurs poursuites en justice, notamment pour plusieurs affaires de compatibilité de copyright et pour sa plateforme Google Livres. Origine du nom Le nom de l'entreprise Google a pour origine le terme mathématique « googol » ou gogol en français, qui désigne 10, c'est-à-dire un nombre commençant par 1, suivi de cent zéros. Larry Page et Sergey Brin demandèrent en 1997 de l'aide à d'autres étudiants en informatique pour nommer le fruit de leur travail. L'idée serait venue de Sean Anderson, qui suggéra « googolplex », nom qui séduisit Larry Page. Il lui demanda d'aller enregistrer le nom de domaine « googol ». Sean Anderson se serait alors trompé dans l'entrée du nom, en frappant google.com. D'autres sources affirment que, le nom de domaine googol.com n'étant plus disponible (déjà attribué depuis ), le nom fut modifié volontairement. Quelle qu'en soit la raison, Google prend la place de googol, plus simple et plus facile à retenir pour un anglophone, et il deviendra célèbre dans le monde entier : en 2006, le nom du moteur de recherche, puis de l'entreprise, figurait parmi les dix marques les plus connues au monde et serait devenue, depuis, la première marque connue au niveau mondial. Certains dictionnaires ont désormais inclus le verbe to google (en français, googoliser ou googler) dans leurs pages, avec le sens utiliser le moteur de recherche Google pour obtenir un renseignement sur le web. Par ailleurs, la similitude avec le mot anglais signifiant « lunettes », rappelle les deux [O] de la marque. Si on ne peut pas en attribuer l'origine, Google utilise ce jeu de mots dans un de ses services de recherche photo : Google Goggles. Également, 10gogol (un chiffre 1 suivi d'un gogol de zéros) s'appelle un gogolplex, dont vient le nom du Quartier général de Google. Ce terme symbolise les buts que Google s'est fixés : . En effet, si le nombre de pages web indexables est gigantesque (plus de mille milliards), il reste minime par rapport à un gogol. Ce nombre, dont est issu le nom Google, exprime les dimensions potentiellement colossales et universelles du monde d'internet, unique domaine d'activité de l'entreprise. Histoire Naissance Les fondements de l'histoire de l'entreprise Google commencent par la rencontre de deux étudiants de l'université Stanford en 1995. Sergey Brin alors âgé de vingt-trois ans et Larry Page de vingt-quatre ans sont . Cela ne les empêche pourtant pas, en janvier 1996, de commencer à travailler sur un nouveau moteur de recherche. Les fondateurs de Google, alors doctorants, observent la façon dont sont classés les résultats lorsqu'ils effectuent des recherches dans les bases de données scientifiques. Ils constatent que l’exploitation des informations contenues dans la structure hypertextuelle dépend de la nature des liens entre ces documents. Ainsi l’idée d’analyser les liens inter-documents reposait sur l’observation d’une caractéristique de la littérature scientifique et aux modes d’organisation du Science Citation Index (SCI), qui consiste à attribuer une valeur à une publication scientifique proportionnellement au nombre de publications qui la cite. Ce principe revient aux travaux de Jon Kleinberg qui avait mis au point pour IBM l’algorithme HITS (Hyperlink –Induced Topic Search) qui prenait en considération l’autorité d’une page en fonction du nombre de liens pointant vers elle. C’est donc en s’inspirant des travaux de Jon Kleinberg que les deux étudiants mettent au point l’algorithme de classement des pages web appelé Pagerank. Cet algorithme prend en considération les liens pointant vers une page comme un vote pour cette page. Plus une page recevrait de vote, plus elle serait considérée comme étant pertinente et plus le vote de cette page, lorsqu’elle pointerait elle-même vers d’autres pages, aurait de la valeur. Ils nomment leur projet BackRub. Ils imaginent un logiciel qui analyserait les relations entre les sites web afin d'offrir des meilleurs résultats que ceux donnés par leurs concurrents de l'époque, AltaVista notamment. Une fois leurs travaux terminés, les deux étudiants commencent à concrétiser leur projet de moteur de recherche et achètent à cet effet un téraoctet de disques durs d'occasion, afin de créer une base de données. Cette installation sommaire a pris place dans la chambre de Larry Page. Sergey loue un bureau et se met en quête de financements. David Filo, fondateur de Yahoo!, convient de l'intérêt de leurs recherches, mais les encourage à créer leur propre moteur de recherche plutôt que vendre leurs travaux. Andy Bechtolsheim, l'un des fondateurs de Sun Microsystems, se laisse convaincre par Sergueï et Larry et leur fait un chèque de pour financer leur moteur. La société Google n'est toutefois pas encore créée et Larry garde le chèque dans son tiroir pendant quelques semaines, le temps d'achever les formalités légales. Le nom de domaine « google.com » est enregistré le . Les deux entrepreneurs sollicitent parallèlement famille et amis et parviennent finalement à réunir un million de dollars pour fonder la compagnie. Google Inc. s'installe dans le garage Google de Menlo Park, loué par une amie, en . La société emploie alors trois personnes : Sergueï, Larry et Craig Silverstein, qui est aujourd'hui directeur de Google Technology. Début des technologies Alors que le moteur est toujours en phase version bêta, il répond à près de par jour. En , PC Magazine classe Google dans sa liste des cent meilleurs sites au monde. En , c'est journalières que Google doit gérer. Devenant trop grand pour le « garage Google », Google se déplace, en mars, dans un bureau sur l'avenue de l'université de Palo Alto et huit personnes y travaillent désormais. En , la barre des trois millions de recherches quotidiennes est franchie. Dès , la presse mondiale commence à se faire l'écho des performances de ce nouveau moteur de recherche. Le journal français Le Monde écrit ainsi que le choix technologique de Google . Ainsi, une recherche avec les mots « Bill Clinton » renvoie d'abord au site de la Maison-Blanche, alors qu'AltaVista ne fait apparaître le site qu'après des dizaines d'autres références. Autre avantage, Google affiche les mots-clés en gras dans le contexte d'une phrase pour chaque lien, alors qu'Altavista ne fournit, à l'époque, que les liens eux-mêmes. Le , Google obtient de capitaux propres, fournis par des sociétés de capital risque. Omid Kordestani quitte Netscape pour rejoindre Google en tant que vice-directeur des ventes. Michael Moritz et John Doerr, qui avaient contribué à l'essor de Sun Microsystems, Intuit, Amazon.com et Yahoo!, s'assoient autour de la table de ping-pong en compagnie de Ram Shriram. La société déménage une seconde fois vers son emplacement définitif, le Googleplex, situé à Mountain View, en Californie. Le moteur de recherche, jusque-là en version bêta, achève sa phase de test le . Google assure alors la gestion de trois millions de recherches par jour. Le , le moteur de recherche est disponible en dix nouvelles langues : allemand, danois, espagnol, finnois, français, italien, néerlandais, norvégien, portugais et suédois, permettant à la société de pénétrer de nouveaux marchés et de gagner en importance. Tout juste un mois plus tard, en , Google est le premier moteur de recherche à avoir référencé un milliard de pages web. L'entreprise cherche à étendre la portée de son moteur en concentrant ses efforts sur l'Asie, avec les versions chinoise, japonaise et coréenne (), puis au monde entier, totalisant vingt-six langues dès le . Fin octobre 2000, Google signe un partenariat avec Yahoo! et commence à proposer de la publicité ciblée en fonction des mots-clés. L'année 2000 se termine avec la publication de la barre d'outils Google (Google Toolbar), proposée depuis en téléchargement gratuit, et voit le trafic journalier du site dépasser les 100 millions de requêtes, ce qui représente plus de requêtes/seconde en moyenne. Par son succès et sa croissance exponentielle, l'entreprise devient un phénomène mondial de presse. En , Larry Page et Sergueï Brin font appel à Eric Schmidt, le président de l'éditeur de logiciels Novell, pour prendre la direction de l'entreprise, en tant que président dans un premier temps, puis PDG à partir du , cinq jours après l'ouverture du premier bureau à l'étranger, situé à Tokyo. L'année 2001 s'achève donc par une conquête physique du monde et par l'annonce de la 3 milliardième page indexée. Le , Google obtient la validation de son brevet concernant PageRank. Le moteur de recherche continue ainsi sa croissance, en 2003, Google compte trois cents millions de requêtes par jour. Il est décliné en plus de cent langues en 2004 et cent cinquante en 2010. En 2010, Google est le premier moteur de recherche sur Internet, que 80 % d'internautes américains utilisent contre seulement 35 % de Chinois, qui préfèrent l'outil chinois Baidu. En Europe, sa part de marché serait de 93 %. Le , le site annonce une mise à jour de son algorithme dénommée « Panda » dans l'ensemble des versions du site (excepté les versions chinoises, japonaises et coréenne) afin de faire baisser la visibilité des sites sans valeurs ajoutées comme les comparateurs de prix ou les agrégateurs de contenus (à tel point que certains sites marchands de premier plan sont désormais victimes de ). Outre Motorola Mobility, Google a racheté environ à IBM en 2011 pour éviter de nouvelles attaques menées par Apple et Microsoft contre Android. En 2012, Google a indexé plus de de documents et gère à peu près 3,5 milliards de requêtes de recherche quotidiennement. Diversification des produits Google, comme Amazon, Apple et Facebook, a depuis sa fondation racheté de nombreuses entreprises pour alimenter sa croissance, élargir sa base d'utilisateurs et développer de nouvelles technologies. Parmi ses acquisitions on peut citer Picasa, Android, YouTube, DoubleClick et Waze. Croissance et diversification C'est à partir de 2002 que l'entreprise diversifie son activité, basée jusqu'alors sur son moteur de recherche. En cette année, Google propose aux entreprises le GB-1001 de Google Search Appliance, une solution à la fois matérielle et logicielle permettant de se . Google n'a pas voulu révéler le nom de son partenaire de fabrication pour les dispositifs matériels, qu'il a décrit comme basés sur des composants Intel exploitant Linux. Ce produit pouvait s'installer en rack de serveurs, stocker un index de (10go) au prix de . Il fut décliné en un autre modèle, le GB-8008, plus performant, mais plus onéreux (). La fonction Google Labs est également une importante nouveauté de cette année. Elle permet aux utilisateurs curieux de tester les services et produits non finalisés, mais dont la sortie en public approche. Par ailleurs, AdWords voit sa tarification s'établir au nombre de clics (). En septembre, le service en ligne Google Actualités est disponible et permet d'afficher des pages web relatives à l'actualité en fonction des mots-clés de l'utilisateur. Ce service se base au départ du plus de . Un mois plus tard s'ouvre un nouveau bureau en Australie, à Sydney alors que l'effectif total de l'entreprise dépasse les . De ce fait, la société inaugure son nouveau Googleplex, un complexe organisé architecturalement comme un campus, au Parkway à Mountain View, dans lequel travaillent . Le Google s'essaie au monde des réseaux sociaux en mettant au point son propre site de réseautage social : Orkut. Toutefois, ce projet ne rencontre pas le succès escompté, sauf au Brésil et en Inde. Par souci de communication, Google met en ligne son propre blog officiel pour y publier l'actualité de l'entreprise, de ses produits et technologies. Le , l'entreprise émet une demande auprès de la Securities and Exchange Commission pour entrer en Bourse. Cette demande aboutira le à son introduction sur le NASDAQ et la vente de , au prix unitaire de . La société réalise une introduction en bourse sous forme d'enchères inversées, une méthode inédite dans l'histoire des bourses de valeurs. En huit ans le cours de l'action sera multiplié par plus de huit, avec un pic en 2012 à plus de . Entre-temps, Google réalise en , un an après son introduction en Bourse, afin de disposer d'un total de 7 milliards de dollars de liquidités pour sa croissance, une des plus grandes augmentations de capital de l'histoire boursière, en levant un total de 4,2 milliards de dollars sous forme de 14 159 265 actions nouvelles, soit les huit premières décimales du nombre pi. Le Google propose Gmail, son propre service de courrier électronique avec une capacité initiale de annoncée doublée pour 2005. Cette capacité est totalement inédite et foudroie la concurrence, à l'exemple de MSN hotmail, dont la capacité lui était 500 fois inférieure. Ce stockage révolutionne la messagerie, qui s'affranchit dès lors du stockage des messages sur l'ordinateur par l'intermédiaire de logiciels, tels qu'Outlook. Gmail instaure donc l'ère de la messagerie email en ligne. À son lancement, l'inscription nécessitait toutefois une invitation. Son succès se traduit par un nombre croissant d'utilisateurs, début 2010. Google propose une visionneuse d'images par rachat début de Picasa. Ce logiciel est couplé à un compte en ligne permettant de stocker une galerie de . Le service connaîtra un certain succès, mais devra lutter contre le service Flickr de Yahoo! lancé en début d'année et sera concurrencé par la Windows Live Photos en 2008. Le , Google installe son centre européen à Dublin en Irlande avec un effectif de . Trois semaines plus tard, on apprend le rachat de Keyhole, une société de cartographie numérique qui sera à la base de Google Earth, sans toutefois publier le logiciel l'année même, qui se termine par le lancement de Google Desktop search le , de Google Scholar quatre jours plus tard, et de Google Print le (rebaptisé Google Recherche de livres), alors que l'index de recherche affiche huit milliards de pages web. L'entreprise emploie à cette date plus de . En juin 2019, Google signe la quatrième plus grosse acquisition de son histoire en mettant la main sur Looker, une société américaine spécialisée dans l'analyse des données. L'opération, financée en numéraire pour un montant de 2,6 milliards de dollars, vise à renforcer la division Google Cloud. Réalité virtuelle Au Google I/O 2014, Google présente le Google Cardboard, son premier casque de réalité virtuelle fabriqué avec du carton. En mai 2015, Google a dévoilé la seconde version de son Google Cardboard qui présente notamment l'avantage d'être bien plus facile à monter. En octobre 2016, Google présente un casque de réalité virtuelle, le Daydream View, uniquement compatible avec le Google Pixel. Réalité augmentée Lors de la Google I/O 2014, Google annonce le Projet Tango, une plateforme de création de contenue en réalité augmentée. Il est abandonné en fin 2017 et fait place a ARCore qui devient plus accessible. Google lance en 2020, une nouvelle fonctionnalité issue de la réalité augmentée : Art Filters. Le but est de mettre à disposition des utilisateurs des filtres pour transformer un portrait en « oeuvre d'art ». Ceux-ci permettent ainsi d'intégrer un visage au sein de différents tableaux. Réputation grandissante Le , Google pénètre le monde de la cartographie numérique en lançant en ligne un de ses produits les plus populaires : Google Maps. Ce service est gratuit, mais encore limité aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Le jeudi il couvre la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, et par la suite, les régions disponibles s'élargissent. Moins de deux mois plus tard, les fonctions très populaires de calcul d'itinéraires et de vues satellites y sont intégrées. Ce service sera plus tard utilisé pour la géolocalisation des téléphones portables et des GPS. Le , Google introduit dans le Labs une fonctionnalité d'affichage et de recherche dans l'historique et de statistique d'utilisation de moteur de recherche. Le , l'entreprise convie les utilisateurs de son moteur de recherche à personnaliser leurs pages d'accueil par le biais de iGoogle. Le , le concept de Google Maps est repris pour le logiciel Google Earth qui intègre quelques améliorations, notamment la topographie en relief, certains bâtiments en 3d, puis la vue sous-marine. Maps conserve sa simplicité puisque les grandes innovations sont réservées aux logiciels multiplateformes. auparavant, Google avait lancé son propre outil de traduction gratuit en ligne. Il connaîtra un succès énorme, tant pour les internautes que pour les élèves et contribuera une nouvelle fois à la renommée de l'entreprise. La même semaine, l'entreprise annonce la sortie de sa propre messagerie instantanée Google Talk. Ce logiciel est basé sur le protocole ouvert XMPP et permet la Voix sur IP. Il offrira par la suite la possibilité de chat vidéo et d'utilisation en ligne sans logiciel téléchargé préalablement. Toutefois, malgré ces innovations, l'échec se profilera puisque incapable de concurrencer Skype et Windows Live Messenger. C'est au tour de Google Reader de voir le jour début octobre, Google Analytics le , puis de l'adaptation à la téléphonie de son service Gmail le lendemain. Cloud Computing pour les utilisateurs Le Google s'attaque au marché chinois, qui représentait plus de 110 millions d'internautes, avec une tendance à la forte hausse pour les années à venir avec la démocratisation de l'accès à internet. Google déplore aussi en ce pays . Entre-temps, Google opère un des plus gros rachats jamais faits, en acquérant la plateforme de partage de vidéo en ligne YouTube pour 1.65 milliard de dollars d'actions de l'entreprise. Le , on apprend le rachat de l'entreprise Writely proposant un éditeur de traitement de texte en ligne, acquis pour 8 millions de dollars, dans l'intention de l'utiliser comme base pour le projet Google Documents utilisant le même concept, qui sera annoncé lui, six mois plus tard. Fin mars, c'est Google Finance qui sort des cartons de Google. Il s'agit d'un outil permettant de suivre en ligne les cours et les devises. Google Agenda, un agenda en ligne gratuit est annoncé le . Ces services sont par la suite destinés aux professionnels par Google Apps, le . Lors de sa sortie même, ces services entraient agressivement en concurrence avec d'autres services déjà bien installés. Empire Google Le , Google Livres lance un service permettant la lecture en ligne et le téléchargement d'ouvrages littéraires entrés dans le domaine public et alimentera des nombreuses controverses. L'entreprise entame l'année 2007 avec . En mai, Google permet à n'importe quel internaute d'étudier le trafic, les recherches et les statistiques de son moteur de recherche par le biais de trends. Quelques jours plus tard, une importante mise à jour de Google Maps permet de naviguer virtuellement dans les rues de certaines villes à travers des photos omnidirectionnelles. Il s'agit de Street View. Le fait de pouvoir regarder ce qui se passe chez les gens ou de voir par hasard n'importe qui dans la rue provoque également des controverses sur le respect de la vie privée. Le mois de mai s'achève par le lancement de Google Gears. La deuxième moitié de l'année 2007 se caractérise par le perfectionnement et l'adaptation de services existants à d'autres langues. Dernier fait marquant, l'annonce le d'un OS pour téléphones portables ; Android, qui concurrencera Symbian OS et Windows Mobile. Cet événement s'inscrit dans la recherche de marché dans la téléphonie mobile qui offre de plus en plus des possibilités de navigation sur internet. On dénombre dans l'entreprise en fin d'année. Le projet Google Apps est complété le par l'introduction de Google Sites qui permet à tout utilisateur Google de créer facilement son propre site web dans un domaine fourni par Google. C'est une alternative peu coûteuse - la version standard de Google Apps étant gratuite - par rapport à des produits commerciaux comme SharePoint de Microsoft. En mai, selon des principes similaires à ceux de Wikipédia, Google annonce son projet Knol. Pendant les mois suivants, aucune sortie notable n'intervient, mais les équipes de Google travaillent sur les produits déjà lancés. En effet, l'entreprise cherche à rendre plus accessibles plusieurs de ses outils notamment Google Traduction, Google Finance et Street View. Quelques adaptations sont également annoncées, comme la prise en charge de l'Unicode 5.1 et l'adoption de l'IPv6. L'effort d'internationalisation des logiciels et services se poursuit avec un objectif de traduction en 40 langues pour un public d'internautes estimé à 98 %. Cette activité relativement faible favorise la préparation de la sortie de son propre navigateur web, Google Chrome qui est officialisé le par une bande dessinée, ce qui crée un buzz, du fait du contexte et de la notoriété acquise par l'entreprise américaine. Le navigateur connaîtra une croissance non négligeable puisqu'il atteindra deux ans plus tard 6 % des parts de marché. Plusieurs versions et mises à jour suivront. Le , Google a annoncé son intention de développer Google Wave, un produit affiché comme révolutionnaire. Il s'agit d'une application web dont le concept mélange les notions de services de courrier électronique, de messagerie instantanée, de wiki et de réseautage social, le tout associé à un correcteur orthographique et un traducteur instantané. Une première phase de test bêta pour le avec la distribution de aux personnes qui se seront inscrites sur leur site avec la volonté de reporter les bugs. Le , Google a annoncé le projet de développement Chrome OS, un système d'exploitation open-source basé sur Linux. Cet OS se veut léger et adapté aux netbooks en plein essor. En , Google Musique indexe de la musique sur le moteur de recherche aux États-Unis pour débuter. Pour assurer son autonomie énergétique et réduire ses factures d'électricité, Google a annoncé en décembre 2009 son intention de fonder Google Energy. Dans ce but en janvier 2010 Google a demandé à pouvoir bénéficier d’un statut industriel. Après de longues rumeurs et certaines annonces, le Google présente officiellement son téléphone lors d'une conférence de presse à son siège, à Mountain View. Ce Google phone est produit par HTC. Cette action s'inscrit une nouvelle fois dans l'ambition de conquête de l'Internet nomade. Ce choix se confirme par les fortes rumeurs du lancement d'un netbook fonctionnant sous Chrome OS signé par le géant californien. Le , Google lance un appel d'offres pour fournir la mise en place d'un réseau de fibre optique à pour , voire beaucoup plus. Si cette annonce incite à penser que Google voulait devenir un FAI, l'entreprise a tempéré son ambition en affirmant qu'il s'agissait plus d'un test qu'autre chose. Un mois plus tard, plus de américaines, principalement sur la côte est, ont fait acte de candidature, appuyées par plus de individuelles. Dans le but de créer un concurrent de Facebook, Google Me, durant l'été 2010, l'entreprise de Mountain View se lance dans plusieurs opérations financières visant aux rachats de six entreprises dont l'activité lui permettrait d'arriver à ce but. Ainsi, ont été achetées Slide (entre 182 et 228 M$), Jambool, Angstro, Zynga (achetée entre 100 et 200 M$), Like.com (100 M$) et SocialDeck. Le , Google lance son service de réseau social Google+ toujours dans l'optique de concurrencer Facebook. Mais en , Google annonce la fermeture de plusieurs services pour . Il s'agit de Buzz (un réseau social lancé en 2010), Jaiku (un réseau social acheté en 2007), Code Search (outil de recherche de code open source sur le web), les fonctions sociales intégrées à iGoogle et The University Research Program for Google Search (programme qui offrait des API d’accès aux résultats de recherche à des chercheurs universitaires). En 2011, l'entreprise atteint le milliard de visiteurs uniques par mois. Le , Google annonce son intention d'acquérir Motorola Mobility pour la somme de 12,5 milliards $. L'année 2013 montre la volonté de Google de se développer dans le secteur de la robotique, avec l'acquisition de 8 sociétés du domaine, dont Boston Dynamics, réputée pour sa collaboration avec le Pentagone et pour ses robots capables de courir en terrains accidentés. Le département Robotique de Google est dirigé par Andy Rubin, ancien responsable du développement d'Android OS. Selon John Markoff, ces acquisitions seraient les prémices de la construction de systèmes autonomes capables de tout faire : aide aux tâches ménagères, livraison à domicile ou encore soin aux personnes âgées. En , Google acquiert Nest Labs, une entreprise américaine spécialisée dans la domotique, pour 3,2 milliards de dollars Au mois de , Google annonce le rachat de DeepMind pour 400 millions de dollars, une startup londonienne spécialisée dans l'intelligence artificielle. Dans le même temps le , Google annonce la vente des smartphones Motorola au groupe chinois Lenovo. Dans le même temps, suivant un document de la bourse de Hong Kong, Google a pris le , une participation de 5,94 % du capital de Lenovo. Le , Google officialise un investissement de 40 millions de dollars dans Renaissance Learning, une startup spécialiste en logiciels et services cloud dans le domaine de l'éducation. Le , Google confirme le rachat de Green Throttle Games, une startup spécialisée dans les jeux vidéo. En , Google lance un nouveau service d'enregistrement de nom de domaine. Confirmant son intérêt pour les nouvelles technologies, Google investit en 542 millions de dollars dans Magic Leap, jeune société spécialisée dans les interactions homme-machine Le , Google entre sur le marché de la téléphonie mobile aux États-Unis en lançant Project Fi. Il devient un opérateur virtuel en louant le réseau de ses partenaires T-Mobile et Sprint. Pour l'instant, seuls les propriétaires de téléphones Nexus 6 peuvent bénéficier de cette offre. Le , Google a présenté son service « Sunroof », basé sur Google Maps, et qui permet de déterminer quelles sont les toitures adaptées à l'installation de panneaux solaires. À cette date, les expérimentations se limitent aux régions américaines de Boston, de la baie de San Francisco et de Fresno. Le , Google dépose un brevet sur une lentille de contact électronique permettant d'améliorer la vue. Celle-ci serait directement greffée au patient afin de remplacer la lentille naturelle de l’œil. Grâce à ses capteurs, elle adapte la vision en fonction de la lumière ambiante pour permettre de voir de près comme de loin. En , Google annonce conjointement avec Facebook leur projet de créer un câble sous-marin transatlantique à haut débit afin d'accélérer la vitesse d'accès à leurs services et au Cloud. Le projet du nom de MAREA devrait relier les villes de Virginia Beach aux États-Unis à Bilbao en Espagne. Le Google lance Trips, une nouvelle application qui permet d’organiser ses voyages et, une fois sur place, d’accéder à toutes les informations nécessaires, même sans connexion. En , Google présente une nouvelle application Cloud Jobs API permettant aux employeurs et aux demandeurs d'emploi de trouver des offres en les recherchant par mots-clefs. Google n'est pas nouveau sur le marché numérique du travail, depuis la création d'Adwords en 2000, les agrégateurs d'offres d'emploi peuvent débourser de l'argent pour que leur site apparaisse en premier dans le moteur de recherche pour certains mots clefs (RH, développeur par exemple). En 2017, Google a payé 3 milliards de dollars à Apple pour rester le moteur de recherche par défaut sur les terminaux iOS contre un milliard trois années auparavant. En 2017, HTC vend une partie de ses activités notamment concernant ses téléphones pixels et certaines de ses licences et droits à Google pour 1,1 milliard de dollars. En , Google lance en France son système de paiement mobile avec une banque partenaire. Google Pay est accessible aux utilisateurs d’Android. En août 2020, la société crée le "Android Earthquake Alerts System", un dispositif destiné aux smartphones de la marque permettant de détecter et signaler les premiers signes d'activité sismique précédant un tremblement de terre. Il s'appuie sur le système de "Shake Alert" développé par l'institut américain d'études géologiques. Implantation en Chine En 2006, Google accepte de brider son moteur de recherche pour pouvoir s'implanter en Chine. Le gouvernement chinois a, en effet, imposé certaines conditions pour l'entrée sur le marché d'internet, la censure notamment. Les cofondateurs expliqueront qu'. Ainsi, à partir du , une recherche images sur « Tian'anmen » affiche, dans Google.fr, la célèbre photo de l'étudiant barrant la route aux chars, symbole des manifestations de la place Tian'anmen, tandis que, sur Google.cn, les résultats affichent des portraits de familles joyeuses ou des photos de monuments. Cette action a fait couler beaucoup d'encre dans les médias mondiaux. Cependant, le , une attaque double pirate massive et venue de Chine dite « Opération Aurora » a ciblé plus d'une vingtaine d'entreprises dont Adobe, Google et Intel. Cette opération a permis à ses auteurs le vol de secrets industriels et la copie des mails de milliers d'exilés chinois et de militants des droits de l'homme. Ces atteintes, malgré le respect et l'application des conditions imposées par le gouvernement chinois, provoqueront la fureur de l'entreprise californienne, qui menacera de ne plus appliquer aucune censure en reconnaissant que cette décision pourrait la contraindre à quitter le pays, mais retirer directement ses services de Chine. 2010 est l’année où Google est censuré en Chine (sauf Hong Kong). Cette annonce fut perçue par certains forums comme un bluff, puisque le marché de l'internet est très porteur (384 millions d'internautes fin 2009) et que Microsoft a annoncé son intention de poursuivre ses activités avec Bing malgré tout. Pour rendre hommage et affirmer leurs soutiens à de telles décisions, de nombreux Chinois déposèrent sur l'édifice portant le logo de l'entreprise fleurs, bougies et mots de soutien. Ces actions sont devenues des phénomènes très médiatisés et l'affaire prit les tournures d'un incident diplomatique entre les États-Unis et la République populaire de Chine. Les trois principaux moteurs de recherche dominants en Chine, en 2016 sont : Google devient Alphabet En , Larry Page, ex-directeur de Google, annonce une importante réorganisation de l'entreprise. En effet, l'entreprise Google devient une filiale du nouveau groupe Alphabet. L'entité nommée Google se voit ainsi retirer toutes les activités qui ne concernent pas Internet ou l'informatique et qui deviennent des filiales à part entière d'Alphabet. Ces filiales sont : Nest (domotique et objets connectés) ; Life Sciences (santé et lutte contre le vieillissement) ; Fiber (fournisseur d’accès à Internet) ; X (laboratoire multiprojets à long terme) (finance) ; Ventures (investissements). Cependant, Google, qui est à présent dirigé par Sundar Pichai garde, sans aucune modification, les autres marques plus connues du grand public, tel que le moteur de recherche Google, YouTube, Android, Google Play, Google Livres, AdSense. Pour les utilisateurs, cette restructuration ne change strictement rien, du moins à court terme. En effet, la restructuration et la création d'Alphabet permettent surtout d'améliorer la transparence de l'entreprise, et de séparer les activités qui ne rapportent pas d'argent (Calico, Google X) de la branche Internet, qui à elle seule rassemble presque tous les profits. En , l'entreprise relance les Google Glass avec le modèle Enterprise Edition 2. Les Google Glass quittent le laboratoire X pour rejoindre la gamme des produits vendus directement par Google. Le , Larry Page et Sergey Brin, cofondateurs de Google et par extension Alphabet, annoncent leur départ de la direction de l'entreprise. Ainsi, Sundar Pichai devient le CEO de Google en plus d'Alphabet. Lieux et centres d’activités Google possède des infrastructures et des bureaux partout dans le monde, même s'ils sont plus nombreux en Europe, aux États-Unis, en Inde et Chine littorale. Le principal lieu où se déroule le développement de Google est le Googleplex situé en Californie. Le Googleplex est constitué de quatre principaux bâtiments, totalisant sur un terrain de . Le Googleplex abrite aussi le site de développement du système d'exploitation pour smartphones et appareils mobiles, appelé Android. L'entreprise Google possède un complexe à New York pour la recherche de nouveaux services. Google est aussi basé en Europe avec un siège à Dublin en Irlande. En , l'entreprise crée un nouveau complexe à Zurich, en Suisse, pour son développement en Europe. Plusieurs bâtiments sont placés au Proche-Orient et Moyen-Orient : en Israël, à Dubaï et au Qatar. En Afrique du Sud sont présents les locaux de Google pour son développement en Afrique. Le site australien basé à Sydney a vu naître Google Maps. Google Wave y était également développé. Google crée à partir de 2007 un complexe de serveurs à Mons, en Belgique, dans la zone industrielle de Ghlin-Baudour. Une déviation du canal Nimy-Blaton pour le refroidissement ainsi qu'une ligne de chemin de fer sont prévues. À l'occasion d'une visite en France, Eric Schmidt annonce le la création d'un centre de recherche et développement à Paris. : un complexe de est installé à Paris dans le (Quartier Europe). 100 millions d'euros ont été investis dans le projet. Dans ce complexe, travaillent sous les ordres de Jean-Marc Tassetto. À l'ouverture de ce centre, Eric Schmidt a déclaré : Le , aux termes d'un accord conclu avec les éditeurs de presse français, la société s'engage à financer à hauteur de d'euros un fonds d'aide à « la transition de la presse vers le monde du numérique ».En , Nick Leeder, Australien francophone et formé notamment à l'INSEAD, succède à Jean-Marc Tassetto, démissionnaire. Technologie et propriété intellectuelle PageRank Le moteur de recherche Google repose principalement sur l'exploitation de la technologie PageRank. Le premier brevet (US 6.285.999 B1, intitulé « Method for Node Ranking in a Linked Database »), déposé en janvier 1997 et enregistré le , est la propriété de l'université Stanford. Le texte du brevet est accessible sur le site du bureau des brevets des États-Unis, qui a licencié cette technologie à Google en 1998 (amendée en 2000 et 2003), deux mois après sa fondation. Il s'agit d'une licence exclusive jusqu'en 2011, l'exclusivité prenant fin à cette date. Les recherches qui ont abouti au développement de la technologie du PageRank ont été financées en partie par la National Science Foundation (Grant NSF - IRI-9411306-4). Il est donc précisé dans le brevet que le gouvernement a certains droits sur cette invention. Open Source Google existe en grande partie grâce aux logiciels libres sur lesquels il a été bâti dès l'origine, tels Linux, MySQL et Python, qu'il a contribué à améliorer en retour. Google emploie Andrew Morton, un contributeur très important au noyau Linux et a contribué au code de MySQL. Le logiciel libre permet à Google de repérer des programmeurs talentueux, capables non seulement d'imaginer des solutions techniques, mais aussi de les mettre en œuvre. Pour les attirer, Google a créé un environnement de travail où sont encouragées l'innovation, les idées techniques et la participation aux projets open source. Ainsi chaque développeur dispose de 20 % de temps libre pour travailler sur un projet de son choix, qu'il soit libre ou pas. Google a, de 2004 à 2014, soutenu la fondation Mozilla à travers un partenariat, car la mission de Mozilla - « préserver le choix et l'innovation sur l'Internet » - sert les intérêts de Google. Google est le moteur de recherche par défaut de la barre de recherche de Mozilla Firefox en Europe. Les internautes européens utilisant Firefox font des recherches sur Google et cliquent sur les publicités d'AdSense. Les revenus que Google en tire sont alors partagés avec Mozilla, ce qui leur permet d'avoir les moyens financiers pour améliorer les standards du Web et les logiciels qu'ils éditent (dont Firefox et Mozilla Thunderbird), ce qui pousse les autres éditeurs de navigateur web à faire de même. En définitive, c'est Internet dans son ensemble qui bénéficie de ces améliorations et Google (ou d'autres) peut alors utiliser ces nouvelles possibilités dans ses produits grâce à son cycle rapide d'innovation. Google participe à l'open source et le soutient : le site Google Open Source recense l'ensemble des projets Open Source de Google. le Google Summer of Code permet d'entretenir les communautés de logiciels libres en amenant des étudiants au logiciel libre, pour qu'ils apportent des idées neuves et du code et qu'ils deviennent peut-être de nouveaux contributeurs réguliers à ces projets. Google Code Hosting offre un hébergement aux projets de logiciels libres 16 millions de lignes de codes publiées sous licence open source dans plus de 500 projets De nombreux projets open source ont été créés dont les plus connus sont : Chromium, base open source du navigateur web Google Chrome Android, système d'exploitation pour appareils mobiles Google Web Toolkit, une bibliothèque logicielle pour programmer des applications AJAX en Java Go, un langage pour la programmation système Logiciel propriétaire Google édite également des logiciels propriétaires, tels que Picasa ou Google Drawings. En , Google a lancé son plugin Wordpress SiteKit. En juin 2020, Google lance un nouveau réseau social qui se nomme Keen ; il sera disponible sur Android et sur Internet et permettra aux membres de partager leurs passions. Finances Origine des revenus Google tire la majorité de ses revenus de la publicité avec différents mécanismes. Avec le système AdWords, littéralement publicité liée aux mots, Google vend des mots clés aux enchères. Si une personne fait une recherche avec ce mot, les liens des sites de ceux qui ont participé aux enchères s'inscrivent dans la partie des liens commerciaux selon un ordre déterminé par l'algorithme de Google. Chaque fois qu'une personne sélectionne un de ces liens, l'annonceur concerné doit verser une certaine somme à Google. C'est ce qu'on appelle le coût par clic. Le système AdSense for search permet à un site web d'accueillir un moteur de recherche offrant la technologie de Google et par extension les publicités AdWords suivant les mots-clés sur ses pages web. Google reverse une partie de ses gains, toujours au coût par clic, à ce site web, le partage étant de 51 % pour l'éditeur et 49 % pour Google. De même le système AdSense for Content permet à un éditeur d'afficher les encarts publicitaires de Google sur son site web, qu'il soit consulté sur ordinateur ou sur mobile, les revenus générés sont répartis à hauteur de 68 % pour l’éditeur et de 32 % pour Google. Gmail comporte un affichage publicitaire contextuel dans la fenêtre de lecture des e-mails, la rémunération de Google étant toujours au coût par clic. YouTube comporte également des publicités. Le réseau Display de Google permet à un annonceur de cibler précisément les modes de diffusion et les sites de contenu de sa campagne publicitaire ; l'internaute ne consultant un moteur de recherche et donc la publicité que 5 % de son temps, Google optimise les canaux de diffusion de la publicité. En dehors des activités publicitaires, Google a d'autres sources de revenus. Pour l'espace de stockage en ligne, Google propose un espace gratuit de stockage à ses utilisateurs pour enregistrer les documents sur les serveurs Google, et y accéder depuis n'importe quel poste. Lorsqu'un utilisateur atteint la limite d'espace disque autorisé par utilisateur, il peut acheter de l'espace disque supplémentaire. Google Apps propose une solution de collaboration, qui réunit plusieurs outils bureautiques et de production. Une version gratuite est disponible, mais les organisations/entreprises désirant utiliser toutes les fonctionnalités de cette solution doivent payer mensuellement pour bénéficier de services supplémentaires. Google Play Store est un magasin en ligne destiné à la vente de musique, de livre, d'applications Android et d'appareil Google Nexus, tablettes et smartphones. Données financières Google est une des startups qui ont franchi sans encombre le krach du NASDAQ en 2001, notamment du fait qu'elle n'était pas cotée. L'entreprise s'est introduite en Bourse par un système peu usité d'enchères en qui a comprimé de 5,5 à 1,5 % les commissions perçues par les banques d'affaires ; introduite à , l'action cotait un an plus tard, ce qui valorisait l'entreprise à près de de dollars. Début 2006, l'action coûte environ, elle franchit la barre des () le , puis celle des le , ce qui la place au quatrième rang en termes de capitalisation à la Bourse de New York. Avec les différentes crises financières de fin 2007 et début 2008 sur les marchés financiers et l'annonce d'un probable rachat de Yahoo! par Microsoft, l'action Google a chuté passant de fin 2007 à en . Le code de l'action au NASDAQ est GOOG. Le , le cours est divisé entre GOOG et GOOGL, le premier regroupant les titres de classe A et le second de classe C. Les actions de classe B sont toutes détenues par les fondateurs, Larry Page et Serguey Brin, ce qui renforce leur contrôle sur la direction de l'entreprise. Le , Time Warner annonçait que Google allait prendre 5 % de participation dans le capital de sa filiale AOL. Stratégie fiscale Afin d'éviter de payer les impôts auxquels sont soumises la plupart des entreprises américaines et européennes, Google utilise la technique dite d'« optimisation fiscale ». Les licences Europe, Moyen-Orient et Afrique de la marque sont exploitées par une société domiciliée aux Bermudes. Et « pour échapper au Trésor américain qui impose à hauteur de 35 % les bénéfices des entreprises rapatriés de l'étranger, la multinationale les laisse dormir aux Bahamas ». Selon Bloomberg, Google aurait réalisé une économie de 3,1 milliards de taxes sur les bénéfices en et . En , Google serait parvenu à abaisser son taux d'imposition à 2,4 % sur ses activités hors États-Unis, grâce à sa filiale irlandaise par laquelle transitent 88 % de ses activités internationales. Le taux d'imposition sur les bénéfices des sociétés, en Irlande, est, en effet, de 12,5 % contre 25 % en moyenne dans les autres pays où Google réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires. Mais Google a également cherché à réduire le montant des bénéfices imposables de sa filiale irlandaise en lui imposant de reverser des redevances à une filiale néerlandaise, condition sine qua non afin que l'Irlande accorde l'exonération fiscale à Google Ireland Holdings, société jumelle de Google Ireland Limited, la filiale opérationnelle. Google Ireland Holdings transfère ses redevances à la filiale néerlandaise qui les transfère ensuite aux Bermudes. Cette stratégie a permis à l'entreprise de cumuler plus de 39 milliards de dollars au comptant. Le véhicule juridique utilisée par Google aux Bermudes, Google Bermuda Unlimited est adopté en et lui permet d’échapper à la fiscalité des pays où sont réalisées les ventes, mais également à l’obligation de publier ses comptes. Selon Paul Tang, économiste et membre de la délégation du Parti Travailliste hollandais (PvdA) au sein du groupe de l’alliance des socialistes et des démocrates au parlement européen (Progressive Alliance of Socialists & Democrats in the European Parliament (S&D)), Alphabet, la maison mère de Google, n’aurait été imposé que de 0,36 à 0,82 % de son chiffre d’affaires entre et à l’intérieur de la zone UE, alors qu’Alphabet est imposé de 6,49 % à 8,79 % hors UE. Ainsi, au sein de l’union européenne, les pertes s’enregistrent à hauteur de 3 955 millions d’euros entre et . Si un taux de taxation à hauteur de 2 à 5 % avait été appliqué entre et tel qu’il avait été suggéré par le conseil ECOFIN, les pertes en cas d’évasion fiscale vis-à-vis de ce taux (virtuel) auraient été comprises entre 1 262 et 3 155 millions d’euros au sein de l’UE. Soupçons de fraude fiscale en France Le , une étude menée par VRDCI montre que les revenus de Google en France seraient supérieurs à ses déclarations. Entre novembre 2012 et novembre 2013, Google aurait réalisé 1,43 milliard d'euros en France, un chiffre loin des 193 millions d'euros déclarés par l'entreprise en France (lors de l'exercice fiscal 2012). Au terme d'une enquête commencée en 2011, le fisc français en février 2014 aurait décidé d'infliger un redressement fiscal de près d'un milliard d'euros à Google pour s'être soustrait à l'impôt. Lors de cette enquête (nom de code « Tulipe »), les membres du parquet ont travaillé durant une année hors connexion, pour garantir une confidentialité maximale autour du dossier. En 2017, le tribunal administratif de Paris annule ce redressement fiscal qui concerne la période de 2005 à 2010, au motif que Google ne disposait pas en France d’un établissement stable. L'administration fiscale ayant fait recours, la justice donne raison à Google et confirme en l'annulation de ce redressement fiscal de 1,15 milliard d’euros. Selon le rapport de Paul Tang, en France, pour 55 millions d’utilisateurs en 2015 (représentant 14 % du flux internet en Europe) les pertes dues à l’évasion fiscale s’enregistrent à hauteur de 544 millions d’euros entre 2013 et 2015. En 2019, Google décide de verser 965 millions d'euros à la France pour clore le dossier du parquet national financier. Communication Identité visuelle Le logo de Google est très simple et provient de son moteur de recherche. Il est constitué du mot Google écrit en police Catull, dont les lettres sont colorées dans l'ordre suivant : bleu-rouge-jaune-bleu-vert-rouge. Cette composition n'a pas changé depuis 1999, si ce n'est la mention « bêta » et le point d'exclamation qui ont disparu. Il a été créé par Ruth Kedar, qui enseignait le à l'université Stanford à l'époque où les fondateurs du moteur de recherche, Larry Page et Sergey Brin, étudiaient. Cette architecture de couleur et de forme se retrouve sur plusieurs produits, notamment Gmail. Si le logo de l'entreprise ne change pas, celui de son moteur de recherche est régulièrement remplacé pendant un jour pour marquer ou commémorer un événement particulier. Ces logos, présents uniquement sur la page d'accueil, sont alors visuellement adaptés au thème de la journée. Ce sont les (« » désigne un gribouillage en anglais et permet une paronomase avec « »). Il est possible de visualiser le logo Google en art ASCII en recherchant ce même terme dans le moteur de recherche de Google. Google a gardé son premier logo assez longtemps. Le logo est connu pour ses lettres multicolores et en relief. À partir de fin , Google change légèrement son logo, pour plus de modernisation : les couleurs sont plus pâles et les lettres sont désormais en deux dimensions. Le logo change à nouveau dès , pour prendre une police plus grasse et arrondie, tout en gardant les mêmes couleurs pour chaque lettre. Slogan Jusqu'en , le slogan de Google est (« Ne faites pas le mal »). Au printemps 2004, la phrase figurait même en tête du courrier adressée aux investisseurs, quelque temps avant leur entrée en bourse. Larry Page a écrit que . Cette devise résume assez bien la volonté supposée de Larry Page et Sergey Brin qui tend à faire de Google une société qui œuvre pour un monde meilleur. La société a parfois été prise à partie sur son slogan, en particulier à propos du filtrage interdisant l'accès à certains sites ou à des pages contenant certains mots depuis la Chine. En particulier, google.cn veille à ne pas faire figurer sur ses pages de réponse les chaînes de caractères qui provoquent la déconnexion de l'utilisateur par les mécanismes de surveillance automatique que doivent assurer les fournisseurs d'accès. Elle a expliqué que, selon elle, mieux valait pour les utilisateurs chinois un Google imparfait que pas de Google du tout. En , le slogan est remplacé par (« Faites ce qui est juste »). En , a été complètement supprimé du code de conduite d'Alphabet. Seule une mention subsiste, la dernière phrase : (« Et rappelez-vous... ne soyez pas malveillant, et si vous voyez quelque chose qui vous semble mal : exprimez-vous ! »). Discrétion Google est connu pour sa discrétion, voire son silence auprès des journalistes. Un exemple documenté est celui de Mark Jen, un nouvel employé qui arrive chez Google le lundi . Celui-ci crée alors un blog, retraçant ses impressions sur la société. Mais peu à peu, le ton du blog devient contestataire, Mark Jen allant même jusqu'à déclarer que Le , Mark Jen apprend son licenciement, à cause de son blog. Cet exemple illustre la volonté de discrétion de la société, les journalistes n'arrivant quasiment jamais à décrocher un entretien avec les deux fondateurs, Page et Brin. Engagements environnementaux Pour être en accord avec sa politique de développement durable, des services de covoiturages sont organisés et les déplacements entre les bâtiments se font à vélo. Les bâtiments sont surmontés de plusieurs milliers de capteurs solaires. Dans la même visée, au lieu d'employer des tondeuses à gazon pour débroussailler les alentours du googleplex dans des mesures de lutte anti-incendie, l'entreprise a recruté 200 chèvres. Toutefois, cet affichage est mis à mal par la réputation de la société d'être un très grand consommateur d'énergie, par le biais de ses grappes de serveurs. Fin , Google injecte 280 millions de dollars dans l'entreprise SolarCity, ce qui porte ses investissements totaux dans les énergies vertes à . Fin , Google s'associe à et investit 75 millions de dollars pour installer des systèmes d'énergie solaire chez des particuliers dans le but de démocratiser cette énergie auprès des citoyens. En , Google a fait installer l'intelligence artificielle DeepMind au sein de ses serveurs pour faire baisser sa facture d'électricité en refroidissement de 40 %. Nouvelle forme de travail Google entend fonctionner avec une hiérarchie légère et peu contraignante. L'autonomie et un encadrement libéral offrent aux employés des postes de travail moins stressants. Des plannings sont établis pour établir les lignes directrices du travail collectif ; Google incite toutefois ses employés à adhérer à la politique du 80-20 : un horaire composé de 80 % de travail imposé par la direction et 20 % du temps consacré à des projets autonomes sans restrictions notables. Par ailleurs, Google s'efforce de créer un cadre de travail motivant. Appliquant les principes d'organisation adhocratique, il laisse ses employés libres de gérer l'environnement de leur poste de travail et prône le travail en équipe. Pour ce faire, l'entreprise utilise des plannings communs et des wikis internes. Les lieux de travail sont également radicalement différents de ceux des autres entreprises : la direction offre à ses salariés l'utilisation gratuite de nombreuses installations de divertissement ou de bien-être. Le Googleplex, siège de l'entreprise, comporte des salles de repos, des salles de billard, des terrains de sport, une piscine, un service de massage ou de coiffure. Les employés sont autorisés à amener leur chien, mais pas leur chat, au Googleplex. Cette politique de bien-être a pour objectif de générer une plus grande motivation et, en conséquence, une productivité accrue. Parallèlement, cette vie professionnelle hors norme devrait fidéliser les employés, assurant ainsi la stabilité de la masse salariale. En effet, d'un point de vue sociologique, cette forme de travail se base sur une très forte intégration de ces derniers au sein de l'entreprise : cette intégration permet aux valeurs de groupe de prendre l'ascendant sur les sentiments personnels et incite les employés à faire passer les intérêts de l'entreprise avant leurs intérêts propres. Critiques et controverses Craintes d'un abus de position dominante À mesure que Google se développe et prend une importance de plus en plus considérable dans la gestion des informations mondiales, se développent en parallèle de nombreuses critiques d'une entreprise dont quelques hommes politiques (par exemple Jean-Noël Jeanneney) craignent qu'elle puisse abuser de sa position, notamment en recueillant des données très privées des internautes utilisant ses services, et en les utilisant, voire en louant l'usage, de manière abusive. Un nombre croissant d'instruments informatiques a ainsi été développé par différents groupes d'activistes et de militants pour limiter les capacités intrusives de Google. Il s'agit, par exemple, de masquer les publicités AdWords. Parmi ces instruments, on peut citer le réseau Tor (« The Onion Router », littéralement : « le routage en oignon »), qui anonymise les internautes (le résultat visible avec Google est que les publicités ne sont plus ciblées) ; le logiciel Scroogle, un « Google Scraper » développé par l'activiste Daniel Brandt qui détourne le moteur de recherche, lui fournit une nouvelle adresse IP à chaque recherche, et accepte l’installation du cookie sur son serveur avant de le jeter à la poubelle ; ou encore l'extension pour Mozilla Firefox « Optimize Google » qui permet de rendre anonyme le cookie Google, empêche Google Analytics de récolter des statistiques sur l'utilisateur et supprime également les publicités, à l'instar de Adblock Plus (extension de navigateur). Par ailleurs, certains sites militant pour la défense de la protection des informations privées donnent des informations sur la manière dont les internautes peuvent faire valoir auprès des régies publicitaires, et notamment auprès de Doubleclick, leur droit d'exiger que les données les concernant ne soient pas récoltées (elles le sont par défaut, mais il existe un système d'opt-out). La régie publicitaire Doubleclick est rachetée par Google en 2007 pour 3,1 milliards de dollars ce qui induit une forte concentration du marché entre les mains d'un seul acteur, mais en dépit de protestations la Federal Trade Commission et la Commission européenne ont validé ce rachat. Au cours du premier semestre 2014, Google a dépensé 9,5 millions de dollars pour faire du lobbying, soit plus que presque toute autre entreprise. Selon Marc Rotenberg, président du Electronic Privacy Information Center, Google finance un grand nombre de groupes de réflexion axés sur la politique de l'internet et des télécommunications. Cette stratégie a réduit au silence les critiques contre l'entreprise au cours des dernières années. D'après Barry Lynn de la New America Foundation, « Google est très agressif en jetant son argent autour de Washington et de Bruxelles, puis en tirant les cordes [...] Les gens ont peur de Google maintenant ». Toujours selon Lynn, Google essaye de « censurer les journalistes et les chercheurs qui luttent contre les monopoles dangereux ». À la suite d'une publication louant les sanctions de l'Union européenne contre Google, Barry Lynn a été licencié de la New America Foundation et sa publication a été temporairement supprimée en raison d'un « problème interne non intentionnel ». La New America Foundation est un think tank de Washington qui a reçu plus de 21 millions de dollars de Google. La New America Foundation est perçue comme une voix qui compte au sein de la gauche américaine. En , la commission européenne après enquête présente à Google une « communication de griefs » sur sa position dominante. La commission accuse le moteur de recherche de mettre en avant ses propres services au détriment de ceux de ses concurrents dans les résultats de recherche notamment son comparateur de prix Google Shopping et cela selon les termes de Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la concurrence. Cela présenterait également à l'utilisateur des résultats qui ne seraient pas les plus pertinents. D'autre part, une enquête est également ouverte concernant des faits de distorsion de concurrence pour son système d’exploitation mobile Android. La peine encourue par Google serait une amende pouvant représenter 10 % de son chiffre d'affaires, soit environ six milliards de dollars. En , Google est condamné par les autorités de la concurrence européenne à une amende de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante via son comparateur de prix Google Shopping. Selon d'anciens cadres de Mozilla, Google aurait saboté Firefox pendant des années en y introduisant de petits bugs afin de favoriser l'application Google Chrome. Le 9 avril 2020, l'Autorité de la concurrence française a prononcé des mesures conservatoires à l'encontre de Google, l'obligeant à négocier la rémunération des éditeurs de presse en ligne. En octobre 2020, aux États-Unis, le département de la justice via le procureur général William Barr ainsi que 11 états (Arkansas, Floride, Georgie, Indiana, Commonwealth of Kentucky, Louisiane, Mississippi, Missouri, Montana, Caroline du Sud et Texas) déposent une plainte contre Google pour abus de position de dominance. En juin 2021, l'Autorité de la concurrence en France, en parlant de « pratiques très graves » impose une amende de 220 millions € à Google pour avoir abusé de sa position dominante et favorisé ses propres solutions sur le marché des technologies de publicité en ligne (adserver et RTB). Contrôle de l'information Les géants du web détiennent un quasi-monopole sur le flux d'informations et, en tant que tel, sont en mesure de manipuler le discours public. Internet est un ensemble de services de base. La plupart de ces services sont détenus et gérés par des sociétés privées, qui hébergent le contenu et donnent aux utilisateurs la possibilité de le consulter ou d’en créer de nouveaux. Si ces fournisseurs de services de base ne veulent pas de quelque chose sur Internet, ils peuvent le censurer et le faire disparaître d'internet dans le monde entier. Ce contrôle d'Internet est, dans les faits, concentré dans les mains de quelques entreprises massives qui font tout pour que le public n'en soit pas conscient. Selon l’éditorialiste Tucker Carlson, « Google est en 2017 la société la plus puissante de l'histoire du monde. Google contrôle la réalité et a déjà démontré une volonté troublante de fausser cette réalité à des fins idéologiques ». Réagissant à un blocage des revenus grâce aux contenus publicitaires de centaines de vidéos sur Youtube, SkyNews écrit « c'est de l'intimidation. Le débat n'existe plus ». En , Google développe un nouvel algorithme pour rendre plus difficile l'accès aux sites propageant des « théories du complot » et conforter la place des médias dominants. Toutefois, pour ses détracteurs, la mesure s'apparenterait à une censure des sites présentant des opinions différentes, dont la couverture et l’interprétation des événements s’opposent à celles des médias dominants. Certains sites, comme WikiLeaks ou des sites critiques de la politique extérieure des États-Unis, ont connu une baisse massive de visites. Google empêche l'accès au Google Play Store à de nombreuses entreprises, parmi lesquelles Disconnect qui a porté plainte auprès de l'Union européenne, les applications AdBlock Plus en 2013 et AdBlock Fast en 2016 et d'une manière générale Google crée systématiquement des obstacles pour les utilisateurs Android pour télécharger d'autres magasins d'applications depuis Google Play. En , le réseau social Gab.ai a intenté un procès contre Google qu'il accuse de violer les lois antitrust fédérales en ayant banni l'application du Google Play. À cette occasion, Andrew Torba, chef de la direction de Gab.ai, a déclaré « Google est la plus grande menace pour la libre circulation de l'information ». Vie privée et informations personnelles La multiplication des services proposés par Google engrange une demande accrue de renseignements sur les utilisateurs : suivi de la navigation et stockage des mots-clés, scan des mails dans Gmail, des informations livrées dans les formulaires, entre autres. Cela pose à chaque innovation la question du respect de leur vie privée, comme le note la philosophe et philologue Barbara Cassin dans son ouvrage sur Google. Google croise ces données pour affiner le profil des utilisateurs, et améliorer le ciblage des publicités sur internet. Une telle concentration d'informations sur les individus et leur conservation inquiètent les organisations de défense de la vie privée sur internet, comme l'Electronic Frontier Foundation ou le « Groupe de travail de l'article 29 » de la Commission européenne, une nouvelle forme de surveillance très sophistiquée et un danger pour la liberté des personnes. Récemment, Google fut placé tout en bas du classement élaboré par l'ONG Privacy International, qui dit de Google qu'elle est « ennemie du respect de la confidentialité en raison de la surveillance totale des utilisateurs ». Tout ceci est d'autant plus inquiétant depuis que Google a signé un contrat de sécurisation avec la NSA, services secrets des États-Unis, laissant présager la fourniture des informations des usagers à ces services. Google est également attaqué en Allemagne par l'équivalent allemand de la CNIL, car sa Google Car collecterait toutes les informations sur les HotSpot Wi-Fi et leurs adresses MAC sur son passage. Le , le New York Times révèle que cette collecte de données personnelle n'était ni fortuite ni une erreur, mais que des responsables avaient été avertis. Ces derniers n'ont pas stoppé la démarche. En 2004, Google, associé à AOL, Amazon.com, CNet, eBay, Microsoft et Yahoo!, a pratiqué aux États-Unis du lobbying contre le Spyware Control Act en Utah obligeant de demander l'accord explicite de l'utilisateur pour activer des options de traçage de ses choix ou avant l'installation d'un logiciel espion. Les raisons de leur opposition, selon eux, étaient d'ordre technique et non éthique : dans la lettre envoyée au sénateur Valentine et au représentant Urquhart, ils reconnaissent les très bonnes intentions de la loi. Au sujet des éventuelles techniques de traçage employées par Google, Google Watch, site de l'activiste américain Daniel Brandt, tente de démontrer les failles et le manque de neutralité de Google et propose un proxy, Scroogle, permettant de soumettre une recherche Google sans être épié d'une quelconque façon. Il dénonce entre autres sa censure orientée, dans d'autres pays comme la République populaire de Chine, ou les États-Unis, concernant l'invasion de l'Irak et la prison d'Abou Ghraib. À ce sujet, Google a dans un premier temps refusé de se plier aux injonctions du gouvernement américain fin 2006 en ne lui donnant pas accès aux listes de recherche et URL qui lui étaient demandées pour contribuer à une loi sur la répression de la pédophilie. Néanmoins, ils ont ensuite remis au gouvernement, mais le juge chargé de l'affaire a décidé que Google n'avait pas à remettre les listes de mots-clés demandées par le gouvernement. En France, les garanties de respect de la vie privée apportées par la CNIL ne sont pas applicables à des services dont les serveurs sont situés hors du territoire national. Le refus de Google de se soumettre aux lois locales crée donc une extension de fait de la juridiction américaine. Ce refus lui a valu le Big Brother Awards français 2007. En 2007, le chef du service expertise informatique de la CNIL juge ainsi : « En clair, Google peut contrôler toutes les données personnelles des individus. En exploitant de façon corrélée ces outils, Google pourrait se transformer en une redoutable société de surveillance. […] Les internautes doivent savoir qu'en utilisant les services de Google, ils lui donnent la possibilité de les surveiller ». Seul Google n'a pas réagi à la recommandation du G29 (Union européenne), c'est-à-dire « de porter à six mois maximum, contre au moins douze mois aujourd’hui, la durée pendant laquelle les moteurs de recherche sur Internet ont le droit de conserver ou d’utiliser les données personnelles ». En 2012, Google modifie sa politique de règles de confidentialité, et prévoit de stocker et croiser tout élément concernant ses utilisateurs : données personnelles telles que nom, adresse, numéro de téléphone, numéro de carte de paiement, données techniques sur les appareils connectés et leurs paramétrages, journaux de consultation ou d'utilisation des outils Google. En 2013, le moteur de recherche communique le nombre de ses comptes internet surveillés par le gouvernement américain, dans le cadre du Patriot Act, qui cherche à prévenir d'éventuelles activités terroristes. Le , la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a sanctionné Google à une amende de , estimant que les règles de confidentialité mises en œuvre par la firme depuis le ne sont pas conformes à la Loi informatique et libertés en France. La sanction pécuniaire s'accompagne de l'obligation de publier un communiqué sur la page d'accueil de Google.fr pendant 48 heures. Le la Cour européenne de justice a débouté Google dans une affaire de « droit à l’oubli numérique ». La Cour européenne de justice a estimé que l’exploitant d’un moteur de recherche est responsable des données personnelles qui apparaissent sur ses pages et de leur traitement. Face à la pression effectuée par la Cour européenne de justice, Google s'est montré très réactif et a mis en place le un formulaire de droit à l'oubli qui permet à l'internaute qui le souhaite de faire effacer certaines informations le concernant. Le résultat est au rendez-vous puisqu'en 24 h, la firme de Mountain View avait déjà reçu . Mi-, Google nomme un comité consultatif de dix experts, qui est chargé de rédiger un rapport avec des recommandations afin d'appliquer la mesure du « droit à l'oubli ». Il est constitué de Frank La Rue (rapporteur spécial de l'ONU sur les questions de la liberté d'expression), Jose Lui Pinar (ancien vice-président du groupe européen de commissaires à la protection de données), Sabine Leutheusser-Schnarrenberger (ancienne ministre allemande de la Justice), Peggy Valcke (enseignante-chercheuse à l'université KU Leuven), Luciano Floridi (professeur à l'université d'Oxford), Sylvie Kauffmann (directrice éditoriale du Monde), Lidia Kolucka-Zuk (membre de l'association Trust for Civil Society in Central and Easter Europe) et Jimmy Wales (cofondateur de Wikipédia). En août 2014, un utilisateur de la messagerie Gmail a été dénoncé aux autorités locales par Google à la suite de l’envoi d’une photo pédopornographique en pièce-jointe d’un mail. Or, Google le dit clairement dans ses conditions d’utilisation : Ce fait divers met en lumière le contrôle massif des échanges effectué par Google. Cette méthode entre par ailleurs en contradiction avec l’article 29 de la CNIL qui stipule que : Le en France, la CNIL condamne Google à une amende de 50 millions d'Euros « en application du règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) pour manque de transparence, information insatisfaisante et absence de consentement valable pour la personnalisation de la publicité ». L'enquête de la CNIL, qui a duré plusieurs mois, a été ouverte après des plaintes collectives des associations et la Quadrature du Net. Il s'agit de la première décision d'une instance de régulation de sanctionner l'un des acteurs majeurs du numérique, en utilisant les dispositions du RGPD en vigueur depuis . Le , le Conseil d’État valide la sanction de 50 millions d'euros prononcée par la CNIL à l’encontre de la société Google LLC. En décembre 2020, la CNIL décide d'une nouvelle amende, de 100 millions d'euros cette fois, à l'encontre de Google. Celle-ci estime que l'entreprise installe des cookies publicitaires quand les utilisateurs visitent le site Google.fr, sans consentement préalable et sans les en informer de façon suffisante. Cette condamnation rappelle celle de 2014 pour des faits similaires. L'amende s'élève quant à elle à un niveau record en Europe pour une affaire de cet ordre. En outre, les faits reprochés sont en contravention avec la directive européenne privacy (directive on privacy and electronic communications) de 2002 et non seulement avec le RGPD de 2018, ce qui autorise la CNIL française à statuer sans avoir à remonter jusqu'à son homologue irlandaise, que Google avait pourtant choisi comme "guichet unique" en Europe ayant compétence pour traiter ce type d'instructions. Google Latitude Google Latitude est un service créé en 2009 permettant de déterminer la position d'une personne s'étant enregistrée à ce service par le biais de son téléphone mobile. En 2009, ce service est disponible dans . Ce service est sujet à controverse : on peut voir en Latitude un outil permettant de tracer les personnes, la vie privée peut donc être atteinte, mais Google répond que cet outil a été conçu dans une autre optique : il permet, par exemple, de localiser sur Google Maps ses enfants, ses amis ou ses collègues. Le service a été supprimé le . Google Livres Google Books est un projet annexe de Google très critiqué à une certaine époque. Il consiste à numériser systématiquement le plus grand nombre possible de livres. Les critiques s'inquiètent de l'impact que la position dominante de Google peut avoir sur la numérisation des livres en général, et du traitement des droits d'auteur par Google (soit que la distribution internationale des versions numérisées violerait les droits dans certains pays, soit que la position de force de Google leur permettrait d'obtenir des concessions de droits jugées abusives). Peines et condamnations Le , Google a été condamné à payer pour contrefaçon du film documentaire Le Monde selon Bush. L'Union européenne a infligé plusieurs lourdes amendes à Google pour monopole abusif envers d'autres sociétés minoritaires. La branche vidéo de Google, YouTube, a été plusieurs fois condamnée à des amendes allant jusqu'à de dollars pour diffusions illégales ou non-respect des droits d'auteur. Le , Google a été condamné à payer de dommages et intérêts aux éditions du Seuil, Delachaux et Niestlé et Harry N. Abrams, ainsi qu'un euro symbolique à titre de préjudice au Syndicat national de l'édition (SNE) et à la Société des gens de lettres (SGDL) pour avoir reproduit intégralement et en rendant accessibles des extraits d'ouvrages sans l'autorisation des ayants droit. Le tribunal de grande instance de Paris a également interdit à Google de poursuivre la numérisation d'ouvrages sans l'autorisation des éditeurs. Le , Google est condamné en France pour diffamation par algorithme pour avoir associé certains mots-clés avec les termes « viol », « condamné », « sataniste », « prison » et « violeur ». Le , Google préfère payer une amende de 500 millions de dollars aux autorités américaines, plutôt que d'être poursuivi par la justice pour avoir fait la promotion de médicaments illégaux. En juin 2017, l'Union européenne condamne Google à une amende de 2,4 milliards d'euros pour pratiques anticoncurencielles. Cette décision est confirmée en novembre 2021 par le tribunal de l'UE après un recours de Google. En , la Commission européenne condamne Google à une amende de 4,3 milliards d'euros pour abus de position dominante. Le 12 février 2019, le Tribunal de Grande Instance de Paris condamne Google pour le caractère illicite de ses conditions générales d’utilisation et ses règles de confidentialité. Le moteur de recherche avait été assigné six ans auparavant par l'association de consommateurs UFC-Que Choisir Le , Google se voit une nouvelle fois menacé par la Commission européenne (la troisième en moins de deux ans). La Commission reproche à l'Américain d'avoir abusé de sa position dominante dans les recherches sur Internet afin de privilégier ses services, au détriment de ceux de ses rivaux. Le , la Commission européenne inflige une amende d'un montant de 1,5 milliard d'euros à l'entreprise. La commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, explique que Google a abusé de sa position dominante entre 2006 et 2016 en obligeant les clients de sa régie publicitaire AdSense à signer des contrats déclarant qu'ils n'accepteraient pas de publicité des moteurs de recherche concurrents. En juin 2021, l’Autorité française de la Concurrence inflige 220 millions d’amendes à Google pour avoir favorisé ses propres services dans le secteur de la publicité en ligne. Impact environnemental Les requêtes dans Google auraient un impact environnemental non négligeable quant aux émissions de gaz à effet de serre. Il a été mentionné dans des grands titres de la presse anglo-saxonne et française (en citant incorrectement un article d'Alex Wissner-Gross qui ne fait aucune référence à Google) que le coût d'une requête serait de - ce qui n'a pas été étayé par l'étude. Selon les propres calculs de Google, ces requêtes ne pèsent que . Les fermes de serveurs de l'entreprise sont notamment réputées avoir une consommation, systèmes de refroidissement inclus, représentant plusieurs centrales nucléaires. Toutefois, cette assertion est douteuse, dans la mesure où les plus petites tranches de centrales nucléaires ayant une puissance de , il faudrait, pour atteindre une telle puissance, que chacun des Google requière une puissance d'un kilowatt, ce qui est peu probable du fait que la puissance habituelle d'un serveur est de l'ordre de au maximum et celle du système de refroidissement, une fraction de cette dernière. En , Google reconnait avoir fait des « contributions substantielles » à des organisations qui, selon The Guardian, (American Conservative Union, Competitive Enterprise Institute, American Enterprise Institute, Americans for Tax Reform, Cato Institute, Mercatus Center ou encore Heritage Foundation). Recrutement L'entreprise est mise en cause dans une affaire d'entente sur les salaires et d'entente sur le débauchage d'employés à grande échelle, dont l'origine remonte à 2005 avec des accords non écrits entre Steve Jobs et Eric Schmidt. En 2017, James Damore, un cadre de l'entreprise, fait circuler un mémo interne ( – ) d’une dizaine de pages mettant en garde sa hiérarchie contre les effets contre-productifs de la politique de l’entreprise en matière de diversité et de parité homme-femme. Il reproche notamment à l’entreprise d’organiser des formations réservées « à un genre ou une race », et de favoriser les candidats issus de la diversité. Selon lui, Google a « un biais de gauche » sur les questions de la diversité et de l’inclusion, qui a « créé une monoculture politiquement correcte qui se perpétue en humiliant et en réduisant au silence ceux qui ne s’y conforment pas ». La note, qualifiée de « sexiste » par de nombreux médias américains, et rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, fait scandale. L’ingénieur est licencié par Sundar Pichai le lundi . La réaction de Google au mémo et son licenciement de Damore sont critiqués par multiples chroniqueurs culturels, dont Margaret Wente of The Globe and Mail, Erick Erickson de RedState, David Brooks du New York Times (qui appelle Sundar Pichai à démissionner) et Clive Crook de Bloomberg View. D'autres font objection à l'intensité de la réponse au mémo dans les médias et sur Internet, comme Kirsten Powers de CNN, Conor Friedersdorf de The Atlantic, et Jesse Singal dans le Boston Globe. Le psychologue , connu pour le paradoxe de l'égalité des sexes, affirme que la controverse reflète une hostilité au débat ouvert et pacifique sur le lien entre les différences d'origine biologiques dans certains secteurs, et que la censure du débat garantira l'absence de changement. Google et le marché du travail En , Google a annoncé le lancement d’une version alpha de sa nouvelle API Google Cloud Jobs, qui permet de mettre en relation des employeurs et des demandeurs d’emploi grâce à des algorithmes d’apprentissage profond et une gigantesque base de données d’offres d’emploi et de curriculum vitae. Ce n’est pas la première fois que le géant de l’informatique s’attaque au marché de l’emploi. En effet, en , Google lance le dispositif Adwords permettant aux agrégateurs d’emploi d’acheter des mots-clefs pour que des demandeurs d’emploi soient redirigés sur les sites des agrégateurs en question. Google était alors jusque là, un intermédiaire entre les employeurs et les demandeurs d’emploi, si l’API Cloud Jobs est effectivement lancée publiquement, le géant californien mettra directement les deux parties en relation. Ce système est donc une bonne nouvelle pour les personnes qui ne sont pas satisfaites de leur travail, car l’API permettra d’envoyer directement des offres d’emplois via des annonces sur navigateur ou sur les réseaux sociaux. Cela pourrait aider, par exemple, des travailleurs frustrés qui n’osent pas démissionner à trouver un emploi dans lequel ils seront davantage épanouis. De nombreuses controverses sont toutefois soulevées par cette initiative. En effet, le rôle de l’action publique dans la régulation et la mise en forme du marché du travail est interrogé. La France, via Pôle Emploi, s’est engagée dans des démarchés de transparence du marché de l’emploi et l’arrivée de la firme californienne ne risque pas d’aider en ce sens. De plus, confier les rênes du marché du travail à des algorithmes pose des questions sur l’identité des demandeurs d’emploi. Références Blog officiel Communiqués de presse Références externes Voir aussi Bibliographie . Boris Beaude, Incontournable et sans contenu, EspacesTemps.net, Mensuelles, 11.09.2004 (traduit de Google , ) . raconte l'ascension de la firme californienne . Retrace l'historique de Google et montre ses dangers. Christine Kerdellant, Dans la Google du loup, Plon, 2017, 336 p. Mickael Berrebi, Jean-Hervé Lorenzi, L'avenir de notre liberté: Faut-il démanteler Google...Et quelques autres?, Eyrolles, 2017, 256 p. Articles connexes :Catégorie:Google, tous les articles de Wikipédia concernant Google. Liste des services en ligne de Google Critiques de Google Plateforme Google Garage Google Gogol (nombre) John Giannandrea Liens externes Le Système Google (recueil d'informations sur les internautes) sur le site assiste.com Dans la Google du loup - Reportage au cœur de la Silicon Valley, article paru en 2015 dans le de la revue Z. Entreprise Internet ayant son siège aux États-Unis Entreprise fondée en 1998 Entreprise ayant son siège à Mountain View (Californie) Entreprise du NASDAQ-100 Lauréat du prix Princesse des Asturies en communications et humanités
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https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie%20de%20la%20Gr%C3%A8ce
Géographie de la Grèce
La Grèce est un pays d'Europe situé à l'extrémité sud de la péninsule des Balkans. Elle est formée de trois entités géographiques distinctes : la Grèce continentale, la presqu'île du Péloponnèse et les îles, qui représentent un cinquième de la superficie totale de la Grèce. Les frontières terrestres de la Grèce sont partagées avec l'Albanie, la Macédoine du Nord, la Bulgarie et la petite partie européenne de la Turquie. Les côtes grecques sont bordées à l'ouest par la mer Ionienne et à l'est par la mer Égée. Cette mer recueille la majorité des îles grecques, avec des exceptions parmi lesquelles il peut être fait mention de la Crète et l'île de Corfou. La Grèce s'étend approximativement sur une latitude de 35°00'N à 42°00'N et une longitude de 19°00'E à 28°30'E. Il en résulte une importante variation climatique. Montagnes Environ 80 % du territoire grec est montagneux, ce qui fait de la Grèce le sixième pays le plus montagneux d'Europe. La Grèce occidentale est une région de lacs et de marais. Les monts du Pinde forment la chaîne centrale du pays, avec une hauteur moyenne de . Cette chaîne trouve son prolongement par l'intermédiaire des îles de Cythère, Anticythère pour trouver son extrémité en Crète et à Rhodes. Les îles de la mer Égée sont les pics de montagnes sous-marines qui sont une extension géologique des monts du Pinde. Aucun point de la Grèce n’est éloigné de plus de de la mer. Dans le Péloponnèse et la Grèce centrale, cette distance n'est même que d'une cinquantaine de kilomètres. De fait, il n’existe pas de montagne en Grèce d’où la mer ne puisse être aperçue. La Grèce centrale et occidentale présente de hauts sommets escarpés. On y trouve de nombreux canyons et autres paysages karstiques, dont les Météores et les gorges de Vikos. Ces gorges sont d'ailleurs les plus grandes au monde et les plus profondes après celles du Grand Canyon, plongeant à plus de . Le mont Olympe est le point culminant de Grèce avec ses au-dessus du niveau de la mer. Le nord de la Grèce présente une autre chaîne de montagnes, les monts du Rhodope, à cheval sur la Macédoine-Orientale-et-Thrace et la Thrace. Cette région est également recouverte de vastes et épaisses forêts centenaires comme celle de Dadia. Les plaines se trouvent principalement en Thessalie orientale, en Macédoine-Centrale et en Thrace. Fleuves et lacs La formation de fleuves est limitée par le faible degré de précipitations et le morcellement du relief. Les grands fleuves sont ainsi assez peu nombreux et certains trouvent même leur source à l'extérieur du territoire grec. Dans l’Antiquité, les routes principales suivaient les cours d'eau, et la rivière Évros était à l'époque navigable. De nos jours, des voies navigables sur le Mesta et le Vardar sont à l'étude. En , grecques se sont unies en un réseau de villes fluviales dans le but de lutter contre la pollution des rivières et de coordonner leurs efforts. Il y a en Grèce 21 lacs, dont 14 artificiels, qui recouvrent une superficie de . Ils se trouvent dans une grande moitié nord du pays. Climat Bien que la Grèce soit considérée comme ayant un climat typiquement méditerranéen, on trouve cependant une variété de sous-climats selon les régions : Le nord et l'intérieur du pays sont les régions les plus froides en hiver et sont également les plus sèches. Les montagnes sont recouvertes de neige. L'été y est très chaud et orageux et le vent limite la trop grande hausse des températures. La côte ouest est la plus arrosée de Grèce. Les hivers y sont froids et le vent de la mer adoucit les températures en été. La côte est, en hiver, est la moins humide du pays. Les hivers y sont très secs. En été, la chaleur est caniculaire, en particulier sur le continent. En Crète et en mer Égée, il pleut relativement souvent en hiver (un jour sur trois en Crète). Cependant les hivers y sont très doux et la température de la mer peut atteindre les . L'été peut y être très chaud, à moins que l’Étésien (vent du nord) ne souffle et ne fasse redescendre quelque peu les températures. De manière générale, l'année peut être divisée en deux saisons principales : une première période relativement froide et pluvieuse à partir du mois de novembre jusqu'à fin mars, et une saison chaude et sèche à partir du mois d'avril jusqu'au mois de septembre. Détails Situation : sud de l'Europe, bordée de la mer Ionienne et la mer Égée. Superficie : totale : ; terres émergées (continent + îles) : ; eaux : de lacs et rivières, de mers et golfes. Frontières : totales : ; dont : Albanie , Bulgarie , Turquie ( le long de la rivière Évros au nord-est de la Grèce et en mer Égée entre la Thrace et Rhodes), Macédoine du Nord . Côtes : Îles : Îles Ioniennes : Corfou, Paxos, Ithaque, Céphalonie, Leucade et Zante. Dodécanèse Cyclades Crète Égine et Îles du Golfe Saronique Îles du Nord de l'Égée: Lesbos, Samos, Chios Sporades : Skiathos, Skópelos, Alonissos, Skyros Samothrace Eubée Revendications maritimes : plateau continental : profondeur de ou profondeur des exploitations ; eaux territoriales : 12 milles marins. Relief : principalement montagneux, avec des chaînes de montagnes s'étendant jusque dans la mer sous forme de péninsules ou d'îles. Altitude : point le plus bas : Mer Méditerranée : point le plus élevé : Mont Olympe : Ressources naturelles : bauxite, lignite, pétrole, marbre, zinc, nickel, plomb, hydroélectricité, blé, fruits, tabac, olives, sel, betterave à sucre, vigne, coton, élevage. terre arable : 19 % ; forêts : 50 % ; autre : 23 % ; Terres irriguées : (est. 1993) Risques naturels : importants séismes Problèmes environnementaux : pollution de l'air, pollution de l'eau Incendies de l'été 2007 La quasi-absence de pluie à l'hiver 2006-2007 alliée à un passage rapide du printemps à l'été et des périodes de canicule inhabituelles en juin et juillet ont créé des conditions d'inflammabilité extrême en Grèce à l'été 2007. Trois vagues d'incendies se sont succédé, tuant et ravageant près de . Les incendies se sont surtout concentrés dans la région du Péloponnèse et du Pélion, une péninsule située dans le nord-est de la Grèce dans la région de Thessalie. Notes et références Voir aussi Cyclades (îles grecques de la mer Égée méridionale) Crète Macédoine grecque Organisation territoriale de la Grèce Feux de forêt de l'été 2018 en Attique
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Canton de Genève
Le canton de Genève (GE), officiellement la République et canton de Genève, est l'un des 26 cantons de la Suisse. Son chef-lieu est Genève. Fin 2020, la population du canton s’établit à . Il s’agit du successeur de la république de Genève, indépendante depuis le jusqu'à son intégration dans la République française en 1798. Elle retrouve son indépendance le après le départ des armées de , puis devient un canton suisse le . La république et canton de Genève occupe une superficie modeste, inférieure à celle du district de Nyon, mais elle est densément peuplée, car elle abrite la seconde ville de Suisse. Situé à l'extrémité ouest de la Suisse et du Léman, ce canton est totalement enclavé dans la République française à l'exception de 10 km de frontière commune avec le canton de Vaud. Géographie Généralités Situé à l'extrémité occidentale de la Suisse, au bout du Léman, le canton de Genève partage plus de 95 % de ses frontières avec la France ( contre si l'on exclut les frontières dans le canton de Vaud avec les exclaves de la commune de Céligny). Il est entouré des départements de l'Ain à l'ouest, et de la Haute-Savoie à l'est et au sud, ainsi que du canton de Vaud au nord, dans lequel est enclavée la commune genevoise de Céligny. Le point le plus haut du canton se trouve aux Arales, qui culminent à , et son point le plus bas se trouve à Chancy au bord du Rhône, à d'altitude. Avec , Genève est le sixième plus petit canton de Suisse. Relief Elle est ceinturée, sur territoire français, par le massif du Jura au nord-ouest dont le point culminant s'établit au Crêt de la Neige à , là où le point le plus élevé du canton se situe aux environs de sur la commune de Jussy (à Monniaz). Le Vuache à l'ouest, séparé des Monts du Jura par le creuset du Rhône, le Fort l'Écluse a été construit pour dominer la région du Genevois. Le Mont-de-Sion au sud, décrit par César dans la guerre des Gaules comme le seul passage franchissable pour les convois de chars désirant quitter Genava en direction de la Narbonnaise. Le Salève, au sud-est, est situé en France mais on le surnomme la montagne des Genevois de par sa grande facilité d’accès (téléphérique) mais aussi grâce à sa situation privilégiée de surplomb au-dessus du canton et du lac, qui offre une vue pour le moins spectaculaire. Par temps clair, on bénéficie d'un panorama allant de Fort l'Écluse, passage du Rhône creusé lors de la dernière glaciation par son glacier que l’on estimait s’étendre jusqu’aux alentours de Lyon et qui façonna les reliefs vallonnés et caillouteux de la plaine, jusqu’à Nyon dans le canton de Vaud. La caractéristique principale du canton consiste en ce mélange très homogène entre d'un côté une ville moyenne par sa taille, mais grande par son rayonnement international, aidée en cela par son aéroport créé en 1923 (17,4 millions de passagers en 2017) et de l'autre par une campagne encore bien conservée, située au maximum à environ du centre-ville. Le Mandement, au nord-ouest du canton, est une partie vallonnée qui a été notamment creusée par l’Allondon, un affluent du Rhône prenant sa source au pied du Jura et qui regroupe les communes viticoles de Dardagny, Russin, et Satigny. Le barrage de Verbois construit sur le Rhône fournit une bonne partie de l’énergie genevoise et relie le Mandement à la région de la Champagne, sur la rive gauche, entre les communes de Russin et Aire-la-Ville. Dans la Champagne genevoise se trouve la commune de Chancy, la commune la plus occidentale de la Suisse. C’est à Bernex, la bourgade principale, que se trouve le lieu-dit du Signal, le deuxième point le plus haut du canton avec , sur lequel on allumait jadis un feu destiné à être vu par le plus grand nombre. La commune de Bernex, qui regroupe sous son administration les villages de Lully et Sézenove, avoisine les . On trouve encore dans cette région de petits villages au cachet typique comme ceux qui ont été cédés par le duché de Savoie en 1815 lors de l’entrée de Genève dans la Confédération tels Sézegnin, Athenaz, Avusy, Laconnex, Soral, Cartigny ou encore Avully. La plus grande partie de la frontière entre la Champagne et la France est délimitée par la Laire, petit affluent du Rhône qui passe à proximité de Soral et Sézegnin et le Rhône. La région comporte principalement des exploitations agricoles mais aussi viticoles et fournit, de par les couches de sédiments déposées par le glacier du Rhône, d’importantes ressources en gravier. Climat Transport et mobilité Réseau ferroviaire Les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) et la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) avec le TGV Lyria ainsi que le TER Auvergne-Rhône-Alpes desservent le canton. Le canton compte 22 gares dont la gare de Genève-Cornavin et la gare de Genève-Aéroport. Il est au cœur du réseau Léman Express ou RER franco-valdo-genevois dont la clé de voûte est la réalisation de la nouvelle ligne ferroviaire entre Genève et Annemasse, terminée en décembre 2019. Réseau fluvial Des embarcations surnommées Mouettes genevoises assurent les traversées entre la rive gauche et la rive droite du Léman à travers quatre lignes, accessibles avec les titres de transport Unireso. Plusieurs lignes de la Compagnie générale de navigation sur le lac Léman (CGN) desservent Genève. Notons l'existence d'une ligne touristique descendant le Rhône jusqu'au barrage de Verbois. Réseau routier L'autoroute A1 traverse le canton du nord au sud, en contournant Genève par l'ouest et en finissant à la douane de Bardonnex tandis que la route principale 1 aboutit dans le centre-ville de Genève. Le canton possède un important réseau routier cantonal, on peut citer par exemple la route 101 qui relie Genève au CERN et la frontière française. Transports publics Les Transports publics genevois (TPG) font partie des communautés tarifaires Unireso et Léman Pass. Ce réseau s'étend sur plus de de lignes, à travers cinq lignes de tramway, six lignes de trolleybus et une soixantaine de lignes d'autobus, dont plusieurs s'étendent jusqu'en France ou sont même intégralement en territoire français. Le canton a la particularité, commune avec celui de Bâle-Ville de n'avoir aucune ligne CarPostal. La commune de Céligny, enclavée dans le canton de Vaud, bénéficie quant à elle d'une desserte par les Transports publics de la région nyonnaise (TPN). La nuit, le réseau de bus Noctambus dessert l'intégralité du canton, ainsi que de nombreuses communes vaudoises et françaises. Transport aérien L'aéroport de Genève est situé près du hameau de Cointrin, sur les communes de Meyrin, Grand-Saconnex et Bellevue. Il est accessible en bus ou trolleybus (lignes 5, 10, 23, 28, 50, 54, 56, 57, 59 et 66 des Transports publics genevois) ou en train (gare de Genève-Aéroport). Entre 3 et 6 heures du matin, des lignes Aérobus desservent l'aéroport. Ce dernier est positionné en bordure de la frontière entre la France et la Suisse, ce qui a permis l'aménagement d'une route douanière reliant directement le terminal de l'aéroport au territoire français, évitant ainsi aux frontaliers le passage par la douane suisse. De grandes compagnies telles que EasyJet, British Airways, Air France, Lufthansa, Swiss, United, Etihad Airways, Emirates, Royal Air Maroc, Qatar Airways et EgyptAir proposent des lignes à destination de toute l'Europe et du reste du monde. Histoire L'histoire du canton se confond avec celle de la ville de Genève et de ses mandements, particulièrement jusqu'à l'annexion par la France en 1798 de la république de Genève, fondée en 1541 par Jean Calvin, lorsqu’elle devient fin août la préfecture et chef-lieu du département du Léman. C'est la première fois que la commune est considérée comme une entité administrative distincte de son territoire. En 1813, à la suite de la défaite de l'armée napoléonienne, la restauration de la république de l'ancien régime est proclamée. Cette indépendance n'est toutefois que de courte durée, car très rapidement les magistrats de la ville, conscients que Genève ne peut plus former un État isolé, se tournent vers la Suisse, allié historique, pour demander leur rattachement à la Confédération, effectif le à la suite du congrès de Vienne, après avoir négocié avec le duché de Savoie le transfert territorial de de terres pour supprimer la solution de continuité avec les territoires du Mandement et de Jussy, et obtenu six communes françaises pour désenclaver le futur canton par rapport au canton de Vaud (Collex-Bossy, Le Grand-Saconnex, Pregny, Vernier, Meyrin et Versoix soit ). En 1846, une révolution dirigée par James Fazy renverse le gouvernement de la Restauration et établit la constitution qui régira le canton jusqu'en 2012, date de la nouvelle constitution genevoise. Au cours du et au début du , Genève accueille de nombreux réfugiés politiques. Suivant les idées du Genevois Henri Dunant, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est créé en 1864, première des institutions internationales que la ville va abriter. La mission internationale de Genève s'affirme après la Première Guerre mondiale, lorsqu'elle est choisie comme siège de la Société des Nations, ancêtre de l'Organisation des Nations unies (ONU). Politique Niveau fédéral Au Conseil des États, le canton est représenté par 2 sièges. Au Conseil national, le canton est représenté par 12 sièges. Niveau cantonal Le Conseil d'État est composé de 7 sièges. Le Grand Conseil est composé de 100 sièges. Niveau communal Les communes genevoises de moins de sont administrées par un maire et deux adjoints. Les communes de plus de élisent un conseil administratif de 3 membres, ce nombre étant porté à 5 pour la ville de Genève. Les conseillers administratifs occupent la fonction de maire à tour de rôle, le de chaque année. Chaque commune élit également un conseil municipal (législatif), dont la taille varie selon la population (de 9 membres pour les communes de moins de 600 habitants à 80 pour la ville de Genève). Communes Au 31 décembre 2019, le canton de Genève compte 13 villes (plus de ) sur les 45 communes genevoises : Sécurité En plus des différentes polices municipales gérées par certaines communes (ex. : police municipale de Genève), le canton de Genève dispose d'un corps de police au niveau cantonal. En plus des services administratifs et logistiques, le corps de police est composé des services police-secours, police internationale, police de proximité, police routière et police judiciaire. Des unités spécialisées le Groupe d'intervention existent pour faire face aux menaces particulières. L'unité de déminage (NEDEX) est conjointe avec le canton de Vaud. Le canton de Genève accueille et gère 7 établissements pénitentiaires sur son territoire : la prison de Champ-Dollon (Puplinge) : détention provisoire et exécution de peine l'établissement fermé de la Brenaz (Puplinge) : exécution de peine l'établissement fermé Curabilis (Puplinge) : exécution de traitement thérapeutique institutionnel l'établissement ouvert avec section fermée de Villars (Genève) : exécution de peine l'établissement ouvert le Vallon (Vandœuvres) : exécution de peine - travail extérieur le centre éducatif de détention et d'observation la Clairière (Vernier) : mineurs l'établissement de détention administrative Favra (Puplinge) : détention administrative Population et société Démographie Au , le canton de Genève compte , soit % de la population totale de la Suisse. Seuls cinq cantons sont plus peuplés que Genève (Zurich, Berne, Vaud, Argovie et Saint-Gall). Sa densité de population atteint . Religions Le tableau suivant détaille la population du canton suivant la religion, en 2014 : Éducation L'éducation publique est gérée par le Département de l'instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP). L’enseignement obligatoire comprend 164 écoles primaires (réunies en 58 établissements) et 19 cycles d'orientation (CO, enseignement secondaire I). L’enseignement secondaire II comprend : onze collèges (formation gymnasiale à plein temps, culture générale comprenant les langues, les mathématiques et sciences expérimentales, les sciences humaines et les arts) ; six écoles de culture générale (ECG) dont une pour adultes ; huit centres de formation professionnelle (arts, commerce, construction, nature et environnement, santé, social, hôtellerie et restauration, technique) et un centre de formation pré-professionnelle. Les hautes écoles : la Haute École spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO Genève) et l'Université de Genève. Le canton compte également 43 écoles privées. Économie L'économie genevoise est principalement orientée vers les services même si le canton a une longue tradition agricole et viticole. Elle comprend un important secteur financier qui est spécialisé dans le secteur bancaire et le financement du commerce international (négoce). De nombreuses banques sont représentées à Genève, parmi lesquelles les banques privées Baumann & Cie, Bordier & Cie, E. Gutzwiller & Cie, Gonet & Cie, Landolt & Cie, La Roche & Co Banquiers, Lombard Odier & Cie, Mirabaud & Cie, Mourgue d'Algue & Cie, Pictet & Cie, Rahn & Bodmer, Reichmuth & Co, Wegelin & Co, etc. Entre mars et septembre 2008, Genève est passée de la septième à la sixième place au classement des places financières mondiales selon le de la City of London. Genève est le siège international de compagnies comme Merck Serono (départ annoncé en 2012) et STMicroelectronics. Beaucoup d'autres compagnies multinationales comme Alcon, DuPont de Nemours, Electronic Arts, Hewlett-Packard, IBM, McDonald's, Procter & Gamble, Thomson Reuters, Colgate-Palmolive et Sun Microsystems y ont installé leurs sièges européens. Le canton a également une longue tradition dans le domaine de l'horlogerie : en 2007, 75 sociétés actives dans ce secteur sont basées à Genève avec des marques telles que Baume & Mercier, Chopard, DeWitt, FP Journe, Franck Muller, Hublot, Patek Philippe, Piaget, Roger Dubuis, Tudor, Urwerk, Vacheron Constantin et surtout Rolex, le plus important employeur du canton en 2010. Firmenich et Givaudan, deux producteurs importants d'arômes et de parfums y ont leurs sièges et leurs centres de production. Secteurs d'activité Sciences et techniques Au niveau européen, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), est situé des deux côtés de la frontière, sur la commune suisse de Meyrin, et les communes françaises de Prévessin-Moëns et Saint-Genis-Pouilly. Organisations internationales De nombreuses institutions ont leur siège, leur centre européen ou leur bureau à Genève. Parmi celles qui se trouvent en périphérie, on peut citer: l'Organisation mondiale de la santé (OMS) – basée à Pregny-Chambésy ; l'Union interparlementaire (UIP) – basée au Grand-Saconnex ; Culture locale Emblèmes Le canton de Genève a pour emblèmes un drapeau et un blason. Les armoiries de Genève se blasonnent : Parti, en 1, d’or, au demi-aigle bicéphale de sable, armée, languée et couronnée de gueules et en 2, de gueules, à la clé d’or, posée en pal. Langues Le tableau suivant détaille la population du canton suivant la langue principale, en 2014 : Note : les personnes interrogées ont la possibilité de mentionner plusieurs langues principales. Jours fériés Le Jeûne genevois est un jour férié propre au canton de Genève qui est célébré le jeudi suivant le premier dimanche de septembre. Le 31 décembre est un autre jour férié propre au canton de Genève. C'est l'anniversaire de la Restauration de la République décrétée en 1813 après l'épisode napoléonien. Annexes Bibliographie Jacques Chenevière, Campagne genevoise, Éditions du Griffon, Neuchâtel, 1950 Alfred Dufour, Histoire de Genève, Presses universitaires de France, Que-sais-je ?, , 1997 . Karl Werdenberg - Pierre Hainard, Les paysages végétaux du Canton de Genève, Conservatoire et jardin botaniques de Genève, 2000. Articles connexes Drapeau et armoiries du canton de Genève Communes du canton de Genève Liste des réserves naturelles de Genève Liste des forêts de Genève Liste des cours d'eau du canton de Genève Liste des parcs du canton de Genève Cé qu'è lainô, hymne du Canton de Genève Grand Genève Liens externes Portail Web de Genève Office cantonal de la statistique Noms géographiques du canton de Genève Références Territoire riverain du lac Léman
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Grenoble
Grenoble
Grenoble (prononcé ; ) est une commune du Sud-Est de la France, située dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, chef-lieu du département de l'Isère, ancienne capitale du Dauphiné. Grenoble est la commune-centre de la deuxième agglomération de la région Auvergne-Rhône-Alpes en nombre d'habitants, après celle de Lyon, et la troisième commune de cette région, derrière Lyon et Saint-Étienne. Son agglomération de est également la plus grande métropole des Alpes, devant Innsbruck dont l'agglomération compte , et Bolzano, ce qui lui vaut le surnom, en France, de « capitale des Alpes ». L’histoire connue de Grenoble couvre une période de plus de deux mille ans. Durant l'époque gallo-romaine, le bourg gaulois porte le nom de Cularo, puis celui de Gratianopolis. Son importance s'accroît durant le lorsque les comtes d’Albon choisissent la cité comme capitale de leur province, le Dauphiné. Ce statut, consolidé par l'annexion à la France, lui permet de développer son économie. Grenoble devient alors une ville parlementaire et militaire, à proximité immédiate de la frontière avec la Savoie. En 1788, la population s'est mobilisée pour défendre ses parlementaires lors de la Journée des Tuiles en attaquant les troupes royales. Antoine Barnave et Jean-Joseph Mounier, représentants du Tiers état, à l'origine du fameux serment du jeu de Paume, furent d'illustres acteurs grenoblois de la Révolution française. Le développement industriel de Grenoble commence véritablement au avec la ganterie et s’accentue dans la deuxième partie du , avec la découverte de la « houille blanche »; l'énergie hydroéléctrique. Mais Grenoble connaît sa croissance la plus forte durant les Trente Glorieuses. L'organisation des Jeux olympiques d’hiver (1968) symbolise cette période de grands bouleversements pour la ville. Son développement continuant, Grenoble s'affirme aujourd’hui comme un grand centre scientifique européen. Pour ce qui est de la population, Grenoble était en 2018 la seizième commune de France avec , son unité urbaine la seizième de France en 2018, avec , et son aire d'attraction la onzième, avec . Ses habitants sont appelés les Grenoblois. Géographie Localisation La commune de Grenoble est située entre les massifs du Vercors (à l'ouest et au sud-ouest), de la Chartreuse (au nord), du Taillefer (au sud-est) et de la chaîne de Belledonne (à l'est). Elle est approximativement au centre de la partie française des Alpes. La ville entourée de montagnes très proches faisait dire à Stendhal :… Au bout de chaque rue, une montagne Grenoble est située dans la partie sud-est du territoire national, à relativement faible distance (à vol d'oiseau) des frontières italienne () et suisse (). L'agglomération est située sur l'axe du sillon alpin, s'étendant de Valence à Genève, et qui comprend également les villes de Chambéry, Annecy, Aix-les-Bains, Voiron et Romans-sur-Isère. Bien que située au confluent actuel du Drac et de l'Isère, Grenoble fut bâtie à l'origine au niveau des contreforts de la Bastille, sur un léger tertre en rive gauche de l’Isère, à son point le plus aisément franchissable et donc au premier endroit permettant d'accueillir un pont avant la confluence. L'Isère venait en effet buter contre l'éperon sud du Rachais et divaguait dans des méandres qui se déplaçaient sans cesse. Les villages alentour étaient, quant à eux, installés à l’abri des inondations sur les coteaux des trois massifs. Ce n'est qu'une fois ces rivières canalisées que la ville connaîtra une expansion urbaine sur le reste de la plaine. Le point zéro de départ du kilométrage se situe sur le pont Marius-Gontard. À vol d'oiseau, Grenoble se situe à de Chambéry, de Valence, de Gap, de Vienne, de Lyon, de Genève, de Turin, de Nice, de Marseille et de Paris. Toujours à vol d'oiseau, Grenoble se situe à de la station de ski de Chamrousse, à des Sept Laux, à de Villard-de-Lans, à de l'Alpe d'Huez, à des Deux Alpes et à de La Grave. Par la route ces distances sont à multiplier par deux, environ. Par la route, Grenoble se situe à de Lyon, de Turin, de Nice et à de Paris. Communes limitrophes Géologie et relief La ville est principalement bâtie dans une plaine au confluent de l'Isère avec le Drac, au centre de l'Y grenoblois. Cette configuration permet de parler d’une « cuvette grenobloise », vallée singulièrement plate d'origine glaciaire. Grenoble est ainsi la ville la plus plate de France, ce qui la rend propice au déplacement à vélo. La fonte du glacier de l'Isère, il y a environ vingt-cinq mille ans, entraîne la présence d'un lac pendant plus de dix mille ans, avec ses alluvions lacustres würmiennes. La disparition progressive de ce lac n'en a pas moins laissé un nombre très important de cours d'eau dans la plaine nouvellement émergée. Ainsi, avant le , le Drac n'était pas canalisé et rejoignait l'Isère par de nombreux méandres vers l'actuel pont de la Porte de France. Le reste de la plaine, soumis aux inondations fréquentes de l’un ou l’autre des cours d’eau, se partageait entre marais, cultures et maigres pâturages. Au fil des siècles, la lutte des habitants pour maîtriser ces deux rivières va donner naissance au symbole du serpent et du dragon. Aujourd'hui, ce rapport à l'eau est toujours particulier puisque certaines nappes phréatiques se trouvent à moins de deux mètres de la surface, nécessitant des fondations spéciales pour toute construction nouvelle, et rendant toute réalisation de transports souterrains irréaliste en raison d'un coût financier trop important. L'altitude de Grenoble varie de ; la mairie, proche des berges de l'Isère, se situe à . La ville est dominée par la Bastille, une ancienne forteresse défensive construite sur une hauteur culminant à près de , accessible depuis le centre-ville par le téléphérique de Grenoble Bastille, dont les cabines appelées communément « les bulles », sont devenues un des symboles marquants de la ville. Derrière la Bastille commence le parc naturel régional de Chartreuse. Climat Grenoble et son agglomération sont sujettes à un climat subtropical humide (Cfa selon la classification de Köppen : « climat tempéré chaud, sans saison sèche avec été chaud ») à influences montagnardes du fait de l'environnement montagneux, bien que la station Météo France soit située à seulement d'altitude, sur la commune de Saint-Martin-d'Hères. Le climat de la station de Saint-Martin-d'Hères est le plus représentatif d'une bonne partie de la cuvette grenobloise étant donné que la station officielle de Grenoble est celle de l'aéroport de Grenoble-Alpes-Isère, ce dernier étant situé à plus de au nord-ouest de Grenoble et plus haut en altitude dans une autre unité climatique. Cela dit, les communes situées à l'ouest et au nord-ouest de Grenoble, c'est-à-dire les communes de la cluse de Voreppe sont climatiquement plus proches de l'aéroport et sont plus régulièrement sujettes au vent de nord-ouest et à l'effet « canon à neige ». Cet effet se produit quand une dégradation arrive par le nord-ouest. Ainsi, la neige se met à tomber en grande quantité à l'ouest de la ville, ce secteur n'étant protégé par aucun massif. En revanche, au même moment, le sud et l'est de la ville peuvent ne pas voir l'ombre d'un flocon puisque les massifs de la Chartreuse et du Vercors freinent une bonne partie de la dégradation et la neige ne finit par tomber qu'à l'ouest et en montagne. Les relevés suivants ont été effectués à la station Météo France de Saint-Martin-d'Hères, située sur le domaine universitaire : Voici également les relevés de la station officielle de Grenoble, celle de l'aéroport de Grenoble-Alpes-Isère. La température annuelle moyenne est plus fraîche de plus de par rapport à l'agglomération, avec des chutes de neige largement plus fréquentes et des températures plus modérées l'été et bien plus froides l'hiver. Le record de froid s'établissant à le 3 janvier 1971. Les relevés suivants ont été effectués à l'aéroport de Grenoble-Alpes-Isère, à d'altitude : Voies de communication Par sa position géographique, Grenoble s’est trouvée historiquement en dehors des grands circuits de circulation et d’échanges européens. Durant l'Antiquité, la cité était pourtant située sur la voie romaine de l'Oisans qui la reliait à Vienne et à Turin et elle figure à ce titre (sous le nom de Culabone) sur deux cartes antiques, la table de Peutinger et l’Anonyme de Ravenne. Progressivement, mais surtout, au cours des deux derniers siècles, l'agglomération grenobloise est devenue un point de convergence de plusieurs lignes routières, autoroutières et ferroviaires. Voies routières Les routes nationales Grenoble est traversée par d'anciennes routes nationales, la plupart déclassées partiellement ou complètement en routes départementales. La route nationale 75, route entièrement déclassée en route départementale sur différents départements entre Bourg-en-Bresse, Grenoble et Sisteron. Avant la réforme de 1972, cette grande route avait pour origine Tournus, en Saône-et-Loire. La route nationale 85, déclassée en RD 1085 de Bourgoin-Jallieu à Grenoble, mais qui reste une route à vocation nationale au sud de Grenoble (Le Pont-de-Claix) jusqu'à Grasse. Cette route, connue des touristes, sous l'appellation de « Route Napoléon » rejoint les lacs de Laffrey et la prairie de la rencontre par la célèbre rampe de Laffrey. La RN 85 et la RN 75 avaient un parcours commun entre Voreppe et Grenoble sous l'appellation de RN 75. La route nationale 512, déclassée en RD 512 dans l'Isère, est la route qui mène de Grenoble (quartier Saint-Laurent) à Chevrier par Chambéry, en traversant le massif de la Chartreuse. Elle était associée à la RN 512a, aujourd'hui RD 512a, qui traverse les quartiers centraux de La Tronche et de Meylan. La route nationale 523, déclassée en RD 523 en Isère, est la route qui mène de Grenoble à Montmélian en Savoie, par la rive gauche de l'Isère. Elle se raccordait à la RN 525, devenue RD525, qui se dirige vers Allevard, mais aussi à la RN 524, devenue RD 524, route qui mène à Uriage et à Vizille. La route nationale 90, route qui reliait Grenoble au col du Petit-Saint-Bernard, avant 2006, mais qui a été déclassée en route départementale sur deux départements (Isère et Savoie), entre Grenoble et Albertville. Cette route longe la vallée de l'Isère (par la rive droite), vallée connue sous le nom de Grésivaudan. La route nationale 532, route qui reliait Grenoble, par Sassenage à la commune de Saint-Péray en Ardèche. Elle est a été déclassée en route départementale sur deux départements (Drôme et Isère) après la commune de Chatuzange-le-Goubet dans la Drôme. La route nationale 531, route qui se présente comme une déviation ou variante de la RN 532 qui passait par Villard-de-Lans et le massif du Vercors, avant de rejoindre Grenoble par Sassenage. Cette route a été déclassée en route départementale sur deux départements (Drôme et Isère) à l'exception du tronçon situé entre les communes de Bourg-de-Péage (Drôme) à Saint-Just-de-Claix. Les autoroutes Grenoble est située au croisement de trois axes autoroutiers majeurs : l'A41 (Autoroute Alpine) en direction de Genève via Chambéry et Annecy, mais également à destination d’Albertville, de Modane et de l’Italie via l'A430 ou l'A43 ; l'A48 (Autoroute du Dauphiné) permet quant à elle de relier Grenoble à Lyon mais également à Valence via l'A49 ; l'A51 (Autoroute du Trièves) s’élance en direction des Hautes-Alpes et de la Côte d'Azur. S’arrêtant actuellement au col de Fau, elle pourrait à terme (pas avant 2025) relier la capitale des Alpes à Marseille. La construction du tronçon de Grenoble à Sisteron, a cependant été l'objet de nombreuses contestations en raison de son impact environnemental et de son coût très élevé, et a été sérieusement remise en question à la suite du Grenelle de l'Environnement. L'avant-projet de schéma national d'infrastructures de transport (SNIT) publié en juillet 2010 prévoit l'abandon pur et simple de la construction du maillon manquant sous la forme d'autoroute. Les rocades urbaines Ces trois autoroutes sont interconnectées grâce à l'autoroute urbaine A480 (rocade ouest) et à la RN87 (rocade sud). La vitesse sur ces deux rocades autoroutières, à 2×2 voies, est limitée à . Ces deux rocades sont l’objet d’engorgements quotidiens rendant la circulation automobile difficile à Grenoble aux heures de pointe. Ces encombrements ont également été imputés à l'absence de périphérique nord entre la cluse de Voreppe et la vallée du Grésivaudan en raison de la présence du massif de la Chartreuse. Ces encombrements motivèrent le projet de rocade nord devant permettre ce bouclage autoroutier grâce au percement d’un tunnel sous la montagne de la Bastille. Après des années de tractations, l'avis défavorable de la commission d'enquête sur la déclaration d'utilité publique de la rocade nord en 2010, auquel s'ajoutent les contestations d'associations de riverains, de groupes écologistes ainsi que d'élus locaux, sonnent le coup d’arrêt du projet. Toutefois, avant même l'abandon de boucler le périphérique grenoblois par la Chartreuse, l'État proposait l'élargissement en 2×3 voies d'une partie de l'A480 dès l'année 2009, mais sans modification de l'échangeur du Rondeau, principal point de congestion dans ce secteur. Une première tranche de travaux concernant l'élargissement de la section qui voit passer plus de véhicules par jour le long du Drac est alors prévue pour la décennie suivante. Mais en 2015, à la suite de la publication du décret portant le plan de relance autoroutier, l'A480 est concédée à la société AREA. Dans le cadre de cette concession, l'entreprise s'engage à passer l'A480 à 2 x 3 voies sur la totalité de son tracé pour un coût de d'euros. De leur côté, les collectivités locales s'engagent à traiter l'échangeur du rondeau et de couvrir une partie de la rocade sud pour d'euros. Le projet complet, d'un coût de d'euros devrait commencer en 2019 pour une fin des travaux prévue en 2022. L’arrêté préfectoral de déclaration d'utilité publique (DUP), signé par le préfet de l’Isère le confirme que ces travaux, même s'ils sont encore soumis à l’enquête publique au titre de l’autorisation environnementale, seront bien engagés en 2019. Aménagements cyclables Grenoble et son agglomération disposent d'un réseau de pistes cyclables d'un peu plus de trois cents kilomètres, partagé entre bandes cyclables souvent peu continues et pistes en site propre. Plus de de balisage et de signalisation ponctuent le réseau grenoblois. Le conseil général a également mené l’aménagement de « voies vertes » le long des berges de l'Isère, du Drac et des voies départementales. Des pistes cyclables relient désormais Grenoble à Valence, Chambéry ou encore Nice. Lors de l’assemblée générale du , la Fédération française des usagers de la bicyclette a attribué son « Guidon d’or » à la ville de Grenoble pour la généralisation des double-sens cyclables dénommés chronovélos. La part des déplacements à vélo à Grenoble a augmenté de 64 % entre le  janvier 2008 et le 31 décembre 2019. En 2019, étaient loués en moyenne chaque mois. Le réseau chronovélo Ce nouveau réseau cyclable a été créé pour l'ensemble des communes de Grenoble Alpes Métropole. Lancé en juin 2017, ce réseau, dénommé « chronovélo » sera composé au début de la décennie 2020 de quatre axes totalisant environ de liaisons pistes cyclables entre les différentes communes de l'agglomération. En 2020, une cinquantaine d'aires de service seront réparties sur les quatre axes de l'agglomération. Ces aires permettront aux cyclistes de pouvoir consulter une cartographie du quartier, un plan global du réseau cyclable, un point de rencontre et avec espace de repos disposant d'un banc, et d'un service de gonflage de pneu. MétroVélo Pour faciliter la circulation à vélo, la Métro a mis en place en 2010 un service de vélocation appelé Métrovélo. En plus de la location de vélo, vingt-cinq consignes individuelles automatiques (appelées MétrovéloBox) ont été installées en périphérie de la ville pour favoriser la multimodalité, atteignant en 2010 plus de sécurisées. Ces « box » incluent la possibilité de location en courte ou longue durée de vélos ainsi que l'offre d'un service de consigne pour son propre vélo. Le nombre de cyclistes a augmenté de 60 % entre 2002 et 2007. Baromètre des villes cyclables En 2019, Grenoble reçoit 3258 contributions d'usagers au Baromètre des villes cyclables de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) et reçoit l'appréciation “B” (favorable), avec une note globale de 4,12, ce qui classe Grenoble au premier rang de sa catégorie (communes entre ). L'enquête 2021 a été close le 30 novembre 2021 et ses résultats seront connus en février 2022. Transport public Desserte ferroviaire Le territoire de la ville de Grenoble n'héberge qu'une seule gare ferroviaire : la gare de Grenoble, principale gare de l'agglomération dont la mise en service fut effective en 1858 et d'où partent des trains TER Auvergne-Rhône-Alpes, des TGV, ainsi que des trains Intercités, dénommés « trains d’équilibre du territoire » (TET), en convention avec l'État. L'agglomération grenobloise accueille cependant sept autres gares, de taille nettement plus modeste et toutes raccordées aux lignes ferroviaires desservant la gare principale : la gare de Grenoble-Universités-Gières, seconde gare de l'agglomération et située non loin du campus ; les trains qui desservent cette gare sont exclusivement des TER ; la gare d'Échirolles, simple halte disposant de deux quais, inaugurée en septembre 2004 et qui permet un raccordement avec la ligne A du tramway de Grenoble ; la gare de Saint-Égrève-Saint-Robert qui dessert notamment le Centre Hospitalier Alpes-Isère (CHAI), établissement spécialisé de psychiatrie générale adulte et pédiatrique situé sur le territoire de la commune de Saint-Égrève ; la gare de Pont-de-Claix dont il est prévu le déplacement à l'intersection de l'avenue du général de Gaulle et du cours Saint-André, afin de créer un pôle multimodal de transport ; la gare de Jarrie - Vizille qui dessert notamment le site industriel (plate-forme chimique) de Jarrie et la petite agglomération de Champ-sur-Drac ; la gare de Saint-Georges-de-Commiers qui fut durant une période un des terminus de la ligne touristique du petit train de La Mure ; la gare de Vif qui reste en 2018 la gare ferroviaire la plus éloignée du centre-ville raccordée au réseau de transport de l'agglomération grenobloise. La gare de Grenoble a été inaugurée en 1858, mais elle fut détruite lors de la préparation des Jeux olympiques pour laisser place à l'enceinte actuelle plus moderne et adaptée aux besoins. Grenoble est un pôle ferroviaire d'importance régionale. Au niveau national, une dizaine de TGV desservent quotidiennement Paris au départ de la capitale des Alpes. Une liaison directe en TGV existe également pour les directions de Marseille, Lille et Nantes. Le trafic vers l'international consiste en des liaisons TER vers Genève. L'essentiel du trafic se limite ainsi à des liaisons régionales vers les agglomérations voisines de la région Auvergne-Rhône-Alpes ainsi qu'à destination de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur en direction de Gap, Briançon et Avignon. En période de vacances scolaires d'hiver, des liaisons TGV supplémentaires sont mises en place avec d'autres villes (Rennes, Le Havre, Poitiers ou Perpignan). Le transit annuel de la gare est d'environ sept millions de passagers. Pour répondre à la demande actuelle et à la croissance prévue du trafic dans les années à venir, la gare fait l'objet d'un programme de restructuration important, en liaison avec le réaménagement du polygone scientifique voisin. L'itinéraire ferroviaire du Sillon Alpin Sud (Gières-Montmelian et Valence TGV-Moirans) a été entièrement électrifié en 2014. Transport urbain Les transports urbains de Grenoble sont exploités depuis 1975 par la Sémitag sous la marque commerciale « TAG » (Transports de l'agglomération grenobloise). Les lignes tramway La faible profondeur des nappes phréatiques rendant très onéreuse la construction d'un réseau de métro, les municipalités successives ont décidé d'investir dans un réseau de tramway. Grenoble est doté d'un premier réseau urbain et suburbain de tramway à partir de 1894. Connaissant cependant le même sort que bon nombre de réseaux dans la première moitié du , il est après des amputations successives fermé en 1952. Il faut attendre 1987 pour que le tramway fasse son retour à Grenoble, avec l'ouverture de la première ligne. Avec les années, quatre autres sont ouvertes tandis que les lignes A et B ont connu différents prolongements depuis leur inauguration. Ce réseau de cinq lignes (Tram A, B, C, D et E) a une longueur de . Avec le TFS, il est le premier tramway au monde à être accessible aux personnes à mobilité réduite. Les lignes de bus Au tramway s'ajoute un réseau de lignes de bus réorganisé en trois niveaux en septembre 2014, 6 lignes Chrono, 11 lignes Proximo et 28 lignes Flexo, qui desservent toute la métropole grenobloise. Les lignes Chrono desservent les axes structurants du cœur dense métropolitain, elles se caractérisent par une fréquence élevée la journée (moins de ) et un service étendu jusqu'à 1 heure du matin, leur livrée jaune leur confère une identité forte. Le service Chrono vient se substituer au service de Noctibus qui disparaît. Les lignes Proximo desservent les zones denses de périphérie. La desserte des zones peu denses est quant à elle réalisée par les services Flexo, qui présentent une hétérogénéité de véhicules adaptés à la demande. Un certain nombre de courses ne sont d'ailleurs disponibles que sous réservation ( avant au plus tard), ce qui permet d'adapter le véhicule au nombre de passagers inscrits et de ne desservir que les zones demandées. Les services scolaires sont associés à la marque Sacado depuis septembre 2018. D'autre part, un service à la demande a été mis en place à destination des personnes à mobilité réduite : Flexo +. Enfin, il faut adjoindre à cet ensemble les dix-neuf parcs relais proposant de stationnement en entrées d’agglomération qui facilitent l’intermodalité. Projets d'extension Le réseau grenoblois fait l'objet de nombreux projets d'extension. À l'horizon 2025, ces extensions envisagent : le prolongement de la ligne A vers Sassenage ; le prolongement de la ligne D vers Échirolles et La Tronche : la ligne D deviendrait alors une ligne de rocade reliant le sud au nord-est dst de l'agglomération (via le campus) ; le prolongement de la ligne E de Grenoble - Louise Michel vers le Pont-de-Claix : le SMTC a engagé une étude préalable en juillet 2012 pour prolonger la ligne E en passant par Échirolles ; la création d'une ligne Grenoble-Meylan : la possibilité d'étendre le réseau de tram à Meylan, cinquième ville de l'agglomération en nombre d'habitants, a été plusieurs fois évoquée, mais aucun projet n'a encore été lancé ; la création d'une ligne F : Le Dauphiné libéré évoque en décembre 2012 la possibilité technique de créer une ligne qui ferait circuler les tramways en boucle dans Grenoble en utilisant des parcours combinés des lignes E, puis C et A. Projets de transport alternatif Plusieurs projets de transport par câble (téléphérique) sont actuellement à l'étude. La création d'une liaison entre Fontaine (Tram A) et le Massif du Vercors (Lans-en-Vercors via Saint-Nizier-du-Moucherotte) a été envisagée pour l'horizon 2020. Cette même ligne de téléphérique aurait relié ensuite Fontaine (Tram A) à la Presqu'île de Grenoble (Tram B) et Saint-Martin-le-Vinoux (Tram E). Cependant, le projet concernant la liaison entre Grenoble et le plateau du Vercors a été suspendu le 15 septembre 2014 par son comité de pilotage, la plupart des promoteurs du projet ayant été remplacés lors des élections municipales et intercommunales de 2014. Le projet entre Fontaine et Saint Martin de Vinoux n'a pour sa part pas été concerné par cette décision de suspension et attend le résultat des études opérationnelles fin 2014. D'autres projets ont également été évoqués comme les liaisons Gières - Chamrousse, Vizille - Échirolles ou bien encore dans le Grésivaudan. Distinctions Le réseau grenoblois a fait l’objet de nombreuses distinctions et récompenses en raison de sa grande qualité. Le magazine Ville et Transports lui a décerné trois fois le ticket d’or (premier prix du palmarès des transports urbains) en 2002, 2003 et 2005, ainsi que le ticket de bronze en 2006, derrière Bordeaux et Mulhouse. En outre, la Conférence européenne des ministres des Transports a décerné au réseau le premier prix européen pour l'accessibilité aux personnes handicapées en 2003 ainsi que la palme de l'accessibilité en 2004. Transport interurbain Le transport interurbain par autocar est, quant à lui, principalement assuré par le réseau Transisère dépendant du conseil général de l'Isère et rassemblant tous les transporteurs. Il existe une gare routière à Grenoble. Celle-ci accueille des cars assurant des liaisons avec d'autres grandes villes de France, telles que Paris. Le leader du marché, la société FlixBus, a réalisé une enquête « qualité » auprès de ses usagers, la gare routière de Grenoble étant considérée comme une des deux plus accueillantes de France avec celle de Toulon. Transports aériens Un ancien site d'aviation, l'aéroport de Grenoble-Mermoz, situé approximativement sur le site actuel du centre commercial Grand'Place, a été supprimé en 1967 pour laisser place aux installations olympiques et a été remplacé par deux plates-formes : 1 - l'aéroport de Grenoble-Alpes-Isère situé à quarante kilomètres de Grenoble, est une plate-forme permettant des liaisons vers de nombreuses villes européennes et pouvant accueillir tout type d'appareil (jusqu'au Boeing 747-400). Pendant des décennies, il a connu une activité globalement faible, avec une faiblesse record enregistrée l'année 2003 (à peine plus de accueillis) en raison de la proximité des aéroports de Lyon et Genève et de la concurrence du TGV pour la liaison vers Paris. Après que le conseil général de l’Isère en eut confié la gestion et le développement à une société de droit privé constituée par l'entreprise de BTP Vinci et le gestionnaire de transports publics Keolis, le trafic a crû d'une manière très importante (61 % de croissance en 2006 par exemple) avec une spécialisation de l'aéroport sur des vols , en particulier à destination de la clientèle anglaise, très nombreuse à venir skier dans les stations alpines. Aussi, l'essentiel du trafic était enregistré lors des périodes d'hiver ( de décembre 2008 à avril 2009 par exemple). Très dépendante de la conjoncture internationale, cette fréquentation a cependant lourdement chuté depuis la crise économique de 2008 ; 2 - l'aérodrome de Grenoble-Le Versoud Situé à treize kilomètres de Grenoble et réservé au trafic léger avec une piste en dur de neuf cents mètres et une piste en herbe de huit cent quatre-vingt-treize mètres. Créé en 1924, l'aérodrome de Grenoble-Versoud est l'un des tout premiers aérodromes de France, une stèle précisant son ancienneté est située à l'entrée de l'aérodrome. Il est par ailleurs l'aérodrome le plus dynamique de la région quant au nombre de mouvements. Le site de l'aérodrome héberge le meeting Grenoble Air Show organisé tous les deux ans. Lors des sessions de 2016 et 2018, le lieu a accueilli la patrouille de France. Urbanisme Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires artificialisés (92,9 % en 2018), une proportion identique à celle de 1990 (92,9 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : zones urbanisées (58,2 %), zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (29,1 %), espaces verts artificialisés, non agricoles (5,6 %), eaux continentales (3,8 %), forêts (3,3 %). L'IGN met par ailleurs à disposition un outil en ligne permettant de comparer l’évolution dans le temps de l’occupation des sols de la commune (ou de territoires à des échelles différentes). Plusieurs époques sont accessibles sous forme de cartes ou photos aériennes : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et la période actuelle (1950 à aujourd'hui). Morphologie urbaine La vieille ville Grenoble, enfermée dès le dans une première enceinte de neuf hectares, n’a guère conservé de bâtiments marquants antérieurs à la fin du Moyen Âge, hormis le groupe cathédrale et une église collégiale, mais le tracé actuel des rues conserve le souvenir de sa physionomie urbaine : un réseau irrégulier de voies étroites aboutissant aux portes de l’enceinte vers la plaine et au pont franchissant l’Isère. Les extensions successives des murailles n’ont guère changé la morphologie de la ville intra-muros, même si son aspect architectural a accompagné le renouvellement de ses bâtiments. Le carcan des enceintes s'est lentement élargi, suivant l’évolution de l’art des fortifications, en particulier aux . La cité a une superficie de dans l'enceinte Lesdiguières (1591–1606), de quarante-cinq hectares dans l'enceinte Créqui, commencée en 1640, interrompue par l'inondation de 1651 et terminée en 1675. À la fin du l’agglomération se présente donc comme un petit noyau urbain de quelque vingt mille habitants, serré dans son enceinte au pied de la Chartreuse, entouré de villages reliés à la ville par des chemins qui deviendront, presque inchangés, les grands axes de l’agglomération, au moins jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. L'ère industrielle Ce n’est qu’au que la morphologie de Grenoble, puis de l’agglomération, se transforme profondément. Entre 1832 et 1836, la création de la nouvelle enceinte fortifiée du général Haxo ajoute un rectangle de cinquante hectares au sud de la ville ancienne. Ce territoire accueille une urbanisation radicalement différente de la ville ancienne : un quadrillage régulier d’avenues autour d’une place d'Armes (actuelle place de Verdun) dont les quatre côtés voient se bâtir les édifices symboles de l’importance croissante de Grenoble : le cercle militaire (initialement École d'artillerie) en 1858, l’hôtel de la Division en 1862, la préfecture en 1866, le musée-bibliothèque en 1870, le Palais de l’Université de 1875 à 1879. À l'ouest, la création d’un pont suspendu sur le Drac en 1828, le tracé de l'actuel cours Berriat en 1840 et l’arrivée du chemin de fer en 1858, dont l'emplacement du terminus fut fixé par un arrêté ministériel du 24 septembre 1856, en dehors de l’enceinte, entraînent la création d’un quartier d’ateliers et d’habitats ouvriers, hors les murs, le long d’un réseau de voies résultant autant du parcellaire que d’un essai de tracé régulier. Cette urbanisation commence à déborder, au débouché du « pont du Drac », sur le territoire de la commune de Fontaine. La croissance de l’activité industrielle et de la population entraîne le renforcement de l’urbanisation qui déborde des remparts ; mais Grenoble est une place forte, ce sont donc les fortifications qui sont en partie déplacées après la guerre de 1870 : après avoir projeté une nouvelle enceinte englobant le nouveau quartier jusqu’au Drac, la construction d'une ceinture de forts autour de Grenoble fut préférée. De ce fait, l’espace occupé par l’ancienne enceinte Ouest devint disponible. Situé entre la ville ancienne et les quartiers ouvriers, fut édifié, à partir de la dernière décennie du , un nouveau centre sur un tracé aussi régulier que le permit la forme triangulaire du terrain libéré. Issues d’une place centrale (Victor-Hugo), des avenues bordées d’immeubles « haussmanniens » assurent une relative soudure entre les urbanisations précédentes. La poursuite du développement industriel et démographique entraîne l’amorce de nouveaux quartiers au sud des fortifications (la Bajatière, les Eaux-Claires, les Alliés-Alpins…) et sur les communes mitoyennes. Sous la magistrature de Paul Mistral, à l'occasion de l’exposition internationale de 1925, sont détruits les remparts sud de la ville. Leur suppression permet la création des grands boulevards. L’expansion de l'après-guerre L’après-Seconde Guerre mondiale accélère le développement : Grenoble et les communes périphériques tendent à ne plus former qu’une seule urbanisation, encore ponctuée de nombreux espaces non bâtis. Quelques grandes « cités » de logements sociaux, dans plusieurs communes, répondent partiellement à la demande croissante. De même, face au développement universitaire, un campus regroupant la plupart des établissements est créé de toutes pièces dans une boucle de l'Isère, sur des terrains agricoles relativement marécageux. À l’occasion de la préparation des dixièmes Jeux olympiques d’hiver en 1968, la réalisation d’infrastructures routières et ferrées donne une ossature plus lisible à l’urbanisation d’ensemble. L’urbanisation se poursuit par des opérations concertées de plusieurs centaines, voire milliers de logements, avec leurs équipements résidentiels. Ces opérations sont plus ou moins bien reliées aux urbanisations existantes, mais dans tous les cas, en diffèrent profondément par leur architecture. Un « centre secondaire », destiné à fournir aux quartiers sud de l’agglomération un ensemble de services et d’accueillir des équipements qui ne peuvent trouver place dans le centre ancien, est réalisé dans une urbanisation concertée entre Grenoble et Échirolles : la Villeneuve. Sa morphologie urbaine, pour différente qu’elle soit entre les quartiers, reflète un renouveau urbain et architectural, fondé sur les principes de la Charte d’Athènes. Durant les années 1960 et les années 1970, connues sous l'appellation des Trente Glorieuses, les « vieux quartiers » grenoblois entament leur réhabilitation. Après un essai d’inscription d’une architecture nouvelle dans l’ancienne trame urbaine (quartier centre-ville, secteur de la rue de la République - quartier Mutualité/Bir-Hakeim - quartier de l'Île verte), qui n'est pas concluante, la rénovation respecte désormais la morphologie urbaine existante tout en renouvelant l’architecture. Face à l’augmentation de la circulation automobile, le réseau de transport en commun, vieillissant, est renouvelé dès le début des années 1970. La création des lignes de tramway suscite un renouvellement du tissu urbain, tant dans les « vieux quartiers » grenoblois que dans les communes traversées. Dans la dernière décennie du , la création d’Europole entraîne un renouvellement architectural des quartiers voisins, sans en modifier la trame urbaine, et induit un développement des fonctions centrales vers l’ouest (palais de justice à Europole, secteurs de recherches sur la Presqu'île). Plus récemment, l'achèvement du premier écoquartier de France sur le site de l'ancienne caserne de Bonne, grand prix Écoquartier 2009, témoigne d'une volonté de concilier les nouveaux développements urbains avec les exigences nouvelles de développement durable. Quartiers grenoblois Grenoble comprend de nombreux quartiers, parmi lesquels peuvent être cités : le quartier Bastille - Saint-Laurent - Esplanade est entièrement situé sur les contreforts du massif de la Chartreuse, sur la rive droite de l'Isère et présente essentiellement de petits bâtiments datant de la première moitié du . L'esplanade accueille chaque printemps la grande fête foraine de la foire des Rameaux; le quartier de l’Île Verte est une presqu'île, formée par un méandre de l'Isère située dans le nord-est de la ville ; Chorier-Berriat, également appelé Saint-Bruno, est situé dans l'Ouest de la ville ; c'est l'ancien quartier ouvrier situé près du cours Berriat et du pont du Drac, le plus ancien pont sur le Drac de Grenoble ; Europole, situé dans l'Ouest du centre-ville, derrière la gare SNCF et routière, est considéré comme le quartier des affaires ; le Polygone scientifique, dénommé de plus en plus souvent sous le nom de Presqu'île est situé sur une presqu'île formée par le confluent du Drac et de l'Isère au nord-ouest d'Europole. Ce quartier abrite entre autres l'European Photon and Neutron Science Campus ; Notre-Dame forme avec l’hyper-centre, le centre historique de la ville. Ce secteur comprend de nombreuses rues et places piétonnes, et une ambiance nocturne très active. L'hyper centre réunit les places Verdun, Vaucanson, Victor-Hugo et Grenette et forme avec le quartier Notre-Dame, le secteur le plus animé de la ville avec ses nombreux bars et restaurants ; le quartier des grands boulevards porte le nom des plus grandes artères urbaines de Grenoble qui la traversent d'est en ouest et marquent la séparation des deux références de codes postaux de Grenoble (38000 au nord, et 38100 au sud); le quartier des Eaux-Claires tire son nom de différents ruisseaux formés autrefois par des infiltrations du Drac. Il possède un lycée portant son nom; le quartier Vigny Musset est un nouveau quartier situé à proximité du Village olympique, non loin de la direction iséroise de la Caisse primaire d'assurance maladie et de la Caisse d'allocations familiales ; le quartier de la Capuche est situé à proximité des grands boulevards et abrite le parc Georges-Pompidou. Il s'agit d'un quartier populaire avec des constructions datant essentiellement des années 1950 et 1960 ; le quartier Exposition-Bajatière à l'intérieur duquel se trouve le parc Paul-Mistral, abritant aujourd’hui l'hôtel de ville, la tour Perret et de nombreux équipements sportifs ; Le quartier Alliés-Alpins est un quartier historique, résidentiel, commerçant, et industriel au sud-ouest des grands boulevards. Il inclut par exemple le parc Georges-Pompidou, le marché d’intérêt national, le centre sportif Reyniès-Bayard, le Pacifique - Centre de Développement Chorégraphique -, l’église Saint-Paul, la maison Kaminski, les bâtiments des services techniques de la Ville. les quartiers Sud (Teisseire, Village Olympique, la Villeneuve) sont des quartiers populaires de la ville et s'étendent sur toute sa partie sud. Ils forment ainsi une couronne qui jouxte les quartiers populaires des communes du Sud de la périphérie ; le quartier Mistral abrite une cité jardin très excentrée qui a longtemps accueilli les populations ouvrières et immigrées, notamment italiennes à ses débuts, et qui héberge encore des populations aux revenus assez modestes. les secteurs Alpexpo - Grand'Place se présentent sous la forme d'un grand complexe commercial, associé à un parc événementiel (salon, exposition), à la limite sud de Grenoble où se trouve une centrale à chaleur de la compagnie de chauffage intercommunale de l'agglomération grenobloise ; le quartier du Rondeau délimité par l'échangeur du Rondeau ainsi que par la zone industrielle Techni sud située à l'extrémité sud-ouest de la ville. Logement La commune de Grenoble comptait en 2007, contre en 1999, soit une augmentation de 3,6 % alors que la population de la commune connaissait une croissance de 2,2 % sur la même période. La ville compte 91,1 % de résidences principales contre seulement 1,7 % de résidences secondaires et logements occasionnels. Grenoble compte par ailleurs plus de 7,2 % de logements vacants. Les logements construits avant 1949 représentent près de 26 % du parc grenoblois tandis que près de la moitié d’entre eux a été construite entre 1950 et 1974. Les logements construits après 1990 représentent un peu moins de 10 % du parc. Enfin, les logements grenoblois sont essentiellement de grande taille avec 36 % de quatre pièces et plus. La part des propriétaires est de , celle des locataires s’établit à 59,6 %. Les logements individuels représentent 3,4 % du parc immobilier, ce qui est très faible comparé à des villes comme Bordeaux (26,9 %) ou Nantes (23,4 %) mais semblable à Lyon (3,3 %). Le prix moyen des appartements, en 2020, est d'environ . Longtemps réputée chère, Grenoble compte en réalité parmi les grandes villes de France où les prix immobiliers sont les plus abordables. Grenoble concentrait sociaux en 2011, soit plus de 40 % des logements sociaux de l’agglomération et 30 % de ceux de la RUG. De par une politique volontariste de construction de logements sociaux (300 par an en moyenne), la commune a franchi début 2011 le seuil des 20 % exigé dans le cadre de la loi SRU. De nombreux organismes d'attribution de logements sociaux sont présents sur le territoire de la commune : Actis, héritière des premiers OPHBM de la ville de Grenoble, Pluralis ou encore le bailleur social Grenoble Habitat. Il y a également un office public de l'habitat (OPH) : l’Office public d'aménagement et de construction (OPAC 38). Projets urbains Actuellement, les élus locaux mènent des politiques visant à « reconstruire la ville sur la ville » pour réparer les déséquilibres causés par le développement anarchique des Trente Glorieuses. De nombreux écoquartiers ont vu le jour ou ont été lancés ces dernières années comme la Caserne de Bonne. L'objectif affiché par la municipalité étant de densifier la ville sur elle-même afin d'éviter l’étalement urbain et la consommation d'espace en péri-urbanité, mais aussi de répondre à l'important manque de logement, d’embellir les espaces publics et d’accueillir de nombreux emplois avec la construction de bureaux, de commerces ou d'équipements universitaires et de recherche. Ces projets urbains ont à Grenoble la spécificité d'être contraints par la rareté du foncier et l'impossibilité d'étendre la ville en raison du relief ou des risques naturels (vallée de l'Isère). D'importants programmes de réhabilitation urbaine sont aussi menés, notamment thermique sur l'habitat ancien et de certains quartiers (avec l'ANRU). Un aménagement innovant de l'éclairage public pour lutter contre la pollution lumineuse et réduire la facture d'électricité a aussi été mis en place depuis 2016. Développement du transport à vélo La municipalité fait du développement du transport à vélo l'une de ses priorités, ce qui a notamment conduit à la construction d’une autoroute à vélo. Avec 15,2 % de ses actifs rejoignant au quotidien leur travail à bicyclette, « Grenoble se positionne dans le tiercé de tête des grandes villes françaises où le vélo est le plus utilisé », relève l’INSEE en 2017. Depuis, le réseau « Chronovélo », soit des itinéraires directs réservés aux cyclistes, a été mis sur pied, et devrait relier en 2022 onze communes de la métropole. La ville a été récompensée par la Fédération des usagers de bicyclette, qui la place en première position sur les métropoles de . Projets urbains par quartier Les principaux projets urbains en cours ou achevés récemment sont : Grenoble Presqu’île / GIANT (Grenoble Innovation for Advanced New Technologies) : Cette ZAC, de , initiée en 2010 est le plus grand programme d'aménagement de la ville et est l'un des plus importants de France. 1,3 milliard d'euros vont être investis dans les infrastructures publiques, scientifiques et universitaires, ce qui en fait aussi l'un des plus importants investissements public-privé de France. À terme (d'ici 2025), la Presqu'île comptera 1900 nouveaux logements familiaux, 1000 nouveaux logements étudiants, actifs supplémentaires et environ autant de nouveaux étudiants. Les projets tertiaires ne sont pas en reste avec prévus dans un premier temps avec notamment l'implantation de Schneider Electric, de Xenocs ou encore du siège du Crédit agricole Sud Rhône-Alpes. À noter aussi à proximité sur le parc Oxford l'implantation du campus hydraulique d'EDF. Dessiné par l'architecte en chef Christian de Portzamparc, ce projet a pour but de créer un véritable lieu de vie où se côtoient habitants, étudiants et scientifiques. La ville affiche l'ambition de faire du site la vitrine internationale de la ville en y établissant un campus d'innovation mondial. Un téléphérique rejoignant le projet voisin des Portes du Vercors doit aussi voir le jour en 2022. Esplanade Ce projet prévoit, autour de la Grande Esplanade, de créer prochainement entre 650 et 960 nouveaux logements (suivant les scénarios d'aménagement retenus début 2017), un équipement d'échelle métropolitaine et de mettre en valeur les berges de l'Isère et l'Esplanade pour en faire une zone récréative et paysagère. Cette dernière permettra d’accueillir des événements culturels (festivals, cirques ainsi que la foire des Rameaux). Flaubert La ZAC Flaubert prévoit, à partir de 2017, la construction d'un maximum de 2000 nouveaux logements autour d'un nouveau parc urbain de . Bouchayer-Viallet Cette ancienne friche industrielle labellisée éco-quartier en 2013 a pour objectif, outre la construction de nouveaux logements, de créer un nouvel éco-quartier d'affaires innovant qui accueille les bureaux de R&D des entreprises Apple et Huawei, ou encore d'Atos. La place consacrée aux équipements culturels est forte dans ce projet avec l'ouverture de La Belle Électrique, scène consacrée aux musiques actuelles située près du Magasin des horizons et d'une salle d'escalade. Caserne de Bonne La Caserne de Bonne (grand prix national écoquartier 2009) est l'un des tout premiers éco-quartiers construits en France et a été achevée en 2011. Ce projet intégré dans un parc urbain de a notamment permis la création de 900 nouveaux logements, d'un centre commercial d'une cinquantaine de boutiques, d'espaces culturels et d'un cinéma. Si l’écoquartier de Bonne est certainement le plus symbolique de cette action de la municipalité, il existe également d’autres projets moins médiatisés tels que le projet « Cœur de Ville, Cœur de Métropole » visant à revaloriser le cœur historique de la métropole, avec par exemple une transformation profonde de l'axe Agutte Sembat et de la place Victor Hugo; l'aménagement des quartiers Mistral-Eaux Claires, Châtelet, Beauvert ou encore la création du quartier Vigny-Musset. Les principaux programmes de renouvellements urbains engagés par la municipalité sont situés dans les quartiers Sud de la ville, où se trouvent de grands ensembles architecturaux ainsi qu’un aménagement urbain chaotique (Mistral, la Villeneuve). Charte urbaine de transport Grenoble Alpes Métropole et le SMTC ont adopté en 2007 un nouvel instrument de politiques urbaines : la charte « Urbanisme et Transports ». Cette charte vise à concilier davantage nouveaux projets de tramway et aménagements urbains. Il s'agit concrètement pour les communes de prévoir une densification de leurs territoires aux abords des futures lignes dans l'optique d'une restructuration de l'espace urbain métropolitain autour de ces axes de transports « doux ». La ligne E est la première ligne de tramway concernée par cette nouvelle politique. Élargissement du secteur piétonnier Dans le cadre d'un projet baptisé « Cœurs de ville, Cœurs de métropole », la Ville de Grenoble et la Métro se sont engagées dans l'agrandissement du secteur piétonnier du centre-ville. D’ici l'année 2020, l'espace interdit à la circulation automobile s’étendra des quais Saint-Laurent, sur la rive droite de l'Isère au centre commercial de la Caserne de Bonne. Ces aménagements, en cours lors de la fin de la décennie 2010, font toujours l’objet de concertations avec les riverains concernés, quartier par quartier Risques naturels et technologiques La Mairie de Grenoble considère que la ville est exposée à cinq risques naturels : inondation, mouvement de terrain, feu de forêt, météorologique et sismique. Risques d'inondation Situé à la confluence du torrent alpin du Drac et de l'Isère, le territoire de Grenoble est exposé à un risque de crue. Un ensemble de digues ont progressivement été édifiées entre le et le et sont entretenues de façon permanente. Le « Plan de Prévention du Risque Inondation » (PPRI) a été approuvé le . Celui-ci présente Grenoble comme étant en zone de contraintes faibles, les risques étant les crues dites « historiques », les remontées de nappe phréatique ou le refoulement des réseaux d'égouts. Risque de mouvement de terrain Au niveau de la ville de Grenoble, les risques de chutes de blocs et d'éboulement sont localisés sur le site de La Bastille, seul secteur montagneux de la commune. Une surveillance les zones à risque s'appuie sur plusieurs études géotechniques afin de pouvoir réaliser les travaux d'entretien et de protection adaptés. Une étude de ce risque spécifique sur le site, jointe au plan local d'urbanisme (PLU), présente les différents types de mouvements de terrain affectant ce secteur, il peut s'agir de glissements de terrain, des chutes de blocs se détachant de la montagne, des éboulements ainsi que des effondrements de cavités souterraines. Risque des feux de forêt À l'instar des risques de mouvements de terrain, ce risque concerne surtout le massif forestier de la Bastille correspondant à la pente méridionale du Mont Rachais, partagé avec les communes de Saint-Martin-le-Vinoux et de La Tronche. La végétation du site est entretenue régulièrement afin d'éviter tout risque de propagation rapide des feux, les voies étant maintenues accessibles pour permettre l'accès des secours. Risque météorologique La ville et son agglomération se situent dans une vallée souvent dénommée « cuvette grenobloise » qui peut être soumise à des phénomènes météorologiques strictement locaux, tels que des vents forts pouvant entraîner de graves dégâts matériels, des périodes de canicule ou des périodes de grand froid. Risque sismique L'intégralité du territoire de Grenoble est située en zone de sismicité (sur une échelle de 1 à 5), comme l'ensemble des communes de l'agglomération grenobloise. À ces risques naturels, s'ajoutent des risques technologiques : risque de rupture de barrage, industriel, transport de matières dangereuses et nucléaire. Toponymie Le toponyme a beaucoup évolué. Dans l'Antiquité la bourgade se nommait Cularo jusqu'en 381, nom d'origine celtique dont la signification est sujette à diverses interprétations. La ville, dotée de remparts, deviendra Gratianopolis sous le règne et en l'honneur de l'empereur Gratien, nom progressivement altéré en Grenoble. En arpitan dauphinois (aussi appelé « patois » ou « francoprovençal »), le nom de la ville est . Une légende tenace assure que la ville fut rebaptisée Grelibre pendant la Révolution, mais c'est faux. S'il est vrai que plusieurs milliers de communes ont été rebaptisées à cette période, l'ouvrage de référence à ce sujet, Les Noms révolutionnaires des Communes de France, ne mentionne pas Grenoble, alors qu'il cite trois communes du canton de Grenoble (Hères-la-Montagne, Mansval et Vence). D'autre part, la base Cassini de l'EHESS montre une continuité de nom sur la période révolutionnaire. Histoire Préhistoire Plusieurs éléments préhistoriques ont été trouvés à Grenoble ou dans ses environs immédiats, attestant d'un lieu de passage, voire d'une présence humaine, notamment au niveau de la montagne du Rabot à la fin du néolithique, ainsi qu'à l'âge du Bronze. Les données archéologiques restent cependant relativement rares en raison de la vitesse de la sédimentation des alluvions de l'Isère, du Drac, et des torrents provenant du massif de la Chartreuse qui retirait progressivement les principales traces de passage. Selon Alain de Montjoye, archéologue du centre archéologique et historique des Musées de Grenoble et de l'Isère, les premières populations sédentaires, au niveau local, firent leur apparition au néolithique, principalement sur les premières pentes du massif du Vercors puis sur celles de la Chartreuse, lors du chalcolithique, au niveau de la cluse grenobloise. Dès l'âge du bronze, les chercheurs constatent l'existence de courants d'échanges utilisant le carrefour grenoblois. Ceux-ci seront tout d'abord de nature d'abord modeste avant de s'intensifier au bronze final jusqu'à la période de la Tène. Les recherches archéologiques ont permis d'identifier de nombreuses installations durant cette période, tout autour de Grenoble et dans la vallée du Grésivaudan. Cependant, au niveau du site même du territoire grenoblois, les traces les plus anciennes très faibles, observées à la fin du siècle dernier, ne semblent pas antérieures à la période gauloise. Antiquité La première référence à Grenoble remonte à . Au départ simple bourg gaulois (vicus) du nom de Cularo, la bourgade, située à un endroit stratégique sur la voie romaine entre Vienne et l'Italie par le Montgenèvre, fut fortifiée sous Dioclétien et Maximien (entre 284 et 293), puis accéda au rang de chef-lieu de cité, à la suite de la venue possible, mais non attestée, de l’empereur Gratien en 379. Elle fut alors rebaptisée Gratianopolis. Des troupes y stationnaient en permanence (cohors prima Flavia) et un évêché, avec à sa tête l'évêque Domnin, est attesté au moins depuis 381. Gratianopolis Durant le , Gratianopolis compte environ sur ses neuf hectares et se présente sous la forme d'une ville fortifiée plus rurale que commerçante malgré la présence d'un port sur l'Isère, situé près de la place de Bérulle. Le premier évêque de Gratianopolis est Domnin (Domninus), attesté par sa présence au concile d'Aquilée en septembre 381 et qui va décéder en novembre 386 Énigme du « passage d'Hannibal » Plusieurs historiens, spécialistes de l'Antiquité, évoquent le passage d'Hannibal dans la cuvette grenobloise, soit en suivant le cours de l'Isère, soit en traversant le massif du Vercors, d'ouest en est. Professeur émérite d’histoire ancienne à l’Université de Newcastle au Royaume-Uni, John Francis Lazenby, auteur d’un ouvrage spécialisé sur le général carthaginois Hannibal Barca narre dans celui-ci toute l’épopée du célèbre conquérant et celui-ci émet une théorie à propos de la traversée des Alpes, en ce qui concerne la première attaque des Allobroges. Ce professeur d'Histoire suggère, en effet, qu’Hannibal n’aurait pas voulu traverser l’Isère et aurait donc cheminé sur la rive gauche, mais qu'au-delà de Saint-Nazaire-en-Royans la poursuite de cet itinéraire était impossible à l’époque et qu'il aura donc contraint le général carthaginois à traverser les gorges de la Bourne. Le camp d’Hannibal se serait alors situé à proximité du village actuel de Choranche. Le chemin suivi par Hannibal passerait ensuite sur la route jouxtant l'Isère qui rejoint Grenoble par une route située entre Sassenage et Noyarey. D'autres historiens, dont l'académicien et historien militaire Paul Azan ou Marc Antoine de Lavis-Trafford, évoquent la possibilité que ce grand général et stratège carthaginois ait pu passer par Montaud pour ensuite longer l'Isère depuis les territoires actuels de Veurey-Voroize, Sassenage, puis le territoire actuel de Grenoble, avant de remonter la vallée du Grésivaudan et de traverser les Alpes. Aucune source archéologique (armes, ossements) n'ayant encore été découverte à Montaud et dans ses environs immédiats, rien ne peut étayer cette hypothèse séduisante, ni l'infirmer, d'ailleurs. La thèse reste donc, jusqu'à présent, recevable. Une étude plus récente (2009) du préhistorien Aimé Bocquet, fondée sur le peuplement au , ne fait pas passer les troupes d'Hannibal par le nord de la région grenobloise, mais pour ensuite lui faire emprunter le versant occidental de la Chartreuse pour atteindre le col du Petit-Saint-Bernard. Un site web bien documenté présente les différentes hypothèses, ainsi que les textes originaux (traduits) de Tite-Live et de Polybe sur la question. Moyen Âge Dauphins Au , les comtes d’Albon prirent une décision importante pour l’unité de leurs domaines. En effet, ils choisirent Grenoble, ville de médiocre importance en ce , pour capitale. Ils auraient pu céder à la tentation de Vienne, l’ancienne métropole romaine comme capitale de leurs États. Ce choix fondamental leur a permis de garantir leur autorité à la fois sur le Bas et le Haut-Dauphiné. Cependant, les territoires respectifs du Dauphiné et de la Savoie se chevauchaient à cette époque (ainsi, le Faucigny appartenait au premier tandis que la seconde possédait Voiron et la Côte-Saint-André). Cet enchevêtrement fut source de nombreux conflits entre les deux peuples. La future province du Dauphiné. Grenoble se retrouva alors capitale d’un État indépendant au sein du Saint-Empire romain germanique. En 1219, Grenoble connaît sa pire inondation, véritable déluge dû à la rupture d'un barrage naturel formé dans la vallée de la Romanche et provoquant de nombreux morts. Les dauphins successifs fondèrent l’université en 1338 et le Conseil delphinal s'installa à Grenoble en 1340. Durant la guerre de Cent Ans, la noblesse dauphinoise participa aux conflits contre l’Angleterre et ses alliés. En 1349, la ville se retrouva rattachée au royaume de France à la suite du transfert (et non-rachat) du Dauphiné à la couronne de France et Grenoble devint capitale provinciale. La présence entre 1447 et 1456 du dauphin, le futur Louis , renforça ce statut de ville parlementaire avec la création du troisième Parlement de France. La ville devint également le siège de garnisons, à la frontière avec le duché de Savoie. Elle s'affirma comme la principale ville de la province. Lors des guerres d’Italie, la noblesse dauphinoise se distingua particulièrement sous la figure de Bayard, le « chevalier sans peur et sans reproche ». En 2019, des fouilles archéologiques ont permis de retrouver les restes des remparts du couvent des Dominicains datant du dans l'actuelle rue de la république en travaux pour son aménagement en voie piétonne. Ce couvent était situé « hors murs », le long de l'ancienne enceinte romaine. Renaissance Guerres de religion (1562 - 1598) Grenoble eut à souffrir des affrontements des guerres de religion et en sortit affaiblie. Ils furent marqués par de nombreux massacres et destructions. Les conflits prirent fin avec l'ultime victoire de Lesdiguières, lorsqu'il s'empara de Grenoble en 1590. Devenu administrateur du Dauphiné, il modifia et agrandit considérablement la capitale dauphinoise et lança notamment la construction de la première génération des fortifications de la Bastille. Temps Modernes Grenoblo malhérou Depuis sa création, la cité de Grenoble a souvent été ravagée par les inondations durant certaines périodes et malgré l'endiguement du Drac, effectué au cours des et , la ville continue à subir de vraies catastrophes au fil des siècles. Dans les années 1730, elle est frappée par cinq crues qualifiées d'événement exceptionnel. Celle du 14 septembre 1733 frappe particulièrement les esprits en montant à au-dessus de l'étiage. L'abbé Bonnet, curé de Vourey et témoin raconte dans ses mémoires « L'eau qui venait à gros bouillons par la porte de Très-Cloître et de Saint-Laurent, eut bientôt rempli toutes les boutiques presque jusqu'au premier étage ». Un poète grenoblois, François Blanc surnommé Blanc-Lagoutte, immortalise cette catastrophe dans un long poème appelé Grenoblo malhérou et qui permettra de mieux connaître la langue locale (voir le chapitre "langue et traditions locales"). Expansion économique Le développement économique de la cité lui permit d’asseoir son importance. La présence de notables et autres parlementaires permit le développement de la ganterie, qui prospéra au cours du et connut son apogée durant le . Les gants grenoblois (dont les Gants Perrin) s’exportaient alors dans le monde entier et cette industrie constitua l'activité dominante dans la région grenobloise pendant des décennies. Ce développement économique participa fortement de l'expansion de la ville vers l'ouest au-delà de ses remparts. Révolution française La journée des Tuiles La journée des Tuiles est une émeute survenue dans le centre de Grenoble le , et considérée comme annonciatrice de la Révolution française, quoique spécifiquement grenobloise et dauphinoise : elle est l'aboutissement de l'opposition du Parlement du Dauphiné à la réforme royale portant sur la création d'assemblées provinciales et municipales qui établissaient enfin l'égalité de tous les citoyens devant les impôts. Le Parlement est en fait inquiet car cet édit porte atteinte au nombre de charges dans chaque Parlement, charges dont profite une grande partie de la population de la ville. Ce jour-là, à six heures, une foule évaluée à oblige les magistrats à regagner le palais du Parlement, et les protestataires veulent même envahir le greffe pour brûler le registre sur lequel les édits ont été enregistrés de force. Mais Albert de Bérulle, premier président du parlement du Dauphiné s'y oppose, et après avoir remercié les Grenoblois de leur sympathie à l'égard des magistrats, leur demande de regagner leurs domiciles. La journée doit son surnom au fait que les soldats du roi étant venus contenir la foule qui se rassemblait autour de la place Grenette, et un vieil homme ayant été blessé par une baïonnette, à la vue du sang, le peuple révolté commence à dépaver les rues, et de nombreux Grenoblois montent alors sur les toits des immeubles afin de lancer une véritable pluie de tuiles et de pierres sur la troupe. Le duc de Clermont-Tonnerre, lieutenant-général des armées du roi dans le Dauphiné, est gravement menacé par la foule. Il sera peu après remplacé dans ses fonctions par Noël Jourda de Vaux. Sujette à de nombreuses interprétations, l'expression « Faire une conduite de Grenoble » ne serait pas liée à cette journée d'émeute, mais serait antérieure à cette période. Les États généraux du Dauphiné À la suite de ces événements, la Réunion des états généraux du Dauphiné, également appelée Assemblée de Vizille, se déroule le dans la salle du jeu de paume du Château de Vizille sur l'invitation de son propriétaire, l'industriel Claude Perier. Ces États de la Province du Dauphiné, préparatoires à la future convocation des États généraux de 1789, connaissent plusieurs cessions, la dernière étant tenue à Romans-sur-Isère entre le et le . Époque contemporaine Agrandissement de territoire Après l'agrandissement de son enceinte militaire vers le sud en 1840, un mouvement d'extension vers l'ouest semble se dessiner, les édiles souhaitant étendre le territoire de la ville jusqu'au Drac. Le maire Eugène Gaillard, en poste depuis la fin de l'année 1858, parvient à faire adopter l'annexion des territoires de la rive droite de cet affluent de l'Isère lors du conseil municipal du , englobant ainsi la récente gare ferroviaire et une partie des territoires des villes de Fontaine, Seyssinet-Pariset et Seyssins. Révolution industrielle du La révolution industrielle fut cependant un moteur tout aussi important de l’expansion économique de Grenoble. La découverte de la houille blanche par Aristide Bergès assura l’industrialisation rapide de la région, illustrée à partir de 1870 par la création des Ateliers de construction Bouchayer et Viallet, puis au début du par les sociétés Neyrpic et Merlin Gerin. La tenue de l’exposition internationale de la Houille Blanche et du tourisme en 1925 mit en lumière ce développement. En détruisant les remparts de la ville, cet événement permit l'extension de la ville vers le sud. À la même époque, un comité d'acteurs de la vie économique jette les bases en 1889 d'une association portant le nom de syndicat d'initiative dans l'intérêt de la ville de Grenoble et du Dauphiné. Une intense propagande est ainsi faite pour développer le tourisme dans la ville et ses environs. Illustrant cette nouvelle économie, la première société française de ski est créée en novembre 1895 et officialisée le février 1896 à Grenoble sous le nom de Ski Club des Alpes. Les années 1930, avec l'institution des premiers congés payés, marquent le développement du tourisme d’hiver. La station de l’Alpe d'Huez par exemple est créée en 1936. Première moitié du Après-guerre : mathématiques, informatique et électronique La tradition d’innovation grenobloise se maintenait aussi, favorisant un fort développement de la recherche scientifique à partir des années 1950 l'implantation de la Compagnie générale de télégraphie sans fil (CSF) à Saint-Egrève et l’impulsion de Jean Kuntzmann créateur du premier laboratoire de calcul en 1951 ou de Louis Néel, instigateur du centre d'études nucléaires de Grenoble (CENG) qui va employer sept cents personnes dès l'année 1960, après avoir créé en 1957, un groupe « électronique intégrée » l'élaboration et de la maintenance de l'électronique des réacteurs nucléaires, sous la direction de Michel Cordelle, car la plupart des circuits intégrés vient des usines américaines. Jean Kuntzmann fonde en 1960 l'Institut de mathématiques appliquées de Grenoble. En 1961, le professeur René Perret et son élève l'ingénieur Guy Jardin débutent une collaboration avec Mors, l'industriel américain de électroménager connu pour ses enregistreurs, après avoir fondé en 1957, de retour des États-Unis, et avec l'Institut polytechnique de Grenoble (IPG), le Laboratoire d'automatisme de Grenoble (LAG) pour l'automatisation et le calcul des commandes de procédés et processus, d'abord appelé laboratoire de Servomécanisme. C'est l'époque où Mors commence à ajouter à son catalogue des produits d'automatisation incluant beaucoup d'électronique. Son département automatisme, situé à Crolles, va même lancer un calculateur industriel, grâce à un établissement fondé en 1962 par quelques ingénieurs issus du LAG. L'année 1962 voit émerger un engouement mondial pour l'électronique, grâce aux projets de la société américaine Control Data Corporation, menée par Seymour Cray, tandis que la technologie Mos de Thomson-Brandt bouleverse la microélectronique, avec l'usine de transistors Sesco de installeé début 1962 à Aix-en-Provence, qui a 20 % du marché français dès 1968. Le Centre d'études nucléaires de Grenoble (CENG), demande au cours de cette même année 1962 à son groupe « électronique intégrée » de créer sans plus attendre sa propre technologie, l'amenant à sortir en 1965 son premier circuit intégré composé de dix transistors. Ce laboratoire va rallier d'anciennes équipes de recherche mathématique puis informatique de l'IMAG. En 1965, Grenoble compte aussi un troisième pôle de circuits intégrés : la COSEM, filiale de CSF (Compagnie des signaux sans-fil). Le mini-ordinateur Mato1 voit le jour dès 1966 chez l'industriel Mors, qui réalise des études sur un site de l'industrie chimique avec l'aide de la DGSRT. Mais dès 1967, ne pouvant faire face aux coûts de développement, il cède l'usine à Télémécanique qui poursuit la collaboration avec le LAG puis ouvre sa propre usine à Crolles, dans la banlieue de Grenoble, où elle fabrique des calculateurs devenus mini-ordinateurs, la future gamme T1600. Le site emploie en 1967. L'année 1967 voit aussi Serge Kampf, ex-directeur régional chez Bull-GE, fonder à Grenoble la SSII Sogeti (société pour la gestion des entreprises et le traitement de l’information). Un premier Plan Composants, baptisé « plan électronique professionnelle », est annoncé en avril 1967 par le gouvernement, car la CSF est débordé par le coût de sa croissance. Il prévoit sa fusion avec Thomson-Brandt. Leurs filiales semi-conducteurs (SESCO et COSEM) sont regroupées en 1969 dans la Sescosem, qui entre en 1972 au « Top 20 » mondial des semi-conducteurs et reçoit de francs de subventions de 1969 à 1973, flux qui repart, doublé, en 1978. Le site grenoblois de la Télémécanique comptant rapidement , dont plusieurs dizaines d'ingénieurs de l'Institut polytechnique de Grenoble, elle ouvre en 1971 une seconde usine à Échirolles, employant cette fois , assurant à la fois la conception matérielle et logicielle, l'intégration et la maintenance des ordinateurs. C'est sur ce site grenoblois que sont lancés le T 2000 (1968), T 1000 (1969), T 1600 (1972) puis qu'est développé à partir 1973 et durant , le Solar, sorti en septembre 1975, qui concurrence les gammes PDP-11 de Digital Equipment Corporation et Data General Nova de . Entre-temps, le centre scientifique de la Compagnie internationale pour l'informatique (CII) à Grenoble est créé en 1970, pour la collaboration entre ses équipes de recherche et celles de l'IMAG sur l'architecture de systèmes. Son personnel est en majeure partie recruté localement, faute de succès des propositions de transfert de personnel CII, créant un appel d'air dans la communauté étudiante et industrielle grenobloise. Ce centre scientifique s'investit dans l'effort de recherche sur la naissance du modèle relationnel de bases de données, en vue des premiers systèmes commerciaux de 1978-1980. Il travaille en particulier sur les systèmes transactionnels répartis. Un projet d'architecture multi-microprocesseur est mené mais pas exploité, faute de support logiciel. En 1972, le LETI crée une filiale vocation industrielle, pour valoriser ses recherches en semi-conducteurs dans tous les domaines, et axée sur la mise en œuvre de la technologie CMOS. C'est l'Efcis (Études et fabrication de circuits intégrés spéciaux), dont le capital initial provient du Commissariat à l'Énergie atomique, rejoint par Thomson-Brandt en 1976, qui deviendra actionnaire majoritaire en 1982. Cette filiale est la future SGS-Thomson, rebaptisée ST Microelectronics au début des années 2000. L'année 1972 est aussi marquée par la première démonstration de Cyclades (réseau), créé en 1971, avec des transferts de données entre les locaux de la CII en région parisienne et l'IMAG de Grenoble, sur des ordinateurs Mitra 15 et IBM 360. Des accords de licence sont décrochés par Efcis avec Motorola. La Sescosem, qui a IBM comme principal client, est utilisée comme une « seconde source » par Texas Instruments. L'Institut national de la sous-traitance s'installe en 1973 à Grenoble, pour en faire le berceau de l'informatique légère. Un "système productif territorialisé", dépassant le simple transfert de technologie des centres de recherche vers les industriels apparaît dans l'agglomération, selon Bernard Reverdy, professeur associé à l'université Grenoble-II, qui a étudié le développement des semi-conducteurs à Grenoble avec une équipe de l'IREPD (Institut de recherche, économie, production et développement). En 1973, le consortium européen Unidata est fondé pour réunir CII, Philips, et Siemens. Et implanter à Grenoble son centre de recherche à partir du centre scientifique CII, mais Unidata est stoppé par le gouvernement dès 1975. La production des Solar est réalisée à 60 % grâce à la sous-traitance, par des ingénieurs et des techniciens formés dans les écoles ou instituts grenoblois. Mais sans marché intérieur ni capacité d'investissement pour s'imposer face aux autres sous-traitants en pleine croissance, Efcis et Sescosem sont mis à rude épreuve sur le marché mondial, quand l'État prend conscience du retard de la France dans ce domaine devenu stratégique et improvise un "plan composants" en 1977, trois ans après le Premier choc pétrolier. Années 1980 et 1990 : télécoms et technologies médicales Les années 1980 seront marquées par la priorité donnée par l'État à la filière des télécoms sur celle de l'informatique qui se concrétise vers 1978 lorsqu'est abandonnée la vision du Datagramme, inhérente au projet Cyclades (réseau). Une partie des personnes travaillant sur projet Cyclades (réseau) à Grenoble rejoignent le centre scientifique CII où elles tentent de prolonger leurs travaux sur les protocoles de communication et sur l'architecture de systèmes répartis. Dès 1976-1977, l'État pousse la Télémécanique à se scinder en plusieurs parties, la division fabriquant le Solar intéressant Thomson, qui accepte en contrepartie de sortir de la CII. Les personnes insatisfaites des orientations prises fondent leurs propres entreprises et contribuent au démarrage de la ZIRST de Meylan. Les premières furent Option et BGT, suivies par APSIS, APTOR, MC2, XCOM, Périphérique assistance, CYBERSYS, PRODIS, DIGIGRAM, ou encore Qualité conseil. En 1989, sur de la ZIRST de Meylan, 17 ont été fondées par d'anciens salariés de Mors ou la Télémécanique à Grenoble. En 1979, le Centre national d'études des télécommunications créé son propre bureau d'études local, le "Centre Norbert Ségard", dans la ZIRST de Meylan, ce qui oblige à créer des structures de concertation, comme le GCIS (Groupement Circuits Intégrés au Silicium) associant au CEA et au CNRS, pour harmoniser les politiques de recherche. En 1992, deux ingénieurs du LETI créent près de Grenoble la société Soitec pour commercialiser les substrats SOI (silicon-on-insulator) et d'autres substrats pour les semi-conducteurs. L'année suivante, le programme Morphomètre 3D est lancé, consistant à visualiser des organes en trois dimensions pour la médecine. Aujourd’hui, Grenoble constitue l’un des grands centres scientifiques européens et s'affirme comme l'un des pôles en pointe dans le domaine des nanotechnologies. Mais en mai 2018, la presse confirme que 293 postes vont être supprimés sur le site de General Electric (GE) Hydro à Grenoble (Isère), ce qui est moins élevé qu'initialement annoncé en juillet 2017. Progressisme grenoblois En matière politique et sociale Tout au long de son histoire, les Grenoblois se distinguèrent par des actions progressistes dans les sphères politiques et sociales. Ce fut par exemple à Grenoble que se firent sentir les prémices de la Révolution française en 1788. La population se mobilisa en effet pour défendre ses parlementaires lors de la Journée des Tuiles en attaquant les troupes royales, ce qui aboutit à la tenue des États de Vizille, qui entraînèrent en 1789 la convocation des États généraux. Antoine Barnave et Jean-Joseph Mounier, à l'origine du fameux serment du jeu de Paume, furent d'illustres acteurs grenoblois durant la Révolution. C'est Jean-Joseph Mounier qui, le , présenta à l'Assemblée Constituante les trois premiers articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui furent votés sans discussion. Par ailleurs, la première société de secours mutuels de France fut créée le mai 1803 entre les maîtres gantiers grenoblois pour leurs ouvriers. Elle fut suivie par d'autres organisations semblables (comme celles des cordonniers ou des tisserands, drapiers et tapissiers). C'est également à Grenoble que virent le jour les trois premières sociétés mutualistes féminines en 1822. Toutes ces associations mutualistes se regroupèrent dans une maison de la mutualité située 3 rue Hébert et avaient les mêmes objectifs : protéger l'ouvrier et sa famille en cas de maladie, en échange d'un droit d'affiliation et d'une cotisation mensuelle, par le versement d'une allocation. Certaines versaient également des indemnités de chômage, voire des pensions aux vieillards. Ce système de prévoyance ne concernait cependant qu'une partie de la classe ouvrière, les plus pauvres en étant exclus. Les Grenoblois s’illustrèrent également durant la Seconde Guerre mondiale dans leurs actes de résistance face à l’occupant. À la suite de l'arrivée allemande en 1943, les affrontements se firent de plus en plus violents (arrestations multiples, Saint-Barthélemy grenobloise) et les actes de résistance de plus en plus audacieux (manifestation du 11 novembre 1943, explosions du polygone d'artillerie et de la caserne de Bonne). Sur les antennes de la BBC, la France libre qualifia Grenoble de Capitale des Maquis, en relation en particulier avec sa proximité du maquis du Vercors. Le 4 mai 1944, la ville fut nommée compagnon de la Libération par le général de Gaulle pour son rôle dans la Résistance française. Le 10 juin 1961, Grenoble ouvrit le premier planning familial de France, ce qui représenta alors une étape essentielle dans le combat mené par les défenseurs d'une maternité libre et choisie. Le maire Hubert Dubedout fut également à cette époque une des figures du socialisme municipal et Grenoble un véritable laboratoire urbain en France. Les Grenoblois se sont également fortement mobilisés lors des différentes protestations qui eurent lieu en 2002 à la suite de l'arrivée du Front national au second tour des élections présidentielles. Ils ont également défrayé la chronique pendant plusieurs mois entre 2003 et 2004 à la suite du mouvement des écocitoyens opposés à la construction du stade des Alpes dans le parc Paul-Mistral. De nombreux opposants se sont alors installés à la cime des arbres centenaires avant d’être délogés par les forces de l’ordre. En matière scientifique et technologique D'autre part, certains Grenoblois s'affirmèrent sur la scène nationale de par leur esprit d'innovation. Quant à Grenoble, elle sut également attirer de nombreux entrepreneurs contribuant à l'innovation locale. Parmi les figures grenobloises, peut être mentionné dès le Jacques Vaucanson, génial inventeur d'automates et précurseur de nouvelles techniques. Son invention la plus sophistiquée fut le Canard digérateur. Il est également crédité de l’invention du premier tour métallique, le tour à charioter, en 1751. Pour sa part, Xavier Jouvin contribua à l’essor de la ganterie grenobloise au en industrialisant le procédé de fabrication. Cela fut rendu possible par la création en 1834 de la « main de fer », un procédé de coupe à l'emporte-pièce, sur la base de l'invention de 250 pointures différentes (c'est le prêt-à-porter). La moitié du vit également de nombreuses innovations prendre corps. Louis Vicat, par l’étude du mécanisme de prise des chaux naturelles et la découverte de leurs principes d'hydraulicité en 1817, inventa le ciment artificiel en 1840 après son installation définitive à Grenoble en 1827. Albert Raymond est quant à lui inventeur du bouton-pression en 1865, pour les gants, pour tout ce qui se "clipse". Enfin, la fin de siècle fut marquée par l’arrivée à Grenoble d’Aristide Bergès. En équipant les papeteries de Lancey de la première haute chute de alimentée en permanence par une retenue sur un lac de montagne, il devint en 1869 l’un des pionniers du développement de l'énergie hydroélectrique. Il popularisa à Paris lors de l’exposition universelle de 1889 l’expression « Houille blanche ». En 1925, Grenoble organisa l'Exposition internationale de la houille blanche afin de consacrer la ville capitale de la houille blanche. Dans les années 1930, Jean Pomagalski, Grenoblois d’origine polonaise, fut un pionnier dans le développement des remontées mécaniques, avec la construction de son premier téléski à perches en 1936 à l'Alpe d'Huez. Il est par ailleurs à l’origine des téléskis à perches débrayables. Après-guerre, la recherche grenobloise prit de l’ampleur sous l’impulsion de figures telles que Louis Néel ou encore Jean Kuntzmann. La technopole fut à l’origine de nombreuses innovations depuis lors dont, pêle-mêle, l'invention des capteurs pour airbags, de l’écran plat, des tickets sans contact et, plus récemment, de l’invention du silicium sur isolant ou SOI, élément incontournable entre autres de toutes les consoles de jeu modernes (Xbox 360, Playstation 3, Wii). Politique et administration Découpage administratif La ville de Grenoble est divisée entre deux circonscriptions législatives dont l'une inclut également les cantons de Meylan et de Saint-Ismier, et l'autre le canton de Fontaine-Sassenage. Au niveau local, la commune est divisée en quatre cantons. Ceux-ci sont distincts des six secteurs qui divisent la commune en zones servies par des antennes de la mairie, et ne sont donc pas des arrondissements municipaux, comme à Paris, Lyon ou Marseille. Secteur 1 : Polygone scientifique, Europole, Chorier-Berriat, Centre-Gare et Eaux Claires Nord. Secteur 2 : Hyper-centre, Championnet, Mutualité, Île Verte, Saint-Laurent, Bastille. Secteur 3 : Aigle, Rondeau, Eaux-Claires, Mistral. Secteur 4 : Capuche, Alliés-Alpins, Exposition-Bajatière, Beauvert. Secteur 5 : Abbaye-Jouhaux, Teisseire, Malherbe. Secteur 6 : Arlequin, Baladins-Géants, village olympique. Voici ci-dessous le partage des sièges au sein du conseil municipal de Grenoble : Tendances politiques et résultats Politiquement, Grenoble est une ville de gauche, de tradition socialiste, bien que la ville ait aussi été très brièvement gérée par le Parti communiste français après la Libération. Depuis l'après-guerre, la droite a géré la ville pendant dix-huit ans, et aucune fois depuis 1995. La figure symbolique de ce progressisme grenoblois reste Hubert Dubedout, modèle du socialisme municipal. Sous son administration, la ville fut un véritable laboratoire social, avec des réalisations utopiques telles que la Villeneuve. Certains parlaient alors de « mythe grenoblois ». Alain Carignon, RPR, le maire qui a précédé Michel Destot à l'hôtel de ville de 1983 à 1995, était parvenu à maintenir la droite à la tête de la mairie au cours d'une période d'une durée inhabituelle, avant d'être poursuivi puis condamné pour diverses affaires de corruption entre 1994 et 1996. À l'issue des élections municipales de 2014, remportées par le Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes (EELV, PG et alliés), Éric Piolle devient le premier maire écologiste français d'une ville de plus de . Cet ancrage à gauche se manifeste aussi lors des élections nationales : lors de l'élection présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon est le candidat qui reçoit le plus de suffrages de la part des Grenoblois, devant Emmanuel Macron, avec 28,88 % des suffrages exprimés. Au référendum sur le traité constitutionnel pour l'Europe du , les Grenoblois ont majoritairement voté pour la Constitution européenne, avec 55,67 % de « Oui » contre 44,33 % de « Non » avec un taux d'abstention de 33,47 % (France entière : « Non » à 54,67 % - « Oui » à 45,33 %). Liste des maires Éric Piolle est le maire actuel de la ville de Grenoble. En tant que maire, il ne souhaite pas cumuler plusieurs mandats et renonce à briguer la présidence de Grenoble-Alpes Métropole, devenue métropole au janvier 2015. Il démissionne également de son mandat de conseiller régional. Il est le premier maire de la ville, depuis Albert Michallon, soit près de cinquante années, à ne pas cumuler son mandat avec d'autres mandats électifs. Depuis 1959, plusieurs maires se sont succédé à Grenoble : Instances judiciaires et administratives Grenoble compte de nombreuses juridictions administratives et judiciaires. La ville connaît en effet une longue tradition judiciaire, car durant plusieurs siècles, la cité fut la capitale de la province du Dauphiné, lui octroyant très tôt, la présence d'un Parlement, créé en 1453 par le futur roi Louis XI, alors dauphin de France. Aujourd'hui, la ville est le siège d’une cour d’appel qui regroupe les départements de l’ancienne province, à savoir l’Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes. La ville comprend également un tribunal d'instance et de commerce, un Conseil des prud’hommes ainsi qu'un tribunal administratif important (sept chambres). À cette liste s'ajoute par ailleurs un ordre des avocats de Grenoble. En 2012, avec 516 avocats et 51 honoraires, il se situe parmi les quinze premiers barreaux de France. Le Palais de Justice de Grenoble est situé place Firmin-Gauthier, dans le quartier Europole depuis 1991. En tant que chef-lieu départemental, Grenoble abrite également la préfecture de l'Isère, le conseil départemental de l'Isère, l'antenne départementale de la région (l'Espace Auvergne-Rhône-Alpes de Grenoble), la chambre régionale des huissiers de justice et le conseil régional des notaires de la cour d'appel de Grenoble (ce dernier étant situé plus précisément à Seyssins). Grenoble abrite également un rectorat couvrant les départements de l’Isère, la Drôme, l’Ardèche, la Haute-Savoie et la Savoie. Grenoble est également le siège d’une Chambre de métiers et de l'artisanat, ainsi que d'une Chambre de commerce et d'industrie qui gère notamment l’aérodrome du Versoud, Grex et Euromart ainsi que Grenoble École de management. Outre l'hôtel de ville qui héberge de nombreux services administratifs locaux, la région grenobloise possède un commissariat central et deux postes de police, une maison d’arrêt, située sur le territoire de la commune de Varces-Allières-et-Risset, un peloton de gendarmerie de haute montagne, un centre des impôts et une succursale de la Banque de France. Par ailleurs la commune de Varces abrite également le régiment d'artillerie de montagne de l'Armée de Terre, seul régiment français à avoir la double spécificité artillerie et montagne. La commune voisine de Gières est, d’autre part, le siège du Centre d'études de la neige, une unité de recherche de Météo-France. Politique environnementale Avant 2014 Gestion des crues Les crues de l'Isère et du Drac ayant dramatiquement marqué l'histoire de Grenoble, l'Association départementale Isère Drac Romanche a été créée en 1936 pour gérer la construction, la surveillance et l'entretien des digues et autres ouvrages anti-inondations dans le bassin grenoblois. Le syndicat mixte des bassins hydrauliques de l'Isère (Symbhi), créé en 2004, mène également des travaux pour réduire les risques de crues dangereuses de ces trois rivières. Ceux-ci ne sont en effet pas totalement écartés : en 2001, la digue de la Taillat à Meylan menaçait de céder à cause d'une crue importante. Pour réduire ce risque (et notamment protéger contre une crue bicentennale, comme celle de 1859), les pouvoirs publics mènent actuellement l’ambitieux projet « Isère Amont » qui répond à ce souci de prévention tout en y intégrant des objectifs environnementaux. Ce projet répond ainsi à trois objectifs : protéger d'une part les zones urbanisées face à une crue bicentennale et les zones agricoles face à une crue trentennale en redonnant de l'espace à la rivière en cas de crue grâce au principe des champs d'inondation contrôlée (CIC), effectuer d'autre part une mise en valeur environnementale (restauration de certains milieux naturels pour la préservation de la faune et de la flore locale), prendre en compte enfin l'aspect paysager et de loisirs (meilleur accès aux berges, faciliter la randonnée nautique…). Développement durable La ville de Grenoble est également mobilisée en faveur du développement durable, à la suite d'une délibération « Grenoble, Facteur 4 » qui vise à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Les différentes actions engagées concernent les domaines des transports, de l’énergie mais également le bâti actuel (sur le modèle de l’opération d'amélioration thermique menée sur les immeubles des Grands Boulevards). Les nouveaux quartiers doivent également répondre aux principes du développement durable : déplacements doux, mixité des usages et performance énergétique. Cette politique a été récompensée par de nombreux prix reçus en 2009 et 2010 : grand prix national Ecoquartier pour la ZAC de Bonne, lauréat des Rubans du développement durable, Guidon d'Or pour l'action en faveur du « réflexe vélo », champion de la Ligue en France pour les catégories solaire et bois-énergie, Marianne d'Or du Développement Durable. Après 2014 Nouvelle orientation politique Lors des élections municipales de 2014, la ville change d'orientation politique. La liste « Grenoble, Une Ville pour Tous » soutenue par le Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes, alliance regroupant EÉLV, le Parti de gauche, Les Alternatifs, la Gauche anticapitaliste et deux associations locales, l'ADES (écologiste) et le Réseau citoyen, est en tête au premier tour et ses membres sont majoritairement élus au second tour. Dès lors, la nouvelle municipalité veut engager la ville dans des actions de . Cette politique "verte" va entraîner très rapidement des réalisations, notamment au niveau du cadre de vie, des déplacements et de la politique d'aménagement urbain, telles que le passage de 60 % des cantines à l’alimentation bio, la tarification sociale de l’eau, la prime air-bois et la fourniture en énergie verte qui devrait couvrir 100 % des ménages en 2022. Grenoble s’est également dotée de la plus grande zone à faible émission de France, ce qui lui a permis de se placer seconde au classement Greenpeace des douze agglomérations luttant contre la pollution de l’air. Publicité urbaine Un des premiers gestes politiques du maire pour indiquer sa volonté de changement, dans le sens d'une amélioration de l'environnement, consiste à faire disparaître les panneaux publicitaires situés dans les rues de la ville, particulièrement dans les zones piétonnes. Selon les déclarations de la municipalité, ces panneaux ont été remplacés par des services d'affichage propres à la ville et par un aménagement paysager. Des panneaux publicitaires restent présents dans les transports en commun, gérés par la métropole et non par la commune, plus particulièrement aux arrêts, et sur certains bus. Restrictions de circulation En 2016, le ministère de l'Écologie met en place sur l'ensemble du territoire français les certificats et vignettes crit'air à tous les véhicules. L'année suivante, ce certificat est obligatoire à tous les véhicules devant circuler dans toutes les communes de la métropole grenobloise. Avec Paris, Strasbourg, Lille, Lyon-Villeurbanne et Toulouse, la ville de Grenoble met en application des mesures restrictives, avec l'accord du préfet de l'Isère. À compter du cinquième jour d'un pic de pollution, les véhicules qui ne sont pas classés dans le système des vignettes crit'air ne peuvent plus circuler dans les voies urbaines grenobloises. Promotion du vélo Créée en 1994 à Grenoble, l'association Un p'tit vélo dans la tête y fait la promotion de l'usage du vélo en animant les rues (véloparade, etc.) et des ateliers vélo participatifs et solidaires. Depuis 2015, le réseau associatif la « Clavette grenobloise » regroupe l'ensemble des associations de l'agglomération proposant des ateliers vélo participatifs et solidaires. Baptisé « autoroute à vélos » par la presse, mais dénommée officiellement « Chrono Vélo », la municipalité et la Métro décident conjointement de mettre en place, de façon progressive ces tronçons de piste de cyclable en site propre, séparés de la circulation automobile. En sécurisant ces nouvelles voies cyclables, les deux collectivités espèrent encourager l'utilisation du vélo en ville et ainsi tripler les déplacements en deux roues d'ici à 2020 par les citoyens de l'agglomération grenobloise. Projet de co-construction À l'instar du projet urbain de Grenoble esplanade, la municipalité veut engager un . Aux yeux de la municipalité, il s'agit donc de concevoir le projet urbain en lien étroit avec les résidents du quartier. Fiscalité communale Les taux de fiscalité directe locale de la commune pour les années 2000 et 2010 sont les suivants. Ces taux regroupent le taux de la taxe d'habitation, le taux foncier bâti, le taux non foncier bâti et le taux de la taxe professionnelle. Taux de fiscalité directe communaux Selon le quotidien Le Figaro du , Grenoble est en tête des villes françaises pour son imposition des ménages avec par habitant et une augmentation de 26 % entre 2008 et 2012. Le magazine Challenges confirme cette place en calculant un montant par habitant en 2012 de pour les impôts locaux des ménages et une évolution de 33,06 % entre 2007 et 2012. Relations internationales Jumelages et coopérations Depuis les années 1960, Grenoble s’est engagée dans des accords de jumelage afin de concrétiser son attachement à ses populations d’origine étrangère et favoriser les échanges culturels, scolaires et sportifs. Grenoble a signé des contrats de coopération, fondés sur l’échange de savoir-faire et d’expériences entre collectivités françaises et étrangères : en 1996, avec le district de Bethléem dans les Territoires palestiniens ; en 1998, avec Suzhou en Chine ; en 1999, avec Ouagadougou au Burkina Faso et en 2004 avec Sevan en Arménie. En 2011, à la suite de la visite à Grenoble de Charles Rivkin, ambassadeur des États-Unis, il a été décidé de l'installation du premier American Corner en France dans l'Hôtel de Lesdiguières. L'inauguration de cet espace culturel américain s'est déroulée le . Représentations consulaires Grenoble compte également six consulats (Algérie, Grèce, Italie, Saint-Marin, Slovaquie et Tunisie). Population et société Démographie Évolution démographique En 2014, Grenoble était la troisième ville-centre la plus dense de France, après Paris et Lyon, avec . Ceci est dû essentiellement à la relative petite taille de la commune () en comparaison avec les villes de même importance (à l'exception de Nancy et Rouen) ; à part la colline de la Bastille, tout le territoire est urbanisé. C'est également une ville cosmopolite où plus de soixante-dix nationalités étrangères se côtoient. La population de l'agglomération grenobloise a connu une très forte augmentation durant le , en raison du développement industriel de la ville, surtout après la Seconde Guerre mondiale, durant les années 1960 et 1970. L'agglomération de Grenoble connut alors une des croissances les plus importantes parmi les villes de France, passant de à entre 1962 et 1975. Cette croissance s'est ensuite fortement ralentie à partir de la fin des années 1970. Celle de la commune de Grenoble fut même négative de 1975 à 1990, et elle est plutôt faible aujourd’hui : + 0,2 % par an de 1990 à 1999, + 0,3 % par an de 1999 à 2007, + 0,2 % par an de 2007 à 2012. Cela s'explique par un solde apparent des entrées-sorties négatif depuis 1968. L'agglomération s'est, en revanche, étendue, le périmètre de l'unité urbaine ayant beaucoup augmenté lors de la nouvelle délimitation de 2010 : sa population est passée de en 1999 à en 2011, les quatre cinquièmes de la croissance s'expliquant par l'extension de sa superficie. La population n'en est pas moins fortement mobile, en raison de son statut de grand centre scientifique et universitaire. Début 2007, 80 % des Grenoblois n'étaient pas dauphinois d'origine. D'autre part, la population de l'agglomération se renouvelle par tiers tous les dix ans. En 2012, Grenoble comptait . La commune occupait le rang au niveau national, comme en 1999, et le au niveau départemental sur 533 communes. Au janvier 2016 (chiffres INSEE), la population de la ville est descendue à , soit près de de moins en un an. Celle de l'agglomération (unité urbaine) à la même date comptait , soit une perte de en un an. C'est la première fois depuis 1919, que l'on peut constater une baisse pour l'agglomération, qui se constate également pour l'arrondissement de Grenoble. Grenoble, perd de son attractivité industrielle, a contrario des villes comme Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes ou Montpellier, qui connaissent toujours une forte augmentation de leur population. Pyramide des âges La population de la commune est relativement jeune. En 2018, le taux de personnes d'un âge inférieur à s'élève à 45,5 %, soit au-dessus de la moyenne départementale (37,1 %). À l'inverse, le taux de personnes d'âge supérieur à est de 19,7 % la même année, alors qu'il est de 23,9 % au niveau départemental. En 2018, la commune comptait pour , soit un taux de 51,91 % de femmes, légèrement supérieur au taux départemental (51,01 %). Les pyramides des âges de la commune et du département s'établissent comme suit. Immigration Avant le , la ville de Grenoble n’est pas terre d’immigration. Au contraire, le Dauphiné était davantage un territoire d'émigration. Ainsi, le premier recensement utilisable, effectué en 1851, ne comptabilise à Grenoble qu’entre 700 à 800 étrangers, soit entre 2,25 à 2,5 % de sa population. Durant le siècle qui suit toutefois, l’histoire migratoire grenobloise change radicalement. La première vague massive d'immigration vers Grenoble commence à partir de la Belle Époque, mais accélère fortement durant l’entre-deux-guerres. Seulement étaient dénombrés en 1881 mais en 1911 et finalement en 1931. La population immigrée représente alors 18 % de la population (la moyenne, en France, étant à 7 %). L’essentiel de ces migrations (85 % des étrangers en 1931) provient des pays du sud de l’Europe, à savoir l’Espagne, la Grèce, le Portugal mais surtout l’Italie où les immigrés représentent 15 % de la population grenobloise en 1931 et plus des deux tiers de l'immigration. La répartition dans Grenoble montre une forte concentration dans la vieille ville. Les immigrés sont également très présents dans certaines communes de l’agglomération (Fontaine, Saint-Martin-d'Hères). Après la Seconde Guerre mondiale, la proportion d’immigrés chute lourdement. Ils ne représentent plus que 8,6 % de la population en 1946, la communauté italienne ayant vu pour sa part ses effectifs chuter de moitié. La reprise de l'immigration est cependant plus vive que dans le reste de la France, sans retrouver pour autant son importance d'avant-guerre. Surtout, cette immigration devient beaucoup plus diverse. Le nombre de communautés passe de quatre en 1946 à plus de 21 en 1968. Entre vieillissement et naturalisations, le « règne » de la communauté italienne se clôt, pour laisser surtout la place aux ressortissants des pays d'Afrique du Nord. Par ailleurs, ces nouvelles communautés s’installent désormais dans les Grands Ensembles édifiés durant les Trente Glorieuses dans la partie sud du territoire communal. Le développement scientifique de ces dernières décennies a entraîné l’arrivée de nouvelles populations. L’agglomération abrite ainsi la deuxième communauté anglo-saxonne de France (après Paris) avec environ . Il s'agit souvent de cadres travaillant pour des entreprises internationales comme Hewlett-Packard, Caterpillar ou STMicroelectronics. En 2010, la ville compte soit 15,6 % de sa population (4,8 % nés en Europe et 10,8 % nés hors d'Europe, majoritairement originaires du Maghreb (5,8 %)). Sécurité et criminalité Bien que ville moyenne (mais située dans une agglomération importante), la criminalité de Grenoble présente un visage proche de celle des cités parisiennes ou marseillaises, caractère jugé selon la police « exceptionnel, compte tenu de la taille de la ville ». En 2015, Pierre Tholly, responsable sud-est du syndicat policier Alliance, décrit l'agglomération de Grenoble comme « particulièrement difficile depuis 30 ans » et estime les fusillades ayant eu lieu cette année-là comme une « preuve d'une « banalisation » de la violence extrême dans la ville ». La ville est notamment touchée par une « guerre des gangs » (dix morts entre 2007 et 2008, 4 morts en 2015) sur fond de trafic de drogue. Selon le journal L'Express en 2016, « Grenoble pâtit d'une mauvaise image en matière de sécurité ». Depuis plusieurs années, la ville est en proie à « des violences urbaines parfois spectaculaires ». Lors de sa visite, le 18 janvier 2016, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, souligne l'inquiétante progression de la délinquance dans l'agglomération grenobloise. Néanmoins, le maire Éric Piolle ne veut pas durcir le ton. À son arrivée, il promet de « rompre avec la démagogie et le discours sécuritaire ». Selon le procureur de la république de Grenoble, pour les dix premiers mois de 2017, les chiffres de la délinquance dans l'agglomération étaient de + 10 % pour les cambriolages, + 8 % pour les véhicules incendiés, + 26 % pour les vols avec violences et + 42 % pour les vols violents avec arme. Pour l'ensemble de l'année 2017, malgré un chiffre de violences globales stable, les vols avec violence sont en augmentation de 21 %. Le procureur juge le niveau de cambriolages sur l’agglomération grenobloise « très élevé ». Il pointe du doigt le phénomène des mineurs étrangers « embauchés par les trafiquants de drogue du quartier Mistral. ». En 2018, après les incendies volontaires du CCSTI de Grenoble, et des gendarmeries de Grenoble et de Meylan revendiqués par le mouvement anarchiste, puis du théâtre Prémol, du collège Lucie-Aubrac, les médias s'interrogent sur une série impressionnante d'incendies de commerces sur l'agglomération grenobloise. La même année, le syndicat policier Alliance qui qualifie la ville de « Chicago français », pointe une « délinquance 63 % plus élevée » dans la cité alpine « que dans des villes de même taille ». Le , le syndicat Alliance de la police parle de « situation alarmante » avec sept fusillades faisant trois morts, deux blessés graves et un blessé léger depuis le début de l'été. La même année, une enquête d'opinion indique que 79 % des Grenoblois estiment que la sécurité est un enjeu majeur pour la ville, une personne interrogée sur deux affirmant avoir été victime d'un acte de délinquance. Enseignement L'académie de Grenoble regroupe les départements de l'Ardèche, la Drôme, l'Isère, la Savoie et la Haute-Savoie. Elle se situe toujours parmi les meilleures académies sur le plan national pour son taux de réussite au baccalauréat général. Le rectorat de l'académie de Grenoble est situé place Bir-Hakeim, près de l'hôtel de ville de Grenoble. Enseignement primaire Les Grenoblois disposent de se répartissant en 36 écoles élémentaires publiques, quatre écoles élémentaires privées. Il existe également vingt-neuf sections d'écoles maternelles dont une école relavant de la Pédagogie Montessori (dénommée « Aide-moi à faire tout seul »), dix-neuf écoles primaires dont sept communales, dix privées, une spécialisée et une d'application. Voici, ci-dessous, la liste des trente-six écoles élémentaires publiques, publiée par site de la ville de Grenoble. Enseignement secondaire Grenoble compte quinze collèges (onze gérés par le département, cinq gérés par des organismes privés, dont un établissement relavant de la méthode pédagogique « Montessori ») et 28 lycées. Les collèges Voici, ci-dessous, la liste des quinze collèges publics et privés, situés sur le territoire de la commune de Grenoble. les lycées Le lycée Stendhal, situé dans l'hyper centre, est le plus ancien lycée de Grenoble. À l’origine collège des Jésuites, il prit le statut d'École Centrale en 1796, puis celui de lycée impérial en 1803. Stendhal y effectua ses études. Il est considéré comme l'un des plus prestigieux lycées de Grenoble. Le second établissement réputé est le lycée Champollion, situé à proximité de la place Victor Hugo. Il s’agit du second plus ancien lycée de Grenoble, inauguré pour la rentrée 1887. Au départ, l'établissement accueillait des élèves des classes enfantines, âge de 5 à 6 ans, aux classes préparatoires telles que Saint-Cyr et les mathématiques spéciales (maths spé), si bien qu'il était possible d'y passer de sa jeunesse. Au fil des décennies, l'établissement perdit ses classes primaires, puis son premier cycle, et vit gonfler le second cycle. La cité scolaire internationale située dans le quartier Europole comporte un collège et un lycée publics. Elle permet aux élèves dotés d'un excellent niveau en langues étrangères, notamment les enfants de chercheurs et travailleurs étrangers, de bénéficier d'une scolarité bilingue et de la valider par l'OIB, un diplôme international équivalent au baccalauréat, en allemand, anglais, arabe, espagnol, italien ou portugais. Le cursus McLuhan propose aux élèves venant des États-Unis de poursuivre leur scolarité américaine. L'admission à la cité scolaire s'effectue en sixième ou en seconde, sur tests de langue. Chaque année, une pièce de théâtre en anglais est jouée par les lycéens au théâtre de Sainte-Marie d'en bas. De plus, les collégiens de la section allemande présentent deux soirées de théâtre chaque année. Le CDI partage sa salle de lecture avec la bibliothèque municipale internationale. La ville accueille également un lycée hôtelier, qui est l'un des quatre établissements publics en France à posséder son propre hôtel d'apprentissage, l'hôtel-restaurant Lesdiguières. Cet établissement qui est doté de plusieurs salons, de salles de séminaire, mais également de vingt chambres, est situé sur le cours de la Libération, au sud de Grenoble, à proximité du terminus de la ligne E du tramway de Grenoble. La Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment, dans son lycée professionnel situé à Échirolles, en très proche banlieue, propose aux futurs "Compagnons du tour de France" une gamme très large de formations, allant de la maçonnerie à la CAO/DAO. Enseignement supérieur L'agglomération de Grenoble est le dixième pôle universitaire français. C'est aussi un des centres d'enseignement supérieur les plus réputés en France (il rassemble en 2012), en particulier dans le domaine scientifique. 15 % d’entre eux sont des étudiants étrangers (cette proportion atteint 45 % pour les doctorants). Plus de effectuent leurs études dans les différents établissements situés sur la métropole grenobloise. Le magazine L'Étudiant a placé Grenoble en première place du palmarès 2016-2017 des villes françaises où il fait bon étudier devant Rennes et Toulouse. Classes préparatoires Plusieurs lycées grenoblois disposent de classes préparatoires aux grandes écoles. Le lycée Champollion possède des classes préparatoires scientifiques, littéraires et commerciales. En 2007, environ huit cents élèves y étudiaient. Le lycée Vaucanson propose également ce type de formation. Les lycées Stendhal et des Eaux-Claires offrent par ailleurs des préparations aux concours de sciences politiques. Le lycée privé catholique Itec Boisfleury Europe de Corenc possède des classes préparatoires commerciales. Université de Grenoble L'université de Grenoble fut instaurée en 1339 par le dauphin Humbert . Elle tenta dès sa naissance d'imiter l'université de Paris. Y étaient enseignés le droit canonique, le droit civil, la médecine ainsi que les arts libéraux. Les étudiants bénéficiaient du gîte et du couvert, privilège appréciable à l'époque. Elle subit cependant une histoire à éclipse du due à la concurrence tenace de l'université de Valence créée en 1452 par Louis et à l'aura prestigieuse de l'université de Paris qui attirait en son sein les meilleurs étudiants. Au début du , créa l'Université impériale. Grenoble devint le siège d'une académie qui regroupait en 1879, place de Verdun, les facultés de droit, lettres et sciences. Une nouvelle université de Grenoble fut créée par la République, elle comptait environ à la fin du . Elle acquit une dynamique certaine avec le développement d'un tissu industriel né de la découverte de la houille blanche par Aristide Bergès en 1869. De cette époque date la mise en place d'un système triangulaire typiquement grenoblois, associant fortement l'université, la recherche et l'industrie. Ce système favorisa l'émergence des premiers grands établissements scientifiques, comme l'École de papeterie ou l'Institut électrotechnique devenu en 1913 l'Institut polytechnique de Grenoble. En 1967, les facultés de médecine et de pharmacie de Grenoble s'installent sur le site de l'ancien domaine de la Merci à La Tronche, à proximité de l'hôpital Nord qui deviendra par la suite l'hôpital Michallon. En 1970, l’université de Grenoble se fractionne pour donner d'un côté l'INPG, et de l'autre trois établissements universitaires : l’université Joseph-Fourier (UJF) - Grenoble : sciences, techniques, géographie, médecine et pharmacie. En 2012, elle fut classée cinquième meilleure université française selon le classement de Shanghai ; l’université Pierre Mendès-France (UPMF) - Grenoble : sciences sociales et humaines, management et droit ; l’université Stendhal - Grenoble : langues, lettres, langage et communications. À partir de 2005 un projet de groupement des trois universités de l'agglomération ainsi que de celle de Savoie, de l'INPG et de l'IEP est lancé, aboutissant à la création d'un « établissement public de coopération scientifique », statut administratif actuel. Les acteurs universitaires se sont donc fédérés autour d'un pôle de recherche et d'enseignement supérieur appelé communauté université Grenoble-Alpes. Un résultat de ce rapprochement est la création en 2009 d'un collège doctoral unique, réunissant les treize écoles doctorales issues des universités Joseph-Fourier, Pierre Mendès-France, Stendhal, Savoie et Grenoble INP (auxquelles s'ajoute l'école doctorale de philosophie coaccréditée avec l'université de Lyon-3), représentant , et qui délivre depuis un doctorat de l'université de Grenoble. La constitution d'un PRES devenait également nécessaire dans le cadre du Plan campus lancé par le gouvernement. Fédérés sous le label « Grenoble Université de l'Innovation » (GUI), les acteurs universitaires grenoblois se sont vus allouer 400 millions d'euros par l'État. L'université de Grenoble est donc reconnue comme l'une des douze « pôles universitaires d’excellence » de niveau international. Le projet grenoblois prévoit, outre la rénovation de certains bâtiments, la création de cinq nouvelles écoles (telles une école professionnelle supérieure ou encore une école européenne). Une fusion des trois universités grenobloises aboutit au janvier 2016 en prenant le nom d'Université Grenoble-Alpes. Par ailleurs, une université populaire a été inaugurée en 2007 sur le modèle de l'université populaire de Caen. Autres établissements L'INPG Grenoble comprend également plusieurs grandes écoles. L'institut polytechnique de Grenoble (groupe Grenoble INP depuis 2008), établissement d'enseignement supérieur à rang de Grand établissement dans lequel sont regroupées six écoles d'ingénieurs, constitue le premier pôle français de formation d'ingénieurs, diplômant chaque année et . Il s'agit d'un établissement d’enseignement supérieur et de recherche fondé à Grenoble en 1900. C'est l'une des françaises accréditées au à délivrer un diplôme d'ingénieur. Établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, auquel s’applique le statut de grand établissement, c'est l'un des cinq grands établissements d'enseignement supérieur localisés au cœur de la métropole grenobloise. Polytech On peut également ajouter l'École polytechnique de l'université Grenoble-Alpes, plus communément appelée Polytech Grenoble (appartenant au réseau Polytech) qui se trouve rattachée à l’UGA. Une antenne locale de l'école privée Supinfo (école supérieure d'informatique) est également implantée à Grenoble. Sciences Po Grenoble L'Institut d'études politiques de Grenoble (Sciences Po Grenoble), créé en 1948, est l’un des deux IEP dits « d’équilibres » avec celui de Bordeaux. Il est réputé pour la qualité de sa recherche en sciences sociales. Il se trouve rattaché à l’UPMF, de même que l'IAE de Grenoble (Institut d'Administration des Entreprises) et l'Institut d'urbanisme de Grenoble (IUG). Les écoles de commerce Grenoble compte également deux écoles de commerce. Le groupe Grenoble École de management (GEM) tout d'abord, qui propose des cursus de formation après classe préparatoire et bac+2/+3. GEM, créée en 1984, s'affiche comme la sixième école supérieure de commerce de France. Une école privée non reconnue par l'État appelée Wesford existe également (située dans les anciens locaux de la chambre de commerce). Les autres écoles supérieures Une École supérieure du professorat et de l'éducation se trouve également à Grenoble. Le Centre universitaire d'enseignement et de formation des adultes (CUEFA) est voué à la formation tout au long de la vie professionnelle. Il accueille chaque année environ dans ses différentes formations. L'UIAD (l'université-Inter Âges du Dauphiné) propose quant à elle des cours aux seniors. Les arts graphiques sont représentés par l'école supérieure d'art de Grenoble et l'école nationale supérieure d'architecture de Grenoble. Enfin, le Conservatoire à rayonnement régional de Grenoble assure une formation musicale de grande qualité. L'aéroport de la ville abrite enfin une antenne de l'École nationale de l'aviation civile qui forme 150 pilotes de ligne chaque année. Manifestations culturelles et festivités Le 16 juin 2014, le nouveau maire Éric Piolle annonce que le Palais des sports de Grenoble doit retrouver des activités purement sportives et qu'il ne renouvellera pas la convention entre l'association qui le gère et la ville. Les manifestations comme les Six jours de Grenoble, le Festival international du cirque de Grenoble ou le supercross SX Tour de Grenoble ont de ce fait disparu. Cependant, en novembre 2019, le Festival international du cirque revient sur le site de l'esplanade et le supercross international au Palais des Sports en décembre 2020. Foire des Rameaux Chaque année, une fête foraine, dénommée la Foire des Rameaux, débute le samedi des Rameaux et dure généralement trois semaines. Cette manifestation festive organisée par les forains est une des fêtes les plus importantes après la Foire du Trône. Celle-ci se déroule depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sur l'esplanade de la Porte de France, au nord du territoire communal. Festival le Millésime Parmi les principaux événements, il faut mentionner aussi le « Festival le Millésime ». Cette manifestation est à la fois un festival œnologique convivial et populaire (important programme de dégustations, de rencontres d'auteurs et d'ateliers œnophiles…), un festival musical (programme surtout classique et jazz) et un marché aux vins en plein centre-ville, place Victor Hugo. Lauréat du prix René-Renou en 2008. Il s'agit du premier festival œnophile de France, de par son ancienneté et sa fréquentation. La édition se déroule en octobre 2018, dans toute la métropole grenobloise. États généraux du renouveau Dans un autre registre, les « États Généraux du renouveau » (ancien « forum Libération » de Grenoble) se déroulent sous forme de débats publics consacrés au devenir de notre société et sont organisés à plusieurs reprises depuis 2007 à Grenoble par le quotidien Libération. Cette manifestation organisée en 2007, 2008, 2010, 2011 et 2012 se déroule traditionnellement dans les locaux de la MC2. Fête des Tuiles Le samedi , la municipalité de Grenoble a célébré sa première "Fête des Tuiles", l'un des engagements du nouveau maire. Cette première édition a rassemblé de nombreux acteurs associatifs et culturels et a été fréquentée par . Pour cette occasion des cours Jean Jaurès et de la Libération a été réservé aux piétons et aux vélos. Street Art Fest Grenoble-Alpes Le Street Art Fest Grenoble-Alpes est un festival d'art urbain, porté par le centre d'art Spacejunk de Grenoble. Il se déroule à Grenoble et dans son agglomération. L'objectif déclaré de ce festival est de proposer les créations actuelles liées ce mouvement artistique contemporain durant plusieurs semaines, au cœur même de Grenoble et des villes de son agglomération. Ce festival d'art, qui se déroule généralement en juin, se présente comme le premier festival en Europe à pouvoir produire . Festival du cinéma Dans le domaine cinématographique, et grâce à la Cinémathèque de Grenoble, le festival du film court en plein air, qui a lieu début juillet sur la place Saint-André et dans la salle Juliet-Berto, met sur le devant de la scène le genre cinématographique du court métrage. Début novembre sont organisées les Rencontres du cinéma de montagne au Summum qui réunissent des alpinistes, des guides, des réalisateurs pour des rencontres avec le public autour de projections ayant trait à des événements ou exploits dans le domaine de l'alpinisme. Enfin ont lieu chaque année les Rencontres du cinéma italien de Grenoble. Grenoble accueille également chaque année en avril le festival Vues d'en face, un des premiers festivals français de cinéma consacrés aux films gay et lesbien. En 2014, Grenoble renoue également avec la "Marche des fiertés", organisée par le centre LGBT CIGALE. En 2015, une marche d'une grande ampleur, toujours organisée par le centre LGBT CIGALE s'est tenue, point d'orgue d'une semaine des fiertés. Autres festivités Parmi les principaux événements musicaux, il est à noter la présence du festival Rocktambule qui a lieu chaque année en octobre. Le Grenoble Jazz festival et le Festival 38e Rugissants ont par ailleurs fusionné pour donner naissance à un nouvel événement, Les Détours de Babel, festival des musiques du monde contemporain. La première édition s'est déroulée de 8 au 23 avril 2011. La ville de Grenoble organise par ailleurs le Cabaret Frappé qui a lieu la deuxième quinzaine de juillet, dans le Jardin de Ville. Il offre aux Grenoblois une programmation éclectique présentant des artistes d'horizons différents (confirmés ou novices) et attire plus de chaque année en moyenne. Depuis 2002, l'association Retour de scène organise le festival Magic Bus consacré aux musiques actuelles. Santé En 2008, la ville de Grenoble a obtenu la première place du troisième « palmarès santé », publié par la revue Impact médecine. En 2016, le magazine Le Point attribue la septième place nationale au CHU Grenoble-Alpes dans son classement des établissements hospitaliers . Établissement sanitaires publics Le CHU de Grenoble Alpes Grenoble comprend plusieurs établissements hospitaliers publics regroupés au sein du CHU de Grenoble (dénommé localement « CHUGA »). Ainsi l'agglomération dénombre quatre sites dépendant du CHU. Au nord de l'agglomération, sur la commune de La Tronche se trouve l'hôpital Albert-Michallon. D'une capacité de , il regroupe essentiellement des pôles cliniques en médecine et en chirurgie, un service d'accueil des urgences des adultes et des pôles d'imagerie médicale et de biologie (Institut de biologie et de pathologie mis en service en 2010). Toujours sur la même commune se situe l'hôpital de La Tronche, comprenant le tout nouvel hôpital couple enfant (mis en service en 2008) qui regroupe les services de gynécologie, d'obstétrique, de pédiatrie et de néonatologie. Le site de l'hôpital de La Tronche rassemble aussi des services de gériatrie, de neurologie et de psychiatrie représentant un total de . Au sud de l'agglomération, à Échirolles, se trouve l'hôpital Sud d'une capacité de . Ce site gère les services de chirurgie orthopédique et la traumatologie du sport, avec un accueil des urgences de jour dans cette discipline. Depuis août 2009 l'hôpital Sud a été rejoint par l'institut de rééducation anciennement implanté sur le plateau des Petites-Roches à Saint-Hilaire-du-Touvet. De son côté, le centre hospitalier Alpes-Isère située sur la commune de Saint-Égrève gère la prise en charge des pathologies psychiatriques dans ce secteur du département de l'Isère. Établissement sanitaires privés De nombreuses cliniques se répartissent également sur le territoire : le groupe hospitalier mutualiste de Grenoble qui comprend trois établissements de soins : la clinique d'Alembert, la clinique des Eaux-Claires et l'institut de cancérologie Daniel-Hollard, situé dans le quartier des grands boulevards. Il s'agit du plus important établissement sanitaire après le CHU, cet établissement de santé privé d’intérêt collectif (ESPIC) à but non lucratif participant au service public hospitalier héberge plus de 430 lits, un service d'urgence et de nombreux services de médecine, de chirurgie et une maternité. le groupe de la clinique du Mail avec son centre d'imagerie médicale est situé dans le quartier du village olympique. Ce groupe gère également un centre de consultations dans Grenoble et d'autres services dans l'agglomération. D'autres établissements sanitaires sont situés en banlieue, tels que la clinique Belledonne à Saint-Martin-d'Hères, la clinique des Cèdres à Échirolles et la clinique du Dauphiné à Seyssins. Sports Grenoble a accueilli, depuis les Jeux olympiques d'hiver de 1968, de grands événements sportifs : Coupe Davis 1982, championnats d'Europe en salle d'athlétisme, Masters de la perche, championnats du monde de boxe, matches internationaux de rugby, de basket-ball, de volley-ball, de handball ou de hockey sur glace, compétitions internationales de gymnastique ou de patinage et de moto sur glace, critérium cycliste du Dauphiné Libéré, six jours cyclistes, jumpings internationaux, etc. Grenoble a été la première ville en 1919 où un maillot jaune a été attribué au leader du Tour de France. Le , le Stade Charles-Berty est le théâtre d'un match entre l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby à XV et une sélection alpine avec 6 joueurs du FC Grenoble. Les All blacks y essuieront la seule défaite (16-18) de toute leur tournée européenne avec tous les points de la sélection des Alpes marqués par l'ouvreur du FC Grenoble, Pierre Pommier. Fin , une sélection alpine avec 8 joueurs du FC Grenoble dans le XV de départ réussi l’exploit de battre l’Australie, futur championne du monde au Stade Lesdiguières. Deux pénalités et un drop du Grenoblois Frédéric Vélo suffiront à mettre en échec les joueurs de Nick Farr-Jones et Michael Lynagh 9-7. La ville a aussi accueilli un match de la Coupe du monde de rugby à XV 1991 au Stade Lesdiguières et des rencontres de la Coupe du monde féminine de football 2019 au Stade des Alpes. Enceintes sportives Grenoble dispose de nombreux lieux d'accueil de manifestations sportives. Parmi les principaux se trouvent le stade des Alpes, d'une capacité de , où sont organisés la plupart des matches officiels de rugby, de football des clubs locaux du FC Grenoble Rugby et du Grenoble Foot 38. La patinoire Polesud où réside les Brûleurs de loups est la plus grande patinoire en capacité de la Ligue Magnus, avec une capacité de dans la halle sportive. De plus, des équipements sportifs construits pour les Jeux olympiques d'hiver de 1968 subsistent encore aujourd’hui, le plus notable étant le palais des sports situé dans le parc Paul-Mistral. Médias Presse papier locale Le Dauphiné libéré La presse locale est dominée par le quotidien régional Le Dauphiné libéré, fondé en 1945, et dont le siège est à Grenoble. Ce quotidien fait partie du groupe Est Bourgogne Rhône Alpes. Son tirage quotidien est d'environ et sa zone de diffusion s’étend sur les anciennes provinces du Dauphiné et de la Savoie, mais également l’Ain (Pays de Gex), le Vaucluse (Vaucluse matin) ainsi que la vallée de l'Ubaye dans les Alpes de Haute Provence. "Grenews" Le Dauphiné Libéré a lancé en 2008 Grenews afin de diversifier son public et de faire face à la concurrence d'autres médias. Grenews vise l'agglomération grenobloise et combine un hebdomadaire gratuit, un site web et une Web TV. En février 2011 cet hebdomadaire est renommé Gre CityLocalNews. Les autres publications Le choix de journaux locaux et de magazines est également étoffé par différentes publications : Le Postillon Il s'agit d'un journal à publication bimestrielle concernant la ville et l'agglomération grenobloise. Indépendant et à tendance critique (présentant également des caricatures). Créé en 1885, puis épisodiquement disparu, sa version moderne, en version papier autant que numérique, date de 2009. Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné Il s'agit d'un journal d'annonces légales diffusé de façon hebdomadaire dans le département de l'Isère et dont le siège est situé à Grenoble. Le Petit Bulletin, Il s'agit d'un hebdomadaire culturel gratuit, distribué dans les principaux lieux culturels grenoblois (bibliothèque, librairie, cinémas) ayant pour objectif de présenter toute l'actualité des sorties culturelles avec un agenda culturel très varié. Il existe d'autres publications gratuites, distribuées sur périodes, telles que Captiv Magazine, Les Antennes, le Guide du dahu et Minizou. Revues municipales et départementales Les collectivités locales éditent deux bimensuels officiels gratuits et distribués dans les boîtes aux lettres, Gre.mag et le Métropole, ainsi que le mensuel Isère Magazine. Télévision locale Le bassin grenoblois bénéficie par ailleurs de la présence de chaînes de télévision régionales comme France 3 Alpes qui propose une édition locale du service public. Celle-ci domine historiquement l'information locale en offrant des reportages sur divers lieux de la région. La chaîne locale TéléGrenoble est une chaîne de télévision privée mise en service en octobre 2005. Devenue en 2011, Télé Grenoble Isère, elle propose de multiples reportages d'actualités locales sur Grenoble et l'ensemble du Grésivaudan et du Pays Voironnais. Ces deux chaînes émettent par voie hertzienne grâce entre autres à l'émetteur de la Croix de Chamrousse et à celui de la Tour sans Venin, mais uniquement sur le réseau de la télévision numérique terrestre. Radios locales Plusieurs radios nationales de catégorie C émettent sur Grenoble avec des décrochages locaux d'information, c'est le cas pour NRJ Grenoble sur 103,2 FM, Virgin Radio Grenoble sur 91,2 FM, Nostalgie Grenoble sur 93,3 FM et Chérie FM Grenoble sur 105,8 FM. Par ailleurs, il existe plusieurs radios locales basées à Grenoble et dans sa région complétant celles du réseau national : France Bleu Isère (98,2 FM) : antenne locale du réseau France Bleu. Radio Campus Grenoble (90,8 FM) : radio associative du domaine universitaire de Grenoble. RCF Isère (103,7 FM) : radio associative du diocèse de Grenoble-Vienne. Max FM (94,5 FM) : radio orientée vers les musiques électroniques. Hot Radio Grenoble (102,0 FM) : radio de catégorie B de Grenoble. New's FM (101,2 FM) : radio orientée sur les musiques urbaines. Radio Grésivaudan (87,8 FM) : radio associative de Crolles. Radio ISA (100,4 FM) : radio locale commerciale émettant sur Grenoble depuis 2011. Radio Kaléidoscope (97,0 FM) : radio associative grenobloise. C'est l'une des plus anciennes radios de Grenoble. Radio Kol Hachalom (100,0 FM) : radio associative dédiée à la communauté juive grenobloise. Radio Fontaine (88,6 FM) : radio associative dédiée à la chanson française. Elle émet aussi à Pontcharra sur 107.1 FM. Virage Radio (89,4 FM) : radio diffusant de l'électro-rock. Elle appartient au groupe Espace. Radio Passion (90,3 FM) : radio associative musicale se trouvant à Uriage. Elle est aussi diffusée à La Mure sur 105,5 FM et à Voiron sur 90,6 FM. Une radio associative IFM émet sur 92,2 FM. Phare FM Grenoble (96,6 FM) : radio associative adhérente au réseau Phare FM. Diffusant de la musique chrétienne, elle est affiliée à ce réseau depuis 2007. Radio italienne de Grenoble (106,5 FM) émet des programmes en italien et en français. Internet Début 2008, l'ancien rédacteur en chef du Le Six' édition Grenoble a lancé Grenews.com, une webTV d'information locale. En ce qui concerne les médias locaux sur la toile, l'information locale peut être retrouvée sur le site de GreNews ainsi que sur ceux de placegrenet.fr, du Dauphiné libéré et de TéléGrenoble Isère. D'autres sites se sont spécialisés dans l'information sportive comme grenoblefoot.info et metro-sports.fr ou dans la science comme echosciences-grenoble.fr. En 2015, la commune de Grenoble a été récompensée par le label « Ville Internet @@@@@ » pour la septième année consécutive après avoir reçu également fin 2010 le trophée de la Communication récompensant le meilleur site web des villes de plus de . Lieux de cultes Les Grenoblois disposent de lieux de culte bouddhiste, catholique, israélite, musulman et protestant. Culte bouddhiste L’association culturelle bouddhiste gère la pagode Tinh Do Hoa Nghiem, cercle de pratique affilié à l'institut Karma Ling (le Sangha Loka), situé en Savoie, non loin de la ville d'Allevard, ainsi qu'un Centre d'études bouddhiques. Le culte Zen Sōtō est présent au dojo Zen de Grenoble situé dans le quartier hyper-centre. Il est affilié à l'Association Zen Internationale, fondée par Taisen Deshimaru. Culte catholique Le diocèse de Grenoble-Vienne compte cinq paroisses à Grenoble disposant à Grenoble de 18 lieux de culte catholique : sept églises (Notre-Dame - Saint-Luc, Notre-Dame Réconciliatrice, Saint-André, Saint-Joseph, Saint-Louis et Saint-Vincent-de-Paul) au sein de la paroisse Notre-Dame de l'Espérance, trois églises (Saint-François-de-Sales, Saint-Jacques et Saint-Paul) au sein de la paroisse de la Sainte-Famille, cinq lieux de culte (la basilique du Sacré-Cœur, les églises Saint-Bruno, Saint-Jean, Saint-Pierre et la mission italienne Sainte-Claire) au sein de la paroisse Jean , deux lieux (le centre œcuménique Saint-Marc et le relais 3V « Villeneuve - Village olympique - Vigny-Musset ») au sein de la paroisse de la Sainte-Trinité et l'église œcuménique Saint-Augustin au sein de la paroisse Saint-Thomas. Culte israélite La communauté juive grenobloise comprend plusieurs organisations : notamment la synagogue consistoriale Bar Yohaï et l'association cultuelle Zekhout Avot qui abrite également une synagogue, ainsi que la communauté juive loubavitch qui bénéficie d'une école et d'un mikvé (bassin de purification). Culte musulman Les Grenoblois de religion musulmane disposent de onze lieux de culte : centre-ville (mosquée du centre culturel musulman de Grenoble), quartier Alma (mosquée Al Fath, mosquée AL Imane), quartier Mistral (mosquée Abou Bakr), quartier Teisseire (mosquée de Teisseire), quartier Villeneuve (mosquée Al Kawthar, mosquée Tawba, mosquée turque), mosquée des Baladins, mosquée de Saint-Bruno, mosquée turque du centre-ville. Culte protestant Le culte protestant à Grenoble est principalement organisé autour de l’Église protestante unie de Grenoble, membre à l'Église Protestante Unie de France (rassemblement des courants réformés et luthériens). Le temple protestant de Grenoble est situé 2 rue Joseph-Fourier, au coin de la rue Hébert. La paroisse rassemble sur l’agglomération grenobloise près de , soit près de . Le Diaconat Protestant de Grenoble (2 rue Joseph-Fourier) existe depuis 1906. Il exerce la solidarité et l’entraide au profit des personnes en difficulté. Il accueille, écoute et aide celles et ceux qui souffrent, se mobilise pour plus de justice et d’amour, agit sur les causes de l’exclusion et de la misère et interpelle l’opinion et les pouvoirs publics sur des questions de société. L'association de l'église anglicane de Grenoble a par ailleurs été fondée à Grenoble en 1966. À l’origine sous l’autorité de l’aumônier de Lyon, elle est devenue une aumônerie autonome en 1994. Diverses Églises protestantes évangéliques se trouvent également à Grenoble, dont la majeure partie s'identifie au Conseil national des évangéliques de France. Église protestante évangélique du DRAC (EPED), 163 Cours Berriat. Église Chrétienne Évangélique, 3 bis rue Casimir Périer. Église Le Chandelier, 33 avenue de Vizille. Assemblée Chrétienne du Grésivaudan, 9 rue Edmond Rostand. Mouvement Missionnaire Mondial à Grenoble, 85 rue Général Mangin. Culte orthodoxe Les paroisses orthodoxes à Grenoble sont : la paroisse de Saint Georges, située rue Général Mangin, la chapelle de la Résurrection, située avenue de Vizille, la paroisse orthodoxe de Tous Saints, située à Saint-Martin-d'Hères, et la communauté du Patriarcat de Moscou. Économie Repères L’économie grenobloise a commencé son développement au et autour de l’industrie gantière. Au cours du , la ville s'est progressivement industrialisée. Grenoble et sa région sont pionnières en matière d'hydro-électricité : quelques carrières, de l'industrie de transformation mais surtout la houille blanche. Grenoble organisa ainsi l'exposition internationale de la houille blanche en 1925. Toutefois, dans le courant du milieu du , la ville connaît un certain déclin industriel, bien que son industrie du gant soit réputée dans le monde entier (Gant Perrin…). En 2006, la ville de Grenoble compte (dont cent vingt établissements de plus de cinquante salariés) totalisant (dont dans le secteur privé). Environ sont créées chaque année (taux de création d'activité annuel de 14 %), et plus de ont été créés entre 1999 et 2006. Le secteur tertiaire représente 88 % du tissu économique grenoblois et 83 % des emplois. L’économie de Grenoble est par ailleurs caractérisée par le poids important dont jouissent les administrations publiques territoriales avec la présence entre autres de la préfecture, de la mairie, du conseil général, de l’intercommunalité, des trois universités ou encore du centre hospitalier. Ce dernier emploie par exemple en 2011 un total de (dont en personnel médical), ce qui fait de lui le plus gros employeur de l'agglomération grenobloise. En outre, l’économie sociale et solidaire représente 14 % des établissements employeurs (associations, coopératives, mutuelles) et comptabilise 16 % des salariés à Grenoble. Le secteur connaît une progression importante avec une forte création d'emplois de plus de 20 % ces dix dernières années. La municipalité est engagée depuis mars 2009 dans le projet européen « Urban Nose » devant contribuer au développement de l'économie solidaire. Différentes initiatives sont également menées tel l'événement YESS! au sein duquel participent cent cinquante associations, coopératives et mutuelles. L'économie parallèle est implantée à Grenoble avec dans l'histoire de cette économie entre autres la présence de Cosa nostra, dont des membres y furent arrêtés en 1992 (Giacomo Pagano et Calogero Pulci). La présence de plusieurs milieux mafieux et de réseaux de petite et grande délinquance a plusieurs fois été le sujet de procès, de faits divers et de la une des journaux nationaux ou locaux. Secteur secondaire Depuis plusieurs décennies, la ville a connu une évolution dans le secteur de la recherche et depuis la fin du , la ville est réputée pour être un important pôle de recherche scientifique (universités, CEA, Synchrotron…). Grenoble est impliquée dans quatre pôles de compétitivité : les pôles mondiaux Lyonbiopôle (biotechnologie, diagnostic et vaccins) et Minalogic (microtechnologies, nanotechnologies et logiciels embarqués), le pôle national Tenerrdis (énergies renouvelables) et le pôle à vocation mondiale Axelera (chimie et environnement). L'agglomération accueille en outre plusieurs entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies (STMicroelectronics, Sun Microsystems, Hewlett-Packard, Schneider Electric, Atos Worldgrid, R&D France Télécom, Bull, etc.). D'autres grandes sociétés y ont leur siège comme Teisseire et les Éditions Glénat. La commune de Grenoble comprend environ industriels. Services Zones commerciales À Grenoble La ville compte sur son territoire trois centres commerciaux privés importants : Grand'Place, complexe de cent quarante boutiques au sud de la ville, en limite de la commune d'Échirolles ; le nouveau centre commercial de la caserne de Bonne avec ses trente-neuf boutiques ; et K'Store, le plus petit (seize boutiques), mais le plus ancien, situé dans un immeuble de style « paquebot » datant des années 1930 sur le cours Berriat. Le centre-ville comprend également de nombreux petits commerces et quelques grandes enseignes en particulier dans ses zones piétonnières. De nombreuses enseignes de grandes chaînes commerciales se sont également implantées dans le centre-ville, telles que les Galeries Lafayette, une Fnac ou encore Nespresso. En banlieue L’agglomération grenobloise comprend quatre importantes zones commerciales : « Espace Comboire » à Échirolles ; « Porte du Grésivaudan » à Saint-Martin-d’Hères ; « Cap des H' » et « Cap 38 » à Saint-Égrève. À noter également que l'hypermarché le plus rentable de France (hors Monaco), en 2011, est le Carrefour de Meylan, qui génère de chiffre d'affaires annuel par mètre carré. Le tourisme représente aussi une part non négligeable de l'économie locale avec les nombreuses stations de sports d'hiver implantées dans la région. La ville comprend en 2015 une centaine d'hôtels et de résidences de tourisme dont huit « quatre étoiles ». Tourisme et loisirs L'office de tourisme La ville de Grenoble se situe dans une région à vocation touristique et fréquentée en toute saison et bénéficie essentiellement d'un tourisme de passage. L'agglomération gère un office de tourisme, dénommé Office de tourisme Grenoble-Alpes Métropole et dont le siège est situé en centre-ville. Ce service propose aux touristes et aux visiteurs de passage de découvrir les richesses du territoire métropolitain en jouant sur sa position entre les trois massifs montagneux. La ville sera la première en France à se doter d'un "syndicat d'initiative" dès mai 1889, ayant pour missions de service public l'accueil, l'information et la promotion du lieu, en proposant des activités aux visiteurs. Les espaces verts de l'urbanisme à Grenoble ont été reconnus à l'échelle européenne. Si la Slovénie et sa capitale Ljubljana, avec le pourcentage le plus élevé d'espaces verts par habitant, ont été les destinations les plus récompensées par la Commission européenne pour le tourisme durable, d'autres cités du Vieux Continent figurent au classement des 20 villes les plus vertes établi en 2021 par le site spécialisé European Best Destinations. Au sein de ce palmarès, Grenoble est dixième et la première en France. L'hébergement hôtelier Revenus de la population et fiscalité Le revenu médian par ménage grenoblois en 2008 est de par an, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne nationale de par an. Le revenu net déclaré moyen par ménage était quant à lui de ( pour la moyenne nationale). Au niveau de la fiscalité, 59,9 % des ménages étaient imposables à Grenoble, contre 54,2 % au niveau national. D’autre part, sont redevables de l'impôt sur la fortune (ISF). L'impôt moyen sur la fortune à Grenoble est de /an contre /an pour la moyenne nationale. Le patrimoine moyen des redevables grenoblois de l'ISF est estimé à environ /an. Emploi L’unité urbaine grenobloise compte une population active totale d’environ sur les du pays. Le taux annuel moyen de variation de l’emploi total entre 1999 et 2008 a été de 1,5 %. Le taux d'activité entre 15 et 64 ans en 2008 est de 70,1 %, ce qui est inférieur à la moyenne nationale qui est de 71,6 %. Le nombre de chômeurs est de en décembre 2010. Grenoble compte 44,5 % d'actifs au sein de sa population ainsi que 16,3 % de retraités, 31,9 % de jeunes scolarisés et 7,3 % d'autres personnes sans activité. Le taux de chômage, après avoir fortement diminué entre 1999 et 2008, a subi comme partout en France les effets de la crise économique internationale. Évolution du taux de chômage de la zone d'emploi Au sein de la ville de Grenoble, les emplois sont répartis de la manière suivante : Répartition par domaine d'activité Entreprises de l'agglomération Le tissu économique grenoblois est caractérisé par une place prépondérante donnée à l’industrie et aux services aux entreprises (représentant mi-2011, soit 56,6 % des établissements implantés sur l’agglomération de Grenoble). En 2011, 47,7 % des établissements comprenaient de un à neuf salariés tandis que 9,9 % comptaient dix salariés ou plus. De par son statut de technopole européenne, l'économie locale bénéficie par ailleurs de la présence de grands groupes industriels, fleurons de l’économie locale et nationale, implantés à l’international et souvent leaders sur leurs marchés. L’unité urbaine de Grenoble comptait au total répartis ainsi : Répartition des établissements par secteur Recherche et techniques de pointe La ville de Grenoble a une longue tradition dans les techniques de pointe, puisque l'Institut électrotechnique y a été créé au début du . Par la suite, le physicien Louis Néel va créer en 1946 le laboratoire d’électrostatique et de physique du métal (LEPM), considéré comme le premier laboratoire du CNRS fondé hors de Paris. Son ancien assistant, Louis Weil, crée en 1962 le Centre de recherches sur les très basses températures, à l'origine de l'installation de l'Air liquide à Sassenage. De son côté, l'IMAG, dont les activités tournaient autour de l'hydraulique, a été le premier laboratoire académique en France à recevoir un calculateur électronique, en 1952. Le Plan (1971-1975) prévoyait de développer le centre informatique de Grenoble. La recherche scientifique publique tient aujourd’hui une place primordiale dans la métropole grenobloise. Les trois sites d'Inovallée, du domaine universitaire et du polygone scientifique regroupent quatre centres de recherche internationaux (l'EMBL, l'ESRF, l'ILL, l'IRAM), mais également neuf organismes de recherche nationaux (CEA Grenoble, CNRS, IRSTEA, CEN, INRA, INRIA, INSERM, IRD) et enfin trois centres techniques industriels (CETIM, CSTB, CTP). De plus, l'université et Grenoble INP possèdent aussi leurs laboratoires de recherche et des entreprises comme Schneider Electric et Naver ont implanté leur centre de recherche mondial à Grenoble. Cette recherche de haut niveau a profité de la présence à Grenoble d'équipements de renommée mondiale, comme l'ESRF, le plus important synchrotron de la planète, ou l'institut Laue-Langevin abritant la source de neutrons la plus intense au monde. D'autres laboratoires ont bâti leur renommée sur l'étude du climat de la Terre comme l'Institut des géosciences de l'environnement qui apporte son expérience en matière d'évolution du climat mondial ou comme le GIPSA-lab qui développe de multiples disciplines comme l'interface neuronale directe, mais l’expertise de Grenoble en matière de hautes technologies s’organise principalement autour de trois pôles : Le pôle numérique et logiciel Il comprend le domaine des micro- et nanotechnologies, ainsi que l’informatique et l’électronique : Grenoble bénéficie d’un environnement riche dans les nanotechnologies, avec la présence de grands groupes industriels, un grand nombre de PME/PMI et de nombreux laboratoires de recherches (LETI, INRIA…). Ceci s’est traduit en 2002 par l’Alliance-Crolles 2, collaboration entre Freescale Semiconductor (ex-Motorola), NXP Semiconductors (scission de Philips Semiconductors) et STMicroelectronics, qui fut le plus gros investissement industriel réalisé en France depuis dix ans (avec d’euros investis). Cette alliance a pris fin en 2007 et c'est un accord entre STMicroelectronics, le CEA et IBM (appelé Nano 2012) qui lui a succédé, pour un investissement total de d'euros en recherche et développement. Un accord Nano 2017 poursuivra l'alliance. De même, le pôle d'innovation Minatec, lancé à l'initiative du CEA-Leti et de Grenoble INP, est un centre majeur en Europe pour les micro et nanotechnologies. Grenoble fait ainsi partie des quelques sites qui, dans le monde, possèdent les bases scientifiques, technologiques et industrielles suffisantes pour atteindre une reconnaissance internationale dans ce domaine. En septembre 2005, le gouvernement français nomme Minalogic (MIcro NAnotechnologies et LOgiciel Grenoble-Isère Compétitivité) comme pôle de compétitivité. Ce pôle a pour ambition de construire un centre de dimension internationale pour les puces intelligentes grâce à la mise en commun de moyens issus à la fois de l’industrie, de la recherche et de la formation en micro-nanotechnologies et technologies du logiciel. La région grenobloise constitue l'un des trois plus grands centres mondiaux pour les micro-nanotechnologies avec East Fishkill dans l'État de New York aux États-Unis et Hsinchu à Taiwan. Enfin, en 2012, Grenoble est devenu l'un des huit instituts de recherche technologique français, nommé Nanoelec. Grenoble est également un grand pôle en informatique et en électronique avec la présence de grandes entreprises (Hewlett-Packard, Bull…) et une recherche active. L’industrie du logiciel est très développée dans l’agglomération : le multimédia et le développement de logiciels, positionnent Grenoble, tant en industrie qu'en recherche, dans les premiers rangs au niveau européen. En plus de la présence de leaders mondiaux du secteur, Grenoble offre un tissu dense de PMI-PME et de start-ups. Ce foisonnement est soutenu par une formation et une recherche académique de qualité, notamment par le biais de l'école nationale supérieure d'informatique et de mathématiques appliquées de Grenoble, considérée comme l'une des meilleures écoles d'ingénieurs de France pour la qualité de son recrutement et de sa recherche. En 2003, le CNRS a implanté à Grenoble l'Institut européen de données financières, seul acteur académique européen à fournir des bases de données à haute fréquence sur les marchés boursiers européens. Enfin, cet écosystème numérique s'est doté en 2011 du premier centre de données écologique en France désigné sous le nom de GrenoblIX, ainsi que d'une association appelée Digital Grenoble et labellisée French Tech en novembre 2014. En 2015, ce pôle numérique avec la microélectronique et les nanotechnologies, en passant par le logiciel et les systèmes embarqués, compte dans la métropole dont en électronique et micro-nanotechnologies et dans l'informatique et le logiciel. Le pôle « biotechnologies » [ { "type": "ExternalData", "service": "page", "title": "Grenoble Medicine Campus.map" } ] Dans le domaine des biotechnologies et de la bio-informatique, Grenoble est reconnu comme pôle d'excellence dans plusieurs disciplines qui se situent dans le champ scientifique, à la croisée de la chimie et de la biologie : ingénierie de la santé, imagerie médicale, neurosciences et cancérologie. La biologie structurale est également une discipline très représentée avec la présence de l'Institut de biologie structurale qui bénéficie de la proximité de l'ESRF, de l'ILL, du LEBM et d'une importante plate-forme de RMN. La biologie cellulaire est quant à elle représentée par l'Institut pour l'avancée des biosciences et le Grenoble-Institut des neurosciences installés sur le campus santé à La Tronche. La ville est également reconnue pour son expertise dans le domaine des biopuces. L’entreprise bioMérieux a implanté son centre de recherche en biologie moléculaire à Grenoble et le centre de recherche Clinatec ouvert fin 2011 sur le polygone scientifique rentre dans sa phase opérationnelle sur les implantations de nanomatériaux dans le cerveau. Grenoble participe au pôle de compétitivité mondial Lyonbiopôle et abrite des projets de recherche fédérateurs comme NanoBio, le génopôle Auvergne-Rhône-Alpes, le Cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes (CLARA) ainsi que le programme européen Nano2Life. En 2015, ce pôle totalise dont dans les entreprises et dans la recherche publique. En 2016, sept institutions grenobloises font partie du projet Green (GREnoble Excellence in Neurodegeneration), l’un des sept centres français d’excellence dans le domaine des maladies neurodégénératives, et qui vise l’étude de quatre maladies principales, Alzheimer, Huntington, Parkinson et la sclérose en plaques. Le pôle des nouvelles technologies de l'énergie Grenoble occupe aujourd’hui une place importante pour le développement et l’expérimentation de l’énergie solaire photovoltaïque, de la pile à combustible et des réseaux intelligents. Grâce au LITEN, le pôle de compétitivité Tenerrdis, dans lequel l’agglomération grenobloise est impliquée, a pour ambition de développer les nouvelles technologies de l’énergie, composante majeure du développement durable et répond à un enjeu majeur : améliorer le rendement des panneaux solaires. En novembre 2009, un accord a été établi entre le CEA Grenoble, le gouvernement français et le constructeur automobile Renault portant sur la création d’une coentreprise ayant pour objectif le développement et la production des batteries pour véhicules électriques en France d'ici la mi-2012. En 2012, la filiale d'un leader mondial, Atos Worldgrid, s'installe sur le site Bouchayer-Viallet avec et en 2015, GreEn-ER, le pôle mondial de l'énergie ouvre ses portes sur la Presqu'île. La filière des véhicules électriques fonctionnant avec de l'hydrogène est également très importante sur Grenoble avec la présence d'entreprises spécialisées comme Symbio ou encore le site de recherche d'Air liquide à Sassenage visité par François Hollande en 2015 et par la présidente de Corée du Sud, Park Geun-hye en 2016. En 2015, ce pôle représente dont dans les entreprises et dans la recherche publique. Recherche Grenoble peut être considéré comme une ville qui compte dans le domaine de la recherche en raison de son taux de 14 % d'emplois métropolitains supérieurs, soit . La ville se situe ainsi dans les premiers rangs des grandes aires urbaines de province. Ces emplois sont principalement spécialisés dans la conception-recherche (45 % du total). Par ailleurs, avec ( dans la recherche publique, dans la recherche privée) auxquels s'ajoutent , la métropole s'affirme comme le deuxième pôle de recherche en France après Paris et un pôle de recherche scientifique majeur en Europe, ce qui lui vaut parfois le surnom de « Silicon Valley » française. Cette expertise lui vaut d'accueillir en avril 2019 l'un des quatre Instituts interdisciplinaires français en intelligence artificielle et un rapport parlementaire en janvier 2020 suggère qu'elle accueille l'un des trois instituts français en informatique quantique. Un autre secteur phare pour la recherche française se déroule dans la ville avec la mise en place en 2018 d'un consortium de trois laboratoires, Quantum Silicon Grenoble, visant à mettre au point pour 2024 un calculateur quantique de 100 qubits. GIANT Afin de renforcer la position de Grenoble dans ce domaine, les pouvoirs publics locaux lancent en 2007 le projet GIANT (Grenoble Innovation for Advanced New Technologies) avec pour ambition de doter la ville d’un campus d'innovation (Giant) de rang mondial. Le projet s’appuie sur les trois centres d'excellence précédemment présentés : Minatec pour les Technologies de l'information et de la communication, GreEn-ER (Grenoble Énergies - enseignement et recherche) pour les énergies du futur et les transports innovants, NanoBio pour les biotechnologies et la santé, afin de favoriser les synergies entre recherche, plates-formes technologiques, enseignement supérieur et industrie. Cet objectif suppose des aménagements urbains importants, prenant place dans le cadre du projet connexe Grenoble Presqu'île, partie prenante du programme EcoCités. En raison de ce nouveau type de projet urbain, universitaire et scientifique, Grenoble Presqu’île apparaît comme un des investissements public-privé les plus importants de France, avec d’investissements sur quinze ans, et se veut projet pilote en matière de développement urbain durable. Minatec Par ailleurs, Grenoble possède le Minatec IDEAs Laboratory, un laboratoire à idées qui étudie l'application des nanotechnologies dans la vie courante et future grâce à des partenariats formés avec de grands groupes industriels comme Renault ou TF1. La recherche scientifique à Grenoble est à l'origine de nombreuses conférences et colloques qui justifient l'existence d'un site Internet répertoriant les événements scientifiques s'y déroulant. Autres secteurs Grenoble est également connu pour le fonctionnement de sa recherche académique en sciences politiques et sociales. L’unité mixte de recherche du CNRS, de Sciences-Po Grenoble et de l’université Grenoble-Alpes, Pacte (Laboratoire des sciences sociales) regroupe plusieurs laboratoires en sciences humaines et sociales et constituant une des plus grosses structures de recherche en France pour la science politique, la géographie, l’aménagement et l’urbanisme, la sociologie des organisations et de l’innovation scientifique. Elle compte et enseignants-chercheurs permanents, vingt-quatre ingénieurs, techniciens et administratifs, et . Culture locale et patrimoine Lieux et monuments Grenoble compte répertoriés à l'inventaire des monuments historiques, répertoriés à l'inventaire général du patrimoine culturel et un monument labellisé Patrimoine en Isère. La ville est labellisée ville d'art et d'histoire depuis le 27 juillet 2017. Patrimoine civil Grenoble demeura une ville proche d'une frontière et fortifiée par des murailles jusqu’au dernier quart du , ce qui explique la relative petite taille de son centre historique. Il n’en demeure pas moins attrayant et riche de nombreux ouvrages témoins de l’histoire de la cité. La vieille ville Parmi les lieux d’intérêt peut être tout d'abord mentionnée la place Grenette. En plein cœur du centre historique et commerçant, les foires aux grains de Grenoble s'y tenaient jadis (d'où son nom). Elle est aujourd’hui bordée de restaurants et de brasseries. D'ici, la Grande Rue qui abrite de nombreuses maisons natales de personnalités politiques et artistiques (Casimir Périer, Jean-Joseph Mounier, Henri Fantin-Latour) et qui fut également l’antique voie romaine, conduit à la place Saint-André, où se trouvent la statue du chevalier Bayard, ainsi que le Palais du parlement du Dauphiné, dont la partie la plus ancienne remonte au . Sa façade confronte plusieurs styles et matériaux, témoins de ses différentes périodes de construction. Un peu plus loin se trouve la place aux Herbes avec son marché. Jadis dénommée place du Mal-Conseil, elle était traditionnellement au Moyen Âge la place du pouvoir populaire à Grenoble, où se réunissaient les Grenoblois pour discuter des affaires de la cité. C'est ici qu'eurent lieu également les exécutions publiques. Plus à l'ouest se trouvent le Jardin de ville (dont une partie serait due à Le Nôtre), la tour du Trésor () et l'ancien hôtel de Lesdiguières, construit en 1602 par l'architecte Pierre La Cuisse (naguère hôtel de ville et actuellement Maison de l'international). Le Jardin de ville contient également la gare inférieure du téléphérique de la ville. La vieille ville de Grenoble regorge par ailleurs d’hôtels particuliers qui rappellent son passé de cité parlementaire. Peut notamment être cité ici l'hôtel de Pierre Bucher (procureur général du roi et doyen de l'université de Grenoble), rue Brocherie, qui comporte deux parties. La plus ancienne, édifiée en 1560 sur trois niveaux aux baies géminées rehaussées de médaillons, témoigne du profond changement de l'architecture de cette époque qui passe du gothique à la Renaissance. La partie sur rue, avec sa belle porte cochère et sa façade avec entresol est représentative du . Également, l’hôtel d'Ornacieux, dit maison de Vaucanson, rue Chenoise, construit après 1620, possède un intérêt historique certain. Un portail en pierres bicolores permet l'accès à la cour et à son escalier d'honneur, l'un des plus beaux de la région Rhône-Alpes. Dans cet hôtel vécut Jacques de Vaucanson, célèbre mécanicien et inventeur d'automates. L'hôtel de François Marc (conseiller au Parlement de Grenoble), rue Barnave, datant de 1490, possède quant à lui un portail en arc brisé rehaussé d'un écu sculpté d'un lion (symbole de l'évangéliste Marc), porche voûté d'ogive et anciennes fenêtres gothiques sur cour carrée. Au 10 rue Chenoise se trouve un hôtel du de style gothique tardif avec une façade et une cour intérieure bien restaurée ; au 16 rue Jean-Jacques Rousseau enfin, l’hôtel Coupier de Maillé datant du présente une porte monumentale en bois. Par ailleurs, l'appartement du docteur Gagnon (grand-père de Stendhal), Grande Rue, est ouvert depuis le 15 septembre 2012 en tant que nouveau musée Stendhal. Comme autres monuments remarquables, il convient de citer la tour de l'Isle, datant du (premier hôtel de ville de Grenoble, aujourd’hui annexe du musée de Grenoble abritant la collection des dessins), ainsi que le lycée Stendhal édifié au (ancien collège des Jésuites, rue Raoul Blanchard). En 1673, le père Bonfa y peint une horloge solaire, aidé de ses élèves. C'est une fresque couvrant de murs et de plafonds dans l'escalier principal. Ce cadran solaire à réflexion fonctionne encore parfaitement : à l'aide d'un miroir placé sur la fenêtre, le soleil se reflète et donne une tache lumineuse qui, passant sur les lignes du plafond et des murs, indique l'heure solaire, le mois et le signe du zodiaque. Elle permet d'autre part de connaître l’heure dans toutes les écoles jésuites du monde. Ses dimensions et son intérêt astronomique en font une œuvre unique au monde. De l'autre côté de l'Isère, sur la rive droite, se trouvent au sein du quartier Saint-Laurent (quartier « italien » de Grenoble avec entre autres ses nombreuses pizzerias) la porte Saint-Laurent (reconstruite en 1615 sur l'ordre de Lesdiguières) et la porte de France. La passerelle Saint-Laurent, suspendue au-dessus de l'Isère, date de 1837 et se trouve approximativement à l'emplacement où les Romains ont construit le premier pont sur l'Isère en 43 avant notre ère. Au 97 rue Saint-Laurent, l'ancien hôtel des monnaies constitue un bel immeuble du début du . Les Dauphins y frappaient des pièces d'or et d'argent de même valeur que les monnaies du Royaume, mais à leurs armes. Le bâtiment a conservé son couloir renaissance aux voûtes nervurées. Dans la cour, un portail surmonté d'un fronton triangulaire encadré de deux colonnes donne accès à un escalier à vis. Chaque étage possède en outre des coursives à l'italienne. Plus au sud se trouve la ferme de Vaulnaveys (ou tour Prémol), au Village Olympique, datant du . Époque industrielle Grenoble connut une importante extension, à l’ouest et au sud au-delà de ses remparts, durant le , à la suite du développement économique de la ville. Le centre-ville augmenta considérablement et ce fut l'occasion de moderniser et de construire des quartiers dans les styles architecturaux de l’époque destinés à accueillir les services administratifs et la nouvelle bourgeoisie industrielle grenobloise. Cette extension s’est faite au sud autour de la place de Verdun, ancienne place d'Armes et centre du pouvoir administratif de la ville. Elle est entourée d'édifices remarquables en pierre calcaire, représentatifs de l'époque du Second Empire, tels la préfecture de l'Isère, l'ancien musée-bibliothèque, l'hôtel des Troupes de montagne, l’ancienne université, ainsi que des rues et immeubles du . L’extension du centre-ville à l’ouest s’est faite un peu plus tard autour de la place Victor Hugo (où se trouve une statue d'Hector Berlioz), avec le percement des grandes artères urbaines que sont le boulevard Édouard Rey ou encore l’avenue Alsace-Lorraine. De multiples édifices dans le style haussmannien peuvent y être admirés, la plupart étant réalisés en béton (appelé à l'époque « ciment moulé » et dont Grenoble était le berceau). Parmi les plus remarquables se trouvent l’immeuble « aux éléphants » rue Félix Poulat, l’immeuble « au griffon » à l’angle de la rue Molière et du boulevard Édouard-Rey ou encore la « Coupole dauphinoise » avenue Alsace-Lorraine. C’est également à cette période que les Halles, place Sainte-Claire, furent construites dans le style des anciennes halles de Paris. Le quartier Bouchayer-Viallet est quant à lui un témoignage du passé industriel de la cité avec la petite Halle, récemment réhabilitée à la suite du réaménagement du quartier, l'ancienne usine Cémoi, ou encore le Centre national d'art contemporain : halle construite par les ateliers Eiffel pour l'exposition universelle de Paris de 1900, elle fut achetée par les industriels grenoblois Bouchayer et Viallet, démontée et transportée à Grenoble. Elle se distingue par sa structure métallique rivetée, caractéristique des ateliers Eiffel, et la grande verrière. Ouvrages du Le patrimoine grenoblois a également été étoffé de nombreux monuments datant du , l'un des plus emblématiques étant le téléphérique de Grenoble. Le parc Paul-Mistral, créé avec l’exposition internationale de 1925, conserve pour sa part en son sein la tour Perret, vestige de cet événement symbole du développement industriel grenoblois. Le parc concentre également de nombreux ouvrages datant du bouleversement des Jeux olympiques. Le garage hélicoïdal, dans le centre-ville historique est également à noter, chef-d'œuvre de l'art déco en ciment armé. L’hôtel de ville, inauguré fin 1967, abrite un grand nombre d'œuvres d'art commandées à des artistes réputés (comme une mosaïque de tesselles de marbre réalisée par Charles Gianferrari ou encore une tapisserie de Raoul Ubac, tissée par les ateliers des Gobelins). En arrivant par les Grands Boulevards, l'entrée du parc est quant à elle marquée par la présence de la vasque olympique, véritable vestige du passé olympique de la métropole alpine. Elle fut rallumée à l'occasion du passage des flammes olympiques des Jeux olympiques d'hiver de 1992 et 2006, ainsi que pour la célébration des des JO en février 2008. Il convient également de noter le Palais des sports, d'une remarquable complexité technique, en particulier de par sa structure constituée de deux voûtes cylindriques en béton armé se chevauchant à angle droit, autoportantes et complètement indépendantes des façades de l'édifice. L'aménagement du village olympique et du quartier de la Villeneuve ont également fortement marqué le visage urbain de l'agglomération. Grenoble possède également d’autres ouvrages remarquables datant des « Trente Glorieuses » comme, entre autres, les grands boulevards et leur architecture, couvrant des évolutions allant des années 1930 jusqu’aux années 1960, les imposantes Trois Tours de l'Île-verte (devenues à leur achèvement les plus hautes tours d'habitation d'Europe), l’immeuble en « S » ainsi que la Maison de la Culture, inaugurée par André Malraux. D’autre part, de nombreuses œuvres d’art contemporain couvrent actuellement la ville, que ce soit au niveau de la gare (Calder), dans le parc Paul-Mistral ou dans le parc Albert Michallon. Enfin, les constructions plus récentes comme le musée de peinture et le stade des Alpes sont incontestablement des ouvrages importants dans le patrimoine architectural de la ville. Patrimoine religieux La ville possède un important patrimoine religieux, lié à la présence ancienne de nombreux couvents et témoignage de l’influence considérable qu’eurent les évêques de la ville, car, chefs spirituels du diocèse, ils furent pendant plusieurs siècles également détenteurs du pouvoir temporel en rivalité avec les Dauphins. La disposition spatiale permet de rendre compte de ces deux zones de pouvoirs : d'un côté de la cité le groupe épiscopal autour de la cathédrale Notre-Dame et de son parvis, symbole du pouvoir des évêques ; de l'autre le quartier delphinal avec la collégiale Saint-André et le palais du Parlement, symbole du pouvoir des Dauphins. « Deux places, deux juridictions, deux clochers qui se toisent avec instance ». Groupe évêché cathédral, place Notre-Dame Constitué par la cathédrale Notre-Dame et l'église Saint-Hugues (qui forme avec elle une église double), ainsi que par l'ancien palais épiscopal et les vestiges du baptistère, le groupe cathédrale est un ensemble complexe, dont les parties de bâtiment les plus anciennes remontent aux . La cathédrale présente dans le chœur un des plus imposants ciboriums de France (de style gothique flamboyant du , atteignant quinze mètres de hauteur). La tour de Clérieux, datant du , est visible depuis la place Notre-Dame. L'ancien palais épiscopal, musée de l'Ancien Évêché depuis septembre 1998, possède un beau portail d'entrée, un escalier monumental à rampe en fer forgé. Le bâtiment actuel date du , mais des éléments antérieurs (Moyen Âge) ont été préservés dans les étages et, surtout, sont visibles au sous-sol depuis 1999 les vestiges de l'enceinte gallo-romaine du , ainsi que du baptistère des premiers temps chrétiens, utilisé entre les (redécouverts en 1989, au moment de la construction de la ligne B du tramway). Collégiale Saint-André, place Saint-André Datant du début du , la Collégiale Saint-André est un des premiers bâtiments gothiques de la ville et abrite depuis 1822 le mausolée élevé au chevalier Bayard, mort en 1524. C'est le dauphin Guigues-André qui, à partir de 1228, en lança la construction au cœur du quartier delphinal, lieu de pouvoir des dauphins au Moyen Âge, pour installer le chapitre de chanoines qu'il avait fondé deux ans plus tôt, et ainsi affirmer son pouvoir face à celui de l'évêque. Avec ses , le clocher de Saint-André est resté l'édifice le plus élevé de la ville depuis son édification jusqu'à la deuxième moitié du . Autres édifices religieux Parmi les autres édifices de la commune, citons l'église Saint-Louis, rue Félix-Poulat. Construite de 1689 à 1699, à l'instigation d'Étienne Le Camus, sur un terrain situé près des remparts et des casernes et donné le par Louis , qui accorda aussi trois subventions successives de , sur des plans de Claude Mollard. D'autres édifices furent réalisés à la suite des extensions successives de la cité à partir du . Le quartier Chorier-Berriat est dominé par la silhouette de l'église Saint-Bruno, place Saint-Bruno. Consacrée à Bruno le Chartreux, fondateur du premier monastère de la Grande Chartreuse, elle est ouverte au culte en 1879. Ce fut la première église construite à l'ouest de la ville dans les nouveaux quartiers populaires et ouvriers et, avec ses , devint le plus haut bâtiment de la ville. Près de la gare de Grenoble se trouve la basilique du Sacré Cœur, place Doyen Gosse. Construite entre 1917 et 1924, cette basilique est un ex-voto de la ville. Son clocher demeure inachevé. Elle abrite un Christ en pierre réalisé par le sculpteur Émile Gilioli en 1942, ainsi que 25 tableaux de l'artiste Marie Adomi Israël. L'année 1924 marque également la consécration de la basilique Saint-Joseph située place de Metz, dans le centre-ville et qui remplace l'église Saint-Joseph. Plus récemment a été édifiée de 1963 à 1965 l'église Saint-Jean, boulevard Joseph Vallier. Cette église est certainement, par son originale forme circulaire juchée sur pilotis, l'édifice religieux récent de Grenoble le plus marquant. La toiture est surmontée d'un important lanternon comportant neuf baies avec une croix au-dessus, culminant à de hauteur. Deux ans plus tard, l'église Saint-Luc fut inaugurée au sein de l'Île Verte. Détail insolite, elle fait partie d'un complexe architectural comprenant l'église en bas et un immeuble d'habitation en haut. Édifices reconvertis De nombreux autres édifices religieux grenoblois ont par ailleurs vu leur usage varier au gré des époques. Aujourd'hui, nombre d'entre eux sont devenus des lieux importants de la vie culturelle locale. L'ancienne église Saint-Laurent est par exemple devenue le musée archéologique Grenoble Saint-Laurent. Il s'agit d'un site archéologique complexe du dans le quartier Saint-Laurent. La « crypte » Saint-Oyand (début du ) est l'un des très précieux et rares monuments du haut Moyen Âge en France encore debout. L'ancien monastère des Visitandines de Sainte-Marie-d'en-Haut, fondé en 1618, est devenu quant à lui après une histoire pleine de vicissitudes le musée dauphinois. À l'intérieur, la chapelle de la Visitation, véritable joyau de l'art baroque français, a reçu en 1662 un grand retable en bois doré, don de François de Bonne de Créqui, et en 1666 un superbe décor de fresques en trompe-l'œil dû au peintre Toussaint Largeot, pour célébrer la canonisation de François de Sales. Destin similaire pour l'ancienne chapelle de Sainte-Marie-d'en-Bas, rue Très Cloîtres, transformée en théâtre. Construite en 1652, la façade possède un beau portail encadré de colonnes jumelées portant un entablement et des pots à feu, rehaussés d'un motif de nuées rayonnantes. Fondé en 1646, l'ancien couvent des Minimes, rue du Vieux Temple, a eu une histoire mouvementée. Aujourd'hui les bâtiments abritent le foyer de l'étudiante, et l'ancienne chapelle est transformée en salle de concert (salle Olivier Messiaen) pour l'orchestre Les Musiciens du Louvre–Grenoble et diverses actions culturelles. Enfin, l'ancien monastère des Bernardines de Sainte-Cécile, rue Servan, eut lui aussi à subir une histoire mouvementée : fondé en 1624, réquisitionné par les armées révolutionnaires en 1791 et convertie en magasin pour le matériel des troupes, il devint un cinéma durant les années 1920 avant d'abriter un dancing baptisé « l'Enfer », puis le théâtre le Rio de 1974 à 1999. Il abrite depuis 2009 le siège des éditions Glénat, dont l'installation permit la réhabilitation entière du couvent pour lui rendre sa splendeur d'origine. Désormais, la chapelle, la cour-parvis et la bibliothèque de plus de sont de nouveau ouvertes aux visiteurs. En outre, une statue à l'effigie de Titeuf surplombe désormais le porche de l'ancien couvent. Patrimoine funéraire Remplaçant les cimetières paroissiaux des siècles précédents, le premier cimetière municipal est créé en 1810 sous Napoléon , et prend le nom de cimetière Saint-Roch. Il remplace un cimetière utilisé durant seulement dix ans le long du Drac, abandonné à cause de son éloignement de la ville fortifiée et surtout d'un terrain alluvionnaire rempli de gravier, peu propice à l'enterrement des corps. Le cimetière Saint-Roch contient classées remarquables, tant sur le plan architectural qu'historique. En 1941, un second cimetière municipal de sept hectares, dit du « Grand Sablon », est ouvert à la périphérie de la ville, sur la commune de La Tronche. Enfin, devant la saturation de ce dernier, est ouvert en 1995 un troisième cimetière, intercommunal, de huit hectares ; il est situé sur la commune de Poisat. Patrimoine militaire La cité a été une importante place de garnison, à la frontière du royaume de France. Le patrimoine militaire demeure toujours visible de nos jours en divers endroits de la ville. L’édifice le plus symbolique de cet héritage est sans conteste le fort de la Bastille, qui domine toujours la ville de son imposante silhouette. Il est entre autres composé d'une échauguette construite au ainsi qu’un donjon encadré de deux branches fortifiées et doté, côté montagne, d'un cavalier casematé, d'un fossé et d'un glacis. Ses remparts, ses casemates et ses escaliers s’étendent par ailleurs sur près de trois cents mètres de dénivelé jusqu’aux faubourgs de la vieille ville. En contrebas se trouve en outre la citadelle Rabot, lieu de vie des soldats, ainsi que le jardin des Dauphins. La forteresse sommitale est également accessible par le téléphérique de Grenoble. Enfin, de part et d’autre du site se trouvent les portes de France et Saint-Laurent. L'esplanade Alain Le Ray, cour d'honneur de l’ancienne caserne militaire de Bonne inaugurée en 1883, et ses bâtiments, rénovés lors de l’aménagement du quartier, s’affirment également de nos jours comme des témoins remarquables du passé militaire de Grenoble. À cela s’ajoutent également la caserne de l’Alma, rue Cornélie Gémond, les édifices d’entrée de la cité administrative Dode (où se trouve par ailleurs l'ancienne poudrière construite par Vauban, rue du commandant Lherminier, et datant de la fin du ), sans oublier l’ancien hôtel de la Division, actuel hôtel des troupes de montagne, place de Verdun. Enfin, la métropole alpine conserve en son sein de nombreuses portions de remparts datant de tous les âges. Les plus anciens, rue Lafayette et au musée de l’Ancien-Evêché, remontent au et constituent les vestiges de l’enceinte romaine. Près du musée de Grenoble demeurent deux sections de murailles de la citadelle de Lesdiguières édifiée au début du ainsi que la tour de l'Isle, achevée en 1418, seul vestige marquant des fortifications médiévales de Grenoble. Pour finir, plusieurs vestiges des remparts du général Haxo édifiés au demeurent : le long du parc Michallon, où plusieurs sections du mur d'enceinte sont préservées, mais surtout près du parc Paul-Mistral, où un bastion entier est conservé, et ceci jusqu'à l'ancienne porte Très-Cloître, dont la partie nord-est toujours existante, du côté de la rue Malakoff. Espaces verts En mars 2017, la commune confirme le niveau « trois fleurs » au concours des villes et villages fleuris pour la sixième année consécutive. La ville compte plus d'une cinquantaine de parcs de taille très diverse, du petit square au grand parc urbain, d'une dizaine d'hectares ou plus. D'autre part, Grenoble compte environ quarante mille arbres, et la construction des lignes du tramway a permis la création de nouvelles « coulées vertes ». Le plus ancien d’entre eux est le Jardin de Ville. C'est l'ancien parc du château du duc de Lesdiguières, aménagé en 1622 en un jardin de fleurs et une partie boisée plantée de tilleuls et de platanes, racheté par la ville à ses héritiers en 1719. À proximité de la vieille ville se trouve également le Jardin des Dauphins, site inscrit. D'une superficie de deux hectares, il est situé sur les pentes sud de l'éperon du Rachais. Aménagé en terrasses sur des terrains militaires en 1909, la situation très abritée du jardin des Dauphins en fait un site unique avec un microclimat favorable à une végétation méditerranéenne. Au fut aménagé par ailleurs le Jardin des Plantes sur . Il accompagne le Muséum d'histoire naturelle et abrite entre autres curiosités des arbres centenaires. L’extension de la ville au cours du a permis la constitution de parcs aux dimensions beaucoup plus importantes. Le plus connu d’entre eux est le parc Paul-Mistral, d’une superficie de vingt et un hectares. Il abrite de nombreux bâtiments, dont l'hôtel de ville et le palais des sports depuis 1968 et le Stade des Alpes, inauguré en 2008. De nombreuses sculptures ainsi que des monuments y sont exposés. La vasque olympique des jeux de 1968 y est installée. Plus au sud, après le démontage du stade olympique de Grenoble, la création du quartier de la Villeneuve au début des années 1970 s’est accompagnée de la réalisation du parc Jean-Verlhac, d’une superficie de quatorze hectares. La fin de siècle a vu la création de nouveaux parcs dans la ville. Cela commence à partir de 1988, avec la création sur du parc Albert-Michallon. Situé au nord-est du musée de Grenoble, il le prolonge par son jardin de sculptures. Dernièrement (2010) a été aménagé le Jardin des vallons, d’une superficie de . C'est un petit parc boisé et vallonné (d'où son nom), situé dans le nouvel éco quartier de Grenoble et contigu au centre commercial de la caserne de Bonne. Fontaines et bassins De très nombreuses fontaines parsèment la ville, monumentales ou discrètes, anciennes ou récentes, rappelant que l'histoire de la ville est une lutte constante contre les inondations. Fontaines anciennes La plus vieille fontaine de Grenoble se trouve rue Saint-Laurent, elle porte la date de 1746. La Fontaine des trois ordres, place Notre-Dame, en pierre et bronze, œuvre d'Henry Ding, érigée à l'occasion du centenaire de la Journée des Tuiles et l'Assemblée des Trois ordres de Vizille en 1788. La Fontaine du lion, place de la Cymaise, à l'emplacement du gué primitif et du seul pont sur l'Isère pendant des siècles, et au pied de la montée Chalemont (l'ancienne voie romaine), œuvre de Victor Sappey, en 1843, pour inaugurer les travaux d'endiguement de l'Isère. Le Torrent, au Jardin de Ville, bronze d'Urbain Basset, 1882, placé initialement place de Verdun (à l'époque appelée place de la Constitution) et installé au Jardin de Ville en 1888, sur une rocaille. Il faillit être fondu en 1942 pour les besoins de l'armée allemande. La fontaine actuelle est l'œuvre de l'architecte A. Rolland. Le Château d'eau de La Valette, érigé en 1824 place Grenette, dont le jet peut monter à . Les Trois fontaines de la rue Montorge, à l'entrée du Jardin de ville, de style baroque, 1887. Le Berger Cyparisse, statue de Jean Esprit Marcellin de 1848, ornant la fontaine place de Gordes en 1850, dans le centre ancien. Le bassin et le jet d'eau de la place Victor-Hugo en centre-ville. Fontaines modernes Le bassin du patio de l'hôtel de ville, 1967. L'Huître, 1985, derrière l'hôtel de Belmont, en pierre de l'Échaillon (comme les colonnes de l'hôtel), œuvre de Louis Val. Les jeux d'eau, parvis de la gare, 1987. Les Sphères, fontaine installée en 1986 à l'angle de l'avenue Alsace-Lorraine et du boulevard Gambetta. La fontaine en triangle de la place Claveyson. Ponts et passerelles Le franchissement de l'Isère et du Drac a de tout temps posé problème et s'est longtemps fait en bac à traille, les ponts étant rares. Leur construction, pour la plupart, n'est pas très ancienne et n'a pas toujours été facile. Pendant des siècles, la ville n'a eu qu'un pont sur l'Isère, le pont Saint-Laurent, endommagé ou emporté à chaque grande crue et reconstruit maintes fois. À péage et doté de piliers en pierre au , il est remplacé en 1838 par un pont suspendu à tablier de bois, encore à péage, rénové et renforcé en 1909. Un deuxième pont, en pierre, commencé par Lesdiguières en 1621, fut achevé en 1671 par François de Bonne de Créqui et baptisé Pont Créqui ou pont de la Graille. Reconstruit aussi en 1838, en pierres de Sassenage. Les autres ponts datent pour la plupart du , et pour une demi-douzaine de voies routières et autoroutières, du . Au début du , cependant, Grenoble ne compte pas moins de deux passerelles et dix-neuf ponts, le dernier ayant été achevé début 2011. Toute navigation sur l'Isère, même pour le trafic de péniches de bas tonnage, a été suspendue en 1957. La navigation se limite donc actuellement à de petites barques et aux kayaks lors de balades touristiques. Patrimoine insolite En décembre 1999 Grenoble fut, à l'instar d'autres grandes villes de France et du globe, victime d'une invasion de « Spaces Invaders ». Cinquante quatre « Invaders » colonisèrent la ville, œuvre occulte de l'artiste Invader en partenariat avec l'École des Beaux-Arts, pour le plus grand bonheur de ceux qui se souviennent du jeu vidéo du même nom et des observateurs. En 2012, 51 d'entre eux subsisteraient encore. L'École des Beaux-Arts dispose de la carte de leurs emplacements. Patrimoine gastronomique La commune se situe dans plusieurs zones d'appellations décernées par l'INAO : AOC-AOP Noix de Grenoble, bleu du Vercors-Sassenage, IGP Emmental français Est Central (Label rouge), IGP Isère blanc, rosé et rouge. La noix de Grenoble Le patrimoine gastronomique de Grenoble est symbolisé par ses célèbres noix (premier fruit AOC) avec lesquelles est réalisé le gâteau aux noix de Grenoble. Le gâteau originel que l’on peut encore trouver dans quelques pâtisseries de Grenoble et de la région de Vinay est une sorte de tourte fourrée de miel, de caramel et de crème aux noix. L’aire géographique de l’AOC noix de Grenoble couvre 259 communes sur trois départements l'Isère, la Drôme et la Savoie principalement le long de la vallée de l’Isère. Les zones de plantations les plus denses se trouvent dans la basse vallée du Grésivaudan en aval de Grenoble, entre le Voironnais et le Royans), au pied du massif du Vercors, cependant la ville qui a donné son nom à cette appellation ne possède aucun champ de noyers sur son territoire en raison de son urbanisation trop dense. Le bleu de Vercors-Sassenage La commune voisine de Sassenage est pour sa part célèbre pour son fromage. Ce fromage bénéficie d'une AOC depuis le 30 juillet 1998, et une association, la confrérie du Bleu, organise la promotion de ce produit culinaire au-delà de la région elle-même. L'écrevisse L'écrevisse est par ailleurs une spécialité de la région et est présente dans de nombreux plats régionaux : poulet aux écrevisses, pigeon aux écrevisses, gratin de queues d’écrevisses, quiche aux écrevisses. D'autres spécialités incluent la soupe de l'ubac et la fricassée de caïon. Le gratin dauphinois Le gratin dauphinois a été officiellement mentionné pour la première fois en 1788, à l'occasion d'un dîner offert aux officiers municipaux de la ville de Gap. Le plat est apprécié dans l'ensemble du Dauphiné et a fini par être célèbre dans toute la France. Ce plat peut être préparé selon des variantes locales — à l'instar de celle du Vercors, massif montagneux très proche de Grenoble. Produits alimentaires locaux La ville fut également le lieu de création des usines de sirop Teisseire en 1720, de la fabrique de pâtes Lustucru en 1824, de la biscuiterie Brun en 1883, ou encore de la chocolaterie Cémoi en 1920. Autres spécialités régionales La région voironnaise, connue pour ses chocolats et son plum-cake, a également apposé son nom sur une recette de bette : les bettes « à la voironnaise ». La région est d'autre part le lieu de production de trois célèbres liqueurs : la chartreuse, l'antésite et le génépi. La batavia rouge grenobloise (appelée également gloire du Dauphiné) est une variété de salade produite dans la région. Restaurants et AOC Grenoble possède un restaurant étoilé du Guide Michelin : le Fantin Latour. Par ailleurs, le restaurant Grand Hôtel d'Uriage-les-Bains à proximité de la ville est récompensé par deux étoiles. Langues et traditions locales Historique de la langue locale Le territoire de l'agglomération grenobloise se situe dans la partie centrale du Haut Dauphiné, dénommé Grésivaudan, terme lui-même issu du nom de la ville, et donc dans la zone méridionale des patois dauphinois, lesquels appartiennent au domaine des langues dites francoprovençales ou arpitanes, au même titre que les patois savoyards, vaudois, Valdôtains, bressans et foréziens. Le poème dénommé « Grenoblo malhérou », énoncé par un marchand dénommé Blanc La Goutte, après une inondation catastrophique qui dévasta Grenoble en septembre 1733, a été élaboré en patois grenoblois. Cette publication prouve que cet idiome appartient bien à la famille du franco-provençal. Un second poème, connu sous le titre de : « Dialoguo de le quatro comare », accompagnera en général toujours le « Grenoblo malhérou ». Le texte de Blanc La Goutte, publié dés l'année 1733, consultable sur le site Gallica, commence ainsi Quan ben ne vou chaut ren, de le gen de ma forta, je voudrin bien povey fare uvri voutra porta intra chieu vous, monßieu, vou leva mon chapet, vou rendre mou devey, vou zuffry mou reßpect, mais d'avey ce l'honnou, l'eßpéranci s'envole, Je ßèu tout rebuti, la goutta me déßole, Je ne poey plu marchiez décendre, ni monta,A pompon lorion, je me foey' charroìita,A pena din le man ; poey-je teili mon Livro, Je n'ay plu queflou zieux, & quátro deigt de libro, Je feu ßàns apetit, je ne poey ren dormi, Enfin jamey gouttou, ne ßouffrit tant que mi, Maugra tant de chagrin, quan je ßèu las de lire, Quoque ßey per hazard, jé me meilo décrire. Historiquement, l'idée du terme francoprovençal, attribué à cette langue régionale parlée dans le quart centre-est de la France, différent du français, dit langue d'oil et de l'occitan, dit langue d'oc, est l'œuvre du linguiste et patriote italien Graziadio Isaia Ascoli en 1873 qui en a identifié les caractéristiques. Contes locaux et légendes régionales Il existe encore quelques ouvrages qui relatent les contes et les légendes du Dauphiné et du Grésivaudan, y compris pour les montagnes et les vallées environnantes. Le plus connu de ceux-ci est un ouvrage notable, fruit d'une recherche importante, a été écrit par Charles Joisten (1936-1981), ancien conservateur du Musée dauphinois du conseil général de l'Isère situé sur les pentes de la Bastille à Grenoble, et qui relate, parmi les autres légendes, le bestiaire fantastique et les légendes de l'ensemble des pays dauphinois. Patrimoine culturel Théâtres et salles de spectacle Dès le , un grand nombre de « mystères » étaient joués sur la place Saint-André et, pour de grandes occasions, des « histoires » étaient représentées dans certaines salles aménagées en salles de spectacles. En 1658, Molière et sa troupe jouèrent dans la salle qui n'était pas encore considérée comme une salle de théâtre, mais comme la salle du jeu de paume du duc de Lesdiguières. L'endroit devint un vrai théâtre l'année suivante en septembre 1768. L'édifice jouxte une autre salle de spectacle, la cinémathèque de Grenoble. En 1952, la Ville se donna les moyens de doter l'établissement d'un équipement moderne capable d'offrir le confort et d'assurer la sécurité des spectateurs. L'intérieur fut totalement réaménagé. Les efforts furent concentrés surtout sur l'acoustique et la manutention. La façade fut démolie et mise au goût du jour, l'entrée décorée de fresques polychromes cloisonnées en trompe-l'œil par l'artiste Georges Gimel représentant les artistes et comédiens des années 1920. Le bâtiment fut ravalé et rajeuni dans les années 2000 et la décoration du mur de scène aveugle fit l'objet d'un concours ; il fut orné de fenêtres en trompe-l'œil, assorties à celles de façades voisines. La salle fut entièrement refaite pour l’ouverture de la saison 2007/2008 avec fauteuils. Le théâtre municipal propose une soixantaine de représentations par saison. La scène théâtrale grenobloise est également présente au sein de la maison de la culture de Grenoble. En tant que scène nationale, elle comprend un studio de répétition pour le théâtre ainsi que le réputé Centre dramatique national des Alpes (CDNA) dirigé par Jacques Osinski (fermé au janvier 2014). Il propose de grandes œuvres du répertoire ainsi que des textes contemporains, tour à tour joués à Grenoble, puis repris en tournée dans toute la France. Trois spectacles ponctuent chaque saison, dont un d'un metteur en scène invité et de fréquentes lectures de textes contemporains. Grenoble abrite d'autres structures comme le café-théâtre La Basse-cour axé sur les spectacles d'humour ou le Théâtre 145 géré par le collectif le Tricycle et associé au Théâtre de Poche. La programmation de ces deux théâtres est axée sur la jeune création et la transversalité des formes artistiques. Un travail artistique est mené avec les habitants du quartier Berriat (ateliers d'écriture, concours de nouvelles, école des spectateurs…). Le festival Regards croisés y est organisé. Il jouit d’une capacité d’accueil s’élevant à . Par ailleurs, l'Espace 600, situé à la Villeneuve, est particulièrement spécialisé dans le jeune public. La présence de l’établissement « Le 102 » peut également être mentionnée. Il s’agit d’un lieu autogéré et sans subvention, occupant depuis 1983 des locaux en convention avec la ville de Grenoble. Le 102 est connu pour ses concerts de musique improvisés ainsi que ses séances de cinéma expérimental et documentaire. Musique et danse La principale institution grenobloise dans ce domaine est la maison de la culture. Construite par André Wogenscky à l'occasion des Jeux olympiques, elle rouvre ses portes après d'importants travaux de réhabilitation et d'agrandissement en 2004. Nommée auparavant Le Cargo, elle change alors de nom pour celui de MC2 (pour « Maison de la Culture 2 »). Ses capacités d’accueil sont nombreuses et diversifiées puisqu’elle inclut une grande salle de , un auditorium de , une petite salle de , une salle de création de ainsi que deux studios de danse et un studio d'enregistrement. Sa fréquentation dépasse depuis sa rénovation la barre des par an. Deux prestigieux centres de création lui sont associés, à savoir le Centre chorégraphique national de danse contemporaine dirigé par Jean-Claude Gallotta et les Musiciens du Louvre-Grenoble dirigés par Marc Minkowski. L'ancienne chapelle du couvent des Minimes de Grenoble fut par ailleurs transformée en salle de musique Olivier Messiaen où se produisent également Les Musiciens du Louvre. Elle peut accueillir quarante-deux musiciens en plateau devant . Parallèlement à l'activité des musiciens du Louvre, la salle Morillot dans l'aile Vieux Temple de l'ancien couvent est mise à disposition des MJC et écoles qui organisent ainsi des manifestations très diverses. Depuis 1991, les lieux accueillent également l’observatoire des politiques culturelles, ainsi que quelques associations. La ville compte aussi deux grandes structures : le palais des sports de Grenoble, pouvant accueillir jusqu’à , accueille régulièrement de nombreux artistes de la scène nationale et internationale comme Elton John, Bob Dylan, Snoop Dogg ou encore Mylène Farmer. D'autre part, le Summum est une salle de spectacle située près d'Alpexpo accueillant nombres d’artistes. Jaugée à assises, elle peut atteindre assises/debout (la « fosse » est alors débarrassée de ses sièges). Une salle de concert pour les musiques amplifiées, La Belle Électrique a par ailleurs été implantée dans le secteur Bouchayer-Viallet dans le cadre de son réaménagement urbain. D’une jauge de , elle complète sur l'agglomération le réseau de salles de diffusion et de lieux d'accompagnement des pratiques. Musées Musées d'art Le musée de Grenoble, fondé par Louis-Joseph Jay en 1798, est l'un des grands et plus riches musées de Beaux-Arts français, dont les collections couvrent les principales périodes de l'histoire de l'art, de l'Antiquité à nos jours. La section du est particulièrement riche puisque le musée est considéré comme le plus ancien musée d'art contemporain en France. Toutes les tendances et mouvements de la peinture sont présents avec des tableaux de peintres tels Georges Braque, Amedeo Modigliani, Marc Chagall ou encore Vassily Kandinsky. Matisse fit don de son Intérieur aux aubergines, Pablo Picasso de sa Femme lisant en 1921 et Claude Monet du Coin de l'étang à Giverny en 1923. De grands noms du surréalisme sont aussi présents. Le musée de Grenoble est une référence pour l'art contemporain, avec notamment des œuvres de Pierre Soulages, Christian Boltanski (Monument), Andy Warhol, ou encore Rebecca Horn. Mais les autres collections sont également très importantes. Ainsi, la collection d’antiquités égyptiennes présentée est considérée comme la cinquième de France, avec en particulier de très beaux sarcophages ainsi qu'une momie du , la prophétesse d'Antinoé, présentée sous une vitre blindée. Par ailleurs, la plus belle collection de tableaux de Francisco de Zurbarán dans un musée français avec le musée du Louvre y est incluse. Enfin, l'école dauphinoise du occupe une place de choix dans le musée. Un jardin de sculptures est en outre installé sur le pourtour est/nord-ouest du musée, dans le parc Albert Michallon. Remarquablement paysagé, c'est dans ce parc que se trouve le plus vieil arbre de la ville, un Cèdre du Liban, planté en 1847. Le Centre national d'art contemporain (CNAC) dit Le Magasin est par ailleurs l'un des lieux emblématiques de la vie culturelle française. Il fait partie des grands travaux de 1981, et se voulait l'un des fers de lance d'une politique de décentralisation d'une forme d'expression artistique. Le nom de Magasin a été choisi par son directeur fondateur, Jacques Guillot, en hommage à l'exposition constructiviste russe de 1916 de même nom. Contrairement à un musée, le Magasin n'acquiert pas d'œuvres et ne constitue pas de collection. Il renouvelle ses expositions trimestriellement et un bon nombre des œuvres présentées sont créées in situ. Le Centre d'art Bastille est également un autre lieu d'exposition consacré à l'art contemporain. Par ailleurs, en matière d'art, l'ancien couvent Sainte-Cécile abritant les éditions Glénat est parfois le lieu d'expositions de tableaux ou de gravures comme celles du peintre Rembrandt en 2017. Musées régionaux et historiques La culture dauphinoise est quant à elle mise à l’honneur par le musée dauphinois des arts et traditions populaires créé en 1906. Musée ethnographique, archéologique, historique et de société bénéficiant du label « musée de France », il offre deux expositions de longues durées : « Gens de l'alpe » et « La Grande Histoire du ski » et deux nouvelles expositions temporaires proposées chaque saison. D’autres musées remontent aux origines et à l’histoire de la région grenobloise. Le plus prestigieux est sans conteste le musée archéologique Grenoble Saint-Laurent. Dans l’un des plus anciens quartiers de la ville, le quartier Saint-Laurent, la visite propose un voyage pour remonter le temps jusqu’aux origines du christianisme dans la région. Si sa renommée est acquise, grâce en particulier à son sanctuaire des premiers temps chrétiens () pourvu d'une crypte exceptionnelle, la réalisation de récents travaux a permis de mettre en valeur toute la richesse d'un site classé monument historique. À l'emplacement de l'ancien cloître, les vestiges mis au jour par les archéologues sont désormais protégés par une couverture de verre et de métal. Plus de ont été mises au jour et plus de ont été retrouvés dans les couches archéologiques et dans les tombes. Le musée de l'Ancien Évêché présente quant à lui sur cinq niveaux des objets et tableaux ayant trait à l'histoire de Grenoble et de l'Isère, de la préhistoire à nos jours. Le sous-sol offre aux visiteurs des vestiges archéologiques : les restes du premier rempart de la ville datant de la fin du ainsi qu'un baptistère utilisé entre le et le . Le musée Stendhal réinstallé depuis 2012 dans ses locaux de la Grande-Rue, présente l'appartement meublé de l'époque du grand écrivain. Le musée des troupes de montagne présente quant à lui sur l'histoire des soldats spécialisés dans le combat en montagne dont l'origine remonte à 1888. Armes, uniformes, matériels de transmission, cartes et témoignages retracent les moments forts de ces combattants surnommés les Diables bleus. De son côté, le musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère décrit la spécificité de la Résistance dans le département de l'Isère et particulièrement dans le massif du Vercors lors de la Seconde Guerre mondiale, avec une présentation chronologique des événements de cette guerre. Une nouvelle présentation par cartes murales animées permet de restituer l'univers concentrationnaire des déportés. Le musée a obtenu le label « musée de France ». Enfin, grâce à son rôle actif dans le déclenchement de la Révolution française et à l'action de l'industriel Claude Perier, Grenoble est proche de l'unique musée de la Révolution française situé à , sur la commune de Vizille. Musées scientifiques D’autres musées grenoblois possèdent des collections à dimension scientifique. Le Muséum d'histoire naturelle de Grenoble tout d’abord, fondé en 1773, et qui présente au public un riche patrimoine naturel, notamment alpin. Ses collections sont fortes de plusieurs centaines de milliers d'objets dans les disciplines de la botanique, de la zoologie, de la géologie ou encore de l'ethnologie. Se trouve également au sein du muséum un jardin des Plantes achevé en 1855. Le musée grenoblois des sciences médicales créé en 1992 et rattaché à l'hôpital Michallon propose chaque année une exposition liée à la médecine. Par ailleurs, le musée ARhome (musée privée de l'innovation industrielle) retrace les temps forts de l'histoire sociale, économique et politique française, ainsi que l'histoire de l'entreprise A.Raymond. Enfin, le CCSTI de Grenoble - La Casemate, premier centre de culture scientifique, technique et industrielle de France, ouvert en 1979, vise à vulgariser la science, la technologie et la culture d'innovation. À cet effet, il organise une panoplie d'activités, telles que la conception et la mise en œuvre d'expositions interactives, d'ateliers scientifiques, de tables rondes et de débats destinés à une grande variété de publics, ainsi que des expositions itinérantes et des outils de proximité (le camion des sciences, par exemple). Il coordonne par ailleurs la Fête de la science dans la région. Il convient également de mentionner le musée-bibliothèque de Grenoble, édifice culturel du situé place de Verdun à Grenoble. Achevé en 1870, il accueillait jusqu'en 1970 la Bibliothèque municipale de Grenoble et jusqu'en 1992 les collections du musée de Grenoble. Il est actuellement utilisé comme lieu d'expositions temporaires (dont La Plateforme). Bibliothèques La Bibliothèque municipale de Grenoble est une bibliothèque municipale classée rassemblant et animant un réseau de treize bibliothèques réparties sur la ville, ainsi que huit autres bibliothèques d'institutions culturelles locales. Héritière de la bibliothèque publique créée en 1772, elle s’installe en 1970 dans un bâtiment construit entre 1955 et 1959 par l'architecte Jean Benoit et labellisé patrimoine du en septembre 2004. Elle conserve en 2010 environ et documents sur une superficie de . Elle détient également des fonds concernant l'ancienne province du Dauphiné et de l'ancienne région Auvergne-Rhône-Alpes ou d'autres extrêmement prestigieux, tels que ceux du monastère de la Grande Chartreuse, Stendhal (ce fonds compte environ de manuscrits de l'écrivain), Berlioz, Champollion. Sur demande, elle donne par ailleurs accès au fonds ancien dauphinois, composé de , et au fonds ancien général comprenant et antérieurs à 1900 ainsi que . La mission de la bibliothèque municipale, par-delà la conservation du patrimoine, est de contribuer au développement de la lecture et de lutter contre l'illettrisme. La bibliothèque a ainsi établi un réseau maillé de recherche et de consultation avec vingt et une autres bibliothèques dans la ville, dont huit bibliothèques associées dépendant d'institutions culturelles locales comme le centre de ressources des écritures théâtrales contemporaines, la bibliothèque des éditions Glénat ou la bibliothèque Albert-Soboul du musée de la Révolution française de Vizille par exemple, élargissant ainsi sa réserve de lecture. Cinémas L'agglomération de Grenoble compte quarante-cinq salles dans dix cinémas. Le centre de la ville est investi par les petits cinémas indépendants à vocation culturelle, notamment la Cinémathèque de Grenoble qui organise chaque année le Festival du Court Métrage, ou le cinéma d'art et d'essai Le Méliès, mais également Le Club (cinq salles, ). La Nef (sept salles, ) et Les 6 Rex (six salles, ), les deux anciens principaux cinémas de Grenoble avant la création de multiplexes, possèdent une offre plus généraliste. D’autres petites salles se sont également implantées dans plusieurs communes de l’agglomération : l’Espace Aragon à Villard-Bonnot, Mon Ciné à Saint-Martin-d'Hères et La Vence Scène à Saint-Egrève. Enfin, l’agglomération abrite également deux multiplexes : un multiplexe Pathé (douze salles, ) situé dans la commune périphérique d’Échirolles, et le multiplexe Pathé-Chavant (dix salles, ) situé dans le quartier de l'hyper-centre au cœur de Grenoble. Grenoble dans les arts Dans la littérature Jean-Jacques Rousseau et Grenoble Monsieur Jean-Joseph Renou, alias le philosophe Jean-Jacques Rousseau qui voyage sous ce nom d'emprunt, va résider dans la ville dauphinoise entre les mois de juillet et de septembre 1768. Il en profite pour herboriser dans les environs. Un livre, intitulé Trois mois de la vie de Jean-Jacques Rousseau, écrit par l'auteur grenoblois Auguste Decoin et publié en 1852 retrace ce cours passage de Rousseau en y ajoutant des lettres et des notes inédites de l'écrivain écrites durant cette période. Stendhal et Grenoble L'écrivain français est né à Grenoble en 1783, au cœur de la vieille ville et au sein d'une vieille famille grenobloise les Beyle et reste l'auteur littéraire local le plus connu au niveau national et international. Dans son roman autobiographique Vie de Henry Brulard, écrit en 1835, Stendhal n'est pas bien tendre avec sa ville natale : Tout ce qui est bas et plat dans le genre bourgeois me rappelle Grenoble, tout ce qui me rappelle Grenoble me fait horreur, non, horreur est trop noble, mal au cœur. Un peu plus loin dans le même ouvrage, on peut lire : Grenoble est pour moi comme le souvenir d'une abominable indigestion. Cependant, dans Mémoires d'un touriste, écrit trois ans plus tard, le même auteur consacre une centaine de pages sur trois cents à sa vieille cité, et son ton est nettement plus positif, arguant que Grenoble possède et reconnaît sa . George Sand, François Blanc et Grenoble En 1864, la femme de lettres française, George Sand, signe la préface d'un ouvrage dénommé « Poésies en patois du Dauphiné : Grenoblo malhérou », écrit par François Blanc dit Blanc dit la Goutte. La préface commence ainsi : Notre époque voit peu à peu disparaître de beaucoup de localités les derniers vestiges archéologiques. Le pittoresque n'a pas de plus grands ennemis que les ouvriers maçons. On assainit les villes, on fait circuler l’air et la lumière, la santé par conséquent, dans rues étroites et sombres du Moyen Âge, et on fait bien. La prospérité publique y gagne, mais l’art y perd. avant de poursuivre un peu plus loin dans son hommage au poète grenoblois : Ce bel Ouvrage s'adresse aux gens de goût de tous les pays, et quiconque sait le français peut comprendre le limpide et gracieux dialecte de Blanc la Goutte. Une telle publication est une gloire pour le Dauphiné, non seulement en ce qu'elle lui restitue son passé archéologique (tout en lui conservant les restes encore debout de ses vieilles richesses), mais en ce qu'elle ressuscite un de ses morts illustres [...] Les autres auteurs La ville de Stendhal est le nom d'un poème d'Anna de Noailles (1876-1933) publié dans le recueil Les éblouissements (Calmann-Lévy, 1907). La première strophe cite explicitement Grenoble : « Un soir d'argent, si beau, si noble, Enveloppe et berce Grenoble. Tout l'espace est sentimental. Voici la ville de Stendhal... » Grenoble a servi de cadre à nombre d'œuvres littéraires. Par exemple, Ciel Blanc, de Catherine Claude (écrivain, romancière et essayiste, ancienne présidente de l'Union des écrivains), Prix littéraire de la Résistance, décrit l'atmosphère particulière des années de l'Occupation durant la Seconde Guerre mondiale. Dans la chanson Pierre de Grenoble (auteur inconnu) Il s'agit d'une complainte, originaire du Dauphiné, écrite et composée par un auteur anonyme remonte à la fin du . Cette chanson a été reprise par de nombreux d'interprètes, dont notamment le groupe folk français Malicorne en 1973. Grenoble (Gribouille) Il s'agit d'une chanson de Gribouille, nom d'artiste de l'interprète d'origine lyonnaise, décédée en 1968, Marie-France Gaite. Au cinéma Grenoble et ses environs immédiats ont souvent servi de cadre pour le cinéma. Les montagnes environnantes (particulièrement le Vercors) ont été une source d'inspiration pour les décors cinématographiques. Le Vieil Homme et l'Enfant de Claude Berri (1966) (tourné près de Grenoble) ; Le Silencieux de Claude Pinoteau (1973) (action en partie à Grenoble) ; L'Amour violé de Yannick Bellon (1978) (tourné à Grenoble et Fontaine) Buffet froid de Bertrand Blier (1979) (tourné près de Grenoble) ; Clara et les chics types de Jacques Monnet (1981) (action en très grande partie à Grenoble, notamment pendant la Foire des Rameaux) ; Les Filles de Grenoble de Joël Le Moigné (1981) ; La Femme d'à côté de François Truffaut (1981) (majeure partie tournée à Bernin, scène entre Gérard Depardieu et Fanny Ardant tournée dans le parking de Grand-Place) ; Double messieurs (avec Carole Bouquet, Jean-François Stévenin) (tourné à Grenoble et ses environs) Mauvaises Fréquentations de Jean-Pierre Améris (1999) ; Les Rivières pourpres (1999), dont une partie se déroule à Grenoble même, près de Grenoble (Livet-et-Gavet, Apprieu) et dans le Mont-Blanc ; Une hirondelle a fait le printemps (2001), de Christian Carion, qui se déroule dans le massif du Vercors, dont une scène au Clavaux (Livet-et-Gavet) ; La Trilogie (Un couple épatant / Cavale / Après la vie) de Lucas Belvaux (2002) ; Rois et Reine d'Arnaud Desplechin (2004) ; Peindre ou faire l'amour (2005) ; La Petite Chartreuse (2005), dont l'histoire se déroule en partie à Grenoble, en Chartreuse et dans Belledonne (notamment dans le village de Revel) ; Le Grand Silence (2006), film documentaire réalisé par Philip Gröning sur le monastère de la Grande Chartreuse ; Affaire de famille (2008), film de Claus Drexel avec André Dussollier, Miou-Miou… Par suite d'un arrêt de travail... (2008), film de Frédéric Andréi avec Charles Berling, Patrick Timsit, Dominique Blanc… dont une partie se déroule à Grenoble ; Un crime au Paradis avec Jacques Villeret, Josiane Balasko… Le tribunal est celui de Grenoble ; Primaire (2016) d'Hélène Angel, avec Sara Forestier. Dans les spectacles Grenoble dans l'humour Fernand Raynaud est l’auteur d’un sketch resté célèbre (Ne me parle pas de Grenoble) qui pourrait être interprété comme une critique envers Grenoble. En fait, il est question d’un truand assez minable qui espère se refaire en s'installant dans cette ville. Malheureusement on se méprend sur ses intentions et on lui propose un travail de tôlier. Le personnage particulièrement choqué décide de quitter Grenoble. Il est difficile de ressentir un grief particulier contre la capitale des Alpes, mais le choix n'est pas innocent. Boris Vian, de passage à Grenoble en 1952, note la particularité architecturale des pissotières du cours Jean-Jaurès, qui donnent une position très digne à celui qui les utilise. Un sketch dénommé Koumak de Patrick Timsit évoque, lui aussi, la ville de Grenoble pour se moquer des vols à escales trop fréquentes pour se rendre dans un lieu de villégiature (pour aller à Koumak, tu fais Paris - Abidjan, Abidjan - Moscou, Moscou - Los Angeles, Los Angeles - Grenoble et Grenoble - Koumak). Grenoble est évoqué dans Le Schpountz, pièce et film de Marcel Pagnol, mais pas de façon très sympathique (dialogue de Charpin). Serge Papagalli est un comique contemporain écrivant des sketches sur les Dauphinoises et Dauphinois ("Dauphi-noix"). Soldats en garnison à Grenoble, Francis Carco et le poète Jean Pellerin y inventeront, rue Saint-Jacques, le personnage d'Eve Arrighi, auteur et critique littéraire fictive qu'ils feront disparaître peu avant la Première Guerre mondiale. Monsieur Mangetout, « grand avaleur de tout et de n'importe quoi » (commentaire d'un journaliste) est un artiste de cabaret qui a fait autant rire qu'il a étonné. L'homme, natif de Grenoble et qui y a vécu toute sa vie a mangé des bicyclettes, des téléviseurs et même un avion de type Cessna 150. C'est en utilisant comme modèle le fondateur de l'usine de pâtes Lustucru, à Grenoble, que Gabriel Chevallier écrira les héritiers Euffe, une chronique hilarante sur la société grenobloise au début du . Coluche, dans son sketch Le clochard analphabète, fait mention de Grenoble, en pratiquant un jeu de mots lorsqu'il évoque le frère de son personnage qui a réussi car il est « ingénieur à Grenoble » (ingénieur agronome). L'expression est en fait empruntée à Fernand Raynaud. Luis Rego, dans sa plaidoirie lors du procès de Guy Bedos au Tribunal des flagrants délires, délaisse son client pour disserter sur la vie à Grenoble : misérable et arriérée, en comparaison avec la civilisation d'abondance et de luxe de Paris d'où vient le Tribunal, mais empreinte d'une indéniable joie de vivre. Personnalités liées à la commune Grenoble est le lieu de naissance de nombreuses personnalités de l'histoire nationale, parmi lesquelles : les écrivains Henri Beyle, dit Stendhal, et Charles Berriat-Saint-Prix ; le philosophe Étienne Bonnot de Condillac dans le domaine culturel ; les avocats Jean-Joseph Mounier, Antoine Barnave, ou le banquier Casimir Perier pour le monde politique ; les inventeurs Jacques de Vaucanson et Xavier Jouvin dans le domaine technologique. La ville a par ailleurs accueilli de nombreuses figures historiques aux talents variés, comme : le chevalier Bayard ; le duc de Lesdiguières ; le célèbre égyptologue Jean-François Champollion, dauphinois par son père ; mais aussi le mathématicien et physicien Joseph Fourier, les ingénieurs Aristide Bergès et Louis Joseph Vicat, le physicien Louis Néel, prix Nobel de physique en , les fameux compositeurs Hector Berlioz, né en Isère, et Olivier Messiaen, ou encore l'abbé Pierre durant la Seconde Guerre mondiale. Au cours du , des personnalités venant du monde entier séjournèrent à Grenoble : Jacqueline Kennedy et Abdoulaye Wade effectuèrent une partie de leurs études à l’université de Grenoble, Igor Stravinsky s'installa quelques années à Voreppe et l’écrivain Kateb Yacine passa à Grenoble ses dernières années. La période contemporaine est caractérisée par la présence de musiciens et de gens du spectacle : le comique troupier Charles-Joseph Pasquier dit Bach (1882-1953) né au Fontanil-Cornillon, créateur de la célèbre chanson Quand Madelon..., le chef d’orchestre Emmanuel Krivine, le compositeur et pianiste Karim Maurice, le chorégraphe Jean-Claude Gallotta, l’humoriste Roland Magdane, le vidéaste et rappeur Yvick Letexier alias Mister V, le chanteur-compositeur Michel Fugain ou encore le comédien Sami Bouajila. De nombreux artistes de la scène musicale française actuelle sont également issus de la région grenobloise tels les chanteurs Calogero, Anaïs Croze, Merwan Rim et Pep's ainsi que les groupes Sinsemilia et Gnawa Diffusion. La journaliste Mélissa Theuriau est née à Échirolles, ville de la proche banlieue grenobloise. Les sportifs Guilbaut Colas, Marion Josserand et Marion Haerty sont originaires du bassin grenoblois. Héraldique Les armes de Grenoble sont d'or aux trois roses de gueules. L'origine de ce blason varie selon les historiens. Pour Auguste Bouchayer (1874-1943), un des pionniers de la houille blanche, les trois roses rouges seraient l’emblème des saints martyrs : saint Vincent, patron du diocèse de Grenoble ; saint André, patron des Dauphins ; saint Jean Baptiste, patron des citadins. Les trois roses seraient la représentation symbolique des trois autorités qui, au Moyen Âge, gouvernaient la cité : l'évêque, le dauphin, les consuls. En 1958 le Syndicat d'initiative de Grenoble a voulu y voir "le symbole de ses trois gloires : UNIVERSITÉ TOURISME INDUSTRIE". Dans l’actuel logo, qui fait fi de la tradition héraldique, les trois roses sont disposées différemment. Pour approfondir Bibliographie Grenoble, Capitale alpine, Arthaud, 1967, 245 pages. Fantastique Grenoble - JO/68, Arthaud, 1968. Jean-François Parent, Catalogue du Musée dauphinois pour l'exposition Le roman des grenoblois 1840-1980, Imprimerie Dardelet, Grenoble, 1982 Jean-Marie Guétat, William Lachenal et Georges Muller, Du Tram au TAG, éditions La Vie du Rail, 1987 . Anne Cayol-Gerin et Marie-Thérèse Chappert, Grenoble richesses historiques du au , éditions Didier Richard, Grenoble, 1991. . Adrien Bostmambrun Grenoble insolite et secrète, éd. Nouvelles Editions Sutton, novembre 2019 Articles connexes Liens externes Notes et références Notes et cartes Notes Cartes Références Commune en Isère Commune dans l'arrondissement de Grenoble Ville Internet Ville d'art et d'histoire Villes et villages fleuris Ville organisatrice des Jeux olympiques d'hiver Ville-étape du Tour de France en Isère Commune Compagnon de la Libération Ville titulaire de la croix de guerre 1939-1945 Unité urbaine de Grenoble Aire urbaine de Grenoble Éponyme d'un objet céleste
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Garonne
Garonne
La Garonne ( ; en occitan, catalan et espagnol) est un fleuve principalement français prenant sa source en Espagne et qui coule sur avant de se jeter dans l’océan Atlantique ; son estuaire commun avec la Dordogne est la Gironde. Elle a donné son nom aux départements français de Haute-Garonne, de Lot-et-Garonne et de Tarn-et-Garonne. Hydronymie Les formes anciennes de la Garonne sont bien connues : - en grec, Garounas (Strabon, v. 10 ap. J.-C.), Garouna, Garuna, Garunas, Garina (Ptolémée, v. 150 ap. J.-C.), Garunna, Garounna (Marcien d'Héraclée v. 470); - en latin, Garumna (Jules César. - 52 av. J.-C.), Garunna (Pline l'Ancien v.100 ap. J.-C.), Garumna, Garunna, Garonna, Garona (Pomponius Mela v.43 ap. J.-C.), Garunda (Sidoine Apollinaire v. 460), Gyrunda, Gyriunda 1242, Garunna 1480, Gironda 1557. Garonne et Gironde seraient des variantes dialectales. L'alternance -nn-/-nd- a été souvent constatée en gaulois, et c'est elle qui différencie le celtique -onna et le latin unda "eau". Le premier élément de Garonne pourrait provenir soit d'un radical pré-latin *gar- « pierre, rocher, montagne », variante de *kar- et de *gal-, soit, plus vraisemblablement, d'un radical bilabial *gw-ar- qui expliquerait mieux les différentes variantes observées. En effet l'élément occlusif est soit conservé, comme Garonne, , Gard, soit perdu comme en celtique ver, Var "eau, rivière". Le second élément est aussi un suffixe hydronymique -onna (onno « fleuve », est cité comme gaulois dans le Glossaire d'Endlicher ). Selon la première hypothèse, Garonne signifierait « la rivière du roc, la rivière caillouteuse ». Selon la seconde, elle signifierait "la rivière de (Celle de) l'Eau", divinisation du cours d'eau bien connue chez les Celtes. La Garonne s'appelle en occitan . Géographie Le cours de la Garonne La Garonne est partagée en plusieurs parties, d'amont en aval : un parcours montagneux de direction Sud-Nord, depuis sa formation dans les Pyrénées centrales espagnoles ; un parcours de piémont de direction Ouest-Est, longeant la chaine centrale pyrénéenne ; un premier parcours de plaine de direction Sud-Ouest - Nord-Est, jusqu'à la confluence avec l'Ariège et la ville de Toulouse ; un second parcours de plaine de direction Sud-Est - Nord-Ouest jusqu'à Bordeaux ; l'embouchure à partir de la ville de Bordeaux et de la confluence avec la Dordogne jusqu'au golfe de Gascogne. Le point triple entre les trois lignes de partage des eaux de la Garonne, de la Loire et du Rhône se trouve en Lozère à un « sommet » du mont Planas (, altitude : ) sur la commune d'Allenc très proche de la limite avec celle de Belvezet, au nord-ouest du « Carrefour de la Pierre Plantée » avec un menhir à proximité. Les sources Selon les auteurs, trois sources distinctes peuvent être reconnues pour la Garonne : pour les Aranais du Val d'Aran, la véritable source, lUelh dera Garona (œil de la Garonne), se situe dans les pâturages du Plã de Béret (, altitude : ), à proximité de la station de ski Baqueira Beret ; d'après Norbert Casteret, la source principale se trouve à l'est du massif de la Maladeta (, altitude : ), en Aragon, depuis les névés nord et est du pic d'Aneto, dont l'eau s'engouffre au Forau d'Aigualluts ou Trou du Toro (, altitude : ), pour changer de vallée par une résurgence aux Uelhs de Joeu (Yeux du juif) (, altitude : ). C'est l'Arriu Joeu ; enfin, l'Arriu Garona de Ruda puis Arriu de Saboredo venant des lacs de Saboredo (, altitude : ), passant à proximité du port de la Bonaigua. Cette branche serait la plus longue . C'est la Garonne orientale. Nota : il existe aussi le Río Unhòla, qui remonte au pied du Plan de Beret vers le nord et la frontière française, et n'est considéré que comme un affluent, alors que son cours est bien plus long. Montagne et piémont Le fleuve se dirige au nord, entre en France au Pont du Roy à Fos. La longueur de son parcours restant en France jusqu'à l'embouchure est de . Il reçoit ensuite la Pique descendue des massifs de Luchon. Il quitte les Pyrénées après avoir arrosé le site antique de Saint-Bertrand-de-Comminges, puis il reçoit la Neste à Montréjeau, change de direction pour se diriger vers le nord-est en une large vallée (plaine de Rivière), il arrose Saint-Gaudens, franchit les Petites Pyrénées entre Saint-Martory et Martres-Tolosane, reçoit le Salat descendu de Saint-Girons. La vallée de la Garonne La vallée très large s'étage en terrasses alluviales étagées sur la rive gauche (basse et relativement plate, par rapport à la rive droite plus haute et plus escarpée), cette dissymétrie traduisant, lors des phases de remblaiement fluviatile, une migration progressive du cours du fleuve vers le nord et vers l'est. Le fleuve traverse Muret, reçoit l'Ariège à Portet-sur-Garonne pour atteindre Toulouse où il change de direction en se dirigeant au nord-ouest pour se jeter dans l'Atlantique à son embouchure en commun avec la Dordogne où les deux fleuves forment l'estuaire de la Gironde. Entre Toulouse et Bordeaux, le fleuve traverse Agen et reçoit ses principaux affluents sur la rive droite, le Tarn et le Lot issus du système hydrologique du Massif central. Le fleuve est navigable de l'océan à Langon. Un canal latéral a été construit au pour joindre Langon (Castets-en-Dorthe) à Toulouse (liaison avec le canal du Midi de Toulouse à Sète). La marée se fait sentir jusqu'à Casseuil, soit en amont de Langon. Des oscillations caractéristiques sont aussi observables à La Réole, plus amont (lorsque le débit est suffisamment faible). Des Pyrénées à Toulouse, le fleuve est aménagé pour l'industrie hydroélectrique. Plus récemment, deux centrales nucléaires sont implantées sur les rives : la centrale nucléaire du Blayais ; la centrale nucléaire de Golfech. L'estuaire À Bordeaux, le fleuve est très large et sous l'influence des marées. À marée montante se forme un mascaret qui remonte le fleuve. L'eau salée de l'océan remonte à Bordeaux en période d'étiage, quand le mascaret peut être observé jusqu'en amont de Cadillac en périodes de grandes marées. Départements et principales villes traversés Val d'Aran (Espagne) : Vielha e Mijaran Haute-Garonne : Montréjeau, Saint-Gaudens, Muret, Toulouse, Blagnac Tarn-et-Garonne : Verdun-sur-Garonne, Castelsarrasin Lot-et-Garonne : Agen, Tonneins, Marmande Gironde : La Réole, Langon, Bordeaux Principaux affluents En descendant le cours du fleuve, on rencontre les affluents suivants, de plus de de long : Hydrographie Dans sa partie supérieure, à l'amont de Toulouse, son débit dépend de l'enneigement et de la fonte des neiges et, dans sa partie inférieure, elle a une alimentation pluviale due à ses principaux affluents. La Garonne alimente aussi plusieurs canaux : le canal de Saint-Martory avec la prise d'eau à Saint-Martory, prélève /s au fleuve ; le canal latéral à la Garonne avec la prise d'eau à Toulouse par le canal de Brienne. Le SANDRE attribue à la Garonne le numéro d'identité hydrographique 0---00000 et le code générique O---0000. Crues de la Garonne À Toulouse, la Garonne a subi de nombreuses crues, notamment depuis que sa rive gauche est habitée. Il y aurait ainsi eu des crues vers 1177, en 1220, en 1258, en 1430, en 1523, en 1536 et en 1589, en 1608, en 1658, en 1673, en 1675, en 1709, en 1712, en 1727, en 1750, en 1772, 1788, 1804 et 1810, et en 1827 et en 1835, en 1855, en 1856. À Toulouse, en 1827, la Garonne à quatre mètres au-dessus du niveau ordinaire rempli les arches du pont de Pierre ou Pont neuf. En 1835, la Garonne monte à cinq mètres 35 au-dessus de l'étiage et passe par les quatre lunes du pont. En 1772, la Garonne atteint 8 mètres 50 . Crue de la Garonne en 1835 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 1855 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 1875 : à Toulouse Pont-Neuf (ou 8m32 d'après vigicrue). Crue de la Garonne en 1879 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 1890 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 1900 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 1905 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de 1927 en Aquitaine, particulièrement imposante après le confluent de la Garonne avec le Lot (dont elle est restée crue de référence), insignifiante en amont. Crue de la Garonne en 1952 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 1977 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 2000 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 2004 : à Toulouse Pont-Neuf Crue de la Garonne en 2022 : à Toulouse Pont-Neuf le 11 janvier En 1777, la Garonne subit une crue extraordinaire au point que le curé de Bourdelles prit la peine de retranscrire l'événement, à la fin des actes de l'année, dans le registre paroissial des baptêmes, mariages et décès : Hydrologie - Les débits La Garonne au Mas-d'Agenais Le débit de la Garonne a été observé sur une période de 76 ans (1913-1988), au Mas-d'Agenais, localité du département de Lot-et-Garonne située à une douzaine de kilomètres en amont de la ville de Marmande. La surface prise en compte est de , ce qui correspond à près de 95 % du bassin versant total du fleuve qui fait plus ou moins . Le module du fleuve au Mas-d'Agenais est de (plus que la Seine à son embouchure qui fait plus ou moins ). La Garonne présente des fluctuations saisonnières de débit bien marquées, mais pas excessives. Les hautes eaux se situent en hiver et au printemps, et se caractérisent par des débits mensuels moyens allant de 832 à , de décembre à mai inclus (avec un léger sommet en février). Dès fin mai, le débit diminue progressivement ce qui mène aux basses eaux d'été. Celles-ci ont lieu de juillet à octobre inclus, et s'accompagnent d'une baisse du débit mensuel moyen jusqu'au niveau de au mois d'août, ce qui reste considérable. Mais les fluctuations de débit sont plus importantes selon les années, ou observées sur de courtes périodes. Étiage ou basses eaux Aux étiages, le VCN3 peut chuter jusqu'à , en cas de période quinquennale sèche, ce qui est loin d'être sévère. Le débit de la Garonne se maintient ainsi bien mieux que ceux de la Seine ou de la Loire, en période de sècheresse. Crues D'autre part, les crues du fleuve peuvent être assez importantes, aggravées par la taille élevée de son bassin versant. Les QIX 2 et QIX 5 valent respectivement et . Le QIX 10 se monte à , et le QIX 20 en vaut . Quant au QIX 50, il se monte à pas moins de , soit presque le débit moyen ou module du Danube en fin de parcours. Ainsi la possibilité d'importants débordements menace constamment. Le débit journalier maximal enregistré au Mas-d'Agenais a été de le 5 mars 1930, lors de l'inondation historique de 1930. En comparant cette valeur à l'échelle des QIX exposée plus haut, il apparaît que cette crue était un peu plus importante que la crue vicennale calculée par le QIX 20 (une crue vicennale a, chaque année, une probabilité de 1/20 de se produire). On peut aussi noter les estimations de la crue de la Garonne en 1875 où au moins auraient transité en aval du confluent avec le Tarn. Lame d'eau et débit spécifique Bien qu'une bonne partie des plaines de son bassin soient peu arrosées, au point de nécessiter des ouvrages d'irrigation, la Garonne est un fleuve abondant, puissamment alimenté par les fortes précipitations des hauts sommets des Pyrénées centrales, et d'une bonne partie du Massif central. La lame d'eau écoulée dans son bassin versant se monte à 384 millimètres annuellement, ce qui est nettement supérieur à la moyenne d'ensemble de la France tous bassins confondus (320 millimètres par an). Le débit spécifique (ou Qsp) atteint 12,1 litres par seconde et par kilomètre carré de bassin. Hydrologie - l'étiage (juillet-octobre) Les débits généralement faibles en été et en automne, période appelée étiage, coïncident avec des prélèvements importants. Afin de limiter les risques pour la Garonne et éviter les conflits entre usage, une réalimentation du fleuve est assurée à partir de réservoirs situés dans les Pyrénées. Les usages préleveurs (données moyennes sur l'aire du Plan de Gestion d'Étiage du juillet au 31 octobre) : L'eau potable : réguliers sur l’année, les prélèvements d’eau potable représentent, à l’étiage, environ 60 millions de mètres cubes (hm). Un tiers est consommé, les deux tiers sont restitués au milieu. Cependant, les effluents des stations d’épuration ont un impact d’autant plus important que le niveau d’eau est faible. L'industrie : les prélèvements industriels (nucléaire, hydroélectricité, papeteries…) réguliers sur l’année, représentent à l’étiage 108 hm. Cette eau est largement restituée, la consommation nette représente à peine 7 % du prélèvement, mais peut engendrer des variations instantanées de débits préjudiciables à l’écosystème et aux autres activités. L'agriculture : l’irrigation représente 40 % des prélèvements à l’étiage, mais 80 % de la consommation, peu d'eau d'irrigation revenant au milieu. Toutefois, le cycle biologique des plantes allant de mai à septembre, les premiers besoins sont servis par l’hydrologie naturelle et les pluies. L’impact éventuel des pompages agricoles ne débute qu’à la mi-juillet et s’estompe début septembre. S’il reste faible par rapport aux débits naturels, en années humides, il peut être déterminant en années sèches (mini 93 hm, maxi 188 hm). À l'aval du bassin, le prélèvement net agricole (non compensé, donc pouvant peser sur la ressource naturelle) peut atteindre, au plus fort de la campagne d'irrigation (entre le 25 juillet et le 5 août), 20 à /s ; l'objectif d'étiage étant quant à lui de /s. Les transferts d'eau : représentent jusqu'à 212 hm. Trois canaux prélèvent de l’eau sur les quatre mois d’étiage : le canal de Garonne et de celui de Saint-Martory (dont les prélèvements en Garonne, non compensés, pèsent sur la ressource naturelle quand elle vient à manquer) et le canal de la Neste (dont le prélèvement en Neste d'Aure est compensé à 50 % par les lacs d'altitude du Néouvielle). Le soutien d'étiage : Des conventions pluriannuelles de soutien d’étiage mobilisent déjà et ce depuis 1993, plus de 50 millions de mètres cubes (hm) de ressources en amont de Toulouse (de 30 à 70 hm mobilisables selon les années). Sur ce stock, la moyenne du volume mobilisé est de 25 hm (mini 12 hm et maxi 46 hm), car il y a des étés humides, des étés secs et des pluies automnales plus ou moins tardives. Couleur de la Garonne Si de ses sources jusqu'aux limites du Lot-et-Garonne, le fleuve arbore une couleur habituelle allant du vert au bleu, en traversant le département de la Gironde, elle prend une couleur caramel. Cela s'explique par la rencontre de la marée, qui remonte jusqu'à la ville de La Réole, avec les eaux douces chargées d'argile. Une réaction appelée floculation, entraine alors l’agglomération des particules d'argile, que les courants de marée remettent en suspension. La navigation Autrefois la Garonne était un axe important de navigation et de transport de marchandises, autant fluvial que maritime. La navigabilité de la Garonne a déjà été établie dans des temps anciens sur une bonne longueur. Elle a ainsi permis à Bordeaux de devenir, au , le premier port français, et le deuxième port mondial après Londres. La partie fluviale s'effectuait quant à elle au moyen de gabares, bateaux à fond plat conçus pour remonter les cours d'eau. En 1822, la construction du pont de pierre a mis un terme au transport maritime en amont de Bordeaux. Puis, progressivement, l'activité portuaire a migré en aval de la ville. Elle commence désormais au terminal de Bassens, et s'étend jusqu'à celui du Verdon, en passant par les sites de Blaye et Pauillac. En amont du pont d'Aquitaine, le trafic est presque exclusivement dédié aux bateau de croisière et au tourisme fluvial. Transport des pièces de l'A380 Entre 2004 et 2021, la Garonne a servi à acheminer des pièces de l'avion A380, des sites de productions européens, vers les ateliers d'Airbus à Toulouse. L'arrivée dans l'estuaire s'effectuait d'abord en roulier (le Ville de Bordeaux) jusqu'à Pauillac, puis les pièces étaient transportées par barge (le Breuil et le Brion) jusqu'à Langon, la suite s'effectuant par route. Avec l'abandon de la production de ces avions géants, ce trafic s'est arrêté en 2021. Navette fluviale à Bordeaux En 2013, TBM, le réseau de transport public de Bordeaux, a mis en place un bateau-bus, le Bat3. Conçus et fabriqués par des entreprises girondine, en forme de catamaran, ces bateaux hybrides permettent aux usagers d'aller d'une rive à l'autre avec un ticket de transport. L'exploitation de cette navette fluviale est assurée par l'entreprise Bordeaux River Cruise. « Garonne fertile » Au printemps 2021, est lancé , un projet de fret fluvial alimentaire entre Damazan, en Lot-et-Garonne, et Bordeaux. Une péniche chargée de produits alimentaires a ainsi effectué, entre le 3 et le 8 mais, un premier trajet de 110 km en empruntant canal et Garonne. Pour le collectif qui porte le projet, les objectifs sont autant économiques qu'environnementaux, et il espère fédérer plusieurs acteurs sur le potentiel d'un transport fluvial au service des territoires. Anciennes pratiques Ponts Au fil de son histoire, la Garonne a été dotée de ponts qui permettent de la franchir, notamment à Bordeaux et à Toulouse. En 1789, le pont en bas de Montréjeau était en bois. En 1860, la Compagnie des chemins de fer du Midi pour relier Toulouse à Tarbes (avant d'arriver à Bayonne) a construit six ponts sur la Garonne : Deux ponts à Empalot à Toulouse : rive droite: cinq et deux arches ; rive gauche : neuf et deux arches ; Deux ponts aux lieux-dits Fourqs et Appas ; Deux ponts à Valentine et à Montréjeau. Flottage Le flottage a été utilisé pour acheminer les poutres maîtresses de la cathédrale de Montauban à partir des forêts de la vallée d'Aure. Le flottage a disparu avec la construction d'une ligne de chemin de fer (aujourd'hui remplacée par un service d'autocar) entre Luchon et Montréjeau. La Garonne a également servi au flottage de bois de chauffage et de construction, qui venait du Val d'Aran, jusqu'à Cazères ou jusqu'à Toulouse. Ce flottage se faisait dans le cadre de libres échanges commerciaux, qui ont par la suite été encadrés par des privilèges, sujets de différends nationaux, jusqu'à leur disparition. Ainsi 500 à 600 hommes coupaient cannes de bois annuellement pour la région toulousaine. Les escales se réalisaient aux ports de Bossòst, Les, Saint-Béat et Fos. Par ailleurs, Julien Sacaze suppose que Lugdunum Convenarum était un port antique. Ainsi, en Haute-Garonne, en 1878, la Garonne était navigable sur environ. Ports et quais En 1847, Toulouse comptait sur la Garonne des quais et trois ports. Péages L'histoire des péages de la Garonne et de ses affluents au Moyen Âge a été étudiée par le professeur C. Higounet. Il en existait notamment une trentaine entre Bordeaux et Toulouse. Poissons migrateurs La Garonne et son estuaire accueillent encore les huit espèces de migrateurs amphihalins : la grande alose, l'alose feinte, l'anguille, l'esturgeon européen, la lamproie fluviatile, la lamproie marine, le saumon atlantique et la truite de mer. La Garonne constitue l'axe majeur de migration pour les poissons grands migrateurs, reliant l'Atlantique jusqu’aux Pyrénées. L'estuaire de la Gironde, véritable milieu de transition, joue un rôle clé dans l’adaptation physiologique des poissons grands migrateurs au passage d’un milieu marin à un milieu fluvial, et vice versa. La Garonne est un lieu de reproduction et les graviers de son lit abritent les œufs. C'est aussi un milieu nourricier. Petit à petit, les incidences de certaines activités humaines ont commencé de porter tort à ces populations fragiles. Les prélèvements intensifs de granulats, la pollution de l’eau et surtout les barrages ont bouleversé les écosystèmes, rendant souvent inaccessibles les zones de frai quand ils ne les détruisaient pas simplement. Il a fallu attendre les années 1970-1980 pour que les pouvoirs publics étendent le plan de sauvetage du saumon à l’ensemble des espèces migratrices, imposent des dispositifs de franchissement de barrages, prévoient des alevinages, limitent la pêche et redonnent un avenir à des espèces emblématiques en pays de Garonne. L'esturgeon européen : il est sur la liste rouge des espèces menacée de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le système Gironde-Garonne-Dordogne abrite les dernières frayères. L'anguille : longtemps considérée comme nuisible, elle fait actuellement l’objet de toutes les attentions. Des mesures d'urgence aux niveaux national et local s’imposent pour la sauvegarde de l’espèce. La grande alose : la Garonne et la Dordogne ont longtemps accueilli la population de grande alose la plus importante d'Europe. Aujourd'hui, cette espèce, de la famille de la sardine, connaît une baisse d'effectif préoccupante. Un plan de sauvegarde de l'espèce a été mis en place en 2008. La lamproie marine : elle est pêchée dans la partie aval de la Garonne, au filet ou dans des nasses. Cuisinée « à la bordelaise », en civet, elle est ensuite commercialisée en conserve. C'est l'espèce migratrice la plus abondante. Le saumon atlantique : disparu dans les années 1970, le saumon atlantique repeuple peu à peu le bassin de la Garonne, grâce au plan de restauration. Liste des principaux franchissements Activités touristiques En littérature et en musique La Garonne est, . L'œuvre de Pierre Gamarra a en effet pour cadre la Gascogne et le Haut Languedoc, des Pyrénées à la région de la moyenne Garonne, pays toulousains et tarnais. Dans son recueil de poèmes Romances de Garonne publié en 1990, il situe son inspiration entre les deux fleuves nourriciers que sont pour lui le Rhône et la Garonne. Julos Beaucarne met en musique en 1976 sur une mélodie originale la chanson à dire La Garonne (Si la Garonne avait voulu) publiée en 1895 par Gustave Nadaud et interprétée en 1903 par Charlus où l'on apprend que Toulousain emblématique et chantre de sa ville dans l'accent de laquelle roule un torrent de cailloux, Claude Nougaro est aussi l'enfant du fleuve qu'il célèbre en 1993 dans C'est une Garonne sur la musique de Ray Lema. Bibliographie Les Caprices du Temps dans le Sud-Ouest, numéro spécial de la revue d'histoire Arkheia, Montauban, 2009. À lire notamment, Max Lagarrigue, L'inondation du siècle, mars 1930. . Notes et références Voir aussi Articles connexes Garoumnes, tribu proto-basque de l'Aquitaine antique Liste de ponts sur la Garonne Le Bassin de la Garonne La liste de fleuves dans le monde classés par continents La liste des fleuves de France Les débits des cours d'eau du bassin de la Garonne Liste des communes de France portant la mention rajoutée des grands fleuves français Liens externes Portail de la Garonne Site du syndicat mixte d'Études et d'Aménagement de la Garonne L'histoire de la source de la Garonne Le port d'Auvillar, au bord de la Garonne, depuis le Moyen Âge La crue de juin 1875 à Toulouse (articles de presse) La collaboration franco-espagnole Banque Hydro - Station O0050010 - La Garonne à Chaum (Synthèse) Banque Hydro - Station O6140010 - La Garonne à Lamagistère (Synthèse) Banque Hydro - Station O9060010 - La Garonne au Mas-d'Agenais (Synthèse) (ne pas cocher la case "Station en service") Suivi et historisation des données hydrologiques à Toulouse Garonne Fertile Cours d'eau issu des Pyrénées Cours d'eau en Haute-Garonne Cours d'eau en Tarn-et-Garonne Cours d'eau en Lot-et-Garonne Cours d'eau en Espagne Fleuve en Europe Fleuve international Cours d'eau à crue exceptionnelle enregistrée de plus de trois mètres de hauteur
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Freeware
Un logiciel gratuit, gratuiciel, ou est un logiciel propriétaire distribué gratuitement sans toutefois conférer à l'utilisateur certaines libertés d'usage associées au logiciel libre. Les termes ou , dont l'usage est préconisé par la Commission d'enrichissement de la langue française en France, sont des traductions du mot anglais , qui est une contraction de (gratuit) et (logiciel) . Un logiciel peut fonctionner gratuitement pour une durée de temps illimité. L'auteur d'un logiciel pourrait limiter les droits de copie et/ou de distribution de son logiciel. En tant que logiciel propriétaire le principe de peut être une stratégie de marketing fondée sur des revenus indirects (support, produits liés…) plutôt que sur la vente du logiciel. Histoire Selon la Free Software Foundation, le terme est souvent utilisé dans les années 1980 pour distribuer des programmes seulement en exécutable, sans fournir le code source. Motivations Dans les années 1970, les logiciels étaient distribués avec le matériel et n'étaient pas considérés comme une marchandise vendable. Cela résultait de la forte dépendance qui existait entre le logiciel, généralement écrit en langage machine comme l'assembleur, et le matériel. L'apparition de langages informatiques portables, tels que le C, mirent fin à ce couplage, car un même code source pouvait désormais servir à générer des programmes capables de s'exécuter sur différents types d'ordinateurs. Dès lors, vendre du logiciel devint une activité spécialisée et lucrative. La distribution gratuite de logiciel présente un intérêt évident pour les grands acteurs du monde logiciel. Il peut s'agir dans un cas, de distribuer gratuitement un logiciel aux fonctions réduites, sous la forme d'un produit d'appel, pour inciter une partie des utilisateurs à utiliser la version payante ou d'autres produits du même éditeur. La distribution gratuite peut aussi être réalisée dans le but de créer une dépendance aux produits de l'éditeur ou dans le but de devenir un standard de facto. C'est le cas avec la distribution du lecteur de contenu Flash. Dans le cas de développement réalisé par des amateurs éclairés, la distribution gratuite du logiciel est une nécessité, du moins dans un premier temps, pour s'assurer de la propagation du logiciel. Ces auteurs de gratuiciel ne peuvent pas se permettre, s'ils veulent que leur logiciel soit utilisé, de le faire payer. Terminologie En France, la Commission d'enrichissement de la langue française conseille d'employer « logiciel gratuit ». Au Québec, « gratuiciel » est le terme recommandé par l'Office québécois de la langue française pour remplacer l'anglais freeware. Les termes « logiciel gratuit » et « graticiel » sont également reconnus par l'organisme. Il ne faut pas confondre logiciel gratuit (freeware) ou gratuiciel (idem) et partagiciel (shareware) qui permet d'utiliser le logiciel complet ou bridé gratuitement mais pendant une durée déterminée : un logiciel de traitement de texte pourrait par exemple interdire la sauvegarde des fichiers créés, ou fonctionner uniquement pendant les deux mois qui suivent son installation. Le gratuiciel et le partagiciel sont cependant tous deux des logiciels commerciaux. Il faut aussi distinguer le logiciel gratuit du logiciel libre. Le logiciel libre est non seulement souvent gratuit (mais pas toujours, bien que cela soit très rare), mais offre en outre des libertés que la gratuité ne prend pas en compte. Le logiciel gratuit est presque toujours diffusé sans les sources du programme, à l'inverse le logiciel libre est également à "code source ouvert" (open source). Sa modification ou la redistribution de versions améliorées sont donc impossibles. La licence de distribution peut être restrictive (pas de diffusion sur cédérom, ou uniquement sur certains sites internet). La FSF recommande d'éviter d'employer le terme comme synonyme de logiciel libre. Exemples Ces logiciels comprennent des limitations particulières, indiquées entre parenthèses, en plus de posséder les limitations habituelles du logiciel propriétaire. AVG Anti-Virus : antivirus (limité à une utilisation individuelle et non-commerciale, le pare-feu n'est pas disponible dans la version gratuite) Avast : antivirus Adaware SE : anti-espion (ne contient pas l'analyse en temps réel de la version Adaware PLUS) DAEMON Tools : émulateur de lecteur CD Konvertor : Visualiseur et convertisseur pour tout type de fichier Spybot : anti-logiciel espion Notes et références Notes Références Annexes Articles connexes Logiciel Logiciel libre Logiciel propriétaire Shareware Logiciel abandonné Gratuité (économie) (en particulier la section Gratuité du web) DP Tool Club Shovelware Liens externes Pourquoi éviter l'utilisation de « » pour désigner un logiciel libre Licence de logiciel Terminologie de l'informatique Mot-valise